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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier F
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Le devoir, 2012-05-05, Collections de BAnQ.

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[" ¦TOT Les nouvelles de Daniel I Grenier campées dans le décor de St-Henri Page F 3 i Les identités plurielles : l\u2019argumentation de la droite Page F 6 A .-E / D ,E.'V 0_I, R.l % I I .SAMEDI 5 ET DIMANCHE 6 MAI 2012 Ni HOMME, 1 FEMME J NI MONSTRE Entretien avec Kathleen Winter ILLUSTRATION TIFFET Ambiguïté 1968, Croydon Harbour, Labrador.Jessica Blake donne naissance à son premier-né.Deux yeux, un nez, une bouche, parfaits.Quatre membres, dix doigts, dix orteils, blancs comme mie, frais de cette chair de nourrisson.Une petite fente de fille.Et une petite queue et une petite couille de garçon.En inventant le destin intersexuel, mi-homme et mi-femme, de Wayne/Annabel, l\u2019auteure anglophone Kathleen Winter signe un premier roman qui met en question notre façon de poser l\u2019identité.Voici Annabel, ni homme, ni femme, ni monstre.CATHERINE LALONDE On recenserait un cas d\u2019hermaphrodisme vrai sur 83 000 naisssances.Selon rintersex Society of North America (ISNA), un spécialiste de différentiation des sexes est appelé auprès d\u2019un berceau sur 1500.La nature, elle, floue avec ses fleurs de pommier, ses escargots, ses poissons hamlet « être-ou-ne-pas-être-femme», nos catégories mâle et femelle si marquées.Chez l\u2019humain, flotte autour des êtres intersexués un halo d\u2019érotisme trouble.L\u2019enfant au double sexe d\u2019Hermès et d\u2019Aphrodite rôdait déjà, à l\u2019âge de la mythologie grecque et à l\u2019âge d\u2019Ovide, à l\u2019orée des fantasmes.Il est devenu depuis, plus crûment et plus cliché, ces she-males des sites pornos de la Toile.«Je suis très intéressée à savoir ce qu\u2019est cette définition de mâle et femelle, explique Kathleen Winter, se forçant à parler, même lentement, même avec un petit vocabulaire, en français.Je suis intéressée par tout le spectre des possibilités entre ces pôles.Les humains sont plus à l\u2019aise avec la dualité.Moi, je suis très à l\u2019aise avec les paradoxes et l\u2019ambiguïté.Je me suis demandé comment quelqu\u2019un pourrait être entre ces deux réalités, entre le mâle et la femelle.» «Je suis très à l\u2019aise avec les paradoxes et l\u2019ambiguïté» ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR L\u2019histoire de Wayne/Annabel s\u2019est présentée à elle.«J\u2019écoute, beaucoup, confie l\u2019auteure.Dans les magasins, les cafés, les gens parlent beaucoup.Si on écoute bien, ils nous donnent leurs histoires.J\u2019ai entendu comme ça une histoire vraie d\u2019un bébé hermaphrodite.» Que se passerait-il si vous ne saviez, nouveau parent, répondre à l\u2019éternelle question «C\u2019est un gars ou une fille ?» ?Pour répondre, Kathleen Winter s\u2019est nourrie à la fois « des textes médicaux, très techniques, que ma fille qui fait ses Women Studies m\u2019a fournis, et des blogues, très touchants, très dramatiques, de gens intersexués.Moi, j\u2019ai rajouté toutes les petites choses de la vie, le quotidien.» L\u2019auteure a ainsi découvert qu\u2019en cas d\u2019hermaphrodisme, c\u2019est un phallomètre, petite règle graduée qui détermine la mâlitude.«Quand un phallus n\u2019atteint pas un centimètre et demi, à sept centièmes de centimètre près., écrit-elle, quand il est inférieur de sept centièmes à ce critère, nous pratiquons l\u2019ablation des caractéristiques masculines et, plus tard, à l\u2019adolescence, nous sculptons une morphologie féminine.» Et le docteur du roman d\u2019étirer le phallus pour mieux le mesurer.« On dirait une joke, commente Winter.Personne ne peut croire une chose pareille, et pourtant, je ne l\u2019ai pas inventée.» L\u2019humanité des personnages et la délicatesse de leurs psychologies donnent à Annabel sa force et sa subtilité.« Quand f écris, je n\u2019essaie pas de contrôler les personnages.J\u2019essaie de les écouter.De les voir, comme si j\u2019étais spectateur de leur vie.C\u2019est pas écrit avec la tête.C\u2019est écrit avec le cœur, l\u2019imagination et l\u2019attente.Et du temps.J\u2019attends les idées.» L\u2019auteure pèse chaque question qu\u2019on lui pose sur son livre, prend le temps de trouver ses mots.Elle apprend, visiblement, encore de son roman.La narration s\u2019y transmet de personnage en personnage, multiplie les points de vue.Les paysages et la nature du Labrador, et plus tard ceux de Terre-Neuve, sont plus qu\u2019un décor: ils VOIR PAGE F 2 : ANNABEL IÆ WD(B (iOODSlmSlÜDdlQD© (fl^QDOi] 00D(l(S(B®D00 » ®® aoote ^000 James Miranda Barry fut médecin militaire, chirurgien avant-gardiste, inspecteur général des hôpitaux des colonies britanniques dont le Canada et.l'un des plus grands imposteurs de tous les temps.Sylvie Ouellette a trouvé bizarre que ce personnage déterminé, dont les réformes avaient sauvé des miiliers de vies, ait été inhumé en 1865 dans un coin reculé d'un cimetière iondonien.Elle a voulu savoir pourquoi.Le Secret du docteur Barry Un roman-vérité qui épouse toutes les couleurs de la passion.464 pages/26,95$ Cet ouvrage est aussi disponible en version numérique.LES ÉDITIONS ]CL www.jcl.qc.ca Conseil des Arts du Canada SocUté de développement des ontreprisos culturelles Québec n a ¦?1 Patrimoine canadien f F 2 LE DEVOIR LES SAMEDI ET DIMANCHE 6 MAI 2012 LIVRES Entretien avec Herta Müller Prix Nobel de littérature, la romancière allemande écrit aussi avec des ciseaux Qu\u2019elle compose Animal du cœur, son nouveau roman sur la dictature de Ceau-sescu, ou un poème-collage, l\u2019Allemande d\u2019origine roumaine, Prix Nobel 2009, procède de la même manière.Par découpages, détournements, évidements.FLORENCE NOIVILLE à Berlin \\ A la Maison de la littérature, où nous avons rendez-vous, Herta Müller arrive en retard et dans tous ses états.«Moi qui suis d\u2019une ponctualité maniaque.J\u2019étais absorbée par un collage, voyez-vous.Ces derniers temps, lorsque je me réveille, je fonce vers le dernier collage en cours \u2014 en ce moment, une histoire de mouches et de boucher.Cette manière d\u2019écrire m\u2019obsède.Elle aspire ma substance.Ce matin, j\u2019étais donc en pyjama avec mes ciseaux.Je n\u2019ai pas vu l\u2019heure passer.» On l\u2019imagine bien avec ses grands ciseaux, Herta Müller.Sectionnant des membres de phrases.Les découpant en rondelles.Recousant ensemble ces «mots volés un peu partout, dans des journaux, des magazines de mode ou dans le catalogue IKEA».S\u2019amusant de voir s\u2019entrechoquer «le très trivial et le très littéraire ».Bref, réinventant chaque jour cette langue acérée et poétique qui lui a valu le prix Nobel en 2009.11 y a deux ans, la Maison de la littérature (Literaturhaus), à Berlin, proposait une importante rétrospective Herta Müller.On y voyait à la fois des manuscrits de ses ouvrages \u2014 plus d\u2019une vingtaine, dont cinq seulement sont traduits en français \u2014 et des échantillons de ses collages.Quelle différence fait-elle entre les uns et les autres?«Aucune, répond-elle.Dans les deux cas, il s\u2019agit de créer du sens en coupaillant dans le tissu des mots.Découper, détourner, mettre du blanc autour.Mes livres, je les retravaille souvent plus d\u2019une dizaine de fois.J\u2019évide au maximum.Stylo ou ciseaux, c\u2019est la même chose, f arrive au même résultat.» Le résultat, c\u2019est une œuvre qui, inlassablement, dit la dictature au quotidien.La peur, le matin au réveil, de ne plus être là le soir au dîner.La peur de l\u2019interrogatoire, des perquisitions.La peur de l\u2019humiliation, du faux pas, des informateurs, de la solitude, de la folie, de l\u2019exil.Née en 1953 dans le village germanophone de Nitzkydorf, en Roumanie, Herta Müller appartient à la- HECTOR GUERRERO AGENCE ERANCE-PRESSE L\u2019écrivaine allemande et Prix Nobel 2009 de littérature, Herta Müller, lors d\u2019une conférence de presse à Guadalajara, au Mexique, en novembre dernier.minorité souabe de la région du Banat.Héritière de ces générations d\u2019Allemands installés là, aux marches de l\u2019Empire austro-hongrois, depuis le xviiL siècle, elle a grandi dans un environnement allemand, apprenant le roumain à l\u2019école «comme une langue étrangère ».En 1945, comme de nombreux Roumains de langue allemande, sa mère est déportée dans un camp de travail soviétique pendant cinq ans.Adolescente, elle découvre que son père, comme la plupart des hommes du village, a servi dans la Waffen SS pendant la Seconde Guerre mondiale.Et que, comme les autres, il continue à vivre au «rythme des soûleries et des chants à la gloire du Eührer».«A 17 ans, j\u2019ai voulu rompre avec cette communauté, dit-elle.Je suis entrée dans l\u2019Ak-tionsgruppe Banat, un groupement politique qui militait pour la liberté d\u2019expression.» Dans les années 1970, en pleine dictature de Nicolae Ceausescu, ce choix est évidemment dangereux.Herta Müller ne tarde pas à être renvoyée de l\u2019usine où elle travaille.Motif: «Refus de coopérer avec la Securitate».Dès lors, la voici constamment surveillée \u2014 elle dit même «en- cerclée».Et il ne faut pas insister très longtemps pour ressentir l\u2019effondrement psychique qui fut le sien à cette époque.«Ich war total kaputt, résume-t-elle.Détruite, à bout de nerfs.Je ne faisais plus la différence entre les pleurs et le rire.Si je n\u2019étais pas partie, je n\u2019aurais pas pu vivre.» On lui demande si, comme Lola, l\u2019une des protagonistes A\u2019Animal du cœur, son nouveau livre, elle a songé au suicide.«Bien sûr, acquiesce-t-elle, mais n\u2019en parlons plus.» Ses Vingt ans après la mort de Ceausescu, il semble nécessaire pour Millier de fouiller, encore et encore, les ravages de la dictature yeux bleus se mouillent.On n\u2019en parle plus.C\u2019est dans un contexte historique étonnant qu\u2019Herta Müller obtient, en 1987, le droit de,s\u2019expatrier en Allemagne.A cette époque, le régime communiste vend purement et simplement sa communauté allemande au gouvernement du chancelier Helmut Schmidt.Un individu s\u2019échange pour 5000 marks environ.Müller n\u2019indique pas explicitement si elle a fait l\u2019objet de ce marchandage.Elle dit seulement: «Je ne suis jamais retournée au village et n\u2019y retournerai jamais.J\u2019y suis avec mes livres, cela suffit.Ma tête y retourne, pas mes pieds.» Lorsqu\u2019on lui demande pourquoi, plus de vingt ans après la mort de Ceausescu, il lui semble nécessaire de fouiller, encore et encore, les ravages de la dictature, elle ouvre des yeux ronds.«Croyez-vous qu\u2019on en ait jamais fini avec ces dégâts-là ?Ne voyez-vous pas que si la tentation autoritaire renaît aujourd\u2019hui en Europe de l\u2019Est, c\u2019est justement parce que ce passé a toujours été tu ?» Nous parlons de ce qu\u2019il est advenu du travail de Marius Oprea, cet historien roumain surnommé «le Chasseur de la Securitate ».En 2005, Oprea, s\u2019inspirant du Centre Simon-Wiesenthal, a créé l\u2019Institut d\u2019investigation des crimes du communisme roumain (IICCR).S\u2019est-il montré trop curieux dans ses enquêtes?En 2010, le pouvoir l\u2019a déchargé de sa tâche.« Vous voyez, dit Herta Müller, encore une bataille gagnée par les structures de l\u2019ancien régime.» Nous revenons à elle.À sa manière si particulière d\u2019évoquer un climat politique à partir de toutes petites choses.Les plantes, par exemple, dont elle connaît les noms par cœur.«Dans mon enfance solitaire, je leur parlais, je les mariais même.Je m\u2019intéressais plus aux brins d\u2019herbe qu\u2019aux paysages.» Elle réfléchît, puîs ajoute: «Pour moi, il y a deux catégories de gens dans la vie.Ceux qui se sentent protégés par le détail, la singularité, et ceux qui aiment les panoramas, comme Entier.Je déteste les vastes paysages, fai toujours l\u2019impression qu\u2019ils vont m\u2019engloutir.» Et les objets?Pourquoi sont-ils chez elle omniprésents?Parce qu\u2019ils rassurent?Ou qu\u2019ils ne trahissent pas ?Et pourquoi certains en particulier?11 y a dans Animal du cœur une véritable obsession pour les ciseaux.Encore les ciseaux ! Partout, Ils viennent trouer la texture de la prose.Sécateurs, lames à égorger les animaux, ciseaux à ongles, de coiffure, de couturière.On pense à Nathalie Sarraute, à qui l\u2019on a parfois comparé Herta Müller (silences, ellipses, art de ne pas dire.).Sarraute, elle aussi, avait une relation spéciale avec les ciseaux.Dans Enfance (Gallimard, 1983), elle parle d\u2019une Illustration du Struwwelpeter, le grand classique allemand pour la jeunesse (1845) du docteur Hoffmann.«Un homme très maigre, avec un nez pointu et des basques flottantes, brandit une paire de ciseaux ouverte.Il va couper dans la chair, le sang va couler.» La petite Nathalie avait si peur de ce dessin qu\u2019elle avait demandé à sa mère de coller la double page afin de ne plus jamais la voir.Les ciseaux ont-ils chez Herta Müller un poids fantasmatique aussi particulier?Elle sourit.Non, Ils renvoient chez elle à une tout autre histoire.«Après l\u2019usine, je voulais devenir coiffeuse, raconte-t-elle.Mais c\u2019était impossible.Les salons de coiffure intéressent trop les services secrets.Ce sont des lieux d\u2019influence, on y connaît tout de la vie des gens.J\u2019ai donc été dissuadée de la coiffure.On m\u2019a dit que j\u2019avais fait des études.Que ce métier ne me conviendrait pas.» Est-ce comme cela qu\u2019elle est devenue écrivain?«De fil en aiguille, oui.Le hasard.» Est-ce qu\u2019elle plaisante ?N\u2019a-t-elle pas toujours voulu écrire?«Pas du tout.J\u2019avais un besoin intérieur d\u2019écrire.Un besoin d\u2019ancrage.Mais je n\u2019ai jamais voulu devenir écrivain.Une phrase ou une frisette.» Soit.Mais.l\u2019une restera peut-être, l\u2019autre pas?Elle s\u2019agace presque.«Ce serait tellement mieux si l\u2019on pouvait tout emporter avec soi.Je me méfie de l\u2019éternité.Les choses qui restent me font peur.» Le Monde ANIMAL DU CŒUR Herta Müller Traduit de l\u2019allemand par Claire de Oliveira Gallimard, «Du monde entier» Paris, 2012, 240 pages Herta Müller en cinq dates Parcours 1953: Naissance à Nitzkydorf, en Roumanie 1982: Elle publie son premier recueil de nouvelles, Niederungen (« Les bas-fonds »), censuré en Roumanie 1988: Elle émigre en Allemagne de l\u2019Ouest.Entre 1988 et 2009, elle publie une vingtaine de livres, récompensés par de très nombreux prix littéraires 2009: Elle reçoit le prix Nobel de littérature ^ studiolittéraire © SÉRIE DE LA PLACE DES ARTS KATHLEEN FORTIN LIT NANCY HUSTON 14 MAI 19 h 30 I Cinq uième Salle Que ce soit dans Belles-sœurs, L'Opéra de quat'sous ou Les Misérables, Kathleen Fortin a su émouvoir des milliers de spectateurs.Dans un cadre plus intimiste, la talentueuse actrice prête sa voix à la grande romancière qu\u2019est Nancy Huston.Une série élaborée par Michelle Corbeil et LouArteau Une coproduction des Capteurs de mots et de la Place des Arts I ES ES Quebec es es laplacedesarts.com 514 842 2112 /1 866 842 2112 ANNABEL SUITE DE LA PAGE F 1 Influencent les Identités, davantage semble-t-11 que l\u2019anatomie brute.Même sous ces horizons, le regard social pèse lourd.La chirurgie s\u2019impose.«Le côté barbare, explique l\u2019auteure sur les cas Intersexués réels qu\u2019elle a étudiés, c\u2019est que la possibilité des sensations sexuelles disparaît souvent avec l\u2019opération.Adieu, extase, on veut seulement que tu aies l\u2019air normal.» Désormais, l\u2019ISNA recommande de choisir pour l\u2019enfant une «étiquette de genre», en lui donnant un nom féminin ou masculin et en choisissant de l\u2019élever comme un garçon ou une fille, mais suggère d\u2019attendre pour toute chirurgie de normalisation que l\u2019enfant soit en âge de comprendre et de prendre lui-même la décision.«J\u2019ai rencontré quelques intersexués qui ont lu le livre.J\u2019avais peur.Peur qu\u2019ils me disent que je n\u2019avais rien compris.Ils ont dit: «Ma vie est ainsi.» On a entendu très, très peu de voix intersexuées.» Avec la version originale anglaise A\u2019Annabel, Kathleen Winter a été finaliste aux prix Glller, Orange et du Gouverneur général.Elle a signé au- Désormais, riSNA recommande de choisir pour l\u2019enfant une «étiquette de genre» paravant des recueils de nouvelles et une deml-douzalne de romans manuscrits qui resteront dans ses tiroirs.«Les écrire était ma façon de faire mon apprentissage», explique l\u2019Anglaise de naissance.Montréalaise par amour depuis trois ans.Les personnages et les ambiances lui viennent naturellement.Elle s\u2019est Inspirée du Brooklyn de Colm Tolbln (Robert Laffont) pour apprendre la construction romanesque, qui lui vient plus difficilement.Winter s\u2019inspire aussi de Katherine Mansfield, de Virginia Woolf, de George Elliot.«J\u2019ai noté récemment que tous les écrivains et artistes que j\u2019admire sont gais.Jeanette Winterson, Ali Smith, aussi.Je ne sais pas trop quoi en conclure.Est-ce que, comme femme artiste, il vaut mieux ne pas se trouver à l\u2019extrême du spectre de la féminité pour pouvoir vraiment remettre en question ce qu\u2019il faut remettre en question pour produire de l\u2019art puissant?» Le Devoir ANNABEL Kathleen Winter (traduction Claudine Vivier) Boréal Montréal, 2012, 470 pages n ILLUSTRATION CHRISTIAN TIFFET LE DEVOIR, LES SAMEDI 5 ET DIMANCHE 6 MAI 2012 F 3 LITTERATURE Le goût de l\u2019enfance Danielle Laurin Parmi mes romans fé-tiches, \\\\ Y a Un homme est une valse, de Pauline Harvey.Pour la passion.Pour la posture, pour le souffle.Je crois que c\u2019est ça.Je ne l\u2019ai jamais relu.Je n\u2019ai plus d\u2019images précises, je n\u2019ai mêrne plus le livre, je l\u2019ai prêté.A qui?Mais je garde le souvenir d\u2019un livre fort, différent, qui m\u2019était rentré dedans.C\u2019était il y a 20 ans.Le roman avait reçu le prix Québec-Paris.C\u2019est à ce livre que le nom de Pauline Harvey reste attaché pour moi.Elle en avait publié d\u2019autres avant, elle en a publié d\u2019autres par la suite.Mais peu, somme toute.Sept romans en plus de trente ans.D\u2019abord, il y a eu la surprise.La surprise de voir arriver son huitième roman.L\u2019excitation de voir ce nom, Pauline Harvey, sur la couverture.Ce nom associé pour moi à L\u2019homme est une valse.Non, je n\u2019ai pas eu de choc en lisant L\u2019enfance d\u2019un lac.Je n\u2019ai pas été renversée, soufflée.J\u2019ai été.bercée.Oui.Bercée.Je me suis laissée porter.Par le lyrisme.Par la musique des mots, par l\u2019amplitude des phrases.Par les silences aussi.Et par la nostalgie.J\u2019écris cela et je crains que vous ne pensiez à quelque chose de mièvre.Pas du tout.C\u2019est immensément vivant.C\u2019est vif.Et c\u2019est juste, tellement juste.Je crois que c\u2019est ça : la justesse de ton, si difficile à trouver quand il est question de l\u2019enfance surtout.Cette justesse qui vient de l\u2019âme, je dirais.Ça m\u2019a bercée.On dit « roman » sur la couverture, mais peu importe.On pourrait parler de récit.D\u2019un récit de l\u2019enfance.C\u2019est interchangeable, non?Tous les récits, ceux de l\u2019enfance en particulier, ne se donnent-ils pas à lire comme des romans, finalement ?Intéressant, parce qu\u2019il y a ça, dans L\u2019enfance d\u2019un lac.Continuellement.Le rapport entre la réalité et la fiction.Entre le monde des apparences, des perceptions, des sens, et le monde réel.Il y a Descartes, il y a Platon, au passage.Et il y a cette phrase qui tombe tout à coup : « C\u2019est du côté de la réalité qu\u2019il y a peu de réalité, et les choses humaines révèlent souvent les illusions qui les soutiennent, les déçoivent et les brisent.» Il y a Proust aussi.Il y a tout le travail de la mémoire.Qui se faufile là où elle peut.Ici, elle s\u2019accroche à des images récurrentes, celle d\u2019un lac, de ses reflets, de ses arbres.Mais je vais trop vite.Ce que je veux dire, d\u2019abord, c\u2019est qu\u2019il m\u2019a semblé retrouver intact une petite fille.Une petite fille qui a grandi au bord d\u2019un lac dans une maison pleine de livres, qui avait dix ans au début de la Révolution tranquille et qui finira par devenir écrivaine, mais plus tard, bien plus tard, une fois le roman de l\u2019enfance refermé.J\u2019ai retrouvé cette petite fille que je n\u2019ai pas connue comme si je l\u2019avais connue.Tout ce qui se passait dans sa tête, tout ce qu\u2019elle inventait ou croyait inventer, ce qu\u2019elle ressentait à tel moment, ses angoisses, ses paradoxes, ses réflexions, ses lectures, ses guerres, ses déboires, ses succè§, son amitié avec sa cousine Ethel, sa découverte de Chopin, ses premiers émois amoureux, tout ça, j\u2019ai eu l\u2019impression de le revivre avec elle.De la petite enfance à l\u2019adolescence.C\u2019est déjà beaucoup.Mais ce n\u2019est pas tout.J\u2019étais aussi dans la tête de celle qui écrit.Celle qui a vieilli et qui écrit aujourd\u2019hui sur le temps retrouvé de l\u2019enfance.Comment dire?Elle est toujours là, celle qui se rappelle, celle qui porte son regard d\u2019adulte sur l\u2019enfant qu\u2019elle était, l\u2019enfant qu\u2019elle se rappelle avoir été.Elle est dans la distance.Dans la projection, même, par moments.Dans la projection vers l\u2019avenir.Elle est extérieure, avec tout ce qu\u2019elle connaît d\u2019elle-même et du monde, de la littérature, de la philosophie, de la politique, aujourd\u2019hui.Mais elle est dedans en même temps.Dans l\u2019enfance.Elle s\u2019amuse, parfois.Elle s\u2019amuse de voir dans quelle situation cette petite fille là s\u2019était placée, et à quel point de petites choses prenaient parfois une ampleur démesurée dans sa tête.Mais elle ne se moque pas.Jamais.La plupart du temps, la grande tente de comprendre la petite.Ou plutôt, de traduire ce qu\u2019elle a ressenti, vécu.Elle essaie de la consoler aussi.Mais qui le pourrait aujourd\u2019hui?Et puis elle se compare : ce qui est resté d\u2019elle, petite, en elle aujourd\u2019hui, comment mettre le doigt dessus ?C\u2019est fascinant.Ce double regard.Cette double voix.Juste, toujours juste.Rien à voir avec le «tout dire», la reconstitution attentive, douloureuse, obsessive d\u2019une Annie Emaux, cependant.On demeure pudique.On reste énigmatique.On avance sur la pointe des pieds.Autre chose: le portrait de famille qui nous est donné.Les liens entre chacun.Entre les enfants et les parents, entre les trois soeurs.Les rapports entre l\u2019aînée et la deuxième.Tout ça: absolument savoureux.La famille élargie, aussi.Les oncles, les tantes.La guerre ouverte entre les deux clans, celui de Jean Lesage, celui de l\u2019Union nationale.La famille versus les divisions politiques.Et l\u2019affection, l\u2019attachement malgré tout.C\u2019est tellement ça.Tout le contexte de la Révolution tranquille, justement.Puis le RIN de Bourgault.La minijupe, aussi.Et La nausée de Jean-Paul Sartre.C\u2019est là, en sourdine.Jamais plaqué.Bien amené.Justifié.Des longueurs?Un peu.Quand il est question du cousin, un moment, j\u2019en ai eu presque assez.Quel intérêt, que je me disais?C\u2019est anodin.Je craignais qu\u2019on s\u2019enfonce dans les petits souve- nirs d\u2019enfance qui n\u2019ont de poids que pour ceux qui les ont vécus.Et puis non, c\u2019est passé.C\u2019était assez tôt dans le récit.La fin est arrivée trop vite.De façon trop abrupte.Quoi, on arrête là?Peut-être pas.Cet épilogue, «en forme d\u2019introduction», qui nous est donné dans les dernières pages, il appelle une suite, non?UENFANCE D\u2019UN LAC Pauline Harvey Les Herbes rouges Montréal, 2012, 176 pages Pauline Harvey en cinq dates 1950: Naissance à Alma 1982: Prix littéraire des jeunes écrivains du Journal de Montréal pour Le deuxième Monopoly des précieux 1985: Prix Molson de l\u2019Académie des lettres du Québec pour Encore une partie pour Berri 1989: Parution de Pitié pour les salauds 1992: Prix Québec-Paris pour Un homme est une valse r I ~ I Itli l['.ù\u2019' 1 MllF.'.(iMiiiiiiiti ''EL, fi ! î® 1 i I lî jf ' '¦ W GINA DOGGETT AGENCE ERANCE-PRESSE Donna Leone POLARS Morts à Venise MICHEL BELAIR TOUS les journaux du monde ont fait écho, il y a quelques années, à la crise qui a presque enseveli la ville de Naples sous des montagnes de déchets.Au milieu du tollé (et des sourires à peine contenus : «Ah! ces Italiens ! »), des enquêtes indépendantes ont dénoncé la situation et pointé des entrepreneurs reliés à la mafia; on a parlé de corruption et, au bout du compte, il a fallu envoyer l\u2019armée pour calmer les esprits et «régler» le problème.Mais voilà qu\u2019en cette ère de mondialisation, le trafic illégal des ordures en tous genres semble faire partie des «services» offerts par les organisations criminelles d\u2019envergure internationale.et l\u2019Italie semble désormais à nos portes partout.Dépotoirs illégaux, entreposages sauvages, déversements toxiques et pollution de la nappe phréatique, tout cela fait maintenant partie des manchettes quotidiennes de tous les bulletins de nouvelles où que l\u2019on soit sur la planète.Pas étonnant que cela serve de toile de fond à la plus récente enquête du commissaire Guido Brunetti de la vice-questure de Venise.On vient de trouver un carabinier assassiné dans la zone pétrochimique qui donne désormais une tout autre couleur à la Sérinissime.Comme le policier venait de demander l\u2019aide de Brunetti pour une enquête, le commissaire sera chargé par son ineffable patron d\u2019examiner tout cela discrètement.Mais comme d\u2019habitude, il faudra plusieurs digressions savoureuses sur l\u2019ordinaire vénitien, et aussi beaucoup d\u2019allusions à Cicéron, à Ovide et à Plutarque, avant d\u2019aborder cette histoire nauséabonde parsemée d\u2019au- tant de cadavres que de citations littéraires.C\u2019est que Brunetti rencontre Franca Marinello, une femme étrange vivant à la périphérie de la grande bourgeoisie de la ville et de la famille de Paula, sa femme, spécialiste d\u2019Henry James.Littéraire jusqu\u2019au bout des ongles, la dite Franca, jeune épouse d\u2019un homme d\u2019affaires à la réputation douteuse, est surnommée «superliftata» à cause de son visage que l\u2019on pourrait décrire comme «agressivement reconstruit» : toute l\u2019histoire, toutes les découvertes de Brunetti sur l\u2019entreposage de déchets toxiques et sur la mafia, tout tourne précisément autour de ce visage.On ne vous en dira évidemment pas plus, mais retenez quand même que ce roman de Donna Leone est un feu roulant d\u2019observations pertinentes sur la politique, la littérature et les comportements humains en général.Son écriture vive, son intelligence de la vie et des choses, son habileté à nous faire sentir, de l\u2019intérieur presque, des personnages toujours aussi vrais.tout cela est devenu emblématique des livres de cette Américaine vivant à Venise depuis un quart de siècle.Mais ce dernier livre porte son art à un niveau particulièrement impressionnant.A déguster lentement.Avec des gens qu\u2019on aime autour pour pouvoir en goûter des passages ensemble.Le Devoir LA FEMME AU MASQUE DE CHAIR Donna Leon Traduit de l\u2019américain par William Olivier Desmond Calman-Lévy Paris, 2012, 284 pages f\tf LITTERATURE QUEBECOISE Des nouvelles de Saint-Henri Plusieurs nouvelles du premier livre de Daniel Grenier sont campées dans ce décor éclaté CHRISTIAN DESMEULES Ancien cœur industriel bordé par un canal longtemps insalubre et des autoroutes, nid de pauvreté et carrefour d\u2019immigration avant d\u2019être pris d\u2019assaut par les chasseurs d\u2019aubaines immobilières, le quartier Saint-Henri, au sud-ouest de Montréal, n\u2019a pas vraiment connu \u2014 au-delà du Bonheur d\u2019occasion de Ga-brielle Roy \u2014 la même fortune littéraire que d\u2019autres coins de la métropole.C\u2019est le décor éclaté de la plupart des nouvelles de Malgré tout on rit à Saint-Henri, premier livre de Da- Le quartier n\u2019a pas vraiment connu \u2014 au-delà du Bonheur d\u2019occasion de Gabrielle Roy \u2014 la même fortune littéraire que d\u2019autres niel Grenier, né à Brossard en 1980 et doctorant à rUQAM.Un décor où évolue un nouveau chômeur noyé dans le bouillon pour l\u2019âme et les livres de croissance personnelle où il découvre une nouvelle vision du monde.Une fille qui a perdu un œil (Ce n\u2019est pas la fin du monde) ou un couple d\u2019immigrants brésiliens échoué dans Saint-Henri.«Elle voudrait mettre un gigantesque accent tonique sur certains mots en français qui ont l\u2019air mort.» Un Montréalais fou du Brésil et de la langue portugaise fait la rencontre d\u2019un couple d\u2019immigrants brésiliens (peut-être les mêmes) en difficulté.Une relation qui tourne vite à la fascination ambiguë.Un libraire morbide et un peu paranoïaque médite sur l\u2019assassinat sau- vage d\u2019une ancienne cliente.Malgré tout on rit à Saint-Henri (dont le titre est inspiré d\u2019une chanson de Raymond Lévesque), ce sont aussi des choses vues ou entendues, des monologues glanés au hasard (ou peut-être pas).Tout cela mis sur papier par Daniel Grenier, il faut le dire, avec une très bopne oreille.A l\u2019instar de l\u2019auteur, quelques protagonistes ou narrateurs y font des études doctorales en littérature \u2014 ou quelque chose du genre.Un intellectuel confiné entre les quatre murs de son appartement «a l\u2019impression d\u2019entendre William James et John Dewey et Charles Sanders Peirce lui murmurer des choses à l\u2019oreille» lorsqu\u2019il ouvre la porte du frigo.Un autre, un écrivain d\u2019origine polonaise obnubilé par Persona, le film de Bergman, s\u2019acharne à travailler à un «livre infernal», «une hagiographie de Christopher Hitchens en deux tontes».A l\u2019image aussi de ce quartier pris en sandwich, le motif de l\u2019enfermement traverse un peu tout le recueil de Daniel Grenier.On rit?Par instants, on sourit.Par instants, la vie emporte tout le reste.Par instants, on oublie le décor.Les secondes se dilatent, et on est en compagnie d\u2019un homme qui perd un verre de contact sur une piste de danse, on passe quelques minutes dans une voiture de métro ou on accompagne un personnage nous expliquer sa fascination pour une image captée par Google Street View.Un recueil qui, prenant prétexte de ce quartier, va ACHAT A DOMICILE - VENTE - EVALUATION Ü' Bonheur d'occasion Librairie Mathieu Bertrand, Libraire Membre de la Ligue internationale de la Librairie Ancienne (LILJ^ 514-914-2142 ACHETONS EN TOUT TEMPS : Livres anciens avant 1800 Americana et Canadiana : \u2022\tRelations des Jésuites, Relations de voyages.\u2022\tincunabies québécois.Patriotes, Riei.Reliures d'art anciennes et modernes Fonds universitaires : \u2022\tLittérature, Phiiosophie, Sciences humaines \u2022\tPléiade Livres d'art et livres d'artiste Refus Global, Le Vierge incendié Expertise de documents et d'archives dans beaucoup de directions à la fois, incapable d\u2019éviter le défaut qui guette un premier livre peut-être trop longtemps porté, mais qui dans l\u2019ensemble exprime un regard curieux et bienveillant sur la vie urbaine sous toutes ses formes.Collaborateur Le Devoir MALGRÉ TOUT JREJ IT A! ON RIT A SAINT-HENRI Daniel Grenier Le Quartanier Montréal, 2012, 264 pages DANIEL GRENIER MALGRÉ TOUT ON RIT À SAINT -HENRI |3 ic!>Gaspard'LE DEVOIR >r:pALMARÈS\t\t \tDo 23 an 29 avril 2012\t \t\t Romans québécois\t\t 1 Au bord de la rivière ¦ Tome 3 Xavier\tMichel Davif/Hurtubise\t-/I 2 Mémoires d\u2019un quartier * Tome 11 Bernadette, la suite\tLouise Tremblay-D'Essiambre/Guy Saint-Jean\t1/3 3 Les héritiers d'Enkidiev \u2022 Tome 5 Abussos\tAnne Robillard/VIfellan\t-/I 4 Ut double\tJanette Bertrand/Libre Expression\t-/I 5 Vbite-lace et malaises\tRafaêle Germain/Libre Expression\tm 6 Félicité \u2022 Tome 2 La arande ville\tJean-Pierre Chariand/Hurtubise\t3/4 7 LAnqlais\tDenise Bombardier/Robert Laffont\t4/5 8 GabvBemier«Tome1 1909-1927\tPauline Gill/Québec Amérique\t5/6 9 Yukonnalse\tMviène Gilbert-Dumas/VLB\t-/I 10 Petals' pub\tAriette Cousture/Ubre Expression\t8/14 Romans étiai^ers\t\t 1 7 ans après.\tGuillaume Musso/XD\t1/3 2 Si c'était à relaire\tMarc Levy/Robert Laffont\t-/I 3 Les dix errfanls que madame Ming n'a jamais eus\tÉric-Emmanuel Schmitt/Albin Michel\t-/I 4 Nuit noire, étoiles mortes\tStephen King/Albin Michel\t3/5 5 Private Londres\tJames Patterson I MarkSulHvan/Arihipel\t-/I 6 Les lumières de septembre\tCarlos Ruiz Zafén/Robert Laffont\tm 7 La liste de mes envies\tGrégoire Delacourt/Lattès\t-n 8 Hôtel Adlon\tPhilip Kerr/Du Masque\t4/14 9 Froid d'enfer\tRichard Castie/Citv\t8/9 10 Les anges de New York\tRoger Jon Ellory/Sonatine\t7/11 Essais québécois\t\t 1 Desmarais.La Dépossession tranquille\tRichard Le Hir/Michel BrQlé\t1/3 2 C'était au temps des mammouths laineux\tSerge Bouchard/Boréal\t2^2 3 Fin de cvcle.Aux origines du malaise politique québécois\tMathieu Bock-Cêté/Boréal\t4/10 4 Comment mettre la droite K.O.en 15 arguments\tJean-Ftancois Usée/Alain Stanké\t3/14 5 L'art presque perdu de ne rien faire\tBanv taferrière/Boréal\t5/21 6 L'État contre les leunes.Comment les babv-boomers.\tÉric Duhaime/VLB\t7/14 7 Partir pour la famille\tSuzanne Marchand/Septentrion\t9/2 8 Duplessis.Pièce manquante d'une légende\tAlain Lavigne/Septentrion\t-n 9 Les taupes frénétiques\tJean-Jacques Pelletier/Hurtubise\tB/5 10 L'indépendance, maintenant!\tCollectif/Michel Brûlé\t-n '^Essais québécois\t\t 1 Destiuchon massive.Géopolitique de la faim\tJean Ziegler/Seuil\tV4 2 L'empire de rillusion\tChris Hedges/Lux\t2/4 3 Indionez-wus! (Édition revue et augmentée)\tStéphane Hessel/Indigène\t7/11 4 L'ordre libertaire.La vie philosophique d'Afbert Camus\tMichel Onfrav/Flammarion\t4/8 5 Une histoire populaire de l'humanité\tChris Harman/Boréal\t3/13 6 Le sanglot de l'homme noir\tAlain Mabanckou/Favard\t-n 7 Humain.Une enquête philosophique sur ces révolutions.\t.Monique Adan I Roger-Pol Droit/Rammarion\t-n 8 Contre la pensée unique\tClaude Hagège/Odile Jacob\t-n 9 Exister.Le plus intime et fragile des sentiments\tRobert Neuburger/Payot\t5/3 10 Petit CDUis d'autodéfense en économie.Labc du capitaisme Jim Stanfbtd/Lux 8/25 4487, de la Roche, Montréal \u2022 514 522-8848 \u2022 1 888 522-8848 bonheurdoccasion6bellnet.ca \u2022 www.abebooks.fr/vendeur/bonheurdoccasion La BIIF (Société de gestion de la Banque de titres de langue ftançaise) est piopriétaite du sytte d'infonnation et d'analyse Bts0t sur les ventes deliviesfrangaisauCanada.Cepalmatèsest exM de et est constitué des relevés de caisse de177paintsde venta La BIIF reçoit un soutien financier de Ratrimoine canadien pour le projet Sssjmà.© BRF, toute repmductian totale ou partielle est interdite. F 4 LE DEVOIR LES SAMEDI ET DIMANCHE 6 MAI 2012 LITTERATURE L\u2019archéologue du savoir GUYLAINE MASSOUTRE Dans Ecorces, Georges Didi-Huberman fait fi d\u2019une querelle ouverte par Claude I^anzmann à propos de la mémoire d\u2019Auschwitz.Dans L\u2019image survivante (Minuit, 2002), l\u2019historien et philosophe de l\u2019art avait commenté des photos prises dans un camp de la mort nazi, quatre clichés pris clandestinement au crématoire de Birkenau.On y voyait des femmes nues et des corps gazés, ensevelis par des prisonniers destinés à subir le même sort.Lanzmann, directeur des Temps modernes, s\u2019était alors élevé contre la fétichisation et la trace même de telles images-reliques, témoignages terribles, certes, mais aussi archives susceptibles d\u2019un révisionnisme qui mettrait le voyeur au-dessus de son sujet, l\u2019écriture dérivant en esthétique et le sujet en forme déprise du contenu.Légitimer la représentation ne va pas de soi.Lanzmann n\u2019accepte ni le reportage ni la fiction, de Resnais à Spielberg, lui dont le film Shoah est pourtant une écriture.Le crématoire est irreprésentable, et on comprend la nécessité d\u2019un examen attentif.Mais pour Didi-Huberman, qui ne cesse d\u2019interroger les images, comme pour Alain Fleischer, qui s\u2019est lui aussi livré à une telle confrontation, les images ne sont jamais simples.L\u2019espace des signes Ecorces est un récit mince, poignant, maîtrisé mais pré- senté comme un jet d\u2019écriture irrépressible et non calculé.Accompagné de quelques pho-tos prises sans réfléchir, ce texte est publié en parallèle avec le troisième volume, monumental, de son Histoire de l\u2019œil.Atlas ou le gai savoir inquiet, qui contient une formidable interrogation de Mnemosyne d\u2019Aby Warburg.Dans le fouillis des images collectionnées, cet «historien surréaliste » avait tenté de ramasser le catalogue de l\u2019histoire occidentale de l\u2019art: Didi-Hube-man y fait une lecture des désastres de l\u2019histoire.Ainsi, il puise une méthode de lecture des signes d\u2019art.Le rapprochement imprévisible des expressions du temps fait jaillir à son tour des lumières sur la connaissance.Héritage fécond, mais surtout inépuisable, ce testament est tourné vers l\u2019avenir.C\u2019est pourquoi Ecorces voit le jour.A la suite d\u2019une visite à Auschwitz, l\u2019essayiste tombe en méditation sur des écorces de bouleau, résidus ramassés là en fixant le sol de la honte, comme de minces lambeaux du temps.Birkenau veut dire «bouleau».Que font-ils sur mon bureau, se demande-t-il.« Quelle conséquence pour mon œil qui, ne cherchant plus, fixa le sol ou se leva vers la lointaine cime des arbres ?» La visibilité Dès lors, en signant un récit, Didi-Huberman cherche les mots qui disent le lien entre culture et barbarie.Tout a changé à Auschwitz, écrit-il, voyez l\u2019installation d\u2019Annette JOE KLAMAR AGENCE ERANCE-PRESSE Georges Didi-Huberman cherche ies mots qui disent ie iien entre cuiture et barbarie.Au camp de ia mort nazi de Birkenau, ies traces sont au soi, et chacun peut y faire i\u2019expérience de regarder «i\u2019inimaginabie», d\u2019éprouver «i\u2019inimaginabie de ia réaiité passée».Wieviorka et Christian Bol-tanski dans les «blocks» nationaux.Mais à Birkenau, les traces sont au sol, et chacun peut y faire l\u2019expérience de re-garder «l\u2019inimaginable », d\u2019éprouver «l\u2019inimaginable de la réalité passée ».Ce bref texte témoigne d\u2019un savoir, fait de sincérité, de simplicité, du contraire de l\u2019évidence.Au sol : « Oui, c\u2019est bien là, oui c\u2019est cela qui résiste encore au temps.» Au lieu même : « C\u2019est bien le lieu de notre histoire.» Une photo est un mot, et «on ne dit pas la vérité avec des mots [.], mais avec des phrases».Le récit est ce que I)idi-Huberman en sait.Ecorces résume donc une ré- flexion aussi poignante que puissante, entamée par écrit il y a dix ans.Que faut-il transmettre ?Revenant sur ces quatre photos litigieuses, il fait la preuve qu\u2019en les analysant, surtout l\u2019une qui est ratée, le cadreur a trahi le danger de mort qu\u2019il encourait.Le désespoir est inscrit dans l\u2019image.Le témoignage de David Szmulewski, rarissime survivant joint à l\u2019arpentage de Didi-Huberman, d\u2019abord grâce à des photos aériennes, puis par ce voyage même à Birkenau, établit que cet appareil photo était bien dans la chambre à gaz, transformant le «travail asservi [du Sonderkommando], son tra- vail d\u2019esclave de l\u2019enfer, en un véritable travail de résistant».L\u2019absolu et le relatif En cette fin de semaine suivant le l®\u2018^Mai, il est question d\u2019honorer le travail.Mais cet autre travail de morf face au travail du regard, de la pensée, de la mémoire et de l\u2019écriture, renvoie dos à dos l\u2019absolu et le relatif.Le contre-travail à retardement, ce retour d\u2019enfer et d\u2019hécatombe, relatif est celui des archéologues s\u2019attaquant aux «lieux de mémoire» et d\u2019enfouissement.Les preuves historiques ne sont pas des inventaires d\u2019objets, mais «surtout une anamnèse pour comprendre le présent», écrit Didi-Huberman, de- vant l\u2019angoisse béante de ce qui a été.Ce sur quoi il insiste n\u2019est pas la nouveauté, ni funicité, mais la relation, l\u2019intensification, la compassion qui se cache derrière les signes, les ipiages, les surfaces, les objets.A s\u2019y livrer, le hasard rétablit la chaîne de l\u2019histoire, l\u2019écorce ou «manteau de peau»: «nos écorchements, ces écorces d\u2019images et de textes montés, phrasés ensemble».Collaboratrice Le Devoir ÉCORCES ET ATLAS OU LE GAI SAVOIR INQUIET Georges Didi-Huberman Minuit Paris, 2011, 74 et 382 pages G6C entend faire sa place à Montréal La librairie est déjà implantée depuis 35 ans dans les Cantons-de-l\u2019Est JEAN-ERANÇOIS NADEAU Pour célébrer son 35® anniversaire, le groupe de librairies GGC de Sherbrooke se lance à l\u2019assaut de Montréal.Le président du groupe, Gérald Caza, ne cache pas sa fierté d\u2019installer son enseigne sur l\u2019avenue du Mont-Royal, à deux pas du métro Mont-Royal, «à trois jets de pierre du Renaud-Bray de la rue Saint-Denis», précise-t-il.Le quartier est l\u2019un de ceux qui comptent le plus de librairies au Capada.A Montréal, le groupe possédait déjà LSC, une enseigne située non loin du Stade olympique où l\u2019on propose des livres et un choix de jouets éducatifs.Cette formule sera reprise, mais dans une surface beaucoup plus grande, dans la succursale de GGC qui s\u2019installe en plein cœur du Plateau Mont-Royal.«Le magasin compte 2500 pieds carrés, répartis entre un rez-de-chaussée et une mezzanine.Il est difficile de trouver quelque chose de libre sur Mont- Royal.Il est certain qu\u2019on aurait aimé quelque chose d\u2019un peu plus grand, mais nous sommes très bien situés.» La librairie est déjà en activité.«Nous avons ouvert depuis mercredi dernier afin de familiariser le personnel avec le fonctionnement.Nous ouvrirons officiellement dans quelques jours.» La Biblairie GGC de l\u2019avenue du Mont-Royal offre pour l\u2019instant 12 000 titres neufs à ses visiteurs.«Nous allons augmenter à 18000 titres d\u2019ici peu de temps», explique Gérald Caza au téléphone.Les bibliophiles pourront aussi trouver là des livres rares.«Pour l\u2019instant, on trouve surtout des livres d\u2019occasion sur Mont-Royal.Nous, nous aurons des livres rares.Pas du livre d\u2019occasion.Ce n\u2019est pas du tout dans cette ave-nuç-là que nous voulions nous engager.» A Sherbrooke, GGC a tenu pendant des années les concessions de librairie du collège de Sherbrooke et de l\u2019université.Après des années, ces contrats n\u2019ont pas été renouvelés.GGC possède aussi une succursale à Magog.La maison mère de GGC est installée rue lüng Quesf où le groupe mène aussi des activités d\u2019édition sous le nom des éditions GGC.Les éditions GGC ont publié surtout des livres régionaux.Gérald Caza dirige aussi les activités de distribution de l\u2019Agence du livre (ADL).Cette maison s\u2019occupe de la commercialisation d\u2019une centaine de maisons d\u2019édition locales et étrangères.La Biblairie GGC de Montréal que s\u2019offre Gérald Caza à l\u2019occasion du 35® anniversaire de ses activités est déjà ouverte, mais sera officiellement lancée le 23 mai lors d\u2019une soirée.Au nombre des invités d\u2019honneur de ce lance-menf on trouvera les écrivains Kim Thuy, Yves Beauchemin, Dominique Demers, Jean-Claude Germain, Elisabeth Tremblay, Robert Soulières, pour ne nommer que ceux-là.La nouvelle librairie est située au 1145 de l\u2019avenue du Mont-Royal.Le Devoir Rhizome à Chicoutimi Le spectacle poétique Para Quedar/Pour rester humain des Productions I^hizome sera présenté à Chicoutimi ce soir, à la salle Murdock.Les poètes Cari Lacharité de Québec et Cristobal Barreto de Colima, au Mexique, y performent leurs textes, le premier en français et le second en espagnol, parfois traduit, dans une scénographie toute de vidéos et d\u2019écrans mouvants.I4ii-zome poursuivra ensuite sa tourné en présentant le spectacle à Sherbrooke le 25 mai prochain.- Le Devoir Premier prix Tenebris Les cinq finalistes du premier prix Tenebris 2012 du meilleur polar de langue française ont été dévoilés.Concourent Jacques Expert pour son Adieu (Sonatine), Maxime Houde avec L\u2019infortune des biens nantis (Alire), Sylvain lyieunier pour Les mémoires d\u2019un œw/(Courte Échelle), Laura Sadowski avec La géométrie du tueur (Qdile Jacob) ef finalemenf l\u2019incontournable Fred Vargas pour L\u2019armée furieuse (Viviane Hamy).Le nom du lauréat sera dévoilé le 20 mai lors de la première édition des Printemps meurtriers de Knowlton.- Le Devoir POESIE À bout de souffle HUGUES CORRIVEAU D> emblée, Marcel Labine impose son style incisif et sans concession, prouvant de nouveau qu\u2019il est un très grand poète qui ne s\u2019éparpille jamais, qui propose des livres d\u2019une précision fulgu- rante, sans égarement, tout entier à son projet.Dès les Tableaux des années oubliées, il s\u2019immisce dans l\u2019enfance des angoisses ou des jeux, révélant les points d\u2019ancrage de ce qui fonde la pensée inquiète.Il sait d\u2019où vient ce questionnement profond Suzanne Marchand Partir pour la famille Féœndité, grossesse et accouchement au Qj^ébec H SEPTENTRION.QC.CA LA RÉFÉRENCE EN HISTOIRE AU QUÉBEC qui jouit de l\u2019être, qui trouble la conscience d\u2019un «quotidien insensé à ses yeux / dont il ne gardera tapie / au crâne que l\u2019indignité / du mauvais fils».L\u2019adolescence ensuite, dans L\u2019aire de Broca, moment difficile, moment de rupture qui mène à ce constat radical: «il n\u2019y a qu\u2019un traître s\u2019enfuyant vers les arts », emporté par les livres, déchiré entre Hermann, Sam ou Félice.Le Montréal actuel s\u2019impose par après comme continuité formelle de «l\u2019angle mort des jeux», loin du moment où «rêver se rêvait».Certes, ce recueil radicalement noir, d\u2019un noir forcené, plein d\u2019une nuit augurale, fouille des lieux migratoires qui vont de la vie percluse à une fin mendiante.« J\u2019ai tracé à jamais / distances et cadastres», dit le poète, comme si la question du comment habiter le monde n\u2019allait jamais trouver de réponse.Én ses «derniers gestes d\u2019encre», se référant à un titre de Beckett que cite Labine, on croirait que toujours on va.Cap au pire, alors que les «poèmes se tiennent seuls comme des épitaphes».La course à laquelle nous convie Marcel Labine est éperdue, elle prend la poésie aux mots et la veut essentielle.Il nous offre ici un recueil magnifique qui nous laisse à bout de souffle devant une parole indispensable et lumineuse, malgré la faillite indubitable du sens de ce vers quoi on va, tous.Comment vivre?Au centre de l\u2019œil, le monde.Comment en saisir les prismes changeants, les troubles et les bonheurs?Deux poètes en ont écrit, se sont écrit à ce propos autour d\u2019un titre.Iris, vision et fleur dans un recueil à double signature.Danielle Fournier d\u2019abord, poète montréalaise qui, de la ville à la mer, scrute les indices qui font battre son cœur.Entre autres, «[elle] chuchote une parole inédite, pleine de mansuétude et miséricordieuse dans laquelle la Voix de Dieu est Verbe et Epiphanie», ou bien encore, «devant l\u2019Eglise Saint-Paul-Saint-Louis, [elle] se signe au milieu du brouillard».Femme en quête d\u2019une proximité inquiète, bouscu- lée par les transports des vents comme des êtres.«Parfois elle entre dans la mer \u2014 c\u2019est une femme de mer», c\u2019est une femme au «Je, fuyant», c\u2019est une fouineuse de grand chemin, d\u2019écriture.« Elle marche vers sa liberté, chaussures plates qui ne sont pas assorties à son sac à main.» Marcher, mot à mot, à la recherche d\u2019un ancrage, d\u2019un passage qui puisse l\u2019accomplir.«La vie par-dessus la vie dépend des mots», dit-elle.C\u2019est en quelque sorte le pari de cette partie de recueil, empreinte d\u2019une inquiétude latente devant l\u2019inconnu, devant l\u2019absence nette de réponse, poussée qu\u2019elle est par une quête inassouvie.Quant à Luce Guilbaud, poète vendéenne, elle rallie vents et liquides, avec la même énergie fouisseuse, pénètre aussi dans la ville en quête de mots justes pour en décrire l\u2019impasse.Pays d\u2019ici, pays de France, lieux confondus en une dérive qui cherche ses assises.Voyeuse en quête de la nature, de plantes, de nourritures, d\u2019odeurs et de goûts, d\u2019une efflorescence qui charrie des sentiments, comme toujours.Conviant les saisons urbaines, les passages d\u2019oiseaux, emportant les signes arboricoles jusqu\u2019aux demeures en couleurs, voilà comment la poète bouquette, posant d\u2019abord l\u2019iris au coin de l\u2019œil.«Le voyage bougé / le geste d\u2019aller de revenir / le pied posé à même l\u2019échange / [.] ça passe par les mots par les yeux / par les murs par les vagues / papiers froissés rempart de livres».S\u2019adressant sans doute à Danielle Fournier, Luce Guilbaud conclut: «Un océan entre nos mots / toi et moi nous nous tenons par le livre.» Collaborateur Le Devoir LE TOMBEAU OÙ NOUS COURONS Marcel Labine Les Herbes rouges Montréal, 2012, 178 pages IRIS Danielle Fournier et Luce Guilbaud L\u2019Hexagone Montréal, 2012, 120 pages LE DEVOIR, LES SAMEDI ET DIMANCHE 6 MAI 2012 F 5 LIVRES ¦^U CONNAIS LA NOUVELLE \u2019 ÇA Y EST, L'AMÉRIQUE ENTRE EN 6UERRE J JE SAIS GUILLAUME SOREL ET LAURENT SEKSIK Biographies en bédé Quand le passé se fait dessiner au présent Pierre-Esprit Radisson, Olympe de Gouges, Anna Politkovs-kaïa, Camille Claudel, Stefan Zweig.Depuis quelques mois, un vent biographique souffle sur l\u2019univers du 9® art, qui a décidé d\u2019exposer en cases les grands, les oubliés, les torturés, les martyrs, leur passé et surtout leur époque.Une série de voyages dans le temps pour se souvenir, oui, mais surtout, di-rait-on, pour mieux inspirer un présent qui se cherche.FABIEN DEGLISE Radisson, série imaginée par le bédéiste Jean-François Bérubé, aura son quatrième et dernier chapitre.Une entente a été signée entre l\u2019éditeur, Glénat Québec, et l\u2019auteur, qui il y a quelques semaines s\u2019était plaint, sur son blogue, d\u2019avoir perdu le diffuseur de son incursion dans la vie du célèbre explorateur franco-canadien.La conclusion est attendue dans les prochains mois.Et forcément, elle se prépare à alimenter une rivière de biographies qui depuis plusieurs mois est en formation dans l\u2019univers de la bande dessinée.Les héros du passé sont à la mode.Et Olympe de Gouges (Casterman écritures) résume cette popularité avec poids dans une brique de 500 pages scénarisée par José-Louis Bocquet et dessinée par Catel Muller.Le duo qui avait mis en image la biographie d\u2019Alice Prin, figure marquante du monde des arts dans les années sandwich (1921-1939), dans Kiki de Montparnasse, se frotte ici à celle de Marie Gouzes, féministe engagée avant l\u2019heure qui, dans les années qui ont précédé la Révolution française, a répandu ses idées progressistes et son libertinage dans la bonne société.Cette balade dans un temps habité par Voltaire, Rousseau, Danton, Condorcet, Lafayette, Guillotin et les autres est rythmée par les adresses que fréquentaient ou habitaient cette femme de lettres et fieffée républicaine.Elle permet aussi, en suivant les traces de celle qui a dénoncé l\u2019esclavage, mais aussi rédigé en 1791 la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, de renouer avec cette époque trouble qui, pour se trouver un nouveau souffle, n\u2019a pas hésité à enlever le leur, par la guillotine, à des milliers Annà èçrif àu m/pisfère de là Défense en demàndànf qu'on donne là médàille du ménfe àu lieufenànf Bà^reei/ IGORTUVERI de Français, sans même épargner les plus progressistes.La mort pour la cause.C\u2019est un peu ce qui pourrait résumer le destin tragique de la journaliste russe Anna Po-litkovskaia, assassinée froidement dans l\u2019ascenseur de son appartement moscovite le 7 octobre 2006.Elle bossait à la Novaia Gazeta, où ses enquêtes sur la guerre en Tchétchénie se sont mises un jour à déranger le pouvoir en place.Elle avait 48 ans.Avec une plume remarquable, Igor Tuveri \u2014 Igort pour les intimes \u2014 part sur les traces de cette combattante pour la vérité dans Les cahiers russes (Futuropolis), journal illustré qui poursuit, par la bédé, la quête de sens dans les pays de l\u2019ex-URSS amorcée par l\u2019auteur il y a quelques années.L\u2019Ukraine avait donné son cadre au premier tome de cette série.Le Caucase, avec sa guerre oubliée, et la journaliste tombée au combat poursuivent cette œuvre qui dresse le portrait sombre d\u2019une Russie où, d\u2019hier à aujourd\u2019hui, les valeurs démocratiques peinent à trouver un terreau fertile.A la vie, à la mort A Petrôpolis, au Brésil, c\u2019est le terrain propice au bonheur que l\u2019écrivain autrichien Stefan Zweig n\u2019a pas trouvé en s\u2019y exilant avec Lotte, sa jeune compagne.Les derniers jours de cet auteur torturé par l\u2019excès de lucidité sur son présent sont mis en case par Guillaume Sorel et Laurent Seksik dans Les derniers jours de Stefan Zweig (Casterman) avec une poésie dans le trait comme dans le scénario forcément dérangeant étant donné la nature du propos.Nous sommes en 1941.Sur une centaine de pages, il y est question d\u2019Hitler, des juifs, de cette autre terre promise qu\u2019a été le Brésil à une autre époque pour une frange d\u2019in- Je sms une borne chrétienne tse Je me soucie de mon prochain He ben aui Teat cru Amour impossible en deux temps FABIEN DEGLISE Le coup de foudre peut tomber n\u2019importe où, y compris dans un cours de peinture de modèle vivant.Parlez-en au bédéiste Philippe Girard qui, en 1991, y a goûté.Solide, comme dirait l\u2019autre.La mauvaise fille (Glénat Québec), sa dernière création, résume le «dossier».Nous sommes à Québec en 1991.Son regard est attiré par celui d\u2019une blonde collègue à côté de lui.Il est conquis.U va tout faire pour lui faire parvenir un poème et une boîte de chocolats à l\u2019occasion de la Saint-Valentin.Et bien sùr, le projet plus qu\u2019ambitieux va l\u2019amener sur un chemin qu\u2019il n\u2019avait pas anticipé.Avec sa poésie habituelle, son sens de l\u2019intrigue et surtout la ligne claire qui a façonné dans le passé ses remarquables et remarqués Tuer Velasquez, Visite des morts et plus récemment wind, Philippe Girard explore dans ce nouveau voyage aux confins de la condition humaine l\u2019idée des amours impossible entre deux êtres et surtout entre deux époques, la sienne et celle de sa grand-mère en 1931.Un journal intime traînant sur une table va faire le pont entre ces deux mondes et ces deux quêtes.Il va aussi donner corps et âme à ce récit en images, en bulles, dont l\u2019intelligence prévisible tisse par l\u2019entremise d\u2019un scénario particulièrement bien ficelé les préoccupations presque habituelles de l\u2019auteur: identité, engagement, poids de la décision, destins qui se croisent, mais aussi faux semblants et apparences trompeuses : la mauvaise fille en question, une fois placée dans un Québec de la Prohibition, n\u2019étant pas forcément celle que le lecteur va attendre.dans le fi'oid de l\u2019hiver.Le Devoir LA MAUVAISE FILLE Philippe Girard Glénat Québec Montréal, 2012,168 pages tellos germanophones, de dérives populistes, des odieux desseins d\u2019un dictateur et des mots mis dans des livres, par Zweig et par d\u2019autres, comme pour tenter d\u2019enrayer l\u2019inéluctable pro-g r e s s i O n du mal.Dans ce décor brésilien, à la verdure et à la paix réconfortantes, Zweig, comme en témoigne encore aujourd\u2019hui son Ivresse de la métamorphose et surtout son Monde d\u2019hier.Souvenir d\u2019un Européen, autobiographie dont il a mis la dernière touche lors de cette dernière année d\u2019exil, n\u2019arrivera pas à se débarrasser de ses idées noires.Le véronal, un barbiturique, absorbé en chœur avec la femme de sa vie, viendra sceller le destin du penseur et construire du coup cette mythologie qui trouve dans cette bande dessinée un espace favorable pour ainsi persister dans notre temp^.D\u2019un mythe à l\u2019autre.Eric Liberge et Vincent Gravé revisitent, quant à eux, celui de Camille Claudel (Glénat), célèbre sculptrice et maîtresse de Rodin, en passant par les confidences de son frère, Paul, tout comme par un univers graphique à la complexité de circonstance.Depuis 1951, où l\u2019homme répond aux questions de journalistes \u2014 c\u2019est la trame de fond de cette bédé \u2014, le voyage dans le temps nous ramène dans ce Paris de la fin du XIX® siècle où l\u2019art faisait la vie, mais aussi dans la relation trouble de la jeune Camille à son art et surtout à son maître, que le duo de bédéiste décortique loin des clichés habituels.Sans exagérer le trait de soulignement, la place de la femme dans la société, la création, le génie, les notions de contraintes, d\u2019establishment, de transgression et au final de folie y cohabitent sur 72 pages, comme pour mieux résonner aujourd\u2019hui.La Vitrine JEUNESSE HÔ François Gravel Québec Amérique Montréal, 2012, 232 pages François Gravel, c\u2019est lui qui l\u2019écrit, «n\u2019a jamais escaladé l\u2019Everest, n\u2019a pas joué pour les Canadiens et n\u2019a jamais essayé de provoquer une polémique pour qu\u2019on parle de lui dans les journaux».Pourquoi en parle-t-on, alors?Parce qu\u2019il écrit des romans et qu\u2019il le fait très bien.Romancier inventif et délicat, même quand il flirte avec une veine plus noire.Gravel passe, d\u2019un ouvrage à l\u2019autre, du registre adulte au registre jeunesse avec une admirable habileté.HÔ, son plus récent roman jeunesse, raconte l\u2019histoire d\u2019un jeune haltérophile soumis à des expériences douteuses par un régime asiatique dictatorial.Obnubilé par la grandeur du chef national suprême Dao Kha, l\u2019athlète adolescent, coupé du monde, se plie à un programme expérimental composé de médicaments, d\u2019opérations multiples et de pratiques sexuelles originales.On lui a dit qu\u2019il devait gagner ; il est prêt à tout pour y parvenir, et c\u2019est ce qu\u2019il raconte dans son journal de bord qui occupe la majeure partie de ce roman.L\u2019épouse qu\u2019on lui impose, à 14 ans, deviendra toutefois son alliée, puisqu\u2019elle vit le même drame que lui, mais avec une pointe de lucidité.Critique des pays totalitaires qui sacrifient les vies individuelles au profit de la gloire du régime, ce roman original, dans son fond comme dans sa forme, peut aussi se lire, au deuxième degré, comme une allégorie de la jeunesse ruinée par des obsessions parentales de réussite et de gloire.Il y a des Dao Kha, au Québec, qui s\u2019appellent maman ou papa et qui transforment leur progéniture en Hô.Louis Cornellier ENFANTS LA MAISON DE TAMARA Pascale Debert Editions Albin Michel Jeunesse Paris, 2012 C\u2019est le rêve de Fanfreluche devenu réalité.Avec La maison de Tamara, on entre littéralement dans l\u2019histoire d\u2019une jeune danseuse des Ballets russes, Tamara Karsavina.On ht sa vie, qui se déroule au début du siècle dernier, en pleine ascension des Ballets russes, alors que la troupe balaie l\u2019Europe.Mais on peut aussi en réinventer à sa guise le cours des événements.Car le livre se présente en fait comme un coffret.Un grand livre-maison se déploie en trois dimensions pour créer quatre pièces \u2014 cuisine, salle de bains, chambre et salon \u2014 au décor délicieusement kitsch.Bibliothèque, tableaux, tapisseries, portes et fenêtres élégantes agrémentent les murs, en trompe-l\u2019œil, annonçant déjà l\u2019univers et le personnage.Une série de 12 planches proposent des éléments de mobilier prédécoupés qui permettent, en quelques plis, de meubler et de décorer les pièces à son gré.On y suit aussi les péripéties de la mystérieuse Tamara à travers son journal intime, troisième élément du coffret.Les bribes d\u2019existence qui y sont racontées laissent toute la place pour inventer la suite et les intermèdes en réaménageant sa maison.Et tout cela avec des mots et de jolis bouts de carton.Les tablettes électroniques peuvent aller se rhabiller! Le génie de l\u2019objet, pourtant tout simple, et le pur enchantement du design graphique justifient le prix un peu élevé (50, 95$).L\u2019auteure, Pascale Debert, a un parcours aussi polyvalent que son livre-maison.Elle a été directrice artistique à Paris et œuvre comme graphiste à la pige à Nancy, où elle vit.Elle travaille aussi comme illustratrice et photographe.Cartes de souhaits, papeterie, affiches publicitaires, catalogues, elle concocte tout support de communication sur mesure et se passionne pour les livres, la mode, les années 20 et 70, le XVIH® siècle et, bien sùr, le dessin.À travers ses projets, elle «recherche les souvenirs que son grand-père aurait oubliés à Petrograd, avant la révolution d\u2019octobre», est-il écrit dans la documentation destinée aux médias.Fiction ou réalité ?La dame maîtrise aussi l\u2019art de sa propre mise en marché.Frédérique Doyon 1 11 et 12 mai Megavente de livres usages pour jeunes et adultes à 2,50$ le kilo Plus de 100 000 livres, revues, CD, DVD et autres.HEURES D'OUVERTURE Vendredi 11 mai : 17 h à 21 h Samedi 12 mai : 8 h 30 à 16 h ARENA CARTIER 100, rue Major, Laval-des-Rapides Q 311 ou 450 978-8000 (de l'extérieur de Laval) WWw.viMe.laval.qc.ca (onglet Culture) IIILIOIHEQUES de Levai F 6 LE DEVOIR, LES SAMEDI 5 ET DIMANCHE 6 MAI 2012 ESSAIS Le discours psychiatrique sur la sellette Louis CORNELLIER Le docteur Guy Turcotte savait-il ce qu\u2019il faisait lorsqu\u2019il a tué ses deux enfants?Lors de son procès, la défense a trouvé un psychiatre pour répondre non à cette question, alors que la Couronne en a déniché un pour répondre oui.Or la psychiatrie n\u2019est-elle pas censée être une science médicale rigoureuse ?«Le psychiatre, répond l\u2019essayiste Alain Bachand, n\u2019a pas d\u2019outils particuliers pour déterminer ce qu\u2019un accusé pensait ou éprouvait lors de ses actes.Il n\u2019a rien de privilégié à offrir, sinon un jargon plus obscur qu\u2019éclairant.» Dans le même sens, se fier au jugement psychiatrique pour déterminer quand il conviendrait de libérer un meurtrier acquitté pour cause de désordre mental serait pour le moins hasardeux.«Lorsque les psychiatres prédisent des comportements dangereux, continue Bachand, leur évaluation tend à être deux fois plus souvent incorrecte que juste et va généralement plus dans le sens de la surprédiction.En fait, leurs prédictions ne paraissent généralement pas plus fiables que celles des non-professionnels.» Ces considérations très sévères à l\u2019égard de l\u2019expertise psychiatrique sont tirées de L\u2019imposture de la maladie mentale.Critique du discours psychiatrique, un essai polémique, par ailleurs solide, sérieux et dérangeant, signé Alain Bachand.Ce dernier n\u2019est ni un psychiatre ni un scientifique patenté.Il se présente comme un fonctionnaire au Palais de justice de Montréal, avec une formation en philosophie.Son ouvrage, toutefois, en préface, reçoit la caution de David Cohen, renommé profes- seur en sciences psychologiques et sociales, spécialiste des effets négatifs des psychotropes et de leur utilisation en psychiatrie.Cohen, qui critique la médicalisation de l\u2019existence, c\u2019est-à-dire «la transformation de conduites déviantes ou même normales en troubles mentaux traitables», se réjouit justement du fait que Bachand ne soit pas un spécialiste attitré et n\u2019hésite pas à dire qu\u2019il recommanderait ce livre à ses étudiants.La thèse principale de Bachand est que ce qu\u2019on appelle la maladie mentale ne s\u2019explique pas par des désordres biologiques ou des dérèglements du cerveau.Cette notion, au fond, serait «dépendante de l\u2019idée que nous nous faisons d\u2019un être humain désirable».Or «le caractère désirable d\u2019une chose n\u2019est justement pas scientifique, mais relève des valeurs cultu- « Lorsque les psychiatres prédisent des comportements dangereux, leur évaluation tend à être deux fois plus souvent incorrecte que juste et va généralement plus dans le sens de la surprédiction», fait valoir Alain Bachand peut avoir un effet sur l\u2019activité du cerveau, supprimer un état de fatigue par exemple, mais ce résultat ne témoigne pas d\u2019une anomalie dans le cerveau (une déficience en caféine) ».Bachand ne nie pas que ceux qu\u2019on appelle des schizophrènes ont des comportements bizarres, mais ces derniers, précise-t-il, «peuvent être étudiés ou gérés sans qu\u2019ils soient arbitrairement incorporés dans le cadre d\u2019un diagnostic psychiatrique en raison de leur caractère extrême ou inhabituel ».Bachand se livre ensuite à de semblables démonstrations au sujet de la dépression (la tristesse profonde n\u2019est pas plus un problème médical que le bonheur), de l\u2019alcoolisme (une mauvaise habitude aux effets indésirables et non une maladie), de la psychopathie (le problème des «personnes moralement mauvaises » qui re- relles».La maladie mentale, en d\u2019autres termes, «est une forme de déviation de normes sociales et non de normes biologiques».La psychiatrie, en médicalisant les comportements bizarres, «revêt davantage l\u2019accoutrement de la science qu\u2019elle n\u2019en contient la substance».Les théories biologiques (génétiques, biochimiques, physiologiques) sur les causes de la schizophrénie ne tiennent pas la route, démontre Bachand en citant plusieurs études.Soutenir, par exemple, que l\u2019excès de dopamine serait en cause, étant donné que l\u2019administration d\u2019un neuroleptique inhibant l\u2019activité dopaminergique supprime les symptômes associés à la schizophrénie, est un non-sens.Comme le remarque Bachand, «la caféine lève de la moralité et de la criminalité et non de la médecine) et du trouble de déficit de l\u2019attention avec hyperactivité (qui ne serait pas une pathologie à traiter avec des médicaments, mais un problème d\u2019indiscipline et d\u2019inattention essentiellement social).Dans un chapitre plus épineux concernant la déviance sexuelle, qui ne passera pas comme une lettre à la poste puisque Bachand y cite des études qui relativisent les conséquences dramatiques pour les mineurs de relations sexuelles non violentes avec les adultes, l\u2019essayiste conteste même le caractère pathologique de la pédophilie et, sans pour autant défendre cette dernière, propose de la traiter comme un problème de moralité.«Sobre mais dévastateur », comme l\u2019écrit David Cohen, l\u2019ouvrage de Bachand met en cause les diagnostics psychiatriques (diver- gents d\u2019un expert à l\u2019autre) et conteste leur validité.Il rappelle que le fameux DSM, la bible de la psychiatrie, a déjà intégré la masturbation et l\u2019homosexualité dans sa liste de désordres mentaux avant de les retirer et que l\u2019inclusion de nouveaux désordres (le syndrome prémenstruel ou un faible désir sexuel, par exemple) est déterminée par des discussions en comité dont la nature est plus sociale et idéologique que scientifique.Bachand passe en revue les thérapies biologiques (lobotomie, médicaments) et n\u2019en retient pas grand-chose de bon.Il se montre plus favorable aux psychothérapies, mais précise tout de même que le but d\u2019un psychothérapeute n\u2019est pas tant de «soigner» un trouble mental que de persuader son client de changer sa conduite ou sa perception.Il ajoute d\u2019ailleurs que de bons amis ou la lecture de livres de psycho pop donnent d\u2019aussi bons résultats ! Les psychiatres, conclut Bachand, donnent «une apparence médicale à des problèmes essentiellement personnels, moraux ou sociaux», ce qui légitime leurs «interventions thérapeutiques qui viennent dissimuler un agent de contrôle social sous les traits rassurants du psychiatre tout en favorisant l\u2019institution qu\u2019est la psychiatrie et en promouvant les intérêts des compagnies pharmaceutiques au détriment d\u2019interventions psychosociales plus globales qui permettraient d\u2019améliorer les conditions de vie des schizophrènes» ou autres excentriques et déprimés.La charge de Bachand est certes elle aussi critiquable, mais elle porte.louisco@sympatico.ca LTMPOSTURE DE LA MALADIE MENTALE Critique du discours psychiatrique Alain Bachand Liber Montréal, 2012, 184 pages Identités plurielles : l\u2019argumentation culturaliste de la droite GEORGES LEROUX La montée des partis de droite en Europe a trouvé ces derniers jours une confirmation supplémentaire avec le vote français pour le Front national.Alimenté par un débat sur l\u2019identité nationale, reconverti en discussions sur l\u2019immigration et «la préférence nationale», ce vote se nourrit surtout d\u2019une critique des conséquences politiques de l\u2019universalisme promu par l\u2019Europe.Face à la diversité croissante des sociétés, on voit en effet se développer à droite un argument culturaliste dont l\u2019effet le plus net est l\u2019exclusion.Certaines minorités seraient inassimilables, d\u2019autres seraient si tributaires d\u2019une culture particulière qu\u2019elles seraient irréconciliables avec la République.Le délire meurtrier du Norvégien Anders Breivik, contenu dans un long manifeste contre le pluralisme et le multiculturalisme, reprend tous ces arguments et les transforme en programme d\u2019action.A quelle distance, peut-on demander, se situent les partis d\u2019extrême droite des arguments de ce manifeste ?L\u2019intérêt du recueil préparé par Spyros Theodorou est de montrer l\u2019impasse dans laquelle s\u2019enferment tous ceux qui croient trouver dans une revendication particulariste et identitaire une protection contre la particularité des autres.Comment ne pas voir en effet dans le recours systématique au concept de l\u2019identité la recherche d\u2019une valeur refuge systématiquement surinvestie par cela même qu\u2019on entend exclure?Au lieu de rouvrir la grande porte de Luniversalisme des Lumières, seul idéal politique capable d\u2019accueillir la richesse des différences au sein d\u2019une communauté politique élargie et consciente du défi du pluralisme, le communautarisme devient à la fois le problème et la solution.Theodorou le dit simplement dans sa présentation : la reviviscence de l\u2019intégrisme n\u2019est que l\u2019envers d\u2019une structure qui engendre le communautarisme national, tous deux participent de la même frayeur et du même repli devant l\u2019universel en devenir.Les fondements de Tidentité Le livre rassemble une vingtaine de contributions, préparées par les meilleures plumes de la science sociale française.De Michel Wie- ( \\ KENZO TRIBOUILLARD AGENCE ERANCE-PRESSE Alimenté par un débat sur l\u2019identité nationale, reconverti en discussions sur l\u2019immigration et «la préférence nationale», le vote du Front national se nourrit surtout d\u2019une critique des conséquences politiques de l\u2019universalisme promu par l\u2019Europe.viorka à Jean-François Bayart, de Patrick Weil à Pierre Hass-ner, la réflexion progresse en examinant les fondements sociologiques et anthropologiques de l\u2019identité.L\u2019analyse de cas particuliers, comme la colonisation, se juxtapose à une réflexion sur la construction des identités contemporaines et le conflit des mémoires.Le titre évoquant une dérive des identités s\u2019explique par le constat qui se dégage de la plupart de ces contributions: il n\u2019existe rien de tel que des identités figées, transhistoriques.Toutes sont au contraire soumises aux transformations induites par le mouvement social, l\u2019immigration, la culture.La seule idée de se réclamer de traditions inamovibles trahit un vœu inavouable : freiner le temps, résister à la différence.C\u2019est ainsi qu\u2019on peut raisonnablement soutenir que les authentiques Américains aujourd\u2019hui sont les Chinois et que tous les intégrismes réactionnaires s\u2019alimentent de stéréotypes fondés sur des fictions.Sortir la France de l\u2019Europe pour lui faire retrouver la virginité de Jeanne d\u2019Arc ou le beurre charentais est un cas d\u2019espèce, mais pas franchement différent, dans son argument, du discours de Breivik.La xénophobie qui engendre ces dérapages n\u2019est elle-même que le symptôme d\u2019une angoisse identitaire, dont tous les auteurs de ce livre explorent les figures complexes et troublées.Si le philosophe Vincent Descombes peut demander combien chacun de nous possède d\u2019identités, on pourrait être tenté de le réfuter par un permis de conduire.Mais chacun sait que replier notre identité sur une appartenance simple ne dit rien de nos options sur l\u2019universel : valeurs partagées, accueil de la différence.C\u2019est sur ce terrain que se place Patrick Weil, en examinant le statut de la diversité au sein de la République.Son essai est concret et discute de mesures législatives précises.Mais il n\u2019est pas le seul à le faire, il suffit de lire Emmanuel Todd pour comprendre les défis concrets de l\u2019universalisme français, toujours déjà rabattu sur l\u2019identité française.Michel Wieviorka, qui s\u2019est beaucoup engagé sur ce chantier, examine les défis actuels du modèle français d\u2019intégration et critique sa rigidité.On appréciera aussi une des conclusions de Jean-François Bayart, à la fin de sa critique du culturalisme : «Il n\u2019y a pas d\u2019universalisation qui ne procède par réinvention de la différence.» Livre riche et stimulant qui nous arrive de Marseille, cet ouvrage est en résonance avec beaucoup de débats actuels au Québec.Il illustre pour qui en douterait la vitalité de la réflexion française sur le pluralisme.Collaborateur Le Devoir IDENTITÉS À LA DÉRIVE Spyros Theodorou (sous la dir.de) Editions Parenthèses, coll.«Les savoir à l\u2019œuvre» Marseille, 2011, 410 pages Thomas Mann, prophète de l\u2019Europe MICHEL LAPIERRE Ce n\u2019est pas seulement Klaus Mann (1906-1949), annonciateur d\u2019un continent aussi pacifié qu\u2019unifié, après l\u2019horreur du nazisme, que l\u2019Allemagne d\u2019aujourd\u2019hui, partie intégrante d\u2019une Europe nouvelle, redécouvre avec enthousiasme.Elle s\u2019émerveille aussi devant la prescience de son père, Thomas Mann (1875-1955), dont l\u2019essai Cette guerre (écrit en 1939), devenu enfin accessible en français, anticipa le printemps du Vieux Continent mal nommé.Le petit livre du Prix Nobel de littérature (1929), suivi d\u2019un commentaire substantiel de David Kônig, étonne.D\u2019autant que Thomas Mann avait publié en 1918 Considérations d\u2019un apolitique, essai qui l\u2019avait rangé, dans son Allemagne natale, du côté des bourgeois nationalistes et conservateurs, en l\u2019opposant notamment à un autre écrivain, son frère Heinrich Mann (1871-1950), partisan de la démocratie internationaliste et de la réconciliation avec la France.Publié en allemand de manière forcément très limitée et traduit en anglais à l\u2019occasion du déclenchement du deuxième conflit mondial.Cette guerre est d\u2019abord, de la part de l\u2019écrivain réfugié aux États-Unis, un appel désespéré autant qu\u2019ironique à la résistance à Hitler et à ses complices: «Pauvre peuple allemand, quel est ton sentiment devant ce rôle messianique qui t\u2019a été confié, non par Dieu, non par le destin, mais par une poignée de crapules sans cervelle ?» Mais cela resterait banal sans le rejet résolu des valeurs de droite.Mann ose préconiser l\u2019abandon 6i«un funeste conservatisme» européen fondé sur «la non-ingérence» découlant de «la souveraineté absolue des Etats-nations», car cet esprit dépassé s\u2019oppose, d\u2019après lui, à l\u2019évolution de l\u2019humanité.Dans une «alliance de liberté et d\u2019égalité» liée au progrès de la démocratie, explique-t-il, «le centre de gravité tend davantage vers l\u2019égalité, vers la justice économique, selon un mouvement qui va de l\u2019individuel vers le social».Celui que sa famille surnomme affectueusement le Magicien peut-il aller plus loin dans la grâce foudroyante?Par le style réflexif vibrant et altier qui n\u2019appartient qu\u2019à lui, il se rapproche de sensibilités différentes, comme celles de son frère Heinrich et de son fils Klaus.On ne doute pas de la sincérité de son ton envoûtant lorsqu\u2019il souhaite la naissance d\u2019une «confédération européenne» à l\u2019abri «des ambition s hégémoniques démesurées».L\u2019écrivain surprend, ébranle lorsqu\u2019il fixe un objectif impensable sur l\u2019heure mais sublime pour l\u2019avenir: «le but de cette guerre doit être une paix» par laquelle les États du Vieux Continent devront «renoncer» jusqu\u2019q «l\u2019idée même de nation».A ses yeux, cette paix prendra le contre-pied de «la terrible trahison» des accords de Munich (1938) par lesquels l\u2019Angleterre et la France se montrèrent trop conciliantes à l\u2019endroit de Hitler.Apocalyptique, le pamphlet de Mann enterre la bonne conscience bourgeoise d\u2019un monde révolu.Collaborateur Le Devoir CETTE GUERRE Thomas Mann Yago Paris, 2012, 120 pages LIBRAIRIE DU CONGRES Thomas Mann "]
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