Le devoir, 7 janvier 2012, Cahier B
[" LE DEVOIR, LES SAMEDI 7 ET DIMANCHE 8 JANVIER 2012 CRISE FINANCIERE Le drôle de destin de la taxe Tobin Page B 2 PHILOSOPHIE André Gorz militerait contre les gaz de schiste Page B 6 PERSPECTIVES MENAHEM KAHANAAEP Des Israéliennes ont protesté en octobre 2011 contre la décision du gouvernement de démanteler la colonie de Givat Asaf.Israël miné par ses radicalismes Un double fondamentalisme s\u2019immisce dans la vie politique de l\u2019État hébreu LAURENT ZECCHINI Jérusalem \u2014 Une «villa dans la jungle»: c\u2019est ainsi qu\u2019Ehoud Barak, ministre israélien de la Défense, et le premier ministre, Benya-min Nétanyahou, voient leur pays dans son environnement proche-oriental.Un îlot menacé, qu\u2019il faut défendre.Israël sait se cuirasser: lorsque l\u2019ouvrage de sécurité titanesque qui est en chantier sur la frontière égyptieime sera achevé, une autre barrière de protection sera érigée le long de celle avec la Jordanie.Ainsi, déjà isolée de la Cisjordanie par un autre «mur», la forteresse Israël sera-t-elle, en théorie, hermétiquement close.Mais il est un adversaire plus insidieux, dont la force ne peut venir à bout: c\u2019est d\u2019un ennemi de l\u2019intérieur qu\u2019il s\u2019agit, un double fondamentalisme, incarné par le fanatisme religieux d\u2019une partie de la communauté juive ultraorthodoxe, et par l\u2019extrémisme messianique des colons.Ces dernières semaines, les Israéliens ont semblé découvrir ce double radicalisme qui mine ce qu\u2019ils croyaient être le consensus 4émocra-tique israélien.La vérité est que c\u2019est l\u2019État qui a encouragé deux secteurs idéologiques qui n\u2019acceptent pas son autorité, mais savent pouvoir compter sur sa connivence pour prospérer et étendre leur influence politique.Deux visages féminins ont personnihé les effets de l\u2019intolérance des haredim, ces ultraorthodoxes dont le nom signihe «craignant Dieu».Celui d\u2019une petite hile de 8 ans, et celui d\u2019une étudiante de 28 ans.Naama Margolis a montré aux téléspectateurs israéliens sa terreur de reprendre le chemin de l\u2019école, sachant que des fanatiques s\u2019apprêtaient à la couvrir de crachats en raison de sa tenue réputée indécente (des bras nus.).Depuis qu\u2019elle a mérité son surnom de «Rosa Parks israélienne» pour avoir refusé, comme la jeune Noire de l\u2019Alabama en 1955, de se diriger à l\u2019arrière d\u2019un bus mehadrin (ultraorthodoxe), l\u2019étudiante Tania Ro^enblit reçoit des menaces de mort.Comment l\u2019État israélien a-t-il pu laisser s\u2019enraciner les mesures d\u2019exclusion et de discrimination envers les femmes, et parfois l\u2019obscurantisme religieux, qui ont cours dans la société haredi, mais débordent dans la société laïque, en particulier à Jérusalem, où les visages féminins sont bannis de la pubbcité?Un soutien lourd Que pèsent en outre quelque 700 000 haredim face à 7,8 millions d\u2019Israéliens?La réponse est: un poids disproportionné.M.Nétanyahou n\u2019est pas le premier chef du gouvernement à devoir son maintien au pouvoir au soutien politique des formations ultraorthodoxes, mais, plus que ses prédécesseurs, il leur a laissé la bride sur le cou.Les haredim et, au-delà, les «sionistes religieux» idéologiquement proches du parti des colons, exercent une influence croissante au sein de l\u2019administration, de l\u2019armée, de la justice, bref de la société israélienne.Chez les ultraorthodoxes, plus de 80 % des hommes ne travaillent pas, la grande majorité f- MENAHEM KAHANA AEP Un juif ultraorthodoxe à Jérusalem avec sa famille lors de la cérémonie religieuse d\u2019entre eux sont exemptés de service militaire, mais leurs écoles talmuçliques touchent d\u2019importantes subventions de l\u2019État, et leurs épouses, qui ont en moyenne 8 enfants, perçoivent des allocations familiales en conséquence.L\u2019«État haredi» est donc largement un État-providence, ce qui ne suffit pas à lutter contre une grande pauvreté, mais déchaîne la colère grandissante des laïcs contre un segment jugé «parasite» de la société.L\u2019inquiétude vient du fossé qui ne cesse de se creuser entre le monde haredi et le reste de la société: le cursus scolaire des enfants est expurgé des mathématiques, des sciences, de l\u2019anglais et de l\u2019histoire, et les concepts de démocratie, d\u2019égalité des droits entre sexes n\u2019ont aucun sens.À Jérusalem, les visages féminins sont bannis de la publicité Une mission divine À ce fanatisme du monde haredi répond celui des colons, convaincus qu\u2019ils remplissent une mission divine en faisant souche en terre palestinienne.Lorsque l\u2019armée fait mine de vouloir les déloger, ils appliquent la politique dite du «prix à payer».Les Israéliens sont habitués à ces représailles, qui s\u2019exercent en général contre les Palestiniens.Mais c\u2019est une autre histoire quand plusieurs centaines de colons extrémistes se vengent d\u2019un début d\u2019évacuation d\u2019une colonie sauvage en saccageant une base de l\u2019armée israélienne face à des sentinelles apathiques.D\u2019un seul coup, les Is- raéliens se sont rendu compte que la politique de colonisation avait engendré une multitude de métastases extrémistes difficiles à contenir.Or il en va des colons comme des ultraorthodoxes: depuis son arrivée à la tête du gouvernemenL en mars 2009, M.Nétanyahou n\u2019a cessé de jouer avec le feu en poursuivant une politique systématique de colonisation.Én tenant tête avec succès au président Barack Obama, le premier ministre israélien a envoyé aux groupes de colons qui installent tentes et caravanes sur les collines de Cisjordanie un message sans ambiguïté: «Continuez, je vous soutiens!».Mais cette fuite en avant a des effets pervers: au sein du Likoud, l\u2019influence prépondérante des colons est devenue un danger politique pour M.Nétanyahou.Sur la sécurité, la colonisation a ouvert une boîte de Pandore: l\u2019armée israélienne, qui a la mission de protéger les Israéliens, veille sur la sécurité des colons en fermant les yeux sur leurs agissements.Comme il y a lieu de croire que le gouvernement n\u2019a pas les moyens politiques de porter un coup d\u2019arrêt à l\u2019extrémisme religieux, Israël se trouve confronté au défi que lancent les zé-lotes et les colons messianiques à la fabrique démocratique de la société israélieime.11 va être d\u2019autant plus difficile à relever que cette double dérive est le produit de son propre aveuglement Le Monde .\u2019\u2019es politiques jouent aux historiens Paris s\u2019apprête à pénaliser la négation du génocide arménien CHRISTIAN RIOUX Paris \u2014 Un demi-million de personnes.Une élection peut probablement se gagner par une telle marge.Tel es^t en effet le nombre d\u2019Arméniens en Prance.À l\u2019approche des présidentielles, c\u2019est en partie ce qui explique le fait que, le 22 décembre dernier, l\u2019Assemblée nationale française a soudainement adopté un texte punissant d\u2019un an de prison et d\u2019une amende de 45 000 euros la négation du génocide arménien.On a appris cette semaine que le texte controversé sera soumis au Sénat avant la fin du mois.La polémique qui a amené Ankara à rappeler son ambassadeur ne fait donc que commencer.La Turquie n\u2019entend certainement pas baisser pavillon même si son ambassadeur sera de retour la semaine prochaine à Paris pour suivre les débats au sénat.Ankara a déjà gelé sa coopération militaire et politique avec la Prance.Toutes les rencontres diplomatiques sont suspendues et le gouvernement envisage une nouvelle série de mesures de représailles si le texte devait être finalement adopté.La Turquie a toujours nié avoir eu l\u2019intention d\u2019exterminer les Arméniens qui vivaient alors sur son territoire même si elle reconnaît que jusqu\u2019à 500 000 d\u2019entre eux sont morts pendant les combats qui se sont déroulés en 1915 et les déportations massives qui ont suivi vers la Sjrie et le Liban.La majorité des historiens évaluent plutôt le nombre de victimes de ce qui était encore l\u2019Empire ottoman à 1,5 million, soit les deux tiers des Arméniens vivant alors en Turquie.Comme le Québec l\u2019avait fait dès 1980, puis en 2003, la Prance a reconnu le génocide arménien en 2001.Une trentaine de pays et de gouvernements ont fait de même un peu partout dans le monde.Mais, le texte aujourd\u2019hui devant le sénat n\u2019est pas une simple motion symbolique.11 vise à criminaliser la négation du génocide arménien comme l\u2019ont déjà été, en Prance, les traites négrières, par la loi Taubira, et le génocide juif, par la loi Gayssot, qui condamne plus largement la négation de tous les crimes contre l\u2019humanité.Le texte a été présenté en catastrophe afin d\u2019en court- circuiter un autre qui devait être proposé par la gauche La colère des historiens Sujet sensible entre tous, le projet de loi a aussitôt pro-voqué la colère des historiens français.L\u2019un des plus célèbres d\u2019entre eux, Pierre Nora, a dénoncé une volonté de museler les^ historiens et une «soviétisation de l\u2019histoire».«A quand la criminalisation des historiens qui travaillent sur l\u2019Algérie, sur la Saint-Barthélemy, sur la croisade des Albigeois?», s\u2019est-il interrogé dans Le Monde.Selon l\u2019auteur des Lieux de mémoire (Gallimard), le parallèle avec la Shoah est injustifié.«Pour la Shoah, en effet, la responsabilité de la France vichyste est engagée, alors que, dans le cas de l\u2019Arménie, la France n\u2019y est pour rien.Ft s\u2019il s\u2019agissait de faire pression sur la Turquie, le résultat est concluant: la décision française ne peut qu\u2019exacerber le nationalisme turc et bloquer toute forme d\u2019avancée vers la reconnaissance du passé.» La nouvelle loi va d\u2019ailleurs plus loin que celles qui l\u2019ont précédée, puisqu\u2019elle n\u2019incrimine pas seulement la «négation», mais aussi la «rqinimisation» du génocide.À l\u2019approche des élections présidentielles, l\u2019historien a vu dans le dépôt de cette loi une manifestation de «cynisme politicien».Le texte a en effet été présenté en catastrophe par la députée UMP Valérie Boyer afin d\u2019en court-circui-ter un autre qui devait être proposé par la gauche au Sénat.Mais, de l\u2019avis de tous, c\u2019est bien le président qui est à la manoeuvre.Nicolas Sarkozy a toujours courtisé la communauté arménienne de Érance et a rarement raté une occasion de prendre la Turquie à rebrousse-poil, notamment en s\u2019opposant à son adhésion à l\u2019Union européenne.Én visite en Arménie en octobre dernier, il avait déjà sommé la Turquie de «revisiter son histoire» dans des «délais assez brefs», faute de quoi la Prance légiférerait.Son intention est de boucler le dossier avant le printemps.Les analystes politiques jugent qu\u2019en pleine campagne électorale, Nicolas Sarkozy serait particulièrement heureux de piéger ses adversaires socialistes en faisant voter ce texte avec le soutien de la gauche qui vient tout juste d\u2019obtenir la majorité au Sénat.Les socialistes, qui ont toujours soutenu la pénalisation de la négation des génocides, ont donc été pris de court.Seul l\u2019ancien ministre socialiste Jean Glavany a tenu à dire que «ce n\u2019était pas au Parlement de dire l\u2019histoire».VOIR PAGE B 3: ARMÉNIE D1^ B 2 LE DEVOIR LES SAMEDI 7 ET DIMANCHE JANVIER 2012 PERSPECTIVES INTERNET Censure : la Biélorussie s\u2019isole SOPHIAN FANEN Broyée par la dernière dictature en place en Europe, la Biélorussie n\u2019était déjà pas un havre de liberté.Mais la vis s\u2019est encore resserrée depuis jeudi avec l\u2019entrée en vigueur d\u2019une nouvelle législation sur l\u2019accès à internet.Le Global Legal Monitor, une publication en ligne qui assure une veille juridique au sein de Ip Librairie du Congrès aux Etats-Unis, détaille cette loi publiée le 21 décembre et qui prolonge un décret du «président» autoritaire, Alexander Lukashenko, datant de juillet 2010.Le texte est joyeusement nommé «Amélioration de l\u2019utilisation de la partie nationale de l\u2019Internet».Depuis ce premier texte, les fournisseurs d\u2019accès biélorusses sont tenus de détailler auprès du gouvernement toutes les spécificités techniques de leur réseau et de conserver l\u2019identification de toute machine qui se connecte.La surveillance du réseau a été conbée au «centre d\u2019opérations et d\u2019analyses», rattaché aux services de la présidence, qui a pour mission première de fd-trer le contenu entrant en Biélorussie.11 a aussi le pouvoir d\u2019exiger le blocage de tout site sous 24 heures.Des mesures qui créent «une censure depuis le plus haut niveau du pouvoir», avait à l\u2019époque commenté Reporters sans frontières.En novembre dernier, le secrétaire général de RSE, Jean-Erançois Julliard, s\u2019était à nouveau inquiété de la situation dans l\u2019ancienne répubbque soviétique.Voilà polu le premier volet de la répression en bgne, qui n\u2019est qu\u2019une rigolade par rapport à ce qui attend les Biélorusses désormais.La nouvelle législation exige en effet que toutes les entreprises utibsent uniquement les domaines Internet nationaux pour fournir des services en ligne, vendre ou acheter, et même échanger des courriels.En théorie, l\u2019accès à des sites étrangers restera possible, mais pas l\u2019interaction avec ces sites \u2014 par exemple un achat sur eBay ou Amazon.La police et la police secrète sont autorisées à enquêter sur toute pratique illégale, et des amendes allant jusqu\u2019à une centaine d\u2019eruos sont prévues.De plus, la loi prévoit le blocage total de certains sites qui doivent encore être listés par le pouvoir, notamment les adresses jugées pornographiques ou extrémistes \u2014 une notion qui, selon les observaterus, inclut tout site critique envers le pouvoir.«Des sites d\u2019information majeurs tels que Charter97, Belaruspartisan, ou le blogue de l\u2019humoriste Yauhen Lipkovich sont d\u2019ores et déjà inclus dans cette liste noire», détaille encore RSE Selon Reporters sans frontières.Charter 97 a par ailleurs «été la cible d\u2019une série d\u2019attaques DDoS sans précédent le 29 décembre dernier.Des hackers se sont également procuré les mots de passe des administrateurs et ont commencé à détruire les archives du site tout en publiant des contenus provocateurs.» Concernant les particuliers, la loi stipule que les propriétaires et les administrateurs de cafés Internet ou d\u2019autres endroits qui offrent un accès à Internet, comme les hôtels, peuvent être poursuivis et leur entreprise fermée si des clients visitent des sites basés hors de la Biélorussie.Ces nouvelles mesures, dans un pays où les manifestants sont tabassés, la liberté de la presse bafouée et toute opposition étouffée, pourraient de fait couper la Biélorussie du réseau mondial.C\u2019est ce que tente également de faire l\u2019Iran, où une nouvelle législation sur l\u2019accès au réseau depuis les cafés Internet a également été annoncée mardi 3 janvier.Là aussi, toute personne souhaitant se connecter devra donner son nom complet, son numéro de carte d\u2019identité et son numéro de téléphone.De plus, tous les faits et gestes dans ces cafés devront être filmés et les enregistrements conservés pendant six mois.Libération FREDRICK VON ERICHSEN AEP Les milieux financiers sont totalement opposés à l\u2019idée d\u2019imposer une taxe sur les transactions.Le drôle de destin de la taxe Tobin Jadis revendication altermondialiste, la taxe sur les transactions financières est aujourd\u2019hui portée par des gouvernements libéraux ALINE LECLERC Drôle de destin que celui de la taxe Tobin, imaginée par un économiste libéral aux Etats-Unis en 1972, popularisée par les altermondialistes d\u2019ATTAC (Association pour la taxation des transactions financières et pour l\u2019action citoyenne), et portée par les socialistes européens, avant de se voir aujourd\u2019hui défendue par des gouvernements libéraux comme ceux de Nicolas Sarkozy et Angela Merkel., ¦ 1972: A l\u2019origine, un économiste libéral américain, James Tobin En août 1971, le président américain Richard Nixon décide d\u2019abolir la convertibilité du dollar en or, mettant fin de fait au système monétaire international mis en place en 1944 par les accords de Bretton Woods, qui garantissait une grande stabilité des taux de change.C\u2019est dans ce contexte qu\u2019en 1972, le profes-seiu d\u2019économie américain James Tobin évoque, lors d\u2019une conférence à l\u2019Université de Princeton, l\u2019idée d\u2019une taxe d\u2019un taux très faible (entre 0,05 % et 0,2 %) sur les transactions financières, qui permettrait de «jeter quelques grains de sable dans les rouages de la finance internationale», c\u2019est-à-dire de bmiter l\u2019instabibté des marchés financiers en freinant le développement de la spéculation à court terme.11 reçoit le prix Nobel d\u2019économie en 1981.¦ 1984: L\u2019expérience suédoise En 1984, la Suède instaure une taxe de 0,5 % sur les transactions financières sur son marché d\u2019actions.Ce taux fut doublé en 1986, puis la taxe étendue au marché des obligations.Mais l\u2019expérience est un échec: les revenus ainsi générés s\u2019avèrent décevants, car la taxe provoque une fuite des capitaux hors du pays, vers les Bourses de Londres et New York ou des placements ofjshore.L\u2019expérience est abandonnée en 1990.Beaucoup d\u2019économistes la citent encore en exemple comme la preuve que l\u2019instauration d\u2019une telle taxe par un seul pays est vouée à l\u2019échec.¦ 1992-1995: Retour de la taxe après les crises monétaires européenne et mexicaine La taxe est remise au goût du jour au milieu des années 1990, après une première crise du système monétaire eruopéen en 1992, puis la crise du peso mexicain en 1994.Cette année-là, le président socialiste, Erançois Mitterrand, relance l\u2019idée au sommet social de Copenhague, et elle est à nouveau évoquée un an plus tard en marge du G7 En 1984, la Suède a instauré une taxe de 0,5 % sur les transactions financières sur son marché d\u2019actions à Halifax.L\u2019instauration d\u2019une taxe sur les transactions financières figure ensuite dans le programme du candidat socialiste Lionel Jospin à l\u2019élection présidentielle de 1995, remportée par Jacques Chirac (RPI^.¦ 1997-2001: ATTAC contre James Tobin En décembre 1997, dans un éditorial du Monde diplomatique intitulé Désarmons les marchés, le journaliste Ignacio Ramonet estime que la taxation des revenus financiers est une «exigence démocratique minimale».Selon lui, l\u2019appbcation d\u2019une telle taxe «ruinerait le credo libéral de tous ceux qui ne cessent d\u2019évoquer l\u2019absence de solutions de rechange au système actuel».11 s\u2019agit d\u2019une taxe de «solidarité».Même modique (0,1 %), elle procurerait des revenus colossaux pour «éradiquer la pauvreté extrême d\u2019ici au début du siècle».11 conclut en suggérant la création «à l\u2019échelle planétaire» de «l\u2019organisation non gouvernementale Action pour une taxe Tobin d\u2019aide aux citoyens».C\u2019est ainsi que le mouvement ATTAC (devenu l\u2019Association pour la taxation des transactions financières et pour l\u2019action citoyenne) voit le jour en 1998, devenant le fer de lance de la mise en place de la taxe et d\u2019un nouveau mouvement planétaire, l\u2019al-termondiabsme.En juillet 2001, le sommet du G8 se tient à Gênes en Italie.Les altermondiabstes organisent un contre-sommeL et d\u2019importantes manifestations ont beu dans les rues de la vibe.Certabis rassemblements dégénèrent en émeutes, sévèrement réprimées par les forces de l\u2019ordre.Un jeune manifestant est tué.L\u2019événement pousse James Tobin, l\u2019économiste libéral in-venteiu de la taxe, à sortir de sa réserve.Dans un entretien au journal allemand Der Spiegel, il critique les altermondialistes qui «détournent [son] nom».«Je n\u2019ai pas le moindre point commun avec ces \u201ccasseurs de carreaux\u201d» antimondiabsation, souligne l\u2019économiste, qui estime que les positions de mouvements comme ATTAC «partent d\u2019un bon sentiment, mais sont mal pensées».Pour M.Tobin, beaucoup de müitants antimondialisation ont avant tout pour but de lutter contre l\u2019expansion des marchés libres, tandis que lui se dit au contraire «un partisan du libre commerce».¦ 1997-2001: La valse-hésitation de Lionel Jospbi En 1997 en Erance, après la dissolution de l\u2019Assemblée nationale, la gauche remporte les élections législatives, Lionel Jospin devient premier ministre.Mais la taxe qu\u2019il a défendue deux ans plus tôt passe aux oubliettes.Dominique Strauss-Kahn, à l\u2019époque ministre des Einances, n\u2019y est pas favorable; il fait notamment figurer dans un document budgétaire de Bercy une étude officiebe la critiquant très fermement.On croit l\u2019idée d\u2019une tebe taxe enterrée pour de bon.Mais à quelques mois d\u2019une nouvelle élection présidentielle, Lionel Jospbi la ressort du chapeau en août 2001 lors d\u2019un entretien surTEl.il se dit «favorable à ce que la France propose que l\u2019Union européenne prenne une initiative [sur une taxe sur les transactions financières] au plan international».Quelques jours plus tard, son homologue allemand du SPD, Gerhard Schroder, appelle à ouvrir un débat européen sur le contrôle des flux financiers spéculatifs.Le 19 novembre 2001, en Erance, l\u2019Assemblée nationale adopte le principe d\u2019une taxation des transactions sur le marché des devises, mais pose la condition que cebe-ci n\u2019entrera en videur que si une mesure identique est adoptée par les autres pays de l\u2019Union eruopéenne.La taxe retombe dans l\u2019oubb avec la victoire de Jacques Chirac (UMP) à la présidence de la Répubbque en 2002.¦\t2006: La taxe chembie vers la droite Mais la droite va peu à peu prendre la mabi suç le sujet.En 2006, le chef de l\u2019État français fait un pas en avant: ü parvient à instaurer une taxe pérenne sur les billets d\u2019avion, adoptée par 27 pays (elle a depuis apporté près de 180 millions d\u2019euros supplémentaires à l\u2019aide française au développement) .En 2007, second pas en avant: le ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, relance le prbicipe d\u2019une taxe sur les transactions financières et plaide pour un prélèvement «indolore» de 0,005 %, qui rapporterait 30 mil-bards d\u2019eruos par an.¦\t2008: Une nouvelle crise financière, mondiale cette fois, rebat les cartes En septembre 2008, la failbte de la banque américaine Lehman Brothers marque le début de la crise dite des subprimes et relance la critique sru la finance internationale et la spéculation.En août 2009, le basculement d\u2019Adair Truner, chef de l\u2019autorité britannique des services financiers (FSA), sorte de gendarme de la City et ancien patron des patrons britanniques, en faveur de la taxe, marque un torunant.En plebie tourmente financière, la taxe srugit ensuite au G20 finance de novembre 2009, où le premier ministre travaibiste britannique de l\u2019époque.Gordon Brown, s\u2019y déclare à son toru favorable, polu se prémunir contre de nouvebes pertes records des banques.Le G20 demande au Fonds monétaire international (FMI) d\u2019accélérer la réflexion autour de la faisabilité d\u2019une telle taxe.Mais Dominique Strauss- En septembre 2008, la faillite de Lehman Brothers a marqué le début de la crise des subprimes PETER MORGAN REUTERS Au début des années 1990, la taxe Tobin a été remise au goût du jour iors de ia crise monétaire.Kahn, qui a entre-temps pris la tête de l\u2019organisation biternatio-nale, continue à être hostile à une taxe qu\u2019il juge simpliste et très difficile à mettre en oeuvre.Les États-Unis et les marchés financiers y restent très opposés.Le Fonds se prononce finalement pour une taxe sur les seules entreprises financières, qui n\u2019a pas vu le jour.¦ 2011: Vers une taxe circonscrite à la zone euro L\u2019extension de la crise grecque à toute la zone eruo étend encore le cercle des partisans.En jubi 2011, la Commission européenne propose à son tour l\u2019introduction d\u2019une taxe sur les transactions financières à partir de 2014 pour alimenter le futur budget de l\u2019Union eruopéenne.En août, Nicolas Sarkozy et la chance-bère abemande, Angela Merkel, annoncent une prochaine initiative franco-abemande sru le sujet.Leur déclaration provoque une chute brutale de l\u2019action du groupe NYSE-EuronexL qui exploite les Boruses de New York, Paris, Bruxelles, Amsterdam, Lisbonne et Porto.La City, le NYSE, et le président de la Banque centrale européenne (BCÉ) redisent leur hostilité à une telle taxe en Europe, craignant, suivant l\u2019exemple suédois, une fuite des capitaux au moment où l\u2019Europe traverse une nouveUe période de turbulences financières.En novembre, Nicolas Sarkozy se fait le héraut de la taxe Tobin au G20 à Cannes.«Une taxe sur les transactions financières est techniquement possible, financièrement indispensable, moralement incot}tournable», assrue le chef de l\u2019État français.La taxe reçoit notamment le soutien de l\u2019Argentine et de l\u2019Afrique du Sud, mais un très grand nombre de pays y restent farou-chepient opposés, notamment les États-Unis et la Chine.L\u2019initiative au niveau mondial semblant dans l\u2019impasse, le Royaume-Uni \u2014 qui s\u2019biquiète pour la place financière de Londres \u2014 et la Suède \u2014 échaudée par son expérience de 1984 \u2014 n\u2019en voulant pas, l\u2019idée se profile d\u2019une taxe circonscrite à la zone eruo.Mi-décemhre, le ministre français de l\u2019Économie, François Baroin, annonce une «contribution» franco-allemande pour le 23 janvier 2012 pour une taxe opérationnelle en 2013.Le 31 décembre, Nicolas Sarkozy l\u2019appebe de ses vœux et suggère une adoption rapide, avant la fin du quinquennat.Hier, Heiui Guaino promet une décision française sur la taxe avant la fin du mois.Libération LE DEVOIR LES SAMEDI 7 ET DIMANCHE JANVIER 2012 B 3 PERSPECTIVES ETATS-UNIS « L\u2019électorat républicain est de plus en plus conservateur » Professeur de sciences politiques à l\u2019Université de Georgetown, E.J.Dionne est aussi éditorialiste au Washington Post II est l\u2019un des commentateurs les plus affûtés de la politique américaine et analyse les enjeux de l\u2019élection présidentielle.Dans tous les sondages, les Américains disent ne plus croire en leurs politiciens et en la politique.Pourquoi ce climat?Premièrement, l\u2019économie est mauvaise en Amérique depuis plus de trois ans et cela a évidemment une répercussion sur les hommes politiques.Par ailleurs, le pays connaît l\u2019une de ses crises existentielles et se demande s\u2019il traverse une phase de déclin.Cela arrive périodiquement, comme à la fin des années 70 quand on se demandait si le Japon n\u2019allait pas nous dominer.Enfin, à Washington, nous sommes confrontés à une radicalisation du Parti républicain et à une poussée du conservatisme qui rend quasiment impossible tout compromis au niveau du Congrès.Le système américain établi par la Constitution a besoin d\u2019un certain consensus politique pour fonctionner efficacement.Or, ce consensus est attaqué par la droite des républicains.Les Tea Parties sont le symptôme de cette poussée contre le rôle de l\u2019Etat, avec une tendance conservatrice bien plus pro-Rarack\tnoncée.Cela se traduit par une difficulté à gouverner et Obama a fini une frustration de l\u2019opinion.Nous sommes dans un l\u2019année 2011 pays où, lors des élections de ,,\t.\tmi-mandat en 2010, une candi- bien plus\tcomme Christine O\u2019Don- fort au\u2019il ne\tdéclaration la plus ^\tintéressante était «je ne suis l\u2019avait\tsorcière», a pu rempor- ter les primaires républicaines commencée.pour un siège au Sénat.L\u2019un de ses problèmes reste toutefois les attentes énormes qu\u2019il a générées en 2008.Pourquoi est-ce si difficile pour Mitt Romney de s\u2019imposer comme le favori dans la course républicaine?Une nouvelle fois, je pense que cela montre combien l\u2019électorat républicain est de plus en plus conservateur.Dans des circonstances normales, Romney apparaîtrait comme un solide candidat républicain.Mais le problème est aussi que personne n\u2019a su émerger comme une alternative sérieuse à Romney.A un moment, on a pu penser que Rick Perry, le gouverneur du Texas, serait un choix potentiel.Il a le soutien du Sud du pays, ce qui est toujours important pour les répubbcains, et il pouvait mettre en valeur ses résultats comme gouverneur.Mais il s\u2019est avéré un mauvais débatteur et un mauvais candidat.Personne ne pouvait imaginer qu\u2019Herman Cain serait président, même chose pour Michele Bachmann.Il y a évidemment Newt Gingrich, qui est certainement fascinant, mais qui n\u2019a pas le soutien de l\u2019establishment républicain.Reste Rick Santorum, l\u2019ancien sénateur de Pennsylvanie, qui est suffisamment conservateur et a une certaine expérience.Si Romney décroche l\u2019investiture républicaine, c\u2019est aussi parce qu\u2019il aura bénéficié d\u2019une opposition très faible.Le bilan de Barack Obama pour ce premier mandat est loin d\u2019être catastrophique.Pourtant, il reste impopulaire dans les sondages.Pourquoi?En fait, Barack Obama n\u2019est pas si impopulaire.Quand on considère que le taux de chômage est à 8,6 % et que le président récolte près de 50 % d\u2019opinions favorables dans certains sondages, ce n\u2019est pas si mal.Surtout, il faut essayer de regarder ce qui s\u2019est passé l\u2019année dernière.2011 a commencé par le triomphe des Tea Parties et la prise du Congrès par les républicains.Puis, en septembre, on a vu la poussée d\u2019Occupy Wall Street.Et, quoi qu\u2019il arrive à ce mouvement à long terme, il a complètement changé la nature du discours politique.Tout le monde désormais parle des inégalités L il JASON REED REUTERS Après avoir terminé 2011 en force, ie président Barack Obama s\u2019est récemment rendu à Hawaï en compagnie de sa famiiie.en Amérique.On est donc passé des Tea Parties à Occupy Wall Street, des conversations sur le déficit budgétaire aux conversations sur les 99 % face au 1 % des plus riches.Et on a également observé une transformation de Barack Obama.Son moment le plus faible a été les discussions sur le plafond de la dette, où il était pétrifié face aux républicains.Mais, plus tard, il est devenu plus agressif, pour finalement imposer plusieurs accords en décembre.Barack Obama a fini l\u2019année 2011 bien plus fort qu\u2019il ne l\u2019avait commencée.L\u2019un de ses problèmes reste toutefois les attentes énormes qu\u2019il a générées en 2008.Sa campagne ressemblait presque à une croisade religieuse, et il était vu comme une espèce de croisement entre Jésus et Moïse.Aujourd\u2019hui, il doit faire campagne comme un pobticien qui a plutôt réussi.C\u2019est quand même plus facile.L\u2019élection se jouera-t-elle uniquement sur l\u2019état de l\u2019économie, comme souvent dans les scrutins présidentiels américains?D\u2019une certaine manière, on pourrait dire que la chancelière allemande, Angela Merkel, et, à un moindre degré, Nicolas Sarkozy, sont plus importants pour la réélection de Barack Obama que Mitt Romney.Ce qui va sç passer en Europe est déterminant pour les Etats-Unis.L\u2019économie américaine commence à se redresser, mais la crise européenne a eu des effets négatifs.Il est capital pour Barack Obama que l\u2019Europe ne se trouve pas de nouveau face à une crise majeure.Mais l\u2019autre élément important est de savoir qui va dominer le débat pubbc cette année.D\u2019un côté, les républicains vont tenter de poursuivre leur effort pour réduire le poids du gouvernement et, de l\u2019autre, Barack Obama va essayer de reprendre la main en orientant son discours sur la réduction des inégabtés afin de parvenir à une société plus juste pour les classes moyennes.C\u2019est la bataille fondamentale des mois à venir.Propos recueillis par Fabrice Rousselot Libération ARMENIE SUITE DE LA PAGE B 1 Une cause entendue?A droite, l\u2019initiative présidentielle suscite aussi quelques réticences.Eait exceptionnel, le ministre des Affaires étrangères, Alain Juppé, artisan d\u2019un rapprochement avec Ankara, s\u2019est dissocié pubbquement de son président.D\u2019autres personnalités ont aussi exprimé leur désaccord, comme l\u2019ancien premier ministre Jean-Pierre Raffarin et l\u2019ancien président du Sénat, Gérard Lai^cher.A l\u2019opposé de Pierre Nora, l\u2019intellectuel Bernard-Henri Lévy a pris fait et cause pour ce projet de loi.Selon lui, l\u2019histoire du génocide arménien est «dite, écrite, bien écrite, depuis longtemps».Il ne fait aucun doute que les Arméniens ont été «à partir de 1915 victimes d\u2019une entreprise d\u2019annihilation méthodique», dit-il.Il ne voit donc aucun problème à criminaliser la négation d\u2019un fait éta-bb depuis si longtemps.Ce serait même une erreur, écrit-il, de se laisser «intimider par un quarteron d\u2019historiens».D\u2019autres intellectuels opposés à la loi, donc en accord avec Pierre Nora, ont néanmoins tenu à rappeler qu\u2019en matière de criminalisation de la pensée, c\u2019était la Turquie qui remportait largement la palme.Celle-ci punit en ef fet «l\u2019insulte à la nation turque», au rang de laquelle on compte la reconnaissance du génocide arménien.C\u2019est pourquoi le romancier Orhan Pamuk ^\u2019était retrouvé devant les tribunaux en 2005.A la suite de pressions internationales, les poursuites avaient finalement été abandonnées.L\u2019arme économique Dans cette polémique historico-diplomadque, les dirigeants turcs ont décidé de renvoyer la Prance à son passé colonial et d\u2019accuser celle-ci d\u2019avoir commis un génocide en Algérie.Une accusation dénuée de tout fondement selon tous les historiens, le nombre de victimes étant d\u2019ailleurs absolument incomparable.Mais, Ankara brandit surtout l\u2019arme économique.En 2006, le dépôt d\u2019un projet de loi semblable avait entraîné l\u2019exclusion des entreprises françaises du projet de gazoduc Nabuco vers l\u2019Europe et l\u2019interdiction pour les avions mili- taires français en direction de l\u2019Afghanistan de survoler le territoire turc.Cette fois, la Turquie pourrait fermer ses ports aux navires de guerre français.Les deux pays sont pourtant membres de l\u2019OTAN.Mais, on s\u2019attend surtout à des répercussions économiques.La Prance est en effet le 3® investisseur étranger en Turquie et les échanges entre les deux pays atteignent 12 mil-bards d\u2019euros.En octobre 2008, aux Rendez-vous de l\u2019histoire de Blois, un groupe d\u2019historiens avait lancé une pétition s\u2019opposant à la recrudescence des lois mémoriebes.On y affirmait que l\u2019histoire ne devait «pas être l\u2019esclave de l\u2019actualité ni s\u2019écrire sous la dictée de mémoires concurrentes.Dans un Etat libre, il n\u2019appartient à aucune autorité politique de définir la vérité historique».La même année, la commission Accoyer avait elle aussi recommandé de ne pas abuser de ces mêmes lois mémo-rielles.On pouvait donc s\u2019attendre à ce que les élus fassent enfin preuve de modération en ces madères.C\u2019était sans compter avec la campagne présidendebe.Correspondant du Devoir à Paris L\u2019armée américaine mise au régime sec LORRAINE MILLOT Washington \u2014 Un petit régime minceur, bien cabbré, va assurer que les forces américaines resteront, et de loin, «les meilleures au monde», a annoncé jeudi Barack Obama, venu tout exprès au Pentagone pour présenter une révision de la «stratégie militaire» des Etats-Unis.Les forces armées américabies seront «allégées», mais «agiles, flexibles et prêtes à toutes éventualités et menaces», a assuré le président.Les chiffres donnés par le Pentagone, de façon non officielle encore, indiquent que les forces armées américaines seraient réduites de 570 000 hommes à 490 000 sur la prochabie décennie.Les coupes affecteront en pardcuber les 80 000 mbitanes américains encore déployés çn Europe.Les principales menaces pour les Etats-Unis sont aujourd\u2019hui plutôt au Moyen-Orient et en Asie-Pacifique, où leurs forces seraient renforcées.Un changement bnportant de stratégie?Implicitement, oui: le Pentagone reconnaît à demi-mot dans ce document que les Etats-Unis ne sont plus en mesure de mener de front deux guerres majeures, comme üs le prétendaient jusqu\u2019à présent.Ils auront toujours «la capacité d\u2019affronter et de vaincre plus d\u2019un adversaire à la fois», a assuré le secrétaire à la Défense, Leon Panetta, mais la nouvelle doctrine ne prévoit plus que «d\u2019empêcher» un second adversaire «d\u2019atteindre ses buts ou lui imposer des coûts inacceptables» si les forces américaines sont déjà engagées dans un conflit majeur.L\u2019autre changement essentiel est le «rééquilibrage» promis entre les forces américabies en Europe et Asie (en clan, une réduction en Europe et un renforcement en Asie).«Il est\tDans une phrase de ce docu- ment, la Chine est même ci-interessant tée, sur le même, plan que l\u2019Iran, comme un Etat recou-et nouveau\t^ «fnoyens asymé- que la Chine\ttmues» (guerre électro- ^\tnique, mines, missiles, de- soit ainsi\tfense antiaérienne avan- , ,\t,\tcée.) qui doivent être designee\tcontrés.«Il est intéressant et nouveau que la Chine soit comme\tdésignée comme un pro- nt-nfilotno\tblême de sécurité, relève Gary un problème de sécurité.\tcan Enterprise Institute, par ^\taüleurs très critique de cette Jusqu a\trévision de stratégie.Jusqu\u2019à ,\tprésent, les gens du Pentagone present,\tn\u2019étaient pas autorisés à le les 2ens du\taussi ouvertement, c\u2019est ®\tun pas vers une approche plus Pentagone\tréaliste.» , ,\tUn emballage rhétorique U étaient pas pour des coupes budgétakes?,\t.,\t.\tCela ne fait aucun doute: le autorises a Pentagone s\u2019est vu imposer 1p divp nil CCI une réduction de ses budgets de 450 milliards de dollars ouvertement.» sur les dix ans à venir et risque une coupe supplémen-take de plus de 500 mbbards de dollars en 2013 si le Congrès ne trouve pas d\u2019autres moyens de ré-duke les déficits pubbcs.«On verra plus clairement s\u2019il s\u2019agit bien d\u2019un changement de stratégie d\u2019ici trois semaines, quand l\u2019administration présentera son budget, soubgne Mark Gunzbiger, ancien colonel de l\u2019aviation, aujourd\u2019hui analyste au Center for Skategic and Budgetary Assessments.C\u2019est là seulement qu\u2019on verra si les forces terrestres et la marine subissent le plus de coupes, comme le laisse entendre cette révision.Au final, une stratégie n\u2019est jamais si bonne que les ressources qui lui sont allouées.» Un aveu des échecs et bmites de la puissance mbitake américabie?Il y a deux ans encore, lorsque Barack Obama avait longuement réexamkié l\u2019engagement de ses troupes en Afghanistan, b avait dû écouter les partisans d\u2019une stratégie de «contre-insurrection» (appelée «COIN» en anglais, pour counter-insurgency), qui demandaient plus d\u2019hommes sur le terrain pour gagner «les coeurs et les esprits» des populations.Avec un bilan s\u2019élevant pour ses deux dernières années à plus de 200 mbbards de doUars dépensés, et 917 rnbitakes américabis tués en Afghanistan, la «COIN» a perdu la batable d\u2019mfluence à Washbigton.La nouvelle stratégie assure encore que les forces américabies devront être «prêtes à mener des opérations limitées de contre-insurrection», mais ebe précise surtout: «Cependant, les forces américaines ne seront plus de taille à conduire des opérations de stabilité prolongées à grande échelle.» Pour ce qui est de mener de front deux guerres de grande ampleur, c\u2019était aussi un «mythe» estiment les plus réalistes.Pendant la Deuxième Guerre mondiale, les États-Unis ont dû venk à bout d\u2019Hitler avant de réussk à en fink avec le Japon, rappellent-ils.Plus récemment, les guerres parallèles en Afghanistan et en Irak ont fait la preuve qu\u2019bs ne peuvent mener à bien deux opérations sbnultanées de lebe ampleur.Barack Obama, président du «déclin» mibtake arqéricain?A moins d\u2019un an de la prochaine présidentielle, la Maison-Blanche mise au contrake sur cette présentation pour assurer que les coupes ne diminueront en rien la puissance militaire américaine.Mais les républicains sont déjà aux meurtrières: ce n\u2019est pas une nouvelle stratégie mais «une retraite du monde», a attaqué Howard McKeon, président de la commission des forces armées à la Chambre des représentants.«Si on veut être présent dans le Pacifique, cela requerra beaucoup de moyens lourds, navires et avions en particulier, renchérit Gary Schmitt.Le plus grand risque de cette révision est qu\u2019on s\u2019imagine pouvoir faire des choses très intelligentes avec moins d\u2019argent.» Libération B 4 LE DEVOIR LES SAMEDI 7 ET DIMANCHE JANVIER 2012 EDITORIAL Emploi en 2011 Si la tendance se maintient.A f l Jean-Robert Sansfaçon Depuis la publication des données sur l\u2019emploi, hier, toute l\u2019attention a porté sur le taux de chômage qui a fait un bond de 8 % à 8,7 % au Québec en décembre.Un bond spectaculaire qui doit cependant être mis en contexte puisque le Québec a tout de même terminé 2011 sur un bilan positif.Ce qui est plus inquiétant, c\u2019est la récession qui nous pend au bout du nez.U début de 2011, un sondage SOM nous apprenait que les Québécois envisageaient l\u2019année économique de façon plus positive que les autres Canadiens.Après tout, les choses n\u2019allaient-elles pas mieux ici que chez nos partenaires ontariens et américains?Puis le vent a tourné, de sorte qu\u2019après avoir enregistré un taux aussi peu élevé que 7,3 % en septembre dernier, le chômage est reparti à la hausse en octobre pour clore à 8,7 % en décembre.Plaçons d\u2019abord ces doimées en contexte.Au cours d\u2019une même année, les doimées de Statistique Canada tirées d\u2019une enquête de type sondage d\u2019opinion peuvent varier de façon surprenante d\u2019un mois à l\u2019autre.Ainsi, en 2011, le taux pour le Québec a grimpé subitement de 7,3 % à 7,9 % entre mai et juin, pour redescendre aussi vite à 7,2 % en juillet.Le phénomène s\u2019explique par la variation du nombre de chômeurs, mais aussi par celle de la population active et par la marge d\u2019erreur de l\u2019enquête.Pour cette raison, il faut plutôt s\u2019en remettre à la moyenne des 12 mois d\u2019une année pour obtenir un portrait relatif qui ait du sens.Ainsi, toujours pour le Québec, le taux de chômage qui était de 7,2 % en moyenne annuelle en 2007 et 2008 a grimpé à 8,5 % pendant la récession de 2009, puis il est redescendu à 8 % en 2010 et à 7,8 % en 2011.Le même niveau que l\u2019Ontario, où la crise avait fait grimper le chômage aussi haut que 9 % en 2009.Pour ce qui est des emplois créés, là encore il faut s\u2019attarder aux moyennes annuelles.Ainsi, s\u2019il est vrai que Statistique Canada a dénombré 51 000 emplois de moins en décembre dernier par rapport à décembre 2010, en moyenne annuelle il s\u2019est plutôt créé 38 500 nouveaux emplois pour toute l\u2019année 2011 comparativement à 2010.Est-ce que c\u2019est beaucoup, 38 500 nouveaux emplois?La réponse est non en regard des 66 700 de 2010, et oui par rapport à l\u2019augmentation minime de 14 300 en 2008 ou la perte nette de 32 000 en 2009.Mais pour éviter que le taux de chômage augmente, le Québec doit créer chaque année entre 60 000 et 125 000 nouveaux emplois, ce dont nous sommes loin.Dans sa dernière mise à jour économique publiée en novembre, le ministre des Finances, Raymond Bachand, appuyait ses prévisions de revenus budgétaires sur la création de 54 100 emplois en 2011 et de 35 400 en 2012.Malheureusement, si la tendance observée à la fin de 2011 se maintienL Québec ratera ses cibles, tant au chapitre de l\u2019emploi qu\u2019à celui des revenus budgétaires.Voilà ce qui est le plus inquiétant dans les données d\u2019hier.Alors que le Québec s\u2019est assez bien tiré d\u2019affaire pendant la récession, la situation s\u2019est rapidement détériorée au cours des derniers mois à cause de la crise qui s\u2019abat sur l\u2019Europe et de l\u2019économie américaine qui tarde à redémarrer.Ajoutons à cela un dollar canadien trop fort par rapport aux autres devises et nous voilà à nouveau au bord de la récession.Comment nos gouvernements réagiront-ils?Du côté de Québec, le gouvernement Charest peut compter temporairement sur les 2 milliards de l\u2019harmonisation des taxes de vente pour boucler son budget, mais s\u2019il s\u2019entête à viser l\u2019objectif d\u2019un retour au déficit zéro en 2013-2014, il faut s\u2019attendre à de nouvelles compressions qui ne feront qu\u2019aggraver la situation.Mais c\u2019est surtout d\u2019Ottawa qu\u2019on serait en droit de s\u2019attendre à un effort puisque c\u2019est lui qui contrôle la politique macroéconomique.Or, étant donné que l\u2019Ouest s\u2019en tire bien grâce à son pétrole et que l\u2019industrie de l\u2019auto a repris du poil de la bête en Ontario, il serait suiprenant que le gouvernement Harper lève le petit doigt pour venir en aide à l\u2019économie de l\u2019Est.Au contraire, on peut même prévoir qu\u2019il redoublera d\u2019efforts pour réduire ses dépenses afin de pouvoir diminuer à nouveau les impôts avant la fin de son mandat.C\u2019est pourquoi, comme en 2008, seule la pression populaire fera çntendre raison à ce gouvernement qui refuse de croire que les Etats ont un rôle à jouer en situation de récession.j-rsansfacon@ledevoir.corn LE DEVOIR FONDÉ PAR HENRI BOURASSA LE 10 JANVIER 1910.FAIS CE QUE DOIS ! Directeur BERNARD DESCÔTEAUX Rédactrice en chef JOSÉE BOILEAU Vice-présidente, finances et administration CATHERINE LABERGE Directeur de l\u2019information ROLAND-YVES CARIGNAN Directeurs adjoints de l\u2019information PIERRE BEAULIEU, LOUIS LAPIERRE, JEAN-ERANÇOIS NADEAU, PAUL CAUCHON Directeur artistique CHRISTIAN TIFEET Directeur, ventes publicitaires JOSÉ CRISTOEARO autre ^rând moment de c-io: fougivjfP inmat LA Science T>onM£ fiuCtiSu INSTANT NvANUtl iJÉoôftAPiliÊ Réaction à Christian Rionx Opposer les jeunes du printemps arabe aux jeunes de la place du Peuple à Montréal, en discréditant ainsi ces derniers, c\u2019est faire preuve d\u2019une lecture bien superficielle de la situation mondiale.Tant au Sud qu\u2019au Nord, les populations, et bien particulièrement les jeunes, sont victimes des pouvoirs économiques et politiques en place.Les jeunes ont commencé par dire non en exprimant de multiples façons leur indignation devant les inégalités, les injustices dont la majorité (les 99 %) est victime, ici par un système néolibéral soumettant le politique à ses intérêts, là par des régimes dictatoriaux, trop souvent maintenus en place par les tenants de ce même système économique.Au lieu d\u2019opposer ces groupes de jeunes, je vois plutôt dans leur indignation commune un appel à un changement radical, que les partis politiques (au moins en Occident) n\u2019arrivent plus à représenter ni à instaurer.Ces jeunes, eux et elles, sont probablement les vrais promoteurs d\u2019une politique «autre», terme qu\u2019il ne faut pas bannir, mais auquel il faut donner un réel contenu.Les jeunes indignés s\u2019y emploient, tant ici que là-bas.Heureusement que, dans notre monde désespérant, jeunes et moins jeunes se soient ralliés au Indignez-vous! du non moins jeune Stéphane Hessel, 94 ans.Normand Breault Le 6 janvier 2012 Des sociologues et des philosophes aussi ! À la demande du gouvernement du Québec, un comité de réflexion sur l\u2019avenir des régimes de retraite a récemment été créé.On observe toutefois que, compte tenu des membres qui composent ce comité (actuaire, fiscaliste, ex-président d\u2019un régime de retraite, professeur d\u2019économie, représentant LETTRES de la Caisse de dépôt et avocat), c\u2019est d\u2019abord et avant tout la préoccupation économique et financière du problème qui est susceptible de ressortir.Bien que je sois d\u2019accord avec la nécessité de la création d\u2019un tel comité, et bien qu\u2019il soit dans les intentions du comité de consulter les représentants des travailleurs, je crois qu\u2019il serait opportun que l\u2019on considère, dès maintenanf d\u2019autres aspects que ceux uniquement économiques et financiers de la situation.En effef comme le signale son président, monsieur Alban D\u2019Amours, ce comité doit déboucher sur «un nouveau contrat social».Ainsi, des personnes représentant les aspects sociaux des solutions envisagées, comme des sociologues et des philosophes, devraient également faire partie de ce comité.Ces spécialistes pourraient éventuellement ouvrir le comité à d\u2019autres solutions que celles strictement financières.Ils permettraient aussi de mieux prendre en considération les aspects sociaux et humains des solutions envisagées.Sinon, les recommandations du comité, et surtout les conséquences de celles-ci sur la vie des personnes, pourraient ne pas rejoindre la population, et leur application risquerait d\u2019ébranler la paix sociale.Françoise Vekeman Québec, le 5 janvier 2012 S\u2019ouvrir les yeux sur la situation au Rwanda Je travaille pour la Défense au TPIR depuis 10 ans.J\u2019étais au Rwanda encore en décembre dernier et j\u2019ai suivi la situation politique dans le pays durant toutes ces années.Je suis navré de constater l\u2019ignorance des gens relativement aux conditions socio-politiques régnant actuellement dans ce pays.Pourtant, de nombreux spécialistes reconnus du Rwanda ont déjà pris position sur l\u2019opportunité de renvoyer des gens subir des procès dans ce pays.Qu\u2019il s\u2019agisse de Human Rights Watch où travaillait Madame Desforges, de Filip Reyntjens, de Susan Thomson, de hauts gradés du EPR tels que Théogène Rudasingwa et Gérald Gahima, il ne manque pas de gens pour dénoncer la dictature qui règne sur ce pays et le mépris total des autorités actuelles pour les droits fondamentaux de ses citoyens.Est-ce que les gens ont déjà oublié que ce sont les gens encore au pouvoir aujourd\u2019hui qui ont enlevé Agnès Ntamabyariro de Zambie, et qui ont organisé un nombre incalculable de procès ùuqués pour faire taire toute forme de dissidence?Le Rwanda est le 169® pire pays sur 178 pour la liberté de la presse selon Reporters sans Frontières] Le Rwanda intimide les ONG des droits de l\u2019homme.Malgré touL le§ pays occidentaux comme le Canada et les Etats-Unis préfèrent continuer à se fermer les yeux sur les graves abus du régime rwandais.La décision des autorités canadiennes de renvoyer quelqu\u2019un dans ce pays est tout simplement répugnante.D\u2019autant plus que le Canada pourrait ùès bien essayer d\u2019offrir un procès juste et équitable à M.Mugesera ici sans compromettre sa vie, sa sécurité, et sa présomption d\u2019innocence.M® Philippe Larochelle, avocat Le 5 janvier 2012 Lost in translation?En marchant rue Sherbrooke, je vois à nouveau cette publicité bilingue pour la Faculté de gestion de McGill.En français, un «Parlons des vraies affaires» qui dans le monde actuel réfère fort souvent à l\u2019idée que seules les colonnes de chiffres comptent pour améliorer la performance d\u2019une entreprise donnée.En anglais, par contre, je lis «Beyond business as usual», laquelle idée réfère souvent aujourd\u2019hui à une approche beaucoup plus globale que la première.Lost in translation?Yvan Petitclerc Montréal, le 6 janvier 2012 REVUE DE PRESSE Inquiétudes et ironie Manon Cornellier On croirait que tout a été dit sur le projet de loi omnibus en matière de justice, le projet C-10.En vain.Mais certains \u2014 fort heureusement \u2014 refusent de baisser les bras et tentent encore d\u2019infléchir le cours des choses.Trois anciens dirigeants du système carcéral canadien \u2014 John Edwards, Willie Gibbs et Ed Mcisaac \u2014 ont uni leur voix cette semaine dans le Globe and Mail pour demander au Sénat de ramener le gouvernement à la raison.Un appel qui en d\u2019autres temps aurait fait beaucoup de bruit et qui mérite qu\u2019on s\u2019y attarde.Après tout, les trois hommes ont été, respectivementi commissaire de Service correctionnel Canada, président de la Commission des libérations conditionnelles et directeur executif du Bureau de l\u2019enquêteur correctionnel.A eux trois, ils cumulent plus de 10 décennies de service au sein du système correctionnel canadien.Forts de cette expérience, ils estiment que l\u2019approche punitive des conservateurs est malavisée.Ils rappellent que les prisons fédérales et provinciales sont surpeuplées, ce qui limite l\u2019accès aux maigres programmes de réhabilitation et accroît les risques de violence institutionnelle.Or, le projet C-10, insistent-ils, va entraîner une augmentation «significative» du nombre de détenus, un résultat «contraire à nos concepts d\u2019équité, de compassion et d\u2019égalité».Là où on a goûté à cette médecine, comme en Californie, on n\u2019observe aucune diminution de la criminalité et on volt trop de détenus devenir des criminels endurcis.«Le système carcéral américain est maintenant étudié pour ses échecs, résultat d\u2019une coûteuse approche fondée sur une idéologie guidée par la peur.[.] Notre expérience commune et des décennies de recherches nous disent qu\u2019incarcérer plus de gens ne diminue pas la criminalité ni ne la dissuade.Des communautés plus sûres et une réelle prévention du crime passent par le développement de systèmes intégrés dotés de la flexibilité et des ressources nécessaires pour répondre aux individus en temps opportun.» Les trois hommes énumèrent une série de solutions pour y parvenir avant de rappeler que «le coût financier et humain de la voie empruntée [par le gouvernement] est beaucoup trop élevé et ne pourra être aisément renversé.Un second examen objectif est impérativement nécessaire.Nous demandons au Sénat de s\u2019assurer que nos politiques en matière de justice favorisent un système correctionnel et de libérations conditionnelles qui soit juste et efficace et qui effectivement rende le pays plus sûr», concluent-ils dans un dernier appel.Jugement sévère «Stephen Harper et l\u2019année de la faillite morale.» C\u2019est ainsi que, sur le site d\u2019iPolitics, le chroniqueur Lawrence Martin présente son bilan sans vernis de la dernière année du gouvernement Harper.Le journaliste, qui s\u2019est souvent demandé comment le gouvernement Chrétien arrivait à ne jamais voir ses abus de pouvoir retenus contre lui, se pose aujourd\u2019hui la même question à l\u2019endroit du gouvernement Harper.Pour la première fois dans l\u2019histoire du pays, un premier ministre est reconnu coupable d\u2019outrage au Parlement par le président de la Chambre et rien ne se produit.Même Stephen Harper a pris la chose avec un haussement d\u2019épaules, persuadé que les Canadiens s\u2019en fichaient «Il revenait ainsi à dire que le processus est sans importance, ce qui compte pour les gens c\u2019est les résultats.» Et cette position, les conservateurs la défendront tout au long de 2011, écrit Martin.Inquiet il se demande si les citoyens sont vraiment indifférents devant de tels agissements alors que leurs ancêtres et bien d\u2019autres peuples dans le monde se sont battus et se battent encore pour la mise en place de systèmes démocratiques dignes de ce nom.Après tout malgré ses agissements, Stephen Harper a obtenu un mandat majoritaire.Martin comprendrait si le jugement du président avait été un incident isolé, «mais il y a trop d\u2019exemples démontrant que le système ne sert plus de contrepoids face au pouvoir exécutif».Le journaliste fait la longue liste des incidents survenus en 2011, mois après mois.Mais les sondages sont toujours favorables à Harper.«Ils montrent que la position du premier ministre n\u2019a pas été affectée par sa façon autoritaire de gouverner.Il se porte même bien, profitant d\u2019un système brisé qu\u2019il contribue à abîmer davantage», conclut Martin.Pour rire un peu L\u2019historien militaire J.L.Granatstein revient sur les penchants monarchiques du premier ministre Harper dans l\u2019Ottawa Citizen.Lui qui s\u2019est vigoureusement opposé à ce que la marine et l\u2019aviation retrouvent leur étiquette royale a choisi de s\u2019en moquer en imaginant d\u2019autres changements folichons.Disant avoir obtenu copie d\u2019une note (fictive, bien sûr) préparée pour le premier ministre, il dit avoir appris qu\u2019on voulait demander aux militaires de porter les vieux habits de l\u2019armée britannique, à l\u2019aviation d\u2019utiliser les vieux avions Spitfires, moins coûteux que les F-35, et à la Défense de préparer un plan pour voler au secours de l\u2019Angleterre advenant que l\u2019Union européenne tente une invasion pour imposer l\u2019euro.L\u2019Ordre du Canada serait aboli au profit de titres aristocratiques.«Brian Mulroney, duc de Baie-Comeau?[.] Lucien Bouchard, vicomte de Québec?», ironise Granatstein.Ces nouveaux aristocrates remplaceraient les sénateurs actuels.Et ainsi de suite.Mais «heureusement, écrit-il, le plan original, qui prévoyait l\u2019adoption de la conduite du mauvais côté de la route, a été abandonné parce que jugé trop coûteux et dangereux».Good Lord! On l\u2019a échappé belle.mcornellier@ledevoir.corn LE DEVOIR LES SAMEDI 7 ET DIMANCHE JANVIER 2012 B 5 IDEES ïTTit ¦-Cpà iJ-^ jril.-i-AtîlBk.A'\" '«r - /\tJ -J' - - '.-Ï^*- ¦ «» ¦fV -i >, ROBERTO SCHMIDT AGENCE ERANCE-PRESSE L\u2019urbanisation croissante et anarchique en Haïti augmente ies risques iiés aux aiéas natureis.Sur ia photo, prise dans ies jours suivant ie séisme de janvier 2010, un bidonviiie à flanc de coiiine dévasté de Port-au-Prince.Haïti, deux ans après Une gestion des risques encore déficiente HERVE SAINT PREUX Géographe et gestionnaire des risques majeurs, l\u2019auteur est Haïtien eux ans depuis la catas- Dtrophe du 12 janvier 2010 en Haïti, et il semble qu\u2019en matière de gestion des risques et des catastrophes, on n\u2019ait pas encore compris l\u2019immensité du travail à réaliser pour éviter la répétition d\u2019un tel drame.Les programmes de gestion des risques et désastres approuvés par la Commission intérimaire de la reconstruction d\u2019Haïti (CIRH) sont la preuve de cette incompréhension.La situation est très inquiétante et doit être prise en charge sans délai et avec sérieux.Les catastrophes hydrométéorologiques (les villes de Fonds-Verrettes et de Mapou, mai 2004; la ville des Gonaïves, septembre 2004), sismiques (Port-au-Prince et ses environs, janvier 2010) et sanitaires (avec l\u2019épidémie de choléra qui sévit sur l\u2019ensemble du territoire depuis plus d\u2019un an) ont montré que le pays souffre d\u2019un déficit énorme en matière de gestion des risques et des désastres.Nos structures d\u2019intervention au niveau national sont inefficaces et le Plan national de gestion des risques et désastres publié par le ministère de l\u2019Intérieur et des Collectivités territoriales en 2001 ne répond nullement aux exigences de la gestion moderne des risques et des catastrophes.Les risques ne pardonnent pas.En Haïti,, on est bien placé pour le savoir.Aujourd\u2019hui, l\u2019Etat haïtien doit prendre des mesures efficaces pour gérer les risques auxquels le pays est exposé.Urbanisation et dégradation des versants La gestion des risques est un processus qui fait appel à des outils, des méthodes et des actions qui interviennent en amont des événements pour mieux les mitiger.Dans le cas d\u2019Haïti, cette gestion doit tenir compte des risques eux-mêmes et des facteurs aggravants de plus en plus nombreux.Par exemple, la transition urbaine que traverse le pays depuis quelques décennies augmente ces risques dans les villes d\u2019accueil.Cette urbanisation croissante et anarchique est un facteur supplémentaire d\u2019aggravation de certains aléas naturels ^ar l\u2019imperméabilisation des sols et les modifications du drainage naturel, ou par les rejets des eaux usées sur les versants, ce qui provoque leur déstabilisation).Si elle n\u2019est pas freinée, cette situation de dégradation continue de nos versants nous forcera à gérer dans un futur proche une nouvelle catastrophe: la pénurie d\u2019eau.En effefi les versants déboisés augmentent le ruissellement et diminuent l\u2019infiltration lors des précipitations, ce qui accélère le parcours du cycle de l\u2019eau et limite en même temps la capacité de nos réservoirs naturels à retenir ce précieux liquide avant qu\u2019il ne boucle son cycle.Le rôle de l\u2019État La gestion des risques et des désastres devant protéger les citoyens et leurs biens est fondamentalement politique et stratégique, et elle relève de la sécurité publique.C\u2019est l\u2019Etat qui doit détenir le rôle central dans la prévention et la réponse aux catastrophes.Ainsi, il doit disposer de toutes les compétences (financières, juridiques, techniques) pour répondre à cette obligation.Gérer les risques et les désastres en Haïti ne peut se faire grâce à de petits programmes par-ci par-là administrés grâce aux bons soins de particuliers, d\u2019institutions privées ou d\u2019ONG.Ces derniers doivent être des partenaires agissant selon les directives dictées par les institutions étatiques.Un plan de gestion des risques et des catastrophes doit être un projet global et intégré pour l\u2019ensemble du pays.11 doit être accompagné, et non élaboré, par la communauté internationale.Cadre légal indispensable Le pays ne peut pas avoir un plan efficace de gestion des risques sans un cadre légal bien défini.Une loi sur la sécurité civile fixant les responsabilités de chacun doit précéder tout projet de gestion des risques et des catastrophes.Du plan global de gestion des risques et de son cadre légal doivent découler les plans des mesures d\u2019urgence des municipalités et l\u2019information directe aux citoyens.De ce fait, un plan de gestion des risques ne peut être efficace dans la centralisation, car les collectivités territoriales sont les éléments incontournables pour l\u2019efficience de tout projet visant à réduire la vulnérabilité du pays.Dans ce contexte, la décentralisation est plus qu\u2019indispensable.Le retour d\u2019expérience L\u2019expérience des catastrophes n\u2019est utile qu\u2019à la condition d\u2019être accompagnée d\u2019un bilan.La reconnaissance des erreurs est une condition nécessaire à l\u2019amélioration de tout dispositif de gestion de crise.11 est très inquiétant de constater que des plans de gestion des risques et des catastrophes sont à la fois proposés et validés, sans tirer les leçons, de manière scientifique, des catastrophes hydroclimatiques, sismiques et sanitaires traversées par le pays depuis 2004.Le retour d\u2019expérience est l\u2019un des outils incontournables qui amènent une société vers la résilience.Sauf erreur, cette démarche ne semble pas avoir été encore initiée.Un plan de gestion des risques et des désastres est un ouvrage colossal qui doit être renforcé en permanence.11 constitue le socle sur lequel doit reposer tout projet, quelle que soit sa nature.En ces temps où les risques naturels, anthropiques et sanitaires sont de plus en plus présents dans le quotidien haïtien, et leurs manifestations de plus en plus catastrophiques, le pays ne peut se permettre de traîner les pieds et de prendre le plan de gestion des risques avec légèreté.Fusion ADQ et CAQ Pour un Québec plus riche et plus équitable U JEAN ALLAIRE Premier chef de l\u2019Action démocratique du Québec n constat s\u2019impose aujourd\u2019hui: les Québécois sont plus que jamais divisés.D\u2019abord, entre la gauche et la droite, mais également entre fédéralistes et souverainistes, entre ceux qui privilégient la séparation et ceux pour qui la fidélité première revient au Québec.C\u2019est une division qui affaiblit le Québec et qui limite notre capacité à nous attaquer aux problèmes criants auxquels nous sommes confrontés, notamment en matière de santé et d\u2019éducation.C\u2019est l\u2019intérêt du Québec qui doit diriger nos actions, et non les intérêts personnels de quelques-uns.Sur le plan constitutionnel, sans renier les revendications traditionnelles du Québec, il est impératif que nous établissions une véritable paix en la matière, afin de canaliser les efforts de tous et travailler ensemble à mettre de l\u2019ordre dans notre maison, en particulier en ce qui a trait à la dette et aux finances publiques.En ce sens, après deux référendums, il est plus que temps de respecter la volonté de la population de vouloir passer à autre chose et de mettre la main à la pâte.11 est plus que temps de se regrouper au sein d\u2019une coalition plus large, et non de se diviser, pour bâtir une société plus riche et, nécessairement, plus équitable pour ceux qui en ont le plus besoin.C\u2019est le gros bon sens qui l\u2019exige! Aux adéquistes de prendre leur place Pour ce qui concerne l\u2019Action démocratique du Québec (ADQ), après 17 ans d\u2019existence, et malgré le travail remarquable fait depuis plus de deux ans par les militants, son chef Gérard Deltell ainsi que les députés à l\u2019Assemblée nationale, j\u2019ai le profond sentiment que son avenir se conjugue désormais au passé et que son fiitur, et celui du Québec, passe dorénavant par une fusion avec la Coalition avenir Québec (CAQ) de François Legault.Comme plusieurs, je reconnais dans cette jeune formation politique certaines valeurs et préoccupations qui ont toujours été au cœur de l\u2019action politique de la formation adéquiste, comme la responsabilisation, l\u2019autonomie et l\u2019équité intergénérationnelle.Qui plus esL sur les 20 actions retenues initialement par la CAQ, une douzaine se retrouve presque textuellement dans le programme de l\u2019Action démocratique.C\u2019est déjà un début prometteur! Aux adéquistes maintenant de prendre leur place au sein de la Coalition et de participer avec d\u2019autres militants, provenant d\u2019horizons politiques différents, à l\u2019élaboration d\u2019un nouveau programme plus apte à épouser les contours du changement souhaité par tant de Québécois.Volonté de changement L\u2019ADQ a su être le précurseur de plusieurs débats au Québec, notamment sur la contribution intelligente du privé en santé, la réforme du mode de scrutin et la convocation d\u2019une commission d\u2019enquête publique sur la construction.L\u2019ADQ doit avoir maintenant la lucidité de reconnaître le moment où un parti atteint le crépuscule de son existence et, surtout, avoir le courage de poser les gestes nécessaires pour que tout le travail fait depuis près de deux décennies par tant de personnes ne s\u2019évapore en fumée.En tant qu\u2019adéquiste, fidèle à nous et à nos convictions, en votant en grand nombre en janvier sur la proposition d\u2019entente soumise par l\u2019exécutif du parti à l\u2019ensemble des membres, j\u2019ai la conviction que nous poursuivrons notre route au sein de la CAQ avec la même volonté de changement et, surtouf avec des valeurs et des idées qui nous sont chères.C\u2019est pour le plus grand bien du Québec.2012 / r ' fh \\ Denise Bombardier Le romancier anglais de la première moitié du XX® siècle, G.K.Chesterton, aurait dit un jour: «Lorsque l\u2019homme cesse de croire en Dieu, cela ne signifie pas qu\u2019il ne croit en rien, c\u2019est qu\u2019il est prêt à croire n\u2019importe quoi.» En faif tous ceux qui tentent de faire triompher la raison dans ce monde perturbé par des secousses sismiques de passions aveugles s\u2019alarment du fait que les humains sont devenus de plus en plus crédules.Ni les acquis de la raison ni les avancées scientifiques et technologiques ne parviennent à mettre à mal les délires, les aveuglements, les déchaînements haineux qui entraînent les hommes vers la régression, donc vers un nouvel esclavage.Le progrès aujourd\u2019hui semble moins l\u2019affirmation d\u2019une volonté humaine pour parvenir à un dépassement personnel et collectif qu\u2019une soumission aux courants dominants; qu\u2019il s\u2019agisse de la mondialisation économique, du communautarisme culturel qui à long terme risque de faire disparaître les identités nationales ou du triomphe d\u2019une technologie qui transforme l\u2019être humain en un robot pensant.Le changement n\u2019est toujours pas synonyme de progrès comme trop de gens sont portés à le croire.Pas plus que la perpétuation du présent n\u2019est garante de l\u2019avenir.Notre crédulité actuelle s\u2019inscrit dans un désenchantement face à nos idéaux, face aussi à ceux qui ont trahi nos espoirs, ceux en qui nous avions mis notre confiance.L\u2019époque nous rend irritables, agités, d\u2019une humeur en dents de scie et bien sûr, elle nous plonge dans une inquiétude permanente.Ayant abusé de nofre patience, ceux qui nous dirigent sont tous mis au banc des accusés.Nous sem-blons donc attirés par ceux qui portent l\u2019étiquette de la nouveauté.Tout semble préférable à ce qui est connu, expérimenté.D\u2019ime certaine manière, nous aspirons à ime virginité, apparente évidemment Les nouveaux partis, les nouveaux politiciens, les nouveaux pauvres, les nouveaux riches, les nouveaux gourous, les nouvelles stars, les nouvelles idées, les nouvelles amours attirent ou séduisent Les gens veulent être flattés dans leurs croyances, leurs préjugés, leurs illusions.Le pouvoir appartiendra à ceux qui l\u2019ont compris, et qui taisent ce que le «peuple» ressent mais ne veut pas entendre.Ceux qui font métier de réfléchir n\u2019ont plus la cote devant les obséquieux et démagogues qui surfent sur les vagues à la mode du jour.Les intellectuels qui ont nourri de leurs réflexions et de leurs connaissances la société d\u2019hier sont devenus des exilés de l\u2019intérieur.Quel rôle attribuerait-on aujourd\u2019hui à un Fernand Du-monf un de nos penseurs les plus vibrants et lumineux?Sa parole ne vaudrait sans doute pas plus que celle de n\u2019importe quel blogueur qui se répand dans les médias sociaux.11 faut vraiment faire preuve de crédulité pour croire que grâce à ces médias chacun écrit l\u2019Histoire.Les internautes ont une capacité de nuisance et de désinformation, certes, mais nullement le pouvoir qui repose sur la connaissance, le jugement et avant tout sur le sens de la responsabilité sociale.En 2012, quelles sont les forces vives de la nation, comme on les désignait jadis?Des jeunes qui échappent aux modes.Des jeunes studieux, affirmés dans leurs convictions, plus ouverts aux autres sans tomber dans le relativisme, des jeunes en quête de modèles et d\u2019inspirateurs, des jeunes, généreux, altruistes et scandalisés de ce monde matériel qui laisse sans autre espoir que la réalité consommable du moment.Ce sont aussi les gens qui refusent de vivre en adhérant à une conception simpliste de la politique, des rapports sociaux, qui doutent des vertus des extrémismes, y compris celles de l\u2019extrême centre, cette position camouflant l\u2019ambiguïté, l\u2019ambivalence et l\u2019incapacité à définir une vision de la société de demain.Ce sont des gens qui assument par leurs choix intellectuels éloignés des sondages de popularité de vivre dans une solitude, inconfortable parfois, douloureuse aussi et dont les idées sont en porte à faux avec le prêt-à-penser.Ils se retrouvent dans tous les secteurs d\u2019activités.En éducation, dans le domaine social, en médecine et en politique où ils ont comme handicap leur malaise devant la partisanerie qui aveugle.Qn en refrouve même dans le monde des affaires, car l\u2019idéal de justice sociale n\u2019est pas absolument incompatible avec la recherche d\u2019une forme de profit.L\u2019année 2012 s\u2019annonce agitée socialemenfi imprévisible économiquement, mais tout aussi fascinante qu\u2019inquiétante.Les dictatures n\u2019échappent plus aux foules en colère, les démocraties sont plongées dans une crise existentielle et à travers la planète se vérifient les aspirations à la liberté, preuve indiscutable de sa valeur universelle.Lq crédulité fait des ravages à n\u2019en point douter.A preuve, les théories du complot alimentées par une surmédiatisation.L\u2019extrémisme religieux progresse, mais paradoxalement provoque une prise de conscience, du Sahara jusqu\u2019à l\u2019iowa.Avant tout, cette période de l\u2019Histoire ni faste ni réjouissante permet aux gens de bonne volonté une réflexion \u2014 qualifions-la d\u2019archéologique \u2014 sur l\u2019être humain, ce qui l\u2019anime, le fait souffrir et le convainc d\u2019espérer malgré tout.denbombardier@videotron.ca L\u2019EQUIPE DU DEVOIR REDACTION Information générale et métropolitaine : Dominique Reny (adjointe au directeur de l\u2019information), Marie-Andrée Chouinard (éditorialiste, responsable de la page Idées), Marco Bélair-Cirino (général), Jeanne Corriveau (affaires municipales, Montréal), Isabelle Porter (affaires municipales, Québec)YeAA&n D&gh.s&(société), Jean Dion (sports), Louis-Gilles Francœur (environnement), Dsa-Marie Gervais (éducation), Pauline Gravel (sciences), Caroline Montpetit (affaires sociales), Brian Myles (justice), Louise-Maude Rioux Soucy et Amélie Daoust-Boisvertf'stïw^éJ ; information politique : Michel Dav\\A(chroniqueur), Hélène Buzzetti et Marie Vastel (correspondantes parlementaires à Ottawa), Antoine Robitaille et Robert Dutrisac (correspondants parlementaires à Québec), Guillaume Bourgault-Côté et Kathleen Lévesque (reporters) ; information culturelle : Michel Bélair (théâtre et cahier Culture), Stéphane BaÜlargeon (médias), Frédérique Doyon et Isabelle Paré (reporters), Odile Tremblay (cinéma), Paul Bennett (pupitre cahiers spéciaux et culturels du week-end), Julie Carpentier (pupitre) ; informationéconomique : Gérard Bérubé (adjoint au directeur de l\u2019information), François Desjardins, Éric Desrosiers et Alexandre Shields^ {reporters), Gérald Dallaire (pupitre) ; information internationale : Serge Truffaut (éditorialiste), Claude Lévesque et Guy 'TaiWeier (reporters) ,j&axi-V\\eTr& Legault (pupitre international, page éditoriale et cahier Perspectives) ; Diane Précourt (responsable des pages thématiques), Emilie Folie-Boivin (pupitre) ; Jacques Grenier et Jacques Nadeau (photographes) ; Michel Garneau (caricaturiste) ; Andréanne Bédard, Michèle Malenfant et Christine Dumazet (correctrices) ; Benoît Munger, Philippe Papineau et Laurence Clavel (pupitre internet), Marie-Pier Frappier et Geneviève Tremblay (commis internet) ; Amélie Gaudreau (secrétaire à la rédaction)-, Karl Rettino-ParazeUi et Sophy Lambert-Racine (commis à la rédaction).DOCUMENTATION Gilles Paré (directeur), Manon Derome (Montréal), Monique Bhérer (Ottawa), Dave Noel (Québec) .PUBOClTE , Jean de Billy, Jennifer Boily-Demers, Jean-François Bossé, Marlène Côté, Stéphanie Déziel, Amel Elimam, Véronique Langlois, Simon Lanoie, Amélie Maltais, Maria M.Motta, Claire Paquet, Chantal Rainville, Isabelle Sanchez, Nadia Sebai (publicitaires), Sylvie Laporte, Martine Bérubé (secrétaire).PRODUCTION Christian Goulet (directeur de production), Olivier Zuida (directeur adjoint), Michel Bernatchez, Danielle Cantara, Richard Des Cormiers, Donald Filion, Yannick Morin, Nathalie Zemaitis.INFORMATIQUE Yanick Martel (administrateur Web)(RaxiseX Matthews (technicien informatique).PROMOTION, DISTRIBUTION ET TIRAGE Maxim-Olivier Leclerc (responsable par intérim service à la clientèle), Nancy Beaulieu, Manon Blanchette, Nathalie Filion, Marie-Lune Houde-Brisebois ; Jean-Robert Divers (responsable promotion).ADMINISTRATION Stéphane Roger (contrôleur), Olena BÜyakova (reponsable des services comptables), Claudette Béliveau (adjointe administrative), Céline Furoy, Ghislaine Lafleur, Claudine Chevrier, Véronique Pagé, Monique Proteau. B 6 LE DEVOIR, LES SAMEDI 7 ET DIMANCHE 8 JANVIER 2012 PHILOSOPHIE LE DEVOIR DE PHILO André Gorz militerait contre les gaz de schiste L\u2019écologie politique préconisée par le philosophe privilégie une critique radicale de notre société et démystifie les récupérations sournoises du mouvement «vert» Deux fois par mois, Le Devoir lance à des passionnés de philosophie, d\u2019histoire et d\u2019histoire des idées le défi de décrypter une question d\u2019actualité à partir des thèses d\u2019un penseiu- marquant JONATHAN DURAND FOLCO Doctorant en philosophie à l\u2019Université Laval, l\u2019auteur étudie les connexions entre l\u2019ontologie sociale, l\u2019écologie politique et l\u2019économie solidaire.a manière dont nous I\tévaluons l\u2019exploitation I\tde nos ressources na- I\tturelles ne serait-elle A ^as le symptôme d\u2019une crise plus profonde nécessitant une critique de notre vision politique de l\u2019écologie?Pour juger de la pertinence d\u2019exploiter les gaz de schiste, le gouvernement Charest a par exemple choisi la méthode de l\u2019évaluation environnementale stratégique (EES).Un comité a été mandaté pour mener cette EES.Dans celui-ci, comme Le Devoir le révélait l\u2019an dernier, «le secteur des affaires et les hauts fonctionnaires qui représentent le gouvernement» détiennent ensemble huit des onze sièges.Ainsi, les écologistes et les autres acteurs de la société civile sont largement sous-représentés, et ce, même si une forte mohilisation citoyenne réclame actuellement un moratoire sur l\u2019exploration et l\u2019exploitation des énergies sales au Québec, le temps de nous réorienter vers un développement Ne sommes-nous pas martelés par le développement durable alors qu\u2019il est généralement utilisé comme outil de marketing social permettant de vendre des marchandises prétendument vertes?énergétique, économique et social alternatif.Mais la question fondamentale demeure la suivante: l\u2019EES représente-t-elle une bonne façon d\u2019envisager et de justifier l\u2019exploitation actuelle des ressources naturelles?Pour répondre à cette question, on peut relire avec profit un article du philosophe et journaliste français André Gorz (1927-2007), cofondateur du journal Le Nouvel Observateur.Dans L\u2019écologie politique entre expertocratie et auto-limitation, Gorz distingue deux approches antagonistes de l\u2019écologie.Le choix entre ces deux tendances est lourd de conséquences, non seulement pour la nature mais surtout pour les générations futures.Expertocratie «La première approche, qui s\u2019appuie sur l\u2019étude scientifique de l\u2019écosystème, cherche à déterminer scientifiquement les techniques et les seuils de pollution écologiquement supportables, c\u2019est-à-dire les conditions et les limites dans lesquelles le développement de la technosphère industrielle peut être poursuivi sans compromettre les capacités autogénératrices de l\u2019écosphère.» Comme André Gorz le soulignera dans Ecologica (2008), cette approche ne rompt pas fondamentalement avec l\u2019idéologie de X«industrialisme» et son hégémonie de la raison instrumentale.Elle limite le pillage des ressources naturelles en lui substituant une gestion rationnelle.11 s\u2019agit d\u2019une approche «envi-ronnementaliste» ou «préserva-tionniste» qui s\u2019inquiète avant tout de ménager la nature (sur le modèle du management).Elle opère par une hétérorégula-tion, c\u2019est-à-dire par la mise en place de normes réglant les individus de l\u2019extérieur.Pour Gorz, «des médias régulateurs tels que le pouvoir administratif et le système des prix sont chargés de canaliser les comportements des consommateurs et les décisions des investisseurs vers un but qu\u2019ils n\u2019auront besoin ni d\u2019approuver ni de comprendre pour le réaliser.» Dans le cas des gaz de schiste, les experts de l\u2019EES se chargeront de produire des prévisions et réglementations sans que les citoyens aient à réfléchir ou à remettre en question le développement global de la société.Une telle prise en compte des contraintes environnementales entraîne donc une extension du pouvoir techno-bureaucratique et de la rationalité économique.«Elle abolit l\u2019autonomie du politique en faveur^ de l\u2019expertocratie, en érigeant l\u2019Etat et les experts en juges des contenus de l\u2019intérêt général et des moyens d\u2019y soumettre les individus.» La société civile est ainsi écrasée par une prise en charge biaisée par les intérêts de l\u2019industrie, la philosophie utilitariste et l\u2019idéologie capitaliste.Écologie politique De son côté, l\u2019écologie politique n\u2019a pas eu à attendre des rapports scientifiques sur les changements climatiques et le pic pétrolier pour critiquer la détérioration du milieu.«La nature dont le mouvement exige la protection, écrit Gorz, n\u2019est pas la Nature des naturalistes ni celle de l\u2019écologie scientifique: c\u2019est fondamentalement le milieu qui paraît naturel parce que ses structures et son fonctionnement sont accessibles à une compréhension intuitive; [.] parce que sa conformation familière permet aux individus de s\u2019y orienter, d\u2019interagir, de communiquer spontanément en vertu d\u2019aptitudes qui n\u2019ont jamais eu à être enseignées formellement» Autrement dit, la culture du quotidien doit résister à la «colonisation du monde vécu» en passant par la valorisation des sa- \\ A quoi serviraient des milliards de dollars à l\u2019État si notre agriculture était rendue impossible en raison d\u2019une contamination induite par des produits chimiques injectés dans le sol?voir-faire intuitifs et vernaculaires; faire son propre pain, jardiner, réparer ses vêtements, garder les enfants de son voisin sont autant de manières de s\u2019émanciper des rapports marchands et administrés.C\u2019est pourquoi les premières manifestations du mouvement écologique, datant du XlXe siècle, s\u2019opposaient à la dépossession du milieu de vie et à la détérioration culturelle causée par l\u2019exploitation industrielle, sans que soit encore en jeu la survie de l\u2019humanité.«Ce milieu était bouleversé, technicisé, bétonné, colonisé pour correspondre aux exigences de la mégamachine industrielle.Celle-ci aliénait aux habitants le peu qu\u2019il leur restait du milieu naturel, les agressait par des nuisances et, plus fondamentalement, confisquait le domaine public au profit d\u2019appareils techniques qui symbolisaient la violation par le capital et par l\u2019Etat du droit des individus à déterminer eux-mêmes leur façon de vivre ensemble, de produire et de consommer.» SOURCE GOOGLE IMAGES Le philosophe et journaliste fran-rais André Gorz (1927-2007), co-fondatexu' du Nouvel Observateur, oppose au «capitalisme vert» xm écosocialisme, également hostile au néolihéralisme et au socialisme autoritaire des modèles soviétique et chinois.CLEMENT ALLARD LE DEVOIR Jonathan Durand Folco: «Pom juger de la pertinence d\u2019exploiter les gaz de schiste, le gouvernement Charest a choisi l\u2019évaluation environnementale statégique.Mais est-ce une bonne façon d\u2019envisager et de justifier l\u2019exploitation actuelle des ressomces naturelles?» pons pour imposer aux industries des limites qui protègent les milieux de vie et l\u2019épanouissement des communautés (option conviviale); ¦ ou bien les limites nécessaires pour absorber les dommages irréversibles causés à l\u2019environnement par des techniques lourdes seront calculées et planifiées par des experts et des institutions centralisées (option techno-autoritaire, voie sur laquelle nous sommes déjà engagés).U autolimitation L\u2019écologie politique opère une critique radicale de notre société en démystifiant les récupérations sournoises du mouvement écologiste.Ne sommes-nous pas martelés par la notion de développement durable alors qu\u2019il est généralement utilisé comme simple outil de marketing social permettant de vendre des marchandises prétendument vertes (éco-blanchiment)?Gorz ne manque pas d\u2019humour lorsqu\u2019il dit: «L\u2019écologie, c\u2019est comme le suffrage universel et le repos du dimanche: dans un premier temps, tous les bourgeois et tous les ; partisans de l\u2019ordre ' vous disent que vous voulez leur ruine, le triomphe de l\u2019anarchie et de l\u2019obscurantisme.Puis, dans un deuxième temps, quand la force des choses et la pression populaire deviennent irrésistibles, on vous accorde ce qu\u2019on vous L\u2019exemple de la filière des gaz de schiste est frappant à cet égard.Bien qu\u2019elle semble procéder d\u2019un choix technique, elle provient plutôt d\u2019une orientation politico-économique: elle prévoit une croissance toujours plus élevée des besoins d\u2019énergie (au lieu de programmes d\u2019efficacité énergétique), privilégie la concentration de techniques lourdes et dangereuses (l\u2019hydrofractura-tion est maintenant interdite en Erance), tout en négligeant l\u2019intérêt des communautés (mépris des citoyens et des municipalités) et les risques évidents pour l\u2019environnement (pollution de l\u2019eau, de l\u2019air et de la terre du bassin agricole du Saint-Laurent).Évidemment, plusieurs s\u2019indignent du colonialisme évident des groupes privés qui s\u2019approprient sans vergogne les ressources naturelles du territoire québécois en ne redonnant que de minuscules redevances et quelques emplois à la population.Mais l\u2019État ne peut régler l\u2019ampleur du problème par la simple instauration de normes environnementales et en demandant un peu plus d\u2019argent aux industries.D\u2019après le philosophe Ivan Illich (1926-2002) \u2014 dont Gorz s\u2019inspire abondamment \u2014, nous sommes schématiquement devant le dilemme suivant: ¦ ou bien nous nous regrou- refusait hier et, fondamentalement, rien ne change.» Ce qui est nécessaire, aux yeux de Gorz, ce n\u2019est pas un réajustement superficiel du système économique mais un changement de mentalité et une réorientation globale de notre civilisation.C\u2019est pourquoi il oppose au «capitalisme vert» un écosocialisme également hostile au néolibéralisme et au socialisme autoritaire des modèles soviétique et chinois.Pour dépasser la religion de la croissance illimitée, nous devons d\u2019abord assurer l\u2019autolimitation, qui est explicitement entravée par la rationalité économique qui exacerbe les besoins en vue d\u2019accroître ses profits.«Le modèle de consommation du capitalisme développé résulte ainsi de l\u2019exigence propre au capital de créer le plus grand nombre possible de besoins et de les satisfaire par le plus grand flux possible de marchandises.La recherche de l\u2019efficacité maximale [.] exige ainsi l\u2019inefficacité maximale dans la couverture des besoins: le gaspillage maximum.» C\u2019est pourquoî Gorz nous exhorte à redéfînîr nos be-soîns, c\u2019est-à-dîre à établîr une norme commune du «suffisant» permettant de lîmîter notre productîon et notre consommation.Cela ne petit être imposé de force par l\u2019État ni laissé au libre choix des consommateurs placés devant des marchandises écoénergétiques.11 faut d\u2019abord sortir de la société de travail qui nous condamne à ne pas produire ce que Ton consomme, à ne pas consommer ce que l\u2019on produit et à ne profiter du temps libre qu\u2019en consommant du divertissement.Cela doit passer par une «politique d\u2019ensemble qui demande aussi qu\u2019on repense l\u2019architecture et l\u2019urbanisme, les équipements et services publics, les rapports ville-campagne, de manière à décloisonner les sphères de vie et d\u2019activité, à favoriser les échanges auto-organisés».Le but est de favoriser l\u2019au-toproduction par la réduction du temps de travail et un revenu suffisant garanti.Les individus pourraient ainsi devenir moins dépendants du marché et de^ prises en charge par .l\u2019État car ils pourraient ré- A pondre à leurs besoins en reconstituant «un tissu de solidarités et de socialité vécues, fait de réseaux d\u2019aide mutuelle, d\u2019échange de services, de coopératives informelles».L\u2019écologie politique préconisée par Gorz permet d\u2019éclairer les enjeux écoénergétiques du Québec.Le 3 octobre, Le Devoir mentionnait que «le premier nistre Jean Charest juge intéressante la proposition de Lucien Bouchard de faire du gouvernement un partenaire financier pour le développement des gaz de schiste.Mais le Québec n\u2019est pas rendu là, a dit M.Charest, qui veut d\u2019abord s\u2019assurer que l\u2019exploitation de la ressource est sécuritaire».En somme, les futures décisions du gouvernement reposeront entièrement sur les conclusions de l\u2019EES, qui se limite pourtant à un calcul coûts-béné-fices, mettant dans un même panier les risques pour la santé et l\u2019environnement ainsi que les profits potentiels pour l\u2019industrie privée et l\u2019État.Qr, cette «expertocratie» ne remet pas en question l\u2019hégémonie de la rationalité économique qui effrite les rapports humains, détruit l\u2019environnement et menace le sort des générations futures au nom du profit qui prescrit des besoins de croissance illusoires.Autrement dit, les mots d\u2019ordre des politiques néolibérales préconisées par M.Charest ne sont pas «justice sociale et écologique», mais «sécurité et croissançe».De plus, l\u2019État ne semble pas à l\u2019écoute de ses milliers citoyens alarmés.Ceux-ci ne s\u2019inquiètent pas de la disparition potentielle de lointaines espèces menacées mais de la dégradation actuelle et illégitime de leur milieu de vie, de leurs conditions d\u2019existence.Une étude de marché?A quoi serviraient des milliards de dollars à l\u2019État si notre agriculture était rendue impossible en raison d\u2019une contamination induite par ces centaines de produits chimiques qui seraient injectés dans le sol?Pourquoi développer des filières énergétiques industrielles (pétrole, gaz et hydroélectricité) alors que nous entrons dans une ère postindustrielle, où chacun pourrait mieux construire sa maison (autoconstruction) ou encore électrifier sa communauté des éoliennes autogérées?Une EES formée par des ingénieurs, des lobbyistes et des fonctionnaires est-elle la bonne façon de favoriser l\u2019économie locale, de donner la parole aux citoyens et d\u2019assurer la souveraineté alimentaire de la population?Eaut-il une étude de marché d\u2019une ou deux années pour sécuriser une telle entreprise ou faudrait-il plutôt faire un examen de conscience collectif sur la manière dont nous devons organiser le monde de demain?Espérons qu\u2019en 2012 se lèvera la critique de X«expertocratie» et le début de l\u2019autolimitation démocratique et conviviale.¦ Des suggestions, des commentaires?Ecrivez à Antoine Ro-bitaiHe: arobitaille@ledevoir.com.Pour lire ou relire les anciens textes du Devoir de philo ou du Devoir d\u2019histoire: www.ledevoir.com/societe/le-devoir-de-philo."]
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