Le devoir, 14 janvier 2012, Cahier F
[" LE DEVOIR.LES SAMEDI 14 ET DIMANCHE 15 JANVIER 2012 LITTERATURE Scènes de la vie familiale signées Gil Adamson Page F 3 LITTERATURE Vargas Llosa devant l\u2019Irlande Page F 4 LIVItES NADINE ELIN ERANZEN SUZANNE TACOB Échapper au réel pour le comprendre Des romanciers québécois réfléchissent à la spéciflcité de leur art et font l\u2019éloge de ses bouleversantes vertus «Le roman se nourrit de conflits, le flux constant de l\u2019Histoire le nourrit, là où l\u2019idylle, qui en est la négation, le condamne à la sous-alimentation » \u2014Louis Hamelin LOUIS CORNELLIER ourquoi écrire des romans et en lire?«Il existe, dans les domaines français et anglo-saxon, une longue tradition de réflexion sur ce qu'on peut appeler l'art du roman, c'est-à-dire le roman défini non pas seulement comme une forme littéraire mais comme un mode privilégié d'exploration du monde et de l'existence», écrivent Isabelle Daunais et François Ricard, en guise de présentation à La pratique du roman.Cette réflexion sur la spécificité de la forme romanesque, sur son rôle, sur ses limites, est cependant très rare au Québec.«Les romanciers parlent volontiers de leur œuvre ou de leurs projets, ou encore de la littérature en général, mais peu de l'art précis qu'ils pratiquent», constatent à regret Daunais et Ricard.Aussi, c\u2019est pour briser ce relatif silence que ces derniers ont invité huit praticiens à explorer et à exposer leur conception du roman.La réunion de ces réflexions donne un ouvrage de haute qualité littéraire \u2014 la plupart des romanciers choisis, en effet, savent «raconter» leurs idées \u2014 qui contient de brillantes clés de lecture, à la fois des romans et du monde.Les vrais romanciers et les vrais lecteurs savent, à rebours d\u2019un certain discours médiatique et commercial ou d\u2019une idée reçue populaire, qu\u2019on n\u2019écrit pas pour bêtement s\u2019exprimer ou témoigner et qu\u2019on ne lit pas pour se divertir.Mais pourquoi, alors?Dans un des plus forts textes de ce recueil, la romancière Nadine Bismuth raconte sa rencontre inattendue avec le romancier américain Jonathan Franzen.Admiratrice de l\u2019écrivain, elle est séduite par l\u2019amabilité de l\u2019homme.Elle a l\u2019auda- ce de lui demander si elle peut traduire deux de ses nouvelles.Il accepte.La jeune romancière, devenue traductrice, redécouvre alors plus à fond la qualité de l\u2019œuvre de Franzen.«Comment fait-il, s\u2019extasie-t-elle, pour transmettre au lecteur autant d'émotions avec une telle concision et tout en gardant une telle distance par rapport à ses personnages?» Une de ces nouvelles sera publiée par la revue L'Inconvénient.Convaincue que l\u2019œuvre de Franzen doit être rendue accessible à un plus vaste public.Bismuth tente ensuite de faire publier l\u2019autre nouvelle dans une revue féminine à fort tirage.Cette nouvelle.Vivre à deux, raconte la dérive d\u2019un couple parfait.La rédactrice en chef du magazine hésite.Elle craint un peu les réactions puisqu\u2019elle ne publie même pas de fiction québécoise dans ses pages.Elle souhaiterait plutôt une entrevue avec l\u2019auteur, dans laquelle Bismuth pourrait lui demander «ce qu'il pense de la chirurgie esthétique», étant donné que la femme de la nouvelle, vieillissante, est en concurrence avec une jeune actrice.Le magazine, qui incarne ici une demande sociale répandue, ne veut pas l\u2019œuvre, mais les opinions de l\u2019auteur.«Ce que l'on demande à l'écrivain d'aujourd'hui, constate Bismuth, ce n'est plus tant d'écrire que de se situer personnellement par rapport à ses personnages et à ses écrits.» Dans cette demande, la romancière lit la négation de l\u2019esprit d\u2019invention, du «désir d'exploration du réel qui sont au cœur de toute démarche littéraire digne de ce nom».On ne veut plus lire l\u2019œuvre pour se plonger dans «Ce que Ton demande à récrivain d\u2019aujourd\u2019hui, ce n\u2019est plus tant d\u2019écrire que de se situer personnellement par rapport à ses personnages et à ses écrits» \u2014Nadine Bismuth une expérience ambiguë du monde; on veut savoir ce que l\u2019auteur a voulu dire.Pourtant, explique Bismuth, toute la force du roman (et de la nouvelle) tient dans le fait qu\u2019il «installe un certain fottement moral dans son univers, ce qui confère à cet univers toute sa beauté et sa pertinence».Le roman, continue Bismuth en citant Kundera, est «ce territoire où le jugement moral est suspendu», où l\u2019on apprend que «le monde est plus compliqué qu'{or\\] ne le pense».Sommes-nous encore capables de cette expérience?L\u2019indispensable Gilles Archambault, qui a toujours préféré le style direct au lyrisme, avoue être attaché à un art romanesque qui néglige l\u2019intrigue et s\u2019intéresse d\u2019abord «à rendre habitable le mystère de la vie».Ses personnages, dit-il, ne croient plus à l\u2019espérance et sont hantés par la mort.Sont-ils pessimistes, réalistes ou résignés pour autant?«Ils sont, tout simplement, explique Archambault.Qu'on évoque à leur sujet une quelconque faiblesse me déçoit.Ce n'est pas être faible que de persister, s'accrocher à la vie quand celle-ci ne vous offre que des contentements passagers, quand elle ne vous donne le bonheur que par instants, comme pour mieux vous l'enlever.» Réfugié dans la littérature comme dans un abri, Archambault reconnaît tout devoir au roman, qui lui a appris «qu'on pouvait à la fois échapper au réel et le comprendre».Il n\u2019en tire aucune leçon morale, sinon celle de savoir «à quel point vivre [est] émouvant».Aussi, «parvenu de VOIR PAGE F 2 ROMANCIERS F 2 LE DEVOIR, LES SAMEDI 14 ET DIMANCHE 15 JANVIER 2012 LIVRES ESSAI LITTERAIRE Petits bonheurs de Nabokov Lila Azam Zanganeh propose le réenchantement du quotidien à travers la lecture de l\u2019écrivain russe CHRISTIAN DESMEULES r Ecrivain du scandale, Nabokov?Satyre pourchassant les nymphettes un fdet à papillons à la main?Entomologiste amateur qui traque les papillons un filet de bave au coin des lèvres?Ou l\u2019inverse?Pas vraiment.L\u2019affaire est à la fois plus simple et plus complexe: Nabokov serait plutôt l\u2019écrivain par excellence du bonheur.Du bonheur d\u2019écrire, d\u2019abord.Mais aussi de la réminiscence et de la nostalgie heureuse, du désir, de la curiosité et de la connaissance.Du bonheur conjugal et du paradis perdu.Celui de pouvoir jouir, en toute conscience, de la «négation du temps».Ada ou VArdeur, de même que son éblouissante autobiographie.Autres rivages, en témoignent largement, qui carburent à la triple perte que Nabokov s\u2019efforcera longtemps (et avec bonheur) de conjurer: l\u2019enfance, son père (mort dans un attentat en 1922 à Berlin), la langue russe.Mais c\u2019est Lolita, grand roman de l\u2019amour, chronique tragique de l\u2019enfance retrouvée \u2014 puis à nouveau et irrémédiablement perdue \u2014, qui comprime à lui seul toute la physique nabokovienne.Le rayonnement de ce chef-d\u2019œuvre incandescent du XX\" siècle dépasse l\u2019étroit cadre moral où, depuis sa parution à Paris en 1955, on cherche à l\u2019enfermer à coups de clichés et de refus de penser.Un essai court et agile C\u2019est ce qu\u2019essaie de démontrer Lila Azam Zanganeh dans L\u2019enchanteur.Nabokov et le bonheur, qui aborde de façon originale le thème du pouvoir de la lecture comme fdtre d\u2019enchantement du quotidien.Un essai court et agile, ludique, nabokovien jusque dans ses phrases, à la fois sinueuses et d\u2019une précision maniaque dans la nuance.Comme si \u2014 et c\u2019est possible \u2014 Lila Azam Zanganeh avait elle-même appris l\u2019anglais en déchiffrant la prose musclée de Nabokov.«Le bonheur, chez VN, écrit-elle, est une manière particulière de voir, de s\u2019émerveiller et de saisir \u2014 en d\u2019autres termes de piéger \u2014 les particules lumineuses vibrant autour de nous.Il relève d\u2019une définition de l\u2019art compris comme curiosité et comme extase, un art qui nous pousse à l\u2019exercice grisant de la conscience.» De là à croire que la lecture puisse être un acte créateur, il n\u2019y a qu\u2019un pas.Qu\u2019en aurait pensé VN lui-même?«On ne peut pas lire un livre, on ne peut que le relire.Un bon lecteur, un lecteur actif et créateur, est un relecteur.» Arrivée à Paris à l\u2019âge de deux ans avec ses parents qui fuyaient la révolution islamique iranienne de 1979, diplômée de la Sorbonne et de l\u2019École normale supérieure,, Lila Azam Zanganeh vit aux États-Unis depuis une douzaine d\u2019années, où elle a étudié et enseigné à Harvard, avant d\u2019être adoubée par le fils unique de l\u2019écrivain, Dmitri, et par quelques naboko-viens patentés, dont Brian Boyd, biographe de référence du géant russe.Mélange de fiction critique, d\u2019autobiographie floue, de commentaire de texte, d\u2019interview imaginaire, d\u2019article pseudo scientifique {«amour + mémoire h-conscience = temps nabokovien»).L\u2019enchanteur est lui-même, faut-il s\u2019en étonner, un exercice de bonheur plutôt contagieux.Collaborateur du Devoir L\u2019ENCHANTEUR Nabokov et le bonheur fila Azam Zanganeh, Traduit de l\u2019anglais (États-Unis) par Jacuta Alikavazovic Éditions de l\u2019Olivier Paris, 2011,240 pages AGENCE ERANCE-PRESSE Vladimir Nabokov (1899-1977) vers la fin de sa vie LITTERATURE ERANÇAISE De petites tins du monde Des nouvelles crépusculaires du romancier et dramaturge Laurent Gaudé CHRISTIAN DESMEULES Avec Laurent Gaudé, on est toujours un peu dans l\u2019antichambre de la tragédie grecque.Le paysage, aride et sans pitié, sert souvent de décor aux destinées assombries des hommes et des femmes.Chacun y est terriblement seul malgré la multitude qui l\u2019entoure \u2014 celle des êtres ou des dieux.Romancier et dramaturge né en 1972, l\u2019écrivain français a été, on s\u2019en souvient peut-être encore, lauréat du prix Concourt en 2004 avec Le soleil des Scorta, un roman à la voix puissante campé dans une Italie du Sud rongée par le soleil et l\u2019hérédité.La mort du roi Tsongor (Actes Sud, 2002) partageait le même souffle.La continuité est évidente dans les quatre nouvelles qui forment Les oliviers du Négus.Maniant une plume à l\u2019humanisme solaire (peut-être même un peu camusien), Gaudé évoque d\u2019abord, dans le texte éponyme, la mort d\u2019un vieil homme et de ses souvenirs dans un petit village du fin fond des Pouilles, en Italie du Sud.Soldat déserteur et communiste, surnommé le Négus depuis son retour d\u2019Éthiopie en 1938, il est obsédé par les vestiges de l\u2019empereur Frédéric 11.Pour le vieux, ces histoires archaïques sont la chose la plus précieuse qu\u2019il ait jamais possédée.Suffisantes en tout cas pour racheter les horreurs des massacres en Abys- ^ studiolittéraire ® SERIE DE LA PLACE DES ARTS CONCERT LITTERAIRE THOMAS HELLMÂN 16 JANVIER 19 h 30 I Cinquième Salle Nous avions envie de découvrir la bibliothèque idéale de Thomas Heilman, il a choisi de nous offrir un véritable voyage littéraire.et musical.Accompagné du contrebassiste de jazz Sage Reynolds, il lira et chantera ses auteurs préférés : les poètes beat John Giorno et Allen Ginsberg, Eduardo Galeano, Leonard Cohen, Yann Martel, Samuel Beckett, Patrice Desbiens et de nombreux autres.Une série élaborée par Michelle Corbeil et Lou Arteau Une coproduction des Capteurs de mots et de la Place des Arts Cornai dos arts etdoslottros\tmmm-m Québec H H )NDCTION E IA DES APIS Mam m I w laplacedesarts.com 514 842 2112/1 866 842 2112 sinie (sept mois de «boucherie crasseuse» dont il a été le témoin et facteur).Suffisantes pour lui faire oublier la médiocrité du village où il cultivait ses oliviers.Là aussi, le paysage joue son propre rôle: «Quelque chose est ici qui nous rappelle que nos vies sont brèves, si brèves que les pierres en rient sur les sentiers des collines.» Plus loin, un officier d\u2019une garnison installée à la frontière du monde barbare, au V\" siècle, assiste à la fin du monde romain.Histoire crépusculaire d\u2019attente et d\u2019effritement, Le bâtard du bout du monde s\u2019achève dans un éblouissement lucide: «Les statues seront mises à bas, les temples brûlés, la langue que nous parlons s\u2019oubliera.» Curieuse histoire de guerre et de tranchées teintée de surnaturel et de hone.Je finirai à terre convoque le mal dans ses résonances les plus abstraites: un soldat y fuit une créature immonde, un golem démembré qui profite des horreurs de la Première Guerre mondiale pour se refaire des forces et sonner le glas de la vengeance de la Terre contre les hommes.Hommage aux frères d\u2019armes qu\u2019ont été Giovanni Falcone et Paolo Borsellino, magistrats italiens engagés dans la lutte antimafia, fauchés à deux mois d\u2019intervalle par des attentats à la bombe comman- LOÏC VENANCE AEP Lauréat du prix Concourt en 2004 avec Le soleil des Scorta, Laurent Gaudé publie un recueil de nouvelles intitulé Les oliviers du Négus.dités par «la Bête» au début des années 1990, Tombeau pour Palerme fait revivre en fiction leurs dernières heures en convoquant «un goût lointain de lutte» et le souvenir de vies saccagées.Partout dans Les oliviers du Négus, la prédilection de Gaudé pour le monologue, pour un «je» teinté d\u2019oralité, vient nous rappeler que le dramaturge en lui n\u2019est jamais bien loin.Cette clarté de la voix donne, bien sûr, du poids à ses histoires et les rapproche de la vie.«Qu\u2019est-ce donc qu\u2019un homme, si ce n\u2019est une accumulation d\u2019histoires vécues, rapportées, imaginées, qui, mises bout à bout, finissent par faire une vie?» Collaborateur du Devoir LES OLIVIERS DU NÉGUS Laurent Gaudé Leméac/Actes Sud Montréal et Arles, 2011, 160 pages ROMAN QUEBECOIS Destins enfouis SUZANNE GIGUERE Archéologue de la mémoire, mais aussi chasseuse d\u2019âmes, toujours à la recherche d\u2019une vérité sous-jacente, de destins enfouis, d\u2019histoires à déchiffrer, Carole David aborde dans Hollandia (Héliotrope) ses thèmes de prédilection: la transmission, l\u2019héritage, la filiation.A travers le fracas des armes qui se fait entendre (Première Guerre mondiale, guerre du Vietnam, guerre du Golfe), elle trace les fils invisibles qui relient les générations entre elles.La novella s\u2019ouvre sur la disparition de Max.11 n\u2019en est pas à sa première iigue.«Quelle est la part d'hérédité dans ce besoin viscéral de disparaître?», s\u2019interroge Joanne, sa mère, dont l\u2019oncle a disparu en 1943 dans l\u2019explosion de son avion au-dessus de la ville d\u2019Utrecht, aux Pays-Bas.Carole David concentre en un court texte (94 pages) de fiction l\u2019essence d\u2019événements vécus et de sensations, passe d\u2019un siècle, d\u2019un continent et d\u2019une génération à l\u2019autre, suit ses personnages jusqu\u2019à la courbure de l\u2019âme, avec une écriture dense, ciselée, musicale et lumineuse.Dans ce monde de vitesse, la lecture de Hollandia est un plaisir de pure lenteur et l\u2019écriture de Carole David, un livre ouvert de la pensée et de l\u2019affectivite.Auteure notamment du roman Impala et du Manuel de poétique à l\u2019usage des jeunes filles, David a publié plusieurs livres, tant en poésie qu\u2019en fiction.Elle est née à Montréal, où elle a enseigné la littérature jusqu\u2019à tout récemment.Collaboratrice du Devoir ROMANCIERS SUITE DE LA PAGE E 1 la culture», il avoue être incapable de vraiment fréquenter «quelqu\u2019un pour qui la littérature [n\u2019a] pas une signification profonde».Ée monde, écrit Trevor Ferguson, est bizarre, désordonné et fourmille de manifestations «hors contexte».Le romancier, lui, a le privilège d\u2019élaborer un contexte, de «créer un univers» et «d\u2019ajouter couleur et symétrie, lumière et fureur, nuance et compréhension au monde dans lequel nous vivons, c\u2019est-à-dire au vacarme qui nous entoure».Son art consiste à faire vivre au lecteur des «instants épiphaniques», c\u2019est-à-dire de soudaines prises de conscience qui tiennent de la révélation, qui le transforment en lui faisant «accueillir au sein de sa propre vie une multitude de vies disparates».On ne lit pas un roman, comme le croit Oprah Winfrey, pour «améliorer nos vies»; on devient lecteur pour approfondir notre expérience du monde.Cette expérience, explique Louis Hamelin, est traversée par une tension entre l\u2019idylle et l\u2019Histoire que le roman explore.L\u2019idylle, c\u2019est la tentation du paradis perdu, la quête d\u2019un «lieu protégé de la réalité, capable de tenir à distance le bruit et la fureur du monde».L\u2019Histoire, c\u2019est le «tourbillon so- cial», «le sempiternel déchaînement d\u2019une puissance inséparable d\u2019une conception mâle du pouvoir».Or, selon Hamelin, «le roman se nourrit de conflits, le flux constant de l\u2019Histoire le nourrit, là oû l\u2019idylle, qui en est la négation, le condamne à la sous-alimentation».Empruntant une hypothèse à Isabelle Daunais, Hamelin suggère que le héros du roman québécois type vit pourtant d\u2019emblée dans un «espace idyllique», à l\u2019abri de l\u2019Histoire, comme le Québec lui-même, et que, en ce sens, le paradis perdu de la littérature québécoise, ce serait l\u2019Histoire.Pris dans les rets de l\u2019Histoire, on cherche le retrait.Confiné à ses marges, on souhaite se la réapproprier, à la manière des héros de Hamelin.Des essais de Dominique Fortier, de Monique LaRue, de Suzanne Jacob et de Robert La-londe complètent ce remarquable ouvrage, d\u2019une rare profondeur, qui se veut un éloge du roman conçu comme un mode spécifique, précieux et irremplaçable de connaissance du monde.louisco@sympatico.ca LA PRATIQUE DU ROMAN Sous la direction d\u2019Isabelle Daunais et François Ricard Boréal Montréal, 2012,144 pages LE DEVOIR, LES SAMEDI 14 ET DIMANCHE 15 JANVIER 2012 F 3 LITTERATDRE Scènes de la vie familiale Un nouveau livre de Gil Adamson?Tout de suite je me suis précipitée.J\u2019avais tant apprécié La veuve, il y a quelques années.L\u2019histoire d\u2019une jeune femme en fuite, poiuchassée par des êtres maléfiques, aux prises avec ses propres démons in-térieius, son passé, ses souvenirs.^ \\ Danielle Laurin Quel souffle! Quelle intensité! Comment qualifier cet inclassable roman d\u2019aventures, tout en intériorité, qui se passait dans l\u2019Ouest canadien au début du siècle dernier?Terrifiant de beauté: c\u2019est l\u2019image qui m\u2019était venue en refermant le premier roman, plusieurs fois primé, de cette Gil Adamson, une auteure torontoise par ailleurs poète dont je n\u2019avais jamais entendu^parler.Rien à voir.A l\u2019aide, Jacques Cousteau n\u2019a rien à,voir avec La veuve.A première vue.D\u2019abord, il s\u2019agit d\u2019un recueil de nouvelles.Un recueil dont on croit comprendre qu\u2019il a paru il y a une dizaine d\u2019années et que l\u2019éqrivaine a remanié.A bien y regarder, ça ressemble pourtant à un roman.Toutes les nouvelles sont liées.Toutes les histoires sont racontées au «je», par la même personne.Une certaine Hazel.Qu\u2019on voit vieillir.Qu\u2019on découvre dans l\u2019enfance, qu\u2019on suit dans l\u2019adolescence et qu\u2019on voit devenir jeune adulte.Qubliez les péripéties.Qu-bliez la peur au ventre.Qubliez les poursuites folles, le rocam-bolesque, le grand déploiement de La veuve.Nous sommes dans le quotidien.Dans la banalité du quotidien.Au sein d\u2019une famille canadienne contemporaine.Nous sommes dans la tête de Hazel.Qui grandit au fil du récit.Nous voyons le monde par ses yeux.Nous sentons, ressentons les choses par elle seule.C\u2019est ce regard-là, cette façon de se situer dans le monde, dans sa propre famille, cette façon de sentir et de ressentir les choses, au fur et à mesure que Hazel grandit, qui fait touf l\u2019intérêt du livre.A quel point on reste la même personne et à quel point on change, de la petite enfance à l\u2019orée de la vie adulte.C\u2019est aussi la spécificité de la personnalité de Hazel qui fait le travail.En même temps que le caractère universel de ce qu\u2019elle traduit.C\u2019est de voir à quel point elle se sent étrangère dans sa propre famille.En même temps qu\u2019elle se sent si proche, parfois, de son clan.Une famille dysfonctionnelle.C\u2019est ainsi qu\u2019on pourrait cataloguer celle de Hazel.Mais qu\u2019est-ce que ça veut dire au juste?Est-ce si exceptionnel d\u2019avoir des parents qui en viennent à se chamailler tout le temps et à ne plus pouvoir se voir en peinture?D\u2019accord, le père est un drôle de numéro.Il passe son temps à refaire l\u2019électricité dans la maison, surtout quand il est stressé.Quitte à ce que KRISTA ELUS Née en 1961, Gil Adamson habite Toronto.l\u2019un ou l\u2019autre se retrouve à marcher sur un fil sous tension.Tout un patenteux.Dont le fils va finir par suivre les traces, d\u2019ailleurs, en mettant au point des rideaux à l\u2019énergie solaire.Quant à la mère, elle est du genre superstitieux.Et défaitiste.Du genre à entrevoir toujours le pire.Ce pourquoi elle déteste assister à des noces.«Ce qui dérange ma mère, ce n\u2019est pas la sentimentalité du mariage; c\u2019est plutôt la cérémonie elle-même, son optimisme total, comme si seule ma mère savait que nous sommes tous à bord du Titanic.» Ce que Hazel retient de sa mère, à l\u2019adolescence: «La malchance se terre dans notre vie, se fait passer pour quelque chose de simple, de plaisant.» La jeune fille sait aussi que «tous les malheurs viennent par série de trois, sauf ceux qui viennent par série de quatre».Un mystère, sa mère, pour Hazel: «Les êtres plongent ma mère dans la perplexité, la déçoivent.J\u2019essaie de la percer à jour; j\u2019essaie très fort de la comprendre.Mais, au fond, elle reste pour moi un mystère.Et je crois qu\u2019au fond elle est aussi un mystère pour mon père.» Ajoutez à cela un grand-père excentrique, qui n\u2019hésite pas à se promener en décapotable avec un chien mort sur la banquette arrière.Un fabulateur, qui radote les mêmes histoires jusqu\u2019à y croire.Pour ne pas dire un fou.Ajoutez encore à cela une grand-mère constamment dépassée par les événements.Un oncle aventurier, coureur de jupons.Et une ribambelle de cousins, cousines, qui débarquent à la maison en virant tout sens dessus dessous.L\u2019observation et le rêve Pendant ce temps.Hazel observe, Hazel écoute.Hazel grandit.Elle a cette faculté d\u2019entendre ce qui se dit à travers les portes, les murs, «même à distance».Et quand ça lui échappe, elle a recours à son imagination, invente des scénarios.Elle a aussi cette manie, de plus en plus, d\u2019épier les voisins, à l\u2019aide de jumelles.Elle tiendrait plutôt de son père là-des-sus: regarder ailleurs quand ça va mal, quand le bateau coule.Autrement dit: «Notre vie familiale est si chaotique qu\u2019il est réconfortant de voir à quel point les autres sont tordus.» Hazel rêve, aussi, beaucoup.Et elle écrit de la poésie.Bientôt, le sexe, torride, avec le premier venu, fera partie de ses portes de sortie.faute de pouvoir vivre l\u2019amour avec un grand A, l\u2019amour absolu.Toujours, chez elle, à tous les âges, ce sentiment d\u2019étrangeté qui la guette.«Parfois, cette situation me trouble.J\u2019ai l\u2019impression d\u2019être une extra-terrestre parachutée dans cette famille, tandis que mon vrai moi, avec ses souvenirs, est ailleurs, perdu.» Les souvenirs lui échappent.Les autres lui échappent.Elle s\u2019échappe à elle-même, s\u2019échappe constamment d\u2019elle-même, du monde.Telle est Hazel au bout du compte.Hazel, avec son mal-être, son flottement.Sa dérision, son humour.Sa fausse désinvolture.Ses métaphores inattendues, ses étincelles, son piquant.Ses manques, ses révélations.Sa tendresse.Son désir de suspendre le temps.Son désir d\u2019y voir clair.Hazel, à qui l\u2019on,s\u2019attache de plus en plus.A qui Gil Adamson parvient à donner une vraie voix.Rien à voir avec La veuve, sinon cela.Sinon cette voix qui s\u2019insinue, monte en nous jusqu\u2019à nous habiter complètement.À L\u2019AIDE, JACQUES COUSTEAU Gil Adamson Traduit de l\u2019anglais (Canada) par Lori Saint-Martin et Paul Gagné Boréal, 2012,176 pages E N BREF Thomas Heilman repense le Stndio littéraire Le musicien et auteur-compositeur Thomas Heilman, invité au premier Studio littéraire de l\u2019année, repense, à sa sauce, la formule.Au lieu de s\u2019attarder, comme c\u2019est habituellement le cas au Studio, à la lec- ture d\u2019un seul texte, il dessinera un voyage musico-litté-raire, accompagné par le contrebassiste jazz Sage Reynolds.Dans ses bagages, les mots des poètes John Giorno, Allen Ginsberg, Roland Gi-guère, Patrice Desbiens et Leonard Cohen et des auteurs Eduardo Galeano et Samuel Beckett, parmi bien d\u2019autres.A la Place des Arts, le 16 janvier.- Le Devoir MOHAMMED DABBOUS REUTERS Une œuvre de Willem de Kooning, Cedar Street, a été mise à l\u2019encan à New York, en novembre dernier.ROMAN QUÉBÉCOIS Willem de Kooning, poème de la ruine «Dans la confusion d\u2019un monde ruiné, il n\u2019est pas d\u2019identité qui tienne.» La dernière œuvre littéraire du poète et philosophe Michaël La Chance est une biographie imaginaire du peintre Willem de Kooning.SUZANNE GIGUÈRE Né en 1904 à Rotterdam, naturalisé américain, mort à Long Island en 1997, Willem de Kooning est une des figures majeures de l\u2019expressionnisme abstrait.Il se découvre une obsession pour l\u2019abbaye bénédictine de Monte Cassino en Italie et n\u2019a de cesse d\u2019interroger sa rencontre là-bas, en 1944, avec Boris D.un physicien allemand qui a déserté le programme nucléaire nazi pour se rendre aux Alliés.Dans cette psycho-fiction où l\u2019usurpation d\u2019identité se révèle le thème principal, les pensées de l\u2019auteur vagabondent et sont l\u2019occasion d\u2019une dérive philosophique sur les enjeux de l\u2019art, les fondements de la spiritualité en Décident et la mécanique quantique.Disons-le d\u2019entrée de jeu, une première lecture permet tout juste d\u2019effleurer la richesse insoupçonnée de ce roman-palimpseste.En passant la main sur la trame du récit, nous touchons du doigt les lieux d\u2019où nous parle Luke, le narrateur: un camp de prisonniers, le bombardement du monastère en 1944 et l\u2019atelier du peintre sur les rivages de l\u2019Atlantique.Malgré des troubles mné-siques à la fin de sa vie, Willem de Kooning est toujours créatif.Il est engagé dans un intense dialogue avec son passé et ses fantômes.Alors qu\u2019il martèle ses souvenirs sur une vieille Qlivetti et que ses tourments le précipitent dans des orages émotionnels, son assistant Luke Roussel découvre à l\u2019écoute de son récit fragmenté qu\u2019il n\u2019est pas le vrai Willem de Kooning.Il aurait usurpé et cannibalisé la vie de Boris D., malgré lui.Nous apprenons, à la fin du récit, que c\u2019est Pauley, sa femme, qui a substitué l\u2019un à l\u2019autre! En relançant l\u2019Histoire dans les jeux du sens, Michaël La Chance fait de l\u2019abbaye de Monte Cassino, fondée au VP siècle et entièrement détruite en 1944, la métaphore «de nos propres dis- paritions», le symbole du vacille-ment «d\u2019une civilisation millénaire qui rencontre sa ruine».Le sens de l\u2019Histoire, c\u2019est le cheminement de catastrophe en catastrophe.«Sitôt la guerre commencée, il est inutile de demander comment on en est arrivé là, il n\u2019y a d\u2019autre issue que l\u2019anéantissement rapide de l\u2019autre.De Kooning a fini par se persuader que l\u2019humanité entière est piégée dans la colère, dont les cycles sont inexorables.» La guerre, se demande le peintre, est-ce une fêlure inguérissable en chacun de nous?Michaël La Chance calibre son roman à partir d\u2019une image: les reliefs escarpés de l\u2019âme humaine.Et quand le narrateur écoute les Kindertotenlieder de Mahler, on croit entendre la voix bouleversante de Kathleen Eerrier, la grande chanteuse anglaise disparue bien jeune.Tout comme le affaire des Versets sata-' niques, le roman de Salman Rushdie frappé d\u2019une fat-wa en 1989, efi surtout, la réaction parfois violente suscitée dans le monde islamique contre les caricatures du prophète Muhammad parues dans un quotidien danois en septembre 2005 ont remis à l\u2019ordre du jour la question controversée de la figuration et de la représentation du prophète dans les textes comme dans l\u2019image.La représentation du prophète a-t-elle toujours été interdite dans l\u2019islam ou ne l\u2019a-t-elle été que progressivement?L\u2019intransigeance affichée par beaucoup de musulmans à ce sujet est-elle plus grande aujourd\u2019hui qu\u2019autrefois?C\u2019est avec le souci de redonner à l\u2019histoire et à d\u2019autres disciplines des sciences humaines une place «trop souvent investie par le politique» qu\u2019Qlga Hazan, professeure d\u2019histoire de l\u2019art à l\u2019UQAM, a invité en 2007-2008 divers spécialistes québécois de l\u2019islam à réfléchir en commun sur la façon dont la figure du prophète Muhammad \u2014 graphie préférée à Mahomet et Mohammed par les chercheurs \u2014 a été évoquée selon les cultures et selon les époques.Ces réflexions viennent d\u2019être réunies dans un ouvrage collectif érudit, mais plutôt accessible, intitulé Le prophète Muhammad - Entre le mot et l\u2019image, aux éditions Fides.Comme le rappellent Hazan et d\u2019autres auteurs de l\u2019ouvrage, rien dans le Coran ni dans l\u2019autre source scripturaire de l\u2019islam, les hadiths (recueils des paroles et des actes du prophète compilés au IK® siècle), n\u2019interdit explicitement la représentation de Muhammad et des prophètes qui l\u2019ont précédé (Abraham, Moïse ou Jésus).Seuls quelques hadiths isolés déconseillent l\u2019utilisation d\u2019objets décorés de motifs figuratifs, car ils détournent de la prière.L\u2019interdit de la figuration ne s\u2019est donc constitué qu\u2019au fil des siècles, avec les divers ouvrages de jurisprudence, qui constituent une autre source fondamentale de l\u2019islam, basée sur le consensus des savants.La position des théologiens varie d\u2019ailleurs selon les écoles et les cultures: les pays arabes adopteront une attitude beaucoup plus restrictive que l\u2019Iran ou la Turquie.EDINBURGH UNIVERSITY LIBRARY/SOURCE EIDES Le jeune Muhammad interrogé par le moine chrétien Bahira (Tabriz, entre 1306 et 1315).Enluminure tirée d\u2019un ouvrage de Rashid al-Din Tabib.Muhammad est oint par un ange tombé du ciel, suivant une tradition picturale chrétienne.Manuscrits enluminés Ainsi, dans les manuscrits enluminés arabes, persans et turcs des XIV® au XIX® siècles étudiés par Qlga Hazan, le prophète est souvent figuré, même si le visage ou une partie du corps est parfois voilé ou dérobé au regard par divers procédés.Ces manuscrits enluminés \u2014 chroniques historiques ou récits légendaires relatifs à la vie de Muhammad \u2014 ont presque toujours été commandés par des hommes de pouvoir qui tenaient à asseoir leur légitimité en justifiant la prééminence de l\u2019islam et en marquant sa filiation aux deux autres religions monothéistes qui l\u2019avaient précédé.Jamais toutefois les Corans ou les ouvrages de sciences religieuses ne comportent de représentations fixatives.Plusieurs moyens sont déployés par les auteurs de ces enluminures et miniatures pour s\u2019assurer que l\u2019image du prophète ne soit jamais sacralisée, car pour les musulmans l\u2019important est d\u2019éviter de faire du messager d\u2019Allah, Muhammad, ce que les chrétiens ont fait de Jésus: un dieu.Les deux principaux dangers de la représentation du prophète sont en effet soit de sacraliser l\u2019humain, soit de dégrader le sacré ou de le profaner par l\u2019image.Les images du prophète sont donc admises à la condition de ne pas pouvoir être vénérées, ce qui explique l\u2019absence dans l\u2019art islamique d\u2019œuvres figuratives qu\u2019on peut suspendre ou surélever.Bien que très marginales par rapport à l\u2019art non figuratif (cal- ligraphie, entrelacs géométrique, arabesque), les représentations religieuses du prophète ont donc ponctué l\u2019histoire de l\u2019islam et Hazan déplore que ces images aient trop souvent été occultées: en terre d\u2019islam, pendant des siècles, ces images étaient pourtant parfaitement licites.Elle conclut que la résistance à la représentation du prophète est plus forte aujourd\u2019hui que jadis et s\u2019explique «comme une réaction à l\u2019image négative de l\u2019islam et de son prophète que projette l\u2019Occident depuis de nombreux siècles».Explication un peu courte, peut-être.Qu\u2019en est-il par exemple de la pression exercée sur les artistes et les intellectuels par les islamistes radicaux?Au cinéma et ailleurs L\u2019interdit qui frappe sans conteste aujourd\u2019hui la fixation du prophète n\u2019est jamais aussi étonnant et aussi paradoxal qu\u2019au cinéma, comme le montre pour sa part Walid el-Khachab, puisque le cinéma est l\u2019art le plus ico-nophile ou même iconolâtre qui puisse exister.Les cinéastes qui veulent évoquer le prophète doivent donc recourir à toutes sortes de stratégies pour présenter la vie du prophète sans jamais le montrer, surtout dans les films historiques tels L\u2019aube de l\u2019islam (1971) etLe message (1976).Ces stratégies consisteront principalement soit à taire appel à la seule parole du prophète, qu\u2019on ne voit jamais à l\u2019écran, soit à filmer seulement les personnages qui l\u2019accompagnent pour évoquer ses exploits, par exemple lors de la destruction des idoles de la Kaaba (vers 632).D\u2019autres essais de cet ouvrage collectif portent plutôt sur la représentation du prophète dans les textes.Mehana Amra-ni montre que, dans la littérature maghrébine, le Coran est encore aujourd\u2019hui un réservoir où les écrivains vont puiser leur inspiration, parfois pour contester certaines traditions machistes.Dans un autre essai, cette fois sur la perception de Muhammad dans les écrits occidentaux ej musulmans depuis le Moyen Age jusqu\u2019à aujourd\u2019hui, Jean-René Milot établit que cette perception a énormément varié et évolué au fil des siècles.«Les images parfois conflictuelles de Muhammad reflètent très souvent, soutient-il, les rapports ambivalents entre l\u2019islam et l\u2019Occident.» Comme l\u2019écrit en conclusion Jean-Jacques Lavoie, spécialiste de l\u2019histoire des religions, «bien innocent celui qui pense pouvoir résoudre toutes les questions relatives au prophète Muhammad, entre le mot et l\u2019image, en un seul volume».Mais cet ouvrage instructif et enrichissant, rehaussé de quelques illustrations en couleur, est une invitation à lire, à écouter et à voir au-delà des interdits des uns et des préjugés des autres.Le Devoir LE PROPHÈTE MUHAMMAD Entre le mot ET lTmage Sous la direction d\u2019Olga Hazan et Jean-Jacques Lavoie Fides Montréal, 2011,186 pages 140529 "]
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