Le devoir, 14 janvier 2012, Cahier B
[" LE DEVOIR, LES SAMEDI 14 ET DIMANCHE 15 JANVIER 2012 IDEES j Un décès, plusieurs causes ' Page B 5 SCIENCES À chaque étoile ses planètes Page B 6 PERSPECTIVES MARK RALSTON AGENCE ERANCE-PRESSE Avec la hausse de la production pétrolière tirée des sables bitumineux de l\u2019Alberta, les raffineries comme celle de Suncor, à Fort McMurray, fonctionneront à plein régime au cours des prochaines années.Mais les pétrolières cherchent aussi des moyens d\u2019exporter leur production, d\u2019où les projets d\u2019oléoduc comme Northern Gateway ou Keystone XL.Elles pourraient aussi opter pour le pipeline qui passe par le Québec.Projet Northern Gateway Un oléoduc nommé colère Il traverse des milieux naturels de grande valeur, mais l\u2019idée de voir du pétrole albertain couler vers les États-Unis en passant par le Québec est de plus en plus plausible Aux yeux du ministre fédéral des Ressources naturelles, Joe Oliver, les groupes environnementaux qui s\u2019opposent à la construction d\u2019un long oléoduc dans l\u2019Ouest canadien ne sont rien de moins que des «radicaux» qui veulent ramener le Canada au «Moyen Âge».Visiblement, le gouvernement conservateur tient à presser le pas pour trouver des débouchés pour le pétrole tiré des sables bitumineux, dont la production doit doubler d\u2019ici 10 ans.Et puisque les projets actuellement sur la table pourraient être retardés pendant des années, il est de plus en plus plausible que l\u2019or noir albertain voyagera plutôt vers l\u2019Est, pour se rendre en sol américain, en passant par le Québec.Le réseau de pipelines pour exporter le pétrole des sables bitumineux Les pétrolières présentes en Alberta comptent sur le projet de pipeline Keystone XL pour exporter leur brut vers les raffineries du sud des États-Unis.Le projet a été stoppé par le gouvernement américain.Cependant, le pétrole pourrait transiter par Montréal en inversant le flux de deux tronçons puis en chargeant le pétrole sur des bateaux.Northern Gateway ALEXANDRE SHIELDS Les mots auraient difficilement pu être plus sévères.Dans une lettre ouverte publiée lundi, le ministre canadien des Ressources naturelles s\u2019est lancé dans une attaque en règle contre ceux qui osent remettre en question le projet Northern Gateway, un oléoduc de plus de 1000 kilomètres entre Edmonton et Kiti-mat, sur la côte de la Colombie-Britannique.Cette nouvelle route de l\u2019or noir permettrait d\u2019exporter du pétrole vers l\u2019Asie à bord de superpétroliers.«Certains groupes environnementaux et radicaux cherchent à nous empêcher de saisir cette occasion de diversifier nos échanges commerciaux.Ils veulent faire obstacle à tout grand projet, quel qu\u2019en soit le coût pour les familles canadiennes en matière de pertes d\u2019emplois et de croissance économique», a plaidé Joe Oliver.Le ministre les a aussi accusés d\u2019utiliser du financement étranger pour «saper les intérêts économiques nationaux du Canada».Une rhétorique reprise directement du lobby en faveur des sables bitumineux EthicalOil.org, et qui ne s\u2019applique pas aux multinationales pétrolières qui ont les yeux rivés sur le pétrole albertain.Reste qu\u2019au-delà des prétentions du ministre, le projet de l\u2019entreprise Enbridge est surtout controversé.Il traverse non seulement des milieux naturels de grande valeur, mais aussi des territoires autochtones reconnus comme tels par les tribunaux.Résultat: plus de 4000 personnes ont demandé à être entendues par la commission mandatée par l\u2019Office national de l\u2019énergie pour en étudier les impacts.Une tactique vicieuse fomentée pour ralentir le processus, a lancé le ministre conservateur.Mais selon l\u2019avocat Stephen Hazell, qui représente souvent des écologistes, Ottawa fait fausse route en accusant les en-vironnementalistes de ralentir le système.En fait, les délais sont le plus souvent dus aux entreprises elles-mêmes, qui sont mal préparées ou qui retardent volontairement le mécanisme pour obtenir des avantages politiques ou financiers, a-t-il dit cette semaine, en citant l\u2019exemple des audiences entourant l\u2019oléoduc de la vallée du fleuve Mackenzie.Le discours du ministre traduit en fait un «sentiment de panique», estime Steven Guil-beault, CQordonnateur général adjoint d\u2019Équiterre.Selon lui, les conservateurs redoutent que des resserrements des normes sur les émissions de gaz à effet de serre du côté américain et en Europe nuisent aux exportations de pétrole tiré des sables bitumineux.Mais il ne s\u2019étonne pas du discours tenu par ce gouvernement Harper désormais majoritaire.«On accuse constamment les écologistes d\u2019être contre le développement, alors que nous sommes contre CE modèle de développement.C\u2019est quand la dernière fois où Stephen Harper a parlé d\u2019énergies renouvelables?» «Je ne me souviens pas d\u2019avoir Fort McMurray Kitimaat Fort McMurray- Sarnia Portia nd-Montréal Flux à inverser Montréal .Sarnia Portland Sarnia- Montréal Flux à inverser Keystone Houston Pipeline existant Pipeline projeté entendu, de la part d\u2019un ministre, un discours aussi hargneux et partisan que celui tenu cette semaine par le ministre Oliver», a poursuivi M.Guilbeault.Selon lui, cette vision «très autoritaire» devrait d\u2019ailleurs déboucher sur un «démantèlement» progressif des mécanismes menant à l\u2019autorisation de projets énergétiques.Le gouvernement fédéral a modifié plusieurs fois le mécanisme d\u2019approbation environnementale au cours des dernières années, principalement pour accélérer les procédures et simplifier le processus.Le ministre Oliver souhaite maintenant raccourcir les audiences publiques afin d\u2019accélérer l\u2019approbation de projets.Exporter par le Québec ?Le gouvernement Harper semble pressé de donner aux multinationales de l\u2019énergie fossile les moyens d\u2019exporter leur production croissante.Il faut dire que le Canada possède les plus importantes ressources pétrolières de la planète après l\u2019Arabie Saoudite.«Uniquement pour les sables bitumineux, les pétrolières comptent faire passer la production de 1,5 million de barils par jour aujourd\u2019hui à 3 millions de barils par jour en 2020», a souligné Jean-Thomas Bernard, professeur au Département de science économique de l\u2019Université d\u2019Ottawa.Le marché américain, qui consomme près du quart de la production mondiale, est évi- demment une cible naturelle.D\u2019où le projet de Keystone XL, un oléoduc qui devrait coûter 7 milliards de dollars et qui permettrait de transporter du pétrole de l\u2019Alberta aux raffineries de Houston, au Texas.Le gouvernement Harper le défend d\u2019ailleurs bec et ongles.Mais le projet fait face à une forte opposition.Au point où le gouvernement américain a repoussé à 2013 une décision concernant l\u2019éventuel octroi d\u2019un permis pour le projet, principalement en raison d\u2019inquiétudes concernant son impact environnemental.Quant au projet de Northern Gateway, il ouvre tout simplement la porte au marché le plus intéressant de la planète: l\u2019Asie.«La demande est plutôt stagnante du côté américain, alors que, si on regarde du côté de pays comme la Chine, la demande est en forte croissance.Dans le contexte où on veut doubler la production des sables bitumineux, c\u2019est un marché que les entreprises souhaitent développer le plus rapidement possible», a fait valoir Jean-Thomas Bernard.Mais aucune décision ne pourra être prise avant au moins un an et demi et des contestations judiciaires pourraient aussi survenir puisque des communautés autochtones qui seraient af fectées s\u2019y opposent.Reste une autre option, «plus simple» selon M.Bernard, et qui permettrait de transporter le pétrole brut de l\u2019Ouest canadien vers Porüand, dans le Maine, en passant par le Québec.De là, il pourrait être transbordé à bord de navires pouç être raffiné dans le sud des États-Unis.Il faudrait alors le faire voyager par l\u2019oléoduc qui passe par Sarnia, dans le sud de l\u2019Ontario, avant de le diriger vers Montréal, puis enfin vers Portland.Cette option impliquerait d\u2019utiliser l\u2019oléoduc qui part de Montréal et qui traverse le sud du Québec, en passant par Dunham.Tous les tronçons nécessaires existent déjà.Ce projet est connu sous le nom de Trailbreaker.Suncor \u2014 propriétaire de la seule raffinerie montréalaise et gros joueur dans l\u2019exploitation des sables bitumineux \u2014 a fait valoir en juin dernier qu\u2019elle aimerait un jour faire couler son pétrole de l\u2019ouest vers l\u2019est du Canada.Il faudrait pour cela inverser le flux dans le pipeline qui relie Sarnia à Montréal.En-bridge, qui en est propriétaire, a d\u2019ailleurs déposé une demande afin d\u2019inverser une section du pipeline en sol ontarien.Autorisation Suncor est également l\u2019unique utilisateur de l\u2019oléoduc qui amène du brut de Porüand à Montréal.Montréal Pipe-Lines, qui gère ce tronçon, est présentement devant la Cour du Québec afin d\u2019obtenir l\u2019autorisation de construire une station de pompage à Dunham, ce qui permettrait de faire couler le pétrole brut de Montréal vers Porüand.L\u2019idée de voir du pétroje albertain couler vers les États-Unis en passant par le Québec n\u2019a donc rien de farfelu.Jean-Thomas Bernard et Steven Guilbeault esüment même que ce projet pourrait se concrétiser avant les oléoducs Keystone et Northern Gateway.«Oui, il y aura de l\u2019opposition, mais je crois que le projet a de bonnes chances de se réaliser, parce que les infrastructures sont déjà construites.Avec des ajustements mineurs, on pourrait le concrétiser», a soutenu M.Bernard.«Le projet de transport vers l\u2019Est est celui qui a le plus de chances de se réaliser, a affirmé lui aussi M.Guilbeault.Mais ça ne veut pas dire qu\u2019il n\u2019y a pas d\u2019enjeux environnementaux.On parle d\u2019utiliser un oléoduc qui est âgé; il faudra augmenter la pression dans le tuyau pour transporter le pétrole des sables bitumineux, sans oublier qu\u2019il faut inverser le flux.Je trouve ça inquiétant, surtout que tout cela se passe alors que le gouvernement fédéral a commencé un travail de démantèlement des outils de consultations publiques sur de tels enjeux.Et je pense qu\u2019ils vont aller encore plus loin au cours des prochaines années.» Le Devoir B 2 LE DEVOIR, LES SAMEDI 14 ET DIMANCHE 15 JANVIER 2012 PERSPECTIVES DES IDEES EN L\u2019ERE L\u2019esprit de lord Dufferin Antoine Robitaille Je pense beaucoup à lord Dufferin ces temps-ci.Bon, vous riez.Attendez, c\u2019est plutôt à pleurer.Tous les jours, à Québec, je me rends à pied sur la colline parlementaire.Sur pion chemin, je dois longer le chantier de «L\u2019Etoile».Un gros truc: près de 300 copropriétés, sur Grande-Allée.L\u2019enveloppe extérieure du nouvel immeuble est presque complétée.Neuf étages de banalité compassée, gracieuseté d\u2019un architecte, Pierre Martin.Belle idée que celle de promouvoir la densification urbaine.C\u2019est ce qui rend possible le développement des rues commerçantes vivantes.Et ça relègue les bqgnoles au rang de nuisance.Bravo.Mais L\u2019Etoile a un côté noir: pour la construire, il a fallu démolir la superbe chapelle des Eranciscaines, grande comme une église et qui datait de 1898.Les promoteurs.Première classe et Ogesco, ont décidé de garder la partie avant, le monastère, qui donne sur Grande-Allée.Mais au lieu de l\u2019intégrer à l\u2019édifice qu\u2019ils voulaient construire, ils l\u2019ont totalement isolée.Le pauvre bout d\u2019édifice a l\u2019air d\u2019un homme-tronc.Ogesco l\u2019a dépouillé de ses trois clochetons argentés, qui gisent sur le sol à côté de cette portion d\u2019immeuble négligée, aux fenêtres ouvertes aux quatre vents.Des sources proches de la Commission d\u2019urbanisme disent que le véritable but des promoteurs, à terme, est de raser cette vieille chose, ce qui donnerait plus de lumière aux condominiums neufs.On connaît la chanson: «C\u2019est vétuste, trpp dégradé, il n\u2019y, a plus rien à faire avec ça.» A deux pas de «L\u2019Etoile», un autre promoteur a acheté l\u2019église Saint-Cœur-de-Marie \u2014 où Alfred Hitchkock et Robert Lepage ont tourné des scènes respectivement de I Confess et du Confessionnal \u2014 afin d\u2019ériger une tour de condos de 25 étages.11 n\u2019a pas encore obtenu les permis.Le lien avec lord Dufferin?Devenu gouverneur du Canada en 1872, il en était venu à appuyer ceux qui militaient contre la démolition des fortifications de Québec.La ville était alors dirigée par une bourgeoisie à l\u2019esprit moderniste cherchant à «en finir avec les vieux murs», note le géographe Rémi Guertin dans La capitale sans ville (Trois-Pistoles, 2011).La position de Dufferin a convaincu les élites de changer leur fusil d\u2019épaule.Si un grand Britannique disait que les remparts désuets pouvaient avoir de la valeur, il fallait le croire! Certes, les petites portes d\u2019origine, dans les fortifications, furent démolies, puis élargies et reconstruites selon l\u2019inspiration du «gothic revival», nouveau à Québec.Cela conduira à la création du «style château» \u2014 mélange d\u2019un passé fantasmé et d\u2019une inspiration nouvelle \u2014 devenu caractéristique à Québec (Château Erontenac, gare du Palais, etc.).Dans sa thèse.Rémi Guertin développe une théorie intéressante sur le geste de Dufferin.11 parle d\u2019un «piège paysager» et critique une vision conçue pour le tourisme anglo-saxon.Peut-être.11 demeure que le Québec qui enchante, qui inspire, qui attire, encore aujourd\u2019hui, a pour racine un geste fort de conservation, celui de Dufferin.Qu peut en dire autant d\u2019un autre, celui de lord Grey, qui eut l\u2019intelligence, quelques décennies plus tard, d\u2019aménager les plaines d\u2019Abraham.Contrairement à ces lords, le maire de Québec d\u2019aujourd\u2019hui, Régis Labeaume, ne s\u2019émeut guère des démolitions récentes sur Grande-Allée.Lorsque je l\u2019ai interrogé sur cette question en 2009, il m\u2019a répondu qu\u2019il fallait construire le «patrimoine de l\u2019avenir».Belle pirouette.Je me demande toutefois si les millions en argent public dépensés actuellement pour le hockey et les festivals \u2014 on casse notre tirelire publique pour faire venir des vedettes rock aux fortunes déjà colossales \u2014 ne seraient pas mieux investis, au moins en partie, dans plusieurs gestes à la Dufferin: conserver, restaurer, extrapoler, enjoliver.Nos vieilles églises, par exemple, le mériteraient.Bon, vous riez encore! Pourtant, je suis très sérieux, comme un lord.Changeons de sujet alors: le Parti québécois proposera à la fin du mois, en conseil national spécial, de «changer la politique».Vote libre, référendum d\u2019initiative populaire.Chambre des régions, abaissement de l\u2019âge légal pour voter à 16 ans, étude d\u2019un système électoral uninominal à deux tours, vote des étudiants, etc.Les mesures et nouveaux mécanismes proposés sont légion.Mais en lisant la lettre de Pauline Marois sur la démission de Prançois Rebello hier, dans laquelle elle s\u2019inquiète d\u2019un affaissement moral de la classe politique, accuse son ancien député de lui avoir menti, je me suis questionné sur l\u2019utilité de chambarder nos institutions, comme le PQ \u2014 paniqué par sa situation \u2014 propose de le faire.Car enfin, si les tares sont morales, il sera difficile d\u2019en sortir sans agir sur le plan moral.11 sera difficile de changer les choses uniquement par le droit.Alexandre Soljénitsyne avait sur ces sujets une réflexion extrêmement riche.11 écrivait par exemple que, lorsqu\u2019ils sont «nobles, les gens rendent tolérable tout système politique de bon aloi; aigris et sauvagement égoïstes, ils rendent invivable même la démocratie la plus débordante.S\u2019il n\u2019y a à l\u2019intérieur des gens ni justice, ni honnêteté, cela se manifestera sous n\u2019importe quel régime».arobitaille@ledevoir.corn À l\u2019entrée du métro Bonaventure le vendredi 6 janvier Mort de l\u2019itinérant Farshad Mohammadi JACQUES NADEAU LE DEVOIR Quand la police ne confirme à pen près rien Avec ou sans preuve, une batterie d\u2019experts en affaires policières (souvent d\u2019ex-policiers) se sont rués dans les médias pour justifier l\u2019intervention BRIAN MYLES Plus ça change, plus c\u2019est pareil.Une semaine après la mort de Parshad Mohammadi sous les balles de la police de Montréal, les informations circulent au compte-gouttes sur l\u2019enquête menée par la Sûreté du Québec (SQ).Qfficiellement, on ne sait toujours pas combien de coups de feu ont été tirés, ni avec quel type de couteau Mohammadi a assailli un patrouilleiu- du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), ni la nature exacte des blessmes subies par l\u2019agent.Qu ne sait pas non plus à quelle distance et dans quelle position se trouvait l\u2019homme avant d\u2019être abattu, ni le traitement réservé aux policiers impliqués.A la décharge de la SQ, l\u2019enquête est encore jeune; toutes ces questions devront inévitablement trouver une réponse.mais celle-ci sera-t-elle seulement communiquée au public?Dans l\u2019immédiat, la police ne confirme à peu près rien.11 faut se fier aux comptes rendus des médias, le plus souvent à partir de sources anonjmes et de témoins, poru se faire une idée de la réalité.Les faits rapportés dans les médias sont relativement simples.Parshad Mohammadi, un homme aux prises avec de graves problèmes de santé mentale, a attaqué un policier avec un couteau de précision (de tj^e X-Acto) à la station de métro Bonaventure, le 6 janvier dernier.Sorud aux ordres qui lui étaient donnés (il refusait de s\u2019immobiliser et de s\u2019étendre au sol), il a été abattu de trois coups de feu.Porce excessive ou légitime défense?Avec ou sans preuve, une batterie d\u2019experts en affaires policières (souvent d\u2019ex-policiers) se sont rués dans les médias poru justifier l\u2019intervention.Un cas clair, net et précis d\u2019emploi justifié de la force létale, afin de protéger la vie des policiers et des voyagerus dans le métro.L\u2019ex-policier Michel Qligny est même allé jusqu\u2019à parler de «force excessive justifiée» dans un texte d\u2019opiition paru dans La Presse.Une force excessive et justifiée.Jolie trouvaille poru défendre les policiers coûte que coûte.Critiques justifiées 11 n\u2019y a donc rien de sruprenant à ce que la société civile se méfie de l\u2019enquête de la SQ.La Ligue des droits et libertés, le Réseau d\u2019aide arrx personnes seules et itinérantes de Montréal (RAPSIM) et le maire de l\u2019arrondissement de Mercier-Hochelaga-Maisonneuve, Réal Ménard, ont déjà demandé la tenue d\u2019une enquête impartiale.Selon le critique de Vision Montréal en matière de sécurité publique, les enquêtes de la police sur la police doivent cesser.«L\u2019apparence d\u2019impartialité peut difficilement être maintenue lorsque des policiers enquêjtent sur d\u2019autres policiers», estime M.Ménard.À l\u2019instar de la Ligue et du RAPSIM, M.Ménard revient à la charge et demande la création d\u2019un Bureau des enquêtes spéciales, dans l\u2019esprit du rapport de la Protectrice du citoyen.Le ministre de la Sécurité publique, Robert Dutil, a plutôt opté en décembre dernier pour une réforme-diète, en vertu de laquelle les policiers seront toujours responsables d\u2019enquêter sur leurs pairs.Des civils pourront tout au plus les accompagner dans leur travail, sans rencontrer les témoins ni leur poser de questions.Ils seront les yeux et les oreilles de la population dans ces enquêtes.tout en restant muets.Puisque la loi n\u2019est pas encore en vigueur, les anciennes règles s\u2019appliquent, et les verts enquêtent maintenant sru les bleus, à l\u2019abri des regards indiscrets.Si le passé est garant de l\u2019avenir, il ne ressortira rien de l\u2019enquête.Depuis 1999, 339 incidents où des citoyens ont été tués ou blessés gravement par des policiers en devoir (tous services confondus) ont fait l\u2019objet d\u2019enquêtes dites indépendantes.Des accusations criminelles ont été portées dans trois affaires seulement.L\u2019«affaire Mohammadi» n\u2019en sera pas une, principalement en raison de la double présence de la maladie mentale et d\u2019un couteau, une arme d\u2019autant plus assassine qu\u2019elle se trouvait entre les mains d\u2019un dérangé résolu à s\u2019en servir.Le couteau inspire une peru bleue aux policiers, et poru cause.En cas d\u2019attaque, ils risquent une fois sru derrx d\u2019y laisser leru peau.C\u2019est pourquoi on leur enseigne à garder une distance sécuritaire (environ 3,5 mètres).Si Mohammadi posait bel et bien une menace poru la vie des policiers (ce qui semble vraiment avoir été le cas) et qu\u2019il refusait d\u2019obéir aux ordres, alors l\u2019usage de la force mortelle sera fort probablement cautionné par l\u2019enquête de la SQ.Former les policiers La mort de Earshad Mohammadi n\u2019est pas sans rappeler celle de Mario Hamel, le 7 juin dentier.11 souffrait lui aussi de problèmes psychiatriques, et il était en crise lorsque sa route a croisé celle des policiers du SPVM.Incapables de le raisoimer, ils l\u2019ont abattu, tuant au passage un travailleiu de l\u2019hôpital Saint-Luc, Patrick Limoges, qui avait eu le malheiu de se trouver en arrière-plan.Deux tragédies similaires survenues en un laps de temps aussi court ne peuvent revendiquer le statut de cas isolés.Certes, les sans-abri montréalais sont en proie à une détresse qui dépasse l\u2019entendement.La responsable du développement social et communautaire au sein de l\u2019ad-miitistration Tremblay parle à juste titre d\u2019un «signal d\u2019alarme» et réclame l\u2019ajout de ressources.Mais il y a plus que détresse et désarroi dans ces histoires.Et si les policiers pouvaient réapprendre à utiliser les armes intermédiaires, telles que le bâton télescopique?Et s\u2019ils pouvaient désamorcer les crises au lieu de se faire prendre au jeu de l\u2019escalade?Pendant que l\u2019enquête de la SQ suit son corus et que les différents ordres de gouvernement se renvoient la balle sur la responsabilité de l\u2019itinérance au centre-ville, le SPVM doit tirer des leçons immédiates de ces deux tragédies de trop.En ce moment, un policier sur cinq a reçu la formation de base (7,5 heures) sur l\u2019intervention en santé mentale.Les policiers ne connaissent pas toujours l\u2019étendue des services et les stratégies d\u2019intervention à leur disposition.Et, ils sont avides de parfaire leurs connaissances.A preuve, plus d\u2019une centaine de policiers ont pris part à la dernière conférence annuelle organisée conjointement par la Eondation des maladies mentales et le SPVM, en octobre dernier.Tant qu\u2019on ne donnera pas une formation accrue aux policiers et tant que le monde de la santé et le monde policier ne se rejoindront pas, la tragédie guettera Montréal au prochain coin de rue.Le Devoir Attentats au Nigeria Abou Qaba, le visage inconnu de Boko Haram MARIA MALAGARDIS Il s\u2019appelle Abou Qaba et personne a priori ne connaît son visage.Mais depuis Noël, son nom apparaît régulîèrement pour revendiquer, souvent avec un certain enthousiasme, les attaques commises par la secte Boko Haram depuis plusieurs semaines au Nigeria.Mercredi, trois attentats à la bombe sont venus concrétiser la menace exprimée par Abou Qaba.Le porte-parole de la secte avait ce jour-là voulu marquer le début de la nouvelle année en donnant 72 hqures aux chrétiens pour quitter le nord du pays.A l\u2019expiration de l\u2019ultimatum, les villes de Maiduguri et de Damaturu furent la cible de ce groupe aussi invisible que son porte-parole.Mais qui se cache réellement derrière Boko Haram, dont le nom, plutôt éloquent, signifie en haoussa «l\u2019éducation occidentale est un péché»?Même les autorités, semble-t-il, l\u2019ignorent Quand le président Goodluck Jonathan, après avoir lon^mps minimisé les menaces de ces fondamentalistes, a cherché à entamer le dialogue, il n\u2019a pas su où trouver d\u2019interlocuteurs.Boko Haram semble se fondre dans le nord musulman du pays, revendiquant l\u2019application stricte de la charia et une opposition aussi farouche que confuse à la culture occidentale, comme au pouvoir central.Pourtant en novembre, des affrontements sanglants avaient opposé à Kano, la plus grande ville du nord du pays, des militants de Boko Haram, bien visibles cette fois, aux forces de l\u2019ordre.Qn connaît également la filiation de ce groupe avec les «talibans nigérians» qui avaient sévi dans le pays après 2001.Le mouvement lui-même aurait été créé en 2002 et s\u2019est fait surtout connaître après 2006 sous la houlette d\u2019un prédicateur.Mohammed Youssouf, qui meurt lors d\u2019une garde à vue dans un poste de police trois ans plus tard.Les autorités pensent en avoir fini avec ce groupuscule intégriste.En réalité, elles contribuent à le souder autour de la figure d\u2019un martyr.Ses membres s\u2019exilent alors dans les pays voisins, au Niger et au Tchad, où ils auraient noué des contacts avec al-Qaïda, puis reviennent au Nigeria en 2010, entamant peu après une campagne de violences, mais sans leaders officiels, ni d\u2019autres projets que celui d\u2019imposer la loi islamique (déjà en vigueur dans douze Etats du Nord) à l\u2019ensemble du pays.Vers une guerre religieuse?Depuis, ils frappent en secret, multipliant les attentats et faisant craindre que le géant de l\u2019Afrique de l\u2019Quest ne sombre dans une guerre religieuse.Le jour de Noël, trois bombes feront ainsi 42 victimes.«Par la grâce de Dieu, nous sommes responsables de toutes ces attaques!», jubile aussitôt le communiqué d\u2019Abou Qaba.Six mois plus tôt, un autre attentat visait cette fois-ci le siège des Nations unies dans la capitale, Abuja.Au total, les actions terroristes de Boko Harma auraient fait plus de 500 victimes en 2011, dans up pays où le superlatif est souvent de rigueur.Etat le plus peuplé d\u2019Afrique (avec 160 millions d\u2019habitants, ce qui signifie qu\u2019un Africain sur trois est nigérian), divisé traditionnellement entre un Nord à dominance musulmane et un Sud chrétien, le Nigeria est un pays très riche, premier producteur de pétrole d\u2019Afrique, mais dévasté par une misère endémique.Les vagues de violences y sont récurrentes et se greffent souvent sur des prétextes identitaires.En s\u2019en prenant aux chrétiens, la secte risque ainsi de réveiller de vieux démons dans un pays dont l\u2019histofre est jalonnée d\u2019affrontements interconfessionnels.La situation est d\u2019autant plus volatile que de nombreux chrétiens vivent dans le Nord.Dans le Sud également, la guerre sainte de Boko Haram a suscité des réactions belliqueuses.Une montée des tensions qui a contraint le président à réagir.Le week-end du Nouyel An, il a imposé l\u2019état d\u2019urgence dans plusieurs Etats du Nord et fermé les frontières septentrionales du pays.Mais la répression souvent aveugle des forces de l\u2019ordre, qui ont du mal à identifier un ennemi invisible, risque aussi d\u2019aliéner les populations misérables du Nord, déjà hostiles à un pouvoir central incarné par un président sudiste.C\u2019est peut-être là l\u2019une des clés du malaise: élu en avril, Goodluck Jonathan a rompu le deal qui depuis le retour de Ja démocratie imposait l\u2019aljernan-ce enfre chef d\u2019Etat du Nord puis chef d\u2019Etat du Sud.A la faveur du décès fulgurant d\u2019un épl^émère président nordiste, ce sont deux chefe de l\u2019Etat sudiste qui se sont succédé pour la première fois, remettant en cause le fragile équilibre régional des pouvoirs.L\u2019entrée en scène de Boko Haram au moment où s\u2019imposait cette situation inédite tient-elle du hasard?En novembre, les services secrets nigérians accusaient des politiciens du Nord de financer la secte et de vouloir profiter du chaos suscité par les revendications de ces mystérieux fondamentalistes.Libération LE DEVOIR, LES SAMEDI 14 ET DIMANCHE 15 JANVIER 2012 B 3 PERSPECTIVES L\u2019économie iranienne à bout de souffle FLORENCE BEAUGE \\ A la veille de nouvelles sanctions occidentales contre la République islamique, accusée de vouloir se doter d\u2019un arsenal nucléaire, la situation économique et surtout monétaire se dégrade en Iran.Au cours de ces trois dernières semaines, la monnaie nationale, le rial, a perdu 30 % de sa valeur par rapport au dollar, en dépit des efforts de la banque centrale iranieime.La raison semble surtout être d\u2019ordre psychologique.«Les 200 millions de dollars injectés sur le marché n\u2019ont pas donné de résultats et le rial a poursuivi sa chute.Les gens sont inquiets pour l\u2019avenir.C\u2019est pourquoi ils se ruent sur le dollar», note Mo-hammad-Reza Djalili, professeur honoraire à l\u2019Institut des hautes études internationales et du développement, à Genève.Au cours officiel, le dollar s\u2019échange à quelque 14 000 riais, mais sur le marché informel, il dépasse les 17 000 riais.«Ceux qui ont accès au dollar officiel sont ceux qui sont proches du pouvoir.Ils le revendent au marché noir.Une nouvelle forme de corruption est ainsi apparue et elle grandit», ajoute M.Djalili.Le 23 janvier, l\u2019Union européeime (UE) devrait annoncer un embargo sur le pétrole iranien.Si les recettes de la République islamique provieiment pour 80 % de l\u2019or noir, l\u2019UE ne dépend que pour 18 % du pétrole iranien.La Erance n\u2019achète à Téhéran que 5 % de ses importations.La Grèce, l\u2019Espagne et l\u2019Italie, elles, importent d\u2019Iran 15 % de leurs besoins.11 faudra environ sk mois pour que cet embargo soit effectif, le temps que ces trois pays puissent se retourner.Quel sera l\u2019effet de cet embargo?C\u2019est toute la question, la grande majorité de l\u2019or noir iranien étant achetée par l\u2019Asie.La Chine est le premier client de l\u2019Iran, suivie du Japon, de l\u2019Inde et de la Corée du Sud.Le Japon vient de céder aux pressions américaines et a annoncé, le 12 janvier, qu\u2019il s\u2019engageait à réduire ses importations de brut iranien (soit 10 % de ses besoins).La population très touchée Presque aussitôt, la Chine a fait savoir qu\u2019elle restait décidée à se fournir en pétrole iranien.Pékin pourrait augmenter ses achats de brut à l\u2019Iran.De son côté, Téhéran pourrait choisir de brader son pétrole, prévoient les experts.Sur place, en Iran, les sanctions internationales touchent pour l\u2019instant davantage la population que le régime.Les biens de consommation et d\u2019équipement sont encore disponibles sur le marché, mais à des prix exorbitants, et l\u2019inflation est galopante (de l\u2019ordre de 20 %).Le taux de chômage est officiellement de 10 %, mais les spécialistes l\u2019évaluent au moins au double, et même à 25 % au moins chez les jeunes, particulièrement chez les diplômés.Pas d\u2019indication officielle siu le taux de croissance, mais on estime qu\u2019en 2011 il aura toiuné autour de 2 %.«Les gens ne sont cependant pas prêts à descendre dans la rue.Ils souffrent, mais ils ont pris l\u2019habitude d\u2019endurer et de tenir bon, depuis trente ans que leur pays est soumis à des sanctions», relève Thierry Coville, chercheur à l\u2019Institut des relations internationales et stratégiques (IRIS), à Paris.La solidarité familiale reste forte, de même que l\u2019aide apportée par les réseaux religieux.Pour Thierry Coville, la classe moyenne est celle qui souffre le plus, tandis que les plus démunis bénéficient d\u2019aides mieux ciblées qu\u2019autrefois de la part du pouvoir, en particulier depuis que l\u2019énergie et le pain ont cessé d\u2019être subventionnés.Dans l\u2019immédiat, le régime ne paraît pas être aux abois.Les réserves en devises sont encore importantes: Téhéran dispose d\u2019un an d\u2019importations PARICK BAZ AGENCE ERANCE-PRESSE Au soukh de Téhéran : « Les gens sont inquiets pour i\u2019avenir.» ALTA KENARE AGENCE ERANCE-PRESSE Manifestation contre ie «Grand Satan» américain à Téhéran et son endettement extérieur est faible.Le principal problème est celui des transactions financières.En raison des sanctions, les banques internationales se refrisent à traiter avec leurs homologues iraniennes, ce qui paralyse les opérations commerciales.La Grande-Brqtagne a coupé tous les ponts avec Téhéran.Les Etats-Unis veulent empêcher la banque centrale iranienne d\u2019être opérationnelle.Ils ont annoncé à plusieurs reprises qu\u2019ils gèleraient les avoirs de toute institution financière étrangère qui commercerait avec elle.Pour se fournir sur le marché international ou se faire payer ses livraisons de pétrole, l\u2019Iran passe par des banques turques ou pratique le troc.La Chine déverse ainsi sur les étals iraniens quantité de produits bas de gamme pour régler une partie de ses factures pétrolières.Le régime iranien finira-t-il par plier?La Erance veut y croire.«Notre stratégie est celle de la double approche: dialogue et sanctions», dit-on au Quai d\u2019Orsay.Si Mohammad-Reza Djalili n\u2019exclut pas que cette stratégie puisse, à terme, faire céder Téhéran, Thierry CoviUe est plus sceptique.«L\u2019objectif des Occidentaux n\u2019est pas très clair.Derrière la question du nucléaire se cache un non-dit: faire tomber le régime, analyse-t-il.Or il n\u2019y a pas d\u2019exemple historique d\u2019embargo économique qui ait réussi.» Le Monde libération de prisonniers politiques Grandes effusions birmanes ARNAUD VAULERIN Rangoun \u2014 Des cris, des fleurs, des applaudissements et une joyeuse cohue sous un ciel lourd.Le sinistre complexe pénitencier d\u2019In-sein, au nord de Rangoun, a rarement été le lieu des grandes effusions en Birmanie.Pourtant, devant cette immense prison bâtie en étoile, des centaines de personnes se sont massées hier poiu accueillir, comme dans le reste du pays, la libération de centaines de détenus, dont de très nombreux prisonniers politiques.D\u2019ordinaire très présente, la police semblait invisible et a laissé faire quand la foule a envahi la route, bloquant la circulation pour faire un passage dans la poussière aux libérés du jour.Cheveux gris et teint pâle.Tin Min Htut est l\u2019un d\u2019eux.Dans sa chemise bleue et blanche, il flotte, comme en suspension, encore dans cet entre-deux, entre la geôle et l\u2019air libre.Ce docteur de 59, ans vient de passer trois ans et demi à Insein.A cause d\u2019une lettre, et surtout à cause de son appartenance à la Ligue nationale pour la démocratie de l\u2019opposante Aung San Suu Kyi.Après le passage du cyclone Nargis qui a tué au moins 140 000 personnes en Birmanie, il avait écrit au secrétaire général des Nations unies.Ban Ki-moon, pour demander l\u2019aide de l\u2019QNU.Les militaires n\u2019ont guère apprécié l\u2019initiative.Il a été arrêté le 12 août 2008, puis condamné à 15 ans de prison.Il précise n\u2019avoir «jamais été torturé».Battu, pas d\u2019eau, pas de nourriture Ce n\u2019est pas le cas de Nyi Nyi Aung.La police l\u2019a arrêté il y a trois ans à Rangoun.«Pendant trois jours, ils n\u2019ont pas arrêté de me poser des questions.Ils m\u2019ont empêché de dormir, me privant d\u2019eau et de nourriture.Puis, ils m\u2019ont battu avant de m\u2019envoyer à Insein.» Il a appris qu\u2019il était poursuivi pour sa participation à «une organisation politique illégale.Act No.6», selon la novlangue judiciaire de la junte.Et condamné à sept ans de prison.Ce jeune homme frêle de 27 ans avait eu le tort d\u2019être membre de la peu redoutable association étudiante Burma National Integration to Democracy.Tee-shirt rouge et bermuda, un sac en plastique pour seule valise, arrive Aung San Thein.Il est tombé pour le même motif.Qriginaire de la région d\u2019Arakane, à l\u2019ouest du pays, il dit avoir été «enlevé dans la rue» en 2009, «battu pendant quatre jours» parce que membre du Congrès de la jeunesse étudiante arakanaise, puis condamné à six ans de prison.Il repart dans sa région pour reprendre son «combat pour les droits de la personne».Le portail de la prison s\u2019ouvre et se referme.La rue ne désemplit pas.Les rares portables aujourd\u2019hui autorisés en Birmanie sonnent sans arrêt ce vendredi matin devant l\u2019enceinte d\u2019Insein.Les informations fusent.Jeunes, anciens détenus, vieux militants, tous dressent les listes des recalés et des libérés.L\u2019amnistie du président Thein Sein concernerait au moins 651 personnes, selon l\u2019annonce officielle.Elle est d\u2019ampleur, mais incomplète.Des centaines de dissidents sont restés derrière les barreaux, selon l\u2019Association birmane pour l\u2019assistance aux prisonniers politiques.Au moins 400 autres ont été libérés dans tout le pays pour participer à «la construction de la nation», selon les autorités.Jamais depuis l\u2019autodissolution de la junte en mars et l\u2019arrivée du gouvernement «civil», le régime n\u2019avait élargi autant de détenus politiques.Jamais, non plus, il n\u2019avait relâché en une seule fois autant de grandes figures de la vie intellectuelle et politique du pays.T Très célèbre en Birmanie, le leader de la révolte étudiante écrasée dans le sang en 1988, Min Ko Naing a par exemple recouvré la liberté dans le nord du pays.Il avait été condamné à 65 ans de prison en 2007.Même sort pour ses amis de la Génération 88, Ko Ko Gyi et Nilar Thein; le moine U Shin Gambira, l\u2019im des meneurs de la révolution des bonzes en 2007; KhunTun Go, président réputé de la Ligue pour la démocratie des nationalités shan, condamné à 93 ans de prison en 2005 pour trahison.Et même chose pour les reporters de la Democratic Voice of Burma, des blogueurs, des membres des minorités ethniques.Signe que la Birmanie est décidément en phase de transition, même le clan militaire a bénéfi- cié de cette amnistie.Assigné à résidence depuis 2004, l\u2019ex-premier ministre et ancien chef des services de renseignement Khin Njmnt a assisté au départ des policiers qui le gardaient à Rangoun.Des agents des services de renseignement auraient également retrouvé l\u2019air libre.Cette décision s\u2019inscrit dans la longue liste d\u2019annonces d\u2019ouverture et de réformes politiques entreprises depuis dk mois par le régime.La nuit pendant des décennies La Birmanie du président Thein Sein prend chaque semaine un peu plus ses distances d\u2019avec la junte paranoïaque du généralissime Than Shwe.Mais des gestes concrets restent à faire pour obtenir la levée des sanctions internationales.«Nous avons vécu dans la nuit pendant des décennies, commentait vendredi soir un chef d\u2019entreprise birman, il faut maintenant que tous les prisonniers politiques soient libérés pour que les sanctions soient levées.» La Birmanie a connu une série de changements sans vraiment de précédents depuis vingt ans.Même les prisonniers politiques s\u2019en sont rendu compte dans leur cellule d\u2019isolement.«A partir des élections de novembre 2010, la nourriture, l\u2019accès aux médicaments et les conditions de détention se sont améliorés, se souvient Khaing Kyaw Moi, un jeune Arakanais tout sourire vendredi à Insein.Nous avons même eu droit à la visite de nos avocats.Les pressions internationales ont porté.» Vendredi soir, après l\u2019annonce des libérations, la secrétaire d\u2019Étaf américaine, Hillary Clinton, indiquait que les Etats-Unis étaient désormais prêts à procéder à un échange d\u2019ambassadeurs avec la Birmanie.Mais tous les prisoimiers confirment que l\u2019assouplissement relatif n\u2019a pas profité aux prisonniers de droits communs.Les récits de brimades, de travaux forcés, de passage à tabac, de discrimination ethnique, de prostitution qu\u2019ils font de leur passage dans les geôles birmanes témoignent d\u2019un «enfer», selon le souvenir encore à vif d\u2019un jeune détenu.Libération Le son du glas Michel David n quittant Le Devoir hier midi, Bernard Drainville a expliqué qu\u2019il voulait avoir la conscience tranquille si le pire devait arriver au PQ.Il aura au moins fait son possible pour l\u2019empêcher.Au départ, le député de Marie-Victorin s\u2019était invité à notre table éditoriale pour expliciter les propositions de renouveau démocratique qui seront soumises au conseil national de la fin du mois, mais l\u2019entrevue a rapidement pris une tournure plus dramatique.Dans l\u2019état actuel des choses, le PQ pourrait carrément disparaître si des élections étaient déclenchées à brève échéance, a-t-il lancé.S\u2019il a pu espérer en décembre que l\u2019hémorragie des sk derniers mois avait enfin été jugulée, la défection de Prançois Rebello lui a démontré que rien n\u2019était réglé.Accorder une telle entrevue dans les circonstances actuelles était un exercice périlleux pour M.Drainville, que tout le monde voit comme un candidat potentiel à la succession de Pauline Marois.Inévitablement, on y verra la confirmation de ses ambitions, sinon une tentative de déstabilisation.Il en était évidemment conscient, comme en témoignent les longs silences et les soupirs dont ses réponses étaient entrecoupées.Mme Marois est-elle encore en mesure de refaire l\u2019unité?«.Je le pense.Disons que le temps presse.Il faut que Mme Marois retrouve rapidement la confiance des Québécois.» Aucun chef de parti ne peut se satisfaire d\u2019un appui aussi hésitant.La première chose à faire est de ramener au bercail les quatre démissionnaires de juin dernier, dit-il.Gr, à l\u2019exception de Louise Beaudoin, ils ont tous indiqué d\u2019une manière ou d\u2019une autre qu\u2019ils n\u2019avaient plus confiance en Mme Marois.Si le message souverainiste ne passe pas, c\u2019est qu\u2019il n\u2019est pas livré avec suffisamment de passion, croit encore M.Drainville.Le blâme à l\u2019endroit de la chef péquiste est à peine voilé.Bien sûr, elle croit profondément dans la souveraineté, mais on ne sent pas ses tripes.Tout le contraire du député de Marie-Victorin, à qui l\u2019émotion vient facilement.Déjà, il avait sérieusement irrité Mme Marois et sa garde rapprochée l\u2019été dernier quand il avait présenté ses propositions de renouveau démocratique sans en réserver la primeur au caucus.Il semble maintenant déterminé à bousculer l\u2019ordre du jour du conseil national pour qu\u2019il débatte ouvertement d\u2019une éventuelle alliance des forces souverainistes et progressistes, en commençant par Québec solidaire, qui n\u2019est présentement discutée qu\u2019en catimini.L\u2019automne dernier, son collègue de Ver-chères, Stéphane Bergeron, s\u2019était fait rabrouer par certains de ses collègues pour avoir participé à une activité de QS.Craignant une nouvelle pomme de discorde, Mme Marois elle-même ne souhaitait pas que le conseil national soit saisi de la question, mais M.Drainville estime que cela ne peut plus attendre, même s\u2019il reconnaît que l\u2019idée ne fait pas l\u2019unanimité au sein du parti.Les Cassandre ne sont pas plus populaires que les Brutus, mais l\u2019inquiétude qui tenaille M.Drainville est tout à fait justifiée.Le PQ ne serait pas le premier parti politique de l\u2019histoire du Québec à disparaître, mais cela pourrait bien être fatal au projet souverainiste.L\u2019idée ne mourrait pas nécessairement, mais une idée privée de véhicule n\u2019a qu\u2019une vie végétative.Il a également raison de dire que, sans la menace même lointaine de la souveraineté, le rapport de force déjà très affaibli du Québec face à Gttawa serait réduit à néant, ce qui éliminerait aussi tout espoir de renouvellement du fédéralisme.Sans parler de la situation du français, qui s\u2019est détériorée chaque fois que la souveraineté a connu un creux de vague.Avec sa sortie virulente contre Erançois Rebello, Mme Marois espérait peut-être offrir un exutoire à la colère des militants péquistes.Ainsi, le PQ pourrait ajouter à ses propositions de renouveau démocratique l\u2019obligation pour un transfuge de se soumettre au test d\u2019une élection partielle.M.Drainville est venu rappeler que la défection du député de Laprairie, si révoltante qu\u2019elle puisse être, est simplement un épiphénomène qui ne doit pas masquer le mal beaucoup plus grave dont souffre le PQ, malgré le diagnostic remarquablement optimiste que Mme Marois faisait dans ses entrevues d\u2019hier.Le «cahier d\u2019animation» destiné aux délégués au conseil national contient sans doute des propositions intéressantes, mais elles ne régleront rien dans l\u2019immédiat.D\u2019ailleurs, il s\u2019agit presque d\u2019un copier-coller du «cahier de parti-çipation» qui avait été préparé en prévision des Etats généraux sur la réforme des institutions démocratiques en 2003.Tout a déjà été examiné: le référendum d\u2019initiative populaire, la réforme du mode de scrutin, la Chambre des régions, le droit de vote à 16 ans, etc.Eaut-il vraiment refaire l\u2019exercice?Il y a 25 ans, Jacques Parkeau avait joué au prophète de malheur à la veille d\u2019un conseil national crucial pour Pierre Marc Johnson.S\u2019il ne retournait pas de toute urgence à ses racines, le PQ allait tout simplement disparaître.Ses déclarations avaient eu l\u2019effet d\u2019un véritable électrochoc et sonné le glas pour M.Johnson.Certes, Bernard Drainville n\u2019est pas Jacques Parizeau et il y est allé plus délicatement, mais ses propos étaient aussi lourds de sens.mdavid@ledevoir.corn B 4 LE DEVOIR LES SAMEDI 14 ET DIMANCHE 15 JANVIER 2012 EDITORIAL Parti québécois Minuit moins cinq La crise au Parti québécois n\u2019est pas résolue.Après une accalmie de quelques semaines, elle est entrée dans une nouvelle phase.Après la démission du député François Rebello mardi, voilà que Bernard Drainville, qui a pourtant choisi de demeurer au sein du caucus péquiste quoi qu\u2019il arrive, ose dire publiquement son inquiétude quant à l\u2019avenir de son parti et à la capacité de Pauline Marois d\u2019en faire l\u2019unité.c l \\\t\"X.! Bernard Descôteaux es huit derniers mois, Pauline Marois a montré une résilience exceptionnelle face à la contestation.Elle a résisté à toutes les attaques, à tous les appels à sa démission, à toutes les invitations à revoir sa politique de gouvernance souverainiste.Sa seule concession aura été d\u2019engager le parti dans une réflexion sur le thème du renouveau démocratique, qui sera le sujet principal d\u2019une discussion à la prochaine réunion du conseil national du Parti québécois.Tout va-t-il aussi bien que le croit madame Marois, qui, dans une entrevue au journaliste Benoît Dutrizac, dormait hier en exemple le financement réussi du parti, qui compte par ailleurs quelque 100 000 membres?Non, car des militants continuent de décrocher tandis que des députés réfléchissent à leur avenir.Certains pourraient imiter François Rebello et passer à l\u2019ennemi.Le syndrome Flora MacDonald^ la guette toujours.Elle pourrait se réveiller pour constater, trop tard, que son parti s\u2019est décomposé, ce qui est d\u2019ailleurs l\u2019impression qu\u2019ont bien des électeurs qui le manifestent ~ dans leurs réponses aux maisons de sondage.On n\u2019attendra pas de Pauline Marois qu\u2019elle .\tavoue candidement que son parti s\u2019en va à vau- ^\t^ l\u2019eau, mais c\u2019est un peu ce qu\u2019a reconnu Ber- I\t« nard Drainville hier lors de son passage au ¦\\\tDevoir.Un regard lucide s\u2019impose.Electorale- ment, le parti est menacé de catastrophe s\u2019il ne réussit pas à refaire son unité.Rapidement, car le prochain scrutin est pour très bientôt.Aux yeux du député de Marie-Victorin, il n\u2019y a qu\u2019une voie possible, celle de l\u2019unité des militants péquistes et, plus largement, de tous les souverainistes.Il a raison.Il est urgent de réaliser cette unité.Pour prendre une image, il n\u2019est plus minuit moins quart, mais plutôt minuit moins cinq.Pour que l\u2019unité se fasse, il faut que certaines conditions soient réunies.De la part des militants, il faut d\u2019abord sortir du déni de la catastrophe qui se dessine.Les débats idéologiques autour de la démarche vers la souveraineté sont l\u2019une des sources du mal dont le Parti québécois est frappé.Il engendre un effet de répulsion des électeurs, dont certains refusent toujours de se rendre compte de la profondeur.De la part de la chef, il s\u2019agit maintenant de faire preuve d\u2019ouverture.Le leadership de Pauline Marois ces derniers mois s\u2019est manifesté de façon défensive.Elle a cherché à protéger son poste et à écarter les menaces à son autorité, suspendant à l\u2019occasion des députés du caucus.Il doit maintenant être offensif et chercher à reconstruire.Il lui faut jeter des ponts.Il n\u2019y a pas de raison pour que madame Marois n\u2019aille pas rechercher une Louise Beaudoin ou un Pierre Curzi.De la même façon, elle se doit de tendre la main aux autres groupes souverainistes.On n\u2019imaginera pas qu\u2019il soit possible de coaliser tous ces groupes autour du Parti québécois avant les élections, mais il y a des convergences toutes naturelles à établir.A cet égard, Pauline Marois doit convenir que l\u2019avenir de son parti est plus important que son avenir persoimel.1.Flora MacDonald, candidate au leadership conservateur en 1976, avait été abandonnée dès le premier tour par ses partisans en dépit de toutes leurs promesses d\u2019appui.Commotions cérébrales Les maux invisibles être humain, cette bête fascinante, est ainsi fait qu\u2019il veut voir pour croire.Apercevoir le plâtre entourant le tibia cassé de l\u2019athlète lui suffit pour comprendre le drame du sportif blessé mettant sur pause son ascension vers la gloire.Les maux de la tête ont beau hypothéquer le futur des joueurs, s\u2019ils sont invisibles, notre premier réflexe tend à nous transformer en incrédules: une commotion cérébrale?Où ça?La lutte contre les préjugés tenaces sur la dépression démontre bien jusqu\u2019à quel point les dérèglements du cerveau sont encore largement perçus comme des «faiblesses» mal contenues; le silence sur ce sujet contribue à taire un phénomène pourtant très répandu.Et tout cela, chez des adultes! Dans la cour des jeunes, on peut imaginer sans mal les flammèches que provoque le mariage de l\u2019univers du sport, encore teinté de machisme, à la flamme adolescente, produisant de jeunes esprits orgueilleux dans de jeunes corps piaffants.Une commotion, moi?Où ça?Le dossier que publie Le Devoir aujourd\u2019hui transpose le débat sur les commotions dans la sphère jeunesse.S\u2019attarder à la relève est nécessaire.Les coups portés à leur tête encore en formation sont autant de menaces assénées à l\u2019avenir des jeunes.«Un esprit sain dans un corps sain» suppose bel et bien que les matières grise et blanche soient intactes! Ils sont des milliers au Québec à évoluer dans des clubs de hockey, à faire la herté des parents dans les estrades au soccer ou au football, à conjuguer aussi sport et études dans des programmes scolaires.Outre le plaisir de jouer, ils sont animés en mode apprenti par la même fougue que leurs idoles du milieu professionnel.Avec, en plus, cette pensée magique qui les rend invincibles et \u2014 parfois \u2014 un brin écervelés.Une commotion, moi?Jamais! Il est rassurant de constater, à la lumière de ce dossier, que le remue-méninges qui agite le sport professioimel et envoie les Sidney Crosby et consorts au repos, le temps qu\u2019ils se refassent une tête, a des effets jusque chez les jeunes athlètes.Dans les arènes professionnelles, c\u2019est un véritable bouleversement qui a eu beu depuis que la science et les joueurs eux-mêmes ont sonné l\u2019alarme.Fort heureusement, elle est révolue cette époque où on offrait des aspirines aux commotionnés avant de les retourner s\u2019échiner sur l\u2019aire de jeux.On a même vu des experts sportifs se raviser: ils avaient d\u2019abord banabsé l\u2019hypermédiatisation des commotions; ils en ont ensuite souligné les effets pervers, car invisibles et méconnus, surtout lorsqu\u2019elles surviennent à répétition.Les jeunes, déjà encbns eux-mêmes à la banabsation et à la fanfaronnade, ne serait-ce que pour retourner le plus vite possible au jeu, ont droit eux aussi à cette dibgence.Elle doit venir des adultes qui les encadrent et les entraînent.Ceux-là ne peuvent pas, à la lumière de tout ce que la science nous a déjà appris, succomber à la banabsation.Une commotion, lui, ebe?Peut-être.machouinard@ledevoir.corn L Marie-Andrée Chouinard LE DEVOIR FONDÉ PAR HENRI BOURASSA LE 10 JANVIER 1910.FAIS CE QUE DOIS ! Directeur BERNARD DESCÔTEAUX Rédactrice en chef JOSÉE BOILEAU Vice-présidente, finances et administration CATHERINE LABERGE Directeur de l\u2019information ROLAND-YVES CARIGNAN Directeurs adjoints de l\u2019information PIERRE BEAULIEU, LOUIS LAPIERRE, JEAN-ERANÇOIS NADEAU, PAUL CAUCHON Directeur artistique CHRISTIAN TIFEET Directeur, ventes publicitaires JOSÉ CRISTOEARO CrtfFl, UN PûiîlC M'EfFLfùRE.je MON CV f \u2022TO Le ridicule fédéral Le directeur parlementabe du budget fédéral vient d\u2019annoncer que la contribution financière d\u2019Ottawa dans le réseau de la santé va grandement diminuer au cours des prochaines années, ce qui permettra à l\u2019appareü fédéral de «stabiliser sa santé fiscale pour l\u2019avenir».Cette situation n\u2019est rien de moins que ridicule, car elle permet à cet ordre de gouvernement de diminuer ses dépenses en maintenant ses revenus, et ce, tout en prétendant prendre ses responsabilités alors que les besoins demeurent aussi urgents.En effet, ce sont les provinces qui devront payer.La suite est connue: le fédéral va diminuer sa dette et les provbices vont augmenter la leur.De sorte qu\u2019un rapport de force s\u2019exercera à l\u2019avantage du premier.Ce pécule fédéral amassé sur le dos des provbices (car c\u2019est bien de cela qu\u2019ü s\u2019agit) lui permettra d\u2019engager des dépenses prétendument «nécessabes», comme celles œuvrant à la «monarchisation» dp nos institutions et à la mbitarisation de l\u2019État.Sans doute faut-il comprendre que la santé est moins importante (pourtant, la plupart des vœux pour la nouvebe année semblent bidiquer le contrabe).Et sans doute LETTRES qu\u2019ici l\u2019expression de «fédérabsme asymétrique» prend tout son sens: le fédéral prend, avec désbivolture, la liberté de laisser les provinces gérer les «vrais problèmes».Il y a vrabnent quelque chose de ridicule au royaume fédéral.Laurent Jodoin Montréal, le 13 janvier 2012 Quelle démocratie?Je connais un pays qui se prétend démocratique.Les politiques de ce pays permettent qu\u2019un parti soit porté au pouvob même si la majorité des électeurs n\u2019a pas voté pour lui.Dans ce pays, ü existe un Sénat, sorte de «chambre de réflexion», qui a le pouvob de revob et d\u2019approuver ou non les projets de loi proposés par les élus; pourtant, les membres de ce Sénat n\u2019ont aucunement été élus par le peuple.Dans ce pays, il est permis également que le gouvernement décide d\u2019adopter des projets de loi par la force, soit en bâillonnant les partis d\u2019opposition qui ne peuvent alors aucunement en débattre en Chambre., Le chef d\u2019État de ce pays n\u2019a jamais été élu par le peuple; c\u2019est ainsi depuis plusieurs générations, voire plusieurs siècles.S\u2019agit-il ici de rÉg5q)te?.de la Sjrie?.de la Corée du Nord?.de tout autre pays gouverné par un dictateur?Ne cherchez pas si loin puisqu\u2019il s\u2019agit du Canada.Oui, vous avez bien lu: le Canada! Alors ne parlez plus de démocratie canadienne.Jacques Sideleau Montréal, le 10 janvier 2012 Je suis marié.ou pas?En tant que résident permanent du Canada, je suis directement concerné par les nouvelles communiquées jeudi par le Globe and Mail: «Despite legal about-face, Harper has \u201cno intention\u201d of reopening same-sex marriage.» Mon époux et moi habitions en France en 2004 et nous sommes venus à Vancouver pour nous marier, boniquement pour sécuriser notre statut légal futur.Bien que nous n\u2019avions aucune intention de nous installer au Canada à ce moment-là, nous nous sommes bistabés à Montréal en 2008.Alors maintenant, je me demande si je suis toujours marié ou pas.William Raillant-Clark Montréal, le 12 janvier 2012 REVUE DE PRESSE Dérapage autour d\u2019un pipeline Manon Cornellier Le gouvernement Harper ne s\u2019est pas fait que des amis avec ses sorties virulentes contre les groupes écologistes qui s\u2019opposent au projet d\u2019oléoduc Northern Gateway, d\u2019Enbridge.Michael Harris, d\u2019iPobtics, est cinglant.Selon lui, cet épisode n\u2019en est qu\u2019un de plus dans cet effort de Stephen Harper pour rendre nobe démocratie sourde aux bruits qui lui déplaisent.Les groupes envbonne-mentaux «ne sont pas traités différemment de l\u2019opposition, des chiens de garde indépendants, des fonctionnaires, des scientifiques courageux, des syndicats, des fermiers partisans de la Commission canadienne du blé ou de ces agaçants journalistes».Harris bouve toutefois que Harper n\u2019a jamais bappé aussi bas que dans ce dossier du pipeline, en peignant les groupes écologistes comme des radicaux financés par des intérêts ébangers, lui qui ne désapprouve pas les appuis ébangers, bnanciers ou pobtiques, pour le même projet.Le journaliste rappelle que ce pébole est destbié à la Chbie, un pays au bilan désolant en matière de droits de la personne.«Le pétrole est-il toujours éthique quand il est vendu à un pays [.] qui écrase les Tibétains, massacre des protestataires étudiants et soutient le régime nord-coréen?», demande Harris.Comme plusieurs, le chroniqueur estime que le gouvernement ne cherche ainsi qu\u2019à fabe diversion et éviter un débat sérieux sur les mérites de cet oléoduc.Avec sa dernière manœuvre, dit Harris, le gouvernement ne fait que jeter un doute sur une commission qui, il le sait, ne peut que permettre l\u2019expression d\u2019opinions qu\u2019il refuse d\u2019entendre et souhaiterait étouffer.Jeffrey Simpson, du Globe and Mail, parle lui aussi d\u2019une «diversion hypocrite».Que des Américains se mêlent d\u2019un dossier environnemental canadien n\u2019est pas une première, rappelle-t-il.Les Canadiens, y compris les enbeprises pétrolières et le gouvernement conservateur, ne se gênent pas eux non plus, comme on l\u2019a vu dans le dossier du projet d\u2019oléoduc Keystone XL.«Ces \u201cradicaux\u201d [c\u2019est-à-dbe ces Canadiens défenseurs à tout prix des enbeprises] et ces \u2018fonds étrangers\u201d [Ibe: dollars canadiens] sont intervenus directement dans le processus réglementaire et politique américain comme le font souvent des intérêts \u201cétrangers\u201d qui sont à la recherche d\u2019avantages économiques.» Entendre maintenant le premier minisbe et son minisbe des Ressources naturelles, Joe Qliver, se plaindre de la réciproque est un peu fort, dit Simpson.Le processus d\u2019évaluation est peut-êbe bop long, mais l\u2019opposition à l\u2019oléoduc est avant tout canadienne.L\u2019Qfbce national de l\u2019énergie va bnb par approuver le projet, il le fait toujours, mais pas avant d\u2019avob tenu quelques années d\u2019audiences.Et il y aura sûrement des recours devant les tribunaux de la part des autochtones, ce qui retardera davantage le projet, s\u2019il bnb par vob le jour, prédit le chroniqueur.Parodie Thomas Walkom, du Toronto Star, parle d\u2019une «parodie préoccupante».Parodie parce que l\u2019indusbie pébolière est dominée par des intérêts ébangers, les mêmes qui poussent pour cet oléoduc abn de desservir leurs projets d\u2019exploitation des sables bitumineux.Toutes ont d\u2019ailleurs demandé le statut d\u2019intervenants lors de ces audiences.Walkom trouverait cela drôle si ce n\u2019était pas un premier minisbe et un ministre qui parlaient.«Harper et son ministre [.] ont délibérément recours à des demi-vérités et des faussetés pour tenter de façon grossière de calomnier leurs critiques environnementaux.» L\u2019équipe éditoriale du Globe and Mail es-bme pour sa part que, peu importe ce que l\u2019on pense du projet d\u2019oléoduc, le processus d\u2019examen doit suivre son cours sans interférence pobbque.Les attaques du premier minisbe et du minisbe Qliver sont exagérées et le Globe se demande quelle mouche les a piqués.Après tout, le minisbe se mon-bait plus modéré et cbconspect en octobre en enbevue au Globe.Sa peur de voir le processus pris en otage par quelques groupes est sans fondement.En fait, c\u2019est plutôt l\u2019incapacité de certaines personnes de se fabe entendre qui poserait un véritable risque en provoquant des recours judiciabes supplémentabes.Faux arguments Le National Post et SunMedia ont pour leur part défendu le droit du gouvernement de fabe connaîbe sa position en faveur de l\u2019oléoduc et de la défendre avec vigueur.Bien que le Post n\u2019approuve pas tous les arguments utilisés par les conservateurs, il estime que «le gouvernement a le droit, le devoir même, de se battre pour les priorités politiques qu\u2019il croit dans l\u2019intérêt national».Mais il devrait cesser de porter des attaques «qui lui donnent des allures xénophobes» et se concenber sur une présen-tabon clabe de sa posibon.Les Canadiens, dit le Post, sont capables de faire la part des choses.L\u2019Edmonton Journal pense qu\u2019il est temps que les conservateurs abandoiment leur habitude de déni^er leurs critiques.«En attaquant la légitimité et la crédibilité de leurs opposants au lieu de débattre avec maturité et politesse, le gouvernement a indiqué sa préférence avant même que la commission indépendante n\u2019ait eu le temps d\u2019écouter un seul témoin.Pire, le gouvernement a miné sa propre crédibilité en étant incohérent, sinon hypocrite, au sujet de la participation étrangère dans ce débat» mcornellier@ledevoir.corn LE DEVOIR, LES SAMEDI 14 ET DIMANCHE 15 JANVIER 2012 B 5 IDBES L\u2019itinérance est un probième, mais ii n\u2019est pas causé par ies sans-abri eux-mêmes.Mort de Farshad Mohammadi Un décès, plusieurs causes?JACQUES NADEAU LE DEVOIR ANNE-MARIE GALLANT Infirmière en santé mentale et membre de Solidarité sans frontières ROBYN MAYNARD Auteure, travailleuse communautaire impliquée dans plusieurs groupes contre la violence policière et le profilage racial, et membre de la campagne Personne n\u2019est illégal SAMIR SHAHEEN-HUSSAIN Pédiatre, militant pour la justice sociale et membre de la campagne Personne n\u2019est illégal arshad Mohammadi a été tué le 6 janvier par un policier du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), qui a tiré sur lui à plusieurs reprises dans une station de métro achalandée.Mohammadi, un sans-abri, se serait abrité dans le métro et aurait blessé un policier qui intervenait auprès de lui.Trois balles ont ensuite été tirées sur lui.Cette mort brutale a précipité une avalanche d\u2019appels quant à la nécessité d\u2019augmenter le bnan-cement des programmes offerts aux personnes sans domicile fixe et ayant des problèmes de santé mentale.Les itinérants, avec ou sans problèmes de santé mentale, sont criminabsés et emprisonnés beaucoup plus souvent que le reste de la population.Les services qui leur sont destinés sont sous-financés ou tout simplement inexistants, alors que paradoxalement le financement gouvernemental destiné à soutenir les services carcéraux en croissance explose.Toutefois, d\u2019autres réalités systémiques ont joué un rôle dans la mort de Moham-madi et doivent être explorées afin de comprendre ce qui s\u2019est passé et, surtout, prévenir de telles morts dans le futur.Climat de mépris Un problème fondamental se cachant derrière la mort de Farshad Mohammadi est le profilage social fait par le SPVM, notamment dans le métro.Les agents de police harcèlent les personnes qui y cherchent refuge ou y dorment.Cela crée un climat de ressentiment et de mépris vis-à-vis de la police au sein des communautés marginalisées.Les circonstances dans lesquelles Mohammadi aurait blessé un agent de police avant d\u2019être abattu demeurent floues.On peut quand même se demander pourquoi la police a jugé nécessaire d\u2019intervenir auprès de Mohammadi dans un premier temps, alors que des témoins ont rapporté qu\u2019il ne dérangeait personne.Un deuxième problème, en lien avec le premier, est celui de la violence et de l\u2019impunité des policiers.Depuis 1987, plus de 80 personnes sont mortes au cours d\u2019interventions menées par des policiers à Montréal, y compris les morts controversées d\u2019Anthony Griffin, Jean-Pierre Lizotte, Qui-lem Registre, Fredy Villanueva efi l\u2019été dernier, Mario Hamel et Patrick Limoges, parmi d\u2019autres.Pourquoi une force meurtrière a-t-elle été utilisée pour intervenir auprès de ces individus, parmi lesquels plusieurs étaient sans abri ou racisés?Au Québec, entre 1999 et le 30 juin 2011, il y a eu 339 enquêtes portant sur des interventions pob-cières ayant mené à des blessures graves ou à la mort.Des accusations criminelles ont été portées contre des agents à seulement trois reprises, et au moins deux des trois procès ont donné beu à des acquittements! Cette impunité s\u2019explique largement par le lait que les forces pobcières sont appe-lées à enquêter les unes sur les autres.Par exemple, c\u2019est la Sûreté du Québec (SQ) qui mène l\u2019enquête sur la mort de Mohammadi.Cette culture de l\u2019bnpunité favorise l\u2019usage d\u2019une force démesurée pouvant entraîner la mort chaque fois que les pobders se sentent menacés.Migrants à risque Par ableurs, la précarité associée au statut d\u2019bn-migration est un problème criant dans notre système et contribue à la margbiabsation des migrants.Plus précisémenfi Farshad Mohammadi était la victime du système de «double pebie», une pobtique draconienne qui découle de la Loi sur l\u2019immigration et la protection des réfugiés.Cette pobtique stipule que les résidents permanents peuvent être déclarés «inadmissibles», se voir retirer leur statut et risquer l\u2019expulsion si on leur attribue le quabficatif nébuleux de «grande criminalité».Les migrants qui n\u2019ont pas obtenu la citoyenneté canadienne font face à une situation révoltante: emprisonnement ET expulsion, pour le même crime.Les migrants pauvres et racisés sont donc par ticubèrement à risque, étant donné que le profilage racial et le profilage social sont très présents à Montréal.Mohammadi, un réfugié iranien parrabié par le gouvernement canadien, avait reçu la résidence permanente en 2006.11 a été reconnu coupable d\u2019entrée par effraction et condamné à un jour de prison en 2009.Plus tôt cette année, Mohammadi a été déclaré «inadmissible» à cause de sa condamnation, même s\u2019b a purgé sa peine.Arash Banakar, l\u2019avocat s\u2019étant occupé de son dossier d\u2019immigration, croyait que l\u2019ordre d\u2019expulsion aurait pu être mfirmé pour plusieurs raisons, dont le fait que l\u2019acte crimbiel de Mohammadi ne comportait pas de violence envers un bidividu et qu\u2019ü a donné beu à une sentence minimale.Malgré cela, selon Banakar, Mohammadi aurait été dans un «état de panique extrême» dû à la cramte d\u2019ête renvoyé en Iran \u2014 un état causé par les lois canadiennes en immigration.Nous pouvons seulement bnagbier l\u2019état d\u2019esprit dans lequel ü se trouvait au moment de l\u2019intervention pobcière.Pauvreté structurelle Les réabtés de la vie dans la rue, et les problèmes de santé mentale qui peuvent les accompagner, ont bien évidemment joué un rôle dans la mort de Mohammadi.L\u2019itinérance est un problème, mais il n\u2019est pas causé par les sans-abri eux-mêmes.Le problème, c\u2019est que notre société fonctionne avec une économie qui permet et encourage, l\u2019accumulation asymétrique de richesses: la pauvreté devient structurelle, elle ne survient pas par hasard.Quelques personnes sont riches parce que plusieurs autres sont pauvres.C\u2019est ainsi que les conditions qui créent l\u2019itinérance et favorisent les maladies mentales peuvent exister.Les conséquences qui en découlent ne devraient pas être vues comme unç surprise.A la lumière de la mort de Farshad Mohammadi, on ne peut ignorer l\u2019existence d\u2019injustices flagrantes: l\u2019itinérance, les détentions et les expulsions, le profilage et la criminabsation des communautés marginabsées, la violence et l\u2019bnpunité pobcière.Tout cela doit prendre fin.Dans une entrevue pubbée récemment, une personne se présentant comme un ami proche de Mohammadi a déclaré que ce dernier espérait déménager à Qttawa pour commencer une nouvebe vie: malgré toutes les épreuves qu\u2019ü a endurées, ü espérait encore avok un meüleur avenir.Peut-être que l\u2019bonie la plus cbiglante dans le cas de Mohammadi est qu\u2019ü a fui l\u2019Iran pour éviter la persécution et la mort?11 a plutôt connu les deux ici au Canada, un pays qui proclame être une société juste et libre.Juste et bbre pour qui?Certabiement pas pour les gens comme Farshad Mohammadi.Défection de François Rebello Mauvais choix de député, pas de parti ERANÇOIS CORRIVEAU Ex-président de l\u2019exécutif du PQ dans le comté de La Prairie onsieur RebeUo, c\u2019est avec consternation que nous avons appris par les médias votre défection du Parti québécois pour rejobidre la Coabtion aveiür Québec (CAQ).Cette décision a donné beu à tous les quabficatifs dans les journaux, à la radio et à la télévision: tricheur, traître, déserteur, carriériste, transfuge, vhe-capoL opportuniste, etc.Le verdict populate est clab: les électeurs sont désabusés du peu de respect des pobticiens à leur égard.En 2008, vous êtes personneüement venu nous rencontrer en nous bnplorant d\u2019appuyer votre candidature à l\u2019investiture du Parti québécois pour le M comté de La Prabie.Votre éloquente profession de foi envers la souverabieté nous avait convabicus.Aujourd\u2019hui, nous nous sentons trahis par la nouvebe abégeance concoctée à l\u2019bisu des membres de notre parti, qui vous soutenaient de manière assidue.En décembre dernier, vous avez lait la promotion de la souverabieté du Québec et affirmé solennebe-ment votre fidébté à notre chef Mme Paubne Ma-rois devant plus de trente personnes réunies à mon domicbe.De plus, les jours précédant Noël, accompagné d\u2019une bénévole, vous avez participé au renouvellement de cartes de membre pour le Parti québécois.Trois semabies plus tard, vous avez perdu toutes vos convictions profondes de plusieurs années, vous avez trahi notre parti, vos cobègues députés et vos électeurs, en changeant d\u2019aüégeance pobtique.En toute honnêteté envers vous-même, dès mainte- nanfi vous devriez démissionner de votre poste de député, car les électeurs du comté de La Prabie n\u2019ont pas voté pour que vous les représentiez au nom de la CAQ.Voulob leur bnposer vobe nouvelle abégeance, c\u2019est fabe bisulte à leur bitebigence et mépriser tout le système pobtique du Québec.M.Rebebo, lorsque nous avons voté pour vous à la dernière élection provinciale, vous nous avez bien caché vos réebes bitentions: le pouvob à tout prix au-delà des convictions et du respect des personnes.Les quabficatifs précédemment mentionnés, figurant dans les médias, vont vous suivre pour longtemps.Vous avez pris une mauvaise décision en changeant de parti, nous avons fait un mauvais chok en vous ébsant comme député dans nobe comté.Ren-dez-nous et rendez-vous service: retournez chez vous, sur le Plateau, à Monbéal.Signe des temps i] Denise ^ Bombardier A Z, Il existe des nouvelles qui ne font pas la manchette mais qui en disent long sur l\u2019esprit contemporain.Ainsi, l\u2019on apprenait cette semaine que l\u2019Association des thanatologues du Québec, de fait les entreprises en pompes funèbres, souhaitait des modifications au Code de la route leur permettant d\u2019installer sur leurs véhicules des feux sbohoscopiques.La raison en est simple.Dans les villes, les automobilistes ne respectent plus les convois funèbres.Impatientés, ils s\u2019insèrent dans les convois, doublant les voitures des endeuillés, et ils klaxonnent même derrière les corbillards afin de les doubler.Bref, les cortèges funèbres sont aux yeux des urbains au volant des nuisances à la bonne circulation routière.Précisons que les entrepreneurs en pompes funèbres ne constatent pas ce phénomène dans les villages de quelques milliers d\u2019habitants oû tout le monde se connaît et oû le respect dû aux morts perdure encore.Cette nouvelle est mortifère, si l\u2019on me permet le jeu de mots.Elle met en lumière une aggravation de l\u2019incivilité déjà répandue dans nos sociétés et elle éclabe aussi l\u2019évolution de nobe rapport à la mort.Un lecteur du Devoir a commenté la nouvelle en rigolant sur le fait qu\u2019arriver plus tôt ou plus tard au cimetière ne changeait rien puisque la personne était morte.Cette réaction stupide masque une réalité plus dérangeante.Dans un monde obsédé par le mythe de l\u2019éternelle jeunesse oû des chercheurs de science-fiction nous promettent l\u2019éternité, mourir est une obscénité.Qn en veut pour preuve les demandes de plus en plus béquentes des vivants exigeant des funérailles expéditives lorsqu\u2019ils n\u2019expriment pas leur volonté de partir sans aucune cérémonie.Une personne âgée de mon entourage réclamait récemment, façon sans doute d\u2019exprimer l\u2019angoisse qui l\u2019habite face à sa fin inéluctable dans peu d\u2019années, qu\u2019on la dépose dans une boîte faite de quabe planches de contreplaqué et qu\u2019on la brûle dans l\u2019heure qui suivra sa mort.Cette personne née entre les deux guerres et maniant l\u2019humour noir avec la véhémence de son tempérament a certainement été élevée dans les valeurs de son époque, alors que la mort était revêtue d\u2019une solennité dont le moins que l\u2019on puisse dbe est qu\u2019elle se perd.Et avec elle, une altération de la dignité sans laquelle l\u2019êbe humain perd de son humanité.La volonté manifeste d\u2019abolir toute solennité dans les activités humaines et particulièrement dans les rites de passage ne devrait réjoub personne.Au contraire, l\u2019on devrait s\u2019inquiéter de cebe déconsbuction de la sacralisation sans laquelle l\u2019homme est réduit à l\u2019état animal.Qr, l\u2019on est entré sans trop s\u2019en rendre compte dans une ère oû les gens moquent les expressions multiples de la politesse comme autant de conformismes sociaux.La familiarité de comportement comme de langage impose sa loi.Le moi de la culture individualiste récure la délicatesse dans les relations, empêche toute compassion, annule toute empathie.Les tenants du «Je m\u2019en fous des morts» que ne rebutent pas les expressions artistiques oû le corps ou les restes humains sont utilisés comme matière de création, les cendres humaines chez le peintre québécois Marc Séguin ou des cadavres exposés selon une technique de plastini-sation chez l\u2019Allemand Gunther von Hagens, conbihuent à ce mouvement souterraüi de bana-üsation de l\u2019homme efi ultimemenfi de la vie.Le respect des cadavres inscrit dans nos lois \u2014 faut-il le rappeler \u2014, le respect des rites de passage sont des valeurs sans lesquelles la vie devient insignifiante au sens littéral du terme.Ceux qui exigent pour eux-mêmes de disparaître sans cérémonie aucune tiennent-ils compte de ceux qui leur survivent?11 y avait une sagesse dans cette période d\u2019exposition du cadavre oû les proches, soutenus par les amis et les connaissances, apprivoisent l\u2019idée de la perte d\u2019un êbe cher.De nos jours, chacun l\u2019a dans sa vie expérimenté, les gens n\u2019ont plus la patience de supporter longtemps le malheur des aubes, même de ceux qu\u2019ils aiment.Faire le deuil est un long processus qui ne correspond plus au rythme actuel.La lenteur des convois funèbres qui provoque les klaxons et l\u2019irritabilité des vivants est une métaphore, celle de la tentative de chasser la mort de la vie moderne.Le sbess omniprésent qui nous caractérise et atteüit même les petits enfants s\u2019alimente aussi de l\u2019angoisse qui découle de la négation de la mort dans nos vies.L\u2019üistantanéité, cebe üicapacité à se soumetbe à la loi inexorable du temps qui s\u2019écoule, nous condamne à vivre sans connaîbe la sérénité des sages qui savent reconnaîbe le bagique au cœur même de la vie.Les rituels autour de la morfi ex-prünés enbe aubes par une exigence de solennité, érigent aussi des garde-fous au-delà desquels la barbarie reprend ses droits.Qn en veut pour preuve ces ünages de quabe marüies américaüis du corps d\u2019éüte urinant sur les cadavres de talibans en Afghanistan.denbombardier@videotron.ca L\u2019EQUIPE DU DEVOIR REDACTION Information générale et métropolitaine : Dominique Reny (adjointe au directeur de l\u2019information), Marie-Andrée Chouinard (éditorialiste, responsable de la page Idées), Marco Bélair-Cirino (général), Jeanne Corriveau (affaires municipales, Montréal), Isabelle Porter (affaires municipales, Québec)YeAA&n D&gh.s&(société), Jean Dion (sports), Louis-Gilles Francœur (environnement), Dsa-Marie Gervais (éducation), Pauline Gravel (sciences), Caroline Montpetit (affaires sociales), Brian Myles (justice), Louise-Maude Rioux Soucy et Amélie Daoust-Boisvert('s£ïw?éJ ; information politique : Michel Dav\\A(chroniqueur), Hélène Buzzetti et Marie Vastel (correspondantes parlementaires à Ottawa), Antoine Robitaille et Robert Dutrisac (correspondants parlementaires à Québec), Guillaume Bourgault-Côté et Kathleen Lévesque (reporters) ; information culturelle : Michel Bélair (théâtre et cahier Culture), Stéphane BaÜlargeon (médias), Frédérique Doyon et Isabelle Paré (reporters), Odile Tremblay (cinéma), Paul Bennett (pupitre cahiers spéciaux et culturels du week-end), Julie Carpentier (pupitre) ; informationéconomique : Gérard Bérubé (adjoint au directeur de l\u2019information), François Desjardins, Éric Desrosiers et Alexandre Shields^ {reporters), Gérald Dallaire (pupitre) ; information internationale : Serge Truffaut (éditorialiste), Claude Lévesque et Guy 'TaiWeier (reporters) ,j&axi-V\\eTr& Legault (pupitre international, page éditoriale et cahier Perspectives) ; Diane Précourt (responsable des pages thématiques), Emilie Folie-Boivin (pupitre) ; Jacques Grenier et Jacques Nadeau (photographes) ; Michel Garneau (caricaturiste) ; Andréanne Bédard, Michèle Malenfant et Christine Dumazet (correctrices) ; Benoît Munger, Philippe Papineau et Laurence Clavel (pupitre internet), Marie-Pier Frappier et Geneviève Tremblay (commis internet) ; Amélie Gaudreau (secrétaire à la rédaction)-, Karl Rettino-ParazeUi et Sophy Lambert-Racine (commis à la rédaction).DOCUMENTATION Gilles Paré (directeur), Manon Derome (Montréal), Monique Bhérer (Ottawa), Dave Noël (Québec) .PUBOClTE , Jean de Billy, Jennifer Boily-Demers, Jean-François Bossé, Marlène Côté, Stéphanie Déziel, Amel Elimam, Véronique Langlois, Simon Lanoie, Amélie Maltais, Maria M.Motta, Claire Paquet, Chantal Rainville, Isabelle Sanchez, Nadia Sebaï (publicitaires), Sylvie Laporte, Martine Bérubé (secrétaire).PRODUCTION Christian Goulet (directeur de production), Olivier Zuida (directeur adjoint), Michel Bernatchez, Danielle Cantara, Richard Des Cormiers, Donald Filion, Yannick Morin, Nathalie Zemaitis.INFORMATIQUE Yanick Martel (administrateur Web)(RaxiseX Matthews (technicien informatique).PROMOTION, DISTRIBUTION ET TIRAGE Maxim-Olivier Leclerc (responsable par intérim service à la clientèle), Nancy Beaulieu, Manon Blanchette, Nathalie Filion, Marie-Lune Houde-Brisebois ; Jean-Robert Divers (responsable promotion).ADMINISTRATION Stéphane Roger (contrôleur), Olena BÜyakova (reponsable des services comptables), Claudette Béliveau (adjointe administrative), Céline Furoy, Ghislaine Lafleur, Claudine Chevrier, Véronique Pagé, Monique Proteau. B 6 LE DEVOIR LES SAMEDI 14 ET DIMANCHE 15 JANVIER 2012 Interprétation artistique de trois exopianètes découvertes par une équipe européenne à i\u2019aide du spectrographe HARPD, dont est équipé ie téiescope de i\u2019European Southern Observatory (ESO) à La Siiia, au Chiii.Les trois pianètes sont des super-Terre ayant une masse quatre, sept et neuf fois pins grande que ceiie de ia Terre, et qui décrivent une orbite autour de i\u2019étoiie HD 4403037 en respectivement quatre, dix et vingt jours.À chaque étoile ses planètes La grande majorité des étoiles de notre galaxie ne seraient pas célibataires, mais accompagnées de planètes qui gravitent autour d\u2019elles.En d\u2019autres mots, les étoiles entourées d\u2019un cortège planétaire serait la norme plutôt que l\u2019exception.PAULINE GRAVEL En un peu plus de 16 ans de recherche, les astronomes ont dévoilé l\u2019existence de plus de 720 planètes extrasolaires.Les découvertes s\u2019accélèrent d\u2019année en année: 188 planètes ont été dépistées en 2011 contre 62 en 2008.Et les records se succèdent.En 2011, on annonçait avoir repéré pour la première fois une planète circumbinaire: une exoplanète orbitant autour d\u2019un système stellaire binaire, c\u2019est-à-dire deux étoiles jumelles qui tournent autour d\u2019un point commun.En décembre dernier, la nouvelle de la découverte d\u2019une exoplanète, dont l\u2019orbite se situait dans une zone habitable, a suscité l\u2019enthousiasme du public.Dans la dernière édition de 2011 de la revue Nature, le professeur Gilles Eontaine, de l\u2019Université de Montréal, et plusieurs de ses anciens étudiants faisaient part de la mise en évidence de deux exoplanètes qui représentaient alors les plus petites et les plus rapprochées de leur étoile jamais identifiées.Selon les estimations avancées par les auteurs d\u2019un article paru jeudi dans la revue Nature, ce ne serait que la pointe de l\u2019iceberg, car les planètes extrasolaires \u2014 ou exoplanètes qui tournent autour d\u2019autres étoiles que le Soleil \u2014 seraient aussi nombreuses, sinon plus, que les étoiles de notre galaxie.«Notre Voie lactée est probablement peuplée de milliards de planètes», affirme sur son blogue le premier auteur de l\u2019article, Arnaud Cassan, de l\u2019Institut d\u2019astrophysique de Paris, à l\u2019Université Pierre & Marie Curie.Avant d\u2019en arriver à une telle déclaration, Arnaud Cassan a procédé à une analyse statistique des observations effectuées par la technique des microlentilles gravitationnelles (voir encadré ci-bas), une méthode qui permet de dépister des planètes ayant des masses de cinq fois celle de la Terre à 10 fois celle de Jupiter, et qui sont situées à des distances allant de 0,5 unité astronomique (UA: distance entre la Terre et le Soleil) à 10 UA de leur étoile (ce qui, dans notre système solaire, correspond à la zone entre Vénus et Saturne).Son étude a révélé que, dans cette zone orbitale, les planètes de faible masse \u2014 telles que des super-Terre et des Neptune, dont les masses font de 5 à 30 fois celle de la Terre \u2014 seraient sept fois plus abondantes que les planètes géantes de type Jupiter, qui sont 318 fois plus massives que la Terre.Plus précisément, un sixième des étoiles seraient entourées d\u2019une planète géante de type Jupiter, la moitié seraient accompagnées de planètes semblables à Neptune et environ les deux tiers seraient escortées par des super-Terre, des «cousines de la Terre, mais de 5 à 10 fois plus massives».Les auteurs de l\u2019article de Nature avancent finalement l\u2019hypothèse que chaque étoile de la Voie lactée hébergerait dans son voisinage (entre 0,5 et 10 UA de l\u2019étoile) 1,6 planète en moyenne.«La présence de planètes autour des étoiles de notre galaxie semble être la norme plutôt que l\u2019exception», concluent-ils.«On pensait en effet que l\u2019existence de planètes autour des étoiles de notre galaxie était assez commune, mais ça demeurait une hypothèse.Maintenant, on commence à détenir des chiffres pour l\u2019affirmer.Il y a encore des incertitudes sur les chiffres qu\u2019on avance, mais elles diminueront à mesure que l\u2019on fera de nouvelles observations», commente René Doyon, Les planètes extrasolaires \u2014 ou exoplanètes qui tournent autour d\u2019autres étoiles que le Soleil \u2014 seraient aussi nombreuses, sinon plus, que les étoiles de notre galaxie titulaire de la Chaire industrielle en astrophysique expérimentale de l\u2019Université de Montréal.L\u2019analyse statistique menée par Arnaud Cassan n\u2019a malheureusement pas permis d\u2019évaluer l\u2019abondance des planètes semblables à la Terre et qui or-bitent dans une zone habitable, car la sensibilité de la méthode des microlentilles ^avitationnelles sur laquelle est basée l\u2019analyse statistique se limite «aux planètes de type \u201csuper-Terre\u201d, qui sont beaucoup plus massives que la Terre, avec des masses jusqu\u2019à cinq fois celle de la Terre.De plus, les planètes qui sont concernées par la méthode des microlentilles sont froides, car trop éloignées de leurs étoiles, et donc situées à l\u2019extérieur de la zone habitable.Mais si nos statistiques ne nous permettent pas de préciser le nombre de planètes habitables, elles suggèrent en revanche qu\u2019il doit probablement en exister un nombre important, affirme M.Cassan.C\u2019est en combinant les résultats obtenus par toutes les méthodes [des microlentilles gravitationnelles, des vitesses radiales et des transits] qu\u2019on sera en mesure de donner une estimation précise du nombre de planètes situées dans la zone habitable de leur étoile, c\u2019est-à-dire à une distance optimale de l\u2019étoile pour que l\u2019eau existe à l\u2019état liquide.» René Doyon souligne par ailleurs que la précision actuelle de nos instruments d\u2019observation restreindra pendant un certain temps la découverte de planètes semblables à la Terre qui seraient potentiellement habitables.«La Terre induit sur le Soleil un mouvement de quelques centimètres par seconde.Or les instruments dont nous disposons ne détectent pas de vitesses radiales inférieures au mètre par seconde.On pourra toutefois se tourner vers des étoiles de plus faibles masses que notre Soleil, comme les naines rouges, qui sont les plus nombreuses de notre galaxie.Le problème est que la luminosité de ces étoiles est très faible dans la lumière visible et que les instruments qu\u2019on utilise actuellement ne sont sensibles qu\u2019à la lumière visible», souligne René Doyon, dont l\u2019équipe s\u2019applique à mettre au point un spectromètre infrarouge dénommé SPIROU qui sera mis en activité dans trois ou quatre ans.«Si jamais SPIROU nous permet de mettre en évidence une planète dans la zone habitable, cette région autour de l\u2019étoile où il fait suffisamment chaud pour que l\u2019eau puisse y être liquide, on pourra l\u2019observer aussi par le télescope spatial James Webb, qui est équipé d\u2019un instrument nous permettant de détecter la présence d\u2019eau.D\u2019ici une décennie, on aura identifié une planète terrestre dans une zone dite habitable et on aura même détecté de l\u2019eau dans l\u2019atmosphère de cette planète.Nous aurons du moins les moyens technologiques de le faire.Et ce n\u2019est pas de la science-fiction!», s\u2019emballe l\u2019astrophysicien, tout en rappelant que la découverte de la planète Kepler 22 b dans une zone habitable est à la fois «excitante mais décevante, car on ne connaît pas la masse de la planète, ni sa densité, ce qui fait qu\u2019on ne peut pas être certain qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019une boule rocheuse.Ce pourrait être une mini-Neptu-ne, une boule de gaz moins dense», sachant que le rayon de Kepler 22 b fait 2,4 fois celui de la Terre et que son volume est d\u2019environ 14 fois celui de la Terre.«La seule façon de mesurer la masse serait par la méthode des vitesses radiales, mais malheureusement cette planète est autour d\u2019une étoile de type solaire et a une période orbitale d\u2019environ 300 jours, elle n\u2019induit donc sur son étoile qu\u2019une vitesse radiale d\u2019une dizaine de centimètres par seconde, ce qui est hors de portée de tous nos instruments actuels», indique le chercheur.Si on découvre un jour des planètes qui se situent à la bonne distance de leur étoile pour que la température y permette la présence d\u2019eau liquide, cela ne voudra pas dire pour autant qu\u2019elles sont habitées, qu\u2019elles hébergent la vie, voire des formes de vie intelligente, a prévenu dans un communiqué de presse le directeur du Groupe de recherche en astrophysique et science planétaire de l\u2019Institut Niels Bohr de l\u2019Université de Copenhague, Uffe Graae Jorgensen, qui est coauteur de l\u2019article paru cette semaine dans Nature.«Il y a eu plusieurs événements uniques qui sont survenus dans notre système solaire et qui ont créé les éléments de base au développement de la vie sur Terre.Des comètes ont apporté de l\u2019eau, ce qui a permis à la vie d\u2019apparaître.Ensuite, une série d\u2019événements aléatoires ont favorisé une évolution qui a conduit à l\u2019émergence des humains et d\u2019une vie intelligente.Il est très peu vraisemblable que les mêmes circonstances se soient présentées dans d\u2019autres systèmes solaires, croit M.Jorgensen.Mais peut-être que d\u2019autres hasards ont conduit à la naissance de formes de vie complètement différentes.» Le Devoir Méthodes utilisées pour détecter les exoplanètes La plupart des exoplanètes découvertes à ce jour ont été détectées grâce aux petits mouvements qu\u2019elles induisent sur leur étoile.«La force de gravitation de la planète tire un peu sur l\u2019étoile et ainsi la fait bouger», explique René Doyon de l\u2019Université de Montréal.Ces mouvements se traduisent par des variations périodiques de la vitesse de l\u2019étoile dans l\u2019espace qui sont déterminées par des observations répétées du spectre de l\u2019étoile depuis les télescopes de La Silla au Chili et de l\u2019Observatoire de Haute Provence.Cette méthode des vitesses radiales permet la détection de planètes massives et proches de leur étoile, car ces planètes provoquent des mouvements de plus grande amplitude sur leur étoile parente.La méthode des transits permet de repérer la présence de planètes autour d\u2019une étoile en mesurant les variations de brillance de l\u2019étoile.Car lorsqu\u2019une planète passe devant son étoile (ce qu\u2019on appelle un transit planétaire), il est possible de détecter une faible diminution de la luminosité de cette dernière.Et si ce léger obscurcissement survient périodiquement, on pourra suspecter la présence d\u2019une planète en orbite autour de cette étoile.Après la détection d\u2019un premier transit planétaire, il faut multiplier les observations (effectuées depuis les télescopes spatiaux Kepler et Corot) afin de s\u2019assurer qu\u2019il se répète.Cette méthode est particulièrement efficace dans la détection de planètes massives et qui gravitent très près de leur étoile.La méthode des microlentilles gravitationnelles est basée sur l\u2019effet de microlentille gravitationnelle prévue par la théorie de la relativité générale d\u2019Einstein, qui est «visible» lorsque l\u2019observateur trouve dans sa ligne de visée deux étoiles alignées l\u2019une derrière l\u2019autre.Les rayons lumineux de l\u2019étoile la plus éloignée sont alors défléchis par le champ gravitationnel de l\u2019étoile se trouvant à l\u2019avant-plan qui joue alors le rôle de microlentille.Ce phénomène se traduit par une amplification apparente de la luminosité de l\u2019étoile d\u2019arrière-plan.Si une planète gravite autour de l\u2019étoile à l\u2019avant-plan, son champ gravitationnel induira un petit éclat supplémentaire qui sera détectable dans la courbe de lumière de l\u2019étoile plus distante.Un tel alignement entre l\u2019observateur et les deux étoiles impliquées dans le phénomène de microlentille se présente très rarement.Et le passage dans le champ de vision de l\u2019observateur d\u2019une planète associée à la microlentille est encore plus exceptionnel.Pour capter ces événements rarissimes, trois télescopes (La Silla au Chili, South African Astronomical Observatory et Perth Observatory en Australie) ont suivi pendant six ans (2002-2007) des centaines de millions d\u2019étoiles de la Voie lactée.Ces observations ont permis de détecter plus de 3000 effets de microlentilles, mais seulement trois nouvelles exoplanètes.La méthode d\u2019imagerie directe permet de repérer des planètes situées à de grandes distances de leur étoile à l\u2019aide d\u2019images.«Si, une fois que l\u2019on est arrivé à soustraire des clichés l\u2019éblouissement de l\u2019étoile centrale, on détecte un petit point lumineux plus faible à côté de l\u2019étoile, celui-ci peut être une planète ou une étoile en arrière-plan.Il nous faut alors observer à nouveau l\u2019étoile six mois ou un an plus tard.Si le petit point lumineux est une étoile d\u2019arrière-plan, la distance entre les deux points lumineux aura changé, car l\u2019étoile proche se déplace dans l\u2019espace.Si le point lumineux est vraiment une planète, la vitesse orbitale de la planète autour de son étoile étant très faible puisque la planète prend plus d\u2019une bonne centaine d\u2019années pour faire le tour de son étoile, la distance entre les deux points lumineux ne devrait pas changer» explique René Doyon qui fait partie de la première équipe à avoir réussi en 2008 à identifier deux exoplanètes par cette méthode.C\u2019est tout à fait par hasard, alors qu\u2019ils étudiaient les propriétés vibratoires de l\u2019étoile puisante KIC 05807616 par la méthode de l\u2019astérosismologie, que le titulaire de la Chaire de recherche du Canada en astrophysique stellaire, Gilles Pontai-ne a découvert l\u2019existence de deux exoplanètes qui tournaient autour d\u2019une sous-naine.«De la même façon que la vitesse, la phase et l\u2019amplitude des ondes sismiques qui sont générées lors de tremblements de terre nous ont permis de déduire la structure interne de notre planète, la période, l\u2019amplitude et la phase des vibrations d\u2019une étoile puisante nous permettent de déterminer la masse de l\u2019étoile, son rayon, sa température, sa structure interne, voire sa composition chimique, précise M.Eontaine.Les vibrations de l\u2019étoile se manifestent par des variations d\u2019intensité lumineuse en fonction du temps, appelée courbe de lumière, que le satellite Kepler permet de mesurer avec une très grande précision.Dans la courbe de lumière de l\u2019étoile KIC 05807616, M.Pon-taine et ses collègues ont dénombré environ 200 modes différents de vibration qui conjointement forment une courbe de lumière très complexe.Ils ont également observé que deux des signaux lumineux de la courbe ne pouvaient pas être associés à des pulsations de l\u2019étoile, mais qu\u2019ils provenaient vraisemblablement de la contribution de deux planètes en orbite autour de l\u2019étoile.R G."]
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