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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier F
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  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Le devoir, 2012-03-03, Collections de BAnQ.

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[" LE DEVOIR, LES SAMEDI S ET DIMANCHE 4 MARS 2012 LITTERATURE Brigitte Haentjens, comblée de grâce Page F 3 ESSAI Fanon vu par Chamoiseau Page F 5 LIVRES I J % 1 t «WM I I wh CI X .y ; .:,; ¦' : FRANÇOIS PESANT LE DEVOIR François Gilbert ) une drôle de bête «Je devais créer un espace dans lequel je n\u2019existe pas, où il n\u2019y a personne que je connais, où je n\u2019ai pas de références» François Gilbert Coma- s' ft CATHERINE LALONDE Après que son amoureuse l\u2019eut agressé, après qu\u2019elle eut tenté sous ses yeux de se suicider, Satô fuit le Japon pour se réfugier dans l\u2019hostile Chine, il s\u2019y fait tout petit, tente de disparaître.Jusqu\u2019à ce que la mère de son amoureuse vienne le quérir pour qu\u2019il tente, façon Prince Charmant, de sortir cette dernière du coma où elle est en latence depuis son geste tragique.Conte de fées gigogne et impitoyable, récit miroir où chaque personnage se dédouble, intrigue qui se déroule là où on ne l\u2019attend pas.Coma, qui échappe au je, invente et se projette ailleurs, est un livre d\u2019une étonnante maturité pour un premier roman.Un nouvel auteur?François Gilbert, une drôle de bête, n\u2019est pas que cela.Membre de la Ligue d\u2019improvisation montréalaise depuis sept ans, il n\u2019ose se dire comédien, atteint du syndrome de l\u2019imposteur parce qu\u2019autodidacte.Tripeux, il a beaucoup voyagé en Asie et terminera prochainement sa formation de prof de yoga.11 gagne sa vie en donnant des ateliers d\u2019intégration aux nouveaux immigrants et il vient de publier chez Leméac Coma, ce premier livre qu\u2019on arrive à définir seulement en l\u2019étiquetant.de roman japonais.«Je m\u2019intéresse à l\u2019écriture et à l\u2019incarnation, explique le jeune auteur autour d\u2019un thé iranien.«Je voulais écrire de manière pudique, retenue.Travailler le secret, le silence, le respect, l\u2019étrangeté.» Pour voir comment il peut y avoir un travail de comédien dans la^ construction du personnage.A partir de l\u2019idée de L\u2019espace vide du metteur en scène Peter Brook, je cherche à dépersonnaliser ce qu\u2019il y a autour de moi pour écrire quelque chose de différent, d\u2019étrange.» Tailleurs est une façon pour Gil-bert de sortir de lui-même.«Cette histoire, j\u2019ai l\u2019impression qu\u2019elle ne pouvait pas se passer au Québec.Je voulais créer un espace dans lequel je n\u2019existe pas, où il n\u2019y a personne que je connais, où je n\u2019ai pas de références.Un espace neuf» Le jeune homme de 31 ans parle vite.11 passe d\u2019idées claires à des souvenirs en rafales.11 oublie la question à force de digresser, reprend avec intelligence ou laisse tomber sa pensée avec un «Qu\u2019est-ce qu\u2019on disait, donc?» lâché tout sourire.«Je voulais écrire de manière pudique, retenue, poursuit François Gilbert.Travailler le secret, le silence, le respect, l\u2019étrangeté.Je trouvais que le Japon était le bon lieu.Ma crainte était d\u2019en parler comme d\u2019un touriste, de tomber dans l\u2019exotisme ou l\u2019orientalisme.J\u2019ai dù enlever ce que je connaissais: les sushis, les tatamis, les kimonos, dépouiller, chercher les détails.Je me suis fait un devoir de lire des romans japonais pour trouver la justesse de ton.» L\u2019auteur a lu ainsi «une liste interminable»: Junichiro Tanizaki, VOIR PAGE F 2: GILBERT m NOLM le en kiosque et en librairie Yannick Roy Marie-Andrée Lamontagne Monique La Rue Patrick Moreau Alain Roy Abonnez-vbus en liane www.inconvenient.ca l'Inconvénient Aussi dans ce numéro Jean-Pierre Issenhuth Pierre Vadeboncoeur Alison Strayer Geneviève Letarte François Ricard Cari Bergeron David Dorais Gilles Marcotte Serge Bouchard no 48 F 2 LE DEVOIR, LES SAMEDI 3 ET DIMANCHE 4 MARS 2012 LIVRES Le temps des confidences SUZANNE GIGUERE En mai 2009, à Québec, lors de la création à'Où tu vas quand tu dors en marchant.?, un spectacle déambulatoire extérieur, le Carrefour international de théâtre a lancé «un appel aux secrets».Des centaines de personnes ont confié leurs secrets sur la Toile et dans quelques endroits publics de la ville.Puis Véronique Côté, comédienne et metteure en scène, et son complice Steve Gagnon, comédien et auteur, ont puisé dans ces confidences pour en faire des histoires qui ont été racontées, chuchotées aux spectateurs, assis sur un piême lit au parc Lucien-Borne.A l\u2019invitation d\u2019Eric Simard, directeur littéraire de la collection «Hamac» aux éditions du Septentrion, les auteurs ont revu les 37 textes pour en faire un recueil que voici.Visions, rêves, fantasmes, confidences, hallucinations, secrets, souvenirs échappés du fond de la mémoire, enfance perdue, tremblements, attente, amours insensées mais nécessaires parce qu\u2019elles sauvent de tout, le temps qui passe.Autant de textes insolites, émouvants, troublants qui nous prennent et nous chavirent.Il y a aussi des textes drôles et délicats, certains plus pathétiques, d\u2019autres impudiques ou érotiques.Quelques textes glanés en cours de lecture témoignent de cette diversité.Chaque automne j\u2019ai envie de mourir.Dans ce court texte qui donne son titre au recueil, contrairement à ce qu\u2019on pense, le narrateur ne veut pas mettre fin à ses jours.«C\u2019est plus une affaire de lumière qu\u2019une affaire de mort [.] c\u2019est plus dans la peau et dans la respiration que dans le cœur.» Quelqu\u2019un le tient et le guérit de sa maladie d\u2019automne.Une ado de 13 ans, grande liseuse, façonne dans sa tête une image de l\u2019amour avec «plein de grands mouvements intérieurs et de pressentiments de révolutions, d\u2019égratignures, de larmes, de spleen, de quais de gare, de grands ciels déchirés, d\u2019orages, d\u2019ultimatums, de longues lettres tristes».Le grand amour compliqué se pointe un jour {Cinéma).Un homme et une femme sont cernés, assiégés par le désir qui les précipite l\u2019un contre l\u2019autre, plusieurs fois par jour, tous les jours, «comme un feu de forêt, comme les grandes marées ou la débâcle au printemps» {Débâcle).Une femme est inconsolable, mais elle en ignore la cause.«Il y a un endroit en moi qui ne peut pas être rejoint par personne.C\u2019est une sorte d\u2019île, ou de falaise, imprenable, et ça m\u2019élance des fois» {pivan).Une histoire de nostalgie de l\u2019enfance: «On est lâ, on est bien, on est heureux, content, surpris pis on sourit.On embrasse, on serre, on embrasse encore, on serre plus fort pis on dit rien» {Trolls).Vrais ou faux, réels ou inventés, écrits avec fébrilité, légèreté ou impatience dans une langue brute et colorée, les 37 petits textes littéraires permettront à tous les spectateurs qui les ont entendus pendant ces quelques soirées de mai 2009 de se replonger dans l\u2019univers de ces «secrets» et aux lecteurs de les découvrir.Collaboratrice du Devoir CHAQUE AUTOMNE J\u2019AI ENVIE DE MOURIR Secrets Véronique Côté et Steve Gagnon Septentrion, coll.«Hamac» Québec, 2012,200 pages Véronique Cote Steve Gagnon Chaque automne j\u2019ai envie de mourir H GILBERT «C\u2019est ce que faime, inventer.Je n\u2019ai pas le goût de me reconnaître ou de m\u2019entendre quand je me lis.» SUITE DE LA PAGE F 1 Yukio Mishima, Natsume Sose-ki, Yoko Ogawa, Haruki Murakami, Edogawa Ranpo, entre autres.«Je voulais qu\u2019il y ait toujours une résistance, une tension quelque part», un fil qui se tire jusqu\u2019à la fin, cruelle, violente, qui ré-éclaire la lecture.«M\u2019ont inspiré aussi Ivan Tourgueniev, Fédor Dostoïevski, Witold Gombrowicz.» Coma est un faux premier roman.Erançois Gilbert a signé auparavant cinq manuscrits, qui resteront dans ses tiroirs.«Petits, avec mon frère, on vivait dans un monde inventé.On avait 56 toutous.Chacun avait un nom, un métier, un état matrimonial.Tous les jours, on faisait un jeu différent: le restaurant, la politique, l\u2019aéroport, avec des tribulations.J\u2019ai juste continué â jouer â ça tout seul en écrivant.Je me souviens de devoir écrire une nouvelle pour l\u2019école et de ne pas pouvoir m\u2019arrêter avant 100 pages.C\u2019est ce que j\u2019aime, inventer.Je n\u2019ai pas le goût de me reconnaître ou de m\u2019entendre quand je me lis.C\u2019était le thème de ma maîtrise: écriture et disparition, écriture et amenuisement, pour laisser toute la place â la voix du personnage.Ça serait mon éthique et mon esthétique.» Comme son personnage, Satô, Erançois Gilbert cherche à disparaître.Jusqu\u2019à trouver sa voix.Le Devoir COMA François Gilbert L0III03.C Montréal, 2012,120 pages FRANÇOIS PESANT LE DEVOIR Coma est un faux premier roman, car François Gilbert a signé auparavant cinq manuscrits, qui resteront dans ses tiroirs.Une saison nippo- québécoise?Les romans japonais semblent faire des petits dans la littérature québécoise.Aki Shimazaki, Japonaise d\u2019origine, vient de sortir son petit Tsukushi Q^méac).Alto traduit la saga romantico-his-torique de l\u2019Anglais David Mitchell, Les mille automnes de Jacob de Zoet, sise dans le Japon du XIX® siècle.Avec Les cheveux mouillés (Leméac), Patrick Nicol signait la saison dernière «son petit roman japonais».On ne peut oublier Je suis un écrivain japonais (Boréâ) de Dany Laferrière, qui fait la part belle au poète Basho.Pourquoi cette inspiration nippone?Dany Laferrière: «C\u2019était d\u2019abord Mishima.J\u2019étais tombé sur un de ses romans.Fasciné, j\u2019ai beaucoup lu â propos de lui.Puis, bien plus tard, Tanizaki.Enfin, la peinture et la gastronomie.Tout ce qui est japonais me fascinait.J\u2019ai compris que, si la culture japonaise était aux antipodes de la culture haïtienne, je m\u2019identifiais fortement avec ce que je comprenais de cette culture.Une culture qui se résume parfaitement dans l\u2019idée du \u201cjardin sec\u201d.Un jardin sans plante \u2014 avec du sable et des pierres.J\u2019y vois le triomphe de l\u2019esprit.Un raffinement peut-être cruel, mais jamais pervers.Puis Basho.J\u2019étais stupéfait.» Membre de la Ligue d\u2019improvisation montréalaise depuis sept ans, il n\u2019ose se dire comédien, atteint du syndrome de l\u2019imposteur parce qu\u2019autodidacte Extrait 30 000 EXEMPLAIRES VENDUS ET DÉJÀ CINQ SEMAINES AUX PALMARÈS Arlette Cpusture «J\u2019aurais voulu que les soirs où il dormait chez moi son visage se déforme, qu\u2019il devienne intense et parfois pervers, que le matin il soit tendre et romantique, qu\u2019au moment de me quitter, quand il ne restait pas dormir à l\u2019hôtel, il soit sombre, tiraillé, pressé de me revoir.Mais Hong n\u2019avait avec moi qu\u2019un seul visage.Celui de la constance.Celui-là même avec lequel Ayako avait fait l\u2019amour toutes ces années sans jamais voir au travers.Qu\u2019est-ce qu\u2019ü y a là-dedans?m\u2019avait-elle demandé.Maintenant, j\u2019avais l\u2019impression de comprendre le sens de cette question.Elle qui m\u2019avait offert tous les visages de l\u2019amour, du désir, de l\u2019angoisse, de la fragilité, n\u2019avait obtenu de moi que ce terrible regard immuable et rationnel.» Coma vieNt De paRaitae Dossier Souffrances Numéro 755 \u2022 mars 2012 Les auteurs sont: Olivier Clam, Eric Gagnon, Vincent de Caulejac, Ivone Cebara, Sylvie Germain, Lino, Andrée Quiviger, jean-Claude Ravet et jean Richard.À lire aussi: le carnet de Wajdi Mouawad, la chronique littéraire de Suzanne jacob, un hommage à Pierre Dansereau de son frère Michel, une analyse sur le Portugal, une controverse sur l\u2019avenir du Parti québécois entre Emiliano Arpin-Simonetti et Pierre Dubuc Artiste invitée: Nadia Nadège Sommaire détaillé et abonnement en ligne www.revuerelations.qc.ca l'eut me société juste Souffrances Désarrois Quand l\u2019eau manque Dieu au cœur de la faiblesse humaine I '1§ L\u2019idéologie managériale \u201d deshumanisante nommage à Pierre Dansereau; A mon frère, l\u2019outarde aux pieds nus 8 NUMÉROS PAR ANNÉE, 44 PAGES Un an: 35$ Deux ans: 65$ À l\u2019étranger (un an) : 55 $ Étudiant: 25 $ (sur justificatif) Abonnement de soutien : loo $ (un an) (514) 387-2541 p.226 I relations @cjf.qc.ca Relations: 25, rue Jarry Ouest Montréal (Québec) H2P1S6 EN VENTE DANS LES KIOSQUES ET LIBRAIRIES 5,50 S-h TAXES Oui, je désire un abonnement de.NOM _______________________ .an (s), au montant de.ADRESSE CODE POSTAL TELEPHONE je paie par cheque (a l\u2019ordre de Relations) EU ou carte de credit EE NUMERO DE LA CARTE ___________________________________________________ EXPIRATION __________________________ SIGNATURE_______________________ Libre Expression | Trécarré | Stanké | Logiques | Publistar | GROUPE LIBREX www.groupelibrex.com Une compagnie de Québécor Media LE DEVOIR, LES SAMEDI S ET DIMANCHE 4 MARS 2012 F 3 LITTERATURE Le venin de la passion Il y a Brigitte Haentjens la metteure en scène reconnue, célébrée.Qui s\u2019est frottée à Bernard-Marie Koltès, à Heiner Müller, à Marguerite Duras, à Sylvia Plath, à Virginia Woolf, à Sarah Kane.et, plus récemment, à L\u2019opéra de quat\u2019sous de Brecht, dans une traduction de Jean-Marc Dalpé.Il y a ses choix audacieux, sa touche toujours singulière, son refus du divertissement vide, son rejet des diktats.Sa profondeur, sa vision, sa signature théâtrale, quoi.Il y a ses trente années de carrière de ce côté-là.Incluant la création de sa propre compagnie.Sibyllines.Et la direction artistique de plusieurs théâtres \u2014 du CNA, à Ottaw^ bientôt Mais il y a aussi l\u2019écrivaine Brigitte Haentjens.Qui s\u2019impose de plus en plus.Son deuxième récit.Blanchie, paru il y a quatre ans, nous avait sm^ris, nous avait séduits.C\u2019est peu dire qu\u2019avec son nouveau livre.Une femme comblée, elle s\u2019est surpassée.Blanchie, c\u2019était une histoire de deuil impossible, empreinte de culpabilité.L\u2019histoire d\u2019une femme qui ne se remet pas de la mort de son frère, qui erre, se perd, se cherche du côté du sexe malsain et pervers, s\u2019auto- Æ, \\ Danielle Laurin Nous sommes au creux de l\u2019intime.Dans la tête de cette femme tiraillée, déchirée.Cette femme comblée.détruit, se sent étrangère au monde et à elle-même.Le tout raconté sous forme de récit poétique, comme une suite de vers libres scandés.Une femme comblée, c\u2019est une histoire d\u2019amour impossible, empreinte de culpabilité.L\u2019histoire d\u2019ime femme qui ne se remet pas du désir qu\u2019elle ressent pour un homme plus jeune qu\u2019elle, et qui lutte, et qui lutte contre elle-même pour ne pas se perdre, qui se sent étrangère au monde et à elle-même.Le tout raconté, encore là, sous forme de récit poétique.Mais en plus achevé, maîtrisé, en plus puissant.Le texte est resserré, elliptique.Incantatoire par moments.Nous sommes bien en poésie d\u2019une certaine façon.L\u2019effet en est un d\u2019étrangeté.Mais jamais le récit comme tel n\u2019est mis de côté.Plutôt inusitée cette façon de raconter; singulier ce style.Et tout cela coule, coule à merveille.Nous sommes au creux de l\u2019intime.Dans la tête de cette femme tiraillée, déchirée.Cette femme comblée.Qui a tout: un mari aimant, de grands enfants, une carrière de peintre.Et qui tout à coup perd pied quand un jeune homme débarque dans sa vie.Il pourrait être son fils.Il « ARCHIVES JACQUES GRENIER LE DEVOIR Pour son deuxième récit, ia metteure en scène Brigitte Haentjens s\u2019est surpassée.Une femme comblée, c\u2019est une histoire d\u2019amour impossibie, empreinte de cuipabiiité.est le meilleur ami de son fds.Elle a deux fois son âge au moins: il est au début de la vingtaine, elle, dans la cinquantaine.Qu\u2019est-ce qui lui prend?C\u2019est plus fort qu\u2019elle, pourtant.Dès le premier instant où elle l\u2019a vu, ça lui est tombé dessus.Coup de foudre instantané.Eul-gurant.«Etait-ce de l\u2019amour/ou du désir / cette lame violente / qui sapait mes fondements?» Elle a honte.Elle s\u2019enferme dans son secret.Et se ligote de l\u2019intérieur.Pas question de franchir la barrière de l\u2019interdit, pas question de succomber.Mais ça revient, ça l\u2019obsède.Ça prend toute la place dans sa vie.Cet homme-là, étranger, venu de l\u2019Algérie, exilé comme elle, devient le centre de sa vie.Elle se morfond, angoisse.Elle s\u2019inquiète quand il passe trop de temps sans venir à la maison.Elle l\u2019attend.Juste le voir, entendre sa voix, ça lui suffirait.Et tandis qu\u2019elle désespère, elle se réfugie dans le passé.Elle ressasse cette relation passionnelle vécue l\u2019été de ses 16 ans avec un homme beaucoup plus vieux qu\u2019elle.Aucune honte de sa part à elle ni de sa part à lui, dans cette relation-là.C\u2019était joyeux, jouissif, libre.Pourquoi le contraire ne serait-il pas possible?Pourquoi pas une femme plus âgée avec un homme plus jeune?«Il me semble que l\u2019expression démon du midi / ne s\u2019applique qu\u2019aux hommes».C\u2019est elle qui s\u2019empêche, s\u2019autocensure, s\u2019interdit.Pourquoi?Par peur du jugement social?Trop vieille, elle se trouve trop vieille, trop moche.«A présent mon corps me dégoûtait / je le trouvais flasque sans attrait / je pinçais les replis du ventre / les amas de graisse / détaillais froidement l\u2019affaissement des seins / les relâchements de la peau».Elle craint le rejet.Craint aussi de tout perdre, de perdre la vie qu\u2019elle s\u2019est construite jusqu\u2019ici.Elle ne peut même pas imaginer vivre au grand jour cette relation avec lui.Ainsi, «l\u2019idée de recommencer ma vie / avec un jeune homme / de vieillir à ses côtés / guettant ses regards / sur des corps alertes / anticipant le moment / où il se lasserait/ cette idée-là m\u2019accablait».La jalousie.La dépendance.Le manque.La peur de l\u2019abandon.Le déni.La rêverie.Le ressaisissement, puis le corps qui brûle de désir à nouveau.La souffrance.L\u2019arrachement à soi-même.Tout est là.Tout le venin de la passion y est.Ce pourrait être banal, c\u2019est grandiose, magnifique.Et tragique.UNE FEMME COMBLÉE Brigitte Haentjens Avec des croquis d\u2019Angelo Barsetti Éditions Prise de parole Sudbury, 2012,191 pages LITTERATURE QUEBECOISE Confession vraie d\u2019un faux cynique CHRISTIAN DESMEULES Jean-JacquesDarrieux, 57ans, célibataire endurci et «blindé contre l\u2019amour», adore l\u2019argent.Et l\u2019argent le lui rend bien.Ancien journaliste, animateur dé-chp du téléjournal de la société d\u2019État, il s\u2019est recyclé depuis plusieurs années en président d\u2019un lucratif cabinet de relations publiques montréalais.Cynique, profiteur, «férocement égocentrique», l\u2019homme est aussi terriblement lucide.Il sait très bien qu\u2019il n\u2019a pas d\u2019amis: il n\u2019a que des relations.Tous les corps naissent étrangers, le premier roman d\u2019Hugo Léger, directeur de création d\u2019une agence de publicité montréalaise, prend ainsi la forme d\u2019une longue confession d\u2019un pur produit de la société de consommation.Un grand déballage qui remonte même jusqu\u2019aux origines: «Mon père était un ver.Il marchait tapi dans un trou qu\u2019il s\u2019était creusé dans le mou de son existence.» Sa mère?Pas tellement mieux.«Elle avait le jfigement d\u2019une récidiviste.» A ses propres yeux, il est la preuve vivante qu\u2019il est possible d\u2019échapper à sa naissance.Mais il existe une brèche \u2014 ou une explication \u2014 dans cette carapace patiemment vernie.Darrieux est père d\u2019un enfant lourdement handicapé, un fds unique de seize ans au «petit corps déformé comme un rhizome de gingembre».Rien qu\u2019un «éternel fœtus» qui n\u2019échappera jamais à sa naissance, un «caillou mou» aban- JEEEREY ROSENBERG Tous les corps naissent étrangers, le premier roman d\u2019Hugo Léger, prend ainsi ia forme d\u2019une iongue confession d\u2019un pur produit de ia société de consommation.donné trop rapidement par sa mère, qui a refait sa vie sans jamais regarder derrière elle.Punition?Justice suprême?Il l\u2019a longtemps pensé.Néanmoins, cet enfant dont il s\u2019occupe à distance existe peut-être surtout comme une sorte de témoin permanent de son égoïsme démesuré.«Je vis très bien avec l\u2019idée que tu ne m\u2019apportes rien, sinon la conviction chromosomique que tu es mon fils han- dicapé, physiquement, mentalement, totalement handicapé.» Cet enfant est le dernier lien qui le rattache encore à l\u2019humanité.Un miroir dans lequel il peut voir sa propre laideur?Possible.Bien entendu, le roman serait d\u2019un intérêt modéré s\u2019il ne s\u2019attachait pas à nous décrire aussi la transformation subtile du protagoniste \u2014 qui se sent coupable de ne pas aimer son fils.Au fil de ce récit désordonné, où le protagoniste collectionne en vrac et avec une certaine complaisance les preuves de son inhumanité, c\u2019est le portrait d\u2019un vieux lion fatigué qui se dessine.Quelque chose, même, comme le prélude d\u2019une seconde vie.Mais il y a beaucoup d\u2019anecdotes dans cette confession qui procède surtout par accumulation et par ellipses.Le roman se refuse à faire une exploration en profondeur des failles de son protagoniste \u2014 pour lequel le lecteur éprouvera peu de sympathie.C\u2019est le cas lorsqu\u2019il nous explique les modalités de son alopophobie (l\u2019aversion pour les chauves) ou qu\u2019il fait le récit d\u2019une visite à la ferme avec les employés de son bureau.Mais au moyen d\u2019une écriture acérée, sur le qui-vive et délicieusement cynique, Hugo Léger parvient presque à nous faire oublier ces quelques dérives superficielles.Collaborateur du Devoir TOUS LES CORPS NAISSENT ÉTRANGERS Hugo Léger XYZ Montréal, 2012,218 pages ACHAT A DOMICILE - VENTE - EVALUATION B' Bonheur d'occasion Librairie Mathieu Bertrand, Libraire Membre de la Ligue internationale de la Librairie Ancienne (LIL^ 514-914-2142 ACHETONS EN TOUT TEMPS : Art québécois et international Livres d'art et livres d'artiste : \u2022\tBellefleur, Borduas, Perron, Gagnon, Giguère, Lemieux, Riopelle.\u2022\tÉditions : Art Global, Corbeil, Du Silence, Erta, La Frégate- Refus Global, le Vierge incendié Reliures d'art Fonds universitaires : \u2022\tLittérature, Philosophie, Sciences humaines \u2022\tPléiade Livres anciens avant 1800 Americana et Canadiana Expertise de documents et d'archives Josiaime Paul Sans différends, point d\u2019harmonie Repenser la criminalité en Nouvelle-France ^ I ' ' Déjà en librairie VIENT DE PARAITRE Une mort comme rivière Les éditions Alire publient, dans la collection «Noir», La mort comme rivière, le troisième tome des Carnets de Erancis du collègue François Lévesque, que l\u2019on peut lire dans nos pages cinéma.Devenu scénariste, Francis, qui a maintenant la jeune trentaine, est de retoiu dans son village natal poiu assister aux funérailles de sa tante Lucie.En li- Um MOiir COMME RIVIÈRE saut le joiunal de la disparue, il découvre l\u2019origine des malheius de sa famille.Mais pendant son séjoiu, une mort suspecte siu-vient.L\u2019ouvrage de 370 pages, qui se lit indépendamment des deux premiers volets de la série, est déjà en vente en librairie.-Le Devoir R ?l^Gaspard-LE DEVOIR ALMARÈS Du 20 an 26 février 2012 \t\t \t\t Romans québécois\t\t 1 Petals' Dub\tAdette Cousture/Libre Exoïession\tV5 2 La vie épicée rie Charlotte Lavigne \u2022 Tome 2 Bulles.\tNathalie Roy/Ubre Expression\t-n 3 AN.G.E « Tome 10 Obscuritas\tAnne Robillard/Wellan\t2/7 4 Défense de tuer\tLouise Penny/Hammation Québec\t3/7 5 lUIalohas \u2022 Tome 1 Le cas des casiers carnassiers\tPatrick Sonécal/Alite\t5/ïï 6 Bonheur, es-tu Ë?\tFrancine Ruel/Ubre Expression\t9/16 7 Félicité \u2022 Tome 1 Le pasteur et la brebis\tJean-Pierre Charland/Hurtubise\t4/16 8 Mémoires d'un quartier \u2022 Tome 10 Évangéline, la suite\tLoiiseTremblay-D'Essiambte/Guy Saint-Jean 6/15\t 9 Sainte Ranelle, gagnez pour nous!\tClaude Dionne/VLB\t10/2 10 La serveuse du Calé Chetrier\tYves Beauchemin/Michel Brûlé\t6/17 Romans étrangers\t\t 1 Hôtel Adlon\tPhilip Kerr/Du Masque\t1/5 2 Storyteller\tJames Siegel/Cherehe Midi\t2/3 3 Les anges de New York\tRoger Jon Rlory/Sonatine\t3/2 4 Le palais de minuit\tCados Ruiz Zafon/Robert Laffont\t6/4 5 Les mille automnes de Jacob de Zoet\tDavid Mitchell/Alto\t5/5 6 Limonov\tEmmanuel Canère/POL\t8/15 7 Oeil pour oeil\tJames Patterson I Howard Roughan/Archiiel 4/6\t 8 L'inconnue de Bimbidjan\tMatek Halter/Robert Laffont\t-/I 9 Tout ca pour quoi\tLionel Shtiver/Belfond\t-/I 10 La sentinelle de l'ombre\tRobert Cmis/Belfbnd\t-n \"?Essais québécois\t\t 1 C'était au temps des mammouths laineux\tSerge Bouchard/Boréal\t2/3 2 Comment mettre la droite K.O.en 15 arouments\tJean-François Usée/Alain Stanké\tV5 3 L'État contre les jeunes.Comment les baby-boomers.\tÉnc Duhaime/VLB\t4/5 4 Rn de cycle.Aux origines du malaise oolitiaue Québécois\tMathieu Bock-Côté/Boréal\t-/I 5 L'art presque perdu de ne tien faire\tDany Lafétiiéte/Boréal\t3/12 6 Le petit tncheur.Robert Bouiassa detrière le masque\tJean-François Usée/Québoc Améngue\t-/I 7 Mafia inc.Grandeur et misère du clan sicilien au Québec\tAndré Cédilot 1 André Noèl/Homme\t5/70 8 Le Québec économique 2011\tCoilectlf/PUL\t6/2 9 La sexualité spectacle\tMichol Dorais/VLB\tB/6 10 Université inc.Des mythes sur la hausse des frais de.\tEric Maiûn | Maxime Duellet/Lux\t7/2 \"?^Essais étrangers\t\t 1 Une histoire oooulaire de rhumanité\tChris Harman/Boréal\tV4 2 Le sexe ni la mort Trois essais sur l'amour et la sexualité\tAndré Comte-Sponville/Albin Michel\t3/2 3 Indigneziiousl (Édition revue et augmentée)\tStéphane Hessel/Indigène\t5/2 4 Petit cours d'autodéfense en économia L'abc du caoitaisme Jim Stanford/Lux\t\t4/16 5 Mon enfant n'est pas à vendre\tJoel Bakan/Transcontinental\t8/6 6 MelaMaus.Un nouveau regard str Mausî un classique des.\tArt Spiegelman/Flanimation\t2/2 7 Quand un entant se donne la mort Attachemait et sociétés\tBoris Cvrulnik/Odile Jacob\t-/I 8 Engagez-vous I Entretiens avec Gilles Vanderpoeten\tStéphane Hessel I Gilles Ihidetpooten/l'Ailie -/I\t 9 Une rencontre\tMilan Kundera/Gallimatd\t-n 10 Brève histoire du pregiès\tRonald Wright/Bibliothèque québécoise\t7/2 4487, de la Roche, Montréal \u2022 514 522-8848 \u2022 1 888 522-8848 bonheurdoccasion6bellnet.ca \u2022 www.abebooks.fr/vendeur/bonheurdoccasion SEPTENTRION.QC.CA LA RÉFÉRENCE EN HISTOIRE AU QUÉBEC ¥T Lü BIIF (SociëË de gestni de la Banque de titres de langue fiangaise) est gnipridtaire du sj^me d'intainatlcii et d'analyse str les ventes de livres français au Canada.Ce palmarès est entrait de Sa^ et est minstituê des relevés de caisse de 177 points de venta La BTLF reçoit un soutien financier de Patrimoire canadien pour le projet ÆtryMf.© BIU, toute reproduction totale ou partielle est inlerdita F 4 LE DEVOIR LES SAMEDI ET DIMANCHE MARS 2012 LITTERATURE Longchamps sur la tombe de Nelly Arcan MICHEL LAPIERRE Depuis 1994, à travers ses chroniques de la revue Nuit blanche, le poète beauceron Renaud Longchamps nous révèle, sur lui, sa vision du pays et de la littérature, des choses que ses vers, pourtant admirables, n\u2019expriment pas avec autant de crudité.En 2011, il écrit: «Le Bloc québécois, un parti montréalais, vient de se faire écraser par d\u2019étranges oranges.» Voix du Québec profond, Longchamps réprimande Montréal.Réunis sous le titre Dans la nuit blanche et noire, les essais de Longchamps évoquent le déclin de l\u2019indépendantisme en l\u2019associant au fossé à la fois social et littéraire qui se creuse, selon lui, entre la métropole et l\u2019arrière-pays.Dirigés de Montréal, les partis souverainistes n\u2019ont plus, croit-il, l\u2019ensemble du Québec dans le sang.Le poète de Saint-Ephrem-de-Beauce explique: «On ne peut mépriser éternellement l\u2019hinterland tout en le courtisant quelques jours avant les élections, juste assez pour que quelques ruraux surexcités se transforment en chair à élections.» Mais son attachement au Québec profond n\u2019échappe pas à une fascinante ambi^ïté.De son éditeur et ami Victor-Lévy Beaulieu, autre passionné des régions, il retient ce mot terrible: «Dans un premier temps, l\u2019écriture est une vengeance contre sa propre famille.» S\u2019il ne pense qu\u2019avec nostalgie à son père, «notable» ruiné, mort lorsqu\u2019il avait seulement neuf ans, s\u2019il se montre compatissant à l\u2019endroit de sa mère que le mari laissa, nécessiteuse, avec 14 enfants, il qualifie son «frère et voisin» Dès 1994, en commentant Fa savoir de Réjean Ducharme, Longchamps perçoit le déclin de notre société jusque dans sa dimension littéraire d\u2019entrepreneur «millionnaire, ignare, inculte».Dans les pages les plus touchantes, Longchamps insinue que Nelly Arcan, cette Isabelle Portier de Lac-Mégantic devenue Montréalaise d\u2019adoption, personnifie la déchirure tragique qui sépare l\u2019hinterland de la métropole.Peu après le suicide de la romancière en 2009, il roule le long de la rivière Chaudière pour aller se recueillir sur les restes de celle qui, par-delà la mort, vient de retrouver sa petite patrie.«Nous soupirons, écrit-il, sur le Québec qui se défait [.] sur Nelly Arcan qui a décidé de le déshabiter de son impérieuse beauté urbaine, empruntée à la nécessité de paraître avant de disparaître.» Dès 1994, en commentant Va savoir de Réjean Ducharme, Longchamps perçoit le déclin de notre société jusque dans sa dimension littéraire.Ce roman «à la médiocrité inspirée», propre à «un génie fatigué», l\u2019afflige.En 2011, il avoue relire depuis plus de 35 ans, chaque automne, L\u2019hiver de force, autre livre de Ducharme.Il résume: «Je sens mon torse se recouvrir d\u2019une camisole parfaitement ajustée à mon insignifiance collective.» Par l\u2019amour équivoque de sa Beauce natale, région si peu indépendantiste, Longchamps fait de son drame personnel élargi à la nation le reflet du duel entre Montréal l\u2019imprévisible et un Québec intériorisé, stable comme le roc.Collaborateur du Devoir DANS LA NUIT BLANCHE ET NOIRE Renaud Longchamps Editions Trois-Pistoles Notre-Dame-des-Neiges, 2012, 212 pages ARCHIVES JACQUES GRENIER LE DEVOIR Dans les pages les plus touchantes, Longchamps insinue que Neiiy Arcan, cette Isaheiie Fortier de Lac-Mégantic devenue Montréaiaise d\u2019adoption, personnifie ia déchirure tragique qui sépare i\u2019hinteriand de ia métropoie.Christian Gailly ou la brièveté souveraine GILLES ARCHAMBAULT Ceux qui n\u2019entretiennent avec la littérature que des liens passagers, pour qui un livre se lit d\u2019habitude quand il pleut et que la plage est déserte, aiment bien les romans obèses dont ils étalent la lecture sur une période allant de trois à quatre mois.Ce qui ne s\u2019appelle pas lire tant il est vrai que cette occupation, la lecture, est affaire de voracité.Christian Gailly a publié à ce jour quatorze romans, tous très brefs.Il n\u2019est vraiment pas un écrivain du genre de ceux que liraient les vacanciers dont je viens d\u2019évoquer l\u2019existence.Son dernier livre, La roue, est un recueil de nouvelles.Comme d\u2019habitude, le lecteur de notre auteur est face à un minimalisme inquiétant.Ce n\u2019est pas dans ces courtes esquisses qu\u2019il pourra se laisser bercer.Car il ne pleut pas et il n\u2019y a pas de plage.Seulement des phrases brèves, ciselées à la perfection.L\u2019intrigue est mince ou inexistante.Un écrivain est dérangé par une automobiliste en panne qui lui demande un marteau, un homme se cache pour voir passer la femme qu\u2019il aime, un voisin désireux d\u2019aider une femme qu\u2019il trouve sympathique lui confectionne un gâteau, ce que n\u2019apprécie pas le mari.Si ce qu\u2019on nomme le «sujet» traité ne retiendrait certes pas l\u2019attention sous la plume d\u2019un tâcheron, il devient, grâce à la magie de l\u2019écriture, un précieux prétexte.Je n\u2019ai pas été étonné d\u2019apprendre que Christian Gailly avait été saxophoniste de jazz.L\u2019un de ses romans ne s\u2019appel-le-t-il pas Be-Bop?Dans les nouvelles, il est question parfois de musique dite classique.Est-ce pour cette raison que ces textes se lisent comme des partitions qu\u2019aurait rédigées un compositeur malicieux?J\u2019aime à le penser.Le ton a beau être aérien, un peu à la façon d\u2019un Lester Young inspi- ré, l\u2019écrivain assure sa présence par des notations personnelles qui, loin de nous distraire, nous font entrer dans l\u2019intimité de l\u2019écriture.«[.] faut le faire avant que ça s\u2019effondre, car ça va s\u2019effondrer, un jour ou l\u2019autre, mais c\u2019est toujours au moment de partir qu\u2019il y pense, c\u2019est-à-dire au moment où il ne peut rien faire, moi c\u2019est pareil, c\u2019est toujours quand j\u2019ai fini d\u2019écrire que me viennent les idées intéressantes, ce qui fait que je suis réduit à écrire des histoires comme celle-ci, pas intéressantes, enfin on verra, revenons à Bast.» Avant de l\u2019oublier, sachez que cette citation ne provient pas de La roue, mais d\u2019un roman, Les fleurs, que l\u2019on reprend en édition poche.Si je m\u2019en sers, c\u2019est qu\u2019elle sert bien mon propos, qui est de démontrer que Christian Gailly est un écrivain rare, de ces solitaires qui ne se consolent pas de n\u2019être pas d\u2019un troupeau, mais qui ne s\u2019interdisent pas de l\u2019observer.Il y a dans son écriture une volonté de nudité, un humour que colore une tristesse fort attachante.Les mots qu\u2019il utilise ne sont en rien recherchés, c\u2019est par l\u2019image qui surgit à un moment inopiné qu\u2019il atteint à la poésie la plus vraie.Quand ses personnages sont bavards, et ils le sont d\u2019habitude, c\u2019est à la façon de ceux qui n\u2019en peuvent plus de se taire.Vous ai-je convaincu que Gai% n\u2019est pas un auteur de livres d\u2019été?De mars, assurément Collaborateur du Devoir LARGUE ET AUTRES NOUVELLES Çhristian Gailly Editions de Minuit Paris, 2011,123 pages LES ELEURS Christian Gailly Editions de Mmuit coll.«Double» Paris, 201193 pages L'ECHANGf Vertige des liens Sous la félicité, le rêve.Et sous le rêve, l\u2019inconnu sans fond.Grégoire Polet défait l\u2019apparence de tout ce qui est relié, le réseau social comme la toile des sentiments, dans un roman brillant, le cinquième en six ans.GUYLAINE MASSOUTRE Depuis Madrid ne dort pas (2005), roman publié chez Gallimard, Grégoire Polet n\u2019a pas chômé.Après Excusez les fautes du copiste (2006), une fiction postmoderne à la narration endiablée, où la copie d\u2019une copie d\u2019œuvre d\u2019art rivalise avantageusement avec l\u2019original, il a donné Leurs vies éclatantes (2007).Dans ce gros roman sis place Saint-Sulpice, à Paris, voilà que Polet en découd avec Perec, lui qui avait placé là sa Tentative d\u2019épuisement d\u2019un lieu parisien.Aucun lieu n\u2019est épuisable: cet écrivain le prouve, car là où Perec a compilé, noté, compté, capté tout à l\u2019instant, en simple observateur, Polet s\u2019est embusqué lui aussi.En position de ne rien laisser échapper, il découpe une ribambelle fluide, légère et soutenue.Ses urbains y sont agités, accouplés ou pas, désirants, euphoriques, gouailleurs, bavards et tout à l\u2019avenant.Puzzle Sa fresque tient, ou plutôt ses morceaux contigus, comme un dessin de Martin Harford \u2014 Cherchez Charlie \u2014 ou un paysage humain de Brueghel l\u2019Ancien.Sensible aux scènes quotidiennes, le conteur belge nous entraîne dans le foisonnement des vies, néanmoins indifférentes au mouvement d\u2019ensemble.Ces gens sont-ils aveugles, trop occupés par l\u2019accessoire?Cherchez l\u2019erreur, le secret.Quand le romancier substitue l\u2019ampleur de sa vision à la myopie sin^lière, qu\u2019il raconte tout en détail, ce village de Saint-Sul-pice ressemble à une boîte à Grégoire Polet prouve qu\u2019aucun lieu n\u2019est épuisable: car là où Perec a compilé, noté, compté, capté tout à l\u2019instant, en simple observateur, Polet s\u2019est embusqué lui aussi.musique, réglée avec soin.Tout y est vu ainsi de près et de loin.Ce signataire du manifeste Four une littérature-monde a aussi donné Chucho (2009), portrait d\u2019un jeune Barcelonais qui vit dans la rue.C\u2019est que Polet, né en 1979 à Cortil, un petit village du Brabant wallon, a fini en Espagne une thèse sur la littérature espagnole contemporaine.Grâce à quoi on lui doit la traduction de Petita Jimenez, de Juan Valera (éditions Zoé), un roman classique du XIX® siècle, inconnu en langue française.Quant à l\u2019écrivain belge, il a déjà été primé.Dans Les ballons d\u2019hélium, on retrouve toutes ces qualités et sa fantaisie savante.Sous ce titre faisant référence à l\u2019enfance, dès les premières pages c\u2019est brillant: qui est cette Aria-na qui cherche comment tuer son mari et ses enfants?Espagnole, elle vit en Suisse avec un Norvégien.Tout allait bien; or les jeux sont faits et rien ne va plus: son passé d\u2019amoureuse ne colle plus avec sa vie installée.La suite ne déçoit pas.Sous l\u2019extase, la désolation L\u2019histoire frappe et retient, drôle sans l\u2019être, finement écrite.L\u2019attachante Ariana, entre trois hommes qu\u2019elle a aimés, fait exister un personnage cassant comme le verre, sauvé in extremis.Dans le monde gâté où elle évolue, riche en micro-événements, elle va soulever des illusions, refuser que vivre soit simplement accumuler des surprises, et elle confronte le songe.Dans ce clin d\u2019œil à la grande littérature espagnole, bannière de Don Quichotte en tête, le rêve est-il plus vrai que la réalité?Qu bien, comme chez Perec et d\u2019autres écrivains du Nouveau Roman, quand surgissent les cassures de mémoire, la littérature se charge-t-elle d\u2019accueillir le réel?Ainsi la voie de l\u2019allégresse révélera un second degré de lecture, l\u2019envers troublé des choses.«Tous les moyens sont bons pour te retrouver au fond de toi, mais aucun de ces moyens ne t\u2019est accessible, aucun ne se laisse posséder, et tes jours et tes années passent à attendre que la terre s\u2019ouvre sous tes pieds et que par surprise tu retombes au fond où tu es [.].Mais tu vas, tu cherches, et tu ne trouves pas, tu attends qu\u2019un trou au hasard, par surprise, t\u2019engloutisse et te ramène plus près de ces profondeurs.» Nulle écriture ne dégonfle aussi bien les ballons d\u2019hélium.Cet emploi du récit au tu \u2014 Polet ne l\u2019invente pas \u2014 perce la surface sensible des apparences: «tu sens le continent comme ton corps», tout tient là.Entre le brouhaha et l\u2019appel de l\u2019azur, un petit ballon rouge entraîne le personnage.Quant au lecteur, baladé du côté de la Suisse, de la Belgique et de la Nqrvège, il croisera Zweig et Echenoz.Cet écrivain talentueux fait vivre le corps malade de notre temps; tout en étant festif et fraternel, il dénonce une boulimie de fausses valeurs.Collaboratrice du Devoir LES BALLONS D\u2019HÉLIUM Grégoire Polet Gallimard Paris, 2011,173 pages Vient de paraître Murakami, format poche Il faut lire Sommeil, la nouvelle de Haruki Murakami, la nuit, alors que tout dort autour de nous.C\u2019est à ce mo-ment-là, dans le silence de la nuit, qu\u2019on se glissera le mieux dans la peau du protagoniste principal, une femme qui perd le sommeil durant de longues semaines, sans pour autant en souffrir.Alors, aussi, on comprendra le pouvoir évocateur des illustrations de Kat Menschik, reproduites dans la nouvelle édition fran- çaise de la nouvelle, aux éditions 10/18.Dans le silence de la nuit, donc, on acceptera la bizarrerie de cette nouvelle comme on le fait pour les rêves.Et on en viendra peut-être à la conclusion, puisque rien n\u2019est expliqué dans cet étrange récit, que l\u2019aventure de la jeune femme est en fait elle-même un rêve, dont nous-mêmes, comme lecteurs, nous n\u2019arrivons pas à la tirer.Pour les amateurs de Murakami, les éditions 10/18 ont éga- lement repris en format poche La ballade de l\u2019impossible, l\u2019un des premiers romans du maître, somptueuse histoire d\u2019un jeune homme, dans la fleur de l\u2019âge, confronté aux suicides successifs de ses proches, familier de la solitude, cherchant, dans les petites choses du quotidien, up sens à la vie, malgré tout.À ses côtés, au fil des pages, on côtoiera l\u2019ennui et le désespoir, on supportera la nécessaire patience, pour en sortir plus fort et grandi.Deux grandes œuvres à lire et à relire à l\u2019envi.Le Devoir lyVrU'imM LE DEVOIR, LES SAMEDI ET DIMANCHE MARS 2012 F 5 LIVRES Lettres francophones Feu la nostalgie avec Alain Mabanckou LISE GAUVIN Le sanglot de Vhomme noir d'Alain Mabanckou \u2014 Prix Médicis 2006 pour Mémoires d'un porc-épic \u2014 reprend en écho le titre du livre de Pascal Bruckner Le sanglot de Vhomme blanc (Seuil, 1983), dans lequel l'auteur analyse la culpabilité des Européens et leur mauvaise conscience à l'égard du tiers-monde.Le romancier d'origine congolaise s'en prend pour sa part à l'attitude de certains Africains qui consiste à expliquer tous leurs malheurs par leur rencontre avec les Blancs et par le phénomène de la colonisation.Au lieu de se complaire dans «les méandres d'un passé cerné sous l'angle de la légende, du mythe et de la \u201cnostalgie\"», créant ainsi une sorte d'Afrique fantôme inventée de toutes pièces, ceux-ci feraient mieux de se préoccuper de fonder de nouvelles solidarités inspirées de l'expérience du présent.Composé de douze chapitres dont les titres renvoient à des romans célèbres {«Un nègre à Paris», «Les soleils des indépendances», etc.), selon un procédé qui rappelle celui du narrateur de Verre cassé (Seuil, 2005), l'ouvrage fait l'inventaire des clichés trop souvent véhiculés par les Noirs eux-mêmes.Au premier rang de ces idées reçues serait celle d'une communauté homogène regroupant les Africains vivant sur le sol français, communauté qui serait analogue à celle des Noirs américains.Cette idée est fausse, car il y a une énorme différence entre la «conscience noire» élaborée aux Etats-Unis à la suite de l'esclavage et le sentiment d'appartenance des Sénégalais, Congolais ou Réunionnais exilés en Erance qui restent toujours, malgré leur couleur.des étrangers les uns pour les autres.Autre différence majeure: alors que les Noirs de l'Europe bénéficient d'un territoire de repli, il est impossible pour les Afro-Américains de songer à retourner vivre au «pays mythique» des ancêtres.Qui suis-je?se demande celui qui est né au Congo Brazzaville, a étudié en Erance et enseigne en Californie.Revoyant son propre parcours, Mabanckou raconte que, lorsqu'il était enfant, il partageait avec les autres gamins de Pointe Noire un désir de l'Europe associé à l'idée de bonheur et d'abondance.Arrivé lui reprochant d'occuper un emploi lucratif dans une grande université et le rendant responsable, par ancêtres interposés, de la traite négrière.Eort heureusement, les menaces de cet homme n'ont pas eu de suite.Mais Mabanckou n'élude pas la question de la participation des Africains à l'esclavage et salue Yambo Ouolo-guem pour avoir le premier proposé une forme d'autocritique dans Le devoir de violence «au moment ou tout écrivain africain était censé célébrer aveuglement les civilisations africaines».Cette autocritique serait aujour- Alors que les Noirs de FEurope bénéficient d\u2019im territoire de repli, il est impossible poiu* les Afro-Américains de songer à retoimner vivre au «pays mythique» des ancêtres à la Eaculté de droit de Nantes à titre de boursier, il s'aperçoit assez vite que le français trop académique de ses compatriotes passe assez mal auprès des confrères étudiants, qui ne trouvent rien de mieux que de tourner en dérision leur accent congolais.«Chaque fois que le Français dit \u201cde souche\" est menacé par un étranger sur le plan de la langue, moquer l'accent de ce dernier est son ultime recours.» N'est-ce pas là une réaction que plusieurs Québécois ont pu observer?Cette langue française, l'écrivain n'hésite pas à en défendre l'usage littéraire contre le courant africaniste qui propose de l'abandonner au profit des langues vernaculaires non marquées par la colonisation., Aujourd'hui professeur aux Etats-Unis, l'écrivain relate un incident qui a failli lui coûter la vie, alors qu'il devint l'objet de la colère d'un Noir américain d'hui plus que jamais nécessaire, selon le romancier, qui n'hésite par à déclarer: «Nous sommes comptables de notre faillite.» Et encore: «Nous avions longtemps rêvé des soleils des indépendances, et lorsque ceux-ci se sont levés nous avons fermé les yeux, éblouis.Quand nous les avons rouverts, nos Etats ressemblaient à des ombres mouvantes, gouvernés par des ogres dont l'appétit croissait au rythme de nos angoisses.» Entre l'essai et l'autobiographie, cet ouvrage est un témoignage lucide de la part d'un écrivain qui affirme que «l'émigration a contribué à renforcer en [lui] cette inquiétude qui fonde à [s]esyeux toute création».Collaboratrice du Devoir LE SANGLOT DE UHOMME NOIR Alain Mabanckou Fayard Paris, 2012,179 pages J C.HELIE Alain Mabanckou est né au Congo Brazzaville, a étudié en France et enseigne en Californie Frantz Fanon, côté sève Cinquante ans après sa mort, à Pheure où Von republie son œuvre et où Von découvre sa biographie fascinante, ce médecin et intellectuel martiniquais admiré par Sartre, à la fois militant de FAlgérie indépendante et inspirateur de nombre d^indépendantistes québécois des années 1960, «reste Pun de nous», plaide Fauteur de Texaco et d^Ecrire en pays dominé, PATRICK CHAMOISEAU Il faut recommencer Frantz Fanon au point exact où l'on a tendance à l'arrêter.Son œuvre ne s'arrête pas à l'effondrement colonialiste, avec quelques lumières sur l'ère des indépendances et du postcolonialisme.C'est justement à partir de ces frontières-là que sa pensée s'ouvre et qu'elle nous offre, sinon le seul Fanon qui vaille, du moins le plus riche de tous: celui qui est en devenir.Je ne crois pas aux vérités de lecture et d'interprétation, je crois à la richesse des «expériences», en ce que l'expérience déserte toute vérité, laquelle ne fait que figer les choses en Nous\tdehors du réel.L'expérience personnelle nous instruit des tremblements d'une conscience individuelle: une conscience solitaire (mais solidaire) qui cherche sa voie dans l'imprévisible et l'impensable du monde.C'est tout ce que nous pouvons transmettre: notre propre expérience.Dans mes rencontres avec Fanon \u2014 cette expérience \u2014, je distingue quatre niveaux.pensions que la Bête était en dehors, Fanon nous expliquait qu\u2019elle était largement en dedans 1\tD'abord, le choc d'une \u2022langue, ou plus exactement d'un langage.Un sens prodigieux de la formule.Une électricité du verbe.Des séquences langagières étonnantes qui vous dévoilent (avec l'ampleur totale des foudres) des perceptions inattendues de vous-même et du monde.De fait, il existe avant tout chez Fanon la magistrale mobilisation d'une connaissance poétique: d'une aptitude à inventorier le réel où le plus décisif est livré par les secousses de l'intuition, les orages de la vision, les impatiences de l'éclair et de la fulgurance.J'ai toujours perçu à quel point il était habité par le verbe et par la rhétorique césairienne, et combien ce qui faisait sa force \u2014 et la force de ce qu'il nous disait \u2014 relevait de ces transmutations de l'imaginaire dont seule est capable la puissance littéraire.Nous avons ici la plus exacte définition du poète: un homme dont le verbe à lui seul est action sur la matière du monde.Chez Fanon, cette étonnante capacité a pu atteindre son corps, ses muscles et ses actions les plus concrètes.Il fut le plus «agissant» de nos nombreux poètes.2\tC'est sur cela que se fonde le deuxième ni-\u2022veau de mon expérience fanonienne.Son langage électrique comblait mes absolus anticolonialistes de l'époque, mes cris et mes colères tournés vers l'extérieur.Mais ce qu'il disait me AGENCE ERANCE-PRESSE Frantz Fanon avait des yeux de braise, diront plusieurs des témoins qui connurent de près ce psychiatre et révolutionnaire antillais qui inspirait plusieurs mouvements de libération, notamment au Québec des années 1960.renvoyait à la ruine intérieure qui s'était constituée en chacun d'entre nous, et qui faisait qu'une bonne part du dominateur était alors, et avant tout, installée en nous-mêmes.Nous pensions que la Bête était en dehors.Fanon nous expliquait qu'elle était largement en dedans, et que c'est du dedans qu'elle nous déterminait \u2014 comme un soleil noir qui vivrait dans nos ombres inconscientes et qui, par ces ombres inconscientes, constituerait l'assise perverse, aliénée, aliénante de nos fragiles lucidités.Dans Peau noire, masques blancs (1952), il y a déjà la déroute des indépendances à venir, une anticipation de cette décolonisation formelle qui n'allait rien modifier du fait fondamental.Ce fait fondamental n'était pas seulement la mise en lumière d'un masque blanc sur une peau noire, ou d'une peau noire sur un imaginaire blanc.Il était surtout de signifier que dans la rencontre, ou plutôt dans le choc entre colonisateurs et colonisés, il ne s'était pas seulement produit des génocides, des violences, des aliénations irrémédiables, mais que s'étaient mis en branle des processus anthropologiques nouveaux.Ces processus transposaient une fois pour toutes le champ de bataille le plus décisif vers les ravines insoupçonnées et agissantes de chacun de nos imaginaires.Au-delà des questions d'aliénation primaire.Peau noire, masques blancs nous signifiait que le rapport entre les cultures, les civilisations, les élaborations identitaires collectives ou individuelles étaient entrées dans des modalités qui allaient invalider les vieux marqueurs identitaires que sont la peau, la langue, le dieu que l'on vénère, la terre où l'on est né.Les «masques blancs» nous symbolisaient déjà un vertige conceptuel que nous commençons à peine à explorer.Bien entendu, à cette époque de ma rencontre avec Fanon, je m'étais contenté, comme nous tous, d'essayer d'arracher le «masque blanc» basique qui m'oblitérait l'âme.En exaltant ma négritude, j'ai bien souvent eu le sentiment d'y parvenir, par le recours à un masque noir, plus pertinent, surtout plus rassurant, mais ce nouveau masque, tout aussi basique, ne faisait que voiler l'abîme déjà ouvert d'une autre complexité.3\tAu troisième niveau, avec Les damnés de la ter-mre (1961), s'élabore l'ouverture non plus seulement sur les ombres intérieures, mais sur les puissances invisibles de l'extérieur dominateur: sur tout l'invisible de la domination occidentale, tous les mécanismes secrets qui, au-delà du fusil ou de la chicote, nous maintenaient dans une surdétermination capable d'absorber sans encombre nos combats les plus immédiats et nos luttes les plus étroitement rebelles.Il fallait se battre bien sûr, mais il fallait se battre aussi et surtout avec toute la radicalité qu'il dévoilait indispensable.On a beaucoup parlé de la violence de Fanon, de sa célébration de la violence refondatrice.Mais ce qu'il y a de plus violent chez lui, c'est sa radicalité.La radicalité n'est que l'exigence d'une analyse autonome, totale, éperdue, de ce que nous devons affronter, du réel dans lequel nous devons exister, et du souci de comprendre les forces systémiques qui œuvraient (et qui œuvrent encore) entre le projet capitaliste occidental et le reste du monde.La radicalité est le seul moyen d'éviter que toute lucidité ne soit stérile, ou que le soleil des indépendances n'échoue dans une autre dépendance, la pire de toutes, celle qui se croit libre dessous un %mne national, un drapeau, des frontières, une fièvre nationaliste.Son livre Les damnés de la terre nous disait, et nous dit encore: attention, les exigences qui s'imposent à notre élan vers plus d'humanité sont plus subtiles qu'une seule décolonisation, et que toute action ne vaut qu'en ce qu'elle est, même en tremblant, puissamment radicale.4\tEnfin, mon Frantz Fanon: celui du dépasse-\u2022ment.Il est évident qu'il sut deviner tous les pièges des réactions primaires et des urgences aveugles.Il s'est écarté du masque noir.Il s'est écarté de la simple rébellion.Il s'est écarté de la haine et de la rancœur.Il n'a jamais été esclave de l'esclavage.Il n'a jamais été dupe de cette décolonisation qui ne décolonisait pas le colonisateur.Et il a toujours eu l'intuition qu'un colonisé décolonisé ne suffisait pas à frire un homme \u2014 un homme qu'il appelait d'emblée à être neuf, à être nouveau, à être total.Et quand il demande à son corps de demeurer un homme qui toujours questionne et se questionne, c'est qu'il ne s'agissait pas pour lui de s'installer dans les fictions d'un postcolonialisme.Il avait deviné que le colonialisme, ses faits et ses méfaits n'étaient qu'une poussière dans le vaste et très profond séisme qui allait dramatiquement relier les peuples, les peaux, les cultures, les civilisations et leurs histoires, dans une irréversible marée d'entremêlements, de chocs génériques, d'abîmes génésiques, et donc de relations.Et je me souviens de ce «nous autres Algériens» qu'il employait en s'adressant au monde, je me souviens aussi du nom arabe qui avait remplacé le sien dans ses articles et ses diatribes.Cela ne voulait pas dire, comme je l'ai cru, qu'il nous avait abandonnés, nous les bâtards antillais, nous les peuples composites, nous qui étions très difficiles à définir car surgis de la colonisation, dans la colonisation.Cela ne voulait pas dire qu'il s'était réfugié (comme je l'ai pensé en d'autres temps) dans une identité atavique plus lisible, porteuse de plus de certitudes, et donc plus confortable.Je pense maintenant que cela signifiait que «quelque chose» s'était ouvert en lui.Et ce «quelque chose» n'était rien d'autre que cet arbre que nous devrions tous aujourd'hui tenter de découvrir en nous.Je veux parler de l'arbre relationnel.L'ancien arbre généalogique nous cantonnait dans les branches et les feuilles d'une lignée intangible d'ancêtres, de traditions, de genèses et de cosmogonies monolithiques.Il nous immobilisait sur le pieu d'une racine unique qui nous plantait dans une seule terre natale.L'arbre relationnel, lui, nous déploie sur un treillis des racines, des rhizomes qui, au gré de nos errances ou de nos «expériences», nous offrent plusieurs terres natales.Le rhizome est l'instance d'un devenir incessant.Dès lors, l'arbre relationnel nous autorise à choisir la terre natale qui nous convient le mieux, et même à en changer si notre relation aux fluidités du monde se retrouve à changer.Les branches et les feuillages de l'arbre relationnel sont une constellation toute personnelle de dieux, de langues, de lieux, de pays, de facettes culturelles, d'éclats de civilisations, d'aveuglements individuels et de lucidités, et tout cela est ouvert sur le vertige d'un monde globalisé et explosé continûment en nous.Phénomène que l'écrivain Edouard Glissant appelait «le Tout-Monde».Dans l'arbre relationnel de Fanon, il y avait l'homme nouveau, l'homme neuf, l'homme total vibrant aux harmonies cosmiques qu'il appelait de ses vœux, et qui n'est rien d'autre à mon sens que l'homme de la Relation.Dans le bruissement d'appartenances et de diversités qui constituent le feuillage de son arbre, il y a deux petites feuilles, éloignées l'une de l'autre, mais qui frémissent l'une vers l'autre avec intensité.Deux petites feuilles: une côté cœur, une côté sève.Côté cœur, il y a l'Algérie, là où il a voulu être enterré; et côté sève, je vois la Martinique.Mais c'est sans doute l'inverse.il se peut même qu'elles soient toutes les deux placées du côté cœur.Nul ne le saura jamais.et c'est tant mieux, car ce détail n'a aucune importance quand il s'agit d'un homme de Relation.Le Monde ŒUVRES, Frantz Fanon La Découverte Paris, 2011,800 pages FRANTZ FANON, UNE VIE David Macey Traduit de l\u2019anglais par Christophe Jaquet et Marc Saint-Upéry Paris, 2011,550 pages F 6 LE DEVOIR LES SAMEDI S ET DIMANCHE 4 MARS 2012 ESSAIS L\u2019anthropologue qui jongle Louis CORNELLIER A quoi tu jongles?», me demandait ma grand-mère maternelle quand j\u2019étais petit et qu\u2019elle me trouvait, un peu rêveur, en train de regarder dehors, tout en me berçant dans le grand fauteuil de la cuisine.Ce beau souvenir m\u2019est revenu en tête à la lecture de C\u2019était au temps des mammouths laineux, le plus récent recueil d\u2019essais de l\u2019anthropologue Serge Bouchard.«Notre rapport au monde est un rapport au temps, écrit ce dernier.Il faut savoir pencher dans le sens du temps, jouir de ses longueurs, regretter sa manie de passer, mais remercier le ciel à tous les bouts de champ d\u2019en avoir encore un peu devant soi.La vie est un passe-temps, rien de plus, rien de moins.» Si ma grand-mère, que j\u2019aimais tant, était encore de ce monde, je saurais enhn quoi lui répondre quand elle s\u2019informerait de mes jongleries.Jongler, au sens de «songer, rêver», selon la définition du Dictionnaire des canadianismes, de Gaston Dulong, Serge Bouchard ne fait que ça.Grand défenseur de la «platitude», l\u2019anthropologue en quête de sagesse déplore l\u2019agitation qui caractérise nos sociétés.«C\u2019est toujours dans la tranquillité que l\u2019on réalise le véritable vœu de la rencontre avec soi-même, la conversation tant recherchée de soi avec son âme, écrit-il.Il est rare que les sages soient des paquets de nerfs, que les sages soient du \u201cmonde de party\u201d.Pourtant, nous menons nos vies comme s\u2019il était impératif de meubler tout notre temps, comme s\u2019il était tragique de n\u2019avoir rien à faire.L\u2019âme aime la tranquillité.C\u2019est elle après tout qui va la négocier, l\u2019interminable éternité.» Bouchard, dans ses précédents ouvrages ou à la radio, a beaucoup parlé des autres, des Indiens, bien sûr, mais aussi de plusieurs «remarquables oubliés».Il le fait encore, cette fois-ci, en évoquant, par exemple, son regretté ami Petit George, un prophète innu que tous consultaient, même s\u2019il ne donnait jamais d\u2019avis.Au passage, l\u2019anthropologue ne se privera pas de décocher quelques flèches, en direction, notamment, de Christophe Colomb, «un homme perfide, un moderne dans tous les sens du terme», et de Jacques Cartier, qui aurait méprisé les paysages nordiques.Bouchard, toutefois, une fois n\u2019est pas coutume, parle surtout de lui, et cela donne les pages les plus belles et les plus émouvantes de son oeuvre.Entré en anthropologie, la reine des sciences humaines, celle qui pige partout et ne s\u2019interdit rien, à l\u2019âge de 14 ans (plus loin, il dira 13 ans, mais c\u2019est un détail) , Bouchard, élevé par une mère athée, féministe et contestataire, fera sa maîtrise sur les Innus-Montagnais de la taiga la-bradorienne et son doctorat sur la culture des camionneurs de longue distance dans le Nord québécois.Faisant carrière hors de l\u2019université presque par choix (il soupçonne qu\u2019on a refusé de l\u2019embaucher dans des universités et des cégeps, au début des années 1980, parce qu\u2019il n\u2019était pas marxiste), il se lance, vers l\u2019âge de 40 ans, dans l\u2019écriture et les conférences.«Je devins encore plus ce que j\u2019étais, un conteur, un quêteux dans sa quête, un humain sur sa route, en appétit des autres, fasciné par les histoires du monde», écrit-il.C\u2019est lui, l\u2019anthropologue conteur, le partisan de «la libre-pensée sauvage», qu\u2019on retrouve dans les pages parfois déroutantes de ce recueil.C\u2019est celui qui évoque son enfance dans «le village de Poin-te-aux-Trembles», dans les années 1950, là où «la vie était plate à mourir», dans «ce désert de rien» où les jeunes.Grand défenseur de la «platitude», l\u2019anthropologue en quête de sagesse déplore l\u2019agitation qui caractérise nos sociétés sans YouTube pour voir une femme toute nue, étaient «condamnés au désir».Qu\u2019on ne s\u2019y trompe pas, toutefois.Ce «temps des grands-pères», pendant lequel le mot «activité» n\u2019existait même pas, ce temps des «mammouths laineux» dont la description pourrait inciter à la pitié, est peut-être «un temps passé où rien ne se passait», mais c\u2019est justement dans sa platitude même que se trouve sa grandeur.Bouchard avoue n\u2019avoir été, dans sa jeunesse, ni marxiste ni nationaliste, et sa pensée, aujourd\u2019hui encore, n\u2019est pas militante au sens habituel du terme, sauf en ce qui concerne le sort indigne réservé aux Indiens du Canada.«Je ne me suis jamais vraiment intéressé à la politique contemporaine», admet-il.Sa vision du monde, toutefois, a quelque chose de subversif quand elle situe la sagesse dans la routine, dans l\u2019ennui transformé en nostalgie, à rebours de toute la mentalité contemporaine fondée sur l\u2019activisme imposé du berceau à la tombe.«C\u2019est dans la symphonie domestique que se terre le sens profond de nos vies», écrit Bouchard en s\u2019inspirant de Vladimir Jan-kélévitch.«La platitude, nous la fuyons comme si la fuite était possible.Alors qu\u2019il est clair que la fuite est impossible.Ce qu\u2019il nous est possible de conserver, de cultiver, c\u2019est notre sens de l\u2019émerveillement.Alors le goût de fuir s\u2019estompe, quand tout nous émeut dans l\u2019apparente insignifiance des choses.[.] Pas besoin d\u2019un panda dans ma mire pour faire ma journée.Pas besoin de Capri pour mourir.Je ne viendrai jamais à bout d\u2019épuiser la richesse des merveilles de ma propre cour.» Farouche partisan d\u2019une pensée mythique, intuitive et conteuse.Bouchard se complaît parfois dans un style méditatif un peu brouillon, mené au hl de la plume, qui glisse vers le remplissage poétique.De même, sa critique de l\u2019impérialisme de la Raison a tendance à confondre la saine quête de la rationalité philosophique avec les dérives de la raison instrumentale.Opposer, par exemple, Socrate aux Amérindiens relève plus de la pose anthropologique que d\u2019une réflexion forte.«En 1969, confie Bouchard, j\u2019ai fait mon voyage de noces ici, à Chibougamau, pour la beauté du pays, justement.J\u2019ai appris alors que ma vie n\u2019allait pas être normale dans un monde québécois où la seule mention du mot Chibougamau fait rire à tout coup.» C\u2019est là, quand elle explore la métaphysique de l\u2019intime universel, que la sagesse anthropologique de Serge Bouchard est nécessaire.louisco@sympatico.ca C\u2019ÉTAIT AU TEMPS DES MAMMOUTHS LAINEUX Serge Bouchard Boréal Montréal, 2012,232 pages Serge Bouchard C\u2019ETAIT AU TEMPS DES MAMMOUTHS LAINEUX lîoroal m H UN de: R PETER MARLOW/ MAGNUM Une marche en appui au gréviste de ia faim Bobby Sands en 1981.Le révoiutionnaire iriandais en était aiors à son 59® jour d\u2019une grève de ia faim qui i\u2019a emporté une semaine pins tard.Cette grève avait notamment pour but de faire reconnaître ie statut de prisonnier poiitique des répubiicains iriandais.Des miiiiers de personnes ont assisté à ses funéraiiies.HISTOIRE Bobby Sands, révolutionnaire irlandais ANDRE POULIN Bobby Sands fut le premier de dix républicains à mourir des suites d\u2019une grève de la faim entreprise en Irlande du Nord au cours de l\u2019année 1981 pour l\u2019obtention du statut de prisonnier politique.Pour la communauté internationale, il incarna l\u2019opposition opiniâtre des militants républicains à la politique de criminalisation menée par le gouvernement britannique.Sa mort, aussi tragique fût-elle, démontrait l\u2019échec de la politique de Thatcher.Les prisonniers n\u2019avaient pas cédé et la population catholique nord-irlandaise démontra massivement son appui à leur cause.Bobby Sands, comme l\u2019un des personnages du roman Trinity de Léon Uris, avait crié au monde entier: «Rappelez-vous que les Britanniques n\u2019ont rien dans tout leur arsenal impérial qui puisse briser l\u2019esprit d\u2019un seul homme qui refuse de se laisser briser.» Si le déroulement de la grève de la faim fut suivi avec intérêt et souvent avec passion à travers le monde, trente ans après l\u2019événement on connaît encore peu ce qui a conduit à celle-ci et qui en était le meneur.C\u2019est pour cette raison que la traduction française de l\u2019excellente biographie politique de Bobby Sands, écrite par Denis O\u2019Hearn, tombe à point.Cette biographie, qui relate la vie de Bobby Sands de sa naissance à sa mort, nous plonge dans une société gangrenée par le sectarisme et dominée par une majorité protes- tante qui refusait par tous les moyens d\u2019accorder l\u2019égalité aux catholiques.Comme de nombreux jeunes catholiques, Bobby Sands fut poussé vers l\u2019IRA provisoire par les humiliations subies et les menaces reçues.Arrêté une première fois à l\u2019âge de 17 ans, il passera l\u2019essentiel du reste de sa courte vie en prison.La prison sera poru Sands son université.Il y apprit le gaélique et s\u2019y instruisit sru les luttes de libération et les combats révolutionnaires menés à travers le monde.l\u2019uniforme carcéral.Ce geste de défiance leur vaudra d\u2019être laissés nus dans leur cellule avec une couverture comme seul vêtement.C\u2019est dans la description de la vie quotidienne des «hommes couvertures» que le livre d\u2019O\u2019Hearn se révèle le plus intéressant.Comme le souligne l\u2019auteur, ces hommes devaient endurer la violence des matons, les fouilles corporelles, le froid, l\u2019isolement et les privations de toutes sortes pour maintenir en vie le mouvement de protesta- Arrêté une première fois à Tâge de 17 ans, Bobby Sands passera l\u2019essentiel du reste de sa courte vie en prison.La prison sera pour lui son université.Rapidement, il se découvrit une conscience révolutionnaire.Son combat avait désormais comme objectif l\u2019établissement d\u2019une république unie et socialiste.De retour en prison, après une courte période de liberté, Sands se joignit à la lutte entreprise par ses camarades contre la nouvelle politique de criminalisation des prisonniers républicains.Tous les républicains condamnés après le 1®\u2019 mars 1976 n\u2019avaient plus droit au statut de «catégorie spéciale», un statut équivalent à celui de prisonnier politique, sans le nom.Refusant d\u2019être traités comme des prisonniers de droit commun, les républicains refusèrent de porter tion contre la criminalisation de leur lutte de libération nationale.Au cœru de ce mouvement, il y avait Booby Sands, qui coordonnait la résistance, veillait au bon moral des «hommes couvertures» et écrivait des poèmes, des chansons et des coms, ces petits messages destinés aux dirigeants du mouvement républicain pour les tenir au courant de la situation à l\u2019intérieur de la prison.Après deux ans de lutte, le conflit en prison prit une nouvelle tournure.Empêchés de vider leur pot de chambre par les matons, les «hommes couvertures» décidèrent d\u2019étendre leurs excréments sur les murs des cellules.Cette «grève de l\u2019hygiène» durera deux ans.En 1980, voyant le découragement gagner les prisonniers républicains.Sands et d\u2019autres dirigeants décidèrent de passer à une autre étape, la grève de la faim.Afin d\u2019éviter la mort d\u2019un gréviste, la première grève de la faim fut levée après 53 jours sans aucun résultat.Sands, qui n\u2019avait pas participé à cette grève, savait que, si une nouvelle grève de la faim n\u2019était pas entreprise rapidement, le gouvernement britannique gagnerait le combat de la criminalisation du mouvement républicain.Cette fois-ci, cependant, il le savait, il fallait aller jusqu\u2019au bout, même si cela voulait dire mourir.Sands fut le premier à refuser de se nourrir.On essaya de lui sauver la vie en le faisant élire député lors d\u2019une élection partielle.Mais en vain.Thatcher ne céda pas et, après 66 jours de jeûne, il rendit l\u2019âme le 5 mai 1981 à l\u2019âge de 27 ans.La prison avait fait de Bobby Sands un révolutionnaire et la lutte en prison fit de lui une icône révolutionnaire.Pour O\u2019Hearn, cependant, l\u2019important de Sands ne se limite pas à sa postérité.La grève de la faim de 1981 changea le cours du conflit nord-irlandais.Elle permit au mouvement républicain d\u2019abandonner graduellement la lutte armée pour la lutte politique.Collaboration spéciale BOBBY SANDS, JUSQU\u2019AU BOUT Denis O\u2019Hearn CEJIM, les éditions de l\u2019Épervier Paris, 2011,483 pages Dépolitiser la santé?LOUIS CORNELLIER Dans Révolutionner les soins de santé, c\u2019est possible!, le communicateur scientifique Jacques Beaulieu propose de «mettre sur pied un organisme paragouvernemental [.] qui aurait pour mission de créer un nouveau système de santé entièrement apolitique et destiné à résoudre les problèmes actuels et futurs de la santé au Québec».Formulée il y a quelques années par le docteur Yves Lamontagne, cette proposition de créer un «Hydro-Santé» ou un «Santé-Québec» repose sru l\u2019idée que la gestion pob-tique du système de santé nuit à son efficacité et devrait être remplacée par une approche strictement gestionnaire.Ce modèle, combinant un finance- Très mal argumentée, la proposition de Jacques Beaulieu est tout sauf convaincante ment public et une prestation mixte (privée et publique) des services, préserverait, disent ses partisans, les principes de la gratuité, de l\u2019accessibilité et de l\u2019universalité.Très mal ar^mentée, la proposition de Jacques Beaulieu est tout sauf convaincante.L\u2019idée, d\u2019abord, de dépobdser un système qui représente plus de 40 %,des dépenses de l\u2019État vient à l\u2019encontre du principe démocratique.De plus, les données sur lesquelles se base Beau-lieu pour établir le fonctionnement de son nouveau système sont très contestables.L\u2019affirmation, par exemple, selon laquelle il n\u2019y a pas de temps d\u2019attente pour des soins en Belgique et en France ne tient pas la route, selon un expert en administration de la santé comme André-Pierre Contandriopoulos.Beaubeu ne fait pas preuve de plus de rigueur quand il affirme, d\u2019une part, que le Québec ne manque pas de médecins de famille et quand il conclut, d\u2019autre part, que le succès des systèmes de santé européens qui vont bien tient à ce que, «dans tous ces pays, le ratio médecin-population est plus important qu\u2019au Canada et qu\u2019au Québec».Souvent, Beaulieu ne semble pas savoir de quoi il parle.Il nous invite à nous indigner en citant le pamphlétaire de gauche Stéphane Hessel, pour suggérer ensuite d\u2019impliquer plus d\u2019hommes d\u2019affaires dans la gestion des hôpitaux et pour vanter la réforme du système de santé britannique menée par le conservateur David Cameron, qui indigne justement les partisans de la justice sociale.De toute évidence.Beau-lieu, lui, est déjà dépobdsé! Maladroitement structuré (on dirait des notes de travail réunies au petit bonheur la chance), son ouvrage, pourtant révisé par Victor-Lévy Beaulieu lui-même, est de plus bourré de fautes de français.On peut ainsi lire, dans ces pages: «5 millions d\u2019habitant», «système publique de santé», «en terme de santé», «pelletés de terre», «au niveau des ordonnances» et plusierus phrases sjmtaxiquement douteuses.Cette négligence linguistique correspond au relâchement argumentatif de l\u2019ensemble.Collaborateur du Devoir REVOLUTIONNER LES SOINS DE SANTÉ, C\u2019EST POSSIBLE! Jacques Beaulieu Avec la collaboration des docteurs Robert Ouellet et Alban Perrier Trois-Pistoles Paroisse Notre-Dame-des-Neiges, 2012,168 pages "]
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