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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier B
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  • Journaux
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quotidien
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Le devoir, 2012-01-21, Collections de BAnQ.

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[" LE DEVOIR, LES SAMEDI 21 ET DIMANCHE 22 JANVIER 2012 IDEES PQ : de conspirations et de sauveurs Page B 5 PHILOSOPHIE Friedman aurait-il eu les bons réflexes face à la crise économique?Page B 6 PERSPECTIVES ANDY CLARK REUTERS Réunis il y a quelques jours à Victoria, les premiers ministres des provinces se préparaient à la traditionnelle prise de photo officielle.Santé : la fin des intrusions ?Les conservateurs mettent fin à une décennie de négociations Les premiers ministres des provinces et territoires se plaignent ces jours-ci de l\u2019unilaté-ralisme dont Ottawa a fait preuve dans l\u2019établissement des futurs transferts pour financer le réseau de la santé.La question financière fait toutefois de l\u2019ombre à un changement fondamental opéré par le gouvernement fédéral dirigé par Stephen Harper: la mise au rancart des conditions nationales.Retour sur une décennie de négociations en santé.HÉLÈNE BUZZETTI Ottawa \u2014 A qui doit-on le commentaire suivant: «Les urgences sont bondées, les hôpitaux manquent de lits et c\u2019est une préoccupation qui réduit la confiance de la population dans le système de santé au Canada; ça ne peut pas continuer ainsi [.] Combien d\u2019autres mois de janvier comme celui que nous venons de traverser devrons-nous encore vivre avant que nous nous attaquions aux causes que nous avons identifiées?»] Au ministre de la Santé Yves Bolduç?A un de ses prédécesseurs péquistes?A un homologue ontarien?Nenni.Plutôt à Allan Rock quand il était ministre fédéral de la Santé en janvier 2000.M.Rock non seulement disait à ses homologues quel problème régler, mais proposait de financer un nouveau programme pancanadien de soins communautaires et à domicile et d\u2019augmenter la disponibilité des médecins.Les propos de M.Rock avaient fait s\u2019enflammer Pauline Marois, alors ministre de la Santé.«C\u2019est absolument inadmissible, surtout après six ans où on a réduit les transferts, où on nous a assoiffés littéralement! C\u2019est rare qu\u2019on voie M.Rock répondre aux questions de la population québécoise quand il y a des problèmes dans les urgences.Et lui va trouver des solutions pour moi?Alors que c\u2019est moi qui suis responsable?Qu\u2019il respecte sa Constitution et qu\u2019il nous envoie l\u2019argent à travers le fonds de transfert! [.] On sait exactement ce qu\u2019il faut faire avec, je n\u2019ai pas besoin de leçons de M.Rock.» Les propos de M.Rock n\u2019avaient pourtant rien d\u2019exceptionnel à l\u2019époque du gouvernement libéral de Jean Chrétien.Les nombreuses négociations fédérales-provinciales sur le financement du système de santé se sont toutes terminées par l\u2019imposition de conditions.Ottawa versait de l\u2019argent, mais dictait aux provinces comment le dépenser.Ainsi, en septembre 2000, lorsque la première entente depuis les compressions de 1995 a été conclue, Jean Chrétien a accordé un milliard de dollars par année pendant deux ans à être utilisés, à parts égales, pour l\u2019achat d\u2019équipement médicd et l\u2019implantation de nouvelles technologies de l\u2019information.Une autre somme de 200 millions de dollars par année pendant quatre ans était réservée pour achever le virage ambulatoire des provinces.Au total, cette entente injectait 23,9 milliards de dollars de plus en six ans, dont « Nous n\u2019avons pas l\u2019intention d\u2019imposer une vision fédérale sur un système qui est de compétence des autres » 12 % étaient des fonds dédiés à des objectifs déterminés par Ottawa.L\u2019entente suivante conclue en février 2003, quoique flexible, dictait aussi aux provinces comment utiliser l\u2019argent 16 milliards de dollars sur cinq ans étaient consentis pour améliorer les soins primaires, multiplier les soins à domicile et pallier les coûts exorbitants des médicaments.Trois fonds dédiés totalisant 2,6 milliards étaient mis sur pied pour financer les hôpitaux afin de rechercher, d\u2019acheter de l\u2019équipement diagnostique et de mettre en place le dossier électronique des patients.Seule une injection ponctuelle de 2,5 milliards de dollars «pour atténuer les pressions exercées actuellement sur le régime» venait sans condition.L\u2019accord conclu avec Paul Martin en septembre 2004, quant à lui, était conditionnel à la publication par les provinces de données sur le temps d\u2019attente dans leur système respectif.Elles devaient s\u2019engager à réduire «substantiellement» en trois ans ce temps d\u2019attente pour le traitement du cancer et du cœur, pour l\u2019imagerie diagnostique, le remplacement d\u2019articulations et la restauration de la vue.Stephen Harper n\u2019a cure de ce genre d\u2019intrusion dans le domaine de la santé, qu\u2019il estime relever des provinces.«Si les provinces veulent réformer leur système d\u2019une façon coordonnée et s\u2019il y a une façon dont nous pouvons travailler avec elles pour aider les réformes, nous sommes prêts à le faire.Mais nous n\u2019avons pas l\u2019intention d\u2019imposer une vision fédérale sur un système qui est de compétence des autres», a-t-il déclaré lundi dans une entrevue à Radio-Canada.Il s\u2019agit d\u2019une approche complètement différente de celle privilégiée encore aujourd\u2019hui par les ténors du Parti libérai du Canada.Dans son communiqué officiel de réaction à la position de M.Harper, la porte-parole libérale en matière de santé, la députée Hedy Fry, a déclaré mercredi que, «sans partenaire fédéral ni de nouvel accord coopératif sur la santé, les premiers ministres n\u2019ont désormais d\u2019autre choix que de sauver le régime d\u2019assurance-maladie eux-mêmes».Selon Mme Fry, l\u2019approche des conservateurs mènera à un patchwork de systèmes de santé néfaste.«Tandis que le gouvernement libéral précédent a travaillé en collaboration avec les provinces pour élaborer une formule pour l\u2019accord sur la santé de 2004 qui reliait le financement fédéral aux objectifs mutuels, une initiative qui a réduit avec succès le temps d\u2019attente partout au pays, les conservateurs ont plutôt choisi de simplement signer un chèque, une mesure qui pourrait menacer l\u2019universalité même de notre système de soins de santé», écrit-elle.Unilatéralisme financier Les provinces ont surtout dénoncé l\u2019absence de discussion avec le gouvernement de Stephen Harper.C\u2019est en effet à quelques jours de Noel que le ministre fédéral des Finances, Jim Flaherty, leur a annoncé, sans négociation aucune, quels seraient les transferts fédéraux en t m m JACQUES NADEAU LE DEVOIR Ottawa a refusé de discuter des sommes qui seront versées aux provinces au chapitre de la santé.santé pour les 13 prochaines années.L\u2019entente libérale sur la santé se terminera comme prévu en 2014, après quoi Ottawa maintiendra pendant trois années encore le taux de croissance des transferts de 6 %.Ensuite, pour la période 2018-2024, le taux de croissance sera arrimé au taux de croissance de l\u2019économie avec un taux plancher de 3 %.Le ministre québécois des Finances, Rayrnond Bachand, a qualifié le geste de «tout à fait inacceptable».Le premier ministre Jean Charest a parlé de geste «sans précédent».Cet unilatéralisme n\u2019est pas nouveau pour autant.En 2000, les provinces voulaient qu\u2019Ottawa ramène immédiatement à 18,7 milliards (son niveau de 1994-1995) le transfert qu\u2019il avait réduit à 15,5 milliards.Jean Chrétien a refusé de verser un seul dollar la première année, et a offert 18,3 milliards l\u2019année suivante.L\u2019implacabilité fut plus importante encore à la rencontre fédérale-provinciale de 2003.Le premier ministre québécois d\u2019alors, Bernard Landry, en était sorti en lançant: «La souplesse que nous avons eue au chapitre normatif s\u2019est transformée en une rigidité difficile à accepter au niveau dç la hauteur (ju financement.» Son confrère de l\u2019Ile-du-Prince-Édouard, Pat Binns, parlait de l\u2019approche «à prendre ou à laisser» de Jean Chrétien.En effet, M.Chrétien n\u2019avait à peu près pas bonifié sa position de départ.Les provinces réclamaient une bonification de 32 milliards de dollars sur quatre ans, M.Chrétien prévoyait en verser 11,4 milliards et leur en a consenti finalement 12.Frustrées de l\u2019intransigeance fédérale, les provinces avaient refusé de signer une «entente», préférant parler d\u2019un «arrangement».Pour faire pression sur ses homologues, M.Chrétien avait fait écrire par son entourage un discours dans lequel il annonçait aux journdistes l\u2019échec de la rencontre sur la santé.«Pour ceux qui veulent s\u2019entendre, l\u2019argent est mis de côté.Pour en profiter, qu\u2019ils viennent s\u2019entendre avec nous», disait à peu près ce discours.Il l\u2019avait fait parvenir au premier ministre ontarien Ernie Eves pour bien lui faire comprendre qu\u2019Ottawa ne verserait pas un sou de plus.Les provinces avaient demandé à M.Chrétien 30 minutes pour analyser sa proposition.Une heure plus tard, n\u2019ayant pas obtenu de réponse, Jean Chrétien faisait parvenir à M.Binns une note manuscrite.«Pat, je vous ai accordé 30 minutes.C\u2019était il y a une heure, fe vous donne cinq minutes.C\u2019est oui ou c\u2019est non?Chrétien.» Ce fut oui.Mais pas avec le sourire.Le Devoir B 2 LE DEVOIR LES SAMEDI 21 ET DIMANCHE 22 JANVIER 2012 PERSPECTIVES «Tout agent public est tenu de garder le secret sur les activités et l\u2019organisation delaDCRI» Le «FBI à la française» Pris au piège de ses secrets LAURENT BORREDON Ce devait être le «FBI à la française», la vitrine prestigieuse et efficace du renseignement hexagonal.La Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI), créée en 2008 par la volonté de Nicolas Sarkozy, est aujourd\u2019hui accusée d\u2019être la «police politique» du chef de l\u2019État dans le livre L\u2019espion du président, des journalistes Olivia Recasens, Didier Hassoux et Christophe Lab-bé (Robert Laffont).Son directeur, Bernard Squarcini, est déjà mis en examen dans l\u2019une des affaires des fadettes du Monde.La DCRI, nid d\u2019espions à la solde d\u2019un pouvoir trop curieux?Que ces accusations \u2014 qui touchent la police depuis toujours en France \u2014 soient avérées ou pas, elles témoignent des dérives de la réforme du renseignement intérieur.La DCRI, installée à Levallois (Hauts-de-Seine), est née d\u2019un simple décret du 27 juin 2008 qui fu-sioimait la direction de la surveillance du territoire (DST, le contre-espionnage) et les renseignements généraux (RG).Les parlementaires n\u2019ont jamais été invités à se prononcer.Mais, en fait de iision, le rapprochement se traduit plutôt par une absorption d\u2019une grande partie des RG par la DST.Le nouvel organisme se voit confier la lutte contre l\u2019espioimage étranger, la «répression des actes terroristes ou visant à porter atteinte à l\u2019autorité de l\u2019Etat», la «surveillance des communications», la surveillance des individus et des groupes radicaux.La DCRI, comme la DST avant elle, mêle renseignement et police judiciaire.Des agents de renseignement rassemblent des informations; si les faits sont répréhensibles et solides, le dossier est transmis à la justice, et l\u2019enquête est confiée à des officiers de police judiciaire (OPJ).Les ingrédients du «FBI à la française» sont donc réunis.Mais la mayoïmaise ne va pas prendre.Plutôt que le grand service du renseignement in-térieiu annoncé, le projet donne finalement naissance à des super-services secrets.Car une grande partie des activités traditionnelles des RG, ce que les policiers appellent le «milieu ouvert» la veille sur les mouvements sociaux, sur l\u2019opinion \u2014 bascule dans une nouvelle sous-direction de l\u2019information générale (SDIG) au sein de la Direction centrale de la séciuité publique (DCSP).Les 3100 policiers de la DCRI ont gardé le «milieu fermé»: le travail sur les «groupes hostiles et potentiellement déviants et violents», comme le décrit le ministère.Une séparation artificielle, dénoncée à l\u2019époque par le syndicat d\u2019officiers SNOP le seul à s\u2019être opposé à la réforme.«C\u2019est très compliqué de faire la différence entre milieu ouvert et milieu fermé, explique l\u2019actuel secrétaire général du syndicat, Jean-Marc Bailleul.Prenez l\u2019islamisme: dans le même lieu de prière peuvent se succéder un imam parfaitement modéré et un radical.» Un domaine est toutefois resté à la DCRI, sous l\u2019autorité directe du cabinet du directeur: la presse.«Need to know» Mais cette séparation milieu fermé-mibeu ouvert permet de justifier l\u2019extension du secret-défense à toutes les activités de la DCRI.Le décret de 2008 prévoit que «tout agent public est tenu de garder le secret sur les activités et l\u2019organisation de la DCRI».«Ça peut jeter la suspicion sur le service», regrette M.Bailleul.«Les personnels de la DCRI recourent volontiers, peut-être abusivement, au confidentiel ou au se-cret-^fense afin de justifier leur refus de transmission de données à leurs collègues du SDIG», critique Jean-Jacques Urvoas, secrétaire national du PS chargé des questions de sécurité, dans une note pubbée le 20 janvier par la fondation Jean-Jaurès.Èt puis il y a également le «need to know», hérité de la CIA, un autre principe de la DST généralisé à la nouvelle DCRI.Selon les règles de ce qui est devenu le «besoin de coimaître», les petits ne savent du dossier que ce qu\u2019ils ont besoin de connaître poiu effectuer une tâche précise.Ils ne sont pas informés de l\u2019ensemble.«On vous dit de surveiller le n° 15 d\u2019une rue, pour vérifier si un homme avec un chapeau rouge va sortir.Si l\u2019homme en question sort du n° 16 avec un chapeau noir, vous ne pouvez pas le savoir», explique un policier.«Les collègues disent: \u201cNous sommes passés de policiers à espions\u201d», résiune un ancien des RG, Yaimick Daitio, délégué national du sjmdicat Unité-SGP (majoritaire chez les gardiens de la paix).La DCRI a également importé les méthodes d\u2019investigation du contre-espionnage, avec des services dédiés à certains types d\u2019opérations «spéciales»: effractions, écoutes, siuveillance informatique.Des méthodes que les policiers jugent indispensables poiu lutter contre le terrorisme.Mais dans im système aussi cloisoimé, tous les fantasmes \u2014 et les dérives \u2014 sont possibles.«On ne pourrait pas demander de basses besognes sans que ça se sache, assure toutefois Patrice Ribei-ro, secrétaire général du syndicat Synergie, majoritaire chez les officiers de la DCRI.Dans un groupe de fonctionnaires, il y a des natures antagonistes, des convictions philosophiques, politiques, syndicales différentes.Existence d\u2019un caUnet noir n\u2019est pas envisageable.» Une analyse d\u2019ailleius partagée par les auteurs de Despion du président.«Les juges peuvent toujours chercher à Levallois un \u201ccabinet noir\u201d.Ils ne le trouveront pas.» Mais c\u2019est poiu mieux dénoncer «la structure entière qui semble viciée».Ce qui est certain, c\u2019est l\u2019absence de contrôle extérieur, ne serait-ce que parlementaire.«Le mot \u201ccontrôle\u201d est quelque chose qui n\u2019existe pas dans le renseignement en France.Il n\u2019est même pas présent dans les attributions de la délégation parlementaire au renseignement créée en 2007», explique M.Urvoas.Libération PAKISTAN La tentation militaire de bazarder Zardari Le président est confronté à la crise du «mémogate», une trouble histoire d\u2019appel à l\u2019aide à Washington LUCIE PEYTERMANN Islamabad \u2014 «Nous ne sommes pas en guerre avec notre armée», a martelé récemment le président pakistanais, Asif Ab Zardari.Si ces propos étaient censés rassurer, c\u2019est raté.Aux prises avec une violente bisurrection islamiste tabbane et empêtré dans une profonde et biédite crise diplomatique avec les Êtats-Uitis, le Pakistan avait tout sauf besoin d\u2019un conflit ouvert entre son gouvernement, très affaibli, et des militaires éprouvés par une année 2011 désastreuse pour leiu bnage.Ces dernières semaines, la traditionnelle rivalité entre le gouvernement et l\u2019armée, qui a rendu le pouvou aux civüs en 2008 mais reste considérée comme rbistitution la plus puissante du pays, a atteint son paroxysme avec l\u2019affaire dite du «mémogate».Asif Àli Zardari est accusé d\u2019avou transmis en mai \u2014 soit juste après le raid américain clandestin qui a tué Oussama ben Laden dans une vüle de garitison du nord du pays \u2014 un mémorandum demandant à Washbigton d\u2019empêcher l\u2019armée de prendre le pouvou.Une accusation très grave dans un pays arc-bouté sur sa souveraineté et volontiers antiaméricabi.Et un souci de plus poiu un gouvernement déjà très bnpopu-laue, accusé de corruption et d\u2019incapacité à mener les réformes nécessaires pour sortir le pays d\u2019une crise économique et énergétique profonde.La cote d\u2019Asif Ali Zardari, veuf de Benazir Bhutto, la première mbiistre assassinée fin 2007, est au plus bas depuis son accession au pouvou en 2008.Le gouvernement est aussi de plus en plus pressuré par la justice du pays.Cette semaine, la Cour suprême du Pakistan a sommé le chef du gouvernement, Youssuf Raza Gilani, de comparaître jeudi, lui reprochant de ne pas avou rouvert les procédures judiciaues pour corruption visant Asif Ab Zardari.La semabie dernière, c\u2019était l\u2019armée qui rappelait vivement à l\u2019ordre Youssuf Raza Gilani, en le prévenant que ses récents propos critiquant les duigeants mibtaues poiuraient avoir des «conséquences douloureuses pour le pays».Cette noqvelle escalade a coûté son poste au secrétaue d\u2019État à la Qéfense, renvoyé poiu avoir, selon les médias d\u2019État, «créé des malentendus» entre le gouvernement et l\u2019armée.Après une aimée 2011 aux abures de série noire, l\u2019armée a, selon les observateurs, des envies de revanche.Fbi janvier, un agent de la CIA, Rajunond Davis, tue en plein jour à Lahore (est du pays) deux personnes qui s\u2019apprêtaient selon lui à l\u2019attaquer.Deux mois plus tard, b quitte le Pakistan à la suite d\u2019un accord financier avec les famibes des victimes, enflammant le sentiment antiaméricabi dans tout le pays et laissant un goût pour le moins amer dans les rangs des forces de sécurité.Le 2 mai, le raid nocturne américain contre Ben Laden, découvert à deux heures de route de la capitale, Islamabad, humilie profondément l\u2019appareü sécuritaire pakistanais, accusé par l\u2019Occident de jouer un double jeu.Fbi novembre, enfin, l\u2019OTAN bombarde deux camps mibtaires pakistanais près de la frontière afghane, une bavure qui coûte la vie à 24 soldats.Islamabad demandera en vain des excuses à Washington.Complot Pour la première fois, la capacité de l\u2019armée à défendre le pays a commencé à faue débat dans la société et dans les médias pakistanais, en plus des habituels reproches d\u2019abiance trop poussée avec les Américabis.Même si elle reste malgré tout considérée comme rbistitution la plus stable du pays et ne montre pas de signes inquiétants de divisions.«Les forces armées sont très disciplinées», a expliqué à Libération un haut responsable sous couvert d\u2019anonymat.«Oui, l\u2019armée \\ FAROOK NAEEM AEP Le président pakistanais, Asif Ali Zardani peut compter dans ses rangs des courants radicaux, mais c\u2019est parce qu\u2019elle est une représentation de la société», ajoute-t-il.Malgré tout, le commandement militaire est sur la défensive.Pour preuve, les échanges tendus entre, d\u2019un côté, le premier mbiistre Güani et, de l\u2019autre, le chef d\u2019état-major de l\u2019armée, le général Ashfaq Kayani, considéré comme l\u2019homme fort du pays, et Shuja Pasha, chef de l\u2019ISI (les redoutés services secrets pakistanais).«Les responsables de l\u2019armée sont en colère et très frustrés; c\u2019est pourquoi ils utilisent le mémogate pour faire pression sur le pouvoir civil, pour donner à penser qu\u2019il y a un complot contre l\u2019armée», analyse Hasan As-kari, expert en matière de défense.Cette crise pobtique aiguë nourrit de-pujs des semabies les rumeurs de coup d\u2019État mibtaue.Après l\u2019indépendance du Pakistan, en 1947, le pays a été dbigé durant la moitié de son histoire tumultueuse par des généraux putschistes et le reste du temps par des gouvernements civils étroitement cornaqués par les chefs mibtaues.Selon les experts, aucune décision majeure dans la seule puissance mbitaue nucléaue du monde musulman ne se prend sans l\u2019aval de l\u2019armée, quand ebe ne les dicte pas.Toutefois, pour une majorité d\u2019analystes à Islamabad, l\u2019armée, qui a amélioré son bnage auprès du pubbc en n\u2019bitervenantpas duec-tement dans les affaues pobtiques ces dernières années, n\u2019a pas intérêt à revenu au pouvou dans les conditions actuebes.Cricket Le pays a besoin de mesures économiques et fiscales aussi draconiennes qu\u2019impopulaues.Il faut également renégocier les termes de la relation avec les États-Unis et faue face à la radicalisation du pays et aux divers groupes rebelles, dont ceux du Mouvement des talibans du Pakistan (TTP), albé à al-Qaïda.En outre, le contexte social est explosif, une majorité de la population étant excédée par la grave crise énergétique et par la dégradation des conditions de vie.Des manifestations violentes contre les bicessantes coupures de gaz ont ainsi eu beu à travers le pays ces dernières semabies.«Darmée sait tout ça et elle préfère faire porter la responsabilité de mesures impopulaires au pro- « Nous sommes déjà débordés par le terrorisme et la situation sécuritaire ; on ne peut pas se permettre de gouverner en plus » chain gouvernement civil», relève l\u2019analyste pobtique Najam Sethi.«Nous sommes déjà débordés par le terrorisme et la situation sécuritaire; on ne peut pas se permettre de gouverner en plus», assure également le haut responsable sécuritaue.Il s\u2019agit pour les mbitaues de montrer à la communauté internationale sa bonne volonté de donner une chance au pouvou civil.Le pays a changé depuis le coup d\u2019État du général Pervez Moucharraf, en octobre 1999: il a connu une évolution pobtique capitale, la restauration d\u2019un système judiciaue fort, l\u2019avènement de médias puissants, et les partis politiques exigent le contrôle de l\u2019armée par le pouvoir civil.«Pour la première fois dans l\u2019histoire du pays, tous les acteurs clés du pouvoir civil (président, premier ministre, opposition, médias, société civile) sont sur la même longueur d\u2019onde, et aucun d\u2019eux n\u2019acceptera un coup d\u2019Etat militaire», estime Najam Sethi.Selon des experts, l\u2019armée va mabite-nir une pression énorme sur l\u2019actuel gouvernement, voue faue tout son possible pour provoquer la démission pro-chabie d\u2019Asif Ab Zardari, englué dans le mémogate et plusieurs affaues de dé-tournement de fonds présumé.La tenue d\u2019élections législatives anticipées en 2012 (au bep de 2013) est de plus en plus souvent évoquée.A l\u2019avenir, l\u2019armée ne souhaiterait pas non plus être associée au chef de l\u2019opposition et ex-premier ministre Nawaz Sharif, à qui ebe ne fait pas confiance.Selon plusieurs analystes, les mibtaûes s\u2019bitéres-seraient plutôt à la nouvebe étoüe montante de la pobtique pakistanaise: Imran Khan, ancien capitaine de l\u2019équipe nationale de cricket championne du monde en 1992 et chef du parti d\u2019opposition Mouvement pour la justice (JTI).Promettant d\u2019éradiquer la corruption, ü draine les foules lors de ses rassemblements, mais les doutes persistent sur sa capacité à rassembler et dbiger le pays.De son côté, Moucharraf, en exb volontake depuis plus de trois ans, vient d\u2019annoncer son retour pour fin janvier et envisage de participer aux élections, malgré les menaces d\u2019arrestation pesant contre lui.Un fardeau supplémentake sur les fra-gbes épaules du gouvernement d\u2019Islamabad.Libération La Croatie mise sur l\u2019UE pour oublier ses plaies Vingt ans après la guerre, même le bastion nationaliste d\u2019Osijek penche pour l\u2019Europe, la veille d\u2019un référendum national sur l\u2019adhésion HELENE DESPIC-POPOVIC Osijek \u2014^Après Vukovar, dont ebe n\u2019est séparée que par une quarantaine de kilomètres de plabie, Osijek est sans doute la vibe de Croatie qui a le plus souffert de la guerre consécutive à l\u2019éclatement de l\u2019ex-Yougoslavie (1991-1995).Quoique rénovée, cette vble de 90 000 habitants, la quatrième du pays, affiche encore des lapdes meurtries par des bnpacts de babes et des écMs d\u2019obus.«Un beau pays plein de cicatrices», aiment à dire ses habitants à l\u2019heure oû la Croatie, qui a fêté ce week-end les 20 ans de sa reconnaissance internationale, se prépare à voter demain par référendum pour ou contre l\u2019adhésion à I\u2019Union européenne, prévue en juillet 2013.Sept cents civils tués dans les bombardements de l\u2019automne 1991, autant de combattants morts sur les lignes de front, à moins de deux kilomètres de la capitale économique de la Slavonie.Les souverainistes s\u2019biterrogent: valait-b la peine de tant souffrir afin d\u2019échapper à la tutelle de Belgrade pour finir sous celle de Bruxebes?Parmi eux, Daniel Srb, le président du Parti croate du droit (HSP), une formation ultranationaliste qui, au sortu de la ^erre, a dbigé pendant plusieurs années la mairie d\u2019Osijek.Il est catégorique: «Les unions n\u2019ont jamais profité à la Croatie, pas plus l\u2019Autriche-Hongrie que la Yougoslavie.» Populiste Mais 20 ans sont passés, ejt ce radicalisme ne convainc plus les électeurs.A l\u2019inverse du pays, passé à gauche aux législatives de décembre, la région est restée à droite, mais cette droite-là s\u2019est transformée en un parti régional qui mobbi-se davantage sur les questions locales \u2014 comme l\u2019agriculture ou les yoies de communication \u2014 que sur celles de l\u2019État ou de la nation.Le gouverneur de la région, Vladimir Sisljagic, chef de l\u2019Union démocratique croate de Slavonie et de la Baranja (HDSSP), au pouvou localement, n\u2019accuse pas l\u2019Europe: «Si notre économie n\u2019est pas prête, si nos paysans ne savent pas comment accéder aux fonds européens pour l\u2019agriculture, ce n\u2019est pas la faute de Bruxelles, mais celle de notre gouvernement.» Avec des accents de tribun un rien popu-bste, ce chuurgien et professeur de médecbie vi-bpende Zagreb: «Lorsque nous avons réclamé une loi pour légaliser les bâtiments de ferme construits sans autorisation dans 95 % des exploitations familiales, un document sans lequel nos fermiers ne pourront pas déposer de projets à Bruxelles, le gouvernement a pris des mesures qui ont favorisé les propriétaires de villas en bord de mer et non pas les agriculteurs.» Entreprise criminelle Sous la pression de Bruxebes, le pays a déclaré la guerre à la corruption, un processus qui a coûté son poste et sa liberté à Ivo Sanader, le chef du gouvernement croate qui avait ouvert en 2005 les négociations d\u2019adhésion avec l\u2019Union européenne.L\u2019ex-premier ministre comparaît depuis des mois devant Injustice pour corruption et détournement de fonds, des méfaits qui sont aussi reprochés à de nombreux membres de son équipe et de son parti, la Communauté démocratique croate (HD^, le parti fondé par Franjo Tudjman, l\u2019autoritaue «père de l\u2019indépendance» de la Croatie.Personne n\u2019en veut à l\u2019Union européenne d\u2019avoff contrabit la Croatie à combattre la corruption.On lui reproche par contre d\u2019avok mis sur la tpble les crimes de guerre commis par le jeune État contre les civils serbes, et d\u2019avou fait de la poursuite de leurs auteurs une condition d\u2019adhésion.Le Tribunal pénal international pour l\u2019ex-Yougoslavie n\u2019a pas seulement condamné l\u2019an dernier le général Ante Gotovina pour les crimes commis lors de l\u2019offensive «Tempête» \u2014 grâce à laquelle Zagreb a repris en 1995 à Belgrade le contrôle de la Krajina, dans le sud du pays \u2014, mais il a également bnposé une nouvebe lecture de la guerre, en jugeant que l\u2019officier avait participé avec les plus hauts responsables du pays à «une entreprise criminelle conjointe» dont le but étajt de chasser les Serbes de la région.A Osijek, b a fabu bvrer l\u2019enfant du pays, Brani-mir Glavas, condamné à Za^eb à huit ans de prison pour des crbnes commis en 1991 contre des Serbes de la ville.Organisateur des premières milices de la région, numéro 2 du HDZ local puis fondateur du HDSSB en 2005, «Glavas reste aux yeux de la population le défenseur d\u2019Osijek», dit Ivi-ca Vrkic, un ancien duecteur de la télévision à qui la région doit d\u2019avou organisé entre 1995 et 1998 le retour pacifique dans le guon croate de Vukovar et de la Baranja, restés en mabis serbes.Et personne ne trouverait à redue si, dans quatre ou cbiq ans, Glavas, l\u2019ancien patron de la région, venait reprendre sa place, comme si de rien n\u2019était.«Dexécution brutale de ces Serbes, dont un médecin ou le directeur de la poste, était un message pour faire fuir les autres», soubgne le journaliste d\u2019bivestigation Drago Hedl.La part des Serbes dans la population de la ville est passée de 20 % avant la guerre à 6-7 % après la guerre.Mais nul ne veut se demander si c\u2019était un des buts de la guerre.Avec la Serbie voisine, les choses sont plus sbnples.Les relations ont repris, surtout à l\u2019échebe régionale.«Il faut entrer en Europe, ne serait-ce que pour être un ou deux pas devant la Serbie», qui n\u2019a toujours pas le statut de candidate à l\u2019adhésion, s\u2019esclaffe Gordan?Matkovic, le président du conseil municipal, lui-même ancien combattant.De mbitaue, la rivalité s\u2019est déplacée sur le terrabi diplomatique.Libération LE DEVOIR, LES SAMEDI 21 ET DIMANCHE 22 JANVIER 2012 B 3 PERSPECTIVES JACQUES NADEAU LE DEVOIR Le chef du SPVM, Marc Parent, lors du dévoilement de la nouvelle politique sur le profilage racial et social.Pour en finir avec le profilage La nouvelle politique ne fait pas de quartier, mais les forces sur le terrain devront mettre la main à la pâte Le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) a donné un sérieux coup de barre pour enrayer le profilage racial.Les chances de succès de son nouveau plan stratégique dépendent des troupes.BRIAN MYLES Il faut relire l\u2019ancienne politique sur le profilage racial du SPVM, adoptée en 2006, pour voir le chemin parcouru depuis six ans.Le document de 25 lignes proscrit le profilage qui repose «essentiellement» sur l\u2019origine ethnique, il invite les policiers à faire preuve de professionnalisme et de respect dans leurs interventions, il effleure au passage des notions juridiques sans aborder l\u2019épineuse question des sanctions.L\u2019imputabilité diète, quoi.La suite est connue.La direction du SPVM a nié l\u2019importance du pro-filage racial, ramenant toujours les écarts de conduite à une série de gestes isolés.Il aura fallu l\u2019affaire Villanueva, des enquêtes internes et externes sur la sur-représentation des Noirs (les jeunes en particulier) dans les interpellations, des appels du pied de la société civile, plusieurs reportages dans les médias et deux enquêtes de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse du Québec (CDPDJQ) siu le profilage (racial et social) pour que le SPVM accepte enfin de se regarder dans le miroir.Sous l\u2019impulsion du nouveau directeur, Marc Parent, et du chef de la Division des relations avec la communauté, Fady Dagher, le SPVM a entrepris une sérieuse réflexion qui a culminé, mardi dernier, avec le dévoilement du nouveau Plan stratégique en matière de profilage racial et social poiu la période 2012-2014.La nouvelle politique fait maintenant près de cent lignes.Elle établit clairement les distinctions entre le profilage criminel (légal) et le profilage racial et social (illégal).La nouvelle définition du profilage racial est calquée mot pour mot sur celle de la CDPDJQ.Il n\u2019est plus nécessaire que le profilage repose «essentiellement» sur des facteurs tels que l\u2019origine ethnique d\u2019un suspect pour être jugé illégal.Qn appelle maintenant un chat un chat.Le profilage est interdit, point à la ligne.Un Montréalais est en droit de s\u2019attendre à être interpellé pour ses gestes, non pour ce qu\u2019il est.Les principes juridiques à l\u2019appui de la politique sont tout aussi clairs.Les chartes des droits, la Loi siu la police, le Code de déontologie des policiers et le Règlement sur la discipline interne sont notamment invoqués pour rappeler à tout le personnel du SPVM \u2014 du patrouilleur jusqu\u2019à la haute direction \u2014 qu\u2019il est interdit de fonder une intervention sur la couleur ou l\u2019allure d\u2019une personne.La menace de sanctions est explicite.Un manquement à cette norme de conduite «pourrait constituer une faute disciplinaire et, le cas échéant, entraîner l\u2019imposition d\u2019une sanction».D\u2019éventuels «récidivistes» du profilage pourraient même perdre leur emploi.Derrière les rideaux L\u2019élaboration du nouveau plan a qommencé discrètement, presque en cachette.A partir du printemps 2011, Fady Dagher et son équipe ont tenu des journées de réflexion et de collaboration sur le profilage racial.La première de ces rencontres a eu lieu dans le quartier Saint-Michel.Patrouilleurs, élus municipaux, jeunes et travailleurs communautaires ont été confrontés les uns aux autres.«Le profilage racial, c\u2019est le petit frère du racisme», a dit un jeune se plaignant de harcèlement des policiers.«Je n\u2019ai jamais entendu un policier dire: je m\u2019excuse», a-t-il ajouté.En revanche, des patrouilleurs ont fait valoir qu\u2019ils étaient traités eux aussi «comme du poisson pourri» et qu\u2019ils devaient répondre à des appels de citoyens pratiquant eux-mêmes.du profilage.Fady Dagher raconte souvent une histoire, véridique, au sujet d\u2019une dame qui avait composé le 911 pour se plaindre que de jeunes Noirs se battaient à coups de bâtons dans son quartier.Quand les patrouilleius sont arrivés sur les lieux, les jeunes étaient en furie contre eux, et pour cause.Ils jouaient simplement au hockey dans la rue.Il a fallu que le policier leur explique qu\u2019il n\u2019y était pour rien en leur montrant la nature de l\u2019appel d\u2019iugence (expurgé des données nominatives) pour désamorcer la crise.Au petit jeu de l\u2019escalade, personne ne gagne.C\u2019est poiuquoi le SPVM invite ses policiers et les citoyens à s\u2019engager dans une relation de respect mutuel et réciproque, un discours qui semble plaire à la Fraternité des policiers de Montréal.Son président, Yves Fran-cœiu, a martelé que le respect n\u2019est pas une valeur à sens unique dans un message à peine voilé à l\u2019intention des délinquants, petits ou grands.Le SPVM ne poiura jamais améliorer le civisme ou la politesse de la population, mais il peut au moins outiller ses policiers pour renforcer leurs valeurs de tolérance et d\u2019ouverture.Le plan est truffé de notions de base empruntées à la sociologie et aux études culturelles sur les préjugés et les stéréotypes.C\u2019est par la formation continue que le SPVM veut amener le policier à une prise de conscience de soi, de ses préjugés et de ses stéréotypes, et de leurs effets sur l\u2019autre.«Les préjugés et les stéréotypes traduisent une aversion ou une peur de l\u2019autre en raison de sa différence, et ils ont d\u2019importants effets négatijs sur la victime», affirme le plan, dont l\u2019un des buts avoués est d\u2019éviter le développement «d\u2019une culture du repli» au sein de la police.Du temps et du courage Le plan a reçu un accueil généralement positif, bien que subsiste une bonne dose de scepticisme.Entre autres, la Commission des droits de la personne se demande comment le SPVM pourra mesurer l\u2019ampleur du problème et l\u2019évolution des pratiques policières s\u2019il ne procède pas à la collecte des données sur l\u2019origine ethnique des personnes interpellées.A ce sujet, Fady Dagher cite le cas de ses propres enfants.«Avec un nom comme Dagher, on va toujours leur demander, même dans 20 ans, quelle est leur origine s\u2019ils se font arrêter?Ça n\u2019a pas d\u2019allure; ils sont nés au Québec.» Le SPVM craint de contribuer à une forme de discrimination en colligeant des données sur l\u2019origine des suspects.«On va constamment projeter les citoyens dans leur pays d\u2019origine au lieu de les considérer comme des Canadiens de première classe», craint-il.Le plan du SPVM réfute l\u2019idée que la collecte de données soit un mal nécessaire.L\u2019inspecteur Dagher reste cependant ouvert à l\u2019idée d\u2019une collecte sélective et occasionnelle afin de mener des « Les préjugés et les stéréotypes traduisent une aversion ou une peur de l\u2019autre en raison de sa différence » projets de recherche.«Le statu quo sur la collecte de données, ce n\u2019est pas une bonne idée, dit-il.Il faut trouver une manière de faire une évaluation et d\u2019avoir une image exacte de nos actions.» Fady Dagher fonde ses espoirs de changement sur la bonne foi des policiers.En faisant de la lutte contre le profilage racial ou social une responsabilité partagée, dans toute la hiérarchie, le SPVM espère que les policiers ou leurs superviseurs ne détourneront pas le regard lorsqu\u2019ils seront témoins d\u2019interventions illégales (ou de «comportements inappropriés», selon l\u2019expression consacrée).«On espère que les policiers poseront des gestes d\u2019autorégulation entre eux, explique Fady Dagher.Quand un policier se fait reprendre pas son confrère, c\u2019est extrêmement puissant, encore plus puissant qu\u2019une sanction ou l\u2019intervention d\u2019un tiers.» C\u2019est un pari audacieux que cette profession de foi à l\u2019égard des policiers.Ce faisant, la direction du SPVM place le succès ou l\u2019échec du plan entre les mains de ses troupes.à qui l\u2019on promet des sanctions disciplinaires s\u2019il y a des manquements.C\u2019est à la fois la plus grande force et la plus grande faiblesse de ce plan mi-volontariste, mi-coercitif.«Ça ne va pas se faire demain.Ça va prendre du temps et du courage», avoue Fady Dagher.Pour être certain d\u2019avoir l\u2019oreille de ses troupes, le SPVM a parsemé le plan de références à l\u2019importance de maintenir et d\u2019améliorer le sentiment de confiance de la population à l\u2019égard de la police.Le profilage «jette une ombre sur l\u2019organisation tout entière», rappelle-t-on.Une mauvaise intervention, pour les mauvaises raisons, peut faire tache d\u2019huile.Elle affecte non seulement la «victime» de profilage, mais aussi son entourage, voire les membres de son groupe d\u2019appartenance.Le policier doit en prendre conscience, traiter le citoyen comme il souhaite lui-même être traité, et prendre le temps de lui expliquer la nature de son intervention.«Du respect naît la confiance.[.] Pour mériter la confiance et le respect des citoyens, il nous faut prévenir et contrer les comportements qui causent préjudice aux citoyens et qui nuisent à la qualité du travail policier», affirme le plan stratégique.Le plan établit subtilement un lien indissociable entre le comportement des policiers et le sentiment de confiance et de sécurité de la population.Sa mise en application constitue même «une étape cruciale» dans la consolidation de cette relation.La stratégie pourrait porter fruit, pour autant que les fautifs soient réellement sanctionnés et encadrés, car aucun policier ne souhaite patrouiller dans une ville où il aurait perdu la confiance et le respect de la rue.Le Devoir Extraits du Plan stratégique en matière de profilage Profilage criminel: Le profilage criminel est ime pratique policière légitime utilisée pour identifier un suspect (peu importe ses caractéristiques visibles) ; cette pratique est exercée à la suite de l\u2019obtention de rensei^ements reliés à une activité criminelle qui aurait été commise par ime personne (ou des personnes) répondant à ime certaine description et dont les comportements (modus operandî) auraient été observés avant, pendant ou après la perpétration d\u2019une infraction.Profilage racial: Le profilage racial désigne toute action prise par une ou des personnes d\u2019autorité à l\u2019égard d\u2019une personne ou d\u2019un groupe de personnes, pour des raisons de sûreté, de sécurité ou de protection du public, qui repose sur des facteurs tels que la race, la couleur, l\u2019origine ethnique ou nationale ou la religion, sans motif réel ou soupçon raisonnable, et qui a pour effet d\u2019exposer la personne à un exa- men ou à un traitement différentiel.Le profilage racial inclut aussi toute action de personnes en situation d\u2019autorité qui appliquent une mesure de façon disproportionnée sur des segments de la population du fait, notamment, de leur appartenance raciale, ethnique ou nationale ou religieuse, réelle ou présumée.Profilage social: Le profilage social se définit comme étant une action prise par une ou des personnes en autorité à l\u2019égard d\u2019une personne ou d\u2019un groupe de personnes, pour des raisons de sûreté, de sécurité ou de protection du public, qui repose sur des éléments de discrimination autre que raciale, énoncés à l\u2019article 10 de la Charte des droits et libertés de la personne (Québec), telle la condition sociale, et qui a pour effet d\u2019exposer l\u2019individu à un examen ou à un traitement différentiel, alors qu\u2019il n\u2019y a pas de motifs réels ou de soupçons raisonnables.Le duel Michel David ^ est à un véritable duel que Pauline Marois a convié Gilles Duceppe hier.Si les partisans de l\u2019ancien chef du Bloc québécois osent remettre son leadership en question au prochain conseil national du PQ, elle est toute disposée à en découdre.Mme Marois n\u2019est pas tombée de la dernière pluie.Son rival ne peut pas dire qu\u2019il va «respecter son choix» de demeurer en poste et ajouter du même souffle qu\u2019il est «disponible» si ses partisans réussissent à la renverser.Entre ces deux-là, il ne peut y avoir aucun lien de confiance.Au printemps 2007, ils s\u2019étaient entendus pour s\u2019informer mutuellement de leurs intentions si André Boisclair démissionnait, mais M.Duceppe n\u2019a pas respecté le pacte, voulant placer sa rivale devant un fait accompli.Mme Marois ne l\u2019a pas oublié.Elle n\u2019avait certainement pas été dupe de sa lettre de novembre dernier, dans laquelle il l\u2019assurait qu\u2019il ne convoitait pas son poste et lui souhaitait bonne chance pour les prochaines élections.Elle est bien placée pour savoir qu\u2019on ne renonce pas facilement à ses ambitions.Après sa tentative de succéder à René Lévesque en 1985, elle-même a dû patienter pendant 22 ans et s\u2019y reprendre à trois reprises avant de devenir chef.L\u2019histoire pourrait bien se répéter.En 2007, M.Duceppe avait fait une volte-face humiliante faute d\u2019appuis au sein du caucus péquiste, qui redoutait sa poigne de fer.Malgré toute l\u2019inquiétude que peut susciter l\u2019avenir du PQ, il ne semble toujours pas être le bienvenu.Après sa sortie fracassante de la fin de semaine dernière, il était savoureux d\u2019entendre Bernard Drainville dire qu\u2019il avait «absolument» confiance dans sa chef et inviter M.Duceppe à se rallier à elle pour faire l\u2019unité au sein de la famille souverainiste.Son évocation de la disparition prochaine du PQ pouvait difficilement être interprétée comme un appui à sa chef, mais il n\u2019y a rien comme un rival commun pour réchauffer une loyauté vacillante.S\u2019il s\u2019installe sur le trône, M.Duceppe risque d\u2019y rester bien plus longtemps.L\u2019entrevue de M.Drainville au Devoir est un bel exemple de ce que M.Duceppe ne tolérerait pas.Si jamais il devient chef, les députés pé-quistes subiront un véritable choc culturel.Leurs chances de réélection s\u2019amélioreront peut-être, ma,is à quel prix?A en croire les sondages, M.Duceppe pourrait ramener le PQ au pouvoir, mais les impatients qui le croient plus empressé de tenir un référendum que Mme Marois risquent de déchanter.Quand elle avait exposé sa thèse de la «gouvernance souverainiste», basée sur la réclamation de nouveaux pouvoirs, il avait déclaré que c\u2019était «la bonne stratégie» pour le camp souverainiste.«Il importe qu\u2019un gouvernement du Parti québécois fasse avancer le Québec, tout en sachant que notre option, c\u2019est la souveraineté», avait-il expliqué.Autrement dit, en attendant «le moment jugé approprié», M.Duceppe donnerait lui aussi aux Québécois un «bon gouvernement» dans le cadre fédéral.Que ferait-il de la «nouvelle loi 101» promise par le PQ?En matière de langue, l\u2019ancien chef du Bloc n\u2019est pas précisément un faucon.L\u2019idée d\u2019interdire l\u2019accès au cégep anglais aux allophones et aux francophones ne lui sourit pas du tout.Pas plus d\u2019ailleurs que la laïcité intégrale.Marc Laviolette s\u2019est étiré le cou en déclarant qu\u2019il allait soulever la question du leadership au conseil national, mais c\u2019est un pensez-y-bien.Si les délégués se rangent massivement derrière Mme Marois, M.Duceppe devra désarmer.M.Laviolette sait d\u2019expérience que «la madame» ne craint pas la bagarre.Lors d\u2019un conseil national mémorable tenu à Saint-Hyacinthe en mars 2008, Mme Marois avait tenu à débattre du référendum d\u2019initiative populaire avec le président du SPQ libre et elle n\u2019en avait fait qu\u2019une bouchée.Au bout du compte, les partisans de M.Duceppe arriveront peut-être à la conclusion que la guérilla est moins risquée qu\u2019une bataille rangée.La proposition adoptée par l\u2019association de Rosemont, qui a donné à son président le mandat de contester le leadership de Mme Marois seulement si la conjoncture lui paraît favorable, traduit plus d\u2019hésitation que de résolution.Puisque la chef péquiste ne semble pas davantage disposée à solliciter elle-même un vote de confiance pour crever l\u2019abcès, l\u2019affrontement pourrait bien être remis à plus tard.De toute manière, il y aura encore de nombreux sondages d\u2019ici les élections et, s\u2019ils continuent à être aussi mauvais, d\u2019autres défections.Si l\u2019annonce des candidatures de Daniel Breton et de Réjean Hébert a été précipitée pour renflouer le leadership de Mme Marois, cela n\u2019enlève rien à leur qualité.Certes, M.Breton a dû faire un petit acte de contrition pour les méchancetés qu\u2019il a dites au sujet du PQ dans le passé, mais le simple fait que des gens veuillent encore y entrer, plutôt que d\u2019en sortir, a quelque chose d\u2019encourageant.M.Hébert tentera de nouveau sa chance dans Saint-François, mais Mme Marois n\u2019a pas voulu confirmer que M.Breton se présentera dans Rosemont.Si c\u2019est le cas, on comprendra que l\u2019intérêt de la chef péquiste pour une alliance avec Québec solidaire était simplement circonstanciel.mdavid@ledevoir.corn B 4 LE DEVOIR LES SAMEDI 21 ET DIMANCHE 22 JANVIER 2012 EDITORIAL Marois-Duceppe Tirer la ligne Bernard Descôteaux La résilience de Pauline Marois est admirable.Sous pression depuis des mois, elle maintient le cap, résistant jusqu\u2019ici à tous les assauts.Sa décision de demeiuer chef du Parti québécois envers et contre tous avait des allures d\u2019ultimatum à l\u2019endroit de ses adversaires.Soit ils contestent ouvertement sa légitimité, soit ils rentrent dans le rang.On arrive au terme de cette bataille.1 est plutôt facile de décoder le sens de l\u2019intervention de Pauline Marois hier matin, alors qu\u2019elle présentait le ralliement au Parti québécois du néodémocrate et porte-parole du groupe Maîtres chez nous au 2 h siècle, Daniel Breton.Sa légitimité, a-t-elle rappelé, est indiscutable.Elle tient à ce vote de confiance que lui ont accordé 93 % des participants au congrès d\u2019avril dernier.Il appartient à ceux qui en doutent de faire en sorte qu\u2019à nouveau les militants puissent se prononcer.A eux de saisir l\u2019occasion qui se présentera le week-end prochain, alors que seront réunis en conseil national les présidents des associations de circonscription.Cet ultimatum de Mme Marois est le bienvenu.Il est temps que cessent les guerres fratricides et les remises en cause de l\u2019autorité du chef à si brève échéance des prochaines élections.Il est temps aussi pour elle-même.Au-delà de sa capacité à supporter la pression, toutes ces attaques, dont la dernière venue jeudi des deux porte-parole du SPQ libre, Marc Laviolette et Pierre Dubuc, qui ont tenté ~ de dérouler le tapis à l\u2019ancien chef bloquiste, sont inutilement destructrices et atteignent sa J\tlégitimité, quoi qu\u2019elle puisse dire.^\tw II est entendu que, si un nouveau vote de H\tW confiance avait lieu demain, Mme Marois n\u2019obtien- H \\\t\\ 1 drait pas une autre fois un résultat de 93 %.Que se- rait-il?Ce qu\u2019elle dit à ses adversaires, c\u2019est qu\u2019il leur appartient de décider d\u2019exiger un vote le week-end prochain.Son pari est simple.Si un tel vote avait lieu et qu\u2019elle obtenait im résultat situé entre 70 et 80 %, ses adversaires seraient obligés de rentrer dans le rang.Le résultat serait le même s\u2019ils ne demandaient pas de vote de craindre de voir leur chef confirmée.Dans im cas comme dans l\u2019autre, ce serait la fin du débat La possibilité de perdre ce vote existe pour Mme Marois, car les partisans de Gilles Duceppe s\u2019agitent Ils savent que c\u2019est leur seule fenêtre pour obtenir son départ.L\u2019ancien chef bloquiste attend sagement dans les coulisses, mais ses messagers ne font pas dans la dentelle, comme on l\u2019a vu avec les propos mesquins de Marc Laviolette sur «la madame» qui ne passe pas.Se sentait le plaisir de porter ce coup à celle qui a retiré au SPQ libre le droit de diriger son statut de club politique au sein du parti.Gilles Duceppe aurait pu se choisir d\u2019autres estafettes.Ce duel se préparait depuis des mois.Il arrive à son terme.Peu importe qui l\u2019emporte, il laissera des blessures profondes.L\u2019unité entre les deux camps, si elle se faisait pour éviter que le pire ne survienne à la prochaine élection, ne pourra être que factice et temporaire.A moins que le Parti québécois ne sorte victorieux du prochain scrutin, ce qui est loin d\u2019être acquis, les hostilités reprendront dès le lendemain.Il faudra alors que se posent les vraies questions, celles que les militants ne se posent pas aujourd\u2019hui de peur sans doute de la réponse à laquelle ils arriveraient.Débattre des qualités et des défauts du chef est plus rassurant que d\u2019admettre que leur parti est devenu un vieux parti.lan Davidson L\u2019affaire mystérieuse histoire de lan Davidson \u2014 ce policier qui «a trahi ses confrères, sa carrière, son serment», comme l\u2019énonçait hier à LCN un ex-enquêteur du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) \u2014 fascine parce qu\u2019elle n\u2019a aucun sens.Le monde policier et celui de l\u2019espioimage ne manquent pas de taupes ou de traîtres.Mais il est difficile de trouver aussi mystérieux que le cas Davidson.Il y a en lui quelque chose de Raymond Lemorne, le troublant personnage joué par Bernard-Pierre Donnadieu dans le film L\u2019homme qui voulait savoir de George Sluizer.L\u2019homme exemplaire que rien ne permet de soupçonner et qui, sans raison, commet l\u2019invraisemblable, le mal pur.Et qui ne cache pas l\u2019avoir commis à celui qui le pourchasse, sachant distiller ses révélations pour ne pas qu\u2019elles conduisent à son arrestation.Ce film, effrayant, se clôt par une finale terrible.Ici aussi, à Montréal, dans le réel, on a affaire à un scénario effrayant, à la finale terrible.Un homme à la carrière exemplaire qui, mais pourquoi donc?, franchit la ligne alors que s\u2019amorce la retraite.Et qui s\u2019y prend de la façon la plus invraisemblable: en allant frapper à la porte de différents représentants du crime organisé qu\u2019il ne connaît même pas puisque sa spécialité, ce sont les banques de données.Persoime ne le prend au sérieux, au point que son manège sera dénoncé aux policiers, qui seront à leur tour sceptiques.Néanmoins, enquête il y aura.Mais la preuve qui se déploie n\u2019entamera pas le calme de l\u2019ex-policier.C\u2019est que l\u2019affaire ne peut mener à rien.Pourquoi?Parce qu\u2019un procès est impossible à tenir! Même volée, une liste d\u2019informateurs doit pouvoir échapper aux regards des procureurs, du juge, du public.Les policiers tournent en rond: ils ne peuvent accuser lan Davidson.C\u2019est le travail des médias qui signera la fin de ce jeu de l\u2019ombre, qui se clôturera par un suicide, sans note explicative.Qn en parlera encore quelques jours, puis ce sera l\u2019éclipse.Ne restera plus qu\u2019à ajouter le cas Davidson à la liste des pommes pourries, qu\u2019on ne peut totalement éviter dans ce monde trouble de la lutte contre la criminalité.Et pourtant, parce que la vie n\u2019est pas du cinéma, il y a des questions à poser.D\u2019abord à propos des multiples versions de l\u2019histoire qui coulent vers les médias.Quelles informations au juste l\u2019ex-en-quêteur détenait-il?A qui cherchait-il à les écouler?Depuis quand le soupçonnait-on?Pourquoi ne l\u2019a-t-on pas protégé quand on a su que son identité serait révélée sur la place publique?Le chef de police du SPVM, Marc Parent, a promis mardi, donc avant le décès de M.Davidson, que toute la lumière serait faite, mais qu\u2019il s\u2019agit quand même d\u2019un «cas exceptionnel».Disons plutôt que la lumière se déploie dans tous les sens et qu\u2019on a du mal à suivre.Surtout qu\u2019il faut avoir conscience du contexte dans lequel cette taupe-ci fait surface.Depuis maintenant des années, à tort ou à raison, le Québec a le sentiment que la mafia est partout, que les institutions ne savent plus comment s\u2019en protéger et que les enquêtes ne débouchent pas.Il se situe où, M.Davidson, dans ce climat?Est-il un homme seul ou la pièce d\u2019un complexe puzzle?Tout cela mérite explications de la haute direction.Car il serait trop facile de se retrancher derrière un suicide commode.L Josée Boileau LE DEVOIR FONDE PAR HENRI BOURASSA LE 10 JANVIER 1910.FAIS CE QUE DOIS ! Directeur BERNARD DESCÔTEAUX Rédactrice en chef JOSÉE BOILEAU Vice-présidente, finances et administration CATHERINE LABERGE Directeur de l\u2019information ROLAND-YVES CARIGNAN Directeurs adjoints de l\u2019information PIERRE BEAULIEU, LOUIS LAPIERRE, JEAN-ERANÇOIS NADEAU, PAUL CAUCHON Directeur artistique CHRISTIAN TIFEET Directeur, ventes publicitaires JOSÉ CRISTOEARO iBi ÇPêCtAt-iSTfS TU\t/ pEPOtS , I PAMTt'ûUiTf Gilles Duceppe n\u2019a rien compris Gilles Duceppe, qui jongle avec l\u2019idée de devenir chef du PQ, ne semble pas avoir compris les résultats de l\u2019élection fédérale du 12 mai dernier.De nombreux souverainistes comme moi ont voté NDP non pas parce qu\u2019ils étaient soudainement devenus gauchistes, mais au contraire parce qu\u2019ils en avaient plus qu\u2019assez des militants issus du milieu sjmdical et de gauche qui monopolisaient la direction du Bloc québécois.Qn n\u2019a qu\u2019à penser à l\u2019intervention désastreuse de Gérard Larose lors de la dernière campagne fédérale, allons-nous vivre un cauchemar identique lors des prochaines élections québécoises?Cependant, de toute évidence, Pauline Marois est rendue au bout du rouleau et Bernard Drainville est probablement celui qui serait le plus apte à la remplacer.Claude Provost Saint-Bruno, le 20 janvier 2012 Le «monsieur» va trop loin Lettre à Marc Laviolette et à ses acolytes Monsieur Laviolette, votre réponse méprisante à Denis Lessard dans La Presse de mercredi concernant Mme Marois, «elle LETTRES passe pas, la madame», m\u2019est restée en travers de la gorge.Je remercie d\u2019ailleurs Michel David d\u2019avoir abordé la chose dans sa chronique du Devoir de jeudi.Vous êtes-vous rendu compte.Monsieur Laviolette, que vous ne passez pas non plus, depuis fort longtemps, sauf dans votre petit cercle d\u2019activistes?Il y a aussi une autre «madame» qui, elle, ne passe pas du tout dans «le peuple», c\u2019est Lisette Lapointe, le cheval de Troie d\u2019un autre «monsieur», mais ça, vous vous gardez bien d\u2019en parler.Avec des gens comme vous, on peut détruire non seulement un parti, mais aussi un pays.C\u2019est au nom de ce pays dont je rêve que je vous demande de cesser vos interventions publiques totalement déplacées et votre travail de sabotage systématique.Matthieu Roy-Décarie Laval, le 19 janvier 2012 Lettre à Pauline Marois Je n\u2019ai jamais compris que vous ne «passiez pas» auprès des électeurs.Vous avez tout le bagage nécessaire pour être première ministre: l\u2019expérience des trois plus importants ministères où vous avez fait du beau travail.Entre autres, vous avez eu le courage de vous attaquer au dossier des commissions scolaires confessionnelles.Dçpuis les années 1970, aucun ministre de l\u2019Éducation n\u2019avait osé mettre un doigt dans ce panier de crabes.Et vous, vous avez réussi à modifier la donne pour que les commissions scolaires soient linguistiques.Chapeau! Vous êtes une personne intègre, intelligente, sensée, et votre détermination est à mes yeux exemplaire.Je considère également que vous avez pas mal plus de charisme que Erançois Legault ou Jean Charest.Vous avez fait quelques erreurs de parcours du point de vue stratégique.mais qui n\u2019en a pas fait?Les journalistes sont en partie responsables de ce qui vous arrive.Ça les fait baver de voir couler du sang et ils vous ont prise pour cible tout en accordant une attention démesurée à Erançois Legault.Moi, je vous dis: envoyez promener tous ces hypocrites et ces opportunistes qui vous entourent.Qn ne veut pas vous donner une autre chance; pensez à vous-même et sortez des miasmes morbides de la politique.Profitez de vos enfants et petits-enfants, lisez, jardinez, voyagez, gâtez-vous.Vous le méritez amplement après tout ce que vous avez fait pour le Québec.Robert Michaud Montréal, le 19 janvier 2012 REVUE DE PRESSE De l\u2019essentiel au futile $621M a year - that's $52 perpeison-toproinde French-language sendees in Ontario» PAGES 4-5 Manon Cornellier La semaine politique a été chargée.Du congrès du Parti libéral du Canada (PLC), la fin de semaine dernière, à la décision américaine dans le dossier Keystone XL en passant par le financement fédéral pour la santé, il y avait matière à commentaires.Malgré cela, certains commentateurs de la presse anglophone ont trouvé le moyen de s\u2019émouvoir davantage pour la double citoyenneté de Thomas Mulcair et le supposé coût du bilinguisme.Ainsi, la publication d\u2019une étude de l\u2019Institut Eraser sur le coût des services bilingues a fait les choux gras de quelques commentateurs du National Post et de la chaîne SunMedia.Et, de toute évidence, personne n\u2019était assez bilingue à l\u2019Ottawa Sun pour éviter les fautes.«C\u2019est cher, n\u2019est pas?[sic]», titrait-on à la une.Lome Gunter, du National Post, s\u2019émeut des sommes en jeu: 2,4 milliards de dollars dépensés aijnueUement par le fédéral et les provinces.A son avis, cela ne vaut le coup que dans deux provinces, le Québec et le Nouveau-Brunswick, où les unilingues de langue minoritaire représentent plus de 1 % de la population.Pour les autres (tous francophones évidemment et moins nombreux souvent à cause de décisions passées destinées à accélérer leur assimilation).Gunter ne suggère rien.Il se contente de faire la liste par province du nombre de personnes s\u2019exprimant uniquement dans la langue de la minorité et s\u2019indigne de voir certaines provinces dépenser des millions pour répondre à une poignée de citoyens, tenant IHJJSLOtSOf red-carpet photos at pour acquis que les francophones bilingues ne comptent pas dans l\u2019équation, comme s\u2019ils n\u2019avaient pas le droit d\u2019être servis dans leur langue.En même temps, il dit que toutes ces politiques sur les langues officielles n\u2019ont rien donné puisque le niveau de bilinguisme n\u2019a pas augmenté dans la population anglophone.Des francophones, il ne dit mot.Mais si le taux de bilinguisme n\u2019augmente pas, cela ne veut-il pas dire que le besoin demeure entier d\u2019avoir accès à des services dans sa langue?^ Q Golden! C\u2019EST CHER, N\u2019EST PASP Question de passeport Candidat au leadership du Nouveau Parti démocratique, Thomas Mulcair a la double citoyenneté canadienne et française.Quelqu\u2019un s\u2019en est rappelé cette semaine et a, du coup, déclenché une petite tempête, en particulier au National Post où on s\u2019est mis à plusieurs pour souligner qu\u2019un aspirant premier ministre devrait avoir une seule citoyenneté et ne porter allégeance qu\u2019à un seul pays, celui qu\u2019il souhaite diriger.Le même discours que la droite et les néodémocrates (ce que plusieurs journalistes se sont plu à souligner) avaient servi à Stéphane Dion à l\u2019époque.Andrew Cojme, en particulier, a repris le flambeau cette semaine en précisant que cela n\u2019avait rien de personnel et qu\u2019il ne contestait pas le droit d\u2019un Canadien de détenir une autre citoyenneté, bien qu\u2019il exprime des réserves.Il note que tout cela n\u2019a «rien de honteux ou d\u2019immoral».«Personne ne peut le forcer à faire passer le Canada en premier», ajoute-t-il, laissant entendre ainsi l\u2019existence d\u2019une ambivalence chez Mulcair.Coyne ne comprend cependant pas qu\u2019on permette à un premier ministre de faire les lois d\u2019un pays tout en ayant juré de respecter celles d\u2019un autre.Une personne qui peut demander le «sacrifice ultime» à ses citoyens devrait être prête à en faire un plus élémentaire, celui de renoncer à toute autre allégeance, car le Canada n\u2019est pas qu\u2019un point sur la carte, mais un «projet moral», dit-il.Il note que, pour être candidate à la direction d\u2019un parti, une personne doit renoncer à toute autre affiliation politique.«Est-ce que cela devrait être différent pour un candidat au poste de premier ministre?Il nous demande de le choisir.Est-ce trop demander de vouloir qu\u2019il nous choisisse?» Santé La dispute entre Qttawa et les provinces au sujet du financement de la santé a provoqué des opinions partagées et tranchées.Il y a ceux, comme Jeffrey Simpson, du Globe and Mail, qui estiment que le fédéral a bien fait de ne pas répéter le grand théâtre qu\u2019on avait coimu sous Jean Chrétien et Paul Martin et de chercher à respecter les compétences des provinces.Ceux encore, comme Gary Mason, toujours du Globe, qui pensent qu\u2019il y a toujours un risque à demander quelque chose: celui de l\u2019obtenir.Les provinces ont toujours protesté contre l\u2019ingérence d\u2019Qttawa?Eh bien, Qttawa répond en disant que le débat est clos puisque l\u2019argent çst maintenant sur la table, sans condition.A l\u2019opposé, il y a ceux, comme Thomas Wal-kom, du Toronto Star, et Erances Russell, du Winnipeg Eree Press, qui tiennent à voir le fédéral assumer un leadership en santé et qui craignent un système de santé à multiples vitesses sous l\u2019impulsion d\u2019un gouvernement conservateur qui ne croit pas, selon Walkom, à un système pancanadien.mcornellier@ledevoir.corn LE DEVOIR LES SAMEDI 21 ET DIMANCHE 22 JANVIER 2012 B 5 IDBES JACQUES NADEAU LE DEVOIR Dans le fond, Pauline Marois a peut-être une chance de s\u2019en sortir.Parti québécois De conspirations et de sauveurs PIERRE BEAUDET ERANÇOIS CYR Respectivement professeur à l\u2019Université d\u2019Ottawa et chargé de cours à l\u2019UQAM es grandes manœuvres pour éliminer Pauline Parois s\u2019inscrivent bien dans une détestable tradition au Québec et au Canada qui maintient le domaine politique dans les mains de petites cliques, de sauveurs suprêmes et d\u2019une vision totalement étriquée et dépassée de nos sociétés.Peut-on être surpris du cynisme ambiant?Nous vivons dans un système politique hérité de l\u2019Angleterre coloniale et élitiste vieux de 200 ans.Dans ce système, le «cheuf» incarne la capacité polu im très petit nombre de persoimes de décider pour la grande majorité, tout en consultant des élites bien placées, opaques, non imputables.Les élections, le parlementarisme, les congrès des partis sont plus ou moins une opération théâtrale où on fait semblant de débattre, de mandater, de décider, alors qu\u2019en réalité le véritable jeu se fait ailleurs.Mais en attendant, comme disent nos amis états-uitiens, «the show must go on».Quand le chef ne fait plus l\u2019affaire, on le débarque, gentiment ou autrement.Très souvent, le chef s\u2019est mis lui-même dans le pétrin.Il (on parle au masculin car, à part quelques exceptions, le chef est toujours im homme) a fait quelques fausses manœuvres qui sont souvent des erreurs tactiques plutôt que des questions de fond.Celles-ci sont rarement mises sru la table parce que, par défiitition, les élites opaques partagent à peu près la même vision des choses: le monde actuel, le monde du 1 %, doit continuer à rouler.L\u2019autre avantage de changer de chef est de créer une sorte de dramaturgie.Le vieux chef est éliminé, le nouveau chef arrive, c\u2019est une catharsis.Autoru de la transition, il y a les «assassins» du chef, ses «défenseurs», et la «populace» Agence métropolitaine de transport qu\u2019on invite comme spectateurs, quitte à lui demander son opinion par sondage.Fin de cycle Qr ce système est maintenant ingérable, en partie parce que les élites en question ne sont plus aptes à gérer le grand chaos qu\u2019elles ont elles-mêmes créé sur les plans économique, social, environnemental, en partie parce que la population, d\u2019une manière relativement impalpable, n\u2019y croit plus.C\u2019est le secret du succès des indignés, qui étaient bien sûr une petite minorité, mais qui ont exprimé ce que la majorité pense: nous sommes 99 %, vous êtes 1 %; et srutout, on en a marre.Depuis plusierus aimées, ce parti qui a incarné l\u2019espoir de changement au Québec navigue de dérives en dérives.Il faudrait (une autre fois) regarder les racines historiques de cette instabilité, mais pour le momenL que se passe-t-il?De toute évidence, on arrive au moment cataclysmique.Les manœuvres sont en cours pour immoler le chef, pour une rare fois la chef.Les raisons invoquées, tout le monde les connaît: elle n\u2019est plus apte à diriger.Par chance, un homme providentiel, comme d\u2019autres sauveurs avant lui, est en coulisse.Il se peut effectivement que cela fonctionne.Après tout, c\u2019est comme cela que ça marche dans notre système.Avec le spin médiatique et les capacités du nouveau chef, le PQ pourra remonter la pente.Jusqu\u2019au prochain crash, au prochain putsch et au prochain drame.Nous ne sommes pas des fans de Pauline Marois eti dans le fond, nous ne sommes pas non plus des ennemis de Gilles Duceppe.Le problème n\u2019est pas vraiment là.D\u2019abord, l\u2019époque des chefs s\u2019achève.Ensuite, l\u2019époque du parti-sauveur-de-la-nation s\u2019achève aussi.L\u2019idée qu\u2019on puisse gouverner comme c\u2019est le cas dans nos démocraties occidentales avec une base populaire très rétrécie (même pas 30 % dans le cas de Harper et de Charest) est insensée.Et l\u2019est encore plus l\u2019idée qu\u2019on va continuer avec une petite élite, en reniant ses mandats, en disant une chose puis en en faisant une autre.A moins que, comme Harper ou Berlusconi, on ne ra- dicalise cette démocratie élitiste en criminalisanL en réprimant, en punissant tout le monde.Quelles sont les solutions?Dans le fond, Pauline Marois a peut-être une chance de s\u2019en sortir.Peut-être pas seulement en opposant aux conspirations d\u2019autres conspirations avec des gardes rapprochées et d\u2019autres élites opaques.Cette culture politique est critiquée (voir les interventions de Lise Payette et de Jean-Pran-çois Lisée).Alors, que faire?Marois et le PQ doivent dire les choses clairement.Le PQ a incarné envers et contre tous les espoirs de changement, mais ce n\u2019est plus le cas aujourd\u2019hui.Ce qui ne veut pas dire qu\u2019il doit mourir.Mais pour survivre, il faut sortir de la boîte.Il y a au Québec en ce moment une crise assez généralisée, qui dans un certain sens dépasse notre société (une crise systémique de grande envergure et de grande durée).Cette crise, cependanp nous pouvons la confronter.Remettre de l\u2019ordre dans l\u2019administration publique veut dire confronter les élites opaques qui agissent en coulisse pour protéger le 1 %, qui pillent nos ressources, qui considèrent les gens comme de vulgaires marchandises à vendre ou à acheter.En passant ce n\u2019est pas Karl Marx qui dit cela, mais Klaus Schwab, le vénérable fondateur du Porum économique mondial, le think tank des élites, justement.Remettre la société en marche, c\u2019est aussi se mettre ensemble.Des énergies, des créativités, des espoirs, il y en a plein dans notre société d\u2019indi-gnés.Qn les voit s\u2019exprimer à travers des initiatives énormes et dispersées qui prennent souvent la forme d\u2019un gros «non» aux efforts désespérés des élites pour consolider leur emprise.Qn les voit s\u2019e^rimer par des projets comme celui de Québec solidaire, qui évite de tomber dans le jeu du grand chef et du votez-pour-moi-et-vous-serez-sauvés.Il y a donc peut-être une fenêtre d\u2019opportunité dans la crise actuelle du PQ si, au lieu de multiplier les conspirations, on cherche dans une autre voie, si on arrête de se prendre pour des «sauveurs suprêmes» qui savent tout.Pour une nouvelle manière de gouverner L MICHEL LEBLANC Président et chef de la direction de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain e changement de garde à la tête de l\u2019Agence métropolitaine de transport (AMT) et l\u2019ouverture démontrée par le gouvernement du Québec pour en revoir en profondeur le rôle et les responsabilités représentent une occasion qui doit être saisie.Nous avons besoin d\u2019une agence plus performante, certes, mais qui reflète également une réalité incontournable: puisque le gouvernement du Québec paie pour les infrastructures, il devrait assumer la pleine responsabilité des travaux.Et le bras agissant du gouvernement du Québec, c\u2019est l\u2019AMT.Qr l\u2019AMT est présentement une société mandataire dirigée par un conseil d\u2019administration formé d\u2019élus municipaux du territoire qu\u2019elle dessert.Il s\u2019ensuit que l\u2019AMT, qui doit prendre des décisions cruciales pour le déploiement du transport en commun et son arrimage aux réseaux locaux, est soumise aux aléas des pressions politiques locales.Un tiraillement qui retarde certaines décisions, entrave son efficacité eL personne ne s\u2019en surprendra, peut mener à des compromis coûteux lorsque vient le temps de construire des infrastructures majeures.De plus, l\u2019AMT combine actuellement le mandat de planifier les transports en commun à l\u2019échelle métropolitaine et l\u2019exploitation du réseau de trains de banlieue, en plus de la maîtrise d\u2019œuvre du déploiement du train de l\u2019Est.Cette multiplicité de responsabilités place fréquemment l\u2019AMT dans une situation conflictuelle avec les partenaires métropolitains du transporp et les différents mandats qui lui sont confiés nécessitent des expertises distinctes, difficilement conciliables.[.] La présidente du Conseil du trésor du gouvernement du Québec, Michelle Courchesne, a annoncé son intention de revoir la gouvernance de l\u2019AMT.Nous l\u2019invitons, aux côtés du ministre des Transports, Pierre Moreau, à procéder à trois ajustements majeurs aux mandats de l\u2019AMT D\u2019abord, il faut lui confier la planification et la mise en œuvre des projets majeurs en transport en commun.Rappelons que, pour la seule période 2012-2020, les projets sur la table dans la région métropolitaine représentent près de 23 milliards de dollars.Ces projets ne doivent pas être constamment soumis aux tractations politiques locales.Ensuite, il faut confier à la Communauté métropolitaine de Montréal les responsabilités rattachées à l\u2019exploitation des trains de banlieue et celles qui en découlent, telles la tarification et la fréquence du service.Ce sont les élus locaux qui sont les mieux placés pour connaître les besoins en desserte de traqsport et la capacité de payer de leurs citoyens.A terme, et toujours dans un souci d\u2019efficacité, nous pourrions également considérer de regrouper les 14 sociétés de transport du territoire métropolitain.Enfin, la nouvelle AMT doit être pilotée par un conseil d\u2019administration majoritairement composé d\u2019experts et de gens dont la compétence sur les questions de transport urbain est reconnue.L\u2019AMT doit certes faire une place aux élus municipaux pour demeurer le reflet de la réalité métropolitaine, mais celle-ci doit être minoritaire.Ce réaménagement des rôles et responsabilités est d\u2019autant plus pertinent que la région vient de se doter pour la première fois d\u2019un plan d\u2019aménagement et de développement du territoire qui permettra de guider la planification du réseau de transport et de structurer l\u2019évolution de la métropole du Québec pour les 20 prochaines années.Mise à mort r> - f' -i Denise ^ Bombardier ien n\u2019est plus mouvant, plus insidieux, plus volatil que les votes de confiance en politique.Madame Pauline Marois se souvient-elle encore de la journée où elle a reçu cet appui quasi unanime, 93 % des voix, de son parti lors du dernier congrès du PQ en avril dernier?Depuis, elle n\u2019a cessé d\u2019être pilonnée, bombardée, piégée, agressée, trahie et déconsidérée, avant tout par les péquistes.A quelques jours d\u2019un conseil national, il n\u2019est plus invraisemblable de croire qu\u2019elle pourrait tirer sa révérence sous les vivats retenus de ses anciens amis, certains honteux et culpabilisés d\u2019avoir réussi le sale boulot.Car c\u2019est toujours un sale boulot que de se débarrasser d\u2019un chef qu\u2019on a déjà plébiscité, à qui l\u2019on a reconnu des qualités, qu\u2019on a défendu devant les adversaires, qu\u2019on a admiré ou prétendu le faire.L\u2019acharnement que les péquistes déploienL encore une fois, pour démolir leur chef dépasse désormais les lois implacables de la politique.Les Québécois sont les spectateurs ahuris d\u2019une vendetta qui a peu à voir avec les divergences légitimes au sein d\u2019un parti et la remise en cause du leadership dans les moments difficiles.Pour reprendre une image évangélique, on veut que Pauline Marois boive le calice jusqu\u2019à la lie.Elle est devenue, en un sens, le bouc émissaire des échecs référendaires, des échecs de ses prédécesseurs qui ont perdu le pouvoir, mais aussi de la désaffection progressive de l\u2019électorat par rapport à la souveraineté.Comment Gilles Duceppe, chef du Bloc québécois battu à plate couture lors des dernières élections fédérales, peut-il revêtir aux yeux de souverainistes aveuglés ou négationnistes les habits d\u2019un sauveur?Comment des leaders en herbe peuvent-ils répandre leur neurasthénie toute baudelairienne sur la place publique en renouvelant du même souffle leur appui à la chef sans tenir compte des dommages collatéraux qu\u2019ils font subir à leur parti exsangue?Comment des figures marquantes du parti peuvent-elles envisager un retour au bercail contre la tête du chef sans plonger un électorat déjà sceptique, voire cjmique, dans un désabusement irréversible?Tous les chefs charismatiques du PQ n\u2019ont pas réussi à mener à bien leur objectif de souveraineté.Tous ont subi les critiques parfois vitrioliques de leurs partisans.Tous sont partis dans des circonstances dramatiques, René Lévesque usé et perturbé, Lucien Bouchard habité par la colère et dégoûté de la politique, Jacques Parizeau blessé à mort, drapé dans sa superbe, et Bernard Landry emporté par un coup de grisou inexplicable.Mais aucun n\u2019a subi les outrages dont on accable Pauline Marois.Et c\u2019est bien là le mystère.Posons l\u2019hjqiothèse que la chef du PQ ait tous les défauts qu\u2019on lui attribue, ce avec quoi nous divergeons, cela va sans dire.Qu\u2019elle soit trop ambitieuse, trop peu souverainiste, qu\u2019elle oscille au gré des pressions, que son jugement politique soit aléatoire, qu\u2019elle ait la poigne autoritaire, que sa vision sociale soit indigente, qu\u2019elle manque de la testostérone qui permet d\u2019éviter des coups fourrés des adversaires, que son intelligence soit déficiente, bref que tout ce que ses frères ennemis lui reprochent soit plausible, la haine qu\u2019elle suscite demeure inexplicable.En fait à travers sa personne, n\u2019est-ce pas le désespoir des péquistes qui est projeté?Car en dépit de tous les discours officiels, de tous les enthousiasmes de circonstance, les péquistes ne sont pas des gens heureux.Le peuple dont ils souhaitent l\u2019émancipation par la souveraineté, mot qu\u2019ils ont dû substituer à celui d\u2019indépendance jugé trop explicite, ce peuple ne répond plus à leurs desiderata.Incompris, douloureux, frustrés qu\u2019ils sont, la chef actuelle leur sert de défouloir.Et peu leur importe, à l\u2019évidence, que cette militante de plusieurs décennies soit blessée.Rien ne lui est épargné.La semaine prochaine, lors du conseil national, Pauline Marois pourrait être tentée d\u2019exiger un nouveau vote de confiance tant sa détermination à ce jour de demeurer en poste semble marmoréenne.Mais faut-il rappeler que le taux, outran-cier rétrospectivement, de 93 % d\u2019appui n\u2019a pas traversé l\u2019été?Et qu\u2019il arrive au cours de la vie politique que la notion de devoir, si chère à ses yeux et sur laquelle elle s\u2019appuie pour rester, ne peut résister au principe de réalité?Qr, c\u2019est tout le cérémonial de sa mise à mort qui est en place, avec ses célébrants, ses aficionados, ses pleureuses officielles, ses renégats et ses partisans sincèrement éplorés.Pour avoir résisté à ce jour à toutes ces attaques à l\u2019intérieur du PQ comme dans les médias, Pauline Marois commande le respect.De plus, elle fait éclater le stéréotype féminin.Sur le plan personnel, une majorité de Québécois se nourriraient d\u2019antidépresseurs et autres calmants et s\u2019enfermeraient à double tour pour fuir ces attaques permanentes qui n\u2019épargnent pas sa personne.Cette femme dans la tourmente démontre une force de caractère sans commune mesure avec celle de nombreux prétendants au leadership passés et éventuels.Qn hésite avant de s\u2019avancer sur le terrain glissant de son sexe.Concédons qu\u2019il y a des façons différentes de mettre à mort un homme ou une femme politiques.Dans ce dernier cas, la cruauté se double de la rectitude politique et de la démesure.L\u2019EQUIPE DU DEVOIR REDACTION Information générale et métropolitaine : Dominique Reny (adjointe au directeur de l\u2019information), Marie-Andree Chouinard (éditorialiste, responsable de la page Idees), Marco Belair-Cinno (general), Jeanne Corriveau (affaires municipales, Montreal), Isabelle Porter (affaires municipales, Quehec)Y^\\&ci D&gh.s&(societe), Jean Dion (sports), Louis-Gilles Francœur (environnement), Dsa-Marie Gervais (education), Pauline Gravel (sciences), Caroline Montpetit (affaires sociales), Brian Myles (justice), Louise-Maude Rioux Soucy et Amelie Daoust-Boisvertf^stïw^eJ , information politique Michel Dav\\A(chroniqueur), Helene Buzzetti et Marie Vastel (correspondantes parlementaires a Ottawa), Antoine Robitaille et Robert Dutrisac (correspondants parlementaires a Quebec), Guillaume Bourgault-Côte et Kathleen Levesque (reporters) , information culturelle Michel Belair (théâtre et cahier Culture), Stéphane Baillargeon (médias), Fredenque Doyon et Isabelle Pare (reporters), Odile Tremblay (cinema), Paul Bennett (pupitre cahiers spéciaux et culturels du week-end), Julie Carpentier (pupitre) , informationéconomique Gerard Berube (adjoint au directeur de l\u2019information), François Desjardins, Eric Desrosiers et Alexandre Shields {reporters), Gerald Dallaire (pupitre) , information internationale Serge Truffaut (éditorialiste), Claude Levesque et Guy 'TaûXeier (reporters) ,A&axi-V\\eTr& Legault (pupitre international, page editoriale et cahier Perspectives) , Diane Precourt (responsable des pages thématiques), Emilie Eohe-Boivm {pupitre) , Jacques Grenier et Jacques Nadeau (photographes) , Michel Garneau (caricaturiste) , Andreanne Bedard, Michele Malenfant et Christine Dumazet (correctrices) , Benoît Munger, Philippe Papineau et Laurence Clavel (pupitre internet), Marie-Pier Erappier et Genevieve Tremblay (commis internet) , Amelie Gaudreau (secretaire a la redaction), Karl Rettino-ParazeUi et Sophy Lambert-Racme (commis a la redaction) DOCUMENTATION GiUes Pare (directeur), Manon Derome (Montreal), Monique Bherer (Ottawa), Dave Noel (Quebec) PUBOClTE , Jean de Billy, Jennifer Boily-Demers, Jean-Erançois Bosse, Marlene Côte, Stephanie Deziel, Amel Elimam, Véronique Langlois, Simon Lanoie, Amehe Maltais, Maria M Motta, Claire Paquet, Chantal RauiviUe, Isabelle Sanchez, Nadia Sebai (publicitaires), Sylvie Laporte, Martine Berube (secretaire) PRODUCTION Christian Goulet (directeur de production), Obvier Zuida (directeur adjoint), Michel Bernatchez, Danielle Cantara, Richard Des Cormiers, Donald Eihon, Yannick Monn, Nathalie Zemaitis INFORMATIQUE Yanick Martel (administrateur Web)(RaxiseX Matthews (technicien informatique) PROMOTION, DISTRIBUTION ET TIRAGE Maxun-Ohvier Leclerc (responsable par interim service a la clientèle), Nancy Beaulieu, Manon Blanchette, Nathalie Eihon, Marie-Lune Houde-Bnsebois , Jean-Robert Divers (responsable promotion) ADMINISTRATION Stéphane Roger (contrôleur), Olena Büyakova (reponsable des services comptables), Claudette Behveau (adjointe administrative), Celme Euroy, Ghislaine Lafleur, Claudine Chevrier, Véronique Page, Monique Proteau B 6 LE DEVOIR, LES SAMEDI 21 ET DIMANCHE 22 JANVIER 2012 PHILOSOPHIE LE DEVOIR DE PHILO Milton Friedman aurait-il eu les bons réflexes face à la crise économique ?Le père des théories «monétaristes», qui aurait eu 100 ans cette année, est peut-être, autant que Keynes, responsable de l\u2019enlisement actuel Deux fois par mois, Le Devoir lance à des passionnés de philosophie, d\u2019histoire et d\u2019histoire des idées le défi de décrypter une question d\u2019actualité à partir des thèses d'un penseur marquant.MARTIN MASSE Vice-président au contenu à l\u2019Institut économique de Montréal et ancien conseiller politique du ministre fédéral de l\u2019Industrie Maxime Bernier Les répercussions de la crise financière commencée en 2007 gontinuent de se faire sentir.Aux Etats-Unis et en Europe, la crise a entraîné le retour en force d\u2019une théorie, le keynésianisme, qui semblait discréditée depuis les années 1970.L\u2019un des principaux opposants à la conception étatiste et interventionniste de l\u2019économie défendue par John Maynard Keynes, Milton Eriedman, mort en 2006, aurait eu 100 ans cette année.Friedman était un farouche partisan du libre marché et il est considéré comme l\u2019un des économistes les plus influents du dernier siècle.Que penserait Friedman des politiques keynésiennes de relance adoptées presque partout à partir de 2008, à savoir les programmes de dépenses des gouvernements et les mesures de création monétaire des banques centrales?Y aurait-il été systématiquement opposé?La réponse n\u2019est pas aussi évidente qu\u2019on pourrait le croire.La logique des plans de relance Pour les keynésiens, le capitalisme est un système économique foncièrement instable qui se retrouve inévitablement en crise à intervalles réguliers.Il suffit d\u2019un choc imprévu pour bouleverser le comportement des acteurs et faire dérailler la croissance économique.Les investisseurs, mus non pas par une évaluation rationnelle des risques et des opportunités mais par un «esprit animal», passent soudainement d\u2019un optimisme aveugle à un pessimisme tout aussi arbitraire.Ce changement d\u2019attitude entraîne un ralentissement de la production, une hausse du chômage et une diminution du revenu des ménages.Les consommateurs perdent confiance à leur tour, épargnent davantage et achètent moins, ce qui fait baisser d\u2019autant la production.L\u2019économie capitaliste ne possédant pas, selon Keynes, de mécanisme pour s\u2019auto-équilibrer, cette spirale peut se poursuivre sans fin, jusqu\u2019à feffondrement total de l\u2019économie.Seul l\u2019État, qui a les moyens de se substituer aux acteurs privés en soutenant la demande globale, peut renverser la situation.En dépensant sur divers programmes et travaux publics, l\u2019État remet en marche les facteurs de production inutilisés.Par ailleurs, en abaissant les taux d\u2019intérêt et en augmentant la quantité de monnaie en circulation, la Banque centrale incite les consommateurs à dépenser et les entre- Keynésiens et monétaristes s\u2019entendent sur un point crucial: la Banque centrale doit, selon le jargon financier, «injecter des liquidités» dans l\u2019économie en période de crise prises à investir.Pour Keynes, l\u2019endettement et l\u2019inflation qui pourraient résulter de ces politiques ne sont pas des menaces préoccupantes.En ce qui a trait au premier volet des plans de relance, Friedman considérait comme non fondée l\u2019idée que les dépenses publiques puissent accroître la demande globale et stimuler l\u2019économie, une présomption qui se concentre uniquement sur une partie de l\u2019équation.Il est facile de comprendre que, si le gouvernement augmente les impôts pour dépenser davantage, les dépenses publiques accrues seront contrebalancées par des dépenses privées moindres.Même lorsque le gouvernement emprunte les fonds, ceux qui les prêtent devront réduire leurs propres dépenses ou prêter moins à d\u2019autres acteurs privés.«Tout ce qui arrive est que les dépenses de l\u2019Etat augmentent et les dépenses privées diminuent», écrit-il dans Capitalisme et liberté, publié en 196^ Pour Friedman, cette propension à hausser les dépenses et à multiplier les programmes en période de récession illustre surtout la domination des courants intellectuels et politiques éta-tistes et n\u2019a servi qu\u2019à alimenter la croissance de l\u2019État tout au long du XX\" siècle.La plupart des programmes prétendument créés pour stabiliser l\u2019économie pendant le New Deal et les récessions subséquentes ont d\u2019ailleurs été maintenus par la suite et les gouvernements ont continué d\u2019accuser des déficits même en période de croissance économique.Friedman n\u2019aurait pas du tout été surpris de constater les résultats mitigés des plans de relance budgétaire mis en œuvre depuis 2008, ni les crises de finances publiques provoquées par l\u2019en-4ettement massif qu\u2019on observe aujourd\u2019hui aux États-Unis et en Europe.1 ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR Martin Masse: «Du point de vue autrichien, les monétaristes, au premier chef Friedman, sont en fin de compte tout autant responsables de la crise, et de son prolongement, que le sont les keynésiens.» La principale contribution de Milton Friedman à l\u2019analyse des cycles économiques est contenue dans sa monumentale Histoire monétaire des États-Unis - 1867-1960, publiée en 1963 en collaboration avec Anna Schwartz.C\u2019est dans cet ouvrage qu\u2019ü établit les bases de sa théorie monétariste.Celle-ci remplacera le keynésianisme en tant qu\u2019or-thodoxie monétaire à partir de la fin des années 1970, quand Paul Volker sera nommé président de la Réserve fédérale.Volker freinera la création monétaire et augmentera de façon draconienne les taux d\u2019intérêt pour mettre un terme à l\u2019inflation galopante des années précédentes, au prix de la récession de 1980-1982.On a surtout retenu des théories monétaires de Friedman son opposition à une hausse trop rapide des prix.A l\u2019encontre des keynésiens qui l\u2019expliquaient de manière très différente, et en accord avec les économistes classiques, Friedman soutenait qu\u2019elle était inévitablement provoquée par une politique monétaire trop expansionniste.Selon sa célèbre phrase: «L\u2019inflation est toujours et partout un phénomène monétaire en ce sens qu\u2019elle est et qu\u2019elle ne peut être générée que par une augmentation de la quantité de monnaie plus rapide que celle de la production.» Le monétarisme offre également une explication des causes de la Grande Dépression.Selon Friedman et Schwartz, si la crise a duré si longtemps, ce n\u2019est pas à cause de l\u2019instabilité inhérente à l\u2019économie de marché, mais plutôt de l\u2019ineptie de la Fed.Selon eux, durant les années 1930, la Fed n\u2019a rien fait pour empêcher \u2014 et a même parfois délibérément provoqué \u2014 une réduction importante de la masse monétaire.Cette politique a entraîné la faillite de milliers de banques et une chute du revenu national et a tué dans l\u2019œuf tout mouvement de reprise écqnomique.A première vue, le monétarisme se présente donc comme une tbéorie qui critique l\u2019action étatique \u2014 les banques centrales étant des monopoles sur la création et la gestion de la monnaie établis par les gouvernements \u2014 et qui défend le libre marché.Paradoxalement, cette explication fait toutefois de Friedman un allié de Keynes sur le plan de la SOURCE RDI L\u2019économiste Milton Friedman n\u2019aurait pas du tout été surpris de constater les résultats mitigés des plans de relance budgétaire mis en œuvre depuis 2008, ni les crises de finances publiques provoquées par l\u2019endeftement massif qu\u2019on observe aujourd\u2019hui aux États-Unis et en Èurope.politique monétaire, le deuxième volet des plans de relance.Quoique leurs évaluations des dangers de l\u2019inflation divergent considérablement, keynésiens et monétaristes s\u2019entendent en effet sur un point crucial: la banque centrale doit, selon le jargon financier, «injecter des liquidités» dans l\u2019économie en période de crise.C\u2019est-à-dire qu\u2019elle doit créer artificiellement de la monnaie de façon à soutenir l\u2019activité économique, à proté- ger les banques de la faillite et à éviter qu\u2019un réajustement temporaire se transforme en récession ou en dépression prolongée.C\u2019est cette politique que le successeur de Volker, Alan Greenspan, mettra en œuvre pendant les 19 années qu\u2019il passera à la tête de la Fed.Chaque fois que l\u2019économie américaine montrait des signes de ralentissement ou que survenait une crise quelconque (krach boursier de 1987, faillite des Savings and Loans, crise mexicaine, crise asiatique, bogue de l\u2019an 2000, attaques du 11 septembre 2001, effondrement de la bulle technologique, etc.), Greenspan appuyait sur l\u2019accélérateur monétaire.Partisan déclaré du libre marché, il s\u2019inspirait non pas de Keynes, mais de Friedman.Lors d\u2019une conférence à l\u2019occasion du 90e anniversaire de naissance de Friedman en 1992, l\u2019actuel président de la Fed, Ben Bernanke, endossait lui aussi l\u2019analyse de Friedman et Schwartz: «Je voudrais dire à Milton et à Anna: à propos de la Grande Dépression, vous aviez raison, c\u2019était nous les responsables.Nous sommes vraiment désolés.Mais grâce à vous, nous ne recommencerons pas.» Depuis 2007, Bernanke a mis en œuvre, sans surprise, une série de programmes d\u2019«assouplis-sement monétaire», autre euphémisme pour désigner la création d\u2019argent à partir de rien.Selon le journaliste américain Penn Bullock, tout laisse croire que Friedman aurait approuvé ces mesures: «Bien qu\u2019il soit vrai que le gouvernement Obama mène une politique de relance fiscale de type keynésien, la Réserve fédérale sous Bernanke a consciemment mis en pratique la leçon de Friedman et Schwartz» sur la nécessité d\u2019accroître la masse monétaire.C\u2019est d\u2019ailleurs la même politique d\u2019assouplissement quantitatif que Friedman avait suggérée de son vivant au gouvernement japonais, lui-même confronté à une crise économique à la suite de l\u2019éclatement d\u2019une bulle immobilière à partir de 1990: «La voie la plus sûre vers une saine reprise économique est d\u2019augmenter le taux de croissance monétaire», écrivait-il en 1997.La critique autrichienne Plus de trois ans après le début de la crise, rien ne semble indiquer que les plans de relance, budgétaire ou monétaire, aient réussi à remettre l\u2019économie sur la voie d\u2019une reprise durable.Pour des keynésiens comme Paul Krugman, c\u2019est une preuve qu\u2019ils n\u2019ont pas été assez ambitieux.Les monétaristes inspirés de Friedman sont, quant à eux, sur la défensive.C\u2019est une autre théorie beaucoup plus intransigeante envers l\u2019interventionnisme étatique qui gagne en influence, celle de l\u2019École autrichienne d\u2019économie, représentée notamment par les économistes Friedrich A.Hayek et Ludwig von Mises.Pour les tenants de l\u2019École autrichienne (qui, malgré leur nom, se retrouvent aujourd\u2019hui un peu partout dans le monde), partisans du retour à l\u2019étalon-or et d\u2019une dénationalisation de la monnaie, c\u2019est l\u2019existence même de la monnaie fiduciaire qui est la source du problème.La création monétaire, à partir de rien est une fraude perpétrée par l\u2019État envers les détenteurs de monnaie, qui entraîne de surcroît une mauvaise affectation des ressources et mène nécessairement à des récessions.Qn ne peut pas, comme le préconise Friedman, régler le problème en ayant recours à ce qui l\u2019a causé en premier lieu.En venant à la rescousse des marchés chaque fois qu\u2019un ralentissement pointait, Greenspan n\u2019a fait que reporter la crise à plus tard et l\u2019aggraver.Ainsi, du point de vue autrichien, les monétaristes sont en fin de compte tout autant responsables de la crise, et de son prolongement, que le sont les keynésiens.La figure la plus connue du courant de pensée autrichien est sans aucun doute Ron Paul, représentant au Congrès et actuel candidat à l\u2019investiture du Parti républicain pour l\u2019élection présidentielle.Auteur d\u2019un essai intitulé End the Fed («Abolissons la Fed»), il avait mis les Américains en garde contre la politique monétaire trop expansionniste et contre un krach éventuel des années avant que celui-ci ne survienne,, comme d\u2019autres commentateurs inspirés par l\u2019École autrichienne.Selon Ron Paul, «Friedman est très, très liber-tarien \u2014 sauf sur les questions monétaires».Presque toute l\u2019œuvre de Friedman visait en effet à défendre la liberté individuelle et le libre marché.Il aurait sans aucun doute dénoncé les plans de relance budgétaire d\u2019inspiration keynésienne mis en œuvre depuis trois ans.Toutefois, si l\u2019on se fie à son enseignement, il se serait rangé du côté des keynésiens en faveur des plans de relance monétaire.Peut-être la présente crise provoquera-t-elle, sur ce sujet, un changement de paradigme en faveur d\u2019une autre école de pensée.Des suggestions, des commentaires?Écrivez à Antoine RobitaiHe: arobitaille@ledevoir.com.Pour lire ou relire les anciens textes du Devoir de philo ou du Devoir d\u2019histoire: www.ledevoir.com/socie-te/le-devoir-de-philo."]
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