Le monde ouvrier = The labor world, 1 avril 1991, Avril - Mai
.;.Le 30 octobre 1964, suite au décès de Roger Provost, le candidat défait par une seule voix, Fernand Daoust, et le nouveau président, Louis Laberge, se serrent la main.Vingt-sept années plus tard, le 10 avril 1991, Louis Laberge annonce qu’il quitte son poste.Fernand Daoust, secrétaire général de la centrale depuis 1969, devient président et Clément Godbout, directeur québécois du Syndicat des métallos, accède au poste de secrétaire général.(Plus de détails et de photos aux pages 4-5 et 12-13) mm ¦ 'i'h-îï Avril-Mai 1991, N° 6 Aussi dans ce numéro • Quelques mots de Louis Laberge page 3 • À ne pas manquer La conférence sur l’alcoolisme et les autres toxicomanies pages 6-7 • Vif succès de la rencontre du 1er mars sur la condition féminine pages 8-9 • Claude Morrisseau et Michel Blondin au Fonds de solidarité page 10 • Le «Mouvement Québec 1991» modifie son tir page 11 • Congrès du CTM On discute de syndicalisation et de syndicalisme page 14 • Secteur public Pourquoi nos syndicats ont-ils accepté une prolongation?page 15 • Équité salariale, immigration et régimes de retraite La FTQ réclame des gestes concrets de la part du gouvernement page 16 • La menace mexicaine page 17 • Vif succès du lancement du numéro spécial du Monde ouvrier page 18 • Francisation des milieux de travail La vigilance s’impose car rien n’est vraiment acquis page 19 • Nouvelles brèves pages 20 à 23 • Coupon d’abonnement page 24 Budget Lévesque Plus de taxes, des promesses reniées et des annonces inquiétantes Quand le ministre annonce une reprise économique rapide et prévoit en même temps un taux de chômage de 12,4 %, c’est la preuve que son budget ne contient aucune véritable mesure de relance de l’économie.Fidèle à son habitude, le gouvernement se croise les bras et attend! Les quelques mesures destinées à aider les entreprises à augmenter leur capitalisation ne sont pas nécessairement créatrices d’emplois.Des nuages noirs à l’horizon Le gouvernement n’a aucunement caché ses intentions de remettre en question le maintien des services publics existants, malgré les sacrifices demandés aux salariés et salariées de l’État.La réforme de la santé et celle de la Fiscalité municipale nous ont annoncé les couleurs de ce gouvernement: on refile la facture aux municipalités et aux usagers et usagères des services de santé.Le gouvernement l’a calairement dit: il envisage sérieusement la tarification des services universels.Du retard en formation professionnelle Même si la création d’un programme d’aide à la formation professionnelle constitue un tout petit pas dans la bonne direction, le bud- jTÜln.MWJ * J O La première parution du Monde ouvrier remonte au 18 mars 1916, ce qui en fait le doyen des journaux syndicaux au Québec et au Canada.Toute reproduction totale ou partielle des articles contenus dans Le Monde ouvrier est permise à condition d’en indiquer la source.get alloué est nettement insuffisant et le remboursement du prêt par les travailleurs et travailleuses qui vont accepter de s’endetter est une mesure douteuse.De plus, on peut se demander si le programme a été «pensé» à la toute dernière minute, puisque les modalités ne seront annoncées qu’à l’automne.C’est trop peu, trop tard! Le ministre a menti pour la taxe de vente Lors du dernier budget, le ministre Lévesque avait annoncé que sa TPS québécoise serait réduite de 8 à 7 %enjanvier92,au moment où elle s’appliquerait à tous les produits et services.Voilà qu'il renie son engagement.Il faut dire que cette taxe régressive est très payante pour le gouvernement.En 1992, la TVQ générera plus de 790 millions de dollars! Le ministre se glorifie de ne pas augmenter l’impôt déduit sur nos payes, mais il se reprend ailleurs avec sa TVQ et les autres taxes.Nous ne sommes pas «nouilles», Monsieur le ministre.Nous nous apercevons, à chaque fois que nous sortons notre portefeuille, que vous vous enrichissez davantage, sans pour autant améliorer les services.f •< «Un budget qui manque de courage» Fernand Duoust «Le peuple québécois est prêt à prendre en main ses destinées.Mais il ne faut pas que notre héritage soit le chômage et la misère.Il faut, dès aujourd’hui, travailler ensemble avec acharnement pour réaliser le Québec de plein emploi que nous voulons laisser à nos enfants.Ce budget manque totalement de courage et nous laisse malheureusement encore sur notre faim!» Bulletin d'information publié par la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ) Président: Louis Laberge Secrétaire général: Fernand Daoust 2 100, avenue Papineau, 4e étage, Montréal (Québec) I12K 4.14 Téléphone: (514) 527-8533 Télécopieur: (514) 521-0063 Responsable: André Messier Secrétariat: Aline Vallières Collaboration: Lise Côté, FTQ; Denise Gagnon, FTQ; Alain Gauthier, Fonds de solidarité; Carole Gingras, FTQ; Pierre Laflamme, UES-800; France Laurendeau, FTQ; André Leclerc, FTQ; Gilles Léveillé, FTQ; Gilles Paquette, FTQ; André Roy, AIM.Tirage: 52 000 exemplaires Dépôt légal à la Bibliothèque nationale du Québec.2 Le Monde Ouvrier, avril - mai 1991, n“ 6. Les souhaits de Louis à la FTQ Compétence et coeur au ventre «Quand on disait au boss de nous montrer ses livres, on savait qu’on avait quatre-vingt-quinze chances sur cent qu’il refuse.Mais, s’il acceptait, on était mal pris.On connaissait pas ça!» Louis Laberge aime rappeler ces situations.Elles lui permettent de montrer la distance parcourue.Lui, passé maître dans l’art d’augmenter un rapport de force par le «bluff», sait que les syndicalistes de demain devront être de mieux en mieux formés, de plus en plus aguerris.«On pourra de moins en moins se contenter de faire ce qu’on a vu faire.Nos militants et militantes profiteront toujours de l’expérience de leurs prédécesseurs, mais ils devront acquérir de plus en plus de compétences techniques pour bien s’acquitter de leurs tâches.Les membres aujourd’hui ne peuvent plus se contenter de services amateurs, dispensés à la bonne franquette.» Il se réjouit donc de voir arriver un nombre grandissant d’hommes et de femmes soucieux de parfaire leurs connaissances.Il est fier de constater combien le Fonds de solidarité contribue à cette formation continue.Il souhaite que notre mouvement donne de plus en plus la chance à ceux et celles qui l’animent d’acquérir une solide formation.Mais il a une conviction profonde: la compétence technique, aussi sophistiquée soit-elle, ne remplacera jamais «le coeur au ventre».«Sans des convictions profondes comme celles qu’ont toujours affichées les artisans de la FTQ, cette dernière ne serait jamais devenue ce qu’elle est.On a eu et on a encore dans nos rangs, chez nos dirigeants et dirigeantes, parmi nos permanents et nos pemianentes, des gens très compétents qui font honneur à notre centrale.Mais, ce qu’ils ont par-dessus tout, c’est cette foi dans le mouvement et ses objectifs.Ça, ça ne s’achète pas.Et c’est ce qui fait notre force.» «La FTQ, ce n’est pas l’affaire d'un seul homme.Sans toute cette ardeur à l’ouvrage que notre personnel et nos affiliés ont mis au cours des années, sans oublier la contribution de vous tous et de vous toutes, nous serions restés une fédération provinciale parmi tant d’autres.Jamais nos affiliés ne nous auraient délégué autant de responsabilités.» Louis aime bien répéter sa règle de conduite favorite, qu’il a su communiquer à ses collaborateurs et collaboratrices: être toujours disponible de manière à se rendre utile, au point de devenir nécessaire.C’est ce qu’il admire par-dessus tout d’ailleurs chez son successeur désigné, Fernand Daoust.«Un gars d’une présence et d’une loyauté indéfectible, dit-il souvent.Et en Clément Godbout, le nouveau secrétaire général, on trouve un autre gars de la même trempe qui travaille sans compter les heures.» Fort de cette conviction, il soutient que la FTQ deviendra de plus en plus une centrale de services.Même si rien dans ses statuts ne la décrit comme telle, le rôle que lui ont fait jouer ses affiliés a rendu le processus irréversible.Le secret de Louis Laberge, s’il en est un, c’est d’avoir placé les responsabilités avant les pouvoirs II a ainsi gagné, pour lui et surtout po r la FTC un pou oir moral bien supérieur à tous les «champs de compétence» statutaires.Le Monde Ouvrier, avril - mai 1991, n° 6.3 LOUIS LABERGE Les travailleurs, les travailleuses, les membres de la FTQ, le Québec, lui doivent un gros merci.Le 10 avril 1991 restera une date fort importante dans l’histoire de la FTQ.En ce mercredi, notre président, Louis Laberge, annonçait aux membres du Conseil général de la FTQ sa décision de quitter le poste qu’il occupait depuis le 30 octobre 1964.Au moment où vous lirez ces lignes, Louis Laberge sera sur le point de quitter officiellement son poste, soit le 1er juin.Un peu d’histoire Au moment où Louis Laberge accède à la présidence de la FTQ, suite au décès de Roger Provost, le Conseil du travail de Montréal, que Louis avait présidé pendant plusieurs années, comptait plus de membres que la FTQ.En effet, à cette époque, il y avait à peine 70 000 affiliés à la centrale.De plus, la crédibilité de la FTQ, dans la population et auprès des autorités politiques, n’en menait pas large.Au fil des ans, Louis Laberge a graduellement changé cette réalité, secondé par celui qu’il avait battu par une seule voix, Fernand Daoust, qui devenait secrétaire général en 1969.Louis Laberge, c’est le gars qui s’est mouillé à chaque fois qu’il y avait des luttes à mener, et ce n’est pas ce qui a manqué pendant toutes ces années.Peu de temps après son arrivée à la présidence, il s’impliquait à fond de train pour appuyer les grévistes des Postes en 1965, participait à l’opposition à la Loi des mesures de guerre en 1970, montait sur les barricades lors de la grève de La Presse en 1971, s’engageait à fond dans le Front commun du secteur public en 1972, dans la bataille pour l’indexation des salaires en 1973.Au début des années 70, il s’est retrouvé deux fois en prison, dans le cadre de la lutte du Front commun et par l’appui qu’il avait donné à un groupe de grévistes, chez Hupp Canada.En 1974-75, c’est la lutte épique de la United Aircrat.Le mot d’ordre de grève générale de solidarité, le 21 mai 1975, neuf jours après le matraquage sanglant de 34 grévistes qui avaient occupé l’usine, est suivi par plus de 100 000 membres.En 1976, une deuxième grève générale de 24 heures, contre les mesures Trudeau de contrôle des salaires, regroupe plus de 250000 travailleurs et travailleuses des centrales syndicales.C’est dans cette période également que la FTQ, sous son leadership, réussit à arracher du CTC, des pouvoirs spéciaux pour la FTQ.Garder la FTQ ensemble La FTQ est un regroupement de syndicats locaux qui décident ou non de s’affilier à la centrale.Les tensions et les crises sont quelquefois plus difficiles à traverser, mais Louis Laberge réussit toujours à protéger l’unité, comme il l’a fait lors du saccage de la Baie James et de la Commission Cliche quia suivi, lors de la décision de la centrale d’appuyer le Parti québécois aux élections de 1976etde 1981 de même que le «oui» au référendum de 1980.Même lorsqu'un congrès spécial rejette une recommandation d'appui au PQ en 1985, il y a des frictions, bien sûr, mais pas de scission.Un homme sensible à l’injustice Tout comme Louis Laberge avait été touché par les injustices dont les travailleurs et les travailleuses étaient victimes lors de conflits de travail, (utilisation de la police, briseurs de grève, violence sur les lignes de piquetage) la crise économique du début des années 80 le marque et il cherche des solutions.La première, c’est Corvée habitation, programme qui créera des milliers d’emplois et contribuera à sortir le Québec de la crise.La 4 Le Monde Ouvrier, avril - mai 1991, n° 6. deuxième, c’est le Fonds de solidarité.Ce qui a fait éclore l’idée, c’est la constatation de quelque chose d’inacceptable: des travailleurs et des travailleuses qui s’endettent «personnellement» pour sauver leur entreprise, qui finit par couler à pic de toute façon, les laissant sans emploi et endettés en plus.Louis Laberge c’est aussi un des acteurs principaux de la lutte pour faire du plein emploi, une priorité au Québec.La FTQ a été à l’avant-garde dans ce débat de société.Malheureusement, nos gouvernements n’ont pas encore compris l’urgence de cette politique.C’est encore celui qui, après des réserves, a appuyé la féminisation du nom de la FTQ et celui qui, à toutes fins pratiques, a intégré, plus rapidement que qui que ce soit, l’utilisation, et du féminin et du masculin, dans son discours.Pas question de retraite Aujourd’hui, la plus importante centrale syndicale au Québec, compte plus de 450 000 membres.Mais elle n’est pas la plus importante seulement au niveau du nombre des membres, elle l’est aussi pour l’influence qu’elle exerce, pour les nouveaux dossiers qu’elle développe et met de l’avant, pour la crédibilité dont elle jouit auprès des travailleurs et travailleuses du Québec.Louis Laberge ne prend pas sa retraite.Il n’en est pas capable parce qu’il trouve qu’il y a encore trop de choses à faire.Alors, il se fixe de nouveaux défis.Augmenter à 100 000 le nombre de membres de la FTQ qui adhèrent au Fonds de solidarité et gagner le référendum sur la souveraineté.Il va réussir! Vous voulez gager?«s ¦ l'.'O-' t-V iîsîæf.§ V •< sÉpïMÉ ¦ Fernand Daoust, l’actuel secrétaire général de la FTQ, deviendra président à compter du 1" juin, et Clément God-bout, du Syndicat des métallos, occupera le poste de secrétaire général.Une nouvelle équipe, «un tandem qui travaillera en étroite collaboration, disait Fernand Daoust le 10 avril dernier, pour le bien des membres de la FTQ et du Québec.».Les changements.concrètement En plus des changements aux postes officiels de la présidence et du secrétariat général, un certain nombre d’autres changements ont été décidés par le Conseil général lors de sa réunion du 10 avril dernier.C’est ainsi que: •Fernand Daoust siégera au Conseil consultatif du Travail et de la Main-d’oeuvre, alors que Clément Godbout conserve le siège qu’il y occupait déjà; •Fernand Daoust remplace Louis Laberge au Conseil exécutif du ÇTC.•À la CSST, s’ajoutent à Clément Godbout et Jean Lavallée, Claude Ducharme des TC A et Henri Massé du SCFP.«Louis Laberge conservera le poste qu’il occupe à la Caisse de dépôt et de placement, demeure à la présidence de l’Association immobilière FTQ inc.et du Conseil d’administration du Fonds de solidarité, poste qu’il occupera à plein temps.•Au Bureau de la FTQ, siégeront à la vice-présidence, Henri Massé, en remplacement de Claude Morrisseau, et Lawrence McBrearty, en remplacement de Clément Godbout.•Henri Massé siégera au Conseil d’administration du Fonds, en remplacement de Claude Morrisseau.Au SCFP Suite au départ de Claude Morrisseau, le nouveau directeur du SCFP-Québec est Henri Massé, alors que ses adjoints sont Normand Fraser et Gilles Char-land.Chez les Métallos Le nouveau directeur du Syndicat des métallos au Québec est Lawrence McBrearty et son adjoint, André Tremblay.Le Monde Ouvrier, avril - mai 1991, n° 6.5 «Comprendre pour agir» Depuis longtemps, la question de l'alcoolisme et depuis moins longtemps, celle des autres toxicomanies étaient relativement ignorées par le mouvement syndical.Les employeurs s'en occupaient en fermant les yeux dans certains cas ou en congédiant notre monde quand ils n'en pouvaient plus.De toute façon, ceux et celles qui étaient victimes de ces maladies se retrouvaient sur le carreau, sur le bien-être social, dans la rue, en institution ou en tôle.Depuis quelques années, on tente d'intégrer ce dossier à notre action syndicale quotidienne, mais c'est loin d'être facile.Pour bien des permanents et des permanentes, pour bien des militants et des militantes, c'est souvent la plus mauvaise nouvelle de la journée que d'apprendre un congédiement causé par ces problèmes.Alors pour mieux comprendre, pour cerner les préjugés, pour avoir un minimum d'outils, la conférence, c'est tout indiqué.Mille et une raisons «Je suis très curieuse de voir ce que ça peut donner des clauses dans les conventions collectives pour protéger les membres qui sont aux prises avec des problèmes de drogues ou d'alcoolisme.Au départ, ça me semble très compliqué.» «Je pense que les programmes d'aide, ça devrait être la responsabilité des employeurs.On a assez de choses à faire dans le syndicat sans commencer à s'occuper des problèmes personnels des membres.Ça va s'arrêter où?Je vais à la conférence, mais ça va prendre de bons arguments pour me convaincre.» «J'espère que la conférence va m'apporter des outils pour aider à défendre les membres chez nous qui sont aux prises avec des problèmes d'alcoolisme, parce que c'est pas facile.Ce monde-là, souvent, ils veulent pas se faire aider.» 6 Le Monde Ouvrier, avril - mai 1991, n° 6. option pap'1*®?l QC *2K 4 Conférence de la FTQ sur l’alcoolisme et autres toxicomanies en milieu de travail Les 10 et 11 juin 1991 MyPEBKillK Université du Québec à Montréal (UQAM) 405, rue Ste-Catherine Est, Montréal d'aller à la conférence «Je ne suis pas convaincu que les tests anti-drogues c'est une mauvaise chose.Après tout, pour ma sécurité comme usager, il y a peut-être des cas où ce serait indiqué.J'ai bien hâte de voir ce que les spécialistes auront à dire là-dessus.» «Moi, c'est quand on me parle de prévention que je décroche.Le syndicat peut pas commencer à suivre les membres dans leur vie personnelle.Pis l'idée que les problèmes sont causés par le travail, je n'y crois pas.Ils sont mieux de se lever de bonne heure pour me faire changer d'idée.» «Dans mon milieu de travail, la drogue circule à plein, surtout sur les équipes de soir et de nuit, et il y a même un ou deux «pushers».Je n'ai absolument aucune idée par quel bout il faut que je m'attaque au problème.Le syndicat, c'est pas la police, alors.» Le Monde Ouvrier, avril - mai 1991, n° 6.7 'VSR Condition féminine Une bien belle rencontre Le 1er mars dernier, près de deux cents militantes et militants se déplaçaient pendant une journée entière .juste pour «réfléchir» sur la condition des femmes.Cette première rencontre de réflexion sur la condition féminine a été un succès que plusieurs souhaitent renouveler.Où sommes-nous rendues?C'est à cette question qu’a répondu Marie Lavigne, présidente du Conseil du statut de la femme qui était invitée à inaugurer la rencontre.Les progrès nombreux ont été rappelés: présence massive des femmes sur le marché du travail, reconnaissance des droits parentaux dans les lois et dans les conventions collectives, percée des femmes dans les emplois non traditionnels, quelques gains dans la bataille de l’équité salariale .Mais il reste beaucoup à faire pour que les femmes soient vraiment égales aux hommes sur le marché du travail.Des inquiétudes, mais aussi des acquis L’organisation des ateliers a permis aux personnes-ressources de communiquer l’information sur le thème et de laisser du temps pour les échanges.À l’ordre du jour, l’avenir des femmes au travail, les acquis obtenus par les syndicats, le patrimoine familial, les programmes d’accès à l’égal ité et l’équité salariale, cinq thèmes d’actualité.En plénière, les rapports des ateliers ont montré que des inquiétudes persistent sur les perspectives d’avenir des femmes au travail.L’informatisation, la conciliation de la vie de travail et de la vie familiale, la peur de perdre son emploi en ces temps de récession, le manque de formation professionnelle sont des enjeux pour lesquels on n’a pas toujours de solution.Toutefois, les acquis obtenus par les syndicats ouvrent des perspectives plus optimistes.En effet, les syndicats ont été à l’avant-garde en négociant des congés de maternité et des congés parentaux, en s’opposant à la prolifération de postes à temps partiel, en adaptant des postes de travail non traditionnels aux caractéristiques physiques des femmes, en revendiquant des congés de formation et des clauses contre le harcèlement.En matière d’accès à l’égalité, il y a certes des progrès, mais aussi de nombreuses sourcesd’insatisfac-tion.Les législations n’obligent pas les entreprises à implanter des programmes et ne reconnaissent pas les syndicats dans leur mise en oeuvre.Par ailleurs, la démarche de la Commission des droits de la personne est complexe et aurait besoin d’être simplifiée pour être adaptée aux PME.Quant à l’équité salariale, elle reste encore à faire.Si le principe «à travail égal, salaire égal» est un acquis, on constate que les emplois occupés par les femmes sont moins rémunérateurs que ceux occupés par les hommes.Les lois actuelles sur l’équité salariale entre emplois «équivalents» ne permettent pas des gains rapides.Enfin, l’atelier sur le patrimoine familial a parlé des avantages de cette loi qui a en quelque sorte limité la discrimination économique des femmes.Le partage du patrimoine familial est bien accepté par la plu- part, mais on est réticent à l'élargir aux conjoints de fait qui, en refusant de se marier, ne veulent pas du con-tôle du gouvernement.On a soulevé l’importance d’éduquer les jeunes à l’égalité en insistant pour que les filles deviennent indépendantes économiquement et que les garçons partagent les tâches domestiques.Il faut changer les mentalités qui ont conduit à la situation actuelle d'inégalité.Prendre notre place dans les structures syndicales Pour avancer dans ces dossiers, il faut inciter les femmes à prendre davantage leur place dans les structures syndicales et favoriser la syndicalisation des autres femmes qui n'ont pas lachanced'avoirun syndicat pour les défendre.Comme syndicats, nous avons aussi le devoir d’informer, d'éduquer et de sensibiliser nos confrères de travail ainsi que les enfants dans les écoles pour que cessent les préjugés à l’endroit des femmes.line conférence-choc Le dîner-causerie a été marqué par la conférence de Diane Lemieux du Regroupement des centres d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel.Devant une assemblée attentive et émue, Diane Lemieux a réveillé notre conscience à la dure réalité des femmes victimes de violence.Ses propos sensibles et percutants ont incité les participantes et les participants au dialogue et à la confidence.8 Le Monde Ouvrier, avril - mai 1991, n° 6. «La violence augmente pour nous réapprendre à être obéissantes ¦ ^ Diane Lemieux C’est dans des termes percutants et avec une grande simplicité que Diane Lemieux, du Regroupement des centres d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel, a présenté son analyse de la violence faite aux femmes dans notre société lors du dîner-causerie organisé pendant la rencontre de réflexion sur la condition féminine du 1er mars.Des chiffres qui font peur Reprenant des données souvent mal connues, Diane Lemieux nous a appris que: - «les crimes contre la personne représentaient 10 % des infractions au Code criminel contre 7 % en 1982; - les contrevenants sont des adultes de sexe masculin à 86 %; - plus de 14 000 femmes âgées de 16 ans et plus sont victimes d'agression sexuelle chaque année; - une femme sur huit serait victime de violence conjugale.» Femmes victimes, hommes agresseurs: pourquoi?«Pourquoi certaines violences sont spécifiquement dirigées contre les femmes et que les auteurs sont quasi uniquement des hommes?» Sans jamais accuser, ni condamner, Diane Lemieux a cherché dans l’organisation de notre société les causes profondes de la violence faite aux femmes.«L’organisation de notre société est basée sur le pouvoir des hommes et l’impuissance des femmes.(.) Dès la naissance, notre processus de socialisation enseigne aux hommes à être agressifs et aux femmes à être passives.Cette polarisation des sexes crée des mentalités de domination (.).Notre sexe détenuine d’avance nos rôles sociaux.(.) La violence des hommes envers les femmes constitue l’arme principale pour nous maintenir à l’intérieur de ces rôles et pour perpétuer le pouvoir et l’autorité attribués aux hommes.(.) Les femmes sont particulièrement vulnérables, démunies devant cette violence.» Des solutions Diane Lemieux ne nous a pas laissés dans une impasse.Il existe des solutions à la violence faite aux Photo Archives CSN, Alain Chaînon % * V, femmes.À son avis, «les meilleures stratégies pour reléguer au passé ces réalités doivent s’attaquer simultanément à deux cibles: réduire la vulnérabilité des femmes et responsabiliser les hommes».Enfin, la conférencière a lancé un appel à tous les hommes.«Ce ne sont pas tous les hommes qui emploient directement la violence envers les femmes.Pourtant, la réalité veut qu’un nombre restreint d’hommes violents suffise à terroriser toutes les femmes.L’indifférence des autres hommes renforce cet état de choses.(.) Les hommes doivent reconnaître qu ’ i ls retirent des bénéfices du non-pouvoir des femmes et ils doivent y renoncer.» Des grévistes de la John Lewis à La Tuque ont été chaudement applaudis lors de la conférence.Ils et elles menaient une lutte pour l’équité salariale.De retour au travail quelques semaines, après avoir été mis en lock-out le 14 décembre 1990, leur nouvelle convention collective de trois ans prévoit des ajustements significatifs au chapitre de l’équité salariale, des augmentations de salaire de 5 % par année, de nouvelles clauses ayant trait à un congé parental de 34 semaines, une contribution de l’employeur au Fonds de solidarité, etc.Une belle victoire! *¦- * Le Monde Ouvrier, avril - mai 1991, n° 6.9 La FTQ au Fonds: plus présente que jamais! Deux têtes d’affiche de la FTQ ont récemment joint les rangs du Fonds de solidarité afin d’accroître davantage la mission syndicale de création d’emplois que le Fonds s’est donnée et augmenter le nombre d’actionnaires provenant de la FTQ.Avec leur arrivée, la FTQ sera plus présente que jamais au sein de notre institution financière syndicale.Michel Itlondin à l'investissement Tout d’abord, Michel Blon-din, ex-directeur adjoint chez les Métallos, a fait son entrée au Fonds de solidarité à titre d’adjoint au premier vice-président, placements et investissements pour les relations avec les travailleurs dans les entreprises.La longue expérience syndicale de Michel, particulièrement dans les domaines de la formation syndicale et professionnelle, lui a permis de développer au cours des années une vaste connaissance du réseau FTQ.Sa tâche au Fonds de solidarité consiste à établir des liens entre le service des investissements, les syndicats FTQ, les permanents et les permanentes et les directions syndi- cales afin de provoquer des interventions du Fonds dans les entreprises syndiquées FTQ.Il travaille en étroite collaboration avec Aubin D’Amours et Normand Bélanger, les deux agents de développement FTQ à l’investissement.Claude Morrisseau à la souscription L’autre tête d’affiche milite depuis près de trente ans au sein de la FTQ.Il s'agit de Claude Morrisseau, ex-directeur québécois du SCFP, le plus gros syndicat affilié à la FTQ.En poste depuis le 1er mai, Claude Morrisseau travaille au Fonds à titre de vice-président souscrip-tion-FTQ.Ses fonctions de vice-président de la FTQ et de membre du conseil d’administration du Fonds depuis sa création ainsi que ses 21 ans passés au SCFP, font en sorte que Claude Morrisseau apporte avec lui un immense bagage d’expérience syndicale et administrative.Son travail est axé vers le développement de moyens pour accroître l’actionnariat provenant des syndicats affiliés à la FTQ.Le fameux objectif fixé par Louis Laber-ge d’atteindre les 100 000 actionnaires FTQ souscrivant par déduction à la source n’est nullement utopique et Claude Morrisseau, avec son équipe, ont comme mandat de l’atteindre dans les prochaines années.Il est aussi responsable du secteur formation des responsables locaux ainsi que du développement de leur réseau.Bonne chance à ces deux syndicalistes, qui assureront une présence de la FTQ encore plus forte au Fonds de solidarité.Depuis 1988, Michel Blondin était directeur adjoint au Syndicat des métallos.Pendant les 13 années qui ont précédé, il était responsable de la formation, aussi chez les Métallos.Son expérience en formation, il l’a acquise dans les milieux populaires, à Montréal dans 1 ’ animation sociale, et Bolivie, où il a travaillé pendant près de trois ans.Michel a également été vice-président de la Commission d’études sur la formation professionnelle (Commission Jean).Directeur québécois du Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP) depuis 1981, Claude Morrisseau a commencé à militer dans le mouvement syndical en 1964 alors qu’il était opérateur à Hydro-Québec.Membre du comité exécutif du Syndicat des employés de métiers, il est devenu représentant du SCFP en 1970 et responsable du dossier des négociations à Hydro-Québec.Diplômé du Collège canadien des travailleurs, Claude était également vice-président de la FTQ depuis 1981.\4$f% _ c SC 3 fl fl -, u> 3 — ç.g n < 3!' 2 3 0® - 3 I pj © £T c ft g o.C c ~ n -i © L3 ft a.c/5 “.o ft c ~ ft CL < ft O — c n c/î a 3r a, » 5 | ft 2 j s "H.3 2.3 ft ~ n a © c •i 2 1 § - * ft CL 3 « 2 0 45' c © 1 3 rt' CL n O ^ ST oro ! 3 © £.C/5 .11 24 Le Monde Ouvrier, avril - mai 1991, n° 6.
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