Le nouvelliste, 7 juin 1999, Cahier 2
à »oo / Tiois-i TROIS-RIVIÈRES, 7 JUIN 1999 k' httpÿ/wn’iv.uqtr.uquebec.ca ou (819) 376-5011 Université du Quebec à Trois-Rivieres il A SOCIÉTÉ DE 7 Il en fallait un.Il fallait au moins un cahier dans cette série qui puisse rassembler des textes portant sur des sujets qui n'entraient pas, spontanément, dans l'un ou l'autre des cahiers thématiques.Quoi de mieux que le thème de la société pour réunir, entre ces deux couvertures, des textes portant sur des sujets aussi différents que la mode et l'immigration.La diversité est donc la principale caractéristique de ce cahier.Et c'est précisément ce qui, osons-nous croire humblement, lui confère un intérêt tout particulier.Il est un peu à l'image de cette société dans laquelle on vit.Aussi s'est-on aperçu que des sujets d'importance méritaient d'être abordés.Des sujets qui, en bout de ligne, sont de fascinantes caractéristiques de notre société.Le thème est suffisamment large pour que plusieurs sujets finissent par y converger.Les défis qui attendent l'Église, les enjeux importants en matière environnementale, les grandes tendances de la mode et de l'apparence, la place des communautés culturelles dans un contexte régional et l'avenir du syndicalisme sont autant de sujets qui touchent, d'une façon ou d'une autre, une importante partie de la population, sinon notre société dans son ensemble.Un fourre-tout, diront donc certains pour décrire ce cahier.J'aime plutôt penser qu'il s'agit d'une occasion peu banale de faire le point sur la société dans laquelle on vit, d’entrouvrir la porte sur certains des défis qui l’attendent, et de percer certains mythes qui sont en train de devenir d'incontournables passerelles pour entrer dans le nouveau millénaire.Bonne lecture! PRÉSIDENT ET ÉDITEUR: JEAN SISTO RÉDACTEUR EN CHEF: ANDRÉ POITRAS COORDINATION ET RÉALISATION: ALAIN TURCOTTE TEXTES: MARTIN FRANCOEUR MISE EN PAGE: CLAUDE DESSUREAULT NORMAND AUBRY PHOTOGRAPHES: PATRICK BEAUCHAMP ALAIN BÉDARD STÉPHANE CÔTÉ MARIE DUHAIME CLAUDE GILL SYLVAIN MAYER CARICATURISTE: JEAN ISABELLE IMPRESSION: TR.OFFSET LA SOCIETE DE î ?ê\ f \ fr \ j; (Éfck.V , V'- v '«•"•"•L"* - \ *r [(INI ViVf^e \^o\p pltcltp Ils sont rares ceux et celles qui auront le privilège, au 1er janvier prochain, d'entrer dans un troisième siècle.Bien sûr, il faut ici faire abstraction des débats qui font varier la date de début du prochain siècle et du prochain millénaire.Peu importe, dans sept mois, si le bon Dieu veut bien le garder vivant, comme il aime le dire, Émilien Lachance aura vécu dans les années 1800, les années 1900 et les années 2000 À cent quatre ans, M Lachance profite encore de chaque nouvelle journée qu’il voit se lever.Et il est dans une forme qui pourrait faire rougir d'envie bien des jeunes sexagénaires, septuagénaires, octogénaires et nonagénaires.Ne le 19 mars 1895, en pleine fête de saint Joseph, Émilien Lachance avoue n'avoir jamais pense se rendre jusqu'à l'âge vénérable qu'il a atteint.«Il faut croire que saint Joseph a bien soin de moi», lance-t-il en riant.«Voir trois siècles, c'est rare.J'aimerais ça me rendre jusque là, mais j'y vais au jour le jour.Si le bon Dieu veut venir me chercher, je pourrai pas rien faire contre ça», complète-t-il.La voix franche, l'oeil rieur et le corps solide maigre les nombreuses années qu'il a traversées, M Lachance parle de l'an 2000 sans trop s'inquiéter.«Pourvu qu'on continue a recevoir nos pensions de vieillesse», blague-t-il.Le doyen de la résidence La Belle époque, qui est peut-être aussi le doyen de la région métropolitaine de Trois-Rivières, a travaillé pour le Canadien National pendant plusieurs années.Aujourd'hui, lorsqu'il regarde en arrière, il n'éprouve aucun regret.Et il affirme qu'«en cent ans, il s’en passe des affaires!» Evidemment, M.Lachance a vu passer les deux guerres II se souvient même de la journée, un mercredi, ou il a été appelé a Québec pour le classement militaire, lors de la Premiere Guerre mondiale.Il se souvient aussi de son séjour a Saint-Jean, puis de son retour a Saint-Casimir, d'où il est originaire et ou il a toujours demeuré avant de déménager dans l'agglomération trifluvienne.À vingt-cinq ans, il s’est marié.De cette union sont nés six enfants, trois garçons et trois filles, qui sont toujours vivants aujourd'hui.L'aîne a soixante-seize ans, alors que la cadette en a soixante-six C'est d'ailleurs un de ses fils, Gaston, qui a hérité de la derniere voiture de M Lachance, une Hyundai Pony qu'il a conduite jusqu'en janvier 1998.«C'était devenu trop difficile, l'hiver, dans la neige», fait-il remarquer Parce qu'il a vu le jour il y a environ 37 700 jours, M.Lachance est un témoin privilégié de l'évolution de notre société.Une evolution qui s'est faite et qui se fait encore a un rythme qu'il dit difficile à suivre.«Ça a bien changé.La religion, par exemple Dans mon temps, tout le monde allait a la grand-messe, où on avait droit a des sermons qui pouvaient durer jusqu'à une demi-heure.Aujourd'hui, en une d e m i - IM heure, la messe a le temps de finir», constate le Ouestrifluvien.Au-dela des grands changements sociaux dont il a pu être témoin, M.Lachance remarque aussi que le climat a change «Les tempêtes de neige, dans mon temps, c'était pas mal plus gros que ce qu'on voit aujourd'hui.Trois ou quatre pieds de neige, c'était pas rare», rappelle-t-il.Histoire de passer le temps de façon encore plus agréable, M Lachance a une fidele compagne, Mme Corida Sauvageau, qui habite aussi à la résidence La Belle époque.Ils se connaissent depuis près d'un quart de siècle, mais chacun a sa propre chambre.Le soir, avant d'aller au lit, notre plus que centenaire se fait un devoir d'aller dire bonne nuit à sa compagne.Émilien Lachance n'ose même pas penser au fait que chaque fois qu'il va au lit, c'est peut-être pour son dernier sommeil.Il a transcendé plusieurs lois de la nature, défié les statistiques sur l'espérance de vie et avec le moral qu'il affiche encore, il y a fort à parier qu'il dira bonne nuit à sa compagne encore longtemps.Assez longtemps, souhaite-t-il, pour voir arriver l'an deux mille auprès d’elle et auprès de ses proches.4 JEAN FORTIN & ASSOCIÉS SYNDICS INC PROBLEMES FINANCIERS?JOINDRE LES DEUX BOUTS, C'EST POSSIBLE! La faillite n'est pas toujours la solution.CONTACTEZ NOS EXPERTS TROIS-RIVIÈRES 3910, boul.des Forges Bureau 202 SHAWINIGAN • CAP DE LA MADELEINE ou meC Aux portes du prochain millénaire, les enjeux environnementaux sont nombreux.On parle de développement durable, de biodiversité, de protection des espèces, de la responsabilisation des entreprises polluantes, de normes de plus en plus strictes, de zonage adéquat On s'inquiète des bouleversements atmosphériques, des accidents écologiques, de la qualité de l'air ou de la déforestation.On parle beaucoup de nature, de terre, de faune et de flore Mais qu'en est-il de l'eau?- i_______ ' .: ¦ Le Québec, c'est connu, jouit d'une situation hydrographique particulière, qui en fait un des endroits privilégiés en ce qui a trait à l'approvisionnement en eau douce On retrouve ici 3 pour cent des réserves mondiales renouvelables en eau douce, ce qui est loin d'ètre négligeable.Avec ses quelque 500 000 lacs, ses rivières puissantes et son fleuve encore majestueux, le Quebec doit se pencher sérieusement sur la façon dont il veut bien gérer l'utilisation de l'eau sur son territoire.Certes, il aurait été tout aussi intéressant d'aborder certaines grandes questions comme l'hydro-électricité, la pollution industrielle ou la contamination des nappes phréatiques, mais c'est à la consommation de l'eau que l'on se doit, à l'aube du vingt et unième siècle, de porter une attention toute particulière.L'eau est considérée comme une ressource renouvelable, mais les conditions de renouvellement préoccupent de plus en plus les gouvernements, les intervenants environnementaux et la population en général.Entre 1972 et 1991, le rythme des prélèvements d’eau a doublé, passant de 24 à 45 milliards de mètres cubes par année.La production de thermoélectricité, l'industrie manufacturière, l'agriculture et les utilisations municipales constituent les principaux agents de prélèvement.Si certains estiment que les eaux superficielles et souterraines sont de plus en plus polluées, et que cela altère considérablement l'approvisionnement en eau propre et facilement accessible, d’autres se font un peu plus optimistes en jugeant m 'J'' Tt acceptable et somme toute assez bon l'état général de nos eaux de surface et de nos eaux souterraines.Le ministre de l'Environnement, Paul Begin, est de ceux-là.Mais en initiant une consultation publique qui doit mener à l’élaboration d'une politique de l'eau, il s'est positionné, au nom de son gouvernement, en faveur de la prévention et de la gestion adequate des ressources.Dans un préambule au document de consultation servant de base aux audiences que doit mener le Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BARE) afin d'en arriver à l'élaboration d'une politique de l'eau, le ministre estime qu'il est «primordial de s'intéresser non seulement à la protection et à la conservation de l'eau, mais également de favoriser de manière dynamique sa mise en valeur».Dans les régions habitées du Québec, les réserves renouvelables en eau sont évaluées à environ 200 kilomètres cubes.L’eau souterraine extraite à 0,2 pour cent de cette réserve et elle est utilisée à 54 pour cent à des fins de consommation humaine, à 39 pour cent pour l’agriculture ou la production d'aliments, et à 7 pour cent pour différents usages industriels.Quant au prélèvement d'eau de surface, il ne représente que 0,5 pour cent du volume brut annuel d'eau disponible.6 Les municipalités en prélèvent 49 pour cent, le secteur manufacturier 46 pour cent, et le secteur des mines et de l'agriculture 5 pour cent.En ce qui a trait aux prélèvements effectués par les municipalités dans le fleuve, les cours d'eau et les lacs, ils fournissent de l'eau potable à 5,5 millions de Québécois.En fait, 45 pour cent de la population est alimentée par l'eau du Saint-Laurent, 35 pour cent par les lacs et les rivières, et 20 pour cent par les réserves d'eau souterraine.C'est donc la consommation d'eau potable qui se retrouve, plus que jamais, au coeur des débats sociaux.Au coeur de ces discussions: la diminution de la consommation de l'eau, afin de protéger la ressource et d'en assurer sa pérennité.Et ce sont en grande partie les municipalités qui sont ici visées.Selon des spécialistes, le problème des infrastructures municipales d’eau et d'égouts ira en s'aggravant au Canada Des investissements massifs sont nécessaires et même si, déjà, plusieurs municipalités bénéficient de subventions pour l'assainissement des eaux, il reste encore beaucoup de chemin à faire.Quoi qu'il en soit, la conservation de l'eau demeure le moyen idéal de limiter le plus possible l'expansion des infrastructures.Pour convaincre les citoyens de la nécessité de consommer moins d'eau, plusieurs municipalités privilégient l’installation de compteurs d'eau résidentiels.Dans certains cas, la consommation d'eau diminuait de 10 à 20 pour cent.En 1994, environ 52 pour cent de la population urbaine du Canada habitait dans des résidences munies de tels compteurs.Pourtant, selon Environnement Canada, près des deux tiers de la population canadienne paient l'eau à des tarifs qui n'incitent pas à sa conservation.Une étude sur les structures tarifaires menée en 1994 révèle que 43 pour cent de la population est assujettie à une structure de taux fixe, c'est-à-dire qui ne tient pas compte du volume consommé.Le but est clair.En réduisant les prélèvements d'eau dans nos lacs et cours d'eau, et en réduisant aussi le volume d'eaux usées à traiter, on préserve de façon plus efficace les sources d'eau potable, ce qui inévitablement favorisera l'équilibre écologique des écosystèmes aquatiques vulnérables.Parallèlement à ces enjeux de gestion prudente et responsable, le gouvernement du Québec considère que l'eau constitue un des actifs privilégiés pour aider à raffermir sa position socio-économique.Et récemment, la porte s'est ouverte sur un des plus beaux débats auxquels l'eau a donné naissance, celui de l'exportation.Évidemment, le principe de l'utilisateur-payeur appliqué à la consommation domestique doit s’accompagner, disent les spécialistes, d'un programme d'éducation et de sensibilisation adéquat.Il est là, le défi.serait possible, sans trop d'efforts croit-on, de réduire la consommation domestique de 40 pour cent.Déjà, certaines municipalités sont engagées dans des programmes de gestion de la demande en eau potable, plutôt que de chercher, souvent à des coûts exorbitants, de nouvelles sources d'approvisionnement.'#>¦ Que ce soit par l'installation de compteurs d'eau, de systèmes de recyclage, de réutilisation des eaux usées ou de dispositifs de limitation du débit, les initiatives dites structurelles permettent de réduire la consommation avec un certain succès.À cela s'ajoutent des interventions opérationnelles, comme la restriction de la consommation ou le colmatage des fuites, des interventions économiques, comme les structures tarifaires, et des interventions socio-politiques, comme l'éducation du public ou les mesures réglementaires.Ce ne sont pas les idées, ni les moyens qui manquent, si bien qu'un système efficace de réduction de la consommation est en train d'être mis en place un peu partout.Plus précisément, c'est l'eau embouteillée qui a déclenché les réflexions les plus passionnées.Au Québec, l'eau embouteillée est une industrie florissante, qui rapporte beaucoup.Devant le potentiel que représente la commercialisation et l'exportation de l'eau, certains ont même désigné cette richesse comme étant l'«or bleu» du Québec.Le marché de l'eau pourrait devenir un enjeu économique majeur.Déjà, dans les années 80, on envisageait d'exporter massivement de l'eau à l'aide de bateaux-citernes, un peu à la manière des navires pétroliers.Il y a deux ans, le sujet a été ramené au coeur de l'actualité par les propositions d'un comité à la tête duquel se trouvait Jean Coutu, le propriétaire de la chaîne de 7 pharmacies du même nom.La formation de ce comité découlait du sommet économique de 1996 et sa mission était de trouver des nouvelles avenues pour la création d'emplois et le développement économique À ceux qui avancent que les prélèvements effectués par les embouteilleurs sont sauvages et qu'ils altèrent les réserves en eau, différents intervenants de cette industrie rappellent que le marché mondial de l'eau embouteillée équivaut au débit d'aqueduc de la ville de Laval.Mieux encore, la totalité de l'eau actuellement exportée par les embouteilleurs du Québec équivaut à la consommation d'un village de 500 habitants.Des spécialistes d'Environnement Canada ont pourtant fait remarquer, récemment, que c'est à tort que l'on considère que l'abondance d'eau douce est acquise.Les fluctuations importantes des niveaux d'eau des Grands Lacset du fleuve Saint-Laurent, de même que l'incertitude quant aux impacts de futurs changements climatiques, tendent à démontrer que l'ensemble du bassin des Grands Lacs et du Saint-Laurent devrait être mis à l'abri de projets d'exportation d'eau.Les changements climatiques appréhendés sont à l'origine de ce holà qu'on semble vouloir mettre aux projets d'exportation d'eau.L'évaporation naturelle plus abondante, les besoins pour l'irrigation en cas de sécheresse, la hausse de la consommation résidentielle ne sont que quelques-uns des facteurs avancés par les spécialistes pour justifier une intervention visant a s'assurer de l’intégrité des bassins d'eau douce.Un consensus social semble peu à peu se révéler par les sondages et les consultations publiques.Monsieur et madame Tout-le-monde, de même que les représentants de divers groupes de pression, s'opposent à l'exportation d'eau et ~r à l'idée même de commercialisation de cette ressource, qualifiée de patrimoniale et collective.Pendant que le Québec attend les conclusions des audiences publiques et le dépôt de sa politique de l'eau, les gouvernements de la Colombie-Britannique et de l'Alberta ont adopté une loi leur permettant d'interdire toute exportation massive de leurs eaux brutes.L'initiative risque de s'étendre à plusieurs autres provinces canadiennes, puisque Ottawa a demandé aux provinces d'adopter des moratoires afin d'interdire toute forme d'exportation d'eau en vrac.Le fédéral avait même annoncé son intention d'adopter une loi lui permettant d'interdire les prélèvements massifs d'eau de surface ou souterraines à des fins d'exportation, ainsi que les dérivations de cours d'eau et les excès d'utilisation d'eaux souterraines en bordure des frontières.Quoi qu'il en soit, il s'agit là d'un sujet qui débordera sur les premières années du millénaire qui se pointe.Aurait-on osé envisager, un jour, que l'eau, le produit le plus banal qui soit, la ressource qui n'a pas de valeur en soi, devienne un des enjeux majeurs sur le plan socio-économique?Aurait-on pu prédire que certains voient en cet «or bleu» une opportunité commerciale attrayante?Ce n'est pas demain que partiront les premiers navires chargés d'eau québécoise en direction de pays moins favorisés.Mais le seul fait d'en avoir soulevé la possibilité a donné naissance à un débat des plus passionnés.8 es et es e- té nt »r- rs /e à o- s, a ?s 3- e
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