Voir les informations

Détails du document

Informations détaillées

Conditions générales d'utilisation :
Protégé par droit d'auteur

Consulter cette déclaration

Titre :
Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier B
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
Notice détaillée :
Lien :

Calendrier

Sélectionnez une date pour naviguer d'un numéro à l'autre.

Fichiers (6)

Références

Le devoir, 2012-03-24, Collections de BAnQ.

RIS ou Zotero

Enregistrer
[" LE DEVOIR, LES SAMEDI 24 ET DIMANCHE 25 MARS 2012 IDEES Crépuscule budgétaire à Québec Page B 5 PHILOSOPHIE « Solidarisme » contre «juste part » Page B 6 PERSPECTIVES m Quand Aveos a fermé ses portes, elle a pointé Air Canada, déplorant que le volume de travail lui étant accordé soit incertain.La fermeture d\u2019Aveos Pour qui la loi ?La loi de 1988 promulguée pour Air Canada continue-t-elle de s\u2019appliquer ?JACQUES NADEAU LE DEVOIR La loi de 1988 qui oblige Air Canada à maintenir des centres d\u2019entretien s\u2019applique-t-elle à son sous-traitant Aveos?Si Ottawa étudie son sens, un ancien ministre signale qu\u2019elle n\u2019a jamais été amendée.FRANÇOIS DESJARDINS Mars 2011.Les dirigeants syndicaux craignent qu\u2019Aveos, ancienne filiale d\u2019Air Canada devenue sous-traitant, se tourne davantage vers l\u2019étranger pour effectuer l\u2019entretien des appareils.En comité parlementaire, le ministre des Transports est invité à commenter l\u2019idée d\u2019un resserrement de la loi de 1988, adoptée lors de la privatisation d\u2019Air Canada, qui oblige le transporteur à maintenir trois centres d\u2019entretien et de révision au pays.«C\u2019était il y a presque un quart de siècle, dit Chuck Strahl.Je vous demande s\u2019il serait [aujourd\u2019hui] dans le meilleur intérêt de notre industrie aérienne de sortir une compagnie du lot, une compagnie aujourd\u2019hui privée, et lui imposer de nouvelles contraintes législatives?Je ne pense pas que ce serait très sage.» Un an plus tard, la situation est radicalement différente.Aveos, qui appartient principalement à des intérêts américains, est le théâtre non pas d\u2019une délocalisation d\u2019emplois, mais d\u2019une fermeture brutale de ses installations d\u2019un océan à l\u2019autre.Reprochant à Air Canada de lui donner de moins en moins de travail et se disant affectée par des coûts de main-d\u2019œuvre élevés, Aveos s\u2019est d\u2019abord placée sous la protection de la Cour contre ses créanciers.Vingt-quatre heures plus tard, elle affirme qu\u2019il n\u2019y a pas de restructuration possible et qu\u2019elle se liquide.Malgré les appels de l\u2019opposition, de Québec et des syndiqués, Ottawa reste en marge.Tout au plus, lorsque l\u2019annonce tombe, le ministre des Transports, Denis Lebel, dit être «déçu», mais que «les décisions prises par Aveos sont celles d\u2019une entreprise du secteur privé».La question La loi promulguée en 1988 pour Air Canada continue-t-elle de s\u2019appliquer même si le travail d\u2019entretien lourd est effectué par Aveos?«C\u2019est la grande question», dit Benoit Bouchard, qui était ministre des Transports lorsque la loi est entrée en vi- gueur.La question pourrait fort bien se retrouver devant les tribunaux, selon lui.A tout le moins, dit-il, il faut reconnaître une chose: bien qu\u2019une filiale d\u2019entretien soit devenue indépendante en cours de route, la loi n\u2019a jamais été amendée.«Puisqu\u2019elle n\u2019a été ni amendée ni contestée devant les tribunaux, ça suppose qu\u2019on accepte son application», affirme-t-il.Quelques jours plus tard, le discours d\u2019Qttawa est un peu moins carré.Selon le ministre Lebel, le personnel du ministère s\u2019affaire à étudier le sens de la loi.Le vice-président de la section 140 à l\u2019Association internationale des machinistes et des travailleurs de l\u2019aérospatiale, Jean Poirier, a reçu sur son téléphone cellulaire plusieurs appels du ministre lui-même.«J\u2019ai l\u2019impression qu\u2019il y a une ouverture, à cause de la pression qui vient des provinces», dit-il en faisant référence au front commun qui réunit le Québec et le Manitoba.Retour en arrière.Lorsque le gouvernement Mulroney a annoncé son projet de privatisation d\u2019Air Canada, une des 61 sociétés de la Couronne à l\u2019époque, la réaction politique a été vive.Face aux libéraux et aux néodémocrates qui s\u2019opposaient au geste, les conservateurs ont glissé dans la loi les quelques obligations que l\u2019on connaît, c\u2019est-à- dire celle du maintien des centres d\u2019entretien à Montréal, à Winnipeg et à Toronto, celle des services bilingues et une dernière au sujet du siège social qui doit demeurer à Montréal.«C\u2019était une grosse affaire», dit M.Bouchard, qui avait alors hérité d\u2019un dossier mené pendant des années par son prédécesseur.Don Mazankowski.«Si on n\u2019avait pas maintenu les centres d\u2019entretien et de «Si on n\u2019avait pas maintenu les centres d\u2019entretien et de révision, jamais le caucus québécois du parti [conservateur] n\u2019aurait soutenu ça» révision, jamais le caucus québécois du parti [63 députés conservateurs] n\u2019aurait soutenu ça et jamais on n\u2019aurait privatisé Air Canada.Et si f avais à témoigner en cour, je le dirais sans hésitation.» De filiale à sous-traitant Depuis 1988, toutefois, le portrait a bien changé.En 2004, dans le cadre d\u2019une restructuration colossale chez Air Canada, la filiale de services techniques (ACTS) est placée sous le chapeau d\u2019un nouveau holding, ACE Aviation, mais scindée en deux.Air Canada conserve alors l\u2019entretien quotidien des avions, tandis que le reste du travail (cellules, moteurs et composants) reste entre les mains d\u2019ACTS.(Aujourd\u2019hui, Aveos compte 2600 em- ployés, comparativement aux 2300 qui font l\u2019entretien quotidien chez Air Canada.) En 2007, trois ans après sa sortie d\u2019une longue restructuration.Air Canada largue 70 % de ce qu\u2019elle détient dans ACTS et récolte du coup environ 700 millions.En 2008, cette entité nouvellement indépendante prend le nom d\u2019Aveos.Qn imagine alors que la société va prendre un certain essor.Mais les choses tournent mal, et Aveos, dès 2010, doit prendre les grands moyens pour assurer sa survie.Elle se remet entre les mains de ses créanciers, qui deviennent actionnaires, ce qui fait passer sa ,dette de 800 millions à 75 millions.A ce moment-là.Air Canada possède une participation de 17,5 %, mais continue d\u2019être le principal client d\u2019Aveos, pour laquelle le transporteur représente plus de 80 % des revenus.Qn connaît la suite: quand Aveos a fermé ses portes, elle a pointé Air Canada, déplorant que le volume de travail accordé à Aveos soit «incertain».La relation entre les deux ne semble pas particulièrement amoureuse.Dans une section intitulée «Faits sur l\u2019industrie» dans son site Web, la société Air Canada affirme qu\u2019elle «espérait qu\u2019Aveos prenne de l\u2019expansion et augmente ses parts de marché pendant que la société était VOIR PAGE B 3: LOI f» REUTERS La relation entre Air Canada et Aveos n\u2019a jamais été très harmonieuse.ANALYSE En Afghanistan, une défaite politique ?ALAIN FRACHON L> Empire britannique a subi deux défaites en Afghanistan (en 1842, puis en 1919); l\u2019Empire soviétique y a été mis en déroute après dix ans d\u2019occupation sanglante (1979-1989).Question d\u2019actualité: r«empire» américain et ses alliés de l\u2019QTAN sont-ils en passe de connaître le même sort?Depuis plusieurs semaines, les mauvaises nouvelles s\u2019accumulent.L\u2019insurrection des talibans paraît imbattable.Le printemps venu, les hommes au turban noir, lance-roquettes à l\u2019épaule, quitteront leurs repaires du Pakistan pour dévaler les pentes de l\u2019Hindu Kuch et, comme chaque année depuis 2003, poursuivre, dans le sud et l\u2019est de l\u2019Afghanistan, ce qu\u2019ils font trop bien: la guerre au farengi, «l\u2019étranger», et plus encore la guerre à ceux des Afghans qui ne partagent pas, leurs idées.Les Etats-Unis n\u2019ont pas su ou pas pu convaincre le Pakistan de renoncer à offrir aux talibans afghans ces bases arrière sans lesquelles ils ne tiendraient pas tête aux forces de l\u2019QTAN.Qutre une ancestrale aptitude à la guérilla, les talibans disposent d\u2019un atout «naturel»: ils appartiennent à l\u2019ethnie majoritaire en Afghanistan, les Pachtounes.Mais ce qui s\u2019installe dans le pays est plus grave, semble-t-il: un climat de défiance généralisée à l\u2019encontre des troupes de l\u2019QTAN.La loi des séries a frappé depuis la mi-février: soldats de l\u2019armée régulière afghane ouvrant le feu sur leurs instructeurs américains ou français; marines urinant sur des cadavres de talibans; affrontements sanglants après que quatre corans eurent été brûlés par inadvertance dans une base de l\u2019QTAN; enfin, dérive d\u2019un soldat américain qui, une nuit de folie criminelle, assassine seize Afghans, dont neuf enfants.Chaque incident a sans doute sa singularité.L\u2019ensemble témoigne du fossé qui se creuse entre la population et les forces de l\u2019QTAN.«Occuper l\u2019Afghanistan avec des troupes étrangères n\u2019a jamais été et ne sera jamais la solution aux problèmes de ce pays», dit le journaliste américain Edward Girar-det, l\u2019un des meilleurs spécialistes de la région.Depuis 4979, Girardet laboure son terrain de reportage, fl a sa manière, lente, patiente, le contraire de l\u2019impétuosité journalistique: des heures de conversations avec les Afghans autour d\u2019une intemporelle tasse de thé.Il vient de réunir son travail dans un livre important, unanimement salué aux Etats-Unis: Killing the Cranes.A Re-portePs Journey Through Three Decades of War in Afghanistan {Quand les oiseaux migrateurs sont tués.Voyage dans trois décennies de guerres afghanes, éditions Chelsea Green, 2044).Il faut écouter le reporter lorsqu\u2019il se risque à un rare jugement: les troupes de l\u2019QTAN en Afghanistan finiront par être aussi impopulaires que l\u2019ont été les Britanniques et les Russes., Politicien plus qu\u2019homme d\u2019Etat, le président afghan, Hamid Karzaï, a senti tourner le vent.Il sait sa légitimité faiblarde.Il s\u2019emploie à la conforter en jetant de l\u2019huile sur le feu.Il critique les forces américaines et européennes.L\u2019homme qui çst en principe leur allié à Kaboul dénonce les Etats-Unis comme des «démons» aussi malfaisants que les talibans.Avec un ami pareil.Comment défendre à Washington, à Paris, à Londres ou à Berlin une intervention aussi coûteuse, aux résultats plus qu\u2019incertains et qui semble prendre la tournure d\u2019une occupation impopulaire?Barack Qbama est sous la pression d\u2019une opinion majoritairement opposée à la poursuite de cette guerre.Qfficiellement, il s\u2019en tient à son calendrier.Les 90 000 soldats américains encore déployés en Afghanistan devront avoir quitté le pays d\u2019ici à la fin de 2044.Qfficieuse-ment, les retraits prévus pour 2042 et 2043 pourraient être accélérés.Mais Barack Qbama vit dans la peur du syndrome de 4989.Quelques années à peine après le départ des Soviétiques, défaits par une insurrection soutenue par les Américains, l\u2019Afghanistan a sombré dans la guerre civile (4992-4996).Exsangue, le pays est tombé aux mains des talibans, qui offrirent l\u2019asile à al-Qaïda, avec la complicité d\u2019un Pakistan que les Etats-Unis avaient cessé d\u2019aider dès lors que l\u2019URSS n\u2019était plus en Afghanistan.Barack Qbama redoute le même scénario: un retrait anticipé provoquant une nouvelle guerre civile entre Afghans, ouvrant une deuxième fois la route de Kaboul aux talibans et, de fait, à leur parrain pakistanais \u2014 le peu rassurant régime militaro-islamiste d\u2019Islamabad.Barack Qbama veut un départ négocié avec les talibans et avec Les troupes de l\u2019OTAN en Afghanistan finiront par être aussi impopulaires que l\u2019ont été les Britanniques et les Russes VOIR PAGE B 3: DEFAITE B 2 LE DEVOIR LES SAMEDI 24 ET DIMANCHE 25 MARS 2012 PERSPECTIVES BANQUE MONDIALE Les États-Unis bousculés par les pays émergents Les Etats-Unis et les nouvelles puissances se disputent la présidence de l\u2019institution internationale.Washington, qui a attendu la dernière minute pour présenter son candidat, risque une fois de plus de remporter le morceau.Explications.DOMINIQUE ALBERTINI Habemus candidatum!» Après des semaines d\u2019hésitation, Barack Obama a dévoilé à la dernière minute, hier, le nom du candidat américain à la direction de la Banque mondiale, qui doit être renouvelée d\u2019ici au 30 juin.C\u2019est Jim Yong Kim, prestigieux universitaire d\u2019origine coréenne, qui se présentera face à une Nigériane et à un Colombien, soutenus respectivement par l\u2019Afrique du Sud et le Brésil.La longue gamberge de Washington témoigne de la difficulté à trouver le meilleur profil à opposer à ces candidats des puissances émergentes.Car, traditionnellement, la direction de la Banque mondiale \u2014 dont l\u2019objectif est de réduire la pauvreté dans le monde \u2014 revient à un Américain; celle du FMI, à un Européen.Une règle officieuse de plus en plus remise en question par les nouvelles puissances, également tenues à l\u2019écart \u2014 sauf la Chine \u2014 du Conseil de sécurité permanent de l\u2019ONU.Ces dernières ont déjà obtenu, en 2010, une augmentation de leurs droits de vote à la Banque mondiale, qui atteignent désormais 47,19 % du total.Mais les profils de la Nigériane Ngozi Okon-jo-Iweala, ministre des Finances de son pays et ancienne directrice générale de la Banque mondiale, et de José Antonio Ocampo, ex-mi-nistre des Finances, représentent un défi plus sérieux que d\u2019habitude pour Washington.La Banque mondiale, « un œil sur le globe » Si les dernières années de crise ont plutôt braqué les projecteurs sur le FMI, la direction de la Banque mondiale reste un enjeu important.«Avec ses multiples implantations locales, elle permet d\u2019avoir un œil sur les deux tiers du globe, explique Norbert Gaillard.Elle a sur ces économies un regard beaucoup plus profond et près du terrain que celui du FMI.Et elle permet aussi d\u2019influer sur les politiques menées: on le voit avec le Mali, où la Banque a suspendu ses financements après le coup d\u2019Etat.» «Chaque fois qu\u2019il y a un grand problème international, c\u2019est à elle que l\u2019on demande de s\u2019en occuper, relève également Jean-Pierre Cling, professeur d\u2019économie à l\u2019Université Paris 13 et auteur de La Banque mondiale (La Découverte).C\u2019est le cas des fonds mondiaux pour l\u2019environnement, le sida.» Un candidat américain plus consensuel Plusieurs poids lourds de la politique américai-ne,étaient pressentis pour le poste: la secrétaire d\u2019Etat Hillary Clinton, le sénateur démocrate John Kerry, l\u2019ambassadrice des Etats-Unis à rONU Susan Rice, entre autres.Mais «Jim Yong Kim présente l\u2019avantage d\u2019être relativement consensuel, estime Norbert Gaillard, économiste et consultant indépendant ayant travaillé pour la Banque mondiale.C\u2019est un technicien plus qu\u2019un politique.Son passage par l\u2019OMS, son travail sur le sida, en fait un candidat moins clivant que d\u2019autres».La rivalité des pays émergents entre eux, une faiblesse Malgré l\u2019offensive des pays émergents, les chances sont faibles de voir un de leurs représentants emporter le morceau.Les pays occidentaux demeurent majoritaires en voix au sein de l\u2019institution.Les Européens soutiendront le candidat américain, de peur que leur propre pouvoir siu le FMI ne soit à son tour remis en question.Et il est peu probable que les pays émergents se mettent d\u2019accord siu une candidature unique d\u2019ici la passation de pouvoir, fin juin.Certes, des intérêts objectifs peuvent réunir les puissances en devenir: par exemple, la critique d\u2019institutions internationales trop inféodées aux intérêts occidentaux, et notamment américains.Mais CQS nouveaux géants sont aussi des concurrents.A l\u2019image de l\u2019Inde et de la Chine, ou, dans une moindre mesure, du Brésil et du Mexique.Lors de l\u2019élection du directeiu du FMI, Brasilia avait d\u2019ailleius préféré soutenir Christine Lagarde plutôt que le candidat de Mexico.Coup de pression sur les Occidentaux Et même une éventuelle victoire d\u2019un candidat «émergent» ne bouleverserait pas forcément la politique de la Banque mondiale.«Autour de la présidence, les rouages de l\u2019institution restent aux mains des Occidentaux.Et les grandes décisions stratégiques sont soumises au vote, où les Occidentaux restent majoritaires, explique Norbert Gaillard.Par ailleurs, on peut venir d\u2019un pays émergent et avoir été formé dans les meilleures universités américaines.» En vérité, les candidatures des nouvelles puissances pourraient surtout viser à mettre la pression sur les Occidentaux, pour poursuivre le rééquilibrage d\u2019influence au sein de la Banque mondiale.Comme l\u2019a laissé entendre hier un conseiller économique du gouvernement russe: «Je crois que la position des Bries [NDLR: Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud] devrait être basée sur l\u2019idée que ces pays et les pays en voie de développement devraient jouer un rôle important dans les institutions financières internationales, pas nécessairement en en prenant la tête.» Libération AVORTEMENT De nouveaux tenues au débat Les idées « provocatrices » de deux éthiciens soulèvent l\u2019ire du mouvement pro-vie tout en lui fournissant des munitions HELENE BUZZETTI Ottawa \u2014 Si une femme peut avorter, que le foetus soit atteint d\u2019une maladie grave ou en bonne santé, pourquoi ne pourrait-elle pas aussi disposer de son nouveau-né?C\u2019est la question, tordue de l\u2019avis de plusieurs, que posent deux éthiciens dans une récente publication qui depuis a enflammé le milieu pro-vie.Même le député conservateur Stephen Woodworth y voit une puissante raison d\u2019appuyer son idée de débattre à la Chambre des communes de la question de savoir quand, au juste, commence la vie.Alberto Giubilini et Francesca Minerva ne pouvaient faire autrement qu\u2019attirer l\u2019attention avec leur article scientifique intitulé «L\u2019avortement post-accouchement: pourquoi l\u2019enfant devrait-il vivre?», publié le 23 février dans le Journal of Medical Ethics.Ce titre pastiche le slogan pro-vie «Why should the baby die?».Avec pour prémisse que le foetus et le nouveau-né sont égaux dans leur infériorité morale par rapport aux personnes, les deux éthiciens concluent qu\u2019il devrait être permis de tuer un nouveau-né dans toutes les circonstances où l\u2019avortement est permis.«Un sérieux problème philosophique se pose quand les mêmes conditions qui auraient justifié un avortement deviennent connues après la naissance, écrivent-ils d\u2019entrée de jeu.Dans de tels cas, nous devons évaluer les faits pour décider si les mêmes arguments mis en avant pour tuer un fœtus humain peuvent être logiquement mis en avant pour tuer un nouveau-né humain.» Les deux philosophes-éthiciens répondent par l\u2019affirmative.«Nous soutenons que, lorsque des circonstances qui auraient justifié un avortement deviennent connues après la naissance, ce que nous appelons l\u2019avortement post-accouchement devrait être permis.» Malformation ou pas.«Si des critères de coûts (sociaux, psychologiques, économiques) pour des parents potentiels constituent des raisons suffisantes pour avorter quand le fœtus est en santé, et si le statut moral d\u2019un nouveau-né est le même que celui d\u2019un fœtus et que ni l\u2019un ni l\u2019autre n\u2019ont une valeur morale de par leur seul statut de personne potentielle, alors les raisons qui justifient un avortement devraient aussi justifier de tuer une personne potentielle lorsqu\u2019elle est à l\u2019étape de nou-veau-né.» Les scientifiques soutiennent qu\u2019un être vivant devient humain, et peut revendiquer «un droit moral à la vie», seulement lorsqu\u2019il est «capable d\u2019attribuer à son existence au moins une certaine valeur de base de sorte que l\u2019en priver représenterait une perte pour lui».Ce n\u2019est le cas ni d\u2019un fœtus ni d\u2019un bébé naissant, d\u2019où le choix du mot «avortement» au lieu d\u2019«infanticide».Menaces de mort Devant le tollé soulevé, Mme Minerva a dû préciser au quotidien Sydney Morning Herald qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019un exercice «théorique» ayant pour but de tester des principes en les poussant à leur extrême.«Je n\u2019avais pas l\u2019intention de changer une quelconque loi.Je ne suis pas en faveur de l\u2019infanticide.J\u2019utilise seulement des arguments logiques.» Qu\u2019importe.Elle et son collègue ont reçu des menaces de mort.Des commentaires haineux, proposant de leur infliger un «avortement post-accouchement», ont été affichés sur Internet.Certains ont dénoncé le «narcissisme» de penseurs qui ne savent plus s\u2019imposer de limites.Les éditeurs du Journal of Medical Ethics ont dû s\u2019expliquer.«Les arguments présentés, en fait, ne sont pas nouveaux, pour la plupart, et ont été présentés à répétition dans la littérature universitaire et les forums publics par les plus éminents philosophes et ARCHIVES LE DEVOIR Devant le tollé soulevé, un des éthiciens a précisé qu\u2019ii s\u2019agissait d\u2019un exercice «théorique» ayant pour hut de tester des principes en ies poussant à ieur extrême.bioéthiciens, tels que Peter Singer, Michael Tooley et John Harris, pour défendre l\u2019infanticide», a rappelé l\u2019éditeur, Julian Savulescu.Selon lui, «ce ne sont pas les arguments de cet article ou leur publication dans une revue d\u2019éthique qui sont dérangeants.C\u2019est la réponse hostile, abusive, menaçante qu\u2019ils ont générée qui l\u2019est.Plus que jamais, la discussion et la liberté des chercheurs sont menacées par des fanatiques opposés aux valeurs d\u2019une société libérale».Son adjoint, Kenneth M.Boyd, a ajouté «que les philosophes sont disposés à défendre \u2014 et se sentent même le devoir de le faire \u2014 vigoureusement une position avec laquelle plusieurs personnes seront en désaccord, et que certains trouveront même choquante, afin que leurs arguments soient soumis à un éprouvant débat avec d\u2019autres philosophes tout aussi désireux de s\u2019y attaquer».Il a précisé que, «personnellement, [il n\u2019est] pas d\u2019accord avec les conclusions de l\u2019article».Socrate, ou le philosophe tué Daniel Weinstock, philosophe et détenteur de la Chaire de recherche en éthique et philosophie politique, déplore l\u2019incompréhension du rôle du philosophe que traduisent ces critiques.«Il y a de grands classiques de la philosophie morale et politique qui ont marqué leur époque, qui ont été au cœur des débats, et qui pourtant choqueraient probablement M.et Mme Tout-le-Monde s\u2019ils les prenaient hors contexte», dit-il.L\u2019éthique consiste à évaluer les principes qui sont en tension, et l\u2019utilisation d\u2019exemples extrêmes est parfois utile dans l\u2019exercice.«Moi-même, dans mes cours, je donne des exemples complètement fous pour le lecteur non initié.Pour étudier la légitime défense, je prends l\u2019exemple d\u2019un tank qui se dirigerait vers vous mais qui aurait un bébé attaché devant lui.Le détruiriez-vous ou pas?C\u2019est simplement pour illustrer des tensions entre les divers droits.Il faut faire attention avant de partir dans ces débats et de dire qu\u2019ils ont une application directe dans le réel.» Les menaces de mort ne sont pas tout à fait «Le philosophe est toujours la mouche qui agace et le premier réflexe est toujours de vouloir la faire disparaître » surprenantes.Après tout, Socrate n\u2019a-t-il pas été condamné à mort?«Le philosophe est toujours la mouche qui agace et le premier réflexe est toujours de vouloir la faire disparaître», note M.Weinstock.Il trouve néanmoins l\u2019article, bien qa\u2019«exemplaire» dans son processus logique, «pas très, très bon», parce qu\u2019il évacue tous les autres principes moraux qui gouvernent l\u2019avortement ou la naissance.Des alliés objectifs aux pro-vie Le député conservateur Stephen Woodworth a trouvé cet article tellement choquant qu\u2019il l\u2019a dénoncé dans un communiqué de presse cette semaine.«La plupart des gens partageraient ma réaction et se demanderaient si c\u2019est même un article sérieux tellement il est choquant», dit-il en entrevue avec Le Devoir.M.Woodworth déposera une motion le mois prochain demandant que la Chambre des communes tienne un débat sur la définition d\u2019une «personne».Il trouve aberrant qu\u2019un enfant ne soit pas considéré, aux yeux de la loi, comme une personne s\u2019il n\u2019a ne serait-ce qu\u2019un orteil encore dans le conduit vaginal de sa mère.D\u2019aucuns considèrent sa démarche comme une façon de restreindre l\u2019accès à l\u2019avortement.Ironiquement, les philosophes et les pro-vie se rejoignent plus qu\u2019ils ne le croient dans leurs positions, car les deux procèdent de la même logique.Les premiers avalisent l\u2019infanticide en faisant valoir qu\u2019il repose sur les mêmes principes sous-tendant la légalisation de l\u2019avortement.Les seconds veulent interdire l\u2019avortement en extrapolant les principes qui rendent l\u2019infanticide exécrable aux yeux de la majorité.Mais pour M.Weinstock, ils ont surtout en commun «de pécher tous deux par simplisme» en évacuant des pans entiers de ces questions complexes.Le Devoir DEUXIEME TOUR DE LA PRESIDENTIELLE DEMAIN Sénégal : tous contre Abdoulaye Wade MARIA MALAGARDIS Dakar \u2014Tout d\u2019un coup, la voiture s\u2019est mise à tanguer, noyée sous une marée humaine qui a déferlé de toutes les ruelles sablonneuses de Pikine, banlieue misérable aux portes de Dakar.Des mains se collent aux vitres, une femme, projetée contre la portière, semble soudain au bord de l\u2019évanouissement.Dans le véhicule qui bascule, un homme en gandoura blanche se dresse alors debout par l\u2019ouverture du toit et salue la foule qui se met à hurler de joie.Hier, en visite à Pikine, Macky Sali semblait déjà avoir remporté le deuxième tour des élections présidentielles qui se déroulent demain au Sénégal.«C\u2019est comme ça depuis le début de la campagne électorale», souffle le candidat en se rasseyant à l\u2019arrière de son 4X4.Lui aussi, il s\u2019af firme convaincu de sa victoire sur le président sortant Abdoulaye Wade, au pouvoir depuis 12 ans.«Tous les candidats de l\u2019opposition me soutiennent désormais.Wade a distribué beaucoup d\u2019argent et de promesses, mais il n\u2019a réussi à débaucher aucun de mes alliés.Ensemble, nous totalisons 65 % des voix», souligne ce quinquagénaire tout en rondeurs qui connaît depuis longtemps son adversaire, puisqu\u2019il fut son premier ministre avant d\u2019être président de l\u2019Assemblée, jusqu\u2019à la rupture.«Le président Wade n\u2019a pas supporté que je convoque son fils pour une affaire de fonds détournés.J\u2019ai été débarqué en novembre 2008, et un mois plus tard je créais mon parti.Depuis, je n\u2019ai jamais cessé de faire campagne.J\u2019ai sillonné le pays, j\u2019ai rencontré la diaspora.Et voilà aujourd\u2019hui le résultat», confie-t-il dans sa voiture, en désignant la masse de ses partisans.Au soir du premier tour, le 26 février, Macky Sali remportait 26 % des voix.Avec 32 % des voix.Wade reste pourtant en tête, mais dimanche, il ne bénéficiera plus de la division de l\u2019opposition, qui était partie en campagne en alignant 14 candidats au premier tour.Pour se rassurer, les partisans du président ont mis en avant l\u2019importance de l\u2019abstention: seuls 48 % des Sénégalais inscrits sur les listes électorales se sont rendus aux urnes le 26 février.«Mais, en réalité, avec 500 000 cartes d\u2019électeur non distribuées et les 130 000 morts qui figurent toujours dans le fichier électoral, l\u2019abstention a été beaucoup plus faible que ce qui a été annoncé», affirme Macky Sali, alors que son cortège s\u2019extirpe des rues populeuses de Pikine.Tout autour, des façades pouilleuses et des tas d\u2019ordures d\u2019où émane une odeur pestilentielle en disent plus que tous les discours électoraux sur les raisons du rejet du régime Wade et de l\u2019espoir suscité par son ancien disciple.«Ce pays doit retrouver confiance dans ses gouvernants.Il faut réduire le train de vie de l\u2019Etat, en finir avec une gestion trop personnelle du pouvoir.Si je gagne, j\u2019imposerai dans la Constitution deux mandats de cinq ans et non sept, comme c\u2019est le cas aujourd\u2019hui.Ce sera ma première décision», confie encore le candidat, qui a aussi promis cette semaine, dans la press,e locale, un audit scrupuleux des comptes de l\u2019Etat.Une annonce qui pourrait durcir le climat au moment des résultats.Alors que le premier tour de la campagne avait été émaillé de violences d\u2019une ampleur inédite au Sénégal, le second tour s\u2019est déroulé dans un calme relatif.Mais à la veille du scrutin décisif, les rumeurs les plus folles courent à Dakar sur la façon dont le pouvoir actuel serait en train de vider «Je n\u2019imagine pas la défaite, de même qu\u2019on n\u2019imagine pas que le ciel vous tombe sur la tête » le peu qui reste dans les caisses et même d\u2019emporter meubles et œuvres d\u2019art! «Ce sera une fin de régime difficile, ils ont peur des malversations qui peuvent être révélées», prédit Jean-Pierre Pierre-Bloch, un ancien député français qui, après avoir longtemps accompagné Wade, soutient désormais son concurrent.«C\u2019est faux; si le président perd, il saluera simplement la victoire de son opposant», affirme de son côté Marie-Luce Skraburski, qui s\u2019occupe de la «communication institutionnelle» de Wade pour le compte d\u2019image Sept, une agence française.Dans la cour du palais présidentiel, cette jeune femme évoque avec émotion le voyage de Wade à Benghazi, alors que le leader libyen s\u2019accrochait encore au pouvoir: «Wade avait dit clairement à Kadhafi qu\u2019il était temps de partir», rappelle-t-elle.Mais saura-t-il lui-même faire preuve d\u2019une telle sagesse?«Je n\u2019imagine pas la défaite, de même qu\u2019on n\u2019imagine pas que le ciel vous tombe sur la tête», répond dans un murmure le vieux chef octogénaire, devant l\u2019entrée de son palais.«Je n\u2019ai besoin que de trois ans pour achever mes projets en cours», ajoute-t-il d\u2019une voix éteinte en s\u2019apprêtant à partir pour une ultime tournée en ville avant le scrutin.«Le Vieux a travaillé pour ce pays.Il ne faut pas le sous-estimer», confie,un gendarme affecté à la protection du chef de l\u2019Etat.Avant d\u2019ajouter, ce qui peut apparaître comme une prémonition: «Mais ici, ce n\u2019est pas le Mali, l\u2019armée et la gendarmerie ne se mêlent pas de politique.Nous servirons toujours avec la même loyauté le vainqueur des urnes désigné par les citoyens.» Libération LE DEVOIR LES SAMEDI 24 ET DIMANCHE 25 MARS 2012 B 3 PERSPECTIVES La dépendance de Jean Charest Le premier ministre doit compter sur les autres pour s\u2019occuper des finances publiques, quitte à faire des compromis Dans son deuxième mandat, le premier ministre Robert Bourassa était le véritable ministre des Finances du Québec.Son ministre des Finances, Gérard D.Lévesque, faisait figure de ventriloque.Jacques Parizeau avait un bon ministre des Finances en la personne de Jean Campeau, mais on ne peut pas dire que l\u2019élève dépassait le maître.Bernard Landry avait été titulaire de ce ministère avant de devenir premier ministre, et il n\u2019a guère laissé de corde à Pauline Marois quand il lui a confié les Finances.Jean Cbarest, lui, est très dépendant de son ministre des Finances.Yves Séguin, Michel Audet, Monique Jérôme-Forget et, aujourd\u2019hui, Raymond Bachand, chacun a imprimé sa marque, en opposition parfois avec les orientations du chef.ROBERT DUTRISAC Jean Charest n\u2019est pas le seul premier ministre qui a dû se fier au jugemenf des autres pour mener à bien les finances de l\u2019Etat.Ce fut le cas de René Lévesque.Jacques Parizeau a été son ministre des Finances pendant sept ans.Ce fut le cas aussi de Lucien Bouchard, à qui les financiers de Wall Street donnaient littéralement des sueurs froides.Le chef péquiste a permis à Bernard Landry, qui avait toujours souffert d\u2019être dans l\u2019ombre de Jacques Parizeau mais aussi de Rodrigue Tremblay et dYves Duhaime, de réaliser une de ses ambitions les plus chères: devenir ministre de tout (ou presque) en matière d\u2019économie, ministre des Finances mais aussi ministre de l\u2019Industrie, du Commerce, des Sciences et de la Technologie, c\u2019est-à-dire ministre des subventions aux entreprises.Jean Charest doit lui aussi compter sur les autres pour s\u2019occuper des finances publiques, quitte à faire des compromis, à édulcorer ses volontés, à renier ses promesses.On ne peut exceller en tout.Jean Charest pourrait être son propre ministre des Relations internationales; il n\u2019a pas son pareil pour tisser des liens à rétr,anger, ne serait-ce qu\u2019avec des gouverneurs d\u2019Etat ou de provinces compte tenu des limites imposées au Québec sur la scène internationale.Jean Charest a quand même réussi à briser le moule en rencontrant officiellement le président Vicente Fox à Mexico en 2004.Même s\u2019il s\u2019était vu imposer un chaperon, soit l\u2019ambassadeur du Canada.Sauf le respect que l\u2019on doit à Yvon Vallières, Jean Charest pourrait aussi se dispenser d\u2019avoir un ministre des Affaires intergouvemementales canadiennes.Le premier ministre a établi des liens étroits avec plusieurs de ses homologues, même s\u2019il a beaucoup moins de succès avec Stephen Haiper.A l\u2019arrivée au pouvoir des libéraux en 2003, Jean Charest a choisi le fiscaliste Yves Séguin comme ministre des Finances.Celui-ci a dû, dans un premier temps, accoucher d\u2019un budget de transition qui imposait des compressions visant surtout les subventions aux entreprises.C\u2019était à mille lieues des promesses libérales faites durant la campagne électorale, soit une baisse d\u2019impôt d\u2019un milliard par année pendant cinq ans.Mais le gouvernement Charest a invoqué le fait que les finances publiques étaient dans un état bien pire que celui imaginé par les libéraux.Un classique.Toutefois, voUà que l\u2019année suivante, dans son premier véritable budget, Yves Sé^in, au lieu de procéder à une baisse générale d\u2019impôt, décidait d\u2019accorder un milliard aux gagne-petit et aux familles de la classe moyenne inférieure.Rien à voir avec la promesse de diminuer le fardeau fiscal des Québécois pour qu\u2019il se situe dans la moyenne canadienne.Aujourd\u2019hui, Jean Charest manque rarement une occasion de souligner que c\u2019est au Québec que la pauvreté, surtout celle des familles, a diminué le plus au Canada.C\u2019est grâce à Yves Séguin.JACQUES NADEAU LE DEVOIR Jean Charest a permis à Raymond Bachand de toucher aux vaches sacrées qu\u2019étaient ia TVQ et ia santé.Mais à l\u2019époque, les apparatchiks qui avaient conçu le cadre financier de la plateforme électorale des libéraux ne décoléraient pas.En 2005, Michel Audet prenait la relève de l\u2019intempestif Yves Sé^in, dont les sorties contre Ottawa \u2014 il avait traité le gouvernement fédéral de «vampire» \u2014 avaient nui aux négociations pour régler le déséquilibre fiscal.Un autre style, tout à fait, effacé, prudent, voire lénifiant.D\u2019emblée, Michel Audet a écarté du revers de la main la promesse de Jean Charest de baisser les impôts de façon significative.Le ministre s\u2019est attaqué plutôt à la dette en créant le Fonds des générations.Dans son troisième et dernier budget en février 2007, Michel Audet y est allé d\u2019une baisse d\u2019impôt générale mais modeste, de 250 millions, pour la forme, après quoi Jean Charest s\u2019était empressé de déclencher des élections.A une semaine du jour du scrutin, Ottawa annonçait le versement de 700 millions à Québec pour régler (en grande partie) le déséquilibre fiscal.Le chef libéral sautait sur l\u2019occasion et s\u2019engageait sur-le-champ à réduire les impôts de 950 millions, ce que la nouvelle ministre des Finances, Monique Jérôme-Forget, a concrétisé en mai 2007.Jean Charest avait promis en 2003 des baisses d\u2019impôt de 5 milliards.11 n\u2019a pu réaliser que le cinquième de sa promesse.Mais qu\u2019à cela ne tienne, il sera parvenu à réduire le fardeau fiscal de l\u2019ensemble des Québécois.Pour peu de temps, toutefois.Après un budget sans lustre présenté en mars 2008, Monique Jé-rôme-Forget signait, avec son dernier opus en 2009, après les élections de décembre 2008, un budget déficitaire.Elle reprenait d\u2019une main ce qu\u2019elle av^ait donné de l\u2019autre.Elle a indexé les tarifs de l\u2019État, haussé de 1 % la taxe de vente du Québec (TVQ) et tracé la voie à un retour à l\u2019équilibre budgétaire.Jean Charest a toujours eu des réticences à hausser la TVQ même si les économistes soutiennent que c\u2019est préférable à une augmentation de l\u2019impôt sur le revenu.Le chef libéral es- Jean Charest pourrait être son propre ministre des Relations internationales; il n\u2019a pas son pareil pour tisser des liens à l\u2019étranger time que le Québec ne doit pas trop se démarquer de ses voisins en Amérique du Nord, qui imposent des taxes de vente relativement basses.Mais il s\u2019est rangé aux arguments de sa ministre des Finances.En 2010, le nouveau ministre des Finances, Rajmond Bachand, est allé plus loin en augmentant encore de 1 % la TVQ, et a imposé une cotisation santé.Jean Charest permettait à Raymond Bachand de toucher aux vaches sacrées.Ifescen-due en flammes, l\u2019idée d\u2019un ticket modérateur a toutefois été abandonnée.Mais est restée l\u2019augmentation des tarifs d\u2019électricité à compter de 2014.En 2003, le gouvernement libéral avait mis la hache dans Içs activités de capital de risque de l\u2019État.11 avait aussi exigé d\u2019Hydro-Québec qu\u2019elle délaisse l\u2019exploration pétrolière et gazière, un mandat que lui avait confié le gouvernement péquiste.Dans son dernier budget, Raymond Bachand, qui s\u2019y connaît en capital de risque puisqu\u2019il a été au Fonds de solidarité des travailleurs du Québec (FTQ) pendant sept ans,,renoue avec l\u2019interventionnisme d\u2019État en créant Ressources Québec afin d\u2019investir d^ns les mines, le pétrole et le gaz.Évidemment, le gouvernement Charest veut contrer ainsi les critiques péquistes, notamment les attaques répétées de Martine Ouellet, qui affirme que le Plan Nord libéral profite surtout aux multinationales étrangères.Là encore, Jean Charest laisse faire.Le chef libéral continue de compter sur son ministre des Finances pour lui montrer la marche à suivre.En matière de finances publiques, le chef libéral ne semble pas avoir de convictions profondes ou suivre une idéologie qui lui est propre.11 s\u2019est laissé conseiller, guider, influencer, mais, quand il le faut, il n\u2019hésite pas à marcher sur la peinture.Jean Charest n\u2019est pas économiste, il est un politique.C\u2019est sans doute mieux ainsi pour ceux qui croient que le pragmatisme est une valeur en soi.Le Devoir LOI SUITE DE LA PAGE B 1 son principal client.Ce souhait ne s\u2019est toutefois pas matérialisé, et Air Canada est aujourd\u2019hui encore de très loin le principal client d\u2019Aveos».Aussi, le transporteur insiste lourdement sur le fait qu\u2019Aveos est «un employeur distinct» d\u2019Air Canada, citant du coup une décision rendue l\u2019an dernier par le Conseil canadien des relations industrielles.Si jamais il était convenu qu\u2019Aveos était elle aussi liée par les obligations d\u2019Air Canada, s\u2019il fallait imposer à Air Canada une obligation qui fragiliserait ses assises financières, les conséquences ne seraient pas banales, dit M.Bouchard.«Je comprends que le gouvernement fédéral ne veuille pas s\u2019avancer trop vite, ne veuille pas être pris à débourser des centaines de^ millions parce qu\u2019Air Canada risque de couler.» A ses yeux, le ministre Lebel n\u2019aura pas le choix d\u2019en dire plus au cours des prochains jours, s\u2019il ne l\u2019a pas fait au cours des dernières heures.(Air Canada estime qu\u2019elle a respecté toutes ses obligations, tant envers la loi qu\u2019envers Aveos.) Code canadien du travail 11 faut dire que la fermeture des installations a eu lieu très vite, sans le préavis de 16 semaines au ministre tel que requis par l\u2019article du Code canadien du travail qui porte sur les licenciements collectifs de 50 employés ou plus.Une zone grise, cependant: le Code n\u2019aborde pas les cas de faillite ou d\u2019entreprises qui ferment subite- ment dans le cadre d\u2019une procédure de restructuration sous protection contre les créanciers.«Le Code, ce sont des normes minimales qui doivent être respectées par Içs employeurs», dit Michel Coutil, professeur à l\u2019École de relations industrielles à l\u2019Université de Montréal.11 accorde peu de crédibilité aux politiciens qui disent vouloir tout faire pour forcer Aveos ou Air Canada à répondre des actes récents.«Le dossier du gouvernement du Québec, par exemple, est faible.Pensons à Wal-Mart et à la fermeture du magasin de Jon-quière en 2005, pour ne nommer que ce cas-là.» Quand le ministre Lebel évoque une simple décision d\u2019entreprise privée, M.Coutu trouve que «c\u2019est un peu gros».«Air Canada est une entreprise privée, mais lorsqu\u2019elle a été privatisée, elle a quand même été soumise à certaines obligations.[.] Ce n\u2019est pas simple, mais ça soulève toute la question des restructurations et de l\u2019impact sur les travailleurs.Certains sont mal pris, avec des obligations, des hypothèques, des familles à nourrir.» Pour l\u2019instant.Air Canada dit pouvoir se passer des services autrefois confiés à Aveos.Jeudi, le transporteur a lancé un appel à des partenaires potentiels.«Air Canada privilégie fortement une collaboration avec un fournisseur mondial qui aspire et a la capacité à assurer des services de réparation et de révision de composants au Canada, principalement à Montréal, Winnipeg, Vancouver et Toronto», a écrit la société.Trois de ces villes font l\u2019objet d\u2019obligations en vertu de la loi de 1988.Le Devoir DEFAITE SUITE DE LA PAGE B 1 Karzaï.Équation afghane, donc complexe: comment réintégrer les talibans dans le jeu politique tout en garantissant les droits des autres ethnies?Sans doute dans im cadre institutionnel plus fédéral qu\u2019aujourd\u2019hui et qui prévoirait le maintien sur place d\u2019im dispositif rnilitaire américain réduit mais répondant à un double objectif: empêcher al-Qaïda de rouvrir des bases en Afghanistan; interdire aux talibans de monopoliser le pouvoir par la force.Si al-Qaïda a encore des camps au Pakistan, elle n\u2019en a plus en Aighanistan.Elle a été chassée de ce pays lors de l\u2019offensive menée au lendemain des attentats du 11 septembre 2001.L\u2019opération a été conduite par les États-Unis et leurs alliés d\u2019im côte, par l\u2019opposition afghane au régime taliban de l\u2019autre.Én cinq semaines, le pouvoir taliban \u2014 incarnation d\u2019une des versions les plus obscurantistes de l\u2019islam \u2014 a été défait.On est à l\u2019automne 2002.Au lieu de consolider la situation en Aighanistan, Washington va se lancer dans une autre guerre, celle d\u2019Irak.Le front afghan est délaissé.Les tali-baps en ont profite, ils entrepris l\u2019offensive.A l\u2019aune de ce qu\u2019avait promis George W.Bush, ces deux intervendons \u2014 elles ont englouti 3000 milliards de dollars \u2014 sont des demi-échecs: l\u2019Amérique n\u2019a exporté ni à Kaboul ni à Bagdad les régimes modèles annoncés à grand renfort de «com».Ce ne sont pas des défaites militaires, ce sont d\u2019abord des échecs politiques.Le Monde Les premiers pas Michel David n février 2005, le premier ministre Çha-rest avait sacrifié son ministre de l\u2019Édu-cation, Pierre Reid, pour régler le conflit avec les associations étudiantes.Appelé à la rescousse, Jean-Marc Fournier avait capitulé assez piteusement au bout de deux mois.L\u2019enjeu de ce bras de fer était cependant loin d\u2019avoir l\u2019importance de celui qui a culminé dans la manifestation monstre de jeudi.Certes, M.Reid s\u2019était montré particulièrement maladroit, mais la transformation de 103 millions de dollars de bourses en prêts avait des conséquences nettement moindres qu\u2019une augmentation de 75 % des droits de scolarité.Après avoir renoncé au projet de centrale thermique du Suroît et effectué ime volte-face spectaculaire sur l\u2019octroi de subventions aux écoles privées juives, cette nouvelle reculade était humiliante pour le gouvernement et son chef, mais il ne s\u2019agissait pas d\u2019ime question de principe fondamentale.Au surplus, M.Charest ne devait pas être fâché d\u2019avoir un prétexte pour reléguer Pierre Reid à des fonctions plus obscures.Présenté comme une vedette avant les élections de 2003, l\u2019ancien recteur de l\u2019Université de Sherbrooke avait constitué une déception.Après un bref séjour aux Services gouvernementaux, il a été confiné pour de bon aux banquettes arrière.Line Beauchamp est d\u2019une tout autre pointure.Elle est devenue un des piliers du gouvernement et son passage à Tout le monde en parle a donné l\u2019impression qu\u2019elle fait du conflit avec les étudiants une affaire personnelle.Jean-Marc Fournier a accepte d\u2019avoir l\u2019air fou quand M.Charest a annoncé soudainement la tenue d\u2019une enquête sur la corruption qu\u2019il avait encore exclue une heure plus tôt, mais la vice-première ministre est une femme fière, qui ne tolérera pas d\u2019être im objet de risée.Il en va de même du ministre des Finances, Rajmond Bachand.Depuis qu\u2019il a succédé à Monique Jérôme-Forget, qui avait commandé le rapport Montmarquette sur la tarification sans oser lui donner suite, M.Bachand a soigneusement orchestré sa «révolution culturelle», qui sera en quelque sorte son legs politique.Pas plus que Mme Beauchamp il ne pourrait accepter un recul qui lui ferait perdre la face.Une crise majeure au sein de son cabinet serait bien la dernière chose dont M.Charest aurait besoin, mais le débat sur les droits de scolarité transcende les personnalités.Après l\u2019échec de la réingénierie de l\u2019État, le virage tanfaire est l\u2019ultime tentative libérale d\u2019une transformation durable.En réalité, l\u2019appui qu\u2019une partie de la société civile a donné aux étudiants, qu\u2019il s\u2019agisse des artistes, des syndicats ou des partis progressistes, traduit essentiellement la lutte incessante entre le Québec «lucide» et le Québec «solidaire», qui cohabitent tant bien que mal.Le gouvernement n\u2019en a pas moins la responsabilité d\u2019assurer le bon fonctionnement du système d\u2019éducation et de garantir la paix sociale.Sans surprise, le sondage Léger Marketing-QMI, dont les résultats ont été publiés hier, indique que l\u2019appui dont les étudiants bénéficient dans la population tend à s\u2019effriter en proportion des inconvénients qu\u2019elle doit subir, mais la grande majorité des Québécois souhaitent aussi que le gouvernement tente de trouver un arrangement avec les étudiants.Il est sans doute de bonne guerre de jouer la carte de l\u2019intransigeance pour tester la détermination des étudiants devant le risque de compromettre leur session, mais le gouvernement ne dispose pas d\u2019une autorité morale suffisante pour persister indéfiniment dans son refus du dialogue.Il lui appartient de faire les premiers pas.Contrairement à ce qu\u2019a déclaré M.Charest, il n\u2019est pas trop tard, mais il n\u2019est certainement pas trop tôt.Présentement, l\u2019entêtement du gouvernement justifie celui des étudiants.Il leur serait beaucoup plus difficile de continuer à exiger un nouveau gel, sinon la gratuité complète, s\u2019il présentait d\u2019autres avenues.Dans la conférence de presse qu\u2019il a donnée à huis clos avant de présenter son budget, M.Bachand a évoqué la possibilité d\u2019apporter de nouvelles améliorations à l\u2019aide financière aux étudiants.Simplement hausser le niveau des bourses pour compenser la hausse des droits de scolarité ne suffit pas.Le niveau de revenu parental pour être admissible aux bourses est si bas au Québec que bon nombre d\u2019étudiants qui n\u2019ont droit qu\u2019à un prêt se retrouveront dans une situation intenable.D\u2019autre part, le principe de rufilisateur-payeur serait bien mieux servi par une modulation des droits de scojarité selon les facultés.Les coûts assumés par l\u2019État sont nettement plus élevés pour un étudiant en médecine que pour son camarade inscrit en histoire.Mme Beauchamp semble trouver la formule trop complexe, mais ses fonctionnaires pourraient sûrement lui en expliquer le fonctionnement.On peut comprendre que le PQ ne tienne pas à faciliter la tâche au gouvernement, mais sa position s\u2019apparente au sabotage.A partir du moment oû il annulerait toute hausse imposée par le gouvernement, les étudiants ont intérêt à n\u2019en accepter aucune.Le grand sommet promis par Pauline Marois ne déboucherait pas nécessairement sur un gel, mais l\u2019augmentation serait forcément moindre.Sans doute ne faut-il pas se surprendre de cet opportunisme.Mme Marois a toujours tenté de ménager la chèvre lucide et le chou solidaire.On peut trouver irréaliste la gratuité promise par Québec solidaire et Option nationale, mais cela a le mérite d\u2019être clair.mdavid@ledevoir.eom B 4 LE DEVOIR LES SAMEDI 24 ET DIMANCHE 25 MARS 2012 EDITORIAL Mourir dans la dignité La force d\u2019un vrai débat Il était crucial de tenir ce débat sur la mort, malgré tous les tabous qu\u2019il déterre.Et les résultats, publiés cette semaine sous forme de rapport, sont tout à fait dignes de mention.Québec devrait en faire une analyse prompte, mieux soutenir et baliser l\u2019offre de soins palliatifs et lancer le concept d\u2019«aide médicale à mourir».esdames et messieurs les membres de la Commission spéciale sur la question de mourir dans la dignité, nos hommages.Voilà donc à quoi ressemble un véritable débat, mené dans le respect et la sensibilité, en dehors des joutes sans profondeur qu\u2019encouragent les cercles partisans.Sur un sujet aussi complexe et délicat que l\u2019euthanasie, vous avez tranché, avec profondeur, sagesse et humanité.Ce rapport que tous gagneraient à feuilleter a réussi là où ailleurs on échoue lamentablement.11 est né d\u2019une discussion à laquelle la société civile a participé, s\u2019est inspiré des opinions des camps opposés et se termine par une série de recommandations formulées par les parlementaires au gouvernement.Depuis la commission Bouchard-Taylor, dont la valeur pédagogique était pourtant indéniable même si son rapport s\u2019empoussiè-re, on n\u2019a rien vu de tel.Les élus, partant des préoccupations des citoyens, ont dirigé une riche délibération.Ils ont jonglé avec diverses définitions (entre l\u2019arrêt de traitement, la sédation palliative et l\u2019euthanasie, où trace-t-on la ligne?).Ils ont entendu des experts sur le soutien à la mort, sans douleur, en tout respect de l\u2019autonomie de la personne, en plein accord avec le droit et la médecine.Ils ont tenu compte des objections sensées de tous ceux qui craignent qu\u2019ouvrir une porte légale et morale, si mince soit-elle, entraîne des dérives.De page en page, les commissaires se confient sur tout ce qui les a étonnés en menant cette quête, sur tout ce qui les a émus en plongeant dans l\u2019intimité des citoyens.La matière était d\u2019une fragilité extrême et aurait pu mener aux excès.Le rapport et ses deux conclusions principales, imbriquées l\u2019une à l\u2019autre, sont au contraire particulièrement solides et sensés.Alors, pour le Québec, euthanasie ou suicide assisté?Ni l\u2019un ni l\u2019autre, tranche la Commission, concédant le caractère négatif des deux concepts dans l\u2019esprit des gens, puis admettant le désir de nommer la question de la fin de la vie d\u2019une manière qui ne contredirait guère le Code criminel.Si Québec accepte la proposition, ce sera donc V«aide médicale à mourir».Il est vrai qu\u2019elle contient tous les ingrédients d\u2019une fin de vie respectueuse et digne: elle est en accord avec le droif si bien sûr le Procureur accepte de donner les orientations qui protégeront les médecins «aidants» de toute poursuite; elle sous-entend l\u2019axe crucial du soutien à donner à celui qui le réclame, le tout, sous l\u2019œil bienveillant de la médecine, détentrice de l\u2019expertise des soins de fin de vie.Mieux l\u2019encadrer en lui dormant un support légal ne permettrait qu\u2019officialiser une pratique avec laquelle la population est en accord, les sondages le montrent, et qu\u2019une majorité de médecins soutieiment et pratiquenf dans l\u2019ombre et le secret.Avant d\u2019arriver toutefois à cette conclusion, les députés ont pris soin de vérifier l\u2019état des soins palliatifs au Québec.Les constats sont peu reluisants: là où cette philosophie se pratique avec ressources suffisantes et pleine maîtrise, cela semble faire toute la différence entre une agonie cauchemardesque et un départ en douceur.Toutefois, entre les espoirs d\u2019une société qui veut ces soins (et à domicile de surcroît) et la réalité du terrain, l\u2019on sait le fossé immense.Mais pas infranchissable.Si l\u2019on décode le dernier budget Bachand comme un signe avant-coureur, le soutien destiné aux aînés traduît l\u2019împortance que le gouvernement accorde à cette portion de la population sans cesse croissante.Les ressources financières et humaines, bien sûr, doivent être au rendez-vous, ne serait-ce que pour s\u2019accorder à une politique sur les soins palliatifs dont nous disposons depuis 2004, mais qui peine à se déployer.La formation du personnel médical doit être approfondie.Un portrait de la situation doit être réalisé, diagnostic sans lequel, évidemmenf il sera difficile de pointer les besoins.En augmentant l\u2019accès aux soins palliatifs dans une perspective de soulagement du corps et de l\u2019esprit, on devrait réduire les souffrances inutiles.Repose donc entre les mains du gouvernement le loisir de faire du Québec une société d\u2019avant-garde, qui non seulement n\u2019aurait plus peur du tabou de la mort mais l\u2019entreverrait comme une partie de la vie à mener, elle aussi, en toute dignité.Nous voulons être cette société-là.machouinard@ledevoir.corn Marie-Andrée Chouinard LE DEVOIR FONDÉ PAR HENRI BOURASSA LE 10 JANVIER 1910.FAIS CE QUE DOIS ! Directeur BERNARD DESCÔTEAUX Rédactrice en chef JOSÉE BOILEAU Vice-présidente, finances et administration CATHERINE LABERGE Directeur de l\u2019information ROLAND-YVES CARIGNAN Directeurs adjoints de l\u2019information PIERRE BEAULIEU, LOUIS LAPIERRE, JEAN-ERANÇOIS NADEAU, PAUL CAUCHON Directeur artistique CHRISTIAN TIFEET Directeur, ventes publicitaires JOSÉ CRISTOEARO P El Rêîfi'Ê Ik % © S.oS Un débat plus complexe et plus intéressant que le présente M.Laberge Le Devoir de philo de M.Jean Laberge {Le Devoir, samedi 17 et dimanche 18 mars 2012, page B 6) me semble trop simplifier le débat sur l\u2019éducation postsecondaire.Premièrement, contrairement à ce qu\u2019il laisse entendre, certains libertariens défendent un accès égal à l\u2019éducation postsecondaire.En effet, certains tenants de la primauté de la liberté individuelle croient que, dans une société idéale, l\u2019égalité des chances doit être le plus possible favorisée et l\u2019éducation est une façon efficace de le faire.Certes, les libertariens trouvent qu\u2019ils paient trop d\u2019impôts au Québec, mais il n\u2019est donc pas certain que tous voudraient couper en éducation.D\u2019autant qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un bon investissement pour la société; les diplômés universitaires ayant un salaire moyen plus élevé et un taux de chômage plus bas, tout en étant des citoyens plus avisés.Deuxièmement, la redistribution de la richesse au XX® siècle ne semble pas avoir produit un «nivellement par le bas».Les plus riches comme les plus pauvres ont vu leur niveau de vie augmenter.Enfin les personnes qui ont de gros salaires n\u2019ont pas ces salaires nécessairement en vertu de leur nature ou de leur effort, mais sûrement en vertu des règles de la société.Or les règles de la société devraient être à l\u2019avantage de toutes et tous.Si des personnes croient qu\u2019ils paient trop d\u2019impôt, elles doivent prouver que c\u2019est à l\u2019avantage de toutes et tous qu\u2019elles en paient moins.Les inégalités croissantes entre les revenus, notamment la stagnation des revenus de la majorité, semblent montrer au LETTRES contraire que la baisse des impôts de la dernière décennie n\u2019a pas profité à l\u2019ensemble.Michel Lalancette Montréal, le 20 mars 2012 Merci, les commissaires ! La discussion sur la fin de vie offre rarement des motifs de joie.Toutefois, les recommandations de la Commission spéciale sur la question de mourir dans la dignité réjouiront tous ceux qui souhaitent pouvoir compter sur l\u2019aide médicale pour mettre un terme aux souffrances et aux incapacités intolérables d\u2019une éventuelle maladie incurable.Avec raison, les commissaires proposent une amélioration des soins palliatifs, y compris ceux prodigués à domicile, pour cette immense majorité des mourants qui désirent s\u2019éteindre de façon naturelle.lœs députés sont aussi arrivés à la conclusion que l\u2019aide médicale à mourir peut s\u2019avérer appropriée dans certaines circonstances exceptionnelles en fin de vie.Ils balisent soigneusement les critères d\u2019acceptabilité d\u2019une telle demande.Les propositions de la Commission concernant l\u2019aide à mourir ne seront pas unanimement applaudies, comme c\u2019est toujours le cas dans les domaines touchant les valeurs morales.Le droit à l\u2019avortement et le mariage entre les conjoints du même sexe en constituent des exemples.Par ailleurs, ayant témoigné deux fois devant la Commission et ayant assisté aux témoignages d\u2019autres personnes, j\u2019ai été impressionnée par la qualité d\u2019écoute et les questions pertinentes des députés des quatre formations politiques réunies.J\u2019ai retrouvé confiance en nos élus: ils peuvent collaborer de manière non partisane dans l\u2019intérêt du bien commun.Il serait souhaitable que d\u2019autres commissions de ce type voient le jour.Merci, les commissaires, d\u2019avoir si bien écouté et travaillé! Jatia Havrankova Médecin Saint-Lambert, le 23 mars 2012 Le Canada et la Journée mondiale de la tuberculose La Journée mondiale de la tuberculose nous offre aujourd\u2019hui l\u2019occasion de sensibiliser le monde entier à ce tueur silencieux qu\u2019est la tuberculose.Elle nous permet d\u2019attirer l\u2019attention sur des solutions ef ficaces et abordables pour combattre cette maladie infectieuse, la plus meurtrière sur la planète avec plus de 1,4 million de victimes chaque aimée.Depuis de nombreuses années, le Canada joue un rôle important dans la lutte mondiale contre la tuberculose, tant avec sa contribution financière au partenariat Halte à la tuberculose qu\u2019à son important rôle et à sa contribution continue à des mécanismes essentiels comme le Eonds mondial de lutte contre le sid^ la tuberculose et le paludisme et le Dispositif mondial pour l\u2019approvisionnement en médicaments antituberculeux, qui permettent de sauver de nombreuses vies.Nous croyons que le Canada devrait utiliser son ascendant dans ce domaine de la santé pour inciter les autres gouvernements à le suivre dans la lutte contre la tuberculose.Nous l\u2019exhortons en ce sens à contribuer à résoudre le déficit de l\u2019important Eonds mondial en lui versant ses deux prochains paiements en avril 2012 et avril 2013 plutôt qu\u2019en décembre de ces mêmes années.Cette mesure aurait un important effet d\u2019entraînement sur les autres pays donateurs et n\u2019aurait aucun effet négatif sur la situation budgétaire du Canada.Yvon Dupuis, Nathalie et Carlos Legaiüt, Bruno Marquis et Eva Tardif Gatineau, le 21 mars 2012 Le choix d\u2019un chef REVUE DE PRESSE Manon Cornellier Cm était à prévoir.L\u2019élection aujour-^ d\u2019hui du nouveau chef du NPD suscite conjectures et prédictions, mais aussi quelques conseils aux membres d\u2019un parti qui n\u2019ont jamais eu à choisir un chef de l\u2019opposition officielle et potentiel premier ministre.La question du Québec n\u2019est jamais loin.Ainsi, dans un texte paru dans le Globe and Mail, la politologue Antonia Maioni souligne que le Nouveau Parti démocratique a l\u2019obligation de «s\u2019assurer que les Québécois gardent une voix en politique fédérale».Pour la première fois de leur histoire, les néodémocrates doivent choisir un chef qui pourra leur permettre d\u2019assumer leur rôle de gouvernement en attente.Selon elle, il leur faudra un chef coriace et fin stratège pour faire face à des conservateurs qui n\u2019ont plus rien de «progressistes», un chef qui devra, par consé-quenf être «capable de redéfinir avec audace l\u2019espace occupé par le centre gauche».L\u2019équation québécoise pose un autre défi depuis le 2 mai.Le NPD est devenu, ce jour-là, la voix du Québec sur la scène fédérale.Savoir qui de Thomas Mul-cair ou de Brian Topp a le plus contribué à cette percée est secondaire, dit-elle.«L\u2019important est que le nouveau chef soit capable de remplir les obligations de son parti envers les électeurs québécois.» Or, écrit-elle, les Québécois ont, avant de voter pour le NPD, «rejeté la politique à l\u2019ancienne», et ce n\u2019est pas tant Jack Layton le fédéraliste ou le sociodémocrate qu\u2019ils ont appuyé que le chef approchable qui leur promettait de défendre des enjeux importants pour le Québec.Maioni estime cependant que le parti n\u2019a pas réussi à y consolider ses appuis et que ses dirigeants y sont peu connus.«Les électeurs québécois, dit-elle, sont largement responsables de la position actuelle du NPD, mais ils ont été pour une bonne part réduits au silence dans cette course à la direction au sein d\u2019un parti solidement ancré dans le reste du Canada, sur le plan des perspectives, de l\u2019attitude et de l\u2019organisation.» Par conséquenf poursuit Maioni, «la véritable question est de savoir si le NPD veut devenir un parti avec une voix québécoise véritable et pertinente.» Si c\u2019est le cas, il lui faut un chef capable, d\u2019une parf de bâtir un parti où les Québécois ont une voix au sein de l\u2019organisation et dans le programme et, d\u2019autre part, de faire le pont entre le Québec et le reste du Canada.Les membres du NPD doivent faire face à cette responsabilité, dit-elle, s\u2019ils ne veulent pas voir leur parti perdre le terrain gagné.Tim Harper, du Toronto Star, va dans le même sens.Selon lui, les néodémocrates savent qu\u2019ils ont un rendez-vous avec l\u2019histoire, eux qui n\u2019ont jamais eu à choisir un chef de l\u2019opposition officielle et éventuel premier ministre et qui n\u2019ont jamais eu à vraiment se soucier des aspirations des Québécois «ni à garder en tête, non seulement l\u2019avenir de leur parti, mais celui du pays».Selon Harper, il faudra quelques années et la tenue des prochaines élections en 2015 pour conclure que 2011 aura été l\u2019année d\u2019un réel bouleversement de l\u2019échiquier politique canadien.Le choix que feront les néodémocrates aujourd\u2019hui y sera pour beaucoup, dit-il.Si la base n\u2019arrivait pas à voir au-delà des intérêts internes et traditionnels du parti, elle pourraif par son vote, faire sans le vouloir un croc-en-jambe au NPD.L\u2019ombre de Layton Tout au long de la campagne, les candidats n\u2019ont cessé d\u2019invoquer la mémoire de Jack Lay-ton, au point de lui donner valeur de mythe.Ce à quoi s\u2019attaque Thomas Walkom, du Toronto Star.Selon lui, le NPD n\u2019a jamais été aussi confus que maintenant au sujet de sa raison d\u2019être et de la voie à suivre pour accéder au pouvoir, et la campagne à la direction du parti n\u2019a rien arrangé.Pourtant la plupart des candidats sont restés largement fidèles à l\u2019approche de Layton: sobriété fiscale, davantage d\u2019aide pour les petites entreprises et moins pour les plus ^andes, soutien pour les personnes âgées, politique étrangère vaguement activiste.Bien que Layton ne puisse être blâmé pour tout cela, il reste qu\u2019il a légué un parti presque entièrement tourné vers la conquête du pouvoir.Son éternel optimisme a revigoré le parti, écrit Walkom, et le flou de plusieurs de ses positions a permis au NPD de dire différentes choses à différents auditoires.Il cite, entre autres, la promotion du fédéralisme asymétrique au Québec et la défense de programmes pancanadiens dans le reste du pays.L\u2019inconvénient principal de cette approche, dit Walkom, est sa perspective tactique et à court terme, au détriment de la cohérence.Le NPD a contribué, par exemple, à défaire les libéraux en 2005, alors que ces derniers étaient sur le point de présenter leur programme pour la petite enfance, programme que le NPD avait réclamé à grands cris.Mais le NPD voulait plus de sièges et en a récolté davantage lors de l\u2019élection qui a suivi.Alors, les conservateurs ont gagné et le programme a disparu.«Vaut-il la peine d\u2019avoir un NPD au message dilué pour gagner plus de sièges?», demande Walkom.H semble, à en croire ses attaques contre Mulcair, qu\u2019Ed Broadbent se pose maintenant la question.Mais il aurait pourtant pu la poser à Jack Layton, l\u2019homme qu\u2019il a aidé il y a neuf ans à devenir chef conclut Walkom.mcornellier@ledevoir.corn LE DEVOIR LES SAMEDI 24 ET DIMANCHE 25 MARS 2012 B 5 IDEES «lilÉ'îï'fo'ffi » \\OWN HîuaJ^?\u2018^TT|D^ ¦- l -il t mit La jeunesse en colère est dans la rue.Budget Bachand JACQUES NADEAU LE DEVOIR Crépuscule budgétaire à Québec BERTRAND MALSCH ANNICK PROVENCHER Professeurs à HEC Montréal MARIE-SOLEIL TREMBLAY Professeure à VENAP e budget, monstre énorme, admirable poisson / A qui de toutes parts on jette l'hameçon, / Et qui, laissant à flots l\u2019or couler de ses plaies, / Traîne un ventre splendide, écaillé de monnaies.» Ces quelques vers admirables, Victor Hugo les a écrits dans les Chants du crépuscule, à un moment où l\u2019inquiétude avait pénétré la vie intime du poète.La monarchie de Juillet ne tenait pas ses promesses libérales, la censure était rétablie et l\u2019oppression des esprits devenait chaque jour plus forte.Hugo, incertain, tente de sonder l\u2019avenir: l\u2019heure trouble du crépuscule sera-t-elle suivie des ténèbres?Une même lueur crépusculaire semble aujom-d\u2019hui balayer de son ombre triste le budget déposé en Chambre mardi dernier par le ministre des Finances Raymond Bachand.Crépuscule politique d\u2019un gouvernement en fin de cycle.Crépuscule intellectuel d\u2019un budget sans audace.Crépuscule social de ministres en rupture de ban avec une partie importante de la jeunesse étudiante québécoise.Le poisson a donc bien mauvaise mine cette année, et alors que l\u2019or continue de couler miraculeusement de ses plaies (le miracle du Plan Nord), son ventre se trouve lourdement écaillé des intérêts d\u2019une dette dont la charge quotidienne avoisine le montant extravagant de 25 millions de dollars.Maître de son destin S\u2019il existe cependant un reproche que l\u2019on ne peut pas faire à ce budget et à ses concepteurs, c\u2019est celui de l\u2019inconstance idéologique.Toutes les mesures annoncées par le gouvernement concourent ainsi avec force à la construction de cet individu libéral maître de son destin et responsable de ses choix: aux étudiants de payer leurs études, aux travailleurs de financer leurs retraites et aux personnes âgées d\u2019organiser leur vieillesse.Il ne reste plus grand-chose dans cette politique budgétaire de l\u2019immense effort collectif et du sentiment de responsabilité partagée qui ont permis pendant des décennies à la société québécoise de construire avec fierté un modèle social et économique de grande qualité.Dans ce budget, le «nous» identitaire québécois a été remplacé par la somme des intérêts individuels et privés des compagnies minières, des étudiants, des travailleurs âgés et des retraités.L\u2019ambiance crépusculaire qui entoure le dépôt de ce budget ne doit pas nous empêcher de considérer avec lucidité les conséquences de cette poli-, tique d\u2019individualisation des intérêts.A vouloir s\u2019affranchir d\u2019une vision collective de l\u2019effort de développement, le gouvernement prend le risque de fragmenter le lien social québécois et de dresser les générations les unes contre les autres.Ainsi, comment ne pas comprendre la frustration de la jeunesse à qui l\u2019on demande un effort financier sans précédent dans l\u2019histoire récente du Québec, tandis que le gouvernement multiplie les annonces en direction des travailleurs âgés dont le niveau d\u2019emploi a le plus progressé parmi tous les autres groupes démo^aphiques de la province.Par ailleurs, cette logique d\u2019individualisation s\u2019accompagne d\u2019un désengagement des services de l\u2019Etat au profit des structures du marché et de la famille.L\u2019inquiétude qui rongeait râme de Hugo il y a près de deux siècles pourrait bien être la même qu\u2019aujourd\u2019hui Les mieux nantis favorisés Le régime volontaire d\u2019épargne-retraite ne constitue rien d\u2019autre qu\u2019un véhicule de placement dans des produits financiers tandis que la prise en charge des personnes âgées à domicile repose essentiellement sur leur entourage proche.Ces initiatives ne sont pas intrinsèquement mauvaises, mais elles favorisent incontestablement les mieux nantis, les mieux éduqués et les mieux entourés.Qui, parmi les ménages québécois, dont le taux d\u2019endettement moyen atteint 150 %, aura les moyens de cotiser à ce nouveau régime?Qui, parmi les 352 825 familles monoparentales du Québec, pourra compter sur un entourage familial suffisamment solide à l\u2019heure de la vieillesse?Soyons clairs.Il ne s\u2019agit pas ici de nier la nécessité pour le gouvernement de mieux contrôler ses dépenses.Il ne s\u2019agit pas non plus d\u2019imaginer un instant qu\u2019un retour salutaire à l\u2019équilibre des dépenses publiques puisse se faire sans sacrifice.Il s\u2019agit encore moins de faire du gouvernement le seul responsable d\u2019une culture individualiste qui imbibe une large part de la population.Il s\u2019agit plutôt de rappeler avep force qu\u2019une des responsabilités majeures de l\u2019Etat est de protéger les citoyens en ne les abandonnant pas au sort hasardeux de leur condition sociale.L\u2019inquiétude qui rongeait l\u2019âme de Hugo il y a près de deux siècles pourrait bien être la même qu\u2019aujourd\u2019hui.Les promesses libérales de la mondialisation n\u2019ont pas été tenues, la jeunesse en colère est dans la rue, et la classe politique québécoise tourne plus que jamais en orbite autour d\u2019elle-même.Cet horizon crépusculaire doit-il continuer à pâlir?Doit-il bientôt rougir?Qu\u2019importe, nous dit le poète: «Le destin nous emporte, éveillés ou dormant / Que ce soit pour mourir ou que ce soit pour vivre, / notre siècle va voir un accomplissement!» Hausse des droits Un milliard pour les étudiants des universités D DANIEL ZIZIAN Président-directeur général de la Conférence des recteurs et des principaux des universités du Québec ans le présent débat sur la hausse prochaine des droits de scolarité, des réalités fondamentales et très importantes sont oubliées ou tout simplement méconnues.Cela donne un portrait bien incomplet de la situation présente et future des étudiants.Ainsi, il faut rappeler qu\u2019une somme de près d\u2019un milliard de dollars (996 millions) est déjà disponible sous forme de soutien financier pour les étudiants des établissements universitaires québécois.Cette somme se compose comme suit 1.Le programme gouvernemental d\u2019aide financière aux études, sous forme de,prêts et bourses, administré par le ministère de l\u2019Education, du Loisir et du Sport représente ime somme de 550 millions.La croissance des droits de scolarité, il tant le rappeler, s\u2019accompagnera d\u2019une croissance continue de cette somme puisque 35 % des revenus résultant chaque année de la hausse seront réservés aux prêts et bourses, soit un montant additionnel de 118 millions en 2017-2018.2.À cette somme, il faut ajouter un montant de 446 millions en soutien financier provenant des établissements universitaires et de leurs fondations, des organismes subventionnaires et des entreprises qui offrent des mesures multiples d\u2019aide financière aux étudiants.Ces mesures varient selon les établissements et compreiment notamment les éléments suivants: ¦\tbourses d\u2019excellence, bourses au besoin et autres formes d\u2019aide financière: 83 millions; ¦\templois sur les campus réservés aux étudiants: 156 millions; n revenu minimum garanti pour des étudiants des 2® et 3® cycles: 33 millions; ¦\tbourses des organismes subventionnaires: 58 millions; ¦\tbourses d\u2019études provenant des fonds des chercheurs: 38 millions; ¦\tprogrammes de stages rémunérés par les employeurs: 78 millions.Suivre l\u2019accessibilité de près Il est donc tout à fait juste de rappeler que l\u2019accessibilité est un principe fondamental auquel les chefs d\u2019établissement adhèrent en accord profond avec les autres membres des communautés universitaires, qui guide quotidiennement leur action et qui demeurera au cœur de leurs préoccupations au cours des années à venir.Dans ce contexte, tirant avantage du programme d\u2019appariement des dons mis en avant par le gouvernement à leur demande, les chefs d\u2019établissement universitaire entendent résolument interpeller davantage au cours des années qui viennent les diplômés, les citoyens attachés au développement des études universitaires, les organismes philanthropiques et les entreprises afin d\u2019augmenter les bourses mises à la disposition des étudiants.Par ailleurs, les universités suivront de près l\u2019évolution de la fréquentation uitiversitaire de façon à ce que, si le besoin s\u2019en faisait sentir, elles puissent proposer au gouvernement les ajustements requis aux programmes d\u2019aide financière pour maintenir l\u2019accès aux études uitiversitaires.Enfin, les chefs d\u2019établissement universitaire rappellent que, comme prévu au budget 2011-2012 du gouvernement du Québec, les universités consacreront tous les revenus additionnels découlant de la hausse des droits de scolarité à l\u2019amélioration de l\u2019enseignement, des services aux étudiants et de la recherche dans le cadre d\u2019ententes de partenariat confirrqant ces engagements avec le ministère de l\u2019Éducation, du Loisir et du Sport.Qui s\u2019instruit s\u2019enrichit I Denise '\t( Bombardier d- Ce slogan servait d\u2019argumenf à ime autre époque, pour lutter contre l\u2019absence de motivation quant à la nécessité de poursuivre les études.Il faut dire qu\u2019il a toujours existé une sorte de méfiance au Québec vis-à-vis des gens instruits.Mais ce slogan ne doit pas être interprété dans un seul sens.L\u2019université n\u2019est pas que l\u2019antichambre menant à la banque, elle est aussi et peut-être avant tout si l\u2019on est idéaliste, le lieu du haut savoir et de la connaissance.L\u2019agitation sociale actuelle autour du gel des droits de scolarité aura donc été l\u2019occasion pour que soient exprimées certaines idées sur le rôle de l\u2019université et de l\u2019éducation en général.Dans une société où sévit encore un anti-intellectualisme aussi virulent que rampanp et ceH à l\u2019intérieur même des établissements universitaires, il est salutaire de proclamer bien haut que l\u2019éducation est le seul héritage à l\u2019abri des insécurités matérielles, politiques et financières.Une personne éduquée, cultivée peut un jour perdre son emploi, connaître des revers de fortune, mais jamais on ne pourra la dépouiller de sa culture et de ses connaissances garantes de sa liberté intellectuelle.Il est donc désolant que les mouvements étudiants ne se soient agités depuis des décennies qu\u2019autour de la remise en cause du gel des droits de scolarité.Ils auraient eu tant de raisons d\u2019alerter l\u2019opinion publique.Par exemple, sur la transformation progressive des objectifs de l\u2019éducation supérieure, vers ce que l\u2019on appelle la marchandisation du savoir.Quand donc ont-ils abordé la question de l\u2019excellence, de la qualité des cours, de la surreprésentation des chargés de cours en lieu et place de professeurs plus expérimentés?Quand donc ont-ils exigé plus de cours d\u2019histoire, de géographie, de littérature, d\u2019histoire des sciences, cette éducation humaniste qu\u2019on a peu à peu évacuée de leur formation pour en faire des techniciens de haut niveau, certes, mais qui sont trop souvent incapables d\u2019appréhender le monde actuel dans sa complexité?Trop d\u2019étudiants se sont laissé modeler par cette conception réductrice de l\u2019université arc-boutée essentiellement sur le monde du travail.L\u2019université devrait avoir pour mission de former des hommes et des femmes qui assurent l\u2019avenir de la société, qui croient aux vertus de la connaissance, du dépassement de soi et qu\u2019on aura sensibilisés à être les dépositaires de la soif d\u2019apprendre aux plus jeunes.En ce sens, les revendications sur le gel des droits de scolarité apparaissent réductrices, et nç laissent présager auam débouché sur l\u2019essentiel.A quoi servent les études supérieures si le seul objectif est un job plus payant à la clé?Qn comprend alors que nombre d\u2019étudLnts se plaignent des cours «qui ne servent à rien», qu\u2019ils ne s\u2019inquiètent guère de leur incapacité à écrire sans fautes et à s\u2019exprimer dans ime langue soutenue ou simplement correcte.Sans la volonté du gouvernement Charest à maintenir le gel des droits de scolarité, la rue ne serait pas prise d\u2019assaut et la marchandisation de l\u2019éducation ne continuerait qu\u2019à préoccuper quelques intellectuels isolés dans leur lucidité.Quant à la gestion des établissements universitaires et aux orientations à définir en éducation, elles gagneraient aussi à être confiées à des gens dont le vocabulaire ne devrait pas être interchangeable avec celui des dirigeants de banques ou de sociétés de gestion privée.Il faut bien sûr trouver un équilibre entre une exigence d\u2019efficacité financière et la formation des élites, qui est la tâche des universités.L\u2019argent peut bien être le nerf de la guerre, mais c\u2019est la transmission du savoir qui la-çonne l\u2019âme d\u2019une nation.À ce jour, les contribuables ont été largement sollicités.Pourquoi faudrait-il que les premiers bénéficiaires, en l\u2019occurrence les étudiants, ne soient pas mis à contribution à hauteur des bénéfices qu\u2019ils retirent de cette formation supérieure?Rappelons que la démocratisation de l\u2019enseignement s\u2019est faite au Québec dans une période de prospérité économique inégalée.Tel n\u2019est pas le cas aujourd\u2019hui.Madame Pauline Marois, qui rejette les augmentations des droits de scolarité qu\u2019impose le gouvernement Charest, cqnnaît mieux que personne le vide des coffres de l\u2019État Aucun futur gouvernement ne pourra maintenir le statu quo.D\u2019ailleurs, la chef du PQ refrise de dire si elle confirmera ce gel si d\u2019aventure elle est élue.En son âme et conscience, l\u2019ancienne ministre des Finances sait très bien que le débat tel qu\u2019il est posé est un nœud gordien.La tentation est grande de se laisser glisser vers la facilité qui consisterait à céder aux demandes des jeunes afin d\u2019éviter la pagaille.Qr la gratuité scolaire ou celle des services publics repose sur des assises ensablées qui sont en train de tous nous enliser.Aucun jeune ayant les aptitudes requises ne devrait être écarté des études supérieures faute de moyens financiers.Pour cela, peut-être faut-il revoir cette politique d\u2019une époque révolue où les étudiants, peu importe leur choix de spécialisation, sont traités sur le même pied.La médecine, l\u2019art dentaire, le droit Poljfrechnique, HEC sont des spécialisations hautement rentables pour qui choisit d\u2019y entrer.Avec la philosophie, les lettres, l\u2019histoire, les sciences humaines, ces études «inutiles», l\u2019avenir financier est moins assuré.Toutes les certitudes, les droits acquis, les garanties diverses sont aujourd\u2019hui remis en cause à travers la planète.En fait plus rien n\u2019est gelé à notre époque de réchauffement planétaire.L\u2019EQUIPE DU DEVOIR RÉDACTION Information générale et métropolitaine : Dominique Reny (adjointe au directeur de l\u2019information), Marie-Andrée Chouinard (éditorialiste, responsable de la page Idées), Marco Bélair-Cirino (général), Jeanne Corriveau (affaires municipales, Montréal), Isabelle Porter (affaires municipales, Québec)YeAA&n D&gh.s&(société), Jean Dion (sports), Louis-Gilles Francœur (environnement), Dsa-Marie Gervais (éducation), Pauline Gravel (sciences), Caroline Montpetit (affaires sociales), Brian Myles (justice), Louise-Maude Rioux Soucy et Amélie Daoust-Boisvertèsiïw^éJ ; information politique : Michel Dav\\A(chroniqueur), Hélène Buzzetti et Marie Vastel (correspondantes parlementaires à Ottawa), Antoine Robitaille et Robert Dutrisac (correspondants parlementaires à Québec), Guillaume Bourgault-Côté et Kathleen Lévesque (reporters) ; information culturelle : Michel Bélair (théâtre et cahier Culture), Stéphane BaÜlargeon (médias), Frédérique Doyon et Isabelle Paré (reporters), Odile Tremblay (cinéma), Paul Bennett (pupitre cahiers spéciaux et culturels du week-end), Julie Carpentier (pupitre) ; informationéconomique : Gérard Bérubé (adjoint au directeur de l\u2019information), François Desjardins, Éric Desrosiers et Alexandre Shields^ {reporters), Gérald Dallaire (pupitre) ; information internationale : Serge Truffaut (éditorialiste), Claude Lévesque et Guy 'TaiWeier (reporters) ,j&axi-V\\eTr& Legault (pupitre international, page éditoriale et cahier Perspectives) ; Diane Précourt (responsable des pages thématiques), Emilie Folie-Boivin (pupitre) ; Jacques Grenier et Jacques Nadeau (photographes) ; Michel Garneau (caricaturiste) ; Andréanne Bédard, Michèle Malenfant et Christine Dumazet (correctrices) ; Benoît Munger, Philippe Papineau et Laurence Clavel (pupitre internet), Marie-Pier Frappier et Geneviève Tremblay (commis internet) ; Amélie Gaudreau (secrétaire à la rédaction)-, Karl Rettino-ParazeUi et Sophy Lambert-Racine (commis à la rédaction).DOCUMENTATION Gilles Paré (directeur), Manon Derome (Montréal), Monique Bhérer (Ottawa), Dave Noël (Québec) .PUBOClTE , Jean de Billy, Jennifer Boily-Demers, Jean-François Bossé, Marlène Côté, Stéphanie Déziel, Amel Elimam, Véronique Langlois, Simon Lanoie, Amélie Maltais, Maria M.Motta, Claire Paquet, Chantal Rainville, Isabelle Sanchez, Nadia Sebaï (publicitaires), Sylvie Laporte, Martine Bérubé (secrétaire).PRODUCTION Christian Goulet (directeur de production), Olivier Zuida (directeur adjoint), Michel Bernatchez, Danielle Cantara, Richard Des Cormiers, Donald Filion, Yannick Morin, Nathalie Zemaitis.INFORMATIQUE Yanick Martel (administrateur Web)(RaxiseX Matthews (technicien informatique).PROMOTION, DISTRIBUTION ET TIRAGE Maxim-Olivier Leclerc (responsable par intérim service à la clientèle), Nancy Beaulieu, Manon Blanchette, Nathalie Filion, Marie-Lune Houde-Brisebois ; Jean-Robert Divers (responsable promotion).ADMINISTRATION Stéphane Roger (contrôleur), Olena BÜyakova (reponsable des services comptables), Claudette Béliveau (adjointe administrative), Céline Furoy, Ghislaine Lafleur, Claudine Chevrier, Véronique Pagé, Monique Proteau. B 6 LE DEVOIR, LES SAMEDI 24 ET DIMANCHE 25 MARS 2012 PHILOSOPHIE lÆ DEVOIR DE PHILO Le « solidarisme » de Léon Bourgeois contre la «juste part» de Bachand Le véritable sens de l\u2019expression fétiche du ministre s\u2019apparente non pas à une saine solidarité, mais à l\u2019individualisation des coûts et des bénéfices Deux fois par mois, Le Devoir lance à des passionnés de philosophie, d\u2019histoire et d\u2019histoire des idées le défi de décrypter une question d\u2019actualité à partir des thèses d\u2019un penseur marquant.Cette semaine, le professeur et auteur Christian Nadeau.CHRISTIAN NADEAU Professeur au Département de philosophie de l\u2019Université de Montréal.E a entre autres publié Justice et démocratie.Une introduction à la philosophie politique (PUM, 2007) et Contre Harper (Boréal, 2011).Depuis plusieurs mois, comme le ministre des Finances Raymond Bachand le répète à qui veut l\u2019entendre, le gouvernement Charest a engagé une «révolution culturelle» en matière de dépenses publiques où chacun devrait apporter sa «juste part».Dans l\u2019expression, devenue fétiche pour le ministre, le sens du mot «juste» demeure toutefois bien flou.Les philosophes peuvent et doivent intervenir sur cet aspect particulier du programme des Bachand et compagnie.Si le ministre tient à parler de «juste part», il devrait s\u2019intéresser de plus près au sens de la justice sociale et non simplement invoquer sans cesse cette formule comme un mantra pour éloigner les mauvais esprits de la social-démocratie.Dans leur boîte à outils, les philosophes disposent d\u2019une idée très importante, et malheureusement trop souvent galvaudée: la solidarité.A ce sujet, un courant inspirant et peu connu de la philosophie politique française du XIX® siècle fut le «solidarisme».Parmi ses contributeurs les plus importants, on retrouve Léon Bourgeois (1851-1925).Léon Bourgeois et la solidarité Intellectuel et homme politique.Bourgeois fut membre du Parlement à titre de député du Parti radical de la IIP République.Il fut également le tout premier président de la Société des nations et reçut le prix Nobel de la paix en 1920.Grand érudit, il a occupé de nombreuses hautes fonctions au gouvernement et a sans cesse préconisé des politiques publiques fidèles à la solidarité, qu\u2019il a défendue toute sa vie.Bourgeois a largement inspiré les thèses du solidarisme et du mouvement politique radical.Contre le collectivisme des socialistes, mais tout autant hostile à l\u2019atomisme social.Bourgeois fonde l\u2019idée de solidarité sur le principe d\u2019une responsabilité de tous à l\u2019égard de chacun.La solidarité est ainsi entendue comme une forme de la justice comme équité, ce qui la distingue par exemple de la charité.Cette solidarité collective s\u2019oppose à tout effacement de l\u2019individu au profit de la collectivité.Très critique du programme des socialistes de son époque, où les efforts et libertés des individus se voient sacrifiés sur l\u2019autel des luttes sociales.Bourgeois condamne également les mouvements politiques nostalgiques de l\u2019Ancien Régime qui remettent en cause l\u2019héritage de la Révolution.Son désaccord profond avec les socialistes ne l\u2019empêche pas d\u2019appeler à une dénonciation de la domination capitaliste qui favorise une aristocratie de la finance n\u2019ayant en fait que remplacé la monarchie héréditaire.A la différence des socialistes de leur époque, les solidaristes comme Bourgeois militent en faveur des libertés et de la propriété individuelles.Aujourd\u2019hui, l\u2019ensemble des gauches devrait relire leurs discours, et en particulier au Québec où « Contre le collectivisme des socialistes, Bourgeois fonde l\u2019idée de solidarité sur le pnncipe d\u2019une responsabilité de tous à l\u2019égard de chacun» le lexique des libertés et des responsabilités individuelles est essentiellement récupéré par la droite, conservatrice ou libertarienne.Les solidaristes avaient compris qu\u2019il ne peut y avoir de liberté ni même de propriété individuelles sans l\u2019effort de chacun pour le bien commun.On pourrait peut-être voir là une manière d\u2019expliquer le concept de
de

Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.

Lien de téléchargement:

Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.