L'état du Québec ..., 1 janvier 2009, 2009
[" NOUVEAU ! L'environnement\tdébats et la Société civile\tLe privé dans le système de santé en chiffres\tFaire payer les services publics TOUT CE QU\u2019IL FAUT SAVOIR SUR LE QUEBEC D DE RETOUR Le portrait social du Québec d'aujourd'hui par Simon Langlois INSTITUT DU NOUVEAU MONDE POLITIQUE La nouvelle image de Jean Charest LANGUE Le vrai diagnostic du français TERRITOIRE Vers un gouvernement autonome du Nunavik MONDE Finances, pétrole, nourriture.une crise généralisée?37 L'état du Québec 2009 Québec 2008-2009*.indd 1 17/11/08 09:23:56 Québec 2008-2009* indd 2 17/11/08 09 23 56 Sous la direction de Miriam Fahmy L'état du Québec 2009 INSTITUT DU NOUVEAU MONDE\tF I D E S Québec 2008-2009*.indd 3 17/11/08 09:23:56 Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives nationales du Québec et Bibliothèque et Archives Canada Vedette principale au titre : L\u2019état du Québec 2009 : tout ce qu\u2019il faut savoir sur le Québec d\u2019aujourd\u2019hui Fait suite à : L\u2019annuaire du Québec.Publ.en collab.avec : Institut du Nouveau Monde.ISSN 1711-3571 ISBN 978-2-7621-2881-9 1.Québec (Province) - Politique et gouvernement - 21e siècle.2.Québec (Province) -Conditions sociales - 21e siècle.3.Québec (Province) - Conditions économiques - 21e siècle.I.Fahmy, Miriam.IL Institut du Nouveau Monde.III.L\u2019annuaire du Québec.FC2925.2.Q41\t971.4\u201905\tC2004-390011-9 Dépôt légal : 4e trimestre 2008 Bibliothèque nationale du Québec © Éditions Fides, 2008 IMPRIMÉ AU CANADA EN NOVEMBRE 2008 PROTEGEONS W NOS FORÊTS IMPRIMÉ SUR PAPIER ENTIÈREMENT RECYCLÉ Québec 2008-2009*.indd 4 17/11/08 09:23:56 L'état du Québec 2009 L\u2019état du Quebec, anciennement appelé L\u2019annuaire du Quebec, est publié chaque année depuis 1996 par les Éditions Fides.C\u2019est une publication de l\u2019Institut du Nouveau Monde (INM).Directeur général de l'Institut du Nouveau Monde Michel Venne Directrice Miriam Fahmy Rédactrice-réviseure Léonore Pion Correctrices Sylvie Gourde Sandy Torres Recherchiste Karine Bélair Traducteur Sébastien Poitras Responsable de la section Anniversaires historiques Charles-Philippe Courtois Conseillers Stéphane Baillargeon Alexis Beauchamp Daniel Bouchard Sylvie Cantin Robert Choinière Claire De la Durantaye Clermont Dugas Gérald Fillion Pierre Fortin Alexandre Germain Jean-François Lisée Céline Saint-Pierre Michel Venne Rédacteurs Edward M.Adlaf, Patrice Albertus, Carolyne Alix, Rachida Azdouz, Jacques Babin, Stéphane Baillargeon, Gérard Beaudet, Patrick Beauduin, Éric Bédard, Diane Bélanger, Yves Bélanger, Marc-André Bemier, Isabelle Bitaudeau, Michel Boisclair, Marc André Boivin, Chantal Bouchard, Marcel Boyer, Richard Boyer, Pascale Breton, Colette Brin, Jean Carette, Paul Cauchon, Jean Cermakian, Zhiming Chen, Robert Choinière, Suzanne Clavette, Édith Cloutier, Thomas Collombat, Catherine Côté, Stéphane Couture, Michel David, Guy Debailleul, François Desjardins, Jeffrey L.Derevensky, Caroline Dufresne, Clermont Dugas, Chantale Dumont, Micheline Dumont, François Dupuis, Miriam Fahmy, Jean-Marc Fontan, Pierre-Gerlier Forest, Julie Fortier, France Gagnon, Frédéric Gagnon-Lebrun, Rosaire Garon, Xavier Gélinas, Éric George, Joseph Giguère, François-Pierre Gingras, Daniel Giroux, Luc Godbout, Pierre Gosselin, Philippe Hurteau, Christian Jetté, Mario Jodoin, Pierre-André Julien, Sylvia Kairouz, Noura Karazivan, Jacques Keable, Valérie Lacourse, Simon Langlois, Serge Laplant, Marie-Thérèse Lefebvre, Solange Lefebvre, Roch Legault, Julie Lemieux, Alain Lesage, Frédéric Lesemann, Denis Lessard, Claude Lessard, Kathleen Lévesque, Géraldine Lo Siou, Isabelle Lussier, Robert Maheu, Mario Marchand, Isabelle Martin, Pierre Martin, Emmanuel Martinez, Louis Massicotte, BjarneMelkevik, Karel Québec 2008-2009*.indd 5 17/11/08 09:23:56 Ménard, Alexandre Meunier, Mélanie Michaud, Normand Mousseau, Louise Nadeau, Jean Nolet, Bertrand Nolin, Maxime Ouellet, Élisabeth Papineau, Robert Perreault, François Pétry, Léonore Pion, Isabelle Porter, Pierre Prémont, Gilles Pronovost, Marc-Urbain Proulx, Nicolas Renaud, Marc Rochette, Thierry Rodon, Stéphane Roussel, Patrick Sabourin, Donat Savoie, Monique Séguin, Alex Shields, Amnon Suissa, Marie-Michèle Tessier, Pierre Théroux, André Thibault, Michel Tousignant, Pierre Tousignant, Stéphane Tremblay, Gustavo Turecki, JeanTurgeon, Pierre-Joseph Ulysse, Bernard Vachon, Michel Venne, Michel Vigneault, Mélanie Vincent, Frank Vitaro, Jean-Philippe Warren Maquette et couverture Gianni Caccia Mise en pages Folio infographie Graphiques, figures, carte Guylaine Regimbald Photographies Jacques Nadeau (sauf indication contraire) Illustrations Golds tyn L\u2019état du Québec est publié en collaboration avec Le Deuoir.Les Éditions Fides 306, rue Saint-Zotique Est Montréal, Québec H2S 1L6 www.fides.qc.ca L\u2019Institut du Nouveau Monde 630, rue Sherbrooke Ouest Bureau 1030 Montréal, Québec H3A1E4 inm(ô)inm.qc.ca \u2022 www.inm.qc.ca Québec 2008-2009*.indd 6 17/11/08 09:23:56 Table des matières Introduction 13 Les débats sont ouverts Miriam Fahmy Éditorial 17 Temps incertains Michel Venne CHRONOLOGIE 2007-2008 22 Les principaux événements Serge Laplante 32 Les grands disparus Serge Laplante L'ÉTAT DU QUÉBEC EN 2008 Population et démographie 40 Québec 2008, portrait social Simon Langlois 99 Le rapport Bouchard-Taylor plonge dans la diversité religieuse et culturelle du Québec Solange Lefebvre 105 La place du français au Québec : bilan nuancé Simon Langlois 113 L\u2019étatde la langue, la langue de l\u2019État Chantal Bouchard 117 Un nouvel institutpour la sauvegarde du français Patrick Sabourin 119 En 2008, le vieillissement collectif redevient un enjeu de société Jean Carette 124 Quelles familles québécoises à l\u2019horizon 2020?Gilles Pronovost \u2022 Chantale Dumont \u2022 Isabelle Bitaudeau Vie politique et administration publique 130 Chronique de l\u2019Assemblée nationale Serge Laplante 134 Mouvements au sein du personnel politique Serge Laplante 140 Principales lois adoptées par l\u2019Assemblée nationale Serge Laplante 143 Loi électorale et financement des partis Serge Laplante 147 Pauline Marois à la tête du Parti québécois : le difficile apprentissage du métier de chef Michel David 152 L\u2019ADQ en panne Denis Lessard 157 À quoi ont servi les consultations publiques du gouvernement Charest?François Pétry 163 Des consultations pour quoi faire?Jean Charest gagne la bataille de l\u2019image Patrick Beauduin Québec 2008-2009*.indd 7 17/11/08 09:23:56 168 Pour une politique tarifaire efficace et jus te Marcel Boyer 173 L\u2019utilisateur-payeur : quand les néolibéraux parlent d\u2019équité Philippe Hurteau 177 Le Nunavik: vers un gouvernement régional autonome pour les Inuit Donat Savoie 184 Carte électorale : la révolte de la périphérie Louis Massicotte 188 Le partenariat dans les administrations publiques québécoises Michel Boisclair Économie et conditions de vie 194 Le Québec en 10 indicateurs économiques Mario Jodoin 198 Norbourg: premier exemple de violence financière François Desjardins 202 L\u2019empire Québécor : poids du papier, promesses d\u2019un nouveau réseau et relance d\u2019une formule à succès Colette Brin 207 La Bourse de Montréal : débat autour d\u2019un avenir François Desjardins 211 Les PME : des souris et des gazelles Pierre-André Julien 215 L\u2019an l du Forum socioéconomique des Premières Nations : bilan sommaire Ghislain Picard 217 Les valeurs avant les profits : l\u2019ère de l\u2019entrepreneuriat social Pierre Théroux Environnement 220 L\u2019environnement en chiffres Valérie Lacourse 224 Le marché du carbone : état de la situation en Amérique du Nord Jean Nolet \u2022 Frédéric Gagnon-Lebrun 229 La santé publique et les changements climatiques Diane Bélanger \u2022 Pierre Gosselin 237 La discrétion gouvernementale, en attendant le désastre environnemental Alexandre Shields 239 Un regard sur la Politique québécoise de gestion des matières résiduelles 1998-2008 Karel Ménard Santé 246 La santé en chiffres Carolyne Alix \u2022 Robert Choinière 251 Le privé crée des vagues en santé Pascale Breton 258 Savoir mettre le doigt sur le bobo Luc Godbout 262 Qui trop embrasse, mal étreint Pierre-Gerlier Forest 266 La santé dans les décisions de nos élus France Gagnon \u2022 Mélanie Michaud \u2022 Jean Turgeon 271 L\u2019activité physique au Québec de 1995 à 2005 : gains pour tous.ou presque Bertrand Nolin \u2022 Denis Hamel Éducation 280 L\u2019éducation en chiffres Robert Maheu Québec 2008-2009*.indd 8 17/11/08 09:23:56 282 L\u2019école, la diversité et la laïcité Rachida Azdouz 287 L\u2019UQAM dans la tourmente Kathleen Lévesque 292 La réforme au secondaire : obstacles institutionnels et rôle des directions d\u2019école et des commissions scolaires Claude Lessard Arts et culture 300 Les arts et la culture en chiffres Rosaire Garon 306 L\u2019éthique, la culture et la mondialisation Stéphane Baillargeon 312 Le « paysage » à la rescousse du patrimoine Gérard Beaudet 317 Le curieux rapport à l\u2019histoire à travers la fiction télévisée Nicolas Renaud 322 Un portrait du turboconsommateur culturel Stéphane Baillargeon 325 Le poids d\u2019une génération dans la formation de la demande culturelle Rosaire Garon Médias 330 Les médias en chiffres Daniel Giroux 336 Les grandes transformations de la télévision Paul Cauchon 341 La concentration : thème récurrent de débat public et sujet brûlant pour le CRTC Éric George 346 TQS : un réseau qui lutte pour sa survie Paul Cauchon Société civile 352 La société civile en chiffres Jean-Marc Fontan 354 Un portrait de la société civile: réalité québécoise Jean-Marc Fontan 359 Le Forum social québécois : quel avenir politique pour l\u2019altermondialisme au Québec?Maxime Ouellet 363\tLa société civile mondiale se rassemble à Montréal ! Alexandre Meunier 364\tVers un Internet citoyen: groupes communautaires québécois et Internet Stéphane Couture 369 L\u2019action communautaire et la revitalisation des quartiers de Trois-Rivières Pierre-Joseph Ulysse \u2022 Frédéric Lesemann 374 Les jeunes s\u2019engagent, mais font-ils du bénévolat?André Thibault \u2022 Julie Fortier \u2022 Patrice Albertus 379 L\u2019alerteur et autres empêcheurs de tourner en rond ou le rôle des consultations publiques Robert Perreault 385 La participation des Autochtones aux processus de consultation : entre manipulation et reconnaissance Thierry Rodon 390 L\u2019ISC de CIVICUS : un projet de recherche pour la société civile québécoise Miriam Fahmy Québec 2008-2009*.indd 9 17/11/08 09:23:56 391\tQuand l\u2019État fait appel au «tiers secteur» : le cas de la santé et des services sociaux Christian Jetté 395 Un 49e Congrès eucharistique en phase avec notre temps ?Joseph Giguère Territoire 400\tRégions administratives du Québec 401\tLe territoire en chiffres 419 Rapport Pronovost: sortir l\u2019agriculture et les communautés rurales fragiles d\u2019un modèle qui les étrangle Bernard Vachon 424 Montréal : Des années troubles Jacques Keable \u2022 Léonore Pion 428 Québec : Le retour de la pensée positive Isabelle Porter 431 Les fêtes du 400e de Québec : du scepticisme à l\u2019allégresse Julie Lemieux 435 Capitale-Nationale et Chaudière-Appalaches : Une année riche en événements Clermont Dugas 439 Couronne des villes intermédiaires : Dans la cour des grandes villes.Marc Rochette 445 Régions périphériques : Des espaces en mutation Clermont Dugas 451 La stratégie PME du Saguenay-Lac-Saint-Jean Marc-Urbain Proulx 456 Les Autochtones en milieu urbain : revendication d\u2019une identité Édith Cloutier ANNIVERSAIRES HISTORIQUES EN 2009 462\t1634: Fondation de Trois-Rivières 375 ans sur le « Chemin qui marche » Mario Marchand 464\t1759 : Bataille des plaines d\u2019Abraham Le dernier épisode d\u2019une opération amphibie Roch Legault 469\t1759 : Reddition de Québec Quelques considérations pour comprendre un événement historique capital Pierre Tousignant 475\t1799 : Discours sur la Conquête providentielle Joseph-Octave Plessis soutient la doctrine en chaire Marc André Bernier 478\t1839 : Rapport Durham Les écueils du «progressisme» Éric Bédard 482\t1909 : Création du club de hockey de Canadien de Montréal Les Glorieux ont 100 ans ! Michel Vigneault 487\t1934: Création de l\u2019Orchestre symphonique de Montréal Une naissance laborieuse Marie-Thérèse Lefebvre 492\t1949 : Grève de l\u2019amiante Un conflit idéologique Suzanne Clavette 497\t1959 : Décès de Maurice Duplessis Un demi-siècle après, une histoire dépassionnée?Xavier Gélinas Québec 2008-2009*.indd 10 17/11/08 09:23:57 502\t1969 : Opération McGill français McGill brûle-t-elle?Jean-Philippe Warren 505\t1989 : Tuerie de la Polytechnique Se souvenir du 6 décembre 1989 Micheline Dumont PANORAMA DE LA RECHERCHE AU QUÉBEC Fonds québécois de la recherche sur la société et la culture (FQRSC) 512 Mieux comprendre la dépendance aux jeux de hasard et d\u2019argent pour mieux intervenir Jacques Babin Fonds québécois de la recherche sur la nature et les technologies (FQRNT) 525\tNos chercheurs bâtissent un avenir durable Pierre Prémont 526\tNouvelles technologies pour le positionnement par satellites 526\tLutte biologique : des parasitoïdes contre la pyrale du maïs 526\tSystème de commande d\u2019un biorobot aquatique 527\tLe transport électronique dans des fils moléculaires 527\tDéveloppement d\u2019un biosenseur électronique pour la détection rapide du VIH 527\tLes fjords et lacs d\u2019eau douce : indicateurs des changements climatiques 528\tEffets des protéines de lactosérum sur le système immunitaire 528\tCoupes forestières et dispersion du caribou forestier 528\tUn détecteur acoustique de baleines 529\tCombattre la gale commune de la pomme de terre 529\tLes structures en béton et la sécurité 529\tLe défi de logistique urbaine 530\tSystème de génération hybride éolienne-turbine à gaz-pile à combustible 530\tCentre d\u2019étude de la forêt (CEF) 530\tExpérimentation et visualisation géométriques 531\tDes bactéries contre un gaz à effet de serre 531\tRevêtements minimisant l\u2019usure des microsystèmes électromécaniques pour les applications aérospatiales 531\tPiéger les virus grâce à des nanomatériaux luminescents ou magnétisables 514 Les conduites à risque chez les élèves du secondaire Sylvia Kairouz \u2022 Louise Nadeau \u2022 Edward M.Adlae \u2022 Géraldine Lo Siou 516 Gagner, perdre et espérer chez les communautés culturelles Élisabeth Papineau 518 Trajectoires de vie difficiles et comportements suicidaires Monique Séguin \u2022 Gustavo Turecki \u2022 Alain Lesage \u2022 Michel Tousignant \u2022 Richard Boyer \u2022 Amnon Suissa 520 Facteurs de risque et de protection, et facteurs culturels associés aux problèmes de jeu chez les jeunes Isabelle Martin \u2022 Isabelle Lussier \u2022 Jeffrey L.Derevensky 522 L\u2019importance des liens entre la pratique de jeux de hasard et d\u2019argent, la délinquance et la consommation de psychotropes à l\u2019adolescence Frank Vitaro \u2022 Pierre Prémont Québec 2008-2009*.indd 11 17/11/08 09:23:57 REGARDS SUR LE CANADA LE MONDE VU D'ICI 534 Un deuxième gouvernement Harper minoritaire Michel Venne 540 Le gouvernement Harper désamorce le piège afghan Marc André Boivin 547\tLe cas Khadr : le Canada viole-t-il les droits de l\u2019homme?Léonore Pion 548\tLa stratégie de défense du gouvernement Harper : politique cohérente et justifiée?Stéphane Tremblay 554 L\u2019industrie de défense canadienne bénéficiera-t-elle de la politique du gouvernement Harper ?Yves Bélanger 556 Stephen Harper et les médias : une relation trouble Catherine Côté 560 L\u2019arrêt Charkaoui : entre sécurité nationale et justice fondamentale Noura Karazivan 568\tLe destin canadien de la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones B JARNE MELKEVIK 569\tLe référendum sur le mode de scrutin en Ontario François-Pierre Gingras 574 Le retour du Canada dans l\u2019Arctique ou le parfait alignement des logiques stratégiques, politiques et idéologiques Stéphane Roussel \u2022 François Perreault Québec 2008-2009'\u2018.indd 12 Le point sur la crise financière François Dupuis Les gagnants et les perdants des Jeux olympiques de Pékin : perspectives chinoises Zhiming Chen Good luck, Mr.President! L\u2019héritage économique de George W.Bush et les défis de son successeur Pierre Martin La crise alimentaire mondiale : crise conjoncturelle ou crise du modèle de développement?GuyDebailleul Kosovo : année de l\u2019indépendance Jean Cermakian Le syndicalisme international sur la voie de l\u2019unité Thomas Collombat Une année mouvementée pour le pétrole Normand Mousseau La Déclaration de Paris : le rôle de la société civile dans l\u2019aide au développement Emmanuel Martinez QUÉBEC EN UN COUP D'ŒIL Le Québec en un coup d\u2019œil Chronologie Devise et emblèmes Index 17/11/08 09:23:57 582 586 591 598 603 605 609 614 LE 620 626 632 635 INTRODUCTION Les débats sont ouverts Miriam Fahmy Directrice, Lëtatdu Québec L'annuaire du Québec n'est plus; vive L'état du Québec ! Chaque année depuis 1995, L'annuaire du Québec propose un panorama de l'actualité québécoise.L'édition 2009 est marquée par une double impulsion : un retour aux racines, conjugué à un renouveau.D'abord, le nouveau.Nous avons rebaptisé l'ouvrage L'état du Québec pour exprimer plus fidèlement ce qu'il contient: un portrait du Québec d'aujourd'hui.Comme L'état du monde, dont son nouveau nom s'inspire, L'état du Québec rassemble toute l'actualité québécoise en conjuguant les approches économiques, sociales, culturelles, démographiques et politiques.Conçu pour diffuser de façon pédagogique les travaux des meilleurs spécialistes et journalistes, L'état du Québec offre une expertise fiable et rigoureuse, non partisane, sur les enjeux de notre temps.Pour accompagner le changement de nom, nous avons créé une nouvelle couverture qui deviendra sa signature graphique, facilement identifiable d'une année à l'autre.À cela, ajoutons deux nouvelles sections : Environnement et Société civile.Ensuite, le retour aux racines.L'état du Québec veut servir de référence, aussi avons-nous voulu forcer le trait.Nous avons ramené une section quia souvent fait le bonheur de ses lecteurs: la grande étude sociale du sociologue Simon Langlois.Nous avons également structuré l'ouvrage en chapitres thématiques pour en faciliter la consultation.En tête de chacun des 10 chapitres thématiques, un article, préparé par un spécialiste, en présente les statistiques clés.L'index est également de retour.Toutes les données recherchées sont désormais repérables en un tour de page.Enfin, les classiques: la chronologie de l'année par Serge Laplante, ainsi que sa synthèse de l'année politique.La grande section Anniversaires historiques - coordonnée cette année par l'historien Charles-Philippe Courtois - revisite des moments importants de l'histoire québécoise.Les sections Canada et Monde sont également de retour, ainsi que le Québec en un coup d'oeil, sorte de fiche signalétique du Québec qui inclut sa chronologie historique.L'état du Québec est l'ouvrage de référence sur le Québec, à la fois proche de l'actualité et pérenne.Il est un outil incontournable pour quiconque cherche à découvrir le Québec, à mieux le connaître ou à en approfondir sa connaissance.L'ouvrage est aussi un outil pédagogique hors pair, utile en classe comme dans l'animation des débats publics.Un portrait de famille L'état du Québec s'ouvre sur un portrait-robot de la population québécoise, de ces hommes et de ces femmes qui en font la richesse et contribuent à son dynamisme.D'après l'étude réalisée par Simon Langlois, les tendances fortes se poursuivent et s'affirment: accroissement de la diversité culturelle, amplification des inégalités économiques.Phénomène nouveau : la population ne diminuera pas aussi vite que prévu, et le déclin démographique viendra plus tardivement, même s'il est déjà observable dans certaines régions.Le mini baby-boom qui a commencé en 2006, conjugué à un solde migratoire positif, 13 L'état du Québec est un outil incontournable pour quiconque cherche à mieux connaître le Québec.Québec 2008-2009*.indd 13 17/11/08 09:23:57 L'état du Québec 2009 retarde la décroissance démographique que les statistiques de l'Institut de la statistique du Québec (ISQ) prévoyaient dès les prochaines années.L'analyse de Simon Langlois s'avère précieuse pour quiconque veut connaître le Québec non seulement d'aujourd'hui, mais aussi de demain: l'étude jette un éclairage sur le devenir d'une société qui continue de changer à un rythme soutenu.Simon Langlois se base notamment sur les donnéesdu recensementde 2006, mais aussi sur diverses données d'enquêtes, qu'il analyseen profondeur, statistiques, graphiques et tableaux à l'appui.Un regard neuf L'état du Québec offre chaque automne l'occasion de regarder en arrière, de faire le bilan des 12 derniers mois.Cette rétrospective apporte un regard neuf sur les événements de l'année et un certain recul que l'actualité chaude ne permet pas toujours.Regarder en arrière est aussi le préalable nécessaire pour se projeter dans l'avenir.En ce sens, L'état du Québec amène à entrevoir l'avenir proche, à prévoir les enjeux, dossiers et questions qui façonneront le Québec de demain.Alors.que nous dit 2008 sur ce qui nous attend en 2009?L'année 2008 a été une année d'interrogations, de réflexion.En témoigne le nombre sans précédent de comités de travail et de consultations publiques qui ont été commandés par le gouvernement Charest.Bien qu'elles aient occupé une large place dans l'actualité, ces enquêtes - et les rapports qu'elles ont engendrés - sont restées dans le domaine du débat et n'ont pas donné lieu à des réformes.Pourquoi ?Le politologue François Pétry nous apporte un premier élément de réponse en étudiant la nature des différents comités et groupes de travail.Il en tire des conclusions en ce qui concerne leurs impacts, variables, sur les politiques publiques.Le spécialiste de l'image Patrick Beauduin, quant à lui, voit dans ces différents processus de consultation une gouvernance «à la douce» qui participerait d'une stratégie de réhabilitation de Jean Charest.Une stratégie censée le conduire à une majorité aux prochaines élections.D'autres spécialistes ont étudié pour L'état du Québec les rapports Pronovost, Bouchard-Taylor et Blais, la proposition de nouvelle carte électorale ainsi que l'entente-cadre en vue de la création d'un gouvernement du Nunavik.Des points de vue fort divergents sur les rapports Castonguay et Montmarquette nous rappellent que toutes ces études défendent une certaine vision du monde, une idéologie, et que, nécessairement, elles ne font pas l'unanimité.La réflexion s'est poursuivie dans le dossier de la santé, sans toutefois que des solutions à long terme aient été adoptées.À cet égard, le groupe de travail Castonguay, où le directeur général de l'Institut du Nouveau Monde (INM) a siégé comme vice-président, n'a pu provoquer l'impulsion nécessaire, au sein du gouvernement, pour faire avancer le dossier.Le rôle du privé demeure l'élément le plus litigieux de ce véritable puzzle politique, social et économique.À la veille de 2009, les problèmes de financement et de pénurie de médecins et d'infirmières ne sont donc toujours pas en voie d'être réglés.Dans d'autres dossiers, la contribution du privé semble acquise.Les grands chantiers du Centre hospitalier de l'Université de Montréal (CHUM), de l'énergie éolienne ou encore du prolongement de l'autoroute 25 font tous la part belle à l'investissement privé.Michel Boisclair, professeur à l'École nationale d'administration publique (ENAP), présente les ingrédients d'un partenariat public-privé (PPP) réussi.De nombreux autres débats, tout aussi importants, dont l'issue là encore reste incertaine, ont été lancés ou se sont poursuivis en 2008.En éducation, on ne mesure pas encore les conséquences de la crise financière de l'Université du Québec à Montréal (UQAM) sur le réseau des cégeps et des universités du Québec.La journaliste Kathleen Lévesque revient sur la spirale infernale qui a frappé l'institution: en plus d'entacher sa réputation, ce scandale pourrait affecter nombre d'autres institutions publiques, dorénavant scrutées à la loupe et forcées d'adopter des pratiques issues du privé pour assainir leurs finances.14 Québec 2008-2009*.indd 14 17/11/08 09:23:57 Introduction La laïcisation de l'école québécoise, dont la sociologue Rachida Azdouz délimite les tenants et les aboutissants, soulève la désapprobation chez certains.Le mouvement d'opposition au nouveau cours Éthique et culture religieuse prendra peut-être de plus amples proportions en 2009.Les parents heurtés dans leurs convictions iront-ilsjusqu'en cour?En environnement, la Politique de gestion des matières résiduelles 2009-2019 est attendue.Elle devra fixer de nouveaux objectifs tout en tenant compte du fait que la politique 1998-2008 n'a pas eu les effets escomptés, comme l'explique Karel Ménard du Front commun québécois pour une gestion écologique des déchets.L'année 2009 sera également celle du renouvellement du protocole de Kyoto.Le traité de Copenhague pourrait instaurer de nouvelles règles pour l'échange de crédits de carbone.Reste à voir quelles conséquences cela aura, s'il y en a, sur le Marché climatique de Montréal, dont les consultants d'ÉcoRessources décortiquent les rouages.Des médias en ébullition À la fin de cette année, les négociations pour le renouvellement de la convention collective du Journal de Montréal débuteront.Seront-elles le théâtre de confrontations comme celles qui ont opposé Québécor au Journal de Québec lors d'un long et dur conflit?Les journalistes craignent que la multiplication des supports n'entraîne le dédoublement de leurs tâches.C'est l'occasion pour la spécialiste des médias Colette Brin, de l'Université Laval, de faire le portrait du colosse médiatique qu'est devenu Québécor.Parallèlement à la convergence de cet empire, la disparition de la salle de rédaction deTQS, à la suite du rachat du groupe par les frères Rémillard, amplifie, comme l'explique le journaliste Paul Cauchon, un phénomène déjà engendré par la concentration des médias: l'atrophie de l'information locale.Autre conséquence de la concentration, la disparition progressive du pluralisme de llnformation.Cela justifierait, selon Éric George, de l'UQAM, d'imposer des balises plus serrées au Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC).Au moment où Jean Charest envisage la possibilité de négocier le rapatriement de nouveaux pouvoirs en matière de culture et de communication, la constitution d'un bureau régional du CRTC au Québec pourrait devenir un argument fort dans la lutte au monolithisme de l'information.Ces nouveaux pouvoirs pourraient également mettre la culture québécoise à l'abri des rationalisations du gouvernement Harper.La crise ne devrait pas devenir un prétexte pour interrompre les débats de société.Le Canada en guerre La section Regards sur le Canada nous rappelle que la politique étrangère canadienne a considérablement changé ces deux dernières années.Le pays participe à un conflit armé, comme nous le rappelle Marc André Boivin, du Réseau francophone de recherche sur les opérations de paix (ROP), et le gouvernement Harper souhaite faire plus de place encore à la défense, tel qu'énoncé dans Le Canada d'abord, la nouvelle politique en matière de défense du gouvernement canadien.Stéphane Tremblay, également du ROP, analyse le document pour nous.Ces investissements massifs pourraient faciliter un «retour dans l'Arctique» que Stéphane Roussel, de la Chaire de recherche du Canada en politiques étrangère et de défense canadiennes, examine.Cette section illustre aussi le fait que le Canada n'est pas toujours le champion des droits de la personne qu'il prétend être; la juriste Noura Karazivan épluche les nombreuses couches d'arguments juridiques qui enrobent le jugement de la Cour suprême dans l'affaire Charkaoui.L'incertitude, le renouvellement L'année 2008 se termine sur une note d'incertitude.Est-on en droit de s'attendre à des certitudes en 2009?Rien n'est moins sûr.La crise financière qui ébranle le monde entier aura certainement des répercussions sur le Québec.Mais lesquelles?15 Québec 2008-2009*.indd 15 17/11/08 09:23:57 L'état du Québec 2009 L'économiste en chef du Mouvement Desjardins, François Dupuis, retrace les origines de la crise.Il prédit que la catastrophe ne sera pas totale au Québec et au Canada, puisque l'économie intérieure paraît beaucoup plus solide que celle de nos voisins.Mais nous ne sommes pas tout à fait à l'abri.Dans l'histoire de la fusion de la Bourse de Montréal avec celle de Toronto, racontée par le journaliste François Desjardins, le dénouement reste incertain : le Québec a-t-il perdu son centre de pouvoir financier?La Bourse de Montréal tirera-t-elle son épingle du marché des produits dérivés?Politiquement, la crise pourrait devenir un bourbier.Le gouvernement québécois porté au pouvoir en novembre, qu'il soit minoritaire ou majoritaire, n'aura peut-être pas toute la marge de manœuvre souhaitée pour gouverner.Les grands projets seront-ils mis au rancart, faute de moyens ?Tous les rapports commandés par le gouvernement finiront-ils sur une étagère?Comme l'explique Michel Venne dans son éditorial, la turbulence pourrait au contraire constituer l'occasion rêvée d'accélérer la réalisation de certains des chantiers mentionnés plus haut.Elle ne devrait surtout pas devenir un prétexte pour interrompre les débats importants qui animent la société québécoise.Pleins feux sur la société civile Une crise économique peut favoriser ou défavoriser tous les secteurs, société civile incluse.Celle-ci peut être appelée à jouer un plus grand rôle pour protéger les plus démunis, pour assurer des services essentiels.Elle peut aussi voir ses moyens diminuer considérablement.Dans tous les cas, la vitalité et l'influence du «troisième secteur» au Québec n'est plus à démontrer.Voilà pourquoi L'état du Québec lui consacre dorénavant un chapitre entier.Hétéroclite dans ses composantes et dans ses moyens, la société civile, parce qu'elle mobilise et engage les citoyens, est essentielle à la vie en démocratie.Y naissent des idées ingénieuses et s'y brassent des affaires novatrices pour résoudre les problèmes sociaux, petits et grands.Le texte de Pierre-Joseph Ulysse et Frédéric Lesemann sur la revitalisation de Trois-Rivières en donne un bon exemple.2009 marquera une année forte pour les sociétés civiles québécoise et canadienne, qui se trouveront au cœur d'un rassemblement de la société civile mondiale.L'INM recevra au cours des trois prochaines années les assemblées mondiales de CIVICUS, un réseau d'organisations qui couvre tout le spectre de la société civile et qui s'attache à renforcer l'action citoyenne partout dans le monde.Avec cet événement, l'INM poursuivra et élargira sa mission d'animateur de la société civile.La langue, enjeu impérissable L'état du Québec n'a, cette année encore, pas fait l'impasse sur un des sujets qui fait couler le plus d'encre : l'usage de la langue française.Après le fiasco entourant la publication des rapports de l'Office québécois de la langue française (OQLF) et en l'absence d'interprétations d'ensemble claires et simples des nombreuses données, nous avons demandé à Simon Langlois de brosser le portrait de la situation actuelle du français au Québec.S'il conclut que la francisation des entreprises est un franc succès, il nous met en garde: la loi 101 ne peut pas encadrer les choix quotidiens des gens, surtout lorsque plusieurs langues sont en cause.L'anglais demeure à cet égard un facteur influent.Les débats entourant le rôle de l'OQLF et l'efficacité actuelle de la loi 101 susciteront-ils en 2009 une réflexion sur la réforme de cette institution ?Vous pouvez compter sur L'état du Québec 2010 pour vous tenir informés ! 16 Québec 2008-2009*.indd 16 17/11/08 09:23:57 ÉDITORIAL Temps incertains Michel Venne Directeur général, Institut du Nouveau Monde En cet automne 2008, les temps sont incertains.La crise financière occupe les esprits autant que les journaux télévisés.L'insécurité était déjà une marque de notre époque.Elle s'insinue encore davantage dans les interstices de la vie.L'imprudence des raiders des marchés financiers et des banquiers insouciants et inassouvis malgré des profits vertigineux met les épargnes et les caisses de retraite en péril.Des milliards de dollars s'envolent en quelques clics de souris.Les parachutes dorés se déploient pour quelques privilégiés tandis que, chez l'oncle Sam, et peut-être bientôt chez nous, les braves travailleurs et les petits épargnants écopent.Toujours les mêmes qui perdent.La crise s'est invitée dans les trois campagnes électorales de la saison.Elle devient même un prétexte à déclencher les élections au Québec.De la crise peut-il surgir un monde meilleur ?La crise, dit la politologue et femme de gauche Susan George, de passage à Montréal en octobre, pourrait créer les conditions d'une refondation citoyenne de l'économie et de la société.La crise, disait aussi le chef de l'Action démocratique du Québec (ADQ), Mario Dumont, devrait nous conduire à réformer le modèle québécois de développement.De l'insécurité actuelle peut-il ressortir le goût de changer le monde?Et si oui, le changer pour quoi?L'insécurité, c'est bien connu, engendre le réflexe de prudence.Et le réflexe de prudence, le conservatisme.Il faut plus qu'un sentiment d'insécurité pour modifier l'ordre des choses.Le changement ne survient pas dans un contexte dominé parla peur.Il peut survenir dans une période de prospérité joyeuse qui crée l'insouciance nécessaire à l'esprit aventureux.Ou alors il surgit quand des dommages réels, profonds et durables ont été subis et que l'on admet que ces troubles effroyables ont été causés par l'ordre antérieur.Or, les spécialistes invoquent l'erreur humaine - l'imprudence de prêteurs sans scrupules - pour expliquer les tragédies boursières et les faillites bancaires de l'automne 2008.Selon eux, ce n'est donc pas le système qui serait défectueux.Quelques garde-fous supplémentaires pour éviter les dérapages, et le modèle économique tiendra bien la route: voilà ce qu'on va nous dire.D'ailleurs, au Canada, la situation serait tolérable.Ni mises à pied massives, ni faillites en série, ni saisies de propriétés.Les investissements publics maintiennent le nez de l'économie hors de l'eau.La noyade n'aura pas lieu.Quelques bouillons à prendre.Et puis la vie va continuer.En outre, nos bons gouvernements veillent au grain et, avec des plans de sauvetage, vont protéger les épargnants des pires calamités.Cela dit, il est toujours étonnant de voir des conservateurs qui répugnent à dépenser l'argent public pour consolider la sécurité sociale, combattre durablement la pauvreté ou améliorer la réussite éducative, 17 Québec 2008-2009*.indd 17 17/11/08 09:23:57 L'état du Québec 2009 se précipiter vers les ministres des Finances et les présidents de banques centrales pour obtenir de l'aide dès que la Bourse voit rouge.Réfléchir à notre modèle économique Mais pourquoi faut-il que tout le monde écope pour la cupidité d'une minorité d'irresponsables?Dans la mondialisation, comment se prémunir contre l'impéritie de dirigeants incompétents?Il y aurait bien des débats à mener sur les gouvernances économiques mondiale et nationale à la lumière des événements récents.Faut-il une meilleure réglementation des marchés financiers?Les épargnants sont-ils bien protégés?Les régimes de retraite sont-ils viables à long terme?Y a-t-il des solutions alternatives?Le président français, Nicolas Sarkozy, proposait de réformer le capitalisme.Il a été accueilli fraîchement par les autres chefs de gouvernement.Plus profondément, d'aucuns voudraient remettre en question les modèles productivistes mondialisés, la société de consommation, le culte de l'immédiateté, la religion du rendement.Quelle belle occasion de faire progresser les principes du développement durable, de la finance solidaire, de l'investissement responsable, du commerce équitable ! Mais vivrions-nous mieux si la finance et l'économie répondaient à des règles différentes ?Tant de débats seraient nécessaires.L'insécurité rend prudent.Elle confine dans l'immédiat.Elle ferme l'horizon.Elle reporte les projets.Aucun sujet ne semblait assez important à l'automne pour mériter qu'on lui porte une attention soutenue.Déjà, le «tournant vert» proposé par le libéral Stéphane Dion devenait, aux yeux des conservateurs, une hérésie : on ne va pas augmenter les impôts à la veille d'un ralentissement économique, disait son adversaire Stephen Flarperen déformant sciemment la proposition libérale.L'avenir de la langue française dans le monde n'était pas non plus un sujet assez important pour retenir à Québec, où se tenait le Sommet de la Francophonie, le président de la France, Nicolas Sarkozy, occupé lui aussi à gérer la crise.Des débats pour faire progresser le Québec Dans la vie réelle, pourtant, les projets se succèdent, la consommation se maintient même si la confiance diminue, le revenu disponible des familles augmente, on s'est remis à faire des enfants, les jeunes ont du travail.Mais il y a tant de chantiers à ouvrir pour l'avenir.Ceux-là, on les néglige.Au cours de la dernière année, le débat public a été nourri par la publication des rapports d'un bon nombre de groupes de travail et de commissions de consultation dont les travaux n'ont guère trouvé d'écho.Qu'ils concernent par exemple la santé (Castonguay), les accommodements raisonnables (Bouchard-Taylor), l'agriculture et l'agroalimentaire (Pronovost), la productivité, les aides fiscales aux régions ressources ou encore la tarification des services publics (Montmarquette), ces rapports, pourtant riches et parfois provocateurs, s'entassent quelque part sur une tablette.Ils sont lus, pourtant.Et dans les ministères, les universités et les organisations de la société civile, ils nourrissent la réflexion.Mais sur le plan politique, ils ont fait long feu.Les préoccupations soulevées par ces rapports sont cependant bien réelles, et il faudra y revenir au cours des prochaines années.Nous aurons des choix cruciaux à faire et nous ne pourrons trancher autrement qu'à travers des débats publics, des consultations avec les citoyens et des dialogues entre experts, acteurs socio-économiques, citoyens et décideurs.La participation publique s'impose lorsqu'une question requiert un nouveau consensus, un arbitrage sur le plan des valeurs, une décision sur la gestion d'un risque partagé ou la mobilisation de la population et des communautés pour le développement économique et social d'une région.Or, les sujets sur lesquels nous avons besoin de nouveaux éclairages et d'un nouvel arbitrage sont légion.18 Québec 2008-2009*.indd 18 17/11/08 09:23:57 Éditorial Des choix à effectuer Le financement du système de santé n'est pas réglé.Dans un avenir relativement proche, l'augmentation des coûts liés, entre autres, aux nouvelles technologies médicales, aux besoins grandissants des malades chroniques, à la pénurie de médecins de famille ou au désir des personnes en perte d'autonomie de demeurer dans des milieux de vie familiers au lieu d'être placées en institution, va nous forcera procéder à des choix et à modifier nos façons de faire.Dans quelques années, au rythme où vont les choses, la santé va accaparer une telle proportion des fonds publics que ce sont les autres missions fondamentales de l'État - éducation, lutte contre la pauvreté, protection de l'environnement, développement local, promotion de la culture et de la langue française, accueil des immigrants, etc.-qui vont en souffrir.L'allongement de la vie et la faible natalité vont se poursuivre.Conjugués, ces deux phénomènes provoquent le vieillissement de la société.Ce vieillissement est souvent, d'un point de vue collectif, perçu comme un risque, voire une calamité.Pourtant, d'un point de vue strictement humain, c'est une chance formidable que de pouvoir vivre plus longtemps, surtout que l'on vit plus longtemps qu'avant en bonne santé.Il y a désormais une vie après le travail productif rémunéré.La vie active pourrait se prolonger.Mais nous n'avons pas appris collectivement à vieillir dans la sérénité.Nous n'avons pas collectivement pris la mesure des changements en cours, ni réalisé que, désormais, cinq âges ou cinq générations se côtoient et que l'allongement de la vie invite à revoir les régimes de retraite, la protection sociale, l'accès à la formation continue pour les adultes, à inventer de nouvelles formes de dialogue entre les générations et à renouveler notre éthique à l'égard des soins de fin de vie et notre manière de transiger avec la solitude.L'aménagement des villes devra tenir compte de ces changements tout autant que l'organisation des transports, l'offre culturelle ou la vie en milieu rural.Un autre changement démographique s'opère lentement au Québec.Depuis le début des années 2000, la croissance de la population du Québec s'explique autant par l'immigration que par les naissances.Cela pose des questions sérieuses, comme l'a démontré la commission Bouchard-Taylor, en matière d'intégration, de relations interculturelles et de langue.À cet égard, l'un des grands défis de la société québécoise est de savoir comment maintenir une société francophone dans le contexte du bilinguisme.Des voies d'avenir Il y a tant de choses auxquelles notre société n'est pas préparée.Le vieillissement nous obsède.Et cela s'explique, entre autres, parce que les premières cohortes du baby-boom, qui ont toujours pesé de tout leur poids sur l'évolution de la société, arrivent à l'âge de la retraite.Or, ce qui préoccupe un baby-boomer préoccupe la société.Sans négliger le sort des aînés, ce sont pourtant les enfants qui devraient attirer notre attention si l'on pense à l'avenir.Toutes les études sérieuses montrent qu'un enfant qui démarre bien dans la vie a plus de chances de la réussir qu'un autre négligé, mal aimé parses parents et vivant dans un milieu qui ne valorise pas l'éducation, la socialisation et les saines habitudes de vie.Le bien-être des enfants devrait être une obsession.Comment mieux assurer leur bonheur?Faut-il rendre universel le réseau de centres de la petite enfance?Comment préparer une entrée réussie à l'école?Pourquoi 40% des jeunes ne complètent-ils pas leur secondaire?Le Québec est une des sociétés les plus scolarisées au monde.Mais elle n'est pas l'une des plus innovatrices au monde.Les investissements privés en recherche sont plus faibles qu'ailleurs et notre capacité de produire de l'innovation, inférieure à celle d'autres pays comparables.Le Québec s'est fait un nom avec l'hydroélectricité.Or, il tarde à adopter les méthodes alternatives de production de bioénergies propres et durables et pourrait rater son virage éolien.Dans la mondialisation, comment se prémunir contre l'impéritie de dirigeants incompétents?19 Québec 2008-2009*.indd 19 17/11/08 09:23:57 L'état du Québec 2009 Le développement durable est le credo de l'avenir.En la matière, nous sommes des nains alors même que nous possédons la connaissance et les compétences pour devenir des leaders mondiaux.Pourquoi le Québec ne deviendrait-il pas l'avant-garde nord-américaine de la responsabilité sociale des entreprises et de l'innovation technologique en matière environnementale?Ébranler les institutions Pour arriver à changer les choses, il ne suffit pas d'avoir de bonnes idées.Il faut aussi accepter d'ébranler quelques colonnes du temple, de transgresser quelques tabous, de remettre en question des institutions, des acquis, des systèmes de financement qui n'incitent ni à l'innovation ni à l'entrepreneuriat.Quand oserons-nous modifier notre mode de scrutin et nos institutions démocratiques pour refléter le pluralisme politique et favoriser une meilleure participation citoyenne?Quand allons-nous accepter de réviser le partage des responsabilités entre le gouvernement du Québec, les régions, les villes?Quel est l'avenir du syndicalisme et de l'action communautaire?Par le passé, nous avons su affronter, voire provoquer le changement.Et nous avons vécu dans la sérénité quelques révolutions tranquilles.Notre rapport à la religion, au mariage, à la nourriture, à l'économie et à la finance, à la famille, aux partis politiques, à l'école, à l'immigration s'est radicalement transformé au fil des ans.Nous pouvons encore réformer les choses.Cela nécessite, bien sûr, une volonté politique.Et cela requiert des processus, des véhicules, des occasions de revitaliser les débats publics sur ces grandes questions d'avenir, d'extirper des mains des groupes d'intérêt et des corporatismes de tous ordres le monopole de l'expression des idées et des projets.C'est ce que propose de faire l'Institut du Nouveau Monde (INM).Sur l'ensemble des sujets évoqués ci-dessus, l'INM a amorcé un des programmes de délibération publique à l'échelle locale, régionale et nationale.L'Institut recevra aussi à Montréal, au cours des trois prochaines années, les assemblées mondiales du mouvement CIVICUS, une alliance internationale de la société civile.Cette délibération doit s'appuyer sur une information fiable et sur l'apport des chercheurs et des scientifiques.Elle doit interpeller les acteurs socio-économiques et les décideurs.Elle doit surtout, et c'est ce à quoi s'emploie l'INM, ouvrir le champ à un nouvel acteur du débat, le citoyen, la citoyenne, dont la participation sur des bases non partisanes contribue à faire dominer le bien commun sur l'intérêt particulier.Surveillez les annonces sur www.inm.qc.ca.Soyez certains d'être dans le coup: devenez membre! L'insécurité rend prudent.Elle confine dans l'immédiat.Elle ferme l'horizon.20 Québec 2008-2009*.indd 20 17/11/08 09:23:57 Chronologie 2007-2008 22 Les principaux événements 32 Les grands disparus Les principaux événements Serge Laplante Recherchiste, Le Journal de Montreal Voici les principaux événements survenus au Québec entre le 1er août 2007 et le 1er septembre 2008.AOÛT 2007 19 août - Un soldat québécois meurt.Un premier soldat du Royal 22e Régiment, Simon Longtin, tombe au combat en Afghanistan, dans l\u2019explosion d\u2019une bombe artisanale au passage de son véhicule.22\taoût - La loi 104 invalidée.Dans un jugement partagé de deux voix contre une, la Cour d\u2019appel invalide la loi 104.Adoptée en 2002, celle-ci visait à contrecarrer la possibilité pour un enfant de passer par un établissementprivé non conventionné pour obtenir un certificat d\u2019admissibilité à l\u2019école anglaise.Le gouvernement du Québec a annoncé qu\u2019il porterait la cause devant la Cour suprême.23\taoût - Forum social québécois.Le premier Forum social québécois réunit à Montréal 5 000 participants venus de plusieurs régions du Québec pour discuter culture, environnement et économie.Une trentaine de propositions pour construire un «autre monde» ont été adoptées.SEPTEMBRE 2007 3 septembre - Clôture du FFM.Le jury du 31e Festival des films du monde a récompensé les deux favoris de la compétition en attribuant 22 ex æquo le Grand prix des Amériques à Un secret, du vétéran Claude Miller, et à Ben X, de Nie Balthazar, qui s\u2019est aussi vu décerner le Prix du jury œcuménique, de même que le Prix du public.12 septembre - Politique sur la malboufFe.Le ministre de la Santé, Philippe Couillard, présente sa politique cadre sur l\u2019alimentation dans les écoles.Les boissons gazeuses, les barres de chocolat etles croustilles seront interdites dans les machines distributrices des écoles, et les établissements devrontrendre des comptes sur les changements qui seront apportés au menu de leur cafétéria.17 septembre - Élections fédérales partielles.Thomas Mulcair est élu sous la bannière néodémocrate dans la forteresse libérale d\u2019Outre-mont Le conservateur Denis Lebel s\u2019empare du bastion bloquiste de Roberval-Lac-Saint-Jean.Du côté de Saint-FFyacinthe-Bagot, la bloquiste Ève-Mary ThaïThi Lac l\u2019emporte avec une majorité réduite pour son parti.Composition des Communes au 17 septembre 2007 : Parti conservateur (PC) : 116 sièges ; Parti libéral du Canada (PLC) : 96 ; Bloc québécois (BQ) : 49 ; Nouveau Parti Démocratique (NPD) : 30 ; Indépendants : 3 ; Vacants : 4.24\tseptembre - Un pont sur PA25.Le gouvernement annonce qu\u2019il fera construire au-dessus de la rivière des Prairies un pont à haubans qui prolongera l\u2019autoroute 25 entre Montréal et Laval.La mise en service estprévue Québec 2008-2009*.indd 22 17/11/08 09:23:58 Chronologie 2007-2008 pour 2011.On y installera par ailleurs un péage électronique.Le projet, estimé à 207 millions de dollars, sera réalisé en partenariat avec l\u2019entreprise privée Concession A25.24 septembre - Pauline Marois élue.Victoire convaincante de la chef du Parti québécois à l\u2019élection partielle de Charlevoix.Elle obtient 11380 votes, soit 59,16 % des suffrages-4 25 5 voix de plus que son principal adversaire, l\u2019adé-quiste Conrad Harvey.Le taux de participation, élevé pour une partielle, estde 58,47 %.24\tseptembre - Lutte contre le VPH.Le ministre de la Santé, Philippe Couillard, annonce une campagne de vaccination massive et gratuite contre le virus du papillome humain (VPH) dès la rentrée scolaire de 2008.Cette mesure s\u2019inscrit dans le cadre de son plan de lutte contre le cancer du col de l\u2019utérus, qui aura coûté 75 millions de dollars en cinq ans.La vaccination (par l\u2019administration de doses de Gar-dasil) des jeunes filles de 12 à 14 ans coûtera 40 millions de dollars la première année, puis 10 millions tous les ans.25\tseptembre - Lutte aux algues bleues.Le Rendez-vous stratégique sur les algues bleues est organisé à Sainte-Adèle, dans les Lauren tides.Le gouvernement y annonce un train de 35 mesures, comme l\u2019interdiction des détergents phosphatés , pour contrer la prolifération des cyanobactéries.Ce plan coûtera 200 millions de dollars en 10 ans.27 septembre - Parité du dollar.Le dollar canadien atteintpour la première fois depuis 31 ans la parité avec la devise américaine.27 septembre - Geneviève Jeanson avoue.Dans une entrevue percutante à l\u2019émission Enquête de Radio-Canada, l\u2019ex-cycliste de 26 ans affirme avoir été incitée à se doper, entre 16 et 23 ans, par son propre entraîneur.La cycliste faisait usage d\u2019érythropoïétine (EPO), une substance interdite qui permet d\u2019améliorer la performance.28 septembre - Marois poursuit The Gazette.Pauline Marois et son conjoint, Claude Blan-chet, poursuivent le quotidien The Gazette et son journaliste William Marsden.Le couple leur réclame une somme de 2 millions de dollars en dommages et intérêts.Un article paru le 22 septembre contenait des allégations selon lesquelles il aurait bénéficié d\u2019un traitement de faveur de la part de la Commission de protection du territoire agricole au moment de construire leur résidence de l\u2019fle-Bizard.OCTOBRE 2007 9 octobre - Myriam Bédard condamnée.Reconnue coupable de l\u2019enlèvement de sa fille, après une escapade à Washington où elle s\u2019étaitrendueavecsonconjointNimaMazhari, l\u2019ex-biathlète obtient une absolution conditionnelle, mais elle devra respecter une période de probation de deux ans au cours de laquelle elle devra déposer son passeport et remettre ses armes.13 octobre - 95 % d\u2019appui pour Duceppe.Le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, obtient l\u2019appui de 95,4% des militants réunis en Conseil général à Trois-Rivières.Ce vote de confiance avait été demandé par le chef, en mai, au lendemain de sa décision de renoncer à la direction du Parti québécois.Il avait obtenu un résultat de 96,8 % à l\u2019automne 2005.16 octobre - Discours du Trône à Ottawa.Ouverture de la 2e session de la 39e législature du Canada.Composition de la Chambre des communes au 16 octobre 2007 : Parti conservateur (PC) : 126 sièges ; Parti libéral du Canada (PLC) : 96 ; Bloc québécois (BQ) : 49 ; Nouveau Parti Démocratique (NPD) : 30 ; Indépendants : 23 Québec 2008-2009*.indd 23 17/11/08 09:23:58 L'état du Québec 2009 3 ; Vacants : 4.Au Québec : BQ : 49 sièges ; PLC : 12 ; PC : 11 ; NPD : 1 ; Indépendants : 2.18\toctobre - Rapport de la commission Johnson.Présidée par Me Pierre Marc Johnson, la Commission d\u2019enquête sur l\u2019effondrement du viaduc du boulevard de la Concorde sur l\u2019autoroute 19 à Laval, le 30 septembre 2006, publie son rapport La commission fait 17 recommandations et blâme sévèrement le ministère des Transports (MTQ) pour son incurie.La ministre des Transports, Julie Boulet, s\u2019engage pour sa parta présenter un plan d\u2019action qui « changera la philosophie du MTQ», dit-elle.Bilan de l\u2019exercice : 29 journées d\u2019audiences publiques, 58 témoins, 3 200 documents consultés, 177 pièces déposées et 6 920 pages de transcription.Coût de l\u2019exercice : 6,4 millions de dollars.19\toctobre - Bute champion du monde.Le Québécois d\u2019origine roumaine Lucian Bute devient le nouveau champion du monde des super-moyens de l\u2019International Boxe Federation (IBF) lors d\u2019un combat disputé à Montréal contre le champion colombien Alejandro Ber-rio, détenteur du titre.Bute l\u2019emporte par mise hors de combat Le Québec a deux champions du monde actifs, l\u2019autre étant Joachim Alcine.24\toctobre - Feu vert à Rabaska.Le gouverne-mentCharestautorise la réalisation du controversé projet de port méthanier Rabaska à Lévis.25\toctobre - Autre première pour Éric Gagné.En baseball, le lanceur de Mascouche, recruté par les Red Sox, devient le premier Québécois à prendre part à un match de la Série mondiale.Éric Gagné a bien fait en neuvième manche dans une victoire sur les Rockies.Les Red Sox remporteront la série en quatre matchs.Éric Gagné est le seul Québécois à avoir mérité le trophée Cy Young et lancé dans une victoire en Série mondiale de baseball.24 30 octobre - Mise à jour économique.Le ministre fédéral des Finances, Jim Flaherty, publie une mise à jour économique de l\u2019ordre de 11,6 milliards de dollars.Il annonce une réduction d\u2019impôt de 1,9 milliard pour les contribuables et confirme la réduction de 6 à 5\t% de la TPS à compter du 1er janvier 2008.NOVEMBRE 2007 2 novembre - Le huard à 1,07$.Le dollar canadien franchit un seuil sans précédent en clôturant à 107,04 $US.4 novembre - Élections scolaires.L\u2019élection générale scolaire, tenue dans 413 circonscriptions électorales scolaires du Québec, reste encore largementignorée des quelque 2,3 millions d\u2019électeurs appelés à voter pour élire un candidat parmi les 896 en lice.Le taux de participation est de l\u2019ordre de 7,9 %.Il avait été de 8,4 % lors des élections scolaires précédentes, en 2003.Deux commissaires sur trois sontélus sans opposition.C\u2019en est assez pour l\u2019Action démocratique du Québec (ADQ) qui demande l\u2019abolition des commissions scolaires, tandis que le Parti québécois demande d\u2019en réduire le nombre.Le gouvernement lance un nouveau chantier de réflexion sur la démocratie scolaire.6\tnovembre - Un gant doré pour Russell Martin.Le Québécois Russell Martin, des Dodgers de Los Angeles, se voit décerner un Gant d\u2019or pour ses performances au poste de receveur, et ce, alors qu\u2019il ne joue que depuis deux saisons dans la Ligue nationale de baseball.Quelquesjours plus tard, il reçoit le Bâton d\u2019ar-gentpour avoir maintenu une moyenne de .293.Martin, âgé de 24 ans, est le premier receveur des Dodgers à se voir remettre le Bâton d\u2019argent depuis Mike Piazza en 1997.Québec 2008-2009*.indd 24 17/11/08 09:23:58 Chronologie 2007-2008 12\tnovembre - Un géant du ciel à Montréal.L\u2019atterrissage de l\u2019Airbus A380 à Montréal suscite un vif intérêt de la part du public et des médias.Parti de Paris avec à son bord quelques centaines d\u2019invités, le plus gros avion civil du monde s\u2019est posé à l\u2019aéroport Pierre-Elliott-Trudeau.On n\u2019avaitpas vu pareil engouement depuis le passage du Concorde! 13\tnovembre- Affaire Mulroney-Schreiber.Le premier ministre fédéral, Stephen Harper, ordonne la tenue d\u2019une enquête publique dans l\u2019affaire Mulroney-Schreiber.«Je participerai volontiers à cette commission d\u2019enquête, car je n\u2019ai rien fait de mal, je n\u2019ai rien à me reprocher», réplique l\u2019ancien premier ministre.30 novembre - Henri Massé se retire.Figure de proue du syndicalisme québécois, le président de la Fédération des travailleurs du Québec (FTQ), Henri Massé, tire sa révérence.Âgé de 61 ans, M.Massé a passé 14 ans à la FTQ, la plus grosse centrale syndicale du Québec avec ses 550 000 membres.«J\u2019ai donné tout ce que je pouvais » et considère avoir « fait le tour du jardin», confie-t-il en septembre, au moment de faire connaître sa décision.Michel Arsenault, son dauphin, lui succède.DÉCEMBRE 2007 2 décembre - Labaume maire de Québec.L\u2019homme d\u2019affaires Régis Labaume, 51 ans, devient le 44e maire de Québec.Il est élu grâce à un très fort appui : 59 % des votes exprimés, soit presque deux fois le total de sa principale adversaire, Ann Bourget (32,7%), la chef de l\u2019opposition à Québec.Au total, 15 candidats se sont présentés.Les 13 autres ont reçu à peine 8,2 % du vote.Le taux de participation a été de 46 %.Régis Labaume succède à Andrée Boucher, décédée subitement le 24 août.5\tdécembre - Entente au Nunavik.Signature d\u2019une entente entre le gouvernement du Québec, le gouvernement fédéral etla nation inuite menant à la création d\u2019un gouvernement régional au Nunavik, première étape dans un long processus vers l\u2019autonomie politique.6\tdécembre - Laurent Pellerin défait.Figure familière de l\u2019Union des producteurs agricoles (UPA) pendant plusieurs années, il échoue dans sa tentative pour obtenir un huitième mandat de président.Après 14 années aux commandes du syndicat, il est défait à l\u2019issue d\u2019un scrutin très serré (à peine 11 voix les séparent) par Christian Laçasse, un producteur laitier de Saint-Vallier-de-Bellechasse.7\tdécembre - Alcine et Pascal victorieux.Au Centre Bell de Montréal, les boxeurs Joachim Alcine et Jean Pascal mettent en jeu et conservent chacun leur titre de champion du monde.Chez les poids super-mi-moyens de la WBA, Alcine l\u2019emporte contre le Panamien Alfonso Mosquera.Pascal défend avec succès son titre de champion nord-américain unifié (NABF, NABA et NABO) des poids super-moyens contre l\u2019Américain Brian Norman.10 décembre - Fusion des Bourses de Toronto et de Montréal.Le Groupe TSX versera 1,3 milliard de dollars pour acquérir la Bourse de Montréal.Toronto conserve les transactions sur actions, tandis que Montréal se réserve le lucratif marché des produits dérivés.10 décembre - Sommet sur la forêt.Début à Québec du très attendu Sommetsur l\u2019avenir du secteur forestier québécois (10-12 décembre).10 décembre - Conrad Black condamné à la prison.La juge Amy St.Eve, de la Cour fédérale dudistrictnorddel\u2019Hlinois, àChicago, impose une peine de 78 mois de prison et une amende de 125 000$US à l\u2019ex-magnat de la presse, 25 Québec 2008-2009*.indd 25 17/11/08 09:23:58 L'état du Québec 2009 reconnu coupable, le 13 juillet, de fraude et d\u2019entrave à la justice.Originaire de Montréal, lord Black de Crossharbour vivait essentiellement aux États-Unis et au Royaume-Uni.11 décembre - Vincent Lacroix reconnu coupable.Au Palais de justice de Montréal, le juge Claude Leblond, de la Cour du Québec, déclare Vincent Lacroix coupable des 51 chefs d\u2019accusation qui pesaient contre lui après avoir dévalisé quelque 9200 petits investisseurs qui avaientconfié leurs économies à la firme Nor-bourg.Il s\u2019agit de la plus importante fraude financière dans l\u2019histoire judiciaire québécoise.L\u2019ex-pdg de Norbourg, Vincent Lacroix, était accusé d\u2019avoir détourné un total de 115 millions de dollars.Le procès, riche en rebondissements, aura duré 49 jours.13 décembre - Éric Gagné accusé de dopage.Le rapport sur les pratiques de dopage dans le baseball professionnel américain, signé par l\u2019ancien sénateur George Mitchell, cite les noms de 85 joueurs, dont Éric Gagné, accusés d\u2019avoir utilisé des produits dopants pour améliorer leurs performances.Ce rapport d\u2019enquête pointe du doigt de nombreuses stars, dont les joueurs de baseball Roger Clemens, Barry Bonds et les anciens des Expos Rondell White et Mike Lansing.15 décembre - Le Dr Renald Dutil quitte la scène.Un autre porte-parole syndical tire sa révérence.Après 12 ans de travail, Renald Dutil quitte la présidence de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec.Le Dr Louis Godin lui succède.31 décembre - Coup d\u2019envoi des célébrations du 400e de Québec.Une foule nombreuse assiste au spectacle d\u2019ouverture, place d\u2019Youville.Mais les critiques sont nombreuses : mauvaise organisation, lacunes dans la sécurité, choix des numéros artistiques contestable, 26 son déficient, manque d\u2019écrans géants, principaux éléments des feux d\u2019artifices interdits à quelques minutes de leur lancement.Ce spectacle de 3 millions de dollars, d\u2019une durée d\u2019à peine 45 minutes, laisse la foule «perplexe et mal à l\u2019aise» (Le Devoir).Devant ce fiasco, la direction de la Société du 400e anniversaire de Québec annonce, le 2 janvier 2008, le départ de son directeur général, Pierre Boulanger, et son remplacement par le directeur général du Festival d\u2019été, Daniel Gélinas.JANVIER 2008 5 janvier - Médaille d\u2019or pour le Canada.Le Canada gagne une quatrième médaille d\u2019or de suite en battant la Suède 3-2 en prolongation, en finale du Championnat du monde junior de hockey à Pardubice en République tchèque.FÉVRIER 2008 7 février - Tempête sur la langue.En refusant de rendre publique une étude sur la langue de travail à Montréal, l\u2019Office québécois de la langue française (OQLF) déclenche une tempête médiatique qui durera plusieurs semaines.On apprend également que l\u2019organisme a décidé de retenir la publication d\u2019une autre étude portant sur le recul du poids démographique des francophones à Montréal.La présidente de l\u2019OQLF, France Boucher, est malmenée pour son entêtement à publier ces études en même temps que le rapport quinquennal sur le suivi de la situation linguistique du Québec, prévu à la fin mars.L\u2019OQLF est vite soupçonnée de « cacher des études » pour des motifs politiques.C\u2019est finalement le 5 mars que l\u2019OQLF publiera son premier rapport sur l\u2019évolution de la situation linguistique au Québec.Ce bilan, qui s\u2019appuie sur 18 fascicules et études, doit permettre de prendre la juste mesure de la place occupée par le fiançais et les autres langues au Québec.Québec 2008-2009*.indd 26 17/11/08 09:23:58 Chronologie 2007-2008 il février - 2,7 milliards pour les routes.C\u2019est le budget que le gouvernement prévoit consacrer à la restauration du réseau routier québécois en 2008-2009.Ce budget alloué aux infrastructures routières représente une augmentation de 58% par rapport à l\u2019année précédente.Le « plan de redressement» dévoilé par la ministre des Transports, Julie Boulet, se veutune réponse aux inquiétudes du public etau rapport Johnson sur l\u2019effondrement du viaduc de la Concorde.Pour réaliser ce vaste plan de remise à niveau et mettre un terme à la dégradation du réseau routier, le gouvernement prévoit investir 12 milliards de dollars d\u2019ici 2012, ce qui devrait permettre d\u2019atteindre « les normes continentales de qualité les plus élevées ».26 février - Budget fédéral.Dans la foulée de son Énoncé économique présenté le 30 octobre 2007, le ministre fédéral des Finances, Jim Flaherty, dépose un budget équilibré de 241,9 milliards de dollars, ciblé et prudent, qui poursuit la politique conservatrice de réduction de la dette et des impôts.MARS 2008 10 mars - Score soviétique pour Charest.Au terme du 30e Congrès plénier du Parti libéral du Québec (PLQ), 97,23 % des militants réitèrent leur confiance à Jean Charest, un score supérieur à celui qu\u2019il avait obtenu en 2000 (95,25%).Les statuts du PLQ prévoient que lorsque le chef ne récolte pas une majorité de sièges aux élections générales, comme cela a été le cas le 26 mars 2007, il doit se soumettre à un vote de confiance.20 mars - Enfin le printemps! L\u2019hiver, exceptionnellement rigoureux, paraît sans fin aux Québécois.Pas moins de 558,4 cm de neige sont tombés sur la ville de Québec.Un record.À tel point que les 12 dépôts à neige de la ville étaient saturés à 95 %.22 mars - Violence au hockey.Le deuxième match de la série éliminatoire entre les Remparts de Québec et les Saguenéens de Chicoutimi donne lieu à une foire d\u2019empoigne impliquant le gardien de but Jonathan Roy et son célèbre père et entraîneur, Patrick Roy.Dix joueurs s\u2019affrontent sur la glace en toute fin de deuxième période.Patrick Roy se défend d\u2019avoir incité son fils à participer à la mêlée, même si ce dernier traverse la patinoire pour s\u2019en prendre sauvagementà son vis-à-vis, Bobby Nadeau, lui retirant son masque pour le rouer de coups.De plus, Jonathan Roy nargue la foule avec un doigt d\u2019honneur à sa sortie de la patinoire.Les images de cette foire font le tour de l\u2019Amérique, soulèvent l\u2019indignation et relancent le débat sur la violence au hockey junior.Le 28 mars, la ministre de l\u2019Éducation, du Loisir et du Sport, Michelle Courchesne, et le président de la LHJMQ, Gilles Courteau, annoncent que de nouvelles mesures seront mises en place et entreront en vigueur pour la prochaine saison.Six mois après la bagarre, le 16 septembre, le gardien Jonathan Roy est formellement accusé de voies de fait simples et devra répondre de ses actes au Palais de justice de Chicoutimi.26 mars - Jacques Proulx se retire.Une agronome de Ville-Marie, Claire Bolduc, succède à Jacques Proulx à la présidence du syndicat agricole Solidarité rurale du Québec.Ancien président de l\u2019UPA, Jacques Proulx avait présidé aux destinées de cet organisme depuis sa fondation, il y a 17 ans.29 mars - Guy Rainville est élu nouveau chef du Parti vert du Québec lors du congrès national tenu à Trois-Rivières les 29 et 30 mars.Il succède au président-fondateur, Scott McKay.29 mars - HAcadim II sombre en mer.Une opération de touage menée par la Garde côtière canadienne au large du Cap-Breton tourne au drame lors du naufrage de KAcadien II : trois 27 Québec 2008-2009*.indd 27 17/11/08 09:23:58 L'état du Québec 2009 chasseurs de phoques des tles-de-la-Madeleine meurent, et un autre disparaît Des témoins rapportentque le navire de la Garde côtière allait trop vite et que les gardes n\u2019avaient pas réalisé que le chalutier remorqué avait heurté une énorme plaque de glace et s\u2019était renversé.AVRIL 2008 4 avril - Incendie du Manège militaire de Québec.Un incendie majeur détruit la plus grande partie du Manège des Voltigeurs de Québec.Inauguré en 1889, le bâtiment patrimonial, résidence du régiment des Voltigeurs de Québec, occupait une place de choix à proximité du Vieux-Québec, de la Citadelle et de l\u2019Assemblée nationale.Sa reconstruction mobilise toutes les forces vives de la capitale nationale, notamment la classe politique.lo avril - Rapport Montmarquette.Dépôt du rapport du Groupe de travail sur la tarification des services publics, Mieux tanfier pour mieux mure ensemble.Le groupe était formé de Claude Montmarquette, de Joseph Facal et de Lise Lachapelle.15 avril - Nouvelle présidente au SFPQ.Les délégués du xxme Congrès du Syndicat de la fonction publique du Québec (SFPQ) élisent Lucie Martineau à la présidence.Elle succède à Michel Sawyer, qui ne sollicitaitpas de renouvellement de mandat.21 avril - Émeutes à Montréal.Après la victoire du Canadien lors du 7e match contre Boston, des émeutiers détruisent 16 voitures de police etpillentplusieurs commerces du centre-ville de Montréal.24 avril - Victoire des moins de 18 ans.Les jeunes joueurs de hockey canadiens remportent l\u2019or au Championnat mondial de hockey des moins de 18 ans de l\u2019International Ice 28 Hockey Federation (UHF), qui se tientà Kazan, en Russie.Le Canada l\u2019emporte sur la Russie sur le score de 8 à o.Les Canadiens avaient déjà été sacrés champions du monde juniors en 2003 etavaientremportél\u2019argenten 2005.MAI 2008 12 mai - Élections partielles dans Hull, Bourget et Pointe-aux-Trembles.Les résultats confirmentla déroute de l\u2019Action démocratique du Québec (ADQ), annoncée dans les sondages depuis plusieurs semaines.L\u2019ancienne ministre péquiste Nicole Léger reprend le comté de Pointe-aux-Trembles qu\u2019elle avait cédé à son chef, André Boisclair.L\u2019ancien député blo-quiste Maka Kotto gagne dans Bourget Maryse Gaudrault, l\u2019adjointe du député démissionnaire Roch Cholette, conserve aux libéraux la forteresse de Hull.Le PLQ améliore son score dans les trois comtés.Le grand perdant est l\u2019ADQ qui, avec moins de 15 % des votes dans chaque comté, se classe 5e, 4e et lointain 3e.Le parti de Mario Dumont perd la moitié des appuis récoltés lors des dernières élections générales, généralement interprétées comme un vote de protestation à l\u2019encontre du gouvernement.Cette fois, « la protestation a ciblé un autre parti que le gouvernement», note avec justesse le ministre Jean-Marc Fournier.Le taux de participation, dans les trois circonscriptions, estd\u2019à peine 34% 14 mai - Nouvelles aires protégées.Le gouvernement Charest annonce l\u2019ajout de 22 écosystèmes forestiers au réseau d\u2019aires protégées du Québec.Ces espaces comptent 15 forêts anciennes, 2 forêts-refuges d\u2019espèces rares végétales menacées ou vulnérables et 5 forêts rares ; par ailleurs, 2 autres écosystèmes ont été agrandis.Depuis 2002, 145 écosystèmes forestiers exceptionnels ontétéclassés etpro-tégés par le ministère des Ressources naturelles.Ils couvrent 268 km2.Québec 2008-2009*.indd 28 17/11/08 09:23:59 Chronologie 2007-2008 16\tmai - Assassinat d\u2019une attachée politique.L\u2019enlèvementetl\u2019assassinatdeNancy Michaud, attachée politique du ministre des Richesses naturelles, Claude Béchard, en pleine nuit et dans sa résidence, cause une forte commotion dans les milieux politiques ainsi que dans son village, Rivière-Ouelle.Le 21 mai, l\u2019Assemblée nationale témoigne sa sympathie à la famille et aux collègues de Mme Michaud en observant une minute de silence.17\tmai - Une Québécoise dans la famille Windsor.Autumn Kelly, une résidente de Pointe-Claire, épouse l\u2019aîné des petits-enfants de la Reine Elizabeth, Peter Phillips, fils de la princesse Anne.18\tmai - La Russie championne à Québec.Le Canada s\u2019incline 4 à 5 en prolongation devant la Russie en finale des Championnats du monde de hockey tenus à Québec et à Halifax du 2 au 18\tmai.L\u2019événement, qui s\u2019est déroulé durant les célébrations du 400e anniversaire de Québec, connaît un franc succès populaire et financier.19\tmai - Retour des soldats de Valcartier.Les 134 derniers militaires québécois qui se trouvaient toujours en Afghanistan depuis le début de leur mission à l\u2019été 2007 rentrent au pays.Parmi eux se trouve le brigadier-général Guy Laroche.Pendant son mandat à titre de grand patron des forces opérationnelles en Afghanistan, M.Laroche a perdu 16 hommes.20\tmai - Une Québécoise sur le toit du monde.Sylvie Fréchette devient la première résidente de Québec à gravir l\u2019ÉveresL L\u2019alpiniste de 44 ans, qui ne pratique ce sport que depuis cinq ans, estla deuxième Québécoise après Shaunna Burke en 2005 et la cinquième Canadienne à atteindre le toit du monde.22 mai - Rapport sur les accommodements raisonnables.La Commission de consultation sur les pratiques d\u2019accommodement reliées aux différences culturelles, présidée par les professeurs Gérard Bouchard et Charles Taylor, publie son rapport, Fonder l\u2019Auenir.Le temps de la conciliation.Au terme de leurs consultations, les commissaires font 37 recommandations : ils se prononcent notamment en faveur d\u2019un État laïque et ouvert, recommandent au gouvernement de produire un livre blanc sur la laïcité, de promouvoir l\u2019interculturalisme, de mieux intégrer ses immigrants et de les protéger plus efficacement contre toute forme de discrimination.22\tmai - Deux autres Québécois au sommet de l\u2019Éverest.François-Guy Thivierge et Sébastien Audy atteignent à leur tour le toit du monde.23\tmai - Villeneuve l\u2019emporte à Cannes.Le cinéaste Denis Villeneuve, réalisateur de Next Door, est le lauréat du Grand Prix Canal+ du meilleur court métrage décerné dans le cadre du Festival de Cannes.26 mai - Affaire Bernier-Couillard.Le ministre des Affaires étrangères, Maxime Bernier, remet sa démission après avoir reconnu qu\u2019il avait oublié un document secret au domicile de son ex-amie de cœur, Julie Couillard, une femme qui a fréquenté des membres connus du crime organisé et de la mafia montréalaise.30 mai - Départ du président de la Caisse.Henri-Paul Rousseau, président de la Caisse de dépôt et placement du Québec, annonce qu\u2019il quittera ses fonctions le 31 janvier 2009 pour devenir vice-président du conseil d\u2019administration de Power et de la Financière Power.JUIN 2008 3 juin - L\u2019essence à 1,49 $ le litre.Le prix de l\u2019essence à la pompe bat l\u2019ancien record de 1,47$, établi en septembre 2005.29 Québec 2008-2009*.indd 29 17/11/08 09:23:59 L'état du Québec 2009 8 juin - Grand Prix de Montréal.Près de 121 ooo spectateurs ont assisté au Grand Prix de Montréal, qui a vu la victoire du Polonais Robert Kubica, sa première en Formule l, grâce à une bévue du favori, Lewis Hamilton.En 2007, le pilote avait été victime d\u2019un grave accident qui avait forcé son évacuation par hélicoptère vers l\u2019hôpital.11\tjuin - Excuses officielles aux Autochtones.Des centaines d\u2019Autochtones (Premières Nations, Métis et Inuit) se rassemblent sur la Colline parlementaire pour entendre le premier ministre, Stephen Harper, etles chefs de l\u2019opposition présenter des excuses solennelles pour les abus commis dans les pensionnats autochtones pendant près de loo ans.«Les Autochtones ont appris à avoir honte de qui ils sont Pour cela, nous nous excusons », déclare Stephen Harper.12\tjuin - Complot à la pompe.À la suite d\u2019une enquête du Bureau de la concurrence canadienne, 13 individus et il entreprises sont accusés de complot criminel pour avoir fixé les prix de l\u2019essence à Victoriaville, à Thetford Mines, à Magog et à Sherbrooke.Le géant Ultramar écope d\u2019une amende de 1,85 million de dollars.Il s\u2019agit du premier cas de collusion à grande échelle depuis 1955.13\tjuin - Acquitté du meurtre d\u2019un policier.Un jury acquitte Basil Parasiris de l\u2019accusation de meurtre au premier degré qui pesait contre lui après la mort du policier Daniel Tessier.Le jury a donc adhéré à la thèse de la légitime défense, considérant que Parasiris avait craint pour sa vie lors de la descente de la police de Laval, effectuée en pleine nuità sa résidence le 2 mars 2007.22 juin - 49e Congrès eucharistique.Une pluie diluvienne s\u2019abat sur les quelque 60 000 personnes rassemblées sur les plaines d\u2019Abraham 30 pour assister à la grande messe mettant fin au 49e Congrès eucharistique international, tenu à Québec du 15 au 22 juin.Grâce à une liaison vidéo qui permet une retransmission en direct, le pape Benoît XVI prononce l\u2019homélie en français.26 juin - TQS survivra.Le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) autorise Remstar à acquérir TQS et renouvelle la licence du réseau jusqu\u2019en août 2015.Mais l\u2019entreprise devra se présenter à de nouvelles audiences au printemps 2011, pour prouver qu\u2019elle a respecté ses engagements.Remstar avait soulevé une vague de protestations en annonçantson intention de supprimer les bulletins de nouvelles du réseau TQS.JUILLET 2008 2 juillet - Fin du conflit au Journal de Québec.Réunis en assemblée générale, les syndiqués votenten faveur de l\u2019entente de principe intervenue la veille entre la partie patronale et l\u2019exécutif syndical du quotidien de Québécor.Au total, 252 employés de bureau et de la rédaction du Journal de Quebec étaient en lock-out depuis 14 mois.Il s\u2019agit du plus long conflit de travail dans un quotidien de langue française au Canada.11 juillet - Alcine détrôné.Consternation au stade Uniprix quand le boxeur portoricain Daniel Santos emporte une victoire par K.-O.sur le champion défendant et héros local Joachim Alcine.Alcine perd son titre mondial des super mi-moyens de la WNA.C\u2019est la première défaite de sa carrière.21 juillet - Wozniak bat Bartoli à Stanfort.En tennis, la Québécoise Aleksandra Wozniak offre une solide performance en battant la Française Marion Bartoli en deux sets (7-5 ; 6-3).Elle emporte du même coup la Classique Québec 2008-2009*.indd 30 17/11/08 09:23:59 Chronologie 2007-2008 Bank of the West, la première victoire de sa carrière sur le circuit Sony Ericsson WTA.La Blainvilloise de 20 ans, 85e joueuse mondiale avant cette victoire surprise, effectue un bond spectaculaire au classement mondial en passant à la 45e place.20\tjuillet - Paul McCartney triomphe à Québec.Près de 270 000 personnes auraient assisté au spectacle de sir Paul McCartney présenté sur les plaines d\u2019Abraham dans le cadre des célébrations du 400e anniversaire de Québec.Au lendemain du spectacle de calibre mondial, à juste titre considéré comme l\u2019événementphare de l\u2019année du 400e, la ville, unanime, est sous le charme.31 juillet - Crêpes Whaou ! vainqueur de la Transat.Après 11 jours 3 heures 19 minutes et 14 secondes de course, à une vitesse moyenne de 10,68 nœuds, le skipper malouin Franck-Yves Escoffïer remporte la 7e Transat Québec Saint-Malo à bord du voilier Crêpes Whaou !.AOÛT 2008 11 août - Émeutes à Monttéal-Nord.Des centaines d\u2019émeutiers causent des troubles dans les rues de Montréal-Nord durant la nuit, allumant des dizaines d\u2019incendies et pillant des commerces.Bilan: 3 policiers blessés, dont un par balle, 1 ambulancier blessé, 39 méfaits commis, 8 véhicules civils incendiés et 3 camions de pompiers endommagés.Ces événements surviennent après la mort du jeune Freddy Villanueva, abattu par les policiers de la police municipale lors d\u2019une intervention de routine dans un parc.20 août - Éclosions de listériose.Maple Leaf annonce la fermeture de son usine 97B de Toronto et le rappel d\u2018une cinquantaine de produits à l\u2019origine de la crise de listériose qui fera au moins 17 morts au pays, dont un au Québec.Mais la situation est particulière au Québec, où les personnes qui souffrent de listériose seraient devenues malades après avoir mangé du fromage.Le 22 août, le ministère de l\u2019Agriculture, des Pêcheries et de l\u2019Alimentation (MAPAQ) procède au rappel des produits de deux usines québécoises et annonce l\u2019identification de 28 cas de listériose, dont 21\thospitalisations, liés à des fromages contaminés.Dans les jours qui suivent, des tests et inspections sont imposés à 43 usines de fromage de lait cru et thermisé.Les rappels massifs de produits qui sont ordonnés secouent profondément l\u2019industrie des fromages fins au Québec.La listériose est une toxi-infection causée par la bactérie Listeria monocytotjes.Les personnes âgées, les très jeunes enfants, les femmes enceintes et les personnes dont le système immunitaire est affaibli sont les plus vulnérables.22\taoût- Céline Dion sur les plaines.Deuxième événement majeur des célébrations du 400e anniversaire de la ville de Québec, le spectacle gratuit de Céline Dion sur les plaines d\u2019Abraham attire plus de 200 000 personnes.Près de 130 000 clients commandent le spectacle à la télévision, ce qui en fait le plus grand succès de tous les temps de la télévision à la carte.24 août - Nos athlètes aux J.O.Les Jeux olympiques de Pékin, qui se sont déroulés du 8 au 24 août, ont vu de nombreux athlètes canadiens triompher.Le Canada se classe au 19e rang des nations, avec une récolte de 18 médailles.Les Québécois font bonne figure avec 5 médailles : Alexandre Despatie remporte l\u2019argent au plongeon de 3 m ; la plongeuse Émilie Heymans, l\u2019argent à la plateforme de 10 m ; Karine Serge-rie, l\u2019argenten taekwondo dans la catégorie des moins de 67 kg; Thomas Hall, le bronze au 1000 m en canoë solo.En tout, 68 athlètes québécois faisaient partie de la délégation canadienne aux J.O.31 Québec 2008-2009*.indd 31 17/11/08 09:23:59 Les grands disparus Serge Laplante Recherchiste, Le Journal de Montreal Voici un aperçu des grands disparus au Québec du 1er août 2007 au 1er septembre 2008.Pollock, Sam (1925-15 août 2007).Ex-directeur général du Canadien de Montréal, qualifié de «parrain» du hockey professionnel, il a été l\u2019un des bâtisseurs d\u2019une dynastie qui a remporté 9 coupes Stanley au cours de ses 14 ans à la tête de l\u2019organisation.Il a également occupé les fonctions de directeur général exécutif des Blue Jays de Toronto de 1995 à 2000 et a connu une carrière prospère dans le milieu des affaires.Jarraud, Lucien «Frenchie» (1922 - 17 août 2007).Célébrissime animateur, il a été l\u2019une des figures marquantes de la radio québécoise des 50 dernières années, notamment aux stations CJMS etCKVL.Originaire de France, il a débarqué à Montréal en juillet 1948.D\u2019abord acrobate, puis membre des revues de l\u2019ef-feuilleuse Lily Saint-Cyr, il a été agent d\u2019artistes français en tournée aux États-Unis etau Canada (dont Édith Piaf et Charles Trenet), avant de devenir animateur de radio, métier qu\u2019il exer-çaittoujours quelques semaines avantsa mort, dans un hôpital de Paris.Lasalle, Roch (1928 - 20 août 2007).Homme politique, ancien député progressiste-conservateur de la circonscription de Joliette à la Chambre des communes et ministre des Travaux publics dans le gouvernement de Brian 32 Mulroney, il a été élu pour la première fois en 1968 et réélu à cinq reprises sur la scène fédérale.Événement rare, il avait été expulsé des Communes en 1978, pour avoir traité le ministre des Finances, Jean Chrétien, de menteur.Plus tard, il a été soupçonné d\u2019avoir reçu des pots-de-vin et a fini par démissionner de son poste de ministre en 1987.Il a également été brièvement chef de l\u2019Union nationale en 1980.Boucher, Andrée P.(1937 - Québec, 24 août 2007).Femme politique québécoise, connue pour son indépendance et son franc-parler.Elle a été mairesse de Sainte-Foy durant 15 ans, à partir de 1985.Elle a mené plusieurs batailles politiques remarquées, notammenten s\u2019opposant à la construction d\u2019un nouveau Colisée, à la candidature de la ville de Québec aux Jeux olympiques d\u2019hiver de 2002 et aux fusions municipales.Candidate indépendante, elle a été élue à la mairie de Québec en 2005.Elle est morte subitementd\u2019un malaise cardiaque alors qu\u2019elle se trouvait chez elle.Rodrigues, Percy (1918 - 6 septembre 2007).Montréalais d\u2019origine, premier acteur noir de l\u2019histoire de Radio-Canada.Dans les années 60 et 70, il a été l\u2019un des acteurs les plus en demande dans les séries américaines où il a contribué à briser les préjugés contre les acteurs noirs, trop souvent confinés à des rôles mineurs.Québec 2008-2009*.indd 32 17/11/08 09:23:59 Les grands disparus Savoie, Robert (1927 - 14 septembre 2007).Natif de Montréal, le baryton de renommée internationale se produira dans 95 rôles, entre 1953 et 1981, et donnera plus de 3 000 représentations au Canada, en Europe et aux États-Unis, avant de se consacrer à la promotion et à l\u2019administration des arts.Il a été l\u2019un des cofondateurs de l\u2019Opéra de Montréal.Fortin, Carrier (1915 - 19 septembre 2007).Juge de 1969 à 1990, ministre du Travail sous Jean Lesage, il a été le père du Code du travail, adopté enl964.Bail, René (1931 - 9 octobre 2007).Cinéaste québécois autodidacte, René Bail a réalisé une dizaine de courts métrages ainsi que le long métrage Les désoeuvrés, tourné en 1958, mais terminé seulement en 2006 et présenté à la Cinémathèque québécoise au début de 2007.Ce film est considéré comme un des précurseurs de la cinématographie québécoise des années 60.René Bail avait en outre été remarqué pour ses rôles de figurantmotocycliste dans plusieurs films québécois des années 60, dontÀ tout prendre, Le viol d\u2019unejeunejïlle douce et Valérie.Di Bello, Angelina (1917-4 novembre 2007).Montréalaise d\u2019origine italienne, pionnière du monde de la couture et de la mode québécoise.Des milliers de femmes ont appris à coudre grâce à ses émissions de télévision et à ses volumes etpatrons de couture.Dessinatrice de mode, Angelina di Bello a ouvert sa boutique de haute couture à Montréal en 1947, puis une école de coupe et de couture.Lamer, Antonio (1933 - 24 novembre 2007).Avocat criminaliste, il a rempli des fonctions de juge pendant 30 ans.Il a fait son entrée à la Cour suprême en mars 1980, a été nommé juge en chefle 1er juillet 1990 eta pris sa retraite en janvier 2000.Il a notammentparticipé au jugement historique décriminalisant l\u2019avortement Il a aussi réussi à obtenir l\u2019unanimité de ses collègues juges dans le fameux renvoi sur la sécession du Québec.Le Sauteur, Claude (1926 - 29 novembre 2007).Peintre québécois reconnu pour ses paysages et la luminosité de ses toiles, de même que pour son style moderne et évocateur de son maître, Jean-Paul Lemieux, sous la direction duquel il a étudié, de 1945 à 1950, à l\u2019École des beaux-arts de Québec.Établi dans Charlevoix depuis une trentaine d\u2019années, il habitait Les Éboulements.Une importante rétrospective de son œuvre, organisée au musée de Charlevoix, à La Malbaie, s\u2019est avérée le plus grand succès à vie de l\u2019institution.Hébert, Jacques (1923 - 7 décembre 2007).Ex-sénateur, journaliste, éditeur, activistepoli-tique fougueux, il est considéré comme l\u2019un des pionniers des libertés civiles au pays.Il a été l\u2019un des premiers artisans de la revue Cité libre aux côtés de ses amis Gérard Pelletier et Pierre Elliott Trudeau.Il a aussi fondé les Éditions de l\u2019Homme en 1958 et les Éditions du Jour en 1961.Il publiera lui-même plusieurs ouvrages au cours de sa vie.Jacques Hébert a aussi participé à la création de la Ligue des droits de l\u2019homme et des organismes Jeunesse Canada Monde et Katimavik en 1977.Peterson, Oscar (1925 - 23 décembre 2007).Le légendaire pianiste et compositeur de jazz Oscar Peterson est décédé à l\u2019âge de 82 ans, à sa résidence de Mississauga, en Ontario.D\u2019origine montréalaise, Peterson a joué avec les plus grands noms de l\u2019histoire du jazz: Louis Armstrong, Count Basie, Charlie Parker, Roy Eldridge, Nat King Cole, Stan Getz, Dizzy Gillepsie, Ella Fitzgerald et Duke Ellington.Saint-Germain, Marcel (1939 - 27 décembre 2007).Avocat de formation, il était celui que l\u2019on surnommait le «p\u2019titgros » des Cyniques, 33 Québec 2008-2009*.indd 33 17/11/08 09:23:59 L'état du Québec 2009 le célèbre groupe d\u2019humoristes qui a connu ses heures de gloire au cours des années 60 et 70.Grâce à sa voix puissante, il jouait les personnages de ténor, de chanteur de club et était reconnu pour ses inoubliables parodies de chansons et d\u2019opérettes.C\u2019est avec le film IXE-13, de Jacques Godbout, que Marcel Saint-Germain, dans le rôle de Marius Lamouche, a connu son apogée.Après sa carrière sur scène, il est devenu chef des communications chez Bell Canada et BCE jusqu\u2019en 1996.Il a également été dépisteur de talents.L\u2019Herbier, Robert (1922 - 1er janvier 2008).Ancien chanteur, auteur-compositeur, animateur et pionnier de Télé-Métropole, Robert Samson était originaire de Lévis, près de Québec.Il a débuté sa carrière à la radio à la fin des années 30 en tantqu\u2019annonceur et chanteur.Il a adopté vers la même époque le nom d\u2019artiste de L\u2019Herbier.En i960, il est entré au service de la nouvelle station CFTM-TV (maintenant TVA), mettant fin à sa carrière de chanteur et, en 1961, il en a été nommé directeur des programmes.Au moment de prendre sa retraite, il étaitvice-président de Télé-Métropole, entreprise pour laquelle il est demeuré consultant pendant quelques années par la suite.Hêtu, Daniel (1950-sjanvier 2008).Musicien, diplômé de l\u2019école de musique Vincent-d\u2019Indy, Daniel Hétu a connu une carrière très prolifique de la fin des années 60 jusqu\u2019aux années 80, à la télévision notamment.Il a été organiste, pianiste, arrangeur, accompagnateur, chef d\u2019orchestre et auteur-compositeur-in ter-prète.Il a travaillé entre autres avec René Simard, Ginette Reno, Édith Buüer, Renée Claude, Patsy Gallant, Aimé Major et Renée Martel, et a été directeur musical d\u2019émissions telles que Les Tannants, Michel Jasmin et Les Coqueluches.Il a connu un grand succès populaire à la fin des années 70 avec la ballade romantique Je t\u2019attendais.34 Conte, Michel (1932 -4 janvier 2008).Français d\u2019origine, arrivé au Canada en 1955, il a vite fait sa place dans le milieu culturel québécois, que ce soit comme chorégraphe à la télévision de Radio-Canada, comme créateur de comédies musicales, comme chanteur ou comme auteur-compositeur à succès.Il estl\u2019auteur de la chanson Éuangéline, un hommage vibrant à l\u2019exode acadien, considérée par plusieurs comme son plus grand succès.Au momentde sa mort, il vivait aux Iles Canaries depuis plusieurs années.McHale, John (1921-17 janvier 2008).Administrateur de baseball pendant plus de 50 ans, premier président des Expos de Montréal quand l\u2019équipe a fait son entrée dans la Ligue nationale en 1969.Né à Détroit, McHale, un joueur de premier but, a connu une carrière modeste avec les Tigers.Il a aussi été le directeur général des Braves, à Milwaukee et Atlanta, en plus de travailler dans les bureaux des ligues majeures.En 1968, il est devenu le premier président des Expos et a été directeur général des Expos de 1978 à 1984.Lemieux, Robert (1941 - 20 janvier 2008).Avocat, il a représenté les membres de la cellule Chénier du Frontde libération du Québec (FLQ) en 1970.Lors de l\u2019enlèvement du ministre Pierre Laporte, Robert Lemieux avait entamé des pourparlers avec le gouvernement du Québec au nom du FLQ.L\u2019avocat a par la suite été arrêté et emprisonné en vertu de la Loi sur les mesures de guerre.M.Lemieux a égalementété le procureur de Paul Rose, condamné à la prison à perpétuité pour le meurtre de Pierre Laporte.Après la Crise d\u2019octobre, Robert Lemieux s\u2019est installé à Sept-Iles, sur la Côte-Nord.Martin, Louis (1935 - 22 janvier 2008).Journaliste et animateur à la radio et à la télévision de Radio-Canada à partir de i960, Louis Martin fait partie des grands journalistes que le Québec 2008-2009*.indd 34 17/11/08 09:23:59 Les grands disparus Québec a connus.Il a quitté Radio-Canada en 1970 pour se consacrer à l\u2019enseignement, avant de devenir rédacteur en chef du magazine Maclean\u2019s.Il reviendra à Radio-Canada en 1975.De 1992 à 1997, Louis Martin a rempli la fonction de directeur des programmes d\u2019information de la radio française de Radio-Canada.De Grandpré, Louis-Philippe (1917 - 24 janvier 2008).Ancien juge de la Cour suprême du Canada, Louis-Phillipe de Grandpré a été bâtonnier du barreau de Montréal et du Québec avant de présider l\u2019Association du barreau canadien.Il estdevenu juge à la Cour suprême du Canada en 1974.Il y a siégé durant trois ans avant de reprendre la pratique du droit dans un cabinet d\u2019avocats.Lazure, Denis (1925 - 23 février 2008).Pédopsychiatre renommé, ministre des Affaires sociales dans le gouvernement de René Lévesque, ardent souverainiste, patriote, il a démissionné de ses postes de ministre et de député à la fin de 1984 en raison d\u2019un désaccord avec René Lévesque sur la mise en veilleuse du projet de souveraineté du Québec.Travailleur infatigable, il est resté actif jusqu\u2019à la fin de sa vie.Il a notamment été le fondateur et le directeur du département de psychiatrie infantile de l\u2019Hôpital Sainte-Iustine, le directeur général de l\u2019Hôpital de Rivière-des-Prairies (hôpital pédopsychiatrique, auparavant nommé Mont-Providence) de 1969 à 1974.Il était le père de l\u2019actrice Gabrielle Lazure, son aînée.Salvador, Rosita (née Victoire Bergeron) (1933 - 3 avril 2008).Elle a débuté comme danseuse de cabaret avant de devenir une des idoles musicales du Québec des années 50 et 60.Durantsa carrière, qui s\u2019estpoursuivi jusqu\u2019en 1977, elle a enregistré au total 40 45-tours et trois albums.Elle a connu la consécration en 1963 avec les chansons Donne-moi ma chance et Le bonheur, deux de ses plus grands succès.Laliberté, Gérard-Raymond (1936 - 8 juin 2008).Politicologue, professeur émérite retraité de l\u2019Université Laval, il a été président du Nouveau Parti Démocratique du Québec (NPD-Québec) de 1971 à 1974.De 1965 à 1970, il a été président de la Corporation générale des instituteurs et institutrices catholiques (CIC) de la province de Québec, ancêtre de la CSQ.Il est considéré comme l\u2019un des piliers du syndicalisme de l\u2019éducation durant la période charnière de la Révolution tranquille.Raymond Laliberté a assumé la présidence de la CIC durant une période très mouvementée.C\u2019est en effet au cours de cette période que le syndicalisme enseignant a connu ses premiers affrontements avec le gouvernement du Québec et que les enseignants se sont vus imposer une première loi spéciale leur ordonnant de mettre fin à une grève.Hébert, Diane (1957-30 juin 2008).Première Québécoise à recevoir une rare greffe de cœur-poumons, en 1985, et mère de la nouvelle carte de don d\u2019organes, elle estdécédée d\u2019une infection pulmonaire à l\u2019âge de 51 ans.Elle aura vécu 22 ans grâce à l\u2019intervention.Harvey, Solange (1931 - 2 juillet 2008).Jour-naliste et confidente de milliers de Québécois dans le cadre du « Courrier de Solange », publié pendant 25 ans jour pour jour (du 11 octobre 1975 au 11 octobre 2000) dans les pages du Journal de Montreal.Reconnue pour son empathie et sa générosité, elle a tendu une oreille attentive aux misères des lecteurs, discutant de problèmes de tous genres: relations de couple, maladie, toxicomanie, etc.Fiorucci, Vittorio (1932 - 30 juillet 2008).Caricaturiste, photographe, bédéiste et affichiste, originaire de l\u2019ancienne Yougoslavie, il a surtout œuvré au Québec.Mieux connu sous son seul prénom - Vittorio - le roi de l\u2019affiche béné-ficiaitd\u2019une renommée internationale.Artiste 35 Québec 2008-2009*.indd 35 17/11/08 09:23:59 L'état du Québec 2009 provocateur, noceur célèbre, il s\u2019estfaitconnaî-tre du public grâce au bonhomme vert à la langue tordue, créé pour le Festival Juste pour rire.Lozano, Louisa «Fabiola» (1930 - 4 août 2008).Chanteuse etcomédienne, figure importante du music-hall, du vaudeville et du cabaret québécois.D\u2019origine andalouse, mais née à Casablanca, au Maroc, Fabiola (Louisa Lozano de son vrai nom) a immigré au Québec au début des années 50 et s\u2019est rapidementillustrée dans les revues de Jean Guilda.Elle a été la première Québécoise, en 1969, à tenir l\u2019affiche d\u2019un spectacle à Las Vegas, où elle menait la revue Folies Bertjères, présentée à l\u2019hôtel Tropicana.Très jolie femme, dotée de charmes généreux, elle possédait un charisme et un sens de l\u2019humour qui lui ont valu l\u2019affection du grand public.Doré, Fernand (1923-19 août 2008).FJomme de théâtre et de télévision, il a mis sur pied, en 1954, la section jeunesse de la télévision de Radio-Canada.Son nom estassocié à des émissions (Picolo, La boîte à surprise, Fajrnn et Pépinot et Capucine) qui ont marqué l\u2019imaginaire de plusieurs générations de Québécois.Acteur, auteur dramatique et metteur en scène, il a démarré sa carrière au théâtre, cofondant en 1946 la Compagnie duMasque avec son épouse Charlotte Boisjoli.Il a également dirigé le Théâtre de l\u2019Egrégore.Vastel, Michel (1940 - 28 août 2008).Journaliste et chroniqueur d\u2019origine française, né a Saint-Pierre-de-Cormeilles en Normandie.Arrivé au Canada en 1970, il a occupé à peu près toutes les tribunes journalistiques du Québec, œuvrant dans les principaux quotidiens ainsi qu\u2019au magazine L\u2019actualité, à CKAC et à Radio-Canada.Embauché au Devoir en 1976, il a été correspondant parlementaire à Ottawa jusqu\u2019en 1989, pour occuper ensuite les mêmes fonctions pour La Presse, avant de devenir directeur du bureau d\u2019Ottawa pour Le Soleil de Québec, Le Droit d\u2019Ottawa, etLe Quotidien de Chicoutimi.Il a été en poste à Ottawa pendant 17 ans.Travailleur acharné, fort en gueule, profondément amoureux de sa terre d\u2019adoption, le Québec, «Vattel», comme on l\u2019appelait, a été toute sa carrière un analyste politique incontournable.Michel Vastel a signé plusieurs biographies, notamment celles de Robert Bourassa, de Lucien Bouchard, de Bernard Landry et de Pierre Elliott Trudeau.Son plus récent ouvrage, publié en 2005, a été une biographie de la chanteuse Nathalie Simard.Il a fait ses adieux aux lecteurs le 28 août, jour de son décès, dans un texte mis en ligne sur son blogue : « Depuis le temps que vous attendiez que je prenne ma retraite.Voilà.On y est.Je rentre dans mes terres, cultiver mes vignes.Vous me manquerez un peu.Mais pas trop.[.] On a tout de même fait du bon boulot ensemble! » 36 Québec 2008-2009*.indd 36 17/11/08 09:24:00 L'état du Québec en 2008 39 Population et démographie 133 Vie politique et administration publique 193 Économie et conditions de vie 219 Environnement 244 Santé 279 Éducation 299 Arts et culture 329 Médias 351 Société civile 399 Territoire Québec 2008-2009* indd 38 17/11/08 09 24 00 Population I et démographie 40 Québec 2008, portrait social 99 Le rapport Bouchard-Taylor plonge dans la diversité religieuse et culturelle du Québec 105 La place du français au Québec : bilan nuancé 113 L\u2019état de la langue, la langue de l\u2019État 117 Un nouvel institut pour la sauvegarde du français 119 En 2008, le vieillissement collectif redevient un enjeu de société 124 Quelles familles québécoises à l\u2019horizon 2020 ?Québec 2008-2009*.indd 39 17/11/08 09:24:00 Québec 2008 Portrait social Simon Langlois Professeur, Département de sociologie, Université Laval Le Québec change.Les modes de vie des Québécois, leurs ressources financières, leurs qualifications professionnelles, leurs origines ethniques et leurs langues parlées, mais aussi leur répartition sur le territoire ou leur distribution dans les classes d\u2019âge et les classes sociales, sans oublier les inégalités de leurs conditions et les différences entre les sexes sont en mutation depuis un demi-siècle.Tous ces changements caractérisent ce que les sociologues nommentla morphologie sociale d\u2019une société, dont la prise en compte est importante pour comprendre les débats publics dominants etles enjeux discutés sur la place publique, depuis la nature de la nation québécoise et le débat sur les accommodements raisonnables jusqu\u2019à la transformation de l\u2019État providence.Les données présentées dans cette édition de L\u2019état du Québec ont été mises à jour ou présentées sous un éclairage nouveau, etplusieurs données sont nouvelles par rapport aux éditions antérieures.Elles mettront en perspective les débats publics et les enjeux de société décrits ailleurs dans cet ouvrage.1.LE NOUVEAU PAYSAGE DÉMOGRAPHIQUE Les changements démographiques s\u2019étendent sur une période plus longue que les cycles économiques etils ne sontpas facilementper-ceptibles à court terme.Ils n\u2019en sontpas moins 40 spectaculaires et, surtout, déterminants pour l\u2019avenir.Une population encore en croissance La population totale du Québec - 7 731 000 personnes - s\u2019approche des 8 millions d\u2019habitants, un nombre qui sera atteintdans quelques années seulement La croissance de la population québécoise est cependant beaucoup plus lente qu\u2019auparavant, et on envisage déjà le moment où elle commencera à décroître, comme c\u2019est déjà le cas dans certains pays européens.Cette éventualité estcependantplus lointaine qu\u2019on ne le prévoyait au tournant de l\u2019an 2000, à cause de la reprise de la natalité, du bilan démographique favorable et de la hausse de l\u2019espérance de vie (pour les définitions, voir le glossaire à la fin de l\u2019article, page 40).Il est difficile de prévoir en quelle année au juste commencera le déclin net de la population québécoise totale, etl\u2019Institutde la statistique du Québec a retardé dans ses nouvelles prévisions cette échéance de quelques années sur la base de la nouvelle donne démographique.Selon le scénario le plus probable, ce déclin devrait survenir à partir des années 2020-2025, doncplus tardivement qu\u2019anticipé il y a quelques années encore : « La structure par âge est encore très favorable à la croissance démographique de la population du Québec.En effet, malgré des hypothèses de fécondité Québec 2008-2009*.indd 40 17/11/08 09:24:00 Population et démographie qui n\u2019atteignent jamais le seuil de remplacement des générations, l\u2019accroissementnaturel demeure positif pendant plusieurs périodes quinquennales1.» Il fautcependantpréciser que la population en âge de travailler va commencer à décroître plus tôt, probablementautour de l\u2019année 2015, peut-être même un peu avant.Affaiblissement de l'accroissement naturel Faitnouveauqui n\u2019apas encore vraiment retenu l\u2019attention etquiestapparuen 2001, l\u2019accroissement de la population par la migration nette a dépassé le niveau de l\u2019accroissementnaturel de la population (solde des naissances moins les décès) pendant quelques années (de 2001 à 2005) avant que la remontée de la fécondité ne redonne un faible avantage à l\u2019accroissement naturel.L\u2019accroissement naturel a stoppé son déclin avec la hausse de la natalité, mais celle-ci ne se poursuivra pas, et le nombre de décès est appelé à s\u2019accroître à l\u2019avenir à mesure que vieilliront les baby-boomers, ce qui entraînera une baisse de l\u2019accroissement naturel de la population québécoise, qui devra alors compter davantage sur le solde migratoire positif.Les lentes mutations démographiques commencent donc à être bel et bien visibles, bien qu\u2019elles aient été annoncées depuis des lustres par les démographes.Lent recul du poids démographique relatif du Québec Le poids relatif du Québec au sein du Canada n\u2019a cessé de diminuer dans la seconde moitié du xxe siècle parce que la population canadienne a progressé plus vite.La part de la population québécoise est tombée en 1994, pour la première fois de son histoire, en dessous de 2 5 % de l\u2019ensemble canadien.À moins d\u2019une hausse significative de l\u2019immigration au Québec - qui n\u2019estcependantpas prévue pour le moment-, la diminution de son poids relatif ne pourra que se poursuivre, au rythme de 0,1% environ chaque année, même si la part relative du Québec dans l\u2019ensemble canadien s\u2019estunpeu stabilisée ces dernières années.La population du Québec compte pour 23,4% de l\u2019ensemble du Canada en 2008.Si cette tendance se maintient, cette part sera d\u2019environ 20% en 2040.Vers un nouveau rapport entre groupes d'âge L\u2019examen des pyramides d\u2019âge nous amène à proposer une nouvelle vision des rapports entre les cohortes et partant, entre les générations qui se succèdent - et se succéderont dans les années à venir - au Québec (graphique 1.1).Il est vrai que les jeunes représentent une proportion moindre de la population totale que dans les années 60 et 70 par exemple.Mais il faut tout de suite préciser que c\u2019est cette surreprésentation proportionnelle qui était exceptionnelle dans le contexte du baby-boom du milieu du siècle dernier.L\u2019important est de retenir que le nombre de jeunes continue de rester important au Québec, contribuant au dynamisme de la société.Ensuite, la hausse de l\u2019espérance de vie et l\u2019avancée en âge des baby-boomers vontcontri-buer à accroître les effectifs dans les strates d\u2019âge supérieures de la pyramide, transformant cette structure typique au point de lui faire perdre son nom.Cela signifie qu\u2019un nouvel équilibre entre les différents groupes d\u2019âge s\u2019est déjà mis lentement en place au Québec.On verra nettement se dessiner un certain rééquilibrage entre les groupes d\u2019âge lorsque les cohortes issues du baby-boom d\u2019après-guerre vieilliront.La caractéristique nouvelle qui se dessine est cependant une tendance à une répartition plus ou moins équilibrée des différentes tranches d\u2019âge dans une trentaine d\u2019années, un phénomène neuf dans l\u2019histoire démographique récente du Québec.Ce phénomène qu\u2019on voit nettement dans les différentes pyramides s\u2019observe aussi dans les families etles couples.Les nouveauxgrands- 41 Québec 2008-2009*.indd 41 17/11/08 09:24:00 L'état du Québec 2009 GRAPHIQUE 1.1 Pyramide des âges, Québec, 1 \u201cjuillet 2007 Année de naissance 1906-1907 1916-1917 1926-1927 1936-1937 1946-1947 1956-1957 1966-1967 1976-1977 1986-1987 1996-1997 2006-2007 | 70\t60\t50\t40\t30\t20 ÏÔ Ô\"~ Sexe masculin Sexe féminin Année de naissance 1906-1907 1916-1917 1926-1927 1936-1937 1946-1947 1956-1957 1966-1967 1976-1977 1986-1987 1996-1997 20\t30\t40\t50\t60\t70 2006-2007 Effectif par année d'âge (k) Source: Statistique Canada, Estimations démographiques.Dernière mise à jour le 17 décembre 2007.GRAPHIQUE1.il Pyramide des âges, Québec, 1961,2001,2011 (prévision), 2031 (prévision) 90+ 80-84 70-74 60-64 50-54 40-44 30-34 20-24 10-14 0-4 1961 Hommes Femmes 90+ 80-84 70-74 60-64 50-54 40-44 30-34 20-24 10-14 0-4 400\t200\t0\t200\t400 2001 Hommes Femmes Effectif du groupe d'âge (en milliers) Effectif du groupe d'âge (en milliers) 2011 90-94 Hommes Femmes 80-84 70-74 60-64 50-54 40-44 30-34 20-24 10-14 Effectif du groupe d'âge (en milliers) 2031 90-94 80-84 70-74 60-64 50-54 40-44 30-34 20-24 10-14 0-4 400\t200\t0\t200\t400 Effectif du groupe d'âge (en milliers) Hommes Femmes 42 Québec 2008-2009*.indd 42 17/11/08 09:24:00 Population et démographie parents des années 2010 auront eu environ deux enfants, leurs enfants presqu\u2019autant et leurs petits-enfants devraient eux aussi avoir une fécondité presque semblable.La descendance finale de ces trois générations devrait se situer entre 1,8 enfant par femme pour les plus âgés et 1,6 ou 1,5 pour les plus jeunes.C\u2019est là tout un contraste entre la très forte fécondité des grands-parents des baby-boomers et celle, en baisse, de leurs parents.Ce phénomène est bien décrit dans la chanson Dégénération du groupe populaire Mes aieux.À mesure que disparaissentles cohortes qui ont connu une forte fécondité et que disparaissent les familles nombreuses d\u2019autrefois - ou, disons-le autrement, à mesure que décèdent les nombreux oncles et tantes des baby-boomers -, ceux qui restent et vieillissent vivront dans une société marquée par une fécondité qui aura été plus faible et moins contrastée entre les générations que par le passé.D\u2019où le nouvel équilibre entre les strates d\u2019âge, ce qui aura des implications considérables dans la société.Une jeunesse encore bien présente Il est vrai que la part des jeunes âgés de 0 à 14 ans a fortement diminué, passant de 35,4 % en 1961 à environ 16% de la population en 2008.Mais cela ne doit en aucun cas donner à penser que la jeunesse québécoise a perdu de son dynamisme, ni même de son importance démographique (tableau 1.1).En nombre, il y a autant de jeunes aujourd\u2019hui qu\u2019au moment du baby-boom, mais ce qui différencie les deux époques estplutôtla force relative de ce nombre dans l\u2019ensemble social.Les jeunes des années 60 et 70 avaient devant eux des cohortes moins nombreuses au sommet à mesure qu\u2019on levait les yeux vers le haut de la pyramide.Ils avaient deleurcôténon seulementlepoids dunombre, mais aussi un poids relatif plus marqué.Les choses ont changé par la suite, et les jeunes de nos jours - toujours aussi nombreux - doivent TABLEAU 1.1 Structure de la population par âge, rapport de dépendance et âge médian de la population du Québec, 1981 à 2001 et projections 2006-2051 \t\t\t\t\t 1981\t21,5\t69,8\t8,7\t0,43\t29,6 1991\t19,8\t69,2\t11,0\t0,45\t34,0 2001\t17,6\t69,3\t13,0\t0,44\t38,5 2006\t16,2\t69,7\t14,1\t0,43\t40,7 2011\t14,9\t69,1\t15,9\t0,45\t42,2 2021\t14,4\t64,3\t21,3\t0,55\t44,4 2031\t13,6\t59,4\t26,9\t0,68\t46,9 2041\t12,8\t58,8\t28,4\t0,70\t48,5 2051\t12,8\t57,5\t29,7\t0,74\t49,1 Rapport de dépendance: (0-14 ans + 65 ans et plus/15-64 ans) 2006 - 2051 : projections, hypothèse moyenne, édition 2003.Source: www.stat.gouv.qc.ca composer avec des cohortes plus vieilles aux effectifs plus élevés que par le passé.Il n\u2019y a plus de pyramide, mais plutôt une nouvelle structure d\u2019âge qui pose de nouveaux défis sociaux, dont celui d\u2019un partage équitable des ressources de la société entre les générations.Rappelons que la part des jeunes âgés de moins de 14 ans estencore supérieure au Québec (16%) à celle des personnes âgées de 65 ans etplus (14,4%).Cette dernière proportion est appelée à augmenter lentement dans les années à venir, certes, mais il ne faudrait pas en conclure que la jeunesse aura pour autant moins de poids dans la société.Son importance numérique va rester grande, mais c\u2019est l\u2019équilibre entre les strates d\u2019âge qui va changer lentement.En 50 ans, la population québécoise aura évolué d\u2019une forme pyramidale à une autre, évoquant plutôt celle d\u2019un cottage anglais, marquant ainsi l\u2019avènement de nouveaux rapports intergénérationnels.43 Québec 2008-2009*.indd 43 17/11/08 09:24:01 L'état du Québec 2009 Un vieillissement qui s'annonce La chute assez brusque de la natalité à partir du milieu des années 60, suivie d\u2019une certaine stabilité de la descendance finale autour de 1,6 enfant, a entraîné à long terme la mutation de la pyramide des âges décrite plus haut.Parallèlement, les cohortes du baby-boom ont progressé vers le haut, entraînant une hausse de l\u2019âge moyen de la population.Le Québec n\u2019a pas encore une population vieille, mais la tendance au vieillissement est nettement présente et elle va s\u2019accélérer de façon rapide au début du xxie siècle, comme l\u2019indiquentles projections depopulation faites par l\u2019Institut de la statistique du Québec : lapart de la population âgée de 65 ans et plus va passer de 13 % en 2001 à 21,3 % en 2021 et à environ 30% au milieu du siècle.Par comparaison, la Suède a actuellement 17,8 % de sa population âgée de 65 ans ou plus, le Japon, 15 %, tandis que les États-Unis et le Canada ont une proportion un peu moins élevée que celle du Québec (tous ces chiffres caractérisent l\u2019année 2001).L\u2019âge médian de la population - l\u2019âge qui départage la population entre deux groupes égaux - fera un bond considérable, passant de 38,5 ans en 2001 à 44,4 ans en 2021.Cela signifie que la moitié de la population aura plus de 44,4 ans cette année-là.Les projections publiées par l\u2019Institut de la statistique du Québec donnent cependant à penser que le vieillissement de la population québécoise sera retardé à une date plus éloignée que prévue dans les estimés réalisés au tournant du nouveau millénaire à cause de la reprise de la natalité et de la hausse de l\u2019immigration.Rappelons que la moitié de la population avait moins de 25 ans en 1951, une proportion qui caractérise en ce moment la démographie des nations amérindiennes sur le territoire québécois.Deux tranches d'âge contrastées Deux phénomènes ressortent des projections de population pour deux groupes d\u2019âge extrê- 44 mes - les 0-14 ans et les 65 ans et plus - pour la première moitié de ce siècle : la part des jeunes dans la population québécoise va rester importante et relativement stable durant toute la période (autour de 13 % de l\u2019ensemble) alors que celle des personnes âgées va augmenter à un niveau élevé (environ 30% au milieu du siècle).Si la natalité se maintient à la hausse, la part des jeunes risque même d\u2019être un peu plus marquée encore.Les discours publics insistent de plus en plus (avec raison) sur les conséquences du vieillissement, mais il fau-draitaussi ajouter que les jeunes vont continuer à être fortprésents dans la société québécoise, y constituant un noyau relativement stable.Une nouvelle dépendance Le rapport de dépendance - mesuré par le rapport du nombre de jeunes et de personnes de 65 ans ou plus sur la population âgée de 15 à 64 ans - va aussi augmenter, mais seulement après l\u2019année 2011, alors qu\u2019il devrait atteindre le hautniveau observé dans les années 50 et 60 (4e colonne du tableau 1.1).Ce rapport de dépendance doit être interprété avec précaution, notamment parce qu\u2019une partie des personnes ayantdépassé l\u2019âge de la retraite pourront rester actives sur le marché du travail ou encore effectuer des travaux non rémunérés, à titre de bénévoles par exemple.Dans les années 50, les personnes dépendantes étaient surtout des enfants qui n\u2019avaient pas de ressources économiques propres; dans les années 2010 et après, les personnes dépendantes seront de plus en plus des personnes âgées possédant pour la plupart un patrimoine, ce qui affectera l\u2019impact socioéconomique de la dépendance sur la société.Le poids du centre Quand on évoque les changements démographiques en cours, tous pensent spontanément à la baisse de la natalité et au vieillissement de la population; mais il faut aussi avoir en tête Québec 2008-2009*.indd 44 17/11/08 09:24:01 Population et démographie que le centre de la distribution se gonfle à mesure que vieillit la génération du baby-boom, une tendance qui va se poursuivre jusque dans les années 2020, alors que les baby-boomers délaisseront peu à peu le marché du travail et quitteront la scène.Entre-temps - et dans un avenir proche -, c\u2019est plutôt le centre de la distribution démographique qui pèse de tout son poids sur la société.La tranche d\u2019âge la plus nombreuse a en ce moment44 ans, etles personnes qui se situent de chaque côté de cette catégorie modale (disons dans la fourchette des 38-50 ans) pèsent de tout leur poids dans la société : leurs comportements modèlentcequi s\u2019y passe.Cela apparaît clairement dans la sphère de la consommation marchande, par exemple.La décroissance démographique des régions est amorcée Le déclin démographique est cependant déjà amorcé dans plusieurs régions du Québec.D\u2019après les données révisées de la population, 6 régions ont connu un certain dépeuplement ces 10 dernières années : la Côte-Nord, la Gaspésie-Iles-de-la-Madeleine, le Bas-Saint-Laurent, le Saguenay-Lac-Saint-Jean et l\u2019Abitibi-Témiscamingue.La région de la TABLEAU 1.2 Population, variation de la population et accroissement selon les régions administratives, Québec, 1981 -2007 \t\t\t\t\t\t\t Bas-Saint-Laurent (1)\t3,3\t3,0\t2,8\t2,6\t201 642\t-3,9\t-7 923 Saguenay-Lac-Saint-Jean (2)\t4,4\t4,1\t3,8\t3,6\t273 434\t-7,0\t-19 045 Québec (3)\t9,0\t8,9\t8,8\t8,8\t675 450\t6,5\t44 090 Mauricie/Bois-Francs (4)\t3,9\t3,7\t3,5\t3,4\t261 149\t-1,1\t-2 991 Est rie (05)\t4,0\t3,9\t3,9\t3,9\t303 730\t9,7\t29 355 Montréal (06)\t27,3\t25,7\t25,0\t24,3\t1 871 846\t3,0\t56 606 Outaouais (07)\t3,8\t4,1\t4,4\t4,5\t349 377\t16,6\t58 053 Abitibi-Témiscamingue (08)\t2,3\t2,2\t2,0\t1,9\t145192\t-7,1\t-10 253 Côte-Nord (09)\t1,8\t1,5\t1,3\t1,2\t95 668\t-10,5\t-10 002 Nord du Québec (10)\t0,5\t0,5\t0,5\t0,5\t40 913\t9,1\t3710 Gaspésie-îles-de-la-Madeleine (11)\t1,8\t1,5\t1,3\t1,2\t95 461\t-13,3\t-12 729 Chaudière-Appalaches (12)\t5,4\t5,3\t5,3\t5,2\t399 563\t5,9\t23 575 Laval (13)\t4,2\t4,6\t4,7\t5,0\t381 651\t15,6\t59 708 Lanaudière (14)\t4,0\t4,8\t5,4\t5,8\t445 188\t22,8\t101 367 Laurentides (15)\t4,8\t5,5\t6,4\t6,9\t528318\t25,9\t136 963 Montérégie (16)\t16,5\t17,5\t17,7\t18,2\t1 403 360\t12,0\t168 925 Centre du Québec (17)\t3,1\t3,0\t3,0\t3,0\t228 865\t7,3\t16 663 Total\t100\t100\t100\t100\t7 700 807\t5,9\t453 911 * Données de Statistique Canada, légèrement différentes de celles de l'ISQ.Source : Institut de la statistique du Québec, La situation démographique au Québec et www.stat.gouv.qc.ca.45 Québec 2008-2009*.indd 45 17/11/08 09:24:01 L'état du Québec 2009 Mauricie-Bois-Francs a été la dernière à s\u2019ajouter à la liste (tableau 1.2).Il faut cependant prendre en compte une précision importante : ces régions comptent pour 14% de la population totale.La décroissance de la population ne touche donc qu\u2019une faible proportion des régions habitées, même si les territoires touchés sont vastes.La grande région de Montréal a aussi perdu une partie de sa population au profit des régions adjacentes, en forte croissance depuis 1991 (les Laurentides, surtout, ainsi que Lanaudière) ou de régions en croissance modérée (Laval et la Montérégie), mais « ses pertes sont beaucoup moins importantes entre 1996 et 2001 qu\u2019elles ne l\u2019étaient entre 1991 et 1996», d\u2019après l\u2019Institut de la statistique du Québec.La région del\u2019Outaouais connaîtaussi une hausse démographique plus marquée.Ces cinq régions en croissance ont augmenté leur poids respectif dans l\u2019ensemble du Québec.Il en va de même p our le N ord-du-Québec à cause de la forte fécondité des populations autochtones, mais il faut ajouter que cette région est faiblement peuplée.De plus en plus d'urbains La population québécoise se concentre davantage dans les grandes régions métropolitaines, qui connaissenttoutes (saufcelles de Saguenay et, dans une moindre mesure, celle de Trois-Rivières) une croissance démographique plus forte que celle de l\u2019ensemble du Québec (tableau 1.3).La province est de plus en plus urbaine, et un peu moins de la moitié de toute sa population se retrouve dans la grande région montréalaise.C\u2019est la région métropolitaine de Gatineau qui croît le plus vite depuis 10 ans, suivie par celle de Sherbrooke.Trois phénomènes démographiques affectent la taille de la population totale et l\u2019équilibre entre les groupes d\u2019âge, et jusqu\u2019à un certain point, la répartition entre les régions : la natalité, l\u2019immigration internationale et les migrations interprovinciales.Nous en examinerons brièvement les évolutions.Nouveau dynamisme de la fécondité Le nombre de naissances et le taux de natalité ont été en forte baisse dans les années 90, atteignant un creux en 2002 avec 72 478 nais- TABLEAU 1.3 Population par régions métropolitaines de recensement et variation en %, Québec, 1991-2007 \t\t\t\t \t\t\t\t Montréal\t3 290 792\t3 507 182\t3 695 790\t12,3 Québec\t660 730\t696 377\t728 924\t10,3 Hull-Gatineau\t232 901\t262 954\t287 728\t23,5 Saguenay\t164 531\t157 764\t151 803\t-7,7 Sherbrooke\t143 998\t156 980\t166 503\t15,6 Trois-Rivières\t139 328\t140109\t143 846\t3,2 Reste du Québec\t2 432 455\t2 478 621\t2 526 213\t3,9 Total\t7 064 735\t7 396 990\t7 700 807\t9,0 * Les populations des régions ont été révisées de 1996 à 2004, mais pas les populations de 1986 et de 1991 p: données provisoires Source : www.stat.gouv.qc.ca 46 Québec 2008-2009*.indd 46 17/11/08 09:24:01 Population et démographie TABLEAU 1.4 Divers indicateurs de fécondité, Québec, 1980-2007 \t\t\t 1980\t97 498\t15,0\t1,63 1990\t98 013\t14,0\t1,63 2000\t72 010\t9,8\t1,45 2007p\t84 200\t10,9\t1,65 p: données provisoires.Source : Institut de la statistique du Québec, www.stat.gouv.qc.ca.sances (tableau 1.4).La natalité s\u2019est par la suite redressée de manière importante, surprenante même, après des années de sous-fécon-dité.L\u2019indice synthétique de fécondité est même remonté à 1,65 enfantpar femme en âge d\u2019enfanter.Les enfants des premières cohortes du baby-boom d\u2019après-guerre sont maintenant arrivés à l\u2019âge d\u2019avoir leurs propres enfants, et on peut présumer que le nombre de naissances se maintiendra au même niveau pendant un certain temps avant de continuer à régresser lorsque le nombre de mères potentielles diminuera.Le taux de fécondité a diminué de façon importante dans le groupe des jeunes femmes âgées de moins de 20 ans, mais non dans les autres groupes d\u2019âge dans lesquels on observe une tendance à la hausse généralisée.La hausse de la natalité est survenue dans tous les groupes d\u2019âge après 20 ans, ce qui laisse à penser que le désir d\u2019enfant a eu tendance à se matérialiser plus largement chez les jeunes, et non seulement chez les femmes qui se sont décidées « sur le tard ».Plus scolarisées qu\u2019auparavant, les jeunes femmes ont cependant reporté à plus tard la venue des enfants, comme le montrent l\u2019augmentation de l\u2019âge moyen de la mère à la naissance ( 29,6 ans en 2007) ainsi que les taux plus élevés de fécondité entre 25 et 34 ans.Les fem- mes attendent aussi d\u2019être établies profèssion-nellementavantde devenir mères.Or, les études montrent que plus l\u2019âge de la mère à la première naissance augmente, plus la probabilité d\u2019avoir un autre enfantpar la suite diminue.La mesure de la descendance finale d\u2019une cohorte de femmes donne une évaluation plus fiable du remplacement de la population que l\u2019indice synthétique de fécondité.Nous pouvons estimer avec assez de justesse quel a été le nombre total d\u2019enfants mis au monde par les femmes nées avantle milieu des années 60, puisqu\u2019elles ont maintenant passé l\u2019âge d\u2019en avoir d\u2019autres.La mesure de descendance finale décline chaque année depuis 1921, date à partir de laquelle chaque cohorte annuelle de femmes a eu un peu moins d\u2019enfants que la précédente.La cohorte des femmes nées en 1943 a été la première à avoir eu moins de 2,1 enfants par femme, soit le nombre nécessaire pour assurer le remplacement naturel de la population.La diminution de la descendance finale semble s\u2019être arrêtée avec la cohorte des femmes nées en 1955, pour se stabiliser à 1,65 enfant environ par la suite selon les projections faites pour les cohortes de femmes nées entre 1955 et 1970.Les projections faites sur la descendance finale des femmes nées après 1970, qui sont cependant encore en âge d\u2019avoir des enfants, donnent à penser qu\u2019elle sera quelque peu inférieure à 1,65 enfant «Les générations suivantes sont encore jeunes, mais en mauvaise posture pour atteindre ce seuil.En effet, elles ont considérablement retardé la venue du premier enfant2.» L\u2019examen de la langue d\u2019usage de la mère à la naissance montre que les francophones ont une fécondité un peu plus faible.Les personnes qui ne parlent que le français à la maison représentent 82,9% de la population, et les mères qui parlent français à la maison représentent 74,4% de toutes celles qui ont accouché en 20013.Les Anglo-québécoises ont aussi une fécondité plus faible que leur poids 47 Québec 2008-2009*.indd 47 17/11/08 09:24:01 L'état du Québec 2009 démographique, alors que les femmes ayant déclaré une autre langue maternelle ont une fécondité plus forte.L\u2019adoption internationale est marginale et même en régression depuis 2003.Ainsi, 908 enfints nés à l\u2019étranger avaientété adoptés cette année-là par des parents québécois, mais ce nombre a chuté par la suite pour tomber à seulement 496 en 2007.Au total, 13 714 enfants nés à l\u2019étranger ont été adoptés par des couples québécois de 1990 à 2007, soit une moyenne de 761 par année.Enfin, le nombre d\u2019interruptions volontaires de grossesse (IVG) est élevé; il oscille entre 28 000 et 29 000 depuis 10 ans, ayant même atteint le nombre de 29 460 en 2004.Acte médical difficile sur les plans émotif et physique pour les femmes, l\u2019interruption volontaire de grossesse n\u2019est pas seulement répandue chez les adolescentes et les jeunes femmes, mais elle est également fréquente dans le groupe des femmes plus âgées.Le taux d\u2019IVG est le plus élevé dans la tranche d\u2019âge des 20-24 ans, mais il reste très important chez les femmes qui ont plus de 30 ans.Comment expliquer cela?Le nombre élevé d\u2019IVG marque les limites - et même l\u2019échec, pour certains analystes - de l\u2019information donnée en matière de contraception dans les écoles, les institutions de santé et la famille.Il ne fautpas exclure que l\u2019avortement seraitdevenu un moyen de contraception de dernier recours, une hypothèse qui soulève bien des critiques et qui n\u2019a pas été l\u2019objet d\u2019études fouillées.Hausse continue de l'espérance de vie D\u2019après le dernier chiffre disponible (année 2005, estimations de l\u2019ISQ), elle est de 77,6 ans pour les hommes et de 82,7 ans pour les femmes.On observe depuis une quinzaine d\u2019années une réduction marquée de l\u2019écart entre hommes et femmes, maintenantde cinq ans.La différence entre hommes et femmes observéeaprès 65 ans estcependantmoindre, 48 soit un peu moins de 4 ans.S\u2019ils se rendent jusqu\u2019à 65 ans, les hommes peuvent en effet espérer vivre encore 17,3 ans et les femmes, encore 20,9 ans (estimation faite pour l\u2019année 2005).L\u2019écart entre les hommes et les femmes est encore plus réduit pour ce qui est de l\u2019espérance de vie sans perte d\u2019autonomie fonctionnelle après 65 ans, car une partie des années supplémentaires vécues par les femmes le sont au prix d\u2019une perte d\u2019autonomie.Le taux de mortalité infantile est maintenant inférieur à 5 décès pour 1 000 naissances depuis le début des années 90, s\u2019établissant à 4,5 en 2007.La différence entre les sexes, qui était de 4,3 points en 1971, se situe à maintenant à 0,5 point seulement, les bébés de sexe féminin ayant un taux de mortalité infantile moins élevé (4,2) que ceux de sexe masculin (4,7).Les chercheurs se préoccupent maintenant d\u2019examiner les conséquences à long terme sur la vie des individus de l\u2019effort thérapeutique déployé lors de naissances prématurées.Des séquelles importantes peuvent affecter le développement d\u2019enfants nés prématurément, ce qui pose de nouveaux problèmes d\u2019éthique.Vers une augmentation du nombre de décès Le nombre de décès a augmenté durant les années 90, avant de se stabiliser autour de 54 000 à 55 000 par année depuis 10 ans.Le taux de décès - mesure qui tient compte de la taille de la population - est maintenant de 7,3 °/oo (pour mille), contre 6,8 °/oo en i960.Malgré la progression de l\u2019âge moyen de la population et la hausse de la part des personnes âgées dans la population totale, le taux de décès est demeuré assez stable, autour de 7,3 °/oo depuis 1993.Mais avec le vieillissement attendu de la population, ce taux est cependant appelé à augmenter dans les années à venir.Faible accroissement naturel de la population Conséquence de la diminution rapide de la natalité et de l\u2019augmentation du nombre de Québec 2008-2009*.indd 48 17/11/08 09:24:01 Population et démographie décès chaque année, l\u2019accroissement naturel (différence entre les naissances et les décès) de la population québécoise est en forte diminution (tableau 1.5).Cet accroissement naturel est d\u2019environ 28 000 personnes (estimation pour les années 2006 et 2007) alors qu\u2019il était proche de 50 000 en 1990.Il avait même régressé à 16 730 personnes en 2002.On le voit, la diminution est importante.En i960, l\u2019accroissement naturel de la population était supérieur à 100 000 personnes.La chute rapide de l\u2019accroissement naturel de la population est récente, remontant au début des années 90.Le taux d\u2019accroissement naturel était d\u2019environ 7°/oo chaque année entre i960 et 1990, mais il a par la suite chuté rapidement à 2,5 °/oo en 10 ans.Il faut souligner l\u2019apparition d\u2019un phénomène nouveau au tournant de l\u2019an 2000 : l\u2019ac-croissementde la population par migration est devenu plus important que l\u2019accroissement naturel.Il y a eu en effet 18 944 naissances de plus que de décès en 2003, et le solde migratoire net a été quant à lui estimé cette même année à 33 825 personnes.TABLEAU 1.5 Accroissements naturel et migratoire (en nombre et en %o), Québec, 1980-2007 \t\t\t\t \t\t\t\t 1980\t53 983\t8,3\t-4423\t-0,7 1990\t49 362\t7,0\t27 883\t4,0 1995\t34 536\t4,8\t7 952\t1,1 2000\t18 964\t2,6\t11 963\t1,6 2005\t21 141\t2,8\t29 252\t3,8 2006p\t28 300\t3,7\t24484\t3,2 2007 p\t28150\t3,7\t23 450\t3,0 p: données provisoires.Source: Institut de la statistique du Québec, www.stat.gouv.qc.ca et www.statcan.ca.La balance en faveur des naissances s\u2019est quelque peu rétablie avec la reprise de la natalité ces dernières années, mais à moyen terme le Québec devra de plus en plus compter sur les apports extérieurs - qu\u2019ils viennent du Canada ou de l\u2019étranger -pour assurer la croissance de sa population, d\u2019autant plus que le nombre annuel de décès estappelé à augmenter fortement dans le proche avenir.Le Québec attire de nouveau Le solde migratoire total comprend deux types de mouvements depopulation, soit les échanges entre le Québec et les provinces canadiennes et les entrées et sorties en provenance de (ou vers) l\u2019étranger.Le Québec avait un solde migratoire total négatif jusqu\u2019en 1980.Cette tendance avait été renversée par la suite, le solde migratoire total étant largement positif jusqu\u2019en 1993.Il est de nouveau en hausse depuis six ans4.Globalement, le Québec est gagnant dans ses échanges de population avec l\u2019étranger, mais il estperdantdans ses échanges avec les provinces canadiennes.En fait, c\u2019est le solde migratoire interprovincial qui a été le plus longtemps négatif, et ce, depuis les années 60 (tableau 1.6).Ce solde négatif avait même été fort important après l\u2019élection en 1976 du premier gouvernement du Parti québécois, et ce, jusqu\u2019en 1983, avant de se redresser par la suite.Les démographes de l\u2019Institut de la statistique du Québec estiment que plusieurs anglophones montréalais avaient alors devancé une migration qui de toute façon s\u2019annonçait inévitable.Le solde négatif a de nouveau augmenté au cours des années 90, mais il a diminué de manière importante dans les années 2000.Le solde des migrations nettes entre le Québec et les autres provinces a été de - 8 155 en 2006 (dernière année pour laquelle les chiffres sont disponibles) , en hausse par rapportaux années les plus récentes.Le solde tournait autour de 10 000 migrants dans la décennie précédente.49 Québec 2008-2009*.indd 49 17/11/08 09:24:01 L'état du Québec 2009 TABLEAU 1.6\tMigrations interprovinciales, entrants et sortants du Québec en % et solde migratoire selon la région, 1975-2006\t\t\t\t\t\t\t \t\t\t\t\t\t\t\t \t\t\t\t\t\t\t\t \t\t\tEntrants au Québec à partir de\t\t\t\t\t Atlantique\t17,0\t16,7\t15,2\t15,1\t13,3\t14,3\t119 394\t15,0 Ontario\t66,6\t62,7\t67,4\t59,8\t66,1\t63,3\t498 668\t62,9 Prairies/T.N.-O.\t8,7\t13,1\t10,9\t12,3\t11,2\t12,8\t104 352\t13,1 C.B.\t7,7\t7,5\t6,4\t12,8\t9,3\t9,6\t71 476\t9,0 \t\t\t\tSortants du Québec vers\t\t\t\t Atlantique\t18,1\t9,9\t11,6\t9,1\t10,1\t10,8\t135 202\t11,0 Ontario\t59,5\t62,1\t66,8\t71,0\t63,8\t58,0\t812 858\t65,7 Prairies/T.N.-O.\t11,9\t18,1\t11,4\t11,3\t15,5\t21,1\t164 550\t13,3 C.B.\t10,5\t9,9\t10,1\t8,6\t10,6\t10,0\t124 041\t10,0 Solde\t-10 361\t-29 636\t-7125\t-12 146\t-4 963\t-8155\t-442 761\t * Le total inclut la période de 1975 à 2006 Source: Statistique Canada,Cansimtableau 051-0019.Les migrations d\u2019une province à l\u2019autre sont fort importantes au Canada, et il en va de même dans le cas du Québec.En 31 ans, le Québec a perdu 442 761 personnes dans ses échanges de population avec le reste du Canada.Rappelons que d\u2019autres provinces canadiennes ont aussi connu un solde migratoire négatifimpor-tant au cours de la même période, de même que plusieurs États américains de taille comparable à celle du Québec dans leurs échanges de population avec d\u2019autres États.Outre « l\u2019incertitude» qui a entouré l\u2019avenir politique du Québec - un facteur qui a souvent été évoqué par les analystes pour expliquer cephénomène dans les années 80 -, bien d\u2019autres causes expliquent les mouvements de population d\u2019une région à l\u2019autre, notammentdes facteurs économiques et même géographiques comme le montre la situation comparable de provinces ou d\u2019États américains voisins.Québec-Ontario aller-retour Où vont les Québécois qui migrent ailleurs au Canada?En Ontario, d\u2019abord, et de loin.La proportion de migrants québécois qui choisissent de s\u2019y établir a été d\u2019environ deux sur trois pendant un quart de siècle, avec quelques hauts et bas au fil de la conjoncture économique.Un changement majeur est cependant en cours depuis l\u2019année 2005 : la part des migrants qui choisissent l\u2019Ontario est en chute libre - tombant même à 58% en 2006 -, alors que les immigrants s\u2019établissent plus nombreux dans l\u2019ouest du pays.Les Prairies - l\u2019Alberta en tête -attirent en effet maintenant davantage de migrants québécois, dont le nombre est en progression importante depuis 2005, soit depuis le boom pétrolier.La région des Prairies (surtout l\u2019Alberta) a attiré 21,1 % des migrants québécois en 2006 et la Colombie-Britannique, 10 %.La région de l\u2019Atlantique suit avec 10,8 % des migrants.Bref, il y a un très net changement dans la destination choisie par les personnes sortant du Québec depuis 1975, l\u2019Ontario 50 Québec 2008-2009*.indd 50 17/11/08 09:24:02 Population et démographie perdant du terrain au profit de l\u2019Alberta, alors que la part des provinces de l\u2019Atlantique, qui avait régressée de moitié depuis les années 70, se redresse quelque peu.D\u2019où viennentles Canadiens qui migrentvers le Québec?Cette fois encore, l\u2019échange de population avec l\u2019Ontario domine largement: c\u2019est elle qui «fournit» les deux tiers des personnes établies au Québec en provenance d\u2019une autre province, et cette proportion est presque stable depuis 30 ans.Les provinces de l\u2019Atlantique suiventavec 14,3 % de l\u2019ensemble en 2006 - une proportion stable aussi depuis 30 ans -, puis viennent les Prairies avec 12,8 % et la Colombie-Britannique avec 9,6 % en 2006.Il faut noter que la provenance des entrants au Québec est beaucoup plus stable sur une longuepériode que la destination des sortants, qui semble liée à la conjoncture économique régionale canadienne.Ces derniers ont plutôt tendance à se diriger en large majorité vers trois provinces.L\u2019Ontario demeure de très loin la première province avec laquelle se font les migrations interprovinciales qui impliquent des Québécois, mais un changement se dessine ces dernières années avec la progression du nombre de migrants vers l\u2019Alberta au détriment de l\u2019Ontario.La migration interprovinciale touche davantage les jeunes que les autres groupes d\u2019âge.Plus de la moitié des entrants (52,5 % en 2006) et des sortants (50,3%) ont moins de 30 ans.On y retrouve en fait bon nombre d\u2019enfimts qui accompagnentleurs parents en quête d\u2019emploi dans leur nouveau milieu de résidence.Il n\u2019y a pas vraiment de différences importantes entre l\u2019âge des entrants et l\u2019âge des sortants, qui migrent sensiblement dans les mêmes proportions.À peu près autant de jeunes entrent au Québec qu\u2019il y en a qui en sortent.Le seul groupe d\u2019âge qui se distingue quelque peu est celui des personnes ayant atteint l\u2019âge de la retraite: elles sont plus nombreuses à quitter le Québec qu\u2019à s\u2019y établir.51 Québec 2008-2009*.indd 51 17/11/08 09:24:02 L'état du Québec 2009 2.LE RETOUR DE LA FAMILLE ET DE LA NATALITÉ D\u2019après de nombreuses enquêtes, la famille reste centrale dans l\u2019imaginaire des individus.Un ministère du gouvernement du Québec lui est même consacré et un conseil s\u2019occupe d\u2019aviser l\u2019État des politiques à adopter.Comment se présente le portrait de la famille dans la société québécoise?Nous nous limiterons ici à un examen des statistiques portant sur la TABLEAU 2.1 Répartition de la population selon Québec, 2001\t\t\tnuptialité, la natalité et les caractéristiques morphologiques des ménages, examen qui nous en apprend cependant beaucoup sur la place qu\u2019occupe la famille dans la société québécoise contemporaine.Désaffection vis-à-vis du mariage en tantqu'institution L\u2019étatmatrimonial des individus varie beaucoup selon les étapes du cycle de vie (tableau 2.1).Si l'état matrimonial, le groupe d'âge et le sexe.\t\t\t \t\t\t\t\t\t 20-24\t69,8\t5,5\t24,0\t0,7\t0,1\t100 25-29\t37,0\t22,5\t37,8\t2,5\t0,1\t100 30-34\t23,3\t36,3\t34,8\t5,5\t0,2\t100 35-39\t18,2\t44,3\t28,1\t8,9\t0,4\t100 40-44\t15,0\t49,8\t21,7\t12,7\t0,9\t100 Femme\t\t\t\t\t\t 45-49\t12,0\t53,5\t16,4\t16,2\t1,9\t100 50-59\t9,1\t57,9\t10,2\t17,8\t5,1\t100 60-69\t8,4\t56,3\t4,4\t13,5\t17,7\t100 70-79\t9,7\t39,6\t1,6\t6,5\t42,5\t100 80 et +\t13,3\t15,0\t0,4\t1,9\t69,0\t100 20-24\t83,5\t2,2\t13,9\t0,3\t0,1\t100 25-29\t51,8\t13,6\t33,1\t1,3\t0,1\t100 30-34\t32,9\t29,7\t34,3\t3,1\t0,1\t100 35-39\t25,4\t39,4\t29,6\t5,5\t0,1\t100 40-44\t20,0\t47,2\t23,9\t8,7\t0,3\t100 Homme\t\t\t\t\t\t 45-49\t15,1\t63,7\t18,8\t11,8\t0,5\t100 50-59\t9,8\t61,9\t13,8\t13,3\t1,3\t100 60-69\t7,8\t69,1\t8,0\t11,1\t4,1\t100 70-79\t7,6\t69,5\t4,0\t7,3\t11,5\t100 80 et +\t7,7\t57,4\t1,9\t4,2\t28,7\t100 Total\tF\t25,4\t38,9\t16,4\t9,3\t10,0\t100 15ans\tH\t31,4\t41,6\t17,7\t7,0\t2,2\t100 et +\t\t\t\t\t\t 1.Les personnes séparées vivant en union libre sans avoir divorcé sont comprises dans les mariées.Source: Statistique Canada, Recensement de 2001;calculs de l'auteur.52 Québec 2008-2009*.indd 52 17/11/08 09:24:02 Population et démographie les jeunes sont davantage célibataires et les personnes âgées, plus souvent veuves, ce qui est une évidence connue, des différences entre les sexes apparaissent à ces deux moments du cycle de vie : les femmes se marient plus tôt que les hommes et terminent leur vie veuves en plus forte proportion.La vie commune (en couple) intervient maintenant plus tard, mais elle domine chez les individus qui ont entre 30 et 60 ans.Cette fois encore, des différences entre les sexes apparaissent: les trois quarts des hommes âgés de 50 à 70 ans vivent en union, alors que cette proportion est moindre chez les femmes à cause d\u2019une plus forte part de veuves, de plus en plus nombreuses à mesure qu\u2019on avance en âge.Le nombre absolu de mariages a diminué de plus de la moitié depuis 1970, alors que la population augmentait par ailleurs.Au total, 21 291 mariages ont été célébrés en 2006, contre 24 237 en 1995 et 51 690 en 1975.Notons au passage qu\u2019on avait cru un moment en 2000 que le mariage gagnait de nouveau en popularité puisque 24 908 unions avaient été célébrées cette année-là, mais on sait maintenant que cette hausse a été bien éphémère, étantattribuable à la magie exercée par l\u2019entrée dans un nouveau millénaire.Environ 30 % des mariages ont été célébrés devant un célébrant civil (une proportion stable depuis six ans) contre 19% en 1980.En 2001, la proportion de mariages impliquant au moins une personne divorcée était de 31 %.L\u2019âge moyen au premier mariage a nettement augmenté en cinq ans, atteignant 28 ans pour les femmes et de 29,8 ans pour les hommes en 1999 (dernière donnée disponible).On peut en fait parler d\u2019une véritable désaffection envers le mariage, qui apparaît de moins en moins comme une institution normative aux yeux des nouveaux couples.Mais les données annuelles sur les nouveaux mariés ne donnent pas une idée juste de l\u2019ampleur de cette défection.Il faut examiner l\u2019état matrimonial de tous TABLEAU 2.2 Types d'union des couples selon l'âge de la femme, Québec, 2001 \t\t\t\t \t\t\t\t 15-24\t18,0\t82,0\t100\t79 775 25-29\t37,3\t62,7\t100\t133 210 30-39\t57,1\t42,9\t100\t390 875 40-49\t72,9\t27,1\t100\t437 490 50-59\t84,9\t15,1\t100\t330 900 60et +\t94,2\t5,8\t100\t328150 Total\t70,4\t29,6\t100\t1 700 400 Source: Statistique Canada, Recensement de 2001 ; calculs de l'auteur.les couples et considérer les changements survenus en cours de vie pour en prendre la juste mesure.D\u2019après le Recensement de 2001, 30% de tous les couples québécois vivaient en union libre et 7 sur 10 étaient mariés officiellement (tableau 2.2).L\u2019union libre a donc faitun bond considérable en 10 ans (elle touchait 19 % des couples en 1991).Lapopularité de l\u2019union libre varie fortement selon l\u2019âge.Elle est de 82% chez les jeunes couples âgés de moins de 24 ans (d\u2019après l\u2019âge de la femme) et elle est des deux tiers chez les 25-29 ans.Après l\u2019âge de 30 ans, la proportion de couples mariés augmente sensiblement.Il y a donc ici un important effet du cycle de vie : en vieillissant, les couples ont tendance à se marier, surtout lorsqu\u2019ils envisagent d\u2019avoir des enfants.L\u2019analyse qui précède donne cependant une vue statique de la situation, un portrait en coupe instantanée ou encore à un moment donné, comme une photographie.Pour une compréhension complète de la situation, il faut aussi reconstituer le film ou, en termes plus savants, examiner la situation dans une perspective longitudinale.On sait en effet qu\u2019une partie des couples vivant en union libre vont se 53 Québec 2008-2009*.indd 53 17/11/08 09:24:02 L'état du Québec 2009 marier après une période de cohabitation, mais le mariage demeure encore le fait de la minorité.D\u2019après l\u2019Enquête sociale générale de Statistique Canada (cycle 15), «le tiers des Québécoises avaient épousé leur conjoint de fait au moment de l\u2019enquête, comparativement à 59% chez les femmes des autres provinces canadiennes5 ».Mais cet effet d\u2019âge s\u2019atténue d\u2019une génération à l\u2019autre, car les nouvelles générations se marient moins, même à un âge plus avancé.Il faudra attendre que les nouvelles générations vieillissentpour mesurer l\u2019ampleur de la désaffection vis-à-vis du mariage.Tout indique qu\u2019elle restera bien réelle au Québec, même si le mariage gagne un peu de terrain en vieillissant6.La défection vis-à-vis du mariage est beaucoup plus prononcée au Québec qu\u2019ailleurs au Canada.Ainsi, la probabilité de vivre en union libre lors de l\u2019établissement en couple est de 70,4% chez les Québécoises âgées de 30 à 39 ans et de 34,2 % chez les Canadiennes dans les provinces anglophones, d\u2019après l\u2019Enquête sociale générale.Autre indicateur tiré de la même enquête : la part des familles recomposées vivant en union libre est de 73,5 % au Québec et de 43,3 % au Canada anglais.Union civile et mariage des homosexuels En parallèle à la défection vis-à-vis du mariage, les personnes d\u2019orientation homosexuelle revendiquent avec beaucoup de bruit le droit de se marier officiellement, ce qui implique un changement dans les lois fédérales.En juin 2002, le gouvernement du Québec a reconnu l\u2019union civile.Au cours de la première année, 159 unions civiles ont été officiellement contractées, dont 10 entre personnes hétérosexuelles.Au total, 82 unions ont impliqué deux hommes (51,6% du total) et 67 unions, deux femmes (42,1%).Dans une étude sur la question, Louis Duchesne a observé que les conjoints ayant choisi de s\u2019unir civilement étaient le plus souvent très instruits (plus de 54 15 ans de scolarité), d\u2019âge moyen assez élevé (autour de 45 ans) et plus fréquemment nés à l\u2019étranger (environ 20 % chez les hommes)7.Le Recensement de 2001 présentait pour la première fois des données sur les unions entre personnes de même sexe.Il y avait au Québec 6 350 couples formés de deux hommes et4 015 couples formés de deux femmes.Ces chiffres donnentune estimation plus faible que prévue de l\u2019ampleur du phénomène de l\u2019homosexualité en couple.Devant ce résultat, deux questions se posent: a-t-on exagéré l\u2019étendue de l\u2019homosexualité dans la société à la suite d\u2019une attention accrue portée à cette question dans les médias ces dernières années - bien qu\u2019une partie des homosexuels vive sans doute dans des ménages de personnes seules - ou encore, les personnes vivant dans des unions entre homosexuels ont-elles été réticentes à s\u2019identifier comme telles dans les questionnaires du Recensement?Le retour de la famille La diminution du nombre de mariages au Québec, plus prononcée chez les francophones d\u2019ascendance canadienne-française, pour reprendre les termes de la commission Bouchard-Taylor, ne signifie pas que la famille soit en déclin.On aurait tort en efîètd\u2019enterrer trop vite cette institution sociale qui apparaît encore commeétantcentraledans l\u2019univers des valeurs des individus interrogés dans diverses enquêtes sociologiques, malgré la popularité du divorce et des unions libres.Il est maintenant évident que ces dernières n\u2019ontpas entraîné de défection vis-à-vis de la famille, mais bien plutôt vis-à-vis d\u2019une forme traditionnelle d\u2019union, ce qui est différent.La désaffection vis-à-vis du mariage est liée à la dénatalité - les couples vivant en union libre ont moins d\u2019enfants que les couples mariés -, mais elle n\u2019est pas la cause de la baisse de la natalité.Le mariage et la décision d\u2019avoir plusieurs enfants sontplutôtdeuxphé- Québec 2008-2009*.indd 54 17/11/08 09:24:02 Population et démographie nomènes reliés qui dépendent d\u2019un ensemble de facteurs.Il en va de même pour la diminution de la pratique religieuse, elle-même associée à la baisse de la natalité par plusieurs chercheurs8.La désaffection vis-à-vis de la pratique religieuse, la désaffection vis-à-vis du mariage et la dénatalité sont en fait trois tendances interreliées qui révèlent des changements culturels profonds.Comment expliquer la chute tendancielle de la natalité?Celle-ci s\u2019inscrit dans uneprofonde mutation culturelle qui marque la conception même de la vie en couple et de la vie familiale.Avoir des enfants implique que les couples se donnent un horizon commun durable, ce qui est devenu problématique dans nos sociétés développées.Le destin des individus s\u2019inscrit-il encore dans un espace et une temporalité qui est conciliable avec la venue des enfants?La venue d\u2019un enfant est pour plusieurs individus diffïcilementconciliable avec d\u2019autres priorités.Ainsi, certains voient leur vie active comme une carrière à bâtir - et non plus comme un destin relativement stable: devenir cultivateur ou ouvrier comme son père, par exemple, dans les générations passées - qui apparaît difficilement conciliable avec la venue d\u2019enfants.Plus largement, c\u2019est tout le mode de vie axé sur le travail salarié et la consommation qui est devenu mobile, mode de vie peu conciliable avec une famille comptant plusieurs enfants.D\u2019autres facteurs plus immédiats affectent la concrétisation du désir d\u2019enfantlorsqu\u2019il est bien présent.Le premier est sans doute l\u2019insécurité économique qui frappe plus durement les jeunes ménages - précarité, revenus du travail en baisse-, empêchantl\u2019élaboration de projets d\u2019avenir au cœur desquels le désir d\u2019enfants, bien présent comme les études le montrent, ne peut pas se concrétiser.Les jeunes couples reportent à plus tard la venue des enfants qu\u2019ils désirent, au risque de ne jamais passer à l\u2019acte.Le second facteur est la difficulté qu\u2019ontles jeunes mères et pères à conci- lier l\u2019occupation d\u2019un emploi et le soin des enfants, surtout les deuxième et troisième.Si les places en garderies sont maintenant plus accessibles - bien qu\u2019en nombre insuffisant, comme on le sait - il faut souligner que les entreprises etles employeurs sontencore réticents à mettre de l\u2019avant des mesures favorisant la conciliation des activités professionnelles et familiales des parents.La réforme des congés de maternité est un volet important de la politique familiale qui devrait permettre aux couples de concilier leurs responsabilités familiales et professionnelles.La proportion de naissances hors mariage plafonne La proportion de naissances hors mariage a connu une hausse fulgurante pendant 30 ans -de 1970 à 2000 -, atteignant 59,3% de l\u2019ensemble en 2005.Cette proportion est encore plus élevée pour les naissances de rang un (65% en 2005).Les naissances hors mariage sont maintenant devenues la norme.Il s\u2019agit d\u2019un changement majeur etradical qui illustre la mutation de la conjugalité.Cependant, la croissance continue depuis 1970 de la part des naissances hors mariage a fortement ralenti à partir de 1998 etelle a atteint un plateau un peu inférieur à 60 % de l\u2019ensemble des naissances totales (graphique 2.1).Une étude de Louis Duchesne révèle d\u2019importantes variations régionales dans la proportion de naissances hors mariage9.En Abitibi-Témiscamingue, en Gaspésie et sur la Côte-Nord, plus des deux tiers des naissances sont issues de parents non mariés alors que, dans la région de Montréal, cette proportion, stable depuis 1990, se situe autour de 40% seulement Les différences sontencore plus considérables entre les municipalités, le phénomène étant moins marqué dans celles où se trouve une forte présence anglophone, notamment à l\u2019ouestde Montréal, là où l\u2019union libre est aussi beaucoup moins répandue.55 Québec 2008-2009*.indd 55 17/11/08 09:24:02 L'état du Québec 2009 GRAPHIQUE 2.1 Naissances hors mariages en %, Québec, 1970-2005 Source: Institut de la statistique du Québec, www.stat.gouv.qc.ca Hausse tendancielle du divorce Le nombre total de divorces tournait autour de 20 ooo entre le milieu des années 80 etle milieu des années 90.Depuis lo ans, il esten diminution, sans doute parce qu\u2019il y a moins de couples mariés susceptibles de divorcer.En fait, le seul examen des nombres annuels de divorces est trompeur, car l\u2019incidence du divorce augmente très nettementd\u2019une génération à l\u2019autre : quelle que soit la durée du mariage, le taux de rupture d\u2019union augmente de façon régulière d\u2019une cohorte annuelle de mariés à l\u2019autre.Par exemple, la proportion de couples mariés en 1975 qui n\u2019ontpas fêté leurs noces d\u2019argent en 2000 est de 33,9%, soit 338,8 sur 1 000.Or, cette proportion était plus faible pour la cohorte des couples mariés 11 ans plus tôt (1964), soit 21 % après 25 ans de mariage.Les données sur les taux de divorce montrent clairement qu\u2019à mesure qu\u2019on se rapproche des années récentes, les chances de divorcer augmentent à diverses durées depuis le mariage.Ainsi, dans la cohorte des mariés de l\u2019année 1984, près de 40% des couples étaient divorcés en 2008, année des 56 noces d\u2019argent.Les mariés de l\u2019année 1989 ont quant à eux presque atteint cette proportion en 20 ans de vie commune, ce qui témoigne de l\u2019augmentation tendancielle du divorce chez les couples officiellement mariés.Au fil des ans, la hausse des taux de divorce a été encore plus nette chez les jeunes couples qui, jusqu\u2019en 1997, ont divorcé plus fréquemment après cinq ans de mariage.Ainsi, cette année-là, 13% des couples mariés ont divorcé avant d\u2019avoir atteint cinq ans d\u2019union.Un retoumementde tendance estcependant observable chez les jeunes couples mariés depuis l\u2019année 1993 : le taux de rupture cinq ans après est en diminution, un phénomène nouveau observable seulementces dernières années.Ce retournement s\u2019explique par le fait que les jeunes couples qui optent pour le mariage - dans le contexte où l\u2019union libre est banalisée et largement répandue - le font par conviction religieuse ou en conformité avec des valeurs liées à une probabilité plus fàible de divorcer.Les effets de génération apparaissent mieux lorsqu\u2019on examine les proportions de nouveaux Québec 2008-2009*.indd 56 17/11/08 09:24:02 Population et démographie divorcés après une certaine durée du mariage.On voit nettement une hausse tendancielle du taux de divorce dans les 15 premières années du mariage.Au-delà de cette période, les proportions de nouveaux divorces sont assez stables d\u2019une année à l\u2019autre, et il n\u2019y a pas de hausse tendancielle observable dans les cohortes de mariés depuis l\u2019année 1964.Par exemple, après 21 ans de mariage, on observe une proportion de nouveaux divorcés de 46,1 % dans la cohorte des personnes mariées en 1964 et de 47,2 % dans celle des mariés en 1980.Il faudra évidemment attendre encore un certain temps avant de savoir si les personnes mariées dans les années 80 et 90 fêterontleurs noces d\u2019argent dans les années 2005-2015 dans les mêmes proportions.Il estcependantpermis dépenser que l\u2019effet de génération va sepoursuivre et que les nouvelles cohortes vont connaître des taux de divorces plus élevés que les précédentes à durée de mariage égale.Cet effet de génération va sans doute contribuer à accroître les taux de divorces dans les années à venir.Plus de la moitié des divorces survenus en 2000 ont eu lieu après moins de 15 ans de mariage, alors que cette proportion était plus élevée 10 ans auparavant Au cours des années qui ont suivi l\u2019adoption de la loi qui a légalisé le divorce, en 1969, il semble que les ménages formés de conjoints plus âgés ou mariés depuis plusieurs années aient eu moins tendance à rompre leur union que les jeunes ménages.Au fil des années, le divorce est devenu plus fréquent dans tous les groupes d\u2019âge.Ce résultat est congruent avec l\u2019observation précédente d\u2019une hausse tendancielle du taux de rupture des unions conjugales.Une étude de Louis Duchesne parue en décembre 2003 montre qu\u2019un divorce sur deux implique maintenant des couples sans enfant Ces statistiques donnent cependant une vue partielle de la situation des couples à cause de la désaffection vis-à-vis du mariage.Les ruptures d\u2019union dans le cas des couples non mariés ne sontpas prises en compte dans cette analyse, alors que ces couples pèsent de plus en plus lourd dans l\u2019ensemble de la société.Les couples en union libre n\u2019échappent pas à la probabilité de connaître une rupture, bien loin de là.L\u2019Enquête sociale générale de Statistique Canada permet d\u2019estimer que les unions libres sont nettement plus instables que les mariages.La probabilité d\u2019une rupture de la première union libre est estimée au double de celle qui caractérise le mariage.Fait à signaler, cette probabilité serait cependant plus faible de nos jours au Québec, comparée à celle observée dans un passé récent ou encore à celle observée au Canada anglais, là où l\u2019union libre est moins répandue.En ce sens, lorsqu\u2019elle devientplus fréquente, l\u2019union libre comprend aussi un noyau de couples stables.Diversité grandissante des modes de vie familiaux et non familiaux Les modes de vie familiaux et non familiaux sont de plus en plus diversifiés, tant sur le plan synchronique - coupe transversale - que diachronique, c\u2019est-à-dire au cours du cycle de vie des individus.Globalement, trois modes de vie différents sont maintenant dominants: en famille, en couple et en solitaire.Ces modes de vie sontdécrits à l\u2019aide d\u2019une typologie plus fine qui distinguera d\u2019abord deux types de familles (couples avec enfànt et familles monoparentales), ensuite les couples sans enfant présent et enfin les personnes qui vivent seules et les ménages non fàmiliaux (tableau 2.3).Avant de les analyser en détail, voyons d\u2019abord comment la population québécoise et les ménages se répartissent dans ces cinq types qui caractérisent autant de façons de vivre différentes.Les couples avec enfant présent au foyer représentaient 28,2 % des ménages au Québec lors du dernier recensement (2006).Cette donnée à elle seule révèle bien l\u2019ampleur des changements survenus en quelques décennies seulement.L\u2019unité de vie typique dans la société 57 Québec 2008-2009*.indd 57 17/11/08 09:24:02 L'état du Québec 2009 TABLEAU 2.3 Typologie des ménages, Québec, 2006 \t\t Couples avec enfant\t900 820\t28,2 Couples sans enfant présent\t834155\t26,2 Familles monoparentales\t352 830\t11,1 Ménages non familiaux\t121 250\t3,8 Personnes seules\t980 340\t30,7 Total\t3189 395\t100 Source: Statistique Canada, Recense ment de 2006, calculs de l'auteur.n\u2019est plus le couple entouré d\u2019enfants, et l\u2019enfant occupe un espace plus limité qu\u2019auparavant dans la vie des adultes parce que ceux-ci en ont moins.Ils doivent en conséquence s\u2019occuper activementdes enfants durantunepériode plus courte de leur vie.Moins de la moitié des adultes vivent en présence quotidienne d\u2019enfants dans leur ménage.C\u2019est là une situation nouvelle dans l\u2019histoire, car les adultes de la première moitié du siècle passaient la majeure partie de leur vie à s\u2019occuper d\u2019enfants, après avoir eux-mêmes été élevés dans des familles nombreuses.Le rapport à l\u2019enfant est l\u2019un des changements majeurs qui caractérisent les modes de vie contemporains.Les couples sans enfant présent représentent une catégorie de ménages en forte croissance et ils comptent pour plus du quart du total (26,2%).Nous reviendrons sur ce type de ménage plus loin.Si l\u2019on additionne les couples avec et sans enfant présent, on note un autre changementmajeur : les couples forment un peu plus de la moitié des ménages environ (54,4% en 2006).Trois types de ménages quasi inexistants il y a encore 50 ans se partagent maintenant presque la moitié des unités ou des ménages.Les familles monoparentales regroupent plus d\u2019un ménage sur 10 (11,1%), les ménages composés de personnes seules (30,7%del\u2019en- 58 semble) etles ménages non familiaux (3,8 %).De plus en plus d\u2019adultes vivent donc seuls.Par ailleurs, les adultes d\u2019aujourd\u2019hui passent une moins grande partie de leur vie active en présence d\u2019enfants au sein du foyer, contrairement aux adultes d\u2019hier qui ont élevé des familles plus nombreuses.On estime qu\u2019environ 45 % des adultes du Québec vivent en présence d\u2019enfant dans leur foyer, alors que les autres vivent en couple ou encore en solitaire.Les unités de vie sont aussi plus petites.Le tiers des individus ne côtoient qu\u2019une seule autre personne dans leur ménage au quotidien, etmoins du quart viventdans un ménage comptant quatre personnes ou plus (par exemple, la famille de deux adultes et deux enfants, souvent considérée comme famille type).Il faut préciser que les types de ménages sontchangeants dans le temps, au cours du cycle de vie : la probabilité de vivre une certaine période de temps plus ou moins prolongée dans une unité de taille réduite estpar conséquent très élevée.Nous examinerons maintenant plus en détails ces trois modes de vie dominants : familles, couples et personnes seules.Les types de familles changent Une question préalable s\u2019impose: comment définir la famille?Répondre à cette question est devenu complexe, on le sait Nous n\u2019entrerons pas dans le débat qui entoure cette question, qu\u2019il faut cependant évoquer, car la définition statistique diffère des définitions sociologiques courantes.Ainsi, les données officielles incluent-elles les couples sans enfant présent, qui sont considérés comme des familles économiques10.Nous proposons plutôt de caractériser la famille comme une unité dans laquelle se trouve au moins un enfant présent.Bien entendu, un couple dont les enfants n\u2019habitent plus au foyer forme encore une famille, mais nous préférons du point de vue sociologique parler d\u2019un couple sans enfant présentpour en caractériser les modes de vie.Québec 2008-2009*.indd 58 17/11/08 09:24:03 Population et démographie Les modes de vie changentavec le départ des enfants, et il paraît en conséquence nécessaire de distinguer les familles et les couples sans enfant présent.Il s\u2019agit là d\u2019une mutation majeure qui n\u2019a pas assez retenu l\u2019attention.La famille au sens sociologique a maintenant deux formes bien distinctes : la famille institution -celle dans laquelle l\u2019enfantesten interaction quotidienne avec ses parents ou au moins l\u2019un d\u2019eux - et la famille réseau, celle qui est formée de liens maintenus entre membres consanguins appartenant à des unités de vie différentes.La famille institution n\u2019est plus une unité de vie au sens strict etrecoupe ce qu\u2019on appelait autrefois la famille étendue.Plusieurs changements majeurs ontmarqué la famille contemporaine.Retenons parmi les principaux : l\u2019avènement de la famille à parent unique ou à parents vivant séparément (familles monoparentales), la mutation du type d\u2019union conjugale entre les parents, la chute du nombre d\u2019enfants qui affecte la fratrie etla recomposition des familles après une rupture d\u2019union.Considérons d\u2019abord la parentalité.La famille à deux parents est encore dominante (73,5%), mais elle a cédé du terrain depuis 20 ans avec la montée de la monoparentalité11.Au total, 26,5% des familles avec enfantpré-sent sont maintenant monoparentales, ce qui représente une hausse d\u2019environ 27 % depuis 15 ans.Les études montrent par ailleurs que les relations entre conjoints séparés ontchangé au fil des années.La garde partagée est plus fréquente, et il semble que les difficultés et divergences entre parents - forcémentprésen-tes dans les cas de divorces et de ruptures -sont gérées de manière moins conflictuelle qu\u2019ilyal5 ou 20 ans.Les pères assument aussi plus fréquemment la garde des enfants, mais les femmes sont encore plus nombreuses à le faire.Au total, 22,6% des enfants sont élevés dans des familles monoparentales.Deuxième changement majeur en cours : la mutation de l\u2019union entre parents.Si les familles monoparentales comptent pour le quart des familles avec enfant présent, on y trouve seulement le cinquième de tous les enfants, simplement parce qu\u2019elles en ont moins que les familles qui ont deux parents présents au foyer.La majorité des enfants (57,2%) sont donc élevés par des couples mariés et 20,3 % par des couples vivant en union libre.Avec la montée de la monoparentalité, le changement le plus marqué depuis 10 ans est sans doute l\u2019augmentation de la proportion des familles biparentales dans lesquelles les parents vivent en union libre.Mais cette statistique en coupe transversale ne donne pas une bonne idée de l\u2019ampleur du phénomène.Cette tendance à vivre en union libre va s\u2019accentuer dans l\u2019avenir, car les jeunes couples se forment davantage en dehors des liens du mariage.On a vu plus haut que la majorité des naissances surviennent maintenant dans les unions libres et, à mesure que les unités familiales formées de personnes plus âgées vont se transformer, la proportion des familles dont les parents vivent en union libre va augmenter.En cinq ans seulement, la proportion d\u2019enfants élevés dans des couples vivant en union libre a connu une hausse considérable.Troisièmement, la taille moyenne des familles avec enfàntprésentcontinue de décroître avec la dénatalité.Un enfant sur quatre est maintenant élevé dans une famille à enfant unique, et ce modèle de famille à enfant unique esten hausse.L\u2019historien E.Shorter qualifie ce type de famille de triade, pour bien montrer que la position de l\u2019enfant y est différente, celui-ci étant minoritaire devant deux adultes, sans interaction avec un frère ou une sœur, le plus souvent avec un nombre limité de cousins.La famille à deux enfants est en quelque sorte devenue la norme, comptantpour 44 % de l\u2019ensemble.Un peu moins de 30 % des enfants ont au moins deux frères ou sœurs.Ces chiffres portent sur les enfants présents, et ils ne prennent pas en compte le départ éventuel d\u2019un 59 Québec 2008-2009*.indd 59 17/11/08 09:24:03 L'état du Québec 2009 enfant qui a quitté le foyer.Ils sous-estiment quelque peu la taille réelle du nombre d\u2019enfants que les couples ont eus, mais ils donnent plutôt une vue d\u2019ensemble des caractéristiques des familles sur le plan transversal, au moment du recensement Les parents mariés ontplus d\u2019enfants que les autres familles biparen taies et que les familles monoparentales.Deux thèses s\u2019opposent sur l\u2019évolution future de la famille.Les uns considèrent que la famille moderne tire à sa fin comme institution centrale dans la société alors que d\u2019autres estiment plutôt que l\u2019institution persiste, mais qu\u2019elle change de forme et se désinstitutionnalisé12.Il estpar ailleurs certain que les unions se fragilisent; elles se succèdent dans le cours d\u2019une vie, et le mariage formel connaît une baisse de popularité.Nous pouvons par consé-quentavancer que c\u2019estl\u2019union conjugale elle-même plus que la famille qui se transforme de manière radicale, étant entendu que cette dernière doit aussi s\u2019ajuster aux perturbations qui marquent la vie de couple.Le couple sans enfant présent à la maison Les types de ménages changent dans le temps.Avantles années 30, les individus vivaientpres-que tous en famille.Les ménages multifamiliaux de cette période (dans lesquels coexistaient plusieurs familles de générations différentes) représentaientuneproportion non négligeable, et très peu de personnes vivaient seules.Les célibataires vivaient avec d\u2019autres personnes ou encore en communauté.La famille nucléaire s\u2019est imposée avec l\u2019avènement de la société de consommation etl\u2019urbanisation accélérée.Puis on a assisté à la croissance du nombre de ménages formés de personnes vivant seules dans les années 60 et 70.Avec les années 90 s\u2019impose un nouveau type de ménage qui gagne en importance : le couple sans enfant présent à la maison.L\u2019allongement de l\u2019espérance de vie et la baisse de la natalité sont les deux facteurs qui ont causé 60 la forte croissance de ce type de ménage.À côté des personnes vivant seules et des familles avec enfants présents à la maison apparaîtdonc une nouvelle catégorie modale de ménages qui ont des comportements de consommation et des habitudes de vie différentes des autres et dont on commence à découvrir l\u2019importance et les caractéristiques propres.Il y avait 1 734 975 couples au Québec en 2006, et 48,1% d\u2019entre eux n\u2019avaientpas d\u2019enfant présent à la maison.Cela représente une hausse importante en 10 ans puisque cette proportion n\u2019était que de 40,4 % en 1996.Le mode de vie en couple sans enfant présent est donc devenu en quelques années un mode de vie important sur le plan statistique.La proportion de couples sans enfant présent est en hausse marquée, et il est à prévoir que le phénomène deviendra plus important dans les années à venir.À noter enfin que ces couples ontaussi de plus en plus tendance à vivre en union libre.Montée du mode de vie en solitaire Le mode de vie en solitaire a connu une progression spectaculaire depuis une trentaine d\u2019années.Les ménages constitués de personnes vivant seules hors famille comptent maintenant pour 30,7% de l\u2019ensemble, contre 12,1% 30 ans plus tôt.L\u2019examen des chiffres absolus est encore plus parlant, car on passe d\u2019un peu moins de 200 000 ménages en 1971 à environ un million d\u2019après le recensement de 2006.C\u2019est dans les années 70 qu\u2019il a connu la hausse la plus marquée - augmentation de 120 % en 10 ans seulement-, cette augmentation passant à 53 % dans les années 80, puis à 35,4% dans la décennie suivante.D\u2019une décennie à l\u2019autre, de plus en plus de personnes vivent hors famille.Le mode de vie en solitaire caractérise au total 14,8% de la population âgée de 15 ans et plus en 2001, mais elle est en croissance prononcée depuis 30 ans (4,6 % en 1971,8,4% en 1981 et 11,8% en 1991).Québec 2008-2009*.indd 60 17/11/08 09:24:03 Population et démographie Plusieurs raisons expliquentle très fort taux de croissance du mode de vie en solitaire durant les années 70; elles sont d\u2019ordre démographique (allongement de l\u2019espérance de vie, installation en ménage des enfants des baby-boomers, par exemple), relèventdepolitiques publiques (bonification de l\u2019aide sociale, aide aux étudiants), ou encore traduisent des changements culturels ainsi que des changements dans les modes de vie (hausse du divorce, par exemple).Le taux de divorce est en effet en hausse tendancielle, comme on l\u2019a noté plus haut, et il contribue par conséquent à l\u2019augmentation du nombre de ménages formés de personnes vivant seules.Les hommes qui vivent seuls sont en moyenne nettementplus jeunes que les femmes et ils sont en majorité dans la première moitié de leur vie active, alors que les femmes qui partagent la même situation sont nettement plus nombreuses après l\u2019âge de 65 ans.La progression du mode de vie en solitaire a été par ailleurs plus rapide chez les hommes13.La société salariale/de consommation donne la possibilité à ceux et celles - travailleurs salariés, employés et travailleurs autonomes - qui en ressentent le besoin de vivre en dehors d\u2019une famille ou d\u2019un ménage à plusieurs membres.Mais le modèle fordiste de société de consommation de masse, de même que le modèle post-fordiste qui lui a succédé, ont aussi permis à un certain nombre d\u2019étudiants et de personnes dépendantes de l\u2019aide sociale (qui ne sont pas en couple) de vivre aussi en solitaire dans un logement à eux seuls.L\u2019adoption de la loi d\u2019aide sociale en 1970 a donné plus de ressources financières aux ménages à faible revenu et a en particulier donné à un certain nombre de personnes en difficulté les revenus nécessaires pour vivre seules en logement, au point où l\u2019on s\u2019est inquiété en certains milieux de savoir si cette aide ne favorisait pas la rupture d\u2019unions conjugales, par exemple14.On verra que trois ménages sur quatre bénéficiant de l\u2019aide sociale sont formés par des personnes seules, qui représentent la moitié des bénéficiaires.Développement de l\u2019économie salariale et avènement de l\u2019État providence vont de pair pour rendre possible cette croissance du mode de vie en solitaire, ce qui était beaucoup plus rare avantles années 50.Par ailleurs, la défection vis-à-vis du mariage etl\u2019individualisation plus prononcée des modes de vie sont sans contreditcertains des facteurs culturels qui ont contribué de manière marquée à la croissante popularité de ce type de ménage.La création de ménages augmente plus vite que la population Les mutations dans les modes de vie qui viennent d\u2019être évoquées ont eu une conséquence importante: le nombre de ménages a augmenté beaucoup plus rapidement que la population québécoise.Entre le recensement de 1981 et celui de 2006, la croissance de la population a été de 18,8% et celle du nombre de ménages, de 46,8 %.Le ménage ne doit pas être confondu avec la famille.Un ménage est une unité de vie autonome, il faut donc faire une corrélation entre ménage et logement Une personne qui vit seule forme un ménage, tout comme une famille comptant cinq enfants.Si la création de ménages augmente plus vite que la population, cela signifie que les individus vivent dans des unités de plus en plus petites et que celles-ci se multiplient.La création de nouveaux ménages a été une source de croissance pour l\u2019économie (plus de logements, plus d\u2019achats de biens durables dans les foyers, etc.).En fait, c\u2019est elle qui a soutenu la croissance économique des dernières années bien plus que la hausse de la population, nettement plus faible.C\u2019est ce qui explique que la population (et sans doute aussi les dirigeants politiques) tarde à prendre toute la mesure de l\u2019impact de la faible croissance démographique.61 Québec 2008-2009*.indd 61 17/11/08 09:24:03 L'état du Québec 2009 3.UNE PLUS GRANDE DIVERSITÉ CULTURELLE Le nombre d\u2019immigrants qui se sont établis au Québec a été de 45 221 au cours de l\u2019année 2007, soit le nombre le plus élevé des dernières décennies (tableau 3.1).Ce nombre marque une hausse par rapport au milieu des années 90 d\u2019environ 10 000 personnes.La moyenne des quatre dernières années tourne plutôt autour des 44 000 nouveaux immigrants accueillis chaque année, un nombre qui reste cependant un peu inférieur aux quotas fixés par le gouvernement québécois pour la période.Le Québec accueille cependant une part moins élevée de l\u2019immigration canadienne que son poids démographique.Cette part a été de 17,9 % du nombre total d\u2019immigrants qui ont choisi de vivre au Canada en 2003 alors qu\u2019il recevaitplus de 20 % des immigrants canadiens dans les années 60, ce qui contribue à l\u2019affaiblissement de son poids démographique.Le Canada esten effetl\u2019un des pays qui reçoit l\u2019un des plus forts contingents d\u2019immigrants chaque année dans le monde.La comparaison du Québec avec le reste du Canada ne rend pas complètement justice à l\u2019effort que la province fait en matière d\u2019immigration.En accueillant près de 45 000 nouveaux immigrants chaque année, la société québécoise apparaît en effet comme l\u2019une des plus ouvertes à l\u2019immigration.Une étude de l\u2019Institut de la statistique du Québec a montré que la proportion d\u2019immigrants vivant en territoire québécois était plus élevée que celle qu\u2019on observe aux États-Unis durant les 50 dernières années.Ainsi, 7,9% de la population des États-Unis était née à l\u2019étranger en 1990, contre 8,7% au Québec en 199115.Le Québec (etle Canada) ontétéparlepassé très ouverts à l\u2019accueil de réfugiés.Ces derniers représentaient en effet 30 % des immigrants entrés au Québec en 1996.Depuis, cette proportion régresse et n\u2019était plus que de 13,1% en 2007.Ce sontles immigrants indépendants qui sont maintenant en majorité parmi les nouveaux arrivants (62% en 2007) alors que 2l,6%d\u2019entreeuxsesontinscritsdansle cadre du programme de réunification des familles.L\u2019origine nationale des immigrants qui entrentau Québec estfort diversifiée.L\u2019Algérie vient au premier rang des pays qui ont fourni le plus fort contingent d\u2019immigrants au cours TABLEAU 3.1 Distribution des immigrants selon la catégorie et l'année, Québec, au total et en % du Canada 1980-2007 \t\t\t\t\t\t \t\t\t\t\t\t 1980\t32,9\t31,2\t35,9\t100\t22 538\t15,7 1985\t40,9\t46,4\t12,7\t100\t14884\t- 1990\t22,5\t60,4\t17,1\t100\t40 842\t19,1 1995\t35,7\t41,8\t22,5\t100\t27 222\t12,5 2000\t24,5\t50,8\t24,8\t100\t32 502\t14,3 2005\t21,0\t60,8\t16,5\t100\t43 312\t16,5 2006\t23,3\t58,1\t15,9\t100\t44 681\t17,8 2007*\t21,6\t62,0\t13,1\t100\t45 221\t19,1 * Données préliminaires pour 2007.Source : Institut de la statistique du Québec (www.stat.gouv.qc.ca) et Ministère des relations avec les citoyens et de l'immigration, Direction de la planification stratégique.62 Québec 2008-2009*.indd 62 17/11/08 09:24:03 Population et démographie TABLEAU 3.2 Nombre d'immigrants selon le pays de naissance, au total (en nombre et en %) pour la période 2003-2007 et rang du pays d'origine \t\t\t \t\t\t Algérie\t1\t17 665\t8,1 France\t2\t16 938\t7,8 Chine\t3\t16 469\t7,6 Maroc\t4\t15 959\t7,4 Roumanie\t5\t12199\t5,6 Colombie\t6\t10 668\t4,9 Liban\t7\t8 430\t3,9 Haïti\t8\t7 237\t3,3 Inde\t9\t5 743\t2,6 Mexique\t10\t5 066\t2,3 Pakistan\t11\t4 817\t2,2 Pérou\t12\t3 966\t1,8 Philippines\t13\t3 869\t1,8 Rép.dém.du Congo\t14\t3 854\t1,8 Tunisie\t15\t3 695\t1,7 Autres pays\t-\t80 468\t37,1 Total, tous les pays\t\t217 043\t100 * Données préliminaires pour 2007 Source: Ministère des relations avec les citoyens et de l'immigration, Direction de la planification stratégique.des récentes années soit 8,1% de l\u2019ensemble entre 2003 et 2007.La France, la Chine et le Maroc suivent, dans l\u2019ordre.On consultera le tableau 3.2 pour la liste complète des principaux pays d\u2019origine des nouveaux immigrants récemment entrés au Québec.Le nombre d'Amérindiens et d'Inuit augmente Il est difficile d\u2019estimer le nombre de personnes déclarant une identité autochtone ou métis de manière précise, car certaines bandes amérin- diennes boycottentles recensements.Le recen-sementde 2006 compte 81455 Autochtones au Québec, soit un peu plus de 1 % de la population totale (tableau 3.3).Les spécialistes estiment qu\u2019il y en aurait au moins 50 000 vivant hors réserve et qui n\u2019ont pas déclaré une identité autochtone lors du dernier recensement Les Amérindiens vivantau Canada sont surtout concentrés dans l\u2019Ouestdupays, et environ 8 % d\u2019entre eux se retrouvent au Québec.Le nombre total d\u2019Autochtones esten hausse à cause de la forte fécondité des familles, mais aussi à cause de la hausse du nombre de personnes qui ont déclaré une ascendance autochtone dans les derniers recensements, à la suite de la nouvelle affirmation identitaire des Amérindiens, InuitetMétis.Le tableau 3.3 présente la distribution de la population autochtone entre les diverses nations que l\u2019on retrouve au Québec.Les Innus (Montagnais) (19,9%), les Cris (19%) et les Mohawks (14,2%) sont les communautés les plus populeuses, suivies par les Inuit (12,9%).Un peu moins de la moitié des Amérindiens vivant au Québec ne parlent que leur langue maternelle autochtone (44,7%), ne connaissant ni le français ni l\u2019anglais (tableau 3.4).Un peu plus de 40% ne parlent que le français (41,4%) et 11,6% ne connaissent que l\u2019anglais.Les Amérindiens du Québec vivent en majorité dans des réserves (70,2 %), une proportion plus élevée qu\u2019au Canada où elle estde 56,1 %.La proportion d\u2019Amérindiens du Québec vivant dans les réserves était en constante régression dans les années 80, mais elle a été assez stable durant les années 90.Les minorités visibles: concentrées à Montréal Depuis 1996, une question dans le Recense-mentdemande aux citoyens s\u2019ils appartiennent à l\u2019un des groupes de minorités visibles tels que définis dans la loi (11 groupes étaient 63 Québec 2008-2009*.indd 63 17/11/08 09:24:03 L'état du Québec 2009 TABLEAU 3.3\tPopulation des nations autochtones et inuites du Québec, en effectifs et en proportions, 1994-2007\t\t\t\t\t\t\t\t\t \t\t\t\t\t\t\t\t\t\t Abénaquis\t1 811\t2,8\t1 907\t2,7\t2 037\t2,6\t2 048\t2,6\t2 091\t2,6 Algonquins\t7 323\t11,4\t8144\t11,6\t8 942\t11,6\t9111\t11,7\t9 645\t11,8 Attikameks\t4 461\t6,9\t5 071\t7,2\t5 726\t7,4\t5 868\t7,5\t6 321\t7,8 Cris\t12017\t18,7\t12 702\t18,2\t14510\t18,8\t14 632\t18,8\t15 442\t19,0 Hurons-Wendats\t2 648\t4,1\t2 831\t4,0\t2 975\t3,9\t2 988\t3,8\t3 006\t3,7 Malécites\t469\t0,7\t599\t0,9\t742\t1,0\t759\t1,0\t786\t1,0 Micmacs\t4 068\t6,3\t4463\t6,4\t4 806\t6,2\t4 865\t6,2\t5104\t6,3 Mohawks\t9 909\t15,4\t10 553\t15,1\t11 176\t14,5\t11 370\t14,6\t11 595\t14,2 Innus (Montagnais) 12 952\t\t20,2\t14019\t20,0\t15170\t19,7\t15 385\t19,7\t16199\t19,9 Naskapis\t529\t0,8\t584\t0,8\t836\t1,1\t834\t1,1\t673\t0,8 Non affiliés\t221\t0,3\t153\t0,2\t79\t0,1\t69\t0,1\t84\t0,1 Inuit\t7 840\t12,2\t8 932\t12,8\t10 024\t13,0\t10 054\t12,9\t10 509\t12,9 Total\t64 248\t100\t69 958\t100\t77 023\t100\t77 983\t100\t81 455\t100 * Les données sur les Amérindiens ont été compilées en 1994 tandis que celles sur les Inuit datent de 1995.Sources : Registre des Indiens, Affaires indiennes et du Nord Canada (AINC), 31 décembre 2004 et Registres des bénéficiaires cris, inuits et naskapis de la Convention de la Baie-James et du Nord québécois et de la Convention du Nord-Est québécois, ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec, 31 janvier 2005.\" La bande des Mohawks de Akwesasne, quoique ayant des terres au Québec, est administrée par la région de l'Ontario et fait partie de celle-ci.Elle a donc été retranchée du nombre pour les années 2001 à 2005 des chiffres officiels publiés.TABLEAU 3.4 Langue maternelle des Individus ayant déclaré une Identité autochtone, Québec, 2001 \t\t Français seul\t32 900\t41,4 Anglais seul\t9180\t11,6 Langue autochtone seule\t35 480\t44,7 Langues multiples\t1 845\t2,3 Français - autre\t645\t0,8 Anglais-autre\t325\t0,4 Autres\t872\t1,1 Total\t79 400\t100 Source : Recensement du Canada, 2001, www.statcan.ca donnés en exemple).La Loi canadienne sur l\u2019équité en matière d\u2019emploi définit les minorités visibles comme étant «les personnes, autres que les Autochtones, qui ne sont pas de race blanche ou qui n\u2019ontpas la peau blanche ».Que l\u2019État mesure ainsi l\u2019appartenance raciale de ses citoyens paraît bien étrange aux citoyens d\u2019autres pays, en Europe principalement, où une telle catégorisation selon la race ou le phénotype a laissé de fort mauvais souvenirs.De vigoureux débats s\u2019y poursuivent ces dernières années, et l\u2019intérêt pour de telles données se manifeste pour les mêmes raisons qui motivent le recueil de cette information dans les données officielles canadiennes: il s\u2019agit d\u2019évaluer quelle est l\u2019égalité réelle des chances des citoyens qui se démarquent de la 64 Québec 2008-2009*.indd 64 17/11/08 09:24:03 Population et démographie TABLEAU 3.5 Minorités visibles (telles que définies par le Recensement) en % de la population totale et répartition au Canada selon la région, 2006 \t\t Québec\t8,8\t12,9 Ontario\t22,8\t54,2 Autres\t14,2\t32,9 Montréal\t15,1\t8,8 Toronto\t41,0\t33,3 Vancouver\t40,3\t13,9 Autres\t-\t22,5 Canada\t16,2\t100 Source : Recensement du Canada, www.statcan.ca.majorité par leur apparence physique ou leurs handicaps.Le Canada compte maintenant 16,2 % de sa population qui s\u2019identifie comme faisantpartie d\u2019une minorité visible, ce qui reflète les mutations récentes de l\u2019immigration internationale (tableau 3.5).Cette proportion est inférieure au Québec, car seulement 8,8 % de sa population se place elle-même dans cette catégorie, presque toute concentrée à Montréal, où les minorités visibles représentent 15,1% de la population.Montréal se situe donc dans la moyenne canadienne, mais loin derrière Toronto et Vancouver, où plus de 40 % de la population estime faire partie d\u2019une minorité visible.Au total, les trois quarts des minorités visibles de tout le Canada se retrouvent dans les trois plus grandes villes et le tiers d\u2019entre elles se concentrent à Toronto même.65 Québec 2008-2009*.indd 65 17/11/08 09:24:04 L'état du Québec 2009 4.L'EMPLOI EN HAUSSE De plus en plus de gens travaillent au Québec, et le marché du travail apparaît de nouveau en importante mutation, comme ce fut le cas à la fin des années 80.L\u2019un des phénomènes qui doit retenir l\u2019attention est sans doute la hausse de la participation au marché du travail, comme le révèle l\u2019augmentation du taux d\u2019emploi.Si la retraite demeure importante dans l\u2019imaginaire collectif, il semble que l\u2019on devra réajuster le discours public sur le moment de la prendre.Le départ à la retraite ne survient pas aussi tôt dans la vie active qu\u2019on a voulu le laisser croire dans les prévisions les plus optimistes des années 90.L\u2019emploi a connu une embellie depuis une dizaine d\u2019années.Les écarts traditionnels entre le Québec et l\u2019Ontario en ce qui concerne les principaux indicateurs sonten régression, etle nombre d\u2019emplois hautement qualifiés et professionnels est en hausse, dans un contexte difficile marqué par la crise qui frappe les métiers et les emplois traditionnels, notam-mentdans la production industrielle etl\u2019exploi-tation des ressources en régions éloignées.Hausse du taux global d'activité Après avoir connu une hausse continue pendant des années en raison de l\u2019entrée massive des femmes sur le marché du travail, le taux global d\u2019activité de la population en âge de travailler - soit la part de la population âgée de 15 ans et plus qui est en emploi, au chômage ou encore à la recherche d\u2019un emploi - avait régressé quelque peu au début des années 90, surtout parce que moins d\u2019hommes ont été actifs, ce qui n\u2019a pas été le cas des femmes.Cette tendance à la baisse s\u2019estarrêtée en 1996, date après laquelle le taux global d\u2019activité a connu une hausse continue pour atteindre 65,7% en 2007 (71% pour les hommes et 60,3 % pour les femmes).Le taux de participation au marché du travail est cependant encore un peu plus faible au 66 Québec qu\u2019ailleurs au Canada, mais cet écart s\u2019est rétréci avec la croissance soutenue de l\u2019emploi à la fin des années 90.Hausse du taux d'activité chez les hommes L\u2019un des phénomènes marquants sur le marché du travail des années 80 et 90 a sans doute été le retrait important des hommes du marché du travail dans le contexte d\u2019une importante restructuration de ce dernier.Les deux récessions économiques au début des années 80 et au début des années 90 ont touché plus durement les industries productrices de biens.«Comme ces industries embauchent beaucoup d\u2019hommes, ces derniers ont subi les effets immédiats et prolongés de la réduction de l\u2019effectif dans ces secteurs» (StatistiqueCanada, cat 71-259, p.15).Les mutations caractérisant l\u2019emploi salarié dans les grandes entreprises industrielles ont affecté le niveau d\u2019emploi des hommes âgés de plus de 50 ans, sans parler de l\u2019usure de la force de travail qui marque ce groupe de travailleurs, dont plusieurs sont actifs depuis l\u2019adolescence.La baisse des emplois industriels typiques du fordisme a aussi affecté les jeunes hommes sans qualification professionnelle qui, contrairement à leurs pères, ne trouvent plus aussi facilement de bons emplois bien rémunérés en ce début de nouveau millénaire.La diminution du taux de participation au marché du travail chez les hommes s\u2019estarrêtée il y a une dizaine d\u2019années.L\u2019implication des hommes sur le marché du travail estrepar-tie vers le haut, d\u2019abord timidement après le milieu des années 90, puis de façon plus marquée dans les années 2000, surtout parce que les hommes restentplus longtemps sur le marché du travail après l\u2019âge de 50 ans.Plus des trois quarts des hommes âgés de 45 à 64 ans (76,4%) étaient en emploi au milieu de l\u2019année 2007.Leprojetdeprendre une retraite tôt dans la vie active - ce qu\u2019on appelle « liberté 5 5 » -, très présent dans les publicités des années 90, s\u2019estompe et bat de l\u2019aile.Québec 2008-2009*.indd 66 17/11/08 09:24:04 Population et démographie Féminisation du marché du travail L\u2019augmentation du taux d\u2019activité notée plus haut est aussi due au fait que les femmes ont accentué encore davantage leur présence sur le marché du travail.Le taux d\u2019activité global chez les femmes âgées de 25 à 44 ans est maintenant de 84% en 2007, alors qu\u2019il est de 91,3 % chez les hommes du même âge.Les femmes sont actives de manière plus continue, mais une autre raison explique la féminisation accrue du marché du travail.Les cohortes de femmes plus âgées, qui ont eu historiquement un taux d\u2019activité plus bas, sont remplacées par de nouvelles cohortes de femmes qui restent actives après 45 ans, une proportion en hausse continue (graphique 4.1).Au total, 58,3% des femmes âgées de 45 à 64 ans sont en activité professionnelle.C\u2019est pour cette raison que le taux de participation des femmes au marché du travail continue de croître.Le taux d'emploi est en hausse Le taux d\u2019emploi de la population donne une vue plus juste de la participation au marché du travail, car il ne porte que sur les personnes qui occupenteffectivementun emploi, excluantles chômeurs etles personnes à la recherche d\u2019un travail.Ce taux, qui avait atteint un creux en 1993 à 53,9 %-un niveau presque identique à celui observé 20 ans plus tôt, alors que la participation des femmes au marché du travail était beaucoup moins forte -, a continué à augmenter régulièrement par la suite, notamment au tournant des années 2000, atteignant un sommet de 61,3 % en 2008, etce, pour deux raisons : 1) le taux de chômage a diminué sensiblement et surtout 2) davantage de femmes, mais aussi davantage d\u2019hommes, sont restés sur le marché du travail (graphique4.2).L\u2019analyse de ce taux confirme que le mouvement de retrait des hommes du marché de l\u2019emploi a été renversé.Il se situe à 65,4% en 2008 chez GRAPHIQUE 4.1 Taux d'activité de la population âgée entre 45 et 64 ans en % selon le sexe (moyenne mobile sur 2 périodes), Québec, 1975-2007 Hommes 45-64 ans Femmes 45-64 ans Source: Satistique Canada, Moyennes annuelles de la population active, cat.71-529, Cansim.67 Québec 2008-2009*.indd 67 17/11/08 09:24:04 L'état du Québec 2009 GRAPHIQUE 4.2 Taux d'emploi de la population âgée de 15 ans et plus (en %) selon le sexe (moyenne mobile sur 2 périodes), Québec, 1975-2008 85% 80% 75% Hommes -.Total population 15 anset+__ \u2014 Femmes * 2008: donnée de mai 2008.Source: Statistique Canada, Moyennes annuelles de la population active, cat.71-529, Cansim D982667, D982670, D982673.les hommes âgés dels ans et plus.De son côté, le taux d\u2019emploi des femmes est aussi en hausse continue et a atteint 57,4% en 2008.Une crise appréhendée La hausse du taux d\u2019emploi survientparallèle-mentà l\u2019avènementd\u2019une crise qui commence à se pointer à l\u2019horizon : la pénurie de main-d\u2019œuvre.Le nombre de postes vacants estélevé dans plusieurs secteurs d\u2019activité ou dans plusieurs régions.Leproblème va aller en s\u2019accentuant dans les années à venir, avec le déclin prévu de la population en âge de travailler qui surviendra à partir du milieu de la prochaine décennie (vers les années 2015, peut-être avant).Le déclin du nombre de travailleurs potentiels va obliger les entreprises à faire appel aux retraités pour les inciter à revenir sur le marché du travail selon des formules diverses (on voit déjà ces derniers à l\u2019œuvre dans certains grands magasins, par exemple).Ainsi, il n\u2019estpas rare de voir, aux États-Unis, des gens âgés côtoyer des étudiants comme employés dans les chaînes de restauration rapide.Il est possible que 68 le même phénomène se produise au Québec dans un avenir rapproché.Déjà, la Régie des rentes a modifié certaines règles entourant le départ à la retraite afin d\u2019inciter les retraités à rester actifs sans être pénalisés, mais ces changements sont encore timides.Certains économistes s\u2019inquiètent des conséquences de la pénurie appréhendée de main-d\u2019œuvre dans certains secteurs d\u2019activité alors que d\u2019autres chercheurs, comme Robert Rochefort en France, annoncent la retraite à 70 ans16.Le travail à temps partiel plafonne Le travail à temps partiel a occupé une part grandissante de l\u2019emploi total au cours des années 80, mais la croissance de cette forme d\u2019emploi a beaucoup ralenti dans les années 90.Le taux d\u2019emploi à temps partiel plafonne autour de 17-18 % de l\u2019ensemble depuis 15 ans, avec un creux au tournant de l\u2019an 2000.Ce taux tournait autour de 17% dans les années 90 et autour de 18% dans les années 2000 (18,4% en 2008) (graphique 4.3).La légère hausse de la popularité du travail à temps partiel observée dans les années récentes Québec 2008-2009*.indd 68 17/11/08 09:24:04 Population et démographie GRAPHIQUE 4.3 Population active à temps partiel au total et selon le sexe (en %) (moyenne mobile sur 2 périodes), Québec, 1976-2008 30% Moyenne mobile sur 2 périodes (Hommes) Moyenne mobile sur 2 périodes (Femmes) Données révisées à partir de 1987 pour tenir compte d'une nouvelle définition du travail à temps partiel.Source : Statistique Canada, Moyennes annuelles de la population active, cat.71-529, Cansim.est attribuable en bonne partie aux hommes.En 2008, un peu plus du quart des femmes en emploi travaillent à temps partiel (26,4%), contre un peu plus du dixième chez les hommes (11,2%).Les hommes occupent environ 30% de l\u2019ensemble de ces emplois, les femmes y étantencore largementmajoritakes.Ce rapport entre les deux sexes a très peu changé depuis un quart de siècle, soit depuis que le phénomène du travail à temps partiel a commencé à se répandre.L'emploi atypique se développe Le développement de l\u2019emploi atypique est certes l\u2019un des traits nouveaux du marché du travail contemporain.H.Krahn, de Statistique Canada, retient cinq types d\u2019emplois non standards ou atypiques : le travail à son compte, le travail à temps partiel, le travail temporaire, le cumul d\u2019emplois et le travail saisonnier17.Ce dernier type est cependant objet de contestation de la part de plusieurs analystes, réticents à l\u2019inclure dans la liste des formes de travail atypiques.Il est clair que la progression de ces types d\u2019emplois est liée à la recherche d\u2019une plus grande flexibilité organisationnelle.De plus en plus de gens travaillent de manière autonome en exécutant des tâches auparavant assumées au sein des entreprises.Sans lien d\u2019emploi, ces travailleurs n\u2019ont plus accès aux avantages qui sont rattachés à l\u2019emploi salarié, comme les congés payés, ou l\u2019assurance emploi.La protection sociale et juridique des travailleurs a été pensée en fonction de ce lien d\u2019emploi entre l\u2019individu etl\u2019entreprise, et l\u2019extension des emplois atypiques soulève de nouvelles difficultés sur ce plan.Plus d'emplois hautement qualifiés et professionnels Il est difficile de comparer dans le temps l\u2019évolution des effectifs dans les différentes professions compte tenu des nombreux changements qui interviennent sur le marché du travail.Par 69 Québec 2008-2009*.indd 69 17/11/08 09:24:04 L'état du Québec 2009 exemple, le travail de bureau s\u2019est considérablement transformé depuis une vingtaine d\u2019années avec l\u2019arrivée des ordinateurs, sans oublier la réorganisation du travail au sein des entreprises.Il en va de même pour le travail manuel ou le travail sur la ferme.Les compétences requises peuvent aussi varier considérablement au sein d\u2019un même secteur.Enfin, de nouvelles professions naissent - pensons au domaine du multimédia, à l\u2019informatique, auxnouvelles technologies de l\u2019information-, alors que d\u2019autres régressent ou disparaissent simplement Globalement, lapartdes emplois hautement qualifiés et professionnels augmente, parallèlement à la hausse du taux de scolarisation des Québécois.Le secteur des sciences naturelles et appliquées, le secteur des sciences sociales et des arts, celui de la vente et des services ainsi que celui de la santé sont en croissance depuis une quinzaine d\u2019années, alors que le secteur des emplois manuels est en régression.La gestion au sens large occupe une place plus importante dans les années 90 avec un emploi sur 10, et il en va de même pour les emplois de techniciens.Ces deux types d\u2019occupation sont typiques du nouveau marché du travail qui s\u2019est mis en place ces dernières années.Le tableau 4.1 présente la distribution des secteurs d\u2019emploi dans lesquels œuvre la population active.Soulignons qu\u2019on trouve dans chaque secteur une grande variété de professions.Par exemple, le secteur de la santé regroupe les médecins spécialistes, les techniciens de laboratoire, les infirmières, les préposés aux malades ou les personnes affectées à l\u2019entretien.D\u2019importantes différences entre hommes et femmes subsistent Celles-ci sont largement surreprésentées dans le secteur administratif TABLEAU 4.1 Secteurs d'emplois des personnes actives, Québec, 1990-2007 \t\t\t\t\t\t \t\t\t\t\t\t Gestion\t11,3\t6,6\t9,2\t9,9\t6,4\t7,8 Affaires, finance et administration\t9,9\t30,8\t19,0\t10,2\t24,1\t17,6 Sciences naturelles et appliquées et professions apparentées\t6,5\t1,8\t4,4\t9,6\t3,7\t7,3 Secteur de la santé\t2,0\t9,4\t5,2\t2,0\t10,4\t5,8 Sciences sociales, enseignement, adm.publique et religion\t4,2\t7,3\t5,6\t4,9\t13,2\t8,9 Arts, culture, sports et loisirs\t2,3\t3,0\t2,6\t2,6\t3,9\t3,5 Ventes et services\t19,8\t28,0\t23,4\t20,8\t28,2\t22,5 Métiers, transport et machinerie\t25,5\t1,9\t15,3\t25,6\t2,2\t14,0 Professions propres au secteur primaire\t4,3\t1,3\t3,0\t4,0\t1,1\t2,7 Transformation, fabrication et services d'utilité publique\t12,1\t7,3\t10,0\t8,3\t4,8\t6,9 Autres classifications\t2,0\t2,6\t2,3\t2,1\t2,0\t2,8 Total\t100\t100\t100\t100\t100\t100 Sources: Stat istique Canada, Statistiq ues ch ronologiq ues sur la population active; calculs de l'a uteur,Cansim tableau 282-0009 et 282-0010.70 Québec 2008-2009Mndd 70 17/11/08 09:24:04 Population et démographie (emplois dans le secrétariat) et la vente, alors que les hommes monopolisent presque les emplois manuels (métiers et machinerie).Cependant, la comparaison avec la distribution observée entre les secteurs dans les recensements précédents indique des changements notables vers une atténuation des différences entre les deux sexes.Les femmes occupent une part un peu moindre que les hommes dans la gestion au sens large, mais non dans les emplois de techniciens.Dans ce dernier cas, cependant, elles sont surtout concentrées dans les emplois qui impliquent des relations avec les personnes (techniques sociales, emplois techniques dans les hôpitaux ou l\u2019administration) alors que les hommes sont plus nombreux comme techniciens dans le secteur des nouvelles technologies.Les femmes ont accru leur présence dans les emplois reliés aux sciences sociales, l\u2019enseignement et l\u2019administration publique, devenu le troisième secteur d\u2019emploi après la vente et les services associés et les emplois de bureau (affaires et administration).Le quart de la main-d\u2019œuvre occupe des emplois d\u2019ouvriers et de cols bleus, types de professions où l\u2019on trouve moins de femmes, plus fortement représentées chez les employés de bureau, un type d\u2019occupation dontl\u2019impor-tance relative est un peu en régression à la fin des années 90.Lapartdes occupations dans la vente etles services eststable.Il s\u2019agitd\u2019un type d\u2019emploi qui, bien que les femmes y soientplus nombreuses, comprend une proportion importante d\u2019hommes.On notera enfin que les emplois dans le secteur de l\u2019exploitation agricole et horticole sont maintenant marginaux dans l\u2019ensemble.Stabilité du taux de syndicalisation Le taux de syndicalisation a décliné de façon importante dans les années 90, passant de 46,9 % cette année-là à 40,2 % en 2007 (tableau 4.2).Il se maintient autour de 40-41% depuis une dizaine d\u2019années, mais il demeure beau- coup plus élevé que le taux observé aux États-Unis ou en France, par exemple.Les conflits de travail ont été en nette diminution durant les années 90 : régression du nombre de grèves et de lock-out, moins de travailleurs touchés et moins de jours-personnes perdus.Les années 90 ont été nettement moins troublées par des conflits de travail que les années 80 et, surtout, que les années 70.Le nombre de conflits de travail a augmenté entre 2000 et 2005.Cependant, certains conflits de travail chez des employeurs précis (Vidéotron en 2002, Le Journal de Quebec en 2007-2008, par exemple) perdurent longtemps, ce qui affecte à la hausse le nombre de jours-personnes perdus.À signaler que les années 2006et2007 ont été les plus calmes depuis 1970.Plusieurs raisons expliquent la forte réduction des conflits de travail caractéristique des années 90 et 2000 lorsqu\u2019on les compare aux décennies précédentes.Les entreprises ont modifié leurs pratiques en matière de relation de travail, et la gestion de ce qu\u2019il est convenu d\u2019appeler les ressources humaines se fait selon une approche plus participative.Les entreprises cherchent à intéresser les employés au développement de la structure davantage qu\u2019à exploiter au maximum la main-d\u2019œuvre.Le perfectionnement et l\u2019amélioration des relations humaines ont la cote.Le chômage élevé des dernières années, l\u2019ouverture des marchés, la concurrence plus vive venant de l\u2019étranger, les effets de la rationalisation au sein même des entreprises sontautantdefacteurs qui ont miné peu à peu le pouvoir de négociation des grands syndicats quipeuventplus difficilement mobiliser les employés et les ouvriers.À cela s\u2019ajoute enfin un changement dans l\u2019idéologie tant des syndicats que des entreprises qui semblent moins portés à l\u2019affrontement.Les conflits de travail et les conflits en milieu de travail persistent, mais ils n\u2019impliquent plus d\u2019opposition radicale ni de grèves à répétition dans la recherche de règlement.71 Québec 2008-2009*.indd 71 17/11/08 09:24:04 L'état du Québec 2009 TABLEAU 4.2 Taux de syndicalisation, conflits de travail au cours de l'année, travailleurs touchés et jours-personnes perdus, Québec, 1990-2007\t\t\t\t \t\t\t\t \t\t\t\t 1990\t46,9\t190\t128442\t1 117 054 1995\t41,9\t76\t47 944\t508 659 2000\t40,2\t99\t24 554\t345 640 2005\t40,2\t113\t114697\t1 450 950 2006\t40,2\t37\t5 370\t145242 2007 p\t40,2 p\t44\t8478\t186 293 p Données préliminaires.Une nouvelle procédure d'enregistrement des arrêts de travail entraîne désormais une augmentation du nombre de conflits dans les tableaux statistiques.Toute comparaison de ces nouveaux chiffres avec ceux de l'ancienne série de tableaux devient donc hasardeuse.Sources: Revue chronologique de la population active, 1999, d'après l'Enquête sur la population active et Travail Québec, Les arrêts de travail et l'échéance des conventions collectives et Bilan des relations du travail au Québec et Statistique Canada, tableau 282-0078.www.travail.gouv.qc.ca.Le taux de chômage atteint un plancher historique Le taux de chômage évolue de manière cyclique, au fil de la conjoncture économique.Il a atteint en 2008 son niveau le plus bas depuis des décennies (7,2 % au total).Les jeunes sont nettement plus touchés que les autres, car ils sont les premiers à être mis à pied en cas de ralentissement économique.Le taux de chômage des jeunes de 20-24 ans est deux fois plus fort (13,1 % en 2008) que celui des autres groupes d\u2019âge.Deux changements majeurs se sontproduits depuis 20 ans dans la composition du groupe des chômeurs.Tout d\u2019abord, les hommes ont chômé nettementplus que les femmes au cours GRAPHIQUE 4.4 Taux de chômage en % selon le sexe, 1975-2008 C7sC7sC7sC7\\C7sC7\\C7sC7\\C7\\000 Hommes Femmes 72 Québec 2008-2009*.indd 72 17/11/08 09:24:05 Population et démographie GRAPHIQUE 4.5\tTaux de chômage en % selon le groupe d'âge, Québec, 1975-2008\t 25%\t\t 20%\tj\t\t 15%\t/\t\t20-24 ans / / /\t\t\u2014y 10% ^\tS''\t25-44 ans '\ts \t\t\u2014- 5%\t\t45-64 ans o% des années 90 et 2000, ce qui était le contraire au début des années 80 (graphique 4.4).Cette différence s\u2019est atténuée quelque peu dans les années 2000 (le taux est de 8 % chez les hommes contre 6,4% chez les femmes en 2008).Ces dernières années, les travailleurs les plus âgés (45 ans et plus) ont chômé moins que les autres, sans doute parce qu\u2019un certain nombre d\u2019entre eux ont quitté définitivement le marché du travail en prenant leur retraite (graphique 4.5).73 Québec 2008-2009*.indd 73 17/11/08 09:24:05 L'état du Québec 2009 5.LA NOUVELLE RÉVOLUTION SALARIALE Un nouveau cycle de croissance des revenus familiaux et disponibles est observable depuis le début des années 2000.Il s\u2019agitlà d\u2019un changement de tendance important survenu après des années de régression et de stabilité.Il est cependant encore trop tôt pour se prononcer sur la durée et l\u2019ampleur du cycle de croissance qui en est à ses débuts.Cependant, l\u2019analyse de l\u2019évolution des revenus et du niveau de vie estcomplexe, parce que les indicateurs le plus souvent retenus mesurent des aspects différents qui ne sontpas toujours bien distingués.Nous en avons retenu trois : les gains des salariés, les revenus annuels des individus et les revenus totaux des ménages.De même, les sources de revenus sont maintenantplus diversifiées.Les revenus de placement et surtout les revenus de pensions vont à l\u2019avenir peser de plus en plus lourd.À cela s\u2019ajoute l\u2019impact changeant du régime fiscal.La rémunération hebdomadaire des salariés en faible hausse Considérons un premier indicateur : la rémunération hebdomadaire moyenne des salariés.Celle-ci comprend l\u2019ensemble des revenus gagnés par les personnes salariées, y compris les revenus tirés du travail supplémentaire.Cet indicateur mesure donc à la fois les gains et le nombre d\u2019heures travaillées, mais il est cependant partiel, car ne sont pas considérés les revenus des travailleurs autonomes ni les revenus de pension, en croissance.Les gains des salariés, exprimés en dollars courants, sont en hausse constante depuis le début des années 90, atteignant 704$ en moyenne par semaine en 2006, dernière donnée disponible.Mais il s\u2019agit en fait d\u2019une illusion puisque, transformés en dollars constants, leur augmentation est en réalité plus faible, la rémunération moyenne tournant autour de 700 $ par semaine (tableau 5.1).Cette absence d\u2019augmentation réelle et continue des gains a été maintes fois décrite comme un trait typique du marché du travail contemporain, comme le résultat de la crise du modèle fordiste et de la société salariale.L\u2019évolution du marché du travail en Ontario - la province voisine sert souvent de référence privilégiée - entre 2002 et 2006 vient confirmer ce diagnostic.Les gains réels des salariés y ont TABLEAU 5.1 Rémunération hebdomadaire moyenne (l'EERH) des salariés, estimations non désaisonnalisées, en dollars courants et constants (2006) et rapport Qué./Ont., Québec et Ontario, 1991 -2006 \t\t\t\t\t \t\t\t\t\t 1991\t545\t702\t576\t741\t94,7 1995\t579\t719\t634\t787\t91,4 2000\t616\t704\t700\t799\t88,0 2001\t627\t700\t709\t791\t88,5 2002\t644\t704\t723\t790\t89,1 2003\t655\t699\t731\t779\t89,7 2004\t668\t699\t743\t777\t90,0 2005\t686\t702\t764\t782\t89,8 2006\t704\t704\t782\t782\t90,0 Source: Statistique Canada, moyenne annuelle, Cansim II,tableau 281-0027.74 Québec 2008-2009*.indd 74 17/11/08 09:24:05 Population et démographie progressé un peu plus qu\u2019au Québec pendant les années 90, certes, mais la crise de l\u2019emploi a touché l\u2019Ontario industriel depuis 2002, ce qui a affecté la rémunération moyenne, à la baisse.L'écart entre le Québec et l'Ontario se réduit L\u2019écart entre le Québec et l\u2019Ontario observé sur divers indicateurs caractérisant le marché du travail s\u2019est réduit au cours des cinq dernières années, d\u2019abord parce que la situation québécoise s\u2019est améliorée sur plusieurs plans, mais ensuite aussi parce que la base industrielle ontarienne a connu de grandes difficultés ces dernières années, notamment dans le secteur de l\u2019automobile.Ainsi, se sont rapprochés le ratio des gains hebdomadaires moyens dans les deux provinces (90 % en 2006), les taux de chômage (7,2% au Québec en 2007 contre 6,4% en Ontario) etles taux d\u2019emplois.Revenus annuels des individus en faible hausse Les revenus des hommes et des femmes doivent être étudiés séparément parce qu\u2019ils ont évolué de manière fort différente.Après des années de stagnation, les revenus annuels moyens de travail des hommes travaillant à temps plein (exprimés en dollars constants) sont finalement de nouveau en faible hausse dans les années 2000ls.Les revenus gagnés par les femmes ont par ailleurs poursuivi leur progression continue, plus marquée que celle des hommes.La discrimination systémique dont les femmes avaient été victimes par le passé est en régression.De nombreux règlements portant sur les litiges en matière d\u2019équité salariale ont été réglés ces dernières années, et cela devrait se refléter dans les statistiques sur les gains des salariés dans les années à venir.Mais, surtout, la composition de la population féminine au travail change à mesure qu\u2019on avance dans les années 2000, celle-ci comprenant des femmes aux compé- tences plus diversifiées et des femmes impliquées sur une base plus continue dans la vie active, deux caractéristiques associées à des revenus plus élevés.Ce qui change, c\u2019estle fait qu\u2019il y a maintenant plus de femmes gagnant des revenus élevés, reflet de leur scolarisation en moyenne plus diversifiée et plus élevée que par le passé.Depuis 1973, les revenus de travail des femmes actives à temps plein ont augmenté de 43%, alors que ceux des hommes ont connu une hausse inférieure à 13% sur la même période.Pause dans la réduction de l'écart entre hommes et femmes Les femmes qui travaillent à temps plein gagnaient un peu moins de 80 % du revenu moyen des hommes au tournant de l\u2019an 2000, contre 61% en 1973 (tableau 5.2).Le revenu réel moyen des hommes travaillant à temps plein a peu augmenté depuis 20 ans, alors que celui des femmes travaillant aussi à temps plein a progressé plus vite, réduisantainsi les écarts.Cependant, la réduction des différences de revenus gagnés entre les deux sexes ne s\u2019est pas poursuivie durant les années 2000.Ce changement de tendance survient au moment où les programmes d\u2019équité en matière de rémunération du travail dans les professions féminisées implantés dans les entreprises commencent à produire leurs effets et dans le contexte de l\u2019entrée sur le marché du travail de nouvelles cohortes de femmes diplômées et mieux formées dans une grande variété de professions.Ces deux facteurs vont-ils relancer la réduction des écarts de gains entre hommes et femmes?Pas nécessairement, puisque d\u2019autres facteurs que la discrimination ou la qualification sont aussi la cause dans les inégalités de revenus entre les sexes.Cet écart de revenus moyens entre hommes et femmes est, faut-il le rappeler, souvent présenté dans les débats publics comme une 75 Québec 2008-2009*.indd 75 17/11/08 09:24:05 L'état du Québec 2009 TABLEAU 5.2 Gains annuels totaux moyens des hommes et des femmes travaillant à temps plein toute l'année, en dollars constants de 2006 et en indice et rapport F/H, Québec, 1973-2006 \t\t\t\t\t 1973\t44 085\t26 849\t100\t100\t0,61 1975\t45 884\t28 884\t104\t108\t0,63 1980\t49 900\t33 400\t113\t124\t0,67 1985\t47 300\t32 400\t107\t121\t0,68 1990\t48 600\t33 100\t110\t123\t0,68 1995\t47100\t34 900\t107\t130\t0,74 2000\t48 400\t38 400\t110\t143\t0,79 2005\t50 600\t36 200\t115\t135\t0,72 2006\t49 600\t38 400\t113\t143\t0,77 Source: Statistique Canada,cat.13-217, Le revenu au Canada,Ottawa,cat.75-202,Cansim II,tableau 202-0102.mesure de l\u2019iniquité des revenus entre hommes et femmes.Cette lecture doitêtre nuancée.En fait, plusieurs raisons expliquent un tel écart.Outre l\u2019iniquité salariale - salaires moindres pour les emplois majoritairement occupés par les femmes et équivalents à d\u2019autres emplois majoritairement occupés par des hommes, un facteur cependant en régression -, il fautaussi prendre en considération les différences dans le capital humain (les hommes plus âgés sont encore plus scolarisés etontplus d\u2019ancienneté que les femmes, un facteur qui exerce encore une certaine influence, mais qui ira en s\u2019amoindrissant dans les années à venir avec le remplacement des générations), les différences dans les modes de vie et les préférences pour le temps de loisir.Les femmes employées à temps plein travaillent en moyenne moins d\u2019heures que les hommes également employés à temps plein, notamment parce que celles-ci consa-crentplus de temps aux tâches domestiques et les hommes, plus de temps au travail salarié.Le nombre moyen d\u2019heures travaillées par les personnes employées à temps plein est rarement pris en compte dans les débats sur les 76 écarts de revenus entre les sexes.Tous ces facteurs combinent leurs effets pour créer un écart de revenus entre hommes et femmes.Rappelons enfin que les différences de revenus entre hommes et femmes célibataires sont beaucoup moins marquées, ce qui confirme que le mode de vie exerce aussi un important effet sur les revenus, en plus des caractéristiques associées au monde du travail.Revenus de marché en hausse Un troisième indicateur caractérise cette fois le niveau de vie des unités dans lesquelles vivent les personnes : le revenu familial.Un changement majeur s\u2019est produit à la fin des années 90 : le revenu familial brut provenant du marché a recommencé à croître après 20 ans de stagnation et a dépassé en 2000 le niveau observé 20 ans plus tôt (colonne 1 du tableau 5.3).Ce sommet mérite d\u2019être souligné, car il met fin à une longue période de stagnation des revenus réels bruts tirés d\u2019activités sur le marché (travail salarié, travail autonome, placements).L\u2019augmentation moyenne observée depuis s\u2019est poursuivie, quoique faiblement, Québec 2008-2009*.indd 76 17/11/08 09:24:05 Population et démographie TABLEAU 5.3\tRevenu moyen total et disponible des familles de deux personnes et plus en dollars constants (2006), transferts, impôts et rapport entre revenu disponible et revenu total, Québec, 1975-2006\t\t\t\t\t \t\t\t\t\t\t \t\t\t\t\t\t 1975\t-\t-\t56 546\t7 970\t48 576\t85,9 1980\t60 600\t7 700\t68 300\t10 900\t57 400\t84,0 1985\t57 600\t8 900\t66 500\t10 700\t55 800\t83,9 1990\t58 300\t9100\t67 400\t12 700\t54 700\t81,2 1995\t56 800\t10100\t66 900\t12 500\t54400\t81,3 2000\t63 200\t9 600\t72 800\t14 700\t58100\t79,8 2005\t64100\t10400\t74 500\t13 000\t61 500\t82,6 2006\t64 800\t10 800\t75 600\t13 000\t62 600\t82,8 Écart (%) 1980-2006\t6,9\t40,3\t10,7\t19,3\t9,1\t Source: Statistique Canada,cat.13-210;pour les données de 1973 à 1975 Cansim, 1980-2006, calculs de l'auteur.pendant six ans.Tout porte à croire que cette tendance va se maintenir dans les années à venir.Pour comprendre cette évolution, revenons un peu en arrière.Des années 50 au milieu des années 70, le revenu familial brut total (le revenu de marché) a augmenté de manière continue, d\u2019abord dans la foulée de la révolution salariale et fordiste, puis à cause de l\u2019avènement du double revenu dans les couples.Cette tendance à la hausse s\u2019est arrêtée dans les années qui ont suivi le premier grand choc pétrolier (1973) et, à partir du tout début des années 80, le revenu familial tiré du marché, presque stagnant, a évolué en dents de scie au gré des cycles économiques, et ce, jusqu\u2019à la fin des années 90.Pendant ces années, les entreprises tantpubliques que privées ontrationalisé leurs opérations et coupé dans leur personnel.Cette période semble maintenant terminée, et les salariés en emploi et les personnes autono- mes peuventmaintenant bénéficier de meilleures augmentations de revenus (comme on l\u2019a vu plus haut), accroissant du même coup le revenu des ménages.Par ailleurs, le revenu des femmes, en hausse, est une composante de plus en plus importante du revenu total des ménages.Cette hypothèse sera confirmée plus loin lorsque nous caractériserons l\u2019évolution des revenus par types de ménages.Les paiements de transfert varient selon les cycles économiques L\u2019économie québécoise a connu deux cycles économiques complets depuis le début des années 80.Les paiements de transferts moyens ont évolué de manière fort différente au cours de ces deux cycles.Ils ontété en forte croissance durantle cycle économique des années 80, alors qu\u2019ils ont été stagnants durant le second cycle économique qui a pris place dans les années 90, régressant même quelque peu lors de l\u2019entrée 77 Québec 2008-2009*.indd 77 17/11/08 09:24:05 L'état du Québec 2009 dans le nouveau siècle.Les paiements de transfert ont donc permis de compenser en partie la stagnation et même la diminution des revenus de marché au cours du premier cycle économique, mais non dans le second.Nous reviendrons plus loin dans le chapitre sur les différences entre les deux cycles.Le revenu familial total à un nouveau sommet Il importe d\u2019ajouter au revenu du marché les paiements de transferts et de retrancher les impôts directs payés pour donner une meilleure idée du niveau de vie réel des ménages.Nous considérerons d\u2019abord les revenus totaux bruts, puis les revenus disponibles et enfin les revenus par unité afin de tenir compte de la composition des familles.Le revenu familial brut moyen total exprimé en dollars constants était de 75 600 $ en 2006 (dernière année disponible), un sommet encore jamais atteint jusque-là (tableau 5.3).Il est en hausse depuis les années 2000, après des années de stagnation, et il a poursuivi sa lancée vers le haut dans un contexte économique favorable à des augmentations réelles.Nous verrons plus loin l\u2019ampleur de ces hausses en neutralisant l\u2019effet des changements dans la composition des ménages.Depuis 1980, l\u2019État a prélevé une part de plus en plus grande des revenus des ménages, mais cette croissance s\u2019est fortement ralentie à la fin des années 90 (colonne 4 du tableau 5.3).Les impôts moyens payés par les contribuables avaient alors augmenté plus rapidement que leurs revenus propres tirés du travail ou de leurs investissements (+34,9% entre 1980 et 2000).Les sommes moyennes payées en impôts directs varientaussi selon la conjoncture économique puisqu\u2019elles augmentent lorsque les revenus gagnés sont en hausse.C\u2019estcequi s\u2019estproduitdepuis 1996.Puisque le revenu moyen des familles est en augmentation, il en va de même pour les impôts directs payés par les contribuables, qui ont atteint un 78 sommet historique en 2000 avec 14 700 $ en moyenne (dollars constants de 2006) par ménage comptant au moins deux personnes.Les États fédéral et provincial ont depuis lors modifié leurs politiques fiscales afin de réduire quelque peu les taux d\u2019imposition des contribuables.Cet allégement de la charge fiscale, qui s\u2019étend sur plusieurs années, a produit ses effets puisque les impôts directs payés par les ménages ont été en moyenne autour de 13 000 $ dans les années 2000.Le revenu disponible estun meilleur indicateur du niveau de vie réel des ménages, car il caractérise les ressources monétaires qu\u2019ils peuvent dépenser sur le marchépour satisfaire leurs besoins, étant entendu cependant qu\u2019une partie de ces derniers le sont cependant à partir de ressources collectives (soins de santé, éducation et garde des enfants, protection publique, entretien des routes, etc.).Après une longue période de stagnation, le revenu disponible des familles a lui aussi progressé de manière continue - mais sur une plus longue période cependant, soit depuis le milieu des années 90 - et il a atteint un sommet historique de 62 600 $ en 2006.Le revenu disponible moyen représente maintenant82,8 % du revenu total brut, une proportion en croissance depuis les années 2000, ce qui est une autre manière de traduire l\u2019effet des baisses d\u2019impôts directs sur les revenus (graphique 5.1).Mais attention: l\u2019évolution des revenus moyens que l\u2019on vient de caractériser peut cependant être affectée par des changements qui surviennentdans la composition des ménages , et non pas seulement par les tendances à l\u2019œuvre sur le marché ou par les politiques de l\u2019État Ainsi, si le nombre de familles monoparentales augmente, il se créera davantage de familles ayant des revenus forcément plus faibles - une famille père-mère étant remplacée par deux familles monoparentales après un divorce, ou encore par une combinaison de ménages recomposés de diverses façons.En Québec 2008-2009*.indd 78 17/11/08 09:24:05 Population et démographie GRAPHIQUE 5.1 Taux de chômage en % selon le groupe d'âge, Québec, 1975-2008 80 M$ Revenu brut Revenu disponible d\u2019autres termes, l\u2019étude de l\u2019évolution des revenus exige de distinguer trois ensembles de facteurs qui ne le sont pas toujours dans les débats publics sur ces questions, soit les tendances du marché, les tendances qui marquent la redistribution faite par l\u2019État (transferts et impôts), mais aussi l\u2019évolution des caractéristiques des ménages et des familles.Afin de tenir compte de ce troisième facteur, nous examinerons les évolutions des revenus disponibles par types de ménages.Hausses différenciées des revenus dans les types de familles Les données qui précèdent portent sur des moyennes d\u2019ensemble observées sur une longue période.Or, les types déménagés ontaussi changé en parallèle aux facteurs qui affectent les niveaux de revenus.Le faitde neutraliser ce changementfaitressortir de manière différente les évolutions de revenus.Nous avons distingué cinq types de ménages, soit deux types de couples sans enfant présent au foyer et avec revenus ainsi que trois types de familles avec enfants présents au foyer et revenus.Les différences entre les cinq types dans les augmentations de revenus moyens nets (après impôt) sontimportantes entre 1980 et 2006, allant de 4,6% à 46,8%, ce qui est considérable.Voici les hausses observées par types de ménages : \u2022\tcouples (sans enfant), un revenu : 17,6 % \u2022\tcouples (sans enfant), deuxrevenus:4,6% \u2022\tfamilles, un revenu : 9,2 % \u2022\tfamilles, deux revenus : 18,3 % \u2022\tfamilles monoparentales : 46,8 % Ces hausses doivent être comparées à celle que l\u2019on observe en moyenne dans l\u2019ensemble des ménages comptant au moins deux personnes, qui est de 9,1% au cours de la même période (soit entre 1980 et 2006, voir la colonne 5 du tableau 5.3).La composition des ménages estdonc bien un facteur importantà prendre en considération dans l\u2019étude de la progression des revenus moyens depuis deux décennies.79 Québec 2008-2009*.indd 79 17/11/08 09:24:05 L'état du Québec 2009 Fait non surprenant, les couples qui comptent deux pourvoyeurs (avec ou sans enfant) ont des revenus plus élevés que les autres, d\u2019une part, et ils sont parvenus à augmenter leurs ressources sur une longue période.Les familles avec enfant qui dépendent d\u2019un seul revenu - qui sont aussi généralement des familles plus jeunes dans lesquelles l\u2019un des conjoints reste au foyer lorsqu\u2019il y a des enfants - avaient vu leurs revenus réels disponibles se détériorer dans les années 80 et 90, mais leur situation financière s\u2019est beaucoup améliorée dans les années 2000.L\u2019analyse montre que les couples à un seul revenu se distinguent des familles à un seul revenu ces dernières années.Les couples à un seul revenu mais sans enfant présent ont connu des gains considérables en 2000, ce qui leur a permis de combler un net retard par rapport aux autres types de ménage19.Comment expliquer ces différences entre couples sans enfant et familles avec enfant ne comptant que sur un seul revenu ?Les couples à un seul revenu sont sans doute plus âgés, l\u2019un des membres ayant pris sa retraite, alors que les couples ayant un enfant seraient plus jeunes, l\u2019un des conjoints demeurant au foyer avec les enfants.Cette hypothèse reste cependant à vérifier.De leur côté, les familles monoparentales ont connu une certaine stabilité de leurs revenus moyens entre 1980 et 2000 - revenus moyens constants évoluant en dents de scie entre 32 000 $ et 35 000 $ sur 20 ans -, mais les choses ont changé ces dernières années.Les familles monoparentales ont en effet effectué des gains importants etréussi à améliorer leur situation économique depuis le tournant de l\u2019an 2000.Plusieurs facteurs expliquent ce changement, le plus important étant la plus grande autonomie des jeunes femmes qui sont chefs de famille monoparentale, mieux en mesure d\u2019occuper un emploi salarié.Celles-ci sont plus nombreuses à retirer des revenus de travail, en moyenne en nette hausse ces dernières années.Il y a une amélioration notable de la situation des familles monoparentales.Il faut par ailleurs noter qu\u2019une nette différence apparaît maintenant entre les revenus moyens des familles monoparentales ayant à leur tête des mères actives ou des mères inactives sur le marché du travail.Le type de ménage est donc devenu un facteur qui contribue nettement à la différenciation des ressources économiques.Le double revenu étant devenu la norme, les ménages qui ne comptent que sur un seul pourvoyeur sont distancés par les autres.À un extrême se trouvent les familles à deux revenus avec enfants présents et à l\u2019autre, les familles monoparentales qui par définition nepeuventcompter que sur un seul revenu.80 Québec 2008-2009*.indd 80 17/11/08 09:24:06 Population et démographie 6.L'INÉGALITÉ S'ACCENTUE L\u2019inégalité socioéconomique s\u2019accentue, parallèlement à la croissance des revenus réels des ménages notée plus haut Un important renversement de tendances est en train de se mettre en place, et on observe, avec maintenant suffisamment de recul, un contraste entre les années 80 et les années 90 qui nous renseigne sur les évolutions prévisibles à court terme.Globalement, l\u2019inégalité des revenus de marché s\u2019accentue, et les modifications apportées au régime de fiscalité commencent à être visibles, allant elles aussi dans le sens d\u2019une augmentation des inégalités.Des facteurs structuraux comme la diversité accrue des types de ménage et la montée du mode de vie en solitaire s\u2019ajoutent aux facteurs conjecturaux (cycles économiques) et politiques (baisses d\u2019impôts) pour expliquer cette croissance des inégalités.Enfin, d\u2019importants effets de génération donnent aux inégalités de nouvelles connotations.Après des décennies de croissance pour tous et de redistribution efficace dans les années de la révolution salariale fordiste et de l\u2019implantation de l\u2019État providence- les Trente Glorieuses, de 1945 à 1975 -, le monde a radicalement changé.L\u2019examen des années 80 et 90 permet d\u2019analyser sur deux cycles économiques complets l\u2019évolution des revenus et des inégalités et, partant, de faire ressortir la mutation en cours du paysage économique et de l\u2019État providence.Nous le verrons plus loin, ces deux décennies sont très contrastées.Un marché plus inégalitaire L\u2019étude des inégalités doit tenir compte des cycles économiques parce que la hausse du taux de chômage donne lieu à une réduction considérable des gains.Ainsi, les jeunes sont mis à pied avant les autres au début d\u2019une période de récession, de même que le chômage touche davantage les personnes moins qualifiées, ce qui donne l\u2019impression (fausse) que les salaires moyens augmentent alors qu\u2019en fait c\u2019est la composition de la main-d\u2019œuvre qui estmodi-fiée dans un contexte conjoncturel.En début de récession, les gains baissent davantage au bas de l\u2019échelle des revenus, mais la tendance s\u2019inverse durant les périodes d\u2019expansion, ce qui affecte les mesures de l\u2019inégalité.La comparaison des mesures d\u2019inégalité au même moment d\u2019un cycle (par exemple au sommet ou encore au creux) s\u2019avère donc nécessaire afin de dégager des effets de structure indépendants de la conjoncture.C\u2019est cette approche qui nous permettra de faire ressortir des différences entre les années 80 et les années 90.Nous proposons d\u2019examiner ce qui s\u2019est passé au Québec sur deux cycles économiques complets, soit de 1981 à 1989, puis de 1989 à 2000.Rappelons que les années 82-83 ont été des années de crise économique - la récession de 1982 a été particulièrement sévère -, suivies d\u2019une importante reprise jusqu\u2019en 1989.Les années 92-93 ontaussi été des années de récession, suivies d\u2019une reprise jusqu\u2019en 2000, mais cette décennie 90 a été qualifiée de « reprise sans création d\u2019emploi ».Nous utiliserons une mesure classique pour caractériser les inégalités : le coefficient de GINI (voir l\u2019encadré pour une définition).Plus ce coefficient estélevé, plus l\u2019inégalité estmar-quée (tableau 6.1).Les revenus de marché étaient plus inégalement répartis au moment de la récession des années 82-83, et la reprise ultérieure a été marquée par une diminution de l\u2019inégalité.Il en va tout autrement dans les années 90 : la reprise économique après l\u2019année 1993 n\u2019a pas entraîné une diminution de l\u2019inégalité caractérisant les revenus de marché, plutôt en nette hausse dans les années de reprise, le coefficient atteignant un sommet de o,46l en 1998 et se maintenant au dessus de 0,440 pendant 15 ans soit jusqu\u2019en 2006 (dernière année disponible).C\u2019est là une transformation structurelle majeure.Il y a bien une tendance à la hausse 81 Québec 2008-2009*.indd 81 17/11/08 09:24:06 L'état du Québec 2009 TABLEAU 6.1 Mesure de l'inégalité entre les ménages (coefficients de GINI) ayant deux personnes ou plus et entre les personnes seules selon des concepts de revenus différents, Québec, Ontario et Canada, 1980-2006 \t\t\t\t\t \t\t\t\t\t \t\t\t\t\t \t\t\t2 personnes et plus\t\t 1980\t0,386\t0,319\t0,281\t0,281\t0,291 1985\t0,402\t0,318\t0,283\t0,292\t0,297 1989\t0,395\t0,317\t0,275\t0,292\t0,290 1990\t0,421\t0,329\t0,284\t0,290\t0,296 1995\t0,446\t0,340\t0,288\t0,305\t0,304 2000\t0,448\t0,358\t0,308\t0,334\t0,327 2005\t0,441\t0,349\t0,302\t0,331\t0,325 2006\t0,440\t0,347\t0,300\t0,328\t0,323 \t\tPersonnes hors familles\t\t\t 1980\t0,576\t0,421\t0,373\t0,358\t0,369 1985\t0,599\t0,400\t0,347\t0,358\t0,360 1989\t0,571\t0,379\t0,325\t0,323\t0,330 1990\t0,609\t0,398\t0,335\t0,342\t0,347 1995\t0,621\t0,406\t0,340\t0,354\t0,353 2000\t0,584\t0,405\t0,345\t0,389\t0,375 2005\t0,566\t0,408\t0,357\t0,399\t0,388 2006\t0,562\t0,407\t0,357\t0,397\t0,393 Source: Statistique Canada, Tendances du revenu au Canada, www.statcan.ca.de l\u2019inégalité des revenus de marché sur le long terme, indépendante des effets de conjoncture.« La contribution du revenu de marché à l\u2019inégalité suit une tendance contracyclique au cours du cycle des années 80 : cette contribution augmente en phase de récession (1979-1983) et diminue en phase d\u2019expansion (1983-1989); or, ce n\u2019estpas le cas du cycle actuel, car cette contribution continue d\u2019augmenter en phase d\u2019expansion (en cours depuis 1993)20.» Cette hausse de l\u2019inégalité due à la composante revenu de marché ne sera cependant pas 82 contrée par les deux autres composantes du revenu disponible des ménages que sontl\u2019im-pôt et les paiements de transferts.L'impôt et les paiements de transfert réduisent les inégalités Les paiements de transferts etles impôts réduisent les inégalités de manière marquée dans les deux décennies examinées, preuve que les mécanismes de redistribution typiques de l\u2019État providence fonctionnent Mais leur rôle et leur efficacité se présentent bien différemment Québec 2008-2009*.indd 82 17/11/08 09:24:06 Population et démographie d\u2019une décennie à l'autre.Durantles années 80, l\u2019Étatprovidence a été en mesure de réduire les inégalités observées dans les revenus de marché, notammentau cours du cycle d\u2019expansion qui a suivi la récession dans le premier cycle économique.Les choses ont changé dans les années 90.L\u2019intervention étatique réduit les inégalités de marché en redistribuant les revenus chaque année, certes, mais elle n\u2019est plus en mesure de faire baisser les inégalités au cours du cycle, qui sont restées à un niveau plus élevé qu\u2019au cours du cycle économique précédent, et ce, jusqu\u2019en 2006.Les coefficients de GINI pour les revenus après impôts étaient de 0,275 en 1989 et de 0,308 en 2000, à deux moments comparables du cycle économique.L\u2019inégalité est donc structurellement en hausse, après que l\u2019Étatprovidence a joué son rôle de redistributeur de la richesse.Il s\u2019agitlà d\u2019un changementimportantdans l\u2019histoire des 50 dernières années.Jusqu\u2019au début des années 90, l\u2019intervention de l\u2019État avait amené une diminution des inégalités d\u2019une période cyclique à une autre.Il ne joue manifestementplus ce second rôle.L\u2019action redistributive de l\u2019État, tout en étant efficace chaque année, ne parvient pas à neutraliser l\u2019augmentation tendancielle des inégalités qui caractérise les revenus de marché.Il est donc permis de faire l\u2019hypothèse d\u2019une mutation en cours du rôle des impôts et des paiements de transfert qui assurent une certaine redistribution des revenus sur le plan transversal (uneannéedonnée), maisnonplus une réduction des inégalités dans le temps.Le changement structurel dans la distribution des revenus apparaît nettement dans l\u2019examen des coefficients de GINI qui mesurent les inégalités durant les deux derniers cycles économiques.Mais on peut aussi le constater en examinant les parts du revenu moyen total disponible par quintiles de la population (tranches de 20% de la population).Le quintile supérieur de la population des ménages a nettement augmenté sa part des GRAPHIQUE 6.1 Revenu moyen total des familles économiques de deux personnes et plus en dollars constants (2006), Québec, 1980-2006 170 M$ 150 M$ Quintile 5 130 M$ 110 M$ 90 M$ Quintile 4 70 M$ 50 M$ 30 M$ Quintile 3_ Quintile 2 Quintile 1 10 M$ Source: Statistique Canada, cat.13-210 (pour les années 1973 et 1975) et Tendances du revenu au Canada (pour la période de 1980-2006).Calculs de l'auteur.83 Québec 2008-2009*.indd 83 17/11/08 09:24:06 L'état du Québec 2009 revenus disponibles dans les 10 dernières années, soit durant le deuxième cycle économique sous examen (graphique 6.1).Des changements importants observés dans les politiques publiques (abolition des allocations familiales, faible indexation de l\u2019aide de dernier recours, modifications radicales au programme de l\u2019assurance emploi, etc.) et, surtout, les baisses d\u2019impôts qui ont été adoptées expliquent ce changement survenu dans les années 9021.L'inégalité est plus prononcée chez les jeunes ménages et les personnes seules Une étude de l\u2019Institut de la statistique du Québec a montré que l\u2019inégalité de revenu disponible était plus faible chez les couples, avec ou sans enfant, que chez les personnes seules et les familles monoparentales.Ainsi, l\u2019inégalité de revenu atteint-elle des niveaux plus élevés chez les personnes qui vivent seules, même si leur situation s\u2019est améliorée dans le temps.Rappelons qu\u2019on retrouve dans cette sous-population plus 250 ooo personnes dépendantes de l\u2019aide sociale (une personne seule sur quatre), des étudiants et des personnes âgées, soit un groupement très contrasté d\u2019individus.L\u2019inégalité touche par ailleurs davantage les jeunes ménages et est moins marquée après 65 ans.L\u2019étude de l\u2019ISQ montre que « l\u2019inégalité est fortement conjoncturelle dans le cas des jeunes familles : elle augmente en phase de récession etdiminue en phase d\u2019expansion22 ».Cette donnée n\u2019est pas sans rappeler que le chômage touche aussi davantage les jeunes que les autres groupes d\u2019âge.Le Québec plus égalitaire Les inégalités sont cependant moins fortes au Québec, société qui s\u2019est moins engagée dans la réduction des impôts des ménages à haut revenu que les autres provinces populeuses du Canada (l\u2019Alberta et l\u2019Ontario en particulier).La comparaison avec l\u2019Ontario est éclairante.Les coefficients de GINI caractérisantles revenus disponibles (après impôts) sont systématiquement plus élevés à chaque année dans cette province comparée au Québec (colonne 4 du tableau 6.1).Les ménages riches paient plus de la moitié des impôts directs L\u2019impôt sur le revenu a un caractère progressif.Au total, les ménages faisantpartie du quintile supérieur des revenus paient en moyenne 36 700 $ en impôts directs, ce qui représente 24,6 % de leurs revenus totaux (tableau 6.2).À eux seuls, ils paient 56,3 % de tous les impôts TABLEAU 6.2 Transferts reçus et impôts payés en moyenne par les familles de deux personnes ou plus selon le quintile de revenus, Québec, 2006 \t\t\t\t\t\t \t\t\t\t\t\t Q1 (inf)\t13 200\t53,1\t27,7\t700\t2,9\t1,1 Q2\t11 500\t26,8\t24,1\t4100\t9,5\t6,2 Q3\t9 700\t16,1\t20,3\t8 700\t14,5\t13,4 04\t8 300\t10,0\t17,5\t14 900\t17,8\t22,9 Q5 (sup)\t5 000\t3,3\t10,4\t36 700\t24,6\t56,3 Total\t9 500\t13,2\t100\t13 000\t18,1\t100 Source: Statistique Canada, Le revenu au Canada, Ottawa, cat.75-202,tableau 202-0301,202-0501.84 Québec 2008-2009*.indd 84 17/11/08 09:24:06 Population et démographie directs.Les ménages au bas de l\u2019échelle des revenus (deuxpremiers quintiles) paientmoins d\u2019impôts que les autres (en proportion de leurs revenus) et donc uneportion faibledes impôts totaux perçus par l\u2019État.Les paiements de transferts comptentpour une large part des ressources des familles situées au bas de l\u2019échelle des revenus; ainsi, ils représentent la moitié de tous les revenus dans le groupement des ménages les moins fortunés (le quintile inférieur).Ceux-ci sont donc davantage dépendants de l\u2019aide étatique, ce qui était beaucoup moins le cas il y a 20 ans.Cependantla composition du quintile inférieur a changé dans le temps, ce qui peutaussi affecter l\u2019évolution de cette moyenne.La culture philanthropique est moins développée au Québec Les Québécois donnent moins d\u2019argent en dons de bienfaisance que les citoyens des autres provinces du Canada.Ils ont versé 738,8 millions de dollars en dons à des organismes agréés en 2005 (tableau 6.3), soit un don médian de 117 $ par contribuable, contre un don médian de 180 $ au Canada (le don médian n\u2019est pas affecté par les montants plus élevés que donnent les riches mécènes qui font hausser la moyenne).Le don médian en Ontario est de 220 $ et il dépasse les 250 $ dans les quatre provinces de l\u2019Atlantique.Il faut par ailleurs noter que la culture philanthropique est plus récente au Québec et qu\u2019elle n\u2019est pas encore aussi profondément ancrée qu\u2019elle peutl\u2019être en milieu anglo-saxon.On le voitpar exemple dans l\u2019aide recueillie par les fondations des universités, beaucoup plus TABLEAU 6.3 Dons de charité des particuliers à des organismes agréés, Québec, 1995 à 2005 \t\t 1995\t431,0\t73,4 1997\t471,2\t79,6 1998\t510,4\t85,5 1999\t504,7\t83,9 2000\t556,8\t91,9 2001\t583,9\t95,7 2002\t610,5\t99,1 2003\t673,6\t108,6 2004\t680,3\t108,4 2005\t738,8\t116,5 Source: Centre canadien de la philanthropie, extrait d'un tableau paru dans Les Affaires, 3 mars 2001 et Cansim,tableau 111-0001.importante dans les universités anglophones qui peuvent compter sur des dons plus généreux de leurs diplômés.La création de fondations estd\u2019ailleurs de tradition récente dans les universités, les hôpitauxetcollèges du Québec.Plusieurs facteurs expliquentce constat, notamment le fait que les Québécois auraient adopté une culture colbertiste héritée de longue date.Moins généreux, ils acceptent par ailleurs que l\u2019État joue un rôle accru dans la société et sont moins réticents que les citoyens du Canada anglais devantdes taux d\u2019imposition plus élevé pourvu que l\u2019État dispense des services publics de qualité.L\u2019hypothèse d\u2019une culture philanthropique fortdiflërente au Québec n\u2019estcepen-dant pas à exclure.85 Québec 2008-2009*.indd 85 17/11/08 09:24:06 L'état du Québec 2009 7.PAUVRETÉ EN BAISSE ET EXCLUSION La mesure de la pauvreté a été ces dernières années un objet de débats sur la place publique.Il était devenu évident au fil des ans que le seuil de faible revenu (SFR.) de Statistique Canada ne pouvait plus être considéré comme un seuil de pauvreté parce que son but n\u2019était précisément pas de mesurer ce phénomène, contrairement aux prétentions de certains lobbies qui continuaient de s\u2019y référer à tort comme à une telle mesure.Des recherches récentes ont aussi montré que le seuil SFRestpar ailleurs entaché de biais de mesure, même aux fins de caractériser la faiblesse du revenu.Depuis 2000, une nouvelle mesure a été mise au point par le ministère des Ressources humaines Canada qui estime mieux l\u2019étendue de la pauvreté à partir d\u2019une approche basée sur le panier de consommation (le MPC).Cette mesure a été adoptée en 2008 par le Centre d\u2019étude sur la pauvreté et l\u2019exclusion (CÈPE) créé par le ministère de la Solidarité sociale comme mesure de référence afin de faire le suivi dans le temps du phénomène de la pauvreté.Selon la mesure de Ressources humaines du Canada (MPC), une famille etles individus qui la composent seront considérés comme étant en situation de faiblesse du revenu correspondant à un état de pauvreté si le revenu familial ne leur permet pas d\u2019acheter un panier de biens et services défini comme un minimum pour assurer leur bien-être dans la collectivité qui est la leur23.Cette mesure nouvelle ne représente pas un seuil officiel aux fins d\u2019admissibilité aux programmes d\u2019aide publique.Deux éléments sont pris en compte: le pouvoir d\u2019achat de la famille tel que mesuré par le revenu disponible et le coût de la vie dans la province, car il coûte plus cher de vivre à Toronto ou à Montréal que dans une petite ville.La mesure prend donc en considération deux critiques importantes qui ont été faites des indicateurs jusque-là disponibles.86 L\u2019indice MPC propose une façon originale de caractériser le revenu disponible des familles comme référence en enlevant non seulement les impôts et autres contributions, mais aussi en enlevantd\u2019autres items comme les pensions alimentaires, les cotisations syndicales ou les régimes de retraites, considérés comme des prélèvements obligatoires.Le revenu disponible des ménages devient alors celui qu\u2019on peut librement dépenser une fois les obligations payées.L\u2019indice corrige de manière originale une erreur souvent faite de prendre le revenu brut comme indicateur de la situation des ménages.Comment définir le contenu du panier de base nécessaire à la vie quotidienne ?C \u2019était là la question la plus difficile à résoudre dans ce type d\u2019approche, qui a réussi à éviter le piège de ne considérer que les dépenses qui assurent la simple survie physique comme c\u2019était le cas de la mesure élaborée par Christofer Sarlo pour le Fraser Institute il y a quelques années.L\u2019approche MPC prend en considération cinq types de dépenses : nourriture, vêtements et chaussures, logement, transports et, enfin, un poste général de dépenses diverses (meubles, téléphone, loisirs, etc.).L\u2019organisme fédéral a ensuite estimé quel était le coût de ces dépenses de base à partir des enquêtes menées auprès des familles.Par exemple, on considère le coût d\u2019achat et d\u2019entretien d\u2019une Chevrolet Cavalier quatre portes de cinq ans dans le panier.On inclut aussi des sorties au cinéma, la location de cassettes vidéo, etc.Bref, on ne peut pas prétendre que la nouvelle mesure fixe les besoins minimums à un niveau trop bas, bien qu\u2019on puisse toujours la critiquer.Elle fixe plutôt un minimum raisonnable, basé sur des études de diététique et de sociologie économique ainsi que sur la consultation élargie de divers groupes impliqués dans la lutte contre la pauvreté.Il est prévu d\u2019en revoir le contenu dans quelques années pour tenir compte du changement dans Québec 2008-2009*.indd 86 17/11/08 09:24:06 Population et démographie la richesse collective et, partant, pour ajuster à la hausse la définition du bien-être minimum s\u2019il y a lieu.Le taux de pauvreté en régression Les trois mesures disponibles indiquent que les taux de faible revenu et de pauvreté sont en baisse au Québec après l\u2019entrée dans le nouveau siècle (entre 2000 et 2004, dernières données disponibles).On peut es timer que le taux de pauvreté (caractérisé par diverses mesures de faible revenu) tourne autour de 10-11 % au milieu de la présente décennie pour l\u2019ensemble des individus (tableau 7.1).Il estplus bas pour les couples et les familles - moins de 10 % -, mais plus élevé pour les personnes vivant hors famille, soitplus du quart de l\u2019ensemble.Par ailleurs, le Québec est loin de détenir le record du taux de pauvreté au Canada, contrairement à une idée répandue, car il se situe plutôt un peu en bas de la moyenne canadienne.C\u2019estlà une bonne nouvelle : laportée des nombreuses mesures prises afin de contrer la pauvreté indique que l\u2019État providence peut se montrer efficace sur ce plan, malgré les critiques qui lui sont régulièrement adressées.Les groupements anti-pauvreté ont maintes fois exprimé la crainte que l\u2019État ne manipule les mesures pour faire artificiellement baisser les taux de pauvreté.L\u2019indice MPC ne mérite pas cette critique, car il corrige des indicateurs biaisés ou imparfaits, ce qui estdifférent Loin de manipuler à la baisse la pauvreté, la mesure montre au contraire que celle-ci augmente dans toutle Canadapar rapporta la mesure existante de faiblesse du revenu de Statistique Canada (le SFR.après impôt) à laquelle tous se référaient jusqu\u2019à récemment.Ainsi, le MPC est-il plus élevé que le SFR.en Ontario, mais non au Québec, ce qui illustre bien que les mesures antérieures donnaient une image alarmiste de la situation dans la Belle Province tout en souses timantla pauvreté ailleurs au Canada, à cause notamment des différences dans le coût de la vie et des interventions contre la pauvreté, différentes d\u2019une province à l\u2019autre.Les pauvres, une population mouvante La population des pauvres est mouvante.Selon une étude publiée par Statistique Canada en 1997, effectuée à partir de données d\u2019enquête par panel menées en 1993 et 1994, un peu moins de la moitié des ménages pauvres ne l\u2019étaientplus après deux ans, ayant été remplacés par un contingent à peu près équivalent de nouveaux pauvres.Pour un tiers des ménages, TABLEAU 7.1 Taux de faible revenu selon diverses mesures, individus et types de ménages, Québec, 2000-2004 Individus\tCouples et familles\tPersonnes vivant seules \t\t\t\t\t\t\t\t\t 2002\t11,0\t10,0\t12,3\t14,1\t8,3\t17,1\t22,7\t21,2\t31,3 2003\t10,1\t9,8\t12,3\t13,3\t7,5\t17,0\t22,4\t22,3\t31,5 2004\t8,6\t9,0\t11,5\t12,0\t6,3\t16,3\t22,1\t24,1\t31,2 2005\t\t9,7\t11,8\t\t6,6\t17,7\t\t27,0\t35,1 Sources: Statistique Canada et Institut de la statistique du Québec.MPC: Mesure du panier de consommation.MFR: Mesure de faible revenu après impôt, inférieure à la moitié de la médiane québécoise.SFR: Seul de faible revenu après impôt, base 1992.87 Québec 2008-2009*.indd 87 17/11/08 09:24:06 L'état du Québec 2009 l\u2019entrée dans l\u2019état de pauvreté a été causée par la perte d\u2019un membre à la suite d\u2019un divorce ou d\u2019une mortalité.La même proportion de ménages a pu quitter l\u2019état de pauvreté à la suite de l\u2019arrivée d\u2019un nouveau gagne-pain.L\u2019autre facteur déterminant est l\u2019entrée ou la sortie du marché du travail.Les changements qui marquent le mode de vie sont à peu près aussi importants que la participation au marché du travail pour expliquer l\u2019aspect dynamique de la pauvreté.Deux conclusions - l\u2019une optimiste, l\u2019autre pessimiste - peuvent être tirées de cette étude.La première tient au fait que la pauvreté est un état temporaire ou transitoire pour une proportion importante des ménages et qu\u2019il est possible d\u2019en sortir après une brève période.Mais il ressort aussi de cette étude que l\u2019incidence de la pauvreté est plus marquée que ne le donnent à penser les chiffres annuels puisque plus de ménages peuvent être pauvres à un moment ou à un autre au cours d\u2019une certaine période.Plus faible proportion de la population dépendante de l'aide sociale depuis 1970 L\u2019aide de dernier recours telle qu\u2019on la connaît a été mise en place en 1970 sous le premier gouvernement Bourassa.Pour la première fois depuis cette date, la proportion de la population québécoise dépendante de l\u2019aide sociale a atteint son niveau le plus faible depuis la création du régime universel, soit 6,8 % de la population âgée de moins de 65 ans qui est admissible à ces programmes (excluant donc les personnes âgées de 65 ans et plus).C\u2019estlàune observation très peu connue qu\u2019il importe de souligner (graphique 7.1).Le nombre de personnes dépendantes était de 448 076 en mars 2008, soit une diminution importante de 45,1% depuis le sommet de 1996.Au total, 76,2% des bénéficiaires de l\u2019aide de dernier recours étaient des adultes (37l895)et23,8%, des enfants (116181) au 31 mars 2008.Un peu 88 GRAPHIQUE 7.1 Personnes et ménages bénéficiaires de l'aide sociale (au 31 mars), population de 0-64 ans, Québec, 1970-2008 900 M 800 M 700 M Personnes 600 M 500 M 400 M 300 M Ménages 200 M 100 M ogssssassg o\\ o\\ ' -, 3Ê 1 &***&,/ : ucm* ^ 11 bénévolat comme une obligation morale, mais comme un geste humain et social.A contrario, les jeunes ne se donnent pas : ils s\u2019engagent et agissent sans nécessairement se conformer.Le vocabulaire qu\u2019ils utilisent témoigne d\u2019ailleurs des nouvelles formes que prend le bénévolat: engagement, implication, action politique, aide internationale ou responsabilité' sont des mots qu\u2019ils utilisent fréquemment.Dès lors, trois dimensions émergent de leur action bénévole.Leur engagement est l) un acte volontaire qui ne fait l\u2019objet d\u2019aucune rémunération ; 2) un acte d\u2019échange avec les autres individus et collectivités et 3) un acte socialement et politiquement connoté, pratiqué et valorisé.Ce don de temps, de compétences et d\u2019énergies est vu par les jeunes comme un investissementindividuel et social qui se matérialise davantage au sein de la société civile qu\u2019au sein d\u2019institutions.Qu\u2019il œuvre de façon individuelle, collective (au sein d\u2019un groupe, d\u2019une communauté géographique ou d\u2019intérêt, dans un mouvement social ou politique) ou dans un cadre corporatif (délégation ou projet d\u2019entreprise), le jeune a à cœur le développement et l\u2019organisation de la société civile.Les jeunes et l'action bénévole au Québec Quelles sontles motivations -personnelles ou collectives - des jeunes quand ils s\u2019engagent dans une action bénévole?Dans quels types d\u2019actions s\u2019engagent-ils?Quelle est la nature de leur don et de leur contre-don?Quel sens social les jeunes attachent-ils au bénévolat?Les chercheurs du projetRABQ ont tenté de répondre à ces questions sur la base des discussions qui ont eu lieu dans les groupes témoins.Il existe trois principaux types d\u2019action bénévole4.Le premier est axé sur l\u2019offre de services et le soutien aux institutions.Il se rapproche 375 Québec 2008-2009*.indd 375 17/11/08 09:24:50 L'état du Québec 2009 du service volontaire encadré : « Je fais du bénévolat à l\u2019hôpital ou avec la Croix-Rouge.» Ce type de bénévolat puise sa motivation dans l\u2019aide à autrui et complète l\u2019action de l\u2019État.Le deuxième répond au besoin des institutions et des groupes de citoyens de la société civile qui, en dehors de l\u2019État, se rendent des services et s\u2019entraident par des actions généralement humanitaires.On s\u2019engage, par exemple, dans des clubs et des associations qui rendent service à leurs membres, comme une association étudiante.Enfin, le troisième type d\u2019action bénévole est axé sur le développement autonome et sur l\u2019initiative citoyenne dans des domaines où la cause s\u2019intéresse davantage à la collectivité qu\u2019à la relation d\u2019aide aux personnes.Dans ce cas, le bénévole est autant un acteur qu\u2019un «donneur».Ici, par exemple, les jeunes s\u2019impliquent dans une ligue sportive comme arbitres ou entraîneurs ou dans le comité organisateur d\u2019un festival.Le bénévolatdes jeunes est bien pluriel, puisqu\u2019ils agissent dans la plupart des champs d\u2019intervention.Cependant, au regard des discussions dans les groupes témoins, il apparaît que la société civile constitue le terrain d\u2019action privilégié des jeunes.Cela confirme les études en psychologie et en psychologie sociale selon lesquelles les jeunes sont moins intégrés dans les institutions publiques et choisissent de faire leurs premiers pas dans un monde qu\u2019ils contrôlentou qu\u2019ils considèrentmoins contraignant.C\u2019estlà une piste majeure pour l\u2019élaboration des politiques et des attitudes à l\u2019égard des jeunes.Cette piste nous amène à la seconde étude, qui s\u2019estintéresséeauxconditions optimales de mobilisation, d\u2019accueil et de soutien à l\u2019engagement bénévole des jeunes de 15 à 19 ans dans le secteur des loisirs en Montérégie.Vers un but commun des jeunes et des organisations?Le tableau apporte un éclairage sur les besoins des jeunes et la place qu\u2019ils désirent occuper dans les organismes ainsi que sur la percep- TABLEAU 1 Besoins des jeunes et place qu'ils voudraient occuper dans la gouvernance des organismes \t\t Pouvoir émettre et réaliser mes idées et mes projets\t(1) 3,2\t(1) 3,5 Avoir la possibilité de faire des choix dans mes tâches\t(2) 3,1\t(4) 3,3 Avoir la liberté d'explorer de nouveaux domaines\t(3) 3,1\t(3) 3,4 Avoir une réelle flexibilité dans mes horaires\t(4) 3,1\t(7) 3,1 Collaborera l'élaboration, à l'amélioration et à la gestion des programmes qui me sont destinés\t(5) 3,0\t(2) 3,4 Gérer un budget de façon autonome\t(6) 2,8\t(8) 2,6 Être étroitement associé au fonctionnement de l'organisme\t(7) 2,7\t(6) 3,1 Obtenir un siège au conseil d'administration de l'organisme\t(8) 2,5\t(5) 3,1 Échelle: 1 =Tout à fait en désaccord ; 2 = Plutôt en désaccord; 3 = Plutôt en accord ; 4 = Tout à fait en accord Source :C.Froment-Prévosto et J.Fortier, 2005.376 Québec 2008-2009*.indd 376 17/11/08 09:24:50 Société civile tion des représentants des organisations qui accueillent les bénévoles sur ces aspects.Ce tableau permet donc de confronter les réponses des jeunes et des responsables d\u2019organismes par une comparaison des moyennes accordées de part et d\u2019autre aux différents énoncés.Nous avons inscrit entre parenthèses le rang de chacun des énoncés afin de favoriser la comparaison.Les jeunes veulent émettre leurs idées et réaliser leurs projets.Ils manifestent le désir de choisir leurs responsabilités et d\u2019explorer de nouveaux domaines à travers leur expérience de bénévolat.Ils cherchent une certaine flexibilité dans leurs tâches et leur horaire, des besoins auxquels les responsables d\u2019organismes accordent moins d\u2019importance.Ces résultats marquent une continuité avec la principale contrainte, soit le manque de temps, etles motivations des jeunes, qui, selon cette étude, désirentvivre de nouvelles expériences et avoir de l\u2019autonomie dans leur action.Comment soutenir l'engagement des jeunes ?Ces deux études montrent également que les jeunes n\u2019ontpas une perception très précise du bénévolat Selon les échanges qui ont eu lieu lors des groupes de discussion, cet univers leur semble étranger ; ils questionnentmême l\u2019usage du mot bénéuolat.Les jeunes sont impliqués, engagés et citoyens, mais, selon eux, ce qu\u2019ils font ne s\u2019appelle pas nécessairement du bénévolat, un terme qui leur paraît connoté et appartenir à une autre génération.Faudrait-il alors plutôt parler d\u2019engagement social et citoyen ?L\u2019ensemble des informations recueillies dans le cadre de l\u2019étude sur les jeunes de la Montéré-gie a permis de dégager quelques pistes susceptibles d\u2019éclairer les politiques etles mesures qui visent à soutenir l\u2019engagement des jeunes : \u2022 considérer les jeunes davantage comme des partenaires que comme une «main- d\u2019œuvre»; \u2022\ttravailler en partenariat et en réseau plus qu\u2019en hiérarchie ; \u2022\tœuvrer dans un esprit d\u2019interdépendance pour partager les ressources, l\u2019information et les compétences ; \u2022\tfaire participer les jeunes en amont des décisions et mettre en valeur leur participation dans la mission ou la vision des organisations ; \u2022\treconnaître et valoriser les jeunes, augmenter la crédibilité de leur action ; \u2022\tmettre en place des lieux et des activités de communication entre les jeunes et les adultes pour échanger idées et expériences ; \u2022\tfavoriser l\u2019acquisition de compétences en leadership, en communication, en financement et en mobilisation ; \u2022\ttransmettre une information claire et accessible sur les actions et les organisations auxquelles les jeunes peuvent participer ; \u2022\tfaciliter des stages qui offrent la possibilité de faire des expériences et de se former au bénévolat Des citoyens actifs dans une société civile renforcée Le changement de génération (les baby-boomers prenant leur retraite) et l\u2019ampleur des changements sociaux, économiques et de gouvernance remodèlent l\u2019engagement bénévole et citoyen.Il est des causes, nées il y a plusieurs années, qui peuventparaî-tre obsolètes aux yeux des jeunes, des formes de gouvernance qui leur semblent étouffantes etune conception du bénévolat qui leur est étrangère parce qu\u2019enracinée dans des valeurs inconnues.Quand ils s\u2019engagent pleinement dans un bénévolat, les jeunes le vivent comme un échange plus que comme un don sans retour.Ils voient dans leur action une occasion de connaissance et d\u2019appropriation de leur La société civile constitue le terrain d'action privilégié des jeunes.377 Québec 2008-2009*.indd 377 17/11/08 09:24:50 L'état du Québec 2009 communauté et ils attendent en retour respect, reconnaissance et capacité (pouvoir et compétences) d\u2019agir.Ils veulent se sentir utiles, réussir et avoir du plaisir.Les gestionnaires et les bénévoles des organisations établies nepeuventplus les tenir pour acquis.Développer le bénévolat des jeunes, c\u2019est promouvoir des causes, offrir des lieux, des moyens d\u2019agir et un environnement qui répondent aux conditions proposées plus haut, dont un milieu social, un espace ouvert de rencontre, de création et d\u2019erreur.C\u2019est aussi reconnaître le caractère parfois éphémère, informel et en construction du bénévolat des jeunes.C\u2019est enfin reconnaître que les générations distinctes engendrent un bénévolat distinct Références Froment-Prévosto, Cathy et Julie Fortier, Ne marcher ni devant, ni derrière, mais aux côtes desjeunes, Rapportée recherche, Imagine Canada, 2005.Thibault, André, Julie Fortier et Patrice Alber-tus, Rendre compte et soutenir l\u2019action bénévole des jeunes, Rapport de recherche, Réseaux canadiens de recherche en politiques publiques, 2007.Thibault, André, Julie Fortier et Patrice Alber-tus, Rendre compte du mouvement bénévole au Quefec.Créateur de liens autant que de biens et de services, Rapport de recherche, Réseau de Faction bénévole du Québec, 2007.Notes 1.\tLa jeunesse correspond ici aux personnes âgées de 15 à 35 ans (étude RABQ) et aux personnes âgées de 15 à 19 ans (étude Montérégie).2.\tCommandée par le Réseau québécois de Faction bénévole (RABQ) et commanditée par le Secrétariat à Faction communautaire autonome etaux initiatives sociales (SACAIS), la première étude a pour but de situer, de comprendre et de soutenir la réalité québécoise en matière d\u2019action bénévole générale et multisectorielle.Elle procède par une revue large de la littérature et par l\u2019analyse des propos recueillis lors des groupes témoins.Voir André Thibault, Julie Fortier et Patrice Albertus, Rendre compte et soutenir l\u2019action benevole des jeunes, Rapport de recherche, Réseaux canadiens de recherche en politiques publiques, 2007.La seconde étude, subventionnée par Imagine Canada et menée par Loisir et sport Montérégie et le Laboratoire en loisir et vie communautaire, s\u2019est intéressée aux conditions optimales de mobilisation, d\u2019accueil et de soutien à l\u2019engagement bénévole des jeunes de la Montérégie dans le secteur du loisir.Deux questionnaires ont été élaborés : l\u2019un s\u2019adresse aux jeunes de 15 à 19 ans et l\u2019autre, aux organisations.Voir Cathy Froment-Prévosto et Julie Fortier, Ne marcher ni devant ni derrière, mais aux côtes desjeunes, Rapport de recherche, Imagine Canada, 2005.3.\tUne enquête a été menée auprès de 16 secteurs regroupés au sein du RABQ dont celui des jeunes.Quatre-vingt-dix personnes, réparties entre 16 groupes témoins, ont été interrogées.Chacun des groupes a abordé de façon générale la question du bénévolat des jeunes.Deux groupes en particulier, dont un réunissant les membres de la Table de concertation des Fomms jeunesse régionaux du Québec et un autre regroupant huit jeunes engagés bénévolement, ont approfondi la dimension jeunesse de Faction bénévole.Les résultats présentés dans cet article constituent le reflet des discussions « à propos des jeunes » qui ont eu lieu avec ces deux groupes.L\u2019étude était de type qualitatif et a privilégié la méthode d\u2019analyse de contenu.4.\tLes thèmes ou facteurs de regroupement des organismes se fondent sur une similarité du mandat et des tâches ou services, sur des idéologies communes ou sur leur histoire (santé, charité, communautaire).378 Québec 2008-2009*.indd 378 17/11/08 09:24:51 Entrevue L\u2019alerteur et autres empêcheurs de tourner en rond ou le rôle des consultations publiques Robert Perreault Ancien conseiller municipal, ancien ministre péquiste et ancien directeur général du Conseil régional de l\u2019environnement (CRE) de Montréal Les controverses entourant certains projets de développement ou même les débats sur les accommodements raisonnables le montrent: les consultations publiques sont de plus en plus populaires.Cela suscite néanmoins d\u2019importantes questions sur la gouvernance.Quel rôle le citoyen tient-il dans la prise de décision ?Quelles conditions peuvent accroître la qualité des consultations?Outre les processus participatifs institutionnalisés, quels sont les moyens à la disposition des «gens ordinaires»?Comment s\u2019articule ce rapport entre élus et citoyens?Robert Perreault, qui a été des deux côtés de la barrière, y réfléchit pour L\u2019état du Québec.L\u2019état du Québec - Ce qui caractérise le modèle québécois, c\u2019est la concertation, le dialogue.À votre avis, qu\u2019est-ce qui fonctionne et qu\u2019est-ce qui ne fonctionne pas dans ce modèle ?Robert Perreault - En règle générale, le modèle de concertation suppose que tous les partenaires acceptent de jouer le jeu, alors je dirais qu\u2019il fonctionne le mieux lorsqu\u2019on trouve à la tête de l\u2019État des gouvernements progressistes, plus proches de la société civile et des grandes organisations syndicales.Souvent, le milieu des affaires a ses entrées auprès des gouverne- ments et dispose de moyens de faire connaître ses opinions, ses préoccupations.Ce n\u2019estpas le cas pour les groupes sociaux, les minorités ou le monde syndical, qui ontplus de difficultés à faire valoir leur point de vue.Lorsque survient un grand débat de société - et on en a eu quelques-uns au Québec! -, le défi, c\u2019est d\u2019aboutir à un certain consensus entre tous ces intervenants.Cela suppose qu\u2019il y ait, idéalement, un minimum de complicité entre les parties ou, à toutle moins, que les partenaires ne soient pas en guerre ouverte.C\u2019est un 379 Québec 2008-2009*.indd 379 17/11/08 09:24:51 L'état du Québec 2009 modèle qui fonctionne, qui peut donner d\u2019excellents résultats, mais qui a aussi ses limites, ses contraintes.ÉDQ - L\u2019idée de consulter les citoyens est de plus en plus en vogue chez les élus, qui y voient un moyen d\u2019obtenir l\u2019appui de la population pour des projets de développement.Mais on voit souvent ces processus de consultation échouer au moment de tenir compte de leurs résultats.Pourquoi cet écart entre la théorie et la pratique?R.P.- Je pense qu\u2019il faudrait distinguer les niveaux de gouvernement dont il est question.En ce qui concerne le gouvernementfédéral, je dis, indépendamment de mes convictions personnelles, qu\u2019il est assez loin des groupes sociaux en général et de la société civile en particulier.C\u2019est davantage un gouvernement issu de la grande technocratie fédérale qu\u2019un gouvernement proche des citoyens.Dans ce cas, on a donc moins l\u2019expérience de la consultation, qui après tout est propre au modèle québécois.Pour ce qui est des administrations publiques québécoises, il faut distinguer l\u2019échelon municipal de l\u2019échelon provincial.Je dirais que dans un cas comme dans l\u2019autre, certains mécanismes de consultation assez formels sont prévus par la loi.Ils tou-chentessentiellementdes questions de zonage, donc d\u2019aménagementdu territoire.La Ville de Montréal s\u2019est dotée d\u2019un office de consultation publique (OCPM) ; elle aurait donc la possibilité d\u2019en faire plus en matière de consultation.Mais, en règle générale, l\u2019OCPM inter-vientdavantage dans des débats liés à des plans d\u2019urbanisme, à des projets concrets, en somme.Ailleurs au Québec, diverses expériences de consultation sont menées sur le plan municipal, mais ce qu\u2019il en ressort, à mon avis, c\u2019est une application assez mécanique de la Loi sur l\u2019aménagement et l\u2019urbanisme, qui donne aux citoyens la possibilité d\u2019intervenir par le biais des référendums.Dans la réalité, c\u2019est 380 Qui va se lever pour rappeler qu'il y a d'autres considérations que la valeur commerciale et les taxes perçues?Lesalerteurs.plus un droit de s\u2019opposer qu\u2019un droit de participer.Dans le cas du gouvernement du Québec, divers mécanismes de consultation existent Prenez par exemple les commissions parlementaires ou le Bureau d\u2019audiences publiques sur l\u2019environnement (BAPE).On sent depuis quelques années, dans le cas du BAPE, un certain glissement Au départ, les commissaires ont développé tout un corpus de règles et de pratiques.Ils ont défini ce qui est acceptable et ce qui nel\u2019estpas en matière de consultation publique.Or, on sent en effet que l\u2019espèce de feu sacré qui entourait les ministres et les fonctionnaires quand ils ont pensé, imaginé, organisé les processus de consultation n\u2019est plus tout à fait là.On a ouvert la porte à bien des choses qui commencent, tranquillementpas vite, à banaliser l\u2019exercice.Dans la population, on a l\u2019impression que l\u2019exercice est fait parce qu\u2019il doit être fait Au fond, on esten train de pervertir toutle système de consultation en le transformant en simple exercice de ventilation.Dans le cadre d\u2019un gouvernement minoritaire, tout le monde le sait, consulter est une façon de gagner du temps.Du côté de la Ville de Montréal, on a initié beaucoup de commissions pour résoudre les problèmes constitutionnels et de gouvernance.Là aussi, c\u2019était une façon de gagner du temps.Sauf qu\u2019à un moment donné, après deux, trois, quatre ans de ce type d\u2019exercice, les citoyens, qui y ont quand même participé, se sont dit: «Mais va-t-il se passer quelque chose?» ÉDQ - La participation à des consultations publiques est l\u2019un des moyens à la disposition des citoyens pour faire entendre leur voix.En existe-t-il d\u2019autres?Sont-ils efficaces?Québec 2008-2009*.indd 380 17/11/08 09:24:51 Société civile R.P.- La consultation est en effet un des outils à la disposition des mouvements de citoyens.Les exercices de consul ta tion jouentplusieurs rôles : ils créent des interfaces, permettent que les intervenants n\u2019aillent pas jusqu\u2019au bout de leurs antagonismes, puis, parfois, ils permettent de corriger le tir dans le cas de mauvais projets.Dans la Charte du Conseil régional de l\u2019environnement (CRE) de Montréal, le premier article - et ça ne surprendra personne - concerne la protection de l\u2019environnement du territoire de Montréal.Plus étonnant, l\u2019article 2 renvoie à la protection et à la valorisation des moyens démocratiques de participation et de consultation.Pourquoi une telle mention dans la Charte du CRE ?Parce qu\u2019il y a parfois des arbitrages à faire entre la protection de l\u2019environnement et le développement II est donc important, pour rétablir le rapport de force entre les considérations environnementales et les autres, d\u2019avoir des lieux formels pour débattre, des règles du jeu pour prendre des décisions et des étapes à franchir connues de tout le monde.Parce que si cet espace de débat n\u2019existait pas, on pourrait couper 200 arbres en une nuit! Cela dit, la consultation ne demeure qu\u2019un des moyens de l\u2019action publique et de l\u2019action civique.Si vous avez un certain sentiment d\u2019urgence sur, par exemple, les gaz à effet de serre, vous utiliserez tous les autres moyens à votre disposition.Vous pourriez créer un parti poli-tique-prendrelepouvoir, c\u2019estun des moyens de se faire entendre.Vous pourriez aussi envisager l\u2019action directe - marcher dans les rues contre le projet de la centrale au gaz du Suroît, par exemple.D\u2019autres vont se mettre à écrire des livres, à publier des articles, à réaliser des films.D\u2019autres vont plutôt poser des gestes exemplaires, comme se mettre à composter dans leur appartement au deuxième étage.Tous ces moyens sont démocratiques et légitimes et font tous partie de la panoplie des outils à la disposition d\u2019un citoyen.Il n\u2019y en a pas un meilleur que l\u2019autre: ils sont parfois tous nécessaires.ÉDQ-Vous avez déjà dit qu\u2019il faut reconnaître le caractère démocratique et l\u2019importance de « l\u2019alerte».Qu\u2019en tendez-vous par là?R.P.- Imaginons que vous êtes un promoteur immobilier et que vous avez l\u2019idée de développer un site qui a une valeur commerciale importante, par exemple le projet de l\u2019île Charron.Vous avez le pouvoir, l\u2019argent, le personnel, l\u2019équipement Vous avez des échéanciers, vous opérez, vous cherchez le rendement.Vous rencontrez le maire pour lui expliquer toutes les taxes qu\u2019il pourra prélever.Mais qui va se lever pour rappeler qu\u2019il y a d\u2019autres considérations que la valeur commerciale et les taxes perçues ?Ce sont ceux qu\u2019on appelle les alerteurs.Laplupartdu temps, lorsque le grand public est informé d\u2019un projet, celui-ci est souvent très avancé.Il ne reste plus aux citoyens ou aux organismes comme le CRE que l\u2019option de sonner l\u2019alarme.Bien souvent, puisqu\u2019on ne leur a pas demandé leur avis, ils n\u2019ont pas eu l\u2019occasion de dire «Attention! » au ministre.Alors, le seul moyen qu\u2019ils ont de se faire entendre, c\u2019est de crier.C\u2019est un style, ça finit par taper sur les nerfs de certains mais, à cette étape-là, il n\u2019y a pas beaucoup d\u2019autres moyens à disposition.Il n\u2019y a pas de société qui puisse être démocratique, qui puisse avancer sans ces gens-là.Une des raisons pour lesquelles le cri d\u2019alarme revient plus souvent ces temps-ci, c\u2019est que des choses qu\u2019on croyait acquises au Québec sont soudainement remises en cause.Le parc du Mont-Orford et celui de l\u2019île Charron en constituent de bons exemples.Le nombre d\u2019espaces verts protégés au Québec est déjà en dessous de la moyenne internationale.On ne devraitpas avoir à se battre pour les préserver, mais pour faire classer d\u2019autres types de parcs qui ne le sont pas encore! 381 Québec 2008-2009*.indd 381 17/11/08 09:24:51 L'état du Québec 2009 Il y a eu ces derniers temps de nombreux débats autour du fait qu\u2019il y a, au Québec, un syndrome d\u2019« empêcheur de tourner en rond ».Dans le fond, à force de soulever des questions, on empêcherait le développement Cela créerait une forme de paralysie de la société nommée immobilisme.Je suis évidemment en total désaccord avec cette analyse.Il est vrai que dans certains dossiers, une partie des oppositions peut provenir de gens personnellement et directement impliqués, pour qui un projet peut amener son lot de nuisances objectives - perte de la jouissance d\u2019un paysage, d\u2019une cour, etc.C\u2019est normal et même légitime que ces gens-là se fassent entendre.Certains prétendent que les mécanismes de consultation compliquent tellement la prise de décision que ça en devient impossible.Je ne crois pas que ce soit la réalité : dans les faits, la très grande majorité des projets se font, parfois avec des corrections, parfois même avec des corrections importantes.Mais il arrive qu\u2019ils soient réalisés intégralement., malheureusement ÉDQ - Comment impliquer davantage le citoyen dans les organisations qui parlent en son nom?R.P.- Soyons un peu réalistes.Un citoyen ordinaire emmène ses enfants à la garderie, il s\u2019occupe du souper.Participer au conseil d\u2019arrondissement, à la réunion d\u2019un organisme ou réfléchir sur le projet de l\u2019autoroute 25, ce n\u2019est pas toujours au cœur de ses préoccupations.Dans le fond, chacun est pris par sa vie quotidienne.Alors, souvent, on s\u2019en remet à des groupes.On s\u2019associe à ceux qui ont l\u2019air d\u2019être dynamiques, de bien fonctionner.La loi prévoit des mécanismes de consultation.Les citoyens voient ça comme une police d\u2019assurance : « Ça existe, et on va s\u2019en servir si c\u2019est nécessaire.Mais si ça ne l\u2019est pas, on a autre chose à faire que d\u2019aller à la réunion ! » ÉDQ - L\u2019existence d\u2019un mécanisme de consultation ne suffit pas.Encore faut-il qu\u2019il soit de bonne qualité.R.P.-Ça, c\u2019estclair! Comme jeledisais tantôt, le BAPE a été créé par un ministre et développé par des fonctionnaires qui tous croyaient à la consultation publique.Ils ont réfléchi aux règles pratiques à mettre en œuvre pour assurer que les droits des individus soient respectés.Cela ne se faitpas n\u2019importe comment! À quelle étape du processus de consultation doit-on informer le public?Quelles informations doivent être rendues publiques ?Lesquelles ne doiventpas l\u2019être?Ces questions ont l\u2019air bien techniques, mais elles sontextrêmement importantes pour préserver la qualité démocratique de l\u2019exercice.Regardez le cas de la consultation autour du projet de prolongement de l\u2019A-25 : une parodie! En l\u2019absence du promoteur immobilier, le gouvernement a confié au ministère des Transports, le promoteur indirect du projet, le soin d\u2019organiser une consultation.qui s\u2019est faite en une soirée et qui s\u2019est limitée aux gens de l\u2019est de Montréal ! Faites beaucoup de consultations de ce genre et, à un moment donné, plus personne ne va y croire.ÉDQ - Pourquoi croyez-vous que la mobilisation contre le prolongement de l\u2019A-25 n\u2019a Pas eu les résultats souhaités?R.P.- Qu\u2019on le veuille ou non, en Amérique du Nord, on reste avec l\u2019idée dominante qu\u2019une voie rapide pour l\u2019automobile constitue toujours une solution aux problèmes de congestion.Si l\u2019idée dominante avaitété qu\u2019une autoroute affecte l\u2019équilibre de la population de Laval et de Montréal, alors les choses auraient été différentes.Avec le projet de prolongement de l\u2019A-25, on s\u2019attaque à des choses compliquées : les habitudes de la vie quotidienne, les équilibres budgétaires des familles, le choix de la maison, du lieu d\u2019habitation.Même s\u2019il y a eu un bon débat public, on n\u2019a pas pu avoir le 382 Québec 2008-2009*.indd 382 17/11/08 09:24:51 Société civile même rapport de force que dans le cas du projet de centrale thermique du Suroît: les Québécois sont vendus à l\u2019hydroélectricité, c\u2019est leur fierté.Ils trouvent que ça fonctionne bien et ils ne voient pas pourquoi, tout d\u2019un coup, on se mettrait à produire de l\u2019électricité avec du gaz.Puis - ce n\u2019est pas méchant de le dire! -, ce n\u2019est pas compliqué de manifester contre le Suroît: que le projet se fasse ou non, ça ne changera rien dans nos vies.En revanche, si vous habitez à Laval, dans l\u2019axe de l\u2019autoroute 25, l\u2019existence - ou l\u2019absence- d\u2019un pont pour rejoindre l\u2019île de Montréal pourra vous rendre la vie plus ou moins facile, et ce, pendant un certain nombre d\u2019années.L\u2019enjeu devient immédiatementplus personnel.ÉDQ - Qu\u2019est-ce qui provoque les grands changements de mentalité ?Quel est ce fameux tipping point, le moment où les choses basculent?R.P.- Dans l\u2019histoire des peuples, les changements de mentalité, en ce qui concerne les habitudes de vie ou les valeurs dominantes d\u2019une société, sont le résultat de grands phénomènes de société ou de circonstances extraordinaires.L\u2019American way of life, par exemple, est le résultat de la Deuxième Guerre mondiale.Sans nécessairement souhaiter d\u2019événement semblable, je constate, avec la crise de l\u2019énergie, que malgré quelques alertes, la vie continue, surtout en Amérique du Nord.Ça fait 75 ans, loo ans que les gens se font dire que le bonheur, c\u2019estd\u2019avoir une auto ; que le paradis, c\u2019est la banlieue.Ils se sont convaincus de ça, ils se sont acheté la maison, les deux voitures.Et maintenant on leur demande de modifier leurs habitudes.Les gens sontpris à la fois par les images et par leur réalité.Dans ces conditions, on ne change pas si facilement.C\u2019estprobablementla crise dupétrole qui va provoquer une remise en question.L\u2019humanité n\u2019aura pas le choix.Pour les alerteurs, il s\u2019agit de lancer les signaux d\u2019alarme suffisamment tôt pour que des gens de bonne volonté prévoient les problèmes à venir de sorte que l\u2019humanité soit outillée pour y faire face.Tous les fronts sontutiles : prêcher par l\u2019exemple, manifester dans la rue, créer des interfaces entre les pouvoirs publics et l\u2019ensemble des services civils, voilà autant de moyens qui théoriquement portent le changement.Mais quand les choses pourrissent lentement, que l\u2019alerte est sonnée et que la crise sert de révélateur final, il n\u2019y a plus de choix, tout le monde est obligé de passer à l\u2019action.Tout ce qu\u2019on ose espérer, dans le fond, c\u2019est que les années qui ont précédé etle travail en amontontpupermettreà la société de ne pas être trop prise au dépourvu.Dans certains métiers que j\u2019ai exercés ou quand je m\u2019investissais en politique, j\u2019ai eu -avec beaucoup de limites, car l\u2019exercice du pouvoir n\u2019est pas si simple - la possibilité de peser sur le bouton etd\u2019en voir immédiatement les effets.Pour ceux qui n\u2019ontpas d\u2019autre pouvoir que la par oie, la ,\t,\t.\t,\tLorsqu on a la conviction reflexion ou la sensibilisation, ça peut d'avoir raison'cela Peut être être frustrant de ne difficile d'attendre pas voir les choses |a transformation évoluerplus rapide- ^es j^ées, des modes de vie.ment Lorsqu\u2019on a la conviction d\u2019avoir raison et que, ma foi, ce ne serait pas si compliqué de modifier ses habitudes, cela peut être difficile d\u2019attendre le changement de cap, la transformation des idées, des modes de vie.ÉDQ - Où puisez-vous votre motivation pour continuer?R.P.- Quand on exerce un pouvoir - et ça a été mon cas quand j\u2019étais ministre -, on a davantage la possibilité, les moyens, les ressources pour influencer des décisions qui touchent des centaines de milliers, des millions d\u2019individus.Maintenant, je travaille dans un contexte [au Conseil régional de l\u2019environnement (CRE) de Montréal] où il faut convaincre à la fois les 383 Québec 2008-2009*.indd 383 17/11/08 09:24:51 L'état du Québec 2009 pouvoirs en place et les citoyens.Avec Défi Climat, en peu de temps, le CRB a mobilisé 130 entreprises montréalaises et interpellé 25 000 citoyens.Quand on a lancé l\u2019initiative, un de nos objectifs était de créer un mouvement citoyen.Notre conviction étaitla suivante : les gaz à effet de serre vont vraiment diminuer le jour où le gouvernement fixera les règles du jeu.Mais quand est-ce qu\u2019il va vraiment les fixer ?Lorsque des mouvements de citoyens les exigeront?Dans certains cas, une règle du jeu fixée par un gouvernement va changer les comportements ; dans d\u2019autres cas, ce sontles gens qui ont décidé de changer et qui vont convaincre les autres d\u2019en faire autant.Pour l\u2019instant, mon action publique et mon action civique se situent dans ce contexte-là.384 Québec 2008-2009*.indd 384 17/11/08 09:24:51 La participation des Autochtones aux processus de consultation : entre manipulation et reconnaissance Thierry Rodon Professeur associé, Département de science politique, Université Laval/School of Public Policy and Administration, Université Carleton Chercheur, Centre interuniversitaire d\u2019études et de recherche autochtone (CIERA) La participation publique est devenue un mode privilégié de l\u2019engagement citoyen dans les sociétés postmodernes, et cela n\u2019estpas sans créer de nombreux problèmes de manipulation et de détournement de la part des gouvernements.Ce problème est exacerbé dans le cas des Autochtones, qui constituent une population distincte à la fois par la culture, l\u2019histoire et le statut économique, politique et légal.Comme le Québec, les Autochtones demandent la reconnaissance de leur altérité en se réclamant du statut de nation.La question qui se pose est de savoir comment il est possible de les consulter en respectant cette différence.Nous essaierons donc de voir à quelles conditions la participation des Autochtones aux processus de consultation permet de prendre réellement en considération leurs préoccupations, droits et intérêts : leur participation influence-t-elle vraiment les processus ou sert-elle uniquement d\u2019alibi ?Les Autochtones : citoyens pas comme les autres Toutd\u2019abord, il fautpréciser que sur les plans légal et constitutionnel, les Autochtones ne sont pas des citoyens comme les autres.Ils se composent de trois groupes distincts : les Pre- mières Nations, les Métis et les Inuit.Les Premières Nations, autrefois appelées Indiens ou Amérindiens, sont soumises à une loi spéciale, la Loi sur les Indiens, qui régitleur statut, leurs biens et leur structure de gouvernance.Les Inuit et les Métis ne Les Autochtones demandent la reconnaissance de leur altérité en se réclamant du statut de nation.sont pas soumis à la Loi sur les Indiens mais, comme les Premières Nations -et contrairement aux autres citoyens -, ils sont constitutionnellement sous la responsabilité exclusive du gouvernement fédéral.Les Autochtones sont ainsi maintenus dans une situation coloniale parce qu\u2019ils sont gérés par une administration publique externe à leur communauté.Les projets de développement procèdentde la même logique : ils sont la plupart du temps proposés par des acteurs de la société dominante qui veulent «développer» le territoire ancestral des Autochtones, en construisant des barrages, en creusant des mines ou en détournant des rivières.C\u2019est donc un développement défini à l\u2019extérieur des communautés autochtones et qui n\u2019est pas pensé et réalisé principalement au bénéfice des communautés, même 385 Québec 2008-2009*.indd 385 17/11/08 09:24:51 L'état du Québec 2009 si celles-ci peuventprofiter de certaines retombées.Contrairement à la participation citoyenne, qui constitue un effortpour revitaliser la démocratie, la participation des Autochtones est basée sur des principes juridiques qui ont été définis par la Cour suprême du Canada au fil de ses jugements.La légitimité de la participation autochtone ne découle donc pas de la logique de la participation démocratique, mais plutôt de celle de la protection des droits d\u2019une population distincte et minoritaire qui occupait le territoire avant l\u2019arrivée des colons européens.La Cour suprême a ainsi clairement établi que les gouvernements avaient le devoir de consulter les Autochtones, car ces derniers possèdent des droits ancestraux qui découlent du faitqu\u2019ils occupaient efFectivementle territoire à l\u2019arrivée des colons européens.Ce principe a particulièrement fait jurisprudence dans les arrêts de la Nation haïda1 et de la Première Nation Taku River2.Ces deux décisions de justice ont établi que la participation des Autochtones était devenue incontournable dans tous les processus gouvernementaux qui touchent un territoire sur lequel ils peuvent se prévaloir de droits ancestraux - même si ceux-ci ne sont pas clairement établis.Selon la Cour suprême du Canada, les gouvernements ont dorénavant l\u2019obligation de consulter les peuples autochtones, mais aussi de trouver des accommodements à leur intérêt Cependant, cette obligation d\u2019accommodement est tempérée, car la Couronne doit établir un équilibre raisonnable entre, d\u2019une part, les préoccupations, droits et intérêts des Autochtones et, d\u2019autre part, les autres intérêts sociétaux.L\u2019accommodementestdonc un compromis qui vise à harmoniser des intérêts opposés.Il ne comporte pas l\u2019obligation de se mettre d\u2019accord, mais exige la bonne foi dans les négociations etla prise en compte des intérêts des Autochtones.386 À la suite de ces jugements, de nombreux gouvernements, dont celui du Québec, ont adopté des guides de consultation pour encadrer le processus de participation des Autochtones.L'adaptation des consultations Malgré ces spécificités légales et juridiques, on considère souvent que les Autochtones ne sont qu\u2019un groupe d\u2019intérêt et que, dans ce cadre, c\u2019estle gouvernement qui doit décider au nom de l\u2019intérêtpublic.Or, les Autochtones ne sont pas un groupe d\u2019intérêt, mais ils constituent plutôt un troisième niveau de gouvernement au sein de la fédération canadienne, même si ce statutn\u2019estpas officiellementreconnu3.On ne doit donc pas les considérer comme un groupe d\u2019intérêt, mais comme des gouvernements représentants de l\u2019intérêt public des Autochtones.Cet intérêt doit être pris en compte de façon spécifique et, éventuellement, faire l\u2019objet d\u2019accommodements.Lors des exercices de participation, les gouvernements autochtones doivent consulter leur propre population, ce qui suppose de leur accorder un supplément de temps pour que la communauté soit bien informée, qu\u2019elle ait le temps de délibérer et de se prononcer sur le projet.On a également souvent tendance à considérer que les communautés autochtones sont monolithiques, alors que, comme dans toute commu- Les Autochtones ne sont pas un groupe d'intérêt, mais plutôt un troisième niveau de gouvernement au sein de la fédération canadienne.nauté humaine, il y a des opinions diverses qui quelquefois s\u2019opposentsur-tout dans le cadre des grands projets de développement Toute consultation devrait tenir compte de ce facteur et ne pas assumer, comme on le fait souvent, que la communauté n\u2019a qu\u2019une seule voix.Les exemples montrant le contraire ne manquent pas.Cela a été le cas, par exemple, Québec 2008-2009*.indd 386 17/11/08 09:24:51 Société civile iuy-Favn ; autochtones.1^ aujourd'hui.I % fenous Peoples, ation now.La légitimité de la participation autochtone découle de la logique de protection des droits d'une population distincte et minoritaire qui occupait le territoire avant l'arrivée des colons européens.quand un groupe d\u2019innus s\u2019est opposé, dans les années 90, à la construction du barrage sur la rivière Sainte-Marguerite alors que le projet était soutenu par leur conseil de bande ou, plus récemment, quand certains Cris ont rejeté le projet de dérivation de la rivière Rupert alors que le grand conseil des Cris l\u2019avait approuvé.Une autre culture de participation On oublie également souvent de tenir compte des facteurs culturels propres aux communautés autochtones.Ces facteurs peuvent cependant avoir des impacts importants sur les processus de consultation.Je prendrais l\u2019exemple du principe d\u2019harmonie.Les communautés autochtones sont souvent de petites communautés dans lesquelles il est important de préserver une certaine harmonie entre les membres pour maintenir les solidarités sociales et permettre la vie en communauté.Cette volonté de maintenir l\u2019harmonie est ancrée dans les cultures autochtones, car les groupes de chasseurs-cueilleurs devaient l\u2019entretenir pour maintenir la solidarité et maximiser leur chance de survie dans des environnements difficiles.Cette volonté de maintenir l\u2019harmonie est également un principe constitutif de la justice autochtone.Cela ne veut pas dire qu\u2019il n\u2019y a pas de conflits dans les communautés autochtones, mais plutôt que les modes de gestion des conflits sont axés sur le rétablissement de l\u2019harmonie et non pas sur le débat contradictoire.Lors d\u2019audiences publiques, des individus opposés à un projet ne s\u2019exprimeront pas nécessairement si le conseil de bande soutient le projet ou si les aînés se sont déjà prononcés, surtout si les valeurs sociétales ne permettent 387 Québec 2008-2009*.indd 387 17/11/08 09:24:52 L'état du Québec 2009 pas aux jeunes de les contredire en public.Ce ne sontpas des principes absolus, etl\u2019on voit des individus y déroger, mais ils ont un impact certain sur le processus de participation des Autochtones.Une réponse à ce problème serait de recourir à d\u2019autres modes de consultations que les audiences publiques qui sont par essence basées sur la confrontation des points de vue etqui ne correspondentdonc pas néces-sairementaux dynamiques culturelles présentes dans les communautés autochtones.Dans certains cas, les promoteurs d\u2019un projet de développement évitent tout simplement de prendre en compte la dynamique communautaire et vont, par exemple, seulement consulter les membres de la communauté dont le territoire de chasse est directement touché.Ils discutent alors individuellement des mesures d\u2019atténuation et d\u2019accommodement Cette façon de procéder contrevient au principe communautaire et crée des dissensions inutiles en promouvant l\u2019intérêt individuel, alors que le rapport au territoire des Autochtones est basé sur la gestion collective.Il est également nécessaire de tenir compte du facteur minoritaire.Les peuples autochtones sont minoritaires au sein de toutes les provinces canadiennes et de l\u2019un des territoires, donc toute décision prise par voie majoritaire ne peut pas prendre en compte leurs intérêts, car cette façon de procéder les met à la merci de la fameuse tyrannie de la majorité évoquée par le philosophe Alexis de Tocqueville4.La position minoritaire des Autochtones demande donc de prendre quelques précautions.Pour éviter notamment de se trouver noyées par le nombre, les communautés autochtones devraient être consultées de façon distincte.Cette distinction s\u2019appuie également sur le faitque ces communautés ontleurs propres gouvernements.Pour les mêmes raisons, les communautés autochtones doivent participer en amont des processus consultatifs pour éviter d\u2019être 388 consultées alors que la majorité s\u2019estdéjà prononcée.Elles seraientalors considérées comme des minorités de blocage et devraient porter l\u2019odieux de l\u2019opposition.Il estdonc nécessaire que leurs préoccupations, positions et droits soient pris en compte au début du processus de consultation pour qu\u2019il y ait une véritable possibilité de prise en compte et éventuellement d\u2019accommodement.Il est enfin nécessaire que les gouvernements justifient leurs décisions, notamment lorsqu\u2019ils choisissent de ne pas accommoder les communautés autochtones.Cette justification est un élément important de la participation, car elle donne les éléments pour juger si le refus de prise en compte est frivole ou s\u2019il vise véritablement à protéger l\u2019inté- La 9estion des conflits est rêt public.Là axée sur le rétablissement encore, il faut de l'harmonie et non pas sur remarquer que, |e débat contradictoire.du fait de l\u2019altérité des Autochtones, leurs intérêts ne sont pas nécessairement concomitants avec ceux des Québécois ou des Canadiens.On l\u2019a d\u2019ailleurs très bien vu en 1973 lors du jugement de la Cour d\u2019appel du Québec sur l\u2019injonction du juge Malouf de suspendre les travaux de la baie James.Dans son jugement, la Cour d\u2019appel, qui a ordonné la reprise des travaux, opposait clairement l\u2019intérêt de 6 000 Cris à celui de 6 millions de Québécois, un bon exemple de la « tyrannie de la majorité».En conclusion, il estpossible que la participation des Autochtones mène à une véritable prise en compte de leurs préoccupations, droits et intérêts, à condition de prendre en compte les éléments suivants : \u2022\tle respect de la jurisprudence etnotamment la nécessaire justification de toute atteinte aux droits et intérêts des Autochtones ; \u2022\tle respect des gouvernements autochtones, notamment de leur position minoritaire et Québec 2008-2009*.indd 388 17/11/08 09:24:52 Société civile de leur spécificité, en les consultant de façon distincte et en amont de la prise de décision; \u2022\tle respect des communautés autochtones qui passe par une information complète et un espace de délibération pour se prononcer; \u2022\tle respect des facteurs culturels propres à chaque communauté autochtone.Ces éléments sontnécessaires, mais ne suf-fisentpas à garantir une véritable participation des Autochtones, car ils se trouvent toujours dans une situation coloniale.Les solutions à ce problème sont complexes etpassentnotam-ment par la conclusion de traités territoriaux et d\u2019ententes d\u2019autonomie gouvernementale qui permettent de préciser et d\u2019encadrer la participation des communautés autochtones à la gestion du territoire, des ressources naturelles et de l\u2019environnement tout en protégeant leurs droits et intérêts.Notes 1.\tArrêt Nation haïda c.Colombie-Britannique (Ministre des Forêts), 2004 CSC 73.2.\tArrêtPremièreNation ting lit deTakuRiuer c.Colombie-Britannique (Ministre desFore'ts), 2004 CSC 74.3.\tLe droit à l\u2019autonomie gouvernementale a toutefois été officiellement reconnu par le gouvernement fédéral en 1995.Par ailleurs, il existe une politique visant à conclure des ententes d\u2019autonomie gouvernementale.Le processus est toutefois extrêmement long, et très peu de communautés autochtones ont réussi à conclure une telle entente.4.\tTocqueville, Alexis de, De la démocratie en Amérique, Paris, Gallimard, 2005.389 Québec 2008-2009*.indd 389 17/11/08 09:24:52 \u2022__\u2022 IM* CIVICUS INSTITUT DU NOUVEAU MONDE L'ISC de CIVICUS : un projet de recherche pour la société civile québécoise L'Institut du Nouveau Monde (INM) mènera bientôt une enquête sur la société civile au Québec.Cette recherche-action permettra non seulement d'en brosser un portrait quantitatif et qualitatif, mais aussi de la renforcer.Ce projet de recherche utilisera l'Indice de la société civile (ISC)1, élaboré par CIVICUS, qui permet d'évaluer l'état de la société civile d'un pays ou d'une région donnés.CIVICUS, un réseau d'organisations de la société civile, s'attache, depuis 1993, à encourager et appuyer l'action citoyenne et la société civile partout dans le monde.L'ISC étant un outil participatif d'évaluation, il fait intervenir, dans sa mise en œuvre, les parties prenantes de la société civile.L'indice utilise la recherche existante, mais aussi le sondage, les groupes témoins et les études de cas comme basedocumentaire.il prévoit aussi des moments pour que les membres de la société civile puissent se rencontrer et discuter des enjeux qui les touchent.L'ISC vise à créer un corpus de connaissances communes et à accroître la force et la pérennité de la société civile.Il permet d'en rappeler les acquis, d'en déterminer les besoins et enjeux et surtout de définir les moyens d'en accroître l'impact.L'ISC donnera un élan à la société civile québécoise pour qu'elle poursuive et améliore son travail, indispensable au progrès collectif.1.De 2003 à 2006, l'ISC a été mis en œuvre, en collaboration avec des organisations partenaires, dans plus de 50 pays dans le monde entier.Les résultats de ces recherches ont été colligés et publiés dans V.Finn Heinrich (dir.), CIVICUS Global Survey of the State of Civil Society: Volumes I and 2, 2007.La méthode, mise à jour en 2007, est maintenant utilisée pour implanter l'ISC dans de nouveaux pays ou régions.MIRIAM FAHMY Coordonnatrice des publications, Institut du Nouveau Monde 390 Québec 2008-2009*.indd 390 17/11/08 09:24:52 Quand l\u2019État fait appel au « tiers secteur » : le cas de la santé et des services sociaux1 Christian Jetté Professeur, École de service social, Université de Montréal Codirecteur, Laboratoire de recherche sur les pratiques et les politiques sociales (LAREPPS) L\u2019action des organismes communautaires s\u2019est révélée particulièrement déterminante depuis presque quatre décennies dans l\u2019évolution du modèle québécois de développement social.Perçus au départ comme des producteurs de services résiduels opérant aux marges du système (en offrant, par exemple, des services bénévoles de maintien à domicile), ces organismes ont graduellement acquis leur légitimité au cours des années 80 et 90 grâce à des pratiques sociales souvent innovantes, apportant des solutions aux insuffisances de l\u2019État En 2006-2007, on estimaitd\u2019ailleurs que les sommes investies par le gouvernement québécois auprès des organismes communautaires faisaient travailler l\u2019équivalent de 24 000 personnes à temps plein, en plus d\u2019assurer la participation d\u2019environ 211 000 personnes à des activités bénévoles.L\u2019Étatquébécois a versé cette année-là près de 667 millions de dollars à plus de 5 000 organismes2, signe d\u2019une reconnaissance certaine de leur action, malgré les ambiguïtés et les tensions sociopolitiques qui accompagnent ce soutien financier.Le processus de transformation de l\u2019État-providence au Québec s\u2019estainsi accompagné d\u2019une participation accrue des organismes communautaires au développement social, et ce, en raison du compromis original qu\u2019ils ont réussi à forger entre les revendications traditionnelles de la gauche et celles des nouveaux mouvements sociaux.Certes, ce compromis reste fragile et instable.En effet, les années 2000 sont marquées par une poussée, au sein de l\u2019État québécois, des principes provenant de l\u2019univers marchand tels que l\u2019imposition d\u2019ententes de services (contrats) et de nouveaux contrôles budgétaires reposant sur des données chiffrables et comptabilisables.Or, l\u2019imposition de telles mesures ne se fait pas sans heurts.Le «tiers secteur»: incubateur d'innovation sociale Les organismes communautaires se sontdéve-loppés dans plusieurs secteurs d\u2019activités au cours des 40 dernières années : famille, loisirs, défense des droits, employabilité, développement économique, éducation, consommation, logement, féminisme, immigration, environnement, sans oublier, évidemment, le domaine de la santé et les services sociaux, où près des deux tiers des organismes communautaires financés par le gouvernement québécois opèrent dans ce secteur névralgique.Depuis le début des années 70, les organismes communautaires ont ainsi constitué un formidable réservoir d\u2019innovations sociales 391 Québec 2008-2009*.indd 391 17/11/08 09:24:52 L'état du Québec 2009 pour le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS).Le processus d\u2019institutionnalisation par lequel les cliniques communautaires du début des années 70 se sont transformées en CLSC peut ainsi être considéré comme l\u2019amorce de la reconnaissance des pratiques initiées par les organismes communautaires.Cette reconnaissance va s\u2019étendre par la suite aux domaines, par exemple, de la santé mentale, des femmes violentées, des jeunes et des personnes itinérantes.Dans ces derniers cas, toutefois, les organismes vont conserver leur statut d\u2019organisme à but non lucratif (OBNL) plutôt qu\u2019être intégrés au secteur public.Mais les organismes communautaires, que plusieurs définissent désormais comme une composante essentielle d\u2019un «tiers secteur» aux côtés des secteurs public et privé, ne sont pas les seuls à avoir influencé le modèle québécois de développement social.Celui-ci a égalementété façonné par les forces du marché au cours des années 80 et 90.Certes, ces influences n\u2019ont pas connu la même intensité que dans certaines provinces canadiennes ou qu\u2019aux États-Unis - du moins, jusqu\u2019au début des années 2000.La nouvelle gestion publique et le milieu communautaire : cas des services sociosanitaires Dans le domaine de la santé et des services sociaux, la percée de la logique marchande au Québec s\u2019est faite de manière subtile et peu spectaculaire par l\u2019entremise de nouvelles formes de management sensées améliorer l\u2019efficacité du système.L\u2019imposition de ces pratiques managériales, qui s\u2019est accélérée au cours des années 2000, visait en bonne partie à reprendre le contrôle des fonds alloués au secteur de la santé, notamment en raison de la mauvaise situation budgétaire des hôpitaux.C\u2019est donc pour remédier à ces problèmes financiers que les gouvernements, tantpéquistes que libéraux, ontmisun 392 terme à l\u2019expérience de régionalisation et de démocratisation du système à la fin des années 90.Cette démocratisation du système au cours des années 90 s\u2019était traduite notamment par la participation de la population à l\u2019élection des administrateurs sur les conseils d\u2019administration des régies régionales (remplacées depuis 2003 par les agences de santé et de services sociaux).Qui plus est, quatre sièges étaient réservés aux représentants des organismes communautaires sur ces instances, ce qui leur avait permis de faire des gains sur les plans de leur financement et de leur influence sur l\u2019orientation des politiques régionales du MSSS.Les années 2000 sonnent donc le glas de cette expérience de démocratisation, mais pas de l\u2019implication des organismes communautaires dans le système sociosanitaire.En 2001, le gouvernement a mis en place une politique de soutien et de reconnaissance de l\u2019action communautaire autonome.Celle-ci balise les rapports de l\u2019ensemble des ministères québécois avec les milieux communautaires, en favorisant (du moins, en principe) l\u2019octroi de financement pour le sou- sodaux Uen de leur mission générale, plutôt que sur la base de services spécifiques définis par l\u2019État.Quant au MSSS, il a publié en 2004 un cadre de référence et un plan gouvernemental en matière d\u2019action communautaire, qui, d\u2019un côté, limitent la croissance des ressources financières accordées aux organismes communautaires, mais qui, de l\u2019autre, réaffirment la reconnaissance du gouvernementetl\u2019autono-mie des organismes.Mais au même moment, le gouvernement a amorcé une autre réforme générale - initiée celle-là par le ministre Philippe Couillard - qui Le tiers secteur constitue un réservoir d'innovations sociales pour le ministère de la Santé et des Services Québec 2008-2009*.indd 392 17/11/08 09:24:52 Société civile met l\u2019accent sur des résultats à atteindre, en misant, d\u2019une part, sur l\u2019imputabilité des acteurs impliqués dans la production des services et, d\u2019autre part, sur la mise en place d\u2019incitatifs à la performance.En santé et services sociaux, l\u2019application de cette réforme s\u2019est notamment traduite par un renforcement du pouvoir politique au détriment du pouvoir des administrations régionales et des organismes communautaires en ce qui concerne la définition des services.Cette nouvelle orientation a réduit à peu de choses le pouvoir que les organismes communautaires avaient réussi à développer sur le plan régional depuis la réforme du ministre libéral de la Santé Marc-Yvan Côté en 1991, leur logique d\u2019action s\u2019adaptant mal aux nouveaux dispositifs de gestion et d\u2019évaluation mis en place.La création des Centres de santé et de services sociaux (CSSS) en 2003 constituait la deuxième étape de la réforme, dontle but était de déplacer le centre de gravité du système du palier régional au palier local.En vertu de cette nouvelle organisation, les grandes orientations en matière de santé et la détermination des priorités budgétaires échoient presque exclusivement au ministère, alors que les acteurs administratifs sont mis à profit pour réaliser les arbitrages budgétaires sur le plan local.Le MSSS favorise également la conclusion d\u2019ententes entre les nouveaux CSSS et les producteurs de services provenant du tiers secteur (organismes communautaires et entreprises d\u2019économie sociale).Ces nouvelles ententes sontperçues par le ministère comme un moyen privilégié d\u2019assurer l\u2019intégration des services tout en respectant le cadre financier qu\u2019il a lui-même défini.Or, ce type d\u2019arrangement contrevient aux principes de base des rapports qui se sont développés au fil du temps entre le MSSS et les milieuxcommunautaires, notamment à travers le Programme de soutien aux organismes com- munautaires (PSOC), le plus important programme de financement d\u2019organismes communautaires du Les organismes communautaires: une composante essentielle d'un «tiers secteur»aux côtés des secteurs public et privé.gouvernement québécois.Celui-ci permet aux organismes communautaires de recevoir, comme nous l\u2019avons précisé plus haut, un financement sur la base de leur mission et de leurs pratiques, plutôt que sur la base de services spécifiques définis par l\u2019État.Dès lors, de nouveaux enjeux se profilent pour les organismes communautaires, qui doivent défendre non seulement leur autonomie, mais aussi la légitimité des ententes conclues précédemment avec le gouvernement québécois.L\u2019histoire du développement des milieux communautaires démontre en effet que l\u2019autonomie de ces organismes repose avant tout sur leur capacité d\u2019exercer leurs activités (du moins, une partie significative d\u2019entre elles) en dehors de contraintes financières liées à des objectifs de performance à atteindre, évalués à partir de dispositifs peu compatibles avec leurs logiques d\u2019action, notamment la participation des intervenants et des usagers à la définition des services, la capacité d\u2019innovation devant de nouvelles problématiques sociales, économiques ou culturelles, la création de lien social et la proximité avec les communautés desservies.Toutes ces logiques d\u2019action sont difficilement objectivables, mais elles jouent un rôle crucial dans les prestations des services aux personnes.L'action communautaire: solution à la privatisation Les milieux communautaires jouissent néanmoins de certains atouts dans cette conjoncture qui peut, de prime abord, leur sembler défavorable.Leur présence accrue leur donne un poids politique qui leur faisait défaut au cours des 393 Québec 2008-2009*.indd 393 17/11/08 09:24:52 L'état du Québec 2009 années 70 etso.Mais, plus encore, le compromis que ces organisations ont réussi à établir entre, d\u2019une part, certaines revendications traditionnelles de la gauche (comme la justice sociale, la sécurité économique etl\u2019égalité entre tous les citoyens) et, d\u2019autrepart, des principes qui prennent leur source dans la révolution culturelle des années 70 - l\u2019autonomie des individus et des communautés, l\u2019innovation dans les pratiques d\u2019intervention et l\u2019expérimentation de nouveaux modes de vie axés, par exemple, sur le respect de l\u2019environnement- constitue en soi une innovation qui s\u2019offre comme une option différente à la fois de l\u2019État-provi-dence traditionnel et du néolibéralisme.Or, ce qui permet aux milieux communautaires de maintenir leurs acquis et de continuer à exercer une certaine influence, c\u2019est notam-mentl\u2019existence d\u2019ententes négociées, reconnues à travers certaines politiques sociales et certains textes de loi.À cet égard, le financement à la mission globale qu\u2019ont obtenu les organismes communautaires en santé et services sociaux au Québec, et qui a par la suite été généralisé aux autres organismes communautaires en 2001 par l\u2019entremise de la politique du Secrétariat à l\u2019action communautaire autonome (SACA), constitue un bel exemple d\u2019entente qui réussit à concilier les principes departicipation, d\u2019innovation et de réciprocité des milieux communautaires avec les principes d\u2019imputabilité, d\u2019efficacité, de mesure et de contrôle budgétaire appliqués par l\u2019État.Etce, même si des recherches récentes montrent que l\u2019application de la politique du SACA s\u2019est fai te de manière très inégale selon les ministères, et que, malgré les progrès accomplis, il reste encore un bon bout de chemin à faire pour que l\u2019ensemble des milieux communautaires au Québec jouisse d\u2019une pleine reconnaissance et d\u2019un financement adéquat3.La reconnaissance acquise par les organismes communautaires au Québec découle des efforts réalisés pour trouver des solutions à la crise de l\u2019État-providence, mais aussi des luttes incessantes des milieux communautaires qui ont forcé l\u2019État à négocier un compromis inédit entre des logiques d\u2019action qui s\u2019étaient avérées jusque-là irréconciliables.La mise en valeur de ce type d\u2019ar-rangementestcruciale parce qu\u2019elle pourrait bien constituer, à certaines conditions, une voie différente de la privatisation des services publics.Coincé entre les défenseurs du modèle de l\u2019État-providence traditionnel et les adeptes du tout-marché, le secteur communautaire a tout intérêt à faire valoir la spécificité des rapports qui l\u2019unit à l\u2019État dans les domaines d\u2019intérêts publics où la non-lucrativité des organisations productrices des services restera toujours un puissant signal de confiance auprès des personnes vulnérables et des communautés dans le besoin.Notes 1.\tCe texte constitue une version remaniée d\u2019une section du chapitre il de Jette, Christian, Les organismes communautaires et la transformation de l\u2019État-prouidence.Trois décennies de coconstruction des politiques publiques dans le domaine de la santé et des services sociaux, Québec, Presses de l\u2019Université du Québec, 2008, 422 pages.2.\tSECRETARIAT À L\u2019ACTION COMMUNAUTAIRE AUTONOME ET AUX INITIATIVES SOCIALES (sacais), État de la situation de l\u2019intervention gouvernementale en matière d\u2019action communautaire.Édition 2006-2007, Québec, Ministère de l\u2019Emploi et de la Solidarité sociale, 2007, 61 pages.3.\tWhite, Deena et autres, La gouvernance intersectorielle à l\u2019épreuve, Montréal, Centre de recherche sur les politiques et le développement social (CPDS)/Uni-versité de Montréal, 2008,199 pages.Les organismes communautaires doivent défendre non seulement leur autonomie, mais aussi la légitimité des ententes conclues avec le gouvernement québécois.394 Québec 2008-2009*.indd 394 17/11/08 09:24:53 Un 49e Congrès eucharistique en phase avec notre temps1?Joseph Giguère Membre du Conseil de pastorale des communautés Saint-Bernard et Saint-François-d\u2019Assise, Montréal Bien que considéré comme une activité importante et significative et bien qu\u2019il ait connu à sa manière un succès certain, le 49e Congrès eucharistique, qui s\u2019est tenu à Québec du 15 au 22 juin 2008, n\u2019a pas fait l\u2019unanimité, même parmi les catholiques.Je suis ce qu\u2019on peut appeler, prosaïquement, un croyant pratiquant.Disons que ma foi a suffisamment de signification dans ma vie pour me pousser à m\u2019investir sérieusement dans l\u2019Église afin de contribuer à la diffusion de son message et à sa mission de sens et de lumière dans le monde.En juin dernier, mon enthousiasme adorateur n\u2019a toutefois pas été assez ardentpour m\u2019inciter à accompagner les membres de ma communauté qui, avec des milliers d\u2019autres, sont allés à Québec pour participer au 49e Congrès eucharistique international.J\u2019ai un affectueux respect pour la dévotion particulière des personnes qui ont participé à cet événement.Si j\u2019accepte qu\u2019une musulmane ou un écolier sikh exprime sa relation avec la transcendance par le port d\u2019un foulard ou d\u2019un kirpan, je ne vois pas pourquoi je me formaliserais devant un catholique rendant un culte à Dieu à travers une parcelle de pain, mémoire des gestes et des paroles de Jésus le soir du Jeudi saint Malgré mon respect pour les pratiques culturelles des individus, j\u2019étais désolé d\u2019ob- server que la seule forme de participation significative de notre Église au 400e anniversaire de Québec fiitl\u2019organisation de ce congrès eucharistique.Le succès interne que semble avoir connu l\u2019événement, en raison de la qualité exceptionnelle de plusieurs de ses intervenants (citons, entre autres, le fondateur de L\u2019Arche, Jean Vanier, la travailleuse humanitaire burundaise Marguerite Barankitse, la missionnaire gaspésienne Huguette Leblanc, l\u2019ex-politicien suisse Nicolas Buttet et le cardinal Jean-Claude Turcotte, qui a donné une excellente conférence sur la qualité des missionnaires français venus en Nouvelle-France), n\u2019a atténué qu\u2019à moitié ma désolation.À l\u2019heure des accommodements raisonnables et des réflexions identitaires, à l\u2019heure où, comme peuple, comme société civile et laïque, nous sommes en quête du sens de notre histoire, nous cherchons à retracer la genèse de « l\u2019âme québécoise » et à décanter nos valeurs constituantes, issues de l\u2019osmose entre le projet social de l\u2019Évangile et notre lutte de survivance, je suis navré que l\u2019Église à laquelle j\u2019appartiens n\u2019ait pas trouvé de façon moins cléricale et hiératique de s\u2019inscrire dans cette démarche collective de recherche de sens de La seule participation significative de notre Église au 400e de Québec a été l'organisation d'un congrès eucharistique.395 Québec 2008-2009*.indd 395 17/11/08 09:24:53 Photo: Francis Vachon /LA PRESSE CANADIENNE L'état du Québec 2009 Rassemblement à la cérémonie de clôture du 49e Congrès eucharistique international sur les Plaines d'Abraham à Québec, le 22 juin 2008.Vvj| ^,5 K- ¦¦ r / notre parcours historique québécois.Par exemple, je me demande en fonction de quels critères on a pu penser que le message le plus approprié de l\u2019Église pour toucher les masses du Québec laïque de 2008 devait prendre la forme d\u2019une parade d\u2019ostensoir, ouverte par un cortège de cardinaux revêtus d\u2019habits plus proches de l\u2019époque monarchique et des prescriptions du Iivitique de l\u2019Ancien Testament que de la convivialité avec la société d\u2019aujourd\u2019hui.Une Église en mouvance de retour vers le passé Reléguant dans l\u2019ombre des prestations et des conférences spirituelles, théologiques et historiques d\u2019une qualité remarquable, dont plusieurs témoignaient d\u2019engagements humains et sociaux lumineux, l\u2019image publique qui risque de rester de ce congrès eucharistique, en 396 raison de sa configuration cléricale et de l\u2019aura conservatrice de ses principales têtes d\u2019affiche, est celle d\u2019une Église en mouvance de retour vers le passé.Dans sa courte homélie des plaines d\u2019Abraham, prononcée depuis son siège romain, lepape en a profité, mine de rien, pour planter quelques jalons indiquant sa position à l\u2019égard d\u2019un certain nombre de questions morales, doctrinales et disciplinaires dans l\u2019air du temps.BenoîtXVI a demandé de lutter pour que toute personne soit respectée «depuis sa conception jusqu\u2019à sa mort naturelle» ; a évoqué l\u2019immuabilité de la liturgie, qui n\u2019appar-tientpas aux fidèles, « mais qui estun trésor de l\u2019Église » ; a rappelé la nécessité de se confesser de ses péchés graves avantde recevoir le corps du Christ ; a convié à une communion de désir ceux qui « ne peuventpas communier en raison de leur situation » (par exemple les divorcés remariés) ; et, pour «que jamais le peuple de Québec 2008-2009*.indd 396 17/11/08 09:24:53 Société civile Qu'est-ce qu'un congrès eucharistique ?L'Église catholique, à l'instar d'autres mouvements, organise différents types de rassemblements, que ce soit à des fins de délibération (comme l'élection d'un nouveau pape lors d'un conclave), d'administration (par exemple, un consistoire), d'étude et d'orientation (un concile), de consultation et de réflexion (un synode) ou encore de célébration (les Journées mondiales de la jeunesse).Ces réunions et événements, dont les noms renvoient à une terminologie propre à l'Église, comportent souvent des connotations cérémonielles.L'objet d'un congrès eucharistique est l'eucharistie elle-même.Ce sacrement central dans la vie de l'Église vise à commémorer la Cène, le dernier repas que Jésus partage avec ses apôtres.Le pain et le vin que le prêtre partage entre les fidèles durant la communion représentent symboliquement le corps et le sang de Jésus-Christ mort sur la croix pour la réconciliation de l'humanité avec Dieu.Un congrès eucharistique a donc pour objectif d'approfondir la connaissance de ce rituel, apparu avec la naissance du christianisme, et à faire grandir l'attachement que lui vouent les fidèles.Au cœur des activités d'un congrès eucharistique, qui peut durer de quelques jours à plus d'une semaine, se trouve la célébration de l'eucharistie elle-même, sur une base quotidienne.Le programme comprend également des conférences théologiques, des témoignages d'engagement chrétien, des ateliers d'approfondissement spirituel, des séances d'adoration de l'hostie, des manifestations publiques (une procession dans les rues, par exemple) et se termine, en guise de cérémonie de clôture, par une messe adressée à un plus vaste public.La tradition des congrès eucharistiques dans l'Église catholique remonte au XIXe siècle.Le premier de ces congrès s'est tenu en France en 1881.Il rassemblait alors 300 personnes dirigeant des œuvres eucharistiques dans différents pays européens.Au cours des années qui ont suivi, la tradition s'est solidement implantée dans l'Église universelle, les congrès eucharistiques devenant une activité régulière, convoquée plus ou moins tous les quatre ans et pouvant regrouper de 12 000 à 15 000 personnes.Généralement, c'est le pape qui convoque les congrès eucharistiques internationaux dans des endroits proposés par un évêque ou par la conférence épiscopale d'un territoire donné.Lors du Congrès eucharistique de Guadalajara au Mexique, en 2004, le pape Jean-Paul II avait annoncé la tenue à Québec, en 2008, du 49e Congrès eucharistique international.Mgr Maurice Couture, alors archevêque de Québec, le lui avait suggéré afin de faire coïncider le Congrès avec le 400e anniversaire de la ville de Québec.Dieu ne manque de ministres pour lui donner le corps du Christ», il a invité «à transmettre l\u2019appel au sacerdoce aux jeunes garçons ».La fenêtre ouverte sur le monde par Jean XXIII (1958-1963) est-elle en train de se refermer ?Celaestune évidence p our plusieurs.Le moins que l\u2019on puisse dire est que l\u2019optimisme à l\u2019égard de la modernité et du monde contemporain qui prévalait aux beaux jours de Vatican 2 (1962-1965) s\u2019estconsidérablement refroidi.L\u2019Église d\u2019aujourd\u2019hui ne nie toutefois pas que le déferlement de la modernité, notamment dans les pays développés, y a déclenché une crise, que ses lieux de culte se dépeuplent et que les jeunes sont de plus en plus étrangers à son discours et à ses rites.Elle souhaite bien sûr que son déclin cesse.Cependant, elle ne semble pas croire qu\u2019elle doive se remettre en cause pour autant.Elle se comporte comme si l\u2019adhésion ou la désaffection des personnes à son endroitn\u2019avaitrien à voir avec son discours, 397 Québec 2008-2009*.indd 397 17/11/08 09:24:53 L'état du Québec 2009 ses normes, sa morale, son fonctionnement, l\u2019attitude de ses représentants ou la nature et la qualité de ses cérémonies etactivités.Elle se dit sans doute que si les gens s\u2019éloignent, c\u2019est parce qu\u2019ils n\u2019ont plus la grâce de la foi et que, par conséquent, une transformation de sa façon de faire n\u2019y changerait rien; Dieu, qui les a laissés partir, les ramènera bien quand il le décidera ; entre-temps, il suffit de prier très fort Devant une telle attitude, on ne sait plus trop si on se trouve en présence d\u2019un véritable abandon à Dieu ou d\u2019une crainte pusillanime qui ne saitplus oser de changements, saufceux qui prennent la direction du passé.L'exigence d'étonner le monde Que dire de tout cela?Le 49e Congrès eucharistique n\u2019aura probablement rien résolu.L\u2019intensité de la dévotion des fidèles au corps et au sang du Christ sous la forme du pain et du vin n\u2019estpas nécessairement en cause dans la désaffection de l\u2019Église.Le véritable enjeu, c\u2019est l\u2019annonce de la « bonne nouvelle» (une métaphore utilisée pour désigner l\u2019Évangile) aujourd\u2019hui.L\u2019Église est née dans la lumière du matin de Pâques, alors que Marie-Madeleine et les apôtres ont témoigné de la résurrection du Christ crucifié: «Nous avons vu le Seigneur.» Cependant, quand cette croyance fondatrice, cette nouvelle destinée à l\u2019humanité entière et dont nous sommes les porteurs, n\u2019arrive plus à nous garder rassemblés, à convoquer de nouveaux adeptes et hérauts, à étonner le monde comme le firent Pierre et les il apôtres à Jérusalem à la Pentecôte, il faut courageusement, dans la foi et l\u2019espérance, en chercher la cause.S\u2019agit-il du message, de ses porteurs ou de l\u2019état de la société?Cela demande de prier, bien sûr, mais en même temps de réfléchir profondément, de chercher, de consulter, d\u2019ouvrir un vaste débat, sorte de concile populaire élargi au plus grand nombre de croyants et à la société elle-même.On peut faire le pari que c\u2019est dans la mesure où elle entrera plus profondément en relation avec les humains de ce temps, qu\u2019elle s\u2019engagera envers eux, écoutantetfaisantsiens leurs peines, leurs cris, leurs aspirations etleurs joies, quel\u2019Église saisira toujours mieux la lumière qui l\u2019a fait naître, et pourra l\u2019annoncer avec des accents qui continueront d\u2019étonner le monde.Site Internet Portail de l\u2019Église catholique du Québec : www.ecdq.tv/fr Note 1.Une première ébauche de cet article est pâme dans Le Devoir du 13 août 2008 sous le titre «Le véritable enjeu, c\u2019est l\u2019annonce de la \u201cbonne nouvelle\u201d aujourd\u2019hui».Une parade d'ostensoir était-elle la forme la plus appropriée pour toucher les masses du Québec laïque de 2008 ?398 Québec 2008-2009*.indd 398 17/11/08 09:24:53 Territoire 400\tRégions administratives du Québec 401\tLe territoire en chiffres 419\tRapport Pronovost : sortir l\u2019agriculture et les communautés rurales fragiles d\u2019un modèle qui les étrangle 424\tMontréal : Des années troubles 428\tQuébec : Le retour de la pensée positive 431\tLes fêtes du 400e de Québec: du scepticisme à l\u2019allégresse 435\tCapitale-Nationale et Chaudière-Appalaches : Une année riche en événements 439\tCouronne des villes intermédiaires : Dans la cour des grandes villes.445\tRégions périphériques : Des espaces en mutation 451\tLa stratégie PME du Saguenay-Lac-Saint-Jean 456\tLes Autochtones en milieu urbain : revendication d\u2019une identité Québec 2008-2009*.indd 399 17/11/08 09:24:54 Québec 2008-2009*.indd 400\t17/11/08 09:24:54 ¦t* o o Régions administratives du Québec 09 Côte-Nord 10 Nord-du-Québec 11 Gaspésie-îles-de-la-Madeleine .ac-Saint-Jean 02 Saguenay- 08 Abitibi-Témiscamingue .01 Bas-Saint-Laurent 04 Mauricie 03 Capitale-Nationale 070utaouais * .aurentide: 05 Estrie I3 Laval lo n térégie 12 Chaudière-Appalaches 17 Centre-du-Québec 14 Lanaudière 06 Montréal Le territoire en chiffres BAS-SAINT-LAURENT (01)\t Superficie (2007)\tMarché du travail (2007) 22 184,9 km2* (1,7 % du Québec)\tPopulation active (000) \u2022 99,2 Démographie (2007)\tTaux d'activité \u2022 59,3 % \u2022 (Québec 65,5 %) Nombre d'emplois (000) \u2022 90,4 Population \u2022 201 642 \u2022 (2,6% du Québec)\tRégions/Québec \u2022 2,3 % Variation 2007/1997:-3,2 %\tTaux de chômage* 8,9 % \u2022 (Québec 7,4%) Indice synthétique de fécondité (P) \u2022 1,63\tTaux d'emploi *54,0%* (Québec 60,7 %) (Québec 1,62) Mortalité infantile (2005) \u2022 8,6 %o\tRevenu personnel disponible par habitant (Québec 4,7)\t(2006) Espérance de vie (2000-2002) \u2022 H 76,6 ans\t19576$* (Québec23 273$) (Qc 76,3) * F 83,0 ans (Qc 81,9) Migrations (2006-2007)\tInvestissements (2007 Perspective) 925 705 $ \u2022 (Région/Québec 1,7 %) Internationales\t-Solde:\t86\tSource privée \u2022 69,3 % \u2022 (Québec 72,5 %) Interprovinciales\t-Solde:\t-51 Intraprovinciale\t-Solde:\t-418\tDestination des expéditions manufacturières \u2022 Solde total :\t-383\t(2003) Répartition par groupe d'âge (2007)\tAu Québec (39,8%) \u2022 Autres provinces (13,4%) \u2022 À l'étranger (46,8 %) 0-14 ans \u2022 14,3 % \u2022 (Québec 16,0 %) 15-54 ans \u2022 53,7 % \u2022 (Québec 57,1 %)\tPrincipales municipalités (2008) 55-64 ans \u2022 14,7 % \u2022 (Québec 12,6%)\tRimouski (43 097) \u2022 Rivière-du-Loup (18 999) \u2022 65 ans et plus \u2022 17,3 % \u2022 (Québec 14,4%)\tMatane (15 013)* Mont-Joli (6 696) \u2022 Amqui (6 380) Emplois par secteur (2007)\tMunicipalités régionales de comté (MRC) Primaire \u2022 7,4% \u2022 (Québec 2,6%)\tKamouraska \u2022 La Matapédia \u2022 La Mitis \u2022 Secondaire \u2022 18,1 % \u2022 (Québec 20,0%)\tLes Basques \u2022 Matane \u2022 Rimouski-Neigette \u2022 Tertiaire \u2022 74,5 % \u2022 (Québec 77,4%)\tRivière-du-Loup -Témiscouata 401 Québec 2008-2009*.indd 401 17/11/08 09:24:54 SAGUENAY-LAC-SAINT-JEAN (02) Superficie (2007) 95 892,8 km2 \u2022 (7,3 % du Québec) Démographie (2007) Population \u2022 273 434 \u2022 (3,6% du Québec) Variation 2007/1997.-5,7% Indice synthétique de fécondité (P) .1,64 (Québec 1,62) Mortalité infantile (2005) \u2022 8,4%o (Québec 4,7) Espérance de vie (2000-2002) \u2022 H 75,4 ans (Qc 76,3) \u2022 F 81,1 ans (Qc 81,9) Migrations (2006-2007) Internationales\t\u2022 Solde:\t88 Interprovinciales\t\u2022 Solde:\t-277 Intraprovinciale\t\u2022 Solde:\t-1 555 \t\u2022 Solde total :\t-1 744 Répartition par groupe d'âge (2007) 0-14 ans -15,1 %\u2022 (Québec 16,0%) 15-54 ans \u2022 56,1 % \u2022 (Québec 57,1 %) 55-64 ans \u2022 13,8 % \u2022 (Québec 12,6 %) 65 ans et plus .15,1 % \u2022 (Québec 14,4%) Emplois par secteur (2007) Primaire \u2022 5,3 % \u2022 (Québec 2,6%) Secondaire \u2022 22,2 % \u2022 (Québec 20,0 %) Tertiaire \u2022 72,5 % \u2022 (Québec 77,4%) Marché du travail (2007) Population active (000) \u2022 139,3 Taux d'activité \u2022 62,2 % \u2022 (Québec 65,5 %) Nombre d'emplois (000) \u2022 126,6 Régions/Québec \u2022 3,3% Taux de chômage \u2022 9,1 % \u2022 (Québec 7,4%) Taux d'emploi \u2022 56,6 % \u2022 (Québec 60,7 %) Revenu personnel disponible par habitant (2006) 21 004$.(Québec23 273$) Investissements (2007 Perspective) 2 114492 $ \u2022 (Région/Québec 3,9%) Source privée 49,1 % \u2022 (Québec 72,5 %) Destination des expéditions manufacturières (2003) Au Québec (29,3%) \u2022 Autres provinces (8,0%) \u2022 À l'étranger (62,7 %) Principales municipalités (2008) Saguenay (146 641) \"Alma (30 612) \u2022 Dolbeau-Mistassini (14832) \u2022 Roberval (10 742) \u2022 Saint-Félicien (10 689) Municipalités régionales de comté (MRC) Fac-Saint-Jean-Est* Fe Domaine-du-Roy* Fe Fjord-du-Saguenay \u2022 Maria-Chapdelaine \u2022 Saguenay** ** Ville exerçant certaines compétences de MRC 402 CAPITALE-NATIONALE (03) Superficie (2007) 18 638,7 km2 \u2022 (1,4% du Québec) Démographie (2007) Population \u2022 675 450 \u2022 (8,8% du Québec) Variation 2007/1997-4,7% Indice synthétique de fécondité (P) -1,44 (Québec 1,62) Mortalité infantile (2005) \u2022 6,5 %o (Québec 4,7) Espérance de vie (2000-2002) - H 76,6 ans (Qc 76,3) - F 82,4 ans (Qc 81,9) Migrations (2006\t2007)\t Internationales\t\u2022 Solde :\t1 692 Interprovinciales\t\u2022 Solde :\t-1 184 Intraprovinciale\t\u2022 Solde :\t2 086 \t\u2022 Solde total :\t2 594 Répartition par groupe d'âge (2007) 0-14 ans -14,8 % - (Québec 16,0 %) 15-54 ans - 56,8% - (Québec 57,1 %) 55-64 ans -13,7 % - (Québec 12,6 %) 65 ans et plus \u2022 15,7% \u2022 (Québec 14,4%) Emplois par secteur (2007) Primaire \u2022 0,5% \u2022 (Québec 2,6%) Secondaire -12,9% \u2022 (Québec 20,0%) Tertiaire \u2022 86,7% \u2022 (Québec 77,4%) Marché du travail (2007) Population active (000) \u2022 372,0 Taux d'activité \u2022 65,9 % \u2022 (Québec 65,5 %) Nombre d'emplois (000) \u2022 353,7 Régions/Québec \u2022 9,2% Taux de chômage \u2022 4,9% \u2022 (Québec 7,4%) Taux d'emploi \u2022 62,7 % \u2022 (Québec 60,7 %) Revenu personnel disponible par habitant (2006) 23955$-(Québec23 273$) Investissements (2007 Perspective) 4 709 081 $\u2022 (Région/Québec 8,7 %) Source privée \u2022 72,2 % \u2022 (Québec 72,5 %) Destination des expéditions manufacturières (2003) Au Québec (40,3%) - Autres provinces (21,6%) \u2022 À l'étranger (38,1 %) Principales municipalités (2008) Québec (502 119).Saint-Augustin-de-Desmaures (17 621 ) \u2022 L'Ancienne-Lorette (16 855) \u2022 Saint-Raymond (9 456) \u2022 La Malbaie (9130) Municipalités régionales de comté (MRC) Charlevoix \u2022 Charlevoix-Est \u2022 La Côte-de-Beaupré \u2022 La Jacques-Cartier \u2022 LTle-d'Orléans \u2022 Portneuf \u2022 Québec** ** Agglomération exerçant certaines compétences de MRC 403 MAURICIE (04) Superficie (2007) 35 451,7 km2 \u2022 (2,7 % du Québec) Démographie (2007) Population \u2022 261 149 \u2022 (3,4% du Québec) Variation 2007/1997.-1,2% Indice synthétique de fécondité (P) .1,57 (Québec 1,62) Mortalité infantile (2005) \u2022 6,3 %o (Québec 4,7) Espérance de vie (2000-2002) \u2022 H 75,2 ans (Qc 76,3) \u2022 F 81,9 ans (Qc 81,9) Migrations (2006\t2007)\t Internationales\t\u2022 Solde :\t346 Interprovinciales\t\u2022 Solde :\t-166 Intraprovinciale\t\u2022 Solde :\t316 \t\u2022 Solde total :\t496 Répartition par groupe d'âge (2007) 0-14 ans \u2022 13,7 % \u2022 (Québec 16,0 %) 15-54 ans \u2022 53,6% \u2022 (Québec 57,1 %) 55-64 ans \u2022 14,5% \u2022 (Québec 12,6%) 65 ans et plus \u2022 18,2% \u2022 (Québec 14,4%) Emplois par secteur (2007) Primaire \u2022 1,5%.(Québec 2,6%) Secondaire \u2022 25,2% \u2022 (Québec 20,0%) Tertiaire \u2022 73,3% \u2022 (Québec 77,4%) Marché du travail (2007) Population active (000) \u2022 128,7 Taux d'activité \u2022 59,2 % \u2022 (Québec 65,5 %) Personnes occupées (000) \u2022 116,8 Régions/Québec \u2022 3,0% Taux de chômage \u2022 9,2% \u2022 (Québec 7,4%) Taux d'emploi \u2022 53,7 % \u2022 (Québec 60,7 %) Revenu personnel disponible par habitant (2006) 21 014$-(Québec23 273$) Investissements (2007 Perspective) 1 930 472$.(Région/Québec 3,6%) Source privée \u2022 60,8% \u2022 (Québec 72,5%) Destination des expéditions manufacturières (2003) Au Québec (32,1 %) \u2022 Autres provinces (16,9%) \u2022 À l'étranger (51,0 %) Principales municipalités (2008) Trois-Rivières (128 941 ) \u2022 Shawinigan (52 865) \u2022 La Tuque (12 063) \u2022 Louiseville (7 568) \u2022 Notre-Dame-du-Mont-Carmel (5 241) Municipalités régionales de comté (MRC) La Tuque** - Les Chenaux* Maskinongé* Mékinac \u2022 Shawinigan** - Trois-Rivières** ** Agglomération ou ville exerçant certaines compétences de MRC 404 ESTRIE (05) Superficie (2007) 10 194,6 km2 \u2022 (0,8 % du Québec) Démographie (2007) Population \u2022 303 730 \u2022 (3,9% du Québec) Variation 2007/1997-6,7% Indice synthétique de fécondité (P) \u2022 1,64 (Québec 1,62) Mortalité infantile (2005) \u2022 3,4%o (Québec 4,7) Espérance de vie (2000-2002) - H 76,3 ans (Qc 76,3) - F 82,7 ans (Qc 81,9) Migrations (2006\t2007)\t Internationales\t\u2022 Solde:\t1 083 Interprovinciales\t\u2022 Solde:\t-465 Intraprovinciale\t\u2022 Solde:\t238 \t\u2022 Solde total :\t856 Répartition par groupe d'âge (2007) 0-14 ans -16,0% - (Québec 16,0 %) 15-54 ans - 55,0 % - (Québec 57,1 %) 55-64 ans -13,7 % - (Québec 12,6%) 65 ans et plus \u2022 15,3 % \u2022 (Québec 14,4%) Emplois par secteur (2007) Primaire \u2022 4,2 % \u2022 (Québec 2,6 %) Secondaire \u2022 25,3 % \u2022 (Québec 20,0%) Tertiaire \u2022 70,5 % \u2022 (Québec 77,4%) Marché du travail (2007) Population active (000) \u2022 160,7 Taux d'activité \u2022 64,6% \u2022 (Québec 65,5 %) Nombre d'emplois (000) \u2022 149,3 Régions/Québec \u2022 3,9% Taux de chômage \u2022 7,0% \u2022 (Québec 7,4%) Taux d'emploi \u2022 60,0% \u2022 (Québec 60,7 %) Revenu personnel disponible par habitant (2006) 21 310$-(Québec23 273$) Investissements (2007 Perspective) 2 101 761 $ \u2022 (Région/Québec 3,9%) Source privée \u2022 79,9% \u2022 (Québec 72,5%) Destination des expéditions manufacturières (2003) Au Québec (28,9%) \u2022 Autres provinces (16,9%) \u2022 À l'étranger (54,2%) Principales municipalités (2008) Sherbrooke (150 751) \u2022 Magog (24 322) \u2022 Coaticook (9 395) \u2022 Asbestos (6 977) \u2022 Lac-Mégantic (6 086) Municipalités régionales de comté (MRC) Coaticook - Le Granit \u2022 Le Haut-Saint-François \u2022 Le Val-Saint-François \u2022 Les Sources \u2022 Memphrémagog \u2022 Sherbrooke** ** Ville exerçant certaines compétences de MRC 405 MONTRÉAL (06) Superficie (2007) 498,2 km2 \u2022 (0,0% du Québec) Démographie (2007) Population \u2022 1 871 846 \u2022 (24,3 % du Québec) Variation 1997-2007 - 4,0% Indice synthétique de fécondité (P) \u2022 1,50 (Québec 1,62) Mortalité infantile (2005) \u2022 4,7 %o (Québec 4,7) Espérance de vie (2000-2002) \u2022 H 76,6 ans (Qc 76,3 ans) \u2022 F 82,0 ans (Qc 81,9 ans) Migrations (2006\t2007)\t Internationales\t- Solde:\t28 535 Interprovinciales\t- Solde:\t-10 079 Intraprovinciale\t- Solde:\t-27 463 \t- Solde total :\t-9 007 Répartition par groupe d'âge (2007) 0-14ans -14,8% - (Québec 16,0%) 15-54 ans - 58,8 % - (Québec 57,1 %) 55-64 ans -11,0 % - (Québec 12,6%) 65 ans et plus \u2022 15,4% \u2022 (Québec 14,4%) Emplois par secteur (2007) Primaire - 0,2 % - (Québec 2,6%) Secondaire \u2022 16,2 % \u2022 (Québec 20,0%) Tertiaire \u2022 83,6% \u2022 (Québec 77,4%) Marché du travail (2007) Population active (000) \u2022 1038,6 Taux d'activité \u2022 65,2 % \u2022 (Québec 65,5 %) Nombre d'emplois (000) \u2022 950,0 Région/Québec \u2022 24,7 % Taux de chômage \u2022 8,5 % \u2022 (Québec 7,4%) Taux d'emploi -59,7%- (Québec 60,7%) Revenu personnel disponible par habitant (2006) 24 810$-(Québec 23 273$) Investissements (2007 Perspective) 12 083 433 $ \u2022 (Région/Québec 22,2%) Source privée \u2022 69,9 % \u2022 (Québec 72,5 %) Destination des expéditions manufacturières (2003) Au Québec (42,5 %) \u2022 Autres provinces (21,5 %) \u2022 À l'étranger (36,0 %) Principales municipalités (2008) Montréal (1 659 962) \u2022 Dollard-Des Ormeaux (49 940) \u2022 Côte-Saint-Luc (31 965) \u2022 Pointe-Claire (30 732).Kirkland (20 888) Municipalité régionale de comté (MRC) Montréal** ** Agglomération exerçant certaines compétences de MRC 406 OUTAOUAIS (07)\t Superficie (2007)\tMarché du travail (2007) 30 503,8 km2 \u2022 (2,3 % du Québec)\tPopulation active (000) \u2022 200,2 Taux d'activité \u2022 69,0% \u2022 (Québec 65,5 %) Démographie (2007)\tNombre d'emplois (000) \u2022 187,5 Population \u2022 349 377 \u2022 (4,5% du Québec)\tRégion/Québec \u2022 4,9 % Variation 2007/1997-11,3%\tTaux de chômage \u2022 6,3 % \u2022 (Québec 7,4%) Indice synthétique de fécondité (P) \u2022 1,68 (Québec 1,62)\tTaux d'emploi \u2022 64,7 % \u2022 (Québec 60,7 %) Mortalité infantile (2005) \u2022 3,3 %o (Québec 4,7)\tRevenu personnel disponible par habitant Espérance de vie (2000-2002) - H 74,9 ans (Qc 76,3)(2006)\t -F 80,9 ans (Qc 81,9)\t21 604$-(Québec23 273$) Migrations (2006-2007)\tInvestissements (2007 Perspective) Internationales\t-Solde:\t1017\t1 999 600 $ \u2022 (Région/Québec 3,7 %) Interprovinciales\t-Solde:\t109 Intraprovinciale\t-Solde:\t873\tSource privée \u2022 74,3 % \u2022 (Québec 72,5 %) \u2022 Solde total :\t1 999\tDestination des expéditions manufacturières (2003) Répartition par groupe d'âge (2007)\tAu Québec (29,0%) \u2022 Autres provinces (15,9%) \u2022 0-14 ans -17,0% - (Québec 16,0 %) 15-54 ans - 59,6 % - (Québec 57,1 %)\tÀ l'étranger (55,0%) 55-64 ans -12,0 % - (Québec 12,6%)\tPrincipales municipalités (2008) 65 ans et plus \u2022 11,4% \u2022 (Québec 14,4%) Emplois par secteur (2007)\tGatineau (247 526) \u2022 Val-des-Monts (9 743) \u2022 Cantley (8 121) \u2022 La Pêche (7 622) \u2022 Chelsea (6 834) Primaire \u2022 0,9% \u2022 (Québec 2,6%)\tMunicipalités régionales de comté (MRC) Secondaire \u2022 13,7 % \u2022 (Québec 20,0%)\tGatineau** \u2022 La Vallée-de-la-Gatineau \u2022 Tertiaire \u2022 85,5 % \u2022 (Québec 77,4%)\tLes Collines-de-l'Outaouais \u2022 Papineau \u2022 Pontiac **Ville exerçant certaines compétences de MRC 407 ABITIBI-TÉMISCAMINGUE (08) Superficie (2007) 57 339,7 km2 \u2022 (4,4% du Québec) Démographie (2007) Population \u2022 145 1 92 \u2022 (1,9% du Québec) Variation 2007/1997.-6,9% Indice synthétique de fécondité (P) \u2022 1,78 (Québec 1,62) Mortalité infantile (2005) \u2022 1,3 %o (Québec 4,7) Espérance de vie (2000-2002) \u2022 H 74,4 ans (Qc 76,3) \u2022 F 80,8 ans (Qc 81,9) Migrations (2006\t2007)\t Internationales\t\u2022 Solde:\t9 Interprovinciales\t\u2022 Solde:\t-232 Intraprovinciale\t\u2022 Solde:\t-371 \t\u2022 Solde total :\t-594 Répartition par groupe d'âge (2007) 0-14 ans \u2022 17,2 % \u2022 (Québec 16,0 %) 15-54 ans \u2022 57,0 % \u2022 (Québec 57,1 %) 55-64 ans \u2022 12,6 % \u2022 (Québec 12,6%) 65 ans et plus \u2022 13,2 % \u2022 (Québec 14,4%) Emplois par secteur (2007) Primaire \u2022 14,0% \u2022 (Québec 2,6%) Secondaire \u2022 13,7 % \u2022 (Québec 20,0%) Tertiaire \u2022 72,4% \u2022 (Québec 77,4%) Marché du travail (2007) Population active (000) \u2022 73,7 Taux d'activité \u2022 63,8 % \u2022 (Québec 65,5 %) Nombre d'emplois (000) \u2022 66,9 Région/Québec \u2022 1,7 % Taux de chômage \u2022 9,2 % \u2022 (Québec 7,4%) Taux d'emploi .57,9%.(Québec 60,7%) Revenu personnel disponible par habitant (2006) 21 610$.(Québec 23 273$) Investissements (2007 Perspective) 951 896$ \u2022 (Région/Québec 1,8%) Source privée \u2022 84,3 % \u2022 (Québec 72,5 %) Destination des expéditions manufacturières (2003) Au Québec (29,3 %) \u2022 Autres provinces (18,5 %) \u2022 À l'étranger (52,2 %) Principales municipalités (2008) Rouyn-Noranda (10 748) -Val-d'Or (31 764) \u2022 Amos (12 863) \u2022 La Sarre (7 500) \u2022 Malartic (3 723) Municipalités régionales de comté (MRC) Abitibi \u2022 Abitibi-Ouest-Témiscamingue \u2022 La Vallée-de-l'Or* Rouyn-Noranda** ** Ville exerçant certaines compétences de MRC 408 CÔTE-NORD (09)\t Superficie (2007)\tMarché du travail (2007)* 236 699,6 km2 \u2022 (18,0% du Québec)\tPopulation active (000) \u2022 53,8 Taux d'activité \u2022 60,2 % \u2022 (Québec 65,5 %) Démographie (2007)\tNombre d'emplois (000) -49,0 Population \u2022 95 668* (1,2 % du Québec)\tRégion/Québec \u2022 1,3 % Variation 2007/1997 \u2022 -8,4%\tTaux de chômage \u2022 8,7 % \u2022 (Québec 7,4%) Indice synthétique de fécondité (P) \u2022 1,79 (Québec 1,62)\tTaux d'emploi -54,8%- (Québec 60,7%) Mortalité infantile (2005) \u2022 4,2 %o (Québec 4,7)\tRevenu personnel disponible par habitant Espérance de vie (2000-2002) \u2022 H 75,1 ans (Qc 76,3)(2006)\t \u2022 F 81,3 ans (Qc 81,9)\t23 225$-(Québec 23 273$) Migrations (2006-2007)\tInvestissements (2007 Perspective) Internationales\t-Solde:\t-10\t858432$ \u2022 (Région/Québec 1,6%) Interprovinciales\t-Solde:\t-105 Intraprovinciale\t-Solde:\t-838\tSource privée \u2022 75,0 % \u2022 (Québec 72,5 %) \u2022 Solde total :\t-953\tDestination des expéditions manufacturières (2003) Répartition par groupe d'âge (2007)\tAu Québec (22,8%) \u2022 Autres provinces (8,6%) \u2022 0-14 ans -17,1 % - (Québec 16,0%) 15-54 ans - 57,8 % - (Québec 57,1 %)\tÀ l'étranger (68,5 %) 55-64 ans -12,7 % - (Québec 12,6%)\tPrincipales municipalités (2008) 65 ans et plus \u2022 12,4% \u2022 (Québec 14,4%)\tSept-Tles (26 044) \u2022 Baie-Comeau (23 007) \u2022 Port-Cartier (6 922) \u2022 Forestville (3 621) \u2022 Emplois par secteur (2007)* Primaire \u2022 6,9% \u2022 (Québec 2,6%)\tHavre-Saint-Pierre (3 200) Secondaire \u2022 20,5 % \u2022 (Québec 20,0%)\tMunicipalités régionales de comté (MRC) Tertiaire \u2022 72,5 % \u2022 (Québec 77,4%)\tBasse-Côte-Nord \u2022 Caniapiscau \u2022 Fa Haute Côte- * Côte-Nord et Nord-du-Québec\tNord \u2022 Manicouagan \u2022 Minganie \u2022 Sept-Rivières 409 NORD-DU-QUÉBEC (10) Superficie (2007) 718 228,6 km2 \u2022 (54,7 % du Québec) Démographie (2007) Population \u2022 40 913 \u2022 (0,5 % du Québec) Variation 2007/1997-4,1% Indice synthétique de fécondité (P) \u2022 2,67 (Québec 1,62) Mortalité infantile (2005) \u2022 11,0 %o (Québec 4,7) Espérance de vie (2000-2002) - H 71,6 ans (Qc 76,3) - F 76,6 ans (Qc 81,9) Migrations (2006\t2007)\t Internationales\t\u2022 Solde:\t-7 Interprovinciales\t\u2022 Solde:\t-27 Intraprovinciale\t\u2022 Solde:\t-517 \t\u2022 Solde total :\t-551 Répartition par groupe d'âge (2007) 0-14 ans - 27,8% - (Québec 16,0 %) 15-54 ans - 58,9 % - (Québec 57,1 %) 55-64 ans - 7,9% - (Québec 12,6%) 65 ans et plus \u2022 5,4% \u2022 (Québec 14,4%) Emplois par secteur (2007)* Primaire \u2022 6,9% \u2022 (Québec 2,6%) Secondaire \u2022 20,5 % \u2022 (Québec 20,0%) Tertiaire \u2022 72,5 % \u2022 (Québec 77,4%) * Côte-Nord et Nord-du-Québec Marché du travail (2007)* Population active (000) \u2022 53,8 Taux d'activité \u2022 60,2 % \u2022 (Québec 65,5 %) Nombre d'emplois (000) -49,0 Région/Québec \u2022 1,3 % Taux de chômage \u2022 8,7 % \u2022 (Québec 7,4%) Taux d'emploi -54,8%- (Québec 60,7%) Revenu personnel disponible par habitant (2006) 23310$-(Québec 23 273$) Investissements (2007 Perspective) 3 311 000$ \u2022 (Région/Québec 6,0%) Source privée \u2022 15,0 % \u2022 (Québec 72,5 %) Destination des expéditions manufacturières (2003) Au Québec (29,7 %) \u2022 Autres provinces (13,3 %) \u2022 À l'étranger (57,0 %) Principales municipalités (2008) Chibougamau (7 732) \u2022 Chisasibi (3 734) \u2022 Mistissini (2 853) \u2022 Lebel-sur-Quévillon (2 796) \u2022 Kuujjuaq (2192) Municipalité régionale de comté (MRC) Administration régionale Kativik 410 GASPÉSIE-ÎLES-DE-LA-MADELEINE (11) Superficie (2007) 20 272,2 km2 \u2022 (1,5 % du Québec) Démographie (2007) Population \u2022 95 461 \u2022 (1,2 % du Québec) Variation 2007/1997.-9,7% Indice synthétique de fécondité (P) \u2022 1,54 (Québec 1,62) Mortalité infantile (2005) \u2022 3,0 %o (Québec 4,7) Espérance de vie (1995-1997) \u2022 H 75,8 ans (Qc 76,3) \u2022 F 82,7 ans (Qc 81,9) Migrations (2006\t2007)\t Internationales\t\u2022 Solde:\t10 Interprovinciales\t\u2022 Solde:\t-42 Intraprovinciale\t\u2022 Solde:\t-272 \t\u2022 Solde total :\t-304 Répartition par groupe d'âge (2007) 0-14 ans \u2022 13,3 % \u2022 (Québec 16,0 %) 15-54 ans \u2022 53,0 % \u2022 (Québec 57,1 %) 55-64 ans \u2022 15,5 % \u2022 (Québec 12,6%) 65 ans et plus \u2022 18,2 % \u2022 (Québec 14,4%) Emplois par secteur (2007) Primaire \u2022 7,6% \u2022 (Québec 2,6%) Secondaire \u2022 12,8% \u2022 (Québec 20,0%) Tertiaire \u2022 79,6% \u2022 (Québec 77,4%) Marché du travail (2007) Population active (000) \u2022 42,3 Taux d'activité \u2022 52,3 % \u2022 (Québec 65,5 %) Nombre d'emplois (000) \u2022 35,0 Région/Québec \u2022 0,9% Taux de chômage \u2022 17,3 % \u2022 (Québec 7,4%) Taux d'emploi .43,3%.(Québec 60,7%) Revenu personnel disponible par habitant (2006) 18914$.(Québec 23 273$) Investissements (2007 Perspective) 567 150$ \u2022 (Région/Québec 1,0%) Source privée \u2022 75,5 % \u2022 (Québec 72,5 %) Destination des expéditions manufacturières (2003) Au Québec (45,6%) \u2022 Autres provinces (31,7 %) \u2022 À l'étranger (22,7 %) Principales municipalités (2007) Gaspé (15 102) \u2022 Les îles-de-la-Madeleine (12 794) \u2022\tChandler (8 073) \u2022 Sainte-Anne-des-Monts (6 887) \u2022\tCarleton-sur-Mer(4157) Municipalités régionales de comté (MRC) Tles-de-la-Madeleine** \u2022 Avignon \u2022 Bonaventure \u2022 La Côte-de-Gaspé \u2022 La Haute-Gaspésie \u2022 Le Rocher-Percé ** Agglomération exerçant certaines compétences de MRC 411 CHAUDIÈRE-APPALACHES (12) Superficie (2007) 15 070,9 km2 \u2022 (1,1 % du Québec) Démographie (2007) Population \u2022 399 563 \u2022 (5,2% du Québec) Variation 2007/1997-3,2% Indice synthétique de fécondité (P) \u2022 1,79 (Québec 1,62) Mortalité infantile (2005) \u2022 3,5 %o (Québec 4,7) Espérance de vie (2000-2002) - H 76,7 ans (Qc 76,3) - F 82,8 ans (Qc 81,9) Migrations (2006\t2007)\t Internationales\t\u2022 Solde:\t83 Interprovinciales\t\u2022 Solde:\t-337 Intraprovinciale\t\u2022 Solde:\t482 \t\u2022 Solde total :\t228 Répartition par groupe d'âge (2007) 0-14 ans -16,1 % - (Québec 16,0 %) 15-54 ans - 55,7 % - (Québec 57,1 %) 55-64 ans -13,6 % - (Québec 12,6%) 65 ans et plus \u2022 14,6% \u2022 (Québec 14,4%) Emplois par secteur (2007) Primaire \u2022 6,0% \u2022 (Québec 2,6%) Secondaire \u2022 28,3 % \u2022 (Québec 20,0%) Tertiaire \u2022 65,7 % \u2022 (Québec 77,4%) Marché du travail (2007) Population active (000) \u2022 219,8 Taux d'activité \u2022 67,1 % \u2022 (Québec 65,5 %) Nombre d'emplois (000) \u2022 206,7 Région/Québec \u2022 5,4% Taux de chômage -6,0 % - (Québec 7,4%) Taux d'emploi -63,1 % - (Québec 60,7 %) Revenu personnel disponible par habitant (2006) 22 044$-(Québec 23 273$) Investissements (2007 Perspective) 2 229 206$ \u2022 (Région/Québec 4,1 %) Source privée \u2022 82,7 % \u2022 (Québec 72,5 %) Destination des expéditions manufacturières (2003) Au Québec (57,4%) \u2022 Autres provinces (19,7 %) \u2022 À l'étranger (22,9 %) Principales municipalités (2008) Lévis (132 851) \u2022 Saint-Georges (30 268) -Thetford Mines (26 190) \u2022 Montmagny (11 569) \u2022 Sainte-Marie (11 833) Municipalités régionales de comté (MRC) Beauce-Sartigan \u2022 Bellechasse \u2022 La Nouvelle-Beauce \u2022 L'Amiante \u2022 Les Etchemins \u2022 Lévis** \u2022 L'Islet \u2022 Lotbinière \u2022 Montmagny \u2022 Robert-Cliche ** Ville exerçant certaines compétences de MRC 412 LAVAL (13) Superficie (2007) 246,0 km2 \u2022 (0,0% du Québec) Démographie (2007) Population \u2022 381 651 \u2022 (5,0% du Québec) Variation 2007/1997-13,1 % Indice synthétique de fécondité (P) \u2022 1,66 (Québec 1,62) Mortalité infantile (2005) \u2022 5,6 %o (Québec 4,7) Espérance de vie (2000-2002) - H 78,0 ans (Qc 76,3) - F 82,3 ans (Qc 81,9) Migrations (2006\t2007)\t Internationales\t\u2022 Solde:\t1 432 Interprovinciales\t\u2022 Solde:\t-392 Intraprovinciale\t\u2022 Solde:\t2 587 \t\u2022 Solde total :\t3 627 Répartition par groupe d'âge (2007) 0-14 ans -17,4% - (Québec 16,0 %) 15-54 ans - 56,9 % - (Québec 57,1 %) 55-64 ans -11,4% - (Québec 12,6%) 65 ans et plus -14,3%- (Québec 14,4%) Emplois par secteur (2007) Primaire \u2022 1,0 % \u2022 (Québec 2,6 %) Secondaire \u2022 19,3 % \u2022 (Québec 20,0%) Tertiaire \u2022 79,8% \u2022 (Québec 77,4%) Marché du travail (2007) Population active (000) \u2022 214,0 Taux d'activité \u2022 69,2 % \u2022 (Québec 65,5 %) Nombre d'emplois (000) \u2022 203,0 Région/Québec \u2022 5,3 % Taux de chômage \u2022 5,1 % \u2022 (Québec 7,4%) Taux d'emploi -65,7%- (Québec 60,7%) Revenu personnel disponible par habitant (2006) 23 882$-(Québec 23 273$) Investissements (2007 Perspective) 2 655 524$ \u2022 (Région/Québec4,9%) Source privée \u2022 83,9 % \u2022 (Québec 72,5 %) Destination des expéditions manufacturières (2003) Au Québec (46,7 %) \u2022 Autres provinces (28,3 %) \u2022 À l'étranger (25,0 %) Principale municipalité (2008) Laval (376425) Municipalité régionale de comté (MRC) Laval** ** Ville exerçant certaines compétences de MRC 413 LANAUDIÈRE (14) Superficie (2007) 12 313,3 km2 \u2022 (0,9% du Québec) Démographie (2007) Population *445 188* (5,8% du Québec) Variation 2007/1997-15,7% Indice synthétique de fécondité (P) \u2022 1,70 (Québec 1,62) Mortalité infantile (2005) \u2022 5,0 %o (Québec 4,7) Espérance de vie (2000-2002) - H 75,5 ans (Qc 76,3) - F 81,1 ans (Qc 81,9) Migrations (2006\t2007)\t Internationales\t\u2022 Solde:\t173 Interprovinciales\t\u2022 Solde:\t-120 Intraprovinciale\t\u2022 Solde:\t7 841 \t\u2022 Solde total :\t7 894 Répartition par groupe d'âge (2007) 0-14 ans -17,5 % - (Québec 16,0 %) 15-54 ans - 57,5 % - (Québec 57,1 %) 55-64 ans -12,7 % - (Québec 12,6%) 65 ans et plus \u2022 12,2 % \u2022 (Québec 14,4%) Emplois par secteur (2007) Primaire - 2,7 % - (Québec 2,6%) Secondaire \u2022 25,0% \u2022 (Québec 20,0%) Tertiaire \u2022 72,3 % \u2022 (Québec 77,4%) Marché du travail (2007) Population active (000) \u2022 236,0 Taux d'activité \u2022 66,9 % \u2022 (Québec 65,5 %) Nombre d'emplois (000) \u2022 219,4 Région/Québec \u2022 5,7 % Taux de chômage -7,0 % - (Québec 7,4%) Taux d'emploi -62,2%- (Québec 60,7%) Revenu personnel disponible par habitant (2006) 22 177$-(Québec 23 273$) Investissements (2007 Perspective) 2 780 793 $ \u2022 (Région/Québec 5,1 %) Source privée \u2022 89,1 % \u2022 (Québec 72,5 %) Destination des expéditions manufacturières (2003) Au Québec (61,0%) \u2022 Autres provinces (17,4%) \u2022 À l'étranger (21,6%) Principales municipalités (2008) Terrebonne (96 795) \u2022 Repentigny (77 744) \u2022 Mascouche (34 475) \u2022 Joliette (19 423) \u2022 L'Assomption (17 093) Municipalités régionales de comté (MRC) D'Autray \u2022 Joliette \u2022 L'Assomption \u2022 Les Moulins \u2022 Matawinie \u2022 Montcalm 414 LAURENTIDES (15) Superficie (2007) 20 559,9 km2 \u2022 (1,6% du Québec) Démographie (2007) Population *528 318* (6,9% du Québec) Variation 2007/1997-18,6% Indice synthétique de fécondité (P) \u2022 1,82 (Québec 1,62) Mortalité infantile (2005) -4,4%o (Québec 4,7) Espérance de vie (2000-2002) - H 76,0 ans (Qc 76,3) - F 80,9 ans (Qc 81,9) Migrations (2006\t2007)\t Internationales\t\u2022 Solde:\t302 Interprovinciales\t\u2022 Solde:\t-343 Intraprovinciale\t\u2022 Solde:\t6 762 \t\u2022 Solde total :\t6 721 Répartition par groupe d'âge (2007) 0-14 ans -17,6% - (Québec 16,0 %) 15-54 ans - 57,2 % - (Québec 57,1 %) 55-64 ans -12,7 % - (Québec 12,6%) 65 ans et plus \u2022 12,5 % \u2022 (Québec 14,4%) Emplois par secteur (2007) Primaire - 2,3 % - (Québec 2,6%) Secondaire \u2022 19,6%- (Québec 20,0%) Tertiaire \u2022 78,2 % \u2022 (Québec 77,4%) Marché du travail (2007) Population active (000) \u2022 291,7 Taux d'activité \u2022 69,6 % \u2022 (Québec 65,5 %) Nombre d'emplois (000) \u2022 271,5 Région/Québec \u2022 7,0% Taux de chômage -6,9 % - (Québec 7,4%) Taux d'emploi -63,8%- (Québec 60,7%) Revenu personnel disponible par habitant (2006) 23 791 $-(Québec 23 273$) Investissements (2007 Perspective) 4 063 417 $ \u2022 (Région/Québec 7,5 %) Source privée \u2022 87,6 % \u2022 (Québec 72,5 %) Destination des expéditions manufacturières (2003) Au Québec (41,0%) \u2022 Autres provinces (13,2 %) \u2022 À l'étranger (45,8 %) Principales municipalités (2008) Saint-Jérôme (65 048) \u2022 Blainville (47 504) \u2022 Saint-Eustache (42 944)* Mirabel (35 435) \u2022 Boisbriand (27 043) Municipalités régionales de comté (MRC) Antoine-Labelle \u2022 Argenteuil \u2022 Deux-Montagnes \u2022 La Rivière-du-Nord \u2022 Les Laurentides \u2022 Les Pays-d'en-Haut* Mirabel** -Thérèse-De Blainville ** Ville exerçant certaines compétences de MRC 415 MONTÉRÉGIE (16) Superficie (2007) 11 110,8 km2 \u2022 (0,8% du Québec) Démographie (2007) Population \u2022 1 403 360* (18,2 % du Québec) Variation 2007/1997-8,9% Indice synthétique de fécondité (P) -1,73 (Québec 1,62) Mortalité infantile (2005) \u2022 3,4%o (Québec 4,7) Espérance de vie (2000-2002) - H 76,8 ans (Qc 76,3) - F 81,9 ans (Qc 81,9) Migrations (2006-2007) Internationales\t-Solde:\t2 581 Interprovinciales -Solde:\t-1719 Intraprovinciale\t-Solde:\t9 871 -Solde total: 10 733 Répartition par groupe d'âge (2007) 0-14 ans -17,2 % - (Québec 16,0 %) 15-54 ans - 56,9% - (Québec 57,1 %) 55-64 ans -12,9% - (Québec 12,6%) 65 ans et plus -13,1 % \u2022 (Québec 14,4%) Emplois par secteur (2007) Primaire \u2022 2,4% \u2022 (Québec 2,6%) Secondaire \u2022 23,3% \u2022 (Québec 20,0%) Tertiaire \u2022 74,3% \u2022 (Québec 77,4%) Revenu personnel disponible par habitant (2006) 24 253 $-(Québec 23 273$) Marché du travail (2007) Population active (000) \u2022 755,5 Taux d'activité \u2022 67,2 % \u2022 (Québec 65,5 %) Nombre d'emplois (000) \u2022 709,4 Région/Québec \u2022 18,4% Taux de chômage \u2022 6,1 % \u2022 (Québec 7,4%) Taux d'emploi \u2022 63,1 % \u2022 (Québec 60,7 %) Investissements (2007 Perspective) 9 834463 $ - (Région/Québec 18,0%) Source privée \u2022 81,8 % \u2022 (Québec 72,5 %) Destination des expéditions manufacturières (2003) Au Québec (41,5%) - Autres provinces (20,9%) \u2022 À l'étranger (37,6 %) Principales municipalités (2008) Longueuil (234 352) \u2022 Saint-Jean-sur-Richelieu (89 388) - Brassard (72 707) - Granby (60 617) -Saint-Hyacinthe (52 713) Municipalités régionales de comté (MRC) Acton \u2022 Beauharnois-Salaberry \u2022 Brome-Missisquoi \u2022\tLa Haute-Yamaska \u2022 La Vallée-du-Richelieu \u2022 Lajemmerais \u2022 Le Bas-Richelieu \u2022 Le Haut-Richelieu \u2022\tLe Haut-Saint-Laurent - Les Jardins-de-Napierville \u2022\tLes Maskoutains \u2022 Longueuil** - Roussillon \u2022 Rouville-Vaudreuil-Soulanges ** Agglomération exerçant certaines compétences de MRC 416 CENTRE-DU-QUÉBEC (17) Superficie (2007) 6 920,9 km2 \u2022 (0,5% du Québec) Démographie (2007) Population \u2022 228 865 \u2022 (3,0% du Québec) Variation 2007/1997 4,4% Indice synthétique de fécondité (P) *1,74 (Québec 1,62) Mortalité infantile (2005) *4,5 %o (Québec 4,7) Espérance de vie (2000-2002) \u2022 H 75,5 ans (Qc 76,3) \u2022 F 82,4 ans (Qc 81,9) Migrations (2006\t2007)\t Internationales\t\u2022 Solde :\t369 Interprovinciales\t\u2022 Solde :\t-138 Intraprovinciale\t\u2022 Solde :\t378 \t\u2022 Solde total :\t609 Répartition par groupe d'âge (2007) 0-14 ans \u2022 16,5 % \u2022 (Québec 16,0 %) 15-54 ans \u2022 54,9% \u2022 (Québec 57,1 %) 55-64 ans \u2022 13,5 % \u2022 (Québec 12,6 %) 65 ans et plus \u2022 15,1 % \u2022 (Québec 14,4%) Emplois par secteur (2007) Primaire \u2022 5,6% \u2022 (Québec 2,6%) Secondaire* 31,4% \u2022 (Québec 20,0%) Tertiaire \u2022 63,0% \u2022 (Québec 77,4%) Marché du travail (2007) Population active (000) \u2022 124,8 Taux d'activité \u2022 67,4% \u2022 (Québec 65,5%) Nombre d'emplois (000) \u2022 116,4 Région/Québec \u2022 3,0% Taux de chômage \u2022 6,7 % \u2022 (Québec 7,4%) Taux d'emploi \u2022 62,8 % \u2022 (Québec 60,7 %) Revenu personnel disponible par habitant (2006) 22 177$*(Québec23 273$) Investissements (2007 Perspective) 1 234 341 $ \u2022 (Région/Québec 2,3%) Source privée \u2022 84,4% \u2022 (Québec 72,5%) Destination des expéditions manufacturières (2003) Au Québec (44,9%) \u2022 Autres provinces (23,0%) \u2022 À l'étranger (32,0 %) Principales municipalités (2008) Drummondville (68 841 ) \u2022 Victoriaville (41 316) \u2022 Bécancour (11 369) \u2022 Nicolet (7 979) \u2022 Plessisville (6 819) Municipalités régionales de comté (MRC) Arthabaska \u2022 Bécancour \u2022 Drummond \u2022 L'Érable \u2022 Nicolet-Yamaska 417 Notes Les totaux de certains tableaux ne correspondent pas nécessairement à la somme des parties en raison de l\u2019arrondissement des données.Principaux signes : Km2 : kilomètres carrés P : donnée provisoire $ : en dollars E : estimation .: donnée non disponible °/oo : pour mille x : donnée confidentielle Sources Gouvernement du Québec, Institut de la statistique du Québec pour les statistiques démographiques, les revenus et les investissements.Gouvernement du Québec, Ministère des Affaires municipales, du Sport et des Loisirs pour les statistiques municipales et des MRC.Gouvernement du Québec, Ministère du Développement économique et régional, compilations spéciales.Gouvernement du Québec, Statistique Canada, Enquête sur la population active pour les statistiques du marché du travail.Les tableaux statistiques ont été mis à jour par le ministère du Développement économique et régional du Québec.418 Québec 2008-2009*.indd 418 17/11/08 09:24:56 Rapport Pronovost : sortir l\u2019agriculture et les communautés rurales fragiles d\u2019un modèle qui les étrangle Bernard Vachon Professeur à la retraite, département de géographie, UQAM Consultant national et international en développement local et régional, décentralisation et gouvernance locale En mai 2006, le gouvernement du Québec créaitla Commission sur 1\u2018avenir de l\u2019agriculture et de l\u2019agroalimentaire québécois, une commission publique indépendante présidée par Jean Pronovost, ancien sous-ministre de plusieurs ministères à Québec.Le mandat de cette commission était large : \u2022 dresser un état de la situation sur les enjeux et les défis de l\u2019agriculture et de l\u2019agroalimentaire québécois ; \u2022 examiner l\u2019efficacité des structures et des mécanismes publics en place ; \u2022 établir un diagnostic ; \u2022 faire des recommandations en tenantcompte des défis de la compétitivité et des revenus agricoles, des attentes sociétales et de la mise en valeur des potentiels régionaux.Les trois commissaires et leur équipe ont dépouillé une abondante documentation et commandé plusieurs études spécifiques et se sont rendus dans 15 régions et 27 municipalités rurales du Québec.Soucieux de connaître les divers points de vue des acteurs et des résidents des communautés rurales, ils ont recueilli, lu et entendu plus de 770 mémoires et témoignages.La commission a rempli son mandat et terminé ses activités le 31 janvier 2008.Elle a remis son rapport final le 12 février 2008 au ministre de l\u2019Agriculture, des Pêcheries et de l\u2019Alimentation du Québec.Ce rapport contient49 recommandations pour « assurer et bâtir l\u2019avenir ».Le premier mérite que l\u2019on doitaccorder à ce rapport est d\u2019avoir su identifier et comprendre, avec compétence et intelligence, la complexité des problèmes de fond qui touchentles secteurs agricole et agroalimentaire du Québec et, par extension, les difficultés des communautés rurales confrontées à l\u2019impératif de s\u2019engager sur la voie de la diversification économique.Le deuxième mérite tient dans la pertinence, l\u2019audace et le courage de ses recommandations.Le déboulonnage de l'Union des producteurs agricoles Les principales conclusions du rapport Pronovost déboulonnent la sacro-sainte Union des producteurs agricoles (UPA) etmettenten accusation plusieurs des dispositifs qu\u2019elle a créés ou contribué à mettre en place au fil des ans, lui assurant une forme d\u2019hégémonie.Cette domination s\u2019exerce non seulement sur la production agricole, sur le financement des fermes et sur la mise en marché des produits mais aussi, coup 419 Québec 2008-2009*.indd 419 17/11/08 09:24:56 L'état du Québec 2009 de maître, sur l\u2019aménagement du territoire par le biais de la Loi sur la protection du territoire et des activités agricoles (LPTAA, communément appelée loi du zonage agricole) issue de ses représentations et dont l\u2019application demeure toujours sous sa forte influence.La commission met sévèrement en cause l\u2019obligation faite à tous les producteurs agricoles d\u2019adhérer à un syndicat unique en accord avec le ministère de l\u2019Agriculture qui, de son côté, assujettit l\u2019accès aux programmes d\u2019aide et aux allègements fiscaux à cette adhésion syndicale.Le modèle productivité, adopté par l\u2019UPA depuis la fin des années 50 et appuyé par les agronomes du ministère de l\u2019Agriculture, représente, aux yeux de la commission, une voie sans issue qui entraîne ce secteur économique à sa perte tout en étant contre-productif sur les plans environnemental et sanitaire.En citant dans son rapport des extraits du mémoire de l\u2019Union paysanne, la commission fait siennes les principales critiques énoncées à l\u2019endroit de l\u2019UPA: «L\u2019UPA a étendu son contrôle bien au-delà d\u2019un simple rôle de représentation syndicale.Son influence est maintenant démesurée sur le financement de l\u2019agriculture, sur la mise en marché, sur les orientations municipales, sur l\u2019aménagement du territoire et sur les instances gouvernementales de contrôle et de supervision.» Sur la question de la représentation des agriculteurs, le rapport recommande notamment « que la Loi sur les producteurs agricoles soit amendée afin de pouvoir reconnaître une ou des associations professionnelles représentatives ».En termes clairs : que soit aboli le monopole syndical de l\u2019UPA.Le zonage agricole : concilier protection et développement dans les communautés rurales en difficulté Les membres de la commission ont perçu les liens qui existent entre, d\u2019un côté, l\u2019application 420 de la Loi sur la protection du territoire agricole (LPTAA) et, de l\u2019autre, les activités agricoles et la dynamique de développement des espaces ruraux.Rappelons qu\u2019à la fin des années 70, le lobby de l\u2019UPA, réclamant la protection des terres agricoles, avait trouvé un ardent défenseur de sa cause en la personne du ministre Jean Garon.L\u2019adoption habile de la LPTAA en novembre 1978 (la loi a été complétée en 1997 avec la protection des activités agricoles) allait délimiter le« fief» de l\u2019UPA, un territoire grand comme deux fois la superficie totale des fermes, où les seules activités autorisées seraientl\u2019agriculture, la forêt et.la friche.Pour ce qui est des demandes d\u2019autorisation pour des usages autres qu\u2019agricoles, la loi précise que c\u2019està la Commission de protection du territoire agricole (CPTA) de prendre les décisions.Elle doitle faire en tenantcomptedel\u2019état de l\u2019agriculture et des conditions de développement économique et social de la communauté rurale concernée.Mais parce qu\u2019elle est forte-mentcentralisée à Québec et qu\u2019elle est d\u2019abord et avant tout dédiée à Les principales conclusions du rapport Pronovost déboulonnent la sacro-sainte Union des producteurs agricoles.la sauvegarde de l\u2019intégrité de la zone agricole permanente, la CPTA n\u2019a pas su faire preuve de la souplesse que les besoins de diversification économique, particulièrement forts dans les communautés rurales en difficulté, requéraient Les problèmes queposentla LPTAA ne datent pas d\u2019hier.Dans un article publié dans Le Soleil du 21 septembre 1981, j\u2019écrivais : « La Loi sur la protection du territoire agricole (loi 90), qui confère une vocation agricole exclusive à plus de 80% du Québec habitable, constitue une pièce législative foncière particulièrement efficace dans la lutte contre l\u2019étalementanarchi-que des villes, mais apparaît comme un outil fort mal adapté pour les territoires ruraux en diffi- Québec 2008-2009*.indd 420 17/11/08 09:24:56 Photo Jacques Grenier Territoire sap* a Les commissaires Mario Dumais, Jean Pronovost et Pascale Tremblay.culté.Zoner ces territoires où l\u2019agriculture a démontré au cours des 30 dernières années son incapacité à retenir les populations du faitprin-cipalementdes sérieuses contraintes à s\u2019adapter aux exigences de l\u2019agriculture d\u2019entreprise, c\u2019est contribuer à amplifier l\u2019exode et la pauvreté, c\u2019estzoner la misère.Ces communautés rurales en difficulté ont besoin d\u2019un développement polyvalent (agriculture, forêt, PME, développement résidentiel et touristique, etc.).» Plus de 25 ans plus tard, la commission Pronovost estarrivée aux mêmes conclusions.Elle a su reconnaître que, pour assurer la sauvegarde des meilleures terres agricoles du Québec, l\u2019application rigoureuse de la LPTAA était nécessaire dans les secteurs périurbains des aires métropolitaines et des pôles régionaux.Mais elle a aussi compris que cette même rigueur pouvait devenir un obstacle majeur au besoin de diversification de l\u2019activité économique des communautés rurales dans les régions périphériques et intermédiaires, souvent désertées par l\u2019agriculture et aux prises avec les phénomènes de déclin et de dévitalisation.Cette diversification économique est d\u2019ailleurs prônée par la Politique nationale de la ruralité 2007-2014.De nouvelles responsabilités pour les MRC Enferrée dans des conceptions et des interdits qui correspondent de plus en plus mal aux réalités et aux problématiques actuelles de 421 Québec 2008-2009*.indd 421 17/11/08 09:24:56 L'état du Québec 2009 l\u2019agriculture et de la ruralité, la LPTAA apparaît comme un obstacle à la redynamisation des communautés rurales fragiles.Etl\u2019UPA se fait complice de cet immobilisme par sa résistance et son opposition systématiques.En effet, le syndicat s\u2019oppose à la définition d\u2019amendements à la LPTAA sur l\u2019usage des terres zonées - qui toutes n\u2019ont pas un potentiel de rentabilité agricole - et leur ouverture à des usages autres qu\u2019agricoles.À cet égard, la ministre des Affaires municipales et des Régions, NathalieNormandeau, s\u2019est déjà montrée sensible à certaines recommandations d\u2019assouplissement contenues dans le rapport Pronovost.Ainsi, le 21 avril 2008, dans le cadre des travaux parlementaires de la Commission de l\u2019aménagement du territoire, elle déclarait: « Je pense qu\u2019il faut voir comment on peut, dans un contexte de complémentarité dans les usages du territoire, s\u2019assurer que les élus et les producteurs agricoles puissent y trouver leur compte.Alors, plutôt que de travailler dans une dynamique qui souvent conduit à la confrontation entre les producteurs agricoles et les élus municipaux, si onpouvaitplanifier, sur le plan de l\u2019aménagement territorial, un meilleur développement de la zone agricole, je pense que ça éviterait certains conflits auxquels on assiste.[.] La prétention duministère, c\u2019estdemener quelques expériences pilotes avec certains territoires de MRC qui sont prêtes à s\u2019attaquer à l\u2019élaboration d\u2019un plan de développement pour leurs zones agricoles.» La responsabilité confiée aux MRC de préparer un plan d\u2019aménagementpour leurs zones agricoles supprimeraitplusieurs irritants, dont celui lié au caractère centralisé de la Commission de protection du territoire agricole.Dans le respect de certaines règles, les MRC disposeraient désormais de nouveaux outils pour planifier l\u2019aménagement et le développement de leurs zones agricoles, fàvorisantun meilleur 422 arrimage entre les orientations stratégiques de développement et les atouts et contraintes du milieu, autant en .\u201e\t, Lactivite agricole ne peut zone verte (la zone de protection agricole) Plus assurer seule la qu\u2019en zone blanche viabilité et la pérennité (territoire des muni- d'un nombre croissant de cipalités non assujetti communautés rura|es.a la loi, soit le territoire constructible ou pouvant être affecté à d\u2019autres fonctions que l\u2019activité agricole).L'exemple européen Il fautreconnaître et accepter l\u2019idée que tous les territoires ruraux n\u2019ont pas vocation à faire de l\u2019agriculture.Et certains rôles (certaines missions) sontde nature à requalifier des territoires ruraux victimes d\u2019exode, de déclin de l\u2019activité traditionnelle et de dévitalisation.Ainsi en est-il des missions résidentielle et touristique, susceptibles de constituer les nouveaux moteurs de développement de plusieurs communautés rurales qui peinent à surmonter les effets de l\u2019effondrementde leur économie traditionnelle à prédominance agricole ou agro-forestière.En janvier 2008, j\u2019ai participé à Vittel en France aux Troisièmes rencontres européennes de développement rural.J\u2019y étais invité comme expert en développement rural et gouvernance locale hors Europe, pour apporter l\u2019éclairage de l\u2019expérience canadienne et particulièrement québécoise sur des problématiques et des politiques de développement rural discutées en forum.Un des thèmes traités portait précisément sur la diversification économique en milieu rural et, plus précisément, sur lerôle de plus en plus significatif de l\u2019économie résidentielle.L\u2019approche qui prévaut dans plusieurs pays européens estl\u2019ouverture à la cohabitation des missions en milieu rural et à la multifonction-nalité des fermes (nouvelles formes d\u2019agriculture, transformation, artisanat, tourisme.).Le réflexe n\u2019estpas d\u2019interdire, de bannir, mais Québec 2008-2009*.indd 422 17/11/08 09:24:56 Territoire d\u2019encadrer et de réglementer les usages non agricoles afin que la cohabitation soit harmonieuse, tout en encourageant le dynamisme économique et social.Ainsi, un bâtiment de ferme pourra être cédé à un artisan ébéniste et transformé en atelier ; quelques unités résidentielles pourront être construites sur un espace peu ou pas propice à l\u2019agriculture, etc.Ces nouveaux usages doivent cependant être soumis à des prescriptions urbanistiques et architecturales qui assurentl\u2019harmonisation avec le patrimoine local et le paysage.Cette ouverture à la polyvalence tient au constat que l\u2019activité agricole ne peut plus assurer seule la viabilité et la pérennité d\u2019un nombre croissant de communautés rurales, et le Québec n\u2019échappe pas à cette réalité.Dans cette perspective, le rapport Pronovost affirme « qu\u2019il estessentiel d\u2019assouplir certaines règles d\u2019application de la LPTAA à l\u2019égard des activités permises dans la zone agricole dans les communautés rurales situées en dehors des grands pôles urbains».En conséquence, les recommandations suivantes sont formulées : (i) « Que la Commission de protection du territoire agricole établisse une liste d\u2019activités admissibles à certaines conditions dans la zone verte, et qui ne nécessiteraient plus son approbation préalable » et (ii) « que soient également autorisées dans la zone agricole permanente des activités de production agricole et de transformation qui utilisent une faible superficie de terre, qui requièrent des installations de petite taille, qui combinent des activités agricoles et des activités complémentaires ou dont les promoteurs ne souhaitentpas se consacrer à plein temps à l\u2019agriculture ».Sans compromettre la protection des terres à réel potentiel agricole, l\u2019application de ces recommandations offrirait des perspectives stimulantes pour des stratégies de relance des communautés rurales en difficulté, fondées sur des objectifs de diversification économique et sociale.Conclusion Le rapport Pronovost ouvre la voie à une réforme devenue inévitable et interpelle le gouvernement dans sa capacité de vision et sa détermination à instaurer une manière de penser et de faire dans les domaines de l\u2019agriculture et de l\u2019agroalimentaire, de la protection des terres agricoles et du développement des communautés rurales en déclin.Il propose une manière de faire porteuse d\u2019un dynamisme reconquis et actualisé.La rigidité et la résistance aux changements sont les pires ennemis de tout progrès social et économique.Pour lire le rapport Agriculture et agroalimentaire: assurer et bâtir l\u2019avenir: www.caaaq.gouv.qc.caldocu-mmtatron/rapportfinal.jf.html.423 Québec 2008-2009*.indd 423 17/11/08 09:24:56 MONTRÉAL Des années troubles Jacques Keable (recherche) Léonore Pion (rédaction) A Montréal, un phénomène en particulier a été singulièrement voyant en 2008 : francophones et anglophones ont vu leurs plus grandes institutions publiques évoluer à des rythmes fort différents.En 2008, l\u2019état du français à Montréal fait encore couler beaucoup d\u2019encre et en inquiète plusieurs.Selon les inclinaisons politiques, les statistiques sont différemment interprétées : petite, mais réelle amélioration, affirment les uns ; stagnation, voire dégradation, estimentles autres.Chose certaine, s\u2019il y a amélioration, elle est infime : à peine plus de 50 % de la population montréalaise parle français à la maison.Selon le démographe Marc Termote, en 2020, cette proportion ne sera plus que de 48 %.Une simple balade rue Sainte-Catherine, au centre-ville, permet au premier venu de comprendre, pour peu qu\u2019il regarde les affiches commerciales, que la loi loi - tout du moins son esprit - est violée effrontément Les difficultés que connaissent présentement les deux universités francophones de la ville ne devraientpas contribuer à améliorer la situation.Ainsi, alors que les trois ex-diri-geants de l\u2019Université du Québec à Montréal (UQAM) font l\u2019objet d\u2019une enquête policière, l\u2019institution croule sous les déficits, laissant 424 inachevé le projet immobilier l\u2019îlot Voyageur (voir article p.287).Les universités et chantiers hospitaliers Intarissable objet de remises en cause, leprojet de Centre hospitalier de l\u2019Université de Montréal (CHUM), évalué à plusieurs milliards de dollars, s\u2019enlise et risque desombrer.Les plans des bâtiments ne cessent de changer, laissant de plus en plus de place au privé, qui décidera même du design architectural du centre hospitalier.Le CHUM demande une subvention à la Londation canadienne de l\u2019innovation (LCI), mais celle-ci lui est refusée pour cause de gestion de piètre qualité.Cela ne perturbe pas le nouveau ministre de la Santé, Yves Bol-duc: «Des montants de cette hauteur, sans être des \u201cpeanuts\u201d, ne sont jamais impossibles à trouver pour des gouvernements quand il s\u2019agit de projets de cette importance1.» Par ailleurs, on découvre, durantl\u2019été 2008, que le nouvel hôpital sera construit sur un espace interdit: un parc cédé à la Ville devant honorer, à perpétuité, la mémoire du patriote De nombreux comités de citoyens jugent le projet de modernisation de la rue Notre-Dame rétrograde et dangereux.Québec 2008-2009*.indd 424 17/11/08 09:24:57 Territoire «Montréal se développe au rythme insufflé par les promoteurs.Il n'y a qu'un pas à franchir pour croire que Montréal se fait dicter les investissements publics à faire.» ¦mn iM ( Inip|ii i ijurrri in ii|li»l ncl t:i Chénier.Le directeur général du CHUM est remercié de ses services, et le président de la Fédération des médecins spécialistes, le Dr Gaétan Barrette, en un geste volontairement spectaculaire, déchire le projet On est en août 2008, le projet estvieux de.12 ans! Les universités anglophones, elles, affichent une belle vitalité.Les deux hauts édifices de verre de l\u2019Université Concordia poussent fièrement vers le ciel.De son côté, l\u2019Université McGill développe, dans une apparente quiétude, ses plans pour le Centre universitaire de santé McGill (CUSM), estimé lui aussi à plusieurs milliards de dollars.Les travaux préliminaires d\u2019aménagement, sur le terrain de l\u2019ancienne gare de triage Glen, impressionnent la FCI.Celle-ci accorde alors à McGill une subvention de 100 millions de dollars, auxquels s\u2019ajoutent 100 millions de dollars versés par le gouvernement québécois et 50 millions de dollars donnés par des mécènes.Par ailleurs, la direction de l\u2019Hôpital Shri-ners pour enfants, qui hésitait toujours entre Montréal et London (Ontario) pour sa relocalisation, s\u2019est finalement décidée: ce sera Montréal, tout près du CUSM.Une autoroute, un port Les grues, béliers mécaniques et autres bulldozers prennent d\u2019assaut la rue Notre-Dame.Celle-ci sera transformée en autoroute, pudiquement appelée « boulevard urbain ».Les travaux devraient durer six ans.De nombreux comités de citoyens, dont des comités environnementaux, s\u2019élèvent, en vain, contre ce projet jugé rétrograde et dangereux.On voitmême la Direction de santé publique de Montréal (DSP), forte de nombreuses études, dénoncer avec 425 Québec 2008-2009*.indd 425 17/11/08 09:24:57 L'état du Québec 2009 virulence ce projet susceptible de causer, chez les populations environnantes, des cancers, des maladies cardiaques etpulmonaires et des accidents.Isolés, les rares parcs publics prévus ne seront reliés aux quartiers habités que par des passerelles franchissant la nouvelle autoroute: à l\u2019évidence, soutient la DSP, ces lieux deviendront criminogènes.Mais aucune de ces objections n\u2019ébranle les autorités québécoises et montréalaises.Par ailleurs, l\u2019est de Montréal n\u2019a à peu près pas accès au fleuve, situé juste au sud de la longue rue Notre-Dame, et cela, à cause du port de Montréal.Ce dernier annonce son intention de s\u2019étendre encore davantage vers l\u2019est et de construire un nouveau terminal dans Hochelaga-Maisonneuve.Le projet emballe bien sûr le maire, Gérald Tremblay, et les milieux d\u2019affaires, mais il n\u2019en prive pas moins la population de l\u2019est de la ville d\u2019un accès au fleuve - accès déjà compromis par la future autoroute.Pour être bien sûr de recevoir des «appuis populaires», le port de Montréal crée lui-même le groupe Les amis du port, prêt à intervenir au cas où des « ennemis » de l\u2019agrandissement se feraient entendre.Un quartier au nouveau visage : Griffintown Autre projet controversé: le développement, par le promoteur privé Devimco, du quartier Griffintown, au sud-ouest du centre-ville (voir article p.287).Le projet, estimé à 1,3 milliard de dollars, prévoit la construction sur 10 ans de près de 4 000 unités de logements, d\u2019une salle de spectacle, d\u2019un hôtel, de commerces, etc.Le projet bénéficie en outre d\u2019un étonnant et rare privilège : la Ville garantit au promoteur l\u2019éventuelle propriété de tout terrain ou bâtiment situé dans Griffintown.En cas de refus des propriétaires actuels de se départir de leur bien, la Ville les expropriera et revendra les terrains à Devimco.En plus, le promoteur exige que la Ville concrétise l\u2019idée d\u2019un tramway dans le Vieux-Montréal - un tramway qui desservi- 426 rait naturellement Griffintown.Pour ce faire, Devimco s\u2019engage à participer financièrement au projet, à concurrence de 15 millions de dollars.Quartier démuni, Griffintown porte en lui les racines de l\u2019immigration irlandaise.On y trouve des maisons typiques, des lieux symboliques, bref, un témoignage du passé.Devimco a accepté de modifier son projet initial pour répondre à quelques inquiétudes, mais le projet est loin de calmer tous les doutes dégroupés comme Héritage Montréal ou de certains spécialistes des questions urbanistiques.Un projet majeur comme celui de Griffin-town devrait, en principe, être soumis à l\u2019Office de consultation publique de Montréal (OCPM) pour approbation.Il ne l\u2019a pas été.Pourquoi ?À cause des fusions municipales du début de la décennie.La mairie de Montréal a prétexté que le projet relevait non pas de la Ville, mais de l\u2019arrondissement C\u2019est donc l\u2019arrondissement du Sud-Ouest qui a tenu les audiences publiques, alors même que la concrétisation de ce projet va changer le visage de tout un quartier.Autre grandprojetcontraversé : la transformation en hôtel de l\u2019immense gare Viger, à laquelle on adjoindrait quatre tours non conformes au plan d\u2019urbanisme.Le promoteur Phil O\u2019Brien, que l\u2019on dit très proche du maire deMontréal, Gérald Tremblay, entend investir 400 millions de dollars dans l\u2019affaire, mais veut éviter les contraintes administratives avec lesquelles il devrait normalement composer.La Ville et les milieux d'affaires Les analystes les plus sérieux de toutes ces affaires ne peuvent s\u2019empêcher de constater les nombreux sauts périlleux et l\u2019ambiguïté de hauts fonctionnaires municipaux ou d\u2019élus de la Ville qui se retrouvent dans les bureaux des grands promoteurs à l\u2019occasion de négociations.En mars 2008, la journaliste Kathleen Lévesque écrit dans Le Devoir: «Montréal se Québec 2008-2009*.indd 426 17/11/08 09:24:58 Territoire développe au rythme insufflé par les promoteurs.Il n\u2019y a qu\u2019un pas à franchir pour croire que Montréal se fait dicter les investissements publics à faire2.» La journaliste poursuit en donnant de nombreux exemples liés aux affaires Griffintown ou à la gare Viger et en décrivant des cas concrets de promiscuité entre des bureaux d\u2019avocats, des fournisseurs de services à la Ville et la Ville elle-même.Un drame dans Montréal-Nord L\u2019été montréalais se termine dans le drame.Une tragédie met le feu à Montréal-Nord, qui prend des airs de banlieue parisienne en crise.Dans des conditions encore nébuleuses, le jeune Freddy Villanueva, 18 ans, originaire du Honduras, tombe sous les balles de la police municipale.Le quartier est douloureusement secoué.La Sûreté du Québec estchargée d\u2019enquêter sur la police de Montréal, quoique certains dénoncent l\u2019illégitimité d\u2019une telle procédure menée par des pairs.Des élections partielles En politique municipale, après quelques années de valse-hésitation, Vision Montréal, le parti fondé par Pierre Bourque, élit sans opposition son nouveau leader, Benoit Labonté, le maire hyperactif de l\u2019arrondissement de Ville-Marie.C\u2019est donc lui qui mènera la lutte contre l\u2019actuel maire de Montréal, Gérald Tremblay, à la tête d\u2019Union Montréal, aux prochaines élections municipales.Parce que ce dernier perd son bras droit, le démissionnaire Frank Zampino, maire de l\u2019arrondissement de Saint-Léonard, des élections partielles ont lieu le 21 septembre.Pour pouvoir se présenter, Michel Bissonnet, le candidat d\u2019Union Montréal, quitte l\u2019Assemblée nationale, qu\u2019il présidait depuis six ans et où il siégeait comme député depuis 27 ans.Il est élu avec 94 % des voix.Au même moment, l\u2019arrondissement d\u2019Ahuntsic-Cartierville vote pour combler le poste rendu vacant par le décès du conseiller Pierre Lapointe (Union Montréal).Cette fois, c\u2019est Hasmig Belleli (Vision Montréal) qui l\u2019emporte.Montréal, ville lumière Pour terminer sur une note plus légère, le Quartier des spectacles, annoncé depuis quelques années, esten cours de réalisation.Il sera complété en quatre étapes successives : des places publiques seront aménagées ; des rues, reconstruites et modernisées ; des bâtiments, démolis et d\u2019autres, La Ville garantit au promoteur l'éventuelle propriété de tout terrain ou bâtiment situé dans Griffintown.transformés.Le Festival de jazz y aura son quartier général et les Grands Ballets canadiens, leurs locaux.La fameuse salle de concert dont rêve l\u2019Orchestre symphonique de Montréal sera enfin construite selon la formule du partenariat public-privé (PPP) - chiffré en juin 2006 à 105 millions de dollars, le projeta vu son coût doubler (266 millions de dollars) dans les estimations de juillet 2008.Ces nouvelles infrastructures dédiées à la culture et au divertissement devraient conforter Montréal dans sa toute nouvelle position de «ville dont la valeur est la plus élevée» au Monopoly: dans la nouvelle édition du jeu, disponible à l\u2019automne 2008, Montréal occupe la prestigieuse case autrefois occupée par Boardwalk! Notes 1.\tTremblay, Jacinthe, «100 millions pour le CUSM », Le Devoir, 20 août 2008.2.\tLévesque, Kathleen, «Le retour des grands projets », Le Devoir, T\u2018 et 2 mars 2008.427 Québec 2008-2009*.indd 427 17/11/08 09:24:58 QUÉBEC Le retour de la pensée positive Isabelle Porter Journaliste, Le Devoir Portée par le leadership du nouveau maire, Régis Labeaume, et le succès inespéré des festivités du400eanniversaire de sa fondation, Québec est habitée par un optimisme et des ambitions nouvelles.On verra en 2009 s\u2019il ne s\u2019agissaitque d\u2019un charme passager.Pour comprendre l\u2019importance de ce nouvel état d\u2019esprit, il faut se rappeler à quel point la capitale a été divisée ces dernières années.D\u2019abord, les fusions de 2004 s\u2019y sont fait particulièrement ressentir, accentuant les vieux clivages entre centre-ville et banlieues.La saga CHOI-FM a attisé encore davantage ces tensions, donnant de surcroît une image négative de la ville dans les médias nationaux.Enfin, plus récemment, Québec a été particulièrement accablée par l\u2019envoi de troupes de la base militaire de Valcartier en Afghanistan.Et, à tout cela, s\u2019est ajouté le décès inattendu de la mairesse Andrée Boucher, en août 2007.Le nouvel homme fort de Québec Élu avec une majorité encore plus forte que cette dernière (59% contre 46%), le nouveau maire, Régis Labeaume, a hérité fin 2007 d\u2019un mandat de moins de deux ans auquel étaient attachés deux dossiers délicats : le renouvellement des conventions collectives des employés municipaux et la tenue des fêtes du 400e, qui n\u2019emballaientalors personne.Etpour compliquer le tout, la combinaison de ces deux dossiers menaçait de faire des célébrations un 428 terrain miné par d\u2019éventuels moyens de pression des fonctionnaires syndiqués.Sa décision, en janvier, d\u2019écarter le directeur général du 400e, Pierre Boulanger, au profit de Daniel Gélinas - son ancien collaborateur au Festival d\u2019été-paraîtaujourd\u2019hui bien difficile à contester.Quant à ses négociations plutôt agressives avec les employés municipaux, elles ont été plutôt bien accueillies par la population.Dans ce contexte, les syndiqués n\u2019ontpas osé perturber les fêtes du 400e.Dans l\u2019ensemble, Régis Labeaume a imposé un style de leadership qui faisait défaut à la mairesse Boucher, s\u2019affichant comme un ras-sembleur, voire comme l\u2019ami de tous et de chacun.On l\u2019a vu surtout cultiver les alliances avec les milieux d\u2019affaires et certains acteurs culturels et institutionnels, notammentavec le recteur de l\u2019Université Laval, Denis Brière, dans le dossier du train à grande vitesse (TGV).Galvanisé par le succès inespéré du 400e (grâce, entre autres, à la mégaprojection Le moulin à images et aux concerts gratuits de Paul McCartney et de Céline Dion) et par l\u2019en- Québec est habitée par thousiasme de la popu- un optimisme et des lation pour les projets ambitions nouvelles.d\u2019aménagements (dont la promenade Samuel-de-Champlain), le maire a réintroduit, au courant de l\u2019été, l\u2019idée d\u2019investir dans la ville à travers de grands projets de développement.Le tout, se plaît-il Québec 2008-2009*.indd 428 17/11/08 09:24:58 Territoire à dire, afin de «créer un buzz1» autour de Québec.Ainsi, après avoir répondu avec succès à la volonté populaire dans les dossiers du 400e et des négociations avec les fonctionnaires, Régis Labeaume a cherché à pousser davantage ses propres idées pour l\u2019avenir de Québec.Cela n\u2019estpas sans risque quand on saità quel point la population a pu être récalcitrante à soutenir des investissements majeurs ailleurs que dans les infrastructures de base.Un consensus nouveau Le nouveau maire bénéficie d\u2019un atout de plus dans son jeu : la fin de la guerre entre le centre-ville et les banlieues.De son aveu même, c\u2019est sûrement le legs le plus important de la mairesse Boucher.«Elle a permis l\u2019appropriation de la ville de Québec par ceux qu\u2019on décrivait comme les gens des banlieues», déclare-t-il à l\u2019occasion du premier anniversaire de son décès.« Elle a réellement réalisé la fusion.Le fait que cette question soit réglée dans l\u2019esprit et le cœur des gens de Québec, c\u2019était majeur2.» La banlieue a désormais beaucoup plus de pouvoir à l\u2019hôtel de ville.D\u2019ailleurs, tous les conseillers membres du comité exécutif- sorte de gouvernement municipal - représentent des districts autour de la ville de Québec.Ce nouveau fonctionnement est d\u2019autant plus justifié que le poids démographique de la banlieue continue d\u2019augmenter3.Quant au parti de l\u2019ancien maire de Québec Jean-Paul L\u2019Allier, le Renouveau municipal de Québec (RMQ), il a connu une année catastrophique.Usé par la cuisante défaite de sa chef, Ann Bourget, contre M.Labeaume, il n\u2019est jamais parvenu à rebondir.Ce déclin a poussé une série d\u2019élus à quitter le navire, le privant dès lors de la majorité des sièges au conseil municipal.L\u2019élection en septembre 2008 d\u2019un nouveau chef plus incisif, l\u2019avocat Alain Lou-bier, laisse toutefois présager une joute plus musclée à l\u2019hôtel de ville.La ville a eu l'honneur de tous les projecteurs au cours de l'été et, pour une fois, on s'est surtout intéressé aux bonnes nouvelles.En résumé, la capitale a joui en 2008 d\u2019une sorte de fierté retrouvée.Non plus à l\u2019ombre de Montréal, la ville a eu l\u2019honneur de tous les projecteurs au cours de l\u2019été et, pour une fois, on s\u2019est surtout intéressé aux bonnes nouvelles.Ce faisant, la ville s\u2019est laissée bercer par une nouvelle culture du consensus.Alors que pendant des mois, tous se sont plu à «casser du sucre sur le dos du 400e», il est devenu malvenu de critiquer.Et mieux valait ne pas s\u2019en prendre aux militaires et à la mission en Afghanistan, comme a pu le constater le militant pacifiste Francis Dupuis-Déri qui s\u2019est fait traiter de « minable» par le maire quand il osé critiquer publiquement la mission.Ce scénario s\u2019estreproduitlors des célébrations du 3 juillet quand des manifestants ont voulu dénoncer la tenue d\u2019un défilé militaire.Rare voix discordante, le chroniqueur Jean-Simon Gagné s\u2019en est inquiété dans Le Soleil.« À écouter les uns et les autres, il n \u2019y a JAMAIS de moment approprié pour manifester.Ni d\u2019endroit convenable.Encore moins de manifestants assez polis.À part, peut-être, des gens qui défileraient en complet-cravate, au fond du troisième étage d\u2019un stationnement souterrain situé dans une lointaine banlieue, vers 23 h, un dimanche d\u2019hiver, en scandant des slogans rédigés en alexandrins ?4 » Cette situation semble incroyable quand on se rappelle la forte mobilisation créée par le Sommet des Amériques sept ans plus tôt Derrière le consensus, quelques points noirs Ces dernières années, le mouvement en faveur de CHOI-FM et les derniers scrutins ont clairement rangé Québec parmi les villes de droite.Ce positionnement idéologique s\u2019est trouvé 429 Québec 2008-2009*.indd 429 17/11/08 09:24:58 L'état du Québec 2009 renforcépar l\u2019intérêt du gouvernement Harper pour la ville dans le contexte stratégique de la mission en Afghanistan.Reste à savoir si, au gré des élections et des changements politiques, cet alignement se confirmera.Par ailleurs, les tensions véhiculées par la radio elles aussi se sont atténuées en 2008.Certes, Québec est toujours marquée par une forte prégnance de la radio d\u2019opinion, mais on cherche visiblement à éviter les coûteux dérapages qui ont eu raison de la fortune des Jeff Fillion et autres Patrice Demers.Cette année 2008 a d\u2019ailleurs été une année très difficile pour les médias de la capitale, avec la fermeture des bureaux de Global, le lock-out au Journal de Quebec et les déboires de TQS et la fermeture de sa salle des nouvelles.À ce titre, le réalignement du nouveau propriétaire de TQS, Remstar, vers des émissions d\u2019opinion n\u2019a rien de rassurant Dans une ville comme Québec où le commentateur est déjà roi et maître, cela n\u2019augure rien de bon en ce qui concerne la rigueur du débat public.Le déclin de l\u2019information locale demeure un enjeu de taille à Québec.Si la télévision de Radio-Canada y a relancé son bulletin de nouvelles les fins de semaine, on a craint de voir disparaître la dernière radio privée pourvue d\u2019une salle de nouvelles à la suite de l\u2019acquisition d\u2019Info-800 par Patrick Roy, Jacques Tanguay et Michel Cadrin.Ces derniers souhaitaient en faire une radio essentiellement sportive, mais le CRTC a exigé qu\u2019ils maintiennent un service de nouvelles locales.Autre enjeu d\u2019importance, l\u2019effet combiné du taux de chômage (qui oscille autour des 5 %) et du vieillissement de la population pose des défis énormes.Si la proportion d\u2019immigrants à s\u2019y installer a augmenté ces dernières années (80 % des nouveaux venus restent, contre 62 % en 2002), cet apport n\u2019est nettementpas suffi-santpour combler les besoins5.QuantauTGV etaux autres projets caressés par le maire, il faudra bien les financer.Or, la manne de 2008 est passée, et il ne sera pas facile d\u2019obtenir de nouveaux investissements massifs des deux paliers de gouvernements.Les coûts associés au TGV Québec-Windsor sontestimés à au moins 18 milliards de dollars.La nouvelle administration réussira-t-elle là où le maire L\u2019Allier avait échoué ?Enfin, le dossier environnemental va obliger la population à faire face à ses contradictions au cours des prochaines années.Québec la belle demeure la capitale des gaz à L'effet combiné du taux de effet de serre, avec chômage et du vieillissement un taux d\u2019émis- de la population pose des sion par habitant défis énormes.dépassant celui de Montréal et de Laval (7,9 tonnes par année contre 7,3 et 7)6.Cette situation est attribuée à l\u2019importance de l\u2019étalement urbain etaux tares du réseau de transport en commun.La population sera-t-elle prête à accepter un plus grand endettement collectif et une éventuelle hausse du compte de taxe au nom de la cause verte?Le débat ne fait que commencer.Notes 1.\tLe Telejournol/Le Point, Radio-Canada, 2 juillet 2008.2.\tPorter, Isabelle, «Du phénomène Boucher au phénomène Labeaume», Le Deuotr, 21 août 2008.3.\tRecensement 2006 de Statistique Canada, rendu public en 2007.4.\tGagné, Jean-Simon, «Il était une fois un 3 juillet», Le Soleil, 4 juillet 2008.5.\tPorter, Isabelle, «Québec réussit à attirer plus d\u2019immigrants », Le Deuoir, 24 mai 2008.6.\tFleury, Élisabeth, «Capitale des gaz à effet de serre», Le Soleil, 5 juin 2008.430 Québec 2008-2009*.indd 430 17/11/08 09:24:58 Les fêtes du 400e de Québec : du scepticisme à l\u2019allégresse Julie Lemieux Journaliste, Le Soleil On s\u2019attendait au pire.À la fin de 2007, les fêtes du 400e anniversaire de Québec étaient l\u2019objet de toutes les critiques.Démissions, allégations de conflits d\u2019intérêts, désorganisation, coup d\u2019envoi raté.Les citoyens de la capitale, sceptiques, voyaient se profiler une réplique de l\u2019échec de Québec 84.Jusqu\u2019à ce que le navire soit sauvé du naufrage in extremis.Dans les journaux, à la radio, les commentaires négatifs allaient bon train en cette fin de décembre mouvementée.Pourquoi ne pavoi-sait-on pas dans les rues de Québec?À quoi pouvait-on s\u2019attendre de cette Société du 400e anniversaire qui semblaitaller à la dérive ?Si le bateau coulait, où iraient les 95 millions de dollars de fonds fédéraux, provinciaux et municipaux investis dans cette aventure?Les questions étaientnombreuses, mais les réponses plutôt nébuleuses.L\u2019échec du coup d\u2019envoi des festivités, le 31 décembre 2007 à la place D\u2019Youville, a confirmé les doutes: la Société n\u2019avait pas prévu qu\u2019une foule de 40 000 personnes voudraient assister à ce spectacle en plein air et a démontré par le fait même son incapacité à gérer elle-même des événements de cette envergure.Le 2 janvier, le conseil d\u2019administration de la Société admettait ses erreurs etremerciait son directeur général, Pierre Boulanger.Le patron du Festival d\u2019été de Québec, Daniel Gélinas, était choisi pour le remplacer et tenter de renverser la vapeur dans les plus brefs délais.Dès lors, on a senti le vent tourner.L'homme de la situation L\u2019homme avait fait ses preuves au Festival et entendait impliquer davantage toutes les organisations locales dans le succès du 400e, comme le Carnaval de Québec et le Festival d\u2019été, laissées de côté par son prédécesseur.La priorité : attirer de grandes vedettes internationales à Québec pendant l\u2019été 2008 et convaincre le « gars de Brossard » de délaisser sa piscine pour venir faire un tour dans la capitale.L\u2019idée n\u2019a pas trop plu aux férus d\u2019histoire, pour qui ce 400e ne faisaitpas la part belle aux racines deQuébec et de ses habitants.Mais, en bout de piste, ce virage aura permis à la capitale de faire parler d\u2019elle aux quatre coins du monde.Grâce à l\u2019implication de nombreux historiens, comme ceux de l\u2019Assemblée nationale, plusieurs ouvrages auront par ailleurs été publiés et auront contribué à faire taire les critiques.Champlain aura finalement son mot à dire dans ces festivités.L\u2019arrivée de Daniel Gélinas n\u2019a toutefois pas fait fondre le scepticisme comme neige au soleil.Oui, la population a répondu en grand nombre à chaque invitation que lui a lancée la Société du 400e.Oui, elle a participé à la fête, elle a fait la queue pendant des heures pour assister au Parcours 400 ans chrono et aux autres événements de ce début d\u2019année La priorité: attirer de grandes vedettes internationales à Québec pendant l'été 2008.431 Québec 2008-2009*.indd 431 17/11/08 09:24:58 L'état du Québec 2009 anniversaire.Mais en même temps, elle a critiqué.Beaucoup critiqué.La parade du Carnaval de Québec, qui devait se renouveler complètement pour l\u2019occasion, a déçu la foule nombreuse qui s\u2019était déplacée à Charlesbourg en ce soir de février.Le verdict était sans appel : le Carnaval a dû modifier le tir pour la seconde parade en haute ville.Ce défilé aura été plus réussi que le premier.Les critiques se sont de nouveau fait entendre lors de la présentation de la Symphonie des Mille de Mahler au Colisée de Québec, à la mi-mars.Le transport en commun n\u2019est pas parvenu à répondre à la demande, les rues se sont trouvées complètement congestionnées, les spectateurs ont accédé au Colisée en retard.La Ville n\u2019avait pas l\u2019habitude de gérer de si grandes foules et a dû revoir ses techniques d\u2019intervention.Jusqu\u2019au mois de mai, les citoyens ont donc continué de douter.L\u2019annonce des « vedettes » s\u2019est fait attendre, et la presse montréalaise a été confortée dans son indifférence.Sur la voie du succès Le lancement, en mai, des festivités du400e en France a toutefois contribué à remonter le moral des troupes, malgré la controverse sur la présence à La Rochelle de la gouverneure générale du Canada, Michaëlle Jean.Le départ pour Québec du Belem et de 48 voiliers, devant 80 000 spectateurs amassés sur les quais, a offert des images saisissantes.Cette preuve d\u2019amitié de la France a marqué le vrai début des festivités.La capitale a soudainement compris qu\u2019elle serait la vedette, qu\u2019elle serait aimée pour ses 400 ans.Le succès du Championnatmondial de hockey, un événement qui avait exigé un endossement de 6 millions de dollars de la part de la Société du 400e pour le sauver du naufrage, a également confirmé que Québec était sur la bonne voie.Les profits inespérés de l\u2019événement ontpermis de rembourser la Société, qui 432 Les citoyens sont retombés en amour avec ce Saint-Laurent qu'ils traitaient si mal depuis longtemps.a donc pu investir cet argent dans la programmation.Dans l\u2019esprit de Daniel Gélinas, Québec avait besoin d\u2019une grande vedette pour imposer son nom dans l\u2019actualité mondiale.Et le directeur général a choisi Paul McCartney pour atteindre cet objectif.Des négociations ont donc été entreprises avec l\u2019artiste pour qu\u2019il bénisse la capitale de sa présence en juillet 2008.Un autre grand nom s\u2019apprêtait au même moment à mettre Québec sur la carte avec une œuvre magistrale, projetée sur les silos à grain de la Bunge : Le moulin à images.Avec cette réalisation de 5 millions de dollars, l\u2019homme de théâtre Robert Lepage a prouvé son attachement à Québec et signé le plus grand hit du 400e.Pendant près de trois mois, un total de 800 000 personnes sont venues admirer sa vision de l\u2019histoire de la ville.Ce véritable chef-d\u2019œuvre pourrait revenir à l\u2019affiche en 2009.L\u2019exposition Le Louvre à Quebec, au Musée national des beaux-arts, a aussi constitué un aimantpour les touristes etles habitants de la capitale.À ce jour, il y a eu 452 000 visiteurs à cette exposition qui ne sera présentée qu\u2019une seule fois sur la planète.Les 275 œuvres du Louvre prêtées à Québec pour ses 400 ans ont représenté un cadeau d\u2019une richesse inestimable.Avec Le Louvre à Quebec et le spectacle de Robert Lepage, plus de doute : la fête sera un succès, se disaient les citoyens au mois de juin.La population était donc prête à célébrer le 3 juillet dans l\u2019enthousiasme et la bonne humeur.En ce jour anniversaire des 400 ans de Québec, la pluie est toutefois tombée à en pleurer sur la capitale.Des torrents, des rivières dans les rues.et des dignitaires trempés jusqu\u2019aux os.La population, toujours présente, a vu le ciel s\u2019éclaircir devant le Parlement en admirant le Québec 2008-2009*.indd 432 17/11/08 09:24:58 Photo: Jacques Boissinot/LA PRESSE CANADIENNE Territoire Le moulin à images, de Robert Lepage, qui illustre les 400 ans d'histoire de Québec.Ici, une photo d'Alys Roby, la célèbre chanteuse des années 40.talent de Diane Dufresne, de Robert Charlebois, de Gilles Vigneault, de Claude Dubois.Enfin, on lui offraitle spectacle qu\u2019elle attendaitdepuis le coup d\u2019envoi.Cette journée historique s\u2019est terminée dans l\u2019allégresse sous les feux d\u2019artifice et les étoiles.On nous avaitpromis plusieurs dignitaires de l\u2019étranger.Finalement, seul le premier ministre français, François Fillon, fài-saitpartie des personnalités connues.Ségolène Royal était aussi de la partie.Fes jours suivants, des troupes européennes des arts de la rue ont envahi le centre-ville, et le Festival d\u2019été a attiré les foules avec des invités comme Charles Aznavour.Et lorsque Paul McCartney a pris les Plaines d\u2019assaut le 20 juillet, ça a été l\u2019euphorie, le nirvana.Fes images de ces 200 000 Québécois heureux, entassés dans un parc magnifique pour le 400e anniversaire de leur ville, si jeune et si vieille à la fois, ont fait le tour du monde.Fe spectacle de Céline Dion, le 22 août, a également soulevé les passions, mais attiré un public moins nombreux.«Bonjour toute la gang!», a lancé l\u2019ex-Beaües en montant sur scène.Des paroles qui ont effacé comme par magie la controverse sur la présence d\u2019un chanteur anglais aux 400 ans d\u2019une ville fondée par des Français.Plus de 200 000 personnes se sont retrouvées sur les Plaines ce soir-là pour entendre cette icône chanter tous ses grands hits pendant près de trois heures.Québec au nirvana Si la venue de McCartney a braqué les projecteurs sur Québec, plusieurs magazines et journaux du monde entier avaient auparavant fait honneur au 400e de la Vieille Capitale.Le Figaro, Le Monde, Geo, L\u2019Express, le Neio York Times ont tiré le portrait de cette ville qui ne fait pas ses 400 ans.Même Paris Match a décidé de célébrer cet anniversaire en consacrant l\u2019un de ses numéros à.Montréal! Une erreur qui a fait jaser tant au Québec qu\u2019en France.On se souviendra aussi du Chemin qui marche, un spectacle techno avec DJ Champion, Bran Van 3000 et Moby qui a fait danser 40 000 personnes sur les rives du Saint-Laurent jusqu\u2019au petit matin.Cette nuitpassera à l\u2019histoire, tout comme la performance des artistes français et québécois réunis sur scène en août pour enregistrer une émission spéciale Québec-Paris diffusée partout en France.En octobre, c\u2019était au tour du Cirque du Soleil d\u2019offrir un spectacle unique à Québec 433 Québec 2008-2009*.indd 433 17/11/08 09:24:59 L'état du Québec 2009 pour ses 400 ans.Un événement qui a également fait courir les foules et qui a clôturé le Sommet de la Francophonie, pendant lequel Québec a accueilli le président français, Nicolas Sarkozy.Au terme de cette année haute en couleur et forte en émotions, un constat s\u2019impose : Québec a changé.Cette ville un peu paranoïaque, un peu complexée, s\u2019est débarrassée de ses démons et a relevé la tête avec fierté.Son 400e anniversaire a été un succès incontestable et a transformé sa réputation.Le nom de Québec n\u2019est désormais plus associé à l\u2019échec relatif de 1984, mais à un événement dont on a parlé un peu partout dans le monde.Un événement réussi, qui n\u2019a soulevé aucune émeute, qui a attiré des foules monstres, qui a animé la ville comme jamais auparavant.La capitale est maintenant consciente de pouvoir accueillir convenablement les plus grands de la planète et gérer dans le calme des foules de plusieurs centaines de milliers de personnes.Peu de villes de cette taille peuvent en dire autant Une ville et son fleuve Il suffit aujourd\u2019hui de se promener un peu partout dans la capitale pour comprendre à quel point ce succès a fait du bien.Mais pas question de se complaire dans la réussite de 2008.Des dizaines de projets sont d\u2019ailleurs sur la table pour que la capitale continue sur sa lancée.Les gens d\u2019affaires et les élus, en particulier le maire, Régis Labeaume, souhaitent attirer d\u2019autres Paul McCartney, d\u2019autres conférenciers, d\u2019autres congrès d\u2019envergure à Québec au cours des prochaines années.Québec a aussi changé d\u2019apparence au cours de cette année mémorable.Pour ses 400 ans, les gouvernements ont convenu de lui offrir en cadeau une cure de jeunesse en accéléré.Cette ville qui tournait le dos au fleuve depuis si longtemps s\u2019est réconciliée avec le Saint-Laurent.Désormais, les citoyens peuvent se 434 promener le long du fleuve en vélo, à pied ou en patins de Sainte-Foy au bassin Louise.Avant même son ouverture officielle, le 24 juin 2008, la nouvelle promenade Samuel-de-Champlain battait des records de popularité.Ce cadeau du gouvernement québécois, d\u2019une valeur de 70 millions de dollars, fait la joie des sportifs et des amoureux du fleuve, qui peuvent enfin se promener sur les bords du Saint-Laurent sans risquer de se faire frapper par des camions.Des quais thématiques et poétiques ont été construits sur ce parcours de 2,5 km, qui accueille aussi des sculptures d\u2019art contemporain.Le gouvernement provincial a le projet de poursuivre la construction de la promenade jusqu\u2019à Cap-Rouge et Beauport.De leur côté, la baie de Beauport, l\u2019Agora du Vieux-Port, le bassin Louise et l\u2019anse Brown ont bénéficié d\u2019un montant similaire du gouvernement fédéral, qui a aussi voulu redonner le fleuve aux Québécois.Résultat: la ville de Québec n\u2019a jamais été aussi belle qu\u2019en 2008.Les citoyens sont retombés en amour avec ce Saint-Laurent qu\u2019ils traitaient si mal depuis longtemps.Ne serait-ce que pour cette raison, le 400e de Québec aura été un énorme succès.Car ces legs permanents font déjà partie des détours obligés de la ville, comme la fontaine de Tourny, en face du Parlement, offerte par la Maison Simons pour 2008.Oui, Québec a bien changé au tournant de son quatrième siècle d\u2019existence.Même le regard que l\u2019on pose sur elle n\u2019estplus le même.Il fallait lire les commentaires de certains journalistes montréalais pendant cette année cruciale pour comprendre à quel point la capitale croulait sous le poids des préjugés.La population a craint le pire avant le début des festivités.Mais au boutdu compte, le400e aura été ce qui pouvait arriver de mieux à cette capitale qui a enfin retrouvé sa confiance, sa dignité, sa fierté.Des mots qu\u2019elle avait oubliés depuis un bon moment Québec 2008-2009*.indd 434 17/11/08 09:24:59 CAPITALE-NATIONALE ETCHAUDIÈRE-APPALACHES Une année riche en événements Clermont Dugas Géographe, Université du Québec à Rimouski En raison du 400e anniversaire de la ville de Québec, l\u2019année 2008 peut être considérée comme exceptionnelle pour la région de la Capitale-Nationale et également, dans une moindre mesure, pour sa voisine de la rive sud, Chaudière-Appalaches.Les nombreuses activités organisées pour souligner l\u2019évènement ont eu des impacts toute l\u2019année - et particulièrement durant la période estivale -, mais sont aussi porteuses de retombées pour l\u2019avenir.Au titre des caractéristiques d\u2019emploi, les deux régions présentent un des meilleurs bilans du Québec.Le secteur de l'emploi Malgré la fermeture surprise de la fabrique de chaussures Crocs et la perte de ses quelque 400 emplois, la région de la Capitale-Nationale compte 5 500 emplois1 de plus en juillet 2008 que l\u2019an dernier.C\u2019est une progression ponctuée de fluctuations à la hausse et à la baisse qui s\u2019inscrit dans la tendance québécoise.Le nombre d\u2019emplois a connu une augmentation continue durantle deuxième semestre de 2007, puis a diminué jusqu\u2019en mai 2008 pour repartir de nouveau à la hausse.C\u2019est surtout dans l\u2019emploi à temps partiel que les principaux changements se sont fait sentir.Toutefois, comme cette croissance de l\u2019emploi est demeurée inférieure à celle de la population active, le taux de chômage a aussi augmenté, passant de 4,5 à 5,3% entre juillet 2007 et juillet 2008.Mais il demeure néanmoins le deuxième plus bas du Québec à 2,1 points en dessous de la moyenne provinciale.À 66,8 %, le taux d\u2019activité est au-dessus de la moyenne provinciale tout en étant quand même dépassé par celui de quatre autres régions, dont l\u2019Outaouais qui inscrit un impressionnant 72,4 %.Contrairement à la région de la Capitale-Nationale, le nombre d\u2019emplois a légèrement diminué dans Chaudière-Appalaches, de même que la population active.Le taux d\u2019activité, qui dépassait la moyenne québécoise en juillet 2007, s\u2019établit à près d\u2019un point de Plus on s'éloigne de moins un an plus Québec, plus les revenus tard.La baisse du et la richesse foncière nombre d\u2019emplois diminuent, s\u2019est surtout produite entre mai et juillet 2008 avec une perte de 4 000 postes de travail effaçant un gain du même ordre de grandeur réalisé en hiver.Les pertes concernent surtout les emplois à plein temps.La baisse des effectifs sur le marché du travail se répercute sur le taux de chômage qui a augmenté de 0,7% en un an.Néanmoins, à 4,7%, ce dernier estleplus bas du Québec.Des disparités économiques Le dynamisme des villes de Québec et de Lévis n\u2019a pas la même intensité dans l\u2019ensemble des deux régions.Cela se traduitpar d\u2019importantes disparités territoriales.Les revenus tout comme 435 Québec 2008-2009*.indd 435 17/11/08 09:24:59 L'état du Québec 2009 la richesse foncière diminuent plus on s\u2019éloigne de Québec.La richesse est aussi plus grande sur la rive nord que sur la rive sud du fleuve.Le revenu moyen disponible par habitant en 2007 est de 25 551$, du côté nord du fleuve, dans la région de la Capitale-Nationale, comparativement à 23 603 $, du coté sud, dans la région Chaudière-Appalaches.Pour les huit municipalités régionales de comté (MRC) de la région de la Capitale-Nationale, les revenus moyens varient entre 29 543$ dans la MRC de La Jacques-Cartier à l\u2019ouest de Québec et 20 737$ dans Charlevoix-Est à l\u2019extrémité orientale de la région.Ces écarts traduisent des différences structurelles majeures affectant de façon durable de nombreux aspects de la vie socioéconomique.À 121% de la moyenne provinciale, le revenu de La Jacques-Cartier est l\u2019un des plus élevés du Québec.Comme dans d\u2019autres régions métropolitaines, cette MRC bénéficie de ce qu\u2019on peut qualifier d\u2019effet de banlieue ou de périurbanisation.Elle sert en partie de lieu de résidence aux riches salariés et propriétaires d\u2019entreprises qui gagnent leur vie dans la capitale.Cet effet de banlieue s\u2019atténue rapidement, car le revenu moyen de Portneuf, immédiatement à l\u2019ouest de La Jacques-Cartier esta 22 461 $, l\u2019un des plus bas de la région.Tant dans Portneuf que dans Charlevoix, les caractéristiques des milieux ruraux se manifestent davantage en matière de structures d\u2019emplois, de niveaux de scolarité, d\u2019infrastructures de services et de richesse foncière.En 2008, la valeur moyenne des maisons unifamiliales varie entre 222 629 $ sur l\u2019Ile-d\u2019Orléans, qui profite aussi de l\u2019effet de banlieue, et entre 102 672$ et los 108$ à Portneufet C harlevoix-E st, aux deux extrémités de la région.On a amorcé en 2008 la réalisation d\u2019un importantprojetrécréotouristique d\u2019une valeur de 230 millions de dollars qui pourrait contribuer à atténuer les disparités entre l\u2019est et le centre de la région de la Capitale-Nationale.436 Un des objectifs estde faire de la station de ski du Massif de Petite-Rivière-Saint-François, dans Charlevoix, un centre récréatif toutes saisons.Un hôtel de 150 chambres d\u2019une valeur de 50 millions de dollars esten construction à Baie-Saint-Paul.Des travaux sur la voie ferrée entre Québec etCharlevoix sontaussi en cours, en vue de la mise en circulation d\u2019un train touristique.Un agrandissement significatif du domaine skiable est également envisagé.La rive sud du fleuve a le même modèle de répartition territoriale des revenus que la rive nord, mais avec des nuances importantes en raison d\u2019une structure industrielle plus développée en milieu rural, tout particulièrement dans le couloir beauceron.Tout en demeurant supérieur à celui de la moyenne québécoise, le revenu moyen le plus élevé, celui de Lévis, de 26 620 $, est nettement inférieur à celui des riches MRC de banlieue de la rive nord.La ville de Lévis, qui est à la fois capitale régionale et banlieue de Québec, ne réussit pas à impulser un fort développement.Parmi les 10 MRC qui composent la région administrative, 3 d\u2019entre elles, Les Etchemins, Montmagny etL\u2019Islet, ont des niveaux de revenus qui s\u2019apparentent davantage aux régions périphériques.Avec un revenu moyen qui n\u2019atteint que 76 % de la moyenne québécoise, la MRC Les É tchemins figure même parmi les MRC les plus pauvres du Québec.La valeur moyenne des habitations en 2008 contribue bien à illustrer les disparités territoriales.Elles reflètent tout autant les éléments de voisinage et le dynamisme de l\u2019économie que l\u2019évolution démographique.La valeur des maisons diminue rapidementdès qu\u2019on s\u2019éloigne de la MRC de Lévis où elle s\u2019établit à 164 000$.Elle s\u2019abaisse à 112 713$ dans la MRC de Bellechasse immédiatement à l\u2019est, et atteint 72 535 $ dans Les Etchemins.Tout le secteur sud de la région renferme une des plus vastes zones de localités rurales à très faible revenu du Québec.S\u2019étalant sur les Québec 2008-2009*.indd 436 17/11/08 09:24:59 Territoire terres à reliefaccidenté de septMRC contiguës, elle comprend une quarantaine de localités2 dont le niveau de revenu moyen des ménages estinférieur à 75 % de la moyenne québécoise en 2005.C\u2019est un milieu agroforestier affecté par la crise forestière qui forme un prolongement de la longue bande de localités à problèmes économiques sérieux, qui s\u2019étire dans tout l\u2019arrière-pays du Bas-Saint-Laurent La taille moyenne de ces localités, dont au moins la moitié est en décroissance démographique, s\u2019établità 792 personnes en 2006.La démographie La population a faiblement augmenté dans les deux régions en 2007 avec un taux sensiblement identique à celui de la province.Toutefois, la situation ne s\u2019est pas améliorée pour les MRC Charlevoix-Est, L\u2019Islet, Montmagny, Les Etchemins et L\u2019Amiante, qui ont continué leur décroissance.Les soldes migratoires des deux régions administratives sont demeurés positifs en 2006 et 2007.Mais se chiffrant à 2 594 habitants, les gains delà Capitale-Nationale sont 11 fois supérieurs à ceux de Chaudière-Appalaches.De part et d\u2019autre du fleuve, les écarts sont significatifs selon les MRC.Seulement 4 des 10 MRC de Chaudière-Appalaches affichent un solde positif.Il s\u2019agit de Lévis qui connaît de loin la meilleure performance à cause de sa proximité de Québec, de la Nouvelle-Beauce, de Lotbinière et de Bellechasse.Parmi les six MRC qui accu-sentdes pertes, Beauce-Sartigan etMontmagny connaissent les pires résultats.La situation est nettementmeilleure sur la rive nord où cinq des septMRC comptabilisent des gains, tandis que les pertes sontrelativementfaibles dans les deux MRC à solde négatif de l\u2019fle-d\u2019Orléans et Char-levoix-EsL En dehors de la ville de Québec, c\u2019est la Côte-de-Beaupré qui a le meilleur bilan.La région de la Capitale-Nationale a légèrement amélioré son taux de natalité en 2007 tout en demeurantencore en dessous de la moyenne québécoise, alors que Chaudière-Appalaches a maintenu le même qu\u2019en 2006, se situant tout juste au-dessus de la moyenne du Québec.Les naissances ont diminué dans Charlevoix, l\u2019fle-d\u2019Orléans, Bellechasse, L\u2019Amiante, L\u2019Islet, Montmagny et Robert-Cliche.Quatre MRC continuent, comme depuis cinq ans au moins, à connaître des taux négatifs d\u2019accroissement naturel : Charlevoix et Charlevoix-Est sur la rive nord et L\u2019Amiante et Montmagny sur la rive sud.Pour l\u2019ensemble du territoire, l\u2019accroissement naturel a augmenté dans neuf MRC et a diminué dans huit autres entre 2006 et 2007.La composition des structures d\u2019âge semble un des principaux facteurs en cause.Le développement éolien Le développement de l\u2019énergie éolienne retient beaucoup d\u2019attention dans les deux régions administratives et tout particulièrement dans les zones rurales où la reconversion économique s\u2019impose.Mais les secteurs à potentiel éolien disposent aussi d\u2019un très bon potentiel touristique, cequin\u2019estpas sans susciter des situa- Les gains démographiques de la Capitale-Nationale sont 11 fois supérieurs à ceux de Chaudière-Appalaches.fions conflictuelles entre catégories de promoteurs.Au printemps 2008, à la suite de son appel d\u2019offres pour 2000 mégawatts (MW) d\u2019énergie éolienne, Hydro-Québec a accordé trois contrats pour une valeur de 345,9 MW à la région de la Capitale-Nationale et deux totalisant 306 MW à celle de Chaudière-Appalaches.Ces contrats toucherontles MRC Côte-de-Beau-pré et Charlevoix-Est dans le premier cas, et les MRC L\u2019Amiante, Les Etchemins et Bellechasse dans le second.L\u2019année de mise en service varie de 2011 à 2015.L\u2019un des projets dans Charlevoix suscite l\u2019opposition de la part de groupes environnementaux, mais aussi d\u2019intervenants politiques et du monde des affaires.437 Québec 2008-2009*.indd 437 17/11/08 09:24:59 L'état du Québec 2009 Les fêtes du 400e Les fêtes du 400e anniversaire de la fondation de Québec ont eu des effets qui ne se sont pas limités à la ville, mais qui se sontaussi étendus sur une vaste zone avoisinant la capitale, de part et d\u2019autre du fleuve.Le secteur de l\u2019hébergement et de la restauration a beaucoup bénéficié des festivités.La population régionale y a également trouvé une occasion exceptionnelle de participer à des activités culturelles et récréatives de grande qualité.En plus des grands rassemblements de centaines de milliers de personnes lors des spectacles d\u2019artistes de renom, la population a pu participer à un nombre inégalé de manifestations récréatives et éducatives à l\u2019Espace 400e et à différents endroits de la ville.Créativité, originalité, esprit artistique et savoir-faire se sont particulièrement manifestés avec le Moulin à images de Robert Lepage, les Jardins éphémères, la mégaproduction Plaines lunes, le Potager des visionnaires, l\u2019exposition Passager/Passenger, le Chemin qui marche, etc.Ces fêtes du 400e furent soulignées de différentes manières: 45 voiliers ont traversé l\u2019Atlantique à partir de La Rochelle pour la Grande Traversée, le Centre de la francophonie des Amériques a été créé, 274 œuvres d\u2019art prêtées par le Musée du Louvre ont été exposées.Les Fêtes ont aussi donné lieu à des réalisations importantes qui vont contribuer à enrichir et à valoriser le cadre de vie de la capitale.Le gouvernement fédéral a financé le réaménagement de la baie de Beauport, a investi 17,5 millions de dollars dans l\u2019aménagement de la Pointe-à-Carcy avec la construction d\u2019une nouvelle agora de 4 000 sièges et a fourni 7,1 millions de dollars pour la mise en valeur du bassin Brown, endroit où Wolfe a débarqué avant la bataille des plaines d\u2019Abra-ham.Pour sa part, le gouvernementprovincial a alloué 70 millions de dollars à la construction de la promenade Samuel-de-Champlain d\u2019une longueur de 2,5 kilomètres.438 L\u2019année 2008 a aussi été riche en rassemblements d\u2019envergure internationale à Québec.Le Mondial du hockey au printemps a été une réussite tant sur les plans sportif qu\u2019économique.Le Congrès eucharistique international a aussi fait converger vers Québec des milliers de visiteurs venant du monde entier.En octobre, c\u2019est le xne Sommet de la Francophonie qui a rassemblé à Québec un nombre important de chefs d\u2019États et de journalistes.S\u2019ajoutentplu-sieurs autres congrès internationaux réunissant chacun des milliers de personnes.Le 350e anniversaire du sanctuaire de Sainte-Anne-de-Beau-pré a aussi contribué à faire passer des dizaines de milliers de pèlerins par Québec.Les perspectives d'avenir Les fêtes du 400e ont contribué à faire connaître davantage Québec au pays et à l\u2019étranger et à favoriser l\u2019aménagement d\u2019infrastructures.Elles sont en quelque sorte un complémentà la stratégie de diversification économique mise en place durant les dernières années.Si les résultats attendus sont conformes aux attentes, les fortes disparités territoriales qui s\u2019inscrivent dans les deux régions risquent de s\u2019agrandir.Les investissements en cours et à venir dans l\u2019éolien et le récréotourisme constituent certes un apport significatif pour la périphérie des régions, mais sontinsuffisants pour corriger les problèmes sérieux qui affectent une vaste zone rurale.La deuxième politique de la ruralité mise en application au début de 2008 ne dispose pas non plus des moyens adéquats.De nouvelles mesures s\u2019imposentpour favoriser le dévelop-pementde nombreuses localités rurales, et tout particulièrement dans Chaudière-Appalaches.Notes 1.\tToutes les statistiques concernant les régions administratives et les MRC proviennent de l\u2019Institut de la statistique du Québec.2.\tLes statistiques concernant les municipalités proviennent du recensement de 2006 de Statistique Canada.Québec 2008-2009*.indd 438 17/11/08 09:24:59 COURONNE DES VILLES INTERMÉDIAIRES Dans la cour des grandes villes.Marc Rochette Journaliste, Le Nouvelliste Etre assez près tout en étant assez loin.Voilà le lot des villes intermédiaires qui, sans être trop éloignées des grands centres, le sont suffisamment pour développer leur propre structure socioéconomique.Il y a bien les cas de la Montérégie, avec Longueuil, et de l\u2019Outaouais, avec Gatineau, qui goûtent aux avantages d\u2019une bonne proximité avec Montréal dans le premier cas et d\u2019Ottawa dans le second pour stimuler leur économie.Mais il y a aussi une région comme celle de Lanaudière qui doit vivre avec le désavantage d\u2019être enclavée entre des régions « ressources » et la métropole, d\u2019où sa soif de cohésion dans son développement territorial.Une région comme les Laurentides tire son épingle du jeu, entre autres, par le tourisme de villégiature etl\u2019aéronautique, mais tantl\u2019Estrie que la Mauricie sont en mode «reconversion économique».Et les capitales régionales, Sherbrooke et Trois-Rivières, misent sur l\u2019innovation et des projets majeurs de développement immobilier et touristique pour compenser la perte massive d\u2019emplois manufacturiers.Bienvenue dans la cour des grandes villes.L'Outaouais à l'ombre d'Ottawa Avec 4,5% de la population du Québec (347 214 habitants), l\u2019Outaouais se classe au huitième rang des régions de la province.Depuis 1971, sa population n\u2019a cessé de croître, et ce, beaucoup plus rapidement que celle du Québec.La proximité de la ville d\u2019Ottawa s\u2019est traduite par un essor économique et démographique notable.En outre, les perspectives démographiques pour cette région demeurent très bonnes et, bien que l\u2019on prévoie un ralentissement, son rythme de croissance devrait demeurer deux fois plus élevé que celui du Québec jusqu\u2019en 2021.Cette croissance est due, notamment, à un solde migratoire total positif alimenté autant par les mouvements migratoires internationaux qu\u2019interprovinciaux, de même que par les autres régions du Québec.La dernière année a été marquée d\u2019une part par la fermeture de l\u2019usine Domtar, mais d\u2019autre part par un boom exceptionnel de la construction commerciale et institutionnelle.La région a une économie à trois vitesses : celle d\u2019Ottawa, celle de Gatineau et, enfin, celle de l\u2019Outaouais rural.Le projet de Rapibus, évalué à 195 millions de dollars, devrait toutefois contribuer au développement économique de Gatineau.Il s\u2019agit de créer une voie réservée aux autobus gatinois, permettant des trajets rapides aux heures de pointe entre le secteur Gatineau et les centres-villes de Hull et d\u2019Ottawa.On note aussi la construction d\u2019un mégacentre commercial de 50 millions de dollars le long de l\u2019autoroute 50, à Gatineau, avec le deuxième plus gros Wal-Mart au Québec.À ces initiatives viennent s\u2019ajouter les rénovations d\u2019hôpitaux de la région métropolitaine et la mise en chantier d\u2019un complexe sportif.439 Québec 2008-2009*.indd 439 17/11/08 09:24:59 L'état du Québec 2009 En 2006, dans la région de l\u2019Outaouais, la proportion des emplois dans le secteur tertiaire est de 84,3 % contre 76,9% au Québec.Cette distinction est attribuable à la proximité de la ville d\u2019Ottawa ainsi qu\u2019au grand nombre d\u2019emplois dans le secteur des services publics.En effet, ce dernier secteur accapare une plus grande part des emplois dans l\u2019Outaouais (39,7%) que dans l\u2019ensemble du Québec (25,5%).Évidemment, Gatineau constitue le pôle régional avec près de 250 000 habitants.La ville est «née» le 1er janvier 2002 à la suite de la fusion des villes d\u2019Aylmer, de Buckingham, de Hull, de Gatineau et de Masson-Angers.Non seulementGatineau estdésormais la quatrième ville en importance au Québec (après Montréal, Québec et Laval), mais elle fait également partie de la grande région de la capitale du Canada, qui compte plus de 1,1 million d\u2019habitants.Pas étonnant d\u2019y trouver un taux de bilinguisme parmi les plus élevés au pays, près des deux tiers de sa population parlant couramment le français etl\u2019anglais.Celle-ci est hautement scolarisée, et son taux de chômage est nettement inférieur à la moyenne québécoise, illustrant bien le dynamisme de l\u2019économie régionale.Le revenu médian des familles de Gatineau est de 20 % plus élevé que celui des familles québécoises.Depuis une quinzaine d\u2019années, l\u2019économie de la région de l\u2019Outaouais a été marquée par l\u2019implantation de nombreux ministères et agences du gouvernement fédéral qui, à leur tour, ontgénéréun développementimmobilier sans précédent lié aux commerces et aux services.Le nombre de fonctionnaires à Gatineau a bondi de 2 500 en un an, pour atteindre 43 000.Ce phénomène sera accentué par la construction de nouveaux bureaux fédéraux dans le secteur de Hull, ce qui permettra d\u2019accueillir 6 200 fonctionnaires additionnels.Le secteur de la haute technologie est le deuxième plus grand employeur de la grande 440 région de Gatineau-Ottawa après le gouvernement fédéral.Ce territoire compte d\u2019ailleurs un bon bassin de collèges et d\u2019universités, de même qu\u2019une quarantaine de laboratoires de recherche et développement nationaux et in ter-nationaux.La Mauricie au confluent de son histoire Àl\u2019aube de ses 375 ans, qu\u2019elle fêtera en 2009, Trois-Rivières vit, avec la métamorphose de son tissu industriel, un tournant de son histoire.Ironiquement, le futur se dessine sur les vestiges dupassé : un projetd\u2019un demi-milliard de dollars, Trois-Rivières sur Saint-Laurent, s\u2019apprête à voir le jour sur les ter- Gatineau est désormais rains d\u2019un ancien la quatrième ville en moulin à papier, importance au Québec.Situé au confluent du fleuve Saint-Laurent et de la rivière Saint-Maurice, ce nouvel ensemble urbain est sensé contribuer au développement économique, culturel et touristique d\u2019une ville dont le nom trahit son lien permanentavec les cours d\u2019eau.Et c\u2019est sans compter l\u2019effet de revitalisation des secteurs environnants.La moitié des 340 000 mètres carrés du terrain réservé au projet sera allouée au secteur privé pour un développement résidentiel et commercial, dont l\u2019implantation d\u2019un technoparc.L\u2019autre moitié, la partie publique du projet, verra la construction d\u2019un amphithéâtre, d\u2019un centre de découverte de l\u2019industrie des pâtes et papiers, d\u2019une promenade riveraine et de divers aménagements, dont des espaces verts.On estime les retombées économiques de Trois-Rivières sur Saint-Laurent à plus de 150 millions de dollars durant les travaux, puis à près de 18 millions de dollars sur une base annuelle.Quant à la création d\u2019emplois, on pourrait en compter au-delà de 2 000 en phase de construction et plus de 400 par la suite.Par ailleurs, l\u2019Administration portuaire de Trois-Rivières a rendu public, au printemps Québec 2008-2009*.indd 440 17/11/08 09:24:59 Territoire 2008, un ambitieux projet de modernisation de ses installations.Celui-ci s\u2019étendra sur les 12 prochaines années et coûtera 146 millions de dollars.Ces perspectives sont encourageantes pour l\u2019économie trifluvienne, qui a eu son lot de difficultés avec, entre autres, la fermeture de l\u2019usine Aleris à l\u2019été 2008.Cette entreprise, véritable institution dans le domaine de l\u2019aluminium, a provoqué la perte de 450 emplois.Plus tôt dans l\u2019année, Kruger, le plus gros employeur dans le domaine forestier en Mau-ricie, avait été contraint de diminuer ses effectifs dans ses deux usines de Trois-Rivières en raison de la crise dans ce secteur.Même si Trois-Rivières a perdu son titre de capitale mondiale du papier, cette industrie y est encore bien vivante grâce, entre autres, au Centre intégré en pâtes et papiers (CIPP), le premier centre mondial à intégrer éducation, services et recherche par l\u2019intermédiaire du Cégep de Trois-Rivières et de l\u2019Université du Québec à Trois-Rivières (UQTRJ.Cette dernière s\u2019apprête d\u2019ailleurs à se doter, après avoir investi dans le CIPP et l\u2019Institutde recherche sur l\u2019hydrogène, d\u2019un pavillon interdisciplinaire en santé.Ce projet de 16 millions de dollars a aussi été confirmé en 2008.Un regard rapide des principaux indicateurs de vulnérabilité socioéconomique dresse un portraitmitigé de la situation économique des habitants de la région.Le taux de chômage est passé de 10,9 % à 8,9% entre 2001 et 2006.Il tend à être plus élevé que celui du Québec, mais l\u2019écart s\u2019amoindrit De façon globale, l\u2019état de santé de la population de la Mauricie et du Centre-du-Québec s\u2019estamélioré ces dernières décennies.L'Estrie au cœur d'un triangle L\u2019Estrie peut miser sur uneposition géographique enviable, au cœur d\u2019un triangle de technologies de pointe réunissant les grands centres urbains du Québec et de la Nouvelle-Angleterre.Son économie est diversifiée, même si le secteur manufacturier estrelativementimpor-tant : celui-ci emploie plus du quart de la population active, contre 17% dans l\u2019ensemble du Québec.Ainsi, plus que d\u2019autres régions, l\u2019Es-trie est particulièrement touchée par l\u2019effondrement de plusieurs secteurs de la fabrication.Des 38100 emplois manufacturiers perdus en 2007 à l\u2019échelle du Québec, pas moins de 10 % de ces pertes ont été enregistrées en Estrie.L\u2019enjeu global de productivité, s\u2019il estpartagé avec l\u2019ensemble de l\u2019économie québécoise, y est donc sans doute plus accentué au vu de l\u2019importance du secteur manufacturier traditionnel, du niveau des salaires et de l\u2019évolution des revenus.Néanmoins, l\u2019Estrie a enregistré une création nette de 3 200 emplois pour l\u2019année 2007, dont les deux tiers dans la région métropolitaine de recensement de Sherbrooke.Les secteurs des services et de la construction ontpour beaucoup contribué à cette performance.Par ailleurs, la population de l\u2019Estrie est moins scolarisée que ne l\u2019estcelle de l\u2019ensemble du Québec.Une plus grande part de la population n\u2019a pas terminé d\u2019études secondaires, alors qu\u2019une plus petite proportion a suivi des études collégiales ou universitaires.Pas étonnant que la situation soit aussi préoccupante en ce qui concerne le décrochage scolaire : selon les plus récentes études, l\u2019Estrie se situe au 15e rang sur 18 au Québec, avec une proportion de 34% de jeunes qui quittent l\u2019école sans avoir obtenu de diplôme.La région est largement rurale.La ville de Sherbrooke, dont les quelque 150 000 habitants représentent la moitié de la population estrienne, et, dans une moindre mesure, la ville de Magog concentrent les services à la population et aux entreprises.Le grand facteur d\u2019attraction et de rétention de l\u2019Estrie?La qualité de vie.D\u2019ailleurs, la 441 Québec 2008-2009*.indd 441 17/11/08 09:25:00 L'état du Québec 2009 région fonde son développement sur un cadre de vie et des services particulièrement adaptés aux besoins de tous ceux qui recherchent un mode de vie sain et équilibré.Parmi les autres atouts de la région, on note un réseau d\u2019institutions d\u2019enseignement et de recherche complet, intégré et dans les deux langues, orienté sur la réussite des personnes et sur le succès des entreprises, ainsi qu\u2019une proximité des marchés du Nord-E st américain et de la région des Grands Lacs.Quanta Sherbrooke, elle sera devenue au fil des ans une capitale de services, passant rapidement au rang des villes déterminantes pour l\u2019avancement de la société québécoise.De nombreux défis se présentent toutefois au milieu socioéconomique de l\u2019Estrie : préserver son environnement et augmenter le niveau d\u2019éducation de sa main-d\u2019œuvre.Unir ses forces pour lutter contre le décrochage scolaire et mieux soutenir ses entreprises afin de faire face collectivement aux enjeux d\u2019innovation et de mondialisation : voilà le plan de match élaboré par la Conférence régionale des élus pour la période s\u2019étendantjusqu\u2019en 2012.Dans ce contexte, il n\u2019est donc pas étonnant que les leaders locaux aient organisé le Sommet de Sherbrooke, en 2007, afin de transformer la ville en un pôle majeur d\u2019innovation d\u2019ici 2012.Autre fait marquant qui correspond à cet axe de développement: la création par l\u2019Université de Sherbrooke du Parc Innovation où l\u2019on espère accueillir une vingtaine de centres de recherche.D\u2019ailleurs, le premier, le Centre de technologies avancées, fruit d\u2019une entente entre l\u2019Université de Sherbrooke et Bombardier Produits récréatifs, a démarré ses activités en 2008.Les Laurentides au carrefour du boom démographique Selon le recensement de 2006, la population des Laurentides dépasse le demi-million d\u2019habitants, occupant ainsi le 4e rang parmi 442 les 17 régions administratives de la province.La majorité de ses résidents habite les trois MRC métropolitaines de Mirabel, de Deux-Montagnes et de Thérèse-De Blainville.Depuis le début des années 90, la région des Laurentides est celle qui affiche le taux d\u2019accroissement démographique le plus élevé de toutes les régions du Québec.Sa population s\u2019est accrue de plus de 10 % de 2001 à 2006 et de plus de 30% depuis 1991.Cette tendance devraitd\u2019ailleurs se poursuivre à l\u2019avenir, puisque les perspectives démographiques de l\u2019Institut de la statistique du Québec placent la région bonne première jusqu\u2019en 2026.L\u2019économie régionale est fondée sur quatre principaux secteurs d\u2019activités : la forêt, le tourisme, le matériel de transport et les produits alimentaires.Le tourisme de villégiature quatre saisons représente quant à lui un secteur d\u2019activités pour lequel la région affiche un leadership à l\u2019échelle nationale.On n\u2019a qu\u2019à penser à tout le développement des dernières années aux alentours de Mont-Tremblant.Le tissu industriel régional, de son côté, est caractérisé par la présence de plusieurs fabricants de matériel de transport.L\u2019aéronautique y occupe une part importante, notamment dans les domaines de l\u2019assemblage d\u2019hélicoptères et de pièces d\u2019avions.Des infrastructures aéroportuaires de calibre international sont égalementprésentes sur le territoire.Le transport terrestre joue aussi un rôle important Dans le domaine agroalimentaire, la région compte sur une production agricole respectable provenant des municipalités régionales de comté (MRC) de Mirabel, de Deux-Montagnes etd\u2019Argenteuil.La zone métropolitaine affecte aussi de façon notable le développement économique.Elle génère des activités axées davantage sur le développement résidentiel et le commerce de détail, mais estégalementpropice au développement de l\u2019industrie manufacturière.Elle entraîne une partie considérable des résidents Québec 2008-2009*.indd 442 17/11/08 09:25:00 Territoire à se déplacer quotidiennementà l\u2019extérieur de la région pour travailler (vers Laval etMontréal surtout).Ces navetteurs comptent pour plus de 25 % de la force de travail.Dans l\u2019ensemble, la région affiche une performance économique relativement bonne.Son revenu personnel par habitant est supérieur à la moyenne québécoise.La productivité de ses travailleurs estégalementparmi la plus élevée.Les exportations y sont importantes.Quant aux indicateurs du marché de l\u2019emploi, ils affichent une performance légèrement supérieure à celle de la moyenne québécoise.L\u2019année 2007-2008 a vu la mise en place de la Commission régionale des ressources naturelles et du territoire des Laurentides - une bonne nouvelle compte tenu de l\u2019importance de l\u2019industrie forestière dans la grande MRC Antoine-Labelle, au nord de la région.S\u2019est également tenu dans les Laurentides - à Mont-Tremblant et à Saint-Jérôme - le Forum international sur la mobilité urbaine et le transport avancé (MUTA).Enfin, il y a aussi eu la formation d\u2019une nouvelle entité de développement économique régionale.Laurentides Économique est le firuitde l\u2019alliance entre les huitcentres locaux de développement (CLD) et la Conférence régionale des élus des Laurentides.On nepeutévidemmentpasser sous silence le choix de Mirabel à l\u2019été 2008 comme lieu d\u2019assemblage final de la nouvelle série d\u2019avions de la série C de Bombardier.La nouvelle usine permettra la création de 1300 emplois, en plus de confirmer la place de Mirabel en tant que pôle de développement aéronautique.La diversité au secours de l'enclavement de Lanaudière Lanaudière compte la deuxième plus importante croissance démographique du Québec, après la région des Laurentides.Entre 1991 et 2004, la région a vu sa population augmenter de 20,3 % pour atteindre plus de 410 000 habitants.La proximité de Montréal s\u2019est traduite par un essor économique et démographique enviable.D\u2019ailleurs, les perspectives démographiques pour Lanaudière demeurent très bonnes et, bien que l\u2019on prévoie un ralentissement, son rythme de croissance devrait demeurer deux fois plus élevé que celui du Québec, jusqu\u2019en 2021.Il n\u2019en demeure pas moins que la situation géographique etpolitique de la région présente des particularités dont il faut tenir compte.Enclavée entre des régions dites « ressources » et Montréal, Lanaudière peut sembler, à certains égards, défavorisée en termes de leviers de développement.Outre ceteffetd\u2019enclave, deux territoires de MRC (L\u2019Assomption et Les Moulins) sont confrontés à la double appartenance Lanau-dière/Communauté métropolitaine de Montréal.Bien qu\u2019à certains égards, cette double appartenance puisse représenter des avantages en termes de développement économique et social du sud de .\t.\t\u201e\t,\t.Un projet d un demi- milliard de dollars, Trois-Rivières sur Saint-Laurent, s'apprête à voir le jour sur les terrains d'une ancienne papetière.la région, il en est autrementpour les territoires situés au centre et au nord.Cependant, il faut aussi tenir compte du fait que les MRC du sud ne bénéficient pas non plus de certains avantages dont bénéficient les MRC du nord, comme le pacte rural ou certains fonds fédéraux réservés à des MRC désignées.Peu d\u2019outils spécifiques s\u2019offrent aux MRC de D\u2019Autray, de Joliette, de Matawinie et de Montcalm.Celles-ci ne bénéficient pas des avantages des MRC de la première couronne de Montréal, pas plus que des avantages des régions ressources avoisinantes.Par conséquent, leur développement est plus laborieux, surtout dans un contexte de mondialisation et de compétitivité.Par ailleurs, ces territoires étant largement agricoles et forestiers (à l\u2019exception de la MRC de Joliette qui peut compter 443 Québec 2008-2009*.indd 443 17/11/08 09:25:00 L'état du Québec 2009 sur un tissu commercial et industriel relativement bien développé), la diversification économique peuty apparaître comme étantdavan-tage difficile à implanter.En ce qui concerne les autres MRC en revanche, Lanaudière possède une grande force: celle de sa diversité.Ainsi, la région est moins susceptible d\u2019être lourdement touchée par l\u2019effondrement ou les difficultés d\u2019un secteur en particulier.Le sud de la région accueillera bientôtquatre gares de trains de banlieue flambant neuves, afin de répondre aux demandes d\u2019une population en pleine croissance.Pour implanter la nouvelle ligne ferroviaire, l\u2019Agence métropolitaine de transport construira un tronçon de 12 km entre Repentigny et Terrebonne.Les municipalités prévoient des projets domiciliaires près du train et de nouveaux poiver centers (centres commerciaux à aire ouverte de plus de 23 ooo mètres carrés) le long des nombreuses autoroutes.Quant à l\u2019immense MRC de Matawinie, au nord, elle veut tirer profit des nombreux lacs sur son territoire, d\u2019où les six projets de développement immobilier - comprenant des entreprises d\u2019hébergement - sur les rives du lac Taureau, présentement en cours d\u2019évaluation.La Montérégie si proche de Montréal La région de la Montérégie représente 18,1% de la population du Québec en 2006 (près de 1,4 million d\u2019habitants) et se classe au deuxième rang.Elle affiche un solde migratoire total positif, le plus élevé de toutes les régions.L\u2019afflux de nouveaux résidants provenant des autres régions du Québec, particulièrement de Montréal, contribue en grande partie à expliquer ce constat D\u2019ailleurs, la principale agglomération, Longueuil, occupe une position géographique stratégique à moins de 10 km du centre-ville montréalais et au carrefour de nombreux axes routiers, maritimes, ferroviaires etaériens qui donnentaccès, dans un rayon de 1000 km, à une population de 130 millions d\u2019habitants.La proximité de Montréal a très nettement favorisé le développement de l\u2019agglomération de Longueuil grâce à l\u2019établissement de liens étroits avec l\u2019île de Montréal sur les plans de la démographie, du marché du travail, des échanges commerciaux, de la culture et des loisirs.À ce sujet, il est évident que la présence d\u2019une station de métro, vers laquelle converge le système de transports en commun, a contribué à renforcer les avantages que lui procure son positionnement géographique.L\u2019agglomération de Longueuil est par ailleurs caractérisée par un niveau de revenus parmi les plus élevés au Québec, et grâce à son économie diversifiée affiche l\u2019un des plus faibles taux de dépendance économique.Sa structure économique s\u2019apparente sensiblement à celle des villes de Montréal et de Laval.Elle connaît de profondes transformations et s\u2019oriente déplus en plus vers des activités commerciales et des services à forte valeur ajoutée dont le rayonnement s\u2019étend au-delà de son territoire.En plus de nombreuses institutions d\u2019enseignement, la région regroupe une diversité de services commerciaux et publics, dont deux hôpitaux.Un projet qui a retenu l\u2019attention en 2007-2008 ?Le début des travaux du nouveau complexe universitaire de 120 millions de dollars de l\u2019Université de Sherbrooke à son campus de Longueuil, à la station de métro Longueuil.Une première tour de 17 étages devrait recevoir les étudiants en 2009, la population étudiante ne cessant de croître.444 Québec 2008-2009*.indd 444 17/11/08 09:25:00 RÉGIONS PÉRIPHÉRIQUES Des espaces en mutation Clermont Dugas Géographe, Université du Québec à Rimouski Les six grandes régions périphériques du Québec - le Bas-Saint-Laurent, la Gaspé-sie-tles-de-la-Madeleine, le Saguenay-Lac-Saint-Jean, l\u2019Abitibi-Témiscamingue, la Côte-Nord et le Nord-du-Québec - ont connu, en 2008, une situation socioéconomique relativement stable par rapport à celles des dernières années.Elles accusent généralement les mêmes niveaux d\u2019écarts par rapport aux autres régions du Québec et à la moyenne québécoise.Les mêmes écarts persistent aussi à l\u2019intérieur de chacune des régions et, dans certains cas, ont tendance à s\u2019agrandir compte tenu des changements ponctuels dans plusieurs milieux urbains.Les réajustements de l\u2019appareil de production aux règles et aux besoins du marché se sont poursuivis, mais sans secousses aussi fortes que dans les années précédentes.Une certaine reconversion économique en cours a même entraîné d\u2019importantes créations d\u2019emplois dans plusieurs régions.Un secteur de l'emploi en évolution Les statistiques1 mensuelles de l\u2019emploi traduisent assez bien les différents mouvements économiques qui se sont produits.En juillet 2008, les régions Gaspésie-fles-de-la-Made-leine, Abitibi-Témiscamingue et Bas-Saint-Laurent comptent chacune plusieurs milliers d\u2019emplois de plus en juillet 2008 qu\u2019un an plus tôt C\u2019est la Gaspésie qui affiche le meilleur score de toutes les régions périphériques.La situation qui prévaut à cet endroit est à la fois surprenante etrassurante.La fermeture d\u2019usines importantes dans le secteur du bois durant les dernières années laissaitprésager des perspectives plus inquiétantes.L\u2019augmentation du prix des métaux a entraîné l\u2019ouverture de nouvelles mines et la création d\u2019emplois dans le secteur minier de l\u2019Abitibi-Témiscamingue.Dans le Bas-Saint-Laurent, le niveau de l\u2019emploi a beaucoup fluctué.Une diminution d\u2019environ 3 000 emplois entre juillet et décembre 2007 fut suivie par une remontée de près de 5 000 nouveaux postes durantles septpremiers mois de 2008.En Abitibi-Témiscamingue et en Gaspésie-fles-de-la-Madeleine, le nombre d\u2019emplois est demeuré relativement stable jusqu\u2019au printemps 2008 puis a augmenté d\u2019un peu plus de 2 000 dans chacune des régions entre mai et juillet Le volume d\u2019emploi est demeuré sensiblement le même durant la dernière année sur la Côte-Nord et dans le Nord-du-Québec alors qu\u2019il accuse une importante diminution au Saguenay-Lac-Saint-Jean.À lui seul, ce territoire subit une perte du même ordre que tous les gains des autres régions.Après une augmentation de septembre à décembre 2007, la diminution s\u2019est poursuivie durant les septpremiers mois de 2008 avec une nette accélération en mai et juin.Cette évolution en sens différent de celle des autres régions périphériques témoigne une fois de plus 445 Québec 2008-2009*.indd 445 17/11/08 09:25:00 L'état du Québec 2009 de la spécificité économique de chaque région.Les taux d\u2019activité et de chômage sont en général conséquents aux évolutions observées, mais contribuent toujours à illustrer le décalage qui se maintient entre les régions périphériques et le reste de la province.Alors que le taux d\u2019activité de la province est demeuré constant à 65,7%, celui de toutes les régions périphériques, à l\u2019exception du Saguenay-Lac-Saint-Jean a augmenté selon des valeurs allant de o, 2 % en Abi ti bi-Témi scamingue à 3,7 % en Gaspésie-Iles-de-la-Madeleine.En dépitd\u2019un changement aussi notoire, cette dernière région occupe toujours le dernier rang provincial, lo points en deçà de la moyenne nationale.Avec une diminution de 2 %, le taux du Sague-nay-Lac-Saint-Jean se rapproche dangereusement de celui de la Gaspésie-Iles-de-la-Made-leine et est maintenant le deuxième plus bas du Québec.De juillet 2007 à juillet 2008, le taux de chômage de la province est passé de 7,0 à 7,4 %.Il estdemeuré à 8,4% au Saguenay-Lac-Saint-Jean, a diminué en Gaspésie-Iles-de-la-Madeleine et en Abitibi-Témiscamingue et a augmenté dans les deux autres régions.Les régions Côte-Nord et Nord-du-Québec ont connu les plus fortes augmentations avec un taux passant de 7,3 à 12 %.Par contre, le taux a baissé de façon assez spectaculaire en Abitibi-Témiscamingue, passant de 10,5% à 7,2% pour venir se situer en dessous de la moyenne québécoise.Avec des chiffres variant entre 7,2 % et 16,5%, les taux demeurent quand même assez différents selon les régions, conformément au modèle habituel.Des disparités économiques persistantes Les revenus disponibles par habitant rendent compte des importantes disparités qui existent entre les régions et la province, entre les régions et à l\u2019intérieur de ces dernières.En 2007, ces revenus se situent entre 79,3% de la moyenne 446 québécoise dans la Gaspésie-fles-de-la-Made-leine et 104,3 % pour la région de la Côte-Nord.La situation de la Gaspésie s\u2019est dégradée depuis 2003 tout comme celle du Nord-du-Québec, alors qu\u2019il y a eu amélioration plus ou moins grande dans les autres régions.Pour ces dernières, les revenus ont augmenté selon une moyenne annuelle variantentre 4,4 % et 5,7%, comparativement à 3,9% pour l\u2019ensemble de la province.L\u2019Abitibi-Témiscamingue et la Côte-Nord ont connu les meilleures performances en raison d\u2019une forte activité minière.L\u2019Abitibi-Témiscamingue a bénéficié de la plus forte augmentation, voyant son revenu passer de 89,6 à 95,8% de la moyenne québécoise.À l\u2019opposé, les importantes pertes d\u2019emplois du secteur forestier ont contribué à faire passer le revenu de 99,6 % à 91,3 % de la moyenne provinciale dans le Nord-du-Québec.La Gaspésie et le Bas-Saint-Laurent occupent toujours des places à part dans les échelles de disparités, se situant aux deux derniers rangs de toutes les régions administratives du Québec.À 83,7% de la moyenne québécoise, le Bas-Saint-Laurent partage des caractéristiques communes avec la Gaspésie, notamment pour ses secteurs forestier et agroforestier, mais s\u2019en différencie fortement par une structure urbaine beaucoup mieux développée.La dichotomie urbain/rural y crée, comme sur la Côte-Nord, d\u2019importantes disparités entre Municipalités régionales de comté (MRC).Fortement agroforestière, la MRC Témiscouata a un revenu qui se situe à 72 % de la moyenne québécoise, comparativement à 96% pour Rimouski-Neigette.Sur la Côte-Nord, les revenus personnels par habitant varient entre 21 770$ dans la Basse-Côte-Nord et 49 555$ dans Caniapiscau.Ce sont les plus fortes disparités de toutes les régions périphériques.Les statistiques du dernier recensement fédéral contribuent aussi à illustrer les difficultés économiques de la Gaspésie et du Bas-Saint-Laurent Les MRC de la Haute-Gaspésie, Québec 2008-2009*.indd 446 17/11/08 09:25:00 Territoire des Basques, de LaMatapédia, deTémiscouata, du Rocher-Percé et de Matane font partie des 20 divisions de recensement les plus pauvres du Canada.Les revenus de transferts gouvernementaux y sont aussi très élevés, formant entre 20 % et 32 % du revenu total, comparativement à 12,5 % pour le Québec et 9,9% pour le Canada.C\u2019est en ramenant l\u2019analyse à l\u2019échelle des municipalités qu\u2019on mesure le mieux l\u2019ampleur des disparités territoriales et les carences qui affectent tout particulièrement de nombreuses communautés rurales.Selon les données du recensement de 2006 de Statistique Canada, le revenu moyen des ménages pour les localités de 250 habitants et plus varie entre 26 457$ à Kitcisakik en Abitibi à 188 98 5 $ à Westmount.La moyenne québécoise s\u2019établit à 58 954$, et le revenu est inférieur à 75 % de ce montant dans 272 localités (sur un total de 1170 localités au Québec).Ce sont pour la plupart des localités dontla taille démographique est inférieure à 1 000 habitants et généralement éloignées des villes et centres de services.Cent-dix-neuf de ces localités appartiennent aux régions périphériques, dont 66 uniquement dans le Bas-Saint-Laurent où elles ont tendance à former des ensembles contigus.La crise forestière La crise forestière continue d\u2019affecter l\u2019économie des régions, créant beaucoup d\u2019incertitudes et d\u2019insécurité tant chez les entrepreneurs que chez les travailleurs forestiers.L\u2019industrie forestière est toujours auxprises avec d\u2019importants problèmes structurels et conjoncturels.À la diminution de la demande sur le marché américain, à l\u2019augmentation de la valeur du dollar canadien et aux faibles prix offerts pour le bois d\u2019œuvre et le papier, s\u2019ajoutent des problèmes d\u2019approvisionnement, un coût de la fibre aux frais d\u2019exploitation élevés et des contraintes d\u2019ordre fiscal, législatifetadminis-tratif.Différentes mesures gouvernementales ont contribué à atténuer certaines difficultés, mais les problèmes à résoudre demeurent considérables.Dans toutes les régions, des adaptations au nouveau contexte et des efforts de restructuration sont en cours, se traduisant soit par des réouvertures d\u2019usines de courte durée ou de période indéterminée, des baisses de salaire des travailleurs forestiers, des arrêts de production et de nouvelles fermetures, comme ce fut le cas à La Baie au Saguenay-Lac-Saint-Jean avec l\u2019usine de panneaux MDF.À Senneterre, on a dû interrompre la production à cause d\u2019un approvisionnementen bois insuffisant La disponibilité de la ressource constitue un objet de préoccupation majeure dans toutes les régions et donne constamment lieu à des tractations entre le gouvernement et les entrepreneurs.Certaines entreprises ont repris les activités pour quelques semaines afin de permettre à leurs travailleurs de se qualifier pour l\u2019assurance-emploi, alors que d\u2019autres sont à vendre.À Saint-Elzéar, en Gaspésie, on a décidé de prolonger la fermeture jusqu\u2019au printemps 2009, espérant que le prix de vente du bois d\u2019œuvre atteigne aumoins les coûts deproduc-tion.Là, comme à beaucoup d\u2019autres endroits, l\u2019activité forestière est la base de l\u2019économie.À Saint-Alphonse, tout près de Saint-Elzéar, la population est dans l\u2019expectative, craignant la perte définitive de sa _\t.\t,, En matière d emplois, principale source d emploi.D\u2019autres scieries Is Gaspésie affiche le devraient aussi fermer meilleur score de toutes en Gaspésie si on donne |es régions périphériques, suite au plan de restructuration du rapport Genest, réalisé par des intervenants du milieu forestier.Le plan, déposé en 2006, prévoit une restructuration du secteur du sciage de la Gaspésie impliquantle maintien de 5 scieries sur 14.Les scieries fermées pourraient être reconverties en d\u2019autres usines de transformation moyennant un investissement de l\u2019ordre de 100 millions de dollars.447 Québec 2008-2009*.indd 447 17/11/08 09:25:00 L'état du Québec 2009 La diminution de la production a des retombées sur la sylviculture.Compte tenu de la réduction des opérations forestières, les propriétaires de scieries ont moins d\u2019argent à investir dans les activités sylvicoles.En Gaspé-sie, de 500 à 700 travailleurs craignent de ne pas avoir assez d\u2019ouvrage pour être admissibles à l\u2019assurance-emploi.Le 18 juin 2008, environ 150 d\u2019entre eux ont bloqué pendant 6 heures l\u2019accès au bureau régional du ministère des Ressources naturelles à Caplan.Ils ont eu gain de cause, et des mesures particulières de financement des travaux ont été mises en place.Par ailleurs, les propriétaires de machinerie lourde qui ne réussissent pas à obtenir suffisamment de contrats sont aux prises avec des problèmes d\u2019endettement Le temps pluvieux qui a prévalu au printemps età l\u2019été 2008 a créé des problèmes pour la voirie forestière, mais a également eu l\u2019effet bénéfique de diminuer le nombre des feux de forêt.Au début août 2008, le nombre de feux de forêt était le plus faible des 25 dernières années.Le contraste est saisissant par rapport à 2007, année durant laquelle on a enregistré plus de 800 incendies ayant affecté près de 200 000 hectares et occasionné des dépenses de 64 millions de dollars en fiais de détection et d\u2019extinction.Au début août 2008, on ne dénombrait que 136 feux ayant affecté 120 hectares de forêt pour des dépenses de 3,9 millions de dollars.L'énergie éolienne Le développement éolien a suscité beaucoup d\u2019intérêt dans la plupart des régions périphériques en vue de l\u2019attribution par Hydro-Qué-bec au printemps 2008 de nouveaux contrats d\u2019achatde 2 000 mégawatts (MW) d\u2019électricité.Toutes les régions, à l\u2019exception de l\u2019Abitibi-Témiscamingue, ontdéposé des soumissions.Uniquement dans le Bas-Saint-Laurent, on a présenté au moins 22 projets pour un total de 2 374 MW.C\u2019est vraisemblablement la région 448 où la mobilisation pour l\u2019éolien a été la plus forte.Les projets ont émané de toutes les parties du territoire et ont été soumis par différentes catégories de promoteurs allant de groupes communautaires aux grosses compagnies internationales.Municipalités, MRC et communautés autochtones se sont aussi impliquées.Déjà fortement engagée dans l\u2019installation et la fabrication d\u2019éoliennes, la Gaspésie a produit huit projets totalisant 464,2 MW.Compte tenu du grand nombre de propositions, les choix d\u2019Hydro-Québec ont créé beaucoup d\u2019insatisfaction.Quinze des 66 soumissions qui avaient été présentées ont été acceptées.Seulement trois projets de 468 MW ont été retenus pour le Bas-Saint-Laurent La Gaspésie s\u2019est vu attribuer deux projets et les régions Saguenay-Lac-Saint-Jean et Côte-Nord, un chacune.Il y a du mécontentement chez ceux qui se sont fait refuser leurs projets, mais aussi là où ils ont été acceptés.Dans toutes les ré9ions' Les impacts des des adaptations au nouveau éoliennes sur le contexte de l'industrie paysage et les ter- forestière sont en cours.ritoires de chasse, sur la qualité de vie et la santé des individus inquiètent de plus en plus de gens.À Sainte-Luce, bénéficiaire d\u2019un des projets dans le Bas-Saint-Laurent, l\u2019opposition s\u2019est vite manifestée, si bien que le conseil municipal qui soutenait initialement le projet lui a retiré son appui.La Gaspésie et la MRC de Matane demeurent d\u2019importants bénéficiaires de tous les nouveaux contrats octroyés par Hydro-Québec.Ceux-ci impliquent des investissements d\u2019environ 5,5 milliards de dollars, dont 1,1 milliard pour le transport.Au moins 30 % du coût des éoliennes doivent être dépensés en Gaspésie et dans la MRC de Matane, ce qui garantit du travail aux usines en place jusqu\u2019en 2015 au moins.Cinq manufacturiers d\u2019éoliennes ont aussi été désignés par les soumissionnaires.Québec 2008-2009*.indd 448 17/11/08 09:25:00 Territoire Certaines d\u2019entre elles seront construites en Gaspésie, ce qui suscite une forte compétition entre plusieurs municipalités susceptibles de les accueillir.La politique de la ruralité Toutes les régions périphériques sont concernées par la mise en place, par le gouvernement du Québec, de la nouvelle politique nationale de la ruralité à la fin de 2007.Couvrant la période 2007-2014, cette politique, qui a comme principal objectif le développement à long terme du monde rural, s\u2019applique à la majeure partie de l\u2019espace habité des régions périphériques : elle concerne toutes les entités territoriales de 13 000 habitants et moins, ce qui inclut la plupart des petites villes et centres de services.Le budget total de ce nouveau programme est de 280 millions de dollars (comparativement à 90 millions pour celui de la période 2001-2006).Mais cette enveloppe financière améliorée demeure nettementinsuf-fisante pour modifier de façon significative la situation socioéconomique du monde rural.La majeure partie du budget - 213 millions de dollars - est attribuée au financement de pactes ruraux administrés par les MRC.Ces sommes d\u2019argent sont dévolues au financement de projets à caractère communautaire proposés par les résidents des 1 045 localités concernées.Cela correspond à une moyenne d\u2019environ 29 000 $ annuellement par municipalité.Cet argent va contribuer à créer quelques emplois et à améliorer le cadre et la qualité de vie à certains endroits, mais demeure insuffisant pour modifier de façon significative les problèmes structurels majeurs qui affectent une vaste partie du territoire rural.La vie culturelle Malgré leurs problèmes économiques, les régions ont une vie culturelle très dynamique, qui se manifeste sous différentes formes.Aux activités locales s\u2019ajoutent de nombreux évé- nements à portée régionale et même d\u2019envergure provinciale, comme le Festival en chanson de Petite-Vallée.La liste des activités à portée régionale est toujours impressionnante.Ces activités témoignentd\u2019originalité tout en étant ancrées dans des spécificités culturelles, sociales ou économiques locales.Parmi les nombreux festivals de 2008, on peut mentionner les Cartonfolies de Cabano, le Festival forestier de Senneterre, le Festival du homard des fles-de-la-Madeleine, le Festival d\u2019humour de l\u2019Abitibi-Témiscamingue à Val-D\u2019Or et la Feste médiévale de Saint-Marcellin.Toutes les régions ont aussi des manifestations faisant appel à des artistes et des créations provenant de l\u2019extérieur du pays, comme le Festival international des rythmes du monde de Saguenay, le Festival Musique du Bout du Monde Azentic de Gaspé, le Festi Jazz international de Rimouski, le Festival du film international de Baie-Comeau et le Festival du cinéma international en Abitibi-Témiscamingue.En dépit des problèmes posés par la distance et la dispersion, les arts de la scène contribuent toujours à animer la vie régionale.Mais les statistiques révèlent des fluctuations dans les taux de participation qui ne sont vraisemblablement pas étrangères aux perturbations de l\u2019économie régionale.Par exemple, pendant que l\u2019assistance totale est en augmentation constante au Québec entre 2005 et 2007, elle a tendance à diminuer dans la plupart des régions.La Côte-Nord etle Bas-Saint-Laurent sont les seules régions à afficher des mouvements à la hausse.Il y a aussi des différences significatives en ce qui concerne les représentations.Leur nombre est en augmentation au Québec entre 2006 et 2007 de même qu\u2019en Gaspésie et en Côte-Nord, mais dimi-nue dans les autres régions périphériques.Le changement le plus remarquable prévaut au Saguenay-Lac-Saint-Jean avec une diminution de 427 à 383 représentations culturelles.449 Québec 2008-2009*.indd 449 17/11/08 09:25:00 L'état du Québec 2009 Un avenir incertain Bien que différentes à certains égards, les régions périphériques ont en commun des structures économiques fortement appuyées sur la mise en valeur des ressources naturelles et soumises aux aléas des conjonctures nationale etmondiale et aux ajustements structurels liés aux changements économiques et sociétaux.Les mutations qui afïèctentleurs systèmes de production ont des impacts sur leur démographie et sur la configuration de leurs infrastructures de services.De 1991 à 2006, les régions ont dans leur ensemble perdu près de 64 000 personnes.Durantces 15 ans, les pertes de la Gaspésie-fles-de-la-Madeleine représentent 12,8 % de ses effectifs et celles du Sague-nay-Lac-Saint-Jean frôlent les 20 000 personnes.Dans certaines régions, la décroissance a commencé depuis plus de 40 ans.De 1971 à 2006, le poids démographique des régions par rapport à l\u2019ensemble du Québec est passé de 13,9 % à 10,8 %.Les perspectives démographiques pour 2026 font état d\u2019une décroissance généralisée allant de -9,9% dans le Bas-Saint-Laurent à -18,3% en Gaspésie-fles-de-la-Madeleine.L\u2019ajustement de la carte électorale aux nouvelles réalités démographiques (un processus en cours, voir l\u2019article page 184) signifierait la perte de plusieurs députés dans les régions périphériques, ce qui a provoqué un vent de contestation dans toutes les régions.Le potentiel de développement des régions périphériques demeure considérable, mais les contraintes à sa mise en valeur le sont également.La reconversion économique qui se poursuit est en partie assujettie à l\u2019évolution des marchés internationaux.Les tendances démographiques créentaussi des incertitudes.Toutefois, les dernières années ont vu la réalisation de projets majeurs dans les secteurs minier et éolien et de la transformation.Les villes régionales continuent à prendre de l\u2019expansion et à développer leur armature de services, et l\u2019innovation se manifeste sous différentes formes.Cela permet d\u2019envisager des tendances moins négatives.Note 1.Les statistiques concernant l\u2019emploi, les revenus disponibles par habitant, la vie culturelle et la démographie proviennent de l\u2019Instirnt de la statistique du Québec.Les régions périphériques ont en commun des structures économiques fortement appuyées sur la mise en valeur des ressources naturelles.450 Québec 2008-2009*.indd 450 17/11/08 09:25:01 La stratégie PME du Saguenay-Lac-Saint-Jean1 Marc-Urbain Proulx Professeur en économie régionale, Université du Québec à Chicoutimi Véritable oasis nordique, la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean représente une poche industrielle tout à fait exceptionnelle à cette latitude de la périphérie du Québec.Mais dans la dynamique mondiale actuelle, la région faitface à des questionnements et des défis de taille, notamment en ce qui concerne sa stratégie de développement, axée, depuis plus de 20 ans, sur le soutien aux PME.Plus d'un siècle et demi d'histoire Colonisé depuis 1838, le Saguenay-Lac-Saint-Jean a bénéficié d\u2019investissements massifs et d\u2019un solide décollage industriel au cours de la première moitié du xxe siècle.Les secteurs des pâtes et papiers etde l\u2019aluminium lui ont offert la base économique indispensable pour soutenir une croissance très forte entre 1942 et 1981.Ces « quarante glorieuses » ont été caractérisées par des investissements importants, une vigoureuse création d\u2019emplois bien rémunérés, l\u2019amélioration considérable des rentes agricoles et forestières, l\u2019entrée rapide des ménages dans la société de consommation ainsi que l\u2019élargissement substantiel de la classe d\u2019affaires.Ces quatre décennies de croissance ontaussi permis au tissu industriel de se diversifier.Cette diversification a pris quatre directions : \u2022 construction d\u2019infrastructures, d\u2019équipements et de bâtiments ; \u2022\tréponse à la demande de biens et services des grandes corporations (alumineries ; papetières) et du secteur public ; \u2022\ttransformation des matières premières (agriculture, aluminium, etc.) ; \u2022\tremplacement des importations par une production locale (textiles, meubles, etc.).Par ailleurs, durant cette longue période de croissance économique, le Saguenay-Lac-Saint-Jean s\u2019est doté de leviers originaux de développement régional : dans la finance (avec la Caisse d\u2019entraide économique), dans l\u2019information (avec Le progrès du Saguenay), dans l\u2019éducation (ouverture d\u2019écoles, de cégeps, installation de l\u2019Université du Québec à Chicoutimi, etc.) et dans la propriété collective (Chaîne coopérative).La voie régionale du développement autonome était ainsi ouverte.Au début des années 80, cette région périphérique a atteintun stade de maturité économique tout à fait comparable aux principales zones industrielles de la vallée du Saint-Laurent.C\u2019est à cette période que se produit une rupture : alors que l\u2019emploi industriel a connu une augmentation de près de 50% de 1961 à 1981 (10 486 postes créés), près d\u2019un cinquième d\u2019entre eux (1955) est supprimé durant les 20 années suivantes.451 Québec 2008-2009*.indd 451 17/11/08 09:25:01 L'état du Québec 2009 La fin des «quarante glorieuses» La région réagit immédiatement à cette rupture, illustrée dès 1981 par les statistiques.La prise de conscience est générale.Elle culmine en 1984 par la tenue d\u2019un sommet, durant lequel est définie une stratégie pour permettre au Saguenay-Lac-Saint-Jean de rebondir.Les leaders économiques décident de promouvoir la création de petites et moyennes entreprises (PME) en ciblantparticulièrementles créneaux des deuxième et troisième transformations des ressources naturelles.Dans une économie régionale traditionnellement dépendante de la grande entreprise et des grands projets, le choix de cette nouvelle stratégie industrielle peutparaître étonnant, mais elle s\u2019explique par deux facteurs principaux.D\u2019abord, il faut savoir que l\u2019idéalisme entrepreneurial plonge ses racines régionales dans l\u2019utopie industrielle du début du xxe siècle.Cette époque fabuleuse est fort bien documentée dans les travaux de Gérard Bouchard ou de Camil Girard, qui relatentl\u2019épopée desDubuc, Guayetautrespionniers, surnommés à l\u2019époque les « Américains du Saguenay ».Cet idéalisme entrepreneurial s\u2019est partiellement concrétisé dans le succès de très nombreuses entreprises commerciales dans les années 40, 50, 60 et 70.Durantces décennies, Chicoutimi était désignée «capitale des Cadillacs», ces voitures symboles de la réussite entrepreneuriale.Ainsi au début des années 80, la région accueillait une importante classe d\u2019affaires relativement opulente, toute prête à entendre le nouveau discours pro-PME.Ensuite, il faut signaler que les stratèges régionaux ont utilisé, pour justifier leur virage stratégique, la doctrine alors émergente du développement endogène.Celle-ci place l\u2019entrepreneuriatau cœur de l\u2019économie- cette théorie a d\u2019ailleurs largement influencé la politique gouvernementale dans la mise en place de nouveaux programmes de développement 452 local et régional et a permis à un puissant « lobby de la PME » de s\u2019affirmer.En dotant les jeunes entreprises d\u2019un fond de capital de risque, la SOCCRENT, société en commandite de création d\u2019entreprises, se retrouve alors au cœur de la stratégie régionale.Elle bénéficie d\u2019une panoplie de mesures nationales, régionales et locales pour soutenir l\u2019incubation industrielle, la formation professionnelle, le transfert de technologies, le travail autonome, l\u2019animation économique, leréseau-tage, etc.De fait, durant les années 80 et 90, un important dispositif public de soutien aux initiatives privées est progressivement mis en place afin de prendre de plein fouet le virage de l\u2019entrepreneuriat Au cours de la décennie 90, de lo à 12 millions de dollars par an sont affectés au soutien des PME.Au début 2000, le gouvernement désigne la région «vallée de l\u2019aluminium».Cette désignation s\u2019accompagne d\u2019allègements fiscaux et d\u2019investissements dans le domaine de l\u2019innovation au profit des PME de cette industrie.Stratégie PME : le bilan des 25 ans Il est délicat de mesurer les retombées de cette stratégie PME.Signalons d\u2019abord qu\u2019entre 1981 et 2006, certaines entreprises ont connu un beau succès.STAS, Devinci, Spectube, Alfiniti, Sotrem-Maltech, Lar La stratégie PME lancée au début des années 80 n'a pas permis d'atteindre les résultats escomptés.Machinerie, Fromagerie Boivin et bien d\u2019autres ontrejointle club des industries florissantes, dontfai-saient déjà partie l\u2019usine Lapointe, la Fonderie du Saguenay, les scieries privées ou coopératives etNovelis.Durant la même période, le nombre de PME industrielles au Saguenay-Lac-Saint-Jean s\u2019est accru de 52% (soit un total d\u2019une centaine d\u2019entreprises).Le seul secteur de l\u2019aluminium est composé d\u2019une trentaine de Québec 2008-2009*.indd 452 17/11/08 09:25:01 Territoire PME qui ofïrentdu travail à 757 personnes -les deux tiers de ces emplois ont été créés après 1981.Quelques entreprises s\u2019occupent de la transformation du bois d\u2019œuvre.Dans l\u2019agroalimentaire, le nombre de PME spécialisées dans certaines productions (fromage, pain, confiseries et autres produits de niches) semble exploser.Malgré l\u2019héritage entrepreneurial de la région, l\u2019important soutien public et les résultats prometteurs, la stratégie PME n\u2019a pas permis d\u2019atteindre les objectifs escomptés.Des entreprises sont nées, certes.Mais ces créations se situent dans un contexte où le nombre de fermetures est très élevé, notamment dans les secteurs de l\u2019agroalimentaire, du textile, de l\u2019industrie forestière, de la métallurgie et de la construction.Selon une étude comparée publiée en 2005 dans le bulletin BMO de la Banque de Montréal, Saguenay détenait alors 50 PME par tranche de 1000 habitants, contre 69 à Montréal, 66 à Sherbrooke et 57 à Trois-Rivières.Bref, Chicoutimi devenu Saguenay ne peut plus prétendre au titre de capitale québécoise des Cadillacs.Par ailleurs, les données du recensement de Statistique Canada de 2006 montrent que la tendance à la baisse de l\u2019emploi industriel régional s\u2019accélère très fortement.De 2001 à 2006,2 440 postes de travail ont été supprimés, principalement dans les secteurs de l\u2019aluminium, des pâtes et papiers, de la construction et de l\u2019agroalimentaire.Le contre-cycle économique régional prend actuellement une ampleur dramatique avec de nouvelles pertes d\u2019emplois dans le secteur de la forêt II est toutefois atténué par la création d\u2019emplois dans le secteur tertiaire.Avec une diminution de 14% des emplois industriels entre 1981 et 2006, la stratégie régionale de soutien aux PME n\u2019a à l\u2019évidence pas atteint ses objectifs.Pourquoi?Cherche entrepreneurs désespérément Signalons que jadis, au Saguenay-Lac-Saint-Jean, les entrepreneurs étaient largement issus des classes agricole et forestière en surplus de main d\u2019œuvre ; c\u2019étaient des gens débrouillards, indépendants et peu effrayés par l\u2019effort.Or, les familles rurales ne sont plus aussi grandes qu\u2019autrefois.Non seulementl\u2019agricultureetla foresterie manquent de bras, mais même les entreprises familiales, pourtant rentables, doivent faire face au problème de la relève.Bref, legisementrural traditionnel d\u2019entrepre-neurship régional n\u2019est plus que l\u2019ombre de lui-même.Cette classe d\u2019entrepreneurs, auparavant importante et prospère dans le commerce et les services, s\u2019est relativement peu investie dans l\u2019industrie, malgré le faitque ses deuxième et troisième générations détenaient davantage de capitaux, étaient mieux éduquées et baignaient dans une culture des affaires.Au contraire, elle a été dramatiquementmise à mal par l\u2019arrivée massive des très compétitives succursales des grandes chaînes nationales et internationales, et ce, dans presque tous les secteurs d\u2019activités.En effet, l\u2019intégration économique par les géants de la forêt (sciage, rabotage) et de l\u2019agroalimentaire (meuneries, laiteries, boulangeries.) et dans tous les commerces et les services a éliminé une large partie de l\u2019élite entrepreneuriale, autrefois largement dominante dans l\u2019alimentation, la restauration, la quincaillerie, le meuble, la mercerie, les services automobiles, etc.Aujourd\u2019hui, peu de secteurs demeurentendogènes, si cen\u2019estl\u2019agriculture, l\u2019habitation, les équipements, certains commerces, la construction, quelques niches industrielles et des services spécialisés.Facteur par excellence du dynamisme économique, l\u2019innovation dans les PME est liée à la technologie etau marché.En ce qui concerne la technologie, la présence active de centres de transfert, ainsi que de services de conception, 453 Québec 2008-2009*.indd 453 17/11/08 09:25:01 L'état du Québec 2009 de conseil, de financement et de soutien, rend la recherche et le développement accessibles aux PME du Saguenay-Lac-Saint-Jean.Les experts qui leur viennent en aide tentent de mettre au point la formule adéquate pour rendre le milieu régional créatif et fertile.En ce qui concerne le marché, l\u2019éloignement de la région rend la tâche des entrepreneurs plus difficile lorsqu\u2019il s\u2019agit de saisir des occasions d\u2019affaires ou de s\u2019ajuster aux besoins des clients, et impose des coûts de transport conséquents pour importer les intrants eteffectuer les livraisons.Enfin, mis à parties programmes de modernisation des grandes entreprises, il faut signaler la faible présence de projets de développement local et régional avant-gardistes susceptibles de contribuer à la restructuration de l\u2019économie.Des 163 projets en cours en 2005 au Saguenay-Lac-Saint-Jean, 91% ne possédaient qu\u2019un faible, voire très faible, degré d\u2019innovation.En outre, la région se trouve affaiblie par le peu d\u2019implication du géant Rio Tinto Alcan dans la stratégie de transformation de l\u2019aluminium par des PME.Tendances 2025 Dans le contexte régional actuel, il est fort difficile d\u2019envisager un avenir prometteur en ce qui concerne la stratégie PME mise en place au Saguenay-Lac-Saint-Jean.À cet effet, les prévisions pour 2025 sont pessimistes: selon ces modèles, le contre-cycle économique actuel se poursuivrait La baisse démographique devrait continuer, le Saguenay-Lac-Saint-Jean ne comptant plus que 250 000 habitants en 2025 (contre 292 000 en 1981 et 284 000 en 2001).En matière de poids démographique, la région ne représentera plus que 3,1% de la population du Québec (contre 4,4% en 1986).Selon une étude de 2004 menée par le groupe Pluricapital (anciennement SOCCRENT), 2 600 emplois industriels devraient être créés ces deux prochaines 454 décennies afin d\u2019enrayer la baisse anticipée du nombre d\u2019habitants (25 000 selon les prévisions) d\u2019ici 2026.Or, de 2001 à 2006, ce sont 2 440 emplois industriels qui ont été supprimés.Largementprovoquée par l\u2019économie, cette situation démographique génère d\u2019autres répercussions négatives, notamment sur l\u2019en-trepreneuriat et les PME dans la région.Dans la mesure où 60 % des entreprises canadiennes sontcréées par des gens de 18 à 35 ans, l\u2019exode rural massif des jeunes du Saguenay-Lac-Saint-Jean s\u2019avère fort dommageable.Etparmi ceux qui restent, seuls 13,6% ont l\u2019intention de créer leur entreprise - un ratio bien inférieur à la moyenne québécoise, 18 %.Et maintenant?Face aux contraintes régionales auxquelles sont soumises les PME, déjà bien soutenues par des mesures publiques, des interventions supplémentaires s\u2019avèrent nécessaires.Deux voies régionales s\u2019offrent au Saguenay-Lac-Saint-Jean.D\u2019abord, la collectivité doit trouver les moyens d\u2019imposer à Rio Tinto Alcan de s\u2019impliquer directement et sur le long terme dans la structuration de la «vallée de l\u2019aluminium » - actuellement le principal axe du développement régional -, et ce, par des activités de transformation du métal gris.Le potentiel hydroélectrique du Sague-nay-Lac-Saint-Jean devrait constituer un argument de poids en faveur de l\u2019engagementde Rio Tinto Alcan.Se présenteraient alors de nouvelles perspectives de développement liées à l\u2019accès à l\u2019aluminium liquide, à l\u2019attraction d\u2019entreprises dans les segments faibles de la filière, au soutien technique à la conception de projets et aux partenariats en recherche et développement Il est fort difficile d'envisager un avenir prometteur en ce qui concerne la stratégie PME mise en place au Saguenay.Québec 2008-2009*.indd 454 17/11/08 09:25:01 Territoire La région pourrait également miser systématiquement sur la prospection et l\u2019attraction d\u2019entrepreneurs, d\u2019investisseurs, de promoteurs, d\u2019experts, de concepteurs ou de créateurs divers.Pour obtenir des projets territoriaux innovants, il devient essentiel de recruter une main-d\u2019œuvre qualifiée sur le marché mondial, où la mobilité des idées, des talents et des capitaux est de plus en plus forte.Dans cette perspective, le Saguenay-Lac-Saint-Jean doit se repositionner adéquatement sur l\u2019échiquier planétaire.Un véritable marketing territorial bien coordonné, basé sur une image forte, pourrait être efficace.La région pourrait en outre miser sur des spécificités territoriales telles que la forêt boréale, l\u2019agriculture nordique, l\u2019eau, l\u2019aluminium ou le tourisme d\u2019aventure.Le domaine de l\u2019énergie (éolienne, hydroélectrique, etc.) offre en ce sens un champ à peu près vierge et largement exploitable par la communauté.La plupart de ces spécificités territoriales concernentunerégion bien plus vaste que le seul Saguenay-Lac-Saint-Jean.Dans sa stratégie de développement, la région doit donc nécessairement s\u2019ouvrir vers la périphérie nordique du Québec.Si ces deux voies de développement ne sont pas empruntées pour restructurer l\u2019économie régionale, la stratégie PME ne suffira pas, à elle seule, à relancer la croissance vers un nouveau grand cycle de développement économique.Note 1.Ce texte estun extrait de l\u2019ouvrage de l\u2019auteur, Vision 2025 : le Sogumaij-La:-Saint-Jranfa:e à son avenir, Presses de l\u2019Université du Québec, Sainte-Foy, 2007.455 Québec 2008-2009*.indd 455 17/11/08 09:25:01 Les Autochtones en milieu urbain revendication d\u2019une identité Édith Cloutier Directrice générale, Centre d\u2019amitié autochtone de Val-d\u2019Or Est-il possible d\u2019être Autochtone en ville?Y vivre est un choix pour certains, pour d\u2019autres, une obligation.Les Autochtones dans les villes vivent aujourd\u2019hui une situation si précaire qu\u2019elle les oblige à se poser des questions de fonds, non seulement sur leur propre sort, mais aussi sur l\u2019avenir de leurs frères et sœurs vivant dans leur communauté d\u2019origine.Les Autochtones en milieu urbain, en s\u2019éloignant de leur communauté, en viennent non seulement à perdre la protection naturelle de celle-ci, mais encore à affronter directement un milieu non autochtone qui, sans leur être nécessairement hostile, n\u2019en défend pas moins des coutumes et des valeurs bien éloignées de celles qui les définis sent en propre.En ville, ils n\u2019ont plus les mêmes repères.Les Autochtones hors réserve représentent plus du tiers des membres des Premières Nations et du peuple inuit au Québec.Compte tenu de la jeunesse de la population autochtone et de son taux de croissance - supérieur à ceux des populations canadienne et québécoise -, on peut facilement prévoir une augmentation de sa présence en ville au cours des prochaines années, ce qui conduira à une transformation du paysage urbain.Une grande partie de cette population autochtone, cosmopolite etdiversi-fiée provient des réserves.Toutefois, de ces communautés urbaines émerge une nouvelle génération d\u2019Autochtones n\u2019ayantjamais connu la vie dans une communauté autochtone.456 Vivre en ville et continuer d'être Autochtone De nombreuses personnes viennent en ville avec l\u2019espoir d\u2019une vie meilleure.Malheureusement, la réalité les rattrape : elles se trouvent souvent encore plus démunies que dans leur communauté d\u2019origine et, beaucoup trop souvent, complètement isolées.Quels moyens ces personnes ont-elles à leur disposition pour faire face à cette nouvelle réalité?D\u2019une part, les communautés elles-mêmes n\u2019ont ni les ressources ni les moyens qui leur permettraient de soutenir leurs membres lorsqu\u2019ils se trouvent hors réserve.D\u2019autre part, les villes d\u2019accueil ne sont généralement ni outillées ni préparées pour faire face aux besoins multiples et aux problèmes complexes de ces nouveaux citoyens.Paradoxalement, il est de plus en plus juste d\u2019affirmer que la ville devient un lieu propice à l\u2019expression d\u2019une nouvelle forme de leadership chez les Premières Nations.Ce milieu de vie se .\t.Une nouvelle generation d'Autochtones n'ayant jamais connu la vie dans une communauté autochtone émerge.dessine davantage comme un nouvel espace de revendication et d\u2019affirmation identitaires pour la génération d\u2019Autochtones urbains.Devant affronter sa propre identité en se confrontant à l\u2019altérité (qu\u2019elle soit non autochtone ou autochtone), cette génération a dû s\u2019inventer Québec 2008-2009*.indd 456 17/11/08 09:25:01 Photo : Paul Brindamour Territoire MM \u2014¦'T '* *».\u2022 ¦* » wr**at Compte tenu de la jeunesse de la population autochtone et de son taux de croissance, sa présence en ville va continuer d'augmenter.des lieux qui permettent de définir sa place et son avenir en tant que, par exemple, Anish-nabe, Eeyou ou Attikamekw.Nouveau et éclaté, le leadership qui en émerge reste à définir, à organiser et à construire.L\u2019exercice de ce leadership provoque inévitablement une reconfiguration des solidarités à l\u2019intérieur même des Premières Nations.La convergence de deux leaderships - l\u2019un issu de la communauté et l\u2019autre, de la ville - saura-t-elle réduire le fossé entre l\u2019urbanité et les territoires ?Pour protéger leur identité et assurer la préservation de leur culture, pour se doter de services adaptés à leurs réalités multiples et s\u2019entraider devant les défis nouveaux que la ville impose, les Autochtones se sont regroupés et ont créé des lieux de rencontre qui contribuent à leur renforcement identitaire, culturel, social, économique et politique.Ces lieux, les centres d\u2019amitié autochtones, proposent des services de première ligne dans des villes où converge presque naturellement une population autochtone en provenance des communautés avoisinantes.Avec le temps, ces centres se sont eux-mêmes regroupés sous une bannière commune: le Regroupement des centres d\u2019amitié autochtones du Québec constitue présentement un réseau efficace et accessible dont les antennes sont établies dans huit villes du Québec.Les centres d'amitié autochtones Le mouvement des centres d\u2019amitié autochtones est présent à l\u2019échelle nationale depuis plus de 50 ans.Il existe actuellement 120 centres d\u2019amitié autochtones au Canada, regroupés à l\u2019intérieur de l\u2019Association nationale des 457 Québec 2008-2009*.indd 457 17/11/08 09:25:01 L'état du Québec 2009 Chaque année, le Centre d'amitié autochtone de Val-d'Or organise la Marche Gabriel-Commanda pour l'élimination de la discrimination raciale.lia V4 %, «ri: .>v centres d\u2019amitié (ANCA).Au Québec, le mouvement a déjà plus de 35 ans.Les huit centres de la province sont établis à Val-d\u2019Or, à Montréal, à Québec, à La Tuque, à Chibougamau, à Senneterre, à Joliette et à Sept-Iles.Améliorer la qualité de vie des Autochtones, promouvoir leur culture et bâtir des ponts avec la communauté non autochtone : voilà qui définit la mission des centres d\u2019amitié autochtones, espaces de médiation par excellence entre le monde autochtone et le monde non autochtone.Leurs efforts visent notamment à mener, au quotidien, la lutte contre la pauvreté etl\u2019ex-clusion sociale tout en mettant de l\u2019avant des stratégies de lutte contre le racisme et la discrimination.Le Centre d\u2019amitié autochtone de Val-d\u2019Or, en Abitibi-Témiscamingue, est localisé au cœur du territoire ancestral anishnabe et est aussi la porte d\u2019entrée des communautés cries de la baie James.Val-d\u2019Or est une de ces villes qui connaît une transformation liée à la présence 458 accrue des Autochtones depuis trois décennies.Cette présence visible provoque inévitablement des changements dans les relations entre les uns etles autres.Si la venue en ville des Autochtones induit des changements significatifs pour ceux qui quittent leur communauté d\u2019origine, les Valdoriens font face eux aussi à des changements majeurs.La présence autochtone, de plus en plus manifeste, provoque l\u2019inconfort et parfois même le rejet de la population non autochtone.Auparavant, on se souciait moins de la présence en ville des Autochtones, puisque ces derniers n\u2019étaient que des visiteurs de passage.Maintenant, ils sont devenus des citoyens à demeure, des voisins, des consommateurs, des étudiants que l\u2019on rencontre chaque jour.Val-d\u2019Or est devenue une ville à spécificité autochtone.Dans ce contexte, viser une cohabitation harmonieuse, assurer une cohésion sociale et combattre le racisme deviennent des défis pour tous les citoyens, intervenants, Québec 2008-2009*.indd 458 17/11/08 09:25:02 Territoire travailleurs sociaux, professeurs, gens d\u2019affaires, policiers ou leaders.Il est certain que des milieux de vie à ce point cosmopolites exercent une pression sociale importante.Or, dans ce contexte de stress et de peur de l\u2019inconnu, la tendance esta la répression et à la stigmatisation raciale.Le défi de la cohabitation Les leaders de ces villes voisines de Premières Nations se trouvent devant un défi exceptionnel: faire de leur communauté un lieu accueillant et ouvert sur l\u2019Autre.Les Autochtones, citoyens deces villes, ont également un défi important à relever : participer activement à la transformation sociale de la ville.Transformation, en ce sens que le développement traditionnel de nos villes voisines des Premières Nations se fait et continue de se faire sans tenir compte de cette nouvelle réalité: celle de la présence accrue des Autochtones.Si l\u2019on veut vraiment tenir compte de l\u2019ensemble de ses citoyens, une réelle transformation sociale doitprendre place afin que le développementde la ville soitenrichi par la pleine participation citoyenne de ce nouveau segment de la population.Les Autochtones en ville ont besoin de maintenir des relations saines avec leurs commu- nautés d\u2019origine, entre autres, pour jouir des mêmes droits que leurs compatriotes, d\u2019un accès au territoire et d\u2019une possibilité d\u2019apporter leur expertise à la communauté et pour obtenir les services auxquels ils ont droit auprès des conseils de bande.En réaction à la volonté de plus en plus exprimée par les Autochtones de s\u2019affirmer et d\u2019exercer un contrôle sur leur vie, les centres d\u2019amitié se sont transformés en lieux d\u2019expression de l\u2019identité et de la fierté autochtone en ville.Est-il possible que ces nouveaux espaces démocratiques soient à la base d\u2019une nouvelle génération de leaders autochtones ?Est-il possible, par ailleurs, que le discours social, politique, économique et culturel, porté principalementpar le leadership issu des communautés, soit réellement transformé et Les Autochtones ont créé enrichi par les leaders des centres d'amitié qui issus de la ville?Se contribuent à leur pourrait-il que l\u2019auto- renforcement identitaire.nomie et la gouvernance tant souhaitées par les Premières Nations ne se réalisent que si l\u2019on tient compte de l\u2019ensemble de leurs membres, y compris les Autochtones en milieu urbain?L\u2019avenir nous le dira.459 Québec 2008-2009*.indd 459 17/11/08 09:25:02 Québec 2008-2009* indd 460 17/11/08 09 25 02 Anniversaires historiques en 2009 462\t1634: Fondation de Trois-Rivières 464\t1759 : Bataille des plaines d\u2019Abraham 469\t1759 : Reddition de Québec 475\t1799 : Discours sur la Conquête providentielle 478\t1839 : Rapport Durham 482 1909 : Création du club de hockey le Canadien de Montréal 487\t1934 : Création de l\u2019Orchestre symphonique de Montréal 492\t1949 : Grève de l\u2019amiante 497\t1959 : Décès de Maurice Duplessis 502\t1969 : Opération McGill français 505\t1989 : Tuerie de la Polytechnique Québec 2008-2009*.indd 461 17/11/08 09:25:02 FONDATION DE TROIS-RIVIÈRES 375 ans sur le « Chemin qui marche » Mario Marchand Historien, Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR) Ville aux accents bien français, Trois-Rivières estun lieu d\u2019histoire et de culture, toujours inspiré par son environnement, au confluent de la rivière Saint-Maurice et du fleuve Saint-Laurent.Bien avant la fondation d\u2019un poste de traite français au lieu dit « les Trois-Rivières », plusieurs nations autochtones fréquentent déjà les lieux.Les recherches archéologiques témoignent de la présence des Premières Nations dans la région des Trois-Rivières depuis au moins 6 ooo ans.Durant la préhistoire, deux types de sociétés autochtones occupent la Basse-Mauricie : des chasseurs nomades de la forêt et des agriculteurs à demi sédentaires des rives du Saint-Laurent.Métabéroutine ou « Décharge des vents » désigne pour les Amérindiens l\u2019embouchure de la rivière Saint-Maurice.Des groupes familiaux et des commerçants y viennent en canots d\u2019écorce par la rivière et le grand fleuve, appelé le «Chemin qui marche ».Les Attikameksl du Haut-Saint-Maurice, eux, nommentl\u2019embouchuredecette rivière Tapiskouan sibi ou « Rivière d\u2019anguilles », un lieu dépêché et de chasse très fréquenté.La 462 présence amérindienne est à la base même de la fondation de Trois-Rivières, et les Autochtones en sont des partenaires fondateurs.C\u2019est pour des raisons de commerce que les divers peuples algonquiens de la région (Algonquins, Montagnais, Attikameks et même Abénaquis) acceptent que leurs alliés français s\u2019établissent en permanence aux Trois-Rivières.C\u2019estainsi qu\u2019un poste de traite des fourrures et une mission des jésuites consacrent la naissance de la deuxième ville française du Canada en 1634.Au milieu du xvne siècle, l\u2019endroit devient rapidement un carrefour pour le grand commerce des fourrures.Le nouveau poste attire des commerçants autochtones provenant d\u2019aussi loin que la côte atlantique et les Grands Lacs.Parmi les Français, plusieurs familles de « truchements » (interprètes et diplomates) établissent leur port d\u2019attache à Trois-Rivières, et, avant la fin du siècle, la population de la région compte le plus haut La présence amérindienne est à la base même de la fondation de Trois-Rivières.Québec 2008-2009*.indd 462 17/11/08 09:25:02 Anniversaires historiques en 2009 taux de participation à la «course dans les bois» de toute la Nouvelle-France.Ainsi, les coureurs des bois de la première heure sont devenus des « voyageurs » et sillonnent en canot les routes d\u2019eau jusqu\u2019aux Grands Lacs, appelés alors les Pays d\u2019en Haut.Au cours du siècle cependant, le centre principal de la traite se déplace vers Montréal, poursuivant sa marche vers l\u2019ouest depuis Tadoussac au début du siècle jusqu\u2019aux forts des Pays d\u2019en Haut au tournant du xviii' siècle.Malgré le déclin de la traite des fourrures aux Trois-Rivières, le bourg demeure un port d\u2019attache important pour plusieurs grands explorateurs, coureurs des bois et diplomates, tels Pierre-EspritRadisson, Médard Chouart des Groseilliers, Pierre Pépin, Nicolas Perrot, Godefroy de Linctot, Jean Nicollet ou Pierre Gaultier de Varennes de La Vérendrye.Au tournant du xvme siècle, Trois-Rivières a encore les allures d\u2019un gros bourg, mais la palissade de bois n\u2019estplus nécessaire à la protection de la ville2.Peu à peu, le paysage des seigneuries des alentours se transforme en une campagne agricole florissante.Au-delà des limites de la ville, la population française s\u2019enracine surtout sur la rive nord du fleuve, entre Sainte-Anne-de-la-Pérade etYamachiche.Aussi, malgré une modeste population de 700 à 800 personnes, la ville abrite tout de même l\u2019un des trois gouvernements canadiens de la Nou- velle-France.La majorité des maisons du bourg sont en bois, mais une élite coloniale, composée de marchands de fourrures, d\u2019officiers de marine et de religieux, affiche une certaine opulence à travers des résidences et des bâtiments institutionnels en pierre.Le monastère et le couvent des Ursulines, le monastère des récollets ainsi que la maison des gouverneurs sont les édifices les plus imposants.Par ailleurs, durant la première moitié du xvme siècle, la découverte de minerai de fer dans la campagne un peu au nord de la ville donne naissance au premier village «industriel » de Nouvelle-France et donc de l\u2019histoire du Québec.De fait, après le commerce des fourrures et la fabrication de canots d\u2019écorce, les Forges du Saint-Maurice font de Trois-Rivières un important lieu de transbordement maritime.Dans les années qui préparent la guerre de Sept Ans (1756-1763), on érige de nouvelles fortifications.Ces derniers remparts militaires du régime français seront entièrement démolis au lendemain de la Conquête britannique.Notes 1.\tOn estime que leur population à cette époque s\u2019élevait à environ 500 personnes, selon l\u2019Encyclopédie canadienne.2.\tLa Grande Paix de Montréal en 1701 met fin à la menace iroquoise.463 Québec 2008-2009*.indd 463 17/11/08 09:25:03 BATAILLE DES PLAINES D'ABRAHAM Le dernier épisode d\u2019une opération amphibie Roch Legault Directeur, Département d\u2019histoire, Collège militaire royal du Canada La bataille des plaines d\u2019Abraham, qui s\u2019est déroulée le 13 septembre 1759 sous les remparts de Québec, est connue du monde entier comme l\u2019événement qui a coûté à la France la capitale de la Nouvelle-France et qui, par voie de conséquence, a provoqué la chute de la colonie aux mains de la couronne anglaise.Cet événement est ainsi chargé d\u2019émotion et de sens pour le Canada français et le Québec.Mais, en toute objectivité, mérite-t-il l\u2019honneur d\u2019être le moment historique le plus connu des Québécois?Le choc des infanteries française et britannique sous les murs de la ville est en faitle dernier épisode d\u2019une opération amphibie visant le débarquement d\u2019un corps de troupe anglais au cœur du Canada français.Cette opération a débuté lors de l\u2019annonce de l\u2019arrivée de la flotte britannique dans le golfe du Saint-Laurent, en mai 1759.La défaite des plaines d\u2019Abraham et la reddition de Québec ne signifientpas, toutefois, le coup de grâce de la Nouvelle-France, car une autre campagne sera nécessaire avant d\u2019aboutir à la capitulation générale, en septembre 1760.Une opération amphibie Le commandant de l\u2019armée française, le lieu-tenant-général Louis-Joseph marquis de Montcalm arrive à Québec le 22 mai 1759 au soir, averti par le colonel Louis-Antoine de Bougainville à son retour de Versailles : la ville de Québec devra être protégée contre une tentative anglaise de la prendre par le fleuve.Or, dès le 23, on signale que l\u2019armada britannique, composée de plus de 160 voiles, se trouve à 78 lieues de Québec.Montcalm, tout comme la population de Québec, s\u2019inquiète.Le commandant de l\u2019armée française a en effet signifié au gouverneur général de la Nouvelle-France, Pierre de Rigaud marquis de Vaudreuil, dans un mémoire de mars 1759, que c\u2019est du côté de Québec, l\u2019âme de la colonie disait-il, que la pression des forces britanniques serait la moins vigoureuse! Plus que jamais, les habitants etles défenseurs de la colonie (beaucoup moins nombreux que ceux des Treize colonies anglaises) ont l\u2019impression de livrer un combat inégal1.L\u2019on prépare néanmoins la défense avec célérité, cantonnant l\u2019armée française à Beauport, où le débarquement est le plus pro- 464 Québec 2008-2009*.indd 464 17/11/08 09:25:03 Anniversaires historiques en 2009 bable.L\u2019armée s\u2019appuie ainsi sur les chutes Montmorency, la rivière Saint-Charles et les fortifications de Québec.Tout n\u2019est pas parfait, la rive sud n\u2019est pas défendue et l\u2019île d\u2019Orléans non plus : d\u2019abord à cause de l\u2019effet de surprise de l\u2019attaque amphibie, mais surtout parce que Vaudreuil n\u2019a pas les ressources pour le faire.Les travaux de défense nécessitent de la main-d\u2019œuvre, qu\u2019il fautpar ailleurs nourrir, ce que la colonie ne peut plus s\u2019offrir: depuis 1757, la stratégie etles mouvements des troupes pour la défense du Canada sont handicapés par la rareté de l\u2019approvisionnement.Le mécontentement de la troupe lié à la cherté des produits a même fait craindre à Montcalm une mutinerie en octobre 1758.L\u2019effort que demande Montcalm au Canada, à ses paysans età ses miliciens, est le mieux illustré par les tensions de plus en plus vives entre lui et le gouverneur Vaudreuil, premier Canadien à occuper ce poste.À leur arrivée à Québec, constatante dispositif de défense des Français, les Britanniques ne peuvent que former des camps autour de leurs objectifs : l\u2019armée et la ville.Le n juin, ils prennent pied sur l\u2019île d\u2019Orléans, puis, les 29 et 30, en face de Québec, à la pointe De Lévy (Lévis), sur la rive sud du Saint-Laurent et, enfin, le 9 juillet, de l\u2019autre côté des chutes Montmorency, en face de l\u2019armée française.Un assaut d\u2019envergure, tenté le 31 juillet sur les battures de Beauport, est facilement repoussé.Par la suite, les choses se gâtent pour les Français.D\u2019abord le 9 août, Québec perd l\u2019un de ses excellents soldats, puisque le maréchal de camp Lévis est envoyé défendre l\u2019accès du Saint-Laurent du côté des rapides à une armée britannique d\u2019environ 5 ooo hommes provenant du lac Ontario.Il doitainsi soutirer soo hommes prévus pour la défense de Québec.Ensuite, les embarcations britanniques s\u2019engagent plus loin dans le fleuve en amont de Québec et de ses canons.L\u2019opération navale Portrait du général James Wolfe.réussit dans les nuits du n au 28 août et du 31 août au 1er septembre.La navigation est très difficile dans cette partie étroite du fleuve, et la marine britannique fait de grands efforts pour tromper le commandement français : tantôt feignant des débarquements avec de petites embarcations, tantôt soumettant à un bombardement naval des positions susceptibles de subir l\u2019assaut Dans les derniers jours précédant le matin fatidique du 13 septembre, Vaudreuil etMont-calm ne comprennent plus les va-et-vient des Britanniques et croient même la levée du siège très prochaine.Du 4 au 9 septembre, le gros des troupes britanniques est en fait passé en amont de Québec.Le colonel Louis Antoine de Bougainville, son aide de camp en qui Montcalm a une entière confiance, les surveille avec une colonne mobile d\u2019un peu plus de l loo hommes (200 cavaliers et, surtout, tous les grenadiers des régiments de terre français, les meilleurs 465 Québec 2008-2009*.indd 465 17/11/08 09:25:03 L'état du Québec 2009 soldats de l\u2019armée, qui manqueront cruellement à Montcalm lors du combat du 13).Par ailleurs, le commandant en chef des forces britanniques, Jeffrey Amherst, dontle général James Wolfe estle subordonné, remonte le lac Champlain avec l\u2019armée principale d\u2019invasion, forte de 11000 hommes.À quelques jours du combat des plaines d\u2019Abraham, Vaudreuil estime à 22- les voiles britanniques en amont de Québec.Le gouverneur, que les Canadiens appellent mon Général », comprend bien que le positionnement des forces britanniques a pour objet d\u2019étirer la défense française afin de la rendre moins compacte.Le dispositif de défense se trouve maintenant constitué de deux ailes dont le milieu devient Québec.C\u2019est ce milieu que Wolfe se décide à enfoncer dans la nuit du 12 au 13 septembre.Cette action, qui se révèle victorieuse, constitue l\u2019aboutissementde pas moins de huit plans de débarquement! En effet, dans le camp britannique, le découragement et la zizanie sont à leur comble chez les commandants avant l\u2019assaut final : les brigadiers-généraux RobertMonkton, Charles Townshend et James Murray contestent ouvertement le leadership du major-général Wolfe, souvent malade, indécis et imprécis quant à ses intentions et ses ordres.Le débarquement britannique Dans la nuitdu 12 au 13, les troupes britanniques réussissent donc à débarquer à l\u2019anse au Foulon en utilisant beaucoup de ces embarcations légères à rames et à fond plat capables de transporter 50 à 70 hommes à la fois.Les embarcations passent sous quelques canons français sans être inquiétées, car les Français se méprennent en croyant reconnaître un approvisionnement qui devait leur parvenir cette nuit-là.Les Canadiens relâchent quelque peu leur surveillance ; certains sont même occupés à leurs travaux des champs.Par conséquent, le camp de l\u2019officier peu efficace Louis 466 Du Pont Duchambon de Vergor, situé tout en haut du sentier d\u2019où émergent les premiers Britanniques offre peu de résistance, et l\u2019ennemi a la voie libre pour s\u2019installer sur les plaines d\u2019Abraham.Le régiment français de Guyenne ne s\u2019y trouve pas : ce jour-là, il est à Beauport avec le gros des troupes, sous les ordres de Montcalm.Le commandant de l\u2019armée de terre française n\u2019a pas cru le premier messager annonçant le débarquement vers 4 h du matin.C\u2019est seulement à la vue du signal d\u2019alarme, un drapeau rouge flottant sur la ville, qu\u2019il faitsonner le branle-bas de combat, à 6 h.Vaudreuil, le gouverneur, demeure à Beauport avec 2 000 hommes au cas où la présence des troupes ennemies sur les Plaines ne soitqu\u2019une feinte en vue d\u2019une attaque de plus grande envergure sur Beauport Un bombardement naval y a d\u2019ailleurs lieu à ce moment : c\u2019est elle, la manœuvre de diversion ! Les troupes françaises reçoivent l\u2019ordre d\u2019attaquer les positions britanniques à 10 h du matin.Pourquoi un tel empressement et une telle témérité chez Montcalm?En effet, il ne peut compter sur ses grenadiers - ses troupes de choc -, qui se trouvent 11 km plus loin sous le commandement de Bougainville.De plus, ses combattants sont fatigués de la marche forcée qui les a menés au champ de bataille.Le maréchal agitprécipitammentparce qu\u2019il redoutequeles Britanniques n\u2019ouvrentla tranchée, c\u2019est-à-dire qu\u2019ils semettentàl\u2019abrid\u2019un assaut futur et qu\u2019ils tirent avantage de leur écrasante supériorité en hommes et en canons.Les historiens établissent à 9 159 hommes et à 163 pièces d\u2019artillerie la force de l\u2019armée ennemie.Mais il faut encore presque doubler ce nombre si l\u2019on tient compte des marins qui appuient activement l\u2019armée ! Le commandant de l'armée de terre française n'a pas cru le premier messagerannonçant le débarquement des Britanniques vers 4 h du matin.Québec 2008-2009*.indd 466 17/11/08 09:25:03 Anniversaires historiques en 2009 Montcalm a deux autres raisons d\u2019engager le combat rapidement.D\u2019abord, les troupes dont il dispose sont très disparates (des troupes de terre, mais aussi des troupes de la marine, des miliciens canadiens et des Amérindiens) et, afin de conserver la cohésion etla discipline et dissiper la peur, l\u2019action est nécessaire.Ensuite, le commandant en chef de l\u2019armée française ne veut pas répéter l\u2019erreur des Français lors de la chute de la forteresse de Louisbourg, en 1758 : ils ne s\u2019étaientpas portés immédiatement à la rencontre de l\u2019ennemi aussitôt débarqué pour le rejeter à la mer.Une bataille de 20 minutes Sur les Plaines, au moment de l\u2019assaut, les forces sontnumériquementassez égales, avoisinant les 4 ooo combattants departetd\u2019autre.Les régiments de Royal-Rousillon, Guyenne, Béarn, Languedoc et La Sarre forment le dispositifcentral fiançais, encadré sur les ailes et entre les colonnes par des miliciens, des Amérindiens et des troupes de la marine.L\u2019engagement sanglant sous les murs de Québec, dont on a toujours donné l\u2019apparence d\u2019une bataille rangée typique des champs de bataille européens, est en réalité une mêlée visant à repousser le débarquement des forces britanniques.L\u2019assaut fiançais, qui se veut impétueux, manque de coordination dès le départ et s\u2019oriente à droite sous le feu des tuniques rouges, mieux préparées que ne l\u2019a escompté Montcalm.L\u2019élan fléchit, les colonnes se débandent et les lignes ennemies ne sont pas atteintes.Déjà le moment estpropice pour inverser les rôles.Les Britanniques chargent à leur tour.Le tout dure quelque 15 à 20 minutes.Les pertes sont estimées à plus de 600 dans chaque camp, mais les Français onteuplus de combattants tués3.Les Français regagnent précipitamment Beauport, mais les Highlanders se montrent trop pressés à les poursuivre et subissent de lourdes pertes sous les tirs de la milice cana- Estampe - Louis-Joseph, marquis de Montcalm.La cause véritable de la perte de Québec est la supériorité de la Royal Navy sur la marine royale française.dienne.Le colonel de Bougainville arrive trop tard sur le champ de bataille, et ses troupes sont fatiguées.Wolfe est tué.Montcalm rend l\u2019âme le lendemain.Quelques mois plus tôt, il écrivait: «L\u2019humanité et l\u2019intérêt de la France exigent que l\u2019on capitule à temps.» C\u2019est un autre qui le fera à sa place4.L\u2019armée, elle, quitte Beauport et se retire derrière la rivière Jacques-Cartier afin de préparer une autre campagne.Elle prendra d\u2019ailleurs sa revanche sur les Britanniques en les battant à la bataille de Sainte-F oy, le 27 avril 1760 - une victoire toutefois obtenue en vain, puisque les renforts de France ne viendront pas.La défaite française consacrée en 1760 n\u2019est à mettre au compte ni de la qualité de la mous-queterie anglaise, ni du manque d\u2019entraîne-mentdes miliciens canadiens qui se sontjetés par terre devant elle, ni des mésententes entre 467 Québec 2008-2009*Jndd 467 17/11/08 09:25:03 L'état du Québec 2009 les chefs.La cause véritable de la perte de Québec et de la Nouvelle-France estla supériorité qu\u2019a acquise la Royal Navy sur la marine royale française, et non le combat des plaines d\u2019Abraham.La marine est, on le sait, essentielle au transport des troupes et à leur approvisionnement en Amérique.Or, en 1760, le budget de la marine de Louis xv n\u2019estplus que de 23,7 millions de livres (contre 57 millions en 1759).En comparaison, les sommes allouées à l\u2019armée française dépassent les 150 millions de livres5 : la France a faitle choix logique de défendre ses frontières européennes avant les territoires d\u2019outre-mer.Le choc des armées sur les plaines d\u2019Abraham est l\u2019un des chapitres de la bataille de Québec de 1759, elle-même le résultat d\u2019un débarquement dans le cadre d\u2019une vaste opération amphibie.La guerre de débarquement estune tactique courante de 1757 à 1762.Cette stratégie s\u2019appuie sur la politique militaire du secrétaire d\u2019État pour la guerre britannique, William Pitt l\u2019Ancien, et sur des études tactiques etstratégiques nouvelles6.Ces opérations amphibies offrent par la suite d\u2019autres succès percutants aux Britanniques, comme ceux de la prise de La FLavane à Cuba et de Belle-île en France, au large de la Bretagne.Notes 1.\tDepuis le mois de juin, la Côte-du-Sud a même dû être évacuée devant l\u2019avancée anglaise.Les troupes ravagent les villages et habitations de la région.Les miliciens chargés de leur résister sont placés par Vau-dreuil sous le commandement Joseph-Gaspard de Chaussegros de Léry tandis que la majorité des civils se réfugient dans les hauteurs boisées de l\u2019intérieur.Les Britanniques mènent une expédition punitive après une résistance milicienne à Beaumont fin juillet.La déportation des Acadiens est bien sûr connue, ce qui augmente l'inquiétude des habitants.2.\tStacey, C.P., Quebec, 1759.The Siege and the Battle, texte édité par Donald E.Graves, Toronto, Robin Brass Studio, 2002, p.130.3.\tPour la version anglo-saxonne de la guerre de Sept Ans et des dernières années de la Nouvelle-France, voir l\u2019œuvre magistrale de Fred Anderson, Crucible ofWar.The Seven Years\u2019 War and the Fate ofEmpire in British North America, 1754-1766, New York, Knopf, 2000.4.\tC\u2019est son remplaçant à la tête de l\u2019armée, François Gaston de Lévis, qui signera la capitulation à Montréal le 8 septembre 1760.5.\tDull, Jonathan, The French Navg and the Seven Years\u2019 War, Lincoln, University of Nebraska Press, 2005, p.170.6.\tPour en savoir plus, voir Roch Legault, «La bataille des plaines d\u2019Abraham.Réalité et souvenir d\u2019une opération amphibie », dans Alain Beaulieu, La Nouvelle-France en temps de guerre et de paix, Québec, Éditions GID, 2003, p.225-249.468 Québec 2008-2009*.indd 468 17/11/08 09:25:03 REDDITION DE QUÉBEC Quelques considérations pour comprendre un événement historique capital Pierre Tousignant Professeur honoraire, Département d\u2019histoire, Université de Montréal Moins d\u2019un an après la reddition de la ville de Québec, le 18 septembre 1759, la capitulation générale signée à Montréal, le 8 septembre 1760, mettait fin à la « guerre de la Conquête1 » du Canada dont le coup de grâce sonna le glas de la « grande aventure2 » colonisatrice de la France en Amérique du Nord.L\u2019épopée, à la fois audacieuse et hasardeuse, de la colonisation française enracinée sur les rives du Saint-Laurent débuta avec la fondation de Québec en 1608.L\u2019orientation géostratégique de ce premier établissement permanent fut déterminante pour toute l\u2019histoire subséquente de la Nouvelle-France qui se développa, à l\u2019échelle continentale, suivant les lignes de force d\u2019attraction des grands axes de pénétration intérieure par les voies navigables (le fleuve Saint-Laurent, les Grands Lacs, la rivière Ohio et le fleuve Mississippi) et celles de l\u2019attrait économique des fourrures, qui nécessita la structuration d\u2019un empire de traite fondé sur le maintien d\u2019un indispensable réseau d\u2019alliances et de relations commerciales avec les nations amérindiennes.Si la traite des fourrures constitua la principale richesse économique de la Nouvelle- France, elle n\u2019en représenta pas moins sa faiblesse majeure en fragilisant ses avancées colonisatrices au fur et à mesure de son expansion territoriale.Et la dynamique des enjeux géo-économiques etpolitico-stratégiques des rivalités tant coloniales nord-américaines qu\u2019impériales européennes, nommément entre la France et l\u2019Angleterre - devenue la Grande-Bretagne au xviii' siècle3 -, concourra inexorablement à la précarisation de ce qu\u2019une certaine historiographie nationaliste se plaît à qualifier d\u2019«empire français» du Nouveau Monde4.L\u2019élan expansionniste de la N ouvelle-France5 connut son apogée sous le règne du roi Louis XIV dont les visées impérialistes provoquèrent la coalition de puissances européennes qui s\u2019allièrent à l\u2019Angleterre contre la France.C\u2019est ainsi que la guerre de Succession d\u2019Espagne (1702-1713) porta un dur coup à l\u2019« empire français » d\u2019outre-Atlantique qui dut subir un premier démembrement de taille en vertu du traité d\u2019Utrechtde 1713.La sauvegarde de l\u2019intégrité territoriale de la métropole française importait davantage que la préservation de l\u2019intégralité de son « empire 469 Québec 2008-2009*.indd 469 17/11/08 09:25:03 L'état du Québec 2009 colonial».Conséquemment, la France dut abandonner la solide position qu\u2019elle avait réussi à se tailler à la baie d\u2019Hudson en s\u2019ap-propriantplusieurs postes de traite.Il lui fallut également délaisser ses établissements côtiers (notamment sa colonie de Plaisance) de l\u2019île de Terre-Neuve destinée à appartenir « désormais & absolument à la Grande-Bretagne (Art.XIII) ».Enfin, elle céda « à perpétuité » le territoire colonial de l\u2019Acadie péninsulaire « de la Nouvelle-Écosse.en son entier (Art.XII) », déjà peuplé de quelques milliers de colons fiançais, en échange de la conservation de l\u2019Acadie insulaire - soit l\u2019île du Cap-Breton renommée île Royale et l\u2019île Saint-Jean rebaptisée subséquemment Ile-du-Prince-Édouard - en vue de leur mise à profit pour l\u2019exploitation de la pêche à la morue.Par ses conséquences sur l\u2019orientation de la politique française, le démembrement de 1713 peut être considéré comme annonciateur du démantèlement de la Nouvelle-France auquel allait aboutir le traité de Paris de 1763.Non seulement la primauté donnée à l\u2019Acadie insulaire au détriment de la colonisation française de la péninsule acadienne ouvrait la voie au colonialisme britannique en Nouvelle-Écosse, mais elle préparait son expansion continentale6.En misant sur les pêcheries de l\u2019Acadie insulaire, la France fut entraînée à prioriser sa stratégie maritime et à renforcer ses positions défensives à l\u2019île Royale en construisant un imposant complexe portuaire du nom de Louis-bourg qui nécessita l\u2019édification de coûteuses fortifications.Par sa situation privilégiée à l\u2019entrée du continent nord-américain, cette ville forteresse se transforma en « plaque tournante du commerce international7 ».Mais si fortifié fut-il, ce bastion de la France en Amérique n\u2019en demeura pas moins vulnérable du fait même de sa grande accessibilité par la mer.Érigée en vue d\u2019assurer la protection militaire des possessions françaises du golfe et de 470 la vallée du Saint-Laurent, la forteresse de Louisbourg était destinée à devenir un impérial enjeu de conquête britannique.La déclaration d\u2019hostilité de la France à la Grande-Bretagne en 1744, durant la guerre de Succession d\u2019Autriche (1740-1748), devaiten fournir l\u2019occasion8.Le premier siège de Louisbourg, qui eut lieu au printemps 1745, se prolongea pendant 48 jours avant que les assaillants ne parviennent finalement à en obtenir la reddition.Le manque de préparation d\u2019une telle opération menée par des volontaires inexpérimentés servitde leçon à la métropole impériale lorsque vint le moment crucial, au printemps 1758, de lancer une attaque conquérante décisive contre la dite forteresse et toute l\u2019Acadie française insulaire de l\u2019île Royale et de l\u2019île Saint-Jean9.Les répercussions de la prise de Louisbourg en 1745 furent très contrastées pour chacun des deux mondes coloniaux en permanente rivalité dans cette Amérique septentrionale du milieu du xvme siècle.Voyons d\u2019abord le cas de l\u2019Amérique coloniale anglo-américaine dontla population n\u2019avait cessé de croître rapidement en un demi-siècle, soit de 1700 à 175010.Une telle fulgurante poussée démographique contribua, d\u2019une part, à valoriser à la fois le peuplement et le développement économique de l\u2019Amérique coloniale britannique et, d\u2019autre part, à relancer divers projets de conquête du Canada et à donner plus de poids aux arguments mis de l\u2019avantpar les « expansionnistes » continentaux désireux « d\u2019assurer à [la Grande-Bretagne] la possession exclusive et paisible de toute l\u2019Amérique du Nord11».Venons-en aux répercussions de cette première prise de Louisbourg tant à Versailles qu\u2019en Nouvelle-France.Loin d\u2019envisager d\u2019ambitieux projets d\u2019expansion territoriale, les La prise de Louisbourg en 1745 se répercuta sur les deux mondes coloniaux en permanente rivalité depuis plus d'un siècle.Québec 2008-2009*.indd 470 17/11/08 09:25:04 Anniversaires historiques en 2009 dirigeants métropolitains et coloniaux durent concentrer leurs efforts etréserver leurs dépenses à colmater les multiples et diverses brèches auxquelles était exposée l\u2019extension démesurée de la colonisation française au Nouveau Monde12.La décennie (1745-1755) qui suivit la prise de Louisbourg fut consacrée au renforcement défensif des zones frontalières de la Nouvelle-France les plus exposées aux assauts et à l\u2019envahissement colonial de l\u2019Amérique anglo-saxonne.Cette période fut témoin d\u2019une prolifération de travaux de fortification et de construction de forts à différents endroits stratégiques, notamment dans la vaste région du bassin des Grands Lacs et celle de la vallée de l\u2019Ohio où la pression démographique des provinces de Pennsylvanie et de Virginie se faisait de plus en plus menaçante pour les établissements français et les postes de traite déjà en place et mettait en jeu le contrôle canadien du commerce des fourrures13.La consolidation d\u2019un système de défense continentale reposant sur un vaste réseau de fortifications s\u2019étendant le long des frontières coloniales anglo-américaines répondait aux besoins vitaux de la Nouvelle-France dont la principale richesse dépendait de l\u2019empire de traite édifié au cours du xvne siècle14.Pour empêcher le Canada de tomber sous l\u2019hégémonie britannique, la France contribua, les vingt dernières années du régime français, à des mises de fonds qui dépassèrent la somme de toutes les dépenses encourues pour la colonisation de la Nouvelle-France depuis la fondation de Québec15.Les plus éloquents plaidoyers en faveur de la défense et de la conservation du Canada se fondaient sur une argumentation mettant de l\u2019avant des raisons géostratégiques et d\u2019ordre politique.Ils furent rédigés sous forme de mémoires à l\u2019intention des autorités métropolitaines dans le but de les alerter contre le danger d\u2019abandonner le Canada au risque de voir triompher la Grande-Bretagne par l\u2019ins- tauration d\u2019une complète et totale domination de l\u2019Amérique du Nord.Dix ans avant la capitulation générale de Montréal, l\u2019ex-gouverneur intérimaire de la Nouvelle-France Roland-Michel Barrin de La Galissonière, en toute conscience des réels enjeux des rivalités coloniales nord-américaines en milieu du xvme siècle, n\u2019hésita pas à servir une telle mise en garde : « On demande si l\u2019on peut abandonner un pays quelque mauvais qu\u2019il soit, et qu\u2019elle [sic] que soitla dépense nécessaire pour le soutenir, lorsque par sa position il donne un grand avantage sur ses voisins.C\u2019estprécisémentle cas du Canada.[qui constitue] la plus forte digue que l\u2019on puisse opposer à l\u2019ambition des anglois16.» Mais au lendemain de la capitulation générale signée le 8 septembre 1760, les arguments en faveur de la conservation du Canada n\u2019étaient plus de mise à la cour de Versailles.Les propos et les préjugés de Voltaire y retenaient davantage l\u2019attention17.La France ayant défendu le Canada dans le but de freiner l\u2019expansion de la colonisation britannique en Amérique du Nord, il ne pouvait être question d\u2019envisager sa reconquête maintenant que l\u2019ennemi s\u2019était rendu maître de la vallée du Saint-Laurent.Notes 1.\tVoir la magistrale étude de Guy Frégault, La guerre de la Conquête, 1754-1760, Montréal/Paris, Fides, 1955.2.\tGroulx, Lionel, Notre grande aventure.L\u2019Empire français en Amérique du Nord (1535-1760), Montréal/ Paris, Fides, 1958.3.\tPour mémoire, l\u2019union des couronnes anglaise et écossaise eut lieu en 1707.NDLR.4.\tL\u2019historiographie récente se montre plus critique au sujet de la notion d\u2019«empire colonial» comme étant une réalité géopolitique et économique Les plus éloquents plaidoyers en faveur de la conservation du Canada se fondaient sur des raisons géostratégiques.471 Québec 2008-2009*.indd 471 17/11/08 09:25:04 L'état du Québec 2009 Estampe -Vue de la prise de Québec, 13 septembre 1759.¦ V.¦s.\u2022 i'i \u2014\t.\\., .«H ÉS^B » «3 iï-.A découlant naturellement et nécessairement de l\u2019impérialisme métropolitain.Il s\u2019agit plutôt d\u2019un phénomène variable évoluant lentement de façon plus ou moins désordonnée et improvisée sans orientation déterminée et objectif planifié en vue de l\u2019établissement d\u2019un empire d\u2019outre-mer.C\u2019est ce que s\u2019efforce de démontrer l\u2019historien de la France impériale James Pritchard, de l\u2019université Queen\u2019s dans In Search qfEmpire.The French in the Americas, 1670-173 o, Cambridge, Cambridge University Press, 2004.5.\tLa dénomination de Nouvelle-France englobait différentes colonies françaises nord-américaines.Le Canada, dont le territoire s\u2019étendait jusqu\u2019au bassin des Grands Lacs, consumait la plus importante colonie tant par sa population que par son économie et par le statut politique du gouvernement colonial de Québec.À cause de sa situation de région frontalière exposée aux rivalités impériales, l\u2019Acadie connut une double histoire coloniale, alternativement française et anglaise puis britannique, qui allait aboutir au drame du peuple acadien dans le grand enjeu de la guerre de la Conquête.Parmi les autres colonies de la Nouvelle-France, mentionnons les Pays d\u2019en Haut (du Saint-Laurent), avec Détroit, fondé en 1701, comme principal centre stratégique, ainsi que la vallée du Mississippi, répartie en deux vastes régions : la Haute-Louisiane ou pays des Illinois et la Basse-Louisiane jusqu\u2019à la Nouvelle-Orléans.Pour plus de renseignements sur ces différentes colonies, voir l\u2019excellent ouvrage de l\u2019historien Marcel Trudel, Initiation à la Nouuelle-France.Histoire et institutions, Montréal/Toronto, Holt, Rinehart et Winston Ltée, 1968.6.\tL\u2019occupation définitive du plus ancien poste français Port-Royal, devenu une ville fortifiée et rebaptisée Annapolis Royal, symbolise la mainmise de la Grande-Bretagne sur la Nouvelle-Écosse, qui deviendra vraiment britannique avec la fondation d\u2019Halifax en 1749 grâce à l\u2019arrivée de milliers de colons venus de la métropole et de la Nouvelle-Angleterre.7.\tVoir à ce sujet le remarquable texte synthèse de Raymonde Litalien, «L\u2019Acadie entre deux feux.À la frontière des empires coloniaux », dans Raymonde Litalien, Jean-François Palomino et Denis Vau-geois, La mesure d\u2019un continent Atlas historique de \\Avnz-rique du Nord, 1492-1814, Sillery/Paris, Septentrion/ Presses de l\u2019Université Paris-Sorbonne, 2007, p.165-170.s.William Shirley, gouverneur du Massachusetts, prit l\u2019initiative de mettre sur pied, avec le concours de Boston et d\u2019autres colonies de Nouvelle- 472 Québec 2008-2009*.indd 472 17/11/08 09:25:04 Anniversaires historiques en 2009 Angleterre, une expédition d\u2019une centaine de bâtiments sous les ordres du commodore Peter Warren, responsable de la flotte de surveillance de la côte Atlantique.«Environ 8 500 hommes furent ainsi conscrits pour ce premier siège de Louisbourg.Aux 4 000 marins et matelots des navires et des transports s\u2019ajoutèrent des troupes de terre comprenant 4 400 volontaires.» Ces renseignements sont tirés de Gustave Lanctôt, Histoire du Canada.Du Traite' d\u2019Utrecht au Traite'de Paris, 1713-1763, tomeIII, Montréal, Beauchemin, 1964, chapitre septième, p.85 et suivantes.9.\tIl est à noter qu\u2019en vertu du traité d\u2019Aix-la-Cha-pelle, conclu à l\u2019automne 1748 et qui mettait fin à la guerre de Succession d\u2019Autriche, la France était alors en mesure de réclamer et d\u2019obtenir la restitution de Louisbourg et de l\u2019île Royale dont la population coloniale s\u2019élevait, d\u2019après le recensement de 1752, à près de 6 000 âmes sans compter une garnison de 1 500 soldats.10.\tL\u2019ensemble des Treize colonies comptait alors près de 1 200 000 âmes, ayant plus que quadruplé depuis 1700.Pour leur part, les provinces de la Nouvelle-Angleterre, le Massachusetts en tête, représentaient environ 30% de cette population totale.La Virginie, qui s\u2019étendait à l\u2019ouest jusqu\u2019à la rivière Ohio, était la plus populeuse des provinces avec 230 000 âmes, dont une forte proportion d\u2019esclaves noirs.La Pennsylvanie était suffisamment peuplée pour que sa population frontalière exerce une pression de plus en plus menaçante sur l\u2019empire de traite du bassin des Grands Lacs.Enfin, la province de New York, dont les frontières longeaient celles du Canada jusqu\u2019au lac Ontario, disposait à elle seule d\u2019un peuplement qui dépassait celui de toutes les colonies de la Nouvelle-France, depuis l\u2019Acadie française jusqu\u2019en Louisiane.11.\tPlaidoyer du colonel Samuel Vetch, futur gouverneur de la Nouvelle-Écosse, dans un mémoire soumis à la reine Anne durant la guerre de Succession d\u2019Espagne.Citation tirée d\u2019un article de l\u2019historien Guy F rjégault, « L\u2019empire britannique et la conquête du Canada (1700-1713)», Revue d\u2019histoire de l'Amérique française, vol.X, n° 2, septembre 1956, p.153-182.L\u2019instigateur même de la capture de Louisbourg, le gouverneur du Massachusetts William Shirley fit valoir auprès des dirigeants métropolitains que les colons anglo-américains seraient prêts à se laisser enrôler pour conquérir le Canada.Voir Gustave Lanctôt, op.rit., chapitre septième, p.90-91.12.\tMarcel Trudel a fort justement caractérisé la démesure de cette expansion coloniale à l\u2019échelle continentale en la qualifiant d\u2019« illusoire puissance territoriale».Il vaut de lire, à ce sujet, sa saisissante description de « l\u2019œuvre de dispersion » de la colonisation française (op.rit., p.138-141).13.\tCe fut précisément dans la région de l\u2019Ohio où se produisirent les premiers affrontements qui dégénérèrent en hostilités ouvertes dès 1754, soit deux ans avant la déclaration officielle de la guerre dite de Sept Ans (1756-1763).La volonté affirmée du gouverneur Duquesne de Menneville de freiner l\u2019envahissement de la région par le renforcement du système défensif l\u2019entraîna jusqu\u2019à la fourche de l\u2019Ohio - dite «Belle-Rivière » -, au confluent des rivières Alléghany et Monongahéla, pour y entreprendre la construction d\u2019une «véritable forteresse» du nom de Duquesne (mais demeurée inachevée), à l\u2019emplacement même de la future ville de Pittsburgh.Il n\u2019en fallait pas davantage pour déclencher ce que l\u2019historiographie américaine dénomme French and Indian War.L\u2019étude de synthèse la plus récente et la plus fouillée à ce sujet provient de l\u2019historien Fred Anderson, Crucible of War.The Seven Years\u2019 War and the Fate ofEmpire in British North America, 1754-1766, New York, Alfred A.Knopf, 2000.14.\tNotons à ce propos que, du point de vue des partisans du mercantilisme triomphant de l\u2019époque, la valeur économique du Canada résidait presque exclusivement dans son seul commerce des fourrures dont le produit consumait plus des deux tiers du marché des exportations.Et comme cette activité commerciale représentait, pour la métropole, une source d\u2019enrichissement bien inférieure à celle qu\u2019offraient les pêcheries du golfe Saint-Laurent, on peut comprendre le peu d\u2019attrait économique de la colonie canadienne.«Le Canada n\u2019enrichit pas la France; c\u2019est une plainte aussi ancienne que la colonie elle-même», n\u2019hésitait pas à écrire le jésuite François-Xavier de Charlevok (1682-I76i) dans son Histoire et description générale de la Nouvelle-France, publiée à Paris en 1744.15.\tDe i7io à 1740, les dépenses annuelles pour le maintien du Canada se chiffraient à moins de 500 000 livres ; de 1741 à 1750, elles s\u2019élevaient, en moyenne, à près de 2 000 000 de livres ; en 1754, elles passaient 473 Québec 2008-2009*.indd 473 17/11/08 09:25:04 L'état du Québec 2009 à 4 500 ooo de livres et, en 1759, elles atteignaient 30 ooo ooo de livres, soit environ 6 % du budget total de l\u2019État métropolitain.Ces chiffres sont tirés d\u2019une étude de Guy Frjégault, «Essai sur les finances canadiennes», Revue d\u2019histoire de [\u2019Amériquefrançaise, vol.XIII, n°2, septembre 1959, p.157-182.16.«Mémoire sur les colonies de la France dans l\u2019Amérique Septentrionale», décembre 1750.Le texte intégral de ce mémoire est reproduit dans Roland Lamontagne, Aperçu structural du Canada au xviii6 siècle, Montréal, Leméac, 1964, p.93-112.17.Moins d\u2019un mois après la capitulation générale de Montréal, Voltaire écrivait à un personnage de la Cour: «Si j\u2019osais, je vous conjurerais à genoux de débarrasser pour jamais du Canada le ministère de France.Si vous le perdez, vous ne perdez presque rien, si vous voulez qu\u2019on vous le rende, on ne vous rend qu\u2019une cause éternelle de guerre et d\u2019humiliation.» Besterman, Théodore, Voltaire\u2019s Correspondence, Genève, 1953-1967, 107 volumes, vol.44, lettre 8615, 3 octobre 1760.474 Québec 2008-2009*.indd 474 17/11/08 09:25:04 DISCOURS SUR LA CONQUÊTE PROVIDENTIELLE Joseph-Octave Plessis soutient la doctrine en chaire Marc André Bernier Professeur, Département de lettres et communication sociale, Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR) Titulaire, Chaire de recherche du Canada en rhétorique En France, la proclamation de la République en 1792, puis l\u2019exécution du roi, Louis xvi, en 1793, suscitentla réaction de la plupart des monarchies européennes, qui s\u2019unissentpour mieux combattre la Révolution.Aux côtés de l\u2019Autriche et de la Russie, l\u2019Angleterre est l\u2019une des principales puissances à s\u2019engager au sein de coalitions successives formées pour mieux s\u2019opposer à la France révolutionnaire.À l\u2019occasion de ces conflits, la jeune République française multiplie les opérations militaires en Europe, mais aussi ailleurs dans le monde, la guerre qu\u2019elle mène contre l\u2019Empire britannique supposant notamment la maîtrise des mers et le contrôle du commerce avec l\u2019Inde.C\u2019est pourquoi, à l\u2019été 1798, la France envoie en Égypte un corps expéditionnaire qui, placé sous le commandement du général Bonaparte, s\u2019empare bientôt d\u2019Alexandrie et du Caire.Toutefois, au mois d\u2019août de la même année, l\u2019amiral britannique Floratio Nelson détruit la flotte française de la Méditerranée dans la rade d\u2019Aboukir.Jusqu\u2019alors invaincue, la France républicaine connaît sa première défaite mili- taire d\u2019importance, la campagne d\u2019Égypte représentant, du reste, l\u2019un des épisodes les plus célèbres et les mieux connus des guerres de la Révolution.Mais ce que l\u2019on sait moins, c\u2019est que la victoire remportée sur les côtes d\u2019Égypte par les forces navales de Sa Majesté britannique devait avoir des répercussions inattendues dans une lointaine colonie anglaise de l\u2019Amérique du Nord.À Québec, le gouverneur du Bas-Canada, Robert Prescott, conçoit ainsi le projet de souligner l\u2019heureux événement en organisant une journée d\u2019action de grâces.Puis, le Plessis fut le plus 22 décembre 1798, l\u2019évê- grand orateur que de Québec, .VF1' Pierre québécois du Denaut, manifeste son xvme sjèc|e.soutien au pouvoir colonial en publiantun mandement où il invite tous les curés de son diocèse à «prendre occasion de cette Fête pour faire sentir vivement à leurs paroissiens les obligations qu\u2019ils ont au Ciel de les avoir mis sous l\u2019empire et la protection de Sa Majesté britannique et de les exhorter 475 Québec 2008-2009*.indd 475 17/11/08 09:25:05 L'état du Québec 2009 tout de nouveau à s\u2019y maintenir avec fidélité1».Bref, 40 ans après la défaite des plaines d\u2019Abraham (1759), l\u2019Église catholique aperçoit désormais l\u2019action bienveillante du Ciel dans la cession de la Nouvelle-France à l\u2019Angleterre en 1763.Depuis, cette thèse forme le socle de ce qu\u2019on appelle la « doctrine de la Conquête providentielle ».Pourtant, cette relecture des événements récents de l\u2019histoire canadienne n\u2019est pas le fruit des réflexions de l\u2019évêque lui-même : c\u2019estplutôt son coadjuteur, Joseph-Octave Plessis (1763-1825), qui l\u2019inspire.De fait, le lo janvier 1799, dans la cathédrale de Québec, Plessis monte en chaire pour exposer lui-même les thèses esquissées dans le mandement épiscopal et y prononce un important discours que l\u2019on imprime aussitôt.Dès l\u2019exorde, Plessis établit le caractère providentiel de l\u2019histoire, rien n\u2019arrivant « ici-bas sans l\u2019ordre ou la permission de Dieu».Mais si quelques réminiscences bibliques semblent suffire pour établir cette première proposition, il en va tout autrement des conséquences que prétend en tirer l\u2019orateur.Persuader les Canadiens de se réjouir de la victoire anglaise à Aboukir l\u2019oblige, en effet, à les convaincre «d\u2019appeler ennemi un peuple [.] qui nous a été si longtemps uni par les liens étroits du sang, de l\u2019amitié, du commerce, du langage, de la religion ».Rompre ces sentiments d\u2019affection envers la France, encore très vivaces, requiert à l\u2019évidence toute la science de cet ancien maître de rhétorique.La France, insinue donc Plessis, celle « dont le gouvernement sage et modéré faisait nos délices » et que les Canadiens ont tant regrettée en s\u2019en voyant séparés, eh bien, cette France n\u2019existe plus, car «depuis que Dieu dans sa miséricorde nous a faitpasser sous un autre empire, [.] quels changements funestes n\u2019a pas éprouvé ce royaume ! » Aujourd\u2019hui, plaide-t-il, «les expressions enchanteresses de raison, de liberté, de philanthropie, de fraternité, d\u2019égalité » ont triomphé en France 476 Peinture de la chaire, église Bonsecours, Montréal, par J.Henry Sandham, et copie réalisée pour lui, Montréal, 1880.et, dès lors, «la souveraine autorité du Prince a été nommée tyrannie ; la religion, fanatisme ; [.] ses ministres, imposteurs».Or, ces idées ontpréparé la Révolution française: une Révolution « sacrilège », affirme Plessis, mais aussi «conquérante», à laquelle seul l\u2019Empire britannique peut s\u2019opposer.C\u2019est en ce sens que la victoire d\u2019Aboukir répond à un dessein de la Providence.La cause que défend l\u2019Angleterre est celle de Dieu lui-même, et les Canadiens doivent s\u2019y rallier avec d\u2019autantplus d\u2019enthousiasme qu\u2019ils doivent craindre, désormais, que leur pays ne retourne « à ses anciens maîtres »: leurs enfants deviendraient la proie « de l\u2019impiété et du libertinage », alors que leurs prêtres seraient «proscrits et peut-être décapités».Québec 2008-2009*.indd 476 17/11/08 09:25:05 Anniversaires historiques en 2009 Enfin, conclutPlessis, cette victoire récente des armes anglaises doit rappeler aux Canadiens combien le Ciel a eu soin d\u2019assurer leur bonheur en faisant d\u2019eux des sujets britanniques.«Tandis que toutes les coutumes de France sont renversées», ne tient-il pas du miracle de voir encore « une Province britannique régie par la coutume de Paris et par les édits et déclarations des rois de France»?En préservant nos lois, nos coutumes et notre religion, la Conquête est, à n\u2019en pas douter, providentielle.F\u2019éloquence avec laquelle Plessis défenditces thèses invite certainement à conclure qu\u2019il fut le plus grand orateur québécois duxvuT siècle.Mais cette remarque en appelle immédiatement une autre : animée par la puissance d\u2019un style énergique, cette première formulation de la doctrine de la Conquête providentielle devait connaître une immense fortune tout au long des xixe et xxe siècles.En 1905, lorsque la Troisième République française adopte la loi de séparation des Églises et de l\u2019État, un éditeur de Québec, Dussault et Proulx, ne juge-t-il pas toujours utile de réimprimer le Discours de Ples- sis?Dans un tout autre contexte, enfin, on pourra songer qu\u2019au seuil du xxT siècle, plusieurs historiens ont insisté sur les avantages de la Conquête et, notamment, sur les origines britanniques de la démocratie québécoise, alors que, pendant près de deux siècles, les élites conservatrices considérèrent plutôt, à la suite de Plessis, que le Canada, sans la bienheureuse tutelle de l\u2019Angleterre, aurait vu « le funeste arbre de la liberté [.] planté au milieu de [ses] villes [et] les droits de l\u2019homme [.] proclamés».Note 1.Plessis, Joseph-Octave, Discours à l\u2019occasion de la victoire remportée par lesforces navales de Sa Majesté britannique dans la Me'diterrane'e le 1\" et 2 août 1798 sur la flotte française.Prononce dans 1\u2019eglise cathédrale de Quebec le îojanvier 1799, par MessireJ.-O.Plessis, cure de Quebec, coadjuteur élu et vicaire general du diocèse, précédé du Mandement de Mç]r l\u2019illustrissime et révérendissime R, évêque de Quebec, Québec, s.n., 1799, p.6.Toutes les citations proviennent de ce texte.La doctrine de la Conquête providentielle connut une immense fortune tout au long des xixe et xxe siècles.477 Québec 2008-2009*.indd 477 17/11/08 09:25:05 RAPPORT DURHAM Les écueils du « progressisme » Éric Bédard Historien, TELUQ/UQAM John George Lambton (1792-1840), premier comte de Durham, est encore un personnage controversé, comme le montre son retour inattendu dans l\u2019actualité récente.À la suite d\u2019un article paru dans les journaux du réseau Gesca en novembre 2007, la Commission de la capitale nationale - un organisme fédéral - a immédiatement enlevé son portrait d\u2019une exposition murale consacrée au 150e anniversaire d\u2019Ottawa en tant que capitale du Canada.La notice biographique à côté du tableau se contentait de présenter lord Durham comme un «réformateur bien connu» qui, dans son célèbre rapport rendu public le 8 février 1839, proposait l\u2019octroi du gouvernement responsable et l\u2019union des deux Canadas.La vignette cependant a omis de mentionner que l\u2019union des deux Canadas visait expressément l\u2019assimilation des Canadiens français.L\u2019épisode me semble révélateur.Au Canada anglais, l\u2019illustre personnage est surtoutperçu comme un avant-gardiste, un «progressiste» qui prépara l\u2019avènement de la démocratie parlementaire et l\u2019indépendance du Canada.Au Canada français en revanche, l\u2019homme symbolise l\u2019arrogance d\u2019une aristocratie britannique convaincue d\u2019incarner le génie de la civili- 478 sation.Ni les uns ni les autres n\u2019ont tout à fait tort, d\u2019où l\u2019intérêt de revenir sur le personnage et ses idées.L\u2019homme qui accepte de devenir haut-commissaire à l\u2019Amérique du Nord britannique le 15 janvier 1838 appartient sans contredit à la frange la plus réformiste du Parti whig.Le Reform Bill adopté en 1832, qui a pour effet d\u2019élargir le corps électoral britannique, est en partie son œuvre1.Lord Durham a très bonne réputation auprès des députés du Parti radical qui réclamentune démocratisation accrue des institutions britanniques etdes mesures sociales pour les laissés-pour-compte de la révolution industrielle.De nombreux réformateurs, parmi lesquels on Dans son célèbre rapport rendu public le 8 février 1839, lord Durham proposait l'union des deux Canadas.trouve des whigs et des députés radicaux, rêvent d\u2019une grande alliance politique qui réunirait les «libéraux » sous une seule et même bannière.Le chef tout désigné de cette nouvelle coalition, selon le jeune philosophe John StuartMill etplusieurs autres, seraitlord Durham.Lors de son retour d\u2019Amérique, des partisans, espérant le convaincre de prendre la Québec 2008-2009*.indd 478 17/11/08 09:25:05 Anniversaires historiques en 2009 tête du mouvement, organisent de grandes assemblées politiques auxquelles il refuse cependant de prendre part Le personnage censé résoudre la crise qui sévit dans les deux Canadas n\u2019a donc rien du petit intendant de province.Ses contemporains le décrivent comme un être sûr de lui, parfois vaniteux, mais très brillant et indépendant d\u2019esprit.Fils de député, gendre de Charles Grey, un ancien premier ministre whig, riche propriétaire terrien, lord Durham appartientà l\u2019une des grandes familles de l\u2019aristocratie anglaise.Grand seigneur, il refuse d\u2019être rémunéré pour sa mission en Amérique, mais exige le confort dû à son rang et souhaite être entouré d\u2019une grande équipe de conseillers.Lors de son arrivée à Québec, on met deux jours à débarquer ses effets personnels, ce qui impressionne énormémentles habitants de la vieille capitale.Il estassistédenombreux conseillers et de huit aides de camp, parmi lesquels on trouve Charles Buller, influent député radical et premier secrétaire de lord Durham, Edward Gibbon Wakefield, à la fois penseur et fondateur de plusieurs sociétés de colonisation à travers l\u2019Empire britannique, Edward Ellice Jr., député whig et fils du seigneur de Beauharnois, et Charles Greyjr., militaire et fils du chefpoliti-que whig.Lord Durham est donc un homme d\u2019État de premier plan et un rival du premier ministre Melbourne.Par conséquent, sa mission américaine ne passe pas inaperçue.Pour la réaliser, lord Durham hérite de pouvoirs quasi dictatoriaux, du moins au Bas-Canada, puisque le Parlementy a été remplacé par un Conseil spécial qui gouverne par décrets.Aussitôt arrivé, il ordonne la fin du régime seigneurial sur l\u2019île de Montréal - au plus grand plaisir des marchands anglais -, met sur pied un corps de police professionnel, forme plusieurs commissions chargées d\u2019enquêter sur les institutions municipales, les terres de la Couronne etl\u2019éducation.Il assume également des pouvoirs judiciaires dignes d\u2019un monarque d\u2019Ancien Régime en amnistiant, d\u2019un trait de plume, les hommes emprisonnés à la suite de la rébellion de 1837.Huit leaders, parmi lesquels Wolfred Nelson, le commandant victorieux de la bataille de Saint-Denis, sont toutefois condamnés à l\u2019exil aux Bermudes.Ces bannissements sans procès seront vivement critiqués à Londres.Dans les semaines qui suivent cette décision controversée, un projet de loi privé, qui limite les pouvoirs de l\u2019envoyé britannique, est même présenté aux Communes de Londres et franchit l\u2019étape de la deuxième lecture.En effet, l\u2019opposition conservatrice et une frange de la députation whig appuient le projet de loi, ce qui pourrait faire éclater le gouvernement Lorsque lord Durham apprend que le premier ministre, lord Melbourne, a demandé à la reine Victoria de désavouer son ordonnance, il se sent trahi, démissionne sur-le-champ, plie bagage et prend le large à l\u2019automne 1838, cinq mois seulement après son arrivée.Sa mission américaine a donc été de courte durée.En juillet 1838, il passe quelques jours au Haut-Canada où il fait la rencontre des principaux leaders réformistes, dont il adoptera les vues dans son rapport ÀMontréal, il séjourne au manoir de la famille Ellice à Beauharnois.Pendantles quatre autres mois, il vità Québec, au milieu des Canadiens français.Comme le montre son rapport, il n\u2019a aucune sympathie pour cette « société vieille et retardataire» qui évolue dans un « monde neufetprogressif».Il n\u2019accorde aucun crédita ses chefs qui auraient eu recours aux « armes démocratiques pour des fins conservatrices plutôt qu\u2019en faveur d\u2019un mouvement libéral et éclairé ».Les documents privés laissés par ses aides de camp montrent que Durham, bien avant d\u2019avoir mis le pied à Québec, a adopté les vues des marchands anglais du Bas-Canada.Une longue dépêche au ministre des Colonies, datée du 9 août 1838, indique également qu\u2019il juge les doléances du Parti canadien totalement irrecevables.479 Québec 2008-2009*.indd 479 17/11/08 09:25:05 L'état du Québec 2009 D\u2019aucune manière ne tente-t-il un rapprochement avec Louis-Hippolyte La Fontaine, pourtant très bien disposé à son égard, du moins au départ Pire : il maintient une condamnation de « haute trahison » contre lui.Fondée sur des lettres adressées au notaire Jean-Joseph Girouard de Saint-Benoît dans lesquelles La Fontaine aurait évoqué l\u2019achatd\u2019armes pour les paysans, cette condamnation avait été formulée par Pierre-Édouard Leclère, un ennemi juré des patriotes.Le manque total de considération de Durham pour ce peuple français est manifeste lorsqu\u2019il fait du journaliste Adam Thom l\u2019un de ses conseillers et qu\u2019il le nomme membre de la Commission sur les institutions municipales.Le bouillantrédacteur du Montreal Herald est en effet reconnu pour ses philippi-ques haineuses à l\u2019encontre des Canadiens.Jusqu\u2019à la toute fin de sa mission, lord Durham compte proposer la création d\u2019une fédération des colonies britanniques.Loin d\u2019être un partisan du fédéralisme en tant que régime politique, Durham considère qu\u2019un tel projet serait une étape vers l\u2019édification d\u2019une grande nation britannique en Amérique.Les membres en vue de la Montreal Constitutional Association s\u2019opposent vivement au projet, précisément parce qu\u2019ils ne peuvent se résoudre à l\u2019idée de vivre dans une province qui serait majoritairement française au sein d\u2019une future fédération de l\u2019Amérique du Nord britannique.Pour plaire à ces marchands, Durham va même jusqu\u2019à envisager la création d\u2019une nouvelle province qui comprendrait Montréal, les Cantons-de-l\u2019Estetunepartie du Haut-Canada.Après la deuxième insurrection de novembre 1838, Durham abandonne cette proposition saugrenue ainsi que son projet de fédération, et opte finalementpour l\u2019union des deux Canadas à laquelle rêvent depuis longtemps les marchands anglais.Pour des raisons qui restent encore mystérieuses, le rapport, qui paraît officiellement en février 1839, estl\u2019objetd\u2019une fuite, ce qui crée 480 toute une onde-choc au sein de la classe politique anglaise.Tiré à plus de 2 ooo exemplaires, le document, en recommandant l\u2019octroi d\u2019un gouvernement responsable de ses actes devant non seulement la Couronne, mais sur-toutla Chambre élue, soulève un débatimpor-tant sur les types de rapports que la métropole anglaise doit entretenir avec ses colonies.Aux quatre coins de l\u2019Empire britannique, des extraits sont publiés, les recommandations, discutées.En mai 1839, le gouvernementMel-bourne présente un projet de loi qui propose l\u2019union du Haut et du Bas-Canada, mais qui se garde bien de promettre le gouvernement responsable.Avec Durham considérait l\u2019union des deux Canadas, adoptée qu'une fédération des en 1840, les anglo- colonies serait une étape phones rempor- vers l'édification d'une tent une majorité grande nation britannique parlementaire, .\t.\t,\t1 en Amérique.puisque, maigre sa supériorité numérique, le Bas-Canada, essentiellementfrancophone, obtientun nombre égal de députés.Pour obtenir gain de cause en matière de gouvernement responsable, les réformistes canadiens devront attendre la venue de lord Elgin, le gendre de lord Durham, quelques années plus tard.Durham meurt prématurément le 28 juillet 1840.La légende familiale veut qu\u2019avant de rendre son dernier souffle, il aitprophétisé que le Canada rendrait un jour justice à sa mémoire.C\u2019est ce qu\u2019ont récemment tenté les téméraires dirigeants fédéraux de la Commission de la capitale nationale, avec les résultats que l\u2019on connaît Comme le montre l\u2019épisode de l\u2019exposition murale, la proposition de lord Durham d\u2019assimiler les Canadiens français rend son héritage problématique.Longtemps, on a présenté cette idée comme une erreur, malheureuse, qui détonnait par rapport à l\u2019intelligence du propos et à la finesse de l\u2019analyse.Esprit supérieur, Québec 2008-2009*.indd 480 17/11/08 09:25:05 Anniversaires historiques en 2009 il aurait, sur cette seule question, erré, en adoptant les vues rétrogrades des Tories.C\u2019est qu\u2019on ne pouvait assimiler lord Durham au camp des réactionnaires qui pestaient contre les progrès de leur temps2.Depuis peu, on commence à réaliser que cette proposition était, dans le contexte intellectuel du xixe siècle, tout à fait «libérale», que l\u2019homogénéité linguistique et culturelle étaitvue, par plusieurs libéraux anglais, comme une sorte de passeport vers l\u2019universel.À la manière qui sera bientôt celle des marxistes, ces libéraux associaient souvent la «question nationale» à un combat d\u2019arrière-garde qui freinait la victoire des Lumières et du progrès.Pour eux, comme pour les marxistes plus tard, le progrès était un dogme qui plaçait tous les espoirs des hommes dans un avenir radieux.Cette perspective éminemmentrationaliste, abstraite, insensible au sentiment de dette que plusieurs éprouvent envers les héritages du passé, faisait de l\u2019assimilation une proposition tout à fait cohérente, voire «logique».Est-ce Durham qu\u2019il faut accuser ou ce progressisme destructeur, qui demeure l\u2019impensé de notre temps ?Références Ajzenstat, Janet, The Political Thought ofLord Durham, Montréal/Kingston, McGill/Queen\u2019s University Press, 1988,137 pages.Durham (lord), John George Lambton, Le rapport Durham, Montréal, L\u2019Hexagone, 1990, 317 pages.Martin, Ged, The Durham Report and British Policy.A Critical Essay, Cambridge, Cambridge University Press, 1972,120 pages.New, Chester, Lord Durham\u2019s Mission to Canada, Toronto, McLelland & Stewart, 1963, 233 pages.Notes 1.\tSelon le principe du suffrage censitaire, un critère de propriété restreint le nombre d\u2019électeurs au Royaume-Uni.2.\tCar les réactionnaires, partisans de l\u2019Ancien Régime, et souvent de l\u2019absolutisme, étaient les adversaires de l\u2019élan nationaliste généralement porté par des démocrates et des républicains, mais le libéralisme de Durham ne peut être rattaché ni à l\u2019un ni à l\u2019autre de ces deux courants de pensée.481 Québec 2008-2009*.indd 481 17/11/08 09:25:06 CRÉATION DU CLUB DE HOCKEY LE CANADIEN DE MONTRÉAL Les Glorieux ont 100 ans ! Michel Vigneault Chargé de cours et historien du sport, UQAM Créé à l\u2019automne 1909, le Canadien de Montréal joue son premier match le 5 janvier 1910, sur la patinoire du Jubilee Arena, dans l\u2019estdeMontréal.Formé de joueurs cana-diens-français, le Club de hockey Canadien de Montréal joue dans une nouvelle ligue professionnelle, la National Hockey Association.Pendant le xxe siècle, le Canadien deviendra l\u2019une des équipes professionnelles les plus titrées de toute l\u2019histoire du sport De la naissance du hockey sur glace à la coupe Stanley Le 3 mars 1875, dans The Gazette de Montréal, une petite annonce informe qu\u2019une partie de hockey sera jouée le soir même à la patinoire Victoria, dans le centre-ville.On y apprend que les joueurs en présence sont des experts à ce jeu encore tout à fait nouveau pour le public.Il s\u2019agit en fait d\u2019amis qui le pratiquent depuis près d\u2019un an et qui, pour la première fois, décident de jouer devant un public.Le lendemain, toujours dans le même journal, une description de la partie, complétée avec la liste des joueurs (neuf dans chaque équipe), est publiée.C\u2019est ainsi que le hockey organisé est né.Il est alors dominé par les étudiants de l\u2019Université McGill.482 De 1883 à 1885, le hockey se propage au Canada, en commençantpar les villes d\u2019Ottawa et de Québec, qui présentent des équipes au Carnaval de Montréal.Dès 1887, on organise la première ligue de hockey, l\u2019Amateur Hockey Association ofCanada (AFLAC), avec des équipes de Montréal (Montreal Hockey Club, Victorias, McGill, Crystals), de Québec et d\u2019Ottawa1.Cette ligue devient rapidement populaire auprès d\u2019un public qui paye pour assister aux matchs.À Ottawa, un spectateur en particulier estassidu aux matchs de l\u2019équipe de la capitale fédérale: le gouverneur général Lord Stanley.Ses enfants apprennent à jouer au hockey.Sa fille organisera même la pre- L'équipe est nommée Canadien mière équipe en référence à l'appellation féminine de encore courante des Canadiens hockey.Avant français à œtte époque.son retour en Angleterre en 1892, le gouverneur général décide de remettre un trophée à la meilleure équipe canadienne de hockey amateur.Appelé le Dominion Hockey Challenge Trophy, celui-ci sera vite rebaptisé du nom de son créateur : c\u2019est la fameuse coupe Stanley.Son premier récipiendaire sera le champion de l\u2019AHAC, le Montreal Hockey Club.Québec 2008-2009*.indd 482 17/11/08 09:25:06 Anniversaires historiques en 2009 D\u2019autres ligues se forment à travers le Canada et envoient leurs champions défier, sans succès, les détenteurs de la coupe Stanley, mais presque tous appartiennent à l\u2019AHAC.Les débuts des Canadiens français au hockey Montréal domine le championnat, mais c\u2019est essentiellement grâce aux Canadiens anglais, car le sport ne fait pas partie de la vie quotidienne des Canadiens français.Avant 1895, on peut compter sur les doigts d\u2019une main les joueurs francophones dans le hockey.Seuls certains bourgeois proches des anglophones se lancent dans le sport organisé.Charles Lamothe, capitaine des Victorias durant les années du Carnaval de Montréal, en est un exemple.En 1894, à l\u2019initiative d\u2019un groupe de gens d\u2019affaires, est lancé le premier club multisports francophone, l\u2019Association athlétique d\u2019amateurs nationale deMontréal, mieuxconnu sous le nom du National.Ce club veutpermettre aux Canadiens français de pratiquer des sports dans leur langue.On veut stimuler l\u2019intérêt des Canadiens français pour le sport, comme participants et comme spectateurs.Ainsi, avec leNational naîtla toutepremière équipe francophone de hockey-même l\u2019équipe de Québec, les Bulldogs, estanglophone! Des étudiants des collèges Sainte-Marie et Mont-Saint-Louis se lancent aussi dans le hockey avec l\u2019aide de leurs camarades irlandais, qui possèdentdepuis quelques années leurpropre équipe de hockey, les Shamrocks.Le National joue même des parties hors-concours en 1895 contre ces équipes juniors.Ce n\u2019estqu\u2019en 1898, avec le club de raquet-teurs duMontagnard, qui organise son équipe de hockey, qu\u2019une équipe francophone entre pour la première fois dans une ligue organisée.Les équipes et ligues rivales à Montréal En 1904, une nouvelle ligue est créée : la Ligue fédérale se dit un aspirant sérieux à la coupe Stanley avec son équipe des Wanderers de Montréal.Le National est invité à la rejoindre.Mais ses meilleurs joueurs quittent le navire au profit de la première ligue professionnelle états-unienne, formée en 1903.LeMontagnard remplace le National dans la Ligue fédérale en 1905.Mais après avoir frôlé le titre de champion en 1907, il décide de se retirer de la Ligue.Ce retrait signera la fin de ce club au hockey.En 1909 est formée la Canadian Hockey Association (CHA).Elle comprend trois équipes de Montréal - une anglaise, une irlandaise et une canadienne-firançaise (All-Montreal, Shamrocks etNational, qu\u2019on a reconstitué) -, une de Québec et une d\u2019Ottawa.La Ligue fédérale, quanta elle, d\u2019abord nommée la National Hockey Association (NHA), estl\u2019ancêtredela Ligue nationale de hockey (LNH).Elle est formée de deux équipes montréalaises, les Wanderers et le Canadien, un nouveau club, et de trois équipes ontariennes, Renfrew, Cobalt et Haileybury2.La création du Canadien de Montréal À l\u2019origine de la formation du Canadien, on peut notamment signaler l\u2019intervention de James Gardner, l\u2019une des vedettes des Wanderers, qui propose la formation d\u2019une équipe francophone pour attirer plus de spectateurs au Jubilée, situé dans le quartier Hochelaga, dans l\u2019est de Montréal.La NHA (à laquelle appartiennent les Wanderers) veut faire un pied de nez à sa rivale la CHA, qui a intégré leNational.On charge Jean-Baptiste Laviolette, à la fois hockeyeur et membre de l\u2019exécutif de la Ligue, de former cette nouvelle équipe totalement francophone, grâce au financement de John Ambrose O\u2019Brien, propriétaire du club de Renfrew.Elle sera nommée Canadien en référence à l\u2019appellation encore courante des Canadiens français à cette époque (les Canadiens anglais s\u2019identifiant alors le plus souvent comme Britanniques).Ainsi, les couleurs de l\u2019équipe 483 Québec 2008-2009*.indd 483 17/11/08 09:25:06 Photo: Archives de la Ville de Montréal (VM94-Z2227) L'état du Québec 2009 La première équipe du Club de hockey Canadien, 1909.jgMfatf.A .refléteront celles du drapeau français, soit un chandail bleu, des culottes blanches et des bas rouges - ce qui lui vaudra le surnom de tricolore, comme le drapeau français3.Dès le 15 janvier 1910, Ottawa et les Shamrocks rejoignent la NHA, laissant seulement trois équipes dans la CHA.Celle-ci est dissoute.Intervient alors le Club Athlétique Canadien (CAC).Avec à sa tête le Dr Joseph-Pierre Gad-bois et George W.Kendall, ce club de lutte et de boxe professionnelles depuis 1905 se dit prêt à mettre sur pied une équipe de hockey professionnel.Mais en 1909-1910, le CAC s\u2019étonne devoir son nom déjà utilisé etconteste le droit d\u2019utilisation de «Canadien» en cour.Le tout se règle hors cour : O\u2019Brien cède la franchise du Canadien au CAC.Après plusieurs changements, le chandail actuel du Canadien apparaît en 1915, mais avec les lettres CAC comme logo.Kendall, quoique sympathique à la cause des Canadiens français, suscite la polémique 484 lorsqu\u2019il embauche un joueur anglophone de Québec, Rocket Power.Ce dernier est parfaitement bilingue, mais le public ne veut pas de joueurs anglophones dans « son » équipe.Le débat fera rage plusieurs saisons, avecd\u2019autres joueurs anglophones embauchés par Kendall.Cependant, le Canadien obtient le droit de premier choix dans la sélection des joueurs francophones, ce qui lui permet de mettre la main sur des vedettes comme Georges Vézina, Georges Poulin et Eugène Payan.Kendall et ses associés font incorporer le nom de Club de hockey Canadien (CHC) en mars 1916.Peu après, le Canadien gagne sa première coupe contre les Rosebuds de Portland, champions de la Pacific Coast Hockey Association.La saison suivante, on change le logo du Canadien en remplaçant le A de CAC par un H, soit le logo actuel (CHC).Des débuts difficiles Le Canadien subit quelques tragédies au cours de ses premières années dans la LNH.En 1919, Québec 2008-2009*.indd 484 17/11/08 09:25:06 Anniversaires historiques en 2009 pendant la finale de la Coupe Stanley à Seattle, des membres des deux équipes contractent la grippe espagnole.Joe Hall, défenseur du Canadien, meurt quelques jours plus tard, tandis que son propriétaire, George Kendall mourra au bout de deux ans.Au premier match de la saison 1925-1926, le gardien, Georges Vézina, atteint de la tuberculose, s\u2019effondre sur la patinoire du Forum.Il en mourra en mars 1926.Enfin, en 1937, le célèbre Howie Morenz est frappé brutalement dans le coin de la patinoire du Forum.Son patin reste coincé dans la bande.Morenz est transporté à l\u2019hôpital pour une fracture de la jambe.Une embolie l\u2019emportera quelques jours plus tard.À la mort de Kendall en 1921, le Canadien est acheté par un trio d\u2019hommes d\u2019affaires, dont le Franco-Américain Joseph « Léo » Dan-durand, futur fondateur de l\u2019équipe de football les Alouettes et directeur de l\u2019équipe de baseball les Royaux.Le Canadien remporte trois coupes Stanley (en 1924, en 1930 et en 1931) avec ses vedettes George Hainsworth, Johnny Gagnon, Aurèle Joliat et Howie Morenz.Les propriétaires des Maroons achètent la franchise du Canadien en 1935, tout en organisant deux conseils d\u2019administration distincts.On en vient à la conclusion qu\u2019à cause de la crise économique, une seule équipe peut survivre à Montréal.On garde donc le Canadien, qui attire le plus de spectateurs, bien qu\u2019il ne gagne pas durant cette période.Ce sera la fin de la division, qui dataitde la fin duxixe siècle, entre francophones et anglophones dans le hockey montréalais.La création de la LNH À cause de problèmes internes avec le propriétaire de l\u2019équipe de Toronto, la NFLA décide de se saborder pour former une nouvelle entité, la National Hockey League ou Ligue nationale de hockey (LNH), le 22 novembre 1917.Elle comprend deux équipes de Montréal (le Canadien et les Wanderers), les Bulldogs de Québec, les Senators d\u2019Ottawa et une nouvelle équipe à Toronto, les Arenas.Cependant, le début de la saison 1917-1918 est difficile et la LNH la termine avec seulement trois équipes.Après quelques saisons, la LNH compte de nouvelles recrues, états-uniennes celles-là.En 1924, les Maroons de Montréal et les Bruins de Boston viennent également renforcer les rangs de la LNH.Par un heureux concours de circonstances, le Canadien inaugure le Forum, le 26 novembre 1924.C\u2019estlà qu\u2019en 1926, il élira domicile.Il rendra bien sûr l\u2019aréna célèbre avant de le quitter en mars 1996.Avec les difficultés de la guerre, la LNH cherchait le moyen d\u2019améliorer le spectacle et de relancer l\u2019intérêt du public.Les difficultés se prolongent depuis la crise économique : le nombre d\u2019équipes de la LNH diminue de 10 à 6 entre 1931 etl9424.La Ligue tente en premier lieu de rendre le jeu toujours plus rapide : elle introduit la ligne centrale rouge en 1942, qui permet la passe avant d\u2019une zone à l\u2019autre.(Au départ, le hockey était un jeu de passe arrière seulement, comme au rugby!) La création des lignes bleues en 1919 avait introduit la passe avant, mais seulementdans la zone où se trouvait la rondelle.L\u2019introduction de la ligne rouge permit de passer d\u2019une zone à l\u2019autre.Ces nouvelles règles de passe s\u2019ajoutaient à la réduction antérieure du nombre de joueurs (de neufà six dès 1911-1912) pour faire désormais du hockey un sport exceptionnellement rapide.Un symbole pour les Canadiens français C \u2019est dans ce contexte difficile où la Ligue tente de relancer l\u2019intérêtpour le hockey qu\u2019apparaît Maurice Richard.Cette nouvelle recrue du Canadien estperçue comme une vedette potentielle.Mais, après quelques parties, il se brise la cheville sur le poteau des buts.Il revint la 485 Durant ses 100 ans d'existence, le Canadien a remporté 24fois la coupe Stanley.Québec 2008-2009*.indd 485 17/11/08 09:25:06 L'état du Québec 2009 saison suivante (1943-1944) avec un nouveau numéro, le 9, et flanqué de Hector « Toe » Blake etd\u2019Elmer Lach.Le succès est tel que le Canadien remporte une cinquième coupe Stanley, une première en 13 ans.En 1944-1945, Maurice Richard pulvérise le record de Joe Malone en marquant 50 buts en 50 parties.Ainsi commence la fabuleuse carrière du «Rocket», véritable icône pour les Canadiens français.Plusieurs ne suivent l\u2019équipe que par les journaux et la radio.La télévision de Radio-Canada, en 1952, va la rendre célèbre.Les «Llying Lrenchmen» se rendent 10 fois en finale de la Coupe Stanley en 10 ans (1951-1960), remportant 6 fois la coupe, dont 5 fois consécutives (en 1953 et de 1956 à i960), un record jusqu\u2019ici inégalé.Durant ses 100 ans d\u2019existence, le Canadien a remporté 24 fois la coupe Stanley.Notes 1.\tVigneault, Michel, La naissance d\u2019un sport organise au Canada.Le hockey à Montreal, 1875-1917, Thèse de doctorat, Université Laval, 2001.2.\tBruneau, Pierre et Léandre Normand, La glorieuse histoire desCanadiens, Montréal, L\u2019Homme, 2003, p.17.3.\tÀ l\u2019époque, le drapeau fleurdelisé n\u2019a pas encore été officiellement adopté, celui des Patriotes est tombé dans l\u2019oubli, et le tricolore est le plus souvent arboré pour marquer l\u2019identité canadienne-française.4.\tLes 10 équipes de la LNH en 1931 étaient : Canadiens de Montréal, Montreal Maroons, Ottawa Senators, Toronto Arenas (devenus St Patricks puis Maple Leafs), BostonBruins, Chicago BlackHawks, Detroit Redwings, NewYorkAmericans, New York Rangers et Pittsburgh Pirates.486 Québec 2008-2009*.indd 486 17/11/08 09:25:06 CRÉATION DE L'ORCHESTRE SYMPHONIQUE DE MONTRÉAL Une naissance laborieuse Marie-Thérèse Lefebvre Musicologue etprofesseure, Faculté de musique, Université de Montréal Créé en 1934, l\u2019Orchestre symphonique de Montréal (OSM) fête en 2009 ses 75 ans.Mais pour qu\u2019un tel ensemble permanent ait pu voir le jour au cœur de la Grande Dépression, il a fallu compter sur l\u2019existence d\u2019une masse critique de musiciens et de chefs déjà aptes à y travailler.Quand l\u2019OSM a vu le jour, il y avait en effet à Montréal une vie orchestrale déjà bien implantée depuis plus de 40 ans.Sans soutien financier autre que les revenus de la vente de billets, des instrumentistes à la pige gagnaient leur vie en circulant d\u2019un ensemble à un autre.Voici brièvement l\u2019histoire qui a conduit à la création de l\u2019Orchestre symphonique de Montréal.La longue tradition orchestrale de Montréal Le premier Montreal Symphony Orchestra est fondé en 1894 par le compositeur et maître de chapelle Guillaume Couture.Composé d\u2019une quarantaine de musiciens, il fonctionne en coopérative, mais, en 1896, à la suite de conflits internes de gestion, Couture démissionne après avoir donné 18 concerts.Parmi les musiciens de cette première période se trouvent des musiciens anglophones et canadiens-français, dont la célèbre famille du clarinettiste Joseph Gagnier, père de 27 enfants, dont plusieurs feront carrière dans l\u2019enseignement des instruments à vent Son fils Jean-Josaphat dirige à partir de 1913 plusieurs ensembles et organise en décembre 1927 un nouveau Montreal Symphony Orchestra/Symphonie de Montréal - cette appellation bilingue ne durera que quelques mois.À partir de 1927, le milieu orchestral montréalais subit plusieurs transformations.Le cinéma, devenu parlant, cesse d\u2019engager des musiciens alors que les stations radiophoniques privées CKAC, CNRM etCFCF mettent en place leur propre orchestre permanent.Plusieurs chefs seront ainsi engagés sur les ondes.Ces ensembles, regroupant en moyenne de 40 à 50 musiciens, jouent ainsi beaucoup de musique classique, légère surtout, car le grand répertoire nécessite un nombre plus important d\u2019instrumentistes, et la location du matériel d\u2019orchestre (en particulier les partitions) s\u2019avère souventtrop coûteuse.Toutefois, cette masse critique de musiciens assure la viabilité du futur orchestre permanent créé en 1934.La querelle linguistique sur le terrain musical Jusque-là, tous les concerts ont lieu dans l\u2019ouest de la ville - à l\u2019hôtel Windsor, au 487 Québec 2008-2009*.indd 487 17/11/08 09:25:06 L'état du Québec 2009 Queen\u2019s Hall, à l\u2019Académie de musique, au His Majesty\u2019s etau Princess.La Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, qui cherche à mettre en valeur son Monument-National (boulevard Saint-Laurent), le déplore.Elle offre en 1923 son appui financier à la nouvelle Symphonie de Montréal, un orchestre national que vient de fonder J.J.Goulet Ce sera la première fois qu\u2019un orchestre peut compter sur une source financière institutionnelle et jouir d\u2019une salle sans en payer les lirais de location.L\u2019entente ne dure, hélas, que deux ans, le temps pour la Symphonie de donner six concerts.En 1925, J.J.Goulet fonde la Société des concerts symphoniques deMontréal, dontles concerts sont offerts par souscription.Celle-ci ne dure qu\u2019une année.Le clarinettiste Giulio Romano lance alors, le 10 novembre 1927, un premier Orchestre symphonique de Montréal, qui présente son premier concert le 22 janvier 1928.À partir de 1929, cet orchestre, qu\u2019il souhaite rendre permanent, est dirigé, à sa demande, par le doyen de la Faculté de musique de l\u2019Université McGill, Douglas Clarke, mais sous un nouveau nom, le Montreal Orchestra, un orchestre qu\u2019il souhaite rendre permanent Clarke ne se doute pas, cependant, qu\u2019il sera, pendant quelques années, au cœur d\u2019un débat linguistique et culturel.En effet, quelques semaines après le premier concert du Montreal Orchestra le 12 octobre 1930, des membres francophones de son conseil d\u2019administration, parmi lesquels se trouvent Mme Athanase David, l\u2019épouse du secrétaire de la province, Henri Letondal, journaliste à La Patrie, et Anatole Désy, se plaignent du lieu, du jour et de l\u2019heure des concerts (le dimanche après-midi au His Majesty\u2019s), du programme unilingue anglais (il devient bilingue dès le 10e concert), de la prépondérance du répertoire allemand et anglais, du peu de solistes francophones et de l\u2019absence d\u2019œuvres canadiennes au programme.488 Alors que Clarke vient à peine de démarrer, on souhaiterait, en plus, une rotation des chefs, de manière à pouvoir inviter Wilfrid Pelletier, nommé le 28 février 1929 chef régulier du Metropolitan Opera, à New York, et considéré dans le milieu francophone comme un exemple de réussite d\u2019un des leurs.Plusieurs de ces demandes sont entendues par le directeur Clarke, qui souhaite cependant demeurer le chef permanent de ce jeune orchestre afin de lui donner le temps de développer un son qui lui soitpropre.Les revendications pour créer un orchestre francophone reçoivent l\u2019appui des journalistes Henri Letondal (La Patrie) et Frédéric Pelletier (Le Devoir), qui passent toutefois sous silence le fait qu\u2019au Montreal Orchestra 31 des 68 musiciens et 11 des 27 solistes sont francophones1.Certes, le chef est de culture anglaise et défend l\u2019idée d\u2019une certaine permanence pour construire un son d\u2019orchestre.Certes, le public est majoritairement anglophone parce que ce public-là est culturellementplus habitué à soutenir financièrement les organismes musicaux.Certes, les concerts ontlieu Pour la première fois en le dimanche après- 1923 un orchestre peut midi de façon à compter sur une source constituer une acti- financière institutionnelle.vité familiale.Certes encore, c\u2019est dans l\u2019Ouest, au His Majesty\u2019s, qu\u2019ils se déroulent, parce qu\u2019en l\u2019absence d\u2019une véritable salle de concert, ce lieu semblaitadé-quat.Certes enfin, l\u2019orchestre joue peu de répertoire français pour la simple raison que la bibliothèque de McGill2 en est presque dépourvue et que la location des partitions coûte cher.Mais rien n\u2019y fait Mme David, appuyée par son époux, et quelques membres du milieu musical quittent le Montreal Orchestra et forment en 1934 un nouvel orchestre, la Société des concerts symphoniques de Montréal (SCSM), qui devra rapidement répondre aux Québec 2008-2009*.indd 488 17/11/08 09:25:07 Anniversaires historiques en 2009 Répétition de l'Orchestre symphonique de Montréal, 1934-1935.revendications que « l\u2019autre orchestre » n\u2019a pas entendues.Un homme providentiel : Wilfrid Pelletier Lors du premier concert de la SCSM, au soir du lundi du 14 janvier 1935 à l\u2019Auditorium du Plateau, le chef d\u2019orchestre Rosario Bourdon et le soliste Léo-Pol Morin présentent un programme d\u2019œuvres de Beethoven, de Mendelssohn, de Goldmark et de Debussy, ainsi qu\u2019un arrangement, par Rosario Bourdon, d\u2019une œuvre canadienne pour piano, Le papillon, de Calixa Lavallée.Est-ce que cette formule réunissant, à chaque concert, un chef et un soliste canadien-français et, surtout, une œuvre pour orchestre d\u2019un compositeur d\u2019ici est viable à court terme?Dès sa nomination comme directeur artistique à la deuxième saison (1935-1936) de la SCSM, Wilfrid Pelletier multiplie les efforts pour trouver des œuvres orchestrales canadiennes, mais ce répertoire estrare : d\u2019unepart, peu de compositeurs savent orchestrer et, d\u2019autre part, même si certains sont maîtres en la matière, l\u2019ampleur du coût de production (édition et matériel d\u2019orchestre) pour une œuvre qui ne sera que rarement jouée n\u2019en vautpas la peine.Une des seules œuvres jouées annuellement par les orchestres durant les années 30 et40 estla Suite canadienne de Claude Champagne, composée à Paris et éditée par le Français Jacques Durand avantle retour du compositeur au Canada en 1928.Wilfrid Pelletier doit donc souvent faire appel à des orchestrateurs américains pour combler ces lacunes.Il réussit ainsi à faire entendre, au cours des deux saisons suivantes, des œuvres d\u2019Alfred Laliberté, de J.J.Gagnier, 489 Québec 2008-2009*.indd 489 17/11/08 09:25:07 L'état du Québec 2009 de Frédéric Pelletier, de Rodolphe Mathieu, de Guillaume Couture, de Georges-Émile Tanguay, d\u2019Arthur Letondal et d\u2019Alexis Contant.Cependant, comment renouveler le répertoire canadien ?Pelletier fait appel à l\u2019homme d\u2019affaires et mécène Jean Lallemand, et lui propose de financer un concours de composition qui portera son nom.Chaque compétition dure trois ans.Un premier jury québécois choisit trois candidats à partir de la vingtaine de partitions soumises annuellement et un second jury, pancanadien, désigne le gagnant après une audition radiophonique diffusée dans 10 villes, de Halifax à Vancouver, par le nouveau réseau de la Société Radio-Canada.Trois prix sont ainsi accordés : à Henri Miro (1936), à Hector Gratton (1937) et à Graham George (1938).Mais, de guerre lasse, chaque concours suscitant la polémique, Jean Lallemand annonce en 1939, par un bref communiqué, la fin du concours.Des débuts difficiles aux Grammy Awards Lorsque Mme David prend en main la gérance de la SCSM, le regard autoritaire qu\u2019elle porte sur le choix des programmes des festivals3 provoque un conflit avec Wilfrid Pelletier et incite le comité de direction, en janvier 1937, à prendre parti en faveur du directeur artistique de la SCSM.Cette décision provoque le départ du couple David.Le comité nomme un jeune et brillant administrateur, Pierre Béique, au poste de directeur général.Celui-ci, en accord avec Wilfrid Pelletier, profite de son mandat pour changer les statuts de l\u2019orchestre.Il transforme la Société en une corporation sans but lucratifetmodifie substantiellement l\u2019orientation de son développement.Alors que le Montreal Orchestra est en plein déclin4, Béique invite deux membres du conseil de cet orchestre, Graham etMuriel Drinkwater, à joindre les rangs de son nouveau conseil d\u2019administration, réconciliant ainsi les «deux solitudes».Au début de la saison 1940-1941, il engage le 490 musicien belge Désiré Defauw à titre de chef permanent.Cette étape marque les débuts de la carrière internationale de la SCSM, qui adopte en 1953 l\u2019appellation bilingue d\u2019Or-chestre symphonique de Montréal/Montreal Symphony Orchestra - l\u2019appellation uniquement française date de 19795.À cause de ses nombreuses activités à New York en tant que chef régulier au Metropolitan Opera etresponsable de l\u2019émission radiophonique Metropolitan Opera Auditions oj the Air, Wilfrid Pelletier ne dirige, de 1935 à 1938, qu\u2019une quinzaine de concerts à Montréal.En tant que premier directeur artistique (de 1935 à 1941), il joue cependant un rôle essentiel dans la naissance laborieuse de l\u2019orchestre.Il sait tenir tête, avec patience et élégance, à Mme David et met sur pied, dès les débuts, des rendez-vous musicaux qui permettent rapidement à la formation de LOrchestre symphonique de rejoindre le Montréal prend son envol dans grandpublic: les années d'après-guerre les Matinées gr§ce à la présence de chefs symphoni- \u2019\t,\t- prestigieux.ques, les festivals de musique et les concerts d\u2019été au Chalet de la Montagne.Il met à contribution son réseau personnel pour suggérer des solistes et des chefs d\u2019orchestre de haut niveau.Il sait transcender les conflits locaux pour offrir une vision d\u2019avenir à ce jeune orchestre.Devenu plus tard le premier directeur du Conservatoire de musique du Québec, fondé en 1942, il consacrera sa carrière à la formation professionnelle des futurs musiciens d\u2019orchestre.Après une naissance dans un contexte financier difficile et dans le modeste Auditorium du Plateau6 où il fait ses premiers pas, l\u2019Orchestre symphonique de Montréal prend son envol dans les années d\u2019après-guerre grâce à la présence de chefs prestigieux.Igor Markevitch dirige Le sacre du printemps de Stravinsky en 1957 Québec 2008-2009*.indd 490 17/11/08 09:25:07 Anniversaires historiques en 2009 et fonde la tradition de commander tous les ans une œuvre canadienne.Le grand répertoire français, tant souhaité par les fondateurs, devient la marque de prestige de l\u2019OSM sous le mandat de Charles Dutoit, de 1977 à 2002.En 2006, factuel directeur artistique de l\u2019orchestre, Kent Nagano, lance trois prestigieux nouveaux concours de composition : le prix international Olivier-Messiaen, le prix international Espoir et le prix national Claude-Vivier.Enfin, avec ses 95 enregistrements (dont deux ont reçu des prix Grammy) et ses 38 tournées internationales (dont celle prévue en septembre 2008 dans l\u2019immense région du Nunavik), l\u2019OSM est devenu le fleuron de la vie culturelle montréalaise et compte sur la fierté d\u2019une majorité d\u2019abonnés francophones.Le rêve des David est finalement devenu réalité.Notes 1.\tÀ partir de 1935, plusieurs d\u2019entre eux partageront leur temps entre les deux orchestres.2.\tLa seule bibliothèque musicale d\u2019importance pour le répertoire d\u2019orchestre était celle de Guillaume Couture, décédé en 1915.Malgré plusieurs interventions pour sauvegarder ce patrimoine, aucune biblio- thèque ne voulut en faire l\u2019acquisition.L\u2019Université McGill en acheta une partie et le reste fut vendu.3.\tMme David travaille au Festival de musique de Montréal chapeauté par la SCSM de 1936 à 1938 alors que Wilfrid Pelletier en est le directeur artistique.Quand la SCSM devient une société autonome en 1939, elle en prend la direction, qu\u2019elle assure jusqu\u2019en 1952 tout en respectant, cette fois, les avis que lui donne Wilfrid Pelletier.4.\tLe Montreal Orchestra cesse ses activités en 1941.5.\tOutre les articles consacrés à ces différents ensembles dans l\u2019Encyclopédie de la musique au Canada (1993), on peut également consulter les ouvrages suivants : Pelletier, Wilfrid, Une symphonie inachevée, Montréal, Leméac, 1972; Potvin, Gilles, OSM.Les cinquante premières années, Montréal, 1984; BYique, Pierre, Ils ont été la musique du siècle, à compte d\u2019auteur, 2001; Ainey, Lyette, Désiré Dejdutv et la Société des concerts symphoniques de Montréal (1940-195 5), Mémoire de maîtrise, Université de Montréal, 2003 ; Fla-man d, Guylaine, The Montreal Orchestra and Les Concerts symphoniques de Montréal (1930-1941), DMA, City University of New York, 1999.Et bien sûr, le site de l\u2019Orchestre symphonique de Montréal.En ligne: www.osm.ca 6.\tLa Grande Salle de la Place des Arts (renommée salle Wilfrid-Pelletier en 1966) ne sera inaugurée qu\u2019en 1963.491 Québec 2008-2009*.indd 491 17/11/08 09:25:07 GRÈVE DE L'AMIANTE Un conflit idéologique Suzanne Clavette Historienne Le dimanche 13 février 1949 au soir, les mineurs d\u2019Asbestos, réunis en assemblée syndicale d\u2019urgence, décident de passer outre à un processus d\u2019arbitrage dans lequel ils ont perdu confiance et votent massivement en faveur du déclenchement d\u2019une grève illimitée, effective à partir de minuit Ils sont insatisfaits de leurs salaires qui n\u2019ont pas beaucoup augmenté depuis la guerre, souhaitentdes mesures plus vigoureuses pour endiguer les poussières d\u2019amiante, responsables de la maladie et même du décès de plusieurs d\u2019entre eux, et sont outrés par les récentes difficultés de négociation.Ainsi, le lundi 14 février, le travail cesse à la Canadian Johns-Manville (CJM).Dans les jours qui suivent, les mineurs de Thetford Mines et de quelques localités environnantes se joignent au mouvement.Au total, environ 5 000 travailleurs déclenchent l\u2019un des conflits les plus longs et difficiles que le Québec ait jamais connu.En effet, cette grève célèbre de quatre mois et demi ne prendra fin que le 1er juillet Elle sera l\u2019occasion d\u2019une répression policière très vive.C\u2019est à Asbestos que la confrontation est la plus intense.La CJM embauche des briseurs de grève (des scabs) et obtient du premier ministre, Maurice Duplessis, également procureur général, l\u2019envoi de la police 492 provinciale sur les lieux.Plusieurs mineurs sont malmenés.Après les barricades du début mai visant à empêcher les scabs, embauchés dans les paroisses environnantes, d\u2019avoir accès à la mine, la Loi de l\u2019émeute est proclamée.De nombreux grévistes sont arrêtés et molestés.Par la suite, on procède à l\u2019arrestation des dirigeants syndicaux.Plusieurs sont traduits devant les tribunaux.Des idées qui dérangent Jusqu\u2019à tout récemment, il était difficile de comprendre pourquoi ce conflit avaitété aussi dur à Asbestos.La campagne duprésidentaméricain de cette compagnie, Lewis Brown, en faveur de la libre entreprise etcontre les dirigeants « communistes » de la Confédération des travailleurs catholiques du Canada1 (CTCC) se comprenait toutaussi difficilement Mais les récents travaux sur le mouvement en faveur de la réforme de l\u2019entreprise, qui prônait la participation des travailleurs à la gestion et le partage des profits, sont venus apporter des éléments nouveaux2.En somme, derrière ce célèbre affrontement, une lutte idéologique faisait rage.Au Québec, à la fin de la Seconde Guerre mondiale, de nouvelles idées se propagent chez les catholiques sociaux (aumôniers, syndiqués Québec 2008-2009*.indd 492 17/11/08 09:25:08 Anniversaires historiques en 2009 et militants de l\u2019action catholique spécialisée: Jeunesse étudiante chrétienne, Jeunesse ouvrière chrétienne et Ligue ouvrière chrétienne).Inspiré des expériences européennes d\u2019après-guerre qui ont donné lieu à l\u2019adoption de lois dans plusieurs pays - en France, en Belgique et en Allemagne notamment - et à l\u2019instauration de comités d\u2019entreprise, ce courant souhaite la démocratisation de l\u2019économie grâce à la participation des travailleurs à la gestion des entreprises.Au printemps 1947, les aumôniers syndicaux et patronaux du Québec se penchent sur le sujet lors de leurs journées d\u2019étude etproduisentun document qui deviendra la source d\u2019inspiration de ce mouvement3.Les nouveaux dirigeants de la CTCC, Gérard Picard et Jean Marchand, adhèrentpleinement à cette pensée.Trois fédérations, celles du textile, de l\u2019amiante et des pâtes et papier, décident de formuler des demandes en ce sens.En 1947, la Fédération de l\u2019industrie minière élabore sa plateforme de revendications, un projet de «convention identique pour toute l\u2019amiante4».Outre des revendications relatives à l\u2019hygiène industrielle (santé et sécurité au travail) et à la lutte contre l\u2019amiantose, ce projet contient un plan d\u2019assurance-groupe vie, maladie et service santé5 qui serait géré par le syndicat.Une telle revendication tout comme certaines demandes relatives aux promotions, aux transferts etaux congédiements ainsi qu\u2019à la productivité sont associées aux idées de participation à la gestion.Un climat détérioré Depuis 1947, la Fédération de l\u2019industrie minière tente de négocier sa convention type auprès de tous les employeurs.À Thetford Mines, à Saint-Rémi et à East Broughton, elle réalise un progrès significatif en obtenant la nouvelle clause de sécurité syndicale, la « formule Rand6».Mais à Asbestos, en septembre de cette même année, la Canadian Johns-Man-ville mène une virulente campagne contre le nouveau projet de la Fédération.L\u2019entreprise préfère accorder une augmentation de salaire afin que soient laissées « intactes les autres clauses » de la convention.Devant une telle résistance, les dirigeants syndicaux se résolvent à signer une entente séparée avec la CJM.Cependant, les syndicats reviennent à la charge à la négociation suivante.Ainsi, à la fin de 1948, ils soumettent de nouvelles demandes à la CJM.Outre l\u2019élimination de la poussière d\u2019amiante, une augmentation des salaires de 15 cents de l\u2019heure et des clauses relatives aux congés, s\u2019y trouventle fonds de sécurité sociale (assurance maladie et santé) et des demandes relatives aux promotions et à la productivité7.Durant les deux mois qui suivent, les négociations achoppent sur de nombreux points.La CMJ, en plus d\u2019invoquer ses « droits de gérance », s\u2019adresse directement aux mineurs, passant par-dessus la tête du syndicat À ces négociations difficiles, il faut ajouter la polémique autour de la silicose et de l\u2019amiantose.Au printemps 1948, un article de Burton Ledoux paraît dans la revue des jésuites, Relations.Y sont révélées les piètres conditions de travail dans une mine de silice d\u2019un village des Laurentides, Saint-Rémi d\u2019Amherst.On y apprend que pas moins de 50 travailleurs y sont morts de silicose.Mais, forte de l\u2019appui du gouvernement de Maurice Duplessis qui vient tout juste de lui céder le fer de l\u2019Ungava, la Noranda Mines passe à l\u2019offensive et obtient la destitution du directeur de Relations, Jean-d\u2019Auteuil Richard8.À cause de la réorientation conservatrice de cette revue, Burton Ledoux publie son prochain dossier dans le journal Le Devoir.Un mois seulement avant le déclenchement de la grève, soit le 12 janvier 1949, paraît son article sur la situation à East Broughton9.Malgré l\u2019abondance de faits rapportés, le gouvernementde l\u2019Union nationale continue de contester les décès par amiantose.Outre cette virulente controverse, la récente tentative du premier ministre, Maurice Duples- 493 Québec 2008-2009*.indd 493 17/11/08 09:25:08 L'état du Québec 2009 Des travailleurs de la Canadian Johns-Manville Company.\\\t/ I EM sis, au début de 1949, de faire adopter une loi restrictive en matière de relations de travail, son fameux bill 5, soulève un mouvement de protestation.Devant cette levée de boucliers générale, le « Chef» doit retirer sa mesure.À tout cela s\u2019ajoute la reconnaissance de nombreux syndicats de boutique par la Commission des relations ouvrières (CRO, ancêtre de la Commission des relations de travail) et plusieurs arbitrages controversés où des présidents de syndicats nommés par Duplessis rendent des décisions favorables aux patrons.En octobre 1948, le juge Poisson rend une décision défavorable au syndicat sur un différend à la mine Canadian Johns-Manville pour une affaire de mise à pied.Cette décision indigne profondément les mineurs.Tous ces facteurs expliquent en grande partie leur décision, le 13 février 1949, de passer outre au mécanisme d\u2019arbitrage.La grève s'envenime Aussitôt cette grève déclarée, le gouvernement de l\u2019Union nationale prend position en faveur du patronat.Maurice Duplessis et son ministre du Travail, Antonio Barrette, soutiennent que les salaires sont assez élevés et que la CJM n\u2019a ménagé aucun effort pour réduire les poussières d\u2019amiante.De plus, le premier ministre du Québec en fait une question de principe : l\u2019illégalité de la grève empêcherait toute reprise des pourparlers avant le retour au travail des mineurs.Pire encore, la CRO retire les certificats de reconnaissance des syndicats catholiques impliqués 494 Québec 2008-2009*.indd 494 17/11/08 09:25:08 Anniversaires historiques en 2009 et de la Fédération de l\u2019industrie minière.Par ce geste, le gouvernement vient de placer les grévistes devant ce seul choix : la résistance ou la mort de leurs syndicats.Sur le terrain, la situation s\u2019aggrave.Dès la deuxième semaine du conflit, un détachement de loo policiers fait une entrée remarquée à Asbestos.Les mineurs apprennent que ces agents reçoivent une prime de 50 $ de la CJM.En même temps qu\u2019elle embauche des scabs, l\u2019entreprise lance une campagne de publicité dans les grands quotidiens.Devant une telle offensive, la centrale catholique doit organiser le soutien aux mineurs afin qu\u2019ils puissent poursuivre la grève, qui s\u2019annonce longue.Du côté des négociations, rien ne va plus.Tant le gouvernement que la Johns-Manville refusent toute reprise des pourparlers tant que les mineurs n\u2019ont pas repris le travail.Malgré quelques approches effectuées par des membres du clergé, aucune véritable rencontre entre les parties n\u2019a encore eu lieu à la fin de mars.Plus grave, le 28 de ce mois, le ministre Barrette se prononce publiquement contre l\u2019une des revendications des mineurs, la formule Rand.Par ailleurs, un nouveau joueur, un regroupement de patrons catholiques conservateurs, l\u2019Association professionnelle des industriels (API), entre en scène.La campagne contre la réforme de l'entreprise Cette association a pour aumônier le jésuite Émile Bouvier.Avec l\u2019appui financier du gou-vernementde l\u2019Union nationale, il met sur pied une section des relations industrielles à l\u2019Université de Montréal.Directeur de cette institution, il agit comme conseiller du patron américain de la CJM, Lewis Brown.Membre de la Commission sacerdotale d\u2019études sociales, il est le seul à s\u2019opposer à la parution de la brochure sur la participation des travailleurs.Il parvient également à convaincre l\u2019API de se lancer dans une campagne contre la réforme de l\u2019entreprise et en soutien à la Johns-Manville.C\u2019est dans ce cadre que, le 11 avril, se tient la réunion d\u2019urgence à laquelle sontconvoqués tous les patrons du Québec10.Les 500 délégués présents adoptent une série de résolutions visantà limiter le droit de grève et condamnent la formule Rand.Le père Bouvier les invite à «épauler le patronat» qui, à Asbestos, lutte contre la « caisse sociale» et les autres revendications des mineurs11.L\u2019API porte également le dossier à Rome.Des précisions sur la réforme de l\u2019entreprise sont demandées au pape.Le 7 mai, Pie xn réfute le droit des travailleurs aux « bénéfices de l\u2019entreprise » et affirme que le propriétaire doit « rester maître de ses décisions économiques ».Évidemment, l\u2019association patronale et Lewis Brown, le président de la CJM, invoqueront ce discours papal.L'intervention de l'Église et le règlement du conflit Consciente que les mineurs de l\u2019amiante font les frais d\u2019une polémique au sujet de la doctrine sociale de l\u2019Église, les autorités épiscopales interviennent dans le dossier.Devant le blocage des négociations, fin avril, une quête en soutien aux familles est lancée dans toutes les églises du Québec.C\u2019est dans ce contexte que l\u2019archevêque deMontréal, M81 Joseph Charbon-neau, fait sa célèbre déclaration, le 1er mai, sur la «conspiration pour écraser la classe ouvrière12 ».Une intervention discrète de l\u2019abbé Gérard Dion, professeur de relations industrielles à l\u2019Université Laval, auprès de Lewis Brown et la patiente médiation de l\u2019archevêque de Québec, Mgr Maurice Roy, permettent de signer une entente à la fin juin.Bien que cette grève ait pris fin dans un « tonnerre d\u2019applaudissements » et des manifestations de joie dans les rues d\u2019Asbestos13, les gains des mineurs sont minces : 10 cents d\u2019augmentation, absence de représailles, restitution des certificats d\u2019accréditation et arbitrage des autres points en litige par le juge 495 Québec 2008-2009*.indd 495 17/11/08 09:25:08 L'état du Québec 2009 Tremblay.En décembre, son jugement est largement défavorable aux grévistes ; il va même jusqu\u2019à déclarer que les questions d\u2019hygiène industrielle et de poussières d\u2019amiante font partie du « droit de gérance».Heureusement, une intervention des dirigeants de la CTCC, Gérard Picard et Jean Marchand, auprès du premier ministre porte fruit; ceux-ci obtiennent pour les mineurs une clause de « boni de vie chère» garantissant une indexation des salaires au coût de la vie.Au cours des années suivantes, plusieurs syndicats dans diverses entreprises réclameront ce gain.Conclusion Lors de cette célèbre grève, les mineurs ont eu affaire à rude partie.À tel point qu\u2019ils ont craint la disparition de leurs syndicats.Leur résistance, le soutien de la CTCC, la médiation de M81 Roy et la solidarité de la population québécoise manifestée lors des quêtes décrétées par les évêques leur ontpermis de « sauver les meubles ».Pour sa part, la centrale catholique a fait preuve d\u2019une très grande combativité, une qualité dorénavant reconnue, même sur le plan international.Quant au mouvement pour la réforme de l\u2019entreprise, il connaîtra, par la suite, son chant du cygne.Après la destitution de M81 Charbonneau et l\u2019arrivée de M81 Léger, on assistera à un virage à droite au sein de l\u2019Église.Enfin, pour 10 longues années encore, Maurice Duplessis se maintiendra au pouvoir.Les mineurs de l\u2019amiante ont été du petit noyau d\u2019opposants au «Chef».Leur rude bataille, l\u2019Histoire ne doit pas l\u2019oublier.Ces mineurs ont lutté pour des gains dont bien des travailleurs profiterontensuite : formule Rand, santé et sécurité au travail, ancienneté, indexation des salaires, etc.Les salariés d\u2019aujourd\u2019hui leur doivent reconnaissance.Quant aux gens d\u2019Asbestos, localité où le conflit a atteint une violence sans précédent et où le ressentiment contre les scabs a marqué même leurs descendants, que cet écrit soit, pour eux, un baume.496 Notes 1.\tEn 1959, la CTCC prendra le nom de Confédération des syndicats nationaux (CSN).Lors de la scission survenue en juin 1972, les mineurs d\u2019Asbestos choisiront de rejoindre la nouvelle instance créée, la Centrale des syndicats démocratiques (CSD).2.\tPour en connaître davantage sur ce mouvement, voir notre ouvrage, Suzanne Clavette, Les dessous d\u2019Asbestos.Une lutte idéologique contre la participation des travailleurs, Québec, Presses de l\u2019Université Laval, 2005, 566 pages.3.\tLe texte intégral intitulé «La participation des travailleurs à l\u2019entreprise», tout comme celui des jésuites de l\u2019Action populaire de Paris, se trouve dans Suzanne Clavette (prés.), Participation des travailleurs et réforme de l\u2019entreprise, Québec, Presses de l\u2019Université Laval, 2006,104 pages.4.\tLessard,Daniel,«Rapportdusecrétaire»,Procès-verbal du 27' Congrès de la CTCC, Hull, 1948, p.301.5.\tHamel, Rodolphe, « Rapport du président », Procès-verbal du 27' Congrès de la CTCC, Hull, 1948, p.300.6.\tÉlaborée en 1945, lors de la grève de Lord à Oshawa (Ontario), par le juge Rand, cette formule de sécurité syndicale est encore en vigueur de nos jours au Canada.Avec la « formule Rand », tous les travailleurs couverts par une convention sont dans l\u2019obligation de payer leurs cotisations syndicales.7.\tPour plus de détails sur les 13 demandes soumises, voir «Histoire des négociations», dans Pierre Elliot Trudeau (dir.), Lagrève de l\u2019amiante, Montréal, Éditions du Jour, 1956 et 1970, p.214.8.\tSur cet épisode, voir le témoignage de ce dernier et du père Jacques Cousineau dans Suzanne Clavette (dir.), L\u2019affaire silicose par deuxfondateurs de Relations, Québec, Presses de l\u2019Université Laval, 2006, 437 pages.9.\tIbid., p.301-314.10.\tSur cette campagne et cette réunion, voir Suzanne Clavette, Les dessous d\u2019Asbestos, op.rit., p.191-204, p.210-221 etp.534-535.11.\tSoulignons que la Johns-Manville fera aussi paraître de la publicité contre les syndicats catholiques et la réforme.Ibid., p.226-228 et p.259-261.12.\tIbid., p.235, tiré de «On veut écraser la classe ouvrière », Le Devoir, 2 mai 1949, p.1.13.\t«Pin de la grève de l\u2019amiante.Augmentation de 10 cts, pas de représailles », Le Devoir, 1\u201c juillet 1949, p.1.Québec 2008-2009*.indd 496 17/11/08 09:25:08 DÉCÈS DE MAURICE DUPLESSIS Un demi-siècle après, une histoire dépassionnée ?Xavier Gélinas Conservateur, Histoire politique canadienne, Musée canadien des civilisations Le lundi 7 septembre 1959 à Schefferville s\u2019éteignait, à l\u2019âge de 69 ans, Maurice Le NobletDuplessis, premier ministre sans interruption depuis 1944, après un premier mandat de 1936 à 1939.Un demi-siècle après sa disparition, le Québec serait-il enfin parvenu à la sérénité lorsqu\u2019il se penche sur le «Chef» et son régime?Il a longtemps été permis d\u2019en douter, tant les chercheurs et le grand public post-Révolution tranquille s\u2019en sont tenus aux leitmotive définis, par exemple, dans l\u2019essai de Pierre Elliot Trudeau, La tjrève de l\u2019amiante (1956), les éditoriaux-coups de poing de Gérard Filion dans Le Devoir des années 50, des biographies populaires comme Le vrai visaeje de Duplessis de Pierre Laporte (i960), ou des œuvres clés en sciences sociales comme La question du Quebec de Marcel Rioux (1969).Ainsi, au dire de Rioux, Duplessis « symbolise le conservatisme féodal et le chauvinisme le plus mesquin» ; «il affirme l\u2019autonomie du Québec tout en cédant, pour presque rien, aux capitalistes américains, les ressources naturelles du pays1».Même Lionel Groulx l\u2019exécrait - on oublie souvent qu\u2019une partie des nationalistes traditionnels ne lui pardonna jamais le détournement du mouvement réformateur des années 302.À l\u2019époque, le chanoine voit en Duplessis «un parfait opportuniste qui ne voitdans le gouvernement qu\u2019un sport de célibataire » et il ne lui reconnaît «pas de convictions nationales ou nationalistes », enfin, ses années au pouvoir marquentpour la nation « un temps d\u2019arrêt, de stagnation3 ».Un homme et ses péchés La liste est longue des maux dont on a accusé un homme et son parti, l\u2019Union nationale: corruption et quasi-dictature ; conception étriquée, désuète de l\u2019État, avec les conséquences que cela provoqua en éducation, en santé, dans les services sociaux et l\u2019administration publique ; bradage des ressources naturelles aux étrangers « pour une cenne la tonne », antisyndicalisme et comportement de roi-nègre avec les ploutocrates anglo-saxons ; musellement des libertés religieuses (affaire des Témoins de Jéhovah) et d\u2019opinion (loi du cadenas contre la «propagande communiste» en 1937) ; attitude rouée à l\u2019égard de la foi catholique et de l\u2019Église; enfin, autonomisme défensif, 497 Québec 2008-2009*.indd 497 17/11/08 09:25:08 L'état du Québec 2009 frileux, utilisé comme un gri-gri pour flatter le peuple.Il était prévisible que ces témoignages à charge finissent par susciter des biographies défenderesses et même apologétiques.Les sommes publiées par Robert Rumilly en 1973 etpar Conrad Black en 1977 ontconstitué une tentative de réhabilitation de Duplessis4.C\u2019est un euphémisme de dire que ces deux auteurs forcèrentla note, même si leurs ouvrages ont permis de rehausser la discussion future en recourant, contrairement à leurs prédécesseurs, à une abondance de données-noms, dates, événements, textes, chiffres - avant de proposer des conclusions laudatives.Les arguments valables n\u2019ont manqué ni chez les contempteurs de Duplessis ni chez ses avocats, mais les uns etles autres ontpéchépar omission, par sélectivité, et ontmanifèstentent souffert de ce que trop peu de temps s\u2019était écoulé depuis le règne du leader unioniste, au point où l\u2019on n\u2019est pas parvenu à reléguer les légitimes penchants idéologiques derrière une histoire dépassionnée.Un équilibre a commencé à apparaître avec la série télévisée Duplessis, de Denys Arcand, Jacques Lacoursière et Mark Blandford (1977), où le « Chef» est tantôt crédité de qualités indéniables et attachantes, tantôt chargé de travers mesquins et immoraux, un peu comme si on oscillaitentre l\u2019analyse «noire» etl\u2019analyse «rose» sans parvenir à une synthèse.Avec le temps, les chercheurs ont réussi à dépassionner le débat Dans les faits et les discours, le Québec duplessiste n\u2019aurait-il pas été une « société libérale » plutôt en phase avec son époque en Occident, se demandent-ils en proposant un spectre de réponses excluant l\u2019anathème5?Une évaluation correcte de Duplessis et de son régime reprendrait les thèses principales de ses détracteurs en les tempérant par les arguments avancés par les Rumilly, Black et autres sympathisants, recourrait à des mises 498 en contexte aérantla discussion et permettrait des conclusions variées.Tentons brièvement l\u2019exercice.Que le premier ministre n\u2019ait été ni un partisan ni un pratiquant vertueux des droits de l\u2019homme, soit.Mais rappelons, du même souffle, que contrairement aux libertés britanniques, ancrées dans une histoire vieille de plusieurs siècles, notre souci contemporain pour ces questions n\u2019est entré dans les mœurs etles lois que récemment.La Déclaration universelle des droits de l\u2019homme adoptée par l\u2019ONU date de 1948 ; la Déclaration canadienne des droits, de i960, et la Charte québécoise, de 1975.Un internement des citoyens canadiens de souche « ennemie » a bel et bien eu lieu durant la Deuxième Guerre mondiale, sous le gouvernement libéral de Mackenzie King.Signalons d\u2019autre parta une postérité oublieuse que c\u2019est à l\u2019unanimité que la loi du cadenas - la Loi protégeant la province contre la propagande communiste - fut adoptée en 1937 par l\u2019Assemblée législative.Passons à la morale administrative et électorale, dont on conviendra de son élasticité sous Duplessis.L\u2019octroi des emplois et des subventions dépendait alors de la volonté aléatoire du «Chef», puis de ses ministres, puis d\u2019une myriade Les contempteurs de députés etd\u2019organisateurs, de Duplessis, comme ce qui engendrait une culture ses avocats, ont péché de la passivité et de l\u2019obéis- par omission, sance au sein des institutions bénéficiaires (hôpitaux, municipalités, etc.) et chez les fonctionnaires.C\u2019est là où le bilan duplessiste est le moins reluisant, et le gouvernement Lesage, après i960, a eu fort à faire pour instaurer une culture du mérite et du professionnalisme.Convenons cependant que le «gros» patronage, tant à Québec qu\u2019à Ottawa, demeure vivace aujour-d\u2019hui même si le « petit» est révolu ; que, même si Duplessis a précisément dû son ascension à la dénonciation de la corruption libérale, l\u2019Union nationale Québec 2008-2009*.indd 498 17/11/08 09:25:08 Anniversaires historiques en 2009 a poursuivi sur la lancée du régime libéral de Taschereau (1920-1936).Par ailleurs, l\u2019assainissement définitif des mœurs électorales ne s\u2019est concrétisé qu\u2019avec la loi de 1977 sur le financement des partis politiques.Enfin, soulignons que Duplessis lui-même ne s\u2019estjamais enrichi au pouvoir et qu\u2019il est mort endetté.Derrière l'impression d'immobilisme, les grands travaux En ce qui concerne la conception et l\u2019usage de l\u2019État par le gouvernement unioniste, on peut, bien sûr, rêver aux projets qui auraient pu être entrepris, n\u2019eût été de sa prudente approche libérale classique.Duplessis n\u2019a pas vu la réserve de capitaux que l\u2019État provincial pouvait canaliser pour les francophones.N\u2019en concluons pas pour autant à un laisser-faire.Pour Hydro-Québec, par exemple, le «Chef» n\u2019a peut-être pas parachevé l\u2019œuvre de son prédécesseur, Adélard Godbout, qui avait nationalisé le premier trust, mais, loin de la démanteler, c\u2019est sous les «bleus» que la centrale hydroélectrique de Beauharnois s\u2019estdéveloppée, que celle de Bersimis a été construite et que les travaux sur la Manicouagan ont été largement entamés.Triplement du nombre de lits d\u2019hôpitaux, doublement du nombre d\u2019écoles, construction du boulevard Métropolitain, de l\u2019autoroute des Lauren tides, de ponts par centaines, achèvement du nouveau campus de l\u2019Université de Montréal sur la Montagne, du Jardin botanique du frère Marie-Victorin, inauguration de l\u2019Université de Sherbrooke : ces réalisations, et d\u2019autres, même si on les juge insuffisantes, invalident le mythe d\u2019une inertie gouvernementale-gouvernement qui a présenté 15 budgets équilibrés d\u2019affilée tout en réduisant la dette provinciale et en léguant une situation en or à l\u2019équipe Lesage qui aura les moyens d\u2019entreprendre ses grands chantiers après i960.Il est clair également que si le premier ministre unioniste n\u2019étaitpas intrinsèquement anti-ouvrier, il entretenait une vision paterna- Dans les faits et les discours, le Québec duplessiste n'aurait-il pas été une «société libérale» plutôt en phase avec son époque en Occident ?liste du travail où chaque agent devait occuper « sa juste place ».Duplessis a quand même présidé à un spectaculaire redressement de la vie matérielle des Québécois entre 1944 et sa mort, en 1959.Un taux de chômage insignifiant et un revenu disponible par habitant, qui a faitplus que doubler, eurent d\u2019heureux effets sur la qualité du logement, du mobilier et des loisirs de l\u2019ensemble de la population, y compris dans les campagnes autrefois déshéritées, qui ontprofité de l\u2019électrification et d\u2019investissements massifs pour sortir de leur isolement S\u2019il est vrai, symboliquement et parfois de manière tangible, que le Québec a connu la modernité après le célèbre « Désormais », slogan de campagne de Paul Sauvé, le successeur de Duplessis en 1959, n\u2019oublions pas, comme le rappelait le sociologue Gilles Gagné, qu\u2019il y accéda en Chevrolet! 499 Québec 2008-2009*.indd 499 17/11/08 09:25:09 L'état du Québec 2009 La souveraineté à la mode Duplessis Et la question nationale?Lionel Groulx ne se trompait pas, Duplessis n\u2019était pas un nationaliste de doctrine.Symboliquementpourtant, l\u2019adoption du drapeau fleurdelisé, en 1948, représente une affirmation qui a traversé les décennies et transcendé les familles politiques.Il faut aussi relever la nomination d\u2019Onésime Gagnon comme ministre des Finances en 1944, le premier francophone (et catholique) à occuper durablement ce poste depuis les débuts de la Confédération.Sur le plan constitutionnel, le pacte confédératif de 1867 agréait tout à fait à Duplessis.Cela dit, s\u2019il s\u2019est contenté de l\u2019Acte de l\u2019Amérique du Nord britannique, il s\u2019y est aussi cramponné sans trêve ni compromis.On imagine avec peine aujourd\u2019hui la détermination requise pour conserver au Québec sa marge de manœuvre en ces années d\u2019après-guerre où l\u2019intelligentsia du monde anglo-américain, soutenue avec un intérêt évident par les gouvernements nationaux, n\u2019en avait que pour la planification, la modernisation, l\u2019efficience -en un mot, la centralisation.La plupart des esprits progressistes, en littérature ou en politique, qui se sontplus tard mués en défenseurs des intérêts du Québec, sinon en indépendantistes, se sont gaussés de l\u2019autonomisme de Duplessis, qu\u2019ils assimilaient à du passéisme.Mais le « Chef » a tenu le fort et a même réussi un coup d\u2019éclat avec l\u2019institution d\u2019un impôt provincial sur le revenu, en 1954.Son constant «no pasardn!» face aux efforts centralisateurs d\u2019Ottawa a fini par redynamiser le nationalisme québécois.À tout le moins il a légué intact, à ses successeurs sur la Grande Allée, un espace juridictionnel dont ils ont pu se servir comme d\u2019un tremplin.Il faudrait enfin, pour évaluer le duples-sisme, mieux connaître le Canada anglais.Comparaison n\u2019est pas raison, mais l\u2019excep-tionnalisme québécois trop poussé nuit à une compréhension objective du passé.Le Québec duplessiste était une province canadienne, non une planète isolée.À quoi ressemblaient les autres premiers ministres provinciaux des années 1936 à 1959, comment gouvernaient-ils, quelle était leur éthique, comment traitaient-ils leurs syndicats, ont-ils bâti un État-providence, la prospérité matérielle fut-elle comparable?Autant de questions qui demandent de renoncer à une trop forte « décanadia-nisation » de notre histoire.Pourquoi ne pas examiner les carrières d\u2019homologues au pouvoir pendant plusieurs mandats, comme Duplessis, à la même époque, opérant dans le même cadre politico-constitutionnel ?Tout bien pesé, l\u2019Union nationale de Maurice Duplessis, avec ses forces et ses faiblesses, a sans doute comblé les vœux de la majorité des Québécois d\u2019alors.L\u2019anachronisme et un certain « montréalisme », en plus d\u2019une tendance lourde chez les intellectuels à juger toutconservatismeavec suspicion, nous ont peut-être longtemps empêchés de le voir ou de l\u2019accepter.Certes, Conrad Black exagé-raiten affirmantau sujet de l\u2019Union nationale : « Il n\u2019a jamais existé, avant ou depuis, un parti politique qui se conformât si précisément aux vœux des électeurs6.» Mais il ne fabulait pas totalement, comme en témoignent les victoires électorales successives de Duplessis - qui ne s\u2019expliquent , ,\t- Le premier ministre unioniste quand meme r pas seulement a quand même présidé à un par le pavage spectaculaire redressement de opportun de la vie matérielle des Québécois, routes ni le don de caisses de bière aux électeurs indécis.Les opposants ne manquaientpas.Etpourtant, de 38% en 1944, l\u2019appui populaire aux unionistes estpasséà 51 % en 1948, à 50 % en 1952, à 52 % en 1956 - la dernière campagne de Duplessis - et a tout de même obtenu 47 % des suffrages le 22 juin i960 lors de la victoire libérale contre le gaffeur Antonio Barrette.Cette date et cette victoire sont pourtant sou- 500 Québec 2008-2009*.indd 500 17/11/08 09:25:09 Anniversaires historiques en 2009 vent vues comme une hégire marquant le désir de tout un peuple de changer de trajectoire, un «phénomène social total», disait Marcel Rioux7.Dans ses mémoires, René Lévesque rappelait les circonstances du dévoilement de la statue de Duplessis sur la colline Parlementaire, en 1977.Lévesque avait toujours combattu lepoli-ticien trifluvien et conservait des griefs à son endroit, mais la gratitude des vieux amis du « Chef» l\u2019a fait réfléchir et l\u2019a conduit à faire un mea-culpa décomplexé et indulgent, quoique lucide et sans complaisance : « Du coup je compris que j\u2019avais ignoré l\u2019essentiel.Pour ces braves gens et tous les autres qui le suivirent, Duplessis était véritablement l\u2019incarnation du Québec de son temps, avec tous les défauts et les faiblesses aussi bien que certaines qualités.Pour le meilleur comme pour le pire, on s\u2019était reconnu en lui.Trop longtemps.Ce qui le rendit invincible jusqu\u2019à la fin, et par la suite inégalable dans l\u2019esprit des survivants8.» Le mea-culpa de René Lévesque est révélateur de la vision du duplessisme qui commence à prévaloir dans le Québec d\u2019aujourd\u2019hui.Et il traduit une maturité s\u2019étant longtemps fait attendre.Notes 1.Rioux, Marcel, La question du Quebec, nouvelle éd., Montréal, Parti pris, 1976, p.loi.2.\tEn 1936, Maurice Duplessis fut le premier à défaire les libéraux, au pouvoir depuis 40 ans à Québec.Il se présenta aux élections sous la bannière de l\u2019Union nationale, à la suite de la fusion du Parti conservateur, qu\u2019il dirigeait, et de l\u2019Action libérale nationale (ALN), dirigée par Paul Gouin.L\u2019ALN, dont les dirigeants étaient proches et parfois membres de L\u2019Action nationale, affichait un programme réformiste qu\u2019adopta l\u2019Union nationale, mais que Duplessis désavoua pour l\u2019essentiel une fois au pouvoir.3.\tGroulx, Lionel, Lettre à Anatole Vanier, i6août 1956, cité par Jean-Pierre Gaboury, Le nationalisme de Lionel Groulx.Aspects idéologiques, Presses de l\u2019Université d\u2019Ottawa, 1975, p.148 ; Groulx, Lionel, Chemins de l\u2019avenir, Montréal, Pides, 1964, p.23.4.\tRumilly, Robert, Maurice Duplessis et son temps, vol.1: 1890-1944, vol.2 : 1944-1959, Montréal, Pides, 1973,722 pages et750 pages ; Black, Conrad, Duplessis, Toronto, McClelland and Stewart, 1977, 743 pages.(Traduction française en deux volumes par Monique Benoît, vol.1, L\u2019ascension, vol.2, Le pouvoir, Montréal, Êd.de l\u2019Homme, 1977,487 pages et 623 pages.) 5.\tVoir en particulier Gilles Bourque, Jules Duchastel et Jacques Beauchemin, La société libérale duplessiste, Montréal, Presses de l\u2019Université de Montréal, 1994, 435 pages; Alain-G.Gagnon et Michel Sarra-Bournet (dir.), Duplessis.Entre la grande noirceur et la société libérale, Montréal, Québec Amérique, 1997, 397 pages.6.\tBlack, Conrad, Duplessis, vol.2, Le pouvoir, p.9.7.\tRioux, Marcel, op.rit., p.103.8.\tLévesque, René, Attendez queje me rappelle, Montréal, Québec Amérique, 1986, p.187.501 Québec 2008-2009*.indd 501 17/11/08 09:25:09 OPÉRATION MCGILL FRANÇAIS McGill brûle-t-elle?Jean-Philippe Warren Professeur, Département de sociologie et d\u2019anthropologie, Université Concordia Il y a 40 ans avait lieu la plus vaste manifestation populaire depuis la Seconde Guerre mondiale au Québec.Alors que la société québécoise était bouleversée par une série de réformes, maints jeunes éprouvaient, de manière encore plus vive que leurs aînés, l\u2019aiguillon de la contestation et cherchaient à radicaliser le mouvement de la Révolution tranquille.Déjà, en octobre 1968, une grève des cégeps avait profondément perturbé l\u2019enseignement dans la province pendant deux semaines.Ce débrayage avait suscité un moment d\u2019espoir pour ceux et celles qui rêvaient de transformer la société.Se rendant compte de leur force, ces jeunes espéraient poursuivre la lutte en provoquantl\u2019étincelle qui promettait, se réjouissaient-ils, de mettre le feu aux poudres et d\u2019enflammer le Québec1.Une jeunesse en colère Des militants eurentalors l\u2019idée de préparer une marche qui, partie du carré Saint-Louis, le centre de la contre-culture francophone, aboutirait devant les portes de la plus british des universités canadiennes.Le moment étaitpropice.Les ouvriers francophones du Québec venaient d\u2019apprendre, grâce à la Commission royale d\u2019enquête sur le bilinguisme et le bicultura- 502 lisme, qu\u2019ils occupaient le dernier échelon salarial au Canada, après les Italiens et les Indiens.Les nationalistes avaient été chauffés à blanc par les événements de la saison précédente à Saint-Léonard, lorsque des parents d\u2019origine italienne de cette banlieue de Montréal refusèrent que la commission scolaire oblige leurs enfants à Les ouvriers francophones du Québec venaient d'apprendre qu'ils occupaient le dernier échelon salarial au Canada.fréquenter des classes uniquementfran-cophones.Ces événements annonçaient une crise prolongée autour de la question linguistique.Quant aux étudiants des cégeps, des spécialistes en éducation leur annonçaient qu\u2019il n\u2019y auraitpas assez déplacés à l\u2019Université de Montréal pour les accueillir tous à l\u2019automne et que le rejet de milliers de dossiers d\u2019inscription était à prévoir.Cela explique que des jeunes aient choisi McGill pour cible : elle était riche, anglaise et élitiste.Contre elle se coalisèrentdes groupes étudiants aux trois cris de ralliement évocateurs: «McGill aux ouvriers», «McGill français » et « université populaire ».Les organisateurs de la manifestation formu-laientleurs revendications en sixpoints principaux: la francisation de l\u2019enseignement à Québec 2008-2009*.indd 502 17/11/08 09:25:09 Photo: Boris Spremo/LA PRESSE CANADIENNE Anniversaires historiques en 2009 Quelques altercations eurent lieu, ce qui donna le signai à la police pour intervenir et disperser les manifestants.«**\u2022 *ÜtLj HiHCHS l VALLIERfcS & G&GNCN prisonniers politiques r McGill d\u2019ici 1972 ; une politique de parité des liais de scolarité avec l\u2019Université de Montréal en attendantla gratuité scolaire ; l\u2019abolition du Centre d\u2019études canadiennes-françaises qui percevait les Québécois comme des indigènes ; l\u2019ouverture de la bibliothèque McLennan au grand public ; lapriorisation des intérêts nationaux dans la recherche universitaire ; une représentation tripartite au Conseil des gouverneurs (un tiers d\u2019étudiants, un tiers de personnel enseignant et un tiers de représentants directs du peuple québécois).Pour justifier de telles réclamations, on ne se gênaitpas pour rappeler que seulement 8% des professeurs étaient canadiens-ffançais (22 % étaientaméricains ou britanniques), une situation qui frôlait l\u2019absurde au Département de français, où à peine 3 professeurs sur 40 étaient québécois.Le soir du 28 mars, environ 10 000 personnes (7000 selon les journaux anglophones, 15 000 selon les journaux francophones) partirent du carré Saint-Louis et se dirigèrent vers l\u2019Université McGill par la rue Sherbrooke, où ils arrivèrent vers 21 h 30.Les attendaient une centaine de policiers portant des casques blancs et maniant des matraques, ainsi que 3 000 spectateurs canadiens-anglais.Mille trois cents policiers étaientprêts à être déployés 503 Québec 2008-2009*.indd 503 17/11/08 09:25:10 L'état du Québec 2009 en cas d\u2019urgence.L\u2019université avait fait installer des haut-parleurs et des projecteurs sur le toit des édifices.Une fois sur les lieux, les organisateurs annoncèrent à la foule que « la marche avait atteint son but» et qu\u2019il fallait maintenant se disperser.Une heure après leur arrivée devant les Roddick Gates, des marcheurs brûlèrent des drapeaux, lancèrent des bouteilles et des bâtons de hockey vers la police et allumèrent des pétards.Une poignée d\u2019étudiants anglophones en colère leur répondirent en chantant «God Save our [sic] Queen».Quelques altercations eurent lieu, ce qui donna le signal à la police pour intervenir et disperser les manifestants.Ceux-ci s\u2019en retournèrent alors chez eux par les rues Sainte-Catherine etMaisonneuve, non sans briser sur leur chemin quelques vitres de magasins etallumer des feux dans les poubelles publiques.En définitive, peu de blessés, peu de grabuge et peu de casse.Il n'y aura pas « un, deux, plusieurs McGill » Le succès de l\u2019Opération McGill français encouragea les militants à continuer leurs actions d\u2019éclat.Pour élever la conscience politique des Québécois, Stanley Gray, chargé d\u2019enseignement en science politique à McGill, suggéraitde créer «deux, trois, quatre McGill», comme Ernesto Che Guevara parlait de faire éclater «deux, trois, plusieurs Vietnam», et d\u2019ainsi provoquer une escalade des luttes.Certes, il y eut d\u2019autres émeutes dans les mois qui suivirent Mais, en définitive, la radicalisation des actions entreprises à la base ne déboucha pas sur un embrasement populaire général.Exemple de cette débandade, presque un an plus tard, en janvier 1970, des militants orga-nisèrentune manifestation contre l\u2019Université Bishop\u2019s.Malgré la répétition de la rhétorique qui avait si bien fonctionné l\u2019année précédente, la manifestation de Sherbrooke se solda par un échec complet Plusieurs facteurs permettent de comprendre que l\u2019opération anti-McGill n\u2019ait pas débouché sur une série d\u2019actions du même type.Parmi ceux-ci, la fondation de l\u2019UQAM avait fait disparaître les craintes de ne pouvoir trouver une place dans les institutions d\u2019enseignement supérieur ; le Parti québécois, fondé seulement quelques mois plus tôt, avait donné une voix au désir de changement Les jeunes ont choisi McGill des nationalistes, pour cible parce qu'elle était Mais aussi l\u2019hori- riche, anglaise et élitiste.zon des militants s\u2019était élargi.D\u2019une part, la cible des étudiants n\u2019était plus un établissement scolaire, aussi prestigieux soit-il.C\u2019était, désormais, le Québec en entier.D\u2019autre part, les militants radicaux ne favorisaient plus les actions sporadiques, spontanéistes, anarchistes.Désormais, ils sentaient que leur révolte déboucherait sur une impasse à moins d\u2019être étayée par une théorie solide et scientifique et d\u2019être fondée sur une organisation prolétarienne rigoureuse.Mais cela, c\u2019est une autre histoire2.Notes 1.\tWarren, Jean-Philippe, Une douce anarchie.Les années 68 au Quebec, Montréal, Boréal, 2008.On trouvera dans ce livre, au chapitre 4, une analyse beaucoup plus détaillée de l\u2019Opération McGill français.Lire également Éric Bédard et autres, « McGill français.30 ans après», Cahiers du PEQ, n° 20, janvier 2001.2.\tWarren, Jean-Philippe, Ils voulaient changer le monde.Le militantisme marxiste-léniniste auQuébec, Montréal, VLB, 2007.504 Québec 2008-2009*.indd 504 17/11/08 09:25:10 TUERIE DE LA POLYTECHNIQUE Se souvenir du 6 décembre 1989 Micheline Dumont Professeure émérite, Université de Sherbrooke Le 6 décembre 1989 demeure une date indélébile dans la mémoire collective québécoise.Mais le sens donné à cet événement continue de susciter des interprétations divergentes.Le point de vue des féministes a bien du mal à trouver sa place dans cette mémoire collective.Le devoir de mémoire Geneviève Bergeron, Hélène Colgan, Nathalie Croteau, Barbara Daigneault, Anne-Marie Edwards, Maud Haviernick, Barbara Klueznik, Maryse Laganière, Maryse Leclerc, Anne-Marie Lemay, Sonia Pelletier, Michèle Richard, Annie Saint-Arneault et Annie Turcotte.Voilà les noms des victimes du 6 décembre 1989 à l\u2019École polytechnique de Montréal.Le devoir de les rappeler esta l\u2019image des cérémonies de commémoration qui ont lieu chaque année depuis 20 ans.À l\u2019École polytechnique, on a posé une plaque avec les noms des victimes à la porte de l\u2019institution en 1990, au premier anniversaire.À Montréal, la Fondation des victimes du 6 décembre contre la violence, issue des familles des victimes, a organisé des événements jusqu\u2019en 2004.Depuis, c\u2019est la Fédéra- tion des femmes du Québec qui a pris le relais.En 1993, les autorités de la Ville de Montréal ont baptisé Place du 6 décembre un terre-plein sur le chemin de la Reine-Marie.Une œuvre d\u2019art contemporain, crééepar les artistes Rose-Marie Goulet et Marie-Claude Robert, Nef pour 14 reines, y a été installée en 1998.Des monuments ont été érigés à Toronto en 1990, à Moncton en 1996 et à Vancouver en 1997.Vigiles, lectures, concerts, marches silencieuses, pièces de théâtre.Il est impossible de retracer l\u2019ensemble des événements qui ont lieu chaque année au Canada, au Québec et même dans de nombreux pays, en mémoire du drame.Vingt ans plus tard, la peine estencore immense et les paroles expriment principalement la douleur et le chagrin.La lutte contre les armes à feu Parallèlement, un vaste mouvement s\u2019est mis progressivement en place autour de Heidi Rathjen pour obtenir le contrôle des armes à feu.Le 6 décembre 1989, cette étudiante de quatrième année de l\u2019École polytechnique a entendu, impuissante, ce qui se passait dans la classe voisine.Incapable d\u2019accepter l\u2019idée que ses 14 jeunes camarades sont mortes en 505 Québec 2008-2009*.indd 505 17/11/08 09:25:10 L'état du Québec 2009 vain, elle entreprend alors une longue campagne pour exiger du gouvernement fédéral une loi visant à contrôler étroitement la vente des armes à feu et surtoutà interdire la vente légale des armes d\u2019assaut.L\u2019Association des étudiants de Polytechnique réussit à rassembler une pétition d\u2019un demi-million de signatures.Elle reçoitl\u2019aidedeWendyCukior, uneprofesseure de l\u2019Université Ryerson de Toronto.Malgré le puissant lobby des armes à feu et l\u2019opposition de nombreux députés, la loi C-68 est obtenue en 1995 : Heidi Rathjen, dont la démarche lui a valu des décorations prestigieuses, aura lutté pendant six années pour atteindre son but Cependant, l\u2019application de la loi s\u2019est révélée un gouffre financier et un fiasco administratif, avant d\u2019être reléguée aux oubliettes par le gouvernement conservateur en 2006.La violence contre les femmes Après le drame du massacre de l\u2019École polytechnique, en décembre 1989, une onde de choc a traversé tous les milieux et de nombreuses voix se sont fait entendre pour contrer la violence dirigée contre les femmes.Dès 1991, le gouvernement fédéral déclare le 6 décembre Journée nationale de commémoration etd\u2019action contre la violence faite aux femmes.Depuis, des événements, colloques, rencontres, conférences ont lieu chaque année un peu partout à travers le Canada.Le Conseil de recherche en sciences humaines du Canada (CR.SH) et le ministère de la Santé et du Bien-être social du Canada ont invité les établissements universitaires à proposer des projets de centres de recherche en collaboration avec les milieux de pratique.C\u2019est ainsi qu\u2019est apparu au Québec, en 1992, le Centre de recherche interdisciplinaire sur la violence familiale et la violence faite aux femmes (CRIVIFF), un important centre interuniversitaire de recherche (Université de Montréal, universités Laval et McGill) en collaboration avec Relais-Femmes et l\u2019Association des CLSC et des CSSLD.Le programme de recherche de 506 cet important centre témoigne que la volonté politique de contrer la violence conjugale est à pied d\u2019œuvre.Il soutient les intervenantes au travail dans les quelque 106 maisons d\u2019héber-gementque l\u2019on trouve au Québec.En 2004, au quinzième anniversaire du 6 décembre, le gouvernement québécois a manifesté publiquement sa solidarité dans le combat contre la violence en publiant une photographie signée Heidi Hollinger: 10 hommes connus avec la mention « La violence contre les femmes, ça nous frappe aussi! Ensemble, nous la dénonçons et la combattons ».On reconnaissait dans le groupe, le premier ministre, trois membres de son cabinet, des sportifs et des vedettes de la télévision.Malgré cela, des voix discordantes se sont fait- et se font toujours - entendre pour affirmer que la tuerie de la Polytechnique n\u2019avait rien à voir avec la violence faite aux femmes, puisqu\u2019il s\u2019agissait d\u2019un geste dément.Des individus se disant « masculinistes » critiquent les statistiques de la violence, dénoncent les féministes et contestent les sommes d\u2019argent qui sont allouées aux maisons d\u2019hébergement qui accueillent les femmes victimes de violence conjugale.Les médias et le massacre de Poly Au demeurant, il reste que combattre la violence faite aux femmes n\u2019implique pas nécessairement une reconnaissance de l\u2019analyse féministe du geste du 6 décembre.Le caractère ouvertement antiféministe et misogyne de l\u2019attentat a semblé clair comme de l\u2019eau de roche à presque toutes les féministes ainsi qu\u2019à plusieurs membres des familles des victimes.Les faits sont là : le tueur a séparé les étudiantes des étudiants en entrantdans les classes.Il a lancé: «J\u2019haïs les féministes! Vous Le 6 décembre doit être mis en parallèle avec les gestes antiféministes et non pas avec les tueries dans les écoles.Québec 2008-2009*.indd 506 17/11/08 09:25:10 Anniversaires historiques en 2009 Des fleurs reposent sur le monument à Sonia Pelletier, l'un des 14 monuments individuels en mémoire des femmes tuées lors du massacre de Polytechnique.rr'-y-: : ry'_ x »\t, .I .cr Kiiirf'iWWili n\u2019êtes qu\u2019une bande de féministes!» On a trouvé dans ses affaires un manifeste où non seulement il exprimait sa haine du féminisme, mais où il joignait à ses propos les noms de 15 femmes qu\u2019il projetait d\u2019assassiner: journalistes, policières, syndicalistes, femmes politiques.Il affirmait lui-même le caractère politique de son geste etréfii tait d\u2019avance l\u2019épithète de « tireur fou» qu\u2019on lui attribuerait Mais au moment du drame, les médias ont invité des psychiatres, des policiers, des journalistes, des médecins, des criminologues.Les féministes n\u2019ont pas eu la possibilité de souligner dans les médias le caractère antiféministe et politique du geste.On les a, au contraire, accusées d\u2019avoir récupéré l\u2019événement Ce qui semblaitsi évidenta été occulté.Le lendemain, le ministre de l\u2019Éducation a parlé au masculin des victimes.On a glosé surtout sur l\u2019enfance du meurtrier etinsisté longuement sur sa folie.Une enquête publique a été réclamée en vain.Pour Judy Rebick, féministe canadienne, il est inconcevable que tant de gens au Québec aient accusé les féministes « d\u2019avoir récupéré » le drame pour la cause féministe.Au Canada anglais le drame a propulsé à l\u2019avant-scène la question de la violence contre les femmes.«Cela a facilité notre combat, ajoute-t-elle, alors qu\u2019au Québec, le backlash [antiféministe] s\u2019est accentué.» La revue Vice-Versa a proposé une analyse du traitementmédiatique du drame dès avril 1990.La journaliste Myriame El Yamani a démontré que les médias ont discrédité la parole des féministes et occulté le caractère politique des rapports entre les hommes et les femmes.507 Québec 2008-2009*.indd 507 17/11/08 09:25:11 L'état du Québec 2009 Louise Malette etMarie Chalouh ont publié dès 1990 l\u2019ouvrage Polytechnique, 6 décembre rassemblant les propos de celles et ceux qui comprennent le caractère politique de ce crime, textes écrits pour la plupart dans le tumulte de l\u2019événement Cet ouvrage n\u2019a reçu aucune couverture médiatique, hors des cercles féministes.Par contre, on a largementpublicisé, en décembre 1990, la parution du Manifeste d\u2019un salaud de Roch Côté, qui prenait à partie le mouvement féministe et son analyse de la violence faite aux femmes.En dépit de tout ce qu\u2019on dira, cet assassinat sélectif demeure le crime le plus violent dirigé spécifiquementcontre le féminisme, à l\u2019échelle mondiale1.Les femmes ont beaucoup changé en une génération grâce à l\u2019action des féministes et, manifestement, quelques hommes ont du mal à accepter la situation.Comme le dit la journaliste Francine Pelletier : « Loin de rééditer un vieux rapport de force, [le tueur] s\u2019enprenait à ce qu\u2019il y avait de plus nouveau dans la société : l\u2019avancement des femmes.» C\u2019est la réticence de la société québécoise à accepter la signification politique du geste qui demeure inquiétante.Car c\u2019est dans cette perspective, croient les féministes, qu\u2019on doit analyser le geste du 6 décembre.La revue Sociologie et société'a publié, en 1990, des textes d\u2019universitaires analysant le caractère politique des rapports sociaux de sexe.Depuis, la référence à la tuerie de l\u2019École polytechnique est constante dans les écrits féministes.Mais qui lit cette littérature?L'analyse féministe de la tragédie La réticence collective à admettre le caractère politique de ce tragique événement demeure largement partagée.Les autorités de l\u2019École polytechnique refusent toujours, à ce jour, d\u2019admettre que le geste était dirigé contre les féministes.Un professeur, Daniel Leblanc, écrit dans un article de Quartier libre en 1999 : « Certains groupes se sont servis [de la tuerie] pour défendre leurs propres revendications.Ils 508 ont fini par faire porter à l\u2019institution, aux étudiants et aux étudiantes, une cause trop lourde à porter.C\u2019estabsolument ce qu\u2019on veut éviter ici.» De temps en temps, des gestes d\u2019éclat sont commis sur la place publique ; parfois, des « masculinistes » poursuivent les groupes féministes pour diffamation, «pour terminer le travail de Marc Lépine».Ils reçoivent l\u2019attention complaisante des médias.Mieux, ces derniers sont enthousiastes quand il s\u2019agit de laisser entendre que le féminisme est dépassé et que, chez nous, la question est réglée.Or, pour être compris, ce drame doit être mis en parallèle avec la montée de ce qu\u2019il faut bien appeler l\u2019antiféminisme.La révolution féministe a produit le changement le plus profond du xxe siècle, sans verser une goutte de sang, et pourtant on continue à présenter ce mouvement politique comme une guerre des sexes, comme une lutte dirigée contre les hommes.L\u2019antifëminisme estapparu en même temps que le féminisme et il a pris des visages multiples au gré des décennies.Reconnaître qu\u2019il a incité un jeune homme à prendre les armes, à la fin du xxe siècle, permettrait sans doute de faire avancer les choses.Plaçons-nous du point de vue des femmes : être vue comme une ennemie simplement parce qu\u2019on a voulu choisir sa place, vivre son autonomie et rechercher l\u2019égalité, c\u2019est très difficile à comprendre.Nier le caractère antiféministe du drame, laisser croire que le féminisme est dépassé et que l\u2019égalité est atteinte entre les hommes et les femmes, c\u2019est refuser que les choses changent vraiment.On a le choix: nier ou reconnaître.Le 6 décembre doit être mis en parallèle avec les gestes antiféministes et non pas avec les tueries qui ont lieu périodiquement dans les écoles.Vingt ans plus tard, la peine est encore immense et les paroles expriment principalement la douleur et le chagrin.Québec 2008-2009*.indd 508 17/11/08 09:25:11 Anniversaires historiques en 2009 Comme le dit Nicole Lacelle dans un texte inédit, lu lors de la commémoration du quinzième anniversaire : « Si seulement [les étudiantes] étaient mortes pour \u201cabsolument rien\u201d.Or, il y a quelque chose à comprendre de la tuerie de Polytechnique.Quelque chose de très, très difficile à saisir, qui peut transformer notre vision du monde, nos désespoirs, notre espérance, notre façon d\u2019expliquer l\u2019histoire ; notre connaissance, notre définition de nous-mêmes.Nous n\u2019avons pas oublié le drame de Polytechnique ; nous ne l\u2019avons jamais su.» Références Blais, Mélissa et Francis Dupuis-DY ri (dirs), Le mouvement masculiniste au Québec, Vantiféminisme démasqué', Éditions du Remue-ménage, 2008.Blais, Mélissa, Entre la Jolie d\u2019un seul homme et les vio-lences Jattes auxjemmes.La mémoire collective du 6 de'cembre 1989, Mémoire de maîtrise, Université du Québec à Montréal, 2007.El YamaniMyriame, «La mascarade institutionnalisée», dans Médias et Jemtntsmes.Minoritaires sans paroles, L\u2019Harmattan, 1998, p.201-233.Mallette, Louise et Marie Chalouh (dirs), Polytechnique, 6 décembre, Montréal, Éditions du Remue-ménage, 1990, 190 p.Pelletier, Francine, «Je me souviens », La vie en rose.Hors sérié, Montréal, Éditions du Remue-ménage, 2005, p.34-37.Rathjen, Heidi et Charles Montpetit, 6 de'cembre.De la traye'die à l\u2019espoir.Les coulisses du combat pour le contrôle des armes, Montréal, Libre expression, 1999.Sociologie et sociétés, avril 1990, vol.XXII, n° 1, p.193-213.Vice-Versa, mayaztne transculturel, mai-juin 1990.Note 1.Depuis cette date, on a noté de nombreux assassinats de femmes œuvrant pour les droits des femmes dans quelques pays : Algérie, Afghanistan, Iran, etc.509 Québec 2008-2009*.indd 509 17/11/08 09:25:11 Québec 2008-2009* indd 510 17/11/08 0925 11 Panorama de la recherche au Québec Fonds québécois de la recherche sur la société et la culture (FQRSC) 512 Mieux comprendre la dépendance aux jeux de hasard et d\u2019argent pour mieux intervenir 514 Les conduites à risque chez les élèves du secondaire 534 Gagner, perdre et espérer chez les communautés culturelles 518 Trajectoires de vie difficiles et comportements suicidaires : le fardeau supplémentaire du jeu excessif 520 Facteurs de risque et de protection, et facteurs culturels associés aux problèmes de jeu chez les jeunes 522 L\u2019importance des liens entre la pratique de jeux de hasard et d\u2019argent, la délinquance et la consommation de psychotropes à l\u2019adolescence Fonds québécois de la recherche sur la nature et les technologies (FQRNT) 525\tNos chercheurs bâtissent un avenir durable 526\tProjets de recherche dans les 18 domaines des sciences pures, des sciences naturelles et du génie Québec 2008-2009*.indd 511 17/11/08 09:25:11 FONDS QUÉBÉCOIS DE LA RECHERCHE SUR LA SOCIÉTÉ ET LA CULTURE (FQRSC) Mieux comprendre la dépendance aux jeux de hasard et d\u2019argent pour mieux intervenir Jacques Babin Président-directeur général, Fonds québécois de la recherche sur la société et la culture (FQRSC) Si ce n\u2019est pas d\u2019hier que les Québécois s\u2019adonnent aux jeux de hasard et d\u2019argent, les problèmes qui y sont associés, comme la dépendance, la criminalité, le suicide et la pauvreté, suscitent depuis quelques années préoccupations et débats dans la population.Les conséquences négatives liées au jeu pathologique sont également souvent rapportées par les grands médias.Ce phénomène n\u2019estcepen-dantpas propre au Québec puisqu\u2019il préoccupe non seulementles chercheurs d\u2019ici, mais aussi ceux de plusieurs autres pays.À l\u2019échelle internationale, plusieurs centres de recherche se sont développés autour de la 512 question des jeux de hasard et d\u2019argent, l\u2019abordant souvent dans une perspective nationale voire locale.Le Québec s\u2019inscrit sur cet échiquier puisqu\u2019il a lui aussi développé une capacité de recherche sur cette question, particulièrement depuis le début des années 2000.La mise en place de programmes de recherche thématiques par le Fonds québécois de la recherche sur la société et la culture etle ministère de la Santé et des Services sociaux a certes contribué à la constitution de ce pôle d\u2019expertise.Ces programmes ont jusqu\u2019à maintenant généré plus d\u2019une trentaine de projets de recherche portant sur diverses facettes des jeux de hasard et d\u2019argent Les résultats Ces cou rts textes de ontàcejourpermis chercheurs québécois de mieuxcompren- permettent une meilleure dre le phénomène compréhension de du jeu pathologi- queauQuébec, son ce Phénomène de société, ampleur dans la population, sa complexité et ses conséquences pour la personne aux prises avec ce type de dépendance, mais aussi pour ses proches et pour l\u2019ensemble de la société.Cette section présente quelques résultats de recherches découlant de ces programmes thématiques.Ils portent notamment sur la pratique Québec 2008-2009*.indd 512 17/11/08 09:25:11 Panorama de la recherche au Québec des jeux de hasard et d\u2019argent chez les communautés culturelles ; la relation entre les problèmes de jeu, la consommation d\u2019alcool et de psychotropes, etladélinquancechezlesjeunes ; le lien entre le jeu et le suicide ; ou encore les facteurs de risque et de protec-tion associés aux problèmes de jeu chez les jeunes.Ces courts textes de chercheurs québécois permettent une meilleure compréhension de cephénomène de société.Ils illustrentainsi la richesse des résultats de la recherche d\u2019ici et, par conséquent, l\u2019importance de leur transfert et de leur diffusion auprès de décideurs, de gestionnaires et d\u2019intervenants, notamment ceux du réseau de la santé et des services sociaux.Dans le cadre de ces programmes thématiques, le Fonds a tenu quelques activités de transfert de connaissances qui ont permis le dialogue entre chercheurs et représentants des milieux de la décision et de l\u2019intervention chargés de l\u2019élaboration et de la mise en place de politiques, de programmes de prévention et de traitements relatifs au jeu pathologique.La recherche change le monde, à condition bien sûr qu\u2019on la diffuse ! C\u2019est un peu dans cette perspective que le Fonds tiendra le colloque international Jeux et dépendances, les 3 et le 4 septembre 2009 à Montréal.L\u2019objectif de ce colloque est de faire le point sur l\u2019état de la recherche et de l\u2019intervention sur la question et d\u2019explorer de nouvelles avenues de recherche et d\u2019intervention.Il s\u2019agira d\u2019une occasion d\u2019échanger avec des chercheurs d\u2019ici et d\u2019ailleurs, une occasion d\u2019apprendre pour mieux intervenir.Si ce n'est pas d'hier que les Québécois s'adonnent aux jeux de hasard et d'argent, les problèmes qui y sont associés suscitent depuis quelques années préoccupations et débats dans la population.513 Québec 2008-2009*.indd 513 17/11/08 09:25:12 Les conduites à risque chez les élèves du secondaire Sylvia Kairouz Département de sociologie et d\u2019anthropologie, Université Concordia Louise Nadeau Département de psychologie, Université de Montréal Edward M.Adlaf Département de Psychiatrie, Université de Toronto Géraldine Lo Siou Département de mathématiques et de statistique, Université de Montréal Prendre des risques au volant, miser au-delà de ses moyens aujeu, boirejusqu\u2019à l\u2019ivresse, ces comportements téméraires qui poussent l\u2019audace jusqu\u2019à l\u2019imprudence se développent à l\u2019adolescence.Pourtant, une prise de risque calculée, dans de multiples sphères d\u2019activité, permet aussi à la personnalité adolescente de se structurer.Nous nous sommes intéressés à la prévalence de quatre conduites à risque : le jeu pathologique, la consommation épisodique excessive d\u2019alcool, la consommation de cannabis et la consommation de tabac chez 3 251 jeunes du secondaire de l\u2019Ontario âgés de 12 à 18 ans.Nous avons examiné ces comportements en relation avec la supervision parentale et la qualité de la relation avec les parents.L\u2019analyse permet de dégager trois groupes qui se distinguent par la prévalence des conduites et de leur cumul.Le premier groupe « à faible risque» (53% de l\u2019échantillon) regroupe une faible proportion de joueurs à risque (l%), de buveurs excessifs (5 %), de consommateurs de 514 cannabis (5 %) et de fumeurs quotidiens (2 %).Aucun membre de ce groupe ne rapporte plus qu\u2019une conduite à risque.Le troisième groupe de «fumeurs à risque élevé» (18% de l\u2019échantillon), regroupe loo % de fumeurs quotidiens, 9 % de joueurs à risque, 74 % de buveurs excessifs et 86% de consommateurs de cannabis dont la majorité (65 %) rapporte au moins trois des quatre conduites à risque à l\u2019étude.Le groupe intermédiaire (29% de l\u2019échantillon) comprend des élèves non fumeurs qui ont les mêmes rapports au jeu, à l\u2019alcool et au cannabis que le troisième groupe.Par contre, la proportion de jeunes qui rapportent un cumul de trois ou quatre conduites à risque est moins élevée comparativement au troisième groupe (46% c.65%).Ce sont les élèves des deux derniers groupes qui rapportent les niveaux de supervision parentale les plus faibles, se sententmoins proches de leurs parents Chez les élèves à risque, les conduites à risque s'additionnent et ce cumul doit être pris en compte dans l'intervention.Québec 2008-2009*.indd 514 17/11/08 09:25:12 Panorama de la recherche au Québec 3 i«Ll *£ \\Vi >; W 1 La qualité de la relation parentale constitue un des principaux facteurs de protection.et trouvent moins importante la relation avec leurs parents.Trois éléments d\u2019information se dégagent de cette étude.Tout d\u2019abord, 50% des élèves ne sontpas à risque.Par contre, chez les élèves à risque, les conduites à risque s\u2019additionnent et ce cumul doit être pris en compte dans l\u2019in- tervention.Ensuite, les parents ont un rôle déterminant En effet, étude après étude, même chez les jeunes qui sont à l\u2019université, la qualité de la relation parentale constitue un des principaux facteurs de protection dans une gestion calculée du risque.515 Québec 2008-2009*.indd 515 17/11/08 09:25:13 Gagner, perdre et espérer chez les communautés culturelles Élisabeth Papineau Institut national de santé publique du Québec Les études tendent à démontrer que les membres de communautés culturelles sontnom-breux à avoir des problèmes de jeu.En quoi les conceptions et les habitudes relatives aux jeux de hasard et d\u2019argent des membres de ces communautés sont-elles spécifiques?Quels sont les éléments culturels susceptibles d\u2019améliorer la prévention des problèmes de jeu et les traitements du jeu excessif destinés à une clientèle Les joueurs de cartes cherchent davantage la socialisation que la fortune.multiethnique?De 2003 à 2005, une étude exploratoire a été menée sur les perceptions et les habitudes des communautés chinoise, maghrébine, centre-américaine et haïtienne1.Les quatre communautés présentent des points communs.Les joueurs de loterie espè-rentfaire des gains significatifs.Les joueurs de cartes cherchent davantage la socialisation que la fortune.Les raisons de jouer aux appareils électroniques de jeu allient le désir de gain et de plaisir à des motifs plus complexes tels que la fuite, la facilité, l\u2019absence d\u2019interaction, l\u2019anonymat, la fascination.Le casino, pour ses amateurs, représente le rêve, le prestige, le rituel.L\u2019abstention de jouer s\u2019explique par l\u2019inclination personnelle ou des motifs moraux associés à l\u2019affiliation religieuse.Que les problèmes de jeu soient associés à la maladie mentale ou à un problème d\u2019ordre moral ou comportemental, leur caractère tabou entrave la demande d\u2019aide.On en niera même l\u2019existence.Pour plusieurs, les problèmes de jeu résultent d\u2019une offre de jeu excessive et d\u2019une publicité omniprésente et insistante.L\u2019expression «l\u2019espoir de se refaire» trouve son sens chez les immigrants, dont le projet L'expression « l'espoir de se refaire» trouve son sens chez les immigrants, dont le projet migratoire est fondamentalement mû par la détermination et l'espoir.516 Québec 2008-2009*.indd 516 17/11/08 09:25:13 Panorama de la recherche au Québec migratoire est fondamentalement mû par la détermination et l\u2019espoir.Confrontés au pays d\u2019accueil à des déceptions en termes d\u2019emploi, de logement et de statut social, ils sont plus vulnérables aux messages promouvant la richesse instantanée et l\u2019élévation sociale.Si les répondants estiment que les joueurs nient leurs problèmes par peur de stigmatisation familiale ou communautaire, on estime paradoxalement que la solidarité et la sollicitude familiale et communautaire constituent des éléments fondamentaux de la prévention et du rétablissement du joueur.Le premier pas préventif consisterait à diminuer l\u2019incitation continue qui normalise le jeu et à « parler plus et mieux » des possibilités de glissement entre jeu social et jeu excessif.Sur le plan du traitement, la formation de thérapeutes issus de communautés culturelles, la formation des thérapeutes du réseau actuel en intervention interculturelle, et la diffusion d\u2019outils pour prévenir et traiter les problèmes de jeu dans les organismes communautaires sont des stratégies peu utilisées mais préconisées par les répondants pour dédramatiser le recours à l\u2019aide etrejoindre les joueurs dans le besoin.Référence Papineau, Élisabeth, Serge Chevalier, Amel Belhassen, Fu Sun, Louise Campeau, Yves Boisvert et Denise Helly.Étude exploratoire sur les perceptions et les habitudes de quatre communautés culturelles de Montreal en matière de jeux de hasard et d\u2019argent: Rapport de recherche, Institut national de santé publique du Québec - Institut national de la recherche scientifique, 2005.Note 1.Cette étude a été menée par l\u2019Institut national de la recherche scientifique, l\u2019Institut national de santé publique du Québec et l\u2019École nationale d\u2019administration publique.517 Québec 2008-2009*.indd 517 17/11/08 09:25:13 Trajectoires de vie difficiles et comportements suicidaires : le fardeau supplémentaire du jeu excessif Monique Séguin Département de psychoéducation et de psychologie, Université du Québec en Outaouais Gustavo Turecki Départements de psychiatrie, de génétique humaine et de neurologie et neurochirurgie, Université McGill Alain Lesage Département de psychiatrie, Université de Montréal Michel Tousignant Département de psychologie, Université du Québec à Montréal Richard Boyer Département de psychiatrie, Université de Montréal Amnon Suissa École de travail social, Université du Québec à Montréal La reconstitution des trajectoires de vie de personnes décédées par suicide, avec problèmes de jeu1 et sans problèmes de jeu, nous permet d\u2019observer plusieurs ressemblances entre les deux groupes, tel le cumul de psychopathologies (troubles de l\u2019humeur et troubles d\u2019addiction).Les sujets du groupe avec problèmes de jeu présentaient toutefois un plus grand nombre de diagnostics, si on inclut le jeu pathologique, et utilisaient peu ou pas les services de santé mentale par rapport aux personnes décédées sans problèmes de jeu.Les résultats indiquent deux grandes trajectoires et ceci pour les deux groupes à l\u2019étude.Une première trajectoire se situe dans le sillage de difficultés du développement et indique un 518 parcours dont le fardeau de difficultés est déjà important au début de la vie.Cette trajectoire développementale est caractérisée par la présence d\u2019abus, de négligence, et/ou de violences physiques et sexuelles précoces.Ainsi, les troubles mentaux identifiés ultérieurement ne surviennent pas dans un vacuum, mais se manifestent plus particulièrement chez des personnes ayant souvent connu des trajectoires personnelles, familiales, psychologiques et sociales difficiles Malgré le fait que la vie commence bien ou relativement bien, elle se dégrade lentement sans que la personne ne s'en rende véritablement compte.Québec 2008-2009*.indd 518 17/11/08 09:25:13 Panorama de la recherche au Québec La détection précoce des problèmes de jeu de hasard et d'argent demeure un moyen privilégié de prévention.depuis l\u2019enfance.Chez le sous-groupe de joueurs, la spirale descendante, caractérisée par un niveau de risque important et une protection rare ou absente, est rapide compte tenu de l\u2019ampleur des conséquences négatives associées au jeu dont : les pertes monétaires importantes ; les difficultés en liens avec les prêteurs à gages ; les secrets, les mensonges etles déceptions envers leurs proches.La deuxième trajectoire s\u2019explique par des difficultés d\u2019adaptation provoquantun processus d'effritement graduel de la capacité d\u2019adaptation de l\u2019individu.Malgré le fait que la vie commence bien ou relativement bien, elle se dégrade lentement sans que la personne ne s\u2019en rende véritablement compte, ou du moins qu\u2019il soit possible d\u2019imputer ces difficultés à des causes extérieures.Cette dégradation a en commun, chez les personnes décédées par suicide, avec et sans problèmes de jeu, des stratégies d\u2019adaptation inefficaces, qui créent à la longue des difficultés de dépendance aux substances et aux jeux de hasard et d\u2019argent Les échecs pour y remédier augmentent le sentiment de perte d\u2019estime de soi, de désespoir, et tous ces éléments deviennentindissociables et intolérables pour la personne vulnérable.La détection précoce des problèmes de jeu de hasard et d\u2019argent demeure un moyen privilégié de prévention.Références Séguin, Monique et al « Life trajectories and burden of adversity : mapping the developmental profiles of suicide mortality», Psychological Medicine, Vol.XXXVII, n° 11, 2007, p.1575-1584.Note l.Les problèmes de jeux ont été confirmés par l\u2019utilisation conjointe du SOGS et du Module K du DSM-IV.519 Québec 2008-2009*.indd 519 17/11/08 09:25:14 Facteurs de risque et de protection et facteurs culturels associés aux problèmes de jeu chez les jeunes Isabelle Martin Centre international d\u2019étude sur le jeu et les comportements à risque chez les jeunes, Université McGill Isabelle Lussier Département de psychopédagogie et counselling, Université McGill Jeffrey L.Derevensky Département de psychopédagogie et counselling, Université McGill Nos récents travaux soulignent l\u2019impact positif des facteurs de protection individuels et l'impact négatif des facteurs de risque environnementaux sur le niveau d\u2019implication dans le jeu de hasard et d\u2019argent chez les jeunes.Ils mettent également en évidence la présence de relations entre la langue parlée et le comportement de jeu.Des l loo élèves montréalais du secondaire qui y ont participé, environ 81% rapportent avoir participé au moins une fois à un jeu d\u2019argent (83 % de garçons c.78 % de filles) et lo % l\u2019ontfait sur une base hebdomadaire.Approximativement 7 % sont considérés des joueurs à risque et 4 % des joueurs pathologiques probables.Les garçons, comparativement aux filles, sont deux fois plus susceptibles d\u2019être considérés des joueurs pathologiques probables (8 % c.5%) et quatre fois plus des joueurs à risque (6% c.1,5 %).Une augmentation du nombre de facteurs de protection est associée à une diminution du niveau d\u2019implication dans le jeu : les joueurs pathologiques probables rapportent un plus 520 faible niveau de protection que les non-joueurs etles filles bénéficientd\u2019un plus grand nombre de facteurs de protection.À l\u2019inverse, une exposition plus marquée aux facteurs de risque s\u2019accompagne d\u2019une augmentation du niveau d\u2019implication dans le jeu.Des liens sont notés entre la langue parlée etles problèmes de jeu: chez les garçons, les joueurs problématiques sont, toutes proportions gardées, plus Une augmentation du nombre de facteurs de protection est associée à une diminution du niveau d'implication dans le jeu.nombreux chez les allophones (23%), suivi des anglophones (lo %) et des francophones (4%).Chez les filles, la plus faible prévalence de problèmes de jeu s\u2019observe chez les francophones (i %), comparativement aux filles allophones (5%) et anglophones (6%).Les élèves de groupes minoritaires semblent plus susceptibles d\u2019être aux prises avec un problème de jeu.Plusieurs causes peuvent être invoquées : la condition socioéconomique; l\u2019attitude et les pratiques de jeu des parents de Québec 2008-2009*.indd 520 17/11/08 09:25:14 Panorama de la recherche au Québec Des 1 100 élèves montréalais du secondaire qui y ont participé, environ 81 % rapportent avoir participé au moins une fois à un jeu d'argent.ces élèves et leurs influences sur le comporte-mentdes adolescents ; l\u2019impactdu phénomène d\u2019isolement social ou d\u2019acculturation.Cette étude souligne le besoin de mettre davantage l\u2019accent sur les facteurs de protection et de prendre en considération les différences culturelles lors de la mise sur pied d\u2019activités de sensibilisation, notamment s\u2019assurer que les jeunes des communautés allo-phones et anglophones se sentent concernés, et développer des services d\u2019intervention adaptés à leur diversité culturelle.Aussi, il serait opportun d\u2019intervenir auprès des adultes de ces communautés pour mieux connaître leurs perceptions à l\u2019égard des jeux d\u2019argent et les sensibiliser aux risques associés à une participation excessive.Références Dirivtnsky, Jeffrey L.et al The identification of risk, cultural and protective factors associated with youth gambling problems, Rapport de recherche pour le Fonds québécois de recherche sur la société et la culture, Québec, 2005.Ellenbogen, Stephen, Rina Gupta et Jeffrey L.Derevensky.«A cross cultural study of gambling behavior among adolescents», Journal of Gambling Studies, vol.XXIII, 2007, p.25-38.521 Québec 2008-2009*.indd 521 17/11/08 09:25:15 L\u2019importance des liens entre la pratique de jeux de hasard et d\u2019argent, la délinquance et la consommation de psychotropes à l\u2019adolescence Frank Vitaro École de psychoéducation, Université de Montréal Les jeunes qui pratiquent fréquemment les jeux de hasard et d\u2019argent ont tendance à consommer fréquemment des substances psychotropes (alcool, marijuana) età commettre des actes délinquants (vol, fraude, violence).De plus, l\u2019augmentation d\u2019un type de comportement au cours de l\u2019adolescence est souvent reliée à une aggravation des autres types de comportement Ces résultats ontété recueillis auprès d\u2019un millier de jeunes suivis tout au long de leur adolescence.Des relations modérément élevées entre divers comportements et leur évolution conjointe dans le temps laissent croire à unepossi-ble influence des comportements les uns sur les autres.Par exemple, les problèmes de jeu entraîneraient des conduites délinquantes ou une consommation abusive de psychotropes.Il y a toutefois une autre explication : les jeunes qui sont à risque d\u2019éprouver des problèmes de jeu en raison de facteurs d\u2019ordre personnel et socio-familiaux risquent également de montrer des conduites délinquantes et une consommation abusive de psychotropes.Cette hypothèse implique une origine commune aux trois types de comportement et un développement parallèle (plutôt qu\u2019une influence mutuelle).522 Les jeunes qui pratiquent fréquemment les jeux de hasard et d'argent ont tendance à consommer fréquemment des substances psychotropes.Québec 2008-2009*.indd 522 17/11/08 09:25:15 Panorama de la recherche au Québec Nos analyses tendent à accréditer l\u2019hypothèse d\u2019une origine commune.Plus précisément, les relations transversales et longitudinales modérément élevées entre la pratique des jeux de hasard et d\u2019argent, la consommation de psychotropes et les conduites délinquantes diminuent substantiellementlorsqu\u2019on considère divers types d\u2019antécédents communs tels les problèmes de comportement des jeunes, les lacunes dans les pratiques disciplinaires de leurs parents et la déviance de leur groupe d\u2019amis.L\u2019hypothèse d\u2019une origine commune commande de cibler en priorité les facteurs de risque communs aux trois catégories de comportements précédents.Puisque ces facteurs sont souvent présents dès le préscolaire ou l\u2019école primaire, des programmes de prévention précoces, notamment génériques, sont à privilégier.La présence d\u2019antécédents communs n\u2019explique toutefois pas totalement les liens concomitants et longitudinaux entre les divers types de comportement.Il semble exister des fac- teurs de risque spécifiques à chaque type de comportement problématique en plus des facteurs communs.Ces facteurs de risque spécifiques nécessitent, au moment de leur apparition, despro- Puisque ces facteurs sont souvent présents dès le préscolaire ou l'école primaire, des programmes de prévention précoces, notamment génériques, sont à privilégier.grammes de prévention différenciés etcomplémentaires aux programmes de prévention de type générique.Nos résultats de recherche autorisent deux conclusions : nous avons besoin de programmes de prévention de type générique qui ciblent les facteurs de risque communs à une variété de problématiques au préscolaire et au primaire, et de programmes de prévention différenciés au secondaire lorsque les jeunes sont confrontés aux facteurs de risque spécifiques à chaque type de comportement que nous désirons pré- 523 Québec 2008-2009*.indd 523 17/11/08 09:25:15 JEUX ET DÉPENDANCES COLLOQUE 2009 MONTRÉAL, 3-4 SEPTEMBRE 2009 \t\t \t\t BILAN ET ORIENTATIONS DE RECHERCHE ET D'INTERVENTION _ jeux-gambling2009.org Fonds de recherche sur la société et la culture Québec El El El El Québec 2008-2009*.indd 524 17/11/08 09:25:15 FONDS QUÉBÉCOIS DE LA RECHERCHE SUR LA NATURE ET LES TECHNOLOGIES (FQRNT) Nos chercheurs bâtissent un avenir durable Pierre Prémont Président-directeur général, Fonds québécois de la recherche sur la nature et les technologies (FQRNT) La Stratégie québécoise de la recherche et de l\u2019innovation Pour un Québec innovant et prospère, lancée en décembre 2006, a reconnu très concrètement que «l\u2019innovation et la recherche sont au cœur du développement des économies du savoir».Dans la même foulée, elle a reconnu l\u2019importance cruciale de la recherche dans les domaines des sciences pures, des sciences naturelles et du génie, en accordant au Fonds québécois de la recherche sur la nature et les technologies (FQRNT) un rôle et des moyens accrus.Aussi, je suis fier de vous présenter, au nom des membres du conseil d\u2019administration du Fonds Nature et Technologies, les réalisations de certains de nos chercheurs.La contribution de ces gens passionnés mérite d\u2019être davantage connue puisqu\u2019elle est liée à la prospérité de notre société et contribuera au mieux-être des générations futures.Nos chercheurs sonttrès actifs etappuient, par leurs travaux, d\u2019importants secteurs d\u2019activités économiques du Québec, tels que la forêt et l\u2019aérospatiale, la santé et la protection des écosystèmes, en passant par la biorobotique et les nanotechnologies.Ces hommes et ces femmes participentainsi à la formation de milliers d\u2019étudiants, une main-d\u2019œuvre hautement qualifiée qui pourra mettre à profit ses connaissances, ses compétences etses réseaux au sein des organisations qui les engageront.Tous ces chercheurs, à leur façon, chacun dans leur champ d\u2019expertise, contribuent à bâtir un avenir durable pour le Québec.Nous avons choisi de l\u2019illustrer à partir d\u2019exemples de réalisations de chercheurs et d\u2019étudiants soutenus financièrement par le Fonds Nature et Technologies en 2007-2008, qui traduisent très concrètement à la fois la richesse et la diversité de cet apport 525 Québec 2008-2009*.indd 525 17/11/08 09:25:16 L'état du Québec 2009 OOP TECHNOLOGIES DE L'INFORMATION ET DES COMMUNICATIONS Nouvelles technologies pour le positionnement par satellites Le système mondial de positionnement (GPS) par satellites est une initiative de l\u2019armée américaine datant de i960.Aujourd\u2019hui, le GPS est encore aux prises avec différents problèmes, dont la disponibilité des signaux, la précision du positionnement, l\u2019intégrité du système et sa vulnérabilité aux interférences.Les travaux de recherche de Marc-Antoine Fortin (stagiaire chez Averna Technologies) permettront de capter et de suivre des signaux de faible intensité dans des environnements défavorables grâce à un algorithme de positionnementplus robuste.Les résultats de ses recherches permettront d\u2019améliorer des applications telles que la navigation assistée (automobile, navale ou aérienne), la machinerie lourde nécessitant un positionnement fin ainsi que la téléphonie cellulaire.AGROALIMENTAIRE Lutte biologique : des parasitoïdes contre la pyrale du maïs Afin de contrer la pyrale (un papillon dont la chenille s\u2019attaque aux végétaux) du maïs, les producteurs s\u2019appuient principalement sur l\u2019utilisation de produits chimiques.Les pro- 526 blêmes environnementaux et sanitaires que ceux-ci occasionnent, ainsi que la résistance des insectes aux produits courammentutilisés, démontrent l\u2019importance de mettre au point des approches alternatives pour assurer une phytoprotection saine.Le recours aux méthodes biologiques est l\u2019une des meilleures stratégies pour mieux protéger l\u2019environnement et la biodiversité.Les travaux de Mylène St-Onge (stagiaire chez Anatis Bioprotection) consis-tentà mettre aupointles paramètres d\u2019élevage d\u2019un parasitoïde de la pyrale du maïs, à optimiser son utilisation dans la culture du maïs ainsi qu\u2019à évaluer son potentiel dans d\u2019autres cultures, dont celle du poivron.BIOROBOTIQUE ET SYSTÈMES MÉCANIQUES Système de commande d'un biorobot aquatique La biorobotique s\u2019inspire des créatures vivantes pour la conception des robots.Les biorobots ont la particularité de pouvoir effectuer des déplacements qui s\u2019avèrent impossibles pour les robots de type traditionnel.Toutefois, le développement du système de commande des biorobots doitêtre davantage perfectionné.Imaginez un robot qui pourrait analyser les profondeurs sous-marines ou superviser des opérations de génie maritime sans mettre la sécurité d\u2019êtres humains en péril ! Les travaux de Nicolas Plamondon (Université McGill) portent sur la dynamique du robot sous-marin AQUA, qui se distingue des autres robots sous-marins par l\u2019utilisation de nageoires pour produire sa poussée et effectuer des manœuvres dans cinq degrés de liberté.Québec 2008-2009*.indd 526 17/11/08 09:25:16 Panorama de la recherche au Québec NANOÉLECTRONIQUE Le transport électronique dans des fils moléculaires La taille des composants de circuits électroniques diminue de plus en plus afin d\u2019augmenter leur densité et d\u2019améliorer leur performance.Celle-ci s\u2019approchera bientôt de l'échelle moléculaire.L\u2019intégration de molécules en tant qu\u2019uni té de fabrication au sein de circuits électroniques offre l\u2019opportunité de mettre au point de nouvelles approches pour le domaine de l\u2019informatique, d\u2019utiliser les interactions chimiques pour l\u2019assemblage de dispositifs, d\u2019utiliser des substrats flexibles et de contourner les coûts associés aux technologies du silicium.L\u2019objectif du travail de Jeffrey Mativetsky (Université Strasbourg I-Louis Pasteur) est d\u2019établir des contacts électriques entre des prototypes de fils moléculaires et de corréler leur structure supra-moléculaire aux propriétés de transports.BIOTECHNOLOGIES Développement d'un biosenseur électronique pour la détection rapide du VIH Le domaine des technologies est entré dans une ère nouvelle où les molécules peuvent servir de matériel de base pour construire différentes nanostructures, nanosystèmes ou microdispositifs électroniques.Dans le domaine des biosenseurs électroniques, des molécules d\u2019ADN, d ARN ou des protéines sont présentement utilisées afin de détecter de manière rapide et extrêmement spécifique la présence de molécules cibles (ligands) au moyen d\u2019un processus de reconnaissance moléculaire.Les travaux de recherche du Dr Alexis Vallée-Bélisle (Université de Californie, Santa Barbara) consistent à adapter cette technologie à une plus grande variété de protéines pouvant par exemple reconnaître des anticorps ou des peptides propres au diagnostic rapide du VIH.CHANGEMENTS CLIMATIQUES Les fjords et lacs d'eau douce comme indicateurs des changements climatiques Nous en connaissons très peu sur la microbiologie et l\u2019écologie de ces écosystèmes éloignés, mais il s\u2019avère que le Haut-Arctique canadien est une région extrêmement sensible aux changements environnementaux.Les écosystèmes aquatiques fontpartie des composantes dominantes des paysages du Haut-Arctique, et une concentration d\u2019écosystèmes rares a été identifiée sur la côte nord-ouest de l\u2019île d\u2019Ellesmere.Ces écosystèmes constituent des archives détaillées des changements de climat dans le passé.Les travaux de Dermot Antoniades (Université Laval) permettront de mieux comprendre l\u2019histoire des changements climatiques dans ce milieu vulnérable et l\u2019importance historique des changements récents.Ils permettront aussi de prévoir les effets des changements climatiques futurs.527 Québec 2008-2009*.indd 527 17/11/08 09:25:16 L'état du Québec 2009 BIOALIMENTAIRE Effets des protéines de lactosérum sur le système immunitaire Les travaux de Sylvie F.Gauthier (Université Laval) et de son équipe portent spécifiquement sur la réponse immunitaire d\u2019ingrédients commerciaux à base de protéines de lactosérum et de peptides.Des travaux in vitro réalisés à partir decellules immunitaires de souris ontdémon-tré que certains ingrédients commerciaux et peptides pouvaient effectivement stimuler la prolifération de ces cellules et la sécrétion de cytokines pro- etanti-inflammatoires.Déplus, ces produits permettraient de réduire les symptômes causés par une infection à E.coli chez la souris.Si l\u2019activité immunostimulante est confirmée chez l\u2019humain, cela pourrait valider la bioactivité des produits à base de protéines de lactosérum et accroître leur intérêt à titre de nutraceutiques destinés à la modulation du système immunitaire.ÉCOSYSTÈMES FORESTIERS Coupes forestières et dispersion du caribou forestier Le caribou forestier, une espèce désignée menacée par le gouvernement du Canada en 2000 et vulnérable par le gouvernement québécois en 2005, montre un recul marqué vers 528 le nord de sa limite méridionale d\u2019aire de répartition.L\u2019importance de l\u2019exploitation forestière et la configuration spatiale de la forêt qui en résulte pourraient compromettre le maintien à long terme du caribou dans le paysage boréal exploité.Dans un tel contexte, la prédation pourrait accroître la vulnérabilité du caribou forestier.Le suivi de plusieurs caribous femelles par télémétrie GPS dans un secteur de forêt aménagée (divers âges de peuplement) au nord-est du Saguenay-Lac-Saint-Jean, mené par l\u2019équipe de Jean-Pierre Ouellet (Université du Québec à Rimouski), permet de mieux comprendre l\u2019impact des modifications du milieu sur cet animal.TECHNOLOGIES DE LAMER Un détecteur acoustique de baleines L\u2019équipe multidisciplinaire d\u2019Yvan Simard (Université du Québec à Rimouski) s\u2019ingénie à développer un système intelligent de détection acoustique capable de détecter, d\u2019identifier et de localiser les baleines en continu sur de grands bassins océaniques à partir des sons spécifiques qu\u2019elles émettent, puis de transmettre cette information en temps réel à un centre de contrôle par télécommunication satellitaire et radio.Cette technologie innovatrice tire avantage des développements actuels en acoustique sous-marine et en génie électrique et informatique.Elle peut être mise à profitpour cartogra-phier rigoureusement l\u2019utilisation que les baleines font de leur environnement, localiser leurs habitats sensibles, déterminer les rythmes de fréquentation de certains territoires ou encore minimiser les risques de collision avec les navires.Québec 2008-2009*.indd 528 17/11/08 09:25:16 Panorama de la recherche au Québec GÉNOMIQUE Combattre la gale commune de la pomme de terre La gale commune de la pomme de terre cause des pertes agricoles importantes tantau Québec qu\u2019à l\u2019échelle mondiale.De plus, elle s\u2019attaque parfois à d\u2019autres cultures racines, dont les carottes, les betteraves, les navets etles panais.L\u2019agent causal de la gale commune est une bactérie qui produit une phytotoxine essentielle au développementde la maladie.Les travaux de Nathalie Beaudoin (Université de Sherbrooke) visent à caractériser les mécanismes de résistance à cette phytotoxine, ce qui permettrait de développer de nouvelles variétés de pommes de terre peu touchées par la maladie.MATÉRIAUX Les structures en béton et la sécurité Effondrement des tours du World Trade Center aux États-Unis, écroulement du viaduc de la Concorde à Laval, etc.Le monde fait actuelle-mentface à un important défi relativement à la gestion età la dégradation des infrastructures, et le Québec n\u2019y échappe pas.Malgré le fait que le béton soit le matériau artificiel le plus utilisé sur la planète, la durée de vie utile à long terme des ouvrages qui en sontconstitués faitl\u2019objet d\u2019un doute constant, car ce matériau estconti-nuellement soumis aux assauts de son milieu environnant Les travaux de Jacques Marchand (Université Laval) et de son équipe visent à assurer la sécurité des ouvrages existants et à optimiser la gestion, l\u2019inspection et l\u2019évaluation des structures.TRANSPORT Le défi de la logistique urbaine Le transport de marchandises en ville a fait émerger le besoin d\u2019analyser et de régulariser cette activité afin de réduire la congestion, la pollution et le bruit, d\u2019accroître la mobilité et d\u2019atteindre les objectifs de Kyoto dans un contexte de développement durable.L\u2019idée fondamentale de la logistique urbaine consiste à cesser de considérer chaque chargement, entreprise et véhicule de façon isolée : il faut plutôt les voir comme les éléments d\u2019un système logistique intégré à optimiser dans son ensemble.La logistique urbaine tient compte des comportements logistiques des différents acteurs urbains, ainsi que des actions d\u2019approvisionnement des villes en biens et services.L\u2019équipe de Teodor Gabriel Crainic (Université du Québec à Montréal) se penche sur le développementde méthodes et d\u2019instruments pour planifier et gérer de tels systèmes dans un contexte nord-américain.529 Québec 2008-2009*.indd 529 17/11/08 09:25:16 L'état du Québec 2009 ÉNERGIE Système de génération hybride éolienne-turbine à gaz-pile à combustible La qualité de l\u2019énergie électrique est devenue un enjeu majeur pour une bonne utilisation des ressources énergétiques disponibles.Plus de 65% de l\u2019énergie produite transite dans des convertisseurs de puissance.Les parasites et le brouillage électrique créés par l\u2019utilisation intensive de ces convertisseurs d\u2019alimentation ont des impacts négatifs sur le réseau électrique.Cette préoccupation, ainsi que la législation de plus en plus sévère en matière de pollution harmonique, justifie le développement de nouvelles solutions.Les travaux de Kamal Al-Haddad (École de technologie supérieure de Montréal) portent sur la mise au point de nouvelles technologies électroniques de puissance à base de composants actifs-hybrides permettant de réduire la pollution harmonique et d\u2019augmenter le rendement énergétique des convertisseurs.RESSOURCES NATURELLES Centre d'étude de la forêt (CEF) La vitalité du secteur forestier québécois dépend de la présence de vastes forêts résilien-tes et productives, d\u2019une vision globale des 530 écosystèmes forestiers et de la prise en compte de leurs multiples fonctions.L\u2019aménagement durable des forêts nécessite une meilleure compréhension du fonctionnement de ces écosystèmes.Le CEF a pour mission la formation avancée et la recherche sur l\u2019ensemble des biosystèmes de la forêt québécoise.Il cherche à comprendre le fonctionnement etla dynamique de l\u2019écosystème forestier ainsi qu\u2019à faire de ces connaissances l\u2019assise de recherches pour de nouvelles stratégies d\u2019aménagement de la forêt et de pratiques sylvicoles.RECHERCHE FONDAMENTALE Expérimentation et visualisation géométriques Le domaine de la géométrie esten pleine effervescence.Les scientifiques y trouventdes modèles et des structures pour décrire leur vision de l\u2019univers.Par exemple, les variétés lorentzien-nes, localement modelées sur l\u2019espace-temps, jouent un rôle important en relativité.De plus, à cause de la percée de l\u2019infographie et de l\u2019imagerie, nous assistons à un intérêt croissantpour le problème de la discrétisation de la géométrie.Virginie Charette (Université de Sherbrooke) veut poursuivre l\u2019exploration numérique d\u2019une classe importante de variétés lorentziennes.Certains aspects de ses recherches portent sur la géométrie différentielle discrète, un domaine émergentayantdes applications potentielles en infographie.Québec 2008-2009*.indd 530 17/11/08 09:25:16 Panorama de la recherche au Québec ENVIRONNEMENT Des bactéries contre un gaz à effet de serre Karine Lemarchand (Université du Québec à Rimouski) s\u2019intéresse aux communautés bactériennes du cycle de l\u2019azote dans les milieux côtiers subarctiques, influencés par un enrichissement croissant en azote d\u2019origine anthropique.Dans ces communautés, les bactéries dénitrifiantes jouent un rôle primordial dans le processus d\u2019émission d\u2019oxyde nitreux, un important gaz à effet de serre.La compréhension de la variabilité saisonnière de ces bactéries en relation avec la production in situ d\u2019oxyde nitreux permettent de mieux appréhender l\u2019effet des apports anthropiques sur la production de ce gaz à effet de serre dans les milieux côtiers.AÉROSPATIALE Revêtements minimisant l'usure des microsystèmes électromécaniques pour les applications aérospatiales Les microsystèmes électromécaniques (MEMS) font partie des nombreuses innovations technologiques issues des techniques de nanofabrication.Toutefois, les MEMS sont composés de silicium, un matériel qui s\u2019use très rapidement.Richard Chromik (Université McGill) étudie les revêtements de lubrifiant solides qui pourraient offrir une résistance à l\u2019usure pour les générations futures de MEMS.Grâce à une compréhension approfondie de la tribologie et à l\u2019élaboration de nouveaux revêtements, on pourrait construire des MEMS qui révolutionneraient de nombreux secteurs, tels que l\u2019industrie aérospatiale, l\u2019industrie biomédicale et les télécommunications.NOUVELLES TECHNOLOGIES DE LA SANTÉ Piéger les virus grâce à des nanomatériaux luminescents ou magnétisables Des méthodes rapides et ultrasensibles d\u2019identification d\u2019agents pathogènes, tels des virus à l\u2019état de trace, sont très importantes pour le diagnostic clinique, la thérapie génique et les études biomédicales.Une avenue prometteuse consiste en la synthèse de nanomatériaux (quantum dots) aux propriétés exceptionnelles (luminescents/magnétisables) qu\u2019on pourrait attacher aux éléments biologiques pathogènes afin de les suivre optiquement et de les piéger au moyen d\u2019un champ magnétique.La chercheuse Dongling Ma (Institut national de la recherche scientifique) se consacre au développement de ces nanomatériaux et à leur adaptation pour des applications biomédicales.531 Québec 2008-2009*.indd 531 17/11/08 09:25:16 Fonds québécois de la recherche sur la nature et les technologies Nos chercheurs bâtissent un avenir durable La principale contribution de la recherche à la société québécoise, c'est la formation d'une relève.Le Fonds québécois de la recherche sur la nature et les technologies est un acteur de premier plan dans la formation d'une main-d'oeuvre hautement qualifiée en I sciences naturelles et en génie.Il soutient le développement de créneaux stratégiques pour la prospérité du Québec.d'aujourd'hui et de demain.La mission du Fonds Nature et Technologies est de promouvoir et de développer la recherche, d'assurer sa diffusion et d'encourager la formation par la recherche dans les domaines reliés principalement aux sciences naturelles et au génie.Pour en savoir plus, visitez notre site au www.fqrnt.gouv.qc.ca Fonds de recherche sur la nature et les technologies Québec Cl El Cl Cl Québec 2008-2009*.indd 532 17/11/08 09:25:16 Regards sur le Canada 534 Un deuxième gouvernement Harper minoritaire -au Québec, le conservatisme perd du terrain 540 Le gouvernement Harper désamorce le piège afghan 547\tLe cas Khadr : le Canada viole-t-il les droits de l\u2019homme?548\tLa stratégie de défense du gouvernement Harper : politique cohérente et justifiée?554 L\u2019industrie de défense canadienne bénéficiera-t-elle de la politique du gouvernement Harper?556 Stephen Harper et les médias : une relation trouble 560 L\u2019 arrêt Charkaoui : entre sécurité nationale et justice fondamentale 568\tdestin canadien de la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones 569\tLe référendum sur le mode de scrutin en Ontario 574 Le retour du Canada dans l\u2019Arctique ou le parfait alignement des logiques stratégiques, politiques et idéologiques Québec 2008-2009*.indd 533 17/11/08 09:25:17 Un deuxième gouvernement Harper minoritaire - au Québec, le conservatisme perd du terrain Michel Venne Directeur général, Institut du Nouveau Monde Le 14 octobre 2008, les électeurs canadiens ont reporté au pouvoir le gouvernement conservateur de Stephen Harper sans toutefois lui accorder la majorité que celui-ci voulait obtenir en déclenchantdes élections moins de trois ans après avoir été élu.Les urnes accouchent d\u2019un gouvernement minoritaire pour la troisième élection de suite, après celle de Paul Martin en 2004 et du premier gouvernement Harper en 2006.C\u2019est au Québec que le Parti conservateur (PC) a failli à la tâche, conservant certes 10 sièges, comme en 2006, mais en perdant du terrain en termes de suffrages.Les troupes de M.Harper ont récolté 11 sièges de plus en Ontario et 7 déplus dans l\u2019ouest du pays.Le Bloc québécois s\u2019est de nouveau imposé comme la formation politique de loin la plus puissante au niveau fédéral au Québec en raflantprès des deux tiers des sièges québécois au Parlement L\u2019appui populaire au Bloc a toutefois fléchi, ce dernier récoltant 38% des votes, contre 42 % deux ans plus tôt À l\u2019échelle canadienne, et malgré une légère remontée au Québec, le Parti libéral du Canada (PLC) a perdu, depuis les dernières élections, près de 900 000 votes et 26 sièges, dont 19 en Ontario, son bastion historique.Le chef libéral, Stéphane Dion, a été contraint d\u2019annoncer sa démission quelques jours après le scrutin.534 Le « tournantvert» qu\u2019il proposaitde négocier n\u2019a pas su convaincre l\u2019électorat de ramener au pouvoir le parti du scandale des commandites.Le Nouveau Parti démocratique (NPD) de Jack Layton a partiellementprofité de la dégringolade libérale en faisant élire huit députés de plus qu\u2019en 2006, mais sans accroître substantiellement son appui populaire.Pour la première fois, un député néodémocrate a été élu au Québec dans le cadre d\u2019élections générales.Il s\u2019agit de Thomas Mulcair, dans Outremont.Malgré sa présence aux débats télévisés et une couverture médiatique généreuse, le Parti vert du Canada est resté incapable de faire élire un seul député, pas même sa chef, Elizabeth May.Ces élections, déclenchées par le premier ministre en contravention avec la loi sur les élections à date fixe qu\u2019il avait lui-même fait adopter, n\u2019ont guère soulevé l\u2019enthousiasme des électeurs.Le taux de participation a été le plus bas de l\u2019histoire canadienne, à 59,1%.Au Québec, le taux de participation s\u2019est élevé à 60,1 %.Les urnes accouchent d'un gouvernement minoritaire pour la troisième élection fédérale de suite.Québec 2008-2009*.indd 534 17/11/08 09:25:17 Regards sur le Canada Jack Layton en campagne électorale à Montréal.L'appui de 22 % des électeurs inscrits Avec 143 sièges, le Parti conservateur est à court de 12 députés pour atteindre la majorité à la Chambre des communes.Il récolte 19 sièges de plus qu\u2019en 2006 et gagne quelques points en pourcentage du vote obtenu : 37,6 %, contre 36,3 % trois ans auparavant À cause de la diminution de la participation électorale, le PC a toutefois récolté 170 000 votes de moins que lors des dernières élections.En considérant le pourcentage de votes obtenus par le parti de M.Harper (37,6%) et le taux de participation électorale (59,1%), M.Harper gouverne avec l\u2019appui de seulement 22 % des électeurs inscrits.Ces chiffres illustrent bien les paradoxes de notre mode de scrutin uninominal à un tour.Après les élections, des voix se sont de nouveau TABLEAU 1 Taux de participation aux élections fédérales 2004\t2006\t2008 Canada\t60,9%\t64,7%\t59,1 % Québec\t60,5%\t63,9%\t61,1 % faitentendre en faveur de l\u2019introduction d\u2019une part de proportionnelle dans notre système électoral.Près d\u2019un million de Canadiens (près de 7 % des suffrages) ont voté pour le Parti vert.Ces électeurs ne sontpas représentés à la Chambre des communes.Les conservateurs bloqués au Québec Le Québec a résisté aux sirènes conservatrices.Le PC s\u2019en est tenu à 10 sièges, comme en 535 Québec 2008-2009*.indd 535 17/11/08 09:25:18 L'état du Québec 2009 TABLEAU 2 Résultats des élections fédérales au Québec \t\t\t\t\t \t\t\t\t\t PC\t10\t24,6\t908 000\t10\t21,7\t785 000 P LC\t13\t20,8\t766 000\t14\t23,7\t860 000 Bloc québécois\t51\t42,1\t1 553 000\t49\t38,1\t1 380000 NPD\t0\t7,5\t276 000\t1\t12,2\t441 000 Parti vert\t0\t4\t147 000\t0\t3,5\t126 000 Autres\t1\t1\t41 000\t1\t0,8\t29 000 2006.Mais le parti de Stephen Harper a récolté quelque 125 000 votes de moins, et l\u2019appui populaire dont il jouissait a fléchi, passant de 24,6% à 21,7% des suffrages exprimés.Si, au début de la campagne électorale, les sondages donnaientau Parti conservateur une chance de doubler sa députation québécoise, la campagne aura permis auxprogressistes du Québec de renverser la vapeur.Dès l\u2019ouverture des hostilités (cette campagne a laissé place à plus d\u2019hostilité et d\u2019attaques personnalisées qu\u2019à l\u2019habitude), le Bloc québécois a fait valoir l\u2019incompatibilité des politiques conservatrices avec les besoins et les valeurs des Québécois, montrant notamment du doigt l\u2019attitude du gouvernement à l\u2019égard de la présence militaire du Canada en Afghanistan, les compressions budgétaires annon- Le libéral Stéphane Dion en campagne à Westmount.\u2022Rh£f 536 Québec 2008-2009*.indd 536 17/11/08 09:25:18 Regards sur le Canada Gilles Duceppe, chef bu Bloc québécois.h rjri cées quelques j ours avant le déclenchement des élections dans le domaine culturel et les politiques conservatrices en matière de criminalité.Tout au long de sa tournée, M.Duceppe a tenté de canaliser l\u2019insatisfaction à l\u2019égard de M.Harper en invitant autant les fédéralistes que les souverainistes à voter pour le Bloc afin d\u2019arrêter la marche conservatrice au Québec.Sa campagne a bénéficié de la mobilisation inattendue des artistes.L\u2019un des clous de celle-ci a été la production d\u2019une vidéo, largement diffusée sur Internet, qui montre le populaire chanteur Michel Rivard, l\u2019humoriste Stéphane Rousseau et le comédien Benoît Brière dénonçant des diminutions d\u2019une quarantaine de millions de dollars (sur plusieurs milliards) dans les budgets destinés à la culture.La divulgation, tard dans la campagne, du programme électoral des conservateurs, mettant l\u2019accent sur un resserrement des lois sur les jeunes contrevenants, a été une autre occasion de faire valoir l\u2019inadéquation des politiques conservatrices avec les préférences des Québécois.Le PC a également commis une erreur en faisant circuler une publicité dénonçant la présumée inutilité du Bloc québécois depuis qu\u2019il fait élire des députés à Ottawa.Le 14 octobre 2008, le Bloc a fait élire 49 députés (contre 51 en 2006) et a obtenu 38 % des suffrages (contre 42 % en 2006).L\u2019appui au Bloc fléchit, mais se maintient à un niveau élevé.Le parti a accusé une perte de près de 175 000 votes entre les deux élections.Ce fléchissement de l\u2019appui bloquiste n\u2019est pas de bon augure pour le Parti québécois et pour le mouvement souverainiste.Il est en partie imputable au fait que le Bloc n\u2019a pas M.Harper gouverne avec l'appui de seulement 22% des électeurs inscrits.537 Québec 2008-2009*.indd 537 17/11/08 09:25:19 L'état du Québec 2009 m if Au Québec, le parti de Stephen Harper a récolté quelque 125 000 votes de moins.largement fait campagne sur la souveraineté, même s\u2019il n\u2019a jamais caché son allégeance.Les bloquistes ne sont toutefois pas les seuls à avoir profité de la peur partagée par bien des Québécois de voir arriver à Ottawa un gouvernement majoritaire.Un regain d'appui aux progressistes Les libéraux ont repris le dessus sur les conservateurs avec 14 sièges (l de plus qu\u2019en 2006), 23,7% des suffrages (contre 20,8% en 2006) etprès de 100 000 votes déplus (860 000 contre 766 000) que trois ans auparavant.Le fils de l\u2019ancien premier ministre Pierre Elliott Trudeau, Justin Trudeau, a battu la bloquiste Vivian Barbot dans Papineau, malgré les manifestations des Jeunes Patriotes.Cette fois, l\u2019astronaute Marc Garneau a réussi son atterrissage en politique (il avait mordu la poussière aux dernières élections) en remportant Westmount-Ville-Marie.Le Nouveau Parti démocratique a fait réélire le député d\u2019Outremont, Thomas Mulcair (lui 538 qui était entré au Parlement par la porte d\u2019une élection partielle).Plus largement, l\u2019appui au NPD a progressé de manière importante avec 12,2% du vote (contre 7,5% en 2006) et 441000 bulletins marqués en sa faveur (contre 276 000 en 2006).Notons que même avec plus de la moitié du nombre de votes obtenus par les libéraux et les conservateurs, le NPD n\u2019obtient qu\u2019un seul siège avec le mode de scrutin actuel contre respectivement 14 et 10 pour les deux partis dominants.En dépit d\u2019une bonne campagne nationale, l\u2019appui au Parti vert a diminué au Québec.Et le Québec a renvoyé aux Communes le député indépendant André Arthur, ancien roi de la radio poubelle à Québec, qui conserve la circonscription de Portneuf-Jacques-Cartier où les conservateurs n\u2019ont présenté aucun candidat M.Arthur continue de faire de la radio et de la télévision et occupe divers autres emplois tout en étant député.Il semble qu\u2019aucune règle éthique ne l\u2019empêche de cumuler ces fonctions.Québec 2008-2009*.indd 538 17/11/08 09:25:19 Regards sur le Canada TABLEAU 3 Résultats des élections fédérales au Canada \t\t\t\t\t\t \t\t\t\t\t\t PC\t124\t36,3\t5 374 000\t143\t37,6\t5 205 000 P LC\t103\t30,2\t4 479 000\t77\t26,2\t3 630 000 Bloc québécois\t51\t10,1\t1 553 000\t49\t10\t1 380000 NPD\t29\t17,5\t2 590 000\t37\t18,2\t2 517 000 Parti vert\t0\t4,5\t664 000\t0\t6,8\t941 000 Autres\t1\t1\t177 000\t2\t1,2\t156 000 Des conservateurs québécois au Cabinet Les résultats obtenus par les conservateurs ont donné des maux de tête au premier ministre pour la composition de son Conseil des ministres.Avant les élections, M.Harper avait utilisé l\u2019argument selon lequel, pour avoir des ministres au Cabinet, une province devait élire des conservateurs.Le ministre non élu Michael Fortier, qui était responsable de la région de Montréal, n\u2019a pas su déloger la députée bloquiste Melli Faille dans Vaudreuil-Soulanges.Pour représenter Montréal au Cabinet, M.Harper a faitappel au député de Mégantic-L\u2019Érable, Christian Paradis, qui hérite des Travaux publics, en plus d\u2019être le lieutenant de Stephen Harper au Québec.Ancien ministre provincial de Robert Bou-rassa, Lawrence Cannon hérite du très important portefeuille des Affaires étrangères.Le député de Roberval-Lac-Saint-Jean, Roger Lebel, hérite du Développement économique des régions du Québec.Le député de Jonquière-Alma, Jean-Pierre Blackburn, et la députée de Louis-Saint-Laurent dans la région de Québec, Josée Verner, sont demeurés au Conseil des ministres malgré de mauvaises performances dans leurs fonctions antérieures, le premier héritant du Revenu (alors qu\u2019il était responsable du Déve-loppementéconomique) etl\u2019autre, des Affaires intergouvemementales, une sinécure qui relève directementdu premier ministre-Josée Verner détenait, avant les élections, le prestigieux portefeuille du Patrimoine canadien.L\u2019ancien ministre Maxime Bernier a été réélu en Beauce malgré sa maladresse aux Affaires étrangères et la désormais fameuse affaire Julie Couillard (du nom de son ancienne petite amie qui avait auparavant entretenu des relations avec des hommes reliés au crime organisé et chez qui l\u2019ancien ministre avaitlaissé des documents secrets).Mais M.Harper l\u2019a laissé siéger à l\u2019arrière-ban cette fois-ci.539 Québec 2008-2009*.indd 539 17/11/08 09:25:19 Le gouvernement Harper désamorce le piège afghan Marc André Boivin Directeur adjoint, Réseau francophone de recherche sur les opérations de paix (ROP) Membre de l\u2019International Institute for Strategie Studies (IISS), Londres Début mars 2006, le premier ministre, Stephen Harper, rend visite aux troupes canadiennes déployées dans la région de Kandahar, en Afghanistan.C\u2019estlà un des premiers gestes du gouvernement conservateur minoritaire toutjuste élu.Il signale clairementla place centrale que la nouvelle équipe entend donner à l\u2019engagement canadien en Afghanistan, alors pressenti comme symbole d\u2019une nouvelle politique extérieure.Pour les conservateurs, cette politique se veut plus musclée, alignée sur les réalités nord-américaines et moins portée sur les «concepts internationalistes grandiloquents » chers aux libéraux.En se rendant sur place, le premier ministre veut attirer l\u2019attention du public canadien sur l\u2019importance des efforts consentis en Afghanistan, il s\u2019apprête à être servi bien au-delà de ses espérances.Au moment de prendre le pouvoir, le Parti conservateur hérite d\u2019un engagement en Afghanistan qui date de plus de quatre ans.Le Canada s\u2019est d\u2019abord impliqué, à partir de la fin 2001, à travers l\u2019opération Liberté immuable (Enduring Freedom).Cette opération, sous direction américaine, est le principal volet militaire de la «guerre au terrorisme» lancée par l\u2019administration de George W.Bush au lendemain des attentats du 11 septembre 2001.En quelques jours, en signe de solidarité, des navires canadiens sont dépêchés dans le golfe Persique pour intercepter dans leur fuite des sympathi- 540 sants présumés d\u2019Al-Qaïda.Ceux-ci seront suivis par l\u2019envoi en Afghanistan de troupes spéciales ainsi que d\u2019un contingent militaire en 2002.Le Canada maintient, depuis, quelques troupes sous la bannière américaine au titre de sa contribution à la lutte contre le terrorisme.La participation canadienne à la guerre en Afghanistan entre dans une deuxième phase en février 2003 lorsque le ministre de la Défense nationale, lohn McCallum, annonce l\u2019envoi de près de 2 000 militaires à Kaboul pour le mois d\u2019août dans le cadre de la Force internationale d\u2019assistance à la sécurité (FIAS) de l\u2019OTAN, qui compte alors 5 000 militaires de 29 pays1.Il s\u2019agit d\u2019un engagementmajeurpour le Canada, pour qui l\u2019Afghanistan prend la relève des Bal- kans comme principal théâtre de déploiement de troupes à l\u2019étranger.L\u2019ampleur de la participation et, surtout, le moment choisi pour effectuer cette annonce tiennentpour beaucoup à la conclusion de longs mois de délibérations acrimonieuses au sujet de l\u2019invasion américaine de l\u2019Irak qui se dessine : le Canada n\u2019offrira pas son soutien2.Ainsi, la contribution canadienne à la FIAS - opération intimement liée à la politique étrangère américaine - est Les conservateurs choisissent de se démarquer en poussant encore plus loin dans la voie tracée par leurs prédécesseurs.Québec 2008-2009*.indd 540 17/11/08 09:25:19 Regards sur le Canada une monnaie d\u2019échange.À Ottawa, on parle alors d\u2019une « solution afghane» à l\u2019ire causée par le désaveu canadien des plans de Washington en Irak3.La « solution afghane » : intervention de compromis Deux décisions ultérieures ontdes conséquences plus directes encore sur les choix offerts au gouvernement Harper au moment de son accession au pouvoir.D\u2019abord, en février 2005, le gouvernementlibéral de Paul Martin annonce la nomination du général Rick Hillier à la tête des Forces armées canadiennes.Issu de l\u2019armée de terre, le général Hillier a participé à plusieurs déploiements à l\u2019étranger et a commandé la FIAS en Afghanistan de février à octobre 2004.Par ailleurs, rare privilège pour un officier canadien, il avaiten 1998 été nommé général-commandant adjoint d\u2019une unité d\u2019élite de l\u2019armée américaine, le IIIe Corps blindé, basé à FortHood, au Texas.Ces deux facettes de son parcours - son expérience en ce qui a trait aux déploiements multinationaux en zone de crise et les liens tissés avec ses collègues américains - ont une influence déterminante sur la réforme en profondeur des Forces canadiennes qu\u2019il se propose de mener au moment de son entrée en fonction.Il s\u2019agit de transformer l\u2019appareil militaire pour en faire un outil plus flexible et plus facile à déployer afin de l\u2019adapter aux menaces imprévisibles de l\u2019èrepost-septembre 2001 (voir article p.541).Surtout, son plan repose sur un postulat: la mission en Afghanistan représente l\u2019avenir, et les Forces canadiennes doivent mieux s\u2019y préparer.Depuis la fin 2003, la FIAS, initialement présente uniquement à Kaboul, étend graduellement son action à l\u2019ensemble de l\u2019Afghanistan.Le pays a été divisé en secteurs pris en charge par les nations qui se portent volontaires.Or, les relations transatlantiques houleuses - en raison, notamment, de la crise irakienne - et les désaccords persistants sur la nature et la finalité des opérations en Afghanistan nuisent considérablement au recrutement de pays volontaires4.En 2005, la moitié sud de l\u2019Afghanistan reste hors de portée de la FIAS.Les pays s\u2019y précipitent d\u2019autant moins que le Sud et l\u2019Est sont beaucoup plus agités que l\u2019Ouest, le Nord etles environs de Kaboul.Installé à Kaboul, mais fortement sollicité par ses alliés, le Canada pendant ce temps tergiverse.L\u2019arrivée de Hillier à la tête des Forces armées canadiennes change la donne.Le commandant en chefnon seulementcautionne la proposition, déjà envisagée, de déplacer des troupes vers Kandahar, mais dresse un plan encore plus ambitieux dans lequel le Canada prendrait en charge cette région clé du sud de l\u2019Afghanistan5.Une décision en ce sens est rendue publique en mai 2005.Un premier contingent plus restreint doit assumer le ommandement de l\u2019équipe de reconstruction provinciale (mieux connu sous son acronyme anglais PRT) à Kandahar dès août 2005,\tl\u2019essentiel des troupes suivra en février 2006.L'Afghanistan vu de la colline du Parlement Au moment de prendre le pouvoir, le gouverne-mentHarper hérite donc d\u2019une décision majeure prise par ses prédécesseurs quelques mois plus tôt La visite des troupes en mars 2006 non seulement signale l\u2019importance accordée à la mission en Afghanistan, mais cautionne les politiques libérales vis-à-vis de l\u2019Afghanistan.En fait, les conservateurs choisissent de se démarquer non pas en rompant avec leurs prédécesseurs, mais en poussant encore plus loin dans la voie tracée.Ainsi, les réinvestissements prévus dans le cadre de la transformation des Forces canadiennes sont significativement rehaussés.Alors que les libéraux étaient déchirés au sujet de la nature réelle de cette mission, à la fois antiterroriste et humanitaire (dans la lignée des missions de stabilisation « robustes » 541 Québec 2008-2009*.indd 541 17/11/08 09:25:19 Photo:Tom Hanson/LA PRESSE CANADIENNE L'état du Québec 2009 Le premier ministre canadien, Stephen Harper (à droite) et le ministre de la Défense, Peter MacKay, après une conférence de presse au sujet de la mission canadienne en Afghanistan, lors du Sommet de l'OTAN à Bucarest en avril 2008.des Balkans), les conservateurs clament haut et fort leur adhésion à une approche qui tient bien plus de la contre-insurrection à l\u2019américaine que de l\u2019opération de paix.Élu en minorité, le gouvernement conservateur choisit néanmoins de toiser l\u2019opposition au sujet de la politique en Afghanistan.Au départ, Stephen Harper refuse même de considérer un débat ouvert et sans conséquence à la Chambre des communes.Le premier ministre allègue qu\u2019un tel débat remettrait en cause le soutien de la classe politique aux troupes sur le terrain et enverrait un message de dissension plutôt que d\u2019unité, ce qui aurait pour conséquence d\u2019inquiéter les alliés du Canada et d\u2019encourager ceux qui s\u2019opposent violemment à la présence canadienne en Afghanistan.542 Historiquement, les déploiements de troupes à l\u2019étranger sont essentiellement l\u2019affaire de l\u2019exécutif au Canada (contrairement à plusieurs autres démocraties dans le monde).Cependant, placé en minorité, le gouvernement conservateur ne peut imposer son ordre du jour.Cette réalité rattrape le gouvernement conservateur qui concède un débaten chambre au mois d\u2019avril 2006.Au cours de celui-ci, les quatre principaux partis politiques renouvel-lentleur soutien à la mission canadienne, tout en soulevant certaines interrogations pas tant sur la légitimité de la présence canadienne en Afghanistan que sur le caractère fortement militaire de celle-ci.Les choses s\u2019enveniment vraiment par la suite lorsque les trois partis d\u2019opposition se Québec 2008-2009*.indd 542 17/11/08 09:25:20 Regards sur le Canada liguent de nouveau, cette fois-ci pour forcer la tenue d\u2019un vote en chambre au sujet du renouvellement de la présence des troupes canadiennes à Kandahar, dont le mandat arrive à échéance en février 2007.Dans un premier temps, le gouvernement conservateur accuse de nouveau les partis d\u2019opposition d\u2019irresponsabilité et refuse catégoriquement de se prêter au jeu.Cependant, confronté à une opposition unie, Stephen Harper sait qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un combat perdu d\u2019avance.En mai, à deux jours de préavis, il annonce un débat parlementaire suivi d\u2019un vote au sujet du renouvellement du mandat des troupes canadiennes dans la région de Kandahar.Les trois partis d\u2019opposition protestent avec véhémence.Ils dénoncent tant le manque de temps pour se préparer que l\u2019absence complète de consultation.Alors que tous les partis politiques avaient tenu à manifester leur soutien à la mission à peine un mois plus tôt, le résultat du vote à l\u2019issu du débat est de 149 voix en faveur du renouvellement et de 145 contre.Le Nouveau Parti démocratique (NPD) etle Bloc québécois s\u2019y opposent, ainsi que la majorité de la députation libérale (sans chef depuis la démission de Paul Martin, celle-ci a la permission de voter librement).Les motifs invoqués tiennent d\u2019abord à l\u2019attitude cavalière du gouvernement qui refuse de laisser l\u2019opposition jouer un rôle dans ce dossier.Au final, le gouvernement conservateur se trouve désormais isolé et en position de faiblesse au sujet de sa politique en Afghanistan.Sur le terrain et dans l'opinion En parallèle, le redéploiement à Kandahar se révèle bien plus ardu que prévu.Au cours des premiers mois, les soldats canadiens affrontent des combats de grande ampleur, et les morts ne tardentpas à se succéder.Alors qu\u2019un seul soldat canadien a péri en 2005 en Afghanistan, 36 y laissent leur vie au cours de l\u2019année 2006.En septembre, l\u2019armée canadienne est Le rapport du libéral John Manley dresse un bilan sévère de la mission canadienne en Afghanistan.engagée dans ses plus grandes opérations militaires depuis la guerre de Corée.Les images de guerre et de cérémonies d\u2019adieux sortent brutalement le grand public de sa torpeur.Les Canadiens prennent al ors conscience de l\u2019importance de l\u2019engagement en Afghanistan, mais n\u2019arriventpas nécessairement aux mêmes conclusions que le gouvernement Harper.Le taux d\u2019appui à la mission dégringole, plus encore au Québec6.Les partis d\u2019opposition ne s\u2019y trompent pas.Ce qui était surtout un vote de protestation contre l\u2019approche unilatérale intransigeante du gouvernement conservateur au moment de discuter du renouvellement du mandat des troupes canadiennes en mai 2006, devient graduellement une remise en cause complète de la mission en Afghanistan.Le NPD en vient à réclamer le retrait immé-diatdes troupes.Le Bloc québécois, quanta lui, demande à ce que la mission prenne fin à l\u2019issue de son mandat, en février 2009.Pour le Parti libéral, les choses sont plus compliquées.En tant que principal maître d\u2019œuvre de l\u2019intervention canadienne en Afghanistan, les libéraux sont bien mal placés pour se lancer dans une charge en règle contre la mission.L\u2019élection à la tête du parti de Stéphane Dion, l\u2019un des députés libéraux d\u2019avant-plan les plus critiques à l\u2019égard de la mission en Afghanistan, ne résorbe pas pour autantles divisions.Exposés au grand jour lors du vote sur le renouvellement de mandat en mai 2006, les désaccords séparentd\u2019un côté les ténors du parti, qui se sentent personnellement engagés vis-à-vis de la mission canadienne en Afghanistan et, de l\u2019autre côté, la majorité des députés libéraux, dont les doutes à l\u2019égard de la mission sont confortés par une opinion publique de plus en plus hostile.Stéphane Dion, qui peine à s\u2019imposer au sein de son parti, louvoie graduellement vers 543 Québec 2008-2009*.indd 543 17/11/08 09:25:20 L'état du Québec 2009 une position de plus en plus critique à l\u2019égard de la politique gouvernementale en Afghanistan.Il finitpar annoncer que les libéraux n\u2019appuieront pas le renouvellement du mandat, après février 2009, des militaires canadiens présents dans la région de Kandahar à moins qu\u2019un rééquilibrage majeur s\u2019effectue auprofit des efforts diplomatiques et de l\u2019aide au développement Isolé à la Chambre des communes, sous pression de l\u2019opinion publique, et aux prises avec une nouvelle épreuve de force au sujet du renouvellement de mandat, le gouvernement Harper réussit un coup de maître à l\u2019automne 2007 lorsqu\u2019il annonce la mise sur pied d\u2019un groupe d\u2019experts pour discuter de l\u2019avenir de la mission canadienne en Afghanistan.Le groupe est mené par nul autre que lohn Manley qui a occupé, entre autres, le poste de ministre des Affaires étrangères du temps où les libéraux étaient encore au pouvoir.Ainsi, non seulement Stephen Harper faitmentir ceux qui lui reprochent son manque de transparence et son souverain mépris pour toute consultation avec l\u2019opposition, mais, surtout, la nomination d\u2019un libéral aussi éminent à la tête du groupe d\u2019experts fait voler en éclat le fragile consensus émergent au sein du parti vis-à-vis de la mission canadienne en Afghanistan.Manley, cheval de Troie des conservateurs Le groupe d\u2019experts publie son rapport le 22 janvier 2008.Il dresse un bilan sévère de la mission canadienne en Afghanistan7.Ce sombre diagnostic tranche singulièrement avec la stratégie gouvernementale de communication : celle-ci martèle une litanie d\u2019avancées observées en Afghanistan, peu importe l\u2019accumulation des indicateurs à l\u2019effet contraire.Dans ses recommandations, le rapport demande à ce que le mandat des militaires canadiens à Kandahar soitrenouvelépour deux années supplémentaires après février 2009.Il pose cependant certaines conditions à ce 544 renouvellement, il réclame un engagement de 1000 soldats supplémentaires de la part d\u2019un pays partenaire et l\u2019envoi sur place de nouveaux drones de surveillance ainsi que d\u2019hélicoptères.En parallèle, le rapport reprend l\u2019idée d\u2019un rééquilibrage: la mission, essentiellement militaire, doit se réorienter vers le développement etla mise en place des conditions nécessaires à une paix durable.Les engagements concrets comme les soldats et l\u2019équipement supplémentaires sont à la charge des pays alliés du Canada ainsi que du budget de défense - un poste de dépense choyé par les conservateurs.Quant au rééquilibrage, la notion demeure relativement ésotérique : libre au gouvernement d\u2019en interpréter le sens.Pour ajouter à la pression, avec en poche des sondages qui lui sont favorables, le gouvernement Harper décide de considérer le vote sur le renouvellementde mandatcomme une question de confiance.Divisés, mal préparés à des élections, les libéraux sont mis au pied du mur.Après quelques semaines de discussions, les conservateurs et les libéraux s\u2019entendent sur une motion pour renouveler la présence des militaires canadiens dans la région de Kandahar de février 2009 à la fin 2011.Le 13 mars 2008, avec l\u2019appui des deux principaux partis à la Chambre des communes, la motion estadop-tée facilement à 198 voix pour et 77 voix contre.Sur le front intérieur, le gouvernement Harper a réussi à désamorcer le piège afghan.Entre-temps, en Afghanistan, tout indique que la situation continue de se détériorer.L\u2019armée américaine a constaté une augmentation de 400% des attentats-suicides entre 2005 et 2006 ainsi qu\u2019une multiplication par deux du nombre d\u2019attaques à l\u2019aide d\u2019engins explosifs improvisés.En 2007, les violences s\u2019accroissent à nouveau de 27 %s.La mission des Nations Unies en Afghanistan rapporte quant à elle une augmentation du nombre d\u2019incidents répertoriés (la moyenne passe de425 par mois en 2006 Québec 2008-2009*.indd 544 17/11/08 09:25:20 Regards sur le Canada à 566 en 2007), tout en précisant que ceux-ci ont de plus en plus tendance à se concentrer dans certains districts, dont ceux où opèrent principalement les troupes canadiennes9.Le général américain David W.Barno, ancien commandant des forces américaines en Afghanistan, parle de «forces insurgées incontestablement beaucoup plus fortes que celles auxquelles nous étions confrontés en 200410».Sur le terrain : de mal en pire Malheureusement, cette tendance semble se poursuivre en 2008.Se basant sur des chiffres compilés par des sources locales, le chercheur américain Barnett Rubin parle d\u2019une augmentation nationale de 39% des violences en Afghanistan à la mi-2008 par rapport à la même période en 2007, elle-même déjà une année record.Ces chiffres correspondent à ceux présentés par le commandant américain, le major général Jeffrey J.Schloesser, qui parle quanta lui d\u2019une augmentation de 40% entre janvier et mai 2008 par rapport à la même période l\u2019année précédente11.Les violences accrues, les retombées de la crise politique au Pakistan, la hausse spectaculaire de la production de drogue et l\u2019incapacité du gouvernement afghan à s\u2019organiser et à s\u2019imposer soulèvent de graves préoccupations chez les alliés du Canada.Plusieurs en sont venus à redouter un échec de la mission de l\u2019OTAN en Afghanistan12.Pendantce temps, au Canada, la même campagne d\u2019information «tout va très bien» se poursuit de plus belle, en dépit de la transparence réclamée par le rapportManley13.À titre d\u2019exemple, le nouveau chefd\u2019état-major canadien, Walter Natynczyk, en visite à Kandahar au mois de juillet 2008, non seulement nie la dégradation de la situation, mais affirme avoir constaté de lui-même des progrès substantiels.Presque en même temps, son homologue américain, l\u2019amiral Mullen, parle d\u2019une crise en Afghanistan avec des troupes trop peu nom- breuses, des insurgés mieux organisés et des pertes en hausse marquée14.Le général Natynczyk a dû se rétracter15.Les talibans sontprobablementmoins puissants que ce que laissent entendre les articles alarmistes publiés au lendemain d\u2019une attaque spectaculaire ou particulièrement meurtrière.Les informations véhiculent des perceptions qui ont des conséquences très concrètes sur le terrain.On peut comprendre le gouvernement conservateur de vouloir façonner un portrait plus conforme à ses objectifs.Cependant, le gouvernement Harper ne pourra pas échapper à une réalité qui le rattrape, avec sur le terrain une moyenne d\u2019une trentaine de soldats morts au combat par année depuis le déploiement canadien à Kandahar.Stephen Harper a réussi avec brio à neutraliser ses adversaires à la Chambre des communes sur la question de l\u2019Afghanistan.Ce succès tactique n\u2019empêchera pas pour autant les citoyens de se demander : « Qu\u2019aurons-nous accompli en 2011?», « Est-ce que tout cela en valait vraiment la peine?» Sensé mettre en valeur sa nouvelle politique étrangère plus réaliste et virile, le gouvernement Harper traîne désormais l\u2019Afghanistan comme un boulet attaché à ses pieds.L\u2019auteur de ce texte est chercheur membre du Centre d\u2019études et de recherches internationales de l\u2019Université de Montréal (CERJUM).Notes 1.\tCoulon,Jocelyn,«LeCanadas\u2019engageenAfgha-nistan», dans Jocelyn Coulon (dir.), Guide du maintien de la paix, Montréal, Athéna éditions, 2004, p.82-84.2.\tJean Chrétien a clos les discussions de manière dramatique le 17 mars 2003 en se levant en Chambre 545 La motion pour renouveler la présence des militaires canadiens dans la région de Kandaharjusqu'en 2011 est adoptée facilement le 13 mars 2008.Québec 2008-2009*.indd 545 17/11/08 09:25:20 L'état du Québec 2009 pour annoncer au peuple canadien, ainsi qu\u2019au reste du monde, que le Canada ne participerait pas à une action militaire en Irak à moins qu\u2019une nouvelle résolution en ce sens ne soit adoptée au Conseil de sécurité de l\u2019ONU, ce qui était très peu probable à ce stade de la crise.3.\tGross Stein, Janice et Eugene Lang, The Unexpected War.Canada in Kandahar, Toronto, Viking Canada, 2007, p.73.4.\tGallis, Paul, NATO in Ajyhanistan.A test of the Transatlantic alliance, CRS Report of Congress RL33627, Congressional Research Service, 2006, p.3-4.5.\tGross Stein, Janice et Eugene Lang, op.cit., p.181-186.6.\tLaghi Brian, «Support for Afghan Mission falls sharply in new poll», The Globe and Mail, 20 juillet 2006.7.\tGroupe d\u2019experts indépendant sur le RÔLE FUTUR DU CANADA EN AFGHANISTAN, Rapport jïnal, présidé par John Manley, Ottawa, Gouvernement du Canada, 2008.8.\tJones, Seth J., Counterinsurgency in Afghanistan, Rand Corporation, p.48-49.9.\tOrganisation des Nations Unies, La situation en Afghanistan et ses consequences pour la paix et la se'curite' internationales, Rapport du Secrétaire général, A/62/722-S/2008/158, 5.10.\tBarno, David W., House of Foreign Affairs Committee Testimony, reproduit par le Near East South Asia Center for Strategic Studies, 2 avril 2008, p.4.11.\tMazzeti, Mark, «Military death toll rises in Afghanistan », Neto York Times, 2 juillet 2008.12.\tVoir «Afghanistan: the need for international resolve», InternationalCrisisGroup, Asia Report n° 145, février 2008 et « Where the sniping has to stop.Afghanistan and NATO», The Economist, 7 février 2008.13.\tDans la foulée du rapport, le gouvernement a entériné la création d\u2019un comité parlementaire spécial sur la mission canadienne en Afghanistan.De plus, il s\u2019est engagé à présenter des rapports trimestriels au Parlement, des mesures de rendement et un bilan des dépenses engagées.14.\tWhite, Josh, «A Shortage of troops in Afghanistan », Washington Post, 3 juillet 2008.15.\tLa Presse Canadienne, «Le chef de l\u2019armée canadienne admet que la sécurité en Afghanistan s\u2019effrite », 20 juillet 2008.546 Québec 2008-2009*.indd 546 17/11/08 09:25:20 Le cas Khadr : le Canada viole-t-il les droits de l'homme?Omar Khadr, un Canadien d'origine pakistanaise, est, à 22 ans, le plus jeune détenu de la prison américaine de Guantanamo Bay.Arrêté en Afghanistan en 2002, il est accusé de crimes de guerre et de soutien à des activités terroristes.En six années de captivité, il a à de nombreuses reprises été soumis à des actes de torture, a entamé plusieurs grèves de la faim et a décidé de ne plus participer aux auditions devant les tribunaux militaires de la prison.En outre, son état de santé s'est dangereusement détérioré.Du point de vue du droit, son cas est unique à bien des égards.D'abord, le jeune homme n'avait que 15 ans au moment de son arrestation.Il devrait donc, selon la convention de Genève relative au traitement des prisonniers de guerre, être considéré comme un enfant-soldat et, à ce titre, être traité comme une victime.Les États-Unis cependant refusent l'application de la convention : Khadr, arguent-ils, n'est pas un soldat, mais un terroriste participant à une guérilla.On comprend mieux l'intérêt des Américains pour le jeune homme quand on sait que son père était un proche d'Oussama Ben Laden et que lui-même, enfant, a joué avec les enfants du chef d'Al-Qaïda.Ensuite, Khadr reste le seul Occidental encore détenu à Guantanamo.En effet, tous les autres ont été rapatriés par leur pays d'origine, une procédure que le Canada s'est jusqu'à présent refusé à enclencher malgré les demandes répétées d'organisations comme Amnistie internationale et l'UNICEF.Pourquoi le Canada n'intervient-il pas?À cette question, plusieurs critiques répondent que le dossier embarrasse trop le gouvernement pour qu'il accepte d'ouvrir le dossier.Afin de s'assurer qu'il ne le soit pas, le gouvernement a préféré laisser l'affaire entre les mains des autorités militaires américaines, auxquelles le premier ministre, Stephen Elarper, a encore en 2008 réaffirmé son entière confiance.À plusieurs occasions au cours de sa captivité, Khadr a reçu la visite d'agents du Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS).Selon les avocats du jeune homme, Khadr a été «préparé» à ces rencontres en étant privé de sommeil pendant plusieurs semaines et ainsi rendu plus coopératif.Les enregistrements de ces entretiens ont ensuite été remis aux autorités militaires américaines comme documents à charge.Saisie du dossier en 2007, la Cour fédérale d'appel a estimé que le Canada avait bafoué le droit international et a ordonné au gouvernement de transmettre la documentation réunie durant la captivité de Khadr à ses avocats.Arguant d'une menace à la sécurité nationale, le gouvernement a fait appel de cette décision.Mais le 23 mai 2008, la Cour suprême a confirmé la décision de la Cour d'appel fédérale : en transmettant les documents aux autorités militaires américaines, le Canada a contrevenu à l'article 7 de la Charte canadienne des droits et libertés, qui protège l'autonomie et les droits juridiques d'un individu contre les actions du gouvernement.Ce dernier s'est donc vu obligé de transmettre les documents à la défense d'Omar Khadr, qui, le 15 juillet 2008, a rendu public l'enregistrement d'un des interrogatoires.Diffusée sur toutes les chaînes de télévision, la vidéo montre le jeune homme, alors âgé de 16 ans, en train de pleurer, de demander de l'aide et de montrer ses blessures aux agents canadiens.Les différents gouvernements canadiens qui ont eu à traiter le dossier ont toujours répété qu'ils avaient reçu des États-Unis l'assurance qu'Omar Khadr était traité humainement.Or, les documents rendus publics ont révélé que le Canada était au courant des techniques «de pression et de contrainte» auxquelles le jeune homme était soumis.LÉONORE PION 547 Québec 2008-2009*.indd 547 17/11/08 09:25:21 La stratégie de défense du gouvernement Harper : politique cohérente et justifiée?Stéphane Tremblay Doctorant et chargé de cours, École nationale d\u2019administration publique (ENAP) Coordonnateur, Réseau francophone de recherche sur les opérations de paix (ROP) Le 12 mai 2008 à Halifax, devantun immense drapeau canadien et une centaine de militaires, le premier ministre du Canada, Stephen Harper, et le ministre de la Défense, Peter Mac-Kay, ont dévoilé lors d\u2019une conférence de presse les grandes lignes d\u2019une nouvelle stratégie de défense intitulée « Le Canada d\u2019abord1 ».Dans son discours, M.Harper a déclaré que la Stratégie de défense Le Canada d\u2019abord, qui s\u2019appuie sur quatre piliers - le personnel, les infrastructures, la disponibilité opérationnelle etle matériel - permettra de renforcer la souveraineté et la sécurité du Canada, de protéger les valeurs et les intérêts du pays, de respecter ses engagements internationaux et d\u2019affirmer sa souveraineté dans le Nord.À cet égard, le premier ministre a affirmé que « si vous voulez être pris au sérieux dans le monde, vous devez avoir la capacité d\u2019agir ».C\u2019est dans cette perspective que les dépenses militaires annoncées, qui se chiffrent à près de 490 milliards de dollars en 20 ans, visent à accroître les effectifs des Forces canadiennes et à procéder au remplacement des principales flottes de combat Cette importante annonce du gouvernement conservateur survient quelques semaines avant que le chefd\u2019état-major de l\u2019armée canadienne, le général Rick Hillier, prenne sa retraite des Forces canadiennes le 1er juillet 2008, expliquant qu\u2019il quittait son poste serein et qu\u2019il avait atteint les objectifs qu\u2019il s\u2019étaitfixés après 548 trois ans à la tête de l\u2019armée canadienne.Nommé en 2005 par le premier ministre libéral, Paul Martin, le général Hillier a déployé au cours de son mandat de gros efforts pour rehausser l\u2019image de l\u2019armée canadienne et augmenter ses effectifs.Reconnu pour son franc-parler, il exigeait une politique nationale sur la défense plus claire etdes investissements importants pour moderniser les Forces canadiennes.Le général Hillier était très populaire auprès des militaires et aura définitivement marqué les Forces canadiennes par son style et son leadership.Son successeur, le général Walter Natync-zyk, ancien vice-chef d\u2019état-major de l\u2019armée canadienne, a lui aussi exprimé le souhait de voir augmenter les effectifs des Forces canadiennes et moderniser son équipement, insistant sur l\u2019importance de continuer le travail accompli par le géné- ral Hillier.Selon le nouveau chef d\u2019état-major, la stratégie de défense du gouvernement «démontre son ambition pour les Forces canadiennes», estimant qu\u2019«il s\u2019agit d\u2019un plan qui permet d\u2019atteindre l\u2019excellence au Canada et de démontrer du leadership à l\u2019étranger.Pour être un joueur crédible sur la scène internatio- Une politique de défense est habituellement présentée officiellement par la publication d'un livre blanc, ce qui n'a pas été le cas.Québec 2008-2009*.indd 548 17/11/08 09:25:21 Photo: Forces canadiennes/LA PRESSE CANADIENNE Regards sur le Canada Le premier ministre Stephen Harper s'adresse à des soldats canadiens en Afghanistan.'KM nale, il faut pouvoir être prêt à agir et à envoyer des soldats sur le terrain2».Pour atteindre ces objectifs, il comptera inévitablement sur les nouvelles ressources financières établies dans le cadre de la nouvelle stratégie de défense, dont nous présentons ici les lignes principales.Les faits saillants de la stratégie de défense Avec la publication de la Stratégie de défense Le Canada d\u2019abord, le gouvernement Harper donne suite à son engagement de doter le pays de forces polyvalentes et aptes au combat grâce à une stratégie d\u2019acquisition3.Dans son message aux Canadiens, le premier ministre affirme que « le présent gouvernement a pris le pouvoir avec l\u2019engagement ferme de défendre le Canada.[.] si nous voulons atteindre nos objectifs, il est essentiel de rebâtir les Forces canadiennes en un appareil militaire moderne, de premier ordre4.» U objectif principal de la Stratégie de défense est donc d\u2019établir un plan détaillé, sur 20 ans, «qui permettra aux Forces canadiennes de compter sur le personnel, l\u2019équipement et le soutien dont elles ont besoin pour exécuter leurs principales missions ».Dans le cadre de ce plan, les Forces canadiennes auront la capacité de mener six missions essentielles au Canada, en Amérique du Nord et dans le monde, parfois simultanément, soit à l\u2019occasion d\u2019opérations quotidiennes nationales et continentales, y compris dans l\u2019Arctique, d\u2019un événement international important au Canada, d\u2019une attaque terroriste ou encore d\u2019une catastrophe naturelle.Les Forces canadiennes pourront en outre diriger et mener une opération internationale.549 Québec 2008-2009*.indd 549 17/11/08 09:25:21 L'état du Québec 2009 Sur le plan de l\u2019environnement stratégique, le gouvernement Harper souligne que d\u2019importants problèmes de sécurité ont émergés dans les années 90, notamment la défaillance et la déroute de certains États, l\u2019éclatement de guerres civiles et le terrorisme mondial, précisant qu\u2019« au cours de cette période, il estévidentque les dirigeants en fonction n\u2019ont pas suffisam-mentfinancé les Forces canadiennes etne leur ont donc pas donné tous les moyens nécessaires pour faire face à une situation mondiale de plus en plus complexe».Le gouvernement estime ainsi que le Canada doit avoir les moyens de jouer un rôle dans la stabilité internationale, qui continue d\u2019être menacée notamment par l\u2019éclatement de conflits ethniques et frontaliers, l\u2019existence de réseaux criminalisés et la prolifération d\u2019armes à la fine pointe de la technologie.À cet égard, le gouvernement entend faire contribuer les Forces canadiennes aux opérations qui se déroulent sous l\u2019égide de l\u2019Organisation des Nations Unies (ONU) et de l\u2019Organisation du Traité de l\u2019Atlantique Nord (OTAN), en plus de leur faire prendre part à des missions conjointes avec d\u2019autres États.Sur le plan national et continental, le gouvernement Harper souligne les défis auxquels les Forces canadiennes doivent être en mesure de réagir: catastrophes naturelles, attaques terroristes, trafic de stupéfiants, protection des ressources naturelles, épidémies de maladies infectieuses, changements climatiques et ouverture de nouvelles voies navigables dans l\u2019Arctique.Le gouvernement estime que les Forces canadiennes doivent avoir les moyens d\u2019assurer la surveillance du territoire canadien ainsi que de ses voies d\u2019approche maritime et aérienne.L\u2019armée continuera de collaborer avec les États-Unis dans le cadre du Commandement de la défense aérospatiale de l\u2019Amérique du Nord (NORAD), de participer à des exercices bilatéraux et d\u2019assurer son interopérabilité avec les forces armées américaines.Selon le gouvernement, «les Canadiens s\u2019at- 550 tendent à ce que leurs forces armées soient parfaitement en mesure d\u2019assurer leur sécurité et d\u2019appuyer la politique étrangère et les objectifs de leur pays en matière de sécurité ».En matière d\u2019effectifs, la Stratégie de défense vise à accroître à 70 000 l\u2019effectif de la Force régulière des Forces canadiennes et à 30 000 celui de la Réserve.Le gouvernement ambitionne ainsi d\u2019ajouter 5 000 militaires aux forces régulières et 6 000 réservistes, pour un effectif total de 100 000 militaires.La politique de défense a aussi pour objectifs d\u2019améliorer les principales infrastructures etla préparation générale des Forces canadiennes et de remplacer les principales flottes de combats : navires de combat de surface, aéronefs de patrouille maritime, avions de recherche et de sauvetage, chasseurs et véhicules et systèmes de combats terrestres.Pour ce qui est du financement, des fonds additionnels ferontpasser le budget annuel du ministère de la Défense nationale de 18 milliards de dollars en 2008-2009 à plus de 30 milliards en 2027-2028.Au total, le gouvernement prévoit investir près de 490 milliards de dollars en défense au cours de cette période.Selon le gouvernement, le financement stable à long terme découlant de ce plan stratégique permettra aux industries canadiennes «d\u2019atteindre l\u2019excellence à l\u2019échelle internationale ».Le gouvernement Harper s\u2019engage toutefois à revoir régulièrement son plan « pour s\u2019assurer qu\u2019il satisfera toujours aux besoins des forces armées et au service des Canadiens ».Une politique de défense cohérente et justifiée ?À première vue, il ne fautpas se surprendre de cette nouvelle politique de défense du gouvernement Harper.Au Canada, les nouveaux gouvernements publient généralement des politiques de défense au cours de leur premier mandat, qui prennent souvent la forme d\u2019un livre blanc présenté par le ministre de la Québec 2008-2009*.indd 550 17/11/08 09:25:21 Regards sur le Canada Défense au Parlement.Dans une perspective générale, les livres blancs sur la défense énon-centdes choix stratégiques, lancentdes signaux et s\u2019engagent quant aux ressources qu\u2019un pays consacrera au cours d\u2019une période donnée.Ils permettent en outre à un gouvernement de prendre position et de se démarquer des gouvernements qui l\u2019ontprécédé5.C\u2019est en 1964 que le Parti libéral de Lester B.Pearson a publié le tout premier livre blanc canadien sur la défense6.Trois ans après son élection en 1968, le gouvernement libéral de Pierre Elliott Trudeau a dévoilé son livre blanc sur la défense qui encadrait une révision de la politique de défense canadienne7.Il faudra ensuite attendre 16 ans, 3 ans après l\u2019élection du gouvernementconservateur de Brian Mulro-ney en 1984, avant la publication d\u2019un nouveau livre blanc qui proposait de rattraper « le retard consécutif à des décennies d\u2019abandon» et d\u2019adopter une solution à long terme8.Or, les importantes compressions budgétaires comprises dans le budget de 1989 ontprovoqué la mort du livre blanc conservateur.Puis, ce sera au tour du gouvernementlibéral de Jean Chrétien d\u2019exposer sa politique de défense dans le Livre blanc sur la Défense de 1994, marquée par la fin de la Guerre froide, l\u2019éclate-mentdes conflits in traéta tiques et des compressions budgétaires supérieures à celles initialement envisagées pour réduire le déficit de l\u2019État9.Il faudra ensuite attendre la publication du volet défense de l\u2019Énoncé de politique intema-tionalede 2005 du gouvernement minoritaire de Paul Martin avant un nouvel examen de la politique de défense du pays et une hausse des dépenses militaires de 12,8 milliards de dollars sur cinq ans10.Avec la Stratégie de défense Le Canada d\u2019abord, le gouvernement Harper poursuit donc la tradition en divulguant sa politique de défense au cours de son premier mandat Plusieurs observateurs et analystes, de même que les partis d\u2019opposition à Ottawa et le Comité sénatorial permanent de la sécurité nationale et de la défense n\u2019ont toutefois pas manqué d\u2019émettre des critiques etde dénoncer le manque de cohérence etde précision du plan conservateur11.Tout d\u2019abord, une politique de défense est habituellement présentée officiellement par la publication d\u2019un livre blanc, au Parlement, ce qui n\u2019a pas été le cas de la politique de défense du gouvernement conservateur.La présentation d\u2019un livre blanc à la Chambre des communes représente un exercice démocratique etde reddition de comptes par nos élus.Le processus de formulation d\u2019un livre blanc sur la défense constitue en outre un excellent outil de démocratie participative.La Stratégie de défense Le Canada d\u2019abord ne répond pas à cette tendance.Celle-ci s\u2019apparente bien plus à une déclaration d\u2019intention et à une liste d\u2019achatd\u2019équipements militaires.En fait, le gouvernement avait déjà annoncé plusieurs de ces nouveaux investissements au cours des deux dernières années.Dans la confusion de cette annonce du premier ministre Harper, le 12 mai 2008, des représentants du gouvernement, du ministère de la Défense et des Forces canadiennes ont tous cherché à expliquer, d\u2019une façon ou d\u2019une autre, cette Stratégie de défense et l\u2019ampleur des dépenses à venir.La nouvelle politique de défense du gouver-nementHarper estpar ailleurs très ambitieuse en ce qui a trait aux coûts et aux échéanciers.Il ne fait aucun doute que des investissements importants sont nécessaires pour remplacer une grande partie des équipements des Forces canadiennes.Selon le gouvernement, le budget de la Défense a diminué, en chiffres absolus, d\u2019environ 30% durant les années 90.Ces réductions budgétaires se font encore sentir, alors qu\u2019une bonne partie des infrastructures et des équipements de la Défense nationale sont vieillissantes ou en mauvais état.Les conservateurs semblent bien déterminés à renverser cette tendance et à rehausser l\u2019image des Forces canadiennes et du ministère de la Défense nationale.551 Québec 2008-2009*.indd 551 17/11/08 09:25:21 L'état du Québec 2009 Depuis 2006, le gouvernement Harper a annoncé l\u2019achat de 100 chars Leopard, de 6 à 8 navires pour patrouiller dans l\u2019Arctique, de 16\thélicoptères Chinook, de 4 avions stratégiques de transport aérien Boeing C-17 et de 17\tavions de transport tactique C-130J.Dans le cadre de sa stratégie de défense, il entend en outre procéder au remplacement des CF-ls par 65 nouveaux avions decombatvers 2017 et des appareils de patrouille maritime Aurora par 10 à 12 avions de patrouille maritime pour la surveillance d\u2019ici 2020.Le gouvernement fera aussi l\u2019acquisition de 17 hélicoptères de sauvetage dont la mise en service complète est prévue en 2015 et, pour remplacer ses navires de combat, dels destroyers et frégates dont la mise en service estprévue entre 2017 et 2024.Un plan échelonné sur 20 ans permet de bien planifier les acquisitions au fil du temps, mais comporte aussi une part de risque importante en ce qui concerne les coûts etles échéanciers.En effet, le montantdes investissements annoncés pourrait fluctuer dans le temps en raison des développements technologiques et de l\u2019inflation.La facture totale pourrait être beaucoup plus imposante, malgré les estimations effectuées par le ministère de la Défense qui tiennent compte des différents facteurs.Cette éventualité serait fort probablement néfaste sur le plan politique et ne manquerait pas de susciter le mécontentement des contribuables canadiens, notammentau Québec.Conclusion En dévoilant sa Stratégie de défense Le Canada d\u2019abord, le gouvernement Harper démontre clairement qu\u2019il représente le premier gouvernement canadien en plus de 40 ans à estimer que la puissance militaire constitue la pierre angulaire de la diplomatie canadienne, concrétisant ainsi la prédominance d\u2019une diplomatie de défense, comme le démontre l\u2019engagement actuel du Canada en Afghanistan.Or, le Canada n\u2019est ni une grande puissance sur l\u2019échiquier mondial, ni une puissance régionale sur le plan militaire.Le Canada estune puissance moyenne qui dispose de moyens militaires limités et qui doit continuer à exercer une influence notable sur la scène internationale dans le cadre d\u2019une politique étrangère etde défense qui se démarque des grandes puissances.Le gouvernement conservateur entreprend certes une relance et une transformation majeure des Forces canadiennes dans le cadre d\u2019un financement à long terme sans précédent, mais devrait définir clairement sa politique étrangère avant d\u2019énoncer sa politique de défense, puisque celle-ci concrétise d\u2019une certaine façon la politique étrangère.Et qu\u2019ad-viendra-t-il de la Stratégie de défense lors de l\u2019élection d\u2019un nouveau gouvernement?Un changement de leadership, une crise internationale ou des compressions budgétaires constituent autant de possibilités qui, sur une période de 20 ans, portent à croire que cette politique sera à court ou moyen terme abandonnée.Il faudra sans doute attendre l\u2019élection d\u2019un gouvemementmajori taire et la publication d\u2019un nouveau livre blanc sur la Défense, le premier depuis celui de 1994, avant que le Canada se dote d\u2019une véritable politique de défense.La Stratégie de défense Le Canada d'abord s'apparente à une déclaration d'intention et à une liste d'achat d'équipements militaires.Pour lire le plan Le Canada d\u2019abord: uiuiui.dnd.ca/site/ Jocus/first/defstraQlasp L\u2019auteur de ce texte est chercheur membre du Centre d\u2019éudes et de recherches internationales de [\u2019Université' de Montréal (CERIUM).552 Québec 2008-2009*.indd 552 17/11/08 09:25:21 Regards sur le Canada Notes î.Cabinet du premier ministre du Canada, «Le PM dévoile la Stratégie de défense du Canada ».En ligne: http://www.pm.gc.ca/fra/media.asp?cate gory=i&kl=2 09 5 2.\tCastonguay, Alec, «96 milliards de plus pour l\u2019armée», LeDeuotr, 15 mai2008.3.\tMinistère de la Défense nationale du Canada, La Strategie de dejense «Le Canada d\u2019abord».En ligne : http ://www.forces.gc.ca/site/focus/first/ defstra_f.asp 4.\tGouvernement du canada, La Strategie de dejense «Le Canada d\u2019abord».En ligne: http://www.forces.gc.ca/site/focus/first/Juneis_09io_CFDS_ French_low-res.pdf 5.\tPour en savoir plus sur les livres blancs en matière de politique étrangère et de défense, voir Nelson Michaud et Stéphane Tremblay, «Les livres blancs en matière de politique étrangère.Épistémologie et perspectives analytiques», Études internationales, vol.37, n° 1, 2006, p.7-33.6.\tGouvernement du canada, Livre blanc sur la Dejense, Ottawa, Imprimeur de la Reine, 1964.7.\tGouvernement du canada, Livre blanc sur la Dejense de 1971.La dejense dans les anne'es 1970, Ottawa, Information Canada, 1971.8.\tGouvernement du canada, Défis et engagements.Une politique de dejense pour le Canada, Ottawa, Ministère de la Défense nationale, 1987.9.\tGouvernement du canada, Livre blanc sur la Dejense de 1994, Ottawa, Ministère des Approvisionnements et Service Canada, 1994.10.\tGouvernement du canada, Énonce' de politique internationale du Canada.Fierté et influence.Notre rôle dans le monde, Ottawa, Gouvernement du Canada, 2005.11.\tVoir notamment les articles de la Société Radio-Canada, «Nouvelle stratégie pour l\u2019armée», 12 mai 2008 ; de MichaelTutton, «Harper précise sa stratégie en matière de défense », La Presse canadienne, 12 mai 2008 ; de Steven Chase, «Defence plan to cost$20-billion more than annonced », The Globe and Mail, 14 mai 2008 ; de Mike Blanchfield, «Military strategy for Cabinet\u2019s eyes only», The Ottawa Citizen, 15 mai 2008; de Gilles Toupin, «Ottawa gonfle le budget de la défense », La Presse, 16 mai 2008 et de David Bercusson, «Comedy of errors first, a defence strategy, then a shopping list», The Globe and Mail, 21 mai 2008.Voir également le Rapport du Comité sénatorial permanent de la sécurité nationale et de la défense du Canada, intitulé « Quatre généraux et un amiral.La situation vue d\u2019en haut».En ligne : http ://www.parl.gc.ca/39/2/parlbus/commbus/ senate/coin-f/defe-f/rep-f/repiiaugos-f.pdf 553 Québec 2008-2009*.indd 553 17/11/08 09:25:21 L'industrie de défense canadienne bénéficiera-t-elle de la politique du gouvernement Harper?Un plan, baptisé «Le Canada d'abord», lancé en 2006 par le gouvernement Harper, projette de moderniser l'armement.Le budget dédié à l'acquisition de nouveaux systèmes d'armes est substantiel : plus de 20 milliards de dollars d'achats ont été annoncés en deux ans, et de nouveaux projets, chiffrés à 30 milliards de dollars, doivent s'y ajouter dans les années à venir.L'industrie de défense canadienne devrait donc se réjouir, car son avenir semble assuré.Et pourtant.De la Guerre froide à la menace terroriste Depuis la fin de la Guerre froide, l'industrie de défense canadienne a traversé trois périodes qui l'ont radicalement transformée.La première, de 1989 à 1994, marquée par la chute du communisme et du bloc de l'Est, s'est traduite par un certain attentisme.Les budgets ont plafonné, mettant fin aux aspirations des industriels qui attendaient beaucoup du Livre blanc canadien sur la défense de 1987.La deuxième période, de 1994à 1999, marque une profonde transformation dans l'ensemble du secteur de la défense en Amérique du Nord.Les ressources allouées aux ministères de la défense décroissent, contraignant l'industrie à la rationalisation et à la mise en place de stratégies de diversification.Au Canada, cette période correspond à l'avènement du gouvernement Chrétien et s'accompagne d'une recherche de «dividendes de la paix» en vue d'aider à résorber le déficit budgétaire.La troisième et dernière période, qui débute en 1999, correspond à l'émergence de politiques articulées autour des « nouvelles menaces » (terrorisme, trafic de drogue, etc.).Elle est marquée par un intérêt prononcé pour les nouvelles technologies destinées au marché de la sécurité.Dans ce contexte, l'industrie de la défense s'intéresse de près aux débouchés potentiels dans la sécurité civile.Les attentats terroristes de 2001 ainsi que les interventions en Irak et en Afghanistan transforment cette dynamique en accélérant le réinvestissement en défense.Au Canada, ces événements surviennent de surcroît dans un contexte de changement de la garde sur la scène politique.Acheter moins cher?Pendant longtemps, la politique d'acquisition du gouvernement canadien en ce qui a trait à l'armement a consisté à privilégier les retombées industrielles nationales.Plusieurs usines coûteuses et difficiles à alimenter une fois le contrat d'origine terminé ont été construites dans la foulée de cette politique.Cette approche, qui n'a maintenant plus cours, a été remplacée dans les années 90 par une stratégie axée sur la recherche de prix moins élevés.Cela a amené l'État à acquérir des équipements assemblés à l'étranger en échange de retombées compensatoires indirectes.Aujourd'hui, on ne favorise la fabrication en sol canadien que lorsque le savoir-faire et la compétitivité d'une entreprise existante le justifient.Par ailleurs, l'industrie de défense canadienne a compris, sauf exception, qu'elle ne disposait pas des moyens nécessaires pour participer au développement de la nouvelle génération d'armement.La plupart des grandes firmes actives sur le marché sont demeurées à l'écart des mutations technologiques de ces 15 dernières années.En matière de recherche et développement, les grands intégrateurs américains et européens apparaissent plus que jamais comme les leaders.Plusieurs d'entre eux, tels Boeing, General Dynamics ou L3 Communications, ont acquis des usines 554 Québec 2008-2009*.indd 554 17/11/08 09:25:21 canadiennes.Étant sur place, ils sont en position de force pour assurer eux-mêmes l'entretien de leurs systèmes d'armement, sans avoir à transférer leurs compétences à des sous-traitants.Désormais des acteurs de premier plan au sein de notre industrie de défense, ils peuvent ainsi répondre aux attentes du gouvernement canadien en matière de retombées économiques pour le Canada.L'industrie canadienne de la défense s'est donc transformée ces dernières années.Aujourd'hui, une trentaine de firmes en constituent le noyau dur - 70% d'entre elles sont des filiales d'entreprises étrangères, principalement américaines.Dans l'orbite de ce noyau gravitent quelques centaines de fournisseurs de second plan où se retrouvent la forte majorité des sociétés sous propriété canadienne intéressées aux contrats militaires.En définitive, l'industrie canadienne n'est en rien comparable aux industries de la défense des autres grandes puissances et elle n'est pas en mesure de proposer des retombées économiques et technologiques comparables.Un avenir à l'image du passé?Même si la demande canadienne en armement a doublé de 1997 à 2007, passant de 6 à 12 milliards de dollars par an - elle devrait augmenter d'un autre 6 milliards de dollars au cours de la prochaine décennie -, la capacité de production et le savoir-faire des entreprises canadiennes n'ont pas connu la même évolution.En la matière, l'avenir pourrait bien être à l'image du passé.Le type de politique d'acquisition actuellement en vigueur, déjà expérimenté dans les années 70 et 80, n'a pas laissé un très bon souvenir.À l'époque, cette stratégie a été dénoncée autant par les comités gouvernementaux que par le vérificateur général et les experts.Ils ont souligné que les signataires des contrats n'avaient pas tous tenu leurs engagements économiques, plusieurs entreprises en cause ayant intégré à leurs programmes de retombées des projets déjà conclus ou des ententes qui se seraient concrétisées de toute façon.Leur apport en termes de développement ou de création d'emplois s'est donc révélé très en dessous des promesses.Si un suivi gouvernemental plus rigoureux n'est pas mis en place, les milliards attendus en retombées économiques pourraient bien se traduire, au final, par une contribution économique décevante.Avant de conclure à la résurrection d'une économie de défense nationale, il serait préférable d'attendre de pouvoir mesurer les impacts tangibles des engagements pris au moment de la signature des contrats.YVES BÉLANGER Professeur titulaire, Département de science politique, UQAM 555 Québec 2008-2009*.indd 555 17/11/08 09:25:22 Stephen Harper et les médias une relation trouble Catherine Côté Professeure, École d\u2019études politiques, Université d\u2019Ottawa Une fois au pouvoir, le gouvernement Harper a instauré une nouvelle façon de faire avec les médias qui a pris tout le monde par surprise1.En effet, lors de la campagne électorale de janvier 2006, l\u2019équipe conservatrice avait affiché une grande ouverture envers la presse, se montrant toujours disponible.Mais très rapidement, la nouvelle équipe des communications mise en place par le gouvernement minoritaire est venue chambouler les façons de faire des gouvernements précédents.Dès lors, la relation gouvernement/médias allait subir un changement drastique.Les politiciens ont une relation très complexe avec les médias2.Pour faire passer un message auprès du grand public, ils ne peuvent désormais plus contourner les médias.Pendant longtemps, ils ont pu compter sur les organes des partis pour relayer leur message, notamment auprès de médias appartenant (ouvertementou non) à des sympathisants.Or, les médias ontmaintenantacquis une certaine liberté de presse qui fait en sorte qu\u2019ils ne sont plus contrôlés directement par les partis.Qui plus est, l\u2019affiliation partisane étanten déclin, les partis doivent user d\u2019ingéniosité pour réussir à transmettre leur message à travers ces médias pour atteindre un public qui ne leur est pas nécessairement acquis.Le système médiatique a cependant sa propre logique, indépendante du monde politique.En principe, on impartit aux médias le rôle d\u2019informer le public.Or, les critères quant à la 556 pertinence de l\u2019information, dont seuls les journalistes sontjuges, n\u2019avantagentpas toujours les politiciens.Ainsi plusieurs critiquent le fait qu\u2019en se donnant le rôle de « chiens de garde» des citoyens envers les politiciens, les journalistes vont peut-être trop loin dans certains domaines, notammentprivés, alors qu\u2019ils en délaissent d\u2019autres, d\u2019intérêt public.Les politiciens déplorent aussi la logique marchande à l\u2019œuvre dans la couverture journalistique des événements.Une logique qui privilégie le sensationnalisme et met l\u2019accent sur la stratégie électorale - pour ne pas dire l\u2019électoralisme - plutôt que sur les enjeux et les éléments de politiques publiques.La grande tentation de la manipulation Quoi qu\u2019il en soit, les politiciens savent que le système médiatique a une logique qui diffère de la leur3 et, en général, ils essaient de tirer leur épingle du jeu en composant avec ce système.La plupart du temps, ils essaieront de charmer les médias en présentant leur plus beau jour et en se rendant disponibles pour eux4.Plusieurs politiciens ont d\u2019ailleurs réussi à « séduire» la presse en certaines occasions.On se souviendra par exemple que les fanfaronnades de Pierre Eliott Trudeau ou les pitreries de Jean Chrétien ont été plutôt bien accueillies en leur temps.Cependant, ce type d\u2019approche a quand même ses limites, et les journalistes ne sontpas dupes des conférences de presse organisées pour jeter de la poudre Québec 2008-2009*.indd 556 17/11/08 09:25:22 Regards sur le Canada aux yeux ou épater la galerie : celles-ci feront alors l\u2019objetd\u2019unecouverture très négative.Par exemple, Stockwell Day en a fait les frais à quelques occasions lorsqu\u2019il était chef de l\u2019Alliance canadienne5.Toutefois, avec un savant dosage, les partis politiques sauront généralement adopter une approche qui mise plutôt sur la convivialité.À l\u2019inverse, les partis peuvent aussi faire profil bas et offrir le moins d\u2019information possible.Encore là, cette stratégie est à double tranchant, car sa réussite dépendra de l\u2019attention que les journalistes accorderontaux autres partis : si la couverture qu\u2019ils en font est négative, cela peut être profitable au parti qui préfère garder le silence ; mais si elle se traduitpar d\u2019incessantes critiques à l\u2019égard du parti qui faitprofil bas, cela empirera sa situation.Cette approche est donc utilisée avec parcimonie, parfois même en désespoir de cause.Il existe enfin une dernière stratégie dont rêventsouventles partis politiques, mais qu\u2019ils n\u2019osent utiliser, car, par définition, dans un pays démocratique, elle se retournerait contre eux: il s\u2019agit du contrôle de l\u2019information.Or, selon l\u2019enquête que nous avons menée dernièrement auprès de journalistes et de fonctionnaires6, il semble bien que cette dernière approche a davantage tenté les experts en communication du gouvernement Harper.En effet, dès son arrivée au pouvoir, les relations entre le gouvernement et les médias ont changé.Un nouveau ton était donné, et l\u2019information était dorénavant contrôlée le plus possible, et ce, à tous les niveaux.Ainsi, on a graduellement centralisé l\u2019information: les demandes concernantles politiques menées par le gouvernement et déposées auprès des ministères devaient à partir de ce momentêtre approuvées à l\u2019interne par le Bureau du premier ministre.De plus, toutes demandes faites en vertu de la Loi sur l\u2019accès à l\u2019information (loi que le gouvernement souhaite d\u2019ailleurs modifier) ont souvent vu leur temps de réponse décupler.Dès lors, peu de députés ou de ministres s\u2019adressent directement aux journalistes, et les scrums7 sont réduits au minimum.On diminue également le nombre de conférences de presse et on n\u2019utilise presque plus le « théâtre » de la Tribune de la presse8.De plus, lors des conférences de presse, les Les journalistes sont tenus de s'inscrire sur une liste pour pouvoir poser des questions en conférence de presse.journalistes sonttenus de s\u2019inscrire sur une liste pour pouvoir poser des questions, et la parole n\u2019est pas accordée pour autant à tous ceux qui y sont inscrits.Cette liste sera d\u2019ailleurs dénoncée et boudée par de nombreux journalistes.Une série d\u2019articles sera également publiée dans le quotidien Toronto Star pour dénoncer la situation.Plus encore, le gouvernement n\u2019annoncera plus les réunions des comités, qui étaientaupa-ravant l\u2019occasion pour les journalistes de pouvoir accéder aux parlementaires9, etn\u2019informera la presse des voyages du premier ministre qu\u2019à la dernière minute.Les journalistes qui pourront s\u2019y rendre n\u2019y auront pas davantage accès : « Au Os à Saint-Pétersbourg, les journalistes russes avaientplus accès à Poutine que les journalistes canadiens n\u2019avaient accès à Stephen Harper.» Une stratégie de contrôle très critiquée Alors même que les journalistes habitués à couvrir la politique canadienne estiment que les relations avec le gouvernement sont devenues «tendues», voire «très mauvaises», l\u2019équipe Harper, de son côté, persistera dans sa logique de contournement des médias «nationaux»10 en organisant des conférences de presse en dehors d\u2019Ottawa pour rencontrer davantage la presse locale.Certains journalistes semblaient même croire qu\u2019on agissait ainsi parce que les journalistes locaux, moins spécialisés sur les sujets qui touchent la politique fédérale et n\u2019ayant pas la même perspective que les journalistes de la colline du 557 Québec 2008-2009*.indd 557 17/11/08 09:25:22 L'état du Québec 2009 Parlement, posaient de ce fait « moins de questions embarrassantes ».L\u2019équipe de communication de Stephen Harper ciblera également quelques journalistes, plus sympathiques aux conservateurs ou encore ayant une importante audience en leur accordant des privilèges, comme des scoops ou des entrevues exclusives, et ce, tantpour diviser les journalistes entre eux que pour atteindre le plus grand public possible.C\u2019est d\u2019ailleurs dans cette optique qu\u2019un studio pour les entrevues est construit dans les bureaux du siège du Parti conservateur.Plusieurs journalistes déplorent alors non seulement la stratégie utilisée par le gouvernement Harper, mais l\u2019attitude générale de méfiance qui s\u2019en dégage.Ils ont l\u2019impression d\u2019être considérés comme des sympathisants de l\u2019opposition («Ils croient qu\u2019on est tous des libéraux!») et dénoncent une attitude qu\u2019ils jugent méprisante à leur endroit À cet efièt, la direction des communications du gouvernement essuiera de nombreuses critiques de la part de journalistes qui prétendent que bien des informations leur ont été dissimulées à dessein.Un changement de garde en juillet 2008 va toutefois marquer un nouveau ton : « D\u2019habitude, je n\u2019aurais même pas eu de réponse, finalement avec ce départ [.], j\u2019ai des réponses, j\u2019ai des détails.» Avec l\u2019arrivée au même moment d\u2019un nouveau chef de cabinet, la plupart des journalistes s\u2019entendent alors pour dire qu\u2019à cause de ces changements, mais surtout à cause de la perspective d\u2019une campagne électorale, l\u2019attitude à leur égard change déjà.Les façons de faire de l\u2019ancienne équipe de communication du gouvernement Harper ont quand même eu certains impacts sur le travail journalistique.Pour les journalistes qui s\u2019intéressent surtout aux enjeux et aux questions de politiques publiques, l\u2019accès à l\u2019information est alors devenu plus problématique auprès de certains ministères.D\u2019ailleurs, de nombreux fonctionnaires semblaient craindre de trop en divulguer11, ce qui peut étonner lorsqu\u2019on sait 558 que les conservateurs avaient eux-mêmes encouragé la transparence et la possibilité de dénoncer les abus12.Les journalistes ont ainsi composé avec des délais de plus en plus importants à leurs demandes d\u2019information.Pour les journalistes qui se préoccupent davantage du jeu politique, l\u2019absence de commentaires du parti au pouvoir ne constituait cependant pas un obstacle majeur : « L\u2019information a horreur du vide, alors l\u2019espace qu\u2019ils refiisentd\u2019occuper, je le donne aux autres ! » Au contraire, certains croient même que le silence des conservateurs aiguisait leur sens de l\u2019investigation : « Par vengeance, j\u2019ai redoublé d\u2019efforts avec ce gouver-nement-là parce qu\u2019il cherchait à cacher plus que les autres, même les informations de base.» La stratégie du gouvernement, qu\u2019un journaliste a appelé de manière colorée «the revenge of the nerds» aurait donc rendu les L'équipe Harper persiste dans sa logique de contournement des médias nationaux pour rencontrer davantage la presse locale.journalistes plus déterminés encore: «Les conservateurs nous donnent tous les motifs pour qu\u2019on leur rentre dans le tas.On est humain : quand on se fait écœurer, on réagit » Face à un pareil mécontentement, on peut se demander ce qui a motivé l\u2019adoption de cette stratégie par l\u2019équipe conservatrice.Plusieurs des personnes que nous avons interrogées y ont vu le reflet de la personnalité d\u2019un chef qui n\u2019aime pas laisser les choses au hasard13.D\u2019autres ont plutôt suggéré qu\u2019il s\u2019agirait surtout d\u2019un contrôle interne du message : depuis les déboires des élections passées où des candidats se sont écartés du discours officiel, les députés et membres du Parti conservateur font l\u2019objet d\u2019un contrôle beaucoup plus strict Pour d\u2019autres, cette stratégie serait le reflet d\u2019une certaine méconnaissance du fonctionnement réel du système médiatique.Il faut rappeler à cet effet que Stephen Harper, après son élection, Québec 2008-2009*.indd 558 17/11/08 09:25:22 Regards sur le Canada s\u2019est entouré d\u2019une nouvelle équipe qui n\u2019avait pas une grande expérience du pouvoir14.Dans tous les cas cependant, les personnes interrogées ont déploré l\u2019utilisation de cette stratégie qui, en voulant contourner un certain type de journalisme, s\u2019est surtout attirée les foudres de l\u2019ensemble de la presse.Ce genre de méthode ne peut, selon elles, que se retourner contre les politiciens qui la mettent en place, car « à long terme, les médias finissent toujours par gagner leurs batailles ».Malgré tout, quels que soient la stratégie adoptée ou le gouvernement en place, les journalistes restent quand même bien conscients que les politiciens chercheront toujours à essayer de contrôler leur message et qu\u2019en définitive, « 95 % de l\u2019information ne verra jamais la lumière du jour».Références Farrjell, David M., «Campaign Strategies and Tac-tics», dans Lawrence LeDuc, Richard G.Niemi etPippa Norris (dir.), Comparing Democracies.Elections and Voting in Global Perspective, Thousand Oaks (Californie), Sage Publications, 1996, p.160-183.Gingras, Anne-Marie, Médias et démocratie.Leyrand malentendu, 2e éd.rev.et augm., Québec, Presses de l\u2019Université du Québec, 2006.Hackett, Robert A., «News Media\u2019s Influence on Canadian Party Politics.Perspectives on a Shifting Relationship », dans Hugh G.Thorjbu rn et Alan Whitehorn (dir.), Party Politics in Canada, 8e éd., Toronto, Prentice Hall, 2001, p.381-397.Johnson, William, Stephen Harper and the Future of Canada, Toronto, McClelland & Stewart, 2005.Swanson, David L.et Paolo Mancini, Politics, Media, and Modern Democracy.An International Study 0/ Innovations in Electoral Campalynlny and Their Consequences, Westport (Conn.), Præger, 1996.Tre:nt, Judith S.et Robert V.Friedenberg, Political Campaign Communication.Principles and Practices, 4e éd., Westport (Connecticut), Præger, 2000.Notes 1.\tQuelques journalistes étrangers se sont d\u2019ailleurs inquiétés des changements survenus à la relation gouvernement/médias au Canada.2.\tCharron, Jean, La production de l'actualité'.Une analyse stratégique des relati ons entre la presse parlement aire et les autorités politiques, Québec, Éditions du Boréal, 1994.3.\tTaras, David, Potver and Betrayal in the Canadian Media, Peterborough, Broadview Press, 1999.4.\tNorris, Pippa et autres, On Message.Communicating the Campaign, London, Sage Publications, 1999.5.\tEntre autres, lors de son apparition en motoma-rine à une conférence de presse.6.\tAvec ma collègue Anne-Marie Gingras de l\u2019Université Laval, nous avons conduit une série d\u2019entrevues auprès de journalistes et de hauts fonctionnaires de la colline du Parlement, à Ottawa, sur la circulation de l\u2019information entre le gouvernement et les médias au cours de l\u2019été 2008.Le matériel ayant servi à la rédaction de cet article - et notamment les citations des journalistes - provient de nos transcriptions de ces entrevues.7.\tLes scrums sont des rencontres inopinées où les journalistes bombardent de questions une personnalité publique.8.\tIl s\u2019agit d\u2019une salle au Parlement où avaient lieu de nombreuses conférences de presse, car elle est conçue spécifiquement pour les journalistes de la Tribune de la presse et leur équipement.9.\tLes journalistes n\u2019ont pas accès à cette partie du Parlement en dehors de ces périodes, alors ils ne pouvaient plus s\u2019y installer pour attendre leur sortie.10.\tAppelés ainsi par les journalistes, il s\u2019agit en fait de la presse spécialisée de la colline du Parlement, c\u2019est-à-dire tous les journalistes qui couvrent la politique au niveau fédéral.11.\tPlusieurs fonctionnaires ont d\u2019ailleurs refusé de nous accorder une entrevue malgré l\u2019assurance de l\u2019anonymat.12.\tOn se souviendra que ces trois dernières années ont été marquées par le scandale des commandites et que les conservateurs avaient promis de miser d\u2019abord sur l\u2019«imputabilité» dans leur plateforme électorale de 2006.13.\tCertaines personnes ont même fait référence au livre de William Joh nson , Stephen Harper and the Future qf Canada, Toronto, McClelland & Stewart, 2005.14.\tDes journalistes ont raconté comment certaines conférences de presse étaient organisées sans tenir compte des exigences techniques des médias, en plaçant par exemple le décor à l\u2019extérieur et à contre-jour.559 Québec 2008-2009*.indd 559 17/11/08 09:25:22 L\u2019arrêt Charkaoui : entre sécurité nationale et justice fondamentale Noura Karazivan Avocate, Candidate au doctorat, Chargée de cours, Faculté de droit, Université de Montréal Monsieur Adil Charkaoui est un résident permanent qui a été mis en détention à la suite d\u2019allégations selon lesquelles il constitue une menace pour la sécurité du Canada en raison de sa participation à des activités terroristes.M.HarkatetM.Almrei, deux étrangers auxquels on a aussi remis un certificat de sécurité se sontjoints à son recours.Ils vivaienttous au Canada au moment de l\u2019émission de leur certificat de sécurité.Dans l\u2019affaire Charkaoui, la Cour suprême du Canada s\u2019estpenchée sur la constitutionnalité du régime de certificats de sécurité, prévu par la Loi sur l\u2019immigration et la protection des réfugiés1 (LIPR).Selon la loi canadienne, un certificat de sécurité estremis à un étranger ou à un résident permanent que l\u2019on interdit de territoire pour raison de sécurité, atteinte aux droits humains ou grande criminalité.Au moment où l\u2019affaire a été portée devant les tribunaux, les dispositions de la loi prévoyaient qu\u2019après l\u2019émission d\u2019un certificat de sécurité, un étranger ne pouvait présenter une demande de révision de son dossier avant l\u2019expiration d\u2019un délai de 120 jours de détention -48 heures dans le cas d\u2019un résidentpermanent De plus, les procédures d\u2019examen du caractère raisonnable du certificat et de contrôle de la détention permettaient que la personne désignée n\u2019ait pas accès aux renseignements produits contre elle.La Cour a conclu à une viola- 560 tion des principes de justice fondamentale et à une violation du droit à la protection contre la détention arbitraire, mais elle a rejeté l\u2019argument selon lequel ces dispositions sont discriminatoires, car elles ne s\u2019adressent qu\u2019aux non-citoyens, les citoyens canadiens étant exclus du régime des certificats de sécurité.Les principes de justice fondamentale bafoués L\u2019article 7 de la Charte canadienne des droits et libertés stipule que chacun a droit à la vie, à la liberté et à la sécurité de sa personne, et qu\u2019on ne peut porter atteinte à ces droits qu\u2019en conformité avec les principes de justice fondamentale.Cet article entre en ligne de compte, car la personne visée par un certificat de sécurité voit sa liberté, sa sécurité et sa vie mises en péril: elle peut être Un certificat de sécurité est remis à un étranger ou à un résident permanent que l'on interdit de territoire.placée en détention jusqu\u2019à l\u2019issue de la procédure et risque d\u2019être renvoyée vers une destination où son intégrité physique sera menacée.Or, telles qu\u2019elles existaient avant la révision de la LIPR, les procédures d\u2019examen du caractère raisonnable du certificat et de contrôle de détention portaient atteinte à ces droits sans que soient respectés les principes de justice fondamentale, lesquels comprennent le droit à une audition équitable.Québec 2008-2009*.indd 560 17/11/08 09:25:22 Regards sur le Canada En août 2008, la Cour fédérale assouplit les conditions de liberté surveillée d'Adii Charkaoui.\\ \\ \\Y Si, pour la Cour, l\u2019audition sur le caractère raisonnable du certificat répond aux exigences d\u2019impartialité etd\u2019indépendance, la façon dont se déroule cette audition mine la capacité du juge désigné de rendre une décision fondée sur l\u2019ensemble des faits et du droit pertinents.En effet, si le gouvernement allègue que les informations doivent demeurer confidentielles, car relevant de la sécurité nationale, la personne visée par le certificat peut ne pas avoir accès à la preuve produite contre elle.Elle ne peut donc y répondre et contre-interroger les témoins.Bref, elle ne peut occuper la place qui lui revient dans un système judiciaire fondé sur le contradictoire.Or, comme la Loi n\u2019investit pas les juges des pouvoirs d\u2019un magistratd\u2019instruction propres à un système judiciaire inquisitorial, la recherche des éléments de preuve échoit au gouvernement uniquement Évidemment, la Cour est sensible à l\u2019importance de la protection des renseignements confidentiels sur lesquels repose la sécurité des Canadiens : cela constitue un objectif réel et urgent Néanmoins, le respect des principes de justice fondamentale exige soit la communication des renseignements nécessaires à la personne visée par le certificat, soi t la communication partielle des renseignements, par un mécanisme de vérifi- cation indépendante de la preuve.Comme des solutions moins attentatoires peuvent être adoptées, notamment le recours à un avocat spécial, la Cour suprême est d\u2019avis que l\u2019atteinte aux droits des personnes visées par un certificat de sécurité n\u2019estpas minimale.La U PR permet la détention indéterminée des non-citoyens lorsque leur expulsion devient impossible.561 Québec 2008-2009*.indd 561 17/11/08 09:25:23 L'état du Québec 2009 La souveraineté contre l'universalité Il existe dans le droit public national et international un curieux paradoxe.D'une part, il est acquis que l'État souverain peut exercer le plein contrôle de son territoire - le territoire étant l'un de ses éléments constitutifs.Ce faisant, il déploie de multiples moyens de contrôle migratoire régissant l'entrée sur son territoire.Toutefois, en les exerçant, il ne peut ignorer les chartes des droits et les traités internationaux qui consacrent le principe de l'universalité des droits humains.L'exercice de ces moyens de contrôle devient alors le théâtre d'un affrontement constant entre le principe de souveraineté et la notion de droits humains.Le principe de souveraineté permet aux États de déployer les mesures de contrôle migratoire qui s'imposent pour assurer le respect de l'intégrité territoriale et la sécurité nationale.Cette compétence quasi absolue en matière migratoire est souvent associée à la célèbre affaire Nishimura Ekiu (1892), dans laquelle la Cour suprême des États-Unis avait proclamé que chaque nation souveraine «a le pouvoir inhérent - découlant de sa souveraineté et essentiel à sa sauvegarde - d'interdire l'entrée des étrangers sur son territoire1 ».La reconnaissance des droits de l'homme et les principes d'universalité ont quelque peu modifié le concept de souveraineté.En effet, les principaux traités et conventions adoptés au lendemain de la Seconde Guerre mondiale consacrent l'obligation de tous les États-parties de respecter et d'assurer la protection des droits fondamentaux de tous ceux se trouvant à l'intérieur de leur juridiction2.Dans son œuvre Spheres of Justice, Michael Walzer3 navigue lui aussi entre l'idée d'universalité des droits et celle de souveraineté territoriale.Walzer développe l'idée de membership, d'appartenance, une théorie selon laquelle les droits et libertés ne s'attachent aux individus qu'en leur qualité de membres d'une communauté politique, dont les frontières ne sont autres que les frontières territoriales de l'État.Il avance une conception des droits humains qui ouvre aux étrangers résidant à l'intérieur des limites territoriales les mêmes droits que les habitants qui y sont nés.Ainsi, Walzer prône l'universalisme à l'intérieur des frontières territoriales, rejetant, par exemple les systèmes de caste ou la notion de classe sociale inférieure.Sa vision embrasse une éthique d'inclusion et d'égalité envers tous.Pourtant, Walzer donne à l'État tout le loisir de déterminer qui sera exclu de cette sphère universalisante à l'aide de ses «politiques d'admission1» dont il ne remet pas en doute la légitimité5.Il y a donc, là encore, rivalité de paradigmes.L'arrêt Charkaoui6 constitue une illustration de cette tension entre l'idée d'universalité des droits fondamentaux et celle de souveraineté territoriale en matière de contrôle migratoire.Dans cette affaire, la Cour suprême du Canada a navigué d'une rive à l'autre en reconnaissant, d'une part, que le régime des certificats de sécurité était justifié par l'impératif de sécurité nationale et relevait de la compétence de l'État en matière migratoire, mais que ni cette procédure ni la détention qui y est afférente ne devraient se faire aux dépens de l'équité procédurale et des principes de justice fondamentale.1.\tNishimura Ekiu v.United States 142 U.S.651 (1892), p.659.Notre traduction de «has the power, as inherent in sovereignty, and essential to its self-preservation, to forbid the entrance of foreigners within its dominions».Pour une analyse critique de cette citation, voirVincent Chetail, « Migration, droits de l'homme et souveraineté.Le droit international dans tous ses états», dans Mondialisation, migration et droits de l\u2019homme.Le droit international en guestion, Bruxelles, Bruylant, 2007, p.13-133, aux p.25 et suivantes.2.\tArt.2 al.1 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques et art.1 de la Convention européenne des droits de l'homme.3.\tWalzer, Michael, Spheres of Justice.A Defense of Pluralism and Eguality, New York, Basic Books Inc., 1983, p.59-61.4.\tIbid., p.39 (notre traduction).5.\tPour une critique des vertus «égalitaires» de la théorie de Michael Walzer, voir Seyla Benhabib, The Rights of Others, Cambridge, Cambridge University Press, 2004, p.117 et suivantes.6.\tCharkaoui c.Canada [2007] 1 R.C.S.350 [Charkaoui].562 Québec 2008-2009*.indd 562 17/11/08 09:25:23 Regards sur le Canada Chronologie de l'affaire Charkaoui 1995 Le Marocain Adil Charkaoui, alors âgé de 21 ans, arrive à Montréal comme résident permanent avec sa mère, son père et sa sœur.1999 Il dépose sa demande de citoyenneté en même temps qu'une demande de parrainage pour sa femme, avec qui il s'est marié un an plus tôt.2001 Au retour d'un voyage familial au Maroc, en janvier, Charkaoui est sorti de force de l'avion à l'aéroport JFK, à New York, et est interrogé par des agents du FBI, renseignés à son sujet par le Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS).Il est relâché.2003 À la demande du SCRS, un certificat de sécurité est émis à l'encontre d'Adil Charkaoui.Le 21 mai, Charkaoui est arrêté et conduit en prison.Il est soupçonné d'être un agent dormant d'Al-Qaïda, de s'être rendu au Pakistan et d'avoir été en contact avec des présumés terroristes.Parla suite, il lance une contestation constitutionnelle du processus des certificats de sécurité.En octobre se déroule la première journée pancanadienne d'action contre les certificats de sécurité.2004 En janvier, Charkaoui demande pour une deuxième fois d'être libéré sous caution.En tant que résident, il peut faire une demande de libération tous les six mois.Sa demande est rejetée.En août, après avoir obtenu du Maroc l'assurance diplomatique qu'aucun mandat d'arrêt n'a été lancé contre Adil Charkaoui dans son pays d'origine, le ministère des Affaires étrangères rejette la demande de protection de celui-ci.En novembre, Charkaoui publie une lettre ouverte, «J'accuse», dans Le Devoir.Celle-ci fait suite à une lettre ouverte contre les certificats de sécurité, signée par plus de 70 éminents avocats et associations dejuristes, publiée dans le Globe and Mail.2005 En janvier, alors qu'Adil Charkaoui entame une quatrième révision de sa détention, plusieurs députés, célébrités, anciens ministres et acteurs de la société civile offrent publiquement de participer au paiement de la caution exigée pour sa libération.Le 18 février, après presque deux ans d'emprisonnement sans connaître les accusations qui pèsent contre lui, Charkaoui est libéré.Il est cependant soumis à des conditions draconiennes.Il ne peut ni quitter ITIe de Montréal ni utiliser un ordinateur ou un téléphone cellulaire.Le 21 février, la Cour fédérale entame la révision judiciaire du certificat de sécurité de Charkaoui.Au même moment, Radio-Canada révèle que le Maroc a lancé, en dépit de ses affirmations, un mandat d'arrêt international à son encontre.La révision judiciaire est suspendue en attendant une nouvelle décision concernant sa protection.563 Québec 2008-2009*.indd 563 17/11/08 09:25:23 L'état du Québec 2009 Le 26 mars, une première marche pour la libération des cinq détenus des certificats de sécurité et l'abolition de ces certificats a lieu à Montréal.Par ailleurs, le Comité contre la torture, de l'ONU, critique les certificats de sécurité et demande au Canada de modifier sa législation afin de les rendre conformes au droit international.En octobre, Charkaoui lance une deuxième contestation constitutionnelle.Il soutient que les sections de la Loi sur l'immigration et la protection des réfugiés (LIPR) qui permettent au gouvernement de le déporter vers un pays pratiquant la torture contreviennent à la convention de l'ONU contre la torture et à la Charte internationale des droits de l'homme.2006 En avril, Mohamed Harkat, Mahmoud Jaballah, Mohammad Mahjoub et Elassan Almrei - les quatre détenus des certificats de sécurité en Ontario - sont transférés dans le nouveau Centre de surveillance de l'immigration de Kingston, surnommé Guantanamo Nord.En juin, la Cour suprême entend la contestation de la loi des certificats de sécurité lancée par Adil Charkaoui.2007 Le 23 février, la Cour suprême déclare inconstitutionnelle la loi des certificats de sécurité.La Chambre des communes la modifie un an plus tard, permettant aux personnes visées par un certificat de connaître, dans les 48 heures suivant leur arrestation, les raisons de leur détention.2008 En août, la Cour fédérale assouplit les conditions de liberté surveillée d'Adil Charkaoui, qui peut désormais suivre des cours à l'université et utiliser un ordinateur sous supervision.Au début septembre, les avocats d'Adil Charkaoui demandent la divulgation de toute preuve détenue contre leur client.Jusqu'ici, l'accusation a refusé de le faire.Le 18 septembre, la Cour suprême rejette la requête d'Adil Charkaoui visant à invalider les dispositions de la Loi canadienne sur l'immigration sur le renvoi d'individus vers des pays qui pratiquent la torture.Références Perreault, Laura-Julie et Nathaëlle Morissette, «Adil Charkaoui libéré.Un danger \"neutralisé\" pendant 23 mois», La Presse, vendredi 18 février 2005, p.A3.Coalition justice pour Adil Charkaoui : www.adilinfo.org Wikipedia : www.wikipedia.org/wiki/Adil_Charkaoui Radio-Canada : www.radio-canada.ca/index.shtml Amnistie internationale: www.amnistie.ca LÉONORE PION 564 Québec 2008-2009*.indd 564 17/11/08 09:25:23 Regards sur le Canada Le droit à la protection contre la détention arbitraire violé Selon la Cour suprême, même si la détention n\u2019estpas, en soi, arbitraire (puisqu\u2019elle découle de la menace à la sécurité posée par les personnes visées), l\u2019absence de contrôle judiciaire de la détention des ressortissants étrangers avant l\u2019expiration d\u2019une période de 120 jours constitue une violation de l\u2019article 9 de la Charte.En effet, l\u2019article 9 garantit le droit d\u2019obtenir un contrôle de la légalité de la détention dans des délais raisonnables.Or, selon la Cour, si un délai de 48 heures est suffisant pour effectuer la révision de la détention d\u2019un résidentperma-nent, il n\u2019y a aucune raison de croire qu\u2019un délai de 120 jours soit nécessaire pour contrôler la détention des étrangers.Encore une fois, la Cour suprême conclut que l\u2019atteinte aux droits protégés par l\u2019article 9 n\u2019estpas minimale.Par contre, la Cour rejette les arguments fondés sur la discrimination.Selon elle, le fait que la LIPR.établisse un régime de certificats de sécurité uniquement applicable aux non-citoyens et qu\u2019elle autorise la détention des non-citoyens seulementn\u2019en faitpas un régime discriminatoire interdit par l\u2019article 15 al.1 de la Charte.En effet, l\u2019article 6 de la Charte, qui pose que seuls les citoyens canadiens ont le droit d\u2019entrer et de demeurer au Canada, doit être interprété comme autorisant «expressément» une telle différence de traitement, puisqu\u2019il permetl\u2019expulsion de non-citoyens2.Le principe de souveraineté territoriale en matière de contrôle de l\u2019immigration prend ici toute sa force.L\u2019appelant (Charkaoui) a soulevé sans succès l\u2019argument selon lequel la LIPR.a un effet discriminatoire à l\u2019extérieur du champ de l\u2019immigration, puisqu\u2019elle permet la détention indéterminée des non-citoyens lorsque leur expulsion devient impossible.Dans ce cas, plaide l\u2019appelant, la procédure dépasse le cadre de l\u2019immigration, car la détention n\u2019est plus liée à l\u2019objectif d\u2019expulsion.La Cour rejette aussi cet argument sur lequel nous reviendrons plus loin.En déclarantl\u2019incompatibilité du régime de certificats de sécurité avec la Charte, la Cour a invité le gouvernement du Canada à adopter une procédure respectueuse des droits de la personne visée par un certificat de sécurité.En guise de réponse, le 22 octobre 2007, le gouvernement canadien a déposé le projet de loi C-3, qui propose de mettre en place un système de représentant spécial (special advocate ou avocat spécial), à l\u2019instar de celui actuellement en vigueur au Royaume-Uni.Ce projet a reçu la sanction royale le 14 février 2008.L'analyse de l'arrêt Charkaoui Dans l\u2019arrêtCharkaoui, la Cour suprême navigue entre le principe de souveraineté territoriale et celui de l\u2019universalité des droits fondamentaux.Elle reconnaît d\u2019abord que les étrangers, tout comme les citoyens canadiens, ont droit au respect des principes de justice fondamentale.La Cour rejette d\u2019emblée l\u2019argument du gouvernement qui soutient que l\u2019article 7 ne s\u2019applique pas «parce qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une affaire d\u2019immigration3 ».En cela, elle suit l\u2019idée développée dans l\u2019arrêt Singh c.Ministre de l\u2019Emploi etde l\u2019Immigration4, lequel établit, dès 1985, que les droits protégés par la Charte, lorsqu\u2019ils ne sont pas réservés aux seuls citoyens, s\u2019appliquent à tous ceux physiquement présents en sol canadien, quelle que soit leur nationalité.Comme le déclare la juge Wilson, le mot «chacun» libellé à l\u2019article 7, contrairement aux libellés des articles 3 et 23 de la Charte, « englobe tout être humain qui se trouve au Canada et qui, de ce fait, estassujetti à la loi canadienne5 ».Le droit canadien adopte ici une conception universelle mais territoriale des droits humains : à l\u2019intérieur du sol canadien, tous ontdroitau respect des principes de justice fondamentale.La Cour a également favorisé ce principe d\u2019égalité lorsqu\u2019elle a considéré comme 565 Québec 2008-2009*.indd 565 17/11/08 09:25:23 L'état du Québec 2009 arbitraire la durée de 120 jours applicable au contrôle de la détention des étrangers, alors que les résidents permanents bénéficientd\u2019un délai beaucoup plus court.Cela dit, en refusant de déclarer discriminatoire le régime des certificats de sécurité, la Cour suprême donne préséance à la notion de souveraineté territoriale en matière de contrôle de l\u2019immigration.Lorsque l\u2019appelant soutient que les dispositions de la LIPR.créent une discrimination à l\u2019endroit des non-citoyens, la Cour rétorque que l\u2019article 6 de la Charte, qui pose que seuls les citoyens canadiens ont le droit de quitter le pays et d\u2019y rentrer, permet «expressément» cette différence de traitement6.Selon le raisonnement de la Cour, si seuls les citoyens canadiens ont le droit de demeurer au Canada, cela signifie, a contrario, que les résidents permanents et les étrangers n\u2019ont aucun droit d\u2019y demeurer: ils peuvent faire l\u2019objet d\u2019une ordonnance d\u2019expulsion.Et comme la détention est intimement liée à ce « régime d\u2019expulsion » qu\u2019est le régime des certificats de sécurité, il s\u2019ensuit que la détention des non-citoyens n\u2019estpas discriminatoire au sens de la Charte.Au Royaume-Uni, une décision de la Chambre des lords a pourtant conclu, dans A.v.Secretary o/State7, que la détention des étrangers assujettis à un certificat de sécurité est discriminatoire, car le pays ne peut, sans violer ses obligations internationales, expulser les étrangers qui risquent une atteinte à leur intégrité physique dans leur pays d\u2019origine.Ainsi, pour respecter ses obligations internationales, le Royaume-Uni doit garder ces personnes à l\u2019intérieur de son territoire ; par contre, il ne les remet pas en liberté, mais plutôt ordonne leur détention qui peut se prolonger indéfiniment La détention pour une durée indéterminée de ces personnes n\u2019estplus alors reliée au champ « protégé » de l\u2019immigration : on ne peut expulser ces personnes sans violer le droit international.La détention indéterminée devient alors 566 discriminatoire, car elle ne s\u2019adresse qu\u2019aux étrangers, sans qu\u2019elle puisse bénéficier de l\u2019exception qui provient du champ de l\u2019immigration.La Cour suprême s\u2019empresse de distinguer ce cas anglais du cas canadien : si au Royaume-Uni l\u2019expulsion est impossible et que la détention pour une durée indéterminée est expressément prévue par la loi, au Canada, la LIPR « n\u2019autorise pas la détention pour une période indéterminée8».En cela, la Cour se contredit quelque peu, car elle exprimait, quelques paragraphes plus haut dans le jugement, que la LIPR « peut en fait permettre une détention prolongée ou pour une durée indéterminée9 ».En bref, ce que veut sans doute dire la Cour, c\u2019est que l\u2019expulsion n\u2019estpas impossible, elle est seulement improbable (surtout si l\u2019on considère les obligations internationales du Canada en Théoriquement, la détention reste liée à la compétence souveraine de l'État en matière d'immigration.matière de non-refoulement).Théoriquement, donc, la détention reste liée à la compétence souveraine de l\u2019État en matière d\u2019immigration, laquelle permetcette distinction entre citoyens et étrangers.On peut se questionner sur cette analyse de la Cour, qui tente de s\u2019accrocher à l\u2019idée que la détention, même de très longue durée, est toujours liée à l\u2019idée de contrôle migratoire, et donc à la compétence étatique en matière d\u2019immigration.S\u2019il est vrai qu\u2019au Royaume-Uni l\u2019expulsion vers un pays pratiquant la torture faitl\u2019objetd\u2019une interdiction formelle, réitérée récemment par la Cour européenne des droits de l\u2019homme10, au Canada, on ne peut pas dire qu\u2019une telle expulsion soit légitime.Alors que la Cour suprême, dans l\u2019arrêt Suresh, reconnaît la possibilité, théorique du moins, d\u2019expulser un individu vers un pays où il risque la torture, la Cour fédérale de première instance, dans Re laballah11, a déclaré que l\u2019expulsion vers la Québec 2008-2009*.indd 566 17/11/08 09:25:23 Regards sur le Canada torture est toujours contraire à la Charte.En termes à peine voilés, la Cour suprême semble reconnaître la légitimité d\u2019une telle expulsion.Car commentpeut-on alors interpréter la position de la Cour?Ou bien les gens qui attendent d\u2019être expulsés seront bel et bien expulsés, donc la Cour valide implicitement la violation par le Canada de ses obligations internationales ; ou bien ces personnes ne seront jamais expulsées, et alors elles seront détenues indéfiniment, ce qui deviendrait discriminatoire, car à l\u2019extérieur du champ protégé de l\u2019immigration.Conclusion L\u2019arrêt Charkaoui conduit, au terme de diverses équations conceptuelles, à une position inconfortable selon laquelle les étrangers et les résidents permanents ont droit au respect des principes de justice fondamentale dans la procédure d\u2019examen des certificats de sécurité et de contrôle de détention, mais ils ne peuvent se dire discriminés, même si ces dispositions ne visent qu\u2019eux.Le résultat net est l\u2019instauration d\u2019une sphère réduite de droits attribuables aux étrangers et aux résidents permanents, en dépit du principe d\u2019égalité.Les raisons du jugement anglais dans A.v.Secretary of State pourront inspirer de futurs débats sur la légalité de la distinction entre citoyens et non-citoyens en matière de certificats de sécurité, débats qui pourront être rouverts si la Cour suprême venait à prononcer l\u2019interdiction formelle d\u2019expulsion en cas de risque de torture.L\u2019auteure de ce texte est chercheuse membre du Centre d\u2019éudes et de recherches internationales de [\u2019Université de Montréal (CERIUM).Notes 1.\t2001, ch.27, art.77a85 [laLIPRou la Loi].2.\tArrêt Charkaoui, para.129.3.\tArrêt Charkaoui, para.16.4.\t[1985] 1 RC.S.177.5.\tIbid., para.35.6.\tUne disposition de la Charte (l\u2019article 15 stipulant l\u2019égalité) ne peut en invalider une autre (l\u2019article 6).C\u2019est notamment cet argument qui avait été exposé par la Cour suprême du Canada dans l\u2019arrêt Chiarelli c.Canada (Ministre de l\u2019Emploi et de l\u2019Immigration), [1992] lRCS 711.7.\tA.v.Secretary ofStateJbrtheHome Department, [2005] 3 A11E.R 169.8.\tArrêt Charkaoui, para.127.9.\tArrêt Charkaoui, para.105.10.\tSaadi v.United Kingdom (Application n° 13229/03), jugement du 29 janvier 2008.11.\t[2006] C.F.1230.567 Québec 2008-2009*.indd 567 17/11/08 09:25:23 Le destin canadien de la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones La Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones a été adoptée par l'Assemblée générale des Nations unies le 13 septembre 2007.Cent quarante-trois pays ont voté pour, onze se sont abstenus et quatre ont voté contre (les États-Unis, l'Australie, le Canada et la Nouvelle-Zélande).La Déclaration, que le Canada n'a donc pas signée, est non contraignante.Elle sert surtout d'outil politique : elle guide l'État signataire dans ses affaires autochtones et s'assure que les actions entreprises respectent le régime onusien des droits de l'homme.Parce que la Déclaration est générale, les articles qui fixent les grandes orientations - en particulier le Préambule, l'article 1 et les articles 45 et 46 - sont fondamentaux.La majeure partie des articles préconisent la protection des cultures autochtones, surtout en ce qui concerne l'enseignement scolaire et la langue, et exigent que cela se fasse, autant que possible, en protégeant simultanément les assises naturelles et matérielles qui les rendent possibles.Plusieurs articles insistent sur le fait que les peuples autochtones devraient participer ou être consultés au sujet des décisions qui peuvent avoir une incidence sur leur vie.D'autres articles se prononcent en faveur des réparations justes et équitables en cas d'expropriation et promeuvent l'idée que les Autochtones doivent avoir le privilège de disposer de leurs terres et de leurs ressources de façon autonome.Comment expliquer que la Déclaration soit devenue aussi controversée et, pour plusieurs pays, dont le Canada, inacceptable?La première raison est le langage emphatique et philosophique, généreusement flou et imprécis, qui s'exprime dans la Déclaration, notamment en ce qui concerne les notions d'autodétermination, d'autodéveloppement, d'autosuffisance, de prévalence identitaire, etc.Or, aucune définition claire de ces termes n'est fournie.Par ailleurs, sur le plan de la culture juridique, on constate que plusieurs tournures et propositions sont inusitées en droit commun (common law), notamment le recours à la notion de «droit collectif».Enfin, on constate que la Déclaration (nonobstant le fait qu'elle soit non contraignante) ouvre la voie à une pluralité d'interprétations, ce qui risque de conduire à des débats sans fin et, possiblement, à un cul-de-sac.Une telle guerre d'interprétation pourrait mener à l'enlisement judiciaire de toute question autochtone pour les prochains 500 ans - les Autochtones pourraient utiliser la Déclaration comme « argument convaincant », vu que, même si elle ne crée pas de nouveaux droits, elle apporte une précision du régime onusien des droits de l'homme que le Canada a ratifié - et, surtout, à la ruine des efforts de négociation et d'entente.Malgré ces raisons, le Canada aurait pourtant pu, en signe de sa bonne volonté, signer la Déclaration tout en formulant des réserves et en adoptant une déclaration d'interprétation relative aux principes de droit.Mais eu égard à l'enthousiasme « autochtoniste » qu'a suscité la Déclaration, cela a apparemment été jugé contre-productif.BJARNE MELKEVIK Professeur titulaire, Faculté de droit, Université Laval 568 Québec 2008-2009*.indd 568 17/11/08 09:25:23 Le référendum sur le mode de scrutin en Ontario François-Pierre Gingras Professeur auxiliaire, École d\u2019études politiques, Université d\u2019Ottawa Le 10 octobre 2007, l\u2019électorat ontarien a rejeté par référendum la proposition de loi visant à instaurer un nouveau mode de scrutin reposant sur la représentation proportionnelle mixte.Bien que le mode de scrutin actuel date de 1792 - tout début du parlementarisme dans le Haut-Canada-, on s\u2019estpériodiquementinter-rogé en Ontario sur l\u2019opportunité d\u2019une réforme qui rendrait mieux compte du vote populaire.Cette préoccupation a parfois été essentiellement partisane.Cela a été le cas lorsque le gouvernement libéral a imposé, de 1885 à 1893, un élément de proportionnalité dans la région de Toronto afin de s\u2019assurer d\u2019y faire élire au moins un député.Plus récemment, les revendications en faveur d\u2019un nouveau mode de scrutin sont venues de l\u2019opinion publique et d\u2019organismes non partisans, comme le mouvement Fair Vote Canada/Représentation équitable au Canada (RÉC).La représentation proportionnelle mixte: mode d'emploi Le 18 novembre 2004, le premier ministre ontarien, Dalton McGuinty, a annoncé qu\u2019une assemblée de citoyens examinerait « la possibilité d\u2019une réforme électorale et de nouvelles idées pour l\u2019élection des députés à l\u2019Assemblée législative provinciale».Cette initiative s\u2019inscrivait dans le cadre de « l\u2019effort le plus ambitieux en matière de renouveau démocratique déployé en Amérique du Nord», selon la formule de Michael Bryant, alors ministre responsable du Renouveau démocratique.Dans cet esprit, le gouvernement a fait adopter en décembre 2005 une loi prévoyant que les élections se dérouleraient désormais tous les quatre ans en octobre, sauf en cas de défaite du gouvernement lors d\u2019un vote de confiance.Présidée par George Thomson et composée de 103 membres issus de la société civile (une personne par circonscription), l\u2019Assemblée des citoyens sur la réforme électorale a effectué de vastes consultations auprès de À peine 51 % de l'électorat lapopulation et inscrit s'est prononcé sur la a tenu 41 ren- réforme du mode de scrutin.contres publiques avant de déposer son rapport, en mai 2007.Celui-ci proposaitde remplacer le mode de scrutin actuel par un mode de scrutin basé sur la représentation proportionnelle mixte, un système qui combine certaines caractéristiques de la majorité relative et de la représentation proportionnelle pure.Si le système proposé avait été adopté, l\u2019Assemblée législative aurait été composée de 129 députés élus de deux manières différentes : 90 députés de circonscription élus localement, comme dans le système actuel, et 39 députés de liste, élus pour toute la province à partir de listes de parti.Sur un même bulletin, les électeurs auraient exprimé deux votes : dans une 569 Québec 2008-2009*.indd 569 17/11/08 09:25:23 L'état du Québec 2009 Les tentatives de réforme ailleurs au Canada Les critiques à l'endroit du système actuel de la majorité relative ne sont pas nouvelles dans les autres provinces canadiennes.Pendant des périodes plus ou moins longues avant 1956, le Manitoba, l'Alberta et la Colombie-Britannique ont aussi connu d'autres modes de scrutin: le scrutin préférentiel et le scrutin à vote unique transférable, deux systèmes où l'électeur peut voter pour plus d'un candidat selon son ordre de préférence.Des résultats électoraux particulièrement controversés ont amené des gouvernements provinciaux, sous la pression de l'opinion publique, à étudier l'opportunité de réformes du mode de scrutin.Le Québec, on lésait, n'a pas encore donné de suite ni au Livre vert sur la réforme du mode de scrutin, publié sous le gouvernement de René Lévesque en 1979, ni au rapport de la commission Béland qui proposait en 2006 un mode de scrutin proportionnel mixte compensatoire.Ayant connu en 1996 une situation où le parti appelé à former le gouvernement était celui disposant du plus grand nombre de députés, mais non pas celui ayant recueilli le plus de votes à l'échelle de la province, la Colombie-Britannique a été la première province à soumettre au référendum une proposition de réforme du mode de scrutin.Donnant suite à une promesse électorale, le gouvernement libéral nouvellement élu en 2001 créait l'Assemblée des citoyens sur la réforme électorale, qui a proposé l'adoption d'un mode de scrutin à vote unique transférable (une variante de la représentation proportionnelle où les électeurs classent les candidats par ordre de préférence).Le gouvernement a soumis la proposition à un référendum en mai 2005, en imposant un seuil d'appui de 60% des votes exprimés et un appui majoritaire dans 60% des circonscriptions.Malgré une victoire dans 77 des 79 circonscriptions, le soutien populaire n'a atteint que 57,7%, entraînant le rejet la proposition.Un nouveau référendum sur la même question se tiendra le 12 mai 2009 mais, cette fois, l'électorat sera mieux informé: l'Assemblée législative de Colombie-Britannique a déjà adopté une loi précisant le redécoupage électoral qui serait en vigueur si le nouveau mode de scrutin était adopté - une donnée dont l'absence semble avoir joué contre la proposition en 2005.À l'Tle-du-Prince-Édouard, l'élection de 2000 s'est soldée par un écart énorme entre la part du vote populaire et la proportion de sièges recueillis parles partis.Réagissant à une revendication de l'opinion publique, le gouvernement conservateur a mis sur pied en 2003 la Commission de la réforme électorale, dont le mandat était notamment d'étudier «l'opportunité de doter l'Tle-du-Prince-Édouard d'un autre système électoral ».Dans son rapport, la Commission a recommandé la mise en place d'un mode de scrutin proportionnel mixte, et un référendum, soumis aux mêmes seuils de soutien qu'en Colombie-Britannique, a eu lieu en novembre 2005.La proposition n'a recueilli que 36,4% de votes favorables et une majorité dans seulement 2 des 27 circonscriptions.Dans le même esprit, le gouvernement du Nouveau-Brunswick a mis sur pied en décembre 2003 la Commission sur la démocratie législative, dont le mandat était «d'examiner le système électoral ainsi que les institutions et pratiques démocratiques au Nouveau-Brunswick».Dans son rapport final, en janvier 2005, la Commission a recommandé l'adoption d'élections à date fixe et d'un système de représentation proportionnelle mixte régionale.Le gouvernement progressiste-conservateur s'était engagé à tenir un référendum sur cette question en mai 2008, mais il a été défait lors d'élections anticipées en septembre 2006.Le nouveau gouvernement libéral (au pouvoir malgré un nombre de votes légèrement inférieur à celui obtenu par le Parti progressiste-conservateur) n'a pas pris d'engagement en ce qui concerne un éventuel référendum.570 Québec 2008-2009*.indd 570 17/11/08 09:25:24 Regards sur le Canada section, ils auraientchoisi leur candidat préféré et, dans l\u2019autre, leur parti préféré.En vue de l\u2019élection des 90 députés de circonscription, la province aurait été découpée en 90 circonscriptions un peu plus grandes que celles qui existent actuellement.Dans la section du bulletin de vote réservée à cet effet auraient figuré les noms de tous les candidats dans la circonscription de l\u2019électeur, qu\u2019ils soientaffiliés à l\u2019un des partis politiques reconnus ou qu\u2019ils se présentent comme indépendants.Le candidat élu aurait été celui qui aurait obtenu le plus grand nombre de votes.Pour choisir les 39 députés de liste, chaque parti politique reconnu aurait d\u2019abord établi sa liste de candidats dans l\u2019ordre qu\u2019il aurait souhaité.Dans l\u2019autre section du bulletin de vote aurait donc figuré le nom de tous les partis, parmi lesquels l\u2019électeur aurait eu à choisir.On aurait ensuite additionné le nombre de voix recueillies par chaque parti dans toutl\u2019Ontario et, à partir de ce décompte, on aurait établi lesquels auraient obtenu des députés de listes et, le cas échéant, combien.Tout parti ne recueillant pas au moins 3 % des votes dans l\u2019ensemble de l\u2019Ontario n\u2019aurait pas obtenu de siège de député de liste.Avec le système proposé, le nombre de députés de chaque parti se serait davantage rapproché de sa part de votes exprimés.Ainsi, le nouveau mode de scrutin aurait diminué la possibilité pour un parti de former un gouvernement majoritaire sans avoir remporté une majorité ou une quasi-majorité des voix.En outre, certains partis qui n\u2019auraient fait élire aucun député de circonscription auraient quand même pu faire siéger des députés de liste à l\u2019Assemblée législative.La campagne référendaire Le gouvernement a annoncé le 20 juin 2007 qu\u2019un référendum sur la réforme du mode de scrutin se tiendrait en même temps que les élections générales du 10 octobre : la popula- tion aurait à choisir entre le maintien du système actuel de la majorité relative et celui de la représentation proportionnelle mixte, proposé par l\u2019Assemblée des citoyens sur la réforme électorale.Cette dernière a alors estimé nécessaire la mise en œuvre immédiate d\u2019un vaste programme de sensibilisation sur la réforme électorale.Le mouvement pour la Représentation équitable au Canada (REC) a estimé que le coût d\u2019une telle opération serait d\u2019au moins 13 millions de dollars.Élections Ontario a lancé sa campagne de sensibilisation au mois d\u2019août avec un budget de moins de 7 millions de dollars.On s\u2019accorde à dire que la publicité d\u2019Élections Ontario n\u2019a guère été stimulante, en partie parce que l\u2019organisme a voulu éviter de donner l\u2019impression qu\u2019il soutenaitun système plutôt que l\u2019autre.Mais il faut aussi comprendre que les deux principaux partis, libéral et progressiste-conservateur, habitués à l\u2019alternance gouvernementale, n\u2019avaientpas d\u2019intérêtà appuyer le projet de réforme, puisque le système actuel assure habituellement une généreuse «prime de sièges » au parti vainqueur.D\u2019ailleurs, aucun de ces deux partis n\u2019a officiellementpris position dans la campagne référendaire, bien que 11 candidats libéraux aient personnellement soutenu le projet de représentation proportionnelle mixte - dans le même temps, 4 candidats libéraux et 3 candidats progressistes-conservateurs (dont le chefdu parti John Tory) étaientofficiellementpartisans du statu quo de la majorité relative.Plusieurs autres le sont officieusement.Selon les rapports officiels, les dépenses totales du No MMP Committee1 ne se sont élevées qu\u2019à 15 589$.Cependant, le camp du statu quo a bénéficié de la publication de lettres dans les journaux.Celles-ci exprimaient une série d\u2019inquiétudes à l\u2019égard du changement de mode de scrutin, en particulier la possibilité que le nouveau système crée deux classes de 571 Québec 2008-2009*.indd 571 17/11/08 09:25:24 L'état du Québec 2009 Le nouveau mode de scrutin aurait diminué la possibilité pour un parti de former un gouvernement majoritaire sans avoir remporté une majorité ou une quasi-majorité des voix.députés (les députés de liste risquant d\u2019avoir moins de légitimité que les députés de circonscription), qu\u2019il érode la qualité des rapports entre le député et ses mandants et qu\u2019il produise davantage de gouvernements instables.Plusieurs leaders d\u2019opinion franco-ontariens ont aussi exprimé leur crainte que le nouveau mode de scrutin ne réduise la proportion de députés francophones, dans la mesure où le redécoupage de la carte électorale auraitimpli-qué une diminution du nombre de circonscriptions possédant une masse critique d\u2019électeurs francophones.On sait que les francophones constituent de 3 à 5 % de la population de l\u2019Ontario, mais qu\u2019ils sontconcentrés dans certaines circonscriptions de l\u2019est et du nord de la province.Du côté des partis politiques, seul le Freedom Party (qui n\u2019a recueilli que 3 003 votes lors des élections) a fait connaître son opposition officielle au changement de mode de scrutin.Le projet de représentation proportionnelle mixte a pu lui aussi compter sur de nombreuses lettres publiées dans les journaux.Celles-ci ont principalement repris les critiques classiques envers le mode de scrutin actuel.Elles ont pointé du doigt les écarts fréquents entre la partdevotesetla proportion de sièges obtenus par les partis, l\u2019absence de représentation parlementaire des électeurs appuyant les petits partis, voire parfois le maintien dans l\u2019opposition du parti ayant pourtant obtenu le plus grand nombre de votes.Le camp du changement, piloté par des membres de Fair Vote Ontario (une branche du mouvement REC), a également obtenu le soutien des syndicats de la fonction publique et de l\u2019enseignement, d\u2019associations étudiantes, de groupes féministes et de nombreux universitaires.En tout, les comités en faveur du nouveau mode de scrutin ont conjointement déboursé 481095 $ en fonds de campagne.Du côté des partis politiques, le Nouveau Parti démocratique de l\u2019Ontario (741675 votes) a soutenu le projet de représentation proportionnelle mixte, bien que son chef, FLoward FLampton, ait déploré que ce mode de scrutin entraînerait une diminution du nombre de circonscriptions dans le nord de la province.Le Parti vert (354 897 votes), le Parti de la coalition des familles (35 763 votes) etle Parti communiste (1 603 votes) se sont aussi exprimés en faveur du nouveau système.Les sondages montrent l\u2019échec relatif de la campagne de sensibilisation.En juin 2007, environ 50% des personnes interrogées ignoraient qu\u2019un référendum auraitlieu à l\u2019automne et 70 % ne savaient pas en quoi consistait la proposition référendaire.Fin septembre, 47% affirmaient encore ne rien connaître du nouveau mode de scrutin, 41% en avaient une petite idée et 12% seulement disaient bien comprendre le projet.L'analyse des résultats Le soir du 10 octobre 2007, à peine 51% de l\u2019électorat inscrit s\u2019est prononcé sur la réforme du mode de scrutin dans ce premier référendum provincial à se tenir dans l\u2019Ontario depuis 1921, les électeurs s\u2019étaient alors prononcés 572 Québec 2008-2009*.indd 572 17/11/08 09:25:24 Regards sur le Canada sur la prohibition de la vente d\u2019alcool - il y a aussi eu un référendum fédéral sur un projet de réforme constitutionnelle issu de l\u2019Accord de Charlottetown en 1992.Plus de 63% des votes étaient en faveur du système de scrutin actuel, qui a obtenu la majorité des voix dans 102 des 107 circonscriptions.Il ne fautpas s\u2019étonner du rejet du projet de système de représentation proportionnelle mixte.La campagne référendaire n\u2019a jamais décollé.Quant aux deux camps en présence, ils ne disposaient pas de sommes suffisantes pour rejoindre l\u2019électorat, encore moins pour stimuler sa participation.Surtout, le fonctionnement du système proposé est resté mal compris jusqu\u2019à la fin de la campagne, même auprès d\u2019une fraction importante de l\u2019électorat politisé etinstruit, comme on a pu le constater lors des débats publics.Il ne fautpas s\u2019étonner non plus du faible taux de participation au référendum, car les élections générales qui ont aussi eu lieu ce jour-là n\u2019ont attiré que 52,8% de l\u2019électorat inscrit, soit le plus faible taux de participation électorale de toute l\u2019histoire de l\u2019Ontario ! Cette absence d\u2019intérêt correspond d\u2019abord à l\u2019absence d\u2019enjeux ayant éveillé des passions dans l\u2019électorat « moyen » - cela ne signifie pas l\u2019absence d\u2019enjeux aux yeux des commentateurs et des médias, par exemple sur la question du financement des écoles confessionnelles privées, mais dans l\u2019ensemble de l\u2019électorat, cet enjeu n\u2019a pas plus «décollé» que la question référendaire.Ajoutons-y un manque d\u2019enthou- siasme à l\u2019endroit de quelque parti que ce soit et même l\u2019absence d\u2019un mécontentement significatifà l\u2019endroit du gouvernement libéral sortant Celui-ci s\u2019est finalement maintenu au pouvoir eta constitué un gouvernementmajo-ritaire.avec 42 % des votes exprimés.Bien qu\u2019il soit impossible de savoir comment l\u2019électorat se serai t réellement comporté avec un mode de scrutin différent du mode actuel, il est intéressant de noter que si le système proposé de représentation proportionnelle mixte avait été mis en place, l\u2019allure de l\u2019Assemblée législative de l\u2019Ontario serait actuellement bien différente.Les libéraux seraient minoritaires avec 60 sièges sur 129 (au lieu des 71 sur 107 qu\u2019ils détiennent maintenant).Les progressistes-conservateurs et les néo-démocrates auraient tous les deux obtenu plus de sièges qu\u2019ils n\u2019en ont présentement Les verts détiendraient 9 sièges alors que le système actuel n\u2019accorde aucune représentation à l\u2019Assemblée législative ontarienne aux 354 000 personnes qui ontvotépour eux (8,9 % du vote populaire).Note 1.MMP signifieMixedMemberProportional.L\u2019équivalent français serait «Comité du non à la RPM (Représentation proportionnelle mixte) ».Avec la représentation proportionnelle mixte, les verts détiendraient neuf sièges à l'Assemblée législative de l'Ontario contre aucun actuellement.573 Québec 2008-2009*.indd 573 17/11/08 09:25:24 Le retour du Canada dans l\u2019Arctique ou le parfait alignement des logiques stratégiques, politiques et idéologiques Stéphane Roussel Titulaire, Chaire de recherche du Canada en politiques étrangère et de défense canadiennes, UQAM Membre du Réseau francophone de recherche sur les opérations de paix (RQP) François Perreault Candidat à la maîtrise, Université de Montréal Au cours des dernières années, le gouvernement canadien a entamé son retour dans 1 Arctique, une région qu\u2019il avaitnégligée pendant plus d\u2019une vingtaine d\u2019années.Bon nombre de citoyens se réjouissent (avec raison) de ces initiatives, qui visent à protéger ce qui esta la fois unepartie du territoire national, un environnement fragile et vulnérable et un enjeu de compétition des grandes puissances, avides des ressources qui s\u2019y trouvent Pourtant, toutes justifiées que soient ces initiatives, il y a lieu de s\u2019interroger sur la valeur de certaines motivations, moins apparentes, qui pourraient alimenter ce branle-bas de combat nordique et sur les moyens (essentiellement militaires) qui permettent de les concrétiser.L'Arctique canadien et ses enjeux Pour plusieurs Canadiens, l\u2019Arctique est synonyme d\u2019empiètement territorial et de contestation de la souveraineté, principalement par les États-Unis.En fait, quatre contentieux opposent le Canada à ses voisins nordiques.Tout d\u2019abord, l\u2019île de Hans, d\u2019une superficie d\u2019à peine 1,3 km2, est aussi revendiquée par le 574 Danemark.Les deux pays se disputent également deux petites zones maritimes d\u2019environ 30 milles nautiques carrés chacune en mer de Lincoln.En mer de Beaufort, 6 250 milles2 sont l\u2019objet d\u2019un litige en lien avec le tracé de la frontière maritime canado-américaine.finalement, il y a le conflit qui touche le statut juridique du passage du Nord-Ouest, que le Canada considère comme des eaux intérieures, mais que les États-Unis etl\u2019Union européenne qualifient de détroit international.Ces contentieux existent depuis longtemps, etles parties en conflit sontgénéralementpar-venues à les mettre en sourdine, faute de pouvoir leur apporter une solution définitive.Mais, depuis la fin des années 90, l\u2019Arctique subitune transformation significative, ce qui confère une certaine urgence au règlement de ces différends.Les changements climatiques sont, en effet, susceptibles d\u2019avoir un impact sur la navigation dans la région, et les progrès technologiques dans le domaine de l\u2019exploitation minière, pétrolière et gazière rendront plus accessibles les abondantes ressources contenues dans le sol des terres émergées et sous le Québec 2008-2009*.indd 574 17/11/08 09:25:24 Regards sur le Canada plateau continental de l\u2019océan Arctique.D\u2019importants gisements de matières premières, comme le pétrole et le gaz (qui pourraient représenter près d\u2019un quart des ressources énergétiques non découvertes de la planète), l\u2019or, l\u2019argent, le plomb, le nickel, le zinc et l\u2019uranium se trouvent sur l\u2019ensemble du territoire arctique.Ainsi, avec les changements climatiques, l\u2019énorme potentiel économique et l\u2019incertitude entourant les contentieux dans la région, de plus en plus d\u2019observateurs remettent en question la capacité du Canada à faire valoir ses prétentions sur les secteurs contestés, ainsi qu\u2019à faire face aux défis que pose la prestation de services gouvernementaux dans cette région, qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019aide à la navigation, de mise en œuvre des programmes communautaires, de protection de l\u2019environnement ou d\u2019application des lois.Le gouvernement conservateur, à la suite de celui de Paul Martin, semble prendre la question au sérieux et a multiplié, au cours des dernières années, les annonces en vue d\u2019y renforcer la présence canadienne.Les politiques canadiennes dans l'Arctique depuis la fin de la Guerre froide Au cours de la Guerre froide, la politique du gouvernement canadien dans l\u2019Arctique a largement été conditionnée par la menace militaire que constituait l\u2019URSS et par celle, de nature politique et juridique, que représentaient les États-Unis sur les zones maritimes contestées.Cependant, la conclusion d\u2019un modus vivendi avec les États-Unis en 1988, l\u2019effondrement de l\u2019Union soviétique en 1991 et, surtout, la lutte au déficit des finances publiques tout au long des années 90 ont sérieusement affecté la présence canadienne dans le Nord.Ainsi, « les restrictions budgétaires, un grand nombre d\u2019engagements outre-mer qui dévoraient les ressources et d\u2019autres facteurs ont essentiellement éliminé les déploiements navals dans le Nord, réduit le rôle de l\u2019Armée de terre à deux minuscules opérations de souveraineté paranetlespatrouillesde surveillance dans le Nord de la Force aérienne à deux par an1 ».Dans ce nouveau contexte géopolitique, le gouvernement de Jean Chrétien a plutôt misé sur la diplomatie et le multilatéralisme pour tenter de gérer les dossiers relatifs à l\u2019Arctique.Le Canada a ainsi joué, en septembre 1996, un rôle central dans la création du Conseil de l\u2019Arctique, une organisation qui réunitles huit États circumpolaires (Canada, Danemark, États-Unis, Finlande, Islande, Norvège, Russie et Suède).Ce n\u2019est qu\u2019à l\u2019été 2002, avec la tenue de l\u2019Opération Narivhal (la première d\u2019une série de cinq), que les exercices interarmées dans l\u2019Arctique ont repris.À partir de 2004, sous le gouvernement Martin, les questions relatives au Grand Nord ont occupé une place importante dans les documents d\u2019orientation politi- Le Canada considère le passage du Nord-Ouest comme des eaux intérieures, mais les États-Unis et l'Union européenne, comme un détroit international.que.Ainsi, elles figuraient parmi les priorités énoncées dans le discours du Trône d\u2019octobre 2004.En décembre, le gouvernement exprimait, dans sa nouvelle Strategie pour le Nord, la volonté de protéger la souveraineté canadienne dans la région et de promouvoir des discussions avec les gouvernements territoriaux de l\u2019Arctique canadien.Enfin, l\u2019Arctique estmen-tionné à plusieurs reprises dans les documents composant l\u2019Énonce' de politique internationale du Canada (avril 2005) et, en particulier, dans celui consacré à la défense.Pour concrétiser ces engagements, d\u2019importantes sommes y étaient allouées dans les budgets de 2004 et de 2005.Les conservateurs ont repris à leur compte le discours sur la nécessité de protéger les intérêts canadiens dans le Grand Nord.Le 22 décembre 2005, en pleine campagne élec- 575 Québec 2008-2009*.indd 575 17/11/08 09:25:24 L'état du Québec 2009 torale, Stephen Harper a soutenu qu\u2019il défendrait la souveraineté canadienne dans l\u2019Arctique par tous les moyens, y compris la force militaire2.Devenu premier ministre, il n\u2019a pas hésité à employer des formules-chocs, telles que « Use it or lose it ! » (« Utilisez-le ou perdez-le ! »), et à faire la leçon aux Américains sur leur propre terrain, comme en témoigne son discours à l\u2019Economie Club de New York en septembre 2006.Depuis, les Forces canadiennes ont effectué plus de 7 opérations interarmées d\u2019envergure dans l\u2019Arctique, soit3 déplus que durant les 13 années de gouvernement libéral.Stephen Harper, quant à lui, a visité l\u2019Arctique à cinq reprises depuis le début de son mandat, un record pour un premier ministre canadien.Ces initiatives s\u2019ajoutent en fait à toute une série de mesures et d\u2019acquisitions parfois très coûteuses visant à renforcer la présence militaire et le développement du Grand N ord canadien (voir encadré).L\u2019attitude du gouvernement Harper marque clairement une rupture par rapport à l\u2019approche internationaliste à laquelle de nombreux citoyens canadiens associentlapolitique étrangère de leur pays.D\u2019une part, les conservateurs, contrairement à leurs prédécesseurs libéraux, accordent moins d\u2019importance à la voie diplomatique.Ainsi, le premier ministre n\u2019a pas hésité à abolir le poste d\u2019ambassadeur aux Affaires circumpolaires, lequel étaitchargé de coordonner la participation canadienne au sein du Conseil de l\u2019Arctique.D\u2019autre part, l\u2019essentiel des initiatives annoncées depuis 2006 est de nature unilatérale et privilégie le recours aux instruments militaires.Il s\u2019agit là d\u2019un des rares dossiers de portée internationale que le Canada aborde de la sorte, la protection des zones de pêches étant peut-être le seul autre exemple.Bien qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019un cas de protection du territoire national (ou considéré comme tel), cette approche est suffisamment étonnante pour que l\u2019on cherche à en évaluer les motivations sous-jacentes.576 La superposition des logiques Il y a, apparemment, d\u2019excellentes raisons « objectives » qui justifient les projets visant à réaffirmer la présence canadienne dans les régions arctiques.En premier lieu, l\u2019ampleur des enjeux économiques etpolitiques ainsi que les transformations observées dans cette région méritent largement que le gouvernement s\u2019y intéresse et prenne les moyens pour défendre ce qu\u2019il considère comme étant ses intérêts.Si le potentiel économique de l\u2019Arctique devait effectivement être exploité au cours des prochaines décennies, le règlement des litiges en suspens deviendrait crucial, tout comme le renforcement des capacités du gouvernement à faire respecter ses lois dans la région.En deuxième lieu, le développement des moyens nécessaires à l\u2019affirmation de la présence canadienne dans l\u2019Arctique est coûteux et, surtout, extrêmement long.(La construction d\u2019un brise-glacepeutprendre jusqu\u2019à 20 ans !) Il est donc justifié d\u2019entreprendre maintenant ce processus pour être prêt au moment où ces moyens deviendront essentiels.En troisième lieu, à l\u2019image d\u2019un joueur qui place ses pièces en position de force avant de lancer une offensive, il est sans doute stratégiquement logique de montrer la détermination du gouvernement avant d\u2019entrer dans un processus de négociation qui peut s\u2019avérer difficile, surtout si les autres parties fontpreuve d\u2019une certaine agressivité, comme cela semble être le cas de la Russie.Cette stratégie unilatéraliste pourrait effectivement s\u2019avérer payante si elle est suivie d\u2019une offensive diplomatique visant à conclure une ou plusieurs ententes permettant non seulement de régler les litiges en suspens, mais aussi d\u2019établir les modalités d\u2019une gestion conjointe des défis qui pourraient surgir au cours des années à venir.Déjà, plusieurs observateurs évoquent l\u2019idée de mettre en place un régime bilatéral (Canada-États-Unis) ou circumpolaire pour parvenir à ces objectifs.De Québec 2008-2009*.indd 576 17/11/08 09:25:24 Regards sur le Canada Les projets annoncés par le gouvernement Harper (2006-2008) \u2022\tBrise-glace de classe polaire John 6.Diefenbaker :720 millions de dollars.\u2022\tRenforcement et rééquipement du contingent des Rangers canadiens: 900 membres de plus (pour atteindre 5 000) et 17 nouvelles patrouilles de Rangers juniors canadiens: environ 3,6 millions de dollars pour les 17 nouvelles patrouilles.\u2022\tHélicoptères: -\t36 millions de dollars pour la location de six hélicoptères commerciaux afin de combler les besoins immédiats.-\t292 millions de dollars pour l'acquisition de six hélicoptères usagés Chinook D.\u2022\tAchat de six à huit navires de patrouilles extracôtiers afin d'effectuer des patrouilles dans les zones d'approche de l'Arctique et d'assurer la présence de la Marine canadienne dans le Haut-Arctique: 3,8 milliards de dollars, plus 4,3 milliards de dollars sur 25 ans pour l'entretien des appareils et les frais de fonctionnement.\u2022\tÉtablissement d'un port d'amarrage et de ravitaillement en eau profonde à Nanisivik (Nunavut): début de la construction en 2010; capacité opérationnelle initiale en 2012 et complète d'ici 2015.\u2022\tCréation du Centre de formation des Forces canadiennes dans l'Arctique à Resolute Bay.\u2022\tRemplacement de l'aéronef de patrouille Aurora.\u2022\tAchat de 17 aéronefs C-130J Hercules: environ 1,4 milliard de dollars.\u2022\tHélicoptères de transport moyen-lourd Chinook F: la livraison des appareils canadiens du modèle Chinook F devrait se faire en 2012, et leur entrée en service en 2013.\u2022\tProjet polaire Epsilon avec Radarsat-2 : estimé à 560 millions de dollars.\u2022\tCartographie complète des fonds marins: 20 millions de dollars sur deux ans.\u2022\tConstruction d'un port commercial à Pangnirtung (Nunavut): 8 millions de dollars sur deux ans.\u2022\tFinancement d'activités de cartographie géologique portant principalement sur le Nord canadien : 34 millions de dollars sur deux ans.\u2022\tProlongation du crédit d'impôt de 15% pour l'exploration minière jusqu'au 31 mars 2009: estimée à 120 millions de dollars.\u2022\tAugmentation de 10 % du montant quotidien du plafond de la déduction pour les résidents de la zone nordique : estimée à 10 millions de dollars pour les deux prochaines années dlmposition.\u2022\tModification à la Loi sur la prévention de la pollution des eaux arctiques (LPPEA) dont la zone d'application est étendue de 100 milles marins, ainsi qu'au système de trafic de la Garde côtière (NORDREG), qui devient désormais obligatoire.\u2022\tAgrandissement de la réserve du parc national Nahanni.\u2022\tExpédition pour retrouver les épaves des navires de l'explorateur britannique John Franklin (HMS Erebus et HMS Terror) : 75 000 $ sur les trois prochaines années.Source: Ministère de la Défense nationale et site Internet du premier ministre du Canada.577 Québec 2008-2009*.indd 577 17/11/08 09:25:24 L'état du Québec 2009 même, l\u2019intérêt croissant que portentcertaines organisations multilatérales, comme l\u2019Organisation du Traité de l\u2019Atlantique Nord (OTAN), pourraitfaciliter le démarrage d\u2019une telle entreprise.Des motivations moins avouables Toutefois, cette stratégie d\u2019apparence très rationnelle n\u2019épuise pas le catalogue des motivations possibles du gouvernement Harper dans ce dossier.La question mérite d\u2019être posée, puisqu\u2019il est rare de voir un gouvernement investir des ressources si importantes pour résoudre des problèmes qui ne se poseront pas avant 10, 20 ou 50 ans.Cette attitude est louable, mais ne doit pas faire oublier que les dirigeants politiques tirent probablement des bénéfices plus immédiats de cette stratégie.Trois possibilités seront évoquées ici.La première concerne la politique intérieure.Pour bon nombre de citoyens, la «nordicité» fait partie intégrante de l\u2019identité internationale distincte du Canada, construite autour d\u2019un imaginaire où se côtoient des images de pureté, d\u2019immensité et de grand froid.Fragile et vulnérable, cette région se doit d\u2019être protégée contre les menaces que peuvent générer les activités humaines et contre l\u2019avidité des puissances étrangères, en particulier des États-Unis.La défense de l\u2019Arctique est donc l\u2019une des rares causes de politique étrangère et militaire susceptible de rallier une majorité de citoyens.Le fait que Stephen Harper ait fait de cet enjeu un élémentde son discours électoral en décembre 2005 et que plusieurs initiatives aient été annoncées à la veille du déclenchement de la campagne de 2008 tend à accréditer cette thèse.Plus encore, pour un gouvernement souvent accusé d\u2019être trop aligné sur Washington, la défense de l\u2019Arctique constitue une occasion en or de démontrer sa volonté de protéger les intérêts canadiens face aux États-Unis, et cela, même si les litiges entre les deux pays sont, pour l\u2019heure, encore en veilleuse.578 Paradoxalement, la deuxième motivation est peut-être justement de montrer une bonne volonté à l\u2019égard de Washington.En effet, les menaces utilisées pour justifier le redéploiement de ressources militaires dans l\u2019Arctique (immigration illégale, terrorisme, activités criminelles internationales) correspondent justement à celles qui sont au cœur du discours sécuritaire américain.En invoquant ces menaces, le Canada envoie le signal qu\u2019il entend prendre les mesures pour que la vulnérabilité apparente de son ter- La défense de l'Arctique constitue une occasion en or pour le gouvernement Harper de démontrer sa volonté de protéger les intérêts canadiens.ritoire ne constitue pas un sujetd\u2019inquié-tude pour son voisin.De plus, le renforcement des capacités militaires canadiennes peut facilement être présenté à Washington comme une occasion de renforcer la coopération sécuritaire dans cette région, voire comme une possibilité pour le Canada d\u2019appuyer les initiatives américaines contre des tierces parties.Enfin, une troisième motivation possible trouve ses racines dans un changement idéologique, tantparmi les dirigeants que dans une part croissance de la population.L\u2019idée selon laquelle le Canada tire une influence de son rôle de champion de la médiation, du maintien de la paix et du multilatéralisme est de plus en plus remise en question.Au contraire, le discours selon lequel l\u2019affirmation du pays passe désormais par une politique plus « musclée », dans laquelle se manifeste la volonté d\u2019utiliser tous les moyens pour défendre ses intérêts et neutraliser les trouble-fêtes (y compris par le recours à la force armée), semble gagner du terrain.Pour reprendre les mots du premier ministre, « si vous voulez être pris au sérieux dans le monde, vous devez avoir la capacité d\u2019agir, c\u2019est aussi simple que cela3».Cette orientation idéologique, qui explique la prédominance des moyens militaires (plutôt que Québec 2008-2009*.indd 578 17/11/08 09:25:25 Regards sur le Canada civils ou diplomatiques) dans l\u2019approche canadienne des enjeux arctiques, permet d\u2019établir un point commun entre celle-ci et le rôle assumé par les Forces canadiennes en Afghanistan, puisque les deux missions semblent découler d\u2019une logique semblable.Dans le même ordre d\u2019idées, ce discours de fermeté et de détermination semble de plus en plus viser les grandes puissances (en particulier la Russie et la Chine) qui, à moyen terme, pourraient menacer non seulement les intérêts du Canada dans l\u2019Arctique, mais ceux beaucoup plus généraux du monde occidental.Ainsi, le ministre des Affaires étrangères, David Emerson, n\u2019a pas hésité à tracer un parallèle entre l\u2019attitude de Moscou en Géorgie et son attitude revendicatrice et agressive dans le Grand Nord4.Toutes ces motivations stratégiques, politiques et idéologiques ne sontpas contradictoires, bien au contraire.Elles se superposent et s\u2019entremêlentparfois subtilement, permettant au gouvernement de tenir un discours vertueux etrassembleur tout en évacuantles dimensions contestables de ses politiques et en faisant des gains sur d\u2019autres fronts.Face à ce parfait alignement de logiques, il reste aux citoyens la responsabilité de la pensée critique.Le retour du Canada dans l\u2019Arctique est certainement une bonne nouvelle, mais cela n\u2019épargne en rien la nécessité de s\u2019interroger sur les multiples implications de ce regain d\u2019intérêt et, surtout, sur la justesse des moyens retenus pour le concrétiser.Notes 1.\tShadwick, Martin, «L\u2019Arctique.Un territoire exposé», Revue militaire canadienne, vol.3, n° 2, été 2002, p.65-66.2.\tGriffiths, Franklyn, «Breaking the Ice on Canada-U.S.Arctic Co-operation », The Globe and Mail (Toronto), 22 février 2006.3.\t«Le PM dévoile la Stratégie de défense le Canada d\u2019abord », Cabinet du premier ministre, 12 mai 2008.En ligne : http ://pm.gc.ca 4.\t«Russia\u2019sArcticactivitiescause\u201cconcern\u201d:Emer-son», ClV.ca, 24 août 2008.En ligne: http ://www.ctv.ca / servlet/ArticleNews/ story/CTVNews/20080824/ emerson_arctic_080824/20080824/ 579 Québec 2008-2009*.indd 579 17/11/08 09:25:25 Québec 2008-2009* indd 580 17/11/08 09 25 25 Le monde vu d'ici 582 Le point sur la crise financière 586 Les gagnants et les perdants des Jeux olympiques de Pékin : perspectives chinoises 591 Good luck, Mr.President ! L\u2019héritage économique de George W.Bush et les défis de son successeur 598 La crise alimentaire mondiale : crise conjoncturelle ou crise du modèle de développement?603 Kosovo : année de l\u2019indépendance 605 Le syndicalisme international sur la voie de l\u2019unité 609 Une année mouvementée pour le pétrole 614 La Déclaration de Paris : le rôle de la société civile dans l\u2019aide au développement Le point sur la crise financière1 François Dupuis Vice-président et économiste en chef, Mouvement des caisses Desjardins La crise du crédit hypothécaire qui affecte les marchés financiers depuis la fin de l\u2019été 2007 a pris une tournure quasi apocalyptique au début de l\u2019automne alors que le système financier américain, et par ricochet celui de l\u2019ensemble de la planète, paraissaitêtre au bord du gouffre.Les dernières semaines ont été parmi les plus tumultueuses etles plus difficiles de l\u2019histoire financière.Mais comment le système financier mondial en est-il arrivé là?L\u2019origine de la crise est bien connue.Plusieurs prêteurs hypothécaires américains ont été imprudents en accordant des prêts hypothécaires à des ménages qui n\u2019avaient pas la capacité de s\u2019acheter une maison, prêts qui étaient ensuite utilisés pour garantir une quantité impressionnante de produits financiers.L\u2019éclatement de la bulle immobilière a mis un terme à ces mauvaises pratiques et, vers le milieu de 2007, les investisseurs ont tourné le dos à tous les titres liés de près ou de loin aux prêts hypothécaires.Cela a entraîné des problèmes de liquidité ainsi qu\u2019un rationnement du crédit, et a affecté la profitabilité de plusieurs institutions financières.La tolérance très élevée au risque, qui avait caractérisé les dernières années, a rapidement fait place à une prudence accrue.Cela a favorisé les valeurs refuges, par exemple les obligations gouvernementales, par rapport aux éléments d\u2019actif plus risqués, comme les actions.Une cascade d'événements Quoique sérieux et demandant une réponse vigoureuse de la Réserve fédérale, les effets de la crise semblaientinitialementd\u2019une ampleur contrôlable et concentrée dans quelques secteurs, en particulier celui de la finance et de la construction.Cependant, les institutions financières en difficulté n\u2019ontpas été en mesure de lever le capital privé nécessaire pour rééquilibrer leur bilan, ce qui a amené des craintes grandissantes concernant leur survie.La banque d\u2019investissement Bear Stearns a été la première victime importante en mars dernier, mais l\u2019action énergique des autorités américaines pour éviter que toutle système financier ne soit contaminé a temporairement réussi à calmer les marchés.L\u2019inquiétude quant à la survie des grandes institutions financières américaines s\u2019estinten-sifiée l\u2019été dernier.La perte de confiance envers les deux géants du refinancement hypothécaire aux États-Unis, Fred Dans un geste sans précédent, six grandes banques centrales ont conjointement abaissé leurs taux directeurs.dieMac etFannieMae, a forcé le Trésor américain à les mettre sous tutelle au début de septembre.Plutôt que de rassurer les investisseurs, cette action a confirmé leurs pires craintes.Quelques jours plus tard, c\u2019était au tour de Lehman Brothers, une grande banque d\u2019investissement américaine, de déclarer faillite.Par la suite, c\u2019estleplus importantassu-reur américain, American International Group 582 Québec 2008-2009*.indd 582 17/11/08 09:25:25 Le monde vu d'ici 836267 8089.49 ISmT NOTK aPPJSSL ,S LlCAL TEND£R ALLDEBTS.PUBLIC AUD PVIVMTE TrmvrrJUuL'.USuiu SERIES miiimmw ^OXKHllXllKI - -\u2014.\u2022'.**S*,\t.««\"\tU*.\tID.U /*S?\\Tïfsi ?*\t8K3 Crisis on Wall Street CTftPt M M ¥7n ;»> AvTtiwu ufe\\ 1 DE 04217033 DE 04117033 k feü&zf 3M®® La crise financière a atteint son paroxysme quand la confiance entre les principaux intervenants du marché s'est écroulée.(AIG), qui a dû être secouru par la Réserve fédérale.La crise financière a atteint son paroxysme alors que la confiance entre les principaux intervenants du marché s\u2019est écroulée.Craignant d\u2019autres faillites, les institutions financières refusent de se faire des prêts entre elles, et le marché monétaire a presque totalement arrêté de fonctionner.Plusieurs solutions mises de l'avant Heureusement, les banques centrales ont pris la relève en rendant disponibles des centaines de milliards de dollars pour les institutions financières en manque de liquidités.Mais le vent de panique n\u2019a pas épargné les Bourses, entraînant un recul spectaculaire des indices partout sur la planète.Se rendant bien compte que les interventions pour fournir des liquidités et secourir certaines firmes ne réussissaient pas à rétablir la confiance sur les marchés financiers, les autorités américaines ont décidé de mettre en place des solutions encore plus musclées.C\u2019est ainsi que le secrétaire au Trésor, Henry Paulson, a proposé un plan visant à utiliser jusqu\u2019à 700 milliards de dollars pour recapitaliser les institutions financières et racheter les titres toxiques qu\u2019elles détenaient, les aidant ainsi à assainir leur bilan.Après quelques tergiversations, ce plan a finalement été adopté par les politiciens au début d\u2019octobre.Même si la réaction initiale des marchés fut mitigée, le montant investi est suffisamment élevé pour faire une différence et aider à 583 Québec 2008-2009*.indd 583 17/11/08 09:25:25 L'état du Québec 2009 améliorer la situation des banques américaines.Il faut dire qu\u2019un délai est nécessaire avant que le Trésor américain puisse commencer à racheter les titres toxiques qui ont contaminé le bilan des institutions financières.De plus, le plan ne s\u2019attaque pas directement aux deux sources sous-jacentes à la dépréciation des éléments d\u2019actif, soit la perte de valeur des maisons etl\u2019augmentation des saisies hypothécaires.Des mesures additionnelles visant à corriger ces problèmes devront, tôt ou tard, être adoptées.Le plus urgent consiste pour le moment à rétablir la confiance dans les banques et, ainsi, à assurer que la courroie de transmission du crédit continue de fonctionner.Au tour des actions concertées Voyant que la crise financière prenait une ampleur planétaire, alors que plusieurs institutions financières européennes ont aussi dû être sauvées de la faillite, les grandes banques centrales ont décidé de fournir leur part d\u2019efforts.Dans un geste sans précédent, six grandes banques centrales, dont la Réserve fédérale et la Banque du Canada, ont conjointement abaissé leurs taux directeurs le 8 octobre dernier.Ce geste confirme la détermination des autorités monétaires à agir vigoureusementpour rétablir le calme sur les marchés financiers.Partout dans le monde, les gouvernements ontaussi multiplié les mesures pour rassurer les investisseurs et éviter la faillite d\u2019institutions financières.Les crises financières les plus récentes Crise des Saving and Loan (1986-1992) :la faiblesse économique et la correction de l'immobilier ont entraîné la faillite de centaines d'institutions financières aux États-Unis.Le gouvernement américain a dû mettre en place un plan de 115 G SUS pour fermer les institutions insolvables et rembourser les déposants.Crise bancaire en Suède (1990-1992): une crise immobilière, une dépréciation marquée de la couronne suédoise et une hausse vertigineuse des taux d'intérêt ont poussé le système financier suédois au bord de la faillite.Le gouvernement suédois a nationalisé les banques et a enlevé les mauvais éléments d'actif de leur bilan.Le coût brut du sauvetage a représenté environ 4% du produit intérieur brut suédois, mais une grande part de cette somme a été récupérée lorsque les éléments d'actif ont été revendus.Crise japonaise (1990-2000): l'éclatement de la bulle boursière et immobilière au Japon s'est rapidement répercuté sur le crédit et sur la croissance économique.En l'absence d'une intervention étatique rapide et soutenue, les difficultés économiques et financières se sont étirées pendant toute une décennie.L'État a finalement décidé d'intervenir massivement seulement en 1998.Les mesures adoptées ont coûté environ 500 G SUS aux contribuables japonais.Crise asiatique (1997-1998) : à la fin de 1996, une inflation en hausse en raison d'un surinvestissement et d'une surchauffe économique ainsi qu'un ralentissement des exportations ont exercé des pressions à la baisse sur les monnaies asiatiques.Une vague de diminution de la valeur des monnaies a déferlé, suivie d'une hausse de la prime de risque sur les prêts aux pays émergents.Dans cette cohue financière, la Russie a imposé, à l'été 1998, un moratoire de 90 jours sur les paiements de sa dette.Cette situation a amené le fonds de couverture spéculatif américain Long-Term Capital Management (LTCM) au bord de la faillite, ce qui mettait en péril le système financier américain et international.La Réserve fédérale a évité la crise systémique mondiale en diminuant ses taux directeurs et en orchestrant le sauvetage de LTCM.584 Québec 2008-2009*.indd 584 17/11/08 09:25:25 Le monde vu d'ici Même si la situation demeure très tendue, les conditions se mettent chaque jour davantage en place pour éviter que la crise financière entraîne une catastrophe économique.Si nous devions retenir une leçon des grandes crises passées, ce serait que le pire est habituellement évité lorsque des mesures musclées et ciblées sont rapidement adoptées (voir l\u2019encadré).En ce sens, il ne seraitpas approprié de comparer la situation actuelle à la Grande Dépression des années 30 ou même à la crise japonaise des années 90, puisque, dans les deux cas, les autorités avaient été très lentes à réagir.Le Canada et le Québec, immunisés ?Même si la catastrophe semble évitée, la crise financière aura des effets néfastes sur l\u2019économie planétaire déjà affaiblie.Un ralentissement marqué, voire une longue période de récession, paraît inévitable aux États-Unis.Le resserrement additionnel des conditions de crédit touchera le consommateur déjà fragilisé par le recul de ses avoirs immobiliers et financiers ainsi que par une dégradation notable du marché de l\u2019emploi.Bien que les institutions canadiennes et québécoises soient mieux placées pour faire fàce à la crise financière, le Canada etle Québec ne sont pas complètement à l\u2019abri de cette tourmente.La situation est certes moins inquiétante, puisque l\u2019économie intérieure paraît beaucoup plus solide.Il demeure toutefois que la dégrada- Même si la catastrophe semble évitée, la crise financière aura des effets néfastes sur l'économie.tion de la balance commerciale continuera de freiner la croissance du produit intérieur brutetpour-rait même se traduire par un léger recul de l\u2019activité économique.Les consommateurs canadiens et québécois, tout comme les institutions financières etles gouvernements, sont toutefois en bien meilleure position pour faire face aux répercussions de la crise financière actuelle.Note 1.Texte paru dans le magazine Espace D du Mouvement Desjardins, vol.45, n° 5, novembre-décembre 2008.585 Québec 2008-2009*.indd 585 17/11/08 09:25:25 Les gagnants et les perdants des Jeux olympiques de Pékin : perspectives chinoises Zhiming Chen Professeur adjoint, Département de science politique, Université de Montréal Les cérémonies d\u2019ouverture et de clôture des Jeux olympiques de Pékin et les performances auxquelles ils ont donné lieu ont laissé partout dans le monde des impressions sensationnelles.Une fois terminés ces 16 jours de passion sportive, on a commencé à s\u2019interroger sur les conséquences et les répercussions de ces jeux.La question qu\u2019on m\u2019a le plus fréquemment posée est celle-ci : «Qui a gagné, qui a perdu ?» Malheureusement, peu sont ceux qui m\u2019ont demandé: «Qu\u2019en pensent les Chinois?» D\u2019après moi, cette question est au moins autant, sinon plus importante que la première, parce que la réponse à la première dépend fortement de la réponse à la seconde.La réponse courte à la question «Qui a gagné, qui a perdu?» est apparemment très simple : « La Chine a gagné.» Certains experts apporterontcette réponse en référence à la lutte entre le gouvernement chinois et les militants internationaux dans les domaines des droits de l\u2019homme et des questions internationales.En ce qui me concerne, la victoire de la Chine renvoie plutôt à l\u2019idée d\u2019une Chine riche, forte, confiante etfière de la mentalité chinoise, portée par le succès de l\u2019organisation des Jeux olympiques.Pour moi, le bilan des gagnants et des perdants de ces jeux se base essentiellement sur ce point de référence.Un rêve de grandeur Les Jeux olympiques de Pékin n\u2019ont pas représenté la réalité de la Chine d\u2019aujourd\u2019hui, mais plutôt un exemple de ce que le pays pourrait atteindre à l\u2019avenir : une nation riche, forte et fière d\u2019elle-même, un pays confiant et respecté sur la scène internationale.Depuis un siècle et demi etles guerres de l\u2019opium, des générations de Chinois ont lutté pour ce rêve d\u2019«un pays riche, d\u2019une armée forte» Cÿ H Futjuo qiangbing).Pour ce faire, ils ont testé différents types de régimes : la monarchie absolue, la monarchie constitutionnelle, la république capitaliste, la république communiste et, enfin, l\u2019économie socialiste du marché.Après cette longue et traumatisante succession de « ismes », Deng Xiaoping, le successeur de Mao, a formulé un célèbre dicton qui reflète la mentalité chinoise actuelle : « Peu importe que le chat soit noir ou blanc pourvu qu\u2019il attrape les souris.» En d\u2019autres termes, peu importe que le Auxyeux des Chinois, système soit socia- les reportages des médias liste ou capitaliste occidentaux ont semblé pourvu qu\u2019il apporte biaiséSj malveillants la richesse.Cette .\t.,\t.etantichinois.philosophie politique et sociale a fondamentalement transformé la Chine ces 30 dernières années, et il semble que le rêve chinois soit finalement à portée de 586 Québec 2008-2009*.indd 586 17/11/08 09:25:26 Le monde vu d'ici main.Quiconque représente ce rêve gagne l\u2019appui du peuple ; a contrario, quiconque est perçu comme un obstacle deviendra la cible de son hostilité.Dans cette perspective, les médias occidentaux sont devenus, d\u2019un point de vue chinois, les principaux perdants des Jeux olympiques de Pékin.Pendant les mois qui ont précédé les jeux, les médias se sont beaucoup étonnés que des Chinois manifestent publiquement leur soutien à leur gouvernement, notamment lors de l\u2019interruption du parcours de la flamme olympique par des militants politiques étrangers.Ils ne pouvaient pas imaginer qu\u2019on puisse sincèrement appuyer un régime non démocratique, sinon despotique.Par conséquent, ils ont accusé le gouvernement chinois d\u2019encourager le nationalisme afin de tenir tête à l\u2019Occident.Cependant, à y regarder de plus près, on se rend compte que l\u2019exacerbation du nationalisme chinois était plutôt à mettre sur le compte d\u2019une fierté chinoise blessée par les protestations.En effet, les Jeux olympiques étaient considérés comme une occasion en or de montrer la réussite d\u2019un pays après 30 années de réforme.Or, les protestations le long du parcours de la flamme olympique ont mis à mal cette intention, et la frustration des Chinois s\u2019est transformée en colère envers les protestataires.Pourquoi?Les médias occidentaux montrés du doigt Premièrement, les Chinois et les médias occidentaux n\u2019avaient pas les mêmes attentes en ce qui concerne les Jeux de Pékin.De leur côté, les Chinois souhaitaient utiliser ces jeux pour mettre en valeur les résultats des réformes économiques etpour exprimer leur fierté quant à ces accomplissements.Les médias occidentaux en revanche ont vu dans les JO l\u2019occasion de faire pression en faveur de réformes politiques ; par conséquent, ils se sont concentrés sur ce que la Chine n\u2019a pas encore atteint, à savoir la démocratie.Aux yeux des Chinois, les reportages des médias occidentaux ont donc semblé biaisés, malveillants et antichinois.Cette impression a trouvé une confirmation dans les photographies manipulées afin d\u2019être conformes aux vues occidentales préétablies.CNN comme la plupart des médias occidentaux n\u2019étaient pas à même de comprendre la fureur générée par leurs reportages et leurs commentaires.Deuxièmement, les Chinois et les médias occidentaux ne partagent pas les mêmes points de référence.Les Chinois préfèrent comparer « verticalement» leur condition d\u2019aujourd\u2019hui à celle d\u2019il y a 30 ans, et ainsi mettentl\u2019accentsur les progrès que la Chine a réalisés.Les médias occidentaux de leur côté optent pour une comparaison «horizontale» de la Chine actuelle avec les pays occidentaux, et met-tentpar conséquent l\u2019accent sur leurs attentes politiques auxquelles la Chine n\u2019a pas répondu et sur la distance qui existe entre la liberté politique en Chine et la liberté politique dans le monde occidental.Naturellement, les Chinois voient une énorme distorsion entre leurs expériences personnelles et le rapport qu\u2019en font les médias occidentaux.Ils soupçonnent donc qu\u2019il y a d\u2019autres motivations derrière les accusations des médias et les protestations des militants.Troisièmement, il faut souligner une immense différence de perception : les Chinois se sont sentis victimes de l\u2019émeute violente des Tibétains civils à Lhassa, tandis que les médias occidentaux ontaccusé la Chine d\u2019avoir réprimé une manifestation paisible de moines tibétains.Les Chinois ont été doublement blessés par les critiques vigoureuses des médias occidentaux, puisque l\u2019émeute violente des Tibétains était dirigée contre des Chinois non tibétains.La fierté chinoise s\u2019est transformée en étonnement, l\u2019étonnement s\u2019està son tour changé en Avec ses 51 médailles d'or, soit 15 de plus que les États-Unis, la Chine est arrivée en tête pour la première fois.587 Québec 2008-2009*.indd 587 17/11/08 09:25:26 Photo: ITAR-TASS/Vitaly Belousov L'état du Québec 2009 Mlfll Les divergences entre d'un côté les aspirations chinoises et de l'autre les réactions occidentales sont apparues dans toute leur profondeur durant les Jeux olympiques de Pékin.frustration et la frustration, en colère.C\u2019est la raison pour laquelle les Chinois autour du monde ont senti une obligation et une urgence de se lever pour défendre leur patrie.Quatrièmement, Chinois et Occidentaux ne partagentpas les mêmes repères temporels en ce qui concerne les événements au Tibet.Le gouvernement chinois a qualifié d\u2019émeute l\u2019incident qui a eu lieu durant quelques jours à Lhassa.Pour les médias occidentaux en revanche, ce soulèvement a été lu comme le résultat des politiques chinoises de ces 50 dernières années.Or, la plupart des Chinois croient sincèrement que le Tibet fait partie de la Chine depuis des centaines d\u2019années et que l\u2019indé- 588 pendance temporaire du Tibet avant qu\u2019il ne retourne à la Chine a été la conséquence de la géopolitique britannique.Pour eux enfin, la révolte militaire du dalaï-lama en 1959 a été le fruitdes conspirations américaines.Dans cette perspective, au moment des JO, les médias occidentaux ont été perçus, dans une certaine mesure, comme des agitateurs et des complices d\u2019une nouvelle conspiration occidentale contre l\u2019intégrité territoriale chinoise.Enfin, l\u2019émergence de la Chine est perçue très diversement dans l\u2019imaginaire collectif.Au début des contacts entre la Chine et l\u2019Occident, la Chine a représenté, aux yeux des Occidentaux, un empire mystérieux, une terre de fascination.et un marché énorme.Les guerres de l\u2019opium ont transformé la Chine en un objet de convoitise, cible de la colonisation et de la conquête occidentale.Pendant les 30 années qui ontprécédé les réformes économiques, la République populaire était principalement vue comme une menace idéologique.Avec la politique d\u2019ouverture et de réforme de Deng Xiaoping, le pays a à nouveau été envisagé comme un marché énorme aux possibilités infinies - à la condition toutefois que les réformes économiques soient accompagnées de réformes politiques.Mais si cette hypothèse s\u2019avère être une utopie, la Chine riche et forte apparaît soudain comme une menace politique au lieu d\u2019être une chance sur le plan économique.Quanta la Chine, ses relations avec le monde extérieur ont évolué au fil du temps : d\u2019une politique d\u2019autosuffisance et de fermeture à une politique d\u2019ouverture et de réforme et, maintenant, à une politique de globalisation par laquelle le pays veut s\u2019intégrer au reste du monde.Les Jeux olympiques, dans ce contexte, doivent être perçus comme un effort de la Chine pour prendre sa place dans la communauté internationale.La peur occidentale d\u2019une Chine riche etforte, etle refus de la considérer comme un partenaire égal fait alors l\u2019effetd\u2019un Québec 2008-2009*.indd 588 17/11/08 09:25:26 Le monde vu d'ici seau d\u2019eau froide sur les flammes des aspirations chinoises.«Don't be so CNN!» Les divergences entre d\u2019un côté les aspirations chinoises et de l\u2019autre les réactions occidentales sont apparues dans toute leur profondeur durant ces jeux.Les Chinois ont eu le sentiment d\u2019être la cible d\u2019attaques - physiquement à Lhassa etverbalementailleurs dans le monde, en particulier quand les médias occidentaux ont fabriqué des images pour appuyer leur interprétation de l\u2019émeute violente au Tibet.Pour calmer les protestations des Chinois, CNN a essayé de différencier le gouvernement chinois et le peuple chinois.Toutefois, cette stratégie a échoué, et les Chinois ont répondu en arborant des t-shirts portant l\u2019inscription «Don\u2019t be so CNN!» (JJt^PîtÈiCNN!) - ce slogan estlui-même une déclinaison de « Don\u2019t be so CCTV ! » (iUcvRJP ÉÈ icCCTV ! ), une formule visant à dénoncer l\u2019hypocrisie de la chaîne China Central TV.On a même lancé un site Web anti-CNN (www.anti-CNN.com) afin d\u2019« exposer les mensonges etles distorsions des médias occidentaux».Si ces quelques actions peuvent sembler amusantes, voire ridicules d\u2019un point de vue occidental, elles mettent toutefois en évidence un changement fondamental dans la relation entre les médias occidentaux et leur auditoire chinois.En effet, les Chinois, en particulier ceux issus de la classe moyenne, ont arrêté de considérer les médias occidentaux comme une source d\u2019information neutre et fiable et les ont relégués au même niveau que les médias chinois.Pour en revenir à la question de départ« Qui a gagné, qui a perdu?», on peut affirmer que le gouvernement chinois est le principal bénéficiaire de la victoire de la Chine.D\u2019après les médias occidentaux, il a considéré les jeux comme un rite de passage sur la scène internationale.Toutefois, cette motivation à s\u2019intégrer dans le concert des nations n\u2019est pas aussi importante que l\u2019impact que les JO ont eu à l\u2019intérieur même du pays.Contrairement à ce que pensent les médias occidentaux, souvent les opinions du peuple chinois ne sont pas représentées par la poignée de dissidents en prison ou en exil, mais par les élites de la classe moyenne, grandes gagnantes de la politique d\u2019ouverture et de réforme des 30 dernières années.Dans cette perspective, le succès des Jeux olympiques a confirmé leur expérience personnelle des changements qui ont eu lieu en Chine et leur a permis de s\u2019identifier à une nation riche et forte.Puisque le succès des JO est à mettre sur le compte du gouvernement chinois, ces élites ont acquis la confiance que les politiques mises en œuvre faciliteront la réalisation du rêve chinois.Le pouvoir en tire une toute nouvelle légitimité etpourra, à l\u2019avenir, appliquer ses réformes avec une aise relative.Récemment, une enquête de l\u2019institut de sondage Pew Research Center a démontré que 86 % des Chinois étaient satisfaits de la façon dans la Chine est dirigée - c\u2019est 25 points de plus que le taux de satisfaction des Australiens à l\u2019égard de leurs dirigeants ! Les États-Unis quant à eux arrivent à la 20e place du classement, avec 23 % d\u2019opinions favorables.Enfin, quand on parle des gagnants et des perdants des Jeux olympiques de Pékin, on ne peut pas ignorer le tableau des médailles : avec ses 51 médailles d\u2019or, soit 15 de plus que les États-Unis, la Chine est arrivée en tête pour la première fois.De là à se demander si le même phénomène pourrait se reproduire dans le domaine économique dans un proche avenir, il n\u2019y a qu\u2019un pas.Mais si les probabilités de voir le pouvoir transféré des É tats-Unis à la Chine ont été bien exagérées dans les discours des médias, ceux-ci ont largement relayé les inquiétudes américaines durant les 16 jours La peur occidentale d'une Chine riche et forte fait l'effet d'un seau d'eau froide sur les flammes des aspirations chinoises.589 Québec 2008-2009*.indd 589 17/11/08 09:25:26 L'état du Québec 2009 des jeux.Afin d\u2019éviter la perte de l\u2019hégémonie sportive, The New York Times, The Washington Post, CNN, FoxNews etles autres médias américains ont préféré comptabiliser le nombre total de médailles, ce qui a permis aux États-Unis de continuer à occuper, avec 110 médailles, la première place du classement, contre 100 médailles pour la Chine.Un subterfuge comme celui-ci pourraitlimi-ter la peur américaine face à l\u2019émergence chinoise et, par conséquent, réduire la proba- bilité de conflitentre la Chine etles États-Unis.Cependant, si le malentendu entre les médias occidentaux et les Chinois persiste, cela pourrait entraîner des conséquences catastrophiques : des conflits militaires, voire nucléaires, où la délimitation entre les gagnants et les perdants serait tout sauf claire.L\u2019auteur de ce texte est chercheur membre du Centre d\u2019études et de recherches internationales de l\u2019Uniuersité de Montréal (CERIUM).590 Québec 2008-2009*.indd 590 17/11/08 09:25:26 Good luck, Mr.President ! L\u2019héritage économique de George W.Bush et les défis de son successeur Pierre Martin Professeur, Département de science politique, Université de Montréal Directeur, Chaire d\u2019études politiques et économiques américaines Le 4 novembre 2008, les Américains ontélu leur 44e président, qui prêtera serment le 20 janvier 2009.Au momentd\u2019écrire ces lignes, le démocrate Barack Obama jouit d\u2019une avance significative dans les sondages sur le républicain John McCain, mais il est encore trop tôt pour se prononcer avec certitude sur l\u2019issue de la course.Une chose est certaine, toutefois, c\u2019est que le nouveau locataire de la Maison-Blanche hérite d\u2019une situation économique et financière délicate, sinon catastrophique.Il devra relever une longue liste de défis, tant en politique intérieure qu\u2019extérieure, avec des finances publiques mises à mal au cours des huit années de l\u2019administration de George W.Bush.Quel est donc le bilan de l\u2019administration Bush en matière de politiques économiques?Quel héritage le président laisse-t-il à son successeur?Le premier mandat de George W.Bush : croissance à crédit Après l\u2019élection de George W.Bush - grâce à une infime marge de voix - en novembre 2000, ses premiers mois au pouvoir se sont avérés peu productifs et sa lune de miel avec le public, de courte durée.Le nouveau président disposait d\u2019une marge de manœuvre enviable grâce aux surplus budgétaires accumulés pendant les années Clinton, mais l\u2019économie américaine montrait déjà des signes de fatigue, et l\u2019éclatement de la bulle technologique en 2000 avait freiné l\u2019essor de plusieurs secteurs de pointe.S\u2019il ne fautretenir qu\u2019un seul événement qui a profondément marqué le parcours politique de l\u2019administration Bush, il est évident qu\u2019il s\u2019agit du 11 septembre 2001.Du point de vue économique, ces attentats terroristes ont obligé le président à relever un défi de taille, en paralysant certains secteurs d\u2019activité pendant plusieurs semaines, en imposant de nouveaux obstacles au commerce et en imposant une facture militaire colossale au Trésor américain à cause des interventions militaires massives qui ont suivi.Toutefois, du point de vue politique, ces événements ont aussi présenté des avantages enviables.Après le 11 septembre, le président Bush a bénéficié d\u2019un ralliement massif de l\u2019opinion américaine, avec des sondages lui donnant quelque 90 % d\u2019opinions favorables.À compter de cette date, et pour l\u2019essentiel du premier 591 Les préoccupations pour la sécurité nationale et la lutte contre le terrorisme ont rejeté dans l'ombre les inquiétudes économiques des travailleurs.Québec 2008-2009*.indd 591 17/11/08 09:25:26 L'état du Québec 2009 mandat de Bush, les préoccupations de son administration et du public pour la sécurité nationale et la lutte contre le terrorisme ont rejeté dans l\u2019ombre les inquiétudes économiques des travailleurs dont les emplois semblaient de plus en plus menacés par les importations à bon marché des pays émergents.Dans une telle position, avec en prime un Congrès républicain acquis à sa cause, le chef de la Maison-Blanche possédaitune marge de manœuvre exceptionnelle pour imposer ses orientations en matière économique.Il ne s\u2019en est pas privé.Malgré les ponctions énormes sur le budget fédéral entraînées par les interventions en Afghanistan et en Irak, le président Bush a mis en application lors de son premier mandat son programme annoncé de réductions d\u2019impôts et de taxes.Pour les particuliers, par exemple, Bush a fait baisser les taux minimums d\u2019imposition de 15 % à il % et, surtout, les taux maximums de 39 % à 35 %, ce qui a représenté une réduction considérable pour les contribuables les plus riches.Alors que la part des revenus fiscaux du gouvernement fédéral en proportion du produit intérieur brut (PIB) avait augmenté au cours des deux mandats de Bill Clinton, passant de 11% en 1993 à 13,7% en 2000, cet indicateur a chuté aux environs de 10% en 2003 et en 2004, pour ensuite revenir à 12,1 % en 2006.Pendant le premier mandat de Bush, les dépenses militaires - qui avaient baissé de 6% à 3% du PIB entre 1987 et 2000 - sont passées en 2004 à 4 % du PIB, pour se stabiliser à ce niveau depuis.Comme le montre le graphique 1, ce ne sont ni les dépenses militaires ni les réductions d\u2019impôts qui ont le plus contribué, en termes absolus, à creuser le déficit du gouvernement fédéral américain, mais plutôt les augmentations des dépenses statutaires (y compris la sécurité sociale, la santé et les transferts aux États).Loin de réduire ces dépenses, l\u2019administration Bush y a ajouté de nouvelles obligations, dont un programme coûteux de bénéfices pour l\u2019achat de médicaments sur ordonnance (entré en vigueur en 2006).GRAPHIQUE 1 Dépenses du gouvernement fédéral américain, par fonction, 1987-2007, en millions de dollars 3 000 000 M$ 2 500 000 M$ 2 000 000 M$ 1 500 000 M$ 1 000 000 M$ 500 M$ 0M$ ES g Os\tOs\tCn A: Défense; B: Dépenses sociales (éducation, santé, Medicare, sécurité sociale, anciens combattants); C: Ressources physiques (énergie, ressources,transports,développement); D: Autres.Source : Budget of the United States Government.Fiscal Year 2009.Historical Tables.Table 3.1.592 Québec 2008-2009*.indd 592 17/11/08 09:25:27 Le monde vu d'ici L\u2019effet combiné de l\u2019accélération des dépenses et de la compression des recettes fiscales était prévisible.Comme le montre le graphique 2, de la fin de 2000 au début de 2004, le solde budgétaire du gouvernement fédéral a faitune chute spectaculaire, passantd\u2019un surplus équivalant à 2 % du PIB à un déficit de 4 % du PIB.Le premier mandat de George W.Bush aura donc été marqué par un recours massif aux dépenses publiques (civiles et militaires) et aux réductions d\u2019impôts.Si elles ont eu pour conséquence de creuser le déficit, ces mesures ont néanmoins contribué à une accélération de la croissance de l\u2019économie américaine.Celle-ci s\u2019est produite juste à temps pour permettre au président Bush, en novembre 2004, de se présenter à sa propre succession dans un contexte économique qui ne lui soit pas trop défavorable.Il faut aussi souligner que cette croissance n\u2019a pas fait que des gagnants.De 2000 à 2004, le chômage est passé de 4 % à 6 %, et le taux de pauvreté a augmenté de façon sensible (de près de 10% à plus de 12%), renversant dans les deux cas la tendance de la décennie précédente.De plus, cette croissance a été acquise au prix d\u2019un creusement du solde budgétaire du gouvernement fédéral.Ce déficit s\u2019est répercuté directement sur les équilibres internationaux, alors que le déficit commercial plongeait de 400 à 600 milliards de dollars et que le déficit du compte courant passait de 4% à 6% du PIB.En clair, cette situation signifiaitune augmentation substantielle de la dépendance américaine envers le crédit étranger, notamment en provenance de la Chine.Le second mandat de George W.Bush : prélude à la crise actuelle On assiste aussi de 2002 à 2005 à un emballement du marché immobilier résidentiel, qui stimule la consommation des ménages et fait craindre un retour de l\u2019inflation.C\u2019est pourquoi, lors du second mandat de George W.Bush, de 2005 à 2008, l\u2019initiative des politiques économiques s\u2019est déplacée vers la GRAPHIQUE 2\tSolde budgétaire courant du gouvernement fédéral américain en pourcentage du PIB, 1990-2008 (2e trimestre) Source: US.Department of Commerce, Bureau of Economie Analysis.NIPA Table 3.2 et 1.1.5.593 Québec 2008-2009*.indd 593 17/11/08 09:25:27 L'état du Québec 2009 GRAPHIQUE 3 Évolution comparative du compte courant en proportion du PIB, 1990-2008 Canada \\ Royaume Uni ¦4%\t/ États-Unis Source: Fonds monétaire international, World Economie Outlook Database, avril 2008.Réserve fédérale.Alors que le taux directeur de la « Fed » avait été maintenu à des niveaux très faibles (entre l % et 2%) entre 2001 et 2004, celui-ci a été graduellementporté de 1 % à 5 % de 200 5 à 2007, pour ensuite redescendre à 2 % en 2008.Les prix élevés de l\u2019énergie et la dépendance soutenue des États-Unis à l\u2019égard du pétrole importé sont d\u2019autres facteurs qui ont affaibli la situation économique du pays au cours du second mandat, en contribuant de façon significative à la hausse des prix et à l\u2019affaiblissement de la devise américaine.Malgré tout, de 2005 à 2008, plusieurs indicateurs ont montré des signes de vigueur dans l\u2019économie américaine, dont le chômage (qui est passé de 6% à 5%), une remontée des recettes fiscales de l\u2019État fédéral (de 10% du PIB en 2003 et 2004 à un peu plus de 12 % en 2006) et la croissance du revenu par habitant Dans l\u2019ensemble, si l\u2019on ne tient compte que des indicateurs classiques (croissance, chô- 594 mage, inflation), la performance économique des États-Unis sous la gouverne de George W.Bush ne semble pas avoir été beaucoup plus mauvaise que celle des autres pays du G7, surtout si on garde à l\u2019esprit la nature des événements qui ont bouleversé le pays à partir du 11 septembre 2001.Une faiblesse majeure du bilan américain est toutefois le déclin de la proportion du PIB vouée à l\u2019investissement, qui a chuté de 21 % en 2000 à environ 17 % en 2008 (au Canada, l\u2019investissement a grimpé de 20% à plus de 23 % du PIB pendant la même période), ce qui pourrait affaiblir les bases nécessaires à une éventuelle reprise.Ce fléchissement de l\u2019investissement sera certainement exacerbé dans les mois à venir par les énormes difficultés que doit affronter le secteur financier.Dans ce domaine, le second mandat de l\u2019administration Bush aura été principalement marqué par les conséquences néfastes de la croissance démesurée du crédit à haut risque.La progression et, finalement, l\u2019éclatementde Québec 2008-2009*.indd 594 17/11/08 09:25:27 Le monde vu d'ici la bulle immobilière se sont soldés par une crise financière qui a fait boule de neige à partir de la fin de 2007 jusqu\u2019à l\u2019effondrement boursier de l\u2019automne 2008.Cette crise tire ses origines de nombreuses sources, dontnotam-ment la faible propension des Américains à l\u2019épargne.Cependant, l\u2019administration Bush porte une part importante de la responsabilité en raison du laxisme des réglementations qui ont favorisé la création d\u2019instruments financiers hautement spéculatifs.Tout au long de cette période de tourmente, la banque centrale et le gouvernement ont mis en œuvre un train de mesures d\u2019une ampleur sans précédent depuis la Grande Dépression.Au printemps 2008, le Congrès approuvait un stimulus fiscal de plus de 100 milliards de dollars qui devait relancer la consommation dans le but d\u2019éviter la récession.Après quelques mois, il est devenu évident que ces mesures ne suffiraient pas, etl\u2019Étatfédéral américain a dû engloutir plusieurs autres centaines de milliards de dollars pour renflouer les deux piliers du système de financement hypothécaire, FannieMae etFreddieMac, etquelques-unes des plus grandes banques d\u2019investissement et compagnies d\u2019assurance du pays, qui menaçaient d\u2019entraîner dans leur chute l\u2019ensemble du secteur financier.Pour certains, ces interventions ne sont ni plus ni moins que l\u2019équivalentd\u2019une nationalisation de certaines des plus grandes institutions financières privées du pays.George W.Bush avait fait campagne en 2000 en promettant un gouvernement plus léger et moins dépensier.Tout compte fait, il aura réussi le tour de force de diriger le gouvernement le plus interventionniste depuis le New Deal! L'héritage empoisonné de l'administration Bush L\u2019ensemble des moyens déployés pour faire face à la crise en 2008, en vertu de leur nature et des montants en cause, représente un degré d\u2019interventionnisme sans précédent depuis la Grande Dépression.Au moment d\u2019écrire ces lignes, il est impossible de porter un jugement définitif sur l\u2019effet de ces politiques, ni même d\u2019en estimer les coûts, mais il serait étonnant que celles-ci permettent d\u2019éviter un ralentisse-mentprononcé de l\u2019économie, voire une récession, aux États-Unis.À l\u2019automne 2008, plusieurs signes avant-coureurs permettent d\u2019anticiper un tel ralentissement.En tête de liste viennent l\u2019affaissement des indices de confiance des consommateurs, le ralentissement de la production, la chute de la consommation des ménages, les pertes d\u2019emplois et la poursuite de la chute des prix des maisons.Cependant, aucun de ces indicateurs liés à «l\u2019économie réelle» ne pèse aussi lourd que l\u2019état de panique qui règne sur les marchés financiers.À quelques semaines de l\u2019élection présidentielle, le Congrès a adopté, à sa deuxième tentative, le plan de sauvetage de 700 milliards de dollars (et assaisonné de près de 150 milliards de dollars de dépenses additionnelles à l\u2019uti-lité parfois douteuse) conçu par le secrétaire au Trésor, Henry Paulson.Même s\u2019il n\u2019est pas impossible qu\u2019une partie significative de cette dépense revienne dans les coffres de l\u2019État fédéral, il n\u2019en demeure pas moins que la crise financière, dernière tuile à s\u2019abattre sur les finances publiques américaines, compliquera sérieusement la tâche de la nouvelle administration.Le rétablissement de la confiance dans le système financier et le maintien d\u2019un niveau acceptable d\u2019accès au créditpour les entreprises et les particuliers seront donc les premiers et les plus importants défis du nouveau 595 La crise financière, dernière tuile à s'abattre sur les finances publiques américaines, compliquera sérieusement la tâche de la nouvelle administration.Québec 2008-2009*.indd 595 17/11/08 09:25:27 L'état du Québec 2009 président.Il y aura beaucoup de travail à faire, car le redressement qui a été tenté en plein cœur de la campagne électorale n\u2019aura certes pas suffi à recoller tous les pots cassés.Ce sera œuvre délicate, étantdonné le caractère improvisé et l\u2019extraordinaire impopularité duplan de redressement adopté à la sauvette en octobre 2008.Outre cette crise majeure, que plusieurs analystes ont comparée en termes de gravité à celle des événements du il septembre 2001, le nouveau président devra affronter plusieurs autres défis, dontles suivants représentent un échantillon bien loin d\u2019être exhaustif.Si un jugement sévère peut être porté sur l\u2019administration Bush, c\u2019est sans doute sur le plan de l\u2019équilibre budgétaire.En effet, comme l\u2019illustrent clairement les graphiques 2 et 3, le 43e président laisse à son successeur des finances publiques en piètre état, qui serontd\u2019autant plus difficiles à redresser au lendemain de l\u2019opération de sauvetage du secteur financier de l\u2019automne 2008.Un président, un pays face à de nouveaux défis D\u2019abord, comme le Canada, les États-Unis ont connu au cours des années 2000 une augmentation des inégalités de revenu après impôts.L\u2019inégalité avait accusé une hausse marquée dans les années 1990, surtout en raison de l\u2019essor des nouvelles technologies, mais elles ont été exacerbées par les politiques fiscales de l\u2019administration Bush.Si le démocrate Barack Obama prend le contrôle de la Maison-Blanche, ses promesses de réductions d\u2019impôts pour les revenus moyens et modestes pourraient amoindrir cette tendance, mais la crise financière risque fort de contrecarrer ses plans.Ensuite, l\u2019augmentation des coûts des soins de santé aux États-Unis s\u2019estpoursuivie, sinon accélérée, pendant la présidence de Bush, imposant un fardeau toujours plus élevé au 596 Le 43e président laisse à son successeur des finances publiques en piètre état.Trésor public, malgré des failles persistantes dans le système.Par exemple, près de 50 millions d\u2019Américains ne bénéficient aujourd\u2019hui d\u2019aucune couverture d\u2019assurance santé, et les mal-assurés sont sans doute encore plus nombreux.Les coûts imposés au système par ces lacunes de couverture sont, pour une large part, endossés par le secteurpublic et par les entreprises qui fournissent une couverture adéquate à leurs employés.Pour les grandes entreprises manufacturières, ces coûts consti-tuentun fardeau immense que peu d\u2019entre elles auront la capacité de supporter à long terme.Les républicains ont proposé peu de changements majeurs dans ce domaine, mais, si Barack Obama l\u2019emporte, il sera sans doute jugé dès les premiers mois sur son aptitude à ouvrir la voie à une forme de solution.Un autre défi de taille sera l\u2019ajustementà des coûts énergétiques, destinés à demeurer très élevés, avec en corollaire la prise de conscience de la nécessité d\u2019agir pour contrer l\u2019effètcumu-latif des émanations de gaz à effet de serre.De ce point de vue, le candidat Obama, qui privilégie les mesures de conservation et la substitution des carburants fossiles, présente sans doute l\u2019approche la plus articulée et la mieux orientée sur le long terme.Il aura toutefois fort à faire pour que l\u2019industrie et les consommateurs américains opèrent les changements nécessaires en ce sens.Pour ce qui est du candidat républicain McCain, même si ses positions environnementales sont à des lieues de celles du président sortant, l\u2019accent qu\u2019il met en politique énergétique sur une production nationale accrueplutôtque sur la conservation sonne plutôt faux.Enfin, les défis qui ont émergé pendant le séjour de George W.Bush à la Maison- Blanche en rapport avec la mondialisation et la libéralisation des marchés internationaux resteront Québec 2008-2009*.indd 596 17/11/08 09:25:27 Le monde vu d'ici au cœur des préoccupations de son successeur.Dans l\u2019hypothèse où Barack Obama se trouve aux commandes en janvier 2009, il devra rapidement concrétiser ses positions concernant l\u2019engagement de son pays dans les différents forums de négociations commerciales.Si le monde compte sur le leadership américain pour le maintien d\u2019un système financier international solide et fiable, ce n\u2019est pas moins le cas dans le domaine commercial.Dans ce domaine, comme dans le domaine financier, les mesures nécessaires pour maintenir le leadership international des États-Unis sont loin d\u2019être populaires, notamment dans les États baromètres que le gagnant de l\u2019élection de novembre 2008 se devait de courtiser.Il sera donc important de surveiller attentive- ment les premiers gestes de la nouvelle administration présidentielle concernant l\u2019Accord de libre-échange nord-américain (ALENA).En effet, ceux qui dépendentdu marché américain - dont nous sommes - seront les premiers à écoper si le discours protectionniste qui a marqué certains épisodes de la campagne se traduit par une remise en question de l\u2019intégration économique nord-américaine.L\u2019auteur de ce texte est chercheur membre du Centre d\u2019éudes et de recherches internationales de [\u2019Université' de Montreal (CERIUM).Il tient à remercier Michaël Lambert-Racine et Christian Trudeau pour leur assistance dans la recherche et le traitement des données economiques.597 Québec 2008-2009*.indd 597 17/11/08 09:25:27 La crise alimentaire mondiale : crise conjoncturelle ou crise du modèle de développement?Guy Debailleul Titulaire, Chaire en développement international, Université Laval L\u2019année 2008 aura été marquée par une combinaison assez inédite de six types de crises qui affectent singulièrement la reproduction du modèle mondial de développement: l\u2019approfondissement d\u2019une crise financière, l\u2019amorce d\u2019une crise économique, l\u2019affermissement d\u2019une crise énergétique, les signes de plus en plus tangibles d\u2019une crise climatique combinant ses effets à ceux de la crise environnementale et, enfin, les derniers développements d\u2019une crise alimentaire.Cette dernière a défrayé la chronique dès les premiers mois de 2008.On a vu se multiplier des «émeutes de la faim», c\u2019est-à-dire des mouvements urbains de protestation contre les hausses brutales des prix de produits alimentaires de base (riz, blé, maïs, huile végétale).En quelques semaines, ces émeutes se sont répandues à travers le monde, dans des pays très éloignés les uns des autres: Haïti, Égypte, Cameroun, Sénégal, Mexique, etc.Une crise alimentaire de longue durée Ce que, à l\u2019unisson, les médias et les institutions internationales ont qualifié de crise alimentaire n\u2019est pas apparu comme un coup de tonnerre dans un ciel serein.Cette appellation n\u2019a fait que donner une dimension plus spectaculaire à une autre crise, celle-ci rampante, chronique et de grande ampleur.598 D\u2019abord, la communauté internationale n\u2019a pas réussi à atteindre les buts qu\u2019elle s\u2019était fixés dans le cadre des objectifs du millénaire, à savoir réduire de moitié, à l\u2019horizon 20151, le nombre de personnes souffrant de malnutrition.Même si les données de l\u2019Organisation des Nations Unies pour l\u2019agriculture et l\u2019alimentation (FAO) indiquent une diminution, en pourcentage, de la population souffrant de malnutrition (20 % de la population mondiale en 1990-1992, contre un peu plus de 16% en 2003- 2005), les statistiques montrent une stagnation du nombre absolu de mal-nourris (environ 850 millions de personnes depuis le début des années 90)2.En d\u2019autres termes, les différents programmes d\u2019aide permettent tout juste d\u2019empêcher la progression de la malnutrition.Ensuite, il fautrappeler que ces deux dernières années, plusieurs signaux ont mis en évidence une croissance de la demande plus soutenue que celle de la production agricole, entraînant une diminution des stocks.L\u2019explosion des prix des principales denrées alimentaires était donc plus que prévisible.Défait, les hausses observées en quelques mois ont été Les différents programmes d'aide permettent tout juste d'empêcher la progression de la malnutrition.Québec 2008-2009*.indd 598 17/11/08 09:25:27 Le monde vu d'ici GRAPHIQUE 1 Indice annuel FAO des prix calculés pour les denrées alimentaires, 1961-2008 250 230 210 190 170 150 130 110 90 70 50 Nominal CT\\C7'CT\\CT\\CT\\CT\\CT'CT\\CT\\ O' O' O'
Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.
Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.