Le devoir, 21 avril 2012, Cahier B
[" LE DEVOIR, LES SAMEDI 21 ET DIMANCHE 22 AVRIL 2012 IDEES Gaïa et Charlemagne, une même J)\tcause b 5 PHILOSOPHIE Pourquoi Trudeau a trahi Emmanuel Meunier en 1982 Page B 6 PERSPECTIVES Opérations policières des derniers jours Procès d\u2019un modèle d\u2019affaires Pendant qu\u2019on s\u2019inquiète dans les firmes de génie-conseil, du côté de la police on jubile discrètement La proximité entre une firme et un donneur d\u2019ouvrage est devenue une norme Les opérations policières des derniers jours ont mis au banc des accusés des firmes de génie-conseil et certains de leurs dirigeants.Derrière les perquisitions, les arrestations et les accusations, c\u2019est le procès de tout un modèle d\u2019affaires qui a commencé.KATHLEEN LÉVESQUE Au téléphone, la nervosité de l\u2019homme s\u2019entend.La pression vient de monter d\u2019un cran au sein des grandes firmes de génie-conseil et de leurs nombreuses filiales.«Je ne veux pas mon nom dans le journal, mais c\u2019est vrai qu\u2019on compte les jours avant que Marteau débarque», dit-il au Devoir.On comprend mal que ce qui ne faisait ni chaud ni froid dans la population puisse aujourd\u2019hui soulever tant d\u2019indignation.Après tout, on brasse des affaires comme qa depuis des lustres dans les firmes de génie-conseil, où le réseau d\u2019amitié et le coup de main politique voisinent l\u2019expertise.La proximité entre ime firme et im donneur d\u2019ouvrage est devenue ime norme.Le concept du client tend à disparaître.On tisse des liens d\u2019amitié et on amène l\u2019ami au Centre Bell, on lui donne des billets de spectacle, on dîne ensemble, on lui offre une partie de golf, im voyage.Et entre amis, on discute business plus librement.C\u2019est ce qui s\u2019appelle le développement des affaires.Chaque firme de génie-conseil a ses vice-présidents dont c\u2019est le rôle.Ils sont rarement des ingénieurs.Ils sont souvent issus du monde politique, avec un carnet d\u2019adresses qui constitue leur plus-value et vaut tous les diplômes de Poljùechnique.Pendant qu\u2019on s\u2019inquiète dans ces firmes, du côté de la police on jubile discrètement Le ton est plus guilleret depuis mardi dernier, alors que l\u2019escouade Marteau, qui est chapeautée par l\u2019Unité permanente anticorruption (UPAC), a procédé à l\u2019arrestation de 15 personnes, dont celles qui auraient orchestré un système de corruption à Mas-couche.Parmi celles-ci, on retrouve l\u2019incontournable entrepreneur Tony Accurso, le maire Richard Marcotte et son acolyte en affaires.Normand Trudel, de l\u2019entreprise Transport et Excavation Mascouche.Le stratagème pourrait se résumer à je-t\u2019amène-sur-mon-beau-bateau-et-tu-me-re-files-des-informations-privilégiées-pour-un-beau-projet-que-nofre-ami-construira.Dans cette opération policière nommée avec espièglerie «Gravier» (après tout, le maire aurait reçu ^atuitement dix voyages de terre pour sa collaboration), six ingénieurs sont également pointés ainsi que des firmes de génie-conseil: Dessau et sa filiale d\u2019urbanisme Plania, BPR-Triax, Lumex, Gemec-Tec-sult ainsi que Leroux Beaudoin Hurens et associés.La semaine dernière, c\u2019est la Gendarmerie royale du Canada (GRC) qui procédait à une mégaperquisition de trois jours au siège social de SNULa-valin à Montréal.Les liens étroits qu\u2019entretenait SNULavalin avec le régime Kadhafi avant la révolution populaire du printemps 2011, et qui lui ont permis de profiter de milliards de dollars en contrats, ne seraient pas étrangers à la frappe de la police fédérale.D\u2019autant plus qu\u2019en mars, la multinationale avait reconnu avoir perdu la trace de 56 millions versés à des intermédiaires pour deux projets.Dans cette foulée, le p.-d.g.Pierre Duhai-me, qui avait lui-même autorisé ces paiements, a remis sa démission, empochant au passage une prime de 4,9 millions.Chez Québec solidaire, on ironisait en début de semaine sur la tentative de SNULavalin de réduire le problème à son secteur international.«Comme si la firme était responsable ici et pas à l\u2019étranger, et que ce n\u2019était pas la même culture d\u2019entreprise.C\u2019est pathétique!», s\u2019est exclamée la présidente du parti, Erançoise David.Il y a un an, l\u2019escouade Marteau lançait son filet du côté de Boisbriand en éclaboussant les firmes BPR-Triax et Roche, dont la vice-présidente principale.Prance Michaud, aurait fait du trafic d\u2019influence auprès de l\u2019ancienne mairesse.En 2010, Le Devoir révélait l\u2019existence du «club des neuf», c\u2019est-à-dire un groupe de neuf firmes de génie-conseil qui se partageraient les contrats publics, principalement dans la région montréalaise, restreignant ainsi la concurrence.Une enquête a été ouverte à l\u2019escouade Marteau.Des consultants qui créent les besoins Malgré la multiplication des dossiers, l\u2019Association des ingénieurs-conseils du Québec (AICQ) se tient coite.Les demandes d\u2019entrevue des médias sont toujours refrisées.L\u2019AICQ représente pour- tant une quarantaine de firmes de génie-conseil, 90 % de la main-d\u2019œuvre de ce secteur et, surtout, une manière bien particulière de faire du développement des affaires.La consultation en génie a gonflé au fur et à mesure que les gouvernements et les administrations municipales désinvestissaient dans leur capaçité à réfléchir et donc à définir leurs besoins.A cet égard, le ministère des Transports (MTQ) demeure un exemple probant des effets pervers de la perte d\u2019expertise; le rapport Duchesneau (Unité anticollusion du MTQ) est là pour en témoigner.Il est difficile d\u2019en mesurer l\u2019impact exact en termes économiques.Chose certaine, la vision stratégique des pouvoirs publics passe maintenant par les consultants de tout acabit, y compris les ingénieurs.Le moindre projet, qu\u2019il soit grand ou petit, sera soumis au regard d\u2019ingénieurs-conseils.Et cela va plus loin puisqu\u2019un ministère ou une municipalité n\u2019a plus besoin de commander une étude afin de baliser son positionnement.Des firmes de génie-conseil lancent des études dont elles refilent gracieusement les résultats aux décideurs.Lorsque viendra le temps d\u2019attribuer un contrat de services professionnels, la firme deviendra incontournable puisqu\u2019elle aura une connaissance fine des éléments en amont du projet.Une large part du développement des projets d\u2019usine d\u2019épuration d\u2019eau et de traitements des eaux usées, par exemple, a fait l\u2019objet de ce type de démarches.Mais ces ingénieurs ne sont plus seulement des consultants qui gravitent autour des officines politiques: ils y ont installé leurs pénates.Il suffit de se rappeler le controversé contrat des compteurs d\u2019eau à Montréal, où BPR a mené le dossier au nom de la Ville.Une équipe de la firme avait même élu domicile dans les bureaux de Montréal.Malgré le scandale, le modèle s\u2019est répété.Le Devoir révéhit récemment que le même genre de promiscuité existe au sein du MTQ, où 32 ingénieurs fravaillent dans les bureaux montréalais.Les firmes concernées sont le Groupe SM, le consortium Roche-Axor (échangeur Dorval), Æcom et BPR (échangeur Turcot) ainsi que CIMA+, Roche et ÇPR (prolongement de l\u2019autoroute 30).A deux reprises au cours des dernières aimées, l\u2019Qrdre des ingénieurs (QIQ) a tenté de convaincre le gouvernement de mettre en place un centre d\u2019expertise de génie destiné au monde municipal afin de contrer l\u2019incapacité financière d\u2019avoir un tel service dans les municipalités.Le gouvernement a rejeté l\u2019idée au moment de créer Infrastructure Québec ainsi qu\u2019à l\u2019occasion de l\u2019adoption de modifications législatives (loi 76).La présidente de l\u2019QIQ, Maud Cohen, s\u2019en désole, car «les municipalités sont démunies; elles n\u2019ont pas accès à une ^per-tise indépendante».Financement politique Pendant ce temps, les mots «proximité», «contrats», «politique» et «financement» forment un étrange magma.L\u2019émission Enquête de Radio-Canada a recueilli récemment le témoignage d\u2019un ancien vice-président chez Roche, Gilles Cloutier, qui a reconnu avoir distribué des cadeaux aux politiciens, avoir déniché des prête-noms pour financer les caisses électorales des partis provinciaux en plus d\u2019avoir fait de fausses factures pour masquer les contributions illégales de Roche aux partis municipaux.Dans le dossier de Mascouche, il faut également rappeler que l\u2019entrepreneur Normand Trudel, aujourd\u2019hui accusé notamment de fraude, de complot et d\u2019abus de confiance, a organisé un cocktail de financement du Parti libéral du Québec chez lui.Jean Charesty a même fait une apparition.Et c\u2019est sans compter les liens étroits entre l\u2019ancienne ministre Nathalie Normandeau et la firme Roche et l\u2019entrepreneur Lino Zambito (accusé dans le scandale de Boisbriand).Lors d\u2019un cocktail de financement pour le PLQ organisé par M.Zambito et Roche, la ministre Normandeau, alors responsable des Affaires municipales, avait annoncé l\u2019octroi d\u2019une subvention de 11 millions que ses propres fonctionnaires refusaient d\u2019accorder pour l\u2019usine d\u2019épuration de Boisbriand.Bien sûr.Roche et Zambito ont mis la main sur les contrats.«La culture de collusion et de corruption n\u2019a pas été éradiquée», estime Québec solidaire.Il reste maintenant à voir si l\u2019escouade Marteau, mais aussi la commission d\u2019enquête Charbonneau, qui doit commencer ses travaux publics dans quelques semaines, pourra démontrer et démonter un système qui ne se limite surtout pas au monde municipal.Le Devoir iL r PHOTOS JACQUES NADEAU LE DEVOIR Robert Lafrenière, commissaire de i\u2019UPAC, cette semaine. B 2 LE DEVOIR, LES SAMEDI 21 ET DIMANCHE 22 AVRIL 2012 PERSPECTIVES DES IDEES EN L\u2019ERE Des qualités et défauts du printemps érable y ^ «r Antoine Robitaille « P rintemps érable»: le slogan résume bien le malentendu à la source de la période agitée que nous traversons.11 a des qualités, ce slogan.Habile comme un mot d\u2019esprit, vif comme cette «jeunesse que Von n\u2019attendait pas», il traduit une volonté de changement bien réel.Les ras-le-bol suscitent des printemps (comme à Prague ou dans les pays arabes), c\u2019est inévitable et bien connu; même si les «printemps» en question peuvent être très différents.Celui que vit le Québec est ancré d\u2019abord dans l\u2019impression que nous avons «tout ce qu\u2019il faut», ici, en ressources, en talents, pour prospérer, pour progresser.Mais nous n\u2019y arrivons pas.L\u2019autre ancrage de ce ras-le-bol est cette gangrène que nous découvrons alors qu\u2019on nous a chanté pendant des décennies les vertus du «modèle-québécois-de-financement-des-partis-politiques-in-venté-par-René-Lévesque».On pointera aussi l\u2019usure du gouvernement en place.Son caractère déconnecté, comme l\u2019ont montré hier les blagues de Jean Charest, qui a eu l\u2019air d\u2019un premier ministre «juste pour rire».Mais n\u2019oublions pas que ce printemps suit un hiver de 30 ans où les grands projets du Québec \u2014 peut-être étaient-ce des utopies \u2014 ont tour à tour échoué.La Constitution de 1982 a enfoncé un premier clou dans le cercueil du «fédéralisme renouvelé», voie préférée d\u2019une majorité de Québécois.Meech et Charlottetown ont complété la mise à mort.Le projet de souveraineté du Québec aussi, en parallèle, se voyait plombé de défaites en 1980 et en 1995.Par la suite, il parut urgent de laisser les dossiers «constitutionnels» de côté, de se concentrer sur les finances publiques mises à mal par 30 ans (Je constructions souvent concurrentes de deux Etats coûteux, l\u2019un à Québec, l\u2019autre à Qttawa.Un projet s\u2019imposa tranquillemeuL dans la capitale nationale comme fédérale, pendant les années 1990: celui du déficit zéro.L\u2019objectif avait moins de panache que le fédéralisme renouvelé ou le souverainisme.Et a déclenché un débat gauche-droite qui dégénère actuellement en un affrontement souvent stérile.Reste qu\u2019après une décennie sans déficit, on se retrouve pourtant aux prises avec une dette astronomique.Autre échec.Et nous voilà au «printemps érable».11 n\u2019a pas que des qualités, ce slogan.On dira que je chipote, mais, une fois de plus, nous nous comportons en purs «périphériques», baptisant ce qui nous arrive en référence à des événements étrangers.Ça devient un réflexe.Dans le passé, nous avons emprunté «la Grande Noirceur» à l\u2019histoire européenne, la «nuit des longs couteaux» à celle du nazisme et la «paix des braves» au conflit au Proche-Orient.11 semblerait que notre histoire soit trop petite, trop périphérique, pour susciter ses appellations propres (à part pour certaines belles exceptions, telle la «revanche des berceaux»).«Printemps érable» a aussi le défaut de transformer, dans plusieurs esprits, une bataille contre une décision gouvernementale \u2014 certes contestable \u2014 en lutte sans merci contre une effroyable tyrannie.«N\u2019est pas héros qui veut; ni le courage, ni le don ne suffisent, il faut qu\u2019il y ait des hydres et des dragons», écrivait Jean-Paul Sartre dans Les mots.Dans nombre de discours de grévistes, Jean Charest et son gouvernement prennent l\u2019allure d\u2019hydres, de dragons.«Charest = Moubarak et voilà pourquoi on doit se faire un printemps»: tel est le sous-texte de nombre d\u2019interventions entendues dans ce printemps érable.Un romantisme révolutionnaire, encouragé par des baby-boomers se projetant dans les «jeunes-qui-prennentda-rue-comme-nous», a le défaut de transformer l\u2019adversaire en ennemi.Dans une manif, dans la rue, le monde est facilement lisible.D\u2019un côté, moi qui manifeste pour les bonnes raisons.De l\u2019autre, le pouvoir, le terrible pouvoir, incarné dans un policier casqué, masqué, qui lance des gaz.Cette griserie des manifs, il faut s\u2019en méfier.Elle a la capacité de suspendre l\u2019activité d\u2019une ville, d\u2019un pays.Critique de Mai 68, Alain Einkiel-kraut a déjà exprimé cette nostalgie pour ce moment où «l\u2019ennui cessait miraculeusement d\u2019être le prix à payer par chaque existence pour la bonne marche des choses.Il n\u2019y avait plus rien de quotidien dans la vie quotidienne».Mais après la manif, après le printemps?Si on y a trop cru, trop investi; si on pense que c\u2019est «dans le festival de la parole agissante» (Pierre Nora) que se règlent les choses, on se prépare un retour sur terre, un post-partum terrible.Si l\u2019on veut réussir ce printemps, il me semble qu\u2019il faudra bien un jour passer de la rue aux urnes; puis des urnes à des décisions politiques débattues, réfléchies.La rue a assurément un aspect démocratique.Mais elle simplifie les enjeux, prétend détenir la vérité.Est immodeste.Qr, selon la formule d\u2019Albert Camus, «la démocratie, c\u2019est l\u2019exercice de la modestie.Le démocrate est modeste, il avoue une certaine part d\u2019ignorance, il reconnaît le caractère en partie aventureux de son effort et que tout ne lui est pas donné et, à partir de cet aveu, il reconnaît qu\u2019il a besoin de consulter les autres pour compléter ce qu\u2019il sait».arobitaille@ledevoir.corn B ROGAN WARD REUTERS Peter Kent, ministre fédéral de TEnvironnement, lors de la conférence internationale de Durban.Ottawa et Québec veulent e3q)loiter les richesses naturelles sans débat préalable LOUIS-GILLES FRANCŒUR Le ministre fédéral de l\u2019Environnement, Peter Kent, a été littéralement mis sous tutelle cette semaine par son collègue des Ressources naturelles, Joe Qliver, qui parraine l\u2019allégement législatif et réglementaire de l\u2019évaluation environnementale au niveau fédéral.Mais ce qui apparaît comme une tutelle est conforme, en réalité, à ce qu\u2019annonçait dès sa nomination Peter Kent.Ce dernier se présentait alors non pas comme un réformateur en environnement, et surtout pas comme un ministre souhaitant renforcer le fdet environnemental, mais comme un vendeur des politiques du gouvernement Harper.Peter Kent, un ancien journaliste, a joué sans vergogne au chat et à la souris avec la communauté internationale, n\u2019hésitant pas à mentir par omission druant la conférence internationale de Druban sru les changements climatiques en décembre dernier.11 a, en effef attendu la fin de la conférence pour confirmer le retrait du Canada du protocole de Kyoto alors que cette décision avait déjà été prise par le cabinet.Cette esquive lui a permis de contribuer à miner tout consensus pour un prolongement de Kyoto à une table de négociation de laquelle il aurait dû, avec un minimum de décence, se retirer.Peter Kent a porusuivi son marketing des politiques gouvernementales en reprenant à son compte, jusque sru les tribunes internationales, l\u2019expression «pétrole éthique» créée par un allié stratégique de l\u2019industrie pétrolière.Pour Peter Kent, le pétrole de l\u2019Quest est peut-être plus «sale» que les autres poru le climat, mais il provient d\u2019un pays qui paye bien ses travaillerus, qui touche des redevances et qui respecte les droits de la personne, dont ceux des femmes.Pour lui, le débat sur les impacts de cette exploitation sur le climat planétaire est secondaire par rapport aux aspects sociaux, même s\u2019il est démontré que les changements climatiques vont exacerber les conditions de vie dans les pays pauvres, et tout particulièrement aux dépens de la condition des femmes.Voilà une «éthique» politique qui passe peut-être dans l\u2019Alberta du Wildrose Party, mais pas beaucoup au Québec.Extraire pour qui?La réforme de l\u2019évaluation environnementale au niveau fédéral est enrobée de clichés économiques primaires: développemenf emplois, prospérité, etc.Mais, à sa face même, il s\u2019agit de renforcer une politique énergétique régionale en faveur de l\u2019Quesf qui tient lieu de politique économique et énergétique nationale et qui feint d\u2019ignorer qu\u2019elle a des impacts sru l\u2019industrie manufacturière de l\u2019est du pays.Sa prémisse est simpliste: ce qui est bon poru l\u2019industrie pétrolière ou minière est bon poru le Canada.Ce raisonnement remplace le mot «colonie» par celui de «multinationale» dans la traditioimel-le justification du pillage des ressoruces d\u2019un territoire en échange d\u2019emplois temporaires, en évitant tout débat sur l\u2019épuisement de ces ressources et sur les stratégies qui permettraient d\u2019en optimiser les bénéfices, y compris pour les prochaines générations.11 est impératif pour un gouvernement, dans une telle logique, d\u2019éviter tout questionnement public sur la pertinence de développer au rythme des multinationales le pétrole et les minéraux d\u2019un territoire dans un contexte de pénruie croissante des grandes ressources de base.Seuls les grands groupes environnementaux posent en audience publique des questions sur la pertinence de développer maintenant ou plus tard ces ressources, d\u2019extraire moins de ressources mais d\u2019augmenter le nombre d\u2019emplois en exigeant in- TODD KOROL REUTERS Du café?Non, du pétrole albertain extrait des sables bitumineux.conditionnellement sur place leur transformation secondaire, voire tertiaire.Ce sont aussi les seuls qui ont l\u2019expérience et les ressources pour contre-expertiser les grands projets, dont l\u2019examen en audience sera limité aux personnes «directement concernées», selon le projet d\u2019Qttawa.Ces questionnements se situent aux antipodes des stratégies de développement des industries extractives déployées, actuellement envisagées par les gouvernements Harper et Charest.C\u2019est cette stratégie économique d\u2019exploitation primaire qui a permis à la Compagnie de la Baie-d\u2019Hudson de contrôler, avec les privilèges d\u2019un gouvernement, pendant des décennies, une énorme partie de l\u2019Amérique du Nord et d\u2019en écrémer les ressoruces fauniques.Puis ce fut le toru de nos forêts de pins et de chênes.Puis des sapins et des épinettes poru les pape-tières au XX® siècle.Qn peut se demander si le Québec d\u2019aujorud\u2019hui fait mieux en voulant harnacher ses dernières rivières vierges, aux dépens de la biodiversité mondjale, pour satisfaire la boulimie énergétique des Etats-Unis et de nos propres gaspillerus invétérés.Qu si l\u2019enchère de nos ressources minérales dans un contexte d\u2019échange de faveurs au «salon» du Plan Nord correspond vraiment à la vision d\u2019un véritable développement collectif.Une partie de la réponse sera certainement donnée dimanche dans la rue par plusieurs de ces citoyens qui, contre toute attente, ont démontré leiu capacité à recentrer ce genre de dossier.En effet dans celui des gaz de schiste, les entrepreneurs ont été assagis par leur résistance.Ils ont certes réduit à presque rien leurs projets d\u2019exploration en raison d\u2019un marché à la baisse, mais certainement aussi en raison de la virulence de cette réaction citoyenne sans précédent, probablement la plus forte enregistrée sur le continent jusqu\u2019ici.L\u2019éclipse environnementale Autant le gouvernement Harper tente d\u2019éviter tout débat sur les enjeux climatiques, sociaux et environnementaux en allégeant les règles fédérales de l\u2019évaluation environnementale, autant le gouvernement Charest a réussi jusqu\u2019ici à éviter, mais autrement, les mêmes questions sur la pertinence des projets hydroélectriques et d\u2019une politique d\u2019extraction mi- nérale sans obligation de transformation.Québec a déposé cette semaine un projet de loi censé protéger la moitié du Grand Nord.11 protégera selon les critères rigoureux de l\u2019Union internationale de la conservation de la nature une portion de 20 % de ce territoire.Mais dans l\u2019autre partie \u2014 le 30 % censément protégé lui aussi \u2014 Québec avait promis de n\u2019autoriser que des «activités non industrielles».Mais voilà que son projet de loi autorisera «l\u2019utilisation durable des ressources» dans cette portion, ce qui est nettement plus large et inquiétant, nous signalait cette semaine Suzann Mé-thot, la coordonnatrice d\u2019un des comités du Plan Nord sur les questions de conservation et d\u2019environnement.Cette façon de faire tente de légitimer en réalité l\u2019absence d\u2019une évaluation stratégique environnementale (EES) dans les règles de l\u2019art, la seule façon crédible d\u2019identifier les véritables enjeux de ce développement dans le cadre d\u2019une stratégie fondamentalement axée sur la recherche de l\u2019intérêt général à long terme.Mais dans le cas du Plan Nord, Québec n\u2019a pas à rogner sur ses mécanismes d\u2019évaluation environnementale, comme Qttawa doit le faire, car les règles de l\u2019évaluation environnementale qui s\u2019appliquent dans le sud du Québec ne s\u2019appliquent pas dans le Grand Nord.Des règles du jeu différentes y ont été plutôt définies dans la Convention de la Baie-James et du Nord québécois.Qn peut reprocher bien des faiblesses aux évaluations faites par le Bureau d\u2019audiences publiques sur l\u2019environnement (BAPE), le responsable de l\u2019évaluation des projets dans le sud du Québec.Mais son mandat l\u2019oblige théoriquement à aider Québec à prendre la décision la plus pertinente dans une logique d\u2019intérêt public supérieur et de développement durable.Ce qui n\u2019est pas le cas de la complexe mécanique d\u2019examen et d\u2019évaluation de la Convention de la Baie-James.Les comités d\u2019examen et d\u2019évaluation de la Convention sont en effet tripartites et liés aux parties, contrairement au BAPE où les commissaires doivent être absolument indépendants.Ces comités représentent directement les intérêts de Québec, d\u2019Qttawa et des autochtones.Qn est ici dans une logique d\u2019arbitrage où les parties cherchent un compromis acceptable à chacun, ce qui n\u2019est pas nécessairement une affirmation de l\u2019intérêt général et des générations futures.Les revendications des autochtones pour une plus grande part des emplois et des contrats du Plan Nord ne dépassent pas beaucoup la bonne vieille logique de l\u2019époque coloniale.Ils en sont aux emplois temporaires alors que dans ces dossiers l\u2019essentiel devrait porter sur la transformation, soit l\u2019industrie du savoir, qui se déménage beaucoup moins facilement que le minerai dans des cales de navire.Il n\u2019y aura donc pas de débat public, avec étude de scénarios et contre-expertises des propositions de base, afin d\u2019optimiser le développement du Grand Nord québécois, un débat, en somme, comme celui que veut éviter le gouvernement Harper sur les grands enjeux liés aux sables bitumineux.La Convention de la Baie-James va éviter ce débat à Québec et le limiter à la négociation, de plus en plus directe d\u2019ailleurs entre compagnies et autochtones, donc de plus en plus éloignées d\u2019un débat de société, ce que certains présentent comme un heureux développement.Voilà des stratégies que de plus en plus de personnes estiment contraires à la philosophie qui a donné naissance au Jour de la Terre.Le Devoir LE DEVOIR LES SAMEDI 21 ET DIMANCHE 22 AVRIL 2012 B 3 PERSPECTIVES À couteaux tirés Les deux Soudans ont évité la guerre L\u2019ambassadeur du Soudan à l\u2019ONU a estimé hier que les dirigeants du Soudan du Sud avaient une «mentalité de guérilleros», mais que Khartoum était forcé de négocier avec son rival pour éviter que les violents combats ne dégénèrent en une guerre ouverte.S\u2019exprimant après que le président sud-soudanais Salva Kiir eut ordonné à son armée de se retirer de la zone pétrolière contestée de Heglig, Daffa-Alla Elhag Ali Osman a assuré que les troupes de Khartoum «ne commettront aucune agression, ni ne traverseront la frontière [avec le Sud]».LUC MATHIEU Les deux Soudans ont, au moins provisoirement, évité la guerre.Dans un revirement inattendu, le président sud-soudanais Salva Kiir a ordonné hier le retrait de son armée de la ville de Heglig.La prise, dix jours plus tôt, de cette zone pétrolière située au nord avait déclenché la fureur du président soudanais Omar el-Béchir, qui promettait jeudi de «donner une leçon par la force» au Soudan du Sud.Pourquoi l\u2019armée sud-soudanaise s\u2019est-elle retirée?Lorsqu\u2019elles ont ordonné aux troupes de la SPLA (Armée de libération des peuples du Soudan) de franchir la frontière et de s\u2019emparer de Heglig, les autorités de Juba, la capitale du Soudan du Sud, avaient de toute évidence sous-estimé la violence de la réaction de Khartoum.«Elles ne se sont pas rendu compte que cette prise constituait un casus belli pour le gouvernement soudanais», explique Marc Lavergne, géopolitologue et directeur de recherches au CNRS.Dès le lendemain.Omar el-Béchir ordonne une mobilisation générale et envoie ses soldats vers la frontière.Dans le même temps, l\u2019armée soudanaise lance une offensive plus au sud et bombarde la ville de Bentiu, tuant cinq personnes.En riposte, Juba annonce qu\u2019elle va lancer ses forces à l\u2019assaut d\u2019Abyei, une autre zone pétrolifère située sur la frontière.Khartoum ne s\u2019en émeut pas et continue à pilonner Heglig.Les combats se sont poursuivis jusqu\u2019à hier.Peu importe que les forces soudanaises aient réellement réussi à pénétrer à Heglig \u2014 ce qu\u2019ont démenti les autorités du Soudan du Sud \u2014, elles ont montré qu\u2019elles n\u2019abandonneraient pas le terrain.Tout à sa logique guerrière, Khartoum avait également rejeté une proposition de sortie de crise passant par le retrait des forces d\u2019Abyei en échange du départ de celles du Soudan du Sud de Heglig.En s\u2019emparant de cette zone pétrolifère, le président sud-soudanais s\u2019est également heurté à la communauté internationale.La prise de Heglig a été jugée «illégale» par le secrétaire général de l\u2019ONU, Ban Ki-moon, qui avait appelé à des négociations entre les deux parties.L\u2019Union européenne et l\u2019Union africaine avaient adopté des positions similaires.La sortie de crise sera-t-elle durable?En annonçant le retrait des troupes de Heglig, Salva Kiir a également donné un avertissement: la région «reste une partie intégrante de la République du Soudan du Sud».Kiir s\u2019appuie sur le tracé de la frontière de 1956, lorsque l\u2019ex-Soudan est devenu indépendant, pour justifier sa revendication.Il a aussi demandé que le statut des zones contestées par les deux Soudans soit «soumis à un arbitrage international».Rien n\u2019est donc réglé.Signe peu encourageant, les précédentes tentatives de médiation menées par l\u2019Union africaine n\u2019ont jamais abouti.Cette npuvelle crise a enfin ravivé les conflits dans les Etats soudanais du Nil bleu et du Kordofan-Sud, où une rébellion affiliée à Juba affronte depuis juin dernier les forces de Khartoum et leurs milices.Soixante-dix-neuf soldats soudanais auraient été tués mardi et mercredi au Nil bleu, selon un porte-parole du mouvement rebelle SPLM-N (branche Nord du Mouvement populaire de libération du Soudan).Ces combats ont accéléré les mouvements de population: le camp de réfugiés de Yida accueille désormais jusqu\u2019à 400 nouvelles personnes chaque jour, contre 50 la semai- ASHRAF SHAZLY AGENCE ERANCE-PRESSE Omar el-Béchir, président du Soudan depuis 1993.ne précédente, selon l\u2019IRC Onternational Committee Rescue).Dans le même temps, le conflit a remobilisé les groupes rebelles du Darfour.Le plus militarisé d\u2019entre eux, le Mouvement pour la justice et l\u2019égalité OEM), a annoncé avoir pris deux postes militaires soudanais situés à une quarantaine de kilomètres au nord de Heglig.Pourquoi la crise se concentre-t-elle le long de la frontière?L\u2019indépendance du Soudan du Sud en juillet 2011 ne s\u2019est pas accompagnée d\u2019un tracé précis de la démarcation avec le Soudan.Outre Heglig, la contestation porte sur Abyei.Le référendum prévu pour décider de son rattachement n\u2019a toujours pas été organisé, faute d\u2019accord entre les deux Soudans sur la composition du corps électoral.Ces conflits territoriaux masquent en fait la question de la répartition de la production pétrolière.En accédant à l\u2019indépendance, le Sud a récupé- ré les trois quarts des réserves pétrolières (soit environ 350 000 barils par jour) de l\u2019ex-Soudan.Mais il n\u2019a pas les moyens de les exploiter et doit utiliser l\u2019oléoduc, la raffinerie et les terminaux pétroliers soudanais.Les deux voisins sont donc contraints de s\u2019entendre, leurs économies étant presque exclusivement dépendantes du pétrole.La solution passe par un accord financier qui fixerait ime taxe payée par le Sud et permettrait une répartition des revenus.Mais les négociations, entamées il y a plusieurs mois, n\u2019ont toujours pas abouti.Elles ont même été abandonnées en janvier lorsque Juba a décidé de bloquer sa production.Une décision justifiée, selon le Soudan du Sud, par le montant des taxes réclamées par Khartoum: 36 $ par baril qui transite par l\u2019oléoduc, un montant jugé dix fois supérieur aux standards du marché.Khartoum réclame en outre 7 milliards de dollars d\u2019impayés.Libération «Jours de rage» au Grand Prix de Bahreïn La contestation chiite à Bahreïn a pesé hier sur le Grand Prix de Formule 1.Les manifestations à répétition, à l\u2019appel de l\u2019opposition chiite qui réclame des réformes constitutionnelles dans ce royaume dirigé par une dynastie sunnite, ont conduit à un renforcement de la sécurité autour du circuit de Sa-khir, près de Manama.LIONEL EROISSART Hier, la première journée du Grand Prix de Bahreïn s\u2019est déroulée comme prévu et les organisateurs assuraient que la quatrième manche du Championnat du monde de Ef aurait lieu malgré l\u2019appel à «trois jours de rage» lancé par le mouvement le plus radical des opposants chiites au régime sunnite.Il y a un an, le Grand Prix de Pormule f avait été reporté, puis finalement annulé, alors que s\u2019intensifiaient les mouvements de protestation du printemps arabe.()ette année encore, à l\u2019approche du Grand Prix, considéré comme un caprice de plus du prince héritier, les militants chiites, communauté majoritaire dans la population, ont trouvé avec la El un porte-voix inespéré pour faire entendre leurs revendications.La principale est l\u2019instauration d\u2019une véritable démocratie dans cette monarchie verrouillée par la dynastie al-Khalifa.Les chiites réclament aussi une plus grande considération et la possibilité, entre autres revendications, d\u2019accéder aux différents postes clés de l\u2019administration.Profitant de la présence de nombreux médias \u2014 même si des journalistes se sont vu refuser l\u2019entrée sur l\u2019île \u2014 à l\u2019occasion de la venue de la El, les opposants au régime durcissent le ton et multiplient les actions depuis le milieu de semaine.Comme depuis plus d\u2019un an, les manifestations ont été réprimées sans ménagement à Manama, la capitale, où le quartier des affaires a été bouclé par la police, mais surtout dans les petits villages situés dans les faubourgs, où la contestation de la population la plus pauvre est la plus virulente.Malgré l\u2019appel à l\u2019annulation puis au boycottage du Grand Prix par de nombreux hommes politiques étrangers, notamment au Royaume-Uni, et la mise en garde de plusieurs ONG, dont l\u2019Organisation internationale des droits de l\u2019homme, le prince Salman bin Hamad bin Isa al Khalifa a répété hier, après s\u2019être entretenu avec Bernie Ecclestone, le gérant commercial Le Grand Prix est considéré comme un caprice de plus du prince héritier de la El, qu\u2019il n\u2019avait pas l\u2019intention de donner raisons aux «extrémistes».La EIA (Eédération internationale de l\u2019automobile), se retranchant derrière le principe de neutralité et de non-ingérence dans les affaires politiques des pays visités par les championnats qu\u2019elle organise, avait confirmé il y a une semaine la tenue de cette épreuve controversée.Le 8® Grand Prix du Bahreïn devrait donc prendre son envol demain et se dérouler quasiment à huis clos.Ce qui ne changera pas grand-chose par rapport aux précédentes éditions, qui n\u2019ont jamais attiré la grande foule sur un circuit insipide, et dans un pays où la culture du sport automobile est inexistante.Les pilotes regroupés au sein du GPDA (association des pilotes de Grand Prix) ont ouvert un joli parapluie en affirmant qu\u2019ils faisaient confiance à la EIA pour assurer leur sécurité cette fin de semaine.Les principaux «meneurs» de la contestation, eux, arrêtés et emprisonnés, doivent être jugés pour «complot» lundi, au lendemain de la course.Les pilotes seront déjà loin.Libération Le clone Michel David La Coalition avenir Québec a décidé de célébrer à sa façon le 30® anniversaire de la Charte canadienne des droits et libertés.Aujourd\u2019hui, à Victoriaville, les délégués au congrès de fondation de la CAQ seront invités à adopter une proposition qui prévoit qu\u2019un gouvernement caquiste réclamera formellement une modification à l\u2019article 23 (2) qui lui permettra d\u2019éliminer les écoles passerelles.La proposition ne manque pas d\u2019ambition quand on pense que la volonté d\u2019invalider les dispositions de la loi 101 relatives à l\u2019accès à l\u2019école anglaise a été pour beaucoup dans la décision de Pierre Elliott Trudeau d\u2019enchâsser une charte des droits dans la Constitution.La commission politique de la CAQ plaide que c\u2019était la solution préconisée par l\u2019Assemblée nationale en juin 2002, quand elle a adopté à l\u2019unanimité la loi 104 qui interdisait les écoles passerelles.Bien entendu, la Charte n\u2019a jamais été modifiée.La loi 104 a plutôt été déclarée inconstitutionnelle par la Cour suprême.Le gouvernement Charest a simplement resserré un peu l\u2019accès aux écoles passerelles en retenant le critère du «parcours authentique» imaginé par la Cour suprême.Les plus riches n\u2019en conservent pas moins la possibilité d\u2019acheter leur droit de passage au réseau anglais subventionné.Le cahier destiné aux participants au congrès affirme qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une «iniquité», qui constitue une «brèche inacceptable dans l\u2019application de la Charte de la langue française».Dans les faits, ce que propose la CAQ revient pourtant à maintenir cette iniquité.Au Canada anglais, la loi 101 est déjà assimilée à une loi raciste, pour ne pas dire nazie.Prétendre que le gouvernement fédéral et les autres provinces accepteront de nouvelles restrictions à l\u2019accès à l\u2019école anglaise relève de la pensée magique ou encore de la fumisterie.Curieusement, quand Prançois Legault a présenté une première fois ses orientations en matière culturelle et linguistique, à l\u2019automne 2010, l\u2019utilisation de la clause nonobstant pour interdire les écoles passerelles se voulait une démonstration de sa détermination à rapatrier «100 % de la souveraineté sur la langue».En novembre dernier, quand M.Legault a confirmé que la CAQ devenait officiellement un parti politique, la clause nonobstant faisait toujours partie de son «plan d\u2019action».Il est pour le moins curieux qu\u2019il s\u2019avise soudainement qu\u2019une modification à la Charte serait plus efficace.Le problème est plutôt que la clause nonobstant donne des boutons à Gérard Deltell.Déjà, la CAQ peine à recruter des candidats le moindrement connus.S\u2019il fallait que l\u2019ancien chef de l\u2019ADQ quitte le navire.Le collègue Alec Castonguay, de L\u2019Actualité, qui a passé six mois «dans le ventre de la CAQ», racontait que l\u2019entourage de M.Legault avait trouvé la direction de l\u2019ADQ peu exigeante lors des négociations ayant mené à la fusion des deux partis.Les adéquistes qui s\u2019y sont opposés estimaient d\u2019ailleurs que l\u2019ADQ avait vendu son âme.Avec le recul, cependant, c\u2019est à se demander quel parti a avalé l\u2019autre.La Presse rapportait hier qu\u2019un fidèle de lon^e date de M.Legault, Jacques Théorêt, a décidé de claquer la porte parce qu\u2019il ne se reconnaît plus dans la CAQ, qu\u2019il assimile à «une ADQ 2.0».Certains des «40 jeunes de moins de 40 ans» que la CAQ avait présentés comme la preuve vivante de sa modernité l\u2019automne dernier ne cachent pas leur désenchantement devant les orientations qu\u2019elle a prises.M.Legault ne voulait surtout pas être le successeur de Mario Dumont, mais c\u2019est justement ce qu\u2019on voit maintenant en lui.CAQ a beau favoriser une intervention de l\u2019État dans le développement économique qui répugnait à l\u2019ADQ, elle est perçue comme un simple clone.Le moratoire de 10 ans qu\u2019avait jadis proposé M.Dumont pouvait avoir un sens au lendemain du référendum de 1995.Son successeur a cru habile de le reconduire précisément au moment où l\u2019élection d\u2019un gouvernement conservateur sans l\u2019appui du Québec a brutalement ramené la question nationale à l\u2019ordre du jour.Des souverainistes se disent mal à l\u2019aise de s\u2019afficher comme tels au sein de la CAQ.Inversement, un fédéraliste aussi inconditionnel que le président de la firme de relations publiques National, Luc Beauregard, reconnaît avoîr încîté ses amîs à bouder la CAQ parce qu\u2019il estime Impossible de faire abstraction du débat constitutionnel.Il y a à peine cinq mois, la CAQ semblait appelée à former le prochain gouvernement.Qui aurait pu croire que son congrès de fondation serait totalement éclipsé par celui d\u2019une association étudiante, dont le principal enjeu est de savoir si elle condamne ou non le recours à la violence?Entre le congrès de la CLASSE, les affrontements provoqués par la tenue du Salon Plan Nord et la manifestation monstre qui doit souligner demain le Jour de la Terre, la CAQ aura bien du mal à susciter un quelconque Intérêt.«Ma plus grande peur est d\u2019être mort avant même les élections», a confié M.Legault à L\u2019Actualité.En effet, il pourrait bien devenir la plus brillante étoile filante des annales politiques québécoises.mdavid@ledevoir.com B 4 LE DEVOIR LES SAMEDI 21 ET DIMANCHE 22 AVRIL 2012 EDITORIAL Grève étudiante Assez! Une autre fois, une manifestation sous la bannière de la CLASSE a tourné hier midi à l\u2019affrontement violent entre manifestants et policiers.Elle avait lieu devant le Palais des congrès, où se trouvait le premier ministre Jean Charest, qui a accueilli la chose en se riant des étudiants grévistes.Il est temps, plus que temps, que de part et d\u2019autre la raison prenne le dessus et que s\u2019installe un réel dialogue.c w Bernard Descôteaux ette manifestation en était une de trop.Survenant au terme d\u2019une semaine marquée par des heurts dans plusieurs villes entre étudiants et policiers, elle ne pouvait que conduire à plus de violence.Une violence devenue enfin totalement inacceptable aux yeux des porte-parole de la CLASSE quand fut mise en danger la vie d\u2019automobilistes circulant sur l\u2019autoroute Ville-Marie où des pierres furent lancées.Que l\u2019on en soit venu là est une responsabilité partagée.En tout respect du fonctionnement démocratique des organisations étudiantes, il appartenait aux dirigeants de la CLASSE de dire leur désaccord avec la violence, comme le leur a demandé cette semaine le gouvernement comme condition pour engager un dialogue.Ils n\u2019ont certes pas l\u2019expérience de politiciens professionnels, mais ils auraient dû comprendre qu\u2019il y a des sujets sur lesquels on ne peut tergiverser.Le gouvernement Charest est pour sa part responsable d\u2019avoir laissé ce conflit dégénérer en une crise qui n\u2019a pas sa raison d\u2019être.La ^\t~ ligne diue qu\u2019il a adoptée sert ses intérêts poli- tiques, cela, on l\u2019a tous compris.Il ne prend pas J\tau sérieux cette grève, comme en témoigne cet- Æ\t^ te blague que le premier ministre n\u2019a pu se rete- H\t^ nir de faire siu les jeunes grévistes qu\u2019il voit al- m\\\t1er travailler au nord du nord.Si cette blague du goulag du Plan Nord était bien bonne, elle n\u2019était pas drôle car révélatrice au mieux d\u2019un paternabsme inconvenant, au pire d\u2019un certain mépris que le gouvernement porte au mouvement étudiant.Iæ dialogue souhaité a trop tardé.Les conséquences de cette grève sont incalculables.On ne pense pas ici aux heures supplémentaires des policiers, mais bien aux conséquences qu\u2019auront l\u2019annulation ou l\u2019abandon de cours qui retarderont la diplomation des étudiants, et à la désorganisation qui prévaut déjà dans les établissements d\u2019enseignement.Il y a une responsabilité individuelle en cause ici.Elle est celle de chaque étudiant d\u2019évaluer les conséquences de ce conflit sur sa vie.Mais la société a aussi une responsabibté envers une génération qui a droit à notre respect et à notre soutien.Où se trouve donc la solution?Le recteur de l\u2019Université de Montréal, Guy Breton, l\u2019a dit clairement jeudi: «La clé est à l\u2019autre bout de la 20».On ne demande pas au gouvernement de «plier» inconsidérément devant les étudiants et d\u2019aimuler les augmentations des droits de scolarité.Il a toutefois la responsabibté de créer les conditions qui inciteront les étudiants à mettre bn au mouvement de grève et à terminer leur session.LesqueUes?Ce sont aux étudiants et à la ministre de l\u2019Education d\u2019en convenir.Il est lugent de le faire.Jour de la Terre Pour le bien ; 15»^ ^ J Jean-Robert Sansfaçon a même bn de semaine où le premier ministre du Québec convie les entrepreneurs du secteur des ressources à son grand Salon Plan Nord, tout ce que le Québec compte de groupes progressistes, culturels et J étudiants s\u2019est donné rendez-vous pour répondre à l\u2019appel lancé par quelques centaines de personnalités réuibes par l\u2019homme de théâtre Dominic Champagne à l\u2019occasion du Joiu de la Terre.Dans la «déclaration» préparée pour l\u2019occasion, on y lit: «Nous affirmons que nous sommes favorables à un développement qui soit viable, qui fasse une large part aux énergies renouvelables, au transport écologique, au commerce équitable, à la revitalisation des régions et à une agriculture durable.» Puis, plus loin: «Nous dénonçons les dégradations dues à l\u2019exploitation des sables bitumineux, les modèles actuels de développement minier et forestier, les risques liés à l\u2019exploitation du gaz de schiste, du pétrole, de l\u2019uranium et à l\u2019utilisation de l\u2019énergie nucléaire.» Tout le monde sera d\u2019accord avec des objectifs aussi généreux, du moins en principe.En prabque, les choses sont évidemment plus complexes et peu de gens sont prêts à changer leiu mode de vie fortement axé siu la consom-mabon et la production de masse pour jusbber leur présence à la manifestation de dimanche après-midi.Alors, pourquoi s\u2019attend-on à voir autant de monde dans la rue, demain?Parce que ce qu\u2019on lit aussi dans le texte et entre les lignes de cette déclarabon, c\u2019est un appel du cœiu et de la raison à la «défense du bien commun» bafoué.Le Québec traverse une grave crise de conbance à l\u2019endroit de ses élites.Une crise qui menace la paix sociale, la vie démocra-bque et l\u2019engagement volontaire du simple citoyen à respecter les règles communes.Jeunes et moins jeunes, hommes et femmes, étudiants et tra-vaiUeurs sont pris de nausées devant le sans-gêne des sociétés gazières, des alumineries, des firmes de géibe et des entreprises de construcbon encoiuagées dans leur turpitude par des élus dont la compbcité saute aux yeux.Même du côté de nos sociétés d\u2019Etat, on ne sent plus cet engagement indispensable à servir l\u2019intérêt public de la part de plusieius dirigeants poiutant bien rémunérés.Quant au fameux Plan Nord imaginé, voire improvisé par un premier ministre soucieux de passer à l\u2019Histoire, il aurait pu devenir ce projet rassembleur que les Québécois attendent depuis longtemps.Au contraire, il ne suscite que méfiance, critique et sarcasme.Trop facile d\u2019accuser encore les environnementalistes, la gauche et l\u2019opposition! Cette mébance est profonde, et quel que soit le parti gagnant, eUe sera toujoius présente au lendemain des prochaines élections.A l\u2019instar du projet lui-même, le Salon Plan Nord qui se déroule aujourd\u2019hui à Montréal est perçu par la population comme étant l\u2019illustrabon de cette promiscuité coupable entre les élus et le milieu des affaires, hausse perception, diront certains?Peut-être, mais telle est la réabté.Dans le contexte de la plus longue crise de la jeunesse étudiante de l\u2019histoire du Québec et de l\u2019interminable pluie d\u2019allégations de corruption qui s\u2019abat sur la classe politique et ses alliés, un rassemblement dédié «à la défense du bien commun» comme celui de demain mérite certainement toute l\u2019attenbon de la classe polibque.LE DEVOIR FONDÉ PAR HENRI BOURASSA LE 10 JANVIER 1910.FAIS CE QUE DOIS ! Directeur BERNARD DESCÔTEAUX Rédactrice en chef JOSÉE BOILEAU Vice-présidente, finances et administration CATHERINE LABERGE Directeur de l\u2019information ROLAND-YVES CARIGNAN Directeurs adjoints de l\u2019information PIERRE BEAULIEU, LOUIS LAPIERRE, JEAN-ERANÇOIS NADEAU, PAUL CAUCHON Directeur artistique CHRISTIAN TIFEET Directeur, ventes publicitaires JOSÉ CRISTOEARO ft ftAft^COUCWt AU«îj ON
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