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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier F
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Le devoir, 2012-02-11, Collections de BAnQ.

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[" LE DEVOIR, LES SAMEDI II ET DIMANCHE 12 EEVRIER 2012 ENTRETIEN Les amours ébréchées de Marie-Sissi Page F 2 ESSAI Michel Dorais et la sexualité spectacle ¦-V Page F 6 LIVRES UN LIVRE POUR EN CHASSER UN AUTRE Entretien avec Art Spiegelman Le succès a été phénoménal, inattendu, et il a surtout emporté son créateur qui, 25 ans plus tard, espère enfin s\u2019en relever.Avec MetaMaus (Flammarion), le bédéiste américain Art Spiegelman revient en profondeur et en détail sur Mans, ce chef-d\u2019œuvre du 9® art \u2014 unique bande dessinée au monde à avoir reçu un prix Pulitzer en 1992 \u2014 dont il a été le géniteur, puis le prisonnier.Un ultime tour de piste pour parler de la genèse de ce roman graphique, qui place souris et chat au temps du nazisme et des camps de concentration, de sa famille qui se trouve au cœur du récit, du poids de la consécration.Une dernière fois, avant de passer à autre chose.FABIEN DEGLISE aveu tombe à la / page 79: en donnant naissance à la M série en bande ^ dessinée Maus dans un obscur fanzine new-yorkais en 1972, intitulé Funny Animais, Art Spiegelman avait bel et bien envisagé le succès, mais pas de son vivant.«Je n\u2019étais absolument pas préparé à l\u2019accueil incroyablement positif de Maus, explique-t-il.Je faisais de la bédé qui exigeait du lecteur du temps et de l\u2019attention plutôt qu\u2019une simple lecture.Je considérais non sans arrogance que mon œuvre serait appréciée à titre posthume.» Manqué.Sur le grain de la publication underground, le destin tragique de Vladek et d\u2019Anja, survivants des camps de la mort incarnés par des souris soumises à Todieux projet de chats nazis, fait sensation, d\u2019abord dans les cercles restreints qui s\u2019y frottent.En 1986, l\u2019aventure de quelques pages devient livre sous le titre Maus, un survivant raconte.En deux volumes, Art Spiegelman y retrace, avec force et une dérangeante légéreté induite par le cadre animalier qu\u2019il a choisi, l\u2019enfer quotidien, méthodiquement orchestré, de ses parents, des juifs polonais passés des ghettos de Varsovie au camp de concentration d\u2019Auschwitz.Le lecteur est époustouflé.La critique crie au génie.Et le prix Pulitzer vient consacrer le tout en 1992 en se posant pour la première fois de son histoire sur une bande dessinée.La vie du bédéiste est alors marquée au fer rouge.Paradoxalement.«Maus était ma vision d\u2019une époque sombre à travers les souvenirs de mon père, a expliqué l\u2019auteur au Devoir lors d\u2019une entrevue accordée il y a quelques mois depuis son studio dans la Grosse Pomme, alors qu\u2019il se préparait à venir donner une conférence à Montréal.Je me doutais que ce livre allait être lu et relu, mais pas à ce point, et finalement j\u2019ai passé les 25 dernières années à résister à ce succès, à fuir ce récit.» En vain.Près de 30 ans après avoir mis en cases ce récit, le bilan est en deux teintes: «Oui, c\u2019est super d\u2019être reconnu pour son talent, dit le bédéiste en entrevue.Maus m\u2019a apporté la sécurité financière, a contribué à déplacer certaines frontières de la bande dessinée, m\u2019a amené à des endroits où je ne serais pas allé autrement, mais au final, cette bédé est en train aussi de me menacer.C\u2019est difficile d\u2019être jours considéré comme l\u2019homme d\u2019un seul livre.Aujourd\u2019hui, je veux en sortir, passer à autre chose, repartir à zéro», et surtout, comme il le dessine dans les premières pages de MetaMaus, faire tomber ce «satané masque» de souris qui lui colle durablement à la peau.Un projet salvateur Pour Art Spiegelman, marqué profondément par le suicide de sa mère, qui a déjà été internée dans un hôpital psychiatrique à une autre époque, qui résiste quotidiennement à la dépression induite par le réel, le présent, la condition humaine., le projet était devenu salvateur.Il prend la forme, dans MetaMaus, d\u2019une entrevue fleuve que l\u2019auteur a accordée entre 2006 et 2010 à Hillary Chute, du Département d\u2019anglais et de littérature de l\u2019Université de Chicago, dans laquelle il revient en détail et avec précision sur les fondements de son œuvre marquante.De façon quasi thérapeutique.Il y est question des rencontres enregistrées avec son père % MARIANA COOK fille Nadja en 1973 Art Spiegelman et sa ART SPIEGELMAN Esquisse chapitre 3: Et c\u2019est là que mes ennuis ont commencé.«Je me doutais que ce livre allait être lu et relu, mais pas à ce point, et finalement j\u2019ai passé les 25 dernières années à résister à ce succès, à fuir ce récit» VOIR PAGE MAUS V F 2 LE DEVOIR, LES SAMEDI II ET DIMANCHE 12 EEVRIER 2012 LIVRES ENTREVUE Les amours ébréchées de Marie-Sissi Dans le monde de Marie-Sissi Labrèche, les amours sont à l\u2019acide, les amantes, meurtrières, les mères, carnivores, les filles, impossiblement amoureuses, les vies, sur antidépresseurs.Les vingt nouvelles d\u2019Amour et autres violences remontent vingt ans d\u2019écriture et mettent en lumière les obsessions de l\u2019auteure.CATHERINE LALONDE Toutes ces nouvelles sont des expérimentations.J\u2019en ai traîné ensuite dans les romans.C\u2019est sur vingt ans le type d\u2019études que j\u2019ai pu faire.» Marie-Sissi Labrèche parle très, très, très vite, éclate d\u2019un rire nerveux, s\u2019inquiète de ses réponses, replace sa mèche de cheveux, repart.Cette au-tofictionaire, connue depuis 2000 pour son roman coup-de-poing Borderline, a «eu la chance de grandir dans une famille où la maladie mentale avait sa place» à table.Une jeunesse difficile, et du formidable matériau d\u2019auteure.Se trouve dans Amour et autres violences sa première publication, Canne et étoiles, «la nouvelle la plus violente, écrite à 22 ans et publiée à 24 dans une revue, six ans avant [son] premier roman».Le point final de Travelling, très belle expérimentation porno sur LSD, a été posé il y a à peine trois mois.Académie des lettres du Québec INVITATION L\u2019Académie des lettres du Québec vous invite à la réception de Monsieur Émile Martel comme membre de notre société.La cérémonie aura lieu à la Maison des écrivains, au 3492, avenue Laval à proximité du côté ouest du carré St-Louis le jeudi 16 février 2012 à 19h30 précises.Un vin d\u2019honneur suivra la cérémonie.Merci de confirmer votre présence par courriel à l\u2019adresse secretariat@,acadeniiedeslettresduquebec.ca ou par téléphone au 514 873-4496 YVES DESGÂQNES LIT VICTOR LEVY-BEAULIEU 13 FEVRIER 19 h 30 I Cinquième Salle Personnage démesuré et écrivain prolifique, on pourrait dire de Victor Lévy-Beaulieu qu\u2019il est le Tolstoï du Québec.Il nous a semblé naturel de demander à Yves Desgagnés, un de ses acteurs fétiches, de nous lire du VLB.Une série élaborée par Michelle Corbeil et Lou Arteau Une coproduction des Capteurs de mots et de la Place des Arts Conseil des arts etdeslettres\tpr-Bn* Québec UH laplacedesarts.com 514 842 2112/1 866 842 2112 Qu\u2019est-ce qui a changé entre les deux?«Je suis plus à l\u2019aise.Au départ, f avais peur des virgules et des points virgules.Je faisais de petites phrases courtes.La ponctuation a changé, j\u2019écris vraiment comme je respire, tu vois mon débit, ça sort vite, il me fallait absolument des points virgules.Je travaille comme un fildefériste tout le temps, il faut que j\u2019écrive sur une lame de rasoir, là où ça fait mal.Plus les nouvelles sont vieilles, plus elles sont violentes, de cette violence contenue qui s\u2019est apaisée avec les trois livres par la suite», dont La brèche et La lune dans un HLM (Boréal).Une violence calmée aussi par l\u2019arrivée de son bébé, «un gars, 22 mois, full pine roux, un merveilleux Prozac, moi qui avais une facilité pour la déprime, avec un bébé c\u2019est impecc\u2019, t\u2019as juste pas le temps!» Un petit qui lui donne aussi l\u2019impression de briser la filiation de la maladie mentale, léguée de sa mère et sa grand-mère.Lieu de contrôle «J\u2019ai commencé à écrire à cause d\u2019un trop-plein de sensations, d\u2019hormones.J\u2019écrivais à 13 ans des nouvelles pornos dans lesquelles je baisais avec Boy George, dit-elle en s\u2019esclaffant.L\u2019écriture ensuite a été un petit lieu de contrôle dans ma vie où je n\u2019avais de contrôle sur rien.Même mon débit et ma vitesse de pensée font que c\u2019est comme si je n\u2019avais pas de contrôle sur moi.L\u2019écriture est le lieu où je me sens le mieux, ma cachette, enfin je peux souffler.» Un territoire défini par les quatre coins du lit où Labrèche aligne les mots.«Mon ostéo me chicane, j\u2019ai une posture de crevette, il faut que je sois toute douillette, toute croche, j\u2019ai des taies d\u2019oreiller, mon mari capote, plus c\u2019est sombre plus j\u2019ai l\u2019impression que f écris bien, je suis obligée de fermer les rideaux, d\u2019être vraiment cachée pour bien écrire, et fatiguée ou en état de PEDRO RUIZ LE DEVOIR Marie-Sissi Labrèche: «Je travaiiie comme un fiidefériste tout ie temps, ii faut que j\u2019écrive sur une iame de rasoir, ià où ça fait mai.» veille, il ne faut pas que je sois trop alerte, sinon je ne me trouve pas bonne.» Elle part d\u2019un titre, d\u2019un flash.Elle peut être inspirée par L\u2019hôtel blanc de Donald Michael Thomas, L\u2019homme assis dans le couloir de Marguerite Duras ou une chanson de Radiohead.L\u2019intéresse «le mariage des mots comme association d\u2019idées».«Avant, c\u2019était le son qui m\u2019accrochait \u2014fai un passé de rocheuse avec band.Je lisais mes textes à voix haute, j\u2019ai arrêté.J\u2019aime marier des mots qui ne vont pas ensemble, une façon différente de dire les choses, c\u2019est comme si j\u2019avais pas assez de place des fois.» Marie-Sissi Labrèche planche sur deux autres projets de roman.«Un où je parle à un bébé imaginaire, comme un album photos avec des mots où je Extrait «Montréal, ma truande, et tes bunkers de Hell\u2019s Angels qui entourent mon enfance, dans Test de ton corps, dans les rues Ontario et Dorion, j\u2019ai fait mes premiers coups dans ces ruines, j\u2019ai testé mes origines violentes dans ce coin de béton armé, ma première fugue, à sept ans, avec mes cousines les jumelles, on passe un raconte ce qui se passe de l\u2019autre côté du placenta», l\u2019autre qui travaille les souvenirs, un peu dans l\u2019esprit de Montréal, la marge au cœur, dernière nouvelle de son livre tout neuf.Le Devoir après-midi au Caméo, petit cinéma des quartiers défavorisés à Test de ta peau, où les gens, vers la fin de chaque mois, ont presque Tair de morts vivants, toutes les trois à regarder des films d\u2019horreur Amour et autres violenees AMOUR ET AUTRES VIOLENCES Marie-Sissi Labrèche Boréal Montréal, 2012,164 pages MAUS Avec MetaMaus, Art Spiegelman cherche désormais à s\u2019émanciper de son unique succès SUITE DE LA PAGE E 1 infernal que l\u2019homme, pour des raisons évidentes, a toujours cherché à éloigner de son présent et du cercle familial.On y parle du voyage de Art à Auschwitz pour visualiser l\u2019horreur racontée, des origines de ses parents, de sa mère, des premiers pas de Maus dans Funny Animals, puis dans Raw, et des considérations qui l\u2019ont conduit à passer par la souris, le chat ou encore le cochon \u2014 qui illustre le Polonais \u2014 pour nommer Tin-nommable.Le choix était stratégique.Il visait à éviter d\u2019ancrer l\u2019histoire dans cette émotion ostentatoire qui sied généralement aux récits touchant cette période de l\u2019humanité et surtout à fuir «THolo-kitsch», comme il Ta un jour défini, cet art, répandu selon lui lorsqu\u2019il est question de la Shoah, d\u2019abuser du sentimentalisme pour disséquer l\u2019horreur de ce passé et les enjeux qu\u2019il fait naître au présent.Des compléments numérisés Exhaustives, les confidences de l\u2019auteur s\u2019accompagnent de planches inédites, de croquis, de photos de famille, d\u2019entrevues avec ses enfants, Nadja et Dashiell, avec sa femme Françoise Moury, directrice artistique du New Yorker, forcement tous affectés par la vie au quotidien avec un auteur affecté, lui, par son succès.Et puis, il y a cette révélation au milieu du bouquin: depuis 25 ans.Art résiste avec force pour que son récit ne soit jamais porté à l\u2019écran.On s\u2019en doute, les demandes ont été nombreuses, faisant dire à sa femme que, finalement, le plus grand exploit de son homme aura été, oui, de donner vie à Maus, mais aussi «d\u2019avoir réussi à ce que Maus ne devienne pas un film».Tout y est, ou presque, avec en plus un CD qui rassemble.outre l\u2019intégral de la bande dessinée en format numérique, des images et vidéos ramenées par Art et Françoise de leur pèlerinage à Auschwitz, les enregistrements des longues discussions qu\u2019il a eues avec son père pour façonner ce projef des informations sur les ghettos et les camps de la mort.pour ne pas oublier.Pourquoi la bédé?Pourquoi les souris?Pourquoi THo-locauste?Spiegelman dit vouloir répondre de son mieux à toutes ces questions qui reviennent en boucle depuis près d\u2019un quart de siècle.«Comme ça, quand on me demandera à l\u2019avenir, je répondrai peut-être juste.plus jamais», expose-t-il en guide d\u2019introduction d\u2019un bouquin que le bédéiste est finalement très heureux de voir sortir aujourd\u2019hui.À l\u2019autre bout du fil, Spiegelman précise sa pensée: «Ce projet a été très long et difficile à monter.Revenir dans ce passé était pour moi une expérience douloureuse, difficile, mais nécessaire», pour tourner la page, définitivement, espère ce créateur atypique et marquant qui, en explorant avec ce Maus le champ de la bédé-vérité, a fait émerger un genre nouveau dans le 9® art et a permis par la suite Téclo-sion des Guy Delisle, Joe Sacco ou encore Michel Raba-gliati de ce monde.En refermant la couverture sur Maus, Art Spiegelman, qui régulièrement illustre la première page du New Yorker avec ces dessins et qui vient tout juste d\u2019assumer la présidence officielle du dernier Festival international de la bande dessinée d\u2019Angoulême, en France, entrevoit du coup son avenir avec un ajustement de la lumière qui l\u2019affecte: moins sur lui et son œuvre, plus à l\u2019intérieur de lui pour «retrouver la liberté de création» qu\u2019il avait avant son succès dévastateur, et surtout pour donner corps à tous ces Esquisse, par Art Spiegelman projets que le poids et l\u2019hégémonie de Maus ont empêchés d\u2019éclore dans son écologie mentale.A Life in Ink, une métafic-tion sur le siècle passé en forme de biographie d\u2019un bédéiste fictionnel qui devait raconter l\u2019histoire de la bande dessinée, était du nombre.Il pourrait, comme bien d\u2019autres projets et avec une petite mise à jour, remonter à la surface chez ce créateur qui avoue vouloir affronter des défis plus grands que lui, au risque de se laisser dépasser.«Ma vie professionnelle a, pour l\u2019essentiel, consisté à trouver la chose la plus dure que ART SPIEGELMAN j\u2019étais capable de faire, pour apaiser le juge prêt à m\u2019envoyer au gibet qu\u2019il y a en moi, explique-f il.Quand j\u2019ai eu trente ans, j\u2019ai cherché un défi qui soit à la hauteur, et Maus répondait à ce critère.» C\u2019est peut-être là sa destinée: avec MetaMaus, Art Spiegelman cherche désormais à s\u2019émanciper de son unique succès.pour mieux recommencer la même chose ailleurs.Le Devoir METAMAUS ArtSpieg:elman Flammarion Paris, 2012,300 pages LE DEVOIR, LES SAMEDI II ET DIMANCHE 12 EEVRIER 2012 F 3 LITTERATURE Soi-même, l\u2019autre «P A V Danielle IV^URIN Tenons les choses en feignant qu\u2019il soit possible d\u2019attribuer un commencement à une histoire.» Dès le commencement, dès la première phrase de Dylanne et moi, en fait, il y a ça: cette remise en cause de ce qui semble aller de soi.Cette façon, tout de suite, de semer le doute dans notre esprit, d\u2019indiquer que les choses ne sont jamais aussi simples, aussi claires que l\u2019on croit.Et cette façon, détournée, de laisser entendre que, malgré l\u2019absence de repère fiable, il faut bien jouer le jeu, faire comme si.Ce serait comme une mise en garde.Une mise en garde de l\u2019auteur, André Carpentier, caché derrière son narrateur.Une mise en garde par rapport à ce qui nous attend dans Dylanne et moi.C\u2019est-à-dire: le flou, le flottement, l\u2019étrangeté, le mystère, le non-dit.L\u2019absence de sens prédéfini, figé, unidirectionnel, sur le modèle de la logique par A plus B.Mais cela, sans en faire de cas.Sans effets de manches.En établissant un climat, tout simplement.Comme si ça allait de soi.Comme si ça allait de soi que dans la vie, dans les histoires qu\u2019on se raconte aussi, les choses les plus invraisemblables, les plus improbables peuvent se produire.Et tout bouleverser, nous bouleverser, nous changer, sans qu\u2019on y ait rien compris sur le coup.Ce que vit le narrateur ici pourrait ressembler à ça.Ou plutôt, ce qu\u2019il a vécu: cette histoire au commencement indistinct, il nous la raconte au passé.Avec une mélancolie, une tendresse, une touche d\u2019émerveillement qui, on le sent, continuent de l\u2019habiter dans le présent.Et finissent par s\u2019imprégner en nous.Il ne faut pas être pressé.Il k André Carpentier DYLANNE ET MOI faut accepter d\u2019être dérouté.Accepter de ne pas se demander à tout bout de champ: Mais qu\u2019est-ce que c\u2019est?Dans quel genre de roman suis-je tombé?On s\u2019en va où comme ça?Pourquoi est-ce si lent?Dylanne et moi opère par en dessous.Pas de phrases-chocs qui accrochent.Pas de poudre aux yeux.Rien de scandaleux.Un style, à la limite, effacé.Mais du saugrenu qui pointe, de l\u2019inattendu, oui.Et une foule de questions qui nous renvoient à nos propres contradictions.N\u2019allez pas croire que c\u2019est lent tout le temps.C\u2019est le début, la mise en contexte, qui s\u2019étire un peu.Le narrateur semble flotter entre deux eaux, il semble distant.En fait, il est dérouté.Il est encore dérouté par ce qui lui est arrivé.Et il cherche à comprendre.C\u2019est ce que l\u2019on en vient à comprendre.Et ça colle.Ça colle tout à fait: le ton, la lenteur du début, le climat qui s\u2019établit peu à peu.Les événements qui s\u2019enchaînent, qui l\u2019amènent à changer de vie, à se transformer.Les chocs, les surprises, aussi, qui l\u2019attendent.Les questions, qu\u2019il se pose tout le temps.C\u2019est l\u2019histoire d\u2019un homme qui a répondu à une petite annonce dans le journal.Une annonce signée Mademoiselle Dylanne.Elle proposait «une expérience artistique à deux».Avec cette mention: «De préférence avec une personne qui serait tout le contraire d\u2019artiste.» Elle spécifiait aussi: «Galants s\u2019abstenir.» Quel genre de personne peut bien accepter de répondre à ce genre de demande?Lui.Le narrateur de Dylanne et moi.Surprenant à première vue.Imaginez un médecin, directeur de services administratifs en santé.Quelque part dans la cinquantaine.Toujours bien mis, complet-cravate et tout, poli, soucieux de l\u2019ordre et des bonnes manières.Mais sachez aussi que, lorsque la petite annonce lui est tombée sous l\u2019œil, il venait de subir, quelques semaines auparavant, une opération pour un cancer: «on m\u2019avait retiré du corps ce que f appelais mon banc de piranhas».Alors voilà.Il s\u2019ennuyait, il se cherchait.Il avait besoin de piquant dans sa vie.Après échange de courriels, il est allé rencontrer Mademoiselle Dylanne une première fois dans son atelier.Imaginez ce que l\u2019artiste, d\u2019une quinzaine d\u2019années sa cadette, lui a demandé?De se mettre nu.Pour des photos.Des photos qu\u2019il prendrait, lui, d\u2019elle le regardant.Bizarre, non?© TOUS DROITS RESERVES Nouvelliste et romancier, André Carpentier poursuit une œuvre soutenue depuis 1973.Et pourtant, il accepte.Mademoiselle Dylanne donne ses ordres, il obéit, se soumet.C\u2019est comme ça: «Certains êtres qui se cherchent, je devrais dire certains êtres perdus sont désespérément comme ça, pliables à volonté.» C\u2019est ce genre de réflexions, intercalées dans la narration, qui donne son charme au récit.Il y a un certain effet comique, aussi, dû à la façon dont le narrateur parle de lui-même, se raconte, non sans autodérision: «Je n\u2019aurais pas cru pouvoir exposer ma cicatrice hypertrophique avec si peu de retenue, mon empâtement, mes flétrissures et tout ce qui trahit l\u2019avancée en âge.» Se dévêtir, c\u2019est aussi se départir de son masque social.Tant mieux: «Je faisais soudainement effraction hors de ma condition et n\u2019en ressentais nullement le manque.» Même qu\u2019il a fini par y prendre goût: «Je crois que je n\u2019avais plus été attentif â ce corps depuis les derniers bobos de l\u2019enfance.Avec le temps, on finit par oublier qu\u2019on a déjà eu un corps.Je veux dire un corps sensible, et expressif.» Et ainsi de suite.Il a beau ne rien comprendre au sens de l\u2019expérience qu\u2019il vit dans l\u2019atelier de cette artiste, ne rien comprendre à la nature du projet artistique en cours, il y va, il se donne, tout nu, il pose, tout en photographiant celle qui le regarde: «Par ailleurs, je me sentais absurdement nu, en ce sens que je ne comprenais pas le rapport entre ma nudité et la charge de photographe.J\u2019acceptais cependant de ne pas comprendre; ce qui, en soi, constituait déjà une bien étrange et bien nouvelle audace de ma part.» Nous n\u2019en sommes encore qu\u2019à la première rencontre.Il y en aura d\u2019autres.Une autre dans l\u2019atelier, en outre, pour tenter une expérience encore plus étrange que la précédente, encore plus éblouissante.Entre-temps, la connivence, la complicité, l\u2019attachement entre les deux protagonistes iront en grandissant.Jusqu\u2019à ce que.Ce pourrait être l\u2019histoire d\u2019une rencontre, qui change une vie.Ce pourrait être l\u2019histoire d\u2019un homme qui apprend à regarder, à se regarder tel qu\u2019il est, grâce à cette rencontre.L\u2019histoire d\u2019un homme qui rencontre son Pygmalion, ou plutôt sa Pygmalionne, qui se révèle par l\u2019autre, se réveille, renoue avec son intériorité.S\u2019éveille à l\u2019art, aussi, s\u2019éveille par l\u2019art: «J\u2019ignorais de toute évidence les bienfaits artistiques du chaos et l\u2019état de confusion qui y prévaut.» L\u2019histoire d\u2019un homme qui donne un sens à sa vie en ne cherchant plus à donner un sens à toute chose, à tout prix.En ne cherchant plus le sens en dehors de lui, peut-être.DYLANNE ET MOI André Carpentier Boréal Montréal, 2012,140 pages LITTERATURE QUEBECOISE Deux fois un gars CHRISTIAN DESMEULES Avec La solde, une sorte de faux jouriial qui s\u2019étend sur une année, Eric McComber pose le dernier volet d\u2019une trilogie commencée diwec Antarctique puis La mort au corps (Triptyque, 2002 et 2005).Émile Duncan, 35 ans, souvent qualifié de «heavy» par les gens qui le connaissent, est employé chez un éditeur scolaire où il révise cinq soirs semaine des agendas scolaires destinés aux high schools américains.«Je travaille â la manufacture de connerie», reconnaît-il, même s\u2019il y trouve son compte.«Syndrome de Stockholm.J\u2019ai appris â aimer mes chaînes, â aimer mon fouet, â sucer la trompe qui m\u2019empoisonne.Moi aussi.Comme vous tous, mes frères, mes sœurs.Car c\u2019est ainsi que nous vivons.» S\u2019il croyait devenir un jour maître du monde, son quotidien est plus modeste, un peu moins stressant: écrire secrètement un roman, bichonner ses «petites anecdotes», gratter sa guitare, draguer une fille, préparer des spaghettis aux sachets de ketchup {«Un classique»).En «sabbatique sexuelle» un peu forcée depuis qu\u2019il a été largué par la femme qu\u2019il aimait, il gobe de pe- tites pilules qui le font grossir entre deux séances chez le psy.C\u2019est la publication rapide de son roman, Groenland, très joua-lisé, malheureusement trop vulgaire pour qu\u2019on puisse en citer des extraits ici, qui le fera sortir de l\u2019isolement.L\u2019occasion rêvée pour lui faire rencontrer quelques personnes de l\u2019autre sexe \u2014 souvent aussi peu équilibrées que lui.Un peu bukowskien, explorateur épique des bas-fonds urbains, McComber demeure fidèle à sa manière: crottes de nez, étrons, fluides, humour larvé, refus de la tragédie.Et les femmes, même furtives ou un peu folles, jettent leur lumière dorée sur un univers glauque et enfermé.A travers les boires et déboires de son protagoniste, La solde pose aussi un regard critique et désabusé sur le monde (et en particulier sur le monde du travail).Son sens du récit est un peu ané mique, mais il a une forte plume, ce McComber.Cœur sec, nombril humide Il est des romans que les mystères du marketing (ou ses facilités) associent à toute une géné ration.Ainsi, s\u2019il faut en croire son éditeur.Mile End Stories, le deuxième roman de Pierre- Marc Drouin, représenterait les «Y» (nés quelque part entre 1980 et 2000).Mile End Stories, c\u2019est un an et demi dans la vie de Luc, 24 ans, technicien de cinéma, qui se fait larguer par sa blonde (juste après qu\u2019il lui a avoué l\u2019avoir trompée).Elairant vite la bonne affaire, un de ses amis le convainc d\u2019emménager avec lui dans un appartement du Mile End, un quartier branché et multiethnique coincé entre Outremont, le Plateau Mont-Royal et la Petite Patrie.Les promesses: les meilleurs cafés italiens, des soirées folles fréquentées des hipsters, des étudiantes unilingues anglaises de McGill ou de Concordia qui veulent s\u2019encanailler.Autant d\u2019occasions pour Luc de soigner son faux chagrin et de nourrir sa vengeance.Le cœur sec et le nombril humide, la rage au ventre, Luc s\u2019abstient systématiquement de nommer «cette sale vache qui a bousillé [sal vie pour toujours».Pour ce petit-bourgeois adolescent écorché vif qui pense beaucoup (et surtout à lui-même), les femmes, impossibles à aimer aujourd\u2019hui {«Elles attendent trop de nous», croit-il), sont l\u2019alpha et l\u2019oméga de tous ses malheurs.A cet égard, le lexique ne ment pas: pétasse, connasse, folle.chienne, poufiasse, vache (on l\u2019a vu) et tutti quanti.Pas très Passe-Partout ou Watatatow.Mais suffisant, sans doute, pour provoquer quelques cRns d\u2019œil complices de la part de quelques masculinistes qui, contrairement à nous, ne feront peut-être pas la distinction entre Pierre-Marc Drouin et son narrateur écorché vif.Récit de peine d\u2019amour où l\u2019on ne sent vraiment ni la peine ni l\u2019amour, roman brouillon et immature servi par un style plutôt trivial (en cela, tout le contraire de McComber), Mile End Stories réchauffe, il faut le dire, quelques-uns des défauts de Si la tendance se maintient (Québec Amérique, 2010), son premier roman.En prime: un portrait superficiel du Mile End, utilisé par Pierre-Marc Drouin comme un décor sans substance.Dommage! Collaborateur du Devoir \\A SOLDE Éric McComber y ^ IVIècho Montréal, 2011,232 pages MILE END STORIES Pierre-Marc Drouin Québec Amérique Montréal, 2011,328 pages Romans, mes amours Au rendez-vous obligé de la Saint-Valentin, Tamour se doit d\u2019être convoqué, quitte à s\u2019y trouver au garde-à-vous.Le cahier Livres du Devoir n\u2019échappe pas au rancard et collige, un peu au hasard, quelques bouquins qui ont accéléré le sang de leurs lecteurs.Pascal Quignard CATHERINE LALONDE Anna Karénine, a lancé le chef de ces pages, et Manon Lescaut.U, commençant cette collecte par les chefs-d\u2019œuvre de Léon Tolstoï et de Tabbé Prévost.De l\u2019autre côté de la table fuse un «Belle du Seigneur, d\u2019Albert Cohen, mais je ne suis ja-rnais arrivé â le finir.» À cet aveu de défaite suivent Clair de femme de Romain Gary, La centaine d\u2019amour de Pablo Neruda, «même si c\u2019est de la poésie», avant que les titres ne s\u2019accumulent jusqu\u2019au désordre.Pour le nouvelliste, penseur et directeur littéraire des éditions L\u2019Instant même, Gilles Pellerin, «c\u2019est en ayant â indiquer quels sont mes romans d\u2019amour préférés que je constate que je n\u2019en ai pour ainsi dire jamais lu.Je retiens Le grand M eau In es d\u2019Alain-Eournier, que je relis tous les dix ans.J\u2019étais adolescent, la première fois, au milieu d\u2019une bande d\u2019ados tous éperdument amoureux de l\u2019héroïne, Yvonne de Calais.Est-ce un roman d\u2019amour?d\u2019amitié?d\u2019aventure?Toutes ces réponses.» L\u2019écrivain poursuit.«Vient ensuite le coup de poing, la dévastation complète: Les souffrances du jeune Werther de Goethe, lu au milieu de la préparation d\u2019un examen de mathématiques, où je me suis présenté exsangue, cerné, désormais membre â part entière du Grand Ordre des romantiques inconsolables.» La poétesse Hélène Dorion nomme quant à elle Pascal Quignard parmi les écrivains de l\u2019amour, lui qui décloisonne l\u2019essai, le roman, le fragment méditatif.«Tous les titres de Quignard sont pour moi des livres d\u2019amour, mais je retiens Terrasse à Rome [Gallimardl, histoire du graveur du XVIP siècle Meaune, qui est repoussé par Nanni, cette femme qu\u2019il aime et espère avec passion.Malgré le pire qui lui arrive, il ne cessera pour autant de l\u2019aimer jusqu\u2019à la mort, et c\u2019est â son art qu\u2019il se vouera corps et âme.» Hélène Dorion nomme L\u2019amour au temps du choléra, de Gabriel Garcia Mârquez, où Elorentino attend plus de cinquante ans avant de pouvoir enfin vivre avec Eermina, dont il est amoureux fou depuis sa jeunesse, mais qui en a épousé un autre.«Rien n\u2019aura mis fin â son attente patiente ou affaibli sa foi dans cet amour qui brûle en lui.» Ensuite, Joue-nous «Espana>, prix Eemina 1980, et Les bonheurs, de Jocelyne Erançois.Deux femmes y «vivent un a-mour dit impossible, qui bouscule les conventions et remuent les tabous».La poétesse pense également aux lettres d\u2019amour, intenses, de Victor Hugo à Juliette Drouet \u2014 «Te perdre, c\u2019est mourir! Ne me tue pas, attends-moi!» \u2014 et à celles de Rainer Maria Rilke à Lou Andreas-Salomé, mais aussi à «Marina Tsvetaieva et Boris Pasternak, en ces lieux où l\u2019amour et l\u2019amitié s\u2019interpellent».Les lettres ont aussi marqué Tex-patronne de la Grande Bibliothèque, Lise Bissonnette.«Pour moi, la plus grande histoire d\u2019amour est celle ^/\u2019Héloïse et Abélard.Tout y est: la séduction, la passion, la lâcheté, la colère, l\u2019abandon, l\u2019espérance et la désespérance, l\u2019éloignement, la clandestinité, la transgression, la punition, le désir et l\u2019assouvissement du désir, et les déserts de l\u2019absence.» L\u2019ancienne directrice du Devoir nomme également Adieu mon unique (Gallimard), d\u2019Antoine Audouard, publié en 2000, roman qui revisite justement l\u2019histoire d\u2019Héloïse et Abélard.«Le lien entre la tête et le cœur: c\u2019est le sens même de cette rencontre qui brise et unit deux intellectuels, mais aussi de la réception que nous pouvons en faire puisqu\u2019elle est devenue, â travers les âges, un magnifique et inépuisable objet d\u2019érudition.» Le Devoir R Gaspard-LE DEVOIR ALMARÈS Du 30 janvier au 5 février 2012 \t\t \t\t Romans québécois\t\t 1 Petals\u2019 pub\tArlette Cousture/Libre Expression\t1/2 2 A.N.G.E *10111610 Obscuritas\tAnne Robillard/Wellan\t2/4 3 Défense de tuer\tLouise Penny/Flammarion Québec\t3/4 4 La serveuse du Café Cheirier\tYves Beauchemin/Michel Brûlé\t4/14 5 Mémoires d\u2019un quartier \u2022 Tome 10 Évangéline, la suite\tLouise Tremblay-D\u2019Essiambre/Guy Saint-Jean 5/12\t 6 Malphas \u2022 Tome 1 Le cas des casiers carnassiers\tPatrick Senécal/Alire\t6/14 7 Félicité \u2022 Tome 1 Le pasteur et la brebis\tJean-Pierre Charland/Hurtubise\t7/13 8 Bonheur, es-tu là?\tFrancine Ruel/LIbre Expression\t8/15 9 Au bord de la rivière \u2022 Tome 2 Camille\tMichel David/Hurtubise\t9/16 10 II pleuvait des oiseaux\tJocelyne Saucier/XYZ\t10/2 Romans étrangers\t\t 1 Hôtel Adlon\tPhilip Kerr/Du Masque\t2/2 2 Œil pour œil\tJames Patterson | Howard Roughan/Archipel 1/3\t 3 Les mille automnes de Jacob de Zoet\tDavid Mitchell/Alto\t8/2 4 Toyer\tGardner McKay/Cherche Midi\t4/11 5 Umonov\tEmmanuel Carrère/POL\t3/12 6 Le palais de minuit\tCarios Ruiz Zafon/Robert Laffont\t-/I 7 Le Chinois\tHenning Mankell/Seuil\t5/14 8 Le Women murder club \u2022 Tome 9 Le 9^ jugement\tJames Patterson | Maxine Paetro/Lattès 6/6\t 9 Aleph\tPaulo Coelho/Flammarion\t10/14 10 La poursuite dans la peau.Objectif Bourne\tEric van Lustbader/Grasset\t7/11 '?\u2019Essais québécois 1 Comment mettre la droite K.O.en 15 arguments\tJean-François LIsée/Alain Stanké\t1/2 2 L\u2019État contre les jeunes.Comment les baby-boomers.\tÉric Duhaime/VLB\t3/2 3 L\u2019art presque perdu de ne rien faire\tDany Laferrière/Boréal\t2/9 4 Liliane est au lycée.Est-il indispensable d\u2019être cultivé?\tNormand Baillargeon/Flammarion\t-/I 5 Le Québec et la nouvelle donne internationale\tPierre Dubuc/Renouveau québécois\t7/2 6 Mafia inc.Grandeur et misère du clan sicilien au Québec\tAndré Cédilot | André Noël/Homme\t5/67 7 Troisième millénaire.Bilan final - Chroniques impertinentes Jean-François Usée/Alain Stanké\t\t4/2 8 On veut votre bien et on l\u2019aura.Comment l\u2019insidieuse.\tJacques Nantel | Ariane Krol/Transcontinental -/I\t 9 La sexualité spectacle\tMichel Dorais/VLB\t9/3 10 Lombre portée.L\u2019individualité à l\u2019épreuve de la dépression\tMarcelo Otero/Boréal\t-/I ?\u2019Essais étrangers\t\t 1 Une histoire populaire de l\u2019humanité\tChris Harman/Boréal\t-/I 2 Le monde post-américain\tFareed Zakaria/Perrin\t-/I 3 Pei cours d\u2019autodéfense en économia Labc du capitalisme\tJim Stanford/Lux\t1/13 4 Mon enfant n\u2019est pas à vendre\tJoel Bakan/Transcontinental\t3/3 5 Nouvel éloge de la folie.Essais édits & inédits\tAlberto Manguel/Actes SudILeméac\t-/I 6 Demain, qui gouvernera le monde ?\tJacques Attali/Fayard\t5/2 7 Une rencontre\tMilan Kundera/Gallimard\t9/4 8 Indignez-vous i\tStéphane Hessel/Indigène\t2/54 9 Dialogue sur la connaissance\tEdgar Morin/l\u2019Aube\t-/I 10 Les femmes et la discrimination.Dépression, religion, société Saïda Douki/Odile Jacob\t\t-/I sur les ventes de livres français au Canada.Ce palmarès est extrait de Ba^riei est constitué des reievés de caisse de 177 points de vente.La BTLF reçoit un soutien financier de Patrimoine canadien pour le projet Sa^.© BTLF, toute reproduction totaie ou partieile est interdite. F 4 LE DEVOIR LES SAMEDI II ET DIMANCHE 12 EEVRIER 2012 LITTERATÜRE Voyage héroïque, aventure maudite Louis Hamelin Il y a, aux États-Unis, une littérature de la boxe, avec ses classiques {Cinquante mille dollars de Hemingway, Plus dure sera la chute de Bud Schulberg, Le combat du siècle de Mailer viennent automatiquement à l\u2019esprit) et ses nouveaux auteurs: Craig Davidson (un Canadien) et Thom Jones, entre autres.Entre magouille et rédemption, une vérité propre à cet exercice qui consiste à s\u2019entre-taper sur la gueule pour provoquer une commotion cérébrale chez l\u2019adversaire continue de fasciner, y compris dans le monde des lettres \u2014 surtout «américaines», devrait-on ajouter.La boxe, chez les écrivains, est parfois arrangée, parfois illégale, rite clandestin d\u2019une sous-culture de la violence comme les combats de chiens, à poings nus.Elle abrite le «côté obscur de la force» et l\u2019arène où, dans la victoire comme dans la défaite, le mensonge devient impossible.Thom Jones, né à Aurora dans l\u2019illi-nois, donne l\u2019impression d\u2019avoir grandi dans une nouvelle de Hemingway.Son père boxeur se suicide dans un asile psychiatrique.Le fils s\u2019engage dans les marines, monte sur le ring, en amateur.Le port du casque protecteur ne l\u2019empêche pas de recevoir un coup qui lui endommage le cerveau.Épileptique, il se retrouve à l\u2019université pendant que ses compagnons d\u2019armes partent se faire bousiller au Vietnam.En 1973, Jones ressort du fameux Writer\u2019s Workshop de l\u2019Université de l\u2019iowa équipé d\u2019une maîtrise en écriture narrative, l\u2019année, comme par hasard, où un certain Raymond Carver et un certain John Cheever y donnent des cours; ça, c\u2019est quand tous les deux ne sont pas occupés à se cui-ter à s\u2019exploser le ciboulot.A partir de là, Thom Jones tourne le dos à Papa Hem et devient un personnage d\u2019une nouvelle de Carver: il prend un boulot de concierge, il écrit, vit dans l\u2019État de Washington, connaît l\u2019obscurité, un tunnel de vingt ans à traverser, avec, au bout, la gloire, ce qui veut dire: avoir son talent découvert par le bon vieux New Yorker, qui lui achète une nouvelle, puis det^ puis trois.Sonny Liston était mon ami est son troisième recueil de nouvelles depuis The Pugilist at Rest (1993).Pour un homme qui, vivrait-il au Canada, serait en âge de toucher sa pension, même sous le régime de retraite réformé de Stephen Harper (il est né en 1945), on est loin de parler d\u2019une œuvre Tliom Jones donne l\u2019impression d\u2019avoir grandi dans une nouvelle de Hemingway très abondante.Mais trois livres, quand on a été rangé, par nul autre que John Updike, parmi les deux meilleurs auteurs de la génération de l\u2019après-Vietnam, et qu\u2019on a remporté le Best American Short Stories Award quatre années de suite et que, pour faire bouillir la marmite, on peut, outre le New Yorker et la bourse Guggenheim, placer des nouvelles dans des magazines qui paient aussi bien que le Playboy, ce n\u2019est déjà pas si mal.Quand Ken Kesey (1935-2001) a cessé, à 30 ans, de faire paraître des livres pendant près d\u2019un quart de siècle, les mauvaises langues ont raconté qu\u2019il avait pris trop d\u2019acide.Jones, lui, a non seulement gobé du LSD (à moins d\u2019être un simulateur très bien documenté.), mais en plus, il s\u2019est fait abîmer l\u2019encéphale sur le ring! Si ça se trouve, on a peut-être juste affaire à un conteur d\u2019histoires, de cette rare race d\u2019écrivains qui préfèrent se taire quand ils n\u2019ont rien à dire.Sonny Liston est ce champion des lourds que Cassius Clay a expédié deux fois au tapis pour remporter et conserver le titre mondial.On le croise dans la nouvelle qui porte son nom, où il impressionne, à l\u2019entraînement, un jeune Gant Doré du nom de Kid Dynamite, à qui il refile ensuite une photo dédicacée à deux dollars où il est écrit: «de ton ami, Sonny Liston».Comme dans le premier Rocky, le monde de la boxe devient encore plus intéressant quand il nous débarrasse des illusions et enseigne avant tout l\u2019art d\u2019encaisser.Le triomphe peut alors y prendre la forme du simple fait de ne pas se faire complètement démolir, de parvenir à demeurer debout.Kid Dynamite ne sera jamais un liston et il le sait.Mais il a le choix entre Charybde et Scylla, entre les câbles et l\u2019usine.«Il s\u2019estimait inapte aux études universitaires et connaissait suffisamment la boxe pour savoir que ses perspectives de carrière professionnelle étaient nulles comme l\u2019avaient été celles de son père.On finissait toujours par tomber surplus coriace et meilleur que soi.» Les trois nouvelles suivantes, qui forment une suite, font penser qu Voyage au bout de l\u2019enfer de Michael Cimino.A l\u2019entraînement dans les déserts du Sud-Ouest américain, un des membres du bataillon attrape un «coucou terrestre» (ou géocoucou de Californie, le fameux road runner) et réussit à réaliser le rêve du coyote du dessin animé: il asperge l\u2019oiseau d\u2019essence et l\u2019immole devant ses camarades frappés d\u2019une muette réprobation, ou carrément indifférents, préfigurant le sort qui les attend tous en Asie.Et les histoires se suivent: un chômeur quaran-tenaire vit dans le sous-sol chez sa mère cancéreuse à qui il chipe ses comprimés de morphine.Lorsqu\u2019il la découvre morte, il la fout au congélateur, le temps de finir les doses restantes et d\u2019honorer la prescription trouvée dans AGENCE ERANCE-PRESSE Le 25 mai 1965, pour le titre de champion du monde des poids lourds, Muhammad Ali envoie au tapis Sonny Liston.la chambre.Maladie mentale et pharmacopée composent d\u2019ailleurs le grand thème, celui qui confère, par rapport aux illustres prédécesseurs, son autonomie à l\u2019univers tordu dans lequel évoluent ces nouvelles.Oubliez, de Hemingway à Bukowski, les héros et antihéros adonnés à la bouteille, voici la première expression littéraire absolument convaincante de la psychopathologisation galopante et de la surmédicalisation à l\u2019œuvre dans notre civilisation du prêt-à-guérir.Matthew, le Tanguy de 40 ans, très représentatif de la faune humaine qui peuple la quasi-totalité de ces histoires, alterne le café, le «Zoloft», le «Nardil» et les «combinaisons quatre et deux» (quatre comprimés de morphine plus deux Xanax) et sait «qu\u2019on ne peut pas mélanger les anti-dépresseurs classiques avec les inhibiteurs de l\u2019AOM».«Tout le monde est déprimé.Ça fait partie intégrante de l\u2019humaine condition», lui lance sa génitrice, pas longtemps avant de claquer.Dans ce recueil, même les chiens font du diabète et ont droit à la seringue! Dans une autre histoire de boxeur, le héros, après avoir conquis le titre mondial et connu l\u2019amour fou et reconnu la fatale incompatibilité des deux: «f aimerais qu\u2019ils sachent que je me suis embarqué pour un voyage héroïque, un voyage mythique, que fai occis l\u2019Ouragan de Tasmanie et gagné l\u2019amour de la princesse aux cheveux d\u2019or.Les jouma-leux de Boxing VèsasYcattA parleront pas de ça.» Et dans une nouvelle de 90 pages dont la prose enlevée et l\u2019étourdissant dérèglement de tous les sens closent le recueil, on peut lire, comme en écho à cette conclusion: «La perspective de ce qu\u2019avait à m\u2019offrir l\u2019âge adulte commençait à m\u2019apparaître comme une succession d\u2019horreurs \u2014 travail, mariage, enfants, et puis le grand âge où un diagnostic serait rapidement suivi d\u2019une longue agonie [.].Molly n\u2019en disconvenait pas avec moi mais alors même d\u2019elle déplorait la futilité de l\u2019existence sur notre planète, elle exigeait plus de sexe, la chose même qui perpétuait cette satanée aventure.» Thank you, Satan.SONNY LISTON ÉTAIT MON AMI Thom Jones Traduit de l\u2019américain par Jacqueline Huet et Jean-Pierre Carrasso Albin-Michel Paris, 2012,387 pages POESIE Bonté et cruauté HUGUES CORRIVEAU Si le comfort food existe pour les soirs froids de nostalgie, saurait-on trouver de la comfort poetry, entre autres, chez Louise Warren qui, dans le calme serein de sa campagne, se laisse pénétrer de la mielleuse ambiance des arbres, alors (\\ü\u2019«une profondeur sensible / www.polymtl.ca/pub i^rhFernational ; Development 'ecmio'n^dhning ,,^R^^ônitoring ¦S = ¦s ^ E .O \u201c g '5 0\tC) ÿ «« û 0 i.= i 1\ts O Coopération Humain fU c O '4-> rJ c O) 4-> c Projets PRESSES INTERNATIONALES P OLYTECHNigUE tient en alerte»! C\u2019est du moins ce qu\u2019on croirait entendre, dans les débuts de cette Anthologie du présent, dont il faut prendre le titre au pied de la lettre puisque le livre propose, incidemment, des textes remaniés, déjà publiés ailleurs, de même que métaphoriquement, comme déploiement du réel dans le temps.Un écho des mots accueillants d\u2019un Gaston Bachelard qui, dans ses travaux sur l\u2019imagination matérielle, a su s\u2019approcher au plus près des éléments fondamentaux de l\u2019univers poétique, transite ici dans les références aviaires ou arboricoles.Ce présent recueil, empreint de bonté et de beauté, affleurant la béatitude organique en une sorte d\u2019osmose vitale que les sens exacerbent, trouve son chemin jusqu\u2019aux frissons des ruisseaux.Quand viennent gruger ce bien-être des moments néfastes, «des vagues, des vagues [qui] engloutissent des populations entières», il y a péril en la demeure.Mais contre vents et marées, en de courts ou plus longs textes en prose, de longs poèmes en vers libres ou de minuscules petits îlots de mots, Louise Warren met en question la survie possible, «le corps [.] soutenu par une confiance pleine», même si «une fatigue s\u2019épuise / vaste et légère / près du cœur».Louise Warren s\u2019attarde à son monde privé, à son monde immédiat, à son monde d\u2019enfance parfois, dans de très belles évocations: «les mères / dévissaient les têtes / des poupées / pour les faire aérer // fai pleuré / pour un œil tombé dans le crâne / un œil que f entendais bouger/ dans mon sommeil».L\u2019auteure s\u2019arrête aussi à la danse, au sens du poçme, à la création.A la fin du livre, on trouvera une «conversation» entre l\u2019au-teure et son premier lecteur, André Lamarre.Cet échange est d\u2019un tel narcissisme qu\u2019on se prend à regretter un peu d\u2019avoir aimé ce qui précède.Ce dialogue sonne faux, alors qu\u2019elle est captive de sa contemplative admiration d\u2019au-teure inquiète, alors qu\u2019il se complaît dans sa tâche réussie et parfaite d\u2019un premier lecteur compétent.A travers cela, quand le ton s\u2019éloigne un peu de cet entretien affecté, on trouve quelques passages qui éclairent l\u2019acte créateur et de lecture.Cauchemars Ah! Les rêves! Les inépuisables rêves! C\u2019est en eux que fouille Jean-Pierre Gaudreau dans ses Fragments de nuit.Confronté à la mort du père, de la mère, de la sienne propre, à l\u2019errance d\u2019autres encore titubant, portés par la ferveur du sang, le recueil tient lieu de «cahier de notes» morcelé.Curieux livre, à la fois clair si on y suit la piste onirique implicite.mais fort complexe si on cherche à y saisir, ailleurs qu\u2019en cette dérive mortuaire, le fd profond.Qu\u2019il tienne «en laisse [sa] chèvre squelettique», qu\u2019il voie «un chat tombé d\u2019une potence» ou bien encore que «devant l\u2019aïeule des mercenaires décapitent les petits [et] dépècent enfouissent leurs membres dans des gibecières», toujours le poète confronte la mort aux aguets, la perte de soi, des autres.Témoin de la détresse d\u2019un monde en décomposition, Jean-Pierre Gaudreau ne cache rien de ses visions troubles: «les passants se traînent à peine ont-ils la tête sortie de l\u2019eau certains déambulent immergés un noyé tient son nouveau-né à bout de bras le crâne retombe comme une crevette».C\u2019est d\u2019une beauté noire et radicale, c\u2019est parfaitement assumé.Collaborateur du Devoir ANTHOLOGIE DU PRÉSENT Louise Warren suivi de LE PREMIER LECTEUR Une conversation avec André Lamarre Les éditions du Passage Montréal, 2012,240 pages FRAGMENTS DE NUIT Jean-Pierre Gaudreau Les éditions du Passage Montréal, 2012,80 pages Renaud-Bray lance sa bourse littéraire CATHERINE LALONDE Les librairies Renaud-Bray inaugurent leur toute première Soirée Coup de cœur.Cette soirée-bénéhce, en compagnie du poète Gilles Vi-gneault, du pianiste Alain Lefèvre, de Lucien Bouchard et de l\u2019artiste visuel André Desjardins, permettra d\u2019amasser des fonds pour soutenir trois organismes culturels.La Maison Théâtre, le Festival internatio- nal de la littérature et la Fondation du patrimoine Gilles Vi-gneault sont les premiers béné-hciaires de cette aide.Le même soir, la première bourse «Coup de cœur de l\u2019année» sera remise à un écrivain.D\u2019une valeur de 20 000 $, cette bourse ira à un auteur, québécois ou étranger, parmi tous ceux qui se sont vu décerner un «Coup de cœur Renaud-Bray» au cours de l\u2019année précédente.Alors que les Coups de cœur sont attribués par quelques lecteurs proches de la direction de Renaud-Bray, cette bourse sera octroyée par Pierre et Biaise Renaud eux-mêmes, respectivement cofondateur et directeur général du Groupe Renaud-Bray.Les billets pour cette soirée-bénéfice se vendent 500 $ pour les invités et 7000 $ pour les lounges.Le Devoir Un Américain bien étrange GILLES ARCHAMBAULT Henry James est l\u2019une des h-gures les plus attachantes de la littérature américaine.Qu\u2019on le lise un peu moins qu\u2019autrefois n\u2019a rien pour surprendre.Le monde qu\u2019il décrit est celui d\u2019une certaine bourgeoisie aisée.Indépendant de fortune, il a pourtant mené une vie de forçat de l\u2019écriture, multipliant romans et nouvelles.Son thème d\u2019élection: l\u2019opposition entre l\u2019innocence du Nouveau Monde et la culture européenne.Né à New York en 1843, il décède à Londres en 1916.Après de fréquents voyages outre-mer, il décide en 1875 de se fixer en Europe.Deux ans de séjour à Paris avant d\u2019adopter Londres.Sauf quelques séjours en Italie, c\u2019est là qu\u2019il écrira son œuvre.Publiés à la fois à New York et à Londres, ses écrits l\u2019établissent comme un écrivain important.Son seul échec, n\u2019avoir pu réussir au théâtre.Sa deuxième pièce est un four.Qn publie dans la Bibliothèque de la Pléiade les troisième et quatrième tomes de ses nouvelles complètes, terminant ainsi un remarquable travail d\u2019édition.Les années dont on s\u2019occupe: 1888-1898 et 1898-1910.Comme le rappelle Annick Duperray dans son introduction au troisième tome, la carrière de notre écrivain n\u2019est pas dépourvue de difficultés.Les revues auxquelles il destine ses nouvelles ne sont pas toujours accueillantes.S\u2019ajoute aux problèmes habituels d\u2019un écrivain le fait qu\u2019il s\u2019adresse à la fois à deux publics, l\u2019américain et l\u2019anglais.Ces ennuis toutefois n\u2019empêchent pas James de vivre parfaitement sa vie de bourgeois.Habitant un quartier huppé de Londres, voyageant à son gré, il peut se consacrer à son œuvre.11 est étonnant de constater C\u2019est dans le texte plus court que la maîtrise d\u2019Henry James est plus évidente que les dictionnaires et les histoires de la littérature insistent beaucoup sur les romans de notre auteur et négligent ses nouvelles.Bien sûr, on ne peut faire l\u2019impasse sur des entreprises romanesques aussi prenantes que Les ambassadeurs.Les Bostoniens ou Washington Square, mais c\u2019est dans le texte plus court que la maîtrise de James est plus évidente.Les sujets qu\u2019il traite dans ses nouvelles ont souvent à voir avec le surnaturel.Ses personnages vivent souvent dans un monde immatériel, imaginaire.L\u2019auteur cependant ne perdait jamais le nord.Annick Duperray rappelle qu\u2019il «avait coutume de prévoir sujets et ébauches parfois plusieurs années avant de parvenir à la solution finale».11 veillait aussi à trouver un éditeur pour la rédaction en feuilleton et la publication ultérieure en recueil.S\u2019il faut choisir entre ces deux publications, c\u2019est la seconde que je préférerais.Qn y trouve les incontournables que sont Le tour d\u2019écrou, La bête dans la jungle, Dans la cage et La maison natale, entre autres.Mais au fond, comment choisir?Accepter de lire Henry James, c\u2019est convenir d\u2019entrer dans un univers désuet et pourtant actuel.Tant il est vrai que dans nos vies la psychologie raisonnée est tout aussi présente que le rêve.Les nouvelles de cet auteur ont beau se dérouler dans un monde qui n\u2019est plus le nôtre, elles invitent souvent à une déraison qui ne connaît pas d\u2019époque.Collaborateur du Devoir NOUVELLES COMPLÈTES, TOMES 3 ET 4 Henry James Gallimard, «Bibliothèque de la Pléiade» Paris, 2011,1497 et 1726 pages LE DEVOIR LES SAMEDI II ET DIMANCHE 12 FEVRIER 2012 F 5 LIVRES LITTERATURE ERANÇAISE Chronique des drames familiaux Le succès du roman est foudroyant: Delphine de Vigan y raconte l\u2019histoire vraie de sa famille.Sélectionné pour tous les prix parisiens, et il le mérite à cause de l\u2019émotion casse-gueule et personnelle qu\u2019il suscite, le voici en lice, au Québec, pour le Prix des libraires.Entre singularité et collectif, plusieurs livres mettent en avant la mémoire familiale.GUYLAINE MASSOUTRE Le sujet de Rien ne s\u2019oppose à la nuit, de Delphine de Vigan, n\u2019a rien de facile: comment vivre avec une mère bipolaire, qui finit, à l\u2019instar du destin qui accable sa famille nombreuse, par se suicider en 2009?Or l\u2019écrivaine fascine.«Ma mère constituait un champ trop vaste, trop sombre, trop désespéré: trop casse-gueule en résumé», écrit-elle de ce livre improbable, l\u2019histoire du clan Poirier.Au centre, un cœur brillant et noir, une étoile absorbante: le portrait recomposé de Lucille, sa mère.Autour, l\u2019éclairage touchant, voire inquiétant, d\u2019une écriture distancée.Les lecteurs se précipitent: est-il si courant de vouloir absorber une histoire aussi atypique?Dans tout le vrai et le ressenti des phrases abruptes de Vigan, sur plus de 400 pages, les faits composent avec les atermoiements de la conscience.La narratrice n\u2019occulte rien, ni les drames, ni les questions sans réponse, ni la force de vie qui court.Livré nu, le tragique frappe par la vitalité qui y répond.Il y a dix ans, Vigan avait écrit un roman autobiographique sur l\u2019anorexie.Jours sans fin, trois mois d\u2019hospitalisation qui la firent remarquer.Dans Rien ne s\u2019oppose à la nuit \u2014 une belle ligne empruntée à Osez Joséphine d\u2019Alain Ba-shung \u2014, elle s\u2019expose hors fiction, martelant une écriture blanche, factuelle, riche de péripéties, de relations humaines et de morts accidentelles.Un sentiment profond d\u2019amour maternel relie le tout.Comme dans le noir de Soulages, qu\u2019elle évoque au début du livre, le désastre, «le gâchis» d\u2019une vie ne se mesure à rien.Aucune censure ne paraît limiter son récit.Qu\u2019en retenir sinon que, de la souffrance d\u2019une mère, l\u2019écriture n\u2019élucide rien?Mais sa fille s\u2019élargit de sa prison intérieure.On pensera à Nelly Arcan.Inaccessible, la vé- f ^ ^ Delphine I de Vigan Rien ne s\u2019oppose à la nuit |C Lattes rité de l\u2019être se tient derrière les barrières de la maladie mentale, sans que l\u2019écriture apporte de résolution.Ainsi, ce roman de pure intrigue grossit jusqu\u2019à ce que le portrait recomposé et subjectif assume la réalité portée.Hier et jadis A propos des images énigmatiques, le jeu du temps dans l\u2019écriture offre des perles; ainsi: «Si les époques se résument au lieu qui les contient, Yerres reste pour moi l\u2019emblème d\u2019un avant.Avant l\u2019inquiétude.Avant la peur.Avant que Lucile déraille.» L\u2019âge d\u2019or est bien hier, dans le lieu qui précède chutes et séparations irrémédiables.Il cesse avec les grandes émotions.Pourquoi donc était-ce mieux avant?se demande J.B.Ponta-lis dans Avant, qui paraît chez Gallimard.Chacun de nous, quand il rêve, a un peu tous les âges, explique le brillant psychanalyste.Du lointain de l\u2019enfance et aux avatars de la veille, la littérature nous garde puissamment des rencontres avec l\u2019inconnu.De même qu\u2019en lisant, chacun essaie de conserver son adolescence, où tout est ouvert, de même en vieillissant, où l\u2019accès au sensible est moins fort, la parole efface et puis retrouve la riche palette de§ sensations.Ecoutez ce travail du silence, littéraire ou psychanalytique, tant ces tâches se ressemblent, dit encore Pontalis.Ce familier de l\u2019inconscient en témoigne au bout de 88 ans.Un autre témoignage vient de son collègue Henry Bauchau, né en 1913.Dans L\u2019enfant rieur, celui-ci plonge aux plus précis souvenirs, une enfance belge durant la Première Guerre mondiale, alors que sa famille fuyait les réquisitions de maisons par l\u2019armée allemande.Une traversée de siècle Bauchau a connu deux guerres, la maladie infantile, la séparation de sa famille, l\u2019engagement militaire, l\u2019encadrement et l\u2019obéissance, la capitulation, l\u2019exode, le danger.La peur n\u2019est pas très présente, incidente et non maîtresse, pas davantage de plainte.Se racontant sous le mode romanesque, l\u2019écrivain quasi centenaire retrouve la joie de «l\u2019enfant rieur».Objectivement, on est souvent loin du bonheur; mais de raconter «l\u2019être intérieur» change l\u2019atmosphère en résilience.En fin de compte, vivre dans la parole est plus fort que ces événements clés qui ont fait l\u2019homme \u2014 et quel homme vivant! il est époustouflant \u2014, sans rire cette fois.«N\u2019ajoutez rien par imagination à votre malheur», écrit Bauchau, comme pour donner un conseil échappé de son récit.Parcours d\u2019une vie qui ne s\u2019effondre pas, d\u2019autres livres ont traité récemment de la famille: La confusion des peines,, de Laurence Tardieu (Stock), Et rester vivant, de Jean-Philippe Blondel (Bu-chet Chastel).La quête de vérité porte de telles écritures.Mario Vargas Llosa a dit, en recevant le prix Nobel fin 2010: «Nous serions pires que ce que nous sommes sans les bons livres que nous avons lus; nous serions plus conformistes, moins inquiets, moins insoumis, et l\u2019esprit critique, moteur du progrès, n\u2019existerait même pas.Tout comme écrire, lire c\u2019est protester I i m © DELPHINE JOUANDEAU Née en 1966, Delphine de Vigan est l\u2019auteure de six romans.contre les insuffisances de la vie.» Difficile de ne pas lire dans ces prises de parole une affirmation testamentaire, à la fois une somme de moyens d\u2019être soi et une proposition éclairée pour tous.Collaboratrice du Devoir RIEN NE S\u2019OPPOSE À LA NUIT Delphine de Vigan Jean-Claude Lattès Paris, 2011,439 pages AVANT Jean-Bertrand Pontalis Gallimard Paris, 2012,141 pages L\u2019ENFANT RIEUR Henry Bauchau Actes Sud Arles, 2011,320 pages LITTERATURE RUSSE Le rétroviseur russe Des nouvelles couleur nostalgie de Zakhar Prilepine CHRISTIAN DESMEULES La nostalgie est un carburant renouvelable.Parfois un peu toxique, il est vrai, mais un carburant qui permet de faire beaucoup de chemin avec un seul réservoir.Et pas seulement en littérature.En politique aussi.En Russie, par exemple, un important segment du spectre politique fonctionne aux regrets d\u2019autrefois.Communisme, impérialisme russe, appels au chaos révolutionnaire.Comme si l\u2019époque actuelle n\u2019était rien d\u2019autre qu\u2019un désert qu\u2019il faut traverser entre deux oasis.Zakhar Prilepine, écrivain né en 1975, auteur de trois romans traduits en français {Pathologies, Le péché et San\u2019kia), ajoute lui aussi son refrain à cette chanson triste.Longtemps actif au sein du parti national bolchevique (organe du grand clash en avant, de la contre-culture et de la dissidence politique, institutionnalisée), proche d\u2019Edouard Limonov, Prilepine habite aujourd\u2019hui Nijni-Novgorod, où il dirige l\u2019édition locale de Novaïa Gazeta, le journal où écrivait Anna Politkovskaïa.Emmanuel Carrère, dans son Limonov (P.O.L, 2011), recommande chaleureusement l\u2019écrivain russe et se dit prêt à jurer que Zakhar Prilepine est «un type formidable».Aussi: «C\u2019est un excellent écrivain, sérieux et tendre, qu\u2019on pourrait, pour situer, rapprocher de Philippe Djian à ses débuts \u2014 mais un Philippe Djian qui aurait été à la guerre.» \\ A hauteur d\u2019homme Chez Prilepine, pas trop de poudre aux yeux, effet minimal.On est à hauteur d\u2019homme.Connectées très librement entre elles par un narrateur unique, les onze nouvelles qui forment Des chaussures pleines de vodka chaude s\u2019assemblent ainsi autour de quelques thèmes récurrents: l\u2019amitié entre hommes, le temps suspendu de l\u2019enfance, la discrète solidité des femmes, l\u2019immobilité grise des petites villes de province russe.«Le pays était pauvre, et nous tellement jeunes que nous n\u2019entendions pas le vacarme du ciel au-dessus de nos têtes.» Un chanteur rock déchu donne un concert dans un petit bar sous le regard incrédule et attendri du narrateur.Des récits de beuveries é-piques, des amitiés solennellement baptisées à l\u2019alcool.Une histoire de brochettes de chien, une autre de prostituée au rire inoubliable ou de dissident traqué par les services secrets, un truc pour assouplir des chaussures neuves, des souvenirs d\u2019amitié guerrière en Tchétchénie.Plus loin, le temps d\u2019un pique-nique au village, Prilepine ressuscite une enfance bercée par les jeux et la liberté {La grand-mère, les guêpes et la pastèque).Le présent, lui, est plus terne: «Tous étaient morts.Ceux qui n\u2019étaient pas morts de mort naturelle avaient été tués.Ceux qui n\u2019avaient pas été tués l\u2019avaient fait eux-mêmes.» C\u2019est ce parfum lourd de nostalgie et d\u2019immobilisme qui imprègne chacune des nouvelles de l\u2019écrivain russe.Au cœur de cet «empire fourvoyé», il faut croire que l\u2019époque n\u2019est peut-être pas formidable pour chacun.Prilepine, avec finesse, avec cœur et un certain parti pris réaliste, essaie d\u2019attraper l\u2019insaisissable.Même s\u2019il s\u2019éloigne à toute vitesse dans le rétroviseur.Collaborateur du Devoir DES CHAUSSURES PLEINES DE VODKA CHAUDE Zakhar Prilepine Nouvelles traduites du russe par Joëlle Dublanchet Actes Sud Arles, 2011,190 pages LETTRES ERANCOPHONES Chamoiseau : rien n\u2019est vrai, tout est vivant Après Les neuf consciences du Malfini (Gallimard, 2009), sorte de conférence des oiseaux dont l\u2019un des acteurs principaux était un colibri, Chamoiseau propose un nouveau conte philosophique mettant en scène le monde énigmatique des insectes.Plus particulièrement celui des papillons de nuit engagés dans la recherche d\u2019une lumière qui n\u2019est pas sans risque pour leur survie.LISE GAUVIN Selon l\u2019écrivain français Henri Gougaud, Le papillon et la lumière serait aussi le titre d\u2019un conte persan dans lequel un papillon de nuit entreprend un voyage en compagnie d\u2019un papillon de jour dans l\u2019univers des formes et des couleurs.Les personnages de Chamoiseau, le fringant et le vénérable, s\u2019en tiennent pour leur part à l\u2019exploration de la nuit et de ses sortilèges, trouvant dans leur environnement immédiat suffisamment matière à questions et à réflexions.Car, comme le dit Claudel cité en épigraphe, «même pour un simple envol de papillon, tout le ciel est nécessaire».L\u2019histoire, cette «drôle d\u2019histoire», commence comme un fait divers: «Chaque nuit, dans les villes, sur les routes, ensorcelés par les lumières artificielles, des mil- lions d\u2019insectes s\u2019écrasent contre les ampoules brûlantes.Parmi eux, les papillons de nuit.» Ils tourbillonnent autour des lampadaires et se brûlent les ailes, fascinés par cette idée de lumière qui se trouve à leur portée.Certains en reviennent, d\u2019autres pas.«Pour les papillons de nuit, l\u2019aile délabrée est sans doute l\u2019emblème du courage: le signe d\u2019un début d\u2019expérience du grand secret de la lumière».Mais un soir, «dans l\u2019hécatombe des héroïsmes et le hasard des survivances», un jeune papillon fait la rencontre d\u2019un «papillon mélancolique» qui, loin de toute agitation, «végète sur un fil électrique, au-dessus d\u2019un Macdonald\u2019s, dans un remugle d\u2019huile morte et de frites échaudées».Ce papillon a ceci de particulier qu\u2019il a gardé ses ailes intactes, malgré son grand âge.D\u2019où cette mélancolie qui l\u2019habite car.éditions Magazine de philosophie et de sciences humaines et sociales MAGAZINE DE PHILOSOPHIE ET DE SCIENCES HUMAINES ET SOCIALES Le pouvoir, encore.ses formes, ses lieux Quelle anthropologie ?Entretien avec Francine Saillant Michel Freitag, dialectique et société Jacques Duliresne, intellectuel public Jacques Brault.Paul Bcîlanec Janvier - Avril 2012 Abonnement : 35 $ Le numéro : 10$ En vente en librairie dès maintenant Contribuer à inscrire l'activité intellectuelle dans le cours normal des choses ) pour y arriver, il a dû renoncer à la lumière.Cependant, lorsque le plus jeune lui demande des conseils de vie, il se garde bien de les lui donner, sachant qu\u2019il n\u2019y a pas de vérités, tout au plus des «traces de croyances».L\u2019une de ces traces dit que «vivre est un impossible et [qu\u2019j il faut vivre au mieux cet impossible à vivre».Ainsi s\u2019élabore un dialogue fondé sur un rapport de maître à disciple, le jeune papillon cherchant à comprendre à travers l\u2019expérience du plus âgé le sens à donner à sa propre existence.Mais tout au plus peut-il appréhender la «haute conscience» du vénérable, une conscience qui «tremble parce qu\u2019elle est vivante, et parce qu\u2019elle «fixe ensemble, les relie, les rallie, tous les contraires, tous les impossibles et tous les impensables».Il y a quelque chose du Petit Prince de Saint-Exupéry et du Monde de Sophie dans ce dialogue d\u2019insectes.«Si tu m\u2019as trouvé, c\u2019est que tu me cherchais», affirme d\u2019emblée le papillon philosophe.Le livre n\u2019est-il pas dédié à une certaine «Noémie, juste arrivée»^ Mais on retrouve surtout, dans cette méditation déployée sur une centaine de pages, la mise en s,cène des concepts chers à Edouard Glissant, dont Chamoiseau n\u2019a cessé de se réclamer, et qui s\u2019articulent ici avec bonheur dans le chassé-croisé des paroles.L\u2019image même du papillon renvoie à la poétique du chaos chère au poète du Tout-monde, à la célébration de la beauté qu\u2019il affectionnait et à la pensée du tremblement qu\u2019il a mise en avant dans ses essais aussi bien que dans son séminaire dont le sujet était «Rien n\u2019est vrai, tout est vivant».On n\u2019aurait pu inventer un plus bel hommage au grand disparu, dont la présence textuelle n\u2019a pas fini de nous inspirer.Collaborateur du Devoir LE PAPILLON ET LA LUMIÈRE Patrick Chamoiseau Illustrations dJaima Andreadis Editions Philippe Rey Paris, 2011,109 pages ivieri Olivieri Au cœur de a ittérature Mercredi 15 février à 18 heures Entree libre/ reservation obligatoire RSVP : 514.739.3639 Bistro : 514.739.3303 5219 Côte-des-Neiges Traverser l\u2019espace CULTUREL DES VILLES MULTILINGUES Cette causerie autour du dernier iivre de Sherry Simon, Cities in Transiation.intersections of Language and Memory (Routiedge, 2011), nous propose une réflexion sur la circuiation des langues et des mémoires dans ies vilies muitliingues telies Calcutta, Trieste, Barceione et bien sûr Montréai.Causerie avec Sherry Simon Études françaises Université Concordia Simon Harei Littérature comparée Université de Montréai Wiii Straw Institut d\u2019études canadiennes Université McGiii F 6 LE DEVOIR, LES SAMEDI II ET DIMANCHE 12 EEVRIER 2012 ESSAIS ESSAIS QUEBECOIS Libérer à nouveau l\u2019imaginaire sexuel Michel Dorais plaide pour le développement d\u2019un sens critique à l\u2019égard de la sexualité spectacle Louis Cornellier amnée luxure», s\u2019écriait encore Séraphin Poudrier, récem-ment, sur les ondes d\u2019Artv, scandalisé par la faiblesse de Todore Bouchon-neau devant les charmes d\u2019une fille perdue.Mettons que, s\u2019il revenait aujourd\u2019hui, l\u2019austère avare aurait de quoi s\u2019époumoner.Le sexe, en effet, est partout.L\u2019affaire, on le sait bien, a toujours fasciné les humains, mais son omniprésence actuelle témoi^e d\u2019une obsession sans précédent.Sociologue de la sexualité, Michel Dorais n\u2019a rien du vieux gratteux des pays d\u2019en haut.Aussi, ne comptons pas sur lui pour moraliser ou pour en appeler à la censure.Dorais s\u2019inquiète néanmoins du fait que la sexualité, transformée en divertissement, soit devenue «envahissante».Dans La sexualité spectacle, un essai au style élégant et délicat dont le propos se fait parfois mordant, il se garde bien de condamner le phénomène en bloc, mais il plaide pour la nécessité d\u2019un regard critique sur cette tendance.«La sexualité spectacle, écrit-il, propose des valeurs, si ce n\u2019est une vision du monde, mais pas d\u2019éthique.L\u2019éthique est en effet l\u2019art de penser et d\u2019organiser sa conduite selon ses propres repères moraux.La profusion et l\u2019omniprésence mêmes des représentations sexuelles obligent pourtant à effectuer des choix et à faire ainsi usage de liberté et de conscience, pour ne pas dire de liberté de conscience.» Dorais constate que la nudité et les références au sexe envahissent l\u2019univers artistique (Madonna, Lady Gaga, danse contemporaine), l\u2019espace virtuel (échanges par webcam et clavardage) , les campagnes de financement (Centraide, défense des animaux et des forêts, appui à Poutine, calendrier d\u2019athlètes) et s\u2019en inquiète.«Je n\u2019ai rien contre la nudité, explique-t-il, mais sa surenchère me rend parfois nostalgique.Que restera-t-il demain à montrer pour encore surprendre?» Le désir, pourtant, «jaillit non pas de la profusion mais du manque et, par conséquent, de l\u2019anticipation».Cet appel à la réserve, pour être bienvenu, ne brille toutefois pas par son originalité.Dorais, justement, ne s\u2019en contente pas et explore des chemins critiques moins fréquentés.Il se penche, notamment, sur «l\u2019obsession du vécu» qui accompagne la sexualité spectacle.Le phénomène, là encore, n\u2019est pas nouveau.Il y a eu les courriers du cœur dans les journaux, les tribunes téléphoniques à la radio, les émissions de Janette à la télé et, maintenant, les téléréalités, où il s\u2019agit de vivre son intimité directement à l\u2019écran.Dans notre culture narcissique, constate Dorais, «la révélation de soi est aujourd\u2019hui vue non seulement comme un geste thérapeutique, mais aussi comme une démarche d\u2019utilité publique, dans tous les cas salutaires.Comme si transparence était synonyme de droiture.» Alors que «l\u2019abolition de l\u2019intimité a été de tout temps la marque des régimes tyranniques», ce sont la pudeur et la réserve qui, aujourd\u2019hui, paraissent déplacées.Il faudrait tout confesser, pour se faire du bien et aider les autres.Pourtant, écrit Dorais, «le témoignage demeure anecdotique tant qu\u2019il n\u2019est pas mis en contexte de façon à lui restituer sa signification non seulement nofiAis MlCHEt individuelle, mais sociale et culturelle, voire politique».Se contenter du vécu brut du «vrai monde», c\u2019est s\u2019adonner à un voyeurisme délétère qui «renforce l\u2019idée que la sexualité serait quelque chose de naturel, de pulsionnel même, qui se passe de toute explication».La sexualité, pourtant, ne se réduit pas à un spectacle ou à un produit à consommer.«C\u2019est, résume Dorais, une relation à soi et à autrui, une source d\u2019identité et d\u2019appartenance, un lieu de rencontre entre nos différences et nos ressemblances tant physiques que psychiques, une recherche de complémentarité, un champ de découvertes et d\u2019apprentissages, un enjeu social et politique, et bien plus encore.» Dorais surprend en critiquant l\u2019hypersexuali-sation.des vieux! Obsédés par leur apparence et leur sex-appeal (même Ben Laden se teignait la barbe et les cheveux avant de tourner ses vidéos) , de nombreux quinquagénaires se livrent à un acharnement thérapeutique sur leur corps et leur visage pour, croient-ils, demeurer dans la course.Cette culture anti-âge, suggère Dorais, «est une culture de la haine de soi».Ces «masques cireux» n\u2019évoquent pas la jeunesse éternelle, mais l\u2019angoisse de vieillir.De même, la course aux érections juvéniles grâce aux médicaments témoigne d\u2019une conception primaire du désir, réduit à sa dimension physiologique au mépris de son étoffe humaine, c\u2019est-à-dire culturelle, sociale et psychique.«Le fait de vouloir conserver physiquement, sinon psychologiquement, l\u2019allure d\u2019un enfant ou d\u2019un adolescent n\u2019est pas sans lien avec certains abus envers ces derniers, va même jusqu\u2019à suggérer Dorais.[.] Si tout le monde est désormais jeune à vie, les relations intimes et même sexuelles entre personnes de générations différentes s\u2019en trouvent banalisées.» Le sociologue propose aussi une intéressante explication de la popularité des films de vampires et de loups-garous.Ces univers, avance-t-il, fascinent les jeunes qui y retrouvent «l\u2019ambivalence ressentie devant la sexualité à l\u2019adolescence».Le loup-garou, avec ses poils et son corps qui explose, parle aux garçons, alors que le vampire, obsédé par le sang qui coule et craignant la lumière, parle aux filles.Ces films et téléséries sont la plupart du temps porteurs d\u2019un message moralisateur sous-jacent: «la félicité amoureuse et sexuelle porte les germes des pires drames, risque dont il importe d\u2019avoir conscience».Ce message est ambigu puisque le risque, pour les jeunes, peut être excitant.A ce sujet, toutefois.Dorais rappelle que «le principal prédicteur de pratiques sexuelles à risque chez les jeunes de toutes préférences sexuelles est leur marginalisation sociale».Il ne s\u2019agit donc pas tant, pour le sociologue, de déplorer le règne de la sexualité spectacle que de plaider pour le développement d\u2019un sens critique à son égard, afin de renouer avec le désir comme intériorité et «intelligence de soi».Dorais, avec le brio et le raffinement qu\u2019on lui connaît, nous invite à «libérer la sexualité du spectacle», «à libérer l\u2019imaginaire [pour] lui permettre d\u2019errer ailleurs que sur les images et les scénarios finalement assez prévisibles que nous offrent en général les entrepreneurs du sexe».louisco@sympatico.ca LA SEXUALITÉ SPECTACLE Michel Dorais VLB Montréal, 2012,144 pages « Sois un homme.» Histoire d\u2019un idéal, destins d\u2019une image GEORGES LEROUX On leur doit une monumentale Histoire du corps (Seuil, trois volumes, 2005-2006), les voici de retour avec une Histoire de la virilité, aussi imposante et passionnante que la précédente.Comme pour le corps, l\u2019objet se constitue ici d\u2019abord des représentations, mais pas seulement.Car qu\u2019est-ce que la virilité?Posée à une époque où on pourrait la croire en crise, cette question est à la fois morale et anthropologique.Quand on passe en revue les chapitres de l\u2019entreprise menée par ces trois historiens, Alain Corbin, Jean-Jacques Courtine et Georges Vigarello, remontant de l\u2019Antiquité gréco-romaine aux Lumières, pour traverser ensuite le XIX\" siècle industriel et aborder le monde contemporain, on cons-tate d\u2019abord la difficulté de séparer la compréhension des idéaux de l\u2019analyse des conditions de vie.Ce projet n\u2019est pas celui d\u2019une histoire «des hommes», mais une enquête, à la fois généalogique et philosophique, sur la construction historique de l\u2019image de l\u2019homme idéal.Tout se noue en effet dans cette idéalité, qui conjugue la puissance sexuelle, le pouvoir familial, l\u2019autorité guerrière et tant d\u2019autres attributs déclinés au cours des âges.Le vocabulaire est latin et fixe pour une bonne part cette idéalité dans un concept où la virtus du vir s\u2019impose à toute forme d\u2019excellence, mais l\u2019origine est grecque.Que la pensée grecque ait nommé du nom même de cet homme générique {anêr) la vertu du courage {andreia) et que les Romains en aient généralisé l\u2019usage pour décrire leurs grands hommes n\u2019a rien pour étonner: la virilité gréco-romaine est d\u2019abord guerrière et elle consiste à ne pas craindre la mort.Bien que l\u2019homosexualité, comme à toutes les époques, vienne brouiller une image trop simple, elle s\u2019impose d\u2019emblée comme vertu morale.Mépris de la lâcheté Une histoire des représentations ne saurait certes in- clure celle de tous les idéaux moraux formulés par les philosophes, et cette histoire de la virilité se nourrit principalement des images et de la littérature.Georges Vigarello le note avec finesse dans l\u2019introduction du premier volume: la virilité qui est, au point de départ, «vaillance» désigne l\u2019homme qui «vaut» quelque chose.Inutile de relire Platon pour des résistances, qu\u2019il s\u2019agisse des masculinités postmodernes influencées par le transgenre, qu\u2019il s\u2019agisse encore de l\u2019héroï-sation de contrefigures artistiques: à la virilité du duel ou du dominateur colonial viennent s\u2019opposer les pacifistes, toujours soupçonnés de féminité, mais aussi les défenseurs des opprimés, eux aussi méprisés par les propriétaires.La matière semble iné-pui-sable, et les De Tempereur Hadrien à Clint Eastwood, le chemin est long, mais on le comprend au bout du compte, il conduit jusqu\u2019à nous comprendre que le modèle de Sparte féconde toute cette histoire des valeurs viriles avec son mépris de la mollesse et de la lâcheté: bien sûr, ce modèle va évoluer, mais il ne perdra jamais cette recherche d\u2019une certitude tranquille, où le chevalier médiéval se reconnaît autant dans le paterfamilias romain que l\u2019îndustrîel capitaliste se reconnaît en lui.Écrire une histoire de la virilité, c\u2019est donc proposer un ensemble de miroirs où viennent se projeter tous les repères et toutes les normes élaborés pour soutenir un Idéal d\u2019abord moral, celui d\u2019un contrôle de sol fondé sur une discipline sans faille.Depuis l\u2019origine cependant, cette construction morale se trouve assaillie par l\u2019anxiété de l\u2019Impuissance, par l\u2019Inquiétude d\u2019une Identité toujours menacée de s\u2019effondrer.La lecture du troisième volume montre Ici à quelle distance le monde contemporain se situe des sources grecques: la «fabrique de la virilité» se déplace des lieux traditionnels de la famille et de la palestre et se diffuse dans toute la culture populaire.Virilités sportives et virilités criminelles apparaissent, par exemple dans le fascisme, comme des efforts désespérés pour refonder le modèle archaïque disparu, et mettent à nu le trouble sexuel qui commande cette «fabrique».L\u2019Injonction à «être viril» qui Imprègne toutes les sociétés par la prescription d\u2019attitudes et de codes précis rencontre néanmoins à chaque époque historiens qui nous offrent ces rl-ches enquê-tes le savent mieux que qul-conque: construire de nouveaux objets en histoire, c\u2019est aller à la rencontre de territoires Insoupçonnés.La psychanalyse, on ne s\u2019en surprendra pas, nous attend à chaque détour, car cette virilité n\u2019est jamais seule.Les obsessions viriles ne sont-elles que cela?Jean-Jacques Courtine consacre à ces questions des pages lumineuses, qui proposent un pont avec l\u2019histoire du corps qui ouvrait le chemin à ces recherches: c\u2019est toujours sur le corps, par le corps, que la virilité s\u2019institue et, si les vertus morales sont dites «viriles», c\u2019est qu\u2019on peut les percevoir dans l\u2019exercice d\u2019une force, d\u2019une puissance.Illustrés d\u2019une iconographie inté ressante, ces trois volumes forment un ensemble incomparable dans la «nouvelle» histoire des représentations.De l\u2019empereur Hadrien à Clint Eastwood, le chemin est long, mais on le comprend au bout du compte, il conduit jusqu\u2019à nous.Collaborateur du Devoir HISTOIRE DE LA VIRILITÉ Vol.I.L\u2019invention de la VIRILITÉ.De l\u2019Antiquité AUX Lumières VOL.2.Le TRIOMPHE DE LA VIRILITÉ.Le XDC SIÈCLE VOL.3.La virilité en crise?XX'-XXP SIÈCLE Alain Corbin, Jean-Jacques Courtine et Georges Vigarello (sous la dir.de) Le Seuil, coll.«L\u2019univers historique» Paris, 2011, respectivement 578, 493 et 566 pages ARCHIVES LE DEVOIR Clint Eastwood dans Pale Rider, un symbole de virilité L O O FINALISTES OHÇAÆÎÆ OES °\" ARVIDA SAMUEL ARCHIBALD {LE QUARTANIER) O LE SABLfER DES SOLITUDES JEAN SIMON DESROCHERS (LES HERBES ROUGES) SOUS BETON KAROLINE GEORGES (ALTO) LA MARCHE EN FORET CATHERINE LEROUX (ALTO) HONGRIE- HOLLYWOOO EXPRESS HONGRIE HOLLYWOOD EXPRESS ÉRIC PLAMONDON (LE QUARTANIER) B A LA V!E TRES PRIVEE DE MR S!M JONATHAN COE (GALLIMARD) WEN NE 5 OPPOSE A LA NUIT DELPHINE DE VIGAN (JC LATTES) Jean-Paul Dubois LE CAS SNEUDER JEAN PAUL DUBOIS (DE L OLIVIER) IH DOM MM Dis MUnil IMS UNE FEMME FUYANT LANNONCE DAVID GROSSMAN (SEUIL) DU DOMAINE DES MURMURES CAROLE MARTINEZ (GALLIMARD) Québec S B ^DÎDei.9n LL DLVOIIÎ JONARTS kobo "]
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