Le devoir, 12 mai 2012, Cahier F
[" Le Petit Prince et Saint-Exupéry entre Montréal et New York Page F 2 Louis Cornellier examine le mythe du «fédéralisme rentable» Page f 7 LIVRES CAHIER F > LE DEVOIR, LES SAMEDI 12 ET DIMANCHE 13 MAI 2012 A r\\ L\u2019impétueux désir d\u2019enfanter ILLUSTRATION TIFFET AMELIE DAOUST-BOISVERT Montréal, 2100.«Dans l\u2019aile réservée à la maternité, au Centre hospitalier universitaire de Montréal, le silence est presque oppressant [.] aucune salle d\u2019accouchement n\u2019a été aménagée.Elles sont devenues totalement inutiles.A leur place se trouvent d\u2019immenses dortoirs où sont alignés des centaines d\u2019utérus artÿiciels.» Le désir d\u2019enfant, cette impérieuse impulsion venue de nos entrailles, de notre cerveau programmé pour perpétuer l\u2019espèce, mènera-t-il l\u2019humanité vers la réalisation de ce scénario futuriste ?Après une enquête de deux ans, un tour de «l\u2019offre de service», de la science, mais surtout des motivations des femmes et des hommes qui poussent les portes des cliniques de fertilité dans l\u2019espoir de fonder une famille, la journaliste scientifique Dominique Forget l\u2019écrit, mais n\u2019ose y croire.C\u2019est son scénario extrême.«Qui sera prêt à se soumettre à tout ça pour choisir le sexe ou un enfant aux yeux bleus ?J\u2019ose croire que ça va toujours demeurer une minorité.Entre concevoir un enfant sous les couvertures, quelque chose de romantique, et les pieds dans les étriers dans une clinique, si tu as le choix.» Les traitements de fertilité sont souvent éprouvants pour le corps et l\u2019esprit.Pour les couples infertiles, mais aussi les femmes seules et les couples de même sexe, ils sont l\u2019espoir ultime de réaliser un rêve qui se bute à ce que la nature refuse d\u2019accorder.Complice avec son lecteur, utilisant la première personne du singulier, Dominique Forget ouvre avec lui la porte des cliniques, des laboratoires et de l\u2019intimité des couples infertiles dans Bébés illimités: la procréation assistée.et ses petits.Elle consacre aussi beaucoup d\u2019encre au vécu des cou- ples de même sexe qui veulent devenir parents, aux mères porteuses qu\u2019on oublie, selon elle, trop souvent, ou encore à l\u2019adoption.Elle souligne tous ces phénomènes parallèles à la procréation assistée, comme ces dizaines de milliers d\u2019embryons surnuméraires, figés dans le temps dans la noirceur d\u2019un congélateur, attendant leur heure.Certains parents acceptent, mais le phénomène reste marginal, de les donner en «adoption» à des couples dont les gamètes refusent de créer la vie.Avant même de se documenter sur les prouesses technologiques ou les enjeux éthiques, sociaux et psychologiques de la procréation assistée, Dominique Forget a rencontré des dizaines de femmes et d\u2019hommes qui lui ont témoigné, souvent sans aucun filtre, leur expérience.Résultat: un récit humain aux airs presque romanesques, qui coule de source, à cent lieues du guide pratique ou de l\u2019ouvrage scientifique destiné aux experts.Et qui pose toutes les questions qui s\u2019imposent aux médecins, aux éthiciens, aux psychologues et autres experts.Cet impétueux désir d\u2019enfanter Dans les romans d\u2019anticipation tel Brave New World d\u2019Al-dous Huxley, ce sont les gouvernements qui entraînent l\u2019humanité dans la reproduction aseptisée et en série.Mais le Québec, en 2012, est loin, et si proche à la fois, dp ces scénarios inquiétants.A la différence notable que c\u2019est le désir d\u2019enfant, irrépressible et parfois sans limites, qui pousse les frontières des possibilités reproductives en mettant la technologie à son service.«En fait, ce n\u2019est pas tant le désir d\u2019enfant qui me fascine, mais jusqu\u2019où ce désir peut nous pousser», écrit Dominique Forget.Dans son appartement du centre-ville de « En fait, ce n\u2019est pas tant le désir d\u2019enfant qui me fascine, mais jusqu\u2019où ce désir peut nous pousser » \u2014Dominique Forget Montréal où Le Devoir l\u2019a rencontrée, pas de jouets ni de désordre.En introduction de Bébés illimités, l\u2019auteure pose cette phrase comme un avertissement : «À 39 ans, l\u2019horloge biologique aurait dù se mettre à sonner depuis longtemps.Le mécanisme doit être détraqué.[.] C\u2019est peut-être la raison pour laquelle le désir d\u2019enfant, que je constate partout autour de moi, me fascine autant.» Le désir d\u2019enfant, parfois, se mêle à un désir de perfection, de performance.Après avoir fait le tour de la technologie déjà disponible qui permet à tant de familles de naître, Domînîque Forget îmagîne cette pou-ponnîère du CHUM du futur, où «le fœtus qui repose dans l\u2019incubateur 781 appartient à Camille et Thomas.C\u2019est un garçon aux yeux verts et aux cheveux châtains.Il a été sélectionné pour devenir grand comme son père et intelligent comme sa mère.» «L\u2019incubateur suivant renferme le futur bébé de Jules et Émile.Une petite fille qui, si tout se passe comme prévu, aura les cheveux frisés de son père et les longs doigts de pianiste de.son père.L\u2019autre père, s\u2019entend.Les deux papas ont combiné leur bagage génétique pour transmettre le meilleur de chacun à leur progéniture.» Un genre à développer Dans Bébés illimités, Domînîque Forget exploîte avec talent un genre trop peu souvent publié au Québec.Dommage que la couverture ne donne guère envie de plonger.Maïs 11 faut oser: l\u2019enquête journalistique, déjà, op en volt peu sur les tablettes.A saveur médico-scientifique, alors là.Plutôt que de se poser en experte pour transmettre un «savoir», elle s\u2019immisce dans le microcosme de la procréation pour nous en ouvrir les portes, témoin sans jugement des prouesses et des émotions fortes qui s\u2019y vivent.Elle s\u2019inscrit là dans une tradition bien VOIR PAGE F 2 : DÉSIR O\t[7\t0 ïï] lE '000 James Miranda Barry fut médecin militaire, chirurgien avant-gardiste, inspecteur général des hôpitaux des colonies britanniques dont le Canada et.l'un des plus grands imposteurs de tous les temps.Sylvie Ouellette a trouvé bizarre que ce personnage déterminé, dont les réformes avaient sauvé des milliers de vies, ait été inhumé en 1865 dans un coin reculé d'un cimetière londonien.Elle a voulu savoir pourquoi.Le Secret du docteur Barry Un roman-vérité qui épouse toutes les couleurs de la passion.464 pages / 26,95 $ Cet ouvrage est aussi disponible en version numérique.LES ÉDITIONS ]CL www.jcl.qc.ca Conseil des Arts du Canada Société de développement des entreprises culturelles Québec H H Patrimoine canadien i\tMH\tmÊ m\t\t F 2 LE DEVOIR, LES SAMEDI 12 ET DIMANCHE 13 MAI 2012 LIVRES Congrès de l\u2019Acfas Le livre numérique ne nuit pas (encore) au papier FABIEN DEGLISE L> avènement du livre numé-< rique, avec les liseuses qui l\u2019accompagnent, est-il en train de sonner le glas du bon vieux livre imprimé?Que non, estime un chercheur de l\u2019institut national de la recherche scientifique (INRS) qui constate actuellement une cohabitation harmonieuse des deux formats sur le marché de la lecture.Mais l\u2019arrivée prochaine du livre numérique dit enrichi, avec ses contenus sonores et vidéo liés au texte, pourrait ^ans doute changer la donne.A long terme toutefois.Le livre numérique ne fait pas disparaître les lecteurs du livre sur papier.Stéphane Labbé l\u2019a dit cette semaine à l\u2019occasion d\u2019une conférence livrée dans le cadre du 80® congrès de l\u2019Association francophone pour le savoir (Acfas) qui se tenait à Montréal.«Si vous cherchez les lecteurs de livres numériques, allez dans une librairie, c\u2019est là qu\u2019ils se trouvent, a-t-il lancé.C\u2019est un lecteur hybride qui lit autant sur une liseuse que sur du papier, en fonction de l\u2019offre et du genre littéraire.Et donc, pour le moment, il fait cohabiter les deux univers ensemble.» Au terme d\u2019une revue de littérature exhaustive, M.Labbé est formel.L\u2019adepte du livre numérique est en général un lecteur assidu, de moins de 50 ans avec une éducation supérieure, capable d\u2019acheter trois ou quatre livres sur papier par semaine.«La passion de la lecture est nécessaire pour développer cette lecture en format numérique», dit-il.11 est aussi, dans la francophonie du moins, exposé à un marché encore timide dont la construction est aussi lente qu\u2019incontournable, selon lui.«Les acteurs [de cette industrie] sont généralement sur les freins, mais ils avancent, a-t-il résumé.Ils savent que la numérisation représente autant de bonnes occasions que des risques et savent aussi qu\u2019ils ne vont pas pouvoir éternellement résister au ROBERT MICHAEL AGENCE ERANCE-PRESSE Le livre numérique ne ferait pas disparaître les lecteurs de livres sur papier, estime un chercheur de l\u2019INRS.changement qui se profile.» Actuellement au Québec, le livre numérique représente moins de 1% du marché.Le peu de diversité du catalogue, tout comme le prix élevé de ces formats \u2014 un non-sens pour les lecteurs, dit M.Label \u2014, nuit au développement de ce secteur.N\u2019empéche, l\u2019aventure du livre numérique n\u2019a pour le moment qu\u2019un préambule.Et la suite des chapitres est presque claire : le livre numérique, tel qu\u2019on le connaît aujourd\u2019hui, «ne sera pas le livre de demain».Son format se prépare à être davantage enrichi, dit le chercheur.Comment?Avec des contenus plus dynamiques mettant à contribution le son, l\u2019image et l\u2019animation.«C\u2019est ce qui devrait amorcer le réel déclin du livre imprimé», dans certains segments de marché, précise M.Label, comme celui du livre jeunesse.«Dans ce contexte, le lecteur numérique risque de perdre son hybridation en se concentrant sur un seul format, numérique», prédit M.Label, qui voit, au final, dans cette mutation en cours, des similitudes avec celles qui ont transformé en profondeur l\u2019industrie de la musique.Une industrie que les éditeurs et autres acteurs du bouquin, selon lui, gagneraient d\u2019ailleurs à étudier de près, «pour révéler leur avenir», a-t-il indiqué.Le Devoir DESIR SUITE DE LA PAGE F 1 ancrée dans le monde anglo-saxon, et elle avoue d\u2019ailleurs que des auteurs comme Mary Roach l\u2019inspirent.«J\u2019adore ce genre, dit-elle.Ça ne se lit pas comme un manuel scolaire.Ça éclaire sans être un livre pratique.Ça nous remet en question.Mais c\u2019est tellement de travail et ça ne paie pas !» Ceci expliquant cela, selon elle, dans un marché aussi petit que le Québec, on en publie peu.«Je me suis payé un trip, avoue-t-elle.Celui d\u2019aller à fond dans un sujet.» Après Perdre le nord, publié chez Boréal en 2007, c\u2019est son deuxième ouvrage.2012, l\u2019année Dominique Forget?Après les prestigieux prix Justicia et Judith-Jasmin récoltés en 2011, celle qu\u2019on lit généralement dans L\u2019Actualité ainsi que dans toute une panoplie de magazines est la journaliste à récolter le plus de nominations ^ studiolittéraire ® SERIE DE LA PLACE DES ARTS aux Prix du magazine canadien.Dilemme, cette semaine: elle se demandait auquel, de ce gala torontois ou de celui de l\u2019Association des journalistes indépendants du Québec, qui célèbre le même soir les talents des journalistes d\u2019ici, elle assistera.C\u2019est que l\u2019un et l\u2019autre pourraient honorer son talent.Le Devoir BÉBÉS ILLIMITÉS La procréation assistée.ET SES PETITS Dominique Forget (sous la direction du Dr Jean-François Chicoine) Québec Amérique Montréal, 2012, 256 pages Saint-Exupéry, entre Montréal et New York FREDERIQUE DOYON r Ecrit entre Montréal et Nev^^ York, Le Petit Prince se prépare à célébrer ses 70 ans, en partie dans la métropole québécoise, en 2013.L\u2019éternelle tête blonde continue de faire tourner sa planète à plein régime, entre la découverte de nouveaux manuscrits de Saint-Exupéry, la diffusion d\u2019une série télé, la vente des droits et produits dérivés et la création de projets pour disséminer ses valeurs de partage et d\u2019amour.«C\u2019est probablement quelque chose qu\u2019on va fêter à Montréal, j\u2019y tiens», nous apprend Qlivier D\u2019Agay, petit-neveu de l\u2019auteur et grand patron de la Fondation Saint-Exupéry, de passage à Montréal cette semaine pour voir l\u2019adaptation du Petit Prince par les Grands Ballets canadiens.Avec les partenaires d\u2019ici (Gallimard Québec, Télé-Québec), il souhaite mettre sur pied une exposition retraçant la genèse du Petit Prince, et l\u2019apport québécois à sa création.Un concours pourrait aussi inviter les lecteurs à ressortir leur vieille édition de l\u2019oeuvre.Et, pourquoi pas, une pièce de théâtre.C\u2019est en septembre que le tout sera confirmé, annoncé.D\u2019ici là, la série télé destinée aux enfants qui a vu le jour en décembre reprend l\u2019affiche en juin sur les ondes de Télé-Québec.M.D\u2019Agay vient aussi en jauger l\u2019impact.Car la Fondation a mis le paquet: 28 millions de dollars, recours aux technologies 3D, diffusion planétaire dans 100 pays.«Le Petit Prince est devenu une icône pour défendre des valeurs comme le développement durable, la protection de la planète, rapporte-t-il.On s\u2019est demandé: qu\u2019est-ce qu\u2019il peut faire pour le xxf siècle ?Et c\u2019est pour les enfants qu\u2019il peut faire le plus.C\u2019est une série différente parce que c\u2019est un héros qui véhicule des valeurs très positives.» Venu de l\u2019astéroïde B612, le Petit Prince tente de comprendre le monde au fil de rencontres les plus fantasques \u2014 un renard sage, un roi, un allumeur de réverbères, etc.\u2014, qu\u2019il raconte à fauteur-narrateur.Publié en 1943, le livre pour enfants destiné aux adultes est aujourd\u2019hui le plus traduit au monde après la Bible \u2014 260 langues et dialectes.Le roman a été adapté dans toutes les formes artistiques, au petit comme au grand écran, sur les planches comme en bédé, parce qu\u2019il est très «universel», estime M.D\u2019Agay, qui se réjouit qu\u2019un ballet contemporain, lui aussi uni- ERANCOIS GUILLOT AGENCE ERANCE-PRESSE Le petit-neveu d\u2019Antoine de Saint-Exupéry, Olivier D\u2019Agay, pose à côté de l\u2019effigie en cire du Petit Prince au musée Grévin à Paris.versel, se l\u2019approprie après quelques relectures plus classiques.Si Gallimard gère les droits d\u2019auteur, la Fondation veille au «droit moral» afin que le traitement artistique reflète l\u2019esprit de l\u2019oeuvre et, ici, du personnage.Le 16 mai, une trentaine de manuscrits de l\u2019auteur français seront mis aux enchères chez Artcurial.«Ç\u2019est très important, il y en a à peu près pour un million d\u2019euros», explique le dirigeant de la Fondation, qui compte acheter une lettre de Saint-Exupéry à son traducteur Lewis Galantière.Deux pages inédites du Petit Prince en font partie, où le petit garçon rencontre «un ambassadeur de l\u2019esprit» très occupé, comme le businessman, à chercher un pnot de six lettres synonyme de «gargarisme».Épisode inédit, mais qui relève encore la futilité des actions humaines.Le Devoir ANNIK MH DE CARUEEL LE DEVOIR L\u2019œuvre la plus connue de Saint-Exupéry a été librement adaptée par les Grands Ballets canadiens et est présentée depuis la semaine dernière au théâtre Maisonneuve de la Place des Arts.KATHLEEN FORTIN LIT NANCY HUSTON U MAI 19 h 30 I Cinq uième Salle Que ce soit dans Belles-sœurs, L'Opéra de quat'sous ou Les Misérables, Kathleen Fortin a su émouvoir des milliers de spectateurs.Dans un cadre plus intimiste, la talentueuse actrice prête sa voix à la grande romancière qu\u2019est Nancy Huston.Une série élaborée par Michelle Corbeil et LouArteau Une coproduction des Capteurs de mots et de la Place des Arts Conseil des arts et des lettres\t_____ ^ I ES ES Quebec es es laplacedesarts.com 514 842 2112/1 866 842 2112 «MAGNIFIQUES^ The New York Times « Une ode passionnée à la joie de la découverte » The Times (Londres) « Une histoire enlevée et divertissante » Publishers Weekly Eric Siblin Les Suites ^ pour violoncelle'seul PREMIER ROMAN DU GRAND JOURNALISTE OUÉBÉCOIS Michel Arseneault |r 5i quête d\u2019un ehpf-TKrFTFFTP 1-il.baroque Prix Mavis-Gallant McAuslan First Book Prize Livre de l\u2019année 2010 The Economist «Un magnifique ouvrage» sur l\u2019œuvre de Bach The New York Times 376 pages \u2022 29,95$ \u2022 Récit documentaire F I D E S Michel Arseneault F-.j f.DEPARTE ROLLE de l\u2019Eeuip^ d,.appanmanr eu Skuc du Si«jr LE DEVOIR, LES SAMEDI 12 ET DIMANCHE IS MAI 2012 F 3 LITTERATURE L\u2019extrême intensité de Coup de tête Danielle Laurin Cm était il y a tout juste ^ cinq ans.Un nouveau joueur débarquait dans le monde de l\u2019édition québécoise, avec l\u2019intention de brasser la cage.«Faut que ça déménage, faut que ça rock, faut que ça arrache», clamait dans nos pages le fondateur de Coups de tête, Michel Vézina.Pari tenu ?On a eu droit à tout.ou presque.Des romans d\u2019aventures, de pirates, d\u2019anticipation.De la science-fiction, du polar, beaucoup.Du sanglant, du violent.Du pur gothique, par bouts.Du noir et encore du noir, surtout.Jamais de rose bonbon, ça non.On a eu droit à du Patrick Se-nécal, à du Nelly Arcan, à du François Barcelo, et même à du Stéphane Dompierre.On a découvert de jeunes auteurs.Et on a vite compris que certains écrivains devenaient accros, tels Alain Ulysse Tremblay et Laurent Chabin, qui ont trouvé dans cette maison chaussure à leur pied.pour ne pas dire qu\u2019ils ont pris leur pied.On n\u2019a pas tout aimé.On n\u2019a pas tout lu non plus : 54 titres en tout.On s\u2019est senti loin de nos propres souliers souvent.On en a perdu notre tuque, notre latin, nos repères.Se faire brasser la cage, d\u2019accord, mais à ce point-là?Pourquoi?La série Élise Que ça déménage, que ça rock, que ça arrache, on veut bien, mais pour aller où, vers quoi ?On s\u2019est plus d\u2019une fois posé la question: à qui ça s\u2019adresse ?On a refermé plus d\u2019un livre en se disant : pas à moi.Mais on lève notre chapeau.Pari tenu, oui.Parce que la diversité, malgré tout.Parce que l\u2019originalité.Parce que la ténacité.Parce que la volonté de faire les choses différemment.Parce que le refus de la facilité.Parce que Michel Vézina.C\u2019est lui qui, comme auteur, a inauguré en 2007, çhez Coups de tête, la série Élise, saga d\u2019anticipation qui voit son huitième titre paraître ces jours-ci.De fil en aiguille, d\u2019autres auteurs ont pris le relais, à tour de rôle, s\u2019appropriant les mêmes personnages, créant de nouveaux protagonistes.Et c\u2019est à cinq qu\u2019ils signent aujourd\u2019hui Les derniers vivants, sur fond de fin du monde.Ce projet en lui-même, fou, démesuré, éclaté, rend compte du réservoir de créativité et de liberté que représente Coups de tête dans le paysage littéraire québécois aujourd\u2019hui.JULIE GAUTHIER Michel Vézina a publié ses premières nouvelles, qu\u2019il a terminées de peine et de misère, à l\u2019âge de 30 ans.On sent la ferveur derrière, le désir de faire, de bâtir, de créer, hors des sentiers battus.On sent une réelle volonté de rassembler des écrivains dans un espace ouvert sur le possible.Oui, c\u2019est ça, on sent que tout est possible avec Coups de tête.Avec Michel Vézina.Et ça fait du bien.Comment dire?Si, concrètement, je n\u2019adhère pas toujours aux choix de l\u2019éditeur sur papier C\u2019est l\u2019histoire d\u2019un gars né en 1960 à Rimouski, qui a toujours voulu devenir écrivain et qui a tout fait pour ne pas y arriver.Pendant longtemps.(question de goût?parce que dans bien des cas les livres qu\u2019il publie ne s\u2019adressent pas à moi?mais combien de fois j\u2019ai été happée par un ouvrage dont je n\u2019attendais rien, en apparence très loin de moi?), je salue sa façon de faire, sa vision, sa quête, sa poigne, son audace.Voilà.Autobiographie Et voilà que je tombe sur son autobiographie littéraire.Attraper un dindon sauvage au lasso, parue il y a quelques semaines dans la collection «Ecrire» des éditions Trois-Pistoles et dont mon collègue du Devoir Michel Lapierre vous a déjà dit tout le bien qu\u2019il pensait.Et voilà que je ne peux m\u2019empêcher de vous en parler à mon tour.D\u2019abord parce que, tout simplement, ce livre permet de comprendre la genèse de la série Elise en particulier et de Coups de tête en général.Surtout parce qu\u2019il permet de comprendre de l\u2019intérieur la naissance de l\u2019écrivain, Michel Vézina, de suivre son parcours.Et que ça donne un road-movie en soi, un roman d\u2019aventures pas possibles, dans la marge absolument.C\u2019est plein d\u2019alcool, de pot, de coke.De sexe à la va-vite.Plein de voyages, d\u2019errements, d\u2019échecs.Plein de livres.De théâtre, de cirque, de musique, de cinéma.Plein de rencontres, d\u2019amis.Plein de désir.Désir de mourir.Désir d\u2019écrire, par-dessous tout.C\u2019est l\u2019histoire d\u2019un gars né en 1960 à Rimouski, d\u2019une mère amoureuse de la littérature et d\u2019un père boulimique de journaux, qui a toujours voulu devenir écrivain et qui a tout fait pour ne pas y arriver.Pendant longtemps.C\u2019est l\u2019histoire d\u2019un noceur et d\u2019un bourreau de travail.Mais le noceur a longtemps pris le pas sur le bourreau.Il en a mis du temps, Michel Vézina, avant de s\u2019y mettre vraiment.Avant de comprendre, d\u2019accepter que l\u2019écriture est un travail.Un travail de ratures, de recommencements, de réécriture.C\u2019est ce qu\u2019il raconte dans ce livre.Avec fougue.Avec force.Le ratage revient souvent.L\u2019échec.Le cul-de-sac.Il tourne en rond, il n\u2019a pas un rond.Il n\u2019arrive à rien, ne parvient à rien faire qui vaille de sa vie.Il retarde indéfiniment le moment de s\u2019y mettre, de se mettre à écrire pour de vrai, pour de bon.Il publie ses premières nouvelles, qu\u2019il a terminées de peine et de misère, à l\u2019âge de 30 ans.Jusque-là: «Depuis l\u2019âge de 19 ans, je révais, je fabulais, je poétisais tout, mais je n\u2019avais pas une ligne potable à faire lire.Que des bouts, des bribes, des carnets remplis d\u2019élucubrations inintéressantes.» Deux ans plus tard, son deuxième recueil voit le jour.Mais à 35 ans, le mur, de nouveau: «J\u2019ai des idées, des envies, mais je n\u2019ai pas encore compris que pour écrire, il faut écrire.» Puis, à 45 ans, il publie enfin son premier roman.Asphalte et vodka.Depuis, ça n\u2019arrête pas.«Reste peut-être le style, comme disait Céline.En ai-je un ?Je ne sais pas.J\u2019écris pour m\u2019en créer un.» Ce qui est sûr: «J\u2019écris comme je parle, sans m\u2019arrêter, sans respirer pour rien, je déteste respirer.» C\u2019est l\u2019histoire d\u2019un gars hanté par l\u2019écriture, hanté par la morf aussi.On découvre, entre autres, les dessous de son roman La machine à orgueil, où plane l\u2019ombre de son ami André Fortin.Qui s\u2019est suicidé le jour où Michel Vézina célébrait ses 40 ans.On comprend pourquoi il a décidé de lui survivre à ce moment-là, pourquoi il a décidé de vivre.Pour écrire.La mort, le désir de mort a toujours été là.Dans sa jeune vingtaine, quand il est débarqué à New York: «C\u2019était la mort que je cherchais déjà.Je le sais aujourd\u2019hui.Me faire descendre, m\u2019overdoser, me pogner un sida dont le nom n\u2019existait pas encore, mais qui commençait à tuer, déjà.» Encore aujourd\u2019hui, la mort est là: «Souvent, les gens me reprochent mon extrême intensité.En écrivant ces lignes, je réalise que c\u2019est peut-être parce que je suis toujours prêt à mourir.Tout ce que je fais, f essaie de le faire comme si la mort me guettait au tournant.» Attraper un dindon sauvage au lasso est un livre intense, d\u2019une extrême intensité, oui.Généreux, expansif, excessif.Et entier.C\u2019est un livre qui sue, qui suinte, qui bave, qui déborde, qui vibre, qui crie, qui crache et qui cherche, et qui fouille.Qui sort des tripes.Ça déménage, ça rock, ça arrache, d\u2019accord.Mais pour vrai.Pas gratuitement.On ne se demande pas pourquoi.On ne se demande pas où on va, on fonce.Madeleine Ouellette-Michalska au pays des mots SUZANNE GIGUERE Madeleine Ouellette-Michalska fait partie des écrivaines qui connaissent la vulnérabilité du moi.Dans ce qui ressemble à une sorte de recherche psychanalytique, La parlante d\u2019outre-mer est une exploration de l\u2019intime et des douleurs affectives d\u2019une professeure d\u2019université qui voit venir la retraite avec appréhension.On ne peut rester insensible à cette voix souf frante et tenace pour qui la sensualité est aussi importante que la pensée.Edith enseigne la philologie à l\u2019Université de Montréal.Son royaume, c\u2019est le Moyen Âge et l\u2019ancien français.Diplômée de la Sorbonne, elle fait partie de ces «grands parleurs d\u2019outre-mer, figures totémiques de bon parler français».Ses étudiants l\u2019ont surnommée «la parlante d\u2019outre-m,er» pour son agilité verbale.À cinquante-huit ans, Edith est une femme seule.«Recalée au concours de l\u2019amour» dès l\u2019enfance, elle s\u2019est toujours sentie de nulle part.Elle a choisi le monde du savoir et des idées.«Ses étudiants lui tiendraient lieu de famille, sa profession d\u2019espace où s\u2019enraciner.Grâce au savoir.elle échapperait à l\u2019ennui, à la détresse, à l\u2019isolement».Or, voilà qu\u2019aujourd\u2019hui elle a peur d\u2019être emportée par le «tsunami gris» qui la plongera dans la solitude et l\u2019abandon.Cette peur refoulée à l\u2019intérieur d\u2019un corps qui a soif de rapports fusionnels donne lieu à un certain nombre d\u2019expériences.Edith noue une relation trouble et conflictuelle avec un de ses étudiants.Sous le couvert d\u2019une défiance générationnelle, une lutte s\u2019engage entre passé et avenir, tradition et modernité, audace et conformisme.Miroir de notre époque, le roman revient sur le Québec effervescent des années 1970, quand les Québécois se passionnaient pour un idéal, un projet commun, puis, sur sa mutation avec le renversement des rôles sociaux et sexuels, une jeunesse qui migre de plus en plus dans le monde virtuel et une société qui entre dans une phase de mixité «à laquelle personne ne peut échapper».Vers la fin du roman, l\u2019irruption d\u2019un professeur,de linguistique dans la vie d\u2019Edith viendra chambouler son existence.Alors qu\u2019elle n\u2019a jamais su s\u2019aimer elle-même suffisamment, saura-t-il l\u2019aider à se défaire de ses fantômes et de ses deuils ?Pendant que monte le Concerto pour violoncelle de Schumann, on se souvient que Madeleine Ouellette-Michalska a consacré toute sa vie à la littérature et que son véritable pays a toujours été celui des mots.D\u2019une écriture limpide et élégante, entre autofiction et dévoilement de soi, La parlante d\u2019outre-mer fait la part belle aux mots «gorgés de saveurs et de savoirs» en convoquant la puissance incantatoire du langage littéraire pour trouver une manière neuve d\u2019exprimer le désir féminin, la détresse psychologique, le rêve et le mystère infini de l\u2019amour.La dimension féministe occupe dans La parlante d\u2019outre-mer une place à la fois éminente et originale.Collaboratrice Le Devoir LA PARLANTE D\u2019OUTRE-MER Madeleine Ouellette-Michalska XYZ éditeur, coll.«Romanichels» Montréal, 2012, 170 pages ACHAT A DOMICILE - VENTE - EVALUATION B' Bonheur d'occasion Librairie Mathieu Bertrand, Libraire Membre de la Ligue irrternationale de la Librairie Ancienne (LIU^ 514-914-2142 ACHETONS EN TOUT TEMPS : Art québécois et international Livres d'art et livres d'artiste : \u2022\tBellefleur, Borduas, Perron, Gagnon, Giguère, Lemieux, Riopelle.\u2022\tÉditions : Art Global, Corbeil, Du Silence, Erta, La Frégate.Refus Global, le Vierge incendié Reliures d'art Fonds universitaires : \u2022\tLittérature, Philosophie, Sciences humaines \u2022\tPléiade Livres anciens avant 1800 Americana et Canadiana Expertise de documents et d'archives L\u2019aujourd\u2019hui et l\u2019hier GILLES ARCHAMBAULT Il existe en littérature des écrivains dont les tirages modestes cachent l\u2019importance.En réalité, ces auteurs sont davantage lus que bien des célébrités des lettres dont les parutions, fréquentes ou non, ne sont commentées que parce qu\u2019elles participent au jeu littéraire à la façon de vedettes de la chanson ou de la politique.Pierre Bergounioux s\u2019est fait la spécialité de publier de petits livres à tirage souvent limité sur des sujets divers qui vont de Faulkner à l\u2019histoire de sa Corrèze natale en passant par la grammaire et le culte des objets.Deux de ses titres.Miette et La mort de Brune, parus il y a un peu plus de quinze ans, ont attiré l\u2019attention de la critique.Bergounioux n\u2019est pas un écrivain que l\u2019on aime aisément Entendez par là qu\u2019il ne cherche pas à plaire à tout prix.Il ne multiplie pas les grâces.Il est volontiers austère et serait porté à s\u2019interdire les ronds de jambe dont les acheteurs de best-sellers sont friands.Personne ne viendra à bout de ce Carnet de notes qui relate presque au jour le jour ce qui est advenu dans la vie de l\u2019auteur de 2001 à 2010 à moins d\u2019être un familier de son univers.On peut être réfractaire au compte rendu factuel des événements survenus au quotidien.Le lecteur impatient peut trouver à redire de ce que l\u2019auteur nous donne fidèlement l\u2019heure de son lever, fasse état des tâches à effectuer.Ce n\u2019est pas mon cas.J\u2019ai lu et adoré les tranches précédentes de ces Carnets.Tout est une question de tolérance.En amour comme en amitié, il faut laisser une place aux redites.La littérature ne fait pas exception.Je serais même porté à croire qu\u2019aimer un écrivain, et ses livres, c\u2019est accepter d\u2019être entièrement de son monde.Bien évidemment, si on persiste dans une lecture exigeante, c\u2019est qu\u2019on y trouve son compte.On connaît la mère de l\u2019auteur depuis vingt ans, on sait l\u2019importance de Cathy, sa femme.Ses deux fils, que l\u2019on a vu grandir, sont maintenant des adultes.Petit à pefiL on a compris que l\u2019entreprise des carnets en est une d\u2019écriture au même titre que les romans, nouvelles ou courts textes de cet auteur à la fois bavard et secret.C\u2019est peu dire en tout cas que d\u2019avancer qu\u2019il est un travailleur acharné, considérant que le temps n\u2019est jamais à perdre.Conscient d\u2019être issu d\u2019un milieu sans culture livresque, il n\u2019aura jamais de cesse qu\u2019il n\u2019ait donné une voix à des gens qui rien ont pas eu.Si l\u2019enseignement a fini par le dégoûter, ce n\u2019est qu\u2019à cause des conditions au milieu desquelles il a dû le dispenser.Il vitupère l\u2019inculture générale, la bêtise ambiante.Lecteur acharné d\u2019ouvrages spécialisés dans tous les domaines de l\u2019activité humaine, participant à des colloques de tous ordres, acceptant les invitations de la radio et de la télévision dans les sphères d\u2019intérêt qui sont les siens, il trouve le temps d\u2019être un sculpteur dont les oeuvres sont recherchées.L\u2019empreinte de la mort est partout présente dans ces pages.En même temps qu\u2019il se livre à une activité intellectuelle intense, qu\u2019il se consacre à son travail de sculpteur, Bergounioux écrit que «toute chose se dessine à la lumière neuve, glacée de la soixantaine.Exister n\u2019en vaut pas la peine.Le détour par la vie aurait pu m\u2019être avantageusement épargné».Devant l\u2019accumulation des objets, il prend la décision de «transférer des livres dans des cartons.Il m\u2019est venu une impatience de faire place nette.Je songe à la mort, continuellement, et voudrais épargner aux vivants le triste soin de trier».En date du 15 décembre 2001, cette notation: «Vingt et un ans, aujourd\u2019hui, que j\u2019ai pris le parti de fixer la teneur de mes jours, de peur que l\u2019oubli emporte tout et qu\u2019à l\u2019instant de finir ce soit comme si je n\u2019avais pas été.» On ne porterait qu\u2019une attention limitée à ces aveux de détresse s\u2019ils n\u2019étaient tamisés par un amour de la vie et des êtres.La santé de plus en plus précaire de sa mère, les rappels de moments heureux qui remontent à l\u2019enfance, la figure de la femme aimée, ce sont pour Bergounioux des occasions de saluer la vie.Je ne cherche pas à le cacher, ce livre est pour moi essentiel Collaborateur Le Devoir CARNET DE NOTES 2001-2010 Pierre Bergounioux Verdier Paris, 2012, 1263 pages T) lî^Gospard-LE DEVOIR JTalmarès\t\t \u2014\tDu 30 avril au 6 mai 2012\t \t\t Romans québécois\t\t 1 Au bord de la rivièie * Tome 3 Xavier\tMichel David/Hurtubise\t1/2 2 Les héritiers d'EnIddiev* Tome 5 Abussos\tAnne Robillanl/Wellan\t3/2 3 Mémoires d'un quartier \u2022 Tome H Bernadette, la suite Louise Tremblav-D'Essiambre/Guv Saht-Jean 2/4\t\t 4 Lit double\tJanette Bertrand/Ubre Expression\t4/2 5 ibit&'face et malaises\tRafaêle Germain/Ubre Expression\t5/7 6 Félicité \u2022 Tome 2 La qrande ville\tJean-Pierre Chailand/Hurtubise\t6/5 7 Uinglais\tDenise Bombardier/Robert Laffont\t7/6 8 Gaby Bemier \u2022 Tome 119U9-1927\tPauline Gill/Québec Amérique\t8/7 9 Petals' pub\tArlette Cousture/Ubre Expression\t1D/15 10 Au bord de la rivièie * Tome 2 Camille\tMichel David/Hurtubise\t-/I Romans étrangers\t\t 17 ans après.\tGuillaume Musso/XO\t1/4 2 Si c'était à refaire\tMam Levy/Robert Laffont\t2/2 3 La liste de mes envies\tGrégoire Delacourt/Lattès\t7/2 4 Les dix enfants que madame Ming n'a jamais eus\tÉric-Emmanuel Schmitt/Albin Michel\t3/2 5 Private Londres\tJames Patterson I Mark Sullivan/Archipel 5/2\t 6 Nuit noire, étoiles mortes\tStephen King/Albin Michel\t4/6 7 Les lumières de septembre\tCarlos Ruiz Zafdn/Robert Laffont\t6/4 8 Froid d'enfer\tRichard Castle/Citv\t9/1D 9 Le poids des mensonges\tPatricia J.MacDonald/Albin Michel\t-/I 10 Hôtel Adlon\tPhilip Kerr/Du Masque\t8/15 \"?Essais québécois\t\t 1 La soif de bonheur\tCollectif/Bayant\t-/I 2 Desmarais.La Dépossession tianguille\tRichard Le Hir/Michel Brûlé\t1/4 3 Cétait au temps des mammouths laineux\tSerge Bouchanl/Boréal\t2/13 4 Comment mettre la droite K.D.en 15 arguments\tJean-François Lisée/Alain Stanké\t4/15 5 Cart presque perdu de ne rien faire\tDany Laferriêre/Boréal\t5/22 6 Létat du Québec 2012\tCollectif/Boréal\t-/I 7 Fin de cvcla Aux origines du malaise politigue québécois Mathieu Bock-CSté/Boréal\t\t3/11 8 LÉtat contre les jeunes.Comment les baby-boomers.\t.Éric Duhaime/VLB\t6/15 9 Université inc.Des mythes sur la hausse des frais.\tEric Martin I Maxime Ouellet/Lux\t-/I 10 Les taupes frénétiques\tJean-Jacques Pelletier/Hurtubise\t9/6 \"?Essais étrangers\t\t 1 Destniction massive.Géopolitique de la faim\tJean Ziegler/Seuil\t1/5 2 Lempire de l'illusion\tChris Hedges/Lux\t2/5 3 Vivez ! Entretiens avec Edouard de Hennezel.\tStéphane Hessel/Camets Nord\t-/I 4 Petit cours d'aubdélense en économia Labc du capitalisme Jim Stanford/Lux\t\t1D/2B 5 Indignezvous! (Édition revue et augmentée)\tStéphane Hessel/lndigène\t3/12 6 Cart de ne pas être un égoïste\tRichani David Precht/Belfbnd\t-/I 7 Les ennemis intimes de la démocratie\tTzvetan Todomv/Robert Laffont 1 Versilic\t1\t-/I 8 Une histoire populaire de l'humanité\tChris Harman/Boréal\t5/14 9 Contre libertaire.La vie philosophique d'Albert Camus Michel Onftav/Flammarion\t\t4/9 10 Humain.Une enquête philosophique sur ces révolutions.Monique AUan | Roger-Pol Droit/Flammarion 7/2 4487, de la Roche, Montréal \u2022 514 522-8848 \u2022 1 888 522-8848 bonheurdoccasionObelInet.ca \u2022 www.abebooks.fr/vendeur/bonheurdoccasion sur les ventes de livies fiangais au Canada.Ce pdmaiês est extrait de SssdiS et est constitué des relevés de caisse de 177 points de vente.La BIIF reçoit un soutien financier de Patrimoine canadien pour le projet Sssfsri.© BIIF, toute reproduction totale ou partielle est interdita F 4 LE DEVOIR LES SAMEDI 12 ET DIMANCHE IS MAI 2012 LITTERATURE Ceci n\u2019est pas un récit de voyage Louis Hamelin Ainsi, nous allons construire, et financer à même le Trésor public, une ligne de transport électrique de 165 kilomètres, à un coût qui dépassera probablement le million de dollars du kilomètre, pour desservir une seule compagnie privée et l\u2019aider à extraire du sol, «pendant au moins une décennie», cette richesse collective si prisée à Chibougamau et à Mingan : des diamants, à être expédiés bruts en Belgique et taillés en Thaïlande et en Inde (Le Devoir, 9 mai).Encore quelques centaines d\u2019intéressants jobs de camionneurs pour les Québécois.Chers étudiants, vous voyez bien que le gouvernement Charest se préoccupe de votre avenir et qu\u2019il sait trouver des débouchés, non seulement pour les fonds publics refusés à l\u2019éducation, mais aussi pour l\u2019électricité qui sera produite à perte à la Romaine! Comme tout se tient! Et ce n\u2019est pas en lisant mon cher Sepulveda que je vais m\u2019évader si facilement de l\u2019abêtissante réalité québécoise.Sa Patagonie possède de trop limpides airs de parenté avec notre Grand Nord, celui de Duplessis et de Charest.Lorsque Luis Sepulveda et son ami photographe Daniel Mordzinski expriment le désir de monter à bord du mythique Patagonia Express, pour parcourir, tirés par une authentique locomotive à vapeur, le tronçon de 350 kilomètres ayant survécu «aux privatisations et à la mort des chemins de fer argentins», ils se font répondre que c\u2019est impossible puisque le train a été «chartérisé».Un peu plus tard, un quatuor de Texans en état avancé d\u2019embonpoint {«quatre représentants de la beauté physique texane», écrit Sepulveda), «habillés comme pour un safari dans la savane africaine», et leur servile chauffeur-interprète cubain jaillissent d\u2019un luxueux et clinquant véhicule tout-terrain pour prendre d\u2019assaut la petite gare.Des nostalgiques du bon vieux cheval de fer.«Peu leur importait que les habitants dEl Maiten, Esquel, Nor- .g SALOM PLAN NORD I SAlSlBlfSÛCC^i^5 MAXIMft6KLE5RETOfrtBeE$ i M U.n JACQUES NADEAU LE DEVOIR Avec les projets routiers du Plan Nord, les Québécois auront d\u2019intéressantes perspectives d\u2019emploi comme camionneurs.quinco et Leleque soient privés de leur seul moyen de transport.Don Dinero, le fric, est un maître puissant Un train était confisqué par le pouvoir d\u2019achat de quelques oisijs avec la complicité du fonctionnaire corrompu venu de Buenos Aires pour déterminer la «non-rentabilité» du vieux chemin de fer.» Avatar prévisible du tourisme friqué: faites l\u2019acquisition des inlfastructures locales: j\u2019ai tellement aimé le pays que je l\u2019ai acheté ! «Pour définir la capacité des armes, écrit, ailleurs dans ce livre, le romancier d\u2019origine chilienne, on parle de pouvoir de destruction.Pour définir la capacité de destruction de certains hommes, il faut parler de pouvoir d\u2019achat.» Acheter un pays, le vendre, est-ce donc si impensable à l\u2019heure où les puissants en quête de villégiature tranquille dans les campagnes du village globalisé lorgnent, comme Ted Turner et Sylvester Stallone, la Patagonie ?Où les frères Benetton peuvent y mettre la patte sur 900000 hectares, l\u2019équivalent de près d\u2019un million de terrains de soccer?«Ils y ont apporté les clôtures en fil de fer barbelé, empéché la transhumance des Vendre un pays est donc tout à fait possible, comme nous sommes bien placés, au Québec, pour le savoir gauchos et des rares espèces sauvages encore existantes, imposé des bornes absurdes dans une région où le ciel et la terre sont les seules limites.» 11 arrive aussi à ces beautiful people de se découvrir une âme d\u2019écolos caviar opposés à des projets hydroélectriques, mais ça, c\u2019est une autre histoire.Vendre un pays est donc tout à fait possible, comme nous sommes bien placés, au Québec, pour le savoir, mais l\u2019Argentine, terre australe de toutes les débâcles, a caressé un prqjet encore plus audacieux : le donner ! A la date du 5 mars 2003, comme le révélait à l\u2019époque un article du Nouvel Observateur, «le gouvernement argentin étudiait la possibilité de donner la Patagonie aux Etats-Unis en échange de l\u2019annulation de l\u2019énorme dette contractée auprès du Eonds monétaire internatio-Qn parle ici d\u2019un territoire d\u2019environ un nal >¦ million de kilomètres carrés, où vivent deux millions de personnes et dont la plus grande partie appartient à l\u2019Argentine.Plus de fierté nationale qui tienne devant la logique des banques, comme le savent bien les Grecs, dont on se demande bien ce qu\u2019ils attendent pour fourguer l\u2019Acropole et le Parthénon à Disney.Bref, le projet de démembrement national argentin créa un certain émoi dans la pampa, en particulier chez les agriculteurs, les éleveurs et les écologistes, de cette même race d\u2019empêcheurs de développer en ronron qui chez nous se heurte à l\u2019industrie du gaz de schiste et à la liberté fondamentale de forer jusqu\u2019au marché chinois \u2014 ce grand acheteur de fer et de potion fortifiante concoctée avec les carcasses des derniers tigres de Sibérie braconnés au fusil de chasse dans la Russie économiquement normalisée de Poutine \u2014, minant la seule terre que nous avons sous les pieds.«Il arrive parfois, écrit Sepulveda, que l\u2019excès de soumission face aux puissants déclenche les mécanismes de résistance qui donnent sa dignité à l\u2019espèce humaine.» Et c\u2019est ce que j\u2019aime de lui, de Luis, ce qui me le rend si indispensable: l\u2019esprit de résistance qui court à travers toute son œuvre.Recueillir, le long du chemin, les histoires de ces «derniers humains» qui sortent tout droit de la chanson de Desjardins, raconter ces cheminots, des «hommes qui manifestaient la plus saine des fiertés, celle du travail bien fait, celle d\u2019étre partie intégrante d\u2019un conglomérat nécessaire, la fierté de classe tout simplement», leur instinctive solidarité, la chaleur du vin et de la viande grillée partagés avec des voyageurs chez qui ils ont reconnu une étincelle de leur propre feu, et leurs impertinences à la face des nouveaux conquistadores en kaki de Dallas, est pour lui un acte politique aussi bien que littéraire.Rares sont les livres de voyage aussi engagés, et celui-ci n\u2019est clairement pas destiné à appâter les habituels autocars bourrés de retraités.«[.] partout où nous allions, on nous disait que tout changeait très rapidement, et pas dans le bon sens.[.] Des choses disparaissaient, des faits qui jusque-là avaient existé naturellement, comme une partie indiscutable de la vie et qui, soudain, n\u2019étaient plus là.» Qn serait tenté de croire qu\u2019il est dans la nature même de la littérature de cultiver une certaine nostalgie.Mais si c\u2019était, dans sa course en avant, le monde avec ses «usurpateurs avides de terres» qui se condamnait à un éternel retour en arrière?DERNIÈRES NOUVELLES DU SUD Luis Sepulveda et Daniel Mordzinski Traduit de l\u2019espagnol par Bertille Hausberg Métailié Paris, 2012,190 pages POESIE À portée de voix HUGUES CORRIVEAU Guy Cloutier, l\u2019infatigable animateur des Poètes de l\u2019Amérique française, le poète voyageur, fait paraître Un lent soulèvement, qui fait du cœur un lieu transitoire.On va là sur la pointe des sons, comme on dit sur la pointe des pieds, sans brusquerie, dans la fragile douceur de l\u2019heure mitoyenne, celle qui sépare les jours ou les saisons.Une pianiste joue.Tout se joue.Lau-renzaccio parle tout bas du « cœur navré de joie ».Nous sommes dans la première partie du recueil.En état d\u2019alerte, écoutant, osant la tranquille tension qui nous maintient à découvert.11 faut «le cœur à vue sur le clavier /[.] décider de ce qui chante» ; il faut retenir, toujours, que «chaque phrase est un acte» afin de poursuivre sa propre survie.Pas très loin du chant triste, en seconde partie, le portrait d\u2019un auteur qui essaie de se désembourber de ses «Nuits or- Normand de Bellefcuillc Mon ènil ' Un lent soulèvement Les dieux divisibles De ma main brûlée tJinoniiiuNoroit Editions du Mon bruit, Normand de Bellefeuille Un lent soulèvement, Guy Cloutier Les dieux divisibles, Odile-Marie Tremblay De ma main brûlée, Emmanuelle Caron Noroît Nouveautés www.lenoroit.cam «UNE VOIX INEDITE DANS LE MONDE DU POLAR The Gazette Herald WILLIAM RYAN L\u2019Ukr.in.ff.mé.par St.Iinr d.virnt U décor d\u2019un suicide suspect.et dangereux.FILM NDIR III lESSH ?Une enquête de l'inspecteur ICOROLEV ?« Korolev est un personnage merveilleux [.] L'intrigue est serrée, l\u2019action est généreuse, et la façon dont Ryan utilise les détails historiques rend la lecture exaltante.» American Library Association Flammarion Flammarion www.flammarion.qc.ca EN SAVOIR PLUS phelines».«On l\u2019a vu», dit le premier vers de chaque poème.Qn l\u2019a vu dans un café, devant une fenêtre d\u2019hiver, perpétuant l\u2019image consensuelle du poète écrivant, misanthrope un peu, un peu grognasson.Haendel lent en fond de scène, le carnet d\u2019écriture écorné, voici un poète perdu «parmi les sans ego», «saturé de lui-méme».Il dérive, l\u2019âme à vif, romantique et esseulé; «en sourdine une pavane d\u2019Eric Champagne / pour une époque sans mémoire» l\u2019accompagne.«Son regard sur le monde / a quelque chose d\u2019une fugue» qui frôlerait des peaux divagantes à l\u2019image des très beaux dessins de Pierre Pardon qui illustrent ce recueil.Tourments et cataractes Jean-Marc Desgent n\u2019a cure des musiques alanguissantes et des repos inspirés.Un maelstrom déferle, le monde se casse en morceaux, les bruits brisent l\u2019âme, et la constatation iridescente s\u2019impose: Qu\u2019importe maintenant.Le poète n\u2019a pas la plume joyeuse ni l\u2019espoir enchanté.Le poète est habité de cauchemars et de troubles vérités, est hanté par des enfances et des mères et des pères et des souffrances: le voici porteur d\u2019une affliction poisseuse mais aussi d\u2019une furieuse envie de révolte jusqu\u2019à « faire rendre le cœur », organe androgyne «dans la pure lumière de mourir».Ce recueil avoue, et répète plusieurs fois, une perte de repères, une instabilité qui donne le tournis.«On ne peut pas être plus défiguré, me voici », dit-il, offert, christique, écorché.Le désespoir d\u2019après les hécatombes, l\u2019après-der-nier jour du monde, peut-être, fracassé le monde, détruit.Et pourtant, là, dans nos mains, «déjà le beau risque du livre», la parole insensée mais com- mise, le poème contre le désastre,
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