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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier F
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  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Le devoir, 2012-06-16, Collections de BAnQ.

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[" .'*1' ] Une nouvelle enquête de Maud Graham signée Chrystine Brouillet Page F 3 Pour comprendre le capitalisme et ses ennemis Page F 6 LIVRES CAHIER F > LE DEVOIR, LES SAMEDI 16 ET DIMANCHE 17 JUIN 2012 Québeci \u2022 érrfique CHRISTOPHER ANDERSON MAGNUM PHOTOS « Partis d\u2019une morale catholique officielle très rigoureuse, les Québécois en sont venus, dans les années 1970, à vivre des expériences sexuelles contre-culturelles qui sembMent les éloigner à jamais des censures et des prohibitions du début du siècle.» JEAN-FRANÇOIS NADEAU CATHERINE LALONDE Dans l\u2019entre-deux-guerres, un certain Montréal devient un important centre de divertissement en Amérique du Nord.Le jeu, la vie nocturne et l\u2019alcool n\u2019y ont peut-être pas bonne presse, mais ils y restent largement accessibles.Il y avait là une sorte de Petite Havane, un «Paris de VAmérique du Nord», diront les admirateurs et les noctambules, blotti au creux d\u2019une société à la morale bigote, où le chapelet se disait en famille et où les chantres d\u2019un monde nouveau espéraient, comme dans Maria Chapdelaine, qu\u2019au pays du Québec rien ne change et rien ne meure.A Montréal, alors, quelque 80 bordels ont pignon sur rue, pratiquement tous situés dans un périmètre d\u2019environ six pâtés de maisons, une zone bornée par les rues Saint-Laurent, Craig (Saint-Antoine), Saint-De nis et Sherbrooke.C\u2019est le Red Light montréalais, le fameux Quartier rouge, dont les dernières façades, comme celle du longtemps irréductible Cabaret Cléopâtre, sont ces jours-ci dé- montées pierre par pierre.Une étude américaine menée durant la Seconde Guerre mondiale démontre que la moitié des hommes mariés auraient eu des relations sexuelles en dehors des liens qui les unissaient à leur douce moitié.Situation toute probable ici aussi, dans le Quartier rouge ou dans les maisons closes des régions, expliquent Caroline D\u2019Amours et Jeff Keshen dans un des textes qui composent Une histoire des sexualités au Québec au XV siècle.Ce livre, placé sous la direction de Jean-Philippe Warren, comble un vide : alors que la sexualité est au cœur de l\u2019existence humaine et, partant, de son histoire, elle n\u2019a pas fait spécialement l\u2019objet d\u2019étude au Québec.Ou si peu.D\u2019ordinaire, un ouvrage collectif souffre de dissemblances importantes entre ses différentes parties.Ici, Jean-Philippe Warren a traduit lui-même un certain nombre de textes, auxquels sa plume donne le style et, dans l\u2019élan, une certaine cohérence à l\u2019ensemble.Malgré l\u2019allure drabe de la couverture, l\u2019ouvrage est accessible, le sujet important.Pour Jean-Philippe Warren, il est dommage que les chercheurs se soient si peu intéressés jusqu\u2019ici à une histoire qué- bécoise de la sexualité «pour mieux comprendre le parcours ayant mené du Canada français clérical au Québec étatique».En matière de sexualité, ce presque pays a connu une trajectoire qui éclaire d\u2019autres facettes de son existence.«Partis d'une morale catholique officielle très rigoureuse, les Québécois en sont venus, dans les années 1970, à vivre des expériences sexuelles contre-culturelles qui semblaient les éloigner à jamais des censures et des prohibitions du début du siècle.» Mais les transformations de l\u2019intimité ont-elles renversé le produit public de l\u2019ordre sexuel traditionnel ?Pas si sûr, au final.«La sexualité, que ce soit celle de la Grande Noirceur ou celle de la révolution sexuelle, demeure toujours insérée de manière dynamique, complexe et éminemment conflictuelle dans la trame de la culture commune et des politiques publiques.» Et c\u2019est ce qui ressort de ce portrait en croupe du Québec: malgré la contrainte morale, la sexualité, comme un ruisseau détourné, y a trouvé des façons, parfois perverties par les barrages qu\u2019on lui pose, de se vivre et de sq dire.A travers la prostitution.À travers les courriers du coçur.A travers la confession.A travers les jour- naux jaunes, ces publications «qui représentaient le milieu du cabaret à Montréal et publiaient des anecdotes et potins sur les clients, les artistes, la police et l'administration municipale», comme le précise l\u2019étude de Viviane Namaste.Ces feuilles de chou jouaient avec un certain contenu sexuel, et ont conséquemment dû lutter contre la censure.Et si l\u2019on observe la littérature québécoise par le trou de la serrure de la chambre à coucher?«On y trouve, de façon étonnante, beaucoup plus d'érotisme que ce que l'on croit», a indiqué en entrevue au Devoir la spécialiste de l\u2019érotisme en littérature québécoise Élise Salaün.Auteure (f Oser Eros, Salaün a analysé une centaine de romans d\u2019ici.Cupidon y est souvent cornu.Dès les premiers romans, en fait, où, comme dans VAngéline de Montbrun de Laure Conan, en 1882, on «trouve des histoires d'amour de surface, très gentilles et douces, avec ces filles aux cous d'albâtre et aux joues roses, en face de ces garçons qui leur font des révérences.Mais où on voit aussi déjà des transgres- VOIR PAGE F 2 ÉROTIQUE Lire aussi > Éros décorseté de Nils C.Ahl.Page F 2 F 2 LE DEVOIR LES SAMEDI 16 ET DIMANCHE 17 JUIN 2012 LIVRES ÉROTIQUE SUITE DE LA PAGE E 1 sions réalistes: un personnage qui viole, est libertin, fréquente les maisons closes.Les scènes sexuelles sont toutes là.Mais comme les transgressions viennent de personnages «mauvais», c\u2019est comme si ces livres s\u2019autoré-gulaient moralement».Relative acception qui permet le glissement de frissons dans le récit.« Quand le récit allait trop loin, les auteurs en étaient punis, souvent en perdant leurs emplois.» Comme Albert Laberge, qui publie en 1918 La Scouine, où «on a des scènes de masturbation et de coït animal spontané».Comme Arsène Bessette avec Le débutant, en 1914, qui décrit les us et coutumes du Red Light et de ses travailleuses.Comme Rodolphe Girard pour Marie Calumet, en 1904, cette «monographie de paroisse», Jacques Perron, considérée à sa parution comme «un danger de perversion morale, esthétique et littéraire» parce qu\u2019elle met en parallèle des passages de la Bible et la vie du presbytère, et reprend des parties du Cantique des cantiques.Le Québec «a un rapport de culpabilité profond à l\u2019érotisme, qui ne peut s\u2019exprimer que dans un rapport à la transgression.».Ce joug s\u2019qllégera dans les années 1960, l\u2019Éros fleurdelisé devient plus puissant, accompagnant la révolution sociale et la révolution sexuelle, celle des moeurs et des mentalités.Les récits restent assez durs.Marcel Godin signe des scènes de nécrophilie et d\u2019inceste; Marie-Claire Blais, dans Une saison dans la vie d\u2019Emmanuel, n\u2019y va pas de main morte.Pédophilie, inceste entre frères, caresses en Jisant la Bible et tutti quanti.A partir de 1980, avec le féminisme, «les textes vont chercher l\u2019autre, parlent de l\u2019interaction dans le rapport sexuel, où l\u2019homme et la femme s\u2019échangent la performance.Je pense à Un homme est une valse de Pauline Harvey».C\u2019est là, pour la spécialiste, les réels débuts de la littérature érotique au Québec.Légèrement en retard sur la France, déjà marquée par l\u2019éditrice et au-teure Régine Deforges, l\u2019érotisme s\u2019est «développé autant ici, mais à l\u2019échelle» de la population et du bassin d\u2019écrivains.Car c\u2019est dur, d\u2019être un bon auteur érotique.«Il faut être vraiment maître, comme l\u2019était Anats Nin, pour échapper au pire, à ces scènes répétitives, à des fins de consommation, qui frappent sur tous les clichés possibles.» Les pires de notre cru?«Dur à dire, car les valeurs sont toujours au cœur de nos choix.Je suis très mal à l\u2019aise avec la vision de la sexualité, que je trouve infantile, d\u2019Hubert Aquin et de VLB.On pourrait rapprocher Aquin de Sade \u2014 et pourtant, je n\u2019ai pas de problèmes avec Sade \u2014 dans l\u2019utilisation du viol pour glorifier la terreur.VLB, lui, rentre littéralement à coups de hache dans le corps de la femme, avec pénétration dans les morceaux qui restent.Par ailleurs, je ne peux vraiment pas dire que faime les productions des Lili Gulliver, Marie Gray, Julie Bray, William St-Hilaire.» Ces atmosphères feutrées et voluptueuses, si on en croit une générique quatrième de couverture, qui invite à s\u2019immiscer «dans les fantasmes intimes de femmes libres, entreprenantes et sûres d\u2019elles», ne,trouvent pas grâce aux yeux d\u2019Élise Salaün, qui en a lu d\u2019autres et n\u2019y voit qu\u2019une «littérature formatée pour le rendement commercial, basée sur la même structure de scènes à répétition qu\u2019un film porno, qui tape toujours sur les mêmes clichés».Et les meilleurs?«Il y en a tellement.Nelly Arcan, qui revisite le patriarcat.Marie José Thériault, en digne fille de son père.Yves Thériault, pour Œuvre de chair.Roger Des Roches pour La jeune femme et la pornographie, Roger Fournier, qui vient de disparaître, pour ]onrna\\ d\u2019un jeune marié, et f en oublie.Aujourd\u2019hui, une forme d\u2019engagement humain et de philosophie est au cœur de notre érotisme, plus qu\u2019avant, où l\u2019on retrouvait une dynamique prédateur-proie.» A heure de grande écoute des Occupation double et autres dérivés, trop présent au Québec, le sexe?«Je crois que c\u2019est maintenant une névrose sociale obsessionnelle.Bref, le contraire des années 1940-1950, où on n\u2019en parlait pas, sauf dans le confessionnal.Maintenant, c\u2019est comme un jouet avec lequel tu n\u2019as jamais pu jouer, et qu\u2019on te donne enfin : tu l\u2019agites dans tous les sens, sans fin, jusqu\u2019à le dénaturer; même s\u2019il ne fait plus de bruit, de son, de lumière, tu n\u2019es pas capable de passer à autre chose.La littérature va toujours s\u2019en sortir.Elle va, comme l\u2019art, toujours trouver une façon brillante de faire évoluer la société.» Le Devoir UNE HISTOIRE DES, SEXUALITES AU QUEBEC AU XXE SIECLE Sous la direction de Jean-Philippe Warren VLB éditeur, Montréal, 2012, 288 pages ENQUETE Bros décorseté La littérature érotique a vu, en une génération, ses frontières et ses genres se troubler.Débarrassée de ses carcans, plus féminine, bousculée par Internet, elle se déploie en pleine liberté à travers des textes aux formes inédites.Ce qui n\u2019empêche pas la réédition de classiques.NILS C.AHL \\ A en croire la rumeur, le sexe est partout.Qu plus exactement, il ne se cache plus.11 se montre, on le montre, on le raconte.Depuis la fin des années 1960, la parole s\u2019est libérée.Depuis le milieu des années 1970, la défaite des censeurs est avérée.Le sexe n\u2019est plus un tabou, s\u2019il l\u2019a jamais été en littérature.Ces dernières décennies, la publicité, la mode ou la télévision ont abondamment témoigné de cette qbrupte révolution des moeurs.A l\u2019orée du siècle nouveau, Internet est probablement la corne d\u2019abondance pornographique la plus prolifique de l\u2019histoire.Des images, des photos, des vidéos, des films, mais également une longue litanie de récits poivrés, de blogues intimes, de textes de tous ordres et en toutes langues.Dont des classiques de l\u2019érotisme littéraire, libres de droits.Qn voudrait croire la littérature et la librairie érotiques en piètre état, il n\u2019en est rien.En revanche, en une génération, les frontières et les genres ont tremblé.Les rayonnages des libraires également.Un premier bilan d\u2019une nouvelle époque pornographique s\u2019esquisse certainement, après une fin de xx® siècle rythmée par les transformations technologiques, réglementaires et culturelles.Dans une société envahie par l\u2019image, l\u2019écriture sensuelle joue encore un rôle, mais un rôle différent parce que bien plus diffus.L\u2019âge d\u2019or des petits romans osés, des romans de fesses, d\u2019une littérature de gare pornographique, semble révolu.Si certains titres continuent de se vendre, les lendemains appartiennent à d\u2019autres formes romanesques.Les nouvelles générations ne passent plus à la librairie acheter un roman leste pour une distraction ponctuelle.Elles trouvent ailleurs des récits qui leur conviennent.En revanche, une création contempo- mi ODD ANDERSEN AGENCE ERANCE-PRESSE Dita von Teese, danseuse new burlesque et stripteaseuse raine «plus exigeante» séduit de plus en plus.Les lecteurs de cette nouvelle littérature sont moins exclusivement des hommes, à l\u2019image des écrivains qui la font \u2014 de plus en plus souvent des femmes.Encouragée par les nouvelles habitudes de consommation, la vente par correspondance se développe, l\u2019interactivité numérique aussi (réseaux sociaux, blogues, sites Internet), et le comportement de l\u2019amateur se banalise.Le sexe n\u2019est plus un tabou, s\u2019il l\u2019a jamais été en littérature définitivement.Publications sous le manteau, échoppes discrètes et douteuses, enfers des bibliothèques appartiennent au siècle dernier.Esparbec, le plus emblématique des pornographes contemporains (il revendique l\u2019étiquette), s\u2019en amusait déjà dans sa postface à La pharmacienne: «Qu\u2019est-ce qu\u2019on peut raconter comme conneries sur la pornographie ! Et sur la littérature ! Pourquoi diable devraient-elles toujours être à hue et à dia ?Pourquoi, d\u2019un côté, la fine fleur des \u201clittéraires\u201d classée en \u201cauteurs érotiques\u201d; et de l\u2019autre, les \u201cX\u201d.La littérature ne peut-elle jamais naître de la pornographie ?Lui échapper?La transfigurer sans la trahir ?» L\u2019his- toire littéraire lui donne raison \u2014 et l\u2019actualité éditoriale du moment le rappelle.Des pages d\u2019histoire La bonne réputation de l\u2019Œuvre érotique de Pierre Louÿs (1870-1925), dont une nouvelle édition paraît dans la collection «Bouquins» (Robert Laffont), en est une preuve.Ce volume rassemble de nombreux textes attendus ou encore inédits de l\u2019un des auteurs les plus prolixes et les plus sûrs du canon pornographique français.Dans un genre (un peu) plus convenable, son Aphrodite (« Folio »), a été «longtemps la grande lecture érotique des adolescents français».Ce texte, comme Les chansons de Bilitis (1894) ou La femme et le pantin (1898), ne représente pourtant que la partie émergée de l\u2019érotisme de Louÿs.Sa production la plus égrillarde, d\u2019une fécondité rare mais secrète, fut compulsive et ininterrompue de ses 18 ans jusqu\u2019à sa mort.Dispersée par sa veuve, il est peu probable qu\u2019on en connaisse jamais l\u2019intégralité.Louÿs est un pornographe de la meilleure espèce, de celle qui vieillit bien.Un classique.Un, parmi des dizaines d\u2019autres, anciens ou plus modernes, édités et réédités aujourd\u2019hui par des maisons généralistes ou plus spéciali- sées.La patine de l\u2019histoire es-torppe l\u2019inconvenance.À en croire l\u2019universitaire et essayiste Qlivier Bessard-Banquy, cette «libération d\u2019Eros» a cependant le défaut d\u2019avoir contaminé toute la création littéraire des décennies suivantes, «du premier ou du second rayon».Pour le meilleur, parfois, et surtout pour le pire.Qlivier Bessard-Banquy n\u2019est pas tendre avec les scènes de sexe répétitives et répétées, tristement mécaniques, d\u2019un grand nombre de romans contemporains.S\u2019il distingue, dans les années 1990 et 2000, des pornographies et des auteurs (de Michel Houellebecq à Catherine Millet en passant par Virginie Despentes), auxquels il concède davantage que des qualités de plume, il regrette une caricature de l\u2019obscénité, quand elle s\u2019invite en littérature générale.De l\u2019autre côté du spectre licencieux, rappelons que, parfois, l\u2019érotisme ou la pornographie naissent de la littérature (et pas seulement l\u2019inverse).Entre les lignes, malgré soi, comme dans le cas de Paul Léautaud, par exemple, dont vient de paraître l\u2019éloquente année 1935 du Journal particulier (Mercure de France).L\u2019écriture est blanchie, ascétique, loin de la métaphore apprêtée d\u2019un pornographe du dimanche.Et, ce faisant, le texte articule l\u2019œuvre du romancier et du diariste, fait l\u2019autopsie fantasmatique de l\u2019homme et de sa littérature.Notons deux textes qui viennent de paraître et qui répondent à la fois à des littéraires et à des érotiques.Tout d\u2019abord, le (faussement) charmant recueil de Jacques Drillon, Six érotiques plus un (Gallimard), qui s\u2019amuse d\u2019une esthétique classique et raffinée.Ensuite, le très curieux et inventif roman de l\u2019Américain Nicholson Baker, La belle échappée (Christian Bourgois), dont l\u2019œuvre formidable avance dans la fantaisie narrative comme dans la joie sensuelle.Qn n\u2019y est plus choqué de grand-chose: le sexe est une monnaie d\u2019échange, une expression, un ressort narratif comme un autre, aussi anodin et essentiel que l\u2019argent, la drogue ou la course à pied.Aux antipodes de l\u2019excitation facile, du roman de gare, mais aussi de la grande pornographie à la française : cela vaut le détour.Le Monde TOUTES NOS FELICITATIONS À MICHEL MARC BOUCHARD, NOMMÉ CHEVALIER DE L\u2019ORDRE NATIONAL DU QUÉBEC « Depuis une vingtaine d\u2019années, Michel Marc Bouchard poursuit avec constance la création d\u2019un univers dramatique remarquablement polyphonique.Aussi habile à dresser la comédie qu\u2019à nouer les drames, l\u2019auteur prête à un large spectre de personnages d\u2019origines et de conditions sociales fort diverses une parole acérée qui rejoint les publics de tous âges.» Solange Lévesque, Le Devoir 514 524-5558 lemeac@lemeac.com Québec «n EN APARTE De la tête au cul rv i I i Jean- François Nadeau Si une révolte est compréhensible, il n\u2019est pas dit pour autant que les gestes qui la matérialisent le sont forcément eux aussi.La révolte juste s\u2019abreuve parfois à des sources empoisonnées.Ainsi en est-il du salut fasciste.Certains manifestants l\u2019ont fait au cours des dernières semaines.Ils l\u2019ont fait devant des policiers pour dénoncer les abus de pouvoir du gouvernement libéral.L\u2019avenir est-il devenu une simple botte piétinant un visage au nom du bon droit d\u2019élections promises tous les quatre ans?comme s\u2019ils lui présentaient de la sorte un miroir.Bien sûr, il y a le mensonge, la manipulation, la corruption, le pillage des ressources naturelles, la régression sociale, l\u2019avidité de pouvoir, le mépris et le manque d\u2019humanité qu\u2019exprime à répétition ce gouvernement en un concentré quasi quotidien de mauvaise foi crasse.Mais tout cela ne suffit pas pour qualifier un gouvernement d\u2019hitlérien.Même sous le couvert de la dérision.Dans un beau recueil de ses articles intitulé Écrits corsaires, le cinéaste Pier Paolo Passolini montrait à quel point le terme «fasciste » en est tristement venu à être utilisé comme une simple insulte politique.Les dérives du langage ont dépossédé peu à peu le mot «fasciste» de son sens profond.Est fasciste désormais, par un effet de corruption du langage, quiconque affirme des positions de droite plus ou moins fortement appuyées.Au point de faire perdre à ce mot l\u2019horizon hautement corrosif forgé par l\u2019expérience tragique de la Seconde Guerre mondiale.Dans la même veine, on trouve ces jours-ci dans certains tabloïds des chroniqueurs qui n\u2019hésitent pas à associer la gauche sociale québécoise à monstres gorgés de Staline, Mao, Pol Pot.La totale, quoi.La démesure empêche-t-elle désormais de voir tous ceux qui font le signe de la paix, le «V » de la victoire, ces gens qui avancent par milliers au nom de leur foi en un monde meilleur?Ce vaste segment de la population a reçu plus que sa part de coups de matraque lors des nombreuses manifestations du printemps.Est-ce des sang.normal de voir ainsi un État se dresser en armes devant une population qui demande à ce qu\u2019on réfléchisse mieux au futur?L\u2019avenir est-il devenu une simple botte piétinant un visage au nom du bon droit d\u2019élections promises tous les quatre ans ?Protéger la civilité et le bon sens ne doit pas pousser une population entière à avaler toutes les couleuvres et les interprétations douteuses qui jaillissent ces jours-ci par douzaine.Faire le salut nazi par dérision ne fait pas de vous un nazi.Chanter son dégoût pour un système politique au soir du solstice d\u2019été ne fait pas de vous un assassin.Une caricature d\u2019un tableau d\u2019Eugène Delacroix reste une caricature.Une souris n\u2019est pas un éléphant.Qu\u2019elle soit de gauche ou de droite.Tout le monde me parle ces jours-ci de George Qr-well, de la novlangue, des déperditions de sens qu\u2019il annonçait et dénonçait.« C\u2019est comme dans 1984 .G>, me ré-pète-t-on.1984?Regardez aussi la colère généreuse de l\u2019homme ordinaire qu\u2019Qrwell exprime ailleurs dans son œuvre, par exemple dans son Hommage à la Catalogne et dans ses Écrits politiques.S\u2019il ne faut pas baisser les yeux comme si rien n\u2019était devant ceux qui lèvent le bras, il faut aussi relire Qr-well, tout Qrwell, afin d\u2019ap- prendre à mieux relever la tête.Passolini soulignait, avec son style unique, cette extraordinaire capacité de nos sociétés à surréagir désormais devant les seules formes apparentes du fascisme.Le salut nazi vu dans une manifestation, par exemple.Notre monde, disait-il, ne voit pas que le fascisme véritable ne porte plus aujourd\u2019hui l\u2019uniforme et ne claque plus les talons afin de saluer en levant le bras.Le vrai fasciste porte désormais un beau costume de ville.11 roule dans de rutilantes voitures.11 se trouve accueilli partout.Et il a le plus souvent bonne presse.Le grand patron de la Formule 1, Bernie Ecclestone, est accueilli à Montréal avec les grâces que l\u2019on accorde à des princes, même s\u2019il déclare ouvertement sa haine de la démocratie, son mépris pour la répartition de la richesse et son affection pour le régime d\u2019Hitler, tout en exprimant par ailleurs très volontiers sa profonde misogynie.Les ministres des Finances Michael Fortier et Raymond Bachand acceptent pourtant de discuter avec lui, même lorsque ce monsieur qui ne veut pas payer d\u2019impôt demande plusieurs millions en cadeau année après année.Plus besoin de lever le bras lorsqu\u2019on se fait ainsi baiser le cul.jfnadeau @ledevoir.corn LE DEVOIR, LES SAMEDI 16 ET DIMANCHE 17 JUIN 2012 F 3 LITTERATURE Maud Graham enquête: Qui a tué r« empereur» i ?Danielle Laurin out le monde au Québec le connaît.Il fait la une régulièrement.Il est envié et détesté à la fois.Il est richissime, puissant, sans pitié en affaires.Et coureur de jupons, en passant.Mais son règne est terminé.La nouvelle sera vite relayée par les médias: celui qu\u2019on surnomme l\u2019empereur, Bernard Saucier, vient d\u2019être assassiné dans son domaine, après une fête bien arrosée.Une balle en plein cœur.C\u2019est le point de départ de La chasse est ouverte.L\u2019inspectrice de Québec Maud Graham mène l\u2019enquête.Secondée par ses collègues habituels, évidemment.Et toujours aussi impatiente du résultat.Toujours aussi fébrile, instinctive, à l\u2019affût.Bien sûr qu\u2019elle va finir par y arriver.Par dénouer les fds de l\u2019affaire et mettre la main au collet du ou des meurtriers.Ça fait partie du jeu.Mais contrairement à ce qui se passe habituellement dans cette populaire série née il y a un quart de siècle sous la plume de Chrystine Brouillet, ce n\u2019est pas seulement le comment qui est mis en avant ici.Qui, on aura droit encore une fois à tout ce qui trotte dans la tête de l\u2019enquêtrice, à ses interrogations, ses errements, ses éclairs de génie, tandis qu\u2019elle avance, piétine, recule et résout finalement le tout.En soi, c\u2019est captivant.En parallèle, on aura aussi accès, comme de raison, aux pensées secrètes du ou des meurtriers, à leurs actions, à leurs motivations, à leur passé.Avec, en filigrane, comme toujours, cette question : comment, pourquoi en vient-on à tuer ?Mais la nouveauté, c\u2019est qu\u2019on ne sait pas, cette fois, qui a tué.Qn n\u2019en sait pas plus que Maud Graham là-dessus.Qn possède des informations auxquelles elle n\u2019a pas encore accès, c\u2019est vrai.Qn croit détenir les clés.Qn se dit même que c\u2019est un peu facile, un peu trop évident, cette fois.Mais tout cela pourrait bien nous amener à faire fausse route, finalement.Astucieuse, Chrystine Brouillet.Avis aux habitués de la série: on sort de notre zone de confort, ici.C\u2019est un plus, il va sans dire.Qn ne saura qu\u2019à la toute fin ou presque qui a assassiné l\u2019empereur.Entre-temps, on aura fait le tour, deux fois plutôt qu\u2019une, de tous les suspects potentiels identifiés par Maud Graham et son équipe.Et il y en a une pelletée.Bernard Saucier avait tellement d\u2019ennemis.Pas seulement dans le milieu des affaires, où, en plus de se montrer impitoyable, il ne marchait pas toujours droit.Les écolos l\u2019avaient aussi dans leur mire : il s\u2019apprêtait à ériger un énième complexe hôtelier au bord d\u2019une rivière sans se soucier des ravages pour l\u2019environnement ni du sort des personnes expropriées.Sans compter la maîtresse qu\u2019il venait de rabrouer.Au téléphone.Sans avertissement préalable.Du jour au lendemain, ouste.Terminées les galipettes avec cette femme mariée qui en était venue à se renier pour lui, par amour pour lui.Maud Graham est toujours aussi gourmande, bonne vivante, amoureuse.Et angoissée, à sa manière.Ce n\u2019est pas tout.Il y a ceux et celles qu\u2019il a humiliés au fd des ans, pour toutes sortes de raisons, dans toutes sortes de situations.Il y a son aversion pour les gais, en particuher.Du genre à se croire tout permis, ce type, de son vivant.Le genre d\u2019homme détestable au possible.Comment avoir la moindre sympathie pour un mort tel que lui?Ça aussi, c\u2019est rare, dans les Maud Graham: qu\u2019on ne se mette pas à la place de la victime.Mieux: que la victime apparaisse plus odieuse, d\u2019une certaine façpn, que son ou ses assaillants.A première vue.Et puis, au-delà de la vengeance pure et simple, il y a la question d\u2019argent qui pourrait très bien jouer un rôle dans ce meurtre.A qui profite le crime ?Aussi bien chercher une aiguille dans une botte de foin.Bernard Saucier, divorcé trois fois, était père de nombreux enfants, dont certains dans la vingtaine.Sans compter les membres de sa famille élargie, ses protégés, tous ceux qui escomptaient se partager son héritage.Bienvenue dans l\u2019univers des gens riches et célèbres.L\u2019auteure décrit tout ce beau monde à merveille.Avec, parfois, qn sourire en coin.A elle seule, la description des trois ex de l\u2019homme d\u2019affaires, toutes trois sur le même modèle de la Barbie blonde, vaut le détour.D\u2019ailleurs, les personnages, dans l\u2019ensemble, sont assez typés, chacun à sa façon.C\u2019est dans les petits détails que ça se passe.Les petits détails grossis, parfois jusqu\u2019à frôler la caricature.Mais ça aussi, ça fait partie du jeu.Qn s\u2019interroge en cours de route sur ce qui apparaît comme des invraisemblances.Mais la fin nous réserve une vraie surprise.Même si l\u2019on sent que l\u2019auteure force un peu la note, on assiste à un revirement de situation inattendu.Plus fort, donc, côté suspens, ce Maud Graham.Mais tout aussi savoureux, du fait même de la personnalité de l\u2019enquêtrice.Rien à voir avec les enquêteurs solitaires, dépressifs, al-coolos qu\u2019on retrouve très souvent dans les polars en général.Maud Graham est toujours aussi gourmande, bonne vivante, amoureuse.Et angoissée, à sa manière.Qutre la spécificité de son métier, outre son habileté et sa ténacité sur le terrain, elle est tout ce qu\u2019il y a de plus ordinaire, somme toute, dans le quotidien.Et cet « ordinaire » fait sa spécificité.Quand on la voit vivre entourée de sa tribu, cela nous donne des moments de répit.Qn ne reste pas collé au sordide tout le temps, on alterne entre deux univers contrastés.Et c\u2019est ce contraste qui est intéressant.Si Maud Graham continue d\u2019être obsédée par ses enquêtes une fois rendue à la maison, elle ne se pose pas moins de questions sur le couple, sur la féminité, sur la famille, sur l\u2019amitié.Ces questions ne réinventent pas la roue.Mais elles ont le mérite de faire aussi partie de notre quotidien à nous.« Il y avait cette odeur de sel et de gras, et la fumée qui dessinait une colonne grise à l\u2019écart des bâtiments, et Erancis se sentirait coupable d\u2019avoir trouvé ces arômes appétissants.Toute sa vie, il se souviendrait du choc qu\u2019il avait ressenti en comprenant que Saucier avait tué et fait cuire l\u2019outarde, de cette seconde où il s\u2019était détesté d\u2019avoir aimé ce parfum de barbecue, puis de la seconde suivante où il avait vu Gabriel étendu par terre.» Chrystine Brouillet, La chasse est ouverte, page 115 CHRYSTINE BROUILLET ILLET / / LA CHASSE EST OUVERTE Chrystine Brouillet La Courte Echelle Montréal, 2012, 344 pages Polars Double face Et un Mankell et un Connelly! MICHEL BELAIR Le Seuil vient tout juste de publier un roman d\u2019Hen-ning Mankel absolument remarquable, L\u2019œil du léopard.Comme ce livre fait partie de la série des «romans africains » de l\u2019écrivain suédois, on en parle moins.Il y raconte pourtant, de l\u2019intérieur et de façon magistrale, la difficile migration d\u2019un Suédois du Norrland jusqu\u2019à la Zambie d\u2019avant le Mozambique.Dans une écriture d\u2019une précision absolue, Mankel trace un portrait implacable du racisme de bon aloi et de la haine ordinaire sur fond d\u2019« émancipation politique».Mais nous ne nous y attarderons pas puisque c\u2019est plutôt du plus récent opus du Californien Michael Connelly, Volte-face, qu\u2019il seça question ici.A sa façon.Volte-face est aussi le fruit d\u2019une migration, celle du vétéran Robert Pépin qui a quitté Le Seuil pour Calman-Lévy afin d\u2019y diriger sa propre collection.dans laquelle il publiera les auteurs qu\u2019il a fait connaître en français.dont cette œuvre un peu « molle » de Michael Connelly, qui publie pour la première fois chez Calman-Lévy.Quf! Volte-face est un hybride à plusieurs titres.D\u2019abord parce que c\u2019est à la fois un « legal novel » et un « thriller », ensuite parce que toute cette histoire de procès à refaire orbite autour de la presque pathétique association des deux demi-frères Mickey Haller et Harry Bosch ; un avocat, un enquêteur de police.Heureusement, Bosch est là pour mener une enquête sur le personnage tordu de Jason Jessup, un «monstre» comme on aime les détester en réprimant un frisson.Mais même avec la présence du policier, ce « legal thriller » sent parfois un peu lourdement la démonstration.Certains parviennent à lire une vraie critique dans ce type de roman procédural où l\u2019on voit « l\u2019avocat à la Lincoln » utiliser et manipuler le labyrinthe du système judiciaire américain; d\u2019autres, non.Ici, il y a surtout que.même si on comprend qu\u2019il se sente mal dans ses temporaires habits de procureur, Mickey Haller ne fait pas vraiment le poids.Un peu fat, procédurier à s\u2019endormir en lisant, nombriliste, c\u2019est un poids plume face à un Bosch beaucoup plus «humain», beaucoup plus «habité par une mission», face aussi à une galerie de personnages aussi étonnants qu\u2019imprévus.Celui de la sœur de la petite victime assassinée et celui aussi du prédateur Jason Jessup.Bref, il y aura des choses plus intéressantes à lire d\u2019abord durant vos vacances.Le dernier Mankell, par exemple.Le Devoir VOLTE-FACE Michael Connelly Traduit par Robert Pépin Calman-Lévy Paris, 2012, 434 pages L\u2019ŒIL DU LÉOPARD Henning Mankell Le Seuil Paris, 2012, 343 pages Les aiguilles dans la peau MICHEL BELAIR On connaît déjà l\u2019entêtement de Roy Grace des services de police de Brighton, dans le Sussex anglais.On l\u2019a vu, par exemple, suivre jusqu\u2019en Australie les traces d\u2019un caïd local supposément disparu dans les tours du World Trade Center ou mettre patiemment à jour un trafic d\u2019organes.On se souvient aussi que sa femme Sandy s\u2019est évanouie sans laisser de traces il y a plus d\u2019une décennie.Voilà que Grace est devenu commissaire à Brighton et nous le retrouvons à la poursuite d\u2019un violeur émoustihé par les talons aiguille.L\u2019enquête se déroule à cheval sur deux époques puisque Grace reconnaît rapidement des indices lui rappelant une autre série de viols commis en 1997 : «l\u2019homme aux chaussures » est revenu, 12 ans plus tard et la police de Brighton est sur les dents.L\u2019enquête nous fera découvrir une série de personnages tordus comme on peut en rencontrer dans la rue tous les jours : un flic désemparé en peine d\u2019amour et de repère, un ancien taulard faussement repenti et même un pas du tout réconfortant chauffeur de taxi souffrant de troubles envahissants du développement (Ted).Bref, Brigh- Un western signé Bruce Machart CAROLINE MONTPETIT ^ a sent la bière, la sueur et le cheval.Peu de femmes à l\u2019norizon.Quand il y en a, elles sont soit entièrement soumises, soit complètement débridées.Quelques-unes sont mortes, laissant leurs nombreux enfants aux bons soins de leurs pères, des cow-boys aux cœurs durcis à force d\u2019être seuls.Nous sommes dans Le sillage de l\u2019oubli, le premier roman de Bruce Machart, pubhé aux éditions Gallmeister.Un western qui se déroule au Texas, en 1895.Karel, le personnage principal, est le quatrième fils d\u2019une famille violente.Sa mère est mqrte en lui donnant naissance.A l\u2019âge de quinze ans, Karel perd une course à cheval contre la fille d\u2019pn riche propriétaire terrien.A la suite de cette défaite, cette fille, dont il est amoureux, est tenue d\u2019épouser le frère de Karel, Thom.C\u2019est ainsi que l\u2019intrigue se poursuit, de déveines en naissances.En toile de fond, l\u2019absence de la mère, seule figure qui aurait pu donner un peu d\u2019humanité à ces personnages fous en proie à leur propre violence, qui ne trouvent de réconfort que dans la chaleur des chevaux.C\u2019est dans la région texane de Lacava, précisément la région du Texas ou Machart allait souvent, enfant, que se déroule cette intrigue d\u2019une autre époque.Les frères Skala, une iamille d\u2019origine tchécoslovaque, triment dur pour y exploiter la terre, dressés qu\u2019ils sont les uns contre les autres par un père sans pitié.Ce dernier les entraîne à tirer eux-mêmes la charrue, ce qu\u2019ils font au point de s\u2019y déformer le cou.Bruce Machart est originaire de Lacava, donc.Mais élevé à Houston, il dit avoir manqué de temps pour se saouler des effluves de terre rurale et brûlée par le soleil de Lacava.Il y est retourné pour écrire les trois quarts de ce livre et s\u2019y imprégner de ses odeurs.Car c\u2019est sans doute cette terre désolée et muette, que chacun arpente dans l\u2019espoir d\u2019agrandir les frontières de son domaine, qui est la véritable héroïne de ce roman sans pitié, que l\u2019on traverse comme au dos d\u2019un cheval au galop, le regard vissé sur un horizon sans promesse: un western comme on croyait qu\u2019il ne s\u2019en faisait plus.Le Devoir LE SILLAGE DE L\u2019OUBLI Bruce Machart Traduit de l\u2019américain par Marc Amfreville Editions Gallmeister Paris, 2012, 344 pages ACHAT A DOMICILE - VENTE - EVALUATION B' Bonheur d'occasion Librairie Mathieu Bertrand, Libraire Membre de la Ligue internationale de la Librairie Ancienne (LID^ 514-914-2142 ACHETONS EN TOUT TEMPS : Livres anciens avant 1800 Americana et Canadiana : \u2022\tRelations des Jésuites, Relations de voyages.\u2022\tIncunables québécois.Patriotes, Riel.Reliures d'art anciennes et modernes Fonds universitaires : \u2022\tLittérature, Philosophie, Sciences humaines \u2022\tPléiade Livres d'art et livres d'artiste Refus Global, Le Vierge incendié Expertise de documents et d'archives ton abrite, à l\u2019instar de toutes les villes du monde, une impressionnante galerie de «multipo-qués » que James sait dépeindre avec une grande justesse.Mais les enquêteurs piétinent et le maifiaque aux talons hauts s\u2019amuse à défier les profileurs de l\u2019équipe de Grace.comme en 1997.Bientôt, une femme est enlevée et les choses se corsent; ce sera la fin de l\u2019affaire ou la répétition de l\u2019échec.L\u2019intrigue est bien menée: Peter James est un pro et même le lecteur le plus attentif ne verra pas venir la finale de l\u2019his- toire.Qn retiendra surtout que cette histoire met en relief de grands pans de la vraie vie ordinairement malheureuse de gens que l\u2019on sent vibrer, une coche trop haut ou trop bas, à côté de leurs baskets.Vous les oubherez difficilement.Le Devoir À DEUX PAS DE LA MORT Peter James Traduit de l\u2019anglais par Raphaëlle Dedourge Eleuve noir Paris, 2012, 568 pages |3 li^Gaspard-LE DEVOIR Xalmarès\t\t \tDo 4 au 10 juin 2012\t \t\t Romans québécois\t\t 1 Au bord de la rivière * Tome 3 Xavier\tMichel Dairid/Hurtublse\t1/7 2 Vbtte-face et malaises\tRaiaële Germaln/Ubre Expression\t2/12 3 Ut double\tJanette Berband/Ubre Expression\t3/7 4 Les héritiers d'EnIddiev \u2022 Tome 5 Abussos\tAnne Robillard/Wellan\t4/7 5 Mémoires d\u2019un quartier \u2022 Tome 11 Bernadette, la suitt\t1 Louise Ttemblay-D\u2019Esslambte/Guy Saint-Jean 5/9\t 6 Les eniants de Roches-Noires \u2022 Tome 3 Ceux de la ibitit Anne-Michéle Lévesque/Hurtublse\t\t6/2 7 Félicité * Tome 2 La grande ville\tJean-Pierre Charland/Hurtubise\t7/10 8 CAnglals\tDenise Bombardler/Robert Laffont\t9/11 9 Gabv Bemler \u2022 Tome 1 1909-1927\tPauline Gill/Québec Amétigue\tB/12 10 II pleuvait des oiseaux\tJocelyne Saucier/XYZ\t10/2 Romans étrangers\t\t 1 7 ans après.\tGuillaume Musso/XO\t1/9 2 Me-iace\tMichael Connelly/Calmann-Lévy\t2/5 3 Les années perdues\tMarv Higgins Claik/Albin Michel\t3/2 4 SI c'était à relaire\tMarc Levy/Robert Laffont\t4/7 5 La liste de mes envies\tGrégoire Delacourt/Lattès\t5/7 6 Les partenaires\tJohn Grisham/Robert Laffont\t6/4 7 Les dix enianis que madame Ming n\u2019a lamais eus\tÉric-Emmanuel Schmitt/Albin Michel\t7/7 8 L\u2019œil du léopard\tHenning Mankell/Seull\tB/5 9 La muraille de lave\tAmaldur Indridason/Métailié\t-/I 10 Les lumières de septembre\tCarlos Ruiz Zafdn/Robert Laffont\t-n Essais québécois\t\t 1 Oesmaiais.La Oépossession tianquille\tRichard Le Hir/Michel Brûlé\t1/9 2 C\u2019était au temps des mammouths laineux\tSerge Bouchard/Boréai\t6/18 3 Un gouvernement de trop\tStéphane Gobell/VLB\t2/5 4 Comment mettre la droite K.O.en 15 arguments\tJean-François Usée/Alain Slanké\t4/20 5 Québécois 101.Notre portrait en 25 traits\tPierre Côté/Québec Amérique\t5/5 6 La soif de bonheur\tCollectif/Bayard\t3/6 7 L\u2019État contre les jeunes.Comment les babv-boomers.\t.Éric Duhaime/VLB\t10/3 8 L\u2019avenir du Québec.Les entrepreneurs à la rescousse\tPierre Duhamel/La Presse\t7/2 9 Les taupes iténétiques\tJean-Jacques Pelletier/Hurtubise\t-/I 10 L\u2019état du Québec 2012\tCollectif/Boréal\t-/I '^^Essais étrangers\t\t 1 Destruction massive.Géopolitique de la faim\tJean Ziegler/Seuil\tVIO 2 L\u2019empire de rillusion\tChris Hedges/Lux\t3/10 3 Une histoire populaire de l\u2019humanité\tChris Hannan/Boréal\t6/2 4 L\u2019ordre libertaire.La vie philosophique d\u2019Albert Camus\tMichel Onfrav/Flammarion\t-/I 5 Petit cons [fautodélense en économiaCabc du capitalisme Jim Stanford/Lux\t\t2/31 6 Votre cerveau n\u2019a pas fini de vous étonner\tCollectif/Albin Michel\t4/4 7 Boomerang.Europe: voyage dans le nouveau tiers-monde Michael Lewis/Sonatine éditions\t\t-/I 8 Indignez-vousl (Édition revue et augmentée)\tStéphane Hessel/Indigéne\t7/3 9 Le triomphe de rimage\tDaniel Boorstin/Lux\t10/2 10 De l'amour.Une philosophie pour le XXF siècle\tLuc Ferry | Claude Capelier/Odile Jacot\t1\t-/I 4487, de la Roche, Montréal \u2022 514 522-8848 \u2022 1 888 522-8848 bonheurdoccasionObelInet-ca \u2022 www.abebooks.fr/vendeur/bonheurdoccasion La BRF (SociëË de gesScn de la Qanque de tities de langue fiangaise) est propridtaiie du sj^me d'infomation et d'analyse Asyim/ sur les ventes de livres ftangais au Catéda.Ce palmarès est extrait de et est censtitué des relevés de caisse de 215 poinis de vente.La BIIF regolt un soutien Cnancler de Patrimohe canadien pour le pmjet ksçml.© BIIF, toute reproduction totale ou partielle est interdite. F 4 LE DEVOIR, LES SAMEDI 16 ET DIMANCHE 17 JUIN 2012 LITTERATURE Le pèlerinage sauvage Louis Hamelin Je serais curieux de relire Le serpent à plumes.Il y a 30 ans, le roman de Lawrence m'avait paru assez ennuyeux, au point de finir par me tomber des mains.Quelques années plus tard, terrassé, à Oaxaca, par une foudroyante attaque d'hémorroïdes, je marchais, sans le savoir, les fesses bien écartées, dans les traces de l'auteur de Uamant de lady Chatterlyy qui y fut, lui, paludique et tuberculeux.Entre-temps, j'avais connu le Chihuahua d'avant les narcos, le Ciudad Juarez d'avant le féminicide, le Texas d'avant les Bush.Du Nouveau-Mexique, je n'ai aperçu que la vaste étendue de désert criblée de trous d'obus d'exercice de la base de White Sands à travers le treillis métallique d'une haute clôture de sécurité et la vitre teintée d'un autocar climatisé.Le Nouveau-Mexique.1922.Le grand choc américain de Lawrence.L'année même où Hemingway, affamé de vieille culture et de bohème artistique, débarque à Paris, l'écrivain anglais arrive à San Francisco pour assouvir une soif opposée : le renouvellement spirituel que promettent Jes grands espaces naturels et leur ciel vide.«A Vinstant ou je vis le lumineux et fier matin briller de toute sa hauteur sur les déserts de Santa Fe, quelque chose dans mon âme s'immobilisa, et je devins attentif» Il qualifiera aussi le Nouveau-Mexique de «plus grande expérience que le monde visible [lui] ait donné de vivre».Hemingway et Lawrence : chacun, à sa ma- nière, traquant l'expérience primordiale dans les rituels d'un monde plus ancien, plus primitif et vrai.A la corrida du premier répondent les pyramides aztèques ensanglantées de cœurs fumants du second: pour le jeune Lawrence, les Américains doivent «partir de Montezuma », de la «belle et grande forme de vie, inaboutie, qu'il représentait».Ça peut évidemment se discuter.Lawrence lui-même aura plus tard l'occasion de mettre un peu de vin dans l'eau de feu de son mysticisme, dénoncera même le sentimentalisme des auteurs blancs pro-Indiens, qualifiés par lui de «têtes d'œuf».En attendant, s'il n'a rien contre la guerre fleurie des empereurs de Tenochtitlan, celle, vulgairement mécaniste, de ses contemporains n'est pas sans lui inspirer des réserves.Sa femme est allemande.En Cornouailles, les autorités militaires anglaises ont traité le jeune auteur pratiquement en espion, on a piétiné leurs droits civils et il n'a pas trop aimé.Les voici en Italie, où vient de prendre fin cette guerre dont le jeune Ernest est rentré en béquilles, baptisé au feu, juste un autre moment de vérité.Pour le couple Lawrence, ce sera le début de ce pèlerinage sauvage mentionné dans une lettre et dont les étapes seront la Sicile, la Sardaigne, l'Allemagne, Ceylan, l'Australie et les Etats-Unis.Comme tant d'autres avant lui, D.H.Lawrence aborde ces derniers en utopiste.La guerre représentait peut-être la nécessaire destruction de la civilisation matérialiste, elle ne l'en a pas moins écœuré: depuis 1914, il rêve d'une société idéale et d'une résurrection spirituelle dont l'ancrage géographique ne saurait se trouver ailleurs que dans le Nouveau Monde.Aux antipodes déjà, il ambitionne d'écrire son «roman américain».Une fois au Nouveau- Mexique, dans le ranch de Taos où le couple est l'invité de Mabel Dodge Sterne, mécène, fondatrice d'une colonie artistique et défen-seure des Indiens du Sud-Ouest, l'écrivain comprend qu'il doit écouter son instinct et situer son livre encore plus profondément dans le cœur de l'Amérique primordiale.Et donc, départ pour le Mexique.Matins mexicains, paru ce printemps chez un éditeur qui arbore pour nom Le Bruit du temps, réunit des essais dont les préoccupations gravitent donc autour de ces deux pôles: le Nouveau-Mexique des Pueblos, ces enclaves indiennes au milieu du désert; et le Mexique, celui du lac Chapala et des sierras d'Oaxaca.De la bien belle ouvrage, que ce livre, avec son généreux appareil de notes, sa chronologie extrêmement détaillée.De quoi vous donner le goût de redécouvrir cet esprit curieux et précis, un Anglais sensuel dont le mysticisme raisonnable annonce factuelle critique de la mécanisation des forces vives de funivers, davantage connu pour son histoire de déniaisage ancillaire et le procès pour obscénité qui s'ensuivit que pour ses récits de voyage.Lesquels, à en juger par le présent échantillon, pourraient facilement nous donner la nostalgie d'un temps où l'écrivain, jaloux de ses pouvoirs, n'avait pas encore concédé à YouTube la mission de détailler la réalité.Cela dit, il est Anglais, et on ne sort pas l'Angleterre de l'Anglais aussi facilement qu'on remplace une toile de Norval Morrisseau par le portrait d'une vieille picouille jubilescente à Rideau Hall.On est dans l'entre-deux-guerres, le soleil ne se couche pas encore sur l'Empire britannique, Lawrence appartient à la race des maîtres et le sait.Dans le wagon qui vient de franchir le Rio Grande, on est presque attendri de le voir fâché de f impertinence d'un serveur mexicain à qui une révolution toute récente donne du chien et s'ennuyant de l'impeccable politesse du petit nègre qui remplissait la même fonction du côté étasunien.Le chantre de la pyramide aztèque n'est pas fhomme de l'idéal démocratique.Il prônait, du moins, une aristocratie naturelle n'ayant rien à voir avec le nom.«Monuments, musées, immuabilités et magnificences ne sont qu'abominations.Mais les hommes de courage existent de toute éternité, et il n'est rien d'autre à posséder.» C'est cette éternité qu'il alla chercher chez les Indiens du Sud-Ouest: Apaches, Hopis, Pueblos et compagnie.Danse du maïs, danse du serpent.Les cérémonies sacrées ont envoûté fécrivain, qui à son tour nous envoûte avec ses envolées alliant la prœ cision documentaire et fallégresse dionysiaque.Il faut revenir à ce Lawrence-là pour comprendre exactement pourquoi nous avons jugé nécessaire d'anéantir les cultures indigènes.Etablir factuel ordre marchand ne pouvait décidément se faire que sur les débris d'une telle pensée: «[.] le mystère de la création, la fascinante merveille de la création miroite dans chaque feuille et chaque pierre, dans chaque épine et chaque bourgeon [.].Toutes ces choses absolument opposées relèvent néanmoins de la pure merveille de la création.Il n'y a pas de Créateur\u2014seulement l'infini frémissement de la création qui se déplie, dans le feulement du lion des montagnes comme dans la brise agitant les feuilles du tremble.» hamelin.lou@gmail.com MATINS MEXICAINS D.H.Lawrence Traduit de l'anglais par Jean-Baptiste de Seynes Le bruit du temps France, 2012, 269 pages Dans l\u2019ombre de Virginia GILLES ARCHAMBAULT Il est probable que le nom d'Angelica Garnett vous est inconnu.À moins que vous ne soyez très au fait du milieu intellectuel britannique dont est issue Virginia Woolf Appelé Bloomsbury, il réunissait un nombre de figures importantes de la première moitié du siècle dernier.Dans Trompeuse gentillesse, de nature purement autobiographique, fauteure démythifiait, il y a quelques années, ce mouvement.Angelica Garnett raconte comment sa mère, Vanessa Bell, sœur aînée de Virginia Woolf, lui a appris que son véritable père est le peintre Duncan Grant, avec qui elle a eu une longue liaison.Ce qui n'arrange rien, Grant a un amant, David Garnett, lequel deviendra le mari d'Angelica Garnett.Avouez qu'on peut y perdre son latin.Ou son anglais.Le livre qui nous intéresse aujourd'hui.Vérités non dites, est un recueil de quatre nouvelles d'inégales longueurs qui, toutes, ont une saveur de vécu.La narratrice y fait constamment allusion aux premières années de sa vie; sa La Dart de narration accompagne la desti-^\tnée des personnages jusqu'au la fiction et de grand âge.Compte tenu de fannée de parution en version Fautobiographie originale de ces nouvelles, ,\t.\t.\t2010, il n'y a donc rien d'éton- n est jamais\td'une sorte de re- npffp r\u2019p«t\tcherche du temps perdu.No- \u2019\ttons qu'Angelica Garnett est plutôt dans\tdécédée le 4 mai dernier à l'aube de sa quatre-vingt-qua-ce vague que\ttorzième année et qu'elle était /\tégalement connue pour ses ta- reside I interet d'artiste-peintre.niiP nniiG\tLes spécialistes de cette pœ ^\triode de la vie culturelle lon- prenons\tdonienne de l'époque visée, de même que les lecteurs de à la lecture.\tWoolf, auront cette supério- rité sur nous, admirateurs distraits, de mieux connaître le terrain dans lequel évoluaient les acteurs que met en scène fauteure.Il ne fait aucun doute qu'il y a des clés qui nous manquent pour élucider certains thèmes.Il n'empêche qu'il est clair que les quatre figures enfantines que nous retrouvons dans les nouvelles représentent fauteure.La part de la fiction et de fautobiographie n'est jamais nette.C'est plutôt dans ce vague que réside f intérêt que nous prenons à la lecture.Angelica recrée un monde disparu avec une finesse exemplaire.Le portrait qu'elle nous livre d'une société cultivée est à la fois cruel et attachant.La dernière page du livre, qui clôt la nouvelle mtltuïée Amitié, contient cet aveu: «Vivant seule de nouveau, Helen était face à son propre reflet, et ce qu'elle voyait ne lui plaisait pas beaucoup.Elle remettait sans cesse en question son état d'esprit et sa personne; pourtant, dans l'immédiat, il lui était impossible de fournir une réponse.» N'est-ce pas pour cette raison que les écrivains écrivent?Persuadés qu'il n'existe pas de réponses, ils persistent à se poser des questions.Il peut arriver, comme dans ces Vérités non dites, que le lecteur soit plus fasciné par la description d'une atmosphère, le déroulement d'une pensée, la justesse des dialogues que par la «vérité » recherchée.Pour les lecteurs que la subtilité ne rebute pas.Collaborateur Le Devoir VERITES NON DITES Angelica Garnett Christian Bourgois éditeur Paris, 2012, 291 pages LITTERATURE ETRANGERE John Berger, maniérés de voir À 85 ans, l\u2019écrivain, artiste et citoyen engagé n\u2019a rien perdu de sa vigueur CHRISTIAN DESMEULES Critique d'art, romancier, peintre, essayiste, marxiste, John Berger ne semble pas avoir tout à fait le même âge que ses artères.Un homme dont la capacité d'indignation ne semble jamais s'être émoussée.Joint par téléphone dans le petit village de Haute-Savoie, en France, où il habite aujourd'hui, John Berger réfléchit à voix haute sur les pouvoirs de la littérature et f état général du monde, alors que paraissait au printemps la traduction française de son troisième roman, écrit au début des années 60, La liberté de Corker.Né en 1926 à Londres, fécrivain a derrière lui une œuvre particulièrement éclatée : poésie, essais, peinture, romans.Devant finventaire, on ne peut s'empêcher de penser qu'il y a chez cet homme, installé en France depuis une quarantaine d'années pour des raisons d'«affinités intellectuelles», dira-t-il, quelque chose d'un véritable humaniste de la Renaissance.En 1972, par exemple, année faste, il reçoit le Booker Prize pour G., roman colossal et picaresque.Homme de provocations et de convictions, il versera la moitié de sa bourse à f organisation.des Black Panthers en Angleterre.La même année, il crée et présente aussi une fascinante série télévisée liée à fhistoire de fart pour la BBC, Ways of Seeing (disponible sur YouTube).Au cœur de La liberté de Corker, William Tracey Corker, 63 ans, directeur d'une petite agence de placement du sud de Londres.Son histoire est celle d'une certaine aliénation urbaine anglaise des années 60 et d'un temps un peu figé où les patrons, petits ou grands, macéraient dans leur propre satisfaction.Au moyen d'une narration complexe et originale, autant pour l'époque que pour aujourd'hui (le conservatisme littéraire a la cote), fécrivain dessine la trajectoire d'une impitoyable chute.«L'acte de raconter des histoires est l'un des traits fondamentaux de l'homme, dira Berger à propos de la forme singulière de son roman.On l'a fait de tout temps et cela répond à un besoin fondamental.Et s'il faut inventer une méthode différente ou un peu nouvelle pour raconter, c'est parce qu'au fond on est conscients que quelque chose de la condition humaine n'a pas encore été dit assez clairement.Il nous faut donc trouver un moyen de le reconnaître.» Comme si expérimenter, pour fécrivain, était en quelque sorte une façon d'exprimer f inexprimable de son époque.Une prison inversée Mais si La liberté de Corker est une satire, faite de personnages grotesques (et «drôles», ajoutera même Berger), il demeure qu'une critique virulente du monde du travail et de f aliénation citadine s'impose en filigrane à travers tout le roman.Des centaines de millions de personnes sont en réalité en prison \u2014 sans en apercevoir les murs.Exclus de toutes sortes, migrants, petits travailleurs, ces gens sont les particules d'un système qui les broie lentement.«Ils constituent la majorité de ceux qui vivent à la surface de la terre.Et admettre une telle évidence, c'est plonger dans l'absurdité absolue», écrivait déjà Berger dans Meanwhile, un tout petit livre, «un pamphlet», précise-t-il en entrevue.Un très court opus qui ne manque pas de mordant, traduit et publié en français en 2009 sous le titre de Dans Ventre-temps.Réflexions sur le fascisme économique, par Indigène édi- K MOHRJEAN John Berger a derrière lui une œuvre particulièrement éclatée: poésie, essais, peinture, romans.LA LIBERTE DE CORKER tions, les mêmes qui nous ont donné le best-seller de Stéphane Hessel, Indignez-vous!.Beaucoup lu en Amérique latine, en Italie et en Turquie, ce «petit, petit pamphlet» posait le doigt sur fabsence croissante de liberté dans nos démocraties occidentales, malades souvent sans le savoir, où la tyrannie s'enveloppe du manteau de la liberté et des couleurs de la démocratie.Et dans ce monde binaire où nous vivons désormais, le choix semble se diviser de plus en plus entre obéir et désobéir.Or, écrivait Berger en 2003 dans Le Monde diplomatique (auquel il a souvent collaboré), «toute forme de contestation envers cette nouvelle tyrannie est parfaitement compréhensible.Le dia- ^ logue est devenu impossible».Pouvoir des «raconteurs» Dans un tel contexte, que peuvent les écrivains?Que peut la littérature?Utilisant le joli mot «raconteur», qu'il préfère pour parler des romanciers, John Berger croit que, «dans le contexte des difficultés et des souffrances du monde d'aujourd'hui, il y a pas mal de manipulateurs qui, pour des raisons de pouvoir, encouragent les gens à se trouver un ennemi.C'est-à-dire un groupe qui soit responsable de leur propre souffrance.» JOHN BERGER Et à partir du moment où cet état d'esprit s'installe, apparaît aussi une dualité : nous et eux.«Nous, nous sommes humains, et eux représentent tout ce qui est dangereux, inhumain, bestial.Et dès l'instant ou cette distinction est établie dans l'esprit des gens, estime John Berger, ils sont capables de toutes les cruautés imaginables.» «Il me semble que l'une des choses que les raconteurs peuvent faire, poursuit-il, c'est de rendre cette division entre eux et nous plus difficile.Parce qu'en lisant leurs histoires, le lecteur commence à comprendre que, malgré tous les conflits et les différences qui existent, ce que les êtres humains partagent est plus impor-tant que ce qui nous divise ou nous distingue.Voilà.» De quoi donner de fair à nos propres indignés.Collaborateur Le Devoir LA LIBERTÉ DE CORKER John Berger Traduit de l'anglais par Véronique Dassas Lux Montréal, 2012, 344 pages LE DEVOIR LES SAMEDI 16 ET DIMANCHE 17 JUIN 2012 F 5 LIVRES Mois de résistance et de réflexion GEORGES LEROUX Avec le texte de ces quatre conférences inédites de Jean-François Lyotard, données à la Sorbonne à l\u2019automne 1964 {Pourquoi philosopher?, PUF), c\u2019est toute la pensée pré-1968 qui reprend vie.Marquée au coin de la présence lancinante de la psychanalyse, cette pensée est d\u2019abord désir d\u2019intervenir, désir politique de combler un manque alors que tous les fondements se dérobent dans l\u2019euphorie des sixties.Ces textes ont-ils vieilli?Beaucoup de morceaux dégagent le parfum suranné d\u2019une époque où l\u2019utopie paraissait encore à portée de main, mais par les temps qui courent, ils peuvent ressusciter en trouvant un nouveau terreau.L\u2019approche de Danièle Pontremoli {Pourquoi lit-on des livres de philosophie?, Jérôme Millon), concentrée sur l\u2019exercice du questionnement, la place du dialogue et l\u2019importance effective des idées dans la vie sociale, paraît bien plus sage.Cette méditation se relie à une histoire classique de la pratique philosophique et insiste sur la relation directe avec les philosophes de la tradition.La pertinence de la pensée de Foucault ne se dément pas.Dans un essai à la fois rigoureux et brillant {Foucault anonymat, Le Quartanier), Erik JACQUES NADEAU LE DEVOIR De tous les aspects des contestations actuelles au Québec, l\u2019expérience d\u2019une solidarité nouvelle s\u2019impose comme un élément déterminant Bordeleau interroge le dispositif subjectif de la résistance politique.Comment en comprendre non seulement le lieu, mais surtout l\u2019adresse ?L\u2019expérience de l\u2019anonymat représente à cet égard le point aveugle d\u2019une pensée, que Bordeleau conçoit comme son ambivalence constitutive.Ce très bel essai, écrit dans une langue claire et fine, acquiert, ici et maintenant, une Résonance exceptionnelle.A lire sans attendre.Le même questionnement traverse les essais du collectif publié par les étudiants du programme « Histoire, culture et société» de rUQAM {Michel Foucault, en- tre sujet et révolte, Word-press) : parmi les auteurs, un certain Gabriel Nadeau-Du-bois, qui se penche sur les liens entre Arendt et Foucault.La nature de l\u2019autorité politique fait l\u2019objet d\u2019un court essai du philosophe François de Smet {Le tiers autoritaire.Cerf).Quel est ce tiers im-pensé de nos démocraties, sinon la souveraineté elle-même?On trouvera beaucoup dans le nouvel essai de Tzvetan Todorov {Les ennemis intimes de la démocratie, Robert Laffont).Observateur rigoureux des dérives totalitaires, Todorov se penche aujourd\u2019hui sur la montée des populismes et la croissance du sentiment xénophobe.Mais ce poison n\u2019est pas l\u2019unique responsable de l\u2019érosion des démocraties, il faut aussi compter la tyrannie du néolibéralisme, présenté ici surtout comme pathologie de l\u2019individu.Un chapitre fascinant sur la Libye, analysée en rapport avec l\u2019intervention occidentale en Irak et en Afghanistan, permet de souligner certaines illusions du messianisme libéral.Ecrit en 2008, le nouvel essai de Slavoj Zizek n\u2019a rien perdu de son tranchant {Pour défendre les causes perdues, Flammarion).Plaidoyer pour une justice égalitaire, ce livre touffu intervient sur toutes ces causes en apparence perdues : écologie, pouvoir populaire, capacité des intellectuels de résister (avec une solide discussion de Hardt et Negri).L\u2019approche est volontaire, par moments enthousiaste, et encore capable de parler de la «domination», une audace presque insoutenable dans un paysage philosophique politiquement appauvri.Déstabilisant certes quand il s\u2019agit de Staline, critique de Foucault et de Derrida, toujours riche et sans concessions.On a beaucoup critiqué la biographie d\u2019Albert Camus de Michel On- fray {L\u2019ordre libertaire.La vie philosophique d\u2019Albert Camus, Flammarion).Cette sévérité est injustifiée, s\u2019agissant d\u2019un livre qui défend d\u2019abord un point de vue, celui du choix de la forme de vie.On apprend beaucoup dans ces chapitres souvent emportés par un réel souffle, par une admiration pour la responsabilité intellectuelle.Des réserves?Certes.Ne pas lire?Non, c\u2019est passionnant.De tous les aspects des contestations actuelles au Québec, l\u2019expérience d\u2019une solidarité nouvelle s\u2019impose comme un élément déterminant.L\u2019amitié politique, héritée de l\u2019éthique d\u2019Aristote, n\u2019a jamais cessé d\u2019être repensée.On pense à Gilles Deleuze, à Jacques Derrida, et derrière eux aux textes fondateurs de Nietzsche et de Blanchot.L\u2019essai d\u2019Olivier Jacquemond {Le juste npm de l\u2019amitié.Nouvelles Editions Lignes) s\u2019inscrit dans cette tradition déjà riche d\u2019une amitié pensée d\u2019abord comme solidarité politique, vécue dans la révolte et dans la poursuite d\u2019un inconnu, dans la confiance et dans le lien de pensée.Plaçons ce livre très haut parmi ceux qui peuvent nous accompagner dans ces mois de résistance et de réflexion.Collaborateur Le Devoir BANDE DESSINEE Ode pour un vide printanier EABIEN DEGUISE Il faut être passé par là pour le savoir: l\u2019adolescence, cette période ingrate où les bras sont trop longs pour le reste du corps, est également propice aux conversations vides, à ces petits riens auxquels on donne de l\u2019ampleur, à cette futilité que l\u2019on étire en longueur, tout en s\u2019en contentant.Et parfois, il suffit d\u2019ouvrir une bande dessinée pour replonger dans cet univers.Avec Glorieux printemps (Pow Pow), tome 1, la jeune bédéiste Sophie Bédard a décidé de mettre en case cet espace trouble dans le développement humain en posant son regard et son crayon sur la vie d\u2019Emilie, d\u2019Antoine, de Micheline, de Mathieu et d\u2019autres pour mieux les suivre sur 150 pages dans toute leur naïveté.Il y est question de cours manqués, de beaux mollets, de «fuck», de «yéééé», de «choses tellement nice», d\u2019une nuque obsédante et surtout de cette vie que f on absorbe seul ou en groupe, sans se soucier du lendemain, mais toujours en s\u2019émouvant de sa propre fraîcheur.Cette première oeuvre complète et assumée se distingue sans l\u2019ombre d\u2019un doute par la qualité de son dessin et par l\u2019efficacité de ses lignes claires.Mais, malheureusement, ces lignes n\u2019ont pas la chance de côtoyer un scénario cohérent et intelligent pour davantage être mises en valeur.C\u2019est qu\u2019en explorant Puni-vers de l\u2019adolescence, cette bande dessinée finit aussi par en porter les stigmates en se perdant dans des aventurettes dénuées de sens qui peinent à accrocher le lecteur, en mettant en relief des actions insipides se perdant autant dans leur vacuité que dans ce manque flagrant d\u2019imagination narrative qui aurait pu leur donner un semblant d\u2019intérêt.Et forcément, au terme d\u2019une avancée pénible dans ce récit, cet ennui, qui parfois habite Padolescence lors des longs mois d\u2019été, devient de plus en plus évident.Le Devoir GLORIEUX PRINTEMPS Sophie Bédard Pow Pow 2012, Montréal, 152 pages la cœy les tiotlj Si % le ^iei 1 la vie te jette îrtafde vefs le ciel-, veins L\u201ejt«a»iastss\"'\" ^plasJe*^ t'attendf^i ^ igteinps- Ld fisc JePis; narfei^' 16 t Le réconfort mis en mots par le public.Pour voir plus de 1240 mots du public ainsi que les autres cartons de la campagne, visitez lelait.com Crédits : Odette Grenier, Jean Dion, Claire Dé, Chantal Hallé, Johanne Bourdeau Martine Hardy, Nadine AUain Boule, Véronique Leblanc F 6 LE DEVOIR LES SAMEDI 16 ET DIMANCHE 17 JUIN 2012 ESSAIS Le capitalisme et ses ennemis Louis CORNELLIER Lm intellectuel ultralibé-^ ral français Guy Sor-man trouve que notre monde va bien.Mieux, en tout cas, qu\u2019à toute autre époque précédente.Dans son Journal d\u2019un optimiste, un gros recueil de chroniques d\u2019abord parues sur son blogue et dans plusieurs journaux du monde entier, il jette sur les soubresauts de notre temps un regard confiant.Nous vivons mieux que nos parents, écrit-il, et si l\u2019économie de marché mondialisée est encouragée à se développer sans entraves, la croissance se poursuivra et les choses continueront de s\u2019améliorer.«Guerre, pauvreté, malnutrition n\u2019ont pas disparu, mais le nombre de victimes va se réduisant, grâce à un ordre mondial plus légaliste, à des politiques économiques plus efficaces [c\u2019est-à-dire libérales] et à des percées scientifiques qui allongent partout l\u2019espérance de vie», s\u2019enthousiasme Sorman.Depuis 2009, date du début de ce journal, les pays arabes ont renversé leurs despotes, une classe moyenne poursuit son émergence en Afrique et la démocratie s\u2019installe en Amérique latine.La crise de 2008, selon l\u2019essayiste, n\u2019aura été qu\u2019un hoquet dans la marche triomphante du capitalisme, seule voie de développement du monde.«Si le prix à payer est un hypothétique réchauffement climatique, entre l\u2019homme et la nature je me situe du côté de l\u2019homme qui maîtrise la nature, du côté de la tradition judéo-chrétienne, et nullement tenté par le paga- nisme qui idolâtre les sources et les pierres », avoue Sorman.Inspiré par Claude Lévi-Strauss qui affirmait que, sans lunettes explicatives, c\u2019est-à-dire sans cadre théorique, on ne comprend rien au monde, mais qui ajoutait du même souffle que «toute lunette déforme», Sorman a choisi de regarder le monde à travers les lunettes du libéralisme économique, une tradition qu\u2019il fait remonter au progressisme des Lumières.Il nous apprend d\u2019ailleurs, au passage, que Lévi-Strauss, passionné de politique, «se réjouissait toujours de la victoire des partis de droite aux élections, que ce fût en France ou aux Etats-Unis».Idéologue enthousiaste pour qui «l\u2019innovation, le profit et l\u2019échange restent, pour notre temps, les seuls moteurs connus de développement», Sorman affirme que «les véritables lais-sés-pour-compte sont les peuples incarcérés par leur gouvernement dans des économies non capitalistes et non mondialisées».Sa défense du capitalisme radical \u2014 un système qui relève, pour lui, d\u2019une loi naturelle \u2014 s\u2019accompagne d\u2019une défense des droits de la personne, raison pour laquelle il appuie avec force les dissidents chinois.Intellectuel cosmopolite parcourant le monde pour chanter les lois du marché qui, croit-il, nous sauveront de la misère, Sorman écrit dans une langue limpide et son propos, même s\u2019il heurte le lecteur ayant une sensibilité de gauche, est toujours accrocheur.Ses commentaires sur le Canada, un pays où on trouve une «transparence des fonds publics» et dans lequel «le vieil affrontement entre Anglos et Québécois se dissout dans une civilisation plus complexe pour qui être canadien de- vient la seule référence identitaire (reste bien entendu un noyau dur indépendantiste) », nous font toutefois douter de la rigueur intellectuelle de ce jovialiste du capitalisme.La réplique anarchiste «L\u2019idéologie communiste, écrit Sorman, conduit nécessairement à la violence de masse, parce que la masse ne veut pas du communisme réel.» Cette phrase, provenant d\u2019un penseur de la droite économique, ne surprend pas.Sa substance est toutefois partagée par un courant d\u2019extrême gauche qui vomit aussi les thèses de Sorman.Il s\u2019agit de l\u2019anarchisme.Dans sa Cartographie de l\u2019anarchisme révolutionnaire, le journaliste militant sud-africain Michael Schmidt note à son tour que «tous les régimes marxistes, sans exception, ont été des dictatures».Pour éviter ce destin, l\u2019anarchisme se veut une position d\u2019extrême gauche «visant à dissoudre le pouvoir centralisé, hiérarchique et coercitif exercé par le capital ou l\u2019Etat, et à le remplacer par un contre-pouvoir décentralisé, fondé sur la libre association et fédéré horizon talem ent».Schmidt, en présentant l\u2019histoire du « syndicalisme révolutionnaire » à travers le monde depuis 1868, veut montrer «qu\u2019il y a toujours eu des gens ordinaires pour lutter contre les patrons et les dirigeants, et que cette lutte des classes est le véritable moteur de la civilisation et du progrès ».Son petit livre, chargé de dates et de sigles désignant une multitude d\u2019organisations anarchistes, ne nous renseigne toutefois pas beaucoup sur les fondements théoriques de cette tendance.Dans Par-dessus le marché, un collectif qui regroupe des «réflexions critiques sur le capi- talisme» et qu\u2019il dirige, le politologue Francis Dupuis-Déri (FDD) signe un essai dans lequel il se questionne sur les rapports des anarchistes à l\u2019Etat.Au début du mouvement, à la fin du xix® siècle, «l\u2019Etat apparaît avec raison comme le chien de garde de la bourgeoisie», et les anarchistes n\u2019hésitent pas à s\u2019y opposer.Le développement de l\u2019État-provi-dence change la dpnne.Faufil s\u2019opposer à un Etat «perçu comme un rempart qui protège la population face aux assauts conjugués du néolibéralisme et du capitalisme national et mondialisé» ?Dans ces condf tions, avoue FDD, même des anarchistes se découvrent un «désir de l\u2019Etat».On peut, pourtant, critiquer cet étatisme, suggère FDD.D\u2019abord, nous n\u2019avons pas le choix qu\u2019entre le public et le privé.Il existe une troisième option : l\u2019autogestion du bien commun par la communauté, qu,\u2019il ne faut pas négliger.L\u2019Etat-providence p certes plus de vertus que l\u2019État bourgeois du xrx® siècle, mais il détourne néanmoins des fonds publics à des fins douteuses (armée, police, firmes privées) et divise la société en deux classes \u2014 gouvernante et gouvernée \u2014 au détriment de la seconde.Cette dernière critique, chère aux liberta-riens (des anarchistes de droite), apparaît simpliste en ce qu\u2019elle, fait de tous les salariés de l\u2019État des membres de la classe gouvernante.Faut-il souhaiter moins d\u2019État (une tentation aussi bien anarchiste ,que néolibérale) ou plus d\u2019État social et démocratique ?Pour le sociaf démocrate que je suis, ni Sorman ni les anarchistes ne sont dans le juste.louisco@sympatico.ca L 1 FONDS HYDRAULIC MACHINERY, ECOMUSEE DU EIER MONDE Au Québec, l\u2019étude historique du mouvement ouvrier, et plus particulièrement du syndicalisme, a été un domaine privilégié dans les années 1970 et 1980.Mais de nos jours, en dehors des travaux de Jacques Rouillard, les études historiques se font rares.Pour une histoire du mouvement ouvrier CHRISTIAN NADEAU La pause estivale n\u2019annonce généralement pas une ruée du public sur les essais, surtout lorsqu\u2019il s\u2019agit de gros pavés comme cette réédition du livre d\u2019Edward P.Thompson.Pourtant, pour tous ceux qui regrettent de ne pas avoir plus de temps ou d\u2019énergie à consacrer à des études intef lectuelles, les vacances sont le moment idéal pour dévorer des livres en apparence difficiles mais passionnants et vf vifiants.Les éditions du Seuil ont eu l\u2019excellente idée de rééditer un grand classique de l\u2019histoire britannique, un livre paru au début des années 60 et qui depuis n\u2019a jamais cessé d\u2019être au centre des débats en histoire, en économie et en sciences sociales.L\u2019auteur y présente l\u2019émergence des mouvements ouvriers à la fin du xviiU siècle et au début du XIX® siècle.Questions d\u2019histoire Edward P.Thompson, décédé en 1993, a considérablement modifié le mode de narration propre à l\u2019histoire des mouvements ouvriers, et ce, pour au moins deux raisons.D\u2019une part, il a débarrassé cette narration d\u2019un détermf nisme, plus exactement d\u2019une vulgate marxiste où les classes étaient vues comme les produits d\u2019une logique de l\u2019histoire.Thompson insiste sur le rôle réel des « agents », c\u2019est-à-dire des individus au sein du processus de formation de la classe ouvrière.Ceux-ci ne sont pas les acteurs passifs d\u2019une force qui les dépasse.Comme le dit bien le philosophe Miguel Abensour dans sa préface, pour Thompson, «les classes ne luttent pas parce qu\u2019elles existent, elles existent parce qu\u2019elles luttent».En d\u2019autres termes, l\u2019historien britannique se refuse à une réification de groupes sociaux qui aurait pour effet de paralyser l\u2019analyse.D\u2019autre part, Thompson écrit contre un courant marxiste théorique dégagé des réalités propres aux démunis et aux humiliés.En ce sens, il est aux antipodes du marxisme d\u2019un Althusser, par exemple.Le pauvre Thompson serait désolé devant le spectacle d\u2019une gauche charmée par les niaf series lacano-marxiste d\u2019un Slavoj Zizek, où Sade et Lénine se retrouvent à philosopher dans le même boudoir.Un des chapitres les plus connus et les plus intéressants du livre est celui consacré au luddisme.De quoi s\u2019agifil?Au début du xix® siècle, des artisans tondeurs, tisserands et tricoteurs s\u2019opposent aux patrons des manufactures qui préconisaient l\u2019em- ploi de machines destinées à les remplacer.La réaction des « luddistes », qui forment une organisation protosyndicale clandestine, était d\u2019appeler à la destruction de ces machines.Il s\u2019agit de l\u2019une des premières grandes répliques à ce qui fut la révolution industrielle du XIX® siècle.Vie et œuvre Lufmême proche du prolétariat, Thompson enseigna une grande partie de sa vie à des jeunes ouvriers.Cela ne l\u2019empêche pas de rompre avec le Parti communiste après l\u2019invasion de la Hongrie en 1956 et de fonder une revue dissf dente qui allait devenir la prestigieuse New Left Review, de laquelle il devra prendre peu à peu ses distances en raf son de son intellectualisme et de son goût prononcé pour les abstractions théoriques au détriment de l\u2019étude des réalités empiriques.En 1965, il devient directeur d\u2019un important centre de recherche consacré à l\u2019histoire sociale, mais il en démissionnera six ans plus tard en opposition à ce qu\u2019il considère comme une inféodation de l\u2019université aux intérêts des entreprises privées.Si on en juge d\u2019après ce que sont devenues les universités britanniques, pour ne parler que de ces dernières, Thompson n\u2019avait pas tort, pour employer un euphémisme.Au Québec, l\u2019étude historique du mouvement ouvrier, et plus particulièrement du syndicahsme, a été un domaine privilégié dans les années 1970 et 1980.Mais de nos jours, en dehors des travaux de Jacques Rouillard, les études historiques se font rares et les jeunes historiens du Québec portent leur regard sur la cuf ture et les idées comme si elles étaient indépendantes de l\u2019histoire des mouvements sociaux.Collaboration spéciale Le Devoir LA FORMATION DE LA CLASSE OUVRIERE ANGLAISE Edward P.Thompson Le Seuil, «Point Histoire» Paris, 2012,1166pages EDWARD P.\tI .THOMPSON \u201c \\ La foruitus.-ji\t* \u2022 .\"iVle la classe, uuvrièr^'^.\u2022' \u2018'jv^glaisi, -A\"- JOURNAL D\u2019UN OPTIMISTE Guy Sorman Fayard Paris, 2012, 544 pages CARTOGRAPHIE DR L\u2019ANARCHISME REVOLUTIONNAIRE Michael Schmidt Traduit de l\u2019anglais par Alexandre Sanchez Lux Montréal, 2012, 192 pages PAR-DESSUS LE MARCHÉ Réflexions critiques SUR LE CAPITALISME Sous la direction de Francis Dupuis-Déri Ecosociété Montréal, 2012, 264 pages JOURNAL\t_ ID\u2019UN OPTIMISTE Par-dessus le marché ! Invitation à notre Rencontre printanière Jeudi 2ijuin 2012 à lyhoo Librairie Olivieri 5219, Côte-des-Neiges, Montéal [Métro Côte-des-Neiges] Tel.: 514-739-3639 Pour information: spiralemagazine(a)yahoo.com pirale) arts lettres sciences humaines L'équipe de Spirale est heureuse d'inviter les collaborateurs et les collaboratrices, ainsi que tous les lecteurs et les lectrices du magazine à sa fête annuelle.Venez célébrer avec nous ! Prix Spirale Eva-Le-Grand Nous profiterons de l'occasion pour dévoiler les trois finalistes de notre prix de l'essai pour 2011-2012.«Nouveaux Essais Spirale» T rrrl.nque Bcmicr Créai I ü i;s Nous profiterons aussi de cet événement pour lancer le plus récent titre de notre collection aux Éditions Nota bene : CRÉATURES.Figures esthétiques de Tauto-engendrement, sous la direction de Frédérique Bernier N° 240 (printemps 2012) Enfin, nous soulignerons la parution de notre numéro de printemps qui contient un dossier intitulé « Jean Genet, toujours en fuite », et un portfolio consacré à l'artiste Denis Rousseau.Spiralé Jean Genet, toujours en fuite Catherine Mavrikakis Claude Lévesque (1927 2012] "]
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