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Le devoir, 1910- (Montréal)
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier F
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quotidien
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2012-01-28, Collections de BAnQ.

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[" LE DEVOIR, LES SAMEDI 28 ET DIMANCHE 29 JANVIER 2012 ENTREVUE André Vanasse, un athée béni des dieux Page F 2 LITTERATURE Le Clézio, chasseur d\u2019instants Page F 5 LIVRES E C R V A N A ) 0 A MURDO MACLEOD Les mille automnes de Jacob de Zoet est une intelligente saga subtilement amoureuse, définitivement historique.A la toute fin du XVIP siècle, au comptoir commercial de Dejima, au Japon, des Néerlandais plus loin que le bout de leur monde tiennent comme ils peuvent, à force de diplomatie et de magouilles, les portes de l\u2019Orient ouvertes à l\u2019exportation, étrangers dans un pays qui ne veut rien savoir des étrangers, loin de tout ce qu\u2019ils connaissent.Les mille automnes est un suspense historique zen, une méditation sur 700 pages qui n\u2019exclut pas les rebondissements.CATHERINE LALONDE ai découvert Dejima accidentellement, alors que je cherchais un endroit où manger à Nagasaki, se rappelle, au bout du fil, l\u2019auteur anglais David Mitchell./e ne savais pas lire le nom des rues, je me suis trompé à un stop et suis tombé sur ce musée sur Vancien site du comptoir commercial.Je n\u2019avais pas publié alors, je n\u2019avais même pas terminé mon premier manuscrit, mais j\u2019ai senti qu\u2019un bon sujet de roman flottait là: la rencontre Est-Ouest, les règles auxquelles devaient se plier les Néerlandais dans cette micro-société, au sein de cette Dejima qu\u2019ils ne pouvaient quitter, en contact seulement avec les traducteurs, les marchands, les prostituées.J\u2019ai conservé l\u2019idée.» Les mille automnes de Jacob de Zoet débute par les yeux du clerc de Zoet, tout juste arrivé au Japon en quête d\u2019un brin de fortune.Y vit la colorée peuplade de Djemila, du cuisinier aux esclaves, du savant docteur Marinus aux concubines, en passant par la sage-femme Orito qui fera battre le cœur de Jacob d\u2019impossibles sentiments.L\u2019intrigue, beaucoup plus complexe, se démultiplie, car David Mitchell aime les œuvres chorales, la surenchère narrative, l\u2019intrigue par-dessus l\u2019intrigue par-dessus l\u2019intrigue.Depuis son premier livre.Ecrits fantômes (Points), il additionne chaque fois les temps, les lieux, les personnages.Dans Les mille automnes se trouve aussi une histoire de secte, de frictions culturelles.l\u2019arrivée des Anglais qui veulent prendre Djemila, et beaucoup de temps qui passe.Écrire l\u2019histoire L\u2019auteur joue de plus id le roman historique.«Vous ne pouvez pas changer les événements marquants de la grande histoire, les dates, sinon vous écrirez une \u201csci-fi\u201d relativement historique.Mais vous devez changer et inventer la petite histoire.Et tous les faits de la \u201cmoyenne histoire\u201d, vous pouvez les courber et les transformer.Les petites anecdotes historiques individuelles font de l\u2019extraordinaire fiction, mais leur enchaînement, leur mise en séquence, est pénible, parce que l\u2019histoire bouge trop lentement.J\u2019ai dû l\u2019accélérer pour que le roman trouve sa vélocité.C\u2019était un livre difficile à écrire.Le plus difficile que j\u2019ai eu à faire.» Au téléphone, l\u2019auteur est d\u2019un charme absolu, redoublé par un léger bégaiement humain trop humain, qui le surprend parfois au détour de la conversation.Il pondère les questions, silendeux, avant de se lancer, avec une élégance de phrase et de pensée et une générosité rares.En une douzaine d\u2019années et cinq romans, David Mitchell est devenu un des auteurs britanniques bien en vue.Qu\u2019est-ce qui a le plus changé dans son écriture?«Avec le temps, vous réalisez que l\u2019humain est un petit fagot de thèmes et d\u2019archét^es.Nous sommes, chacun, une collection de thèmes, pas très vaste.En vieillissant, après quatre ou cinq livres, vous les reconnaissez, ces thèmes, déplus en VOIR PAGE F 2 JAPONAIS «Je vois LA PHRASE ÉCRITE SEMBLABLE À LA PHRASE MUSICALE.Les lettres SONT DES NOTES, LES MOTS DES MESURES, LES PHRASES DES FRAGMENTS MÉLODIQUES.» David Mitchell \u2014\tNé en Angleterre en 1969, David Mitchell habite un an en Sicile et huit ans au Japon, à Hiroshima, avant de s\u2019attacher à l\u2019Irlande.Le Japon ou l\u2019Asie reviennent très souvent dans ses textes.\u2014\tSon premier roman.Écrits fantômes, publié d\u2019abord en 1999, se déploie de Hong Kong à Saint-Pd tersbourg, de Londres à Oulan-Bator en Mongolie, à travers les yeux d\u2019une dizaine de personnages, pas tous humains.\u2014\tCartographie des nuages (2004, L\u2019Olivier), son troisième roman, s\u2019apprête à traverser le grand écran.Le film, réalisé par le Torn Tyk-wer de Cours, Lola, cours! et les Wachowski de La matrice, s\u2019appuie sur une distribution toute hollywoodienne.Torn Hanks, Halle Berry, Hugh Grant et Susan Sarandon sont de l\u2019adaptation.Sortie prévue en octobre.Au bord du bassiu «Tandis qu\u2019Orito s\u2019agenouille sur la dalle de pierre placée au bord du bassin afin d\u2019y plonger la louche dans l\u2019eau glacée, l\u2019inclinaison de la lumière produit alors, l\u2019espace d\u2019un instant, un miroir aussi parfait qu\u2019une glace néerlandaise.Orito n\u2019a pas regardé son visage depuis sa fugue de la maison de Nagasaki.Ce qu\u2019elle contemple la choque: cette tête reflétée sur la peau d\u2019argent du bassin est bien la sienne, mais elle a trois ou quatre ans de plus.Qu\u2019est-il arrivé à mes yeux?Ils sont ternes et enfoncés dans leurs orbites.[.] Elle regarde dans l\u2019eau et y reconnaît les yeux d\u2019une prostituée qu\u2019elle avait soignée à Nagasaki, dans un bordel détenu par deux frères à moitié chinois.La fille avait la syphilis, la scrofule, une fièvre pulmonaire et seuls les Neuf Sages savent quoi d\u2019autre encore, mais ce qui l\u2019avait détruite était sa sujétion à l\u2019opium.» Les miiie automnes de Jacob de Zoet de David Mitchell.Éditions Alto F 2 LE DEVOIR, LES SAMEDI 28 ET DIMANCHE 29 JANVIER 2012 LIVRES ENTREVUE Un athée béni des dienx L\u2019éditeur André Vanasse annonce sa sortie JEAN-FRANÇOIS NADEAU Rideau sur quarante ans d\u2019activités littéraires: éditeur depuis 1971, André Vanasse a décidé de s\u2019arrêter.C\u2019est bien décidé: il ne sera plus éditeur au quotidien.Finis les montagnes de manuscrits et le travail d\u2019accompagnement dans la réécriture, parfois sur plusieurs années.«Je vais terminer d\u2019écrire mon roman historique, qui doit paraître en principe chez Hurtubi-se.Et je vais tout de même terminer mon travail d\u2019accompagnement avec deux ou trois auteurs auxquels je suis très attaché et avec qui j\u2019ai amorcé des livres.Mais c\u2019est tout!» Il se consacrera désormais tout entier à l\u2019écriture et à la revue Lettres québécoises, qu\u2019il dirige désormais en famille, avec son fils Alexandre.C\u2019est d\u2019ailleurs dans les fauteuils en cuir de leur bureau commun, boulevard Saint-Joseph à Montréal, qu\u2019André Vanasse reçoit désormais, comme à son habitude tout sourire, volontiers rieur, la poignée de main chaleureuse.«Au début des années 1970, nous étions plusieurs du collège Sainte-Marie à nous retrouver dans l\u2019édition, chez Hurtubise-HMH.Robert Lahaise y dirigeait les Cahiers du Québec.Jacques Allard, avec qui je suis ami depuis 1965, y était aussi, tout comme Georges Leroux, Jean-Paul Brodeur et d\u2019autres.Je n\u2019avais jamais pensé avant me consacrer à l\u2019édition.J\u2019étais professeur.Cela me convenait.J\u2019espérais secrètement écrire quelques livres et, si l\u2019occasion se présentait, f envisageais d\u2019écrire des romans.Mais de là à devenir éditeur!» Chez Hurtubise-HMH, André Vanasse publie pendant une bonne décennie un ou deux titres chaque année, des essais littéraires.Chez Québec/Amérique En novembre 1984, au Salon du livre de Montréal, l\u2019écrivain et éditeur Gilbert Larocque s\u2019effondre.L\u2019auteur de Serge d\u2019gn-tre les morts n\u2019a que 41 ans.Editeur littéraire chez Québec/ Amérique, une maison qui a alors le vent dans les voiles, Larocque laisse un grand vide.Les propriétaires de la maison d\u2019édition, Jacques Fortin et Donald Smith, demandent conseil à Vanasse.Qui pourrait remplacer Larocque?«Ils ont fini par me proposer le poste et j\u2019ai dit Un rêve jamais réalisé?« Pouvoir réussir à pénétrer le marché français comme un vrai pays pourrait le faire.En somme, ne plus être dédaigné pour ce qu\u2019on fait et que nous faisons bien.» oui.Je me souviens alors que Fortin avait dit dans une entrevue qu\u2019il engageait des profs d\u2019université parce qu\u2019il n\u2019était pas obligé de les payer beaucoup.Nous avons rigolé ensemble à propos de mon salaire.Mais nous avions du plaisir à travailler!» En deux ans, il obtient deux Prix du Gouverneur général pour ses auteurs: Patricia Smart et Louis Hamelin.«Je suis un athée, mais je suis béni des dieux!» «Le seul qui n\u2019aimait pratiquement jamais mes titres était Gilles Marcotte.Mais même pour lui, il y avait des exceptions, notamment pour des auteurs comme Claire de Lamirande ou André Brochu.Ma façon de voir le roman n\u2019était pas conforme à la sienne.Sinon, ça allait.Réginald Martel aimait beaucoup ce que je faisais.Le succès d\u2019un livre ne tient pas juste à son auteur ou à son éditeur.Il faut une coïncidence, des circonstances particulières, un milieu favorable.» Sachant cela, qui peut être éditeur?«Un éditeur a pu, autrefois, être une sorte de cow-boy, un gars capable de tirer partout et de bien s\u2019en tirer, un peu journaliste, un peu aventurier, un genre d\u2019Yves Thériault ou d\u2019Ernest Hemingway.Mais aujour- d\u2019hui, il faut une formation en littérature, je crois.Tu peux toujours réussir sans ça.Il y a des nuances.La formation universitaire me semble toutefois nécessaire désormais.» Ua b c de XYZ Après avoir animé l\u2019annuel Livres et auteurs québécois, Adrien Thério fonde le magazine Lettres québécoises en 1976.«Il voulait vendre.Il m\u2019a approché.Gaétan Lévesque, qui avait été mon étudiant, s\u2019occupait déjà de XYZ, la revue de la nouvelle.» Tout ça est mis ensemble.XYZ publiait déjà quelques livres.«On a été admissibles au programme de subvention et la maison a fait un départ fulgurant.» En 1990, XYZ remporte le Prix du Gouverneur général avec La mauvaise foi, le roman de Gérald Tougas.L\u2019année suivante, la maison obtient encore ce prix littéraire avec La croix du Nord d\u2019André Brochu.Soigne ta chute, le livre de Flora Balsano dont Pierre Fo-glia, l\u2019irrévérencieux de La Presse, écrira que «c\u2019est un livre qui entre dans la catégorie des \u201clivres-que-faurais-voulu-écrire\u201d (un sur mille environ)», plane alors au sommet des palmarès de vente.André Vanasse parle toujours avec passion des romans qu\u2019il a publiés alors avec son acolyte Gaétan Lévesque.XYZ a été vendu depuis à Hurtubise, où André Vanasse a continué d\u2019assurer des fonctions éditoriales, même sous la nouvelle direction de Josée Bonneville, son ancienne adjointe.De son côté, Gaétan Lévesque a lancé une maison d\u2019édition sous son nom, avec quelques-uns des anciens auteurs de XYZ.ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR L\u2019éditeur André Vanasse veut se consacrer désormais tout entier à l\u2019écriture et à la revue Lettres québécoises.En vrac En quarante ans d\u2019édition, qu\u2019est-ce qui l\u2019a rendu le plus fier, lui a fait le plus plaisir?«Plusieurs auteurs.Je pense tout de suite à Louis Hamelin, à Christian Mistral, à Sergio Kokis et à Jocelyne Saucier.Mais je pourrais en nommer d\u2019autres.» Son meilleur coup?«Sans conteste la publication de L\u2019histoire de Pi de Yann Martel.Je pensais en vendre 1500.Il faut multiplier ce chiffre au moins par 100.» Des regrets?«Martyne Rondeau [Game Over, Ravaler, Ultimes battements d\u2019eau] et Marie Auger, alias Mario Girard \\J\u2019ai froid aux yeux.L\u2019excision, Le ventre en tête].J\u2019ai vraiment été subjugué par leurs livres.A mon avis, ils n\u2019ont pas reçu l\u2019attention qu\u2019ils méritaient.Je pourrais aussi parler de La rivière du loup d\u2019Andrée Laberge, qui est pour moi unique dans notre littérature dès lors qu\u2019il est question de relations père-fils.» A-t-il des regrets d\u2019avoir vendu XYZ en 2009 au groupe Hurtubise?«Non.Quand j\u2019ai vendu, j\u2019avais le sentiment que l\u2019édition traversait une grosse crise.Je prévoyais que les ventes baisseraient au moins de 20 % en quelques années en raison de la conjoncture.Il y avait et il y a toujours une surproduction, ce qui laissait moins de place pour chacun des titres, en définitive.C\u2019étaient mes prévisions.Ça ne s\u2019est pas passé exactement comme ça.Mais, compte tenu de mon âge et de la perspective que j\u2019avais sur la situation, c\u2019était pour moi le bon moment de me séparer de cette maison.» Un rêve jamais réalisé?«Pouvoir réussir à pénétrer le marché français comme un vrai pays pourrait le faire.En somme, ne plus être dédaigné pour ce qu\u2019on fait et que nous faisons bien.C\u2019est une question de vision: la France croit qu\u2019elle détient la littérature française entre ses mains et ne souhaite pas la partager.Rien de tel dans le monde anglo-saxon.Il faudrait que la France change.D\u2019ailleurs, elle change.Mais je ne sais pas si elle se rend bien compte qu\u2019il existe des écrivains de grande valeur partout en français.Il serait temps que ça change vraiment.» Sa plus grande erreur?Il rigole un peu et lance sans hésiter: «Avenue de Lorimier, un roman d\u2019André Vanasse [1992].' Je n\u2019avais pas été conseillé.Il m\u2019aurait fallu un bon directeur littéraire pour m\u2019encadrer sans complaisance.Un éditeur, c\u2019est important.» Le Devoir JAPONAIS SUITE DE LA PAGE F 1 plus.Ah.Tiens.Encore.Le manque de communication.Le pouvoir.La victimisation.Une certaine nature de prédateur.Je travaille très fort pour importer de nouveaux thèmes, pour élargir la carte de mes obsessions d\u2019auteur, afin de ne pas réécrire encore et encore le même livre, de ne pas céder à cette mort littéraire.» Mitchell poursuit, d\u2019un souffle.«Si vous êtes chanceux et que vous passez au deuxième volet de votre carrière, la pratique très spontanée disparaît.Vous pouvez espérer la remplacer par la technique.Je suis beaucoup plus conscient de ce que je fais qu\u2019il y a une quinzaine d\u2019années.» La partition du roman choral A travers la traduction signée Manuel Berri, le soin accordé au son et au rythme se sent encore.Mitchell s\u2019amuse aussi à rompre ses dialogues, à étirer le temps.«Vous n\u2019éliminez jamais les dialogues, ne serait-ce que parce que les guillemets réveillent l\u2019œil.Je voulais un livre lourd en dialogues, mais il faut encore les casser si vous ne voulez pas avoir l\u2019impression d\u2019être prisonnier d\u2019un dîner mondain, dans une de ces ambiances que Woody Allen excelle à faire au cinéma, quand trois personnes vous parlent en même temps.Ce sont des scènes très belles qui en fiction ne peuvent durer.Il fallait donc que je les casse.Qu\u2019est-ce qui se passe autour, alors?Comment filtre la lumière, quelles sont les odeurs, quel animal passe à l\u2019arrière-plan, y a-t-il des pensées, des sensations qui font contrepoint à ce qui est dit?Cette façon de faire réveille le récit et le structure.Et il y a aussi ces moments de prose style haiku, qui ne sont pas inappropriés dans un livre sur le Japon.» Charles TAYLOR UÂGE SECULIER Jeudi 2 février 19 h 30 Rencontre avec Charles Taylor Philosophe UsNtaulines LIBRAIRIE Animation : Françoise Guénette, journaliste 2661 Masson^ Montréal, Qc Réservation obligatoire : 514 849-3585 Contribution suggérée de 5 $ David Mitchell aime cette idée de suspense zen pour Les mille automnes, rigole en l\u2019entendant, de plaisir et de gêne.«Je vois la phrase écrite semblable à la phrase musicale.Les lettres sont des notes, les mots des mesures, les phrases des fragments mélodiques.C\u2019est pourquoi on doit choisir entre maybe et perhaps si la signification est la même, parce que la façon dont le son dévie est différente.Je crois savoir comment les mots sonnent pour les yeux.Le rythme d\u2019une phrase, sa personnalité, la façon dont on utilise les 500 mots du vocabulaire usuel ou ceux qui sont en dehors, tout ça va changer la saveur musicale.Nous ne lisons pas les mots, adultes, à moins d\u2019avoir un problème de dyslexie.Nous lisons leurs formes.» On croirait entendre un poète.«Le roman m\u2019est trop addic-tif J\u2019aime sa mécanique, sa pagaille, son désordre, l\u2019ingénierie qu\u2019il demande, la lourdeur \u2014 j\u2019aime faire de gros livres, pesants et lourds, avec beaucoup de pages.Look, it\u2019s mine, ail mine», dit-il en prenant soudain la voix du Gollum version filmée.«Les poètes travaillent avec l\u2019air, le silence et l\u2019espace.Ils sont comme des botanistes, des jardiniers: vous pouvez faire pousser un poème, vous n\u2019avez pas tant à le construire.Alors que le roman, vraiment, tient du Lego, avec ses blocs, ses schèmes, son architecture.J\u2019en suis dépendant.» Le Devoir LES MILLE AUTOMNES DE JACOB DE ZOET David Mitchell Traduit par Manuel Berri Alto Montreal, 2011,712 pages ESSAI Perron et la liberté sans haine MICHEL LAPIERRE Canadienne de souche britannique, l\u2019historienne de la littérature Susan Margaret Murphy renouvelle les études sur Jacques Ferron.Anglophone écrivant en français, elle souligne que l\u2019écrivain laisse «entendre une voix intime» qui bouleverse parce que la critique qu\u2019il fait des Anglais n\u2019exclut pas celle des siens.Ambiguë, la lutte ferronienne tient de l\u2019étreinte, le mépris s\u2019y mêle à la sympathie, la résistance n\u2019empêche pas la fascination.Un passage illustre à merveille ce sentiment d\u2019amour-haine que l\u2019écrivain éprouve à l\u2019égard des Britanniques.Il s\u2019agit de l\u2019éloge que Ferron rend, en 1960, à «Durham, le seul Anglais de génie, dit-il, qui nous ait fait l\u2019honneur de sa présence et dont le fameux rapport est un chef-d\u2019œuvre de la littérature politique».Comment ne pas aimer un ennemi qui, dès 1838, comprit notre triste sort et ne pas en être profondément troublés?Le nouveau gouverneur en chef de l\u2019Amérique du Nord britannique déclara sur le Bas-Canada dans son rapport: «Je m\u2019attendais à trouver un conflit entre un gouvernement et un peuple, je trouve deux nations en guerre au sein d\u2019un même État.» En écrivant Le Canada anglais de Jacques Ferron (1960-1970), ouvrage préfacé avec enthousiasme par Jean Marcel, exégète ferronien de longue date, Susan Margaret Murphy ne transforme pas le satiriste en adulateur des Britanniques parce qu\u2019il admire la réflexion de Durham.Elle soutient que l\u2019œuvre de l\u2019écrivain «fait voir» à l\u2019anglophone son «arrogance de vainqueur qui prétend avoir oublié la Conquête mais qui agit toujours en victorieux».Toutefois, dans son livre si documenté, si SOURCE TELE QUEBEC Jacques Ferron (1921-1985), auteur du Ciel de Québec et de tant d\u2019autres contes et romans décapant, l\u2019essayiste signale qu\u2019en 1952 Ferron se réjouit de constater que le Montreal Repertory Theatre a joué Sartre: «Qui a dit que nos compatriotes gênaient notre culture française?Il me semble au contraire que leur présence nous permet des libertés que sans eux nous n\u2019aurions pas.» C\u2019est le même homme qui, en 1959, dénonce «la domination anglaise» à Radio-Canada, dans le syndicalisme, dans le socialisme.Se libérer des Anglais sans les haïr, cette gageure qui traverse l\u2019œuvre ferronienne s\u2019exprime en particulier dans les rapports réels ou fictifs avec le poète et juriste social-démocrate Frank Scott (1899-1985), anglophone progressiste natif de Québec et rompu au français.Dans ses romans, Ferron en fait, sous des noms un peu différents, le personnage mythi- que de l\u2019Anglais (ou de l\u2019Ecossais) susceptible de se fondre de bon cœur dans le peuple québécois.Mais le réel Scott approuve en octobre 1970 les mesures de guerre proclamées par Trudeau.Dans Le ciel de Québec (1969), le romancier l\u2019avait pourtant transformé en François Scot, «cousin» avec qui l\u2019on partage le toit et le pain.Dès 1970, le cours des choses fera du rêve ferronien de s\u2019affranchir du dominateur, en fraternisant avec lui, une poignante tragédie sans issue.Collaborateur du Devoir LE CANADA ANGLAIS DE JACQUES FERRON (1960-1970) Susan Margaret Murphy PUL Quebec, 2011,438 pages LE DEVOIR, LES SAMEDI 28 ET DIMANCHE 29 JANVIER 2012 F 3 LITTERATURE Les ravages de la passion Danielle Laurin Intensité.C\u2019est le mot clé.Intensité de l\u2019écriture, modelée sur l\u2019intensité du désir.Sur l\u2019absolu de la passion.Et sur la nécessité absolue d\u2019en finir avec cette passion, pour sauver sa peau.Bienvenue dans le cauchemar amoureux, version Martine Delvaux.Bienvenue dans Les cascadeurs de Vamour n'ont pas droit au doublage.Pas de répit, pas de faux-fuyants.Pas moyen d\u2019y échapper.Ça va faire mal.«Il a fallu attendre avant de jeter les premières lignes, comme on attend avant de faire Vamour avec l\u2019être qu\u2019on désire et qu\u2019on n\u2019a pas encore touché.» C\u2019est la première phrase du roman.C\u2019est une femme qui écrit.Elle écrit à l\u2019homme qu\u2019elle a aimé, tellement.Qu\u2019elle aime encore, peut-être.Mais qu\u2019elle ne veut plus voir dans sa vie.Qui lui a gâché la vie.Elle lui en veut, tellement.«Je ne te pardonnerai jamais de ne pas être celui que fai aimé.» Ce livre, elle l\u2019écrit comme une longue lettre à celui qui l\u2019a trahie.Il a trahi l\u2019image qu\u2019elle avait de lui, il a trahi ce qu\u2019elle avait cru voir en lui.Il a trahi l\u2019amour qu\u2019elle avait pour lui.Ce livre, comme un questionnement sur l\u2019amour même.Sur le mirage de l\u2019amour.Et sur le manque.Sur le deuil difficile de l\u2019autre.Le deuil impossible de l\u2019amour fou, du désir tatoué sur la peau.Ce livre, comme un questionnement sur l\u2019écriture, aussi.L\u2019écriture, comme nécessité.Comme deuxième peau.Écrire, pour donner un sens à ce qui a été vécu.Pour toucher à la réalité, rendre palpable ce qui a été vécu, ce qui a existé.A la façon d\u2019une Annie Emaux.Vivre les choses pour pouvoir les écrire?Aller jusquelà?Aller jusqu\u2019à se jeter dans la gueule du loup pour pouvoir l\u2019écrire?«Je ne sais pas si fai vécu cet amour pour pouvoir l\u2019écrire, ou si je l\u2019écris pour qu\u2019il finisse par exister.» Il lui avait interdif d\u2019écrire sur lui, sur leur histoire, mais tant pis.A la façon d\u2019une Christine An-got, d\u2019une Camille Laurens, elle ne peut pas s\u2019en empêcher, ne peut s\u2019empêcher de tout déballer, de régler ses comptes avec lui, pour sauver sa peau, ne pas sombrer dans la folie.«Je vais t\u2019écrire mon amour jusqu\u2019à le faire mourir pour ne pas mourir moi-même de l\u2019avoir perdu.» Ce livre, comme une arme, comme une «dernière balle».Ils se sont connus en Italie.Coup de foudre.Première nuit.Vertige, extase, chavirement.Elle est au bord de l\u2019évanouissement.Jamais ressenti ça.À ce point-là.Elle en redemandera, ne pourra plus se passer de lui.Elle va se perdre complètement dans cette passion, va cesser de s\u2019appartenir, devenir dépendante de lui.Plus rien d\u2019autre n\u2019existera autour que son désir de lui.Encore là, on pense à Annie Emaux.A son livre Passion simple, en particulier.Mais en plus intense, si c\u2019est possible, en plus ravageur.«On aurait dit que j\u2019avais été droguée, enlevée par des extraterrestres, ou que fêtais devenue membre d\u2019une secte.» C\u2019est ce qu\u2019elle raconte, après coup.Alors qu\u2019elle s\u2019est réfugiée à Rome, ville de beauté, ville d\u2019histoire aussi, de tragédies.Là, elle revit sa propre tragédie.Elle revit tout.Dans le détail.Dans le désordre.Son arrivée à lui à Montréal, chez elle.Lui, le beau Slave ténébreux.Qui va devenir son mari.Qui va se transformer en monstre.En manipulateur de première.Elle n\u2019en croit pas ses yeux, ses oreilles.Tant de mépris, tant de haine.Comment est-ce possible?Elle va de surprise en surprise, de déception en désillusion.C\u2019est l\u2019histoire d\u2019une femme qui a été bernée, finalement.Bernée par un homme, bernée par l\u2019amour.Ce n\u2019est pas la première à qui ça arrive.Mais la façon qu\u2019a Martine Delvaux de mettre en scène cette histoire prend aux tripes.Au début, du moins.Un tourbillon.De mots.DAVID OLIVIER Née en 1968, Martine Delvaux est romancière et essayiste.d\u2019émotions.De rage, de peine et de désir mêlés.Mais on finit par tourner en rond, par se lasser quelque peu.Par trouver démesurées, aussi, les comparaisons constantes entre l\u2019histoire de la Rome antique, avec ses guerres, ses despotes, et l\u2019histoire de cette passion amoureuse qui a mal tourné.Et puis, cette victimisation de la femme.Alors que l\u2019homme apparaît comme un bourreau.Ça finit par peser.Ce n\u2019est plus de trahison qu\u2019il s\u2019agit, c\u2019est carrément d\u2019abus.Les pages les plus fortes du livre, outre le début, concernent la montée du désir.Et l\u2019extase de la première nuit.Après, il y a un creux.Ça va, ça vient.Mais ce qui nous tient, nous retient, c\u2019est le combat que livre cette femme à elle-même.Car c\u2019est bien de cela qu\u2019il s\u2019agit.Une femme perdue, ravagée, abusée, qui lutte pour retrouver ses esprits, son identité, sa vie.Et qui s\u2019en sort par l\u2019écriture.LES CASCADEURS DE L\u2019AMOUR N\u2019ONT PAS DROIT AU DOUBLAGE Martine Delvaux HéRotrope Montréal, 2012,174 pages LITTERATURE QUEBECOISE La littérature est un sport de combat Deux autofictions de Simon Girard CHRISTIAN DESMEULES Cy est Dawson Kid, un premier roman gonflé de rage et de violence, remarqué par la critique pour son émotion brute et sa spontanéité, qui nous avait fait connaître Sîmon Gîrard en 2007.Les écureuils sont des sans-abri, son troîsîème roman, après Tuer Lamarre (Leméac, 2009), traduît une certaîne rupture de ton, même sî le thème du combat n\u2019est jamais loin.Tout commence par un voyage avorté dans l\u2019Ouest canadien, entrepris les poches vides, croyant pouvoir financer son pé riple vers Vancouver en vendant des exemplaires de son livre.Sa fugue n\u2019ira pas plus loin qu\u2019Otta-wa, et Simon Girard (ou son narrateur) se résignera à remiser ses rêves de voyage, «car j\u2019ai encore peur du monde entier comme d\u2019un cauchemar».Ses démons intérieurs l\u2019accaparent encore trop: le goût de l\u2019alcool, son combat personnel face à l\u2019écriture, ses blocages.C\u2019est la trajectoire aigre- douce d\u2019un homme qui choisit de se mettre lui-même au pied du mur, convaincu de ne pouvoir incarner autre chose qu\u2019un écrivain.Eidèle à ses principes jusqu\u2019au-boutistes, Simon Girard nous raconte son quotidien de bénéficiaire de l\u2019aide sociale, de vendeur itinérant de sandwichs dans les bars, de cobaye pour des compagnies pharmaceutiques, de chambreur ou de client d\u2019un refuge pour itinérants.Il voudrait bien vivre de sa plume, mais les éditeurs et les lecteurs, eux, semblent voir les choses autrement.Danser avec son ombre Sa posture idéaliste \u2014 sinon irréaliste et masochiste \u2014 est celle d\u2019un combat avec lui-même qui ressemble à ce que les boxeurs appellent du shadow dancing.Un entraînement et une macération.Et les écureuils qui traversent le roman?De petits êtres tendus et solitaires, fantassins miséreux d\u2019une armée urbaine Invisible auxquels, on le comprend, l\u2019écrivain s\u2019identifie.Roman autobiographique décousu, journal sans dates.Les écureuils sont des sans-abri s\u2019écrit tant bien que mal entre deux voyages à Percé chez son ami Michel Bourget, dont il a entrepris de raconter la vie dans un livre (beaucoup plus intéressant) qui s\u2019intitule, justement, Michel Bourget, sauver des vies, qui est une tentative de réhabilitation publique d\u2019un homme malmené dans sa vie privée (dont on saura finalement peu de choses): il a voyagé en Amérique du Sud, il ne peut plus voir cinq de ses six enfants, a fait un peu de prison, a eu des bateaux.Un héros ordinaire, de ceux dont on ne parle à peu près jamais.C\u2019est-à-dire sans médailles, mais pas sans mérites, capable de répondre à ce qu\u2019il appelle «une loi de la nature».Accidents de la route, noyades, hommes ou animaux désemparés, Michel Bourget répond présent.Un émule de Bukowski Michel Bourget, sauver des vies, né du désir de Simon Gi- rard de «mettre de la réalité sur les pages», est peut-être avant tout l\u2019histoire d\u2019une fascination: celle d\u2019un écrivain pour son sujet.Michel Bourget a-t-il aussi sauvé la vie de Simon Girard?C\u2019est la mélodie que l\u2019on entend siffloter en sourdine tout au long du livre.Les deux livres auraient toutefois pu n\u2019en faire qu\u2019un seul.Même ton, narrateur identique, épisodes qui se recoupent au sein d\u2019une pareille mélopée autofictive.Simon Girard déploie la même déroutante sincérité qu\u2019un Bukowski, dont il est l\u2019émule \u2014 lucidité extrême et poésie en moins.La preuve littéraire d\u2019un génie incompris reste encore à faire, mais on est en présence d\u2019un auteur animé par un désir de vérité brute, qu\u2019on pourra trouver touchant, et par une énergie contagieuse.Un exemple de combativité.Mais pour l\u2019originalité et la vraie force de frappe, il faudra regarder ailleurs.Collaborateur du Devoir POLARS Deux fois plutôt qu\u2019une Un nouveau tandem d\u2019enquêteurs pour le dernier roman de John Harvey MICHEL BÉLAIR On connaît surtout John Harvey pour les enquêtes menées du côté de Nottingham par l\u2019Inspecteur Charlie Re-snlck; on peut en lire plus d\u2019une quinzaine déjà traduites chez le même éditeur.Mais Ici, dans ce roman du malheur qui se répète en frappant deux fols à la même porte, on volt plutôt apparaître un nouveau tandem d\u2019enquêteurs: Will Grayson et Helen Walker.Ensemble, chacun bien Installé dans ses différences profondes \u2014 elle «en chasse», lui comblé par sa petite famille \u2014, Ils vont tenter d\u2019élucider une sombre affaire mettant en scène une petite fille évanouie en fumée et un dangereux pédo- phile qui sévit depuis déjà une vingtaine d\u2019années sans que l\u2019on s\u2019en rende vraiment compte.L\u2019affaire ne sera pas simple.Elle est campée cette fols du côté de Cambridge et dans la banlieue d\u2019Ely.C\u2019est là que Ruth Lawson a refait sa vie après avoir perdu sa fille Heather, tombée, durant les vacances, dans un puits abandonné au milieu des falaises des Cornouailles.Quinze ans plus tard, voilà que Béatrice, sa fille de dix ans, disparaît à son tour en sortant cette fols d\u2019une leçon de flûte chez son professeur de musique: les cauchemars ont tendance à se répéter.Et Will Grayson et Helen Walker vont prendre l\u2019affaire alors qu\u2019ils sont déjà sur les traces d\u2019un certain Mitchell Roberts, un pédophile disparu dans la nature tout juste après avoir été remis en liberté.La vérité ne se cache toutefois pas toujours derrière les apparences et les deux Inspecteurs vont devoir la jouer très serré, c\u2019est le moins que l\u2019on puisse dire.Mais ce n\u2019est pas tant l\u2019Intrigue tissée par Harvey \u2014 multiple, dense et débouchant sur quelques surprises de taille \u2014 qui frappe dans ce grand livre triste.C\u2019est plutôt l\u2019ampleur et la profondeur des personnages autour desquels l\u2019histoire va se dérouler.On ne pourra que vibrer Intensément devant la douleur de Ruth, que l\u2019auteur rend avec une justesse témoignant d\u2019une sidérante finesse d\u2019écriture et d\u2019observation.On sentira aussi le frôlement de la folle qui menace avant d\u2019envahir progressivement sa proie.La violence, la lâcheté et le malheur ordinaire, également, tels qu\u2019ils façonnent la vraie vie de la grande majorité des gens.John Harvey nous donne Ici un grand livre, de ceux qui vous laissent des pans d\u2019âme entiers mouillés par la lourdeur des embruns de la côte anglaise.Le Devoir LE DEUIL ET L\u2019OUBLI John Harvey Traduit de l\u2019anglais par Eablenne Duvlgneau Rlvages/ThriUer Paris, 2011,446 pages LES ECUREUILS SONT DES SANS-ABRI Simon Girard Coups de tête Montréal, 2011,200 pages MICHEL BOURGET, SAUVER DES VIES Simon Girard Les 400 coups Montréal, 2011,192 pages D Il Gaspard\" LE DEVOIR i.ALMARÈS Du 16 au 22 janvier 2012 AUIEUR/^DnEUR W' Romans québécois\t\t 1 A.N.G.E»Tome100bscuiitas\tAnne Robiiiard/Weiian\t1/2 2 Défense de tuer\tLouise Penny/Fiammarion Québec\t2/2 3 La serveuse du Café Cherrier\tYves Beauchemin/Michei Brûié\t3/12 4 Malphas \u2022 Tome 1 Le cas des casiers carnassiers\tPatrick Senécal/Aiire\t4/12 5 Mémoires d\u2019un quartier \u2022 Tome 10 Évangéiine, ia suite\tLouise Trembiay-D\u2019Essiambre/Guy Saint-Jean 5/10\t 6 Féiicité \u2022 Tome 1 Le pasteur et ia brebis\tJean-Pierre Charland/Hurtubise\t7/11 7 Bonheur, es-tu ià?\tFrancine Ruei/Ubre Expression\t6/13 8 Au bord de ia rivière \u2022 Tome 2 Camilie\tMichel David/Hurtubise\t8/14 9 Les héritiers d\u2019Enkidiev \u2022 Tome 4 Le sanctuaire\tAnne Robillard/Wellan\t9/17 10 La dynastie Borgia \u2022 Tome 1 L\u2019ascension du pape\tDanny Saunders/Éditeurs réunis\t10/3 W' Romans étrangers\t\t 1 Umonov\tEmmanuei Carrère/PD L\t1/10 2 Œiipourœii\tJames Patterson | Howard Roughan/Archipel\t-/I 3 Toyer\tGardner McKay/Cherche Midi\t2/9 4 Le Chinois\tHenning Mankeli/Seuil\t4/12 5 La poursuite dans ia peau.Objectif Bourne\tEric van Lustbader/Grasset\t7/9 6 Le Women murder ciub \u2022 Tome 9 Le 9^ jugement\tJames Patterson j Maxine Paetro/Lattès\t5/4 7 Aieph\tPauio Coeiho/Fiammarlon\t3/12 8 L\u2019honneur d\u2019Edward Finnigan\tA.Rosiund j B.Helistrom/Presses de ia Cité\t6/6 9 Toi seui\tDavid Rosenfeit/Cherche Midi\t-/I 10 Mort ou vif \u2022 Tome 1\tTorn Ciancy/Aibin Michei\t10/6 ?\u2019Essais québécois 1 L\u2019art presque perdu de ne rien faire\tDany Lafeidère/Boréai\t1/7 2 Mafia inc.Grandeur et misère du cian siciiien au Québec\tAndré Cédiiot j André Noëi/Homme\t2/65 3 L\u2019état du Québec 2011\tCoiiectif/Boréai\t-/I 4 La sexuaiité spectacie\tMichel Dorais/VLB\t-/I 5 De quoi le Québec a-t-ii besoin?\tJ.Barbe j M.-F.Bazzo j V.Marissal/Leméac 5/14\t 6 De coière et d\u2019espoir\tFrançoise David/Écosociété\t6/13 7 Le camp des justes\tGii Courtemanche/Boréai\t10/10 8 Uiiane est au iycée.Est-il indispensable d\u2019être cultivé?\tNormand Baiiiargeon/Fiammarion\t8/2 9 Université inc.Des mythes sur ia hausse des frais.\tEric Martin j Maxime Duellet/Lux\t-/I 10 Pour en finir avec iegouvememaman\tJoanne Marcotte/Francine Breton\t7/9 ?Essais étrangers\t\t 1 Petit cours d\u2019autodéfense en économie.Labc du capitaiisme Jim Stanford/Lux\t\t1/6 2 L\u2019isiam et ie réveii arabe\tTariq Ramadan/Presses du Châteiet\t-/I 3 L\u2019art d\u2019ignorer ies pauvres\tJohn Kenneth Galbraith/ies Liens qui iibèrent -/I\t 4 Internet rend-il bête ?\tNicholas Carr/Robert Laffont\t8/3 5 Une rencontre\tMilan Kundera/Gallimard\t5/2 6 Le crépuscule d\u2019une idole.Laffabulation freudienne\tMichel Dnftay/LGF\t-/I 7 Y a-t-ii un grand architecte dans i\u2019Univers ?\tStephen William Hawking/Odiie Jacob\t-/I 8 Indignez-vous !\tStéphane Hessei/Indigène\t2/52 9 Mon enfant n\u2019est pas à vendre\tJoei Bakan/Transcontinentai\t-/I 10 Après ie iivre\tFrançois Bon/Seuii\t-/I sur les ventes de livres français au Canada.Ce palmarès est extrait de Ba^riei est constitué des relevés de caisse de ïïl points de vente.La BTLF reçoit un soutien financier de Patnmoine canadien pour le projet Sa^.© BTLF, toute reproduction totale ou partielle est interdite. F 4 LE DEVOIR, LES SAMEDI 28 ET DIMANCHE 29 JANVIER 2012 LITTERATURE Un homme et sa fiction Louis Hamelin Whatever happened to Leon Trotsky?/ He got an icepick.Un compatriote des Stranglers, l\u2019oxfordien Robert Service, offre aujourd\u2019hui, du destin du célèbre comparse de Lénine, une explication un peu plus déve- _________ loppée que le raccourci punk-rock de No More Heroes (1977).Un héros, Trotski?Peut-être pour les deux pelés et le tondu et demi qui continuent d\u2019animer la Ligue trotskyste / Trotskyist League (sic) du Québec sur Internet, ces Mohicans de la dialectique qui se sont battus «jusqu\u2019au bout pour défendre l\u2019URSS» et qui continuent aujourd\u2019hui de soutenir l\u2019ubuesque régime nord-coréen.Bien finie, la prolifération factionnaliste (excusez le jargon, mais il faut faire avec, c\u2019est la fleur de style de la prose marxiste et sa seule poésie.) des années 70, avec ses trois groupes d\u2019obédience trotskiste pour le seul Québec.Première grande biographie due à un auteur de ce qu\u2019on appelle encore parfois l\u2019Occident, le Trotski de Service se situe tout à l\u2019opposé de l\u2019hagiographie, dans la révision critique sévère d\u2019un endurant mythe de la gauche.Lequel ne résiste pas davantage à l\u2019érudition politique et à la réflexion historique de l\u2019universitaire anglais, déjà auteur d\u2019un Lénine et d\u2019un Staline, que la statue de Lénine n\u2019a survécu à la chute du Mur.Parmi la considérable masse de documents inédits auxquels le chercheur a eu accès, les brouillons et ébauches du prolifique écrivain que fut Trotski, dont la consultation permet à Service d\u2019éclairer la part d\u2019autofabrication du personnage.Toute autobiographie repose, bien entendu, sur un système inventif de réticences et de silences calculés.L\u2019examen de la génétique textuelle peut s\u2019avérer particulièrement instructif dans le cas d\u2019un homme qui chercha, à travers la sienne, à s\u2019ériger en monument de la Révolution.On apprendra sans surprise que Trotski, dans Ma vie, a systématiquement maquillé ses origines familiales pour gommer le statut d\u2019entrepreneur agricole relativement prospère du père, un colon juif du sud de l\u2019Ukraine, mais aussi un de ces paysans aisés qui, sous l\u2019infamante appellation de koulaks, deviendront, par leur résistance obstinée aux réquisitions de récoltes et à la collectivisation des terres, une des bêtes noires du bolchevisme.La réécriture de l\u2019histoire sera incidemment un des dadas de la ma-_____ chine totalitaire soviétique.Comme l\u2019écrit Service en introduction de son Trotski: «Le non-dit est une pièce maîtresse de l\u2019amalgame de sa vie.» Il faut saluer la double structure de l\u2019ouvrage, selon un découpage thématique mais qui respecte l\u2019ordre chronologique, et la manière dont Robert Service, pour trancher dans cette existence dont les péripéties recoupent les enjeux fondateurs du vingtième siècle, a su aligner des chapitres courts (rarement plus d\u2019une dizaine de pages) sans jamais paraître sacrifier la densité et la complexité du contenu.Le résultat est un livre qui, malgré le byzantinisme des querelles politiques et des affrontements groupusculaires typiques de la pensée dogmatique, se dévore au grand gâop de l\u2019Histoire.Écrivain avant tout On ressort de ce Trotski quasiment convaincu que la tragédie de cet homme est d\u2019avoir été un écrivain avant tout, aspiré par la tornade d\u2019événements qui, dans l\u2019espace d\u2019une vie (la révolution d\u2019octobre sera centenaire dans un lustre.), allait changer le monde, mais pas l\u2019Homme.Lev Davidovitch (Leon), dont l\u2019auteur nous dit qu\u2019il «aimait séduire les lecteurs étrangers au milieu révolutionnaire et prenait plaisir à peaufiner sa prose», pouvait revendiquer, au contraire des tâcherons de l\u2019idéologie qui l\u2019entouraient, des qualités qu\u2019on associe généralement à un homme de lettres: éloquence et intelligence, entre autres.Il possédait aussi quelques traits de caractère qui se rencontrent encore plus souvent chez les membres des intelligentsias littéraires, dont une arrogance que le bolchevik Anatoli Lou-natcharski qualifia de «monumentale».«Très imbu de sa personne», ont diagnostiqué d\u2019autres commentateurs.Quant à Bertrand Russell, compagnon de route socialiste à l\u2019époque où la presse de gauche du monde entier converge vers les dômes du Kremlin, il croit déceler, chez l\u2019icône révolu- t Léon Trotski à son bureau tionnaire acclamée par le public de l\u2019opéra de Moscou, «la vanité d\u2019un artiste ou d\u2019un comédien».La brillance de l\u2019intellect ne réussit pas toujours à cacher le dandy qui sommeille dans ce Trotski toujours tiré à quatre épingles.Et la qualité qui fit de lui l\u2019analyste glacial de la décomposition du capitalisme et des grands mouvements des masses ouvrières était sans doute aussi son plus inquiétant défaut.D\u2019après Max Eastman, il «manquait fondamentalement du sens dç l\u2019autre en tant qu\u2019individu».A quoi un autre admirateur, Rosmer, ajoutait: «H manque d\u2019humanité.C\u2019est un sentiment dont il est totalement dépourvu.» La personnalité Service arrive aisément à nous convaincre que la personnalité cassante de son sujet contient les clefs de son ascension comme de sa chute.Dans la sourde lutte qui l\u2019oppose à Staline au moment d\u2019accaparer l\u2019héritage de Lénine, Trotski se retrouve évincé en grande partie par sa propre faute.Les envolées du verbe et les réalités politiques sont deux choses différentes, comme l\u2019atteste, au rusé Géorgien n\u2019aura aucun mal à l\u2019isoler.Bien après la dénonciation des crimes de Staline, une certaine doxa, dans les milieux de gauche, a persisté à fai- Fût-il parvenu à supplanter son rival, Trotski se serait presque certainement révélé un massacreur de populations tout aussi enthousiaste, sinon aussi monstrueux, que le Petit Père des peuples Québec, le destin d\u2019un Bourgault Le tribun flamboyant, l\u2019implacable chef militaire, l\u2019homme de la révolution permanente et du matin radieux de l\u2019internationalisme prolétarien sait plaire aux masses survoltées des villes en révolte, mais est du genre à faire le vide autour de lui.H
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