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Titre :
Argus
Éditeur :
  • Montréal (Québec) :Corporation des bibliothécaires professionnels du Québec (CBPQ),[1971]-2021
Contenu spécifique :
Vol. 44, No 1
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
trois fois par année
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Bulletin de nouvelles (Corporation des bibliothécaires professionnels du Québec)
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Argus, 2015, Collections de BAnQ.

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[" -¦-rh-' mou ic dictionnaire cl se donnant hc.uu sans do* .i ccttc bonne volonté dont il fit pr.descendre dans la classe inferieure; car.n'iI s.t.règles, il riavait guère d'élégance dans les toun : son village qui lui avait commence le latin mie, ne l'ayant envoyé au collège que le plus tare Son père, M.Charles-Denis- Rartholomé Bovarf, ah?l urgien-major, compromis, vers 1812, dans des affaire lion, et forcé, vers cette époque, de quitter le servi profité de ses avantages personnel^-pour saisir au p.i de soixante mille francs, qui s\u2019otfniit en la fille durKmar tier, devenue amoureuse de sa taftirnurfc Bel hoüitmV I.sonner haut ses éperons, portant desVa vprîr les doigts toujours gapurtlebagues et habille/vie il avait l'aspect d'pfTbrave.avec l'cntrain faedejfin geur.Une fois marié, il vécut deàx bp4rQi&-atfsM\" femme, dînant biçn.se levant tara, lutnanf porcelaihty.Dc rentrant lu soir qu après le spect-wJ^i cafés.I* beau père mourut et laissa peu de ch^ -.v se lança dans la fabrique, y perdu la campagne, où il voulut taue valoir.\tj guère §lus eg ^iltgjV qugn im|fgtU4^i S lieu de I* envefer au labour, bc# \u2022 le vendre ch flam.r.\t1 mrafl !\t*\\/ \\ In luuoium CÂm k * ur< J, \u2022 lui» Kl pnoMv fut niwü > -Sr/v.c c \u2022« \u2022 \u2022 \u2022\u2022 LIVRE S US TOUTES FORMES .1 rm c lU»W*l II Pour toutes vos fournitures, pensez BRPL ! Livraison en 48 h maximum ( beaucoup v de travail) Pour chaque ) commande! J Merci de faire travailler des gens du Québec ! r \u2018;tAwa! PRÉSJ06HT.Meilleurs prix \u2022 Livraison rapide \u2022 Service personnalisé 1-877-675-2775 www.bibliorpl.com Catalogue en ligne BIBLIO RPL Liée ARGUS VOLUME 44, N° 1 LE MOT DE PRÉSENTATION // 5 Le livre dans tous ses états [Marie-Eve Auclair] Le livre comme objet sensoriel\t// 6 L\u2019élan faustien vers la bibliothèque numérique\t// 10 Le livre numérique québécois en bibliothèque : Libérez le trésor [Lino Tremblay et Jean-Daniel Bourgault] // 15 Pour un accès égal à la lecture\t// 20 Wuxia le renard, un univers, un concept et une vision // 25 Le paradoxe de l\u2019informatique : conservation ou destruction de la mémoire du texte?// 30 « La terre est bleue comme une orange » : BleuOrange, une revue de littérature hypermédiatique [Alice van der Klei] // 35 La collection Baby : une collection phare des bibliothèques de l\u2019Université de Montréal // 39 Les figures multiples du codex\t// 44 De l\u2019argile au nuage: une archéologie du catalogue // 48 Les booktubers et leur rôle dans la promotion des livres et de la lecture Il 51 La littérature jeunesse en classe pour soutenir le développement des élèves du primaire [Isabelle Montésinos-Gelet et Marie Dupin de Saint-André] // 56 SHARP 2015 - Générations et régénérations du livre Il 59 Rethinking the history of the book -Report of a first time attendee at SHARP, 2015 // 63 HORS THÈME L'équipe de la revue Argus // 66 Corporation des bibliothécaires professionnels du Québec Corporation of Professional Librarians of Quebix ».VIS ; d 3 607 Régime à base d'aliments crus Disponible à 613.265 Obtenez votre exemplaire de la 23é édition dès cet automne.De nouveaux concepts apparaissent constamment tels que l'alimentation vivante, l'infonuagique, la psychologie positive et l'hameçonnage, et les éditeurs de la Classification décimale DeweyMD demeurent à l'affût.En étroite collaboration avec les bibliothécaires, ils s'assurent que les révisions reflètent les besoins actuels des usagers des bibliothèques pour que la Classification décimale DeweyMD soit toujours à jour, pertinente et indispensable.1023 1 CDD 23\t1 ii «U* Il eUSSinCATIOHDÉjCIMW-É 23\" ÉDITION VOLUME\t§ {.î « ÜIBOSM*»» Q/ted Contactez-nous pour le coût d\u2019abonnement du nouveau Web Dewey\tÉdition papier : 600,00 $+taxes Pour information : www.asted.org | info@asted.org | 514 281-5012 LE MOT DE PRÉSENTATiON Le livre dans tous ses états Le présent numéro d'Argus aborde ce que nous, bibliothécaires, connaissons tous et apprécions le plus : le livre.Le livre, cet ami fidèle qui nous suit à travers toutes les étapes de notre vie, de la petite enfance à l'âge adulte, et bien souvent jusqu'au dernier jour de notre existence; comme une ultime façon de vivre, d'aimer et de rêver.Qu'est-ce que le livre?Et la lecture?Le livre se transforme, se fait chérir, malmener puis comme le phénix, il renaît de ses cendres, sous une forme ou une autre.Les auteurs de ce numéro consacré au livre sous toutes ses formes se questionnent sur le livre papier; son avenir avec Virgile stark, sa matérialité avec Jean-Luc Fortin et même sa genèse avec Denise Landry.Le livre numérique est, lui aussi, au cœur des préoccupations.Lino Tremblay et Jean-Daniel Bourgault, enthousiastes, y voient un trésor à libérer en bibliothèque.Dans le même esprit, Véronique Parenteau perçoit le livre numérique comme un excellent outil de démocratisation de la lecture pour les malvoyants.Quant à lui, Jonathan Bélisle a créé un livre bien particulier qu'il nous présente ici; un ouvrage pour lequel une application numérique a été conçue, non pour remplacer le livre, mais plutôt pour le dynamiser.Peu importe, cet exemplaire d'Argus, se veut une fête, une célébration du livre dans tous ses états puisqu'entre les pages de cette revue, le regard porté sur lui et son avenir, qu'il soit inquiet ou confiant, est toujours empreint d'affection.En ce début de XXie siècle, le livre, sous toutes ses formes continue à fasciner, à questionner et à interpeller.il donne lieu à des congrès internationaux tels que le relatent Jacques Hellemans et Robin Desmeules ou à des ouvrages spécialisés dont L'argile au nuage que nous présente Marcel Lajeunesse.Le livre change.La littérature vit et se transforme aussi.Elle peut être questionnée, mais elle doit aussi trouver son public, comme le rapporte Alice van der Klei en nous parlant de la revue bleuOrange, une revue de littérature hypermédiatique.Le livre est papier ou numérique.il est artéfact de collection dans le texte de Marcel Lajeunesse ou œuvre d'art dans l'article d'Élise Lassonde.il est de son temps et envahit les médias sociaux, devenant objet de communication.il lance des tendances, comme celles des « booktubers » que nous décrit Amara Merieme.il se fait aussi outil didactique et soutien le développement des écoliers comme l'expliquent Marie Dupin de Saint-André et isabelle Montésinos-Gelet.Par sa capacité à se réinventer, sans se perdre, en cette ère du numérique, le livre demeure en phase avec son époque et pérennise son existence, comme l'illustrent bien les différents articles et textes de ce numéro.Bonne lecture! Marie-Eve Auclair Rédactrice en chef COMITÉ DE RÉDACTION MARIE EVE AUCLAIR - RÉDACTRICE EN CHEF EDWARD BILODEAU VIOLAINE FORTIER YVON ANDRÉ LACROIX CHARLES LECOURS PELLETIER // COLLABORATION RÉGINE HORINSTEIN // CORRECTIONS ET RELECTURE MERCI A CLAUDE BONNELLY MARISE BONENFANT JULIETTE TIRARD COLLET MARIE TREMBLAY // ILLUSTRATION DE LA PAGE COUVERTURE J WSTEWART WWWJWSTEWARTNET/ILLUSTRATION // DIRECTION ARTISTIQUE MARTINE MAKSUD MAKSUDGRAPHISME COM // IMPRESSION JB DESCHAMPS // PUBLICITÉ AURORE ACAPO 514 845 3327 // ARGUS SUR LE WEB HTTP//CBPQ QC CA/PUBLICATIONS/ARGUS DÉPÔT LÉGAL BIBLIOTHEQUE NATIONALE DU CANADA BIBLIOTHEQUE NATIONALE DU QUÉBEC ISSN 0315 9930 POSTE PUBLICATION 40021801 TIRAGE 1000 EXEMPLAIRES // ARGUS EST UNE REVUE PUBLIEE TROIS FOIS LAN PAR LA CORPORATION DES BIBLIOTHECAIRES PROFESSIONNELS DU QUEBEC (CBPQ) DONT LE SIEGE SOCIAL EST SITUE AU 1453 RUE BEAUBIEN EST BUREAU 215 MONTRÉAL (QUÉBEC) H2G 3C6 TÉLÉPHONE 514 845 3327 TÉLÉCOPIEUR 514 845 1618 INFO@CBPQ QC CA // TOUS LES TEXTES PUBLIÉS DANS LA REVUE EXPRIMENT LES POINTS DE VUE ET OPINIONS DES AUTEURS ET NENGAGENT QUE CEUX CI ABONNEMENT ANNUEL 33$ (QUÉBEC TARIF INDIVIDUEL 12 $ LE NUMÉRO ) QUÉBEC INSTITUTIONNEL 40 $ (15 $ LE NUMÉRO) CANADA 48 $ (17 $ DU NUMÉRO) ÉTATS UNIS 48 $ CAD (17 $ CAD DU NUMÉRO) ÉTRANGER 50 $ CAD ÉTUDIANTS (QUÉBEC CANADA) 23 $ TOUTE DEMANDE CONCERNANT LES NUMÉROS MANQUANTS DOIT ÊTRE ENVOYÉE AU PLUS TARD UN MOIS APRES LA DATE DE PARUTION AU SECRÉTARIAT DE LA CBPQ TOUTE REPRODUCTION DES ARTICLES EN TOTA LITÉ OU EN PARTIE DOIT ÊTRE AUTORISÉE PAR LE COMITÉ DE RÉDACTION LES ARTICLES DE LA REVUE SONT INDEXÉS DANS > ARTICLEFIRST (OCLC) > FRANCIS > LIBRARY INFORMATION SCIENCES TECHNOLOGY ABSTRACTS (LISTA) > LIBRARY LITERATURE > REPERE > WILSON OMNI argus | VOLUME 44 - NO 1 I 5 DOSSIER / LE LIVRE DANS TOUS SES ÉTATS Le livre comme objet sensoriel JEAN-LUC FORTIN/ Le livre paraît différemment selon les dispositions de celui qui le regarde et l\u2019environnement où il se trouve.Celui qui ne lit pas regarde les livres distraitement; ils ne sont pour lui que des objets plus ou moins différenciés par leur format et leur couleur.S\u2019il sait lire, il prend rarement le temps de regarder les titres et encore moins le nom de l\u2019auteur; cela lui importe peu.Les livres le laissent indifférent.À l\u2019occasion, il va même ironiser sur ceux qui s\u2019y intéressent.Sa relation avec livre ne va pas plus loin qu\u2019un regard Image extraite du film Centochiodi indifférent sur un objet commun.d'Ermanno Olmi (2007).Au contraire, certains sont sensibles au livre parce que c\u2019est un objet qui les dérange ou les excite.La vue d\u2019une bibliothèque ou d\u2019une librairie éveille leur désir de vengeance ou leur instinct pyromane.Dans la sphère domestique, le livre peut engendrer du ressentiment chez les personnes privées de l\u2019écoute et de la disponibilité d\u2019un proche constamment absorbé par la lecture.Dans le film Centochiodi (2007) de Ermanno Olmi, un jeune professeur de philosophie des religions, dans un geste symbolique de rébellion, crucifie littéralement sur le plancher cent précieux incunables de la bibliothèque universitaire de Bologne.Ses motifs de rébellion : la religion ne sauve pas le monde, car il y a plus de vérité dans une caresse que dans toutes les pages de ces livres, et Dieu ne parle pas avec les livres.Il arrive que le livre soit vu comme un objet maudit, maléfique ou magique.Ce thème a été exploité dans le roman et au cinéma.Dans la nouvelle et le roman, il en existe maints exemples.Récemment, l\u2019italien Marcello Simoni a écrit II mercante di libri maledetti (2011), paru en français en 2013 sous le titre Le marchand de livres maudits.À l\u2019opposé de ceux que le livre indiffère, de ceux qui le honnissent ou de ceux qui craignent son pouvoir, il y a ceux qui apprécient la proximité du livre, qui l\u2019observent, qui le touchent, le manipulent et parfois le sentent.S\u2019approcher du livre n\u2019implique pas qu\u2019on soit nécessairement un lecteur assidu.Même un analphabète peut prendre plaisir à la vue des Bibliothécaire retraité de l'Assemblée nationale du Québec depuis 2000.Membre de la Corporation des bibliothécaires professionnels du Québec depuis 1969.Détenteur d'une maîtrise en bibliothéconomie et sciences de l'information de l'Université de Montréal.A occupé différents postes à la Bibliothèque de l'Assemblée nationale du Québec età la Bibliothèque de l'Université Laval.A été chef du département bibliographique de la Bibliothèque nationale de Côte d'ivoire et responsable d'une bibliothèque ministérielle dans l'administration québécoise./ jlmfortin@hotmail.com 6 DOSSIER / LE LIVRE DANS TOUS SES ÉTATS Codex Processianus I.livres, surtout dans les bibliothèques et les librairies.Lorsqu\u2019ils sont rassemblées en quantité, les livres impressionnent par la répétition et la longueur presqu\u2019à l\u2019infini des rayonnages, parfois d\u2019une hauteur imposante.Certains lecteurs occasionnels s\u2019intéressent peu à l\u2019apparence des livres, ou à la qualité de la reliure et du papier.Ce qu\u2019ils veulent, c\u2019est un livre qui réponde à leur question du moment.À r ¦ r ¦zzas UKLü Il arrive que le livre soit vu comme un objet maudit, maléfique ou magique.Ce thème a été exploite' dans le roman et au cine'ma.l\u2019occasion, ils vont tout au plus considérer certaines qualités d\u2019un livre, comme les illustrations et la clarté de la présentation.Il y a cependant des lecteurs occasionnels qui sont attirés par le livre comme objet, tout comme beaucoup de lecteurs assidus, de bibliophiles et de bibliomanes.On peut aimer les livres pour leur apparence.Il est indéniable que l\u2019esthétique a un effet positif sur le succès de certaines collections d\u2019éditeurs.Certains acquièrent des livres reliés uniquement pour le paraître.« No furniture is as charming as books, even if you never open them, or read a single word » (Smith, 1855, vol.I, p.214).On peut aimer le contact physique avec les livres.Roland Caillois dit à propos de son frère Roger Cail-lois qu\u2019il « avait un amour physique des livres » (Cournot, 2012, p.98).C\u2019est une délectation des bibliophiles que de toucher le grain des couvertures et de caresser les pages, mais c\u2019est aussi un plaisir pour beaucoup de lecteurs ordinaires.« Si Internet n\u2019a pas monopolisé les ventes, c\u2019est que dans le pays, les gens souhaitent encore toucher le papier et palper les livres avant de les acheter » (Actualitte.com, 17 avril 2011).Une éducatrice fait un constat semblable à propos des jeunes écoliers : « They are so happy touching the books » (Cheakalos, 2015).Pour les tout-petits, des éditeurs proposent des livres « qui se lisent autant avec les yeux qu\u2019avec les doigts ou les oreilles » (Milan éditions, 2011).Outre l\u2019aspect visuel et tactile, des lecteurs s\u2019attachent à d\u2019autres particularités, comme l\u2019odeur ou le bruit du papier et du livre qu\u2019on ouvre.On avait autrefois, du moins occasionnellement, l\u2019obligation du coupe-papier et du bruit des pages cou- - pées, mais maintenant le cas est plutôt rare.I 7 argus I VOLUME 44-N°1 DOSSIER / LE LIVRE DANS TOUS SES ÉTATS « Les plaisirs du coupe-papier sont des plaisirs tactiles, acoustiques, visuels - et plus encore mentaux.Pour avancer dans la lecture, il faut d\u2019abord un geste qui attente à la solidité matérielle du livre » (Calvino, 1982, p.47).Quant aux odeurs, elles sont omniprésentes dans la littérature.Pour certains, c\u2019est la première chose que le lecteur perçoit d\u2019un livre.C\u2019est la position du bibliothécaire et auteur italien Mauro Giancas- On peut aimer les livres pour leur apparence.Il est indéniable que l\u2019esthétique a un effet positif sur le succès de certaines collections d\u2019éditeurs.pro, qui a écrit l\u2019ouvrage L\u2019odore dei libri, publié en 2007 par l\u2019éditeur Grimaldi & C.Ne parlons pas de la poussière, elle peut être sur les livres, mais elle n\u2019en est pas un élément constitutif.Les deux extrêmes se voisinent : soit on se limite à dire que les livres sentent quelque chose, soit on identifie des odeurs très concrètes.Certains lecteurs - ou non-lecteurs - ont l\u2019odorat très sensible.Il y a des odeurs qui ne surprennent pas étant donné les éléments matériels qui constituent un livre.D\u2019autres odeurs spécifiques s\u2019expliquent scientifiquement par la chimie.Les auteurs qui restent dans le vague parlent de « vieux livres puants » (Libis, 2000, p.123), « d\u2019odeurs parfois déplaisantes » (Dantzig, 2012, p.205), ou encore de ce que « [ç] a pue les mots en décomposition » (Kaminsky, 1997, p.94).Mais on dit aussi le contraire : « vous sentez bon, vous sentez les livres » (Laclavetine, dans Chaintreau, 1993, p.161).Dans une veine parfaitement neutre, à définir par le lecteur : « [q]uant aux bouquins eux-mêmes, amoncelés ici depuis des lustres, ils distillent doucettement une senteur chronique, nullement désagréable au demeurant, et qu\u2019on reçoit en pleine figure lorsqu\u2019on ouvre un de ces gros traités.» (Libis, 2000, p.16); ou encore « ça sentait diablement la matière grise » (Musil, 2011, tome 1, p.616).Quant aux odeurs spécifiques, elles sont multiples.Les odeurs de moisi et de champignon semblent dominantes, décrites comme « un léger fumet de moisi, de champignon » (Libis, 2000, p.21).Certaines odeurs vont de soi : « Oh! qu\u2019elle aimait l\u2019odeur du lieu, mélange de vieilles reliures, de cuir, de colle et de tampons encreurs » (Smith, 1946, p.18).D\u2019autres nous amènent dans le pré, reconnaissant « toujours, de livre en livre, ce vague parfum d\u2019herbier, ces relents de tisanes, de trompette-de-la-mort » (Libis, 2000, p.21).L\u2019herbier revient assez souvent tel ce papier de Boivert, qui « exhale des notes végétales, plus ou moins prononcées » (Boisvert, 2013).BIBLIOGRAPHIE PRINCIPALES SOURCES EN FRANÇAIS Chaintreau, Anne-Marie et Renée Lemaître.1993.Drôles de bibliothèques.Paris : Éditions du Cercle de la librairie, 416 p.Cournot, Michel.2012.De livre en livre.Paris: Éditions Gallimard, 283 p.(Coll.L'un et l'autre) Gilmont, Jean-François.2000.Une introduction à l'histoire du livre, du manuscrit à l'ère électronique.Liège, Belgique : Éditions du CÉFAL, 154 p.Libis, Jean.2000.La bibliothèque.Monaco : Éditions du Rocher, 174 p.Nodier, Charles.1993.L'amateur de livres.Pantin, France : Le Castor Astral éditeur, 132 p.AUTRES SOURCES AbeBooks, La Fine Pointe.2014.«Sensory fiction ou le livre sensoriel ».[www.abebooks.fr/blog/index.php/2014/03/27/sensory-fiction-ou-le-livre-sensoriel] ActuaLitté.« Livres rares et interdits, chez un libraire de Jordanie ».[www.actualitte.com/article/monde-edition/livres-rares-et-interdits-chez-un-libraire.] Bible.Nouveau Testament.2001.« Apocalypse de Jean »/ traduction de Jacques Brault et Jean-Pierre Prévost, dans La Bible, Paris : Bayard; Montréal : Mediaspaul, pp.2695-2720.Blasselle, Bruno.2008.Histoire du livre.Paris : Éditions Gallimard, 319 p. .&\\\\5> V Prototype de livre enrichi appelé « sensory fiction » mis au point par des chercheurs du MIT.Après avoir vu le livre, l\u2019avoir touché, l\u2019avoir senti, avoir entendu le bruit des pages qu\u2019on tourne ou qu\u2019on coupe, du bouquin qu\u2019on referme, va-t-on jusqu\u2019à le manger?Il nous arrive d\u2019entendre quelqu\u2019un dire qu\u2019il a dévoré un livre, mais habituellement, on comprend qu\u2019il a été captivé par sa lecture.En général, il semble que seuls les très jeunes enfants - de six à douze mois, selon les spécialistes du comportement enfantin - fassent l\u2019expérience de goûter matériellement le livre.Cependant, dans l\u2019Apocalypse (10 : 8-11), la voix du ciel dit à Jean : « Va, prends le volume ouvert dans la main du messager [.] Prends et dévore-le [.] Je pris le volume [.] et le dévorai; il avait dans ma bouche la douceur du miel.» (Bible.Nouveau Testament, 2001, p.2706).En s\u2019inspirant de l\u2019Apocalypse, quelques auteurs ont carrément versé dans la dégustation et la bibliophagie (Chaintreau, 1993, p.47).Des chercheurs du MIT ont mis au point un prototype g de livre enrichi appelé « sensory fiction » dont le but ë E « est de permettre aux lecteurs de percevoir les sensa-§ tions des personnages » (AbeBooks.fr, 27 mars 2014).® O Le dispositif associe a cette lecture « augmentée » est g Q- pour le moment un peu encombrant : le lecteur doit revêtir un gilet ou un harnais intégrant différentes technologies propres à modifier ou amplifier les sensations concomitantes à la progression de la lecture, telles des modifications de l\u2019ambiance lumineuse, un rythme cardiaque accéléré ou ralenti, une sensation de froid ou de chaleur, des vibrations ou tremblements, une pression externe sur certaines parties du corps, etc.Cette expérience de lecture très physique nous fera-t-elle délaisser le plaisir du livre imprimé?X Boisvert, Richard.2013.«Le numérique n'a pas d'odeur», [www.lapresse.ca/le-solei l/arts-et-spectacles/l ivres/201304/04/01-4637751-le-numerique] Calvino, Italo.1982.Si par une nuit d'hiver un voyageur.Paris : Éditions du Seuil, 281 p.(Coll.Points, R81) Casalegno, Giovanni, dir.2011.Storie di libri, amati, misteriosi, male-detti.Torino : Einaudi editore, XVII, 348 p.Cheakalos, Christina.2015.«The gift of books», [www.uft.org/feature-stories/gift-books] Dantzig, Charles.2012.Pourquoi lire?Paris: Librairie générale française, 212 p.(Coll.Le livre de poche, 32306) Kaminsky, Stuart M.1997.« L'homme qui détestait les livres», dans Charyn, Jerome, dir.Le nouveau noir;nouvelles.Paris : Éditions Gallimard, tome II, pp.83-104 Milan Éditions.2011.«Anatole, livre à toucher».[Iivre.fnac.com/ a633890/Anatole-livre-a-toucher-Anatole-a-la-ferme-Deborah-Pinto] Musil, Robert.2011.L'homme sans qualités.Paris : Éditions du Seuil, 2 vols, 891 et 1307 p.(Coll.Points) Nati per leggere.« Caratteristiche dei libri per fascia di età » [www.natiperleggere.it/index.php7id-18] Smith, Betty.1946.Le lys de Brooklyn.Extrait dans Chaintreau, 1993, p.189.Smith, Sydney.1855.Memoir of the Rev.Sydney Smith.New York: Elarper & Brothers, publishers, vol.1,378 p.I 9 argus I VOLUME 44-N°1 DOSSIER / LE LIVRE DANS TOUS SES ÉTATS L'élan faustien vers la bibliothèque numérique Texte d'opinion d'un bibliothécaire français VIRGILE STARK/ S\u2019il est une chose frappante, aujourd\u2019hui, dans le monde des bibliothèques - et tout particulièrement aux yeux d\u2019un bibliothécaire dont la carrière a débuté avant l\u2019explosion des nouvelles technologies -, c\u2019est bien l\u2019atmosphère de mobilisation générale qui y règne.L\u2019heure est venue du rassemblement de toutes les forces vives autour du grand projet numérique.Il n\u2019y a plus une seconde à perdre.Il n\u2019est, semble-t-il, même plus temps de réfléchir, de préparer ou d\u2019organiser : toute pause préliminaire à l\u2019action serait perçue comme un atermoiement et comme une preuve de timidité.La Technique nouvelle demande de l\u2019audace et, surtout, de la hâte.C\u2019est qu\u2019elle n\u2019attend pas; Le Système technicien a dévoré les bibliothèques avec d\u2019autant plus d\u2019efficacité et de rapidité que le bibliothécaire aspirait depuis longtemps à se rénover, à se défaire de son image désuète et hiératique.depuis que j\u2019ai commencé la rédaction de cet article, la Technique a encore fait un bond, peut-être deux.Celui qui, sur le quai des grands départs modernes, hésite à monter dans le train de l\u2019innovation permanente, se condamne à être toujours en retard - et le retard, bien entendu, c\u2019est le péché capital.De tous côtés, les chantiers se mettent en branle.La machinerie informatique emporte avec elle la totalité des énergies.Les mots d\u2019ordre sont partout les mêmes et sont proférés avec l\u2019ardeur et la régularité oppressives des propagandes d\u2019Etat : numériser les fonds (de toute urgence, cela va de soi), conquérir les « réseaux sociaux », passer au « Tout électronique », créer des « learning centers », dématérialiser ce qui peut l\u2019être, équiper les établissements en postes informatiques, tablettes et tous types d\u2019écrans, transformer les bibliothèques en « bases » hyperconnectées dont la nature, si elle reste difficile à cerner, devra s\u2019éloigner le plus possible, voilà qui est sûr, de son image traditionnelle de sanctuaire du livre.Le livre, en somme, est devenu le repoussoir des bibliothèques.On ne sait pas exactement où Ton va, mais on sait qu\u2019on va au-delà, après le livre : la cause est entendue.Le livre?Qu\u2019est-ce au juste?Un texte, rien de plus; et pourquoi ne pourrait-on pas lire un texte sur un autre support que le codex?Ce qu\u2019il fallait démontrer.Nous n\u2019avons donc plus besoin du livre de papier, vieux grigri obsolète, qui ne sera regretté par personne - voyez comme il est encombrant, lourd, obtus, éteint, lamentablement clos sur lui-même - et qui aura toute sa place dans quelque musée des grandeurs passées.De ces démonstrations simplistes et arbitraires, les bibliothécaires sont abreuvés quotidiennement par divers chercheurs en sociologie ou futurologie, et Virgile Stark est le pseudonyme d'un bibliothécaire français.Il a commencé sa carrière à la Bibliothèque nationale de France, où il a pu observer pendant plus de dix ans les effets des innovations techniques sur son milieu professionnel.Il exerce aujourd'hui dans une bibliothèque universitaire.Ardent lecteur, il milite désormais pour la défense du livre de papier, qu'il juge indispensable à la préservation de la mémoire et de la culture.Il est l'auteur du livre « Crépuscule des bibliothèques » aux Éditions les Belles Lettres./ bigabuse@gmail.com 10 DOSSIER / LE LIVRE DANS TOUS SES ÉTATS ujnq 04 ainsea^ci e aussi, bien entendu, par leurs propres collègues.Des slogans, des arguties, des clichés s\u2019affichent en permanence sur leurs écrans et dans tout leur espace mental.Le projet numérique, véritable Grand Œuvre de l\u2019ère moderne, avance en dépit des critiques, comme un rouleau compresseur idéologique.Les discours sur la « cohabitation » du livre et des écrans ne sauraient faire illusion : peu importe, au fond, qu\u2019une telle cohabitation soit possible.Si elle rassure les plus timorés, c\u2019est tant mieux; mais la machine est en marche, et il n\u2019est pas question de l\u2019arrêter.Pour paraphraser Gilles Lipovetsky : Le Livre est mort, et tout le monde s\u2019en fout.Qu\u2019il survive un temps, qu\u2019il dure, qu\u2019il perdure, qu\u2019il s\u2019accroche, c\u2019est sans importance : la messe est dite, car il est bien évident que nul ne songerait décemment à faire marche arrière et à ne pas aller au bout de la logique technicienne.Le Système technicien a dévoré les bibliothèques avec d\u2019autant plus d\u2019efficacité et de rapidité que le bibliothécaire aspirait depuis longtemps à se rénover, à se défaire de son image désuète et hiératique.Il souffrait d\u2019un élan faustien vers la vie et la jeunesse; aussi étrange que cela puisse paraître, c\u2019est une machine qui lui a ouvert les portes de l\u2019éternité.Son Méphistophélès est un robot.Le jeune homme puis- L\u2019écran est roi, nous nous inclinons devant sa puissance, fascine's, subjugués.Quoiqu\u2019il advienne de nos institutions, de nos modes de vie, de nos acquis civilisationnels, nous approuvons toutes les e'volutions de la me'gamachine, sans discernement ni recul.sant et séduisant auquel il rêve de ressembler a les traits du « geek » programmateur génial chez Google.Le bibliothécaire s\u2019est donc emparé des nouvelles technologies avec une avidité toute particulière, et, peut-être - ce qui semble paradoxal à première vue -, avec davantage d\u2019empressement et d\u2019imprudence que dans d\u2019autres milieux professionnels.On aurait pu s\u2019attendre en effet à plus de méfiance de la part de ce « gardien du livre », face à ces nouveaux supports de lecture dont l\u2019efficacité cognitive, entre autres choses, est loin d\u2019être démontrée.On aurait pu croire que les promoteurs de la lecture publique, soucieux de conserver les conditions d\u2019accès au patrimoine écrit, auraient marqué un temps d\u2019arrêt devant la prétention des écrans à supplanter le vieux livre de papier, d\u2019autant plus que cette exigence d\u2019un remplacement rapide n\u2019est pas sans rapport avec - une certaine emprise commerciale.On aurait | 11 argus I VOLUME 44-N°1 DOSSIER / LE LIVRE DANS TOUS SES ÉTATS ma* tm*« jam m\\9 pu espérer, à vrai dire, que l\u2019univers livresque ne serait pas si perméable à la démagogie techno-marchande, qu\u2019il saurait s\u2019élever contre la « tyrannie de l\u2019urgence » et contre l\u2019empire des « trucs » informatiques.Mais parce qu\u2019il tient à prouver sa « modernité », ce milieu trop souvent caricaturé - institution poussiéreuse, immobile, grise et monacale - s\u2019est ouvert à la nouveauté sans aucune restriction, et avec la gourmandise de celui qui goûte un plaisir dont il se pensait définitivement privé.Peu à peu, il devient évident que le libre déploiement de la technique numérique au sein des bibliothèques les mènent plus loin qu\u2019elles ne l\u2019auraient souhaité, qu\u2019il les entraîne, en réalité, vers une transformation définitive et radicale qui s\u2019apparente à une mort.Dans ce mouvement d\u2019ouverture et d\u2019adaptation, le bibliothécaire n\u2019a pas jugé important de protéger le livre de papier, rapidement convaincu par quelques syllogismes trompeurs que les nouveaux supports pouvaient prendre sa relève séance tenante.Il est resté sourd aux études très sérieuses qui montraient l\u2019infériorité de la lecture numérique en matière de concentration, de mémorisation et d\u2019assimilation intellectuelle en règle générale.Il n\u2019a pas été sensible aux témoignages de ceux que Google avait rendus stupides.Il a systématiquement détourné ses regards des aspects négatifs de la vie numérique, obsédé par sa quête de normalité et, pourrait-on dire, d\u2019intégration sociale.Il était depuis longtemps persuadé - mais cela ne relève-t-il pas de la prophétie autoréalisatrice?- que sa survie dépendait de sa capacité à se réformer et à s\u2019adapter.Bien sûr, il n\u2019est pas ici simplement question d\u2019évaluer la nouvelle proposition technique : le problème, au fond, n\u2019est pas de savoir si ce qu\u2019on appelle « le numérique » présente plus d\u2019avantages que d\u2019inconvénients, s\u2019il a des « côtés positifs » indéniables ou à quelle dose il faut l\u2019employer exactement pour donner pleinement satisfaction.Le problème est plus large, et plus profond.Il réside précisément dans le fait que le mouvement précède toute réflexion et toute volonté.Là peut s\u2019observer un exemple caractéristique du phénomène d\u2019autonomie que Jacques Ellul a identifié comme un des traits majeurs du Système technicien.Le Système fonctionne indépendamment de l\u2019homme, en roue libre si l\u2019on peut dire.Il tire sa force de lui-même et se développe selon son propre mécanisme interne.L\u2019intervention humaine est dispensable, ou accessoire.L\u2019homme accompagne la machine, lui obéit.C\u2019est très exactement le cas pour les nouvelles technologies : elles sont là, elles se déploient, s\u2019enrichissent et s\u2019améliorent en permanence, et nous ne contrôlons plus rien.Nous ne pouvons, nous ne voulons plus rien contrôler.L\u2019écran est roi, nous nous inclinons devant sa puissance, fascinés, subjugués.Quoiqu\u2019il advienne de nos institutions, de nos modes de vie, de nos acquis civilisationnels, nous approuvons toutes les évolutions de la mégamachine, sans discernement ni recul.Pourrait-il en être autrement?se demandera-t-on avec raison.Que faire?Refuser la technique?Rester en arrière?Fermer les bibliothèques à toute nouveauté?On aimerait répondre, avoir le droit de répondre : 12 DOSSIER / LE LIVRE DANS TOUS SES ÉTATS pourquoi pas?Pourquoi faudrait-il absolument modifier les conditions actuelles de l\u2019accès au livre et au savoir?Il en va de même pour les écoles et pour les universités, sans cesse invitées à se modeler sur les contingences de la société.A-t-on la certitude que c\u2019est toujours nécessaire, toujours bénéfique?N\u2019y a-t-il aucune possibilité de résister aux injonctions des modes passagères?N\u2019y a-t-il aucun lieu du monde où certaines coutumes, certaines conditions puissent être préservées, protégées du monde extérieur?Les bibliothèques, comme les écoles, ne peuvent-elles être conçues comme des abris, des espaces de conservation et de calme, sans pour autant être accusées d\u2019antimodernisme déplorable?Ce qui, sans doute, est encore le plus symptomatique de notre époque, c\u2019est qu\u2019il ne soit même pas autorisé de poser ces questions, et que le seul fait de les poser paraisse incongru, voire désobligeant.C\u2019est bien le signe que la technique moderne, dont le numérique est le fleuron actuel, s\u2019impose à nous de manière autoritaire; et nous sommes chaque jour plus nombreux à en prendre conscience.Le malaise croît dans la profession.Chacun d\u2019entre nous est susceptible, un jour ou l\u2019autre, de se sentir comme dépossédé de son libre-arbitre et d\u2019être soumis à une puissance dont il commence à douter qu\u2019elle soit entièrement positive et porteuse d\u2019un authentique progrès.Peu à peu, il devient évident que le libre déploiement de la technique numérique au sein des bibliothèques les mènent plus loin qu\u2019elles ne l\u2019auraient souhaité, qu\u2019il les entraîne, en réalité, vers une transformation définitive et radicale qui s\u2019apparente à une mort.La bibliothèque numérique mondiale n\u2019a de bibliothèque que le nom - et c\u2019est d\u2019ailleurs sur cette homonymie que repose la confusion à laquelle nous sommes sujets.Nous croyons que se dessinent devant nous les contours d\u2019une bibliothèque-cathédrale, aussi inédite soit-elle.Une bibliothèque où nous aurions donc, nous bibliothécaires, toute notre place; mais nous nous trompons sur ce point.La bibliothèque numérique est une réalité toute diffé- Dans le post-monde technicien, il n\u2019y aura donc plus besoin de bibliothèques, ni de bibliothécaires, ni d\u2019aucune sorte de médiateur ; il n\u2019y aura plus de livres - qui sont des unités de médiation entre l\u2019auteur, l\u2019éditeur, le libraire, le bibliothécaire et le lecteur -, et enfin il n\u2019y aura plus de lecteurs du tout.rente, dont le caractère premier est qu\u2019elle est entièrement déterminée et pour ainsi dire élaborée par la machine.Elle s\u2019édifie de manière autonome et sans besoin d\u2019une médiation humaine.Elle est en relation avec le « nuage » ubiquitaire où toutes les choses seront interconnectées et mises en relation automatiquement.Là, le médiateur devient inutile et parfaitement impuissant; la machine engendre un univers d\u2019immédiateté, d\u2019immédiation permanente, où un bibliothécaire - et peut-être bientôt un professeur, et même un chercheur - devient superflu.On n\u2019a pas pris la mesure des évolutions réelles qui sont en cours.La preuve de notre aveuglement est ce discours optimiste permanent, qui pré- - suppose que le livre et les bibliothèques sont | 13 argus I VOLUME 44-N°1 DOSSiER / LE LiVRE DANS TOUS SES ÉTATS éternels, alors que leur disparition est l\u2019objet d\u2019un programme implacable, appliqué méthodiquement par des puissances techniques et financières sans équivalent.Dans le post-monde technicien, il n\u2019y aura donc plus besoin de bibliothèques, ni de bibliothécaires, ni d\u2019aucune sorte de médiateur; il n\u2019y aura plus de livres - qui sont des unités de médiation entre l\u2019auteur, l\u2019éditeur, le libraire, le bibliothécaire et le lecteur -, et enfin il n\u2019y aura plus de lecteurs du tout.Il est tout à fait illusoire d\u2019imaginer que la lecture perdurera dans un environnement voué à l\u2019efficacité machinique terminale.Tout s\u2019opposera à la lecture, à la méditation, à la vie intérieure, à l\u2019effort de la pensée, à la lenteur - comme on le voit déjà aujourd\u2019hui, où il est devenu si difficile de trouver une heure par semaine qui ne soit pas consacrée au travail, au loisir ou à la consommation.Ou bien la lecture sera-t-elle l\u2019apanage d\u2019un « mandarinat du silence », pour reprendre l\u2019expression de George Steiner, l\u2019activité secrète d\u2019une poignée d\u2019individus sans pouvoir qui auront échappé à la déculturation générale.Dans tous les cas, la pratique de la lecture diminuera considérablement et ne justifiera plus l\u2019existence d\u2019institutions idoines.Bien entendu, cette perte, cette défaite du livre face à la toute-puissance technique, comme on l\u2019a vu, n\u2019est pas le résultat d\u2019un simple remplacement d\u2019un support par un autre, d\u2019une évolution « naturelle » et semblable à toutes les évolutions du passé.Elle s\u2019inscrit dans un renoncement plus vaste, dans une crise plus fondamentale de la culture.Impuissant à donner un sens à ses œuvres, l\u2019homme occiden- tal remet son destin dans les mains de la science et confond le progrès avec le simple accroissement de puissance technique.Il avance pour avancer.Il bouge pour bouger.Il invente pour inventer, n\u2019importe quoi plutôt que rien.Les gadgets s\u2019accumulent autour de lui, s\u2019emparent de son quotidien; et, pris dans cette démesure infantile, on le voit prêt à sacrifier toutes ses grandes conquêtes pour un amusement nouveau, pour un miroitement de pouvoir sur l\u2019invisible.Le monde de demain pourrait bien ressembler à celui de Fahrenheit 451, où des pompiers pyromanes ont pour mission de brûler ces choses éminemment subversives que sont les livres, afin que nul ne puisse plus accéder à une liberté de conscience incompatible avec l\u2019abrutissement collectif, et surtout, avec l\u2019organisation rationnelle de toutes les dimensions de la vie.Si le bibliothécaire d\u2019aujourd\u2019hui doit avoir un héros, c\u2019est bien Montag, le rebelle de Fahrenheit; car - je cite Pierre Bergounioux pour conclure - « c\u2019est à la chose de papier de dispenser l\u2019ivresse, la sève, la liberté que la réalité contemporaine a exilées ».X 14 DOSSIER / LE LIVRE DANS TOUS SES ÉTATS Le livre numérique québécois en bibliothèque Libérez le trésor LINO TREMBLAY ET JEAN-DANIEL BOURGAULT/ Une des sphères les plus touchées par Internet depuis son avènement est celle des œuvres culturelles, en particulier la musique, les films et les livres.Dans cet article, nous établirons un parallèle entre l\u2019évolution de l\u2019accès aux contenus musicaux et cinématographiques et l\u2019accès du livre numérique dans le monde.Nous examinerons ensuite le modèle offert aux bibliothèques par les éditeurs québécois.Nous terminerons en nous questionnant sur l\u2019efficacité et la pérennité de ce modèle.L\u2019ACCÈS AUX FILMS ET À LA MUSIQUE Pendant les années 1990, le Web servait surtout à rechercher des œuvres sur support physique dans les catalogues de bibliothèques et sur les sites de détaillants en ligne.Au tournant des années 2000, l\u2019élargissement des bandes passantes a permis la dématérialisation des contenus.Le partage illégal de pièces musicales et de films est alors apparu avec des logiciels comme Napster dans sa mouture originale (1999-2001) ou eMule (2002-), et des protocoles comme BitTorrent (2002-).La réponse de l\u2019industrie est arrivée assez rapidement avec la transformation forcée de Napster en site légal (2001) et surtout le lancement du iTunes Store d\u2019Apple (2003).Depuis environ 2010, le téléchargement a commencé à céder sa place à la lecture en continu (le « streaming »), avec Spotify, Deezer, Netflix et évidemment YouTube.Plus récemment, des gros joueurs comme Google et Apple ont rejoint la partie.Contrairement à leurs prédécesseurs, ces services n\u2019ont pas pour but premier le transfert définitif de fichiers sur un appareil.Ils donnent plutôt accès à d\u2019immenses collections, dans certains cas au prix d\u2019un abonnement relativement peu coûteux.Pour l\u2019instant, ce modèle ne rapporte pas autant aux créateurs que la traditionnelle vente de CD ou de DVD, mais il rapporte quand même plus que le téléchargement illégal.En fait, ceux qui perdent le plus dans cette évolution sont les producteurs, les distributeurs et les commerces de détail, dont une part importante des revenus est assurée par la vente du support matériel des œuvres.En résumé, la consommation de musique et de films est passée de la propriété sur support physique à la propriété - légale ou non - de fichiers informatiques, puis à l\u2019accès à du contenu infonuagique (« cloud »).Résultat : même si la taille de leur bibliothèque (physique ou numérique) est maintenant pour ainsi dire nulle, le mélomane et le cinéphile d\u2019aujourd\u2019hui n\u2019ont jamais été autant submergés de contenu.Il est important de noter que ce ne sont pas les créateurs ou les producteurs d\u2019œuvres qui décident des formats et des canaux de distribution qui deviendront populaires.C\u2019est plutôt le consommateur qui choisit d\u2019adopter ou non une technologie émergente.Oui, il existe des exceptions : des artistes comme les Beatles, Thom Yorke de Radiohead ou Metallica peuvent encore se permettre de décider où Titulaire d'une MBSI (1999) et d'un baccalauréat en Études littéraires (1998), Lino Tremblay est actuellement bibliothécaire des systèmes et des ressources électroniques à l'Université du Québec à Chicoutimi.Auparavant, il a notam-menttravaillé à l'Université du Québec à Rimouski et à l'Institut national de la recherche scientifique.I lino_tremblay@uqac.ca Titulaire d'une MBSI (1992) et d'un baccalauréat en Études françaises (1985), Jean-Daniel Bourgault est s-^HI bibliothécaire à l'Institut national de la recherche scientifique.Dans le passé, il a travaillé à l'Institut canadien de Québec, fjean-daniel.bourgault@ete.inrs.ca I 15 argus I VOLUME 44-N°1 leur musique est disponible.Mais tout le monde n\u2019a pas la chance d\u2019être un géant pré-Internet et d\u2019avoir des fans prêts à le suivre jusqu\u2019en Antarctique pour l\u2019écouter.Cela dit, il y a fort à parier que la récente décision d\u2019Apple d\u2019offrir le catalogue d\u2019iTunes en lecture continue viendra à bout des derniers résistants.Le livre suit le même chemin que la musique et les films.La mutation est plus lente parce que le livre « objet de papier » fait partie de notre vie depuis plusieurs siècles.Mais elle n\u2019en est pas moins inévitable.Dans ce contexte, la place des disquaires, clubs vidéo et bibliothèques dans les habitudes des utilisateurs s\u2019est vue réduite comme peau de chagrin.Les magasins de disques et les clubs vidéo ferment, et avouons-le, les bibliothèques ont tout simplement raté ce train-là.En milieu universitaire, l\u2019expérience a d\u2019ailleurs démontré que des collections de vidéos comme Campus (ONF) ou Curio.ca (Radio-Canada) connaissent rarement un succès retentissant malgré la qualité de leur contenu.Bref, les consommateurs de musique et de films ont appris à se passer des intermédiaires traditionnels.Pourquoi?Probablement parce que ces intermédiaires sont demeurés ce qu\u2019ils étaient - traditionnels - au lieu de s\u2019adapter à une nouvelle réalité.L\u2019ACCÈS AU LIVRE NUMÉRIQUE DANS LE MONDE Le livre suit le même chemin que la musique et les films.La mutation est plus lente parce que le livre « objet de papier » fait partie de notre vie depuis plusieurs siècles.Mais elle n\u2019en est pas moins inévitable.Depuis un moment, le livre numérique fait partie du quotidien de plusieurs.Il est encore consulté sur les liseuses dédiées, mais l\u2019est de plus en plus depuis les diverses tablettes et téléphones intelligents.Mieux encore : il est maintenant possible de lire un même livre sur plusieurs appareils et de synchroniser le tout.La vente au particulier de livres numériques est bien implantée et offre de plus en plus de titres.L\u2019accès par abonnement apparaît lentement, avec par exemple le Kindle Unlimited d\u2019Amazon, qui, bien que perfectible, constitue une avancée intéressante.Un réseau parallèle existe également.Même s\u2019il est moins connu du public et passablement mouvant (comme le sont la plupart des formes de partage illé- 16 DOSSIER / LE LIVRE DANS TOUS SES ÉTATS gai), ce réseau offre une extraordinaire quantité de titres dans une surprenante diversité - et cela inclut de récents ouvrages québécois en français.Les formes d\u2019accès au livre numérique en bibliothèque sont multiples.Par exemple, dans le monde anglo-saxon académique, l\u2019accès à la littérature est principalement offert par des éditeurs (Springer, Elsevier, etc.) et des agglomérateurs (EBSCO, ProQuest, etc.).La plupart des éditeurs ne limitent pas l\u2019accès à leur contenu : une fois un titre électronique acheté par la bibliothèque (pour un prix équivalent ou légèrement supérieur à celui de l\u2019imprimé), tous les abonnés peuvent le consulter en ligne (en format HTML ou autre) et le télécharger en même temps en format PDF libre de restrictions.L\u2019achat d\u2019un titre est définitif.Pour les plus gros éditeurs, l\u2019accès perpétuel est garanti par des services de préservation tels Portico ou LOCKSS.De leur côté, les agglomérateurs proposent différentes formules.Le nombre d\u2019accès simultanés varie (un, trois, illimité, etc.), mais le prix d\u2019un titre n\u2019est jamais substantiellement supérieur à celui de sa version imprimée.Une même plateforme offre habituellement plusieurs modalités d\u2019accès : lecture en ligne (en HTML, Flash, etc.), téléchargement complet ou partiel (en PDF libre de restrictions ou protégé) et impression.Certains fournisseurs de ce type exigent des frais d\u2019accès annuels, mais pas tous.Même si les agglomérateurs ne garantissent pas l\u2019accès perpétuel, ils comblent cette lacune avec leur plus grande offre de méthodes d\u2019acquisition (prêt à durée variable, acquisition initiée par l\u2019usager, abonnement, etc.).DRM : COMMENT DÉCOURAGER UN LECTEUR DE CONSULTER UN LIVRE ET UNE BIBLIOTHÈQUE DE L\u2019ACQUÉRIR Les DRM (Digital Rights Management, en français Gestion numérique des droits ou GND) visent à contrôler l'utilisation d'un livre numérique par des limitations technologiques.Bien que leur objectif soit louable, leur application engendre plusieurs irritants : L'utilisation d'un format propriétaire, qui oblige l'usager à se créer un compte chez une tierce partie et à installer un logiciel pour consulter les ouvrages.Ce format réduit également l'interopérabilité du livre numérique.La limite du nombre de prêts simultanés, qui force l'usager à attendre qu'un « exemplaire » soit disponible pour pouvoir l'emprunter.Pour augmenter le nombre d'accès, une bibliothèque doit acheter d'autres exemplaires.La chronodégradabilité, qui efface complètement le livre numérique emprunté de l'appareil après sa « durée de prêt », ce qui a pour effet de réduire le temps de consultation d'un ouvrage.La limite du nombre de prêts d'un exemplaire, qui rend impossible le prêt d'un livre numérique après un certain nombre de consultations (à l'image d'un livre imprimé qui se détériore avec l'utilisation).La bibliothèque doit alors racheter le livre numérique.L\u2019ACCES AU LIVRE NUMERIQUE AU QUEBEC Bien que le contenu de plusieurs éditeurs québécois soit disponible en version électronique dans les principales librairies en ligne, le choix des bibliothèques est beaucoup plus limité.Mis à part quelques éditeurs offrant leurs publications chez de grands agglomérateurs, la plupart des maisons d\u2019édition n\u2019offrent leur catalogue que sur PRETNUMERIQUE.CA.Là où le bât blesse, c\u2019est que les modalités d\u2019acquisition et de prêt de cette plateforme I 17 argus I VOLUME 44-N°1 DOSSIER / LE LIVRE DANS TOUS SES ÉTATS sont archaïques, complexes et inutilement limitatives (voir encadré sur les DRM).L\u2019évidence est de constater qu\u2019on tente de reproduire avec l\u2019électronique le modèle de l\u2019imprimé qui était en usage jusqu\u2019à la fin du XXe siècle alors que le reste du monde est passé à autre chose.Si PRETNUMERIQUE.CA fonctionne relativement bien en ce moment, c\u2019est parce que sa clientèle est majoritairement constituée d\u2019usagers de bibliothèques publiques habitués à attendre pour Bref, les verrous numériques freinent l\u2019utilisation sans pour autant empêcher le piratage.L\u2019industrie de la musique et celle du film ont compris qu\u2019on ne combat pas le partage illégal avec des limitations technologiques, mais en offrant aux consommateurs une solution moins compliquée.emprunter un livre pour une durée limitée.Mais en plus de ne constituer qu\u2019une partie de la population, cette catégorie d\u2019usagers sera graduellement remplacée par une génération de lecteurs qui savent que les verrous imposés par ce modèle sont tout à fait artificiels.Ces nouveaux lecteurs n\u2019utiliseront pas un tel support et bouderont toute plateforme ou format qu\u2019ils jugeront complexe ou restrictif.Ils consulteront plutôt le contenu disponible sur leur plateforme habituelle ou dans le format qui leur convient, même si cela signifie qu\u2019ils passent à côté de choses inté- © pfetnumer.que.co Nouveautés Ivtm fyxvene^^r apxr.fe su catalogue Q IM ressantes.Les créateurs qui ne seront pas dans leur monde n\u2019existeront tout simplement pas; et tant pis pour eux.POURQUOI?Au regard de tout cela, on s\u2019interroge : pourquoi les éditeurs et distributeurs québécois ignorent-ils volontairement les développements du livre numérique ailleurs dans le monde?Pourquoi continuent-ils d\u2019offrir leur contenu dans un modèle voué à l\u2019échec?L\u2019argument le plus courant est celui des revenus et de la taille du marché québécois : comment les divers intervenants de la chaîne du livre survivront-ils si moins d\u2019exemplaires sont vendus?La vraie question est plutôt de savoir si la survie de tous ces intervenants est indispensable à la survie du livre lui-même.Déjà, certains intermédiaires sont en difficulté parce qu\u2019ils n\u2019ont pas su s\u2019adapter.C\u2019est le cas des librairies indépendantes, qui ferment les unes après les autres au profit d\u2019un nombre très limité de gros joueurs dont la rentabilité ne dépend d\u2019aucune loi, subvention ou crédit d\u2019impôts.On peut imaginer que le même sort attend les éditeurs qui arriveront trop tard dans le siècle actuel.Une autre justification fréquente du modèle québécois consiste à invoquer le statut de « bien culturel sacré » du livre : il faut protéger une œuvre littéraire des abus de toutes formes car il s\u2019agit d\u2019un Graal artistique doté d\u2019une aura mystique qui mérite plus de respect qu\u2019une paire de chaussures.Pour les 18 DOSSIER / LE LIVRE DANS TOUS SES ÉTATS acteurs du milieu et pour une infime partie du lecto-rat, c\u2019est sûrement vrai.Mais pour un natif de l\u2019ère du copier/coller, cela a très peu de signification.Ce que le lecteur moderne désire, c\u2019est obtenir son contenu facilement, immédiatement et à moindre coût - idéalement à coût nul (d\u2019où le concept de bibliothèque d\u2019ailleurs).Non seulement les DRM vont-ils à l\u2019encontre de ce souhait, mais une rapide recherche sur le Web permet de constater avec quelle facilité on peut les faire exploser.Bref, les verrous numériques freinent l\u2019utilisation [.] les jeunes (et même beaucoup de moins jeunes) n\u2019abandonnent pas les livres, mais bien la lecture, qui est aujourd\u2019hui une forme de divertissement parmi plusieurs autres.sans pour autant empêcher le piratage.L\u2019industrie de la musique et celle du film ont compris qu\u2019on ne combat pas le partage illégal avec des limitations technologiques, mais en offrant aux consommateurs une solution moins compliquée.En effet, pourquoi se casser la tête à chercher le fichier torrent d\u2019un album et le télécharger sur un ordinateur unique quand on peut l\u2019écouter tout de suite sur Deezer depuis n\u2019importe quel appareil?Pourquoi télécharger un film illé- galement si on peut facilement l\u2019écouter sur Netflix?Cela dit, tout le monde s\u2019entend sur une chose : qu\u2019on parle de fiction, de littérature populaire ou savante, la production écrite du Québec est un trésor qui mérite d\u2019être largement diffusé.C\u2019est pourquoi il faut éliminer tous ces verrous et libérer le trésor.En gros, ce que nous proposons aux éditeurs et aux distributeurs, c\u2019est de concentrer leurs efforts sur la production de contenu de qualité et de faciliter l\u2019accès à ce contenu.Ce faisant, ils aideront les bibliothèques à remplir leur mission première : offrir la plus vaste collection possible aux plus grand nombre d\u2019usagers possible.Ces changements ne garantiront pas seulement la pérennité des bibliothèques.Ils sont aussi indispensables à la survie des auteurs et des éditeurs.Plus encore, on parle ici de l\u2019avenir du livre et de la lecture de façon générale.Cessons de faire l\u2019autruche : les jeunes (et même beaucoup de moins jeunes) n\u2019abandonnent pas les livres, mais bien la lecture, qui est aujourd\u2019hui une forme de divertissement parmi plusieurs autres.Ils ont très peu d\u2019empathie pour les éditeurs, libraires et bibliothécaires, si compétents et aimables soient-ils.Et ce n\u2019est sûrement pas en enfermant le trésor littéraire du Québec dans une forteresse quasi imprenable que nous allons ralentir cette tendance.X | 19 argus I VOLUME 44-N°1 DOSSIER / LE LIVRE DANS TOUS SES ÉTATS Pour un accès égal à la lecture VÉRONIQUE PARENTEAU/ Si les citoyens ne sont pas égaux dans la société de l\u2019information, ce n\u2019est pas uniquement pour des raisons financières ou de compétences numériques.La nature même des documents fait parfois obstacle à leur bonne compréhension par certaines personnes, notamment celles vivant avec une déficience visuelle.Mettons de côté le braille, maîtrisé par environ 10 % des personnes ayant une déficience visuelle, généralement les personnes aveugles.Dans les deux dernières décennies, ce sont surtout les livres audio en format DAISY (Digital Accessible Information System), qui ont ouvert les portes de la lecture aux malvoyants.Combinée à un appareil spécialement adapté, cette norme permet une navigation plus aisée que dans un livre audio commercial : le lecteur peut se déplacer par chapitre ou par page, insérer un signet, etc.Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) propose à ses abonnés du Service québécois du livre adapté (SQLA)1 le téléchargement de livres en format DAISY.Le problème?On estime que seulement 5 % des livres publiés annuellement dans le monde existent dans un format « accessible »2 (en braille ou en DAISY).De surcroît, le travail d\u2019adaptation des textes en ces formats étant long et coûteux, il faut parfois patienter plusieurs mois avant de lire le dernier lauréat du prix Goncourt.Certains parlent de « famine numérique » (digital famine) ou de « famine du livre » (book famine).On estime que seulement 5 i des livres publiés annuellement dans le monde existent dans un format dit accessible.C\u2019est pourquoi l\u2019apparition et la démocratisation de la synthèse vocale peuvent être considérées comme une petite révolution.Des logiciels lisent le contenu d\u2019un texte - site Web, journal, magazine - par le biais d\u2019une voix de synthèse.Aucune adaptation n\u2019est nécessaire, mais le document doit avoir été balisé selon certains standards dès sa création.Or, seule une minorité des documents numériques respectent ces standards.Au service de Bibliothèque et Archives nationales depuis 2002, Véronique Parenteau se consacre quotidiennement aux questions liées aux services virtuels et aux ressources numériques.Sensible à toutes les inégalités, elle aimerait que tous aient accès au même plaisir de lire.Bibliothécaire à la direction des services à distance et aux milieux documentaires à Bibliothèque et Archives nationales du Québec./veronique.parenteau@banq.qc.ca 20 DOSSIER / LE LIVRE DANS TOUS SEÎ C 9 r r Basé sur le HTML 5, l\u2019ePub 3 intègre non seulement de la vidéo, du son et de l\u2019interactivité, mais il marque de plus une grande avancée en matière d\u2019accessibilité.Nul besoin d\u2019adapter le contenu pour le rendre accessible : les livres produits dans ce format sont automatiquement accessibles.Dans ce contexte, force est de constater qu\u2019une part de la population n\u2019est pas bien servie en matière de lecture et que l\u2019engagement pris par les 82 pays signataires de la Convention des Nations unies relative aux droits des personnes handicapées de leur garantir un accès à la même information que tout le monde, dans une qualité, dans des délais et à des coûts équivalents3 n\u2019est encore qu\u2019un vœu pieux.L\u2019heure d\u2019une véritable révolution, celle qui donnerait enfin aux personnes ayant une déficience visuelle le même plaisir de lire qu\u2019aux autres, a sonné.Et si la solution résidait dans le livre numérique et le format ePub 3 ?LE FORMAT EPUB 3 Soutenu par l\u2019International Digital Publishing Forum, l\u2019ePub (pour electronic publication) est un format ouvert standardisé pour le livre numérique.Un fichier ePub contient notamment des fichiers HTML et XML, des feuilles de style en cascade (CSS) pour décrire leur présentation, des images et des métadon- \u2022 r r » o o o.nées.Son grand avantage sur le PDF, qui n\u2019est qu\u2019une réplique du document imprimé, est sa flexibilité : il s\u2019adapte à l\u2019écran de l\u2019appareil, ce qui facilite la lecture.Presque tous les appareils de lecture - tablettes, liseuses, téléphones intelligents et ordinateurs - sont compatibles avec l\u2019ePub, le format de livre numérique le plus répandu.Dans ses deux premières versions, l\u2019ePub avait cependant des lacunes en matière d\u2019accessibilité, particulièrement pour les contenus autres que textuels.C\u2019est ce que la dernière version vient corriger.Basé sur le HTML 5, non seulement l\u2019ePub 3 intègre de la vidéo, du son et de l\u2019interactivité, mais il marque une grande avancée en matière d\u2019accessibilité.Nul besoin d\u2019adapter le contenu pour le rendre accessible : les livres produits dans ce format sont automatiquement accessibles.Un net avan-tage par rapport au DAISY.argus I VOLUME 44-N°1 DOSSIER / LE LIVRE DANS TOUS SES ÉTATS vYÜ-'î®0 -và.'S'13\u2019, x.o\t: -23S °' co.v»'® QUELQUES CARACTÉRISTIQUES DE L\u2019EPUB 3 : -, contenu dynamique accessible; -, synthèse vocale et synchronisation du texte et de l\u2019audio; -, balisage qui structure le texte et facilite la navigation; -, repérage facilité de contenus précis dans le document, y compris dans les fichiers audio et vidéo; -, table des matières navigable; -, possibilité de modifier la taille, le style et la couleur de la police, de même que la couleur du fond (très utile pour les daltoniens et les gens atteints de dégénérescence maculaire); -, affichage du sous-titrage inclus dans les fichiers vidéo et audio; -, description textuelle des images.Mais aucun des joueurs de la chaîne du livre ne peut à lui seul assurer l\u2019accessibilité des ouvrages publiés.Mettre fin à la pénurie de livres pour malvoyants implique que producteurs de contenu, de logiciels et d\u2019appareils travaillent de concert dans ce but.Si ces améliorations changent radicalement le rapport au texte des personnes malvoyantes, elles présentent aussi des avantages certains pour l\u2019ensemble des lecteurs.Une publication en ePub 3 offre une navigation plus flexible et une expérience améliorée.L\u2019ePub 3 serait-il donc la révolution qui fera en sorte que les personnes ayant des difficultés à lire l\u2019imprimé pourront accéder aux mêmes livres, au même moment et au même coût que les autres?Pas encore.LES ÉDITEURS Pour lire un roman en format ePub 3, il faut non seulement que ce dernier ait été produit dans ce format par l\u2019éditeur, mais aussi utiliser un appareil et un logiciel compatibles avec le format.Et c\u2019est là où le bât blesse.Bien que l\u2019International Publishers Association ait, en mars 2013, recommandé à ses membres d\u2019adopter ce format, peu l\u2019ont fait.C\u2019est pourtant dès la création du livre qu\u2019il faut penser à l\u2019accessibilité.Après, il est possible de l\u2019améliorer, mais comme l\u2019écrivait Mark Bide, spécialiste de l\u2019édition, c\u2019est un peu comme ajouter une rampe d\u2019accès pour fauteuils roulants à un vieil édifice : coûteux et imparfait (Bide, 2014).LES LOGICIELS ET LES APPAREILS Vous avez déniché un livre de votre auteur préféré en format ePub 3?Bravo! Rien ne garantit cependant que vous puissiez le lire.Sur votre ordinateur, avec le logiciel Adobe Digital Éditions, ça devrait aller.Toutefois, si comme la plupart des gens vous souhaitez profiter de la mobilité du livre numérique, ça se complique, puisqu\u2019encore beaucoup d\u2019applications et d\u2019appareils de lecture ne sont pas compatibles avec ce format.Ce qui n\u2019incite pas les éditeurs à l\u2019adopter.Les applications de lecture numérique Bluefire Rea- 22 DOSSIER / LE LIVRE DANS TOUS SES ÉTATS der, Aldiko et Mantano, par exemple, ne sont pas encore compatibles avec le format ePub 3.Du côté des liseuses, certaines ont une interface inutilisable pour beaucoup de malvoyants.La luminosité et les niveaux de contrastes proposés ne sont pas toujours suffisants, il n\u2019est pas toujours possible de faire en sorte que le texte apparaisse en blanc sur fond noir (utile pour les personnes atteintes de dégénérescence maculaire) ou de modifier l\u2019espacement entre les lignes (apprécié par les dyslexiques).Aux États-Unis, l\u2019Americans with Disability Act exige que les bibliothèques scolaires qui prêtent des appareils de lecture optent pour des modèles que tous les étudiants - qu\u2019ils aient un handicap visuel ou auditif, ou un trouble d\u2019apprentissage - pourront utiliser.Or, le seul appareil à se qualifier est l\u2019iPad.Avec son logiciel de synthèse vocale VoiceOver, la possibilité d\u2019agrandir l\u2019image d\u2019un simple mouvement des doigts, ainsi que sa compatibilité avec l\u2019ePub 3, entre autres, la tablette d\u2019Apple est en effet ce qui se fait de mieux en ce moment en matière de mobilité accessible.Mais aucun des joueurs de la chaîne du livre ne peut à lui seul assurer l\u2019accessibilité des ouvrages publiés.Mettre fin à la pénurie de livres pour malvoyants implique que producteurs de contenu, de logiciels et d\u2019appareils travaillent de concert dans ce but.ET LES BIBLIOTHÈQUES DANS TOUT CELA?Que peuvent faire les bibliothèques pour faciliter l\u2019accès aux livres pour les personnes ayant un handicap visuel?Encourager une plus grande production de livres adaptés en format DAISY n\u2019est certes pas la meilleure solution, principalement en raison des coûts impliqués.Et même si le nombre de titres adaptés doublait ou triplait, on n\u2019en serait qu\u2019à 10 % ou 15 % de la publication mondiale.Ce qui est à la portée des milieux documentaires, par contre, c\u2019est de s\u2019informer et de tenter de sensibiliser les autres acteurs de la chaîne du livre aux problèmes rencontrés par les malvoyants et les non-voyants, et aux solutions possibles, à commencer par l\u2019adoption par tous du format ePub 3.Bien sûr, avec les moyens limités dont disposent les bibliothèques québécoises et étant donné leur poids dans le marché mondial du livre, c\u2019est plus facile à dire qu\u2019à faire.Il s\u2019agit d\u2019une tâche colossale, mais qui s\u2019inscrit parfaitement dans la grande mission des bibliothèques : rendre le savoir et la culture accessibles au plus grand nombre.Il s\u2019agit d\u2019une tâche colossale, mais qui s\u2019inscrit parfaitement dans la grande mission des bibliothèques : rendre le savoir et la culture accessibles au plus grand nombre.DE L\u2019ESPOIR Heureusement, des initiatives permettent d\u2019espérer que la situation s\u2019améliorera.La Readium Foundation4, qui regroupe des bibliothèques, des éditeurs et des joueurs comme Adobe, Bluefire Productions, IBM, Sony et De Marque, a pour objectif d\u2019accélérer l\u2019adoption du format ePub 3 en assurant des développements nécessaires.Quant au projet Inclusive Publishing5, il vise à promouvoir la publication de livres automatiquement accessibles pour tous.Le livre numérique pourrait s\u2019avérer une belle façon de tendre vers l\u2019universalité de l\u2019accès à la lecture, mais cela ne se fera pas tout seul.Rendre disponibles des ouvrages en format ePub 3, | 23 argus I VOLUME 44-N°1 DOSSIER / LE LIVRE DANS TOUS SES ÉTATS c\u2019est rendre leur lecture plus intéressante pour tous, et particulièrement pour les personnes ayant un handicap visuel.Voilà une occasion qui paraît difficile à laisser passer.Imaginez un instant que chaque livre publié durant la prochaine année soit accessible à tous dès sa publication! Lorsqu\u2019on pense qu\u2019au Québec, c\u2019est plus de 300 000 personnes de 15 ans et plus qui vivent avec un handicap visuel, cela fait beaucoup de lecteurs supplémentaires.X 1.\tLes services du SQLA sont offerts aux personnes ayant une déficience perceptuelle, soit «toute incapacité qui empêche une personne d'utiliser des imprimés, y compris, mais de façon non limitative, la déficience visuelle, l'incapacité de tenir ou de manipuler des imprimés, les troubles d'apprentissage et les inaptitudes consécutives à des traumatismes crâniens ».(BAnQ, www.banq.qc.ca/services/ servi ces_specialises/services_adaptes) 2.\tDans le cadre de cet article, on entend par « accessible » un document ou un format de document pouvant être lu par toute personne vivant avec une déficience visuelle.3.\twww.un.org/french/disabilities/default.asp?id=1413 4.\thttp://readium.org 5.\twww.accessiblebooksconsortium.org/inclusive_ publishing/en BIBLIOGRAPHIE Bide, Mark.2014.«The Case for Adopting Accessibility using EPUB 3 ».EPUBZone.Seattle (Washington) : International Digital Publishing Forum [http://epubzone.org/ news/the-case-for-adopting-accessibility-using-epub-3] Ennis, Matt.2013.«Accessibility Upgrade », Library Journal, vol.138, n° 7, p.31.Garrish, Matt.2012.Accessible EPUB 3.Sebastopol (Californie) : O'Reilly Media, 94 p.EPUBZone.Understanding EPUB 3.Seattle (Washington) : International Digital Publishing Forum [http://epubzone.org/epub-3-overview/understanding-epub-3] International Publishers Association.2013.« Digital Publishing is Now Truly Global: IPA Endorses EPUB 3 as Global PublishingStandard «.PolicyIssues.Genève : International Publishers Association [http://bit.ly/10XUK7N] Maata, Stephanie L.et Laurie J.Bonnici.2014.«An evaluation of the functionality and accessibility of e-readers for individuals with print disabilities », The Electronic Library, vol.32, n° 4, p.493-507.Polanka, Sue.2013.«What Librarians Need to Know About EPUB3 », Online Searcher, vol.37, n° 4, p.70-72.Scardilli, Brandi.2013.« Moving Toward an Ebook Standard », Information Today, décembre 2013, p.12-13.24 DOSSIER / LE LIVRE DANS TOUS SES ÉTATS Wuxia le renard, un univers, un concept et une vision JONATHAN BÉLISLE/ Le monde de Wuxia gravite autour de l\u2019expérience de la perte et du deuil : la perte de nos repères avec l\u2019accélération de la technologie et de la puissance informatique de l\u2019interne; la perte de notre lien avec le cosmos en perdant de vue les étoiles à cause de la pollution atmosphérique et lumineuse; le deuil de nos racines, avec les anciennes mythologies des cultures autochtones et aborigènes du monde entier qui se meurent en même temps que leurs territoires ancestraux sont détruits.Dans le monde de Wuxia, les êtres humains sont en train de perdre rapidement leur capacité à rêver après que les baleines aient cessé de chanter en raison de changements climatiques.Les Junnings, une tribu de machines et de cyborgs, se rebelle contre les humains afin de protéger la terre.Ils cherchent à contrôler le rêve des humains pour mettre un terme à la destruction de l\u2019humanité et des écosystèmes terrestres.Mais Orémia, une fillette de huit ans, rêve encore.Elle rêve, nuit après nuit, à des baleines chassées de leurs maisons par de la négligence humaine.En faisant équipe avec une bande de puissants alliés animaux, dont un renard télépathe nommé Wuxia, m Orémia parcourt le globe à la recherche de Nioma, la baleine à bosses légendaire.g Le livre a ete écrit de maniéré situationniste, en col- < | lectionnant des métaphores et des impressions.Parce É que j\u2019avais l\u2019intention de sortir une œuvre multimo-i dale qui impliquerait plusieurs types d\u2019interactions et de formats, je composais la musique et je dessinais les storyboards de l\u2019application et du futur film de Wuxia le renard en même temps, ce qui a énormément influencé l\u2019écriture du livre et a demandé un travail de réécriture exigeant, car aucun exemple de ce type d\u2019expérience n\u2019existait sur le marché.Qu\u2019est-ce que Wuxia le renard?Un livre papier et une application numérique Depuis une vingtaine d'années il participe à l'essor du Web québécois.Poète d'interactions il utilise la pensée visuelle, la scénarisation et le design de services pour penser l'architecture et réaliser des extensions expé-rientielles de récits impliquant applications mobiles, A.}*** interactions tangibles et environnements programmables.Chercheur affilié pour le Annenberg Innovation Lab du University of Southern California, professeur à l'INIS, fondateur de Hello, Architekt et Chief Design Officer chez SAGA (www.sagaworld.ca), il y crée actuellement les contes dewuxia.ca et la plateforme iotheatre.com /jonathan@sagaworld.ca I 25 argus I VOLUME 44-N°1 Dès la première page du livre, on découvre la pierre lunaire, un objet mystérieux envoyé par un vaisseau vieux de 26 000 ans pour entrer en contact avec les rêveurs terriens.Cette pierre se retrouve dans une application où chaque phrase lue à voix haute déclenche des trames musicales, des effets sonores, des scènes interactives et animées dans l\u2019application iPad.Un film dont vous êtes le narrateur, en quelque sorte.Je trouvais aussi crucial de redonner au livre papier la place qui lui revenait dans un univers où l\u2019information est de plus en plus dématérialisée.L\u2019application peut également interagir avec un ensemble de 64 petites tuiles de bois marquées de symboles.Lorsqu\u2019elles sont placées sur certaines pages du livre et détectées par la caméra du iPad, elles déclenchent une micro-histoire ou génèrent des séquences musicales.Il existe une version du livre imprimable, en format PDF, mais il n\u2019y aura jamais de version des contes écrits pour liseuse ou tablette numérique.Je suis convaincu que de défendre le principe de lecture sur papier favorisera une qualité d\u2019attention plus grande chez le lecteur.Je veux que les mains soient impliquées durant la lecture.LA GENÈSE DU PROJET DE LIVRE INTERACTIF WUXIA LE RENARD L\u2019intention initiale de mon projet de livre interactif Wuxia le renard : éviter aux enfants de devenir captifs de la technologie, de plus en plus invisible et omniprésente, en leur apprenant à la contrôler et à l\u2019utiliser de manière créative.Je n\u2019aimais pas voir ma fille jouer trop longtemps sur sa tablette numérique et ne plus avoir envie d\u2019aller jouer dehors.J\u2019ai décidé d\u2019agir, comme père et comme créateur.Pour réaliser ce projet, il me fallait développer une application numérique qui serait activée par la lecture à voix haute.Je voulais que cette application puisse se connecter au mode de découverte des enfants, car avant de pouvoir développer pleinement un langage structuré, ils découvrent le monde par les jeux de rôles, par l\u2019expérimentation et par les interactions gestuelles.Je voulais également encourager ma fille à lire de façon lente et contemplative pour stimuler sa capacité à inventer des histoires et l\u2019encourager à utiliser son imagination.Je trouvais aussi crucial de redonner au livre papier la place qui lui revenait dans un univers où l\u2019information est de plus en plus dématérialisée. DU RÊVE À LA RÉALITÉ En 2005, j\u2019ai fait un rêve où je voyais un compas, une sorte de boussole pour analyser les changements qui s\u2019opéraient à plusieurs niveaux sur terre.J\u2019étais alors dans une phase d\u2019exploration intense et j\u2019ai recommencé à faire des rêves lucides, comme lorsque j\u2019avais 8 ans.J\u2019ai imaginé une structure de récit dont l\u2019univers référentiel serait le temps géologique de la Terre et sa fonction dans notre système solaire.Ce rêve m\u2019a inspiré un univers diégétique cohérent, suffisant à lui-même et sans limite.J\u2019ai donc commencé à écrire l\u2019histoire d\u2019une jeune fille, Orémia, rêvant à des baleines géantes.Je laissais venir l\u2019histoire d\u2019elle-même; c\u2019était un mélange d\u2019images fortes, de phrases poétiques et de métaphores complexes parsemées de symboles.À la même époque, un ami qui travaillait comme artiste conceptuel dans une compagnie de jeu vidéo à Montréal avait illustré avec beaucoup de talent quatre de mes contes fondateurs.Simultanément, je créais des ambiances sonores accompagnant chacune de mes sessions d\u2019écriture.Un ami concepteur musical a composé plusieurs segments musicaux pour accompagner l\u2019écriture des textes originaux, et certains d\u2019entre eux ont même trouvé place dans l\u2019application finale de Wuxia.Dès lors, Wuxia est devenu pour moi un outil, une façon de voir le monde, une manière de présenter ma vision de l\u2019humanité et de la terre en transformation.Au départ, je voulais créer un récit connecté à une application mobile qui s\u2019activerait par la marche, donnant accès à une expérience de cinéma interactif hors du commun dans les rues et le ciel d\u2019une ville.J\u2019imaginais une plateforme de narration reliée à des séquences filmiques intégrées à des projections architecturales sensibles aux comportements et émotions humaines.Après huit années d\u2019exploration, Wuxia le renard est devenu un projet réalisable en 2012 par mon association avec le producteur Vincent Routhier.Nous avons planifié son développement sur quatre années, correspondant à quatre phases.Pour y arriver, une campagne de sociofinancement sur Kicks-tarter, complétée avec succès en mai 2014, nous a permis d\u2019amasser 64 982 $ en 30 jours à l\u2019aide de 318 contributions individuelles.Avec cet argent, le premier tome de l\u2019octalogie Wuxia le renard a été réalisé.Notre compagnie, SAGA, est devenue le producteur du projet.Nous avons également convaincu les principaux acteurs du groupe de télévision TFO de se joindre à l\u2019aventure comme coproducteurs.Afin de rendre la production moins complexe, le projet de création de Wuxia a été séparé du développement de la plateforme de narration.Avec nos par-tenaires technologiques, nous avons aussi I 27 argus I VOLUME 44-N°1 assemblé et perfectionné un système de reconnaissance vocale continue, adaptée pour la lecture à voix.LES RETOMBÉES DU PROJET L\u2019un des aspects fondamentaux de ce projet de livre et d\u2019application est qu\u2019il permet de promouvoir auprès des lecteurs l\u2019importance - et l\u2019amour - de la lecture à haute voix et de la lecture sur support Il permet aux lecteurs d\u2019aborder la lecture sur un mode sensoriel et intuitif, plutôt que purement linguistique ou intellectuel, par le biais d\u2019une application numérique qui, au cours de la lecture, peut produire, selon le moment du récit, des effets sonores, de la musique et un film sur un écran.papier.Il permet aux lecteurs d\u2019aborder la lecture sur un mode sensoriel et intuitif, plutôt que purement linguistique ou intellectuel, par le biais d\u2019une application numérique qui, au cours de la lecture, peut produire, selon le moment du récit, des effets sonores, de la musique et un film sur un écran.Le numérique permet donc d\u2019augmenter le plaisir de lire, et de bien lire, en amplifiant l\u2019expérience de lecture.Nous avons eu une révélation en créant un prototype de Wuxia dans un contexte scolaire.La salle de classe était composée d\u2019enfants de 8 à 9 ans (voir vidéo).La lecture de Wuxia le renard est devenue une expérience collective et immersive.Elle n\u2019a pas été perçue comme un exercice de lecture, mais plutôt comme un jeu engageant et plaisant.Le professeur a considéré Wuxia comme un outil pédagogique remarquable pour donner et conserver le goût de la lecture chez les jeunes, notamment grâce au sentiment d\u2019accomplissement qu\u2019ils ressentent de voir l\u2019application s\u2019animer à la lecture.Nous envisageons déployer un ensemble d\u2019installations de lecture similaires à travers différentes villes en 2016-2017 et un projet pilote de bibliothèque augmentée dans une école primaire devrait voir le jour en 2016.De plus, grâce à notre coproducteur TFO et à son réseau en éducation, le livre de Wuxia le renard sera distribué dans toutes les écoles primaires de l\u2019Ontario pour appuyer l\u2019enseignement du français.Les élèves, même ceux présentant des difficultés d\u2019apprentissage, démontrent une grande qualité d\u2019attention et une belle motivation à participer durant l\u2019utilisation du livre et de son application.Wuxia a également été présenté en primeur lors de l\u2019évènement Future of Storytelling en octobre 2014 28 DOSSIER / LE LIVRE DANS TOUS SES ÉTATS à New York, au Festival TIFF KIDS 2015 à Toronto et devant des milliers d\u2019enfants au Festival Eureka durant le Printemps Numérique 2015 de Montréal.Le projet a obtenu une mention spéciale Innovation au Gala Numix pour souligner le potentiel de la technologie.Aussi, grâce à un partenariat avec le distributeur québécois De Marque, le projet Wuxia a commencé à attirer l\u2019attention de distributeurs en Asie et en Europe.LE LIVRE ET LA LECTURE AU 21e SIÈCLE Je souhaitais que ma démarche artistique génère un produit nouveau.Le livre de Wuxia n\u2019est pas différent dans sa forme en tant que tel; il peut se lire comme un livre traditionnel sans être accompagné de l\u2019application.La différence réside dans le fait qu\u2019il ait été pensé pour être lu de manière active.En effet, le fil narratif de Wuxia le renard se modifie selon ce qui est lu, selon les rythmes et les pauses du lecteur.Parfois certains passages déclenchent des scènes interactives dans l\u2019application où l\u2019utilisateur doit, par exemple, laisser sa trace sur les murs d\u2019une caverne.Lorsque le dessin est tracé, il reste gravé dans la caverne et la lecture peut continuer.Quand l\u2019utilisateur refait une lecture, il retrouve les dessins qu\u2019il a tracés.À d\u2019autres moments, l\u2019application va afficher une séquence de tuiles gravées de symboles.Cette multimodalité amène le lecteur à lire différemment chaque fois.Il y a eu un an d\u2019essais et d\u2019erreurs pour développer la bonne technologie de reconnaissance vocale continue et synchroniser les phrases du livre avec les sons, Wuxia le renard appelle à l\u2019expérimentation et permet de repositionner le livre comme objet d\u2019interaction du 21e siècle.la musique, les cinématiques et les scènes interactives.C\u2019est long, mais ce processus servira désormais le processus à la création des huit volumes de cette aventure.Wuxia le renard appelle à l\u2019expérimentation et permet de repositionner le livre comme objet d\u2019interaction du 21e siècle.Il permet aux jeunes de développer le goût pour la lecture; d\u2019une lecture profonde pour plus de contemplation et de réflexion.Selon moi, la lecture à voix haute permet de développer notre voix intérieure; cette petite voix qui nous permet de garder le contact avec le monde physique.X Poursuivre l'évolution du projetwuxia.ca Vidéo du prototype en contexte scolaire www.youtube.com/watch?v=AXmwf5Fo-84 | 29 argus I VOLUME 44-N°1 DOSSIER / LE LIVRE DANS TOUS SES ÉTATS Le paradoxe de l'informatique Conservation ou destruction de la mémoire du texte?DENISE LANDRY/ Depuis le milieu du XXe siècle, une nouvelle discipline du domaine de la littérature a pris forme sous le nom de critique génétique.Après avoir progressivement défini son objet d\u2019étude, soit le manuscrit moderne (nommément les manuscrits de travail) clarifiant ainsi toute confusion avec la biologie, les précurseurs se sont penchés sur les brouillons « en tant que support matériel, espace d\u2019inscription et lieu de mémoire des œuvres in statu nascendi » (en train de naître) (Grésillon, 1994, p.1) avant de mettre au point les méthodes et les finalités de cette sphère de recherche.Nous savons que c\u2019est par le biais des archives que nous accédons à l\u2019atelier de l\u2019écrivain qui lègue, gratuitement ou contre rémunération, ses boîtes de documents à l\u2019une ou l\u2019autre des différentes institutions publiques, par exemple à Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ), à Bibliothèque et Archives du Canada (BAC) ou Bibliothèque nationale de France (BNF), etc.Par la suite, les archivistes constituent un Fonds d\u2019écrivain et attribuent une cote de classement pour faciliter le repérage et la recherche.Les archives littéraires témoignent de la vision de l\u2019auteur à un moment précis de son histoire, pendant l\u2019acte créateur et révèlent des secrets sur l\u2019hérédité de l\u2019œuvre, les preuves scripturales tangibles de la présence de l\u2019écrivain devant sa création, donc les « ruines » de sa mémoire.Or, partant du postulat que les manuscrits modernes renferment non seulement les « ruines » de l\u2019écriture, mais les traces d\u2019une vie, nous émettons l\u2019hypothèse que l\u2019évolution rapide des technologies de l\u2019information déplacera l\u2019objet d\u2019étude de la critique génétique, et ce, pour deux raisons paradoxales.D\u2019une part, la performance nouvelle des outils de traitement de texte fera disparaître la trace, l\u2019origine de la création tandis que, d\u2019autre part, l\u2019espace-temps de la création, de plus en plus lié au monde virtuel et accessible sur l\u2019Internet, changera notre rapport à la conservation de la mémoire, donc à l\u2019archive.MANUSCRIT MODERNE ET RUINES DE LA MÉMOIRE Depuis l\u2019avènement de l\u2019informatique et de l\u2019Internet, nous ne sommes pas sans savoir que les manuscrits d\u2019écrivains se font de plus en plus rares menaçant ainsi l\u2019objet d\u2019étude de la critique génétique.Pour cette raison, une réflexion sur l\u2019éventuelle disparition de la trace manuscrite s\u2019impose car reconstituer la genèse d\u2019un texte nous oblige à réfléchir non Denise Landry est écrivaine et doctorante en littératures de langue française.Elle a publié deux romans et quelques nouvelles dans des revues de littérature.Elle s'intéresse aux ruines et aux archives depuis ses études à la maîtrise et poursuit sa réflexion dans le cadre d'un projet de doctorat au département des littératures de langue française à l'Université de Montréal.Par ailleurs, elle a effectué des recherches génétiques dans les archives de Marie-Claire Blais et a collaboré au groupe de recherche sur l'édition critique des Œuvres complètes d'Anne Hébert, tome 3 : roman./ Iandry.denise14@gmail.com 30 DOSSIER / LE LIVRE DANS TOUS SES ÉTATS ¦g*» r^ju*- Vmv: ¦i-w-44 Tt/^w' Lm+J~- PkXi.u-w^V, X \\JUM+ ^^r «\" ^ £* U -6-^* Pu»/' V\u201c\t^-wu^-A &*/**.^u*4 l»Æi,o%ju4** »^>*u 6/^1 >^JÏÊ ncuwd Pu»» PO*W.\u2022 U nuir ¦ &î?! Et si les archives matérielles tendent à disparaître, dorénavant remplacées par des « non-lieux » indifférenciés du monde virtuel (en nuage), est-ce suffisant pour dire qu\u2019elles n\u2019ont pas d\u2019avenir?Sans doute pas.Certains chercheurs ont déjà commencé à élargir leur champ d\u2019action à d\u2019autres disciplines, notamment l\u2019architecture, la photographie, la musique, etc.Cependant, s\u2019agira-t-il encore d\u2019une discipline de la littérature?Le déplacement de l\u2019objet d\u2019étude entraine-t-il le déplacement de la critique génétique au sein des disciplines d\u2019accueil?Tout compte fait, le plus grand défi auquel seront confrontés les futurs chercheurs en critique génétique viendra du support numérique de l\u2019écriture.Cela même qui, tout en facilitant le travail de l\u2019écrivain, en offrant des fonctions automatisées, avale tout et transforme des manuscrits, dont l\u2019inscription matérielle pouvait jusqu\u2019à présent résister au temps, en codes binaires ne pouvant être traduits que par des logiciels performants.Or, le principal paradoxe provient du fait qu\u2019à l\u2019époque de la traçabilité, à l\u2019ère de la diffusion planétaire d\u2019informations en direct et des technologies qui évoluent à une cadence accélérée, à l\u2019heure où des lois sur le droit à la vie privée et à la confidentialité sont nécessaires pour se protéger, tout peut être retracé et réapparaitre à l\u2019écran.Même le document supprimé par erreur et effacé (en apparence) de la mémoire de l\u2019ordinateur peut être récupéré.La « boîte noire » conserve toutes les opérations d\u2019écritures, le temps passé à l\u2019écriture, y compris les dates et heures des sauvegardes.Elle emmagasine tout, sauf l\u2019essence de l\u2019origine, la trace de l\u2019auteur et de ses hésitations, l\u2019empreinte de « ce [qui] n\u2019est pas là, mais [qui] a bien été ».(Barthes, 1980, p.177) Conséquemment, la mémoire ainsi détachée du siège de la conscience n\u2019est plus trace ni vestige, mais un stock, une mémoire-archive, en attente d\u2019être, non plus interprétée, mais d\u2019abord décodée.Elle - supplée en même temps à la difficulté de | 33 argus I VOLUME 44-N°1 DOSSIER / LE LIVRE DANS TOUS SES ÉTATS BIBLIOGRAPHIE Augé, Marc.2003.Le temps en ruines.Paris : Éditions Galilée, 134 p.Barthes, Roland.1980.La chambre claire : Note sur la photographie.Paris: Seuil, 192 p.Benjamin, Walter.2012 [1939], L'Œuvre d'art à l'époque de sa reproductibilité technique, trad, de Lionel Duvoy.Paris : Éditions Allia, 94 p.Biasi, Pierre-Marc de.1990.« La critique génétique », Introduction aux méthodes critiques pour l'analyse littéraire, Daniel Bergez et al.(éd.), Paris : Bordas, pp.5-40.La génétique des textes.2005.Paris : Armand Colin, 128 p.Contât, Michel et Daniel Ferrer (dir.).1998.Pourquoi la critique génétique?Méthodes, théories, Paris: CNRS Éditions, coil.«Textes & manuscrits », 209 p.Deshoulières, Valérie-Angélique et Pascal Vacher.2000.La mémoire en ruines : Le modèle archéologique dans l'imaginaire moderne et contemporain.Clermont-Ferrand : Presses Universitaires Biaise Pascal.CRLMC (Centre de Recherches sur les Littératures Modernes et Contemporaines), 259 p.Farge, Arlette.1989.Le goût de l'archive.Paris : Seuil, coil.« La Librairie du XXe siècle », 156p.Grésillon, Almuth.1994.Éléments de critique génétique : Lire les manuscrits modernes.Paris : PUF, 258 p.Habib, André.2008.Le temps décomposé : cinéma et imaginaire de la ruine.Thèse de doctorat, Montréal, Université de Montréal.Martel, Jacinthe.2007.«Une fenêtre éclairée d'une chandelle»: Archives et carnets d'écrivains, Québec : Éditions Nota Bene, 131 p.REVUES SPÉCIALISÉES Tangence.2005.« L'archive littéraire, mémoire de l'invention », Numéro 78.Texte.2001.« Le manuscrit », Toronto, Les Éditions Trintexte, n° 7.transmission du passé en garantissant, du moins a priori, sa pérennité médiatique.Mémoire par procuration qui peut nous faire retrouver le temps perdu, même si c\u2019est pour en encourager la perte.La valorisation archivistique du fichier électronique, comme matière-mémoire et objet d\u2019étude de la critique génétique, ne pourra se faire sans une réaction à la culture numérique ni une révolution autour de la méthode actuelle visant les textes manuscrits.X 1.L'anglicisme employé ici de façon ironique renvoie à la spécialité offrant la « [possibilité d'identifier l'origine et de reconstituer le parcours d'un produit, depuis sa production jusqu'à sa diffusion.| La traçabilité de la viande bovine.| « [.] les systèmes assurant l'identification et la traçabilité des animaux, http://gr.bvdep.com/version-1/gr.asp.Site du Grand Robert de la langue française consulté le 8 mars 2011.34 DOSSIER / LE LIVRE DANS TOUS SES ÉTATS « La terre est bleue comme une orange » BleuOrange, une revue de littérature hypermédiatique ALICE VAN DER K L E I / « La terre est bleue comme une orange ».bleuO-range http://revuebleuorange.org est une revue de littérature hypermédiatique qui publie depuis 2008, des œuvres originales, ainsi que des traductions d\u2019œuvres numériques marquantes.Projet unique dans le monde francophone, elle s\u2019est donnée pour mission de faire découvrir cette forme littéraire encore récente; d\u2019en faire la promotion auprès de publics d\u2019horizons différents et d\u2019en encourager la production en offrant aux artistes et aux écrivains une présence soutenue et une visibilité sur le Web.Le titre de la revue s\u2019inspire d\u2019un vers du poète surréaliste Paul Éluard.bleuOrange souhaite ainsi s\u2019inspirer d\u2019un imaginaire surréaliste et s\u2019inscrire dans un art qui privilégie les formes associatives où peuvent cohabiter le texte, l\u2019image, la vidéo et le son, un art qui favorise l\u2019exploration de nouvelles formes d\u2019écritures.Nouvelles textualités, littérature « numérique », « électronique », « poésie numérique ou e-poetry », « cyberlittérature », « hypertexte », « œuvres hyper-médiatiques » la terminologie n\u2019est pas tout à fait figée pour désigner les œuvres de créations Web.Depuis les années \u201890, il s\u2019agit pour leurs auteurs de cette littérature de concevoir et de réaliser des projets spécifiquement pour l\u2019ordinateur et l\u2019écran numérique, en s\u2019efforçant d\u2019exploiter les caractéristiques du multimédia et de l\u2019interactivité.bleuOrange RIVUI OK LITTÉRATURE\t^ HYPIRMEDIATIQUt Le champ littéraire traditionnel s\u2019est structuré autour du support livre et reste réticent à incorporer la littérature numérique dans sa discipline.Une non-reconnaissance du champ littéraire contribue à la séparation du champ de la littérature numérique et du champ littéraire papier.Par ailleurs, on observe une volonté venue du champ des arts électroniques à incorporer la textualité numérique.Depuis que l\u2019hypertexte incorpore de l\u2019image et du son, la proportion des auteurs venant des arts numériques et visuels dans la littérature numérique est de plus en plus importante.LITTÉRATURE NUMÉRIQUE : LITTÉRATURE DÉCONCERTANTE Pourquoi le champ des arts plastiques s\u2019intéresse-t-il plus aux arts numériques, alors que l\u2019on ne constate pas le même mouvement concernant le champ littéraire et les textualités numériques?Un élément de réponse peut consister dans le fait que les œuvres expérimentales des arts numériques sont plus souvent montrées, consultées, exposées dans des espaces de galeries.En revanche, il est beaucoup plus difficile de présenter les œuvres expérimentales de la littérature numérique dans un musée ou dans le cadre d\u2019une exposition.Ce constat explique que les œuvres plastiques numériques soient intégrées dans le champ des arts plastiques, alors que la littérature numérique, plus « déconcertante », peine à être reconnue par le champ litté- Alice van der Klei est docteure en littérature comparée et chargée de cours au Département d'études littéraires à l'Université du Québec à Montréal où elle enseigne la littérature numérique et la littérature mondiale.Elle est une des fondatrices et la rédactrice en chef de bleuOrange, revue de littérature hypermédiatique.http:// revuebleuorange.org vanderklei.aliœ@uqam.ca | 35 argus I VOLUME 44-N°1 DOSSIER / LE LIVRE DANS TOUS SES ÉTATS raire.Avec l\u2019expression littérature déconcertante de Dominique Viart1 on comprendra qu\u2019il s\u2019agit là d\u2019une littérature qui ne souhaite en aucun cas reproduire des anciennes façons de faire ni de représenter le réel.bleuOrange publie des œuvres qui ne peuvent être expérimentées qu\u2019à l\u2019écran, en interaction avec un lecteur ou en performance où un lecteur ou une lectrice navigue dans le texte devant un auditoire.Ainsi, bleuOrange organise des soirées sur le rapport entre littérature numérique et comment lire et manipuler ces œuvres pour faire découvrir cette forme de narration par la performance et la lecture devant un auditoire, ce qui permet d\u2019appréhender le sentiment d\u2019étrangeté du lecteur.La page à l\u2019écran demeure un espace à organiser, une matérialité à investir par differentes formes de médias.DES TEXTES QUI SORTENT DE LA PAGE Pourquoi la littérature de fiction s\u2019est-elle intéressée au dispositif numérique?C\u2019est une question que l\u2019on peut déjà situer au moment de la rupture de la linéarité de la page causée par le calligramme d\u2019Apollinaire.L\u2019écriture a déjà voulu sortir de la page en la réorganisant; en changeant les fonctions du mot et de son image.Avec Apollinaire ou Mallarmé, la linéarité éclate, l\u2019espace de la page est repensé.Par où commencer pour lire le poème calligramme?On reconnaît les lettres de la forme représentée par Apollinaire pour arriver à lire « Mon cœur pareil à une flamme renversée ».Ce type de figure iconotextuelle devient une mise en scène des signes graphiques et linguistiques qu\u2019il faut apprivoiser, même si la première approche de lecture peut être déconcertante.La question sur l\u2019éclatement de la page se pose avec le numérique, où l\u2019organisation de la page est au cœur de l\u2019écriture de la poésie électronique.La page à l\u2019écran demeure un espace à organiser, une matérialité à investir par différentes formes de médias.Nous ne lisons plus seulement des livres, faits de papier et d\u2019encre, nous lisons aussi des textes à l\u2019écran.Or, ces textes numériques sont d\u2019abord appelés des hypertextes, selon le terme proposé par Ted Nelson en 1965, pour désigner une nouvelle forme de documentation sur ordinateur, où chaque bloc de texte peut entrer en relation avec un ensemble d\u2019autres blocs, liés entre eux par des hyperliens.L\u2019hy-permédia est le développement de l\u2019hypertexte, où la dimension textuelle n\u2019est plus la seule présente, car elle s\u2019intégre à un ensemble plus vaste où se côtoient de nombreux médias, des images numériques, de nature photographique ou non, des séquences vidéo, des trames sonores, des modules informatiques divers, etc.Un hypermédia est un hypertexte dans lequel l\u2019information peut être codée dans des médias non textuels (images, sons, vidéos.).Les deux termes sont souvent utilisés l\u2019un pour l\u2019autre.En littérature, il est courant de garder la dénomination « hypertexte », même pour des hypermédias littéraires qui mixent texte, son et image.DES POÈMES INTERACTIFS À L\u2019ÉCRAN Prenons comme exemple, cette illustration d\u2019Un conte à votre façon de Raymond Queneau dans une adaptation numérique de 1997, par Raimund et Alfred Schreiber (œuvre aujourd\u2019hui disparue du Web) mais que le laboratoire NT2 à l\u2019UQAM a fiché 36 DOSSIER / LE LIVRE DANS TOUS SES ÉTATS i v mit uni rais rois mm lotsvnus di vint oui «au ini êinumim m nus cdssi.nui m 8IIN WD BSHMT P»R US IRCUS H LUE MK NIS n Ltt (IHIN&MT IM Uf IIIM DOW IT «JMIK Un conte à votre façon 11 y ai ail nr fou iron prtili poil ritii de vert qai dtmiiiM |MMtM fin Uar imii.I #or vnif* bia road mimait par le» Irooi dr lean aanaet \u2022< foa rafrad.nl Irar roaflraivat doai el h araaoairai.?-a vaut virinc: Raymond Queneau
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