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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier B
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  • Journaux
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quotidien
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Références

Le devoir, 2012-03-03, Collections de BAnQ.

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[" LE DEVOIR, LES SAMEDI S ET DIMANCHE 4 MARS 2012 IDEES HEC : le chiard ou le (Mmse pâté ?Page B 5 PHILOSOPHIE Pierre Bourdieu porterait un carré rouge Page B 6 PERSPECTIVES RUSSIE Une élection à haute tension MARIE JEGO Plus la présidentielle du 4 mars approche, plus les nerfs sont à vif.Chaque camp fourbit ses armes.Chez les «anti-Poutine», une armée d\u2019observateurs s\u2019apprête à surveiller le vote pour empêcher les fraudes.Rien qu\u2019à Moscou, des dizaines de milliers de volontaires, formés par les ONG, vont tenter d\u2019empêcher la répétition du scénario joué aux législatives de décembre 2011: urnes bourrées dès l\u2019ouverture des bureaux de vote, réécriture des protocoles de décompte des voix après leur fermeture.Pour Vladimir Tchourov, le président de la commission électorale centrale, les observateurs sont un casse-tête.Trop nombreux, ils sont une source potentielle de déstabilisation.En conséquence, ils pourront «être expulsés des bureaux de vote» à tout moment, a-t-il prévenu.Le «magicien» des élections, comme l\u2019a surnommé le président Dmitri Medvedev, se donne beaucoup de mal pour que tout se déroule conformément aux vœux du Kremlin: en un tour et avec une confortable majorité des voix pour le premier ministre Vladimir Poutine, candidat à un troisième mandat et donné favori par tous les instituts de sondage (entre 50 % et 66 % des suffrages).Des primes confortables ont ainsi été promises aux membres des commissions électorales de quartiers en cas de victoire du «leader national» dès le premier tour.«L\u2019élection est un plaisir qui coûte cher», expliquait récemment le président de la Cour des comptes, Sergueï Ste-pachine.Elle peut «conduire à des pertes financières excessives», a renchéri le député Andreï Issaev, membre du parti pro-Kremlin Russie unie.Voilà pourquoi les employés des commissions électorales locales seront gratifiés si le scrutin n\u2019a qu\u2019un tour.Contribuer à économiser les deniers publics, voilà qui mérite récompense.La tension a monté d\u2019un cran mercredi, quand Vladimir Poutine, visiblement très agité, s\u2019en est pris à l\u2019opposition, l\u2019accusant de préparer des fraudes électorales ainsi qu\u2019un assassinat.«Ils cherchent une victime sacrificielle parmi des gens célèbres.Ils sont capables de flin-guer quelqu\u2019un et d\u2019accuser ensuite le pouvoir», a-t-il déclaré lors d\u2019une rencontre avec les représentants de son comité de soutien.«Je connais ces méthodes et cette tactique, cela fait dix ans qu\u2019ils tentent de le faire», a ajouté l\u2019ancien lieutenant-colonel du KGB, friand de ro- Dans les cafés, à travers la blogosphère, chacun est persuadé que Vladimir Poutine, une fois élu, va serrer la vis man noir.Qu\u2019on se le dise, les opposants «vont eux-mêmes bourrer les urnes [.] et présenter des plaintes eux-mêmes» pour discréditer le pouvoir, a afbrmé M.Poutine, amateur des scénarios de fiction.Ces déclarations sont une façon d\u2019annoncer la fraude électorale à venir.Le plus inquiétant est évidemment l\u2019allusion à l\u2019assassinat d\u2019une personne célèbre.Tout le monde garde ici en mémoire les meurtres des journalistes et des défenseurs des droits de la personne \u2014 Anna Politkovskaïa en 2006, Natalia Estemirova en 2009 et bien d\u2019autres opposants moins connus \u2014 restés non élucidés à ce jour.Contestation en vue Dans les cuisines des appartements, dans les cafés, à travers la blogosphère, chacun est persuadé que Vladimir Poutine, une fois élu, va serrer la vis.Dans cette optique, chaque camp se prépare au 5 mars, le lendemain du vote.C\u2019est comme si l\u2019élection était déjà terminée avant d\u2019avoir eu lieu.Mercredi, le blogueur Alexeï Navalny a prévenu que la victoire du candidat Poutine ne serait pas reconnue par l\u2019opposition.Le même jour, au centre de Moscou, des militants anti-Poutine ont tenté de distribuer des tentes, en prévision de manifestations de longue durée.Ils en ont été empêchés par la police et des membres de la jeunesse poutinienne.Depuis peu, pro et anti-Poutine se disputent les places du centre de la capitale en vue des manifestations de l\u2019après-d mars.Même les terroristes ne pensent qu\u2019à l\u2019après-élection.«Notre objectif final était d\u2019aller à Moscou pour tenter d\u2019assassiner Poutine après la présidentielle», a confessé Adam Osmaev, arrêté le 4 février à Odessa, en Ukraine, alors qu\u2019il préparait un attentat contre le numéro 1 russe.Encadré par deux gardes masqués, le prévenu Osmaev, le visage tumébé et badigeonné de zebon-ka (liquide vert iodé), a été montré sur toutes les télévisions en train de faire des aveux.Cette confession, visiblement arrachée sous la torture, n\u2019était guère convaincante.La ficelle est un peu grosse.Lors de leur arrestation, Adam Osmaev et ses complices avaient été décrits par les services ukrainiens comme préparant un attentat contre un oligarque ukrainien.VOIR PAGE B 2: RUSSIE i .2 i\ti MARK BLINCH REUTERS Le scrutin du 2 mai a donné lieu à des gestes discutables.La chasse au bureau de vote Élections Canada enquête sur les appels faits malveillants lors de la dernière élection fédérale L\u2019élection du 2 mai a-t-elle été entachée par de la fraude?Et si oui, à quelle échelle?Ces questions sont dans l\u2019air depuis qu\u2019on a appris qu\u2019Élections Canada enquête sur des appels frauduleux dont le but était de détourner des électeurs de leur véritable bureau de scrutin.Une affaire grave.Pour la démocratie, disent les uns.Pour l\u2019intégrité du processus électoral, disent les autres.MANON CORNELLIER Le 2 mai dernier, alors que le scrutin se déroule toujours, le candidat libéral dans Guelph, Prank Valeriote, fulmine.Des centaines de ses électeurs ont été redirigés vers le mauvais bureau de scrutin par dqs gens qui prétendaient, au téléphone, être d\u2019Élections Canada.Il est décidé.S\u2019il perd, il contestera le résultat.«Je ne concéderai pas la victoire.Ce sera quelque chose que je devrai examiner avec mes avocats après le vote, mais je contesterai aussi loin qu\u2019il le faudra», conbe-t-il au journaliste Kirk Makin, du Globe and Mail.Il bnira par l\u2019emporter avec une avance de plus de 6000 voix.Il n\u2019était toqtefois pas seul dans ce bateau.Le jour même.Elections Canada confirmait à la presse que des électeurs avaient reçu des appels frauduleux.Dans les médias, on disait que cela était survenu dans Guelph, dans Kitchener-Wa-terloo, dans Winnipeg-Sud, à Ottawa et dans quelques autres circonscriptions de la Colombie-Britannique et de l\u2019Atlantique.Dans les semaines précédant le vote.Elections Canada avait aussi reçu des plaintes d\u2019électeurs pour d\u2019autres genres d\u2019appels.Des gens disant représenter les libéraux les harcelaient à des heures indqes.Plusieurs journaux en avaient parlé, mais Elections Canada se disait alors incapable de déterminer l\u2019origine des appels.Des plaintes La plupart des électeurs victimes de ces stratagèmes n\u2019y ont vu que du feu et ont tourné la page.Plus d\u2019une centaine cependant ont réagi dans les semaines qui ont suivi.Selon une liste obtenue par le réseau Global en vertu de la Loi d\u2019accès à l\u2019information, 119 personnes avaient porté plainte en date du 28 septembre pour des appels en tout genre, dont 30 destinés à les induire en erreur sur le beu de leur bureau de scrptin.Dans son rapport sur le dernier scrutin.Elections Canada précise par aUleurs que le commissaire aux élections «étudie actuellement plusieurs plaintes au sujet [entre autres] des appels malveillants incitant les électeurs à s\u2019abstenir de voter ou à ne pas voter pour un parti en particulier ou les informant faussement d\u2019un changement d\u2019adresse de leur lieu de scrutin».On sait mabitenant qu\u2019U enquête dans Guelph grâce à des journabstes qui en ont fait état.Une autre enquête aurait démarré dans Thunder Bay.Et U se peut qu\u2019U y en ait d\u2019autres puisque l\u2019agence fédérale, comme la pobce, ne conbrme ni n\u2019in-brme l\u2019existence d\u2019une enquête particulière.Habituellement, du moins, car hier le bureau du commissane aux élections a cru nécessane de pubber un communiqué pour confirmer qu\u2019U «enquête sur des plaintes reçues concernant des appels automatisés faits durant la 4P élection générale de 201h>.Ce n\u2019est pas tout.Les révélations au sujet du cas de Guelph ont ouvert les vannes et on assiste depuis à un déluge d\u2019allégations.Selon le décompte fait par certabis médias, de 45 à 60 cnconscrip-tions auraient été visées par différents genres d\u2019appels frauduleux.Et après l\u2019appel lancé au public par les différents partis cette semaine, 31 000 citoyens s\u2019étaiept manifestés en date d\u2019hier auprès d\u2019Élections Canada pour témoigner ou se plaindre d\u2019incidents dont ils auraient été témobis.Les conservateurs sont visés par la plupart des allégations faites dans les médias et en Chambre.Le premier ministre Stephen Harper les a vigoureusement démenties cette semaine et rien ne prouve pour l\u2019instant que le Parti conservateur ait télé^idé ces appels.Les soupçons sont tputefois alimentés par les liens que l\u2019enquête d\u2019Élections Canada dans Guelph a permis de faire avec un service d\u2019appels automatisés proche des conservateurs.C\u2019est encore une autre entreprise proche du PC qui a été mise en cause dans Thunder Bay.Profonde inquiétude Inquiet, le philosophe Daniel Weinstock dit avoir «le sang glacé» par cette affaire, en particu-ber par les appels destinés à tromper les gens au sujet du beu de leur bureau de scrutin.«Dans une démocratie, il y a quelque chose de presque sacré associé au droit de vote et on n\u2019avait encore jamais touché à ce droit [.] Une fois qu\u2019on y porte atteinte, qu\u2019est-ce qu\u2019on peut faire d\u2019autre ou de pire?» Si les faits allégués se confirment, c\u2019est le processus démocratique lui-même qui aura été atteint, croit-ü.Il évoque ces gens qui, à travers le monde, font la queue pendant des, heures ou risquent leur vie pour pouvon voter.A son avis, cela démontre le caractère fondamental du droit de vote.Il n\u2019est pas question d\u2019angélisme, dit Daniel Weinstock.Il sait que la politique ne se fait pas avec des gants blancs.«Mais on a toujours cru qu\u2019on pouvait tenir pour acquis le respect du droit de vote des citoyens par tous les partis politiques.» Il sp pourrait maintenant que ce ne soit plus le cas.A son avis, le climat politique actuel y est pour quelque chose, «ce climat créé par ce gouvernement, pour qui tout est permis pour mener à bien la révolution qu\u2019il a entreprise».Et un premier mbiistre, ajoute-t-il, qui a toujours manifesté une certabie bnpatience devant les contraintes et garde-fous du système démocratique.Dans pareil contexte, il n\u2019est pas nécessaire que le signal vienne du sommef dit Webistock.Il suffit que «des gens dans la machine sentent ou pensent que le ton général de ce gouvernement autorise à faire la politique sans retenue».Une longue histoire Pour le pobtologue de l\u2019Université de Montréal Jean-Prançois Godbout, cette affaire est grave.mais ce n\u2019est pas la fin du monde.Le résultat de l\u2019élection ne pourrait être contesté, car trop de variables déterminent le choix d\u2019un électeur.Il serait pratiquement impossible de prouver que des appels ont eu un impact dans un nombre suffisant de cas.Il rappebe qu\u2019«î7 y a toujours eu de la magouille durant les élections au Canada».Au XIX® siècle, le vote à main levée donnait beu à des scènes d\u2019bitimi-dation et de menaces, ce qui a conduit à l\u2019instauration du vote secret.Et il y avait le patronage qui incitait des gens à voler des boîtes de scrutin ou à fane voter des morts poin assurer la victoire de leur candidat qui, ensuite, pourrait leur donner du travail ou un contrat.C\u2019est pour diminuer les pressions politiques et la corruption que les élus ont fini par accepter la création d\u2019organismes indépendants releyant des législatures ou du Parlement, comme Elections Canada.Ce qui biquiète aujourd\u2019hui le professeur Godbout est le fait que des gens se soient fait passer poin des agents du Parlement afin d\u2019indune des citoyens en erreur.Il apparente cela, jusqu\u2019à un certain point, à quelqu\u2019un qui se ferait passer pour un policier.Elections Canada est une institution responsable de l\u2019appbcation d\u2019une loi, celle qui encadre l\u2019exercice d\u2019un droit fondamental, le droit de vote.En usurpant le nom d\u2019Élections Canada, ce qui est crbninel, on risque de mbier la confiance des VOIR PAGE B 2: VOTE « Dans une démocratie, il y a quelque chose de presque sacré associé au droit de vote » ADRIAN WYLD REUTERS Stephen Harper a voté dans sa circonscription, à Caigary. B 2 LE DEVOIR, LES SAMEDI S ET DIMANCHE 4 MARS 2012 PERSPECTIVES Élections en Uttar Pradesh Course à obstacles entre l\u2019éléphant et la bicyclette En 2007, la dalite Mayawati Kumari décrochait une majorité des sièges à l\u2019Assemblée législative de l\u2019Uttar Pradesh (UP), l\u2019État de l\u2019Union indienne le plus grand et le plus populeux, avec ses 200 millions d\u2019habitants.Événement inédit dans l\u2019histoire du pays puisque, pour la première fois, un Indien de basse caste, femme de surcroît, tenait le pouvoir sans partage.Les élections en sept phases qui prennent fin aujourd\u2019hui en UP pourraient lui montrer la porte.GUY TAILLEFER Lucknow, Uttar Pradesh \u2014 Qu\u2019elle perde ou qu\u2019elle gagne, Mayawati aura durablement changé le paysage urbain de Lucknow.A coups de millions de dollars, elle a passé les cinq dernières années à faire tapisser la capitale de statues et de temples de grès et de marbre à la gloire des basses castes.Son œuvre la plus «impériale» est le grand parc aménagé le long de la rivière Gomti: un mausolée de style bouddhique à la mémoire de B.R.Ambedkar, héros historique de la cause dalite, ouvert sur des rangées d\u2019éléphants de grès géants, symbole du BSP, le parti de Mayawati.Sans compter tout le reste.Dans la seule ville de Lucknow, elle a fait construire à sa gloire neuf grandes statues d\u2019elle-même.Tant et si bien qu\u2019en janvier, la Commission électorale indienne est allée jusqu\u2019à exiger que tous les éléphants et toutes )es statues de Mayawati construits à travers l\u2019État soient voilés, estimant que cela donnait au BSP un avantage électoral indu.Les médias ont ridiculisé cette requête.Ses grands travaux \u2014 c\u2019est aussi à son initiative qu\u2019a été construit, près de Noida, le premier circuit indien de Formule 1, au coût d\u2019environ 350 millions de dollars \u2014 lui valent d\u2019être accusée de gaspillage éhonté çt d\u2019indécente vanité, d\u2019autant que l\u2019UP est un État pauvre et extrêmement inégalitaire, où le XXI® siècle côtoie le X®.«Avec tout cet argent, elle aurait pu construire mille écoles et mille hôpitaux, évidemment», dit le journaliste (musulman) Haider Rizvi.Pour les dalits, derniers des derniers dans l\u2019échelle sociale indienne, «rien n\u2019a changé depuis 5000 ans» et rien n\u2019a véritablement changé sous Mayawati.«C\u2019est une femme politiquement incorrecte, accuse Surendra Rajput, porte-parole du Congrès, qui espère que ces élections feront renaître le parti de ses cendres en UP.En santé, en éducation, en électrification, elle n\u2019a pas dépensé un sou!» L\u2019essentiel est ailleurs Ensuite, de nombreuses affaires de corruption ont plombé son mandat, accusent ses détracteurs.Cette pasionaria des dalits, femme célibataire, serait, de tous les ministres en chef des États indiens, la plus riche du pays.«L\u2019essentiel n\u2019est pas là», dit le politologue Ra-mesh Dixit, croisé à l\u2019Indian Coffee House de Lucknow, repère des politiciens et des journalistes locaux.«Et d\u2019abord, qui n\u2019est pas corrompu en Inde?Le problème est systémique.» M.Dbdt, qui en a vu d\u2019autres, trouve que «l\u2019essentiel, c\u2019est l\u2019extraordinaire part de confiance en soi que l\u2019élection de Mayawati a donné aux dalits.\\ « m AGENCE ERANCE-PRESSE Les partisans de Mayawati demeurent nombreux.Vrai qu\u2019elle a commis des erreurs, dont l\u2019une des principales est d\u2019être devenue captive des bureaucrates.Mais les hautes castes, qui n\u2019ont jamais accepté son élection, ont tout fait pour lui nuire.» Tarun Tejpal, éditeur de la revue Tehelka, abonde dans son sens.«Dans le temps long de l\u2019histoire, ce que Mayawati représente est phénoménalement important.Elle symbolise l\u2019émancipation des 250 000 millions de dalits du pays, qui ont été les gens les plus abusés de l\u2019histoire.En ce sens, la politicienne qu\u2019elle est devenue est secondaire.» « Super mardi » L\u2019Inde vivra dans trois jours son «super mardi» avec le dévoilement des résultats électoraux dans cinq États.Mais c\u2019est vers l\u2019UP que tous les yeux seront tournés \u2014 et dans une moindre mesure vers le Pendjab \u2014, pour le poids qu\u2019il a sur l\u2019échiquier national.Si l\u2019UP était indépendant, il serait au 5® rang mondial des pays les plps populeux.En fait, les élections dans cet État représentent pour le parti du Congrès, au pouvoir à Delhi, son plus important test politique en vue du scrutin général de 2014.La route vers New Delhi, dit le cliché, passe par l\u2019immense UE Il n\u2019est pas impossible que le BSP de Mayawati, qui avait déjà été «chief minister» dans trois gouvernements de coalition avant 2007, reprenne le pouvoir à la législature, qui compte 403 sièges, moyennant certaines alliances, étant donné l\u2019extrême fragmentation de la scène politique.Outre les quatre principaux partis, il y a 150 petits partis en UR tous plus ou moins fondés sur des identités de castes et de clans \u2014 on n\u2019a pas de scrupules, en Inde, à parler de «vote ethnique».Le système majoritaire unino- AGENCE ERANCE-PRESSE Mayawati Kumari minai à un tour fait que l\u2019issue d\u2019une élection est notoirement imprévisible.L\u2019UP a connu une croissance économique annuelle supérieure à 10 % sous Mayawati qui, malgré ses errements, peut encore compter sur l\u2019appui des 20 % d\u2019électeurs qui appartiennent à sa communauté dalite, les Chamars.Les astres ne semblent toutefois pas s\u2019aligner en sa faveur.Rahul Gandhi, jeune héritier de la dynastie Nehru-Gandhi et candidat attendu au poste de premier ministre en 2014, joue son va-tout en UP où il a dirigé la campagne du Congrès à fond de train en martelant que Mayawati avait trahi les pauvres.Sans véritable organisation électorale, le Congrès est en UP un parti tiers depuis 20 ans.Rahul Gandhi compte sur le fait que son ascendant Ressuscitera l\u2019aile régionale du parti dans cet État.En 2007, le Congrès avait fait élire 22 députés à la législature de l\u2019UR Les sondages avancent que sa députation pourrait tripler.Auquel cas Rahul serait auréolé et le Congrès pourrait potentiellement jouer un rôle important dans la formation d\u2019un gouvernement de coalition.Le vote musulman La partie se joue surtout entre le BSP et le Sa-majwadi Party (SP-socialiste), l\u2019autre grand parti régional.Entre l\u2019éléphant et la bicyclette, sjmibo-le du SR Corrompu et mafieux, le SP a été chassé du pouvoir en 2007.Mais son nouveau leader, le jeune Akhilesh Yadav, fils du vieux chef du parti réputé pour son opposition à l\u2019usage de l\u2019anglais et des ordinateuRS, semble avoir réussi à retaper l\u2019image du SR A vrai dire, c\u2019est la grande surprise de la campagne.Clé du scrutin: le vote des musulmans, qui forment en UP une «minorité» de 37 millions de personnes, plus nombreuse que la population de l\u2019Irak.Le SP a été leur refuge naturel, mais ils se divisent aussi entre plusiems petits partis.Les musulmans ont déserté le Congrès en 1992 à cause de sa responsabilité dans la démolition de la mosquée de Babri, à Ayodhya, un événement qui a laissé en Inde des traces profondes.Si Akhilesh Yadav coiffe Mayawati, c\u2019est qu\u2019il ama sans doute fait le plein de votes musulmans.Le journaliste Rizvi affirme avec un désenchantement total: «Qu\u2019ils votent pour un parti ou un autre, la situation pour eux ne s\u2019améliorera jamais.» Le Devoir RUSSIE SUITE DE LA PAGE B 1 A quelques jours de la présidentielle, ils sont présentés désormais comme des terroristes tchétchènes complotant contre le Kremlin., Selon la version officielle, ils sont venus des Émirats arabes unis jusqu\u2019à Odessa pour s\u2019entraîner à mettre une bombe sous le cortège de Vladimir Poutine à Moscou.La nouvelle a suscité des commentaires sarcastiques dans les médias et dans la blogosphè-re.«Réel ou pas, le projet d\u2019attentat a été annoncé par la première chaîne, six jours avant la présidentielle.C\u2019est un attentat qui tombe bien», a raillé Oleg Kachine, le commentateur politique de la radio Kommersant PM.«S\u2019agit-il d\u2019un attentat réel ou d\u2019une blague?», a interrogé le tabloïd Moskovski Komsomolets.«En Papouasie, des cannibales ont été arrêtés, car ils préparaient un attentat contre Vladimir Vladimirovitch Poutine.Ils comptaient le manger juste après l\u2019élection», ironise le blogueur Aristocle.Le Monde VOTE SUITE DE LA PAGE B 1 citoyens dans le processus électoral et la capacité de rinstitution à contrer la corruption ejt la fraude.Pom sa part, il dit faire confiance à Élections Canada pom mener l\u2019enquête à bien.Le processus n\u2019est pas fautif, dit-il.«Le problème est du côté des participants qui ont tenté de manipuler les règles» car, ajoute-t-il, quiconque veut tricher trouve souvent le moyen d\u2019arriver à ses fins.L\u2019important est de sévir.Daniel Weinstock et Jean-Prançois Godbout croient que ce scandale rendra les citoyens encore plus vigilants à l\u2019endroit du gouvernement.En fait, M.Weinstock espère non seulement «une plus grande vigilance citoyenne, mais institutionnelle et médiatique».En attendant, il encaisse les commentaires étonnés ou railleurs de ses collègues étrangers qui suivent l\u2019affaire.CoUaboratriee du Devoir ETATS-UNIS Vers un Super Tuesday peu décisif Mitt Romney et ses rivaux pour l\u2019investiture du Parti républicain vont s\u2019affronter lors du «Super Tuesday», un mardi qualifié de «super» parce qu\u2019il offre 10 primaires d\u2019un coup.Mais ce rendez-vous électoral, souvent décisif par le passé, pourrait ne pas l\u2019être cette année.MARIE-CHRISTINE BONZOM Washington \u2014 Mitt Romney aborde le Super Tuesday en chef de file des candidats à l\u2019investiture républicaine.L\u2019ancien gouverneur du Massachusetts a repris cette première place en remportant les primaires qui se déroulaient mardi en Arizona et au Michigan.Jusqu\u2019à présent, l\u2019homme qui était considéré par l\u2019appareil du Parti républicain et les commen-tatems politiques américains comme l\u2019adversaire «inévitable» du président sortant a connu une campagne en dents de scie.Plusiems fois, il s\u2019est vu ravir la première place.Par le chef d\u2019entreprise Herman Gain, par l\u2019ancien président de la Chambre Newt Gingrich, plus récemment par l\u2019ancien sénatem de la Pennsylvanie Rick Santorum.Plusieurs fois, il a commis des gaffes importantes, smtout en pleine crise économique et sociale.En se disant «pas inquiet pour les pauvres» ou en confiant que sa femme a «deux ou trois Cadillac», par exemple.«Malgré toutes ses difficultés en tant que candidat, Mitt Romney ne manque pas de résilience; or ce trait de caractère est essentiel chez un président», assme un éditorial du Wall Street Journal, quotidien de tendance républicaine.Mais Mitt Romney n\u2019est encore que candidat à l\u2019inves-titme et ses difficultés ne sont pas finies.Le Super Tuesday est le grand rendez-vous de la campagne pour l\u2019iRivestiture.C\u2019est le jour où sont en jeu le plus d\u2019États et le plus de délégués au congrès du parti.En général, le moment est décisif.Il scelle le statut du chef de file qui, aidé en cela par l\u2019abandon subséquent d\u2019un ou de plusieurs rivaux, caracole Il faut 1144 délégués pour obtenir l\u2019investiture républicaine ensuite vers l\u2019investitme.Ce fut le cas pom Walter Mondale en 1984, pour Bill Clinton en 1992, pom Bob Dole en 1996, pour Al Gore et George W.Bush en 2000, pom John Kerry en 2004.Le Super Tuesday fut aussi décisif en 2008 pour John McCain dans le camp républicain.Mais pas pom Barack Obama.Dans le camp démocrate, ce «super mardi» ne permit pas à Hillary Clinton, chef de file présumée alors, d\u2019écraser le jeune sénateur, mais ne permit pas non plus au locataire actuel de la Maison-Blanche de s\u2019imposer.Du coup, il fallut attendre le mois de juin pom que madame Clinton abandonne.La campagne en cours pour l\u2019investiture républicaine pomrait ressembler à la campagne pour l\u2019investiture démocrate de 2008.Les dirigeants du Parti républicain récolteraient ici ce qu\u2019ils ont semé.Ils se sont en effet inspirés du processus des primaires démocrates de 2008.Devant le suspense du duel Obama-Clinton qui avait subjugué les médias et attiré de nouveaux électeurs aux primaires démocrates, ils ont introduit plus de propprtionnelles dans l\u2019attribution des délégués des États au congrès.L\u2019enjeu Il faut 1144 délégués à Mitt Romney, Rick Santorum, Newt Gingrich ou Ron Paul pour obtenir l\u2019investiture.Or, deux mois après le début des primaires, aucun d\u2019eux n\u2019a plus de 200 délégués.Le Super Tuesday mettra en jeu 10 États: l\u2019Alaska, la Géorgie, l\u2019Idaho, le Massachusetts, le Dakota du Nord, l\u2019Ohio, l\u2019Oklahoma, le Tennessee, le Vermont et la Virginie.Pour un total de 419 délégués.Or, même si un candidat les remportait tous, il,ne raflerait pas les 419 délégués, car plusieurs États attribueront leurs délégués à la proportionnelle.Ainsi de la Géorgie, le plus gros lot du Super Tuesday avec 76 délégués.Par ailleurs, et même si les abandons ne sont jamais à exclure, on voit mal l\u2019un des candidats encore en lice jeter l\u2019éponge au vu des résultats du Super Tuesday.Un abandon est hors de question pour Mitt Romney, chef de file, même si c\u2019est cahin-caha, depuis le démarrage de la campagne présidentielle et vainqueur de 6 primaires sur les 11 qui ont eu lieu jusqu\u2019à présent.De son côté, Rick Santorum est le candidat qui, après Mitt Romney, a gagné le plus de primaires et qui est le mieux financé.Soutenu par une large part des évangéliques et du Tea Party, trouvant un écho quprès de la classe ouvrière dans des États industriels tels que le Michigan mardi dernier et, peut-être, l\u2019Ohio, où les sondages le montrent nettement en tête, M.Santorum se veut «la solution de remplacement» à M.Romney.Ron Paul, bien que toujours sans victoire, n\u2019a rien à perdre et topt à gagner en restant dans la course.A 76 ans, le député texan n\u2019a jamais réussi à autant braquer les projecteurs sur ses principes libertariens que durant cette campagne présidentielle, la troisième de sa carrière.Il est adulé par ses sympathisants et compte accumuler assez de délégués jusqu\u2019au congrès pom influencer le programme du parti.Des quatre hommes, c\u2019est Newt Gingrich qui est le plus fragilisé.A priori, il n\u2019a rien à perdre non plus et tout à gagner aussi en restant en lice.Les hauts et les (très) bas de son parcours politique sont derrière lui.S\u2019étant aliéné la direction de son parti à la fin des années 1990 et s\u2019étant engagé dans une vendetta personnelle vis-à-vis de Mitt Romney après une campagne acrimonieuse pour la primaire de la Ploride, il ne peut, sans perdre la face, cesser de narguer «l\u2019establishment» dont il fut membre, mais dont la critique est désormais intrinsèque à son message.Mais moins bien financé,que ses rivaux, il mise essentiellement sur son État, la Géorgie, pom accumuler des délégués mardi.Le Super Tuesday pourrait donc s\u2019avérer moins décisif que par le passé et n\u2019être qu\u2019une étape vers un long printemps électoral pour les républicains.Collaboration spéciale LE DEVOIR, LES SAMEDI S ET DIMANCHE 4 MARS 2012 B 3 PERSPECTIVES JACQUES NADEAU LE DEVOIR Jean Charest s\u2019est engagé auprès des travailleurs à rencontrer la chef de la direction de Rio Tin to Alcan.En vertu de l\u2019entente secrète, le bail de la Péri-bonka, signé en 1984, a été renouvelé de 2034 à 2058 aux mêmes conditions qu\u2019à l\u2019origine; seule une clause d\u2019indexation s\u2019applique.Selon l\u2019analyste indépendant du secteur de l\u2019énergie Jean-François Blain, ce bail ainsi que la propriété de la rivière Saguenay fournissent à RTA un avantage de l\u2019ordre de 700 millions par an sur des concurrents qui paient le tarif L de grande puissance, soit 4,5 C.C\u2019est ce tarif que paie l\u2019aluminerie Alouette, par exemple.Branchée aux barrages de la rivière Saguenay, l\u2019usine d\u2019Alma est la plus rentable des alumineries du groupe Rio Tinto Alcan.Selon les données colligées par le Syndicat des Métallos (FTQ) à partir des rapports financiers de la multinationale, Tusine d\u2019Alma dégage un bénéfice brut d\u2019exploitation (EBITDA) de l\u2019ordre de 24 %, un résultat fort honorable.Mais insuffisant pour le conglomérat, dont certaines autres activités sont beaucoup plus lucratives, notamment l\u2019exploitation du minerai de fer, qui affiche des marges de 40 %.Selon le représentant sjmdical, Pominic Lemieux, Jacinthe Côté et Etienne Jacques, le chef des opérations de Rio Tinto Alcan Métal primaire, Amérique du Nord, se sont engagés envers le siège social à atteindre cet objectif de rentabilité.On sait aussi que, quatre ans après l\u2019acquisition d\u2019Alcan, RTA regrette d\u2019avoir payé si cher.La sous-traitance est le seul enjeu qui a justifié le lock-out.Pas celle dont a fait l\u2019éloge Clément Gi-gnac, qui a cité l\u2019exemple de l\u2019aéronautique: Hé-roux-Devtek, qui fabrique des trains d\u2019atterrissage pour Bombardier.Mais plutôt ces travailleurs, embauchés par des sous-traitants, qui, au sein même de l\u2019usjne, font les mêmes tâches que les syndiqués.A la moitié du salaire.Le sjmdicat ne se bat même pas pour les travailleurs de l\u2019usine actuels: la « Lorsque nous avons conclu ces ententes, ce n\u2019était pas dans la perspective d\u2019une grève ou d\u2019un lock-out» grande majorité d\u2019entre eux jouissent de la sécurité d\u2019emploi.Mais pour les nouveaux venus, qui seront soumis à une forme de clause «orphelin», interdite par Ja loi mais rendue possible par la sous-traitance.A l\u2019heure actuelle, un peu plus de 10 % des travailleius de l\u2019usine proviennent de sous-traitants: la direction de l\u2019usine veut porter cette proportion à 27 %, selon le syndicat Dans un dépliant que l\u2019entreprise a distribué dans les 100 000 foyers de la région, RTA explique qu\u2019elle veut simplement faire ce qu\u2019elle fait dans ses autres usines et ce qui se fait chez ses conciu-rents.C\u2019est vrai, les travailleurs des autres usines de RTA, pour garder ouvertes des installations vétustes et ainsi sauver leurs emplois, ont fait des compromis.Dans les trois alumineries concurrentes, dont Alouette, les tra-vailleius ne sont pas sjmdiqué^; la sous-traitance y est plus répandue.Etant donné les avantages dont jouit l\u2019usine d\u2019Alma, sa performance (l\u2019usine a été inaugurée il y a dix ans) et sa rentabilité, ses travailleurs n\u2019ont pas à renoncer à leurs salaires élevés, la région non plus, a fait valoir Dominic Lemieux.«Ce ne sont pas des sous-traitants, ce sont des sous-traités», a-t-il avancé.La logique capitaliste veut plutôt qu\u2019on presse le citron poiu en extirper tout le jus.On ne sait si c\u2019est le point de vue de l\u2019économiste Clément Gi^ac qui prévaudra au gouvernement.Mais au moins la position du ministre concorde avec les gestes posés par le gouvernement Charest.N\u2019oublions pas que c\u2019est ce même gouvernement qui a modifié en 2004 l\u2019article 45 du Code du travail.Et c\u2019est grâce à cet amendement que tra-vailleius syndiqués et travailleius de sous-traitants se croisent déjà à l\u2019usine d\u2019Alma de RTA Avec des quarts de travail différents poiu éviter les frictions.Le Devoir La Commission d\u2019enquête sur la construction Une entrée en matière ambiguë La Commission d\u2019enquête sur l\u2019octroi et la gestion des contrats publics dans l\u2019industrie de la construction a fait un premier pas la semaine dernière dans l\u2019arène publique, qui s\u2019est révélée être un terrain cahoteux.Un lancement qui cultive le flou pour les uns et une étape de prospection qui présage une grande rigueur pour les autres.KATHLEEN LÉVESQUE Il n\u2019y aura pas de lune de miel.Réclamée depuis trois ans, la commission Charbonneau a réveillé l\u2019appétit du public en général, et des médias en particulier, pour voir des résultats concrets, croit Michel Fréchette de la firme Fréchette & Girard communication.L\u2019impatience est généralisée et «l\u2019énormité des attentes» constitue le ^os problème de la commission poiu ce spécialiste des communications.«Il aurait été préférable que le premier message de la commission fût d\u2019expliquer que les choses prendraient du temps.Il fallait casser les attentes, car le mandat est gigantesque et il est question de débusquer les problèmes des quinze dernières années», souligne Michel Fréchette.Ce dernier rappelle à cet égard que la commission Gomery siu le scandale des commandites bénéficiait du travail pointu qu\u2019avait réalisé, en amont, la vérificatrice générale du Canada.Le terrain était balisé alors que, pour la commission Charbonneau, beaucoup de travail d\u2019enquête reste à faire.Mais voilà, la juge France Charbonneau a choisi de diffuser un message Internet et d\u2019appeler la population à collaborer en divulguant des informations sur des contrats publics soulevant des doutes.Cette allocution a créé un certain flou qui écorche la commission, juge M.Fréchette.«L\u2019appel au public, tout louable qu\u2019il soit, a laissé voir une commission qui se cherche, qui avance à tâtons.C\u2019est une entrée en matière ratée.C\u2019est du moins la perception générale, que ce soit à tort ou à raison.Mais en matière d\u2019image publique, la perception, c\u2019est la vérité», tranche-t-il.L\u2019éthicien Yves Boisvert, professeur à l\u2019Ecole nationale d\u2019administration publique (ENAP), ne partage pas ce point de vue.S\u2019il constate lui aussi la hâte que tout soit entendu et réglé rapidement, il voit dans la stratégie de la dénonciation de la commission Charbonneau un choix bien arrêté de travailler dans la discrétion et qui implique une notion de patience.«Il ne faut pas faire l\u2019erreur de croire que, parce que ça fait longtemps qu\u2019on parle des scandales, il faut que tout se fasse rapidement et sur la place publique.Si c\u2019était le cas, on risquerait d\u2019avoir des résultats faibles», soutient M.Boisvert.Avant l\u2019inévitable tempête publique que déclencheront les premières séances publiques de la commission, il est fondamental, selon le professeiu de l\u2019ENAR que la commission établisse une «infrastructure d\u2019enquête» poiu cette étape de «prospection».«La commission semble suivre le plan de match ouvert par le rapport Du-chesneau, qui en appelait à la divulgation du public dans un geste citoyen.Il n\u2019y a pas de rupture avec ce qui a été fait avant et surtout pas d\u2019improvisation», soutient M.Boisvert.«La commissaire envoie un message très fort dans le non-dit, notamment aux journalistes, qu\u2019elle ne dirigera pas une opération de théâtre de variétés», ajoute le professeur de l\u2019ENAP.Yves Boisvert critique toutefois le cafouillage autour de la sécurité informatique du site Inter- «La commissaire envoie un message très fort dans le non-dit» net de la commission et de ses adresses courriel (l\u2019une pour les dénonciations et l\u2019autre pour l\u2019inscription des participants et des témoins).«Nier le problème dès le départ a été une erreur de communication en plus d\u2019inciter les hackers à tester le système», affirme le professeur, qui assure que la commission doit faire preuve de transparence siu une question aussi sensible.Michel Fréchette abonde dans ce sens.«Quand tu fais une sortie publique et que tu proposes d\u2019utiliser Internet, c\u2019est une bonne chose que tu sois sûr que ton environnement informatique est hautement sécurisé.Après tout, ton mandat famène à enquêter sur la mafia, qui est sur le plan technologique très avancée.C\u2019est donc une bonne idée de ne pas donner l\u2019impression que ta commission est vulnérable», rappelle le commnnicatenr.Le double chapeau porté par le pro-ciueiu-chef, M® Sylvain Lussier, est également une préoccupation.M® Lussier remplit sa fonction à temps partiel puisqu\u2019il a conservé ses mandats privés, notamment avec la Ville de Montréal (dossier d\u2019espionnage du vérificateiu général et du conseiller municipal Claude Dauphin), dont les représentants pourraient être appelés à la barre de la commission.«Il n\u2019y a pas matière à scandale, mais il y a une obligation pour la commission de clarifier la situation.La commission devrait exiger que Sylvain Lussier laisse tomber ses mandats et se consacre entièrement à son rôle de procureur-chef C\u2019est une question de crédibilité», affirme Yves Boisvert.Pour le reste, il faudra attendre jusqu\u2019en mai prochain pour l\u2019ouverture des séances publiques de la commission.Le Devoir du Goulag Michel David Les fabuleux secrets de Rio Tinto Alcan La multinationale jouit d\u2019avantages incomparables mais veut diminuer ses coûts grâce à la sous-traitance Rio Tinto Alcan a reçu un appui tout à fait exceptionnel dans le bras de fer qui l\u2019oppose à ses 780 travailleurs en lock-out depuis le 30 décembre dernier.Clément Gignac a brisé la règle qui veut qu\u2019un ministre ne nuise pas à l\u2019équilibre des forces lors d\u2019un conflit de travail.Sa passion pour la sous-traitance \u2014 la sous-traitance est au cœur du litige \u2014 l\u2019a emporté.Une semaine plus tôt, à Jonquière, Jean Charest s\u2019était pourtant posé en conciliateur devant les syndiqués.ROBERT DUTRISAC Jeudi de la semaine dernière, Jean Charest était de passage au Saguenay-Lac-Saint-Jean poiu faire la promotion de son Plan Nord en participant à une de ces foires commerciales appelées Cap Nord.Mais la veille en soirée, le premier ministre rencontrait les représentants du Syndicat des travailleurs de l\u2019usine d\u2019Alma.11 a voulu les rassurer.«Comme père de famille, je veux que les travailleurs soient au travail et qu\u2019ils soient bien payés.Je veux des conditions de travail qui soient bonnes, a déclaré Jean Charest.Alors, allons trouver ce qui ne va pas.Il me semble anormal que les deux parties ne soient pas à la table en ce moment» Le premier ministre s\u2019était engagé auprès des travailleius à rencontrer la chef de la direction de Rio Tinto Alcan (RTA), Jacinthe Côté.C\u2019est ce qu\u2019il devait faire hier après-midi à Montréal, a confirmé son cabinet.Discutera-t-il des moyens à prendre poiu forcer les syndiqués à accepter davantage de sous-traitance dans l\u2019usine, comme le souhaiterait le ministre des Ressources naturelles et de la Faune, Clément Gignac?Ou vou-dra-t-il convaincre la multinationale, qui jouit de privilèges faramineux pour son approvisionnement en énergie par rapport à ses concurrents, de laisser aux travailleurs une petite part de ces centaines de millions qu\u2019elle encaisse année après année?Assiste-t-on plutôt au coup du «bad cop-good cop» où Jean Charest serait le bon et Clément Gignac le méchant?Le moins qu\u2019on puisse dire, c\u2019est que le gouvernement Charest a soufflé le chaud et le froid.Déjà que les syndiqués doutent de la parole du premier ministre.«Lorsque nous avons conclu ces ententes [avec RTA], ce n\u2019était pas dans la perspective d\u2019une grève ou d\u2019un lock-out Ça n\u2019a jamais été \u201canticipé\u201d comme ça», a-t-il déclaré à Jonquière.Or, manque de pot pour Jean Charest: dans l\u2019entente secrète de décembre 2006 liant Alcan, puis RTA, le gouvernement et Hydro-Québec, entente dévoilée par Le Devoir cette semaine, il est nommément question de grève et de lock-out.Ce sont même des éventualités qui permettent à RTA, SIU simplp avis, de se dégager de ses obligations envers l\u2019Etat.Heureusement poiu le gouvernement Charest, RTA ne voit pas d\u2019avantages à invoquer cette clause.Après avoir acheté Alcan pour 37 milliards en 2007, la multinationale australienne Rio Tinto a mis la main sur des privilèges dont aucun autre pro-ducteiu d\u2019aluminium au pays ne jouit: la propriété du lit d\u2019un cours d\u2019eau, la rivière Saguenay siu 30 km, du lac Saint-Jean à Jonquière, où trois barrages turbinent à son profit.Cette propriété avait échappé à la nationalisation de l\u2019électricité au début des années 60 en raison de la dizaine de milliers d\u2019emplois indusüiels qu\u2019offrait Alcan à l\u2019époque.Ce n\u2019est pas tout: RTA bénéfice d\u2019un bail aux conditions très avantageuses pour la location des forces hydrauliques de la rivière Péribonka où sont érigés trois autres de ses barrages.Les étudiants n\u2019ont jamais été considérés comme une clientèle naturelle pour le PLQ.Cela rend plus facile le maintien de la ligne dure sur l\u2019augmentation des droits de scolarité.En revanche, l\u2019appui du troisième âge a toujours été tenu largement pour acquis.En campagne électorale, la tournée des résidences pour personnes âgées est une figure imposée pour tout chef libéral, qui y est généralement accueilli avec un enthousiasme qui contraste parfois de façon spectaculaire avec le taux de satisfaction enregistré par les sondages.C\u2019est le gouvernement Charest qui, le premier, a nommé une ministre responsable des Aînés à temps plein.Sous le gouvernement de Bernard Landry, le dossier relevait du ministère de la Solidarité sociale, de la Famille et de l\u2019Enfance.11 faut reconnaître que, sur le plan du marketing politique, la nomination de Marguerite Blais, qui occupe le poste depuis 2007, était particulièrement bien inspirée.La popularité qu\u2019elle avait acquise durant sa longue carrière d\u2019animatrice à la radio et à la télévision ne s\u2019est pas démentie depuis son entrée en fonction.Sitôt nommée, Mme Blais a tenu une vaste «consultation sur les conditions de vie des aînés», coprésidée par le D\"^ Réjean Hébert, aujourd\u2019hui candidat péquiste dans Saint-François.En présentant ses conclusions, elle a déclaré qu\u2019il fallait «mettre en haut de la liste de nos valeurs fondamentales les valeurs de respect et de dignité envers nos aînés, ces aînés qui ont bâti le Québec».Si bien imaginé qu\u2019il soit, le marketing ne peut être efficace que dans la mesure où il n\u2019est pas systématiquement contredit par les apparences, et celles-ci ne sont pas à l\u2019avantage du gouvernement Charest.Lors de la campagne référendaire de 1980, le camp du Non avait fait croire aux personnes âgées qu\u2019elles seraient privées d\u2019oranges dans un Québec souverain.Le Canada a survécu à deux référendums, mais elles n\u2019ont droit qu\u2019à des tranches de pain grillées la veille dans certains centres d\u2019hébergement et de soins de longue durée.Si choquants qu\u2019ils puissent être, il serait certainement injuste de conclure des rapports d\u2019inspection des CHSLD qui ont fait la manchette du Journal de Montréal cette semaine que les 468 établissements du réseau constituent une sorte d\u2019archipel du Goulag où les personnes âgées vivent un enfer perpétuel.11 est bien connu que les gens heureux n\u2019ont pas d\u2019histoire, et les médias n\u2019ont donc aucune raison de s\u2019y intéresser.11 n\u2019en était pas moins très inquiétant de voir la ministre responsable des Aînés et sa collègue déléguée aux Services sociaux, Dominique Vien, tomber des nues en prenant connaissance de documents qui sont pourtant disponibles sur le site Internet du gouvernement.Mme Blais en a même perdu le sommeil.Jusqu\u2019à ce qu\u2019elle quitte le PQ, Lisette Lapointe se levait périodiquement à l\u2019Assemblée nationale pour dénoncer des situations plus choquantes les unes que les autres.Chaque fois, Mme Vien prenait un air chagrin, cherchant les mots qui lui permettraient d\u2019exprimer toute sa compassion.Elle était littéralement obsédée par le bien-être des aînés.Cette semaine encore, elle était consternée d\u2019apprendre que les comportements «exécrables» rapportés par les inspecteurs de son ministère n\u2019avaient eu aucune suite.«Ça devrait être impeccable, point à la ligne, surtout lorsqu\u2019on donne des soins à une clientèle aussi vulnérable», a-t-elle commenté.Quand l\u2019animateur Paul Arcand lui a demandé si elle s\u2019était assurée qu\u2019un suivi soit fait par les agences de santé, son silence a été éloquent.Manifestement, quelqu\u2019un a oublié d\u2019expliquer à Mme Vien que certaines responsabilités viennent avec la limousine.11 a fallu que les médias s\u2019en mêlent pour que la ministre découvre qu\u2019une «brigade» de deux inspecteurs pour 468 établissements ne suffisait pas.Qui saiL elle finira peut-être par comprendre pourquoi la police ne donne pas un préavis de 24 heures avant d\u2019effectuer une descente.Le premier réflexe du chef de la Coalition avenir Québec a été de recourir au même expédient qu\u2019avec les enseignants jugés incompétents.Les directeurs des établissements où les conditions sont insatisfaisantes seront tout simplement congédiés.Laissés à eux-mêmes, ses députés ont sauté sur l\u2019occasion de faire une nouvelle démonstration de l\u2019improvisation qui règne à la CAQ.Après avoir dénoncé la lourdeur des structures du ministère de la Santé et des Services sociaux, ils sont rapidement passés à un débat qui demeure encore ouvert sur ce qu\u2019il conviendrait de faire des 2500 employés des agences de santé, une fois qu\u2019un gouvernement caquis-te aura aboli celles-ci.Hier, M.Legault a senti le besoin de préciser qu\u2019en prévision du congrès de fondation de son parti, en avril prochain, on planchait sur «un programme complet qui abordera franchement les moyens d\u2019améliorer la qualité de vie de nos aînés».Par nature, le chef est un adepte des solutions simples: «Des repas chauds et plus équilibrés, un coup de peinture sur des murs défraîchis, des conditions de salubrité semblables à celles que nous conservons dans nos propres résidences.» 11 suffisait d\u2019y penser.mdavid@ledevoir.corn B 4 LE DEVOIR LES SAMEDI ET DIMANCHE MARS 2012 EDITORIAL 8 mars Tout brasser Le féminisme avait bien besoin de ce grand dépoussiérage que lui font vivre les jeunes et qui lui donne une vigueur et un horizon inattendus.Mary Poppins comme héroïne féministe, Geneviève Cadieux comme inspiration, Marie King comme modèle?Pourquoi pas?époque est à l\u2019individualisme, et ce sont des individues qui inspirent plutôt que des mouvements.Et comme l\u2019ère est aussi au grand brassage des institutions, cela donne des références hors normes.La filiation est toutefois claire: les femmes admirées aujourd\u2019hui ont pour point commun avec les hgures de proue classiques du féminisme d\u2019avoir osé s\u2019assumer.La victoire sur soi reste un puissant symbole pour la psyché féminine, enco- L\u2019 Josée Boileau re marquée par le doute, les incertitudes, la faihle estime personnelle.Ce n\u2019est pas pour rien que la colère, la laideur, le pouvoir (et son acolyte «instinct de tueur»!) restent des états si difh-cüement accessibles aux femmes.Il faut un ego bien solide pour s\u2019en donner le droit.Ces batailles intérieures peuvent sembler bien loin des droits qu\u2019il faut toujours protéger.Après tout, les congédiements pour grossesse ou maternité existent encore; des menaces planent sur le droit à l\u2019avortement; les victimes de violence conjugale sont essentiellement des femmes, souvent très jeunes; le marché du travail n\u2019est toujours pas équitable.A quoi il faut ajouter cette terrible réalité: le simple droit de vivre n\u2019est pas acquis sur cette planète quand on naît femme.Même nos contrées s\u2019en ressentent, comme l\u2019affaire Shaba nous l\u2019a fait tristement voir, tout comme le Journal de l\u2019Association médicale canadienne, qui s\u2019en est pris aux avortements en fonction du sexe pratiqués au Canada, l\u2019a démontré.Mais ce qui est souvent compliqué, une fois les droits gagnés, c\u2019est que le privé rejoigne le politique.Ce combat n\u2019est toujours pas réglé.Les mesures de conciliation travail-famille sont un leurre si, au quotidien, le partage des tâches ne se fait pas dans le couple.ou avec les enfants.La sexualité sans contraintes n\u2019est plus libre si le modèle à suivre, c\u2019est l\u2019ultra-sexy bimbo toujours disponible.La place des femmes au travail n\u2019est toujours pas gagnée si les lieux de décision leur échappent parce que les hoys\u2019 clubs sont à se reconstituer ou parce que les femmes elles-mêmes n\u2019osent toujours pas foncer.Il est juste de dire que la transmission de l\u2019histoire des grandes victoires des femmes se fait mal, mais c\u2019est vrai aussi de celles du mouvement ouvrier.On peut s\u2019en désoler, mais ce qui compte vraiment, c\u2019est que ces victoires oubliées aient laissé des traces: non, il n\u2019y a plus de tavernes réservées aux hommes, les femmes peuvent être jurées et elles ont des congés de maternité.toutes choses qui n\u2019ont été acquises que dans les années 1970! Il reste par contre d\u2019autres territoires à conquérir, plus intimes ceux-là, tel ce difficile rapport à un corps de plus en plus objectivé et qui, pour les femmes d\u2019aujourd\u2019hui, est un véritable enjeu.C\u2019est ce que les jeunes féministes tentent de nous dire en renouvelant leurs sources d\u2019inspiration, en se jouant des clichés, ou en détournant le sens d\u2019une robe de princesse ou des talons hauts.Il est vrai que ceux-ci entravent la course, mais ne sont-ils pas, aussi, une manière de dominer le monde?Droit de vote La fin et les moyens Bernard Descôteaux a Charte canadienne des droits et libertés fait du droit de vote l\u2019un des droits prééminents dans une société libre et démocratique.Il va de soi que l\u2019exercice de ce droit doit être encouragé et n\u2019être soumis à aucune en-J trave.Le Canada se fait fort d\u2019ailleurs d\u2019en promouvoir la recoimaissance dans des pays totalitaires ou dictatoriaux.C\u2019est d\u2019ailleurs au nom de la restauration de la démocratie que 157 militaires canadiens sont morts en Afghanistan.Ce droit, dont le gouvernement conservateur de Stephen Harper se fait si spontanément le champion à l\u2019étranger, devrait être l\u2019objet du même respect ici même au pays.Du moins, il serait raisonnable de le croire, mais les milliers de plaintes reçues par Elections Canada d\u2019électeurs qui à l\u2019élection du 2 mai 2011 auraient été l\u2019objet d\u2019interventions de la part du Parti conservateur pour les empêcher de voter ne peuvent que susciter un profond doute à 7^\t~ cet égard.La preuve est bien sûr à faire de la responsa-^ ' bilité de la direction du Parti conservateur dans ^\t^ ces appels téléphoniques robotisés faits par une H\tW firme liée à cette formation et qui transmet- 11 taient de faux messages sur le déplacement des bureaux de scrutin au nom d\u2019Élections Canada.L\u2019enquête sera longue et difficile.Entre-temps, il y a présomption d\u2019innocence.Le nombre de ces plaintes, 31 000 jusqu\u2019ici, permet d\u2019affirmer qu\u2019il ne s\u2019agit pas d\u2019incidents isolés.Les témoignages d\u2019employés du centre d\u2019appels mis en cause ne laissent pas de doute.Ces appels visaient à empêcher l\u2019exercice du droit de vote et à influencer le résultat du scrutin dans les circonscriptions.Cela relève de la fraude et de l\u2019usurpation d\u2019identité d\u2019agents d\u2019Élections Canada.Cette machination n\u2019a pas influencé le résultat de l\u2019élection d\u2019un gouvernement majoritaire conservateur.Cela n\u2019a pas empêché des candidats libéraux qui en ont été l\u2019objet d\u2019être élus.Là n\u2019est pas le problème.Le problème est dans la persistance de moeurs électorales délétères que des décennies d\u2019efforts n\u2019ont pas encore totalement assainies.C\u2019est comme combattre une hydre à sept têtes.Arrive-t-on à imposer des règles strictes sur le financement des partis politiques ou sur l\u2019identification des électeurs pour empêcher les morts de voter, que l\u2019on trouve d\u2019autres façons de contourner la loi et son esprit.Comme toujours, ces gens estiment que la fin, c\u2019est-à-dire la quête du pouvoir, justifie les moyens.Des soupçons graves pèsent sur le Parti conservateur que le premier ministre Stephen Harper ne peut décemment ignorer.Le chef du Parti libéral.Bob Rae, lui a fait une proposition honnête, qui est de remettre à Elections Canada les listes des appels faits par leurs partis.Cela faciliterait l\u2019enquête en cours et empêcherait qu\u2019elle s\u2019enlise dans un débat partisan.Ce serait manifester une hauteur de vue et un respect de nos institutions démocratiques que l\u2019on ne trouve pas toujours chez ce premier ministre, surtout depuis qu\u2019il a obtenu ce qu\u2019il désespérait d\u2019avoir, soit cette majorité qui lui permet de mener le Parlement de façon autoritaire.LE DEVOIR FONDÉ PAR HENRI BOURASSA LE 10 JANVIER 1910.FAIS CE QUE DOIS ! Directeur BERNARD DESCÔTEAUX Rédactrice en chef JOSÉE BOILEAU Vice-présidente, finances et administration CATHERINE LABERGE Directeur de l\u2019information ROLAND-YVES CARIGNAN Directeurs adjoints de l\u2019information PIERRE BEAULIEU, LOUIS LAPIERRE, JEAN-ERANÇOIS NADEAU, PAUL CAUCHON Directeur artistique CHRISTIAN TIFEET Directeur, ventes publicitaires JOSÉ CRISTOEARO 31 oao PlAinTC?m APPeU'i ON UN ¦9\\^ Ûu'oN &Af^NorTi o3 Rectificatif de l\u2019UdeM Dans une nouvelle lettre au Devoir, des professeurs de l\u2019IIniversité de Montréal contestent la gestion de leur université.Il importe de rectifier certains faits.Premièrement, l\u2019UdeM, en vendant le 1420, Mont-Royal, récupérera toutes les sommes qu\u2019elle y a investies en achat et en rénovation et celles qu\u2019elle aurait eues à dépenser en frais de location et installation pour loger les unités qui y sont depuis huit ans.Au total, il s\u2019agit de 35 millions de dollars et non pas de 40 millions.Deuxièmement, il n\u2019a jamais été question pour l\u2019UdeM de se départir du pavillon de la Faculté de musique et de la salle Claude-Champagne.Le plan directeur des espaces de l\u2019UdeM, finalisé et approuvé par toutes les instances en 2008, envisage, comme un scénario à long terme, l\u2019aménagement de la Faculté de musique sur le futur campus à Outremont.L\u2019UdeM donnera par la suite une nouvelle vocation au pavillon qui abrite actuellement la Faculté de musique.Troisièmement, le projet à Outremont vise, dans une première phase, la revitalisation d\u2019une ancienne friche industrielle.C\u2019est pour cette raison que les trois ordres de gouvernements investiront ensemble les 120 millions de dollars nécessaires à la LETTRES restauration du terrain (décontamination, construction de rues, d\u2019égouts, d\u2019aqueduc, etc.).Utiliser ces subventions pour d\u2019autres fins que celles qui ont été convenues n\u2019est tout simplement pas possible.D\u2019autre part, les investissements requis pour dessiner un nouveau quartier, y compris des rues, des parcs et des logements, ne sont pas du ressort de l\u2019université.Bref, quand on parle des coûts du projet de l\u2019UdeM à Outremont, il faut distinguer les sommes requises pour la restauration du site (120 millions), la construction d\u2019un pavillon de sciences et de services (350 millions) et l\u2019ensemble des investissements publics et privés qui pourront éventuellement y avoir été faits pendant une vingtaine d\u2019années pour construire un nouveau quartier résidentiel et universitaire.Sophie Langlois Directrice principale, Bureau des communications et des relations publiques de l\u2019Université de Montréal Le 2 mars 2012 Lettre d\u2019une auditrice de Chantal Jolis Une grande muse vient de nous quitter.Il y a des lieux oû l\u2019on n\u2019ose s\u2019aventu- rer, faute d\u2019y être accompagné.Guidée par son intelligence pétillante, portée par sa voix radieuse, je me suis aventurée aux confins de l\u2019univers musical, dans ces espaces oû vibre toute la beauté de l\u2019âme humaine, là oû l\u2019amour inonde, au-delà des mots.Largement insuffisant alors, et encore plus maintenant, j\u2019aurais pourtant aimé lui dédier ce poème, écrit dans le désarroi du conditionnel, un certain soir de mai.Un hymne à l\u2019amour et à la musique, à la mémoire de feu Chantal Jolis.«Par tous les paroxysmes, par tous vos mystères et tous vos désirs, avoués et inavoués, je vous aimerais.Je saurais être, par moments, ce rocher imperturbable essuyant les ressacs de vos moindres élans, dans un tourbillon d\u2019étoiles et de sextants.Je vous accueillerais au creux de mes bras immenses, sans jamais vous retenir un seul instant.Il me faudrait pour cela apprendre la patience, et emprisonner la joie de vous voir apparaître et disparaître.Je serais la lune, et vous un soleil, dans l\u2019espace ahuri d\u2019une éclipse.La musique, diluvienne, remplirait les espaces laissés épouvantablement vides par notre absence, totale, de remords.Je vous aimerais ainsi, à l\u2019infini.» Je ne suis pas Dieu, mais je crois que nous pouvons tous nous aimer ainsi.Gina Bernier Québec, le L'mars 2012 REVUE DE PRESSE Indignation générale Manon Cornellier L ¦ idée que des individus, une or-^ ganisation ou un parti aient échafaudé un système pour trqmper les électeurs en usurpant l\u2019identité d\u2019Élections Canada pour les diriger vers de faux ou de mauvais bureaux de scrutin sème l\u2019émoi d\u2019un bout à l\u2019autre du pays.«La démocratie en sort perdante», titre l\u2019Ottawa Citizen.Ce qui est frappant est combien la plupart des éditorialistes et chroniqueurs attendent des explications des conservateurs, et de personne d\u2019autre.On répète qu\u2019il ne s\u2019agit que d\u2019allégations, que rien n\u2019a été prouvé, mais.les retombées de ces appels, s\u2019ils devaient fonctionner, devaient avantager presque toujours les conservateurs, relèvent plusieurs commentateurs.De plus, le parti a une histoire, une façon de faire de la politique, des moyens pour mener une opération à grande échelle, soulignent Barbara Yaffe du Vancouver Sun, Thomas Walkom du Toronto Star et les équipes éditoriales du Toronto Star, du Cal-gary Herald et du St.John\u2019s Telegram.Cette dernière résume ainsi sa pensée: «Quand vous faites votre lit, vous dormez dedans.Quand vous couchez avec les chiens, vous vous réveillez avec des puces.Quand vous vous roulez dans la boue, il en reste toujours de collée.» Enquête Quelques commentateurs, dont Stephen Hume du Vancouver Sun, croient qu\u2019il faudrait peut-être tenir une nouvelle élection si l\u2019ampleur de cette affaire s\u2019avère et que la légitimité du gouvernement conservateur est mise en doute.Le National Post, comme Tim Harper du Toronto Star, suggère plutôt la tenue d\u2019une enquête publique indépendante.Selon le Post, il importe peu que les appels aient eu lieu dans une ou plusieurs circonscriptions.«L\u2019enjeu est la confiance déjà ébranlée du public dans le processus électoral et une enquête est peut-être le seul moyen de rétablir et de maintenir cette confiance.» Le Post comprend la résistance des conservateurs, qui ont vu l\u2019impact de la commission Gomery sur les libéraux.«Il est difficile de poser le geste juste quand ce dernier risque de vous plonger dans le pétrin, vous ou quelques-uns de vos amis.Mais il en va de la protection de l\u2019intégrité de la démocratie canadienne», dit le Post.Selon Tim Harper, du Toronto Star, des gestes doivent être faits de façon urgente pour contrer le désengagement des électeurs.Il faut que les Canadiens se fâchent et agissent, dit-il.Il faut la mise en place d\u2019une enquête indépendante et transparente pour démêler l\u2019écheveau.Et finalement, cette façon de faire la politique, oû on ne cherche qu\u2019à détruire personnellement l\u2019adversaire, doit cesser.Si rien de cela ne se produit, une baisse encore plus importante du taux de participation suivra, prédit-il.Prudence Personne n\u2019adhère à la thèse du loup solitaire.Et rares sont les voix qui invitent à ne pas sauter trop vite aux conclusions.Andrew Coyne, de Postmedia News, se démarque à cet égard.Cojme convient qu\u2019il y a trop d\u2019allégations de gestes exigeant des moyens techniques importants pour parler d\u2019une simple erreur humaine.Mais ce n\u2019est pas parce que la majorité de ces appels frauduleux ont été dénoncés par les partis d\u2019opposition qu\u2019on détient la preuve que les conservateurs en sont responsables.En même temps, il trouve la distribution des appels trop aléatoire.Il y a eu des appels dans des circonscriptions oû la lutte était chaude et dans d\u2019autres oû elle ne l\u2019était pas.«Cela ne rend pas acceptable le geste, mais cela ajoute au mystère.» Et il se demande quel parti prendrait un tel risque pour si peu de résultats.Il comprend toutefois le réflexe de soupçonner les conservateurs.«Leur faisons-nous encore confiance?», demande-t-il.Cojme ne croit pas qu\u2019une enquête publique soit nécessaire, mais «voilà, il semble que les gens aient tellement perdu confiance dans les autres institutions qu\u2019une enquête publique leur paraît la seule position de repli possible».Lorrie Goldstein, du Toronto Sun, relève certaines allégations contre les conservateurs qui n\u2019ont pas de sens.Il note que certains appels ont été reçus dans des circonscriptions oû le Parti conservateur domine largement.D\u2019autres ont été faits par des gens se présentant comme des partisans conservateurs.Il est donc possible qu\u2019il y ait eu des bavures, des erreurs.Mais la multiplication des incidents, dit-il, accroît le risque pour Stephen Harper de voir les électeurs le tenir pour responsable à cause de la culture politique qu\u2019il a imposée.John Ibbitson, du Globe and Mail, note que cette méfiance a fait en sorte que les conservateurs ont complètement perdu le contrôle du message.Les annonces de la date du budget et de l\u2019appui des provinces à l\u2019accord de libre-échange Canada-Union européenne sont presque passées inaperçues.Les conservateurs démentent tout, mais «des appels frauduleux ont été faits par des gens qui croyaient servir les intérêts du Parti conservateur et, tant que cette contradiction ne sera pas résolue, la question va continuer de pourrir.[.] Et pour envenimer le tout, il n\u2019y a aucune voix, sage et inspirant confiance, pour prendre fait et cause pour les conservateurs.Des ministres hyperpartisans, voilà exactement ce dont vous n\u2019avez pas besoin à un moment comme celui-là, mais c\u2019est à peu près tout ce qu\u2019a ce gouvernement» mcornellier@ledevoir.corn LE DEVOIR LES SAMEDI ET DIMANCHE MARS 2012 B 5 IDEES JACQUES NADEAU LE DEVOIR HEC fait de la bussiness, vend de la formation en anglais aux Chinois, aux Coréens, à tout ce qui peut lui donner l\u2019impression de se comporter comme une grande école américaine.De l\u2019anglais à HEC Montréal Le chiard ou le Chinese pâté?«Ces étudiants-là n\u2019échappent pas complètement au français.Ils vont à la cafétéria manger du \u201cpâté chinois\u201d et non du \u201cChinese pâté\u201d.Ils sont confrontés au français, puisqu\u2019ils baignent dans un environnement en français», a souligné Kathleen Grant, directrice des communications de HEC Montréal (Le Devoir, 22 février 2012).ROBERT LAPLANTE Directeur de L\u2019Action nationale ien ne va plus dans les uni- Rversités.On avait subi le spectacle lamentable de rUQAM où les parvenus ont fait dérailler les projets immobiliers avant de hier à l\u2019anglaise, peinards.Enquête, commentaires embarrassés, morgue ministérielle et glose de recteurs.Pas de respon-sables.La tempête parfaite, comme le dira plus tard le portier Rousseau devant la Chambre de commerce à propos d\u2019une autre gabegie.Le marché vous savez.Le marché, on sait.C\u2019est celui dans lequel se jette une élite de gestionnaires universitaires qui se donnent des airs de grands bussinessmen à brasser du PPP de Rimousld à Saint-Jérôme, à semer les pavillons un peu partout sur le territoire pour se livrer une guerre de clientèle digne des concessionnaires de McDo.Et ça valse à coups de centaines et de centaines de millions jusqu\u2019au CHUM et au MUHC, où le corps médical s\u2019est couché devant l\u2019iniquité anglaise, bordé par une classe politique timorée, morte de trouille à l\u2019idée de s\u2019attaquer aux privilèges rhodésiens.Le marché et ses raisons ont fait basculer les recteurs du côté des comptables, où ils tentent de nous donner du sentiment pour les bnances publiques en recommandant de saigner la jeunesse pour qu\u2019on les laisse jouer leurs joutes en entonnant les hymnes de la compétitivité.La mondialisation, vous savez.Et il faudrait verser des larmes sur les plans de carrière qui se flétrissent parce que les contribuables ne soutiennent pas suffisamment les ambitieux pour qui la province sera trop petite de vivre française et dans ses originalités.Et subir la bouillie de rhétorique qu\u2019on nous sert pour tenter de justiber de toujours courir plus vite pour rester à la remorque de modèles en vigueur dans des sociétés capables de mqbili-ser infiniment plus de moyens que la nôtre.A défaut d\u2019avoir le courage de s\u2019inventer, mieux vaut se soumettre en plastronnant.Il faut une lâcheté de classe mondiale.Ils savent être de leur temps et sacriber aux fébches de leurs idoles.Et c\u2019est ainsi que l\u2019on a vu la minisbe de l\u2019Education se faire envoyer paître par McGill, qui vend de la formabon d\u2019élite à 30 000 $ par année et qui n\u2019a rien à faire des simagrées domestiques.L\u2019anglosphère s\u2019y connaît ici en logique d\u2019apartheid.Il faut ce qu\u2019il faut.À l\u2019américaine Et HEC ne sera pas en reste.Les voilà donc, nos grands visionnaires du managemenL les voilà qui se transforment en courbers avec les deniers publics.Les voilà dans le bilingual land, s\u2019arrogeant le droit de piger dans la caisse commune pour se livrer aux plus insignibantes dérives idéologiques.HEC fait de la bussiness, vend de la formation en anglais aux Chinois, aux Coréens, à tout ce qui peut lui donner l\u2019impression de se comporter comme une grande école américaine.bnancée par les contribuables qui ne parlent que le français.De la classe mondiale qui n\u2019a rien à faire des provinciaux qui s\u2019imaginent encore que l\u2019université n\u2019a rien d\u2019une enbeprise, qu\u2019elle doit servir la connaissance, le bien commun et la vie collective dans l\u2019intérêt national qui s\u2019y incarne et la débnit! Il faut leur couper les vivres, à ces initiatives mortifères.On ne subventionne pas les universités pour que les technocrates fassent du commerce avec nos impôts.On ne va pas hausser les droits de scolarité pour que les gestionneux créent des postes de cadre pour s\u2019occuper de vendre le programme anglais en Indonésie! II n\u2019y a aucune raison pour que les conbibuables québécois bnan-cent la marginalisation de leur propre langue dans les institutions qui devraient lui donner la place névralgique dans la production de la connaissance et la formation de la jeunesse.HEC a déjà incarné une vision du monde et une conception de l\u2019université qui faisait Ibonneur et l\u2019intelligence des MontpetiL Minville, Angers et aubes qui cherchaient de la grandeur à s\u2019assumer pour mieux participer aux courants internationaux et donner au Québec sa voix dans le monde.On comprend que, bop occupée à vendre son âme, la maison n\u2019ait plus la moindre idée de ce qu\u2019est une institution.Et qu\u2019elle ne sache pas distinguer le suivisme idéologique du renoncement à soi.On comprend aussi que les «experts» apatrides ne puissent donner dans la berté.C\u2019en est au point que l\u2019idée de démissionner de honte ne vient à personne.Braderie de l\u2019héritage Il y a des limites à la bêtise, et l\u2019anecdote du Chinese pâté que nous a servie la responsable des communications de HEC Monbéal pour justiber la niaiserie de ses pabons et des béotiens qui les encouragent vient de les fabe exploser.Il faut arrêter cebe dérive.On s\u2019étonne du silence des étudiants, des professeurs et des professionnels de cette bussiness school devant ce qui n\u2019est rien d\u2019aube que la bahison de la culture, la braderie de l\u2019héritage.On le saiL on en bouvera toujours pour dbe qu\u2019ils ne vendent pas l\u2019âme de la maison; les pragmatiques se contentent de la louer.C\u2019est une honte, cette affaire.Un révélateur puissant du désert culturel qui tient lieu de culture d\u2019organisation dans des institutions où devraient pourtant régner l\u2019esprit critique et l\u2019ambition de s\u2019accomplb.HEC Montréal est malade.Erappée du même mal que celui qui mine les aubes universités québécoises, atteinte d\u2019une forme vbulente de sida de l\u2019esprit: le consentement à la marchandisation sous toutes ses formes, le sacribce de toute loyauté sur l\u2019autel du marché.Assez, c\u2019est assez.Il faut en bmr avec la démission morale et l\u2019apla-ventrisme de ces pseudo-décideurs qui ne décident que de s\u2019agenouiller, un œil à New York et l\u2019aube sur l\u2019horabe des destinations pour le village global.Il faut sortir du déni, rebouver le sens des mots pour se donner enfin une intransigeance à la hauteur des débs qui se posent à nous.Un grand ménage s\u2019impose, commission d\u2019enquête ou quelque chose du genre, conduit par des esprits cultivés et indépendants.Les pbouettes du marketing Les empoisonneurs qui sont en train d\u2019enchaîner les contribuables dans des institutions qui ne servbont plus qu\u2019à les folkloriser doivent rendre des comptes.Les faux savants de la «moyenne canadienne» qui viennent nous dbe que les universités sont sous-bnancées et qu\u2019il faudrait que la jeunesse paie plus cher pour que les grands adminis-bateurs puissent continuer de singer les managers américains sont nus désormais.On ne paiera plus pour ça.S\u2019ils n\u2019ont ni la volonté ni le talent de consbuire des institutions bien enracinées dans nobe milieu, bdèles à ce que nous sommes et pouvons êbe, qu\u2019ils cessent de nous demander de b-nancer leur impuissance.Il nous faudra bien un jour une politique des universités digne de ce nom pour sortir de l\u2019univers mental de l\u2019indigence conformiste où les saboteurs d\u2019institutions posent en grands bâtisseurs.Le Québec, qui a encore beaucoup de chemin à labe pour atteindre le niveaux de formation que le XXI\" siècle exige, n\u2019a plus les moyens de se payer cette engeance d\u2019incapables.Des odeurs nauséabondes émanent de ces cénacles de zélotes du tout-au-marché qui ne jurent que par les palmarès américains et les manuels de subordination pour mieux dévoyer les acquis de trois générations de lutte.Renonçant à l\u2019originalité et à l\u2019enracinemenL ces technocrates condamnent nos universités à la médiocrité: les pbouettes de marketing ne feront qu\u2019un temps et ne bomperont personne bès longtemps.Le prêt-à-penser et l\u2019emballage cosmétique des programmes américanisés ne berneront que les dupes et ne servbont que l\u2019arrivisme de la piétaille.Les colporteurs de l\u2019excellence in English ne se paieront qu\u2019en monnaie de singe, qui n\u2019aura cours que dans les succursales bas de gamme.Et dans une province louisianisée.Les succédanés n\u2019attberont jamais que ceux-là qui n\u2019ont pas les moyens \u2014 intellectuels ou financiers \u2014 d\u2019accéder à l\u2019original.Il est inutile d\u2019envoyer les sous-ministres, les recteurs et les directeurs d\u2019école en missions exploratoires à Mumbai ou en Chine pour apprendre une telle chose.Les gestionnaires de HEC et des autres universités feraient des économies à fréquenter les marchés aux puces de banlieue, où il est facile de reconnaîbe le toc et le baratin des vendeurs de camelote.En troquant les cocktails dînatobes pour les bineries, tout ce beau monde découvrirait aussi la différence entre le chiard et le Chineese pâté.Ce texte doit paraître dans le numéro de mars de L\u2019Action nationale.( Uîlot Voyageur, le défunt projet en PPP de rUQAM.JACQUES NADEAU LE DEVOIR Étudiante d\u2019antan ,\tDenise / Bombardier J ¦ ai été une étudiante heureuse.Sans le ^ sou, angoissée, mais exaltée d\u2019apprendre, euphorique de la liberté que m\u2019accordait ce statut et, surtouL bère d\u2019accéder au savob, à la connaissance et à la fréquentation des penseurs, écrivains et savants dont l\u2019université me bansmettait des bribes de leurs œuvres respectives.J\u2019ai aimé l\u2019esprit estudiantin de l\u2019époque faste du Québec en dégel.Je militais bruyamment et déjà avec provocation pour ce rêve enivrant du pays à créer, rêve plus que brisé par la suite, ba-casséàvraidbe.Comme garde-robe, j\u2019avais une paire de chaussures en daim que j\u2019adorais, une jupe de laine verte et rouge, un pull vert bouteille et un ciré noir.Je mangeais des hot-dogs à la cafétéria de l\u2019Unbersité de Montréal où Pierre Elliott Trudeau, prof de droifi venait s\u2019asseob parfois avec nous pour nous afbonter.Nous étions séparatistes, il était nobe ennemi intellectuel et, en nous portant la contradiction avec sa dialectique arrogante et son humour assassin, il participait à nobe formation.C\u2019était un maîbe au sens ancien du terme.Nous aimions le détester, mais il nous nourrissait l\u2019esprit.La laïcisation, l\u2019accès aux études supérieures et l\u2019assurance maladie furent nos combats quotidiens.Une évidence s\u2019imposait à nous, les pauvres débarqués à l\u2019université au milieu des petits-bourgeois de l\u2019époque.Nous avions le sentiment d\u2019êbe à la fois des imposteurs et les dépositabes du petit peuple qu\u2019affectionnaient officiellement nos camarades d\u2019Oubemont et de Nobe-Dame-de-Grâce.Je crois que le fait d\u2019être financièrement démunis ajoutait à nobe rage de réussb.C\u2019est peu dbe que les bienfaits du confort et de la sécurité matérielle nous étaient étrangers.Nos bourses servaient à payer les droits de scolarité, l\u2019autobus, les hot-dogs et les «hot chicken sandwiches».Ma mère volait dans les poches de mon père des billets verts qu\u2019elle me refilait parcimonieusemenf car ce dernier considérait que les études avancées n\u2019étaient que gaspillage pour les filles.Dieu ait son âme! Loin de moi l\u2019idée qu\u2019il faut souffrir pour vivre et que les étudiants d\u2019aujourd\u2019hui sont tous des entants gâtés qu\u2019il faudrait paupériser.L\u2019époque n\u2019est plus la même, les besoins se sont multipliés.Dans les années 60 et début 70, rares étaient les étudiants propriétabes de voiture et, d\u2019ailleurs, l\u2019idée de mener parallèlement des études et un emploi n\u2019était pas considérée comme un idéal.Je l\u2019ai fait par obligation, mais je persiste à crobe que le vrai luxe est de se consacrer entièrement à ses études.Vieille conception du statut d\u2019étudiant qui perdure davantage en Europe qu\u2019en Amérique, où gagner de l\u2019argent est élevé au rang de la pédagogie.Aujourd\u2019hui, les étudiants, à l\u2019université ou au collège, sont des citoyens dans les institutions éducatives dont l\u2019objectif premier est d\u2019êbe un «milieu de vie».Jadis, funiversité était réservée à l\u2019élite économique, répète-t-on comme un mantra.Pas tout à fait vrai puisque des générations de fils (surtout) et de filles de cultivateurs, de cols bleus, de la petite classe moyenne ont fait des études universi-tabes.Les communautés religieuses détectaient les plus doués et favorisaient la poursuite de leurs études par des bourses grâce à la générosité des riches des villages ou des paroisses urbaines.C\u2019était la charité d\u2019avant Injustice sociale avec ses bourses et ses prêts.Le débat sur les droits de scolarité est devenu au fil des ans un supposé enjeu social alors qu\u2019il est, d\u2019une certaine manière, prétexte à masquer une hypocrisie aussi souterraine que lâche.Ce que l\u2019on appelle la démocratisation de l\u2019éducation a transformé la conception même de funiversité.De nos jours, on considère comme un droit fondamental l\u2019accès aux études supérieures.Mais ce droit ne doit pas mener à l\u2019bresponsabilité sociale.Ceux qui obtiennent les résultats scolaires qui leur ouvrent les portes du haut savoir appartiennent à une élite.Celle qui demain occupera les fonctions de pouvob dans tous les secteurs et sera rémunérée bien au-delà des revenus moyens des travailleurs.Ce «ticket d\u2019entrée» que sont les droits de scolarité (les plus bas au Canada) est une conbibution à l\u2019effort collectb.Aucune augmentation de droits de scolarité du genre de celle envisagée, 325 $ par an durant cinq ans, ne peut fermer les portes aux étudiants moins nantis.Affirmer le contrabe relève de l\u2019imposture.Nous sommes ici dans la symbolique et il est désolant d\u2019entendre les lamentations colériques des jeunes manbestants qui y cristallisent leur en-ragement général sur l\u2019époque.Il est amusant aussi de constater leur susceptibilité lorsqu\u2019on diverge d\u2019opinion avec eux, comme si leur statut de jeunes devait les mettre à l\u2019abri des critiques.Et cela éclabe les motivations d\u2019une partie des profs qui les appuient.Pour ne rien dbe des politiques.Le Québec n\u2019est pas un paradigme pour les utopies grisantes.On ne peut pas abolb les droits de scolarité, maintenb l\u2019universalité de tous les programmes sociaux, subventionner toutes les expressions culturelles, abolir la pauvreté, neubaliser la violence humaine, imposer une égalité par le bas comme moyen de rédube l\u2019exploitation des riches, décréter inattaquables les étudiants qui radotent en criant qu\u2019on les vole en les délestant de 325 $ de plus pendant que la petite classe moyenne non uni-versitabe surtaxée s\u2019appauvrit dans le silence et la peur d\u2019un lendemain qui ne chantera jamais.denbombardier@videotron.ca L\u2019EQUIPE DU DEVOIR REDACTION Information générale et métropolitaine : Dominique Reny (adjointe au directeur de l\u2019information), Marie-Andrée Chouinard (éditorialiste, responsable de la page Idées), Marco Bélair-Cirino (général), Jeanne Corriveau (affaires municipales, Montréal), Isabelle Porter (affaires municipales,\tFabien D&g]is&(société), Jean Dion (sports), Louis-Gilles Francœur (environnement), Lisa-Marie Gervais (éducation), Pauline Gravel (sciences), Caroline Montpetit (affaires sociales), Brian Myles (justice), Louise-Maude Rioux Soucy et Amélie Daoust-Boisvertésawfc^ ; information politique : Michel Dsv\\d(chroniqueur), Hélène Buzzetti et Marie Vastel (correspondantes parlementaires à Ottawa), Antoine Robitaille et Robert Dutrisac (correspondants parlementaires à Québec), Guillaume Bourgault-Côté et Kathleen Lévesque (reporters) ; information culturelle : Michel Bélair (théâtre et cahier Culture), Stéphane Baillargeon (médias), Frédérique Doyon et Isabelle Paré (reporters), Odile Tremblay (cinéma), Paul Bennett (pupitre cahiers spéciaux et culturels du week-end), Julie Carpentier (pupitre) ; informationéconomique : Gérard Bérubé (adjoint au directeur de l\u2019information), François Desjardins, Éric Desrosiers et Alexandre Shields^ (reporters), Gérald Dallaire (pupitre) ; information internationale : Serge Truffaut (éditorialiste), Claude Lévesque et Guy DaiWeier (reporters), Jean-Pierre Legault (pupitre international, page éditoriale et cahier Perspectives) ; Diane Précourt (responsable des pages thématiques), ÉmÜie Folie-Boivin (pupitre) ; Jacques Grenier et Jacques Nadeau (photographes) ; Michel Garneau (caricaturiste) ; Andréanne Bédard, Michèle Malenfant et Christine Dumazet (correctrices) ; Benoît Munger, Philippe Papineau et Laurence Clavel (pupitre internet), Marie-Pier Frappier et Geneviève Trembly (commis internet) ; Amélie Gaudreau (secrétaire à la rédaction)', Karl Rettino-Parazelli et Sophy Lambert-Racine (commis à la rédaction).DOCUMENTATION Gilles Paré (directeur), Manon Derome (Montréal), Monique Bhérer (Ottawa), Dave Noël (Québec) .PUBOCITÉ , Jean de BiUy, Jennifer Boify-Demers, Jean-François Bossé, Marlène Côté, Stéphanie Déziel, Amel Elimam, Véronique Langlois, Simon Lanoie, Amélie Maltais, Maria M.Motta, Claire Paquet, Chantal Rainville, Isabelle Sanchez, Nadia Sebaï (publicitaires), Sylvie Laporte, Martine Bérubé (secrétaire).PRODUCTION Christian Goulet (directeur de production), Olivier Zuida (directeur adjoint), Michel Bernatchez, Danielle Cantara, Richard Des Cormiers, Donald FÜion, Yannick Morin, Nathalie Zemaitis.INFORMATIQUE Yanick Martel (administrateur Web) (KanseX Matthews (technicien informatique).PROMOTION, DISTRIBUTION ET TIRAGE Maxim-Olivier Leclerc (responsable par intérim service à la clientèle), Nancy Beaulieu, Manon Blanchette, Nathalie Filion, Marie-Lune Houde-Brisebois ; Jean-Robert Divers (responsable promotion).ADMINISTRATION Stéphane Roger (contrôleur), Olena Bifyakova (reponsable des services comptables), Claudette Béliveau (adjointe administrative), Céline Furoy, Ghislaine Lafleur, Claudine Chevrier, Véronique Pagé, Monique Proteau. B 6 LE DEVOIR, LES SAMEDI 3 ET DIMANCHE 4 MARS 2012 PHILOSOPHIE LE DEVOIR DE PHILO Pierre Bourdieu porterait un carré rouge Le sociologue nous permet de comprendre que l\u2019institution scolaire peut perpétuer des inégalités sociales Deux fois par mois, Le Devoir lance à des passionnés de philosophie, d\u2019histoire et d\u2019histoire des idées le défi de décrypter une question d\u2019actualité à partir des thèses d\u2019un penseur marquant.CAROLINE DAWSON MAXIME MARC OUX-MOIS AN Professeurs de sociologie, elle au collège Édouard-Montpetit et lui au collège Montmorency Alors que le gouvernement Charest refuse de revenir sur sa décision de hausser les droits de scolarité des études universitaires, des milliers d\u2019étudiants prennent des votes de grève et se rassemblent dans la rue pour contester le bien-fondé de cette augmentation.L\u2019opposition entre le gouvernement libéral et les étudiants du Québec ne date pas d\u2019hier.La question revient périodiquement depuis au moins trois décennies.Au printemps 2007, la ministre Michelle Courches- les agents sociaux et agissant comme schèmes d\u2019appréciation et d\u2019évaluation des situations qui génèrent des façons de faire et des manières d\u2019être.Ces différentes inculcations conditionnent un rapport au monde déterminant des capacités de perception et de jugement.A partir de celui-ci, une perception des ressources et des capacités de chacun s\u2019installe.Les étudiants définissent leur parcours scolaire selon cet habitus qui traduit leur position dans leur classe sociale.Autrement dit, le niveau d\u2019études désiré s\u2019élabore selon une logique propre, influencée par un ensemble de facteurs que Bourdieu conceptualise sous les appellations de «capital culturel» (par exemple, le niveau d\u2019étude des parents), de «capital économique» (le revenu des parents.Bourdieu appuierait les revendications étudiantes actuelles en se référant aux théories et concepts développés dans Les héritiers et La reproduction ne avait mis en place une loi sur le dégel des droits de scolarité, exigeant une contribution étudiante haussée de 100 $ par année de 2007 à 2012.Cette hausse récurrente n\u2019a pas conduit les étudiants à la grève générale.Mais avec le budget Bachand de 2010, qui poursuit dans la même veine l\u2019augmentation des droits de scolarité, le débat a été réanimé.Si la volonté gouvernementale l\u2019emporte, la facture des étudiants universitaires grimpera dès l\u2019automne 2012 de 325 $ par année, et ce, pour cinq ans, signifiant une hausse totale de 1625 $.A ce rythme, elle atteindra annuellement 3793 $ en 2017.Le gouvernement considère qu\u2019il s\u2019agit là d\u2019un effort raisonnable demandé aux étudiants, compte tenu de «l\u2019investissement» que supposent ces droits, les diplômés universitaires bénéficiant de revenus substantiels une fois sur le marché du travail.Des milliers d\u2019étudiants \u2014 toujours plus nombreux \u2014 s\u2019opposent à la logique comptable intrinsèque à la hausse des droits de scolarité.Il y a fort à parier, et même il nous semble évident, que Pierre Bourdieu (1930-2002) se rangerait derrière les étudiants du Québec et arborerait, comme eux, un carré rouge, symbole de la mobilisation étudiante.Le sociologue français, dont c\u2019est le 10\" anniversaire du décès cette année, est reconnu pour ses travaux sur l\u2019accessibilité à l\u2019éducation supérieure, lesquels permettent d\u2019aller, sur cette question, au-delà d\u2019une simple guerre de chiffres.Bourdieu appuierait les revendications étudiantes en se référant notamment aux théories et concepts développés dans ses ouvrages Les héritiers (1964) et La reproduction (1970).etc.) et de «capital social» (le réseau qui contribue à la socialisation).Les enfants seront donc socialisés selon le volume et le type de capital économique, culturel et social dont disposent les parents.Ils apprendront ainsi à se percevoir aptes ou non à des études universitaires.L\u2019élaboration du choix du niveau d\u2019aspiration scolaire s\u2019expliquerait surtout par un ensemble de dispositions (attitudes, jugements, motivations) et de pratiques qui a été enraciné au sein des jeunes.Ce bagage intériorisé génère des façons de faire et d\u2019agir qui permettent à ceux-ci d'éch^auder des aspirations scolaires résultant, pour Bourdieu, de la médiation de Vhabitus.Les individus seraient donc largement déterminés par cet habitus qui guide «naturellement» et de façon inconsciente le choix du niveau d\u2019études.Selon le sociologue, les ressources dont dispose la famille dans laquelle évolue l\u2019étudiant font justement ressortir l\u2019inégale répartition des jeunes à JACK DABAGHIAN REUTERS «Il y a fort à parier que Pierre Bourdieu (1930-2002) se rangerait derrière les étudiants du Québec et arborerait, comme eux, un carré rouge, symbole de la mobilisation étudiante.Le sociologue français est reconnu pour ses travaux sur l\u2019accessibilité à l\u2019éducation supérieure, lesquels permettent d\u2019aller, sur cette question, au-delà d\u2019une simple guerre de chiffres.» le bénéficiaire principal est le diplômé lui-même.Au contraire, pour l\u2019auteur de la théorie de Vhabitus, les êtres humains ne sont pas de simples agents économiques rationnels déterminés par le calcul de leurs chances d\u2019obtenir le profit escompté dans les lois du marché actuel.Aux yeux de Bourdieu, les visions réductrices comme celle du gouvernement occultent le fait Socialisés à penser Dans l\u2019analyse bourdieusien-ne, les inégalités que perpétuent les universités commenceraient dès la prime enfance.Tout au long du processus de socialisation, par l\u2019intermédiaire entre autres de l\u2019éducation reçue, les enfants apprennent et maîtrisent un certain nombre de savoir-faire qui marqueront leur façon de penser et d\u2019agir.Les expériences vécues au moment de la construction de leur identité s\u2019accumulent, s\u2019intériorisent et laissent des traces indélébiles.Celles-ci les forment et les transforment.Et elles finissent par constituer un habitus, que Bourdieu définit comme un ensemble de dispositions intériorisées construisant Les enfants sont socialisés selon le type de capital économique, culturel et social des parents : ils apprendront à se percevoir aptes ou non à des études universitaires.l\u2019université parce qu\u2019elles influencent leur capacité à se percevoir aptes à s\u2019inscrire et à réussir des études universitaires ou non.Contrairement aux théories du choix rationnel, Bourdieu refuse donc d\u2019expliquer la décision personnelle d\u2019aller ou non à l\u2019université comme pétant fondée sur le mérite.A ses yeux, ce choix ne dépend pas seulement du travail assidu et de l\u2019investissement de soi.Il ne dépend pas tellement non plus de l\u2019espoir d\u2019atteindre un avenir lucratif.Pour le sociologue, les aspirations vécues comme «réalistes» par les étudiants, surtout celles en lien avec la réussite scolaire, sont intimement liées aux ressources (capitaux) que procure la classe sociale d\u2019appartenance.En d\u2019autres termes, plus on vient d\u2019un milieu favorisé, plus les chances sont grandes que l\u2019on fasse sien le «choix» de s\u2019orienter vers la sphère universitaire, car cela garantira la perpétuation de notre classe sociale d\u2019origine.Pierre Bourdieu s\u2019opposerait ainsi, sans aucun doute, à la vision de la ministre de l\u2019Éducation, Line Beauchamp, qui répète que l\u2019existence de droits de scolarité au niveau universitaire doit être vue comme un «investissement personnel» dont crucial selon lequel la compétence économique permettant de bien évaluer les meilleures stratégies possibles pour son avenir est très inégalement répartie dans la population et les classes sociales.«Comme Vesprit d\u2019entreprise, l\u2019information économique est fonction du pouvoir sur l\u2019économie: parce que la propension à l\u2019acquérir dépend des chances d\u2019utilisation réussie et que les chances de l\u2019acquérir dépendent des chances de l\u2019utiliser avec succès.» Des aspirations «réalistes» De cette manière, le choix «logique» d\u2019un étudiant issu d\u2019un milieu plus pauvre, en matière de capital social, culturel et économique moins favorisé, est de s\u2019auto-éliminer du parcours universitaire.C\u2019est ce que Bourdieu appelle V«intériorisation des conditions objectives».Plus fort que n\u2019importe quelle loi, ce phénomène fait en sorte que les individus s\u2019en tiennent à des aspirations qui leur apparaissent comme étant «réalistes» pour leur catégorie sociale.Ainsi, «les étudiants sont d\u2019autant plus modestes dans leurs ambitions scolaires et d\u2019autant plus bornés dans leurs projets de carrière [lorsqu\u2019ils] appartiennent à des catégories dont les chances scolaires sont les plus faibles».Selon Bourdieu, l\u2019exclusion S ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR Maxime Marcoux-Moisan et Caroline Dawson.«Dans l\u2019analyse boiu*-dieusienne, les inégalités que perpétuent les imiversités commenceraient dès la prime enfance.Tout au long du processus de socialisation, par l\u2019intermédiaire entre autres de l\u2019éducation reçue, les enfants apprennent et maîtrisent un certain nombre de savoir-faire qui marqueront leiu* façon de penser et d\u2019agir.» individuelle du milieu universitaire dépendrait ainsi directement des conditions objectives devant lesquelles l\u2019individu est placé pour juger des chances qu\u2019a réellement sa classe sociale d\u2019accéder à ce milieu: on décide de ne pas s\u2019inscrire à l\u2019université parce qu\u2019on a l\u2019impression que, de toute façon, «ce n\u2019est pas pour nous».Les individus acceptent, voire légitiment ainsi le rapport de domination qui les place dans cette position d\u2019infériorité.En ce sens, augmenter les droits de scolarité constitue une façon très concrète de réduire, de manière objective, les probabilités d\u2019accessibilité à l\u2019éducation supérieure en décourageant toute identification avec le milieu universitaire, mi- lieu pour lequel il faudra désormais «investir» pour y accéder.Ce «réalisme» structure le sens de la réalité et des réalités.Il fait que, par delà le rêve, chacun tend à vivre conformément à sa condition.En maintenant sa décision de hausser les droits de scolarité, le gouvernement s\u2019assure d\u2019exacerber davantage l\u2019effet dissuasif d\u2019accéder un jour au monde universitaire.Bourdieu s\u2019opposerait ainsi au discours voulant que l\u2019étudiant doive contribuer aux coûts de sa formation puisque, de toute façon, il s\u2019approprierait, à long terme, la plus grande partie du rendement de son investissement.Plus encore, le sociologue dirait sans doute que c\u2019est précisément ce type de discours qui contribue à boucher encore davantage les horizons des étudiants issus des milieux les moins favorisés et des classes les plus démunies, en présentant comme don naturel et mérité ce qui constitue dans les faits une simple sanction de l\u2019héritage culturel et social transmis dans les classes les plus favorisées.Faire la grève On objectera que les études de Bourdieu ont reçu leur lot de critiques.La notion d\u2019habitus a été assimilée à un déterminisme trop strict et implacable.D\u2019autres pourraient faire remarquer que ces mêmes études datent de plus de 40 ans et qu\u2019elles ont été effectuées dans un univers social particulier, celui de la Erance des années 1960.Or, dans l\u2019Hexagone, à l\u2019époque (comme aujourd\u2019hui), les droits de scolarité étaient inexistants.Dans le contexte du Québec actuel où des frais d\u2019accès à l\u2019université existent et sont appelés à augmenter, revenir à Bourdieu nous semble très instructif.Malgré la distance géographique et temporelle, on saisit mieux tout le poids du social dans ses plus insidieuses manifestations.On comprend mieux aussi que les mécanismes d\u2019élimination excluant certains élèves du système scolaire agissent encore plus puissamment lorsqu\u2019on ajoute des obstacles dissuasifs comme des droits de scolarité élevés.D\u2019autant plus qu\u2019on les présente comme étant objectivement légitimes.Il faut aussi admettre que Bourdieu incarne une antithèse de sa propre thèse.Bien qu\u2019il n\u2019ait pas hérité d\u2019un important «capital culturel» de ses parents d\u2019origine modeste, d\u2019un père facteur, il est devenu l\u2019un des plus jeunes chercheurs à accéder au Collège de Erance et l\u2019un des intellectuels les plus cités au monde.Malgré tout, il a marqué le monde de l\u2019éducation.Encore aujourd\u2019hui, sa théorie de la reproduction est constamment mise à l\u2019épreuve dans le milieu de l\u2019éducation, mais même ses plus farouches détracteurs reconnaissent l\u2019apport de \\\u2019«habitus» dans l\u2019inégalité des chances, notamment scolaires.L\u2019inaccessibilité aux cycles supérieurs Malgré toutes les critiques, donc, Bourdieu nous fait comprendre que les probabilités d\u2019accéder à l\u2019éducation supérieure ne sont pas le simple résultat d\u2019une sélection méritocratique parmi les plus doués.Bien au contraire, le sociologue nous dit qu\u2019il est de notre devoir de présenter le fonctionnement actuel de l\u2019institution scolaire tel qu\u2019il est.Notamment dans sa fonction de conservation sociale, ce qui la conduit à vouloir perpétuer l\u2019inaccessibilité aux cycles supérieurs, entre autres par les droits de scolarité élevés.Bourdieu est inspirant enfin par le fait qu\u2019il s\u2019est longuement battu contre toutes les formes de domination, non seulement de manière théorique, mais aussi directement dans la rue, en accompagnant des grévistes et en participant à plusieurs manifestations, notamment lors des grèves de 1995.Nous voulons suivre ses pas afin de nous opposer à cet effet qu\u2019a l\u2019école de perpétuer les inégalités sociales.Celles que, précisément, par la hausse des droits de scolarité, le gouvernement Charest semble aujourd\u2019hui légitimer.Des suggestions, des commentaires?Ecrivez à Antoine Robi-taille: arobitaille@ledevoir.com.Pour lire ou relire les anciens textes du Devoir de philo ou du Devoir d\u2019histoire: ledevoir.com/ societe/le-devoir-de-phïlo."]
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