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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


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  • Montréal :Le devoir,1910-
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Cahier F
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  • Journaux
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quotidien
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Le devoir, 2012-05-19, Collections de BAnQ.

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[" Archambault plongé dans Tœuvre de Joyce Carol Oates Page f 4 La philosophie occidentale racontée par Bertrand Russell Page F 7 LIVRES CAHIER F .LE DEVOIR LES SAMEDI 19 ET DIMANCHE 20 MAI 2012 V ' * *\t\u2019QJ >;s 'IM.'Y'.' .V' ¦ .SI >.S, R\u2018 '\u2022 ' A%i t ' \u2019 \u2018 V' \\\t' M ' r\" 'l\\ \\ 'i 1 \u2022'!\t0 ivss '' S' .Une vedette du polar dans les Cantons^e-l\u2019Est L\u2019auteur britannique R.J.Ellory participe ce week-end au premier festival Printemps meurtriers de Knowlton \\ï1 MICHEL BELAIR CA est bien la meilleure façon de lan-X cer un nouveau festival international de littérature policière : y mettre en vedette un auteur fétiche.et, pourquoi pas, deux ou trois autres dans la même foulée.La toute première édition des Printemps meurtriers de Knowlton a donc mis le paquet en invitant le célèbre R.J.Ellory.Comme son diffuseur québécois vient de lancer il y a quelques semaines son plus récent livre en français.Les anges de New York, et que dans l\u2019ouest de la ville son tout nouveau Bad Signs arrive dans les bookstores, comme disent les Français, le prolifique auteur a passé quelques heures à Montréal.où nous l\u2019avons rencontré à la sortie d\u2019une signature de livres dans une librairie du centre-ville.«Je suis PEDRO RUIZ LE DEVOIR Inspiré par les icônes de la culture américaine, le Britannique R.J.Ellory s\u2019est imposé comme le nouveau maître du polar.« J\u2019aime écrire, c\u2019est un besoin, une passion ; si vous le demandez, je dirai que je pense que la création est l\u2019avenir du monde » Sans plan Rappelons d\u2019abord que Roger Jon Ellory est apparu brusquement sur nos écrans radars en 2008 avec un livre d\u2019une fulgurante noirceur : Seul, le silence.Planté dans le Deep South américain de la Grande Dépression, un sanguinaire illuminé trouvait là prétexte à sacrifier des enfants.L\u2019année suivante, Ellory récidive avec Vendetta, une entourloupe de première que l\u2019on ne voit jamais venir, sur fond d\u2019implacable démonstration de l\u2019emprise de la mafia sur les institutions américaines; le livre s\u2019impose au point de remporter le Prix des libraires 2010.«C\u2019est un livre dans lequel je me suis beaucoup investi, raconte le romancier.Je n\u2019ai pratiquement fait que cela durant six semaines.en incluant le temps consacré aux recherches.» On aura compris que la comète Ellory brûle aussi intensément que le laissent deviner sa crinière rousse et ses yeux pers.Les choses ne se sont pas calmées avec la parution l\u2019année suivante du terrible Les anonymes, un roman d\u2019une dureté exceptionnelle où l\u2019on dévoile \u2014 à partir de documents tirés de la Bibliothèque du Congrès! \u2014 les magouilles ayant relié les services secrets améri-çains, les contras, et le marché de la drogue aux Etats-Unis.Quant aux Anges de New York, dont nous venons de vous parler il y a quelques semaines, on y apprend, entre autres et toujours à travers des personnages aussi vrais que nature, des choses étonnantes sur l\u2019escouade anticrime organisé du NYPD et sur la construction de l\u2019aéroport La Guardia.«J\u2019ai toujours plusieurs projets en tête», dit R.fasciné par toutes les formes de démesure qui s\u2019affichent partout aux f Etats-Unis» J.Ellory d\u2019une voix presque souriante, étonnamment posée au milieu des bruits de chaises et de couverts s\u2019entrechoquant dans le petit resto où nous sommes installés.«Des projets qui sont d\u2019abord incarnés, toujours, dans des personnages.Quand f écris un livre, j\u2019y consacre un minimum de cinq heures par jour même si je garde du temps aussi pour jouer de la guitare [en prime, sachez qu\u2019il joue dans un band portant le nom des Whiskey Poets de Dylan Thomas] et faire la cuisine.Je travaille toujours sans plan, complètement immergé, sans savoir vraiment où tout cela va me mener; en laissant monter en moi ce qui vient autour de ce personnage autour duquel va se construire tout le livre.J\u2019aime que mes personnages m\u2019étonnent et me surprennent.» Ce qui implique aussi qu\u2019il fouille ses sujets au fur et à mesure du développement de l\u2019intrigue et non pas avant: R.J.Ellory n\u2019écrit jamais «sur», il écrit.Et vite.Sans ratures ou presque.Quand il a terminé, il laisse reposer le tout une semaine avant de le relire puis de découper les fds qui dépassent et de réajuster les faits à la lumière de la conclusion du récit.Le romancier donne l\u2019exemple d\u2019un livre électronique terminé il y a peu de temps, une histoire en trois chapitres, Three Days in Chicagoland, où chacune des parties raconte un angle différent d\u2019une même affaire.C\u2019est en approfondissant le personnage d\u2019un frère dont la sœur vient d\u2019être assassinée qu\u2019il a eu l\u2019idée de raconter ensuite l\u2019histoire du policier qui a mené l\u2019enquête, puis celle du tueur.le tout dans le Chicago des années 1920 avec tout ce que cela laisse supposer.et qui s\u2019est mis à prendre beaucoup de place à mesure que le livre avançait.CQFD.Une passion Quand on lui fait remarquer qu\u2019il écrit toujours sur l\u2019Amérique et que ses lecteurs le prennent probablement pour un Américain, Ellory s\u2019esclaffe.«On me dit souvent que je m\u2019attaque à des icônes de la culture américaine: la mafia, les services secrets, la police, les institutions politiques.C\u2019est vrai.Je suis fasciné par toutes les formes de démesure qui s\u2019affichent partout aux Etats-Unis et, comme je lis très peu de fiction, je lis par contre voracement tout ce que je peux trouver quand je travaille sur un livre.Disons que l\u2019Amérique m\u2019inspire.Beaucoup plus que l\u2019Angleterre, où fai l\u2019impression que tout est déjà dit.» VOIR PAGE F 2 : ELLORY IÆ WD(B (iOODSlmSlÜDdlQD© (fl^QDOi] 00D(l(S(B®D00 » ®® aoote looo James Miranda Barry fut médecin militaire, chirurgien avant-gardiste, inspecteur général des hôpitaux des colonies britanniques dont le Canada et.l'un des plus grands imposteurs de tous les temps.Sylvie Ouellette a trouvé bizarre que ce personnage déterminé, dont les réformes avaient sauvé des miiliers de vies, ait été inhumé en 1865 dans un coin reculé d'un cimetière iondonien.Elle a voulu savoir pourquoi.Le Secret du docteur Barry\t\ttÿ - r Un roman-vérité qui épouse toutes les couleurs de la passion.\t\t 464 pages/26,95$\tLES ÉDITIONS ]CL\t» 1 Cet ouvrage est aussi disponible en version numérique.\twww.jcl.qc.ca \"\t Soctftâ .A\tds dâveloppefitent OQu\t^\t,, ,\t.\tdes ontreprisos Conseil des Arts\t«onureite du Canada\tQuébeCntl\t¦ ^ ¦ Patrimoine 1^1 canadien\t F 2 LE DEVOIR LES SAMEDI 19 ET DIMANCHE 20 MAI 2012 LIVRES Grand Prix du livre de Sherbrooke Le Grand Prix du livre 2012 de la Ville de Sherbrooke a été remis cette semaine, pour le volet littéraire, à Louis Hamelin pour La Constellation du lynx (Boréal) et à Jacques Beaudry pour son essai intitulé Le tombeau de Carlo Michelstaedter (liber).Dans son discours de réception, Beaudry a rappelé que ce ne sont pas «des livres primés qui nous permettent de mesurer à quel degré notre communauté est réellement civilisée, mais plutôt ces bêtises à la limite du possible que sont la proposition de notre sénateur de fournir une corde à des prisonniers dans l\u2019espoir qu\u2019ils se pendent volontiers ou les blagues de notre premier ministre divertissant un parterre de gens d\u2019affaires pendant qu\u2019une crise mine la jeunesse et la société dont on croyait pourtant qu\u2019il avait la haute responsabilité».Déjà auteur de plusieurs essais, notamment consacré à Saint-Denys Garneau, à (ie-sare Pavese et à Hubert Aquin, le professeur de littérature à l\u2019Université de Sherbrooke a souligné que Carlo Michelstaedter, philsophe et dessinateur italien mort en 1910, «nous a mis en garde contre un monde organisé de manière à nous faire perdre la force de prendre la vraie mesure dep choses et le courage de résister».A cet égard, conclut Jacques Beaudry, «le mouvement étudiant nous les a redonnés.Cela mérite, à mes yeux, d\u2019étre souligné».- Le Devoir Un salon du livre anarchiste C\u2019est un événement annuel : les éditeurs, les militants et les nombreux curieux qui ont de la sympathie pour l\u2019« ordre moins le pouvoir» se retrouvent cette fin de semaine, les 19 et 20 mai, de 10 h à 17 h, au Salon du livre anarchiste de Montréal.Ce salon propose le travail de plusieurs éditeurs et diffuseurs, des projections de films et aussi des ateliers .Cette foire du livre militant se déroule toute la fin de semaine dans deux bâtiments situés l\u2019un en face de l\u2019autre autour du parc Vinet, soit au Centre d\u2019éducation populaire de la Petite-Bourgogne et de Saint-Henri (CEDA), au 2515 de la rue Delisle, et au Centre culturel Georges-Vanier (CCGV), au 2450 de la rue Workman.Près du métro Lio-nel-Grouk.L\u2019entrée libre.Un service de garde est disponible.Tous les accès sont accessibles aux handicapés, salonanar-chiste.ca.-Le Devoir Compressions dans les bibliothèques Richard Bégin, président de la Fédération Histoire Québec, a protesté lundi 7 mai auprès du ministre du Patrimoine, James Moore, au sujet de l\u2019abolition du programme national de développement des archives et des coupes annoncées dans les services de Bibliothèque et Archives nationales du Canada.«Les archives sont les piliers du patrimoine canadien.Les documents d\u2019archives soutiennent la recherche effectuée par tous les chercheurs, dans des domaines aussi variés que l\u2019édition, les sciences, le développement technologique, l\u2019histoire, l\u2019ethnologie, les langues, les ethnies, la culture, etc.» En abolissant les programmes de soutien aux bibliothèques et aux archives, l\u2019organisme qui regroupe 250 groupes liés à l\u2019histoire estime que le gouvernement actuel détruit la capacité de ces organismes à servir les Canadiens.Richard Bégin se demande en plus comment Bibliothèque et Archives Canada pourra remplir son mandat si elle doit réduire son personnel de 20%, soit l\u2019équivalent de 500 emplois.- Le Devoir Chahut autour de la New York Public Library Mario Vargas Llosa, Salman Rushdie, Art Spiegelman et 697 signataires ont pris la plume pour dénoncer le projet de réaménagement de la New York Public Library (NYPL).Un chantier de 388 millions $US, confié au cabinet Norman Foster.Point phare : la circulating library, un espace permettant de vendre et de louer des ouvrages.Deux bâtiments doivent aussi être vendus, et leur 1,5 million de livres déplacés dans le New Jersey.Anthony Marx, le directeur de la bibliothèque, présente l\u2019opération comme « un investissement pour la recherche » et une volonté de «démocratisation».«Il semble qu\u2019il y ait malentendu sur le sens du mot démocratisation», ont ironisé les signataires.«Plus d\u2019espace et un café n\u2019amélioreront pas une institution déjà démocratique.La NYPL perdra son statut de première institution pour la recherche [.] pour devenir un lieu social bruyant.» Eux proposent de rénover l\u2019aile Manhattan, rongée par l\u2019humidité et exposée aux risques d\u2019incendies.- Libération LETTRES FRANCOPHONES Des enfants de l\u2019indépendance LISE GAUVIN Elle s\u2019appelle Pélagie, non pas, comme celle d\u2019Anto-nine Maillet, occupée à regagner sa terre natale, mais à réaliser les espoirs qu\u2019avait fait naître en elle un professeur de lycée répondant au nom de Franceschini, un Africain à peau blanche \u2014 un quarteron \u2014 que l\u2019on prenait pour un Européen.Pélagie et son amie Kimia sont toutes deux des enfants dipanda, c\u2019est-à-dire des enfants de l\u2019indépendance.Elles avaient célébré ensemble ce jour du 10 août 1960 et partagé les réjouissances qui avaient suivi le discours d\u2019André Malraux précisant qu\u2019il ne s\u2019agissait pas d\u2019un transfert d\u2019institutions mais plutôt d\u2019un «transfert de destins».Sur cette toile de fond historique, le romancier d\u2019origine congolaise Henri Lopes tisse un chassé-croisé amoureux inspiré par les bouleversements de son époque.A partir de la vie du quartier Poto-Poto de Brazzaville, il décrit les petits et grands événements qui forment les existences.Bouleversements individuels autant que collectifs: alors que les régimes politiques se succèdent, certains jeunes gens obtiennent des bourses pour aller étudier à l\u2019extérieur du pays et en reviennent profondément chan- HENRI LOPES gés.Ou n\u2019en reviennent pas, choisissant de s\u2019établir dans le pays d\u2019accueil.Ce désir d\u2019ailleurs avait été entretenu, dans le roman de Lopes, par un maître aux qualîtés pédagogîques exceptîonnelles quî avaît éveîllé la curiosité de ses élèves en leur donnant à lire les textes de Camus, de Cé-salre, de Roumain et de De-pestre.Ce Franceschini \u2014 car c\u2019est bien de lui qu\u2019il s\u2019agit \u2014 avait même osé remplacer le mot Juif par celui de Noir dans un extrait du Marchand de Venise de Shakespeare.Qui, de Pélagie ou de Klmla, toutes deux admiratrices de leur maître, saura attirer son attention et ses faveurs ?Telle est l\u2019in-trlgue autour de laquelle s\u2019élabore le roman et qui tient le lecteur en haleine jusqu\u2019à la fin du récit.La narratrice du roman est Kimia, devenue professeure de lettres en Louisiane après avoir obtenu une bourse d\u2019études pour les Etats-Unis.Kimia est aussi écrivaine et, à ce titre, se propose d\u2019écrire Une éducation sentimentale à l\u2019africaine, ou plus exactement un «roman en langue avec des mots français».Elle se demandait «s\u2019il ne convenait pas de cultiver les congolismes, afin d\u2019avoir une écriture marquée de l\u2019oralité, comme le préconisaient de nombreux critiques».Remarque ironique qui souligne la pratique récente mise en avant par certains romanciers francophones et le risque de facilité qui en résulte.D\u2019autres allusions malicieuses sont faites au «tout petit monde» des universitaires et à l\u2019intitulé de certains colloques où les écrivains sont appelés à commenter des sujets aussi vastes que «le rôle de la littérature dans le développement des nations».Quant à la désignation d\u2019écrivaine, adoptée par Kimia à la façon québécoise, elle est aussitôt accompagnée d\u2019une réaction négative de son interlocuteur: «Et comment appelez-vous les souris et les autruches mâles?» Réaction que plusieurs d\u2019entre nous connaissent bien pour l\u2019avoir déjà entendue de la part des hexagonaux.Et le romancier de se permettre à l\u2019occasion quelques mises en évidence des différents usages verbaux, aussi bien en Afrique qu\u2019ail-leurs dans la francophonie.Ainsi du mot «problème» remplacé par celui de «souci» dans le vocabulaire des Parisiens, emploi qualifié comme un effet de mode.Le plaisir de la lecture vient autant de ces apartés que de la trame principale du roman.A son amie Kimia qui dit qu\u2019elle a besoin de Poto-Poto pour écrire, Pélagie répond: «Pour devenir écrivain congolais, pas besoin d\u2019habiter le Congo, pourvu que le Congo t\u2019habite.» Tel est le cas d\u2019Henri Lopes, qui n\u2019a cessé, à travers tous ses romans, de faire vivre le territoire de son enfance, ce Brazzaville qu\u2019il n\u2019a jamais vraiment quitté et qui lui a fourni un point d\u2019observation privilégié sur l\u2019ensemble des espaces qu\u2019il a traversés.Sa narratrice parcourt le monde avec un étonnement médusé qui n\u2019est pas sans rappeler les questions de l\u2019enfance auxquelles les réponses tardent à venir.Collaboratrice Le Devoir LES ENFANTS DE POTO-POTO Henri Lopes Gallimard, «Continents noirs» Paris, 2012, 265 pages Littérature plombée en Argentine Des livres sont bloqués à la douane pour raison de santé publique LOUISE BASTARD DE CRISNAY Moins de 0,006% de plomb pour 100 grammes de masse volatile.» Cette mystérieuse mesure de précaution industrielle imposée par l\u2019Argentine n\u2019intéresserait personne si elle ne s\u2019appliquait étrangement aux livres, aux journaux, aux cartes postales ou aux chèques.Le gouvernement de Cristina Fer-nândez de Kirchner a récemment jugé que tout produit imprimé sur papier ou carton dépassant ce quota de plomb devrait désormais être refusé à la douane, santé publique oblige.Protectionnisme C\u2019est peu de dire que les lecteurs du reste de la planète doivent être sérieusement intoxiqués.A l\u2019annonce de cette décision, les réseaux sociaux argentins ont été envahis de posts déplorant ce qu\u2019ils dénoncent comme une manœuvre.La polémique, lancée juste avant l\u2019ouverture du Salon du livre de Buenos Aires, est restée au centre des débats durant toute la durée de la manifestation.L\u2019argument invoqué par le secrétariat du Commerce intérieur n\u2019a-t-il pas en effet pour but de légitimer une énième mesure protectionniste récemment adoptée (il y en a eu pas moins de 191 en 2011), qui avait déjà provoqué un tollé général?Comme 78% des livres vendus en Argentine sont issus de l\u2019importation, l\u2019idée est de limiter celle-ci au maximum pour encourager la filière de l\u2019édition nationale et, notamment, l\u2019industrie de l\u2019imprimerie.Chaque importateur doit donc remplir une fiche détaillée de son achat, les autorités se ré- servant un délai de dix jours pour donner leur accord après examen.Des milliers de livres ayant été refoulés à la frontière, une pénurie s\u2019est fait peu à peu sentir, certains titres, parfois de grands classiques, devenant introuvables.Les Argentins opposés à cette politique ont immédiatement évoqué le péril d\u2019une forme de censure déguisée.Ce n\u2019est pas l\u2019avis d\u2019Alexandre de Nunez, fondateur à Paris de la librairie El Salon del libro, spécialisée dans la littérature hispano-américaine.Même s\u2019il dénonce les mesures du gouvernement, ce serait à son sens un amalgame que de les associer à une volonté de censure.Lassitude Selon lui, le problème est plutôt que le monopole des grands groupes espagnols (qui ont racheté une très grande partie des maisons d\u2019édition argentines) est devenu étouffant, d\u2019un point de vue économique et culturel.Les livres exportés étant traduits et édités en Espagne, les Argentins ne peuvent souvent pas lire de traductions dans l\u2019espagnol d\u2019Argentine.Jorge Fondebrider, écrivain et traducteur argentin, déplore aussi le fait qu\u2019un livre d\u2019un auteur argentin édité par une filiale espagnole ne soit jamais diffusé ailleurs que dans son propre pays, règle qui ne s\u2019appliquerait pas aux auteurs espagnols.Enfin, les Argentins seraient las de voir arriver dans leurs librairies ce qu\u2019ils appellent «le débarras espagnol», c\u2019est-à-dire l\u2019exportation des invendus en Espagne.Libération LA REVUE Z Xy DELA NOUVELLE LA RE' Xy DELA NOUVELLE Depuis 1985,XVZ.La revue de ta nouvelle offre à ses lecteurs des textes inédits de nouvelliers reconnus ou des plus prometteurs.Abonnez-vous et recevez en prime (valeur de 23 $) Nuages, recueil de nouvelles de Pierre Karch.Cri Du cœur, de la conscience, de la chair Intertexte lolis deuils de Roch Carrier.Le spectacle d'un monde renversant e bief le long 110 ÉTÉ 2012 Visitez notre site Internet : wwwjcyzrevue.com 1\tan/4 numéros (ttc) Individu\tInstitution Canada 30 $\tCanada 40\t$ 2\tans/8 numéros (ttc) Individu\tInstitution Canada 55 $\tCanada 75\t$ 3\tans/12 numéros (ttc) Individu\tInstitution Canada 75 $\tCanada 105\t$ BULLETIN D'ABONNEMENT Nom Adresse Ville Code postal Téléphone Courriel Ci-joint O Chèque O Visa O MasterCard NO Expire le Signature Date RETOURNER A :XYZ.LA REVUE DE LA NOUVELLE 11860, rue Guertin, Montréal (Québec) H4J 1V6 Téléphone : 514.523.77.72 \u2022 Télécopieur : 514.523.77.33 Courriel : info@xyzrevue.com \u2022 Site Internet : www.xyzrevue.com DES SEXUALITÉS AU QUÉBEC AU XX' SIÈCLE sous LA DIRECTION DE JEAN-PHILIPPE WARREN UNE HISTOIRE DES SEXUALITÉS AU QUÉBEC AU XX^ SIÈCLE La longue marche des identités sexuelles Ylb éditeur Une société (de Québécor Media ELLORY SUITE DE LA PAGE E 1 \u2014 il est marié et père d\u2019un ado de 15 ans \u2014, n\u2019a pourtant pas toujours eu la vie facile.Qrphe-lin dès l\u2019âge de neuf ans, il cherche rapidement à donner forme à l\u2019énergie qui le consume presque.Il s\u2019active beaucoup, fait de la musique, beaucoup de plein air, et se fait même pincer pour braconnage.Puis, presque par hasard, il suit un cours de création littéraire et se met à écrire en 1987 : il a à peine 22 ans.«J\u2019aime écrire, c\u2019est un besoin, une passion; si vous le demandez, je dirai que je pense que la création est l\u2019avenir du monde», ajoute-t-il en souriant.Comme s\u2019il se moquait de lui-même et sur un ton oscillant entre la pudeur et la confidence, il raconte avoir écrit 22 histoires qui dorment dans des cartons dans son grenier et qu\u2019il a aussi reçu des centaines de lettres d\u2019éditeurs expliquant pourquoi ils ne pouvaient pas publier ses histoires, trop dures pour un public cherchant d\u2019abord à se distraire et RJ.Ellory à oublier le monde ambiant.Il a donc mis l\u2019écriture de côté, fait de la sculpture, puis insisté encore plus sur les cordes de sa guitare.avant de s\u2019y remettre et de publier enfin son premier livre en anglais, Cand-lemoth, en 2003.Aujourd\u2019hui, R.J.Ellory a accéléré le rythme et publie un livre par année : on trouve maintenant neuf de ses histoires sur les rayons des librairies anglophones, alors que seulement quatre sont disponibles en français.Ses ouvrages sont traduits en 26 langues différentes.Au festival Printemps meurtriers de Knowlton, l\u2019écrivain donnera une «conférence intime» samedi à 13 h au théâtre Lac-Brome, avant de participer à 15 h 30 à une table ronde internationale avec Chrystine Brouillet et Martin Winckler sur le thème «Mourir ici et ailleurs».La vie n\u2019est finalement pas si moche, malgré tout ce qui se passe autour.Le Devoir 1965 Naissance à Birmingham, au Royaume-Uni.2001 II revient à l\u2019écriture après 22 manuscrits refusés et huit ans de dormance.2003 Un premier roman, Candlemoth (non disponible en français), est publié en Angleterre.2008 Première publication en français : Seul, le silence, chez Sonatine.2010 II reçoit le Prix des libraires pour Vendetta (Sonatine).781711 LE DEVOIR, LES SAMEDI 19 ET DIMANCHE 20 MAI 2012 F 3 LITTERATURE Faire une Janette de moi-même ?Danielle Laurin lie écrit comme elle parle, sans s\u2019enfarger dans les fleurs du tapis.Sans effets de manche, sans chercher à faire joli.Son principal souci : «raconter des histoires qui peuvent servir».Tel qu\u2019elle l\u2019indique à la fin de son roman, dans les remerciements.Elle ajoute, à l\u2019intention de ses lectrices et lecteurs: «C\u2019est pour vous que j\u2019écris, pour partager avec vous ce que j\u2019ai appris tout au long de ma vie.Pour redonner un peu de ce que je reçois de vous: amour et encouragement.» Je parle de Janette Bertrand, bien sûr.Qui d\u2019autre?Janette Bertrand, qui, à 87 ans, publie son troisième roman.Lit double.Qui continue, en quelque sorte, qui poursuit autrement la mission qu\u2019elle s\u2019était donnée pendant tant d\u2019années à la télé.Ce n\u2019était pas une lubie, un rêve passager.Trois romans en cinq ans.Avec, toujours, cette écriture au service de l\u2019efficacité, du message à passer.C\u2019est son choix, son parti pris.Sa nature même, sans doute.Mais étrangement, à travers ce qui se donne comme un refus du style, Janette Bertrand en est venue à créer son propre style de romancière.Elle Si Janette Bertrand sait une chose, c\u2019est bien comment raconter une histoire.Avec du piquant.Des détails savoureux, des retournements.l\u2019a peaufiné, sans en avoir l\u2019air.Qui a dit que la simplicité était facile à acquérir dans l\u2019écriture romanesque, dans l\u2019écriture tout court?Simplicité apparente, bien sûr.Parce que, derrière, la construction de Lit double est complexe.Solide.Moins complexe que dans ses deux romans précédents, et c\u2019est tant mieux.Plus solide, aussi.Davantage au service du propos.De la limpidité, de la fluidité.Elle réussit à mettre cinq couples en scène.De différents milieux, d\u2019âges divers.Qu\u2019on entend penser, parler, qu\u2019on voit s\u2019aimer et s\u2019entredéchirer, tour à tour.Et ça coule.Question de rythme.Elle ne les lâche pas.Elle leur fait vivre toutes sortes de situations.Elle les tient, jusqu\u2019à la fin.Les suit, jusque dans leurs derniers retranchements.Elle nous les montre pathétiques, parfois.Pétris de contradictions.Elle nous les montre au lit, souvent.En train de s\u2019envoyer en Pair.Et après.Comme si on y était.Dix personnages prennent vie, avec chacun son passé, ses frustrations, ses aspirations, ses secrets.Au centre, celle qui sert de pivot à l\u2019histoire finalement: Clara, 71 ans.Clara est productrice de légumes bio dans une petite ferme à une centaine de kilomètres de Montréal.Elle est la confidente, la conseillère de tous les autres, autour.Sauf de son mari.Eermé comme une huître, celui-là./ REMY BOILY Janette Bertrand, 87 ans, publie Lit double, son troisième roman en cinq ans.Elle a beau l\u2019aimer, il la déstabilise par son refus de parler.Il l\u2019enrage, à la longue.«J\u2019ai tant d\u2019assurance quand il s\u2019agit des autres couples et tant d\u2019hésitations quand il s\u2019agit du mien », confie-t-elle à son journal intime, dans sa «cachette» d\u2019écriture.Clara et son mari en sont à un moment crucial de leur vie de couple, après 50 ans de mariage.Ils ne sont pas les seuls.Les quatre autres couples sont aussi en crise.C\u2019est le fondement même du roman.Comment sortir de la crise amoureuse?Comment s\u2019aimer encore, s\u2019aimer longtemps?Janette Bertrand, derrière, tire les ficelles.Elle donne des conseils, passe ses messages.Et prodigue des encouragements.Pleine de bienveillance, d\u2019amour.Voilà.La démarche a le mérite d\u2019être claire.Trop claire?Parfois.Parfois, on sent que c\u2019est un peu trop appuyé, souligné au crayon gras.Qu n\u2019en demandait pas tant, on avait compris.Ce qui n\u2019empêche pas de se laisser prendre au jeu.Et de tourner les pages, avidement.Pourquoi ?Parce que c\u2019est le plaisir de lire qui prend le dessus.Plaisir coupable ?Qu peut critiquer son insistance à se faire comprendre, son côté je-vais-vous-dire-comment-faire, plein de bonne volonté, de gros bon sens, mais si Janette Bertrand sait une chose, c\u2019est bien comment raconter une histoire.Avec du piquant.Des détails savoureux, des retournements.Quand ça devient trop lourd, trop dramatique, tragique, l\u2019humour se pointe.Il y a des exagérations, bien sûr.Ça fait partie du jeu.Il y a des scènes comiques, mémorables.Celle du Viagra, entre autres.Pas de tabou, surtout.C\u2019est sa recette depuis toujours, à Janette.Et ça marche.Toutes les considérations sur le couple, petit à petit, font leur chemin.Et nous renvoient, forcément, à nous-mêmes.A nos propres questionnements.Qu\u2019on le veuille ou non.Ça pourrait sembler anodin.Ça pourrait paraître surfait.Mais qui ne s\u2019est pas déjà questionné là-dessus ?Sur l\u2019amour, et le sexe, le désir?Sur la passion versus l\u2019amour.Sur le désir d\u2019enfant?Sur l\u2019amour de l\u2019enfant versus l\u2019amour du conjoint?Sur l\u2019avortement?Sur la nécessité d\u2019une chambre à soi, d\u2019un jardin secret?Qui ne s\u2019est jamais senti brimé, étouffé dans le couple?Qui n\u2019a pas eu peur de reproduire un modèle pourtant rejeté avec force?Qui n\u2019a pas déjà eu peur de se faire larguer?Sans compter tous les sujets connexes abordés dans Lit double.L\u2019homophobie.Le racisme.Le machisme.Dans ce qu\u2019ils comportent de plus pernicieux, au quotidien.Je ne veux pas faire une Janette de moi-même; de toute façon, je n\u2019y arriverais pas.Mais c\u2019est à ça que sprt effectivement ce roman.À se questionner sur tout ça.A se regarder aller.LIT DOUBLE Janette Bertrand Libre Expression Montréal, 2012, 320 pages LITTERATURE QUEBECOISE Pays du diable, don de Dieu \\\\ CHRISTIAN DESMEULES Née au début du xx® siècle dans un petit village accroché aux flancs sablonneux du fleuve près de Saint-Si-méon, dans Charlevoix, une narratrice se prête à l\u2019exercice de l\u2019autobiographie.C\u2019est au cœur de ce «pays du huitième jour », terre ingrate mais magnifique, qu\u2019Alain Ulysse Tremblay pose l\u2019histoire de son dernier roman.Les fruits sauvages du huitième jour, chronique minutieuse d\u2019une longue vie de femme.Presque simultanément, l\u2019écrivain, né en 1954 à Saint-Siméon, accouchait de Noir Kassad, septième et avant-dernier volet de la série d\u2019anticipation Elise (Coups de tête).Les détails de cette vie à hauteur d\u2019homme abondent, sentent bon le réel.Pour Ga-brielle, l\u2019enfance prend un peu fin avec un déménagement vers Chicoutimi, « tournant le dos au Saint-Laurent et à son immense respiration».Plus tard, parcours normal, c\u2019est un quotidien de femme au foyer qui l\u2019attendra, enterrée un peu malgré elle dans les hauteurs de Grand-Ponds de la rivière Malbaie par un homme au «passé d\u2019aventurier » doté d\u2019une réputation de tueur d\u2019ours, « capable de briser un tremble à mains nues et de soulever un cheval».De retour à Saint-Siméon (autrefois appelé Port-aux-Pemmes), le couple bien soudé finira par adopter un enfant, avant d\u2019être un peu happé, mais sans jamais être ébranlé, par la Crise, les hivers solitaires, les ragots désobligeants des villageois.Sans oublier les rituels rigides du catholicisme, l\u2019autre grande force, avec le fleuve, qui guidait ces milliers d\u2019existences.Et puis le paysage : «Rien n\u2019est plus beau que le village de Saint-Siméon qui serpente dans les plateaux doux jusqu\u2019à la plage de sable blond.Et ALAIN ULYSSE TREMBLAY Les fruits sauvages du huitièine jour Ta quand le soleil s\u2019y couche, tombant derrière la montagne, le village, même assombri et replié comme dans un giron, brille d\u2019une lumière argentée et intemporelle dispensée par le splendide miroir du fleiçve.» Ecrit sur une période de vingt ans.Les fruits sauvages du huitième jour, qui se fonde sur des faits réels, est une traversée du siècle sans aucune longueur.Un hommage bien senti à ce pays sans pareil et aux gens « ordinaires » qui s\u2019y sont fait une place \u2014 avec une pensée respectueuse aussi pour les Amérindiens qui les ont accueillis.Roman historique, roman dense.Les fruits sauvages du huitième jour devrait être une lecture obligée pour tous les amoureux de Charlevoix (et ils sont nombreux), qui ne pourront qu\u2019être d\u2019accord avec les mots de son héroïne : «C\u2019était peut-être le pays du Diable, mais.Dieu qu\u2019il était beau.» Collaborateur Le Devoir LES ERUIXS SAUVAGES DU HUITIEME JOUR Alain Ulysse Tremblay Les 400 Coups Montréal, 2012, 382 pages ^ Rien n\u2019est plus beau que le village de Saint-Siméon qui serpente dans les plateaux doux jusqu\u2019à la plage de sable blond.Et quand le soleil s\u2019y couche, tombant derrière la montagne, le village, même assombri et replié comme dans un giron, brille d\u2019une lumière argentée et intemporelle dispensée par le splendide miroir du fleuve, yy Alain Ulysse Tremblay, Les fruits sauvages du huitième jour Décès de Dominique Rollin L\u2019écrivaine, critique littéraire et illustratrice Dominique Rolin est morte à son domicile parisien mardi dernier.Elle laisse une œuvre oû s\u2019enlacent le rêve et l\u2019introspection, dans une critique impitoyable d\u2019elle-même, de ses proches et de ceux qui se repaissent de leur propre malheur.Si elle n\u2019a jamais _ conquis le grand pu-blic, ses romans étaient encensés par des grands tels que Camus, Cocteau et Jacob.Le souffle (Seuil) lui a valu le prix Eemina en 1952.Née à Bruxelles le 22 mai 1913, elle souffre de débuts littéraires houleux et brûle le manuscrit de son premier roman en 1939.Sa vie amoureuse n\u2019est pas moins mouvementée : après s\u2019être divorcée d\u2019un alcoolique violent, elle rencontre en 1946 son futur mari, le sculpteur Bernard Milleret,, qui meurt 11 ans plus tard.A 45 ans, elle devient l\u2019amante secrète de l\u2019écrivain Philippe Sollers, alors tout juste âgé de 22 ans.Si elle n\u2019a jamais été louée pour une prose innovatrice, elle est renvoyée Dominique Roiiin ACHAT A DOMICILE - VENTE - EVALUATION B' Bonheur d'occasion Librairie Mathieu Bertrand, Libraire Membre de la Ligue internationale de la Librairie Ancienne (LILT^ 514L914L2142 ACHETONS EN TOUT TEMPS : Livres anciens avant 1800 Americana et Canadiana : \u2022\tRelations des Jésuites, Relations de voyages.\u2022\tIncunables québécois.Patriotes, Riel.Reliures d'art anciennes et modernes Fonds universitaires : \u2022\tLittérature, Philosophie, Sciences humaines \u2022\tPléiade Livres d'art et livres d'artiste Refus Global, Le Vierge incendié Expertise de documents et d'archives du jury du prix Eemina en 1965 pour l\u2019avoir dénoncé comme une institution vieillie et imperméable à la vague du Nouveau Roman.La contribution de Rolin est reconnue par l\u2019Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique, qui l\u2019intronise en 1989.Celle qui refusait de voir la mort comme une nécessité, et qui s\u2019était juré de survivre à l\u2019avènement du deuxième millénaire, provoque un sursaut médiatique lorsqu\u2019elle dévoile, au tournant de l\u2019an 2000, sa liaison avec Sollers sur un plateau de télévision français.- Le Devoir |3 ?l^Gaspard-LE DEVOIR ^ JTalmarès\t\t \tDu 7 au 13 mai 2012\t \t\t Romans québécois\t\t 1 Au bord de la rivière * Tome 3 Xavier\tMichel David/Hurtubise\t1/3 2 Lit double\tJanette Bertrand/Ubre Expression\t4/3 3 Les héritiers d'EnIddIev \u2022 Tome 5 Abussos\tAnne Robillard/Wellan\t2/3 4 Mémoires d'un Quartier \u2022 Tome 11 Bernadette, la suite\tLouise TrembtarKTEssiambre/Guv Saint-Jean\t3/5 5 Vbtte-face et malaises\tRafaële Gemnaln/Ubre Expression\t5/8 6 Félicité \u2022 Tome 2 La arande ville\tJean-Pierre Charland/Hurtubise\t6/6 7 LAnoNs\tDenise Bombardier/Robert Laffont\t7/7 8 Gaby Bemler \u2022 Tome 1 1909-1927\tPauline Glll/Québec Amérique\t8/8 9 Petals' pub\tAriette Cousture/LIbre Expression\t9/16 10 Au bord de la riviète \u2022 Tome 2 Camille\tMichel David/HurtubIse\t10/2 Romans étrangers\t\t 1 7 ans après.\tGuillaume Musso/XO\t1/5 2 SI c'était à relaire\tMarc Levy/Robert Laffont\t2/3 3 Les dix enfants que madame Ming n\u2019a jamais eus\tÉric-Emmanuel Schmitt/Albin Michel\t4/3 4 L'œil du léopard\tHenning Mankell/Seuil\t-n 5 La liste de mes envies\tGrégoire Delacourt/Lattès\t3/3 6 Nuit noire, étoiles mortes\tStephen King/Albin Michel\t6/7 7 Me-fece\tMichael Connelly/Calmann-Lévy\t-/I 8 Froid d'enfer\tRichard Castie/Clty\t8/11 9 Private Londres\tJames Patterson I Mark Sullivan/Archipel\t5/3 10 Les lumières de septembre\tCarlos Ruiz Zafon/Robert Laffont\t7/5 Essais québécois\t\t 1 La soif de bonheur\tCollectif/Bavard\t1/2 2 Oesmarais.La Oépossession tranquille\tRichard Le Hir/Michel Brûlé\t2Æ 3 L\u2019état du (Juébec 2012\tCollectif/Boréal\t6/2 4 Québécois 101.Notre portrait en 25 traits\tPierre Cêté/Québec Amérique\t-/I 5 Un gouvernement de trop\tStéphane Gobeil/VLB\t-/I 6 C'était au temps des mammouths laineux\tSerge Bouchard/Boréal\t3/14 7 L\u2019art presque perdu de ne rien faire\tDanv Laferdère/Boréal\t5/23 8 Comment mettre la droite K.O.en 15 arguments\tJean-François Usée/Alain Stanké\t4/16 9 Les autochtones ne sont pas des pandas\tRéJean Morissette/Hurtublse\t-/I 10 L\u2019État contre les jeunes.Comment les baby-boomers.\tÉric Duhaime/VLB\t8/16 '^^Essais étrangers\t\t 1 Destruction massive.Géopolitique de la faim\tJean Ziegler/Seuil\t1/6 2 L'empire de fillusion\tChris Hedges/Lux\t2/6 3 lU cons d\u2019autodéfense en économia Labc du capitalisme\tJim Stanford/Lux\t4/27 4 Une histoire populaire de l'humanité\tChris Hanman/Boréal\t8/15 5 Indignez-vorrsl (Édition revue et augmentée)\tStéphane Hessel/Indigène\t5/13 6 Faut-il manger les animaux?\tJonathan Safran Foer/Points\t-/I 7 Entre Québec et Canada Le dilemme des écrivains français Gérard Fabre/VLB\t\t-/I 8 Humain.Une enquête philosophique sur ces révolutions.\t.Monique Atlan I Roger-Pol Dmil/Flammarion 10/3\t 9 Contre la pensée unique\tClaude Hagège/Odlle Jacob\t-/I 10 VielBiltedaBiiscEdaaiJdeHennezeletMtevanEefsel Stéphane Hessel/Camets Nord 3/2 4487, de la Roche, Montréal \u2022 514 522-8848 \u2022 1 888 522-8848 bonheurdoccasionObelInet-ca \u2022 www.abebooks.fr/vendeur/bonheurdoccasion La BRF (Société do gestion de ia Qanque de tities de iangue fiangaise) est proprietaire du sj^me d'intoniiation et d'anaiyse Stsiml sur les ventes de livres ftançais au Canada.Ce paimarès est extiait de et est constitue des teieves de caisse de 177 points de vente.La BIIF reçoit un soutien financier de Patrimohe canadien pour le projet ksçml.© BIIF, toute reproduction totale ou partielle est interdite. F 4 LE DEVOIR LES SAMEDI 19 ET DIMANCHE 20 MAI 2012 LITTERATURE Joyce Carol Oates ne su^ère pas, elle décrit.Elle ne répugne surtout pas à se servir des épithètes.Tout lui est bon pour créer une atmosphère KENZO TRIBOUILLARD AGENCE ERANCE-PRESSE Joyce Carol Oates fait partie de ces écrivains qui pourraient s\u2019inspirer du moindre fait divers pour produire une nouvelle ou un roman.Que vous ai-je raconté?Corrubpondante 1990-2000 GucyOwAmidt - lu.Dbt AU CLAIR DE LA ^U1T il*'- / r/ Que vous ai-je raconté ?Correspondance 1990-2000, Geneviève Amyot - Jean Désy Au clair de la nuit, Corinne Bayle Les damnés inflationnistes, Judy Quinn La terre ancestrale, Nicole Richard Éditions du Noroît Nouveautés www.lenaroit.cam i lettres québécoises ü La revue de l'actualité littéraire Depuis 35 ans nous couvrons la LinÉRATURE québécoise ! Roman Traduction PQLAR RECIT Nouvelle POESIE Etudes littéraires CONTE Actualité Abonnement papier et électronique : www.lettresquebecoises.qc.ca ' f Suivez-nous sur Facebook 3 des U Quebec 2012 Organisé par i'Association des iibraires du Quebec .A fc\u2014Sc-\" - .V ,t!AURÉATS CATÉGORIE ROMAN QUÉBÉCOIS SAMUEL ARCHIBALD ARVIDA CATÉGORIE ROMAN HORS QUÉBEC canadien Heritage QuébecgS .^InDesIgn iJ- |)FV()|R kobo Nouvelles inquiétantes GILLES ARCHAMBAULT Dans l\u2019œuvre abondante de Joyce Carol Oates, on trouve à peu près de tout.Elle fait partie de ces écrivains qui pourraient s\u2019inspirer du moindre fait divers pour produire une nouvelle ou un roman.Elle a l\u2019aisance des élèves doués et l\u2019enthousiasme de ceux qui répugnent à trier.Elle préfère laisser libre cours à l\u2019inspiration.Même le livre que lui a inspiré la mort de son mari, J\u2019ai réussi à rester en vie, paru il y a peu, ne nous faisait grâce d\u2019aucun détail, courriels sans nombre reproduits, redites, redondances.Dans ce moment pénible de sa vie, l\u2019auteure n\u2019oubliait pas de se comporter en femme de lettres.Les nouvelles que l\u2019on retrouve dans Le musée du D' Moses se lisent d\u2019un trait.De la vision trouble du monde qui nous est donné, on retiendra surtout l\u2019habileté de l\u2019auteure à situer un décor et à créer des personnages.Peu des dix nouvelles du recueil n\u2019auraient pu être développées en roman.Joyce Carol Oates, en tout cas, les attaque à la façon d\u2019une romancière.Elle ne suggère pas, elle décrit.Elle ne répugne surtout pas à se servir des épithètes.Tout lui est bon pour créer une atmosphère.La nouvelle-titre est exemplaire de la manière de l\u2019auteure.La narratrice décide de revoir sa mère après une longue brouille.Cette dernière a décidé, après des années de veuvage, d\u2019épouser un certain D\"^ Moses.L\u2019homme, tout vieillard qu\u2019il est, exerce sur sa femme une influence maléfique.Ce n\u2019est qu\u2019après une nuit d\u2019appréhensions que la narratrice réussira à convaincre sa mère de quitter cet inquiétant compagnon qui a transformé une partie de sa maison en un musée consacré à la mort et qui a pratiqué sur sa compagne des opérations pour le moins saugrenues.Dans Fauve, des parents s\u2019aperçoivent, horrifiés, que leur fils jusque-là d\u2019un calme exemplaire, d\u2019un naturel presque lymphatique, se transforme en une bête assoiffée de sang.«[.] et Derek courait, ramassé sur lui-méme comme un animal sauvage qui connaît le terrain, et ils coururent derrière lui, déjà essoufflés, haletants, car ils avaient plus de quarante ans, un âge trop avancé pour des parents, c\u2019était leur punition d\u2019avoir osé donner la vie, une vie brute qu\u2019il ne leur appartenait pas de protéger.Derek ! Derek, criaient-ils, mais le vent de Mars moqueur emportait leur cri.» Pas besoin d\u2019être un adepte de la boxe pour prendre de l\u2019intérêt à la lecture de L\u2019homme qui a combattu Roland LaStarza.D\u2019entrée, le lecteur est prévenu.«Cette histoire n\u2019est pas jolie, et pas seulement parce qu\u2019elle parle de boxe.D\u2019une certaine façon, la boxe n\u2019est qu\u2019accessoire.Le vrai sujet, c\u2019est la trahison.» La narratrice ne nous apprendra qu\u2019à la fin que le boxeur ne s\u2019est pas suicidé mais que la petite pègre l\u2019a plutôt assassiné.Elle s\u2019estime trahie parce qu\u2019on lui a longtemps caché la vérité.A-t-on raison d\u2019évoquer en quatrième de couverture les figures d\u2019Hemingway et d\u2019Edgar Allen Poe ?Probablement pas.La maestria véritable de Joyce Carol Oates serait, selon moi, d\u2019un ordre plus modeste.On lui accordera toutefois une habileté manifeste à susciter des atmosphères troubles.La peur, l\u2019étrange, le saugrenu finissent toujours par empoisonner les existences.Dans l\u2019univers de l\u2019auteure, le mystère n\u2019est jamais loin.Il suffit de laisser le temps faire son œuvre.On l\u2019aura compris, le musée macabre de ce médecin à la retraite qu\u2019est le D\"^ Moses est aussi en quelque sorte celui d\u2019une romancière pour qui le monde est rempli d\u2019êtres qui sont tout sauf rassurants.Pour y trouver son plaisir de lecteur, il ne faut pas craindre les émotions fortes.Qu\u2019on les ait sous-titrées «histoires de mystère et de suspense», ces nouvelles, cela apparaît comme un peu insuffisant.N\u2019aurait-il pas plutôt fallu insister sur l\u2019aspect essentiellement inquiétant des aventures?N\u2019étant pas éditeur, je ne peux que me poser la question.Collaborateur Le Devoir LE MUSEE DU DR MOSES Joyce Carol Oates Editions Philippe Rey Paris, 2012, 248 pages « Mon frère me cogne à la tête » SUZANNE GIGUERE Il est des mots qui font peur parce que l\u2019on ne sait pas exactement ce qu\u2019ils recouvrent.Alors, on évite de les prononcer, on isole ceux qui en souffrent et ceux qui les accompagnent.Quelque chose comme une odeur de printemps parle de la schizophrénie.Une maladie qu\u2019on ne voit pas venir, une maladie qui fait évidemment peur.En grec, schizo veut dire «couper» etphrène, «l\u2019esprit».Un schizophrène est donc quelqu\u2019un dont la pensée est coupée du réel : il peut s\u2019imaginer des choses qui n\u2019existent pas, comme être poursuivi par quelqu\u2019un, n\u2019éprouver aucune émotion dans des situations émotionnelles fortes, glisser vers l\u2019angoisse et la dissociation de sa personnalité.Le monde ne devient à ses yeux que d\u2019écla-tants reflets insaisissables.Josh, Philo et Béate habitent à tJull avec leurs parents.Béate, la première, repère les signes avant-coureurs de la maladie.«Hier, mon frère s\u2019est promené avec un chaudron sur la tête et une poêle dans les mains toute la journée.» Josh, 17 ans, toujours aux aguets, se dit traqué, n\u2019ose pas ouvrir la bouche parce qu\u2019il craint d\u2019être sur écoute.Il passe des heures devant son aquarium à djaloguer avec les poissons.A l\u2019animalerie, il croit que le chien lui jappe des insultes.Josh s\u2019imagine des choses qui n\u2019existent pas, comme d\u2019être poursuivi par quelqu\u2019un.Il a des visions et des comportements agressifs.Ce cauche- ANNie vC/ mar éveillé est traversé de grandes plages de «normalité».Une souffrance qui ne dit pas son nom.Prise entre sa sœur Philo «la petite rationnelle» et ses parents dévastés de l\u2019intérieur mais qui s\u2019obstinent à faire «comme si de rien n\u2019était».Béate n\u2019en peut plus.Elle veut sortir ses parents de leur torpeur, briser la terrible loi du silence qui emprisonne son frère au fond de sa solitude.«Je voudrais crier pour que tout cela cesse.Je voudrais prendre Joachim par les épaules et le brasser si fort, si fort qu\u2019il en perdrait toutes ses feuilles.Le ramener avec nous.» Persuadée qu\u2019il est malade.Béate veut convaincre son frère de recevoir des traitements pour stabiliser sa maladie.La mort tragique de Josh dans un accident de la route qu\u2019il a lui-même provoqué après un regard panique dans le rétroviseur \u2014 «on est suivi » \u2014 fige toute la famille dans une accablante tris- tesse.Béate tente d\u2019exorciser sa culpabilité {«sans cesse mon frère me cogne à la tête») et de vivre.L\u2019hiver «aux parfums de printemps » l\u2019aidera-t-il à libérer tout le chagrin accumulé ?Quelque chose comme une odeur de printemps est une formidable déclaration d\u2019amour d\u2019une sœur à son frère.La grande force du premier roman d\u2019Annie-Claude Thériault repose sur l\u2019écriture, d\u2019une finesse et d\u2019une fraîcheur qui contrastent avec la gravité du sujet.L\u2019auteure taille à vif dans le réel et touche au plus profond de nous.On a mal pour Béate et ses proches sans cesse confrontés à l\u2019intolérable souffrance psychique de Josh.On comprend aussi que la schizophrénie est une pieuvre dont il faut se préserver.La frontière est complexe et délicate entre accompagner le malade tout en gardant ses distances pour ne pas sombrer avec lui.Béate vit de très près avec cette maladie et nous fait vivre son expérience avec beaucoup d\u2019intensité.Autant dire qu\u2019on lit cette histoire avec une impression de vertige.Voilà un roman bouleversant qui change notre regard sur cette maladie souvent méconnue.Collaboratrice Le Devoir QUELQUE CHOSE COMME UNE ODEUR DE PRINTEMPS Annie-Claude Thériault Editions David, coll.«Voix narratives» Ottawa, 2012,176 pages LE DEVOIR LES SAMEDI 19 ET DIMANCHE 20 MAI 2012 F 5 LITTERATURE Le cœur nomade de Caroline Lamarche GUYLAINE MASSOUTRE Les secrets de l\u2019enfance se lisent parfois au bout du monde.Un conte amérindien soutient la quête d\u2019une vérité enfouie, tout en racontant des croyances qui perdurent dans le Mexique des Triquis.Au début du roman La chienne de Naha figure un conte de la tradition orale des Triquis, un peuple amérindien du Mexique, il y est question de Naha, un nom qu\u2019on retrouve dans une ville nippone et qui désigne aussi des autochtones des Territoires du Nord-Ouest, aujourd\u2019hui disparus, ancêtres des Navajos; mais si les Triquis ont perdu le sens du mot, ils connaissent l\u2019histoire.Comment les humains sont-ils nés ?L\u2019homme seul constate un miracle: une femme s\u2019occupe de sa maison en son absence.C\u2019est en fait sa chienne, qui a posé sa peau.L\u2019homme subtilise alors la peau de la chienne et s\u2019empare de la femme: dès lors, la violence s\u2019installe dans le couple, à tel point que, dans une bagarre, il la coupe en morceaux.Des enfants en jaillissent, ainsi que des êtres libres qui s\u2019enfuient par la rivière.Suivant ce fil conducteur, Caroline Lamarche illustre le conte cruel en enquêtant au Mexique.Elle y interroge ceux pour qui cette survivance légendaire a toujours ESTELLE MICHELS Auteure aux éditions de Minuit et chez Gallimard, Caroline Lamarche a aussi signé des poèmes, des traductions, des textes radiophoniques, dont La chienne de Naha, ainsi que des nouvelles, au Serpent à plumes ; elle écrit aussi des textes d\u2019art du sens.Elle va y découvrir propre vérité.sa Du conte à l\u2019ère moderne Reprenons le roman.Une femme et un homme viennent de rompre.En parlant de leurs mères, ils ont déclenché des souvenirs qui imposent un voyage libre et lointain, dans la langue espagnole.Voici poindre un autre amour, relié à l\u2019enfance, jusqu\u2019à la fin de ce roman profond, méandreux, qui laisse monter des égarements, puis une libération de la narratrice.Lamarche est Belge, élevée en Espagne, a étudié à Paris, a vécu au Nigeria et voyagé au Mexique.Auteure aux éditions de Minuit et chez Galli- mard, elle a aussi signé des poèmes, des traductions, des textes radiophoniques, dont La chienne de Naha, ainsi que des nouvelles, au Serpent à plumes; elle écrit aussi des textes d\u2019art.Ce rayonnement n\u2019empêche pas la solitude des femmes d\u2019être au cœur de son œuvre.Ici, la narratrice se plonge dans le territoire d\u2019Oaxaca et de ses ethnies.La fille de sa nourrice, retrouvée après une longue séparation, et le roman violent de Malcolm Lowry Under the Volcano accompagnent ce voyage parmi les ombres.Un texte plus secret affleure alors, mémoire qui se reconstitue par fragments, par sollicitations, hasards et conversations innocentes.Par petites touches, en chapitres brefs et joliment titrés, des déambulations à l\u2019aveugle s\u2019enchaînent: «Ecrire.Comme il doit être plus simple d\u2019orner des crânes en sucre à la chaîne, sans débauche d\u2019idées saugrenues, selon des possibilités réduites à la surface d\u2019ornementation, au déplacement formaté du pinceau au bout des doigts.» Suite de griseries, de visions brouillées et de réveils brutaux, les images font irruption.Un matériau inépuisable On comprend que le conte triqui double un roman autobiographique.L\u2019histoire de cette femme, qui a eu deux mères dans l\u2019enfance, consiste à retrouver la trace de Lucia, la nourrice, dans ce Mexique romanesque qui permet la quête, sous l\u2019emblème de la fête des Morts.La narratrice raconte à quel point les morts sont proches des vivants, dans les rites villageois et sur les autels domestiques.Un grand silence nimbe le récit d\u2019enfance, et l\u2019émotion qourt d\u2019une page à l\u2019autre.Ecrire, chez Lamarche, exige qu\u2019elle s\u2019abandonne à la vérité enfouie.La fête des Morts fait résonner l\u2019amour perdu, l\u2019enfant aimée disparue dans la turbulence de vivre.La fiction, transposée au Mexique, renoue avec ce qui est perdu.Le voyage fait sentir les bleus de l\u2019âme, les larmes, les chairs meurtries.Mais la vraie vie, passée au tamis de la fiction, se réveille pleine de colère, de rage contre l\u2019injustice et l\u2019effondrement.De là surgissent les bêtes, chiens et chiennes du conte qui sont nourris par les Triquis comme s\u2019il s\u2019agissait de leurs ancêtres.Quant à la femme libre, elle écrit simplement, tel le balayeur à sa tâche: «Plus rien n\u2019existe que le geste de chacun aussi solitaire que le mien.J\u2019écris.Je cherche la phrase capable de contenir ce que je sais de l\u2019amour, comme une coquille contient son fruit, la note parfaite sur la portée de l\u2019existence.» Cette quête ressemble à la sève première au cœur du bois ; sous l\u2019écorce, un livre résistant, autant de cerneaux tendres alimentés par une substantifique moelle.Collaboratrice Le Devoir LA CHIENNE DE NAHA Caroline Lamarche Gallimard Paris, 2012, 201 pages Un homme, un continent NAIM RATTAN Les événements se suivent au Moyen-Orient à un rythme effarant.Répression en Syrie, chute de régimes et bquleverse-ments en Tunisie, en Egypte, en Libye, au Yémen, négociations de paix israélo-palestiniennes.Les analyses et les commentaires sont multiples.Néanmoins, l\u2019incompréhension et la confusion persistent Peut-être la littérature est-elle plus susceptible, sinon d\u2019expliquer, du moins de jeter une faible lueur sur des drames devenus opaques à force de complexité.Dans son roman, Dominique Eddé, auteure libanaise partageant sa vie entre Paris, Beyrouth et la Grèce, entreprend cette entreprise et la réussit Elle a écrit un grand roman du Moyen-Orient Kamal Jann est un long roman d\u2019espionnage, un thriller aux multiples péripéties et aux nombreux personnages qui défilent: un Libanais, un Palestinien, un Israélien, un Américain, un Prançais.D\u2019appartenances diverses sur le plan politique, ils sont manipulés et collaborent avec les services d\u2019espionnage de différents pays.Le lecteiu est tenu en haleine.La fin du roman est magistrale : Kamal invite tous les protagonistes à un grand dîner à New York.11 les écoute parler et finît par se lever et le ton péremptoire, 11 dît à tous leurs quatre vérités.Ils sont des menteius, des personnages doubles, avides, cruels et lâches.Et cela Inclut tout le monde.Orientaux comme Occidentaux.11 tire deux conclusions : 11 faut s\u2019habituer au fait que les dilemmes de la région sont Insolubles et 11 serait temps d\u2019en révéler la nature masquée par les apparences.Kamal, abattu, délirant, est conduit dans un établissement psychiatrique.Le spécialiste qui le soigne l\u2019écoute et est d\u2019accord avec son diagnostic siu l\u2019état du monde.«Dans la mesure où la mort est une solution, dit-il calmement, pourquoi ne pas essayer de vivre entre-temps.» Ce sont les derniers mots du roman.Ainsi, en dépit de sa lucidité, Dominique Eddé ne veut pas terminer son livre par un constat de désespoir.Elle l\u2019a écrit avant les effervescences de toute la région.Son savoir est immense et sa qualité d\u2019écrivaine lui permet de sentir ses personnages et, à travers eux, les pays dont il est question.Collaborateur Le Devoir KAMAL JANN Dominique Eddé Albin Michel Paris, 2012, 445 pages C\u2019EST il .tnéS À cette époque Ui\tJ Eü L t ^ JJJE K LES IMPATIENTS Cinq des plus belles plumes du Québec mettent en mots leur vision du réconfort.En échange de leur contribution, le Lait a fait un don au nom de chacun des auteurs à l\u2019organisme Les Impatients.lelait.com F 6 LE DEVOIR LES SAMEDI 19 ET DIMANCHE 20 MAI 2012 LITTERATURE Le clinquant du déclin nord-américain MICHEL LAPIERRE La révolte des étudiants québécois, qui pique la curiosité des médias de la planète, paraît dépasser le refus de la hausse des droits de scolarité.Société singulière, jusqu\u2019ici un peu épargnée par «la mainmise du monde des affaires» sur les universités nord-américaines, phénomène dénoncé par le journaliste Chris Hedges dans L\u2019empire de l\u2019illusion, le Québec décou-vre-t-il qu\u2019il se trouve coincé dans un cauchemar continental ?C\u2019est la question que l\u2019on ne manque pas de se poser en lisant l\u2019essai de Hedges, Américain né en 1956.L\u2019auteur aborde «la mort de la culture et le triomphe du spectacle ».En explorant l\u2019univers médiatique états-unien, dans son registre le plus populaire, il y décèle la prépondérance de ce qu\u2019il ne craint pas d\u2019appeler le sadisme.Hedges explique: «Tel un courant électrique, celui-ci alimente la télé-réalité, la ra- Ift MORT DE U CUITURE El EE TRIOMIHI EUT EHCTAdE dio-pouhelle et la pornographie, et entretient le sentiment d\u2019appartenance et la docilité nécessaires au bon fonctionnement de la grande entreprise.» C\u2019est comme si la violence la plus brute, par son outrance, se hissait facilement au rang d\u2019un spectacle convenu, infantile, pour conforter les masses dans le grégarisme, le conformisme.L\u2019image que lEMPIRE DE L\u2019ILLUSION Hedges donne du sadisme américain semble d\u2019abord un fourre-tout commode.Dans la violence burlesque de la lutte professionnelle se mêlent, devant des arbitres complices, mélodrame, racisme, sexisme, victoire du pauvre mal résigné sur le richard trop sûr de lui.Et que dire, à première vue, de la porno gonzo qui, au nom des plaisirs de l\u2019amour, mène des actrices à l\u2019anus déchiré tout droit à la civière ?Mais si l\u2019on examine de plus près l\u2019Amérique du Nord ostentatoire que Hedges dépeint avec la vivacité d\u2019un reporter chevronné, on se rend compte // La culture de ' ' l\u2019illusion est une forme dépensée magique grâce à laquelle des prêts hypothécaires sans valeur se transforment en richesse, la destruction de notre assise manufacturière se transforme en possibilité de croissance [.] et un État qui mène des guerres illégales et administre des colonies pénitentiaires où l\u2019on pratique ouvertement la torture à l\u2019étranger devient la plus grande démocratie du monde, Chris Hedges, L\u2019empire de I\u2019illusion qu\u2019il n\u2019y a rien comme le clinquant du spectacle pour exposer la vacuité de la vie universitaire du continent.«Les universités d\u2019élite méprisent, résume l\u2019essayiste, le travail intellectuel rigoureux, qui, par nature, se méfie de l\u2019autorité, défend farouchement son indépendance et recèle un potentiel subversif » On comprend que des intellectuels au sens critique aiguisé, comme Noam Chomsky et Howard Zinn, aient été, pour reprendre les mots si justes de Hedges, «marginalisés, exclus des grands débats».Devant des universités nord-américaines stérilisées par ce que l\u2019essayiste appelle «l\u2019anonymat de l\u2019État-entreprise», la culture se meurt au profit de l\u2019effet et de l\u2019artifice.«Plus nous nous éloignons, affirme Hedges avec pénétration, d\u2019une culture transmise par l\u2019écrit, tout en complexité, en nuances et en idées, pour nous réfugier dans l\u2019univers rassurant des images, des fantasmes, des slogans, des célébrités et de la violence, plus nous risquons l\u2019implosion.» La menace d\u2019un abrutissement par l\u2019idolâtrie, qui devrait mieux la pressentir que les Québécois?A cause de leur différence, un continent pèse sur eux.Collaborateur Le Devoir UEMPIRE DE L\u2019ILLUSION Chris Hedges Lux Montréal, 2012, 272 pages Héros anciens pour jeunes lecteurs Le cid Une légende espnggtôle UiuStTAi de-\tRa itiLtpfii df Rftfit ASaniijw Dt ANNE MICHAUD Depuis trois ans, les éditions de la Bagnole et Soulières éditeurs unissent leurs forces en publiant un ouvrage de la littérature mondiale adapté pour les jeunes lecteurs.11 y eut d\u2019abord Les aventures de Don Quichotte le chevalier errant en 2010 (voir Le Devoir, édition du 24 avril 2010), puis La fabuleuse odyssée d\u2019Ulysse en 2011; ce printemps est arrivé en librairie Le Cid, une légende espagnole.Ces trois ouvrages ont d\u2019abord été publiés en espagnol par l\u2019auteure et profes-seure Rosa Navarro Duran, qui a pris soin de ramener les 13 F£ST/Val POÉ^is textes à des proportions adaptées aux jeunes lecteurs.Dans les trois cas, les résultats sont extrêmement concluants et respectent les œuvres originales, tout en étant évidemment beaucoup plus accessibles.Dans La fabuleuse odyssée, par exemple, les aventures et mésaventures d\u2019Ulysse, les interventions de la déesse Athéna, les tribulations de son fils Télémaque ainsi que les autres éléments principaux de la légende sont racontés de manière claire et captivante.Pour sa part.Le Cid présente la légende espagnole dont Pierre Corneille s\u2019est inspiré pour sa célèbre pièce du même nom: on y fait la connaissance de Rodrigo Diaz de Bivar, un petit chevalier de Castille dont le courage et le sens de l\u2019honneur lui permirent de réaliser de véritables exploits, racontés et célébrés durant des siècles après sa mort.Dans les trois cas, les abondantes illustrations de l\u2019artiste catalan Erancesc Rovira donnent vie aux personnages qui peuplent ces textes mythiques d\u2019une manière très ludique, alors que les traductions en français d\u2019ian Ericksen sont impeccables.Ils sont vraiment très chanceux, les jeunes lecteurs québécois qui découvriront de belle façon ces œuvres légendaires et magistrales.Collaboratrice Le Devoir LES AVENTURES DE DON QUICHOTTE LE CHEVALIER ERRANT LA FABULEUSE ODYSSÉE D\u2019ULYSSE LE CID, UNE LÉGENDE ESPAGNOLE Textes adaptés par Rosa Navarro Duran Traductions en français d\u2019ian Ericksen Illustrations de Erancesc Rovira Editions de la Bagnole et Soulières éditeur Montréal, 2010, 2011 et 2012 Dès 10 ans LE NOUVEAU PRIX DU FESTIVAL DE LA POÉSIE DE MONTRÉAL PRÉSENTÉ PAR LA MAISON DE LA POÉSIE DE MONTRÉAL ET LA CAISSE DESJARDINS DE LA CULTURE Ce Prix a pour but de récompenser une œuvre poétique qui, par ia quaiité de ses recherches Ibrmeiies et thématiques, sensibiiise ie grand pubiic à ia poésie actueiie.Cette récompense rempiace le Prix des lecteurs du Festival.Huit recueils publiés au cours de la dernière année ont été sélectionnés par un jury formé de trois membres appartenant aux milieux des librairies, des bibliothèques et au monde de l'enseignement.Le poète lauréat, qui sera dévoilé lors de la cérémonie d\u2019ouverture du marché de la poésie, recevra une bourse de 1000$.Les quatre finalistes sont : LE BRUISSEMENT DES POSSIBLES D\u2019ANTOINE BOISCLAIR (LE NORO VIEILLIR DE LOUIS-PHILIPPE HEBERT (LES HERBES ROUGES VERCHIEL DE BENOIT JUTRAS (LES HERBES ROUGES JE VOUS REJOINDRAI AU TERMINUS VIDE D\u2019ALEXIS LEFRAN LA PLEINE LUN 01 [Q 311 IMS MAISONdela P©ÈSIE deMontréal caisse culture ^ Desjardins Québec \u201cS te LE DEVOIR LES HERBES ROUGES ^ l^Hexagone -\tT>T\tBireau Oes felMÉs « ®RECF\t|«|\tSSr MoTTréal© Jonathan Lemire Portraits de patriotes de JMn-JM'P\" (tuvres Un ouvrage d\u2019exception pour un trésor national 103 portraits de Jean-Joseph Girouard et 97 biographies par Jonathan Lemire.vlb éditeur Une société de Québécor Media editionsvlb.com ROMAN JEUNESSE Mon frère le chimpanzé ANNE MICHAUD Auteur de la trilogie Silverwing, vendue à plus d\u2019un million d\u2019exemplaires à travers le monde, et lauréat du Prix du Gouverneur général pour son roman Airborn, Kenneth Qp-pel fait son entrée chez Québec Amérique avec Demi-frère, traduction du roman Half Brother qui lui a valu les prix de l\u2019Association canadienne des bibliothèques dans les catégories Children et Young Adult.Demi-frère est de toute évidence inspiré par l\u2019expérience scientifique qui a récemment fait l\u2019objet d\u2019un documentaire remarquable {Project Nim) : dans les années 70, un jeune chimpanzé est enlevé à sa mère et élevé au sein d\u2019une famille humaine, dans le but de lui apprendre à communiquer par le langage des signes.Pour Ben, un adolescent de 13 ans, l\u2019arrivée d\u2019un chimpanzé dans sa famille entraîne de multiples changements, à commencer par un déménagement à l\u2019autre bout du pays, une nouvelle école et de nouveaux amis.Invité à prendre activement part à l\u2019apprentissage de Zan (diminutif de Tarzan) , Ben s\u2019attache à lui et en vient même à le considérer comme une sorte de demi-frère adoptif Les liens qui se tissent entre Ben et Zan sont si forts que, lorsque l\u2019expérience prend brutalement fin.le garçon est prêt à tout, et même à braver la loi, pour s\u2019assurer que le chimpanzé ne finira pas ses jours dans un laboratoire pharmaceutique.A travers cette histoire, Kenneth Qppel pose des questions extrêmement pertinentes sur les relations entre les humains et les animaux, l\u2019importance des liens familiaux et la capacité, ou l\u2019incapacité, des parents et des enfants à communiquer entre eux.Et ces questions, il les pose à travers le personnage de Ben, c\u2019est-à-dire celui d\u2019un adolescent ordinaire (préoccupé par les filles, ses copains et l\u2019école) qui est involontairement plongé dans une expérience qui bouleverse sa vie.Si Demi-frère réussit à toucher les jeunes lecteurs francophones, ce sera sûrement parce qu\u2019ils partageront les préoccupations et les incertitudes vécues par Ben, mais aussi grâce à la très belle traduction de Lori Saint-Martin et Paul Gagné de ce roman jeunesse exceptionnel.Collaboratrice Le Devoir DEMI-FRÉRE Kenneth Oppel Traduction en français de Lori Saint-Martin et Paul Gagné Québec Amérique, coll.«Tous continents» Montréal, 2012 12 ans et plus POESIE Les clowns tristes HUGUES CORRIVEAU L> humour et la poésie: aller-' giques s\u2019abstenir.L\u2019âme inconsciente du pétoncle est affligée de l\u2019influence des humoristes, gangrenée par un souci de niaiseries qui s\u2019encrassent.Comme chacun le sait, les livres de cuisine font recette.Alors, imaginons une poète qui décide de concilier ces deux tendances à la mode, et le sous-titre de son recueil s\u2019imposera de soi : «Poésie à saisir sur le feu vif».Ah ! Ciel ! Allons-y, ^ mangeons un peu avec l\u2019auteure «deux œufs bacon un ordre de toasts pas de beurre!», ou aidons-la à «fabriquer une dariole (flan au beurre et aux œufs)»\\ «l\u2019œuf est brisé cassé violé battu fouetté / sans DPJ pour le protéger lui pas encore né // au four chaud devient cuit cuit cuit».Qn retiendra aussi ce titre: La Castafiore chante comme une casserole parce qu\u2019elle a une santé de fer.et, courage, lisons le début du texte: «la voix a cappella s\u2019égosille sans phrasé sans roulades la chanteuse vocalise et sanglote comme ma poésie qui s\u2019effiloche» (on reste évidemment surpris de tant de conscience devant son propre talent, sans compter le fait que ce n\u2019est pas très français de dire qu\u2019une «voix s\u2019égosille »).Qn a beau prétendre que la chair est triste, on ne peut s\u2019empêcher de se dire que la poésie peut l\u2019être également.Surtout lorsqu\u2019on essaie de nous convaincre que « la crème est sur le dessus.jusqu\u2019à ce qu\u2019on la verse » ou, dans un autre domaine, que « la vieillesse est la période où l\u2019on gère les trous d\u2019hommes», quand ce n\u2019est pas une confidence absconse qu\u2019on nous susurre: «Je n\u2019ai pas le pied marin alors ne me mène pas en bateau.» Vous pleurez ?Moi itou ! Pas autant que le «je» du texte intitulé La toutoune a vingt ans qui se plaint «[d]es gras trans», affirmant: «je suis une grasse en transe».Disons que rien ne tient dans ce livre malgré la grande compassion de l\u2019auteure pour les vieux, les malades, les vaches ou les chars.Mais allons, soyons bon joueur, ce recueil peut servir tout de même à apprendre aux incultes, ce qui n\u2019est pas peu, «que la cytologie draine les si- nus / que la pathologie étudie les pattes // que l\u2019anatomie scrute les régions anales // que la gynécologie débusque les génies», pendant que je souffre vraiment beaucoup devant un bêtisier pareil.Trouver pire ?Dans Le miroir mural devant la berceuse électrique, titre époustouflqnt de son septième recueil.Éric Charlebois introduit une suite de suppliques au père et à la mère pour se demander ,c,neA\u201eo,a\tpaf uprès: «à qui confie-t-on ses parents, dans son testa-\u201cétoncle\tment»! Mais dans la partie la plus volu- ______ mineuse, «Qpistogra- phie» (sic), on suit la méthode pour assembler un gazebo, métaphore d\u2019un lieu de recueillement ou de protection.Soulignons que les textes y sont numérotés «à rebours pour la contre\u2019éruption, la descente»] Ça aussi c\u2019est très douloureux, car si, par improbable, nous nous étions adonnés à la fabrique de l\u2019abri: «Nous aurions fait un tripot de / nos lèvres / de gomme à effacer».Mieux vaut s\u2019abstenir alors.L\u2019auteur rencontre-t-il une travailleuse de la guenille qu\u2019il lui avoue, goguenard: «A brûle-courtepointe, / je t\u2019enduis de ma poudre / d\u2019escampette.// Ton utérus demeurera rustique et / soute céleste.// Tu cherchais un charnier./ Je cherche encore une charnière.» Alors, pour détaler devant l\u2019engouement culinaire de la poète du pétoncle ou pour fuir l\u2019envoûtement de la berceuse électrique chez le poète manufacturier, il vaut mieux oublier au plus vite, comme le dit ce dernier, ces «chejs de hors-d\u2019œuvre».Collaborateur Le Devoir UÂMÉ INCONSCIENTE DU PETONCLE Poésie à saisir sur le feu vif Erancine Allard Editions d\u2019art Le Sabord, coll.« Recto verso» Trois-Rivières, 2012, 94 pages LE MIROIR MURAL DEVANT LA BERCEUSE ELECTRIQUE Éric Charlebois Éditions David, coll.« Voix intérieures » Ottawa, 2012, 112 pages LE DEVOIR LES SAMEDI 19 ET DIMANCHE 20 MAI 2012 F 7 LIVRES La philosophie racontée par Bertrand Russell NORMAND BAILLARGEON Cette histoire de la philosophie occidentale, en deux forts volumes présentés sous élégant boîtier, est une nouvelle traduction, après celle parue en 1952 chez Gallimard, d\u2019un ouvrage paru en anglais en 1945.Son auteur, Bertrand Russell (1872-1970), est un logicien, mathématicien, philosophe et réformateur social hritannique qui est universellement reconnu comme un des très, très grands esprits du siècle dernier.La petite histoire de la rédaction de l\u2019ouvrage mérite d\u2019être contée.Petite histoire d\u2019un best-seller En 1938, Russell quitte l\u2019Angleterre pour aller enseigner un an à l\u2019Université de Chicago.La guerre l\u2019y surprend avec femme et jeunes enfants et le contraint à l\u2019exil.Quand son contrat se termine, il lui faut donc désespérément un emploi.On lui propose un poste qu\u2019il accepte au City College de New York.Mais, coup de théâtre, une mère de famille lui fait un procès pour annuler l\u2019offre d\u2019emploi sous le prétexte que Russell est indigne d\u2019enseigner la philosophie à New York.Russell ! Un génie dont la place dans l\u2019histoire de la philosophie et des mathématiques est assurée depuis longtemps déjà.Mais il est vrai que ses idées politiques et morales, notamment sur la sexualité, sont impopulaires, si impopulaires, en fait, que la mère gagne ce procès.L\u2019affaire fait scandale, pendant que le philosophe court les cachets.11 fait du journalisme et n\u2019a souvent que le prix de l\u2019aller par train à la conférence qu\u2019il a accepté de donner.Sur ce, nouveau coup de théâtre: un richissime Américain tire le philosophe d\u2019emharras en l\u2019emhauchant pour enseigner à sa fondation.La guerre terminée, Russell rentre en Angleterre en emportant le manuscrit issu de ces cours : c\u2019est celui du présent ouvrage.11 deviendra un immense succès, sans cesse réédité depuis lors.Mérites.et défauts de l\u2019entreprise russellienne Bien entendu, cette histoire de la philosophie, qui suit les découpages temporels classiques, est intéressante d\u2019ahord et avant tout parce qu\u2019elle est celle de Russell: c\u2019est le grand philosophe, ici, qui parle de Platon, d\u2019Aristote, de Descartes, de Berkeley et de tous les autres dont il nous entretient.Cette médaille a cependant son revers.Pour commencer, Russell, il le reconnaît d\u2019emhlée, n\u2019est pas un historien de la philosophie.S GABY (1872-1970) Mathématicien, iogicien, phiiosophe et réformateur sociai, ie Britannique Bertrand Russeii est reconnu comme ie fondateur de ia iogique moderne.Photographié ici chez iui au Pays de Gaiies par ie Montréaiais Gabriei Desmarais.encore moins un spécialiste de tous les auteurs dont il traite.La perspective est donc inévita-hlement personnelle et adopte des positions qui, en certains cas, ne sont pas orthodoxes.De plus, Russell, très fort sur les auteurs qu\u2019il connaît bien (Leibniz, Dewey, les philosophes analytiques, par exemple), est non seulement moins solide (et parfois même faible) sur d\u2019autres, mais il est aussi injuste envers certains penseurs.11 n\u2019a par exemple jamais eu en grande estime (c\u2019est un euphémisme) certains philosophes occidentaux et il leur accorde ici une place qui reflète ses jugements: Kierkegaard, Heidegger et Husserl, pour m\u2019en tenir à eux, sont tout simplement absents de cette histoire de la philosophie parue en 1945, tandis que le poète Lord Byron, que Russell aimait, a droit à un chapitre tout entier ! Ces idiosyncrasies ne doivent toutefois pas masquer les indéniables mérites du livre, qui en ont fait un best-seller.J\u2019en vois au moins trois.Pour commencer, Russell est un écrivain très doué, plein d\u2019esprit et d\u2019humour, capable de produire à volonté images et formules qui font mouche.Ensuite, l\u2019érudit qu\u2019est Russell se double d\u2019un pédagogue remarquablement clair, qui invite à penser et, surtout, capable de faire comprendre et aimer la philosophie.Enfin, et la chose était relativement nouvelle à l\u2019époque, il ambitionne de raconter l\u2019histoire de la philosophie occidentale en rattachant solidement ses penseurs et leurs idées au contexte politique et social dans lequel ils sont apparus.C\u2019est là un ambitieux programme et il est fort bien réalisé, dans la majorité des chapitres.En bout de piste, voici donc un ouvrage qui tantôt séduira, tantôt fera rager un philosophe «professionnel», mais qu\u2019on pourra sans gêne donner à un débutant qu\u2019on aura averti de tout ce qui précède \u2014 et en y adjoignant une histoire plus classique de la discipline ! Collaboration spéciale Le Devoir HISTOIRE DE LA PHILOSOPHIE OCCIDENTALE Bertrand Russell Les Belles Lettres Paris, 2012, 2 volumes sous coffret De l\u2019art de séduire en politique SEBASTIEN VINCENT Garibaldi,Jaurès, Roosevelt, Thatcher, Bhutto, Berlusconi, Obama : ces personnalités aux trajectoires différentes ont montré que la séduction est inhérente à la politique.Car il s\u2019agit de «séduction», tant «le processus de conquête de l\u2019opinion et le jeu des apparences déployées par leurs acteurs rappellent les mécanismes les plus sensibles de la séduction amoureuse», écrit l\u2019historien Christian Delporte dans cet essai fouillé qui soutient l\u2019idée que «la politique est un art du paraître» depuis l\u2019Antiquité.Synonyme de beaux parleurs, «la séduction en politique a confusément conservé la marque du démon.Vous ne trouverez guère de leaders avouant publiquement leur volonté de charmer l\u2019opinion».De fait, le coup de foudre en politique sent l\u2019intrigue, le mensonge, la manipulation.César tenta de conquérir le peuple pour s\u2019imposer à Rome.Louis XIV fit des courti- CHRISTIAN DELPORTE Une histoire de la séduction politique sans des maîtres dans «l\u2019art de ramper».HiÜer et Mussolinî forgèrent leurs stratégies de séduction sur leur charisme.«La démocratie et le suffrage universel ont changé la donne.[.] Jamais, alors, la nécessité de séduire le peuple, l\u2019opinion ou l\u2019électorat n\u2019a été aussi vive.Le phénomène s\u2019est accéléré au milieu du xV siècle, à mesure que ce sont érodés les clivages idéologiques, que les signes d\u2019appartenance à une famille politique se sont effacés, que les partis n\u2019ont plus été les seuls maîtres des carrières individuelles».John P.Kennedy incarna ce changement en inventant un mode de séduction politique inédit: «la séduction cathodique».Avec lui, la télévision est devenue un outil de séduction.JPK fit de nombreuses émules, dont Pierre Elliott Trudeau au Canada anglais, soutient Delporte.Ainsi, les manifestations de la séduction politique ont progressivement transformé en spectacle la chose politique tandis que le politique s\u2019est appliqué à s\u2019humaniser.Aujourd\u2019hui, «l\u2019exposition de l\u2019intimité [des politiciens] s\u2019inscrit dans une stratégie de \u201cpeopoli-sation \u201d».Cela a pour effet d\u2019élever l\u2019homme et la femme politiques au rang de stars, phénomène auquel est directement relié l\u2019essor des magazines, de la radio, de la télévision, des stratèges de la communication et (Jes médias sociaux.À l\u2019ère de «l\u2019affectivité publique » dans une société occidentale prônant des valeurs de consommation individuelle, l\u2019homme et la femme politiques paraissent plus que jamais devoir susciter avant tout l\u2019émotion, le désir.Pourtant, la politique ne saurait, et ne devrait, se réduire à des perceptions.Cet ouvrage propose un voyage au pays des héros adulés, des dictateurs hypnotiques, des «first ladys», des dames de cœur ou de fer, des saintes combattantes et des foules versatiles.11 donne avant tout à réfléchir aux troublants rapports que les gouvernants entretiennent depuis des siècles avec leurs gouvernés.Collaborateur Le Devoir UNE HISTOIRE DE LA SEDUCTION POLITIQUE Christian Delporte Champs histoire Paris, 2012, 381 pages TELUQ L'université.Aujourd'hui.^ Ces exemples d'ouvrages parus récemment témoignent de la diversité des thématiques de recherche et d'études de nos professeurs-chercheurs, de leur dynamisme ainsi que de leur engagement dans l'espace public.Éric Bédard LES RÉFORMISTES RECOURS , AUX SOURCES n BENESSAIEH, Afef.La gbbaUsation de la politique mondiale : Une introduction aux relations internationales, Modulo Éditeur.?Mïsrm ta cristallisation de l'ombre Formotion et appi organisationnel DAVEL, Eduardo et TREMBLAY, Diane-Gabrielle.Formatbn et apprentissage organisationnel: La vitalité de ta pratique, Presses de l'Université du Québec.Normand Landry rrUu* d\u2019André NIKk L- LANDRY, Normand.StAPP; Bâillonnement et répression judiciaire du discours politique.Les Éditions Écosociété.BÉDARD, Éric.Les réformistes : Une génération canadienne-française au milieu duXiX\u2018 siècle.Les Éditions du BoréaL \u2022\tPrix de la présidence de l'Assemblée nationale du Québec \u2022\tPrix Clio-Québec de la Société historique du Canada \u2022\tRéédité en format poche « Boréal Compact » en janvier 2012 BÉDARD, Éric.Recours aux sources : Essais sur notre rapport au passé.Les Éditions du BoréaL \u2022\tDans le Top 10 des meilleures ventes d'essais québécois du palmarès Le Devoir, pendant quatre semaines \u2022\tLivre «coup de cœur Renaud-Bray» POUR UN REGARD-MONDE Armand Mattelart Michel Sénécal MATTELART, Armand.Pour un regard-monde : Entretiens avec Michel SénécaL Les Presses de l'Université de Montréal.LA SOCIETE SAVANTE Communication et cognition sociale Jean Robillard Petit traité de l\u2019erreur ROBILLARD, Jean.La société savante : Communication et cognition sociale.Presses de tUniversité du Québec.ROBILLARD, Jean.Petit traité de l'erreur.Les Éditions Liber.BLETON, Paul La cristallisation de Tombre : Les origines oubliées du roman d'espionnage sous la HT République, Les Presses universitaires de Limoges.GESTION DES RESSOURCES HUMAINES TREMBLAY, Diane-Gabrielle et ROLLAND, David.Gestion des ressources humaines : Typologies et comparaisons internationales, nouvelle édition.Presses de l'Université du Québec.Conciliation emploi-famille et temps TREMBLAY Diane-Gabrielle.Conciliation emploi-famille et temps sociaux, nouvelle édition.Presses de l'Université du Québec.TELUQ.CA 11888 843-4333 F 8 LE DEVOIR, LES SAMEDI 19 ET DIMANCHE 20 MAI 2012 ESSAIS Rock and philosophie Louis CORNELLIER Platon craignait les effets délétères de la musique populaire.Pour inciter la jeunesse à l\u2019ordre et à la vertu, il suggérait donc d\u2019interdire «toutes ces musiques qui troublent l\u2019âme et déchaînent les passions», rappelle Christian Boissinot, en introduction à Quand Platon écoute les Beatles sur son iPod, un ouvrage collectif qui explore l\u2019univers de la musique pop à partir d\u2019un angle philosophique.Ainsi, seule la musique «classique», harmonieuse, trouvait grâce aux yeux de l\u2019élève de Socrate.«Les instruments dionysiaques comme la flûte sont conséquemment bannis au profit de la lyre ou de la cithare, instruments d\u2019Apollon », ajoute Boissinot.Il y a presque autant de points de vue philosophiques sur la musique qu\u2019il y a de philosophes, explique Boissinot.Aristote, fidèle à son maître sur ce plan, qualifie la musique populaire de «musique d\u2019esclaves».Rousseau, qui en compose, considère la musique comme un langage ayant une origine commune avec la langue.Kant, lui, la traite de haut «parce qu\u2019elle joue avec les sensations».Schopenhauer, qui souffle à l\u2019occasion dans le pipeau, affirme qu\u2019elle révèle «l\u2019essence intime du monde», la fameuse Volonté, et qu\u2019elle console.Nietzsche, qui touche le piano et compose un peu, y trouve «une justification de la vie, même dans ce qu\u2019elle a de plus effrayant, de plus équivoque et de plus mensonger».Les auteurs réunis dans Quand Platon écoute les Beatles sur son iPod, presque tous professeurs de philosophie ou de littérature et musiciens eux-mêmes ou passionnés de musique, s\u2019inspirent de cette tradition et de philosophes plus récents pour penser philosophiquement la musique pop.«Dans la mesure où l\u2019on considère la philosophie comme un effort de réflexion portant sur tous les aspects de l\u2019expérience humaine, écrit Martin Godon, qui se penche sur le cas des Beatles, le compagnonnage de la guitare électrique ne peut représenter une barrière qui exclurait les rockers de l\u2019univers de la philosophie.» Plusieurs des essais proposés dans cet ouvrage offrent de stimulantes pistes de réflexion.En proposant d\u2019analyser la musique heavy metal à partir d\u2019une grille nietzschéenne, Patrick Daneau vise juste.«On trouve en effet dans les opéras de Wagner, écrit-il, les caractéristiques musicales propres au heavy metal, à savoir une utilisation extrême des basses et des percussions, des récits mythologiques et des voix puissantes, supportées par une orchestration titanesque.» Contre Platon, pourrait-on dire, «on assiste aux opéras de Wagner et aux concerts d\u2019Iron Maiden dans l\u2019espoir d\u2019insérer dans notre monde apollinien si mesuré une dose de monstruosité dionysiaque».La dissension Auteur d\u2019un essai sur Cioran, Sylvain David réfléchit à la portée politique de l\u2019œuvre du groupe punk anglais The AGENCE ERANCE-PRESSE Photo des Beatles prise le 26 décembre 1964, posant avec leur costume de tournée de Noël à l'Odéon à Londres.Clash, à l\u2019aide des idées du philosophe Jacques Rancière.Suf-fit-il de dénoncer les travers de la société pour faire œuvre politique, se demandait le chanteur du groupe dans les années 1980, ou faut-il aller plus loin et proposer des solutions de rechange?Pour Rancière, explique David, faire entendre la douleur des exclus et s\u2019approprier leur langage pour créer une fiction capable de transmettre leur réalité est en soi une démarche politique essentielle.En ce sens, l\u2019œuvre du Clash, qui chante et martèle la dissension, a une indéniahle valeur politique, conclut David.Personnellement, si j\u2019ai adoré Iron Maiden à l\u2019adolescence, je n\u2019aime pas du tout les Beatles et Pink Eloyd, que je trouve insignifiants.Pour- tant, ces deux derniers groupes sont des vaches sacrées de l\u2019univers rock.Cela soulève la question du relativisme esthétique, abordée ici par Normand Baillargeon.Peut-on discuter des goûts musicaux et trancher entre eux?Baillargeon le croit et propose la grille du philosophe anglais David Hume pour fonder un sain jugement esthétique.« Un jugement solide, écrivait Hume, uni à un sentiment délicat, amélioré par la pratique, perfectionné par la comparaison et purgé de tout préjugé, voilà qui seul peut conférer aux critiques cet inestimable caractère; et c\u2019est le verdict commun de tels juges, où qu\u2019ils se trouvent, qui constitue la véritable règle du goût et de la beauté.» Baillargeon voit là une réponse presque définitive au relativisme esthétique.Ce point de vue, qui fait appel à des notions pour le moins molles (délicatesse, bon sens, jugement), ne règle rien, quant à moi.Prenons l\u2019exemple des Beatles.Tout le monde ou presque les écoute et les aime, écrit Baillargeon, ou est en mesure d\u2019apprendre à les apprécier.Or, même si j\u2019aime la musique pop, ce n\u2019est pas mon cas.Dira-t-on que je manque de délicatesse et de bon sens?Il faudra alors le dire aussi de Glenn Gould, cité par Baillargeon lui-même, qui qualifiait la musique des Beatles de «répugnante» et dénonçait le «primitivisme de leurs harmonies », de même qu\u2019un «style d\u2019interprétation qui laisse indifférent».Gould leur préférait Petula Clark.Qui dit vrai, monsieur Hume?Le philosophe anglais Roger Scruton a l\u2019audace, lui, de ré- habiliter brillamment l\u2019idée de Platon en affirmant que la culture musicale d\u2019une époque influence la moralité de cette dernière.En ce sens, étant donné que les pop stars actuelles produisent une musique primaire et criarde, Scruton s\u2019inquiète de la vertu contemporaine.Reprenant la thèse d\u2019Adorno qui diagnostiquait une «régression de l\u2019écoute», le philosophe constate la tendance de la musique pop actuelle à mépriser la mélodie au profit d\u2019une bête pulsation et suggère que cette musique qui nous assaille s\u2019accompagne d\u2019un culte narcissique de la satisfaction immédiate et d\u2019un recul de l\u2019attention au monde et aux autres.Dans un solide essai plus technique, l\u2019auteur-compositeur Stéphane Venue explique d\u2019ailleurs la baisse de popularité de la chanson pop au Québec par un recul du sens de la mélodie chez les auteurs-compositeurs québécois actuels.Des essais des professeurs et paroliers Marc Chabot (philosophie de la chanson) et Dominique Corneillier (mon frère, malgré le «i», qui analyse Malajube avec Deleuze), de l\u2019écrivain Claude Vaillan-court (sur le jazz) et plusieurs autres complètent cette fête gaillarde de la philosophie apprêtée à la sauce populaire.louisco @sympatico.ca QUAND PLATON ÉCOUTE LES BEATLES SUR SON IPOD Musique pop et philosophie Sous la direction de Normand Baillargeon et Christian Boissinot PUL Québec, 2012, 212 pages Vestiges seigneuriaux DAVE NOEL L> étalement urbain caracté-' risé par la médiocrité architecturale et le culte de l\u2019automobile ne favorise pas uniquement l\u2019obésité et la destruction des meilleures terres agricoles du Québec.Son expansion se fait également aux dépens des vestiges du système seigneurial qui contribuent à la spécificité du paysage québécois.Dans sa Brève histoire du régime seigneurial, Benoît Grenier rappelle que ce mode de distribution des terres ne s\u2019est pas implanté durablement dans l\u2019ensemble de la Nou-velle-Erance.Il s\u2019agit plutôt d\u2019un élément caractéristique de la vallée du Saint-Laurent où plus de 350 fiefs sont concédés jusqu\u2019à la Conquête et même au-delà.En général, les seigneuries adoptent la forme d\u2019un rectangle allongé à l\u2019instar des censives attribuées aux colons.En échange de sa terre, le censitaire doit verser un loyer annuel et faire moudre son grain au moulin du seigneur.En plus des revenus générés par le peuplement, ce dernier bénéficie de privilèges honorifiques et de certains pouvoirs, dont celui d\u2019instaurer un tribunal local de première instance.En Nouvelle-Erance, c\u2019est l\u2019aristocratie qui détient la plus grande partie du territoire seigneurial, suivie par le clergé et la roture.L\u2019achat d\u2019une seigneurie ne donne toutefois pas accès à la noblesse, même s\u2019il s\u2019agit d\u2019un fief titré, comme la châtellenie de Coulonge, la baronnie de Longueuil ou le comté de Saint-Laurent (île d\u2019Qrléans).Pour l\u2019auteur, l\u2019émergence de seigneurs roturiers, parfois analphabètes, témoigne « des possibilités exceptionnelles et circonstancielles offertes par le contexte colonial en Nouvelle-France».En revanche, « devenir seigneur n\u2019implique pas la capacité de le rester de génération en génération», comme le démontre la déchéance des Trem-l^lay de la seigneurie des Éboulements.Le régime seigneurial touche également les Amérindiens.En 1651, le fief de Sillery leur est d\u2019ailleurs concédé dans l\u2019espoir d\u2019y «rassembler les peuples errants de la Nouvelle-France».Ces seigneurs autochtones sont toutefois placés sous la tutelle des Jésuites, qui prennent possession de leur seigneurie au tournant du xviL siècle.Les Hurons de Wendake attendent toujours une compensation.Les femmes peuvent aussi devenir «seigneuresses», à la mort de leur mari notamment.C\u2019est le cas de Geneviève Alliés, 20 ans, qui succède à son époux tué par les Britanniques en marge du siège de Québec de 1759.«Devenir seigneur n\u2019implique pas la capacité de le rester de génération en génération» La chute de la Nouvelle-Erance n\u2019entraîne pas la disparation des seigneuries.Le gouverneur James Murray en concède d\u2019ailleurs deux nouvelles dans Charlevoix en 1762.Le changement de régime se fait toutefois sentir à long terme avec l\u2019acquisition de fiefs par la bourgeoisie britannique.Comme le rappelle Grenier, «ce phénomène introduit dans le monde rural du Québec un double rapport d\u2019altérité », à la fois social et ethnique.1821, une commission d\u2019enquête de l\u2019Assemblée législative du Bas-Canada va d\u2019ailleurs suggérer la suppression des cantons au profit d\u2019une généralisation de l\u2019ancien système.Le régime seigneurial est finalement aboli en 1854.Les censitaires peuvent alors payer une somme forfaitaire afin d\u2019acquérir leur terre ou verser une rente annuelle aux seigneurs dépossédés.En 1930, ils sont 60000 dans cette situation.C\u2019est afin d\u2019y mettre un terme que le gouvernement québécois légifère en transformant les rentes seigneuriales en taxe municipale, dont les derniers paiements sont effectués au début des années 1970.Le système seigneurial a longtemps été dépeint de manière idyllique par rhistoriographie avant de devenir «un outil d\u2019exploitation et de domination de la paysannerie » sous l\u2019influence du révisionnisme marxiste.Benoît Grenier demeure au-dessus de la mêlée tout en rappelant que «la distinction historique du Québec en Amérique du Nord ne passe pas ID: N TT Greniku Brève histoire du régime seigneurial BdHIvVL que par la langue et la religion catholique, elle réside aussi dans la spécificité seigneuriale qui a dicté tant les rapports à la terre et à la propriété que les rapports entre individus».Collaborateur Le Devoir BÏÎÈVE HISTOIRE DU REGIME SEIGNEURIAL Benoît Grenier Boréal Montréal, 2012, 246 pages Durcissement Au lendemain de la Conquête, on assiste également à un durcissement du système seigneurial provoqué par la saturation des terres et l\u2019augmentation des rentes exigées dans les nouvelles concessions.La hausse du «fardeau féodal» va d\u2019ailleurs colorer les rébellions patriotes qui prennent un caractère antiseigneurial dans la vallée du Richelieu, où le nombre de seigneurs d\u2019origine britannique est particulièrement élevé.Le processus qui mène à l\u2019abolition du régime débute en 1791 avec l\u2019Acte constitutionnel, qui préserve le système sans permettre son expansion.Le reste du territoire sera plutôt découpé selon un mode cantonal qui favorise la spéculation.En Invitations à la librairie Paulines MARGUERITE PORÈTE Mercredi 23 mai 19 h 30 Marguerite Porète : inspiration de maître Eckhart Avec Jean Bédard Jeudi 24 mai 19 h 30 Robert Bourassa Avec George-Hébert Germain Ihii^lines LIBRAIRIE Beaucoup plus qu'une librairie ! 2653 Masson, Montréal, Qc 514 849-3585\tsodec Québec a! contribution suggérée : 5$ Un guide pour la présidentielle américaine Imaginez un livre qui grossit à mesure que vous le lisez.Au fd des événements, les faits sont corrigés, les analyses s\u2019approfondissent, et le bouquin n\u2019atteint son stade définitif qu\u2019une fois son sujet épuisé.C\u2019est ce que proposent I^rine Prémont et Élisabeth Vallet, cherchepses à l\u2019Observatoire sur les Etats-Unis de l\u2019UQAM, avec leur livre électronique Petit guide élections présidentielles américaines 2012, publié aux éditions du Septentrion\tUne fois le fichier, epub téléchargé, le lecteur s\u2019inscrit à une liste qui l\u2019avise par courriel des mises à jour qui seront apportées jusqu\u2019à l\u2019investiture dp président en janvier 2013.A mesure que les auteures se mettaient elles-mêmes au diapason de ces nouvelles technologies, leur publication a évolué d\u2019une prose traditionnelle à une plateforme multimédia qui présente maintenant une couverture vidéo, audio et in-fographique de la campagne.Un guide à l\u2019intention des Québécois, qui saura leur conférer le langage politique nécessaire pour appréhender la frénésie médiatique entourant la présidentielle de 2012.- Le Devoir DANS LE BULLETIN D\u2019HISTOIRE POLITIQUE LE CINÉMA DES GUERRES MONDIALES bulletin D'histoire politique Le cinéma des guerres mondiales au Québec Tlb editeiir Une société de Québécor Media "]
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