Le devoir, 31 mars 2012, Cahier G
[" MADELEINE PARENT 1918-2012 Ijr Hors ^ I des syndicats Lau^i américains, le salut! Page 3 Françoise, Madeleine et la cause des femmes Page 5 « Rouge » elle le fut Page 6 CAHIER G .LE DEVOIR, LES SAMEDI SI MARS ET DIMANCHE 1\u201c AVRIL 2012 A douce.« Elle était ammee par des convictions absolument inébranlables » / Quand Madeleine Parent épousait une cause, «on avait l\u2019impression que c\u2019était à jamais.Elle était tenace, combattante, loyale, fidèle», confie Lorraine Pagé dans nos pages célébrant la mémoire de cette grande dame qui s\u2019est éteinte le 12 mars dernier à l\u2019âge de 93 ans.AMELIE DAOUST-BOISVERT Douce et radicale, syndicaliste et féministe engagée, Madeleine Parent a milité de l\u2019aube au crépuscule de sa vie, jusqu\u2019au bout de ses forces.L\u2019engagement d\u2019une vie, 24 heures sur 24, 7 jours sur 7.Sans compromis.Françoise David voudrait que Madeleine Parent marque la mémoire collective du Québec au même titre que des hommes connus et reconnus, les Bour-gault, Lévesque, Chartrand.Cette femme qui prenait le micro d\u2019une vok douce pour dire des choses très radicales, raconte Mme David, mérite qu\u2019on se souvienne du rôle majeur qu\u2019elle a joué dans l\u2019histoire du Québec.Elle ne se mettait pas en colère, dit l\u2019historienne Denise Baillargeon.«En ce sens, c\u2019était Vanti-Michel Chartrand; mais, tout comme lui, elle était animée par des convictions absolument inébranlables», explique-t-elle.Elle aura été une grande indignée jusqu\u2019à la fin de sa vie, décédée dans les mois qui justement auront suivi le mouvement d\u2019indignation mondial qui s\u2019est répandu sur la planète.Une femme au destin hors normes Madeleine Parent naît en juin 1918.Elle grandit en face du parc Lafontaine, dans une famille de la classe moyenne qui ne connaîtra pas les privations de la Grande Dépression.Ses parents l\u2019envoient dans les meilleures écoles, dont le couvent Villa-Maria.C\u2019est à cette époque qu\u2019il faut chercher les racines du militantisme de Madeleine, qui était atterrée en voyant l\u2019injustice dont étaient victimes les domestiques au couvent.Peut-être pour échapper à ce milieu religieux, Madeleine choisit de poursuivre sa scolarisation à i\u2019Université McGill en 1936, où elle étudie la sociologie.Parfaitement bilingue, elle s\u2019engage dans les associations étudiantes.De cette époque jusque dans les années 2000, elle manifestera avec les étudiants, défendant l\u2019accessibilité aux études pour les, moins nantis.A l\u2019université, elle fait la rencontre marquante de Léa Ro-back.De quelques années son aînée, cette dernîère œuvre déjà dans le monde syndical.Madeleine prend le chemin qui sera le sien: elle suivra les traces de son amie, une décision culottée pour une femme Issue de la petite bourgeoisie de l\u2019époque.Des luttes difficiles Geste d\u2019éclat: fraîchement diplômée, Madeleine se trouve un premier emploi dans le monde syndical.Elle se marie une première fols en 1941.Mais cette union avec Val Bjar- ARCHIVES NATIONALES DU CANADA PA 178137 Madeleine Parent a été de tous les combats politiques pour faire reconnaître le droit des femmes au travail et à un salaire égal à celui des hommes.nason est de courte durée.Le grand amour de Madeleine, son compagnon de vie et de lutte, Kent Rowley, entre dans sa vie, en 1943.A ses côtés, Madeleine défendra les ouvriers du textile \u2014 et les ouvrières, qui, pendant la Deuxième Guerre mondiale, entrent dans les usines.Elle s\u2019attire les foudres de Maurice Duplessis.En 1946 et 1947, deux grèves marquantes des Ouvriers unis des textiles d\u2019Amérique (OUTA) lui valent la prison à quelques reprises.Duplessis accuse le couple d\u2019être de «dangereux communistes».Madeleine sera blanchie de toute accusation par la Corn d\u2019appel.En 1952, une autre grève à Dominion Textile coûtera la tête d\u2019OUTA à Madeleine et Kent.Ce dernier part pour l\u2019Ontario, et les luttes du couple s\u2019y pomsuivent sans relâche pour bâtir des syndicats locaux indépendants, libérés du joug des Américains.Elle figure parmi les membres fondateurs du Conseil des syndicats canadiens.Eéministe, elle participe également à la création du Comité d\u2019action pour le statut de la femme.Kent meurt en 1978.En 1983, Madeleine revient définitivement au Québec.Retraitée, elle s\u2019engage au sein de la Eé-dération des femmes du Québec, à Alternatives, au Centre des travaillems immigrants, à la Ligue des droits et des libertés et dans des associations appuyant les femmes autochtones et immigrantes.On la verra marcher au Sommet des Amériques, frêle et surprenante.Elle aura milité jusqu\u2019au bout, sans relâche.«Les causes survivent aux personnes qui les ont portées, croit Lorraine Pagé.Et il faut encore poursuivre la course à relais.» Le Devoir « C\u2019était l\u2019anti-Michel Chartrand; mais, tout comme lui, elle était animée par des convictions absolument inébranlables» Dernier adieu Une commémoration publique ama lieu pom honorer la mémoire et la contribution inestimable de Madeleine Parent à la société québécoise et canadienne.Le dimanche 1\" avril, de 14 heures à 16 bernes Centre funéraire Côte-des-Neiges, 4525, chemin de la Côte-des-Neiges, Montréal Métro Côte-des-Neiges, autobus 165 sud Stationnement sm place Les salles peuvent accueillir 350 personnes.Béatrice Picard -, té JBH Raymond Lévesque Gilles Latulippe Gilles Pelletier 19 GRANDS NOMS.CETTE SEMAINE : MADELEINE PARENT Dans une série qui met en vedette des hommes et des femmes : t qui ont contribué à façonner notre culture et notre société.1 CRÉDIT PHOTO MADELEINE PARENT: XAVIER HARMEL I il * 1 till I #RDI LES GRANDS REPORTAGES PERSONNALITÉS CE SOIR 21H30 RÉALISATION-COORDINATION : GEORGES AMAR G 2 LE DEVOIR LES SAMEDI SI MARS ET DIMANCHE 1\u201c AVRIL 2012 MADELEINE PARENT Biographie Madeleine Parent 1918-2012 Quelques dates marquantes dans la vie d\u2019une syndicaliste de la première heure.1918: Naissance à Montréal.La petite Madeleine grandit au sein d\u2019une famille de la classe moyenne et fréquente les meilleures éqoles.1936-1940: Etudes de sociologie à l\u2019Université McGill.Elle rencontre Léa Roback, s\u2019engage dans plusieurs organisations étudiantes.1941: Au sortir de l\u2019université, Madeleine trouve un premier emploi dans le milieu syndical.1943: Rencontre marquante: l\u2019organisateur syndical Kent Rowley entre dans la vie de Madeleine.Elle épousera en 1953 celui avec qui elle forme un duo de choc, notamment au sein du syndicat des Ouvriers unis des textiles d\u2019Amérique (OUTA).1946-1947: Défendant les ouvriers du textile, Madeleine est arrêtée une première fois sous Maurice Duplessis, pendant la grève de l\u2019usine de Dominion Textile à Val-leyfield.L\u2019année suivante, elle sera arrêtée à plusieurs reprises pendant la grève de La-chute.Accusée avec Rowley et Azélius Beaucage de «conspiration séditieuse», elle est blanchie en Cour d\u2019appel.1952: Autre grève marquante à Montréal et Valleyfield chez Dominion Textile.Madeleine et Kent sont contraints de quitter la tête d\u2019OUTA Kent quitte le Québec pour l\u2019Ontario, et les luttes syndicales du couple s\u2019y transportent, bien que Madeleine garde un pied-à-terre à Montréal.1970: Au sein du Comité canadien d\u2019action sur le statut de la femme, Madeleine représente le Québec à plusieurs reprises dans les années 70.1978: Décès de Kent Rowley.1980: Elle se prononce pour le Oui au référendum sur l\u2019indépendance du Québec.1983: Au début des années 80, Madeleine prend sa retraite et revient vivre à Montréal.11\tn\u2019y a retraite qu\u2019en apparence, puisque c\u2019est à cette époque qu\u2019elle s\u2019engage plus étroitement pour la cause des femmes, des immigrantes et des autochtones.2000: Pendant les années 2000, Madeleine sera présente à plusieurs tribunes et manifestations.Elle reste engagée jusqu\u2019au bout.En 2009, sa santq fragile la force à se retirer.12\tmars 2012: A l\u2019âge de 93 ans, Madeleine Parent meurt des suites d\u2019une longue maladie.A.D.-B.Un legs Son engagement force l\u2019admiration « Elle fut aux premières loges des grands changements sociaux du Québec » Syndicaliste et féministe, Madeleine Parent a prêté sa voix de militante à de nombreuses causes tout au long de sa vie.L\u2019héritage qu\u2019elle laisse à la société québécoise et canadienne est multiple et considérable.Survol en compagnie d\u2019Andrée Lévesque, qui a dirigé sa biographie, dont le titre, Madeleine Parent, militante, résume bien la carrière de cette femme hors du commun.PIERRE VALLÉE Andrée Lévesque a connu Madeleine Parent bien avant de l\u2019avoir rencontrée.«C\u2019était au début des années cinquante et je devais avoir environ 12 ans.A l\u2019école, la religieuse qui était mon enseignante posa un geste que je considérais comme injuste et que j\u2019ai aussitôt dénoncé haut et fort.La religieuse m\u2019a rétorqué: \u201cToi, tu es une future Madeleine Parent\u201d.Comme je ne connaissais pas Madeleine Parent, fai demandé à mon père au souper de me dire qui elle était.Il m\u2019a répondu: \u201cMadeleine Parent, c\u2019est juste une communiste\u201d.J\u2019ai compris par la suite que, à cette époque, traiter une jeune fille qui avait du caractère, comme moi, de Madeleine Parent était la pire insulte qu\u2019on pouvait faire.» C\u2019est parce que, dans les années 40 et au début des années 50, Madeleine Parent avait beaucoup dérangé et bousculé l\u2019ordre établi.D\u2019abord, son parcours scolaire fut singulier, puisqu\u2019elle obtint son baccalauréat à l\u2019Université McGill, où elle a découvert le militantisme étudiant.«Elle y fait la rencontre de Léa Roback, qui devient son mentor et l\u2019introduit dans le monde syndical.Et, au lieu de choisir une profession plus traditionnelle, Madeleine Parent devient conseiller syndical, un métier alors réservé aux hommes.» C\u2019est à titre de syndicaliste que Madeleine Parent se retrouve au cœur des grèves qui secouent alors l\u2019industrie du textile.«Ces combats syndicaux sont les premiers pas de ce qui deviendra plus tard la Révolution tranquille, et l\u2019on peut dire que Madeleine Parent fut aux premières loges des grands changements sociaux du Québec.» Le militantisme syndical de Madeleine Parent agace et irrite les autorités, au premier chef le premier ministre de l\u2019époque, Maurice Duplessis, qui ira jusqu\u2019à lui causer des démêlés juridiques, ce qui n\u2019ébranle en rien ses convictions militantes.«C\u2019est une femme forte qui sait tenir tète aux grands de ce monde.Elle fait aussi la preuve qu\u2019une femme peut faire bouger les choses.K ARCHIVES NATIONALES DU CANADA PA 178136 C\u2019est à titre de syndicaliste que Madeleine Parent se retrouve au cœur des grèves qui secouent alors l\u2019industrie du textile.En ce sens, Madeleine Parent a été un modèle pour beaucoup de femmes.» Réformer le syndicalisme canadien C\u2019est à cette époque aussi que Madeleine Parent rencontre celui qui deviendra son compagnon de vie, le syndicaliste Kent Rowley.Mais les constants affrontements du couple avec les autorités dérangent les patrons des grands syndicats américains auxquels sont affiliés les syndicats où militent Kent Rowley et Madeleine Parent.Au début des années 50, le couple sera expulsé de ses fonctions syndicales au Québec, ce qui le contraint à s\u2019exiler en Ontario.Mais le couple a déjà dans sa mire une nouvelle cause.Selon eux, les syndicats canadiens sont trop inféodés aux grands syndicats américains.«A cette époque, environ 80 % des syndicats canadiens étaient affiliés à de grands syndicats américains et seulement 20 % des syndicats canadiens étaient indépendants.Madeleine Parent et Kent Rowley croyaient qu\u2019il fallait re-canadianiser le syndicalisme canadien.» Pour y arriver, le couple fonde, à la fin des années 1960, le Conseil des syndicats canadiens.«Leurs efforts ont tellement porté fruit qu\u2019aujour-d\u2019hui c\u2019est l\u2019inverse que nous connaissons.Seulement 20 % des syndicats canadiens sont affiliés à des syndicats américains.D\u2019ailleurs, Madeleine Parent s\u2019est toujours méfiée de l\u2019influence américaine au Québec et au Canada.» Une retraite active En 1978, Kent Rowley décède subitement et Madeleine Parent choisit de revenir s\u2019installer au Québec.Elle prend aussi sa retraite du syndicalisme, mais elle n\u2019abandonne pas pour autant son action de militante.Ce seront donc de nouvelles causes qu\u2019elle défendra et appuiera, dont notamment le féminisme.«Elle fut de la fondation du Conseil consultatif canadien de la situation de la femme et y a longtemps siégé comme déléguée du Québec.» Au fil des ans, elle milita aussi dans le mouvement souverainiste tout comme dans le mouvement pacifiste.Elle prêta aussi sa voix à des causes moins connues.«Elle fut l\u2019une des premières à s\u2019intéresser au sort des femmes immigrantes.Elle se fit l\u2019avocate de la cause des femmes autochtones à une époque où leurs conditions étaient passées sous silence.Au fond, son choix a été souvent de militer pour les causes des minorités des minorités.» Madeleine Parent était aussi consciente de sa notoriété et savait en user à bon escient.«Elle aimait bien se servir de sa renommée et de sa respectabilité pour faire avancer des causes.Elle savait que son nom apportait une légitimité à une cause.Elle savait aussi qu\u2019une lettre signée par elle ou un coup de téléphone qu\u2019elle donnait obligeait son interlocuteur à lui répondre.Sa notoriété était telle qu\u2019on ne pouvait tout simplement pas faire fi de Madeleine Parent.» Mais, peu importe les luttes que Madeleine Parent a menées et les victoires qu\u2019elle a su arracher, elle est demeurée modeste.«Peu importe les florilèges et les félicitations, Madeleine Parent disait toujours: \u201cCe que j\u2019ai fait, je ne l\u2019ai pas fait seule, je l\u2019ai fait avec l\u2019aide des autres\u201d.» Ce qui témoigne de la solidarité de cette exceptionnelle militante.«Madeleine Parent impressionne par l\u2019étendue et l\u2019éventail de son militantisme, mais c\u2019est la profondeur de son engagement, qui n\u2019a jamais défailli, qui force le respect et l\u2019admiration.» Collaborateur du Devoir Merci madame Parent Secretariat intersyndical (çxnh des services publics a S www.sisp.qc.net La force vive du secteur public Madeleine Parent et Léa Roback, amies de cœur et d\u2019engagement.Dans nos cœurs, les noms de Madeleine Parent et Léa Roback sont à jamais liés par leur profonde amitié et leur engagement en faveur des droits des femmes et du droit à l\u2019éducation.Par notre action, nous continuons de porter les causes qui leur étaient chères.C.P.48509, Outremont (Québec) H2V 4T3 info@fondationlearoback.org www.fondationiearoback.org FONDATiON LEA ROBACK FOUNDATION MADELEINE PARENT Hommage à une grande militante à l\u2019égard du droit des femmes et de celui des travailleuses et travailleurs.UN EXEMPLE DE TÉNACITÉ.UNE SOURCE D\u2019INSPIRATION./FEDERATION ^AUTONOME DE L'ENSEIGNEMENT LE DEVOIR LES SAMEDI SI MARS ET DIMANCHE I MADELEIIE PAREIT AVRIL 2012 G 3 Au temps du maccarthysme et du duplessisme Hors des syndicats américains, ie saint ! « Droit syndical, droit du travail et droits des femmes [vont] de pair» Hors normes, Madeleine Parent a commencé sa carrière de syndicaliste à la fin des années 30.Ses actions ont inspiré une génération de femmes syndicalistes.MARTINE LETARTE Madeleine a été une pionnière.En raison de ce qu\u2019elle a fait, mais aussi du contexte politique extrêmement répressif dans lequel elle a agi.C\u2019était l\u2019époque du maccarthysme aux Etats-Unis et du duplessisme au Québec», indique Claudette Carbonneau, présidente de la Confédération des syndicats nationaux (CSN) de 2002 à 2011.«Madeleine a choisi son camp et ne lui a jamais dérogé.Je crois que ce qui la décrit le mieux, c\u2019est la continuité», affirme Monique Simard, qui a été première vice-présidente de la CSN de 1983 à 1991.Elle a très bien connu Madeleine Parent dès les années 70.Très engagée dans les mouvements de grèves dans le domaine du textile durant les années 40 et 50, Madeleine Parent a d\u2019ailleurs été jetée plusieurs fois en tion patronale.Il n\u2019y avait pas d\u2019aide sociale, pas de filet social du tout.Les gens risquaient tout pour se syndiquer; ils pouvaient se faire congédier.Les organisateurs syndicaux avaient tout ce poids sur leurs épaules.C\u2019était extrêmement lourd», explique Mme Simard.Le fait qu\u2019elle était une femme syndicaliste était aussi atypique, à cette époque où le syndicalisme était particulièrement dur.Très engagée dans les mouvements de grèves dans le domaine du textile durant les années 40 et 50, Madeleine Parent a d\u2019ailleurs été jetée plusieurs fois en prison.Un syndicalisme très dur Née à Montréal en 1918, Madeleine Parent s\u2019est mariée, puis elle a divorcé pour se remarier au syndicaliste Kent Rowley.Elle n\u2019a pas eu d\u2019enfant.Ælle n\u2019aurait pas eu pnsou le temps! Elle était totalement dévouée à la cause avec Kent.C\u2019était l\u2019engagement d\u2019une vie, 24 heures sur 24, 7 jours sur 7.Cette sensibilité remontait à très tôt dans sa vie, lorsqu\u2019elle voyait les domestiques traitées injustement par les religieuses au couvent.C\u2019était comme une mission pour elle», affirme Monique Simard, qui a participé à l\u2019écriture de sa bio^aphie, Madeleine Parent, militante.Il fallait effectivement se sentir investi d\u2019une mission, dans les années 1940 et 1950, pour être syndicaliste.«C\u2019était honni à l\u2019époque.Ce n\u2019était pas la majorité des gens qui étaient syndiqués.Il n\u2019y avait pas de cadre de travail.Il n\u2019y avait pas de prélèvements automatiques sur les salaires pour les cotisations, donc les syndicats n\u2019avaient pas d\u2019argent.Il y avait de l\u2019intimida- «Sorcière»?«Maurice Duplessis en faisait une obsession.Il l\u2019a poursuivie pour sédition! Il faut le faire!», s\u2019exclame Mme Simard, aujourd\u2019hui directrice générale du programme français de l\u2019Office nationale du film (ONF).«On l\u2019a traînée devant les tribunaux, on l\u2019a accusée de tout.Son choix de vie entraînait un engagement et un prix personnel à payer extrêmement importants.Le gouvernement Duplesfis et une certaine frange de l\u2019Eglise se servaient de tout ce qu\u2019elle avait de hors normes, comme le fait qu\u2019elle était divorcée et qu\u2019elle n\u2019avait pas d\u2019enfant, pour discréditer le genre de travail qu\u2019elle faisait.On en a fait notre sorcière de Salem», affirme Mme Carbonneau.Autant d\u2019années d\u2019âpres luttes avaient inévitablement laissé des marques.«Madeleine Parent est restée paranoïaque toute sa vie, mais c\u2019était fondé, affirme Mme Simard.On faisait circuler toutes sortes de rumeurs sur elle.On disait qu\u2019elle était débarquée d\u2019un sous-marin russe! On l\u2019avait espionnée, emprisonnée.Elle est toujours restée méfiante.» ALAIN CHAGNON Congrès de la CSN en 1994.De gauche à droite: Madeleine Parent, Céline Lamontagne, Léopold Beaulieu, Claudette Carbonneau, Gérald Larose, Pierre Paquette, Nicole Cousineau et Roger Valois.Le volet ontarien Si on parlait de sous-marin russe, c\u2019est parce qu\u2019à l\u2019époque le syndicalisme était souvent lié au communisme.«Lorsqu\u2019elle était à McGill, Madeleine s\u2019est engagée dans des groupes syndicalistes, socialistes et communistes, raconte Mme Simard.Le Parti communiste était très fort à l\u2019époque au Canada.Après la Deuxième Guerre mondiale, avec la chasse aux sorcières, les syndicats américains et canadiens, qui étaient en majorité des filiales de syndicats américains, ont voulu se débarrasser des communistes.» Madeleine Parent et ses amis faisaient partie de ceux qu\u2019on voulait chasser.Son mari s\u2019est donc installé en Ontario et elle est allée le rejoindre.Ils y ont fondé, en 1969, la Confédéra- tion des sjmdicats canadiens.«Pour eux, ça n\u2019avait pas de bon sens d\u2019être dominé par les syndicats américains.Ils n\u2019auraient pas joint les rangs de la CSN non plus, qui s\u2019est déconfessionnalisée en 1960 seulement.Il n\u2019était pas question pour Madeleine et Kent d\u2019aller chez les curés! Ils sont donc repartis à zéro avec cette organisation de gens assez radicaux, proche du Parti communiste.Us ont syndiqué notamment des travailleurs des mines du Nord de l\u2019Ontario et des gens des raffineries de l\u2019Est de Montréal», indique Mme Simard.«En se battant contre le syndicalisme d\u2019obédience américaine, Madeleine et Kent ont vraiment travaillé à développer un syndicalisme canadien», affirme Mme Carbonneau.Pour une société juste Devenue veuve en 1978, Madeleine Parent est revenue vivre à Montréal en 1983, lorsqu\u2019elle a pris sa retraite.C\u2019est dors qu\u2019elle s\u2019est beaucoup engagée dans le mouvement des femmes.C\u2019est à ce moment-là que Claudette Carbonneau a connu Mme Parent.Les deux femmes siégeaient à l\u2019exécutif de Solidarité populaire Québec, la première comme représentante de la CSN, la deuxième comme représentante du mouvement des femmes.«Madeleine a toujours eu le souci de sortir les femmes de la marginalité.Dans le milieu syndical, elle a beaucoup travaillé auprès des femmes ouvrières, qui étaient beaucoup moins organisées que les hommes et beaucoup plus ex- ploitées.Elle faisait un combat pour améliorer leurs conditions de travail, mais c\u2019était aussi un combat pour l\u2019autonomie et la dignité.Lorsqu\u2019elle s\u2019est engagée dans le mouvement des femmes, c\u2019était pour que toutes les femmes des différentes couches de la société, qu\u2019elles soient pauvres, autochtones, immigrantes ou handicapées, y trouvent leur place.C\u2019était un trait fondateur de Madeleine», affirme Mme Carbonneau.Monique Simard est du même avis.«Pour elle, le droit syndical, le droit du travail et les droits des femmes allaient de pair.Elle avait une pensée assez complète et intégrée de ce que devait être une société juste, où on n \u2019abuse pas des plus faibles.» Collaboratrice du Devoir SUR LES TRACES D\u2019UNE GRANDE PIONNIERE.MERCI MADELEINE PARENT! Q scfp.qc.ca ~\t^\t@ ©SCFPQuGbecInfos llfSon pubhSue ™\tD SCFP-Québeo Infos Les enseignantes et les enseignants membres de la FNEEQ rendent hommage à Madeleine Parent, une syndicaliste et une militante remarquable dont l'engagement ne s'est jamais démenti.fneeqi www.fneeq.qc.ca Madeleine Parent, femme de cœur et de conviction Elle a fait de sa vie un tissu de solidarité.Et toute sa vie, elle s\u2019est tenue debout, fidèle.Desjardins Caisse d'économie solidaire www.caissesolidaire.coop G 4 LE DEVOIR LES SAMEDI SI MARS ET DIMANCHE 1\u201c AVRIL 2012 MADELEIIE PAREIT Vue de Toronto Une séparatiste.canadienne! «Aux travailleurs de décider ce qu\u2019ils devaient faire » Si Madeleine Parent est bien connue au Québec pour son militantisme en faveur des ouvriers et des femmes, elle a autant œuvré, sinon même davantage, pour libérer les syndicats canadiens du joug américain.pas été facile», rapporte Rick Salutin.D\u2019abord, il a été extrêmement difficile pour elle de s\u2019insérer dans le mouvement syndical des années 1950.simplement parce qu\u2019elle était une femme.Les dirigeants d\u2019alors «ne la considéraient que comme une secrétaire, dit-il.Il n\u2019y en a eu qu\u2019un, Kent, qui l\u2019a traitée comme son égal.» Les deux se sont d\u2019ailleurs mariés et ont formé «un duo époustouflant»] M.Salutin a fort bien connu ce duo au début des années 1970, alors que celui-ci mettait sur pied des syndicats du textile à Toronto, à une époque fort différente de la nôtre.CLAUDE LAFLEUR Quand Rick Salutin, écrivain et journaliste, notamment au Toronto Star, témoigne, il rappelle que, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, les syndicats canadiens (et québécois) étaient pour la plupart des filiales de syndicats américains.Or Mme Parent et son mari, Kent Rowley, considéraient qu\u2019il revenait aux travailleurs canadiens de décider des luttes syndicales qu\u2019ils devaient mener.Dans les années 1950, ils ont donc entrepris d\u2019affranchir le mouvement syndical canadien.«Le combat de Madeleine n\u2019a Une rencontre Originaire de Toronto, Rick Salutin avait pour sa part passé les années 1960 comme jeune qtudiant contestataire aux Etats-Unis.«J\u2019étais alors un gauchiste radical, dit-il./e suis rentré au Canada le jour où Pierre Elliott Trudeau a imposé la loi des mesures de guerre!», lors de la fameuse crise d\u2019Octobre 1970.Le jeune Salutin était alors un fervent militant ouvrier.«Mon seul problème, dit-il, c\u2019était que je n\u2019avais jamais rencontré un seul ouvrier!» «C\u2019est alors que j\u2019ai eu la chance de faire la connaissance de Madeleine et de Kent, à l\u2019occasion d\u2019une rencontre que nous avions organisée.Ils venaient nous présenter leur projet de réunir les travailleurs du textile et ils avaient besoin de volontaires pour les aider.Je me suis donc joint à eux.J\u2019ai Photo : Alain Chagnon Pionnière, femme d'action, grande syndicaliste, féministe et militante, Madeleine Parent fut et restera toujours une amie de la CSN et une inspiration pour nous tous.mk WWW.CSN.QC.CA dès lors consacré presque tout mon temps à des activités syndicales.Je travaillais constamment avec Madeleine et Kent.» Rick Salutin est ainsi devenu un intime du couple.«Ils étaient fort différents l\u2019un de l\u2019autre», confie-t-il.D\u2019origine anglo-irlandaise et parlant parfaitement le français, M.Row-ley était du type plutôt bouillant.«C\u2019est l\u2019un des orateurs les plus brillants que j\u2019ai entendus», rapporte le journaliste.De son côté, issue de la bourgeoisie québécoise, Mme Parent n\u2019était pas la seule bourgeoise de son temps à porter des idées de gauche.Toutefois, elle a été la première à défendre les ouvriers sur le terrain.«Madeleine avait un fini [que n\u2019avait pas Kent], relate M.Salutin.C\u2019était une véritable dame, mais une dame de fer en même temps! Lorsqu\u2019elle négociait, jamais elle ne bronchait, elle était dure, mais tout en étant extrêmement douce.Elle donnait l\u2019impression de servir le thé.tout en ne reculant jamais sur ses principes.Elle rendait fous les négociateurs patronaux en y allant toujours tout en douceur.Elle et Kent se complétaient à merveille!» Souveraineté canadienne Ce qui frustrait avant tout ces deux militants syndicaux, c\u2019était le fait que les grandes centrales syndicales américaines contrôlaient la destinée des travailleurs canadiens.«Les Américains dictaient tout ce qu\u2019on devait faire ici au Canada, rapporte Rick Salutin, alors que Madeleine et Kent considéraient que c\u2019était aux travailleurs de décider ce qu\u2019ils devaient faire.Et c\u2019est au cours d\u2019une grève qu\u2019ils ont été mis à la porte par leur employeur.c\u2019est-à-dire les dirigeants syndicaux de Washington, qui venaient de s\u2019entendre avec l\u2019entreprise!» Qu\u2019à cela ne tienne, ils créent leur propre organisation: le Conseil canadien du textile.Cependant, peu de syndicats y adhèrent.«On était alors en pleine guerre froide [entre les Etats-Unis et l\u2019Union soviétique] et les gens étaient frileux», souligne Rick Salutin.Le duo se «sépare»: M.Row-ley migre à Toronto afin d\u2019organiser le mouvement syndical, alors que son épouse demeure au Québec pour faire de même.«Ils passeront ainsi une quinzaine d\u2019années éloignés l\u2019un de l\u2019autre, note le journaliste, se voyant le plus fréquemment possible.» Cet éloignement et leur militantisme font en sorte que jamais le couple n\u2019aura d\u2019enfant.«On y pensait bien, disait Mme Parent, mais, au lieu d\u2019avoir des enfants, on a eu des grèves!» Ils fondent entre autres le Conseil des syndicats canadiens, «une organisation qui ne deviendra jamais grosse \u2014 rassemblant environ 100 000 membres \u2014 mais qui constituera un important irritant pour les syndicats américains, rapporte Rick Salutin.À preuve, ceux-ci dépenseront beaucoup d\u2019argent pour la détruire!» Pinalement, à partir des années 1960, le mouvement syndical canadien s\u2019affranchit de la domination américaine.«C\u2019est là la grande victoire de Madeleine et de Kent», lance avec satisfaction l\u2019ami du couple.Pour lui, Madeleine Parent et Kent Rowley sont, à n\u2019en point douter, des nationalistes canadiens.Dans les années 1970, ils sont très proches du Parti québécois, particulièrement de Gérald Godin.«Ils étaient aussi bien nationalistes canadiens que québécois, dit-il.Ils n\u2019éprouvaient aucun problème envers la souveraineté du Québec.\u201cPas de problème, disaient-ils, de toute façon, nous continuerons de travailler tous ensemble\u201d.» «Ce que je retiens le plus d\u2019eux, laisse hier Rick Salutin, c\u2019est que les grands personnages de ce monde sont ceux qui mènent leur vie comme ils l\u2019entendent; ils ne deviennent pas nécessairement riches et célèbres, mais ils ont une influence marquée sur la société.Madeleine et Kent sont de ceux-là! Et ils eurent beaucoup de plaisir à vivre leur vie, ils ont toujours eu bonne conscience.et ils ont eu un impact déterminant!» Collaborateur du Devoir Léa Roback, la Fondation et les causes « Les causes survivent aux personnes qui les ont portées » Léa Roback et Madeleine Parent ont partagé les mêmes luttes Lorraine Pagé, présidente du conseil d\u2019administration de la Fondation Léa-Roback, a côtoyé Madeleine Parent de près durant les dernières années.L\u2019ancienne chef de la CEQ témoigne que la militante n\u2019a jamais abandonné ses luttes ou dévié de ses objectifs, même au crépuscule de sa vie.ETIENNE PLAMONDON EMOND Durant ses études à l\u2019Université McGill, de 1937 à 1940, Madeleine Parent a milité pour que des bourses d\u2019études soient accordées aux jeunes issues de familles défavorisées pour leur donner un meilleur accès à l\u2019université.En 2005, Lorraine Pagé raconte qu\u2019«c//c était à côté des étudiants pour manifester», lorsque le gouvernement venait de couper 103 millions dans le régime d\u2019aide financière aux études.Pour l\u2019ancienne présidente de la Centrale de l\u2019enseignement du Québec (CEQ), il s\u2019agit de l\u2019une des preuves, parmi tant d\u2019autres, que Madeleine Parent «était une personne pour qui les choses s\u2019inscrivaient dans la continuité».«Quand elle épousait une cause, on avait l\u2019impression que c\u2019était à jamais.Elle n\u2019en déviait jamais, évoque Lorraine Pagé.Elle était tenace, combattante, loyale, fidèle.» Ce portrait qu\u2019elle brosse, «non seulement c\u2019était l\u2019image qu\u2019elle pouvait projeter et les leçons qu\u2019on pouvait tirer des luttes qu\u2019elle avait menées, mais c\u2019était aussi, quand on la côtoyait de près, cette Madeleine-là avec laquelle on était en contact», assure Lorraine Pagé.Une constance et une persévérance toutes aussi présentes dans ses relations personnelles et intimes, comme le démontre son amitié indéfectible avec Léa Roback.Lorraine Pagé, en tant que féministe et syndicaliste, a d\u2019abord fait la connaissance de Madeleine Parent par le biais de l\u2019histoire syndicale, puis en la rencontrant dans diverses manifestations.Mais c\u2019est au sein de la Pondation Léa-Ro-back, dont Madeleine Parent était membre fondatrice, qu\u2019elle a tissé un lien plus étroit et privilégié avec la militante.«Quand elle participait aux travaux de la Eondation Léa-Roback, Madeleine disait: \u201cC\u2019est ma façon d\u2019être encore l\u2019amie de Léa\u201d», raconte celle qui est aujourd\u2019hui présidente du conseil d\u2019administration de la fondation.Une rencontre en 1939 En 1939, Madeleine Parent a fait la rencontre déterminante de Léa Roback, plus vieille qu\u2019elle de 15 ans, alors organisatrice syndicale.Les deux femmes ont ensuite partagé les mêmes luttes, tout en se distinguant dans leurs épiques batailles syndicales respectives.Madeleine Parent demeure toujours associée aux conflits de travail à Dominion Textile et Léa Roback à son action, à la même époque, face à la direction de RCA Victor.Lorsque Madeleine Parent est revenue au Québec après son long engagement syndical en Ontario, elle a aussitôt renoué avec Léa Roback, qu\u2019elle a côtoyée de près jusqu\u2019à la mort de cette dernière, le 28 août 2000.«C\u2019étaient des amies de cœur et d\u2019engagement», souligne Lorraine Pagé.D\u2019ailleurs, elles sont unies depuis 1997 dans le nom de la Maison Pa-rent-Roback, un bâtiment qui abrite plusieurs organismes poursuivant l\u2019objectif d\u2019améliorer la situation des femmes.«Léa et Madeleine étaient amies, compagnes de lutte, et, maintenant décédées, elles demeurent unies.» Au début de son engagement dans la fondation.Lorraine Pagé rapporte que les réunions du conseil d\u2019administration s\u2019ef fectuaient chez Madeleine Parent, autour de sa table de la salle à manger.C\u2019est entre autres à cet endroit qu\u2019étaient déterminés les noms des récipiendaires des bourses de la fondation accordées en soutien à des femmes militantes et économiquement défavorisées.Lorraine Pagé se rappelle plus particulièrement un moment intime qu\u2019elle a partagé avec Madeleine Parent, juste avant que cette dernière n\u2019entre dans un centre d\u2019hébergement et ne vende ses meubles à l\u2019encan pour remettre les fonds amassés à la Pondation Léa-Roback.«Elle m\u2019a fait venir à son appartement, qui était presque complètement vidé de ses meubles.Elle était toute frêle, enveloppée dans ses couvertures, étendue dans sa chaise longue, et elle avait demandé à me rencontrer.» Madeleine Parent lui a alors retourné une œuvre d\u2019art que la CEQ lui avait offerte en hommage.«On était seules.Elle me tenait les mains et me parlait de Léa, de la fondation, de l\u2019action syndicale, des causes à défendre.Elle était dans le dépouillement qu\u2019apporte la fin de la vie, lorsqu\u2019on est malade et qu\u2019on baisse finalement les bras parce que les forces physiques n\u2019y sont plus.Il y avait cette fragilité, mais, en même temps, une force intérieure qui était sûrement la sienne quand elle menait les dures luttes contre Duplessis et qui était encore la sienne à ce moment.» Toujours présente Si, dans les derniers mois, voire la dernière année, la maladie avait pris le dessus, Madeleine Parent est demeurée longtemps alerte à propos des luttes à poursuivre.«Il y a des gens, quand ils vieillissent, qui se recroquevillent sur eux-mêmes, qui vivent dans leur petit monde, qui ne sont plus branchés sur le monde actuel.Ce n\u2019était pas du tout le cas de Madeleine, dit Lorraine Pagé.Madeleine avait de gros problème de santé, mais elle a été lucide très très très longtemps.Elle lisait ses journaux.Quand elle n\u2019était plus capable de les lire, elle se les faisait lire.Elle s\u2019informait de ce qui arrivait à la fondation.Elle restait branchée sur la réalité.» A cet égard.Lorraine Pagé se souvient de l\u2019allocution qu\u2019avait prononcée Madeleine Parent au cégep Marie-Victo-rin, lorsque cet établissement collégial a organisé une cérémonie, le T\" mars 2006, pour baptiser son aile des techniques humaines du nom de Léa Roback.«Elle est arrivée là avec sa canne, toute frêle, et leur a fait un discours, sur le contexte politique et économique, aussi à jour que celui qu\u2019aurait pu faire un chef syndical à ce moment-là.Elle faisait une analyse rigoureuse de la conjoncture des forces en présence et des causes à défendre.Les gens présents étaient impressionnés de voir ce petit bout de femme aussi alerte intellectuellement et aussi droite dans la réaffirmation de ses convictions.» Lorraine Pagé se dit marquée par cette femme qui, à tout âge, demeurait «très courtoise et très digne, sans jamais commettre d\u2019excès de langage ou de débordement intempestif, mais avec une ténacité dans la poursuite et l\u2019atteinte des objectijs qu\u2019elle s\u2019était fixés».Si Lorraine Pagé, lorsqu\u2019elle a pris la tête de la CEQ en 1988, a pu être la première femme à accéder à la présidence d\u2019une centrale syndicale au Québec, elle reconnaît que c\u2019est en grande partie grâce aux luttes conduites auparavant par des femmes de la trempe de Léa Roback et Madeleine Parent.Le décès de cette dernière vient nous rappeler «que les causes survivent aux personnes qui les ont portées et qu\u2019il faut encore poursuivre la course à relais», illustre Lorraine Pagé.Collaborateur du Devoir LE DEVOIR, LES SAMEDI 31 MARS ET DIMANCHE I®*^ AVRIL 2012 G 5 MADELEINE PARENT Françoise David et la lutte des femmes Celle par qui rhistoire se fait «Madeleine a beaucoup plaidé, avec succès, pour une solidarité qui dépassait les frontières du Québec» Françoise David a tiré de grandes leçons de Madeleine Parent.Le mouvement des femmes au Québec aussi.ÉTIENNE PLAMONDON ÉMOND Françoise David ne pouvait rien reâiser a Madeleine Parent.Elle l\u2019avait écrit dans Hommage à une vieille dame indigne, paru a l\u2019interieur du collectif Madeleine Parent, militante, dirige par Andree Levesque et publie en 2003.Françoise David le confirme au Devoir.Alors qu\u2019elle était présidente de la Federation des femmes du Quebec, Madeleine Parent lui téléphonait a maintes reprises pour lui demander, «de sa charmante et gentille petite voix», son aide, son appui ou son action en faveur de femmes mal prises.«Je ne pouvais pas la lui refuser parce que, premièrement, ce qu\u2019elle demandait était toujours juste et pertinent.Deuxièmement, elle avait des arguments d\u2019une grande humanité.[.] Et troisièmement, et non le moindre, Madeleine argumentait jusqu\u2019à ce qu\u2019elle gagne!» Admirative devant la «ténacité incroyable» de Madeleine Parent, François David évoqué le long parcours de la militante.«Madeleine était d\u2019une patience, d\u2019une détermination et d\u2019une persévérance infinies», insiste Françoise David.Dà porte-parole de Quebec solidaire suppose que, a l\u2019epoque de son action syndicale, soit avant qu\u2019elle ne la connaisse, «il y en a qui ont dû la trouver tannante, parce que, avant de faire changer d\u2019idée Madeleine, il fallait vraiment se lever tôt.» «Moi, je suis pas mal persévérante dans la vie.Mais elle était encore plus tenace que moi.J\u2019ai appris d\u2019elle aussi à ce niveau-là», ajoute Françoise David.Un grand apport au mouvement féministe du Québec Françoise David a commence a collaborer avec Madeleine Parent au tournant des décennies 80 et 90, alors qu\u2019elle était coordonnatrice du Regroupement des Centres des femmes.Toutes deux engagées dans le Comité canadien d\u2019action sur le statut de la femme, elles se sont rapprochées a un moment ou l\u2019Accord du lac Meech divisait profondément les membres québécoises et canadiennes.«Elle avait un grand souci des intérêts du Québec et elle s\u2019est battue à JACQUES NADEAU LE DEVOIR Françoise David croit que Madeleine Parent a incité le mouvement des femmes à établir certaines priorités dans son champ d\u2019action.nos côtés», confirme Françoise David.Tout de même, elle precise que Madeleine Parent demeure celle qui l\u2019a initiée au mouvement féministe canadien.«Madeleine a beaucoup plaidé \u2014 avec succès \u2014 pour une solidarité qui dépassait les frontières du Québec», precise-t-eUe.Une solidarité, aussi, entre les femmes issues de differentes realites a l\u2019interieur même du Quebec.«Dans les années 90, je trouvais qu\u2019elle nous avait vraiment fait prendre conscience de la diversité, de la pluralité du mouvement des femmes au Québec.» Madeleine Parent bâtissait des ponts entre le mouvement des femmes québécoises francophones et les groupes de femmes anglophones ou immigrantes.Des groupes «avec lesquels, à l\u2019époque, la EEQ et le mouvement des femmes au Québec avaient peu de liens.Madeleine, et c\u2019est ce qui m\u2019a le plus marquée chez elle et dont j\u2019ai beaucoup appris, nous a aidées à combler les deux solitudes.» «Je pense que le mouvement des femmes du Québec à cette époque-là n\u2019avait pas complètement intégré toutes les problématiques particulières que vivent les femmes immigrantes au Québec, qui sont des femmes qui vivent la même chose que les femmes québécoises, mais qui sont aussi immigrantes, avec tout ce que ça veut dire comme autres discriminations, ajoute-t-elle.Et Madeleine nous en a vraiment fait prendre conscience.Moi, j\u2019ai trouvé que c\u2019était l\u2019apport le plus formidable qu\u2019elle avait eu dans le mouvement des femmes du Québec: cette prise de conscience du fait que les femmes du Québec ne vivent pas toutes les mêmes réalités.» D\u2019abord celles qui sont le plus mal prises D\u2019ailleurs, Françoise David croit que Madeleine Parent a incite le mouvement des femmes a établir certaines priorités dans son champ d\u2019action.«Madeleine Parent a toujours apporté le point de vue que, bien sûr,^ il faut s\u2019occuper de toutes les femmes, mais qu\u2019il faut, tout de même, penser d\u2019abord à celles qui sont le plus mal prises.» D\u2019ailleurs, cette philosophie est devenue le «leitmotiv» de la présidence de Françoise David a la FFQ, de 1994 a 2001.«Madeleine avait été syndicaliste avec des ouvrières du textile.Donc, elle avait vraiment ce souci de la femme ordinaire, qui peut être extraordinaire, mais la femme dont on n\u2019entend pas parler, la femme un peu invisible.Moi, je trouve qu\u2019elle a apporté beaucoup ça dans le mouvement des femmes, qu\u2019il soit québécois ou canadien.Et là-dessus, elle et moi, on était complètement sur la même longueur d\u2019onde.Peut-être parce qu\u2019elle venait du syndicalisme et moi aussi.» Une preoccupation pour ces «différences» qui demeure présente a l\u2019heure actuelle.«Ça commencé sous ma présidence, mais je trouve que la EEQ aujourd\u2019hui est rendue encore plus loin.Madeleine n\u2019est pas la seule, bien sûr, à être responsable de cette orientation du mouvement des femmes du Québec, mais elle y a joué un rôle qui marque encore ce mouvement aujourd\u2019hui.» Un personnage historique Madeleine Parent a fait avancer le Quebec et le Canada, tant dans les revendications syndicales que féministes dont elle s\u2019est fait la porte-eten-dard.«Ce que je trouve dommage aujourd\u2019hui, c\u2019est que j\u2019ai l\u2019impression que les jeunes n\u2019ont aucune idée de qui est Madeleine Parent, se desoie Françoise David.Pourtant, avec les Bourgault, Lévesque, Chartrand et compagnie, c\u2019est un personnage important de notre histoire.Mais ça, c\u2019est aussi un peu l\u2019histoire des femmes, qui, souvent, étaient peut-être un peu moins flamboyantes, mais qui ont eu des rôles tellement majeurs dans l\u2019histoire du Québec.» Discrimination de la femme, bien sûr, mais aussi une allusion au ton de la voix de Madeleine Parent, que Françoise David n\u2019a jamais entendu s\u2019elever.«Vous savez, il y a les Michel Chartrand de ce monde et il y a les Madeleine Parent de ce monde qui n\u2019en disent pas moins, qui ne le font peut-être pas avec le panache d\u2019un tribun, mais il fallait vraiment entendre Madeleine Parent dénoncer le néolibéralisme, dénoncer toutes les idées patriarcales, dénoncer, et vraiment avec verdeur, les gouvernements qui oppriment les minorités, etc.[.] Elle avait une petite voix très douce \u2014 ça prenait un bon micro pour Madeleine \u2014 et elle disait des choses très radicales.Ça m\u2019a toujours impressionnée.» Françoise David insiste: «Une femme comme Madeleine Parent, elle a quelque chose à apporter aujourd\u2019hui à tout le monde, y compris les jeunes.Ne serait-ce que sa persévérance.» Collaborateur du Devoir Madeleine Parent ^ syndicaliste Pour avoir été fidèle à vos idéaux malgré les résistances d\u2019une époque où tout était à faire Pour avoir été aussi grande que la cause et d\u2019une si rare humanité Pour nous avoir ainsi imposé l\u2019obligation de ne jamais reculer (Ské-, etci/ APT m Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux www.aptsq.com info@aptsq.com JüffSluGSiyrs Êl^rUSr ÛAGÉE Madeleine Parent n'a pas hésité à sortir des rangs pour tracer une voie; la sienne.Celle menant à une société plus juste et équitable qui tienne compte des droits des travailleurs, des ouvrières, des femmes, des autochtones et des communautés culturelles.Sa vie durant, elle a lutté contre toutes formes de discrimination.Elle, a chanaéJiÉtre monde ébecJ rent G\t\"I àv| u m i è re estïast^^àris hôs vies.nos vies.Syndicat\tLe plus important syndicat des fonctionnaires\tdu secteur municipal au Québec municipaux de Montréal (SCFP-FTQ) WWW.sf mm429.qC.Câ Merci Madeleine ! Madeleine Parent, une grande militante syndicale et féministe Unt! femme de ceeiir, bra\\e, à qui rien de taisait peur.Cette femme toute menue, mais combien imposante a su tenir tête à la droite Grâce à sa solidarité avec les plus démunis, elle a fait surgir la lumière à l'époque de la grande noirceur.Fdle a été un soutien indéfectible des ouvrières du textile et un phare pour le mouNement des femmes.Madeleine, nous ne t\u2019oublierons pas, tu seras toujours dans nos cœui^î SFPO SWDIC \\l D^\t1 \\ H()\\C 1 ION IH H1 IQL'h Dl\tQ[ hBhC G 6 LE DEVOIR LES SAMEDI SI MARS ET DIMANCHE 1\u201c AVRIL 2012 MADELEINE PARENT Les syndicats et la lutte anticommuniste «Rouge», elle le fut Madeleine et Kent sont limogés en 1952 de la direction d\u2019un syndicat du textile Le décès récent de Madeleine Parent, une femme exceptionnelle et courageuse qui milita avec beaucoup de combativité dans le mouvement syndical et le mouvement féministe, nous a rappelé qu\u2019elle fut longtemps une marginale dans le Québec d\u2019une autre époque, une militante de gaucbe et même d\u2019extrême gaucbe qui fut la compagne de route du Parti communiste au début de la guerre froide.LOUIS FOURNIER Madeleine Parent et son mari, Kent Rowley, faisaient partie de ceux qu\u2019on appelait les «compagnons de route» du parti, c\u2019est-à-dire des personnes qui sont proches du Parti communiste sans en être officiellement membres.Leur étroite proximité avec les «rouges», comme on les surnommait alors, m\u2019a été racontée par un de mes vieux amis qui fut professeur en relations industrielles à l\u2019Université de Montréal, le regretté Léo Roback, qui était lui-même membre du parti à l\u2019époque.Sa sœur, Léa Roback, syndicaliste et féministe bien connue, fut elle aussi membre du parti et, de surcroît, une grande amie de Madeleine Parent.Celle-ci a notamment écrit dans l\u2019organe officiel du parti.Combat, qui la présentait comme une membre de son comité de rédaction.C\u2019est en raison, entre autres, de leurs positions procommunistes que Madeleine Parent et Kent Rowley furent limogés, en 1952, de la direction locale du syndicat nord-américain des Ouvriers unis du textile d\u2019Amérique, affilié à la Fédération provinciale du travail du Québec (la FPTQ, aujourd\u2019hui la FTQ).Ce limogeage firt accueilli sans guère de protestations dans presque tout le mouvement syndical, engagé dans une lutte anticommuniste intense au Québec et partout en Amérique du Nord, autant à la FPTQ qu\u2019à la Confédération des travailleurs catholiques du Canada (CTCC) \u2014 ancêtre de la CSN \u2014 qui a même réclamé la mise hors-la-loi du parti! La bataille de la Dominion Textile Imhue d\u2019idées radicales au ARCHIVES NATIONALES DU CANADA Madeleine Parent a milité ardemment dans des groupes de gauche et des groupes féministes.sortir de ses études en sociologie à l\u2019Université McGill, Madeleine Parent, une intellectuelle raffinée, fait ses débuts dans le mouvement syndical à l\u2019âge de 24 ans, en 1942.Et ce, à la suite d\u2019une rencontre avec Léa Roback qui fut «déterminante» dans sa vie, a-t-elle raconté.Elle travaille d\u2019abord au comité d\u2019organisation du Conseil des métiers et du travail de Montréal, un affilié de la FPTQ qui coordonnait les efforts de syndicalisation dans les industries de guerre.C\u2019est là qu\u2019elle fait la connaissance de son futur mari, Kent Rowley.Celui-ci l\u2019invite à participer à la syndicalisation des filatures de Dominion Textile à Montréal et Valley-field, un des hauts lieux de l\u2019exploitation ouvrière.La longue campagne menée par les Ouvriers unis du textile d\u2019Amérique (OUTA) finit par porter ses fruits.La reconnaissance syndicale est arrachée à la suite d\u2019une dure grève de cent jours, à l\u2019été 4946.Le syndicat signe un premier contrat pour quelque 6000 travailleuses et travailleurs de six filatures.Rowley et Parent sont arrêtés durant le conflit sur l\u2019ordre du procureur général du Québec, le premier ministre Maurice Duplessis, dont l\u2019antisyn-dicalisme et l\u2019anticommunisme étaient d\u2019une virulence rare.Rowley est condamné à six mois de prison, qu\u2019il purgera à Bordeaux, pour «conspiration séditieuse» reliée à une «émeute» survenue durant la grève.Parent sera finalement acquittée du même chef d\u2019accusation.Pour aider à régler le conflit, le président de la FPTQ, Elphège Beaudoin, et le secrétaire général des OUTA, Lloyd Klevert, ont dû participer aux négociations.La ligne du parti Parent et Rowley sont de nouveau arrêtés en 4947 lors d\u2019une autre grève, violente et illégale cette fois, à la firme de textile Ayers à Lachute, qui sera perdue au bout de cinq mois, hélas! Par la suite, leurs relations avec le mouvement syndical vont s\u2019envenimer, en raison de leurs positions favorables à la ligne du Parti communiste et à l\u2019URSS sur plusieurs questions majeures, comme le plan Marshall ef V«impérialisme américain».A l\u2019occasion de la guerre froide, la lutte contre les «rouges» est à l\u2019ordre du jour dans l\u2019ensemble du mouvement syndical au Québec et en Amérique du Nord.Le professeur Léo Roback écrit à ce sujet, dans le premier tome de XHistoire de la FTQ: «Du côté syndical, sauf quelques exceptions notoires, il ne s\u2019agissait pas, à proprement parler, d\u2019une croisade contre les communistes comme tels, mais surtout d\u2019une bataille pour purger les syndicats des éléments qui privilégiaient avant tout la \u201cligne\u201d du parti dans leur action syndicale.» Les plus fervents adversaires des communistes étaient d\u2019ailleurs d\u2019autres militants de gauche, des sociaux-démocrates du CCF, qui deviendra le NPD.Le limogeage Le limogeage de Parent et Rowley de la direction du syndicat du textile survient en mars 4952, au beau milieu d\u2019une nouvelle grève houleuse dans les filatures de Dominion Textile à Montréal et Valleyfield.Les deux syndicalistes sont congédiés, explique la haute direction des OUT'A, «à cause de leur conduite irresponsable et désastreuse de la grève du textile», qui en était à sa dixième semaine.Ils sont remplacés, à la direction québécoise du syndicat, par le président de la FPTQ, Roger Provost, ex-secrétaire du CCF au Québec.Provost réussit à négocier un règlement qui sera largement approuvé par les membres, après trois mois de conflit Un monde meilleur Mis au ban du mouvement syndical chez nous.Parent et Rowley vont s\u2019expatrier en Ontario, où ils ont gardé l\u2019appui de quelques syndicats du textile locaux.Ils mettent sur pied une petite organisation, le Conseil canadien des syndicats du textile, et luttent dès lors pour un syndicalisme purement canadien.Après avoir recruté des membres dans d\u2019autres industries au fil des années, ils fondent en 4969, à Toronto, le Conseil des syndicats canadiens, un organisme aujourd\u2019hui disparu.Rowley meurt en 4978.Madeleine Parent prend sa retraite syndicale en 4983 et revient militer au Québec.Cette femme brillante et déterminée, aux idées toujours radicales, a notamment appuyé la cause de l\u2019indépendance du Québec.Elle a même adhéré au Parti québécois, qu\u2019elle qualifiera plus tard de «parti bourgeois» (sic).Elle a milité dans des groupes de gauche et des groupes féministes.Comme sa grande amie, Léa Roback, décédée en l\u2019an 2000, elle a continué de lutter avec persévérance pour un monde meilleur.Elle restera dans notre mémoire comme l\u2019une des grandes figures du syndicalisme et du féminisme au Québec.Journaliste et syndicaliste à la retraite, Louis Fournier a écrit plusieurs ouvrages sur Thistoire du mouvement ouvrier au Québec.La solidarité était son quotidien ! Madeleine Parent fut une battante sans pareil, engagée sur tous les fronts pour une société plus juste.Elle était aussi une femme d\u2019une grande écoute et une compagne de lutte inestimable.Celles et ceux qui l\u2019ont connue de près peuvent en témoigner : si sur le plan social et politique, son engagement a largement contribué à l\u2019avancement du syndicalisme et à celui de la société québécoise en général, sur le plan personnel, elle se démarquait par son ouverture et sa générosité.Elle avait fait de la solidarité son quotidien.Hommage à une grande syndicaliste et féministe.Merci Madeleine DU MONTRÉAL MÉTROPOLITAIN CSNI CSN Conseil central delà Une militante «La douceur aura été l\u2019une de ses forces» Une douce et opiniâtre rebelle en lutte constante contre les injustices REGINALD HARVEY Dès son plus jeune âge, Madeleine Parent quitte le couvent qu\u2019elle fréquente, parce qu\u2019elle n\u2019arrive pas à supporter les traitements réservés aux plus pauvres par les bonnes sœurs.Etudiante à McGill, elle milite en faveur de l\u2019accès à l\u2019université pour les enfants des familles démunies.Plus tard, elle joint les rangs du mouvement syndical, au sein duquel elle mène des luttes épiques en faveur de la justice sociale.Et, plus tard encore, elle n\u2019a de cesse, au terme de sa carrière de syndicaliste, de défendre inlassablement plusieurs causes, dont bon nombre portent sur la condition féminine.Professeure titulaire au Département d\u2019histoire de l\u2019Université de Montréal, Denise Baillargeon caresse, vers la fin des années 4970, le projet de préparer un mémoire de maîtrise sur les Ouvriers unis du textile d\u2019Amérique, un syndicat qu\u2019a dirigé Madeleine Parent au début de sa carrièrp, entre les années 4940 et 4950.A cette fin, elle fixe un rendez-vous à la militante syndicale, dont elle garde ce souvenir sur le plan personnel: «Madeleine surprenait vraiment quand on la rencontrait pour la première fois, parce que c\u2019était une femme menue, très digne, extrêmement bien mise et bien coiffée; on aurait facilement pu l\u2019associer à quelqu\u2019un de la bourgeoisie.File ne projetait pas du tout l\u2019image d\u2019une personne qui était une rebelle et une revendicatrice.» Le comportement était conforme à l\u2019image projetée: «Même quand elle parlait, elle avait une voix toute douce; elle pouvait se montrer fervente mais sans jamais monter le ton.Ce n\u2019était pas une femme qui se mettait en colère et, dans ce sens-là, c\u2019était complètement l\u2019anti-Michel Chartrand et un modèle complètement à l\u2019opposé; mais, tout comme lui, elle était animée par des convictions absolument inébranlables; c\u2019était une femme qui était extrêmement déterminée.» Une activiste prend place en milieu antisyndical Dès le secondaire, Madeleine Parent a choisi d\u2019épouser la cause des moins bien nantis, toutes catégories confondues: «À McGill, elle va militer dans des groupes qui sont progressistes, auprès de gens qui tout au long de leur vie ont combattu pour davantage de justice sociale.Sa grande cause, c\u2019était de constater qu\u2019il y avait des gens qui étaient bien moins favorisés que d\u2019autres, ce que d\u2019emblée elle trouvait inacceptable», ce dont témoigne la professeure.Elle s\u2019engage dans le syndicalisme à sa sortie de l\u2019université: «Elle se dirige vers le Conseil des métiers du travail de Montréal.En fait, elle a côtoyé Léa Roback durant son séjour à McGill» Elle souligne le contraste entre ces deux personnalités: «Léa est une gueu-larde très expressive, une extravertie que j\u2019ai connue chez Madeleine Parent; cette dernière, de nature réservée, la regardait parfois avec un petit sourire moqueur.» Elle rencontre par la suite Kent Rowley, un syndicaliste qui deviendra son mari: «Celui-ci a décidé de syndicaliser les ouvriers du textile à Valleyfield, et c\u2019est là qu\u2019il va se rendre compte qu\u2019il y a beaucoup d\u2019ouvrières dans ce secteur; il fait donc venir Madeleine à cet endroit.C\u2019est à ce moment que s\u2019amorce pour les deux une carrière dans la syndicalisation des ouvriers du textile au Québec: ils vont mener des luttes féroces, parce qu\u2019ils avaient notamment affaire à Do- minion Textile, une entreprise absolument intransigeante par rapport aux syndicats.Ik auront à vivre les grèves de 1946-1947 à Lachute et de 1952 à Louiseville; ce furent vraiment des luttes épiques.» Denise Baillargeon continue de les suivre dans leur parcours professionnel: «Le syndicat américain pour lequel ils travaillaient leur montre finalement la porte de sortie.Bs tentent alors de bâtir une organisation syndicale canadienne indépendante des centrales américaines, d\u2019abord dans le textile.Vers la fin des années 1960, ils proposent la création d\u2019une centrale syndicale canadienne, qui n\u2019a jamais eu une très grande envergure mais qui a connu une certaine résonance; le tout s\u2019inscrit dans la montée d\u2019un certain nationalisme canadien face à l\u2019emprise des États-Unis.» Ils ont fondé, à partir de l\u2019Ontario où ils se sont en partie établis, la Confédération des syndicats canadiens.Une femme engagée en terre québécoise La militante prend finalement sa retraite de la vie syndicale et elle revient au Québec en 4983; son mari, Kent Rowley, était décédé en 4978.Denise Baillargeon s\u2019intéresse à cette période de sa vie: «On se rend compte, avec le recul, qu\u2019il y avait des causes qu\u2019elle avait déjà embrassées depuis un certain temps.Madeleine a été une féministe très tôt; elle l\u2019a été sans vraiment le savoir, parce que la condition des ouvrières l\u2019a toujours préoccupée.D\u2019ailleurs, elle était très consciente qu\u2019il fallait passer par les femmes pour rejoindre même les hommes syndiqués; quand elle donnait des conférences dans des syndicats alliés ou amis, elle parlait souvent de l\u2019importance d\u2019intégrer les femmes à la lutte.» Elle rapporte un autre fait: «Quand le Comité canadien d\u2019action pour le statut de la femme a été créée en 1972, elle va se retrouver au sein de cet organisme.Et là, c\u2019est la cause des droits des femmes autochtones qui va l\u2019occuper; elle trouve absolument inadmissible qu\u2019une femme autochtone qui marie un blanc perde son statut; encore une fois, c\u2019est une question de justice sociale qui entre en ligne de compte, et elle va mener cette bataille en leur compagnie durant de très longues années.» Après s\u2019être portée également à la défense des femmes immigrantes, elle s\u2019active toujours: «Elle sera de plusieurs manifestations, dont celle pour le droit à l\u2019avortement Bien sûr, elle sera à la Marche du pain et des roses et, en 2001, elle a marché à Québec à la manif contre le Sommet des Amériques, à l\u2019âge de 83 ans.» De tout cet engagement découle cette conclusion: «Ce qui caractérise sa vie, c\u2019est véritablement le militantisme; c\u2019est une femme qui a toujours été militante; elle ne poussait pas pour qu\u2019il y ait de la violence, loin de là, mais elle était déterminée, elle ne lâchait pas son point de vue et ne dérogeait pas à ses idées.Michel Chartrand a été un grand indigné jusqu\u2019à la fin de sa vie; je pense que Madeleine en a aussi été une.Éinalement, la douceur aura été l\u2019une de ses forces, précisément parce qu\u2019elle paraissait si douce, qu\u2019elle avait l\u2019air d\u2019une petite bourgeoise, d\u2019une femme tellement tranquille, d\u2019une dame éminemment respectable.Mais, tout à coup, on se rendait compte qu\u2019elle était toujours plutôt à gauche dans ses idées et révoltée par rapport à toute la situation des travailleurs ou des femmes.» Collaborateur du Devoir \u2014 «Madeleine Parent fut une militante remarquable et les nombreux hommages qui lui sont rendus en témoignent » Gilles Dussault Président Syndkât de profe$&iûnnËllË& et professionnels du gouvernement du Québec LE DEVOIR LES SAMEDI SI MARS ET DIMANCHE I AVRIL 2012 G 7 MADELEINE PARENT Pour la cause des femmes Elle a été de tous les combats «Une travailleuse acharnée, curieuse, toujours en train de lire et d\u2019apprendre» Figure quasi mythique du mouvement syndical au Québec, Madeleine Parent s\u2019est lancée dans la cause des femmes avec la même passion qui l\u2019avait amenée, jeune diplômée de McGill issue de la classe moyenne, à se lancer dans l\u2019organisation syndicale.Après sept décennies de lutte pour la justice sociale, elle a non seulement changé le cours de l\u2019histoire syndicale au Québec, mais elle a aussi joué un rôle capital dans l\u2019orientation du mouvement des femmes au Canada.ASSIA KETTANI Née à Montréal en 1918, Madeleine Parent a fait ses études à une époque où les femmes étaient absentes du corps professoral et reléguées aux postes d\u2019assistanat, mais elle a vu évoluer la condition des femmes: du droit de vote acquis en 1940 au droit à l\u2019avortement, en passant par la capacité juridique de la femme mariée., Elle a été de tous les combats.Equité salariale, droit à l\u2019avortement, congé de maternité, services de garde, pensions, défense des droits des femmes immigrantes et autochtones: sa lutte a traversé le siècle et a accompagné la cause féministe dans toute son évolution.«Elle avait une perspective globale, locale, mondiale, et toujours remplie de sagesse», avance Alexa Conradi, présidente de la Eédération des femmes du Québec (EEQ).Et c\u2019est justement cette faculté de voir l\u2019universel dans l\u2019injustice humaine qui l\u2019a toujours menée à l\u2019avant-garde des revendications.Elle s\u2019engage Son engagement prend forme pendant la Seconde Guerre mondiale au moment où, avec l\u2019essor du mouvement ouvrier, le nombre des femmes sur le marché du travail quintuple.Alors qu\u2019elle était organisatrice syndicale, Madeleine Parent a été sensibilisée aux problèmes des travailleuses, souvent victimes d\u2019un double type d\u2019injustice: parce qu\u2019elles étaient ouvrières et parce qu\u2019elles étaient femmes.Depuis, elle s\u2019est battue sans relâche pour l\u2019amélio- ration des conditions de travail des ouvrières et fut l\u2019apôtre du droit des femmes à la Confédération des syndicats canadiens (CSC), qu\u2019eUe avait fondée avec Çent Rowley, veillant à apporter A tous les débats le point de vue des travailleuses.«Elle comprenait les exigences des femmes», soutient Prance Dutilly, coordonnatrice du collectif régional Madeleine-Parent de la Montérégie, de 1998 à 2011.«Pour elle, les femmes devaient trouver leur place dans la société et devaient s\u2019instruire.» Elle est une pionnière Après sa retraite de la CSC, c\u2019est notamment en participant au Comité canadien d\u2019action sur le statut de la femme (CCASP) qu\u2019elle a influencé le mouvement des femmes au Canada.Si elle a toujours répondu à l\u2019appel, c\u2019est avant tout en coulisses qu\u2019elle a exercé son influence, rappelle Lynn McDonald, professeure de sociologie à l\u2019Université de Guelph et ancienne présidente du CCASP: «Sans jamais avoir dirigé le CCASE, elle a probablement fait plus que toute autre pour déterminer les orientations des politiques de l\u2019organisation.» Son action a porté autant sur des questions législatives que sur des programmes d\u2019aide gouvernementaux, ou encore sur des engagements ponctuels contre des situations de discrimination, comme la mobilisation contre l\u2019expulsion d\u2019une réfutée ou la défense d\u2019une mère nigériane condamnée à la lapidation.«Elle a beaucoup travaillé sur les questions économiques, précise Ljmn McDonald.Elle était réellement une pionnière sur la question de l\u2019équité salariale», qui fut, dans les années 70, l\u2019un de ses plus grands combats.«La notion de salaire égal pour un travail de valeur égale était inscrite dans une résolution de l\u2019ONU, peu appliquée et peu connue, qu\u2019elle s\u2019était attachée à faire passer dans la législation.Elle était toujours très informée et très respectée.» Et si ses efforts se sont massivement tournés vers les femmes immigrantes et autochtones, c\u2019est aussi dans le souci de s\u2019ouvrir aux plus faibles, aux doublement discriminées.Elle a par exemple défendu l\u2019accès des femmes immigrantes à une aide financière pour suivre des cours de langue et pour ne pas être confinées à des emplois de second ordre.Elle rassemble Madeleine Parent est devenue membre de la EEQ en 1983.L\u2019une de ses plus grandes forces, selon Prance Dutilly, fut sa faculté de rassembler et de créer des ponts entre les différentes communautés.En facilitant les rencontres du EEQ avec les minorités visibles et en poussant à y inclure les revendi-cations des femmes immigrantes, c\u2019est bien une vision du féminisme qu\u2019elle a défendue.«Elle a contribué au rapprochement de personnes qui avaient des causes communes, elle a aidé les femmes à travailler entre elles», souligne Prance Dutilly.Pour la défense des droits des femmes autochtones, elle avait apporté, aux côtés du CCASP, son soutien à Mary Pitawanakwat, discriminée dans la fonction publique, et à Mary Two-Axe Early représentante du groupe Droits égaux pour femmes indiennes, opposé à la Loi sur les Indiens, qui privait les femmes de leur statut d\u2019Indienne dès lors qu\u2019elles épousaient un non-Indien.«Elle nous a beaucoup aidées pour la création d\u2019un protocole de solidarité entre la EEQ et Eemmes autochtones du Québec, poursuit Prance Dutilly.Elle comprenait très bien les enjeux, nous a conseillées et nous a enseigné à nous rapprocher de leurs réalités, dans le respect et l\u2019humilité.» Elle est un exemple Dans son combat, elle fut une pionnière.Elle est aujourd\u2019hui un exemple.«Le type de lutte mené aujourd\u2019hui par la EEQ est inspiré de la façon dont Madeleine a contribué au mouvement.L\u2019idée selon laquelle les femmes ne sont pas toutes pareilles mais qu\u2019elles peuvent toutes vivre dans la dignité, par temple, est une vision de Madeleine Parent», souligne Alexa Conradi.Pour celles qui ont combattu avec elle, Madeleine Parent a donné au mouvement féministe l\u2019expérience de ses luttes menées aux côtés des ouvriers et des ouvrières.Elle est, selon Alexa Conradi, «une figure de proue et de sagesse, animée d\u2019un sens de la justice.Elle est une leçon d\u2019histoire.» Par ses qudités d\u2019éloquence et d\u2019organisation, l\u2019héritage laissé par Madeleine Parent recouvre aussi bien les gains sociaux pour lesquels elle s\u2019est battue que UNIVERSITE DE GUELPH Lynn McDonald est professeure émérite au Département de sociologie et d\u2019anthropologie de l\u2019Université de Guelph et a été présidente du Comité canadien d\u2019action sm le statut de la femme de 1979 à 1981.l\u2019exemple du combat.Au-delà des progrès acquis, elle a assuré la relève et mené, auprès des nouvelles générations de militantes, un travail didactique d\u2019enseignement du contexte politique, des tactiques de lobbying et des stratégies d\u2019organisation.«Elle était un temple de rigueur, toujours très bien documentée, éloquente.Elle avait une grande simplicité et une grande douceur, mais elle était convaincue, rappelle Prance Duti%.Elle avait énor- mément d\u2019expérience pour monter et préparer un dossier.Avant chaque intervention, elle lisait tous les documents.Pour elle, il n\u2019y avait jamais de limites à l\u2019apprentissage.Elle était une travailleuse acharnée, curieuse, toujours en train de lire et d\u2019apprendre.» Leçon apprise, donc, et c\u2019est maintenant sans elle, mais forte de sa mémoire, que se poursuivra la marche.Collaboratrice du Devoir «Madeleine Parent, une combattante féroce pour les droits des travailleurs-euses et des femmes a été faite membre honoraire du Centre communautaire des femmes sud-asiatiques (CCFSA).Son rôle de mentor pour l'organisation a permis de construire des ponts entre le CCFSA et les organisations québécoises et canadiennes des femmes.CCFSA rend hommage à une femme exceptionnelle, une fille de Québec, mais une citoyenne du monde.» MILITANTE SYNDICALISTE FEMINISTE En hommage à une infatigable militante, à une syndicaliste et à une féministe qui a marqué l\u2019histoire du Québec.En reconnaissance de ses luttes pour la justice.MERCI MADELEINE PARENT FEDERATION DES PROFESSIONNÈLES Hommage à Madeleine Parent Madeleine Parent est décédée, mais elle sera pour toujours une inspiration pour celles et ceux qui se battent pour l\u2019amélioration du sort des exploités et des opprimés.Militante syndicale infatigable elle a consacré sa vie à la défense des travailleuses et des travailleurs.Militante féministe elle a été de tous les combats pour l\u2019émancipation des femmes.Madeleine Parent a été un personnage marquant de l\u2019histoire de Salaberry-de-Valleyfield.Dans des conditions particulièrement difficiles, elle a travaillé sans relâche à l\u2019organisation du syndicat des ouvrières et des ouvriers de la Montréal Cotton en apportant un soin particulier à la mobilisation des femmes.Au déclenchement de la grève en 1946, elle a mis sur pied l\u2019organisation des Dames auxiliaires qui regroupaient les femmes et les mères des grévistes qui ont joué un rôle majeur dans la lutte.Résistant à l\u2019influence du clergé qui appuyait la compagnie et à la police de Duplessis qui déclara la grève illégale, Madeleine a organisé le support de l\u2019ensemble de la population de Salaberry-de-Valleyfield avec des grandes assemblées publiques à chaque semaine pendant les 100 jours qu\u2019a duré la grève.Elle a ainsi contribué à la victoire du syndicat qui a été reconnu par la compagnie et qui a réussi à négocier une première convention collective.Elle a été la cheffe de file de ce premier coup de clairon annonciateur de la Révolution tranquille où les ouvrières et ouvriers de la Cotton ont compris qu\u2019ils étaient les seuls habilités à savoir ce qui était bon pour elles et eux, où le peuple de Salaberry-de-Valleyfield s\u2019est soulevé et a apporté son appui à la lutte pour le respect de celles et ceux qui créent la richesse du pays.Cette première victoire a ouvert la voie à la syndicalisation de l\u2019ensemble des entreprises de notre région.Madeleine Parent est décédée et le meilleur hommage que nous pouvons faire à cette femme d\u2019exception, c\u2019est de rester fidèle aux engagements et aux convictions qui ont animé sa vie, c\u2019est de nous inspirer de son courage et de sa détermination tranquille et de continuer la lutte pour la justice et la dignité.fcOTO^ 46 I ' Coalition intersvndicale du Suroît FTf SFPQ AREffl^ njlUQUE DU QUMC\tSUROÎT CSQ La FTQ rend hommage à une pionnière féministe qui, par son engagement, a contribué de façon importante à i'avancement des femmes du Québec.Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec www.ftq.qc.ca www.facebook.com/laFTQ twitter.eom/#i/FTQnouvelles G 8 LE DEVOIR LES SAMEDI SI MARS ET DIMANCHE 1\u201c AVRIL 2012 MADELEINE PARENT M^wetch - merci, Madeleine Un appui donné aux femmes autochtones et immigrantes dans leurs luttes pour l\u2019égalité Alliée, mentor, inspiration, compagne de toutes les manifestations, disent d\u2019elle les femmes autochtones et immigrantes qui ont côtoyé Madeleine Parent.Mais surtout une amie, au-delà des différences et des générations.AMELIE DAOUST-BOISVERT Chaque année, Madeleine participait aux manifestations, aux assemblées générales, jusqu\u2019aux derniers moments où elle pouvait se déplacer», raconte au Devoir Michèle Audette, actuelle présidente de Femmes autochtones du Québec.C\u2019est après sa «retraite», au début des années quatre-vingt, que Madeleine Parent s\u2019engage plus étroitement auprès des femmes des Premières Nations et immigrantes.Les femmes autochtones luttaient alors pour que soit abrogée la Loi sur les Indiens.Discriminatoire, la loi retirait leur statut à celles qui épousaient un non-Indien, alors que les hommes dans la même situation conservaient le leur.Après avoir gagné leur cause, elles durent encore faire des pieds et des mains pour que leurs enfants soient réinscrits.Grande alliée au fil de ces combats,
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