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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier G
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Le devoir, 2012-06-16, Collections de BAnQ.

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[" FRANCOPHONIE LANGUE FRANÇAISE francai Ce sera en juillet la fête du français à Québec Page 2 Bernard Cerquiglini défend la diversité linguistique universitaire Page 3 liRobi Kl J Parlant de langue, on ne peut être neutre! Page 4 CAHIER SPECIAL G > LE DEVOIR, LES SAMEDI 16 ET DIMANCHE 17 JUIN 2012 Vers une nouvelle alliance francophone et francophile Le premier Forum mondial de ia langue française se tiendra à Québec, du 2 au 6 juillet Des membres francophones ou francophiles de la société civile en provenance de partout à travers le monde, dont une grande proportion de jeunes, convergeront vers Québec pour assister au premier Forum mondial de la langue française, au début juillet.MARTINE LETARTE Ce Forum est la place de la société civile et non celle de délégations officielles de pays», explique Michel Audet, commissaire général du Forum mondial de la langue française.Des invitations ont été envoyées partout sur la planète à diverses organisations liées à la langue française pour bâtir la programmation.«Nous sommes allés plus loin que les pays membres de la Francophonie.Nous avons lancé l\u2019invitation à l\u2019Alliance française, qui a des sites dans plusieurs pays du monde, où elle donne des cours de français.Nous avons lancé l\u2019invitation aux ambassades, à l\u2019Agence universitaire de la Francophonie (AUF), à l\u2019Association internationale des maires francophones, etc.Nous avons ratissé très large», indique M.Audet, qui est l\u2019ancien représentant du Québec au sein de la Délégation permanente du Canada auprès de TUNESCO.Les invitations lancées ont été fructueuses.«Nous avons reçu 500 propositions d\u2019entretiens de la société civile, indique Michel Audet Nous en avons retenu une centaine, que nous avons regroupées dans près de 80 séances, où l\u2019on retrouvera plus de 320 intervenants.On y retrouvera des universitaires, des membres d\u2019associations de professeurs de français, des représentants du milieu politique, des gens des organisations non gouvernementales qui font la promotion de la langue française, des gens des chambres de commerce, etc.» L\u2019importance des jeunes Les organisateurs du Lorum mondial de la langue française attendent près de 1000 participants.«Ils proviennent de la société civile de plus de 100 pays.Beaucoup seront des jeunes.Nous avons l\u2019espoir qu\u2019au moins la moitié des participants soient âgés de 18 à 30 ans.Par exemple, l\u2019AUF a sélectionné ses meilleurs boursiers, etc.On retrouvera des Sri-Lankais, des Palestiniens, des Israéliens, des Indiens, des Chinois, des Japonais, des Russes, beaucoup de jeunes des pays africains et d\u2019ailleurs», précise Michel Audet Si les organisateurs du Lorum ciblent à ce point les jeunes, c\u2019est parce qu\u2019ils considèrent que c\u2019est par eux que se jouera l\u2019avenir de la langue française dans le monde.«La jeunesse doit s\u2019approprier la langue française.Les jeunes doivent y trouver leur compte.Ils doivent voir un atout lié à la langue française dans leur vie personnelle et professionnelle.On veut donc entendre ces jeunes au Forum, qu\u2019ils parlent de leurs craintes, de leurs ambitions, de leur passion pour l\u2019apprentissage de la langue française et ses usages», affirme Michel Audet Le temps de se questionner L\u2019idée d\u2019organiser le Lorum mondial de la langue française est venue d\u2019Abdou Diouf, secrétaire général de l\u2019Organisation internationale de la Lrancophonie, au XIIP Sommet de la Lran-cophonie, tenu à Montreux en octobre 2010.«Il avait été interpellé d\u2019abord par la sortie d\u2019un rapport de l\u2019Observatoire de la langue française qui faisait état de la situation dans le monde.C\u2019était le premier ouvrage majeur et rigoureux du genre.Les projections démographiques indiquaient que, par rapport aux 215 millions de locuteurs français actuels dans le monde, il y en aurait plus de 600 millions en 2050 et que 85 % seraient sur le continent africain», raconte Michel Audet Cela signifie donc un changement d\u2019équilibre politique au sein des pays francophones.«Abdou Diouf a aussi remarqué, affirme M.Audet, que le rapport soulignait qu\u2019on voyait arriver des millions de locuteurs français dans des pays émergents comme la Chine et l\u2019Inde, ainsi que dans des pays comme la Grande-Bretagne et les États-Unis.Le français devient en fait l\u2019apanage de l\u2019ensemble des pays du monde.Il y a beaucoup d\u2019ouverture à la langue française.» Michel Audet raconte aussi que le secrétaire général de la Lrancophonie a regardé ce qui se fait dans d\u2019autres familles linguistiques.«Il a vu notamment que, pour la langue espagnole, avec plus de 300 millions de locuteurs dans le monde, il y a une réflexion qui se fait tous les trois ans depuis 15 ans.On réfléchit à ce qu\u2019est la langue espagnole aujourd\u2019hui et à son avenir.Abdou Diouf a donc dit que la langue française ne devait pas être en reste et qu\u2019on devait s\u2019interroger sur son avenir.Très rapidement, le premier ministre Charest a levé le drapeau pour dire qu\u2019il voulait accueillir le premier Forum», explique M.Audet, qui est entré en poste au début de 2011.Il n\u2019est pas surpris que le Québec accueille cet événement.«Le Québec, c\u2019est le creuset de la vitalité de la langue française en Amérique.C\u2019est un laboratoire vivant de cohabitation des langues», affirme-t-il.Qu\u2019en restera-t-il ?Michel Audet a pour ambition que le Lorum mondial de la langue française réussisse à créer un nouveau mouvement mondial.« J\u2019aimerais voir naître une nouvelle alliance entre les membres de la société civile issus de partout dans le monde.J\u2019aimerais que découlent de cette nouvelle alliance des projets concrets.J\u2019aimerais même qu\u2019on puisse dégager des ressources financières pour inciter le développement de projets concrets», affirme le commissaire général.Michel Audet souhaite aussi que le Lorum laisse des traces dans le Web.«J\u2019aimerais que la plateforme web continue d\u2019être animée et alimentée après le Forum, af-firme-t-il.Ça pourrait être fait par une organisation proche de l\u2019Organisation internationale de la Francophonie.On regarde ça.Aussi, on travaillera avec l\u2019Institut du Nouveau Monde, l\u2019animateur principal du Forum, pour produire un document qui présentera les grands messages qui ont émergé des travaux et des différentes activités du Forum.» Collaboratrice Le Devoir 'Il totfript'' r/ NEWSCÜM « Le Québec, c\u2019est le creuset de la vitalité de la langue française en Amérique.C\u2019est un laboratoire vivant de cohabitation des langues.» \u2014Michel Audet SOURCE FORUM MONDIAL DE LA LANGUE FRANÇAISE Michel Audet, commissaire général du Forum mondial de la langue française G 2 LE DEVOIR LES SAMEDI 16 ET DIMANCHE 17 JUIN 2012 LANGUE FRANÇAISE Quatre grandes thématiques Ratisser large « Nous avons décidé que l\u2019économie serait au cœur du Forum » Les grandes thématiques du Forum mondial de la langue française ont été choisies pour intéresser le peuple et pas seulement les spécialistes.MARTINE LETARTE / Economie, culture, univers numérique et diversité culturelle sont les quatre grandes thématiques du Forum mondial de la langue française.« Ce sera un grand lieu de foisonnement d\u2019idées», indique Michel Audet, commissaire général du Forum.Le cœur de l\u2019événement englobe l\u2019économie, le travail et la formation.«Souvent, les rencontres de la Francophonie mettent l\u2019accent sur les droits de l\u2019homme, la paix, l\u2019instauration de la démocratie, la culture, l\u2019éducation.L\u2019économie n\u2019est pas nécessairement à l\u2019ordre du jour.Toutefois, nous croyons que l\u2019avenir de la langue française passera beaucoup par la place qu\u2019on y fera dans l\u2019économie mondiale.C\u2019est pourquoi nous avons décidé que l\u2019économie serait au cœur du Forum», affirme M.Audet.Du 2 au 4 juillet se tiendra la Rencontre internationale de la Francophonie économique.«L\u2019événement est organisé en collaboration avec les chambres de commerce francophones, précise M.Audet II y aura plus de 250 participants à cet événement.» Une table ronde sera aussi organisée avec des gens du monde scientifique pour discuter de la diffusion des connaissances dans le monde de l\u2019enseignement en français.Des rencontres entre différents réseaux de professionnels francophones se tiendront également «Il y a des avantages à développer une pratique professionnelle en français et des manuels pratiques en français, plutôt que de faire des traductions », affirme M.Audet Les entrepreneurs ne seront pas laissés en reste.«De jeunes entrepreneurs seront présents, mais aussi des jeunes qui ont des idées pour se lancer dans l\u2019entrepreneurial », précise-t-il.Diversité linguistique Le Forum mondial de la langue française a aussi pour grand thème la diversité linguistique.La situation est différente d\u2019une région du monde à une autre.«Par exem- ii CYRIL BAILLEUL ORGANISATION INTERNATIONALE DE LA ERANCOPHONIE Michel Audet, commissaire général du Forum mondial de la langue française pie, dans l\u2019Union européenne, il y a plusieurs critiques en ce moment sur la façon de communiquer qui se fait en anglais», affirme Michel Audet.En Amérique du Nord, la langue française cohabite avec une majorité linguistique anglaise.«Il y a une industrie culturelle assez hégémonique et assez unilingue.Un symposium est d\u2019ailleurs organisé par l\u2019Université de Moncton sur la question des minorités linguistiques», remarque M.Audet Dans les pays du Sud, il est plutôt question d\u2019une cohabitation entre le français et les langues nationales.«Il y a un mouvement, en ce moment dans les pays du Sud, pour redonner la légitimité aux langues nationales.On veut que les jeunes puissent apprendre la langue de leur pays, mais aussi une grande langue centrale.Ça peut être le français, mais aussi l\u2019anglais.Il faut être vigilant pour que le français continue de jouer un rôle important dans ces pays où il y a de grandes transformations linguistiques », affirme Michel Audet Univers numérique Une autre grande thématique est Tunivers numérique.«La Rencontre internationale de la Francophonie économique abordera la question des médias sociaux pour faire des affaires.Cette thématique abordera aussi la question des nou- velles technologies de l\u2019information dans l\u2019apprentissage », affirme Michel Audet La culture sera aussi très présente dans cette thématique.« On se questionnera sur l\u2019impact du numérique sur la culture et sur la chaîne de création, indique M.Audet.On s\u2019interrogera aussi sur les plateformes numériques.Est-ce que le monde francophone devrait se doter de plateformes numériques pour faire valoir les œuvres francophones?» Référence culturelle En plus de présenter plusieurs conférences sur le domaine culturel, le Eorum mondial de la langue française organise plusieurs activités ouvertes au grand public.«Nous voulons donner un grand coup pour favoriser la mobilité Nord-Sud dans le domaine culturel de la Francophonie.On la voit encore peu, comparativement à la mobilité Est-Ouest», affirme M.Audet Trois spectacles avec des artistes francophones issus des différents continents seront présentés en soirée, au parc de la Erancophonie, à Québec.Le 2 juillet sera consacré au slam avec Grand Corps malade.Queen Ka, Ea-brice Koffy, Souleymane Dia-manka, Samian et IVY.Le 3 juillet réunira la soprano Ma-rie-Josée Lord, la basse Jacques-Greg Belobo et Bruno Pelletier pour célébrer des incontournables du répertoire classique et populaire francophone.Le spectacle du 4 juillet sera animé par Elage Diouf, auteur, compositeur, interprète et ex-Colocs.On retrouvera sur scène Kareyce Eotso, originaire du Cameroun, Lynda Thalie, originaire de l\u2019Algérie, BélO, d\u2019Haïti, et Didier Awadi, pionnier du rap en Afrique de l\u2019Ouest.Les 3, 4 et 5 juillet, le grand public sera invité à l\u2019agora du Centre des congrès de Québec pour participer à différentes activités interactives et culturelles, organisées par différents acteurs de la Erancophonie.Par exemple, l\u2019Office national du film (ONP) a préparé pour l\u2019occasion une installation interactive baptisée Echos.«Nous voulions représenter l\u2019attachement qu\u2019a l\u2019ONF pour la Francophonie et donner une image actuelle de la Francophonie de manière documentaire et interactive», explique Dominique Willieme, producteur du projet, studio interactif de TONE, Programme français.Douze cinéastes ont été interpellés dans douze pays de la Francophonie, aussi bien en Europe et en Amérique du Nord que dans les Caraïbes, en Afrique et au Proche-Orient.«L\u2019idée, c\u2019est de rendre hommage au français vivant, donc utilisé au jour le jour, dans ces différentes régions du monde.Le français est très différent, qu\u2019on soit au Québec, en Acadie ou au Burkina Faso.On a voulu l\u2019illustrer à travers huit émotions, comme la colère, la joie, la peur et l\u2019amour, parce que c\u2019est dans les émotions que les particularités régionales se manifestent le plus», explique M.Willieme.Chaque réalisateur s\u2019est vu confier quelques émotions, pour un total de 24 petits films.Les spectateurs pourront choisir deux films sur une même émotion, qui seront diffusés simultanément sur un écran accordéon.«Ce sera vraiment un français qui répond à un autre, précise le producteur.Les gens pourront aussi laisser leur trace en s\u2019exprimant sur des émotions.Ce sera capté et diffusé sur des écrans sur place.On fera ensuite voyager l\u2019installation.Nous avons déjà des demandes au Canada et à l\u2019international.» Collaboratrice Le Devoir Normes internationales Le français, ça s\u2019impose ! « Il faut avoir un espace économique francophone dynamique » Ce n\u2019est un secret pour personne que l\u2019utilisation du français dans les instances internationales est en recul.Mais ce qu\u2019on sait moins, c\u2019est que, pour contrer cette tendance, la francophonie s\u2019organise.C\u2019est ainsi que, à l\u2019initiative du Québec et de la France, le Réseau normalisation et Francophonie a été créé en 2007.Celui-ci regroupe des organismes nationaux de normalisation et de promotion de la qualité en Europe, en Amérique du Nord et en Afrique.CLAUDE LAFLEUR Te Réseau normalisa-^ tion et francophonie a été mis sur pied pour donner une chance à la langue française, qui est en constante diminution dans les travaux internationaux, confirme Jacques Girard, président du Réseau normalisation et francophonie (RNF).C\u2019est plus particulièrement le cas en matière de normalisation, où tout se passe maintenant en anglais.» Notons que M.Girard est également le directeur du Bureau de normalisation du Québec, l\u2019instance qui s\u2019occupe pour nous de la certification des produits, des processus, des services et des personnes, ainsi que de celle des systèmes de gestion de la qualité et environnementale, de même que de l\u2019accréditation des laboratoires d\u2019analyse.Or, dans un monde de plus en plus mondialisé, l\u2019élaboration de normes internationales revêt un caractère hautement stratégique.«Lorsqu\u2019on pense à la normalisation, poursuit Jacques Girard, on pense bien entendu à la normalisation industrielle: la grosseur des boulons, la grandeur des fenêtres et des pièces de bois qui entrent dans la construction, etc.Mais il y a bien davantage», dit-il en mentionnant les normes qui régissent les services financiers ou le drainage agricole.Il y a aussi les normes cernant les bonnes pratiques de la part des ou- «La participation des francophones à l\u2019élaboration des normes internationales était défaillante.» vriers et artisans qui font des travaux et celles à caractère social touchant par exemple la conciliation travail-famille.De même, il y a des normes en santé en entreprise, sans oublier celles qui guident le commerce international, dont la salubrité des aliments.Or, avant la mise en œuvre du Réseau normalisation et francophonie, «tout ce que nous avions, c\u2019étaient des traductions françaises de documents, une fois ceux-ci terminés, observe M.Girard.La participation des francophones à l\u2019élaboration des normes internationales était défaillante.» Le réseau cherche donc à favoriser la participation des experts francophones aux travaux d\u2019élaboration des normes internationales.«Nous élaborons également des terminologies communes, ajoute-t-il, la normalisation contribuant de ce fait à l\u2019enrichissement de la langue française.» Responsabilité sociétale L\u2019adoption de normes touche bien davantage que les activités du commerce.Jacques Girard cite ainsi l\u2019exemple très stratégique des normes adoptées récemment en matière de responsabilité sociétale que devront respecter les entreprises en ce qui concerne le développement durable.«Tout au long des travaux d\u2019élaboration de ces normes, les experts des pays francophones ont produit des documents qui ont alimenté le VOIR PAGE G 3 : RÉSEAU Le Québec enaction^ PraiicoptDme avec la Vivre, parler, apprendre, travailler et s\u2019épanouir en français.La langue française, au cœur du développement de la société québécoise, Québec LE DEVOIR LES SAMEDI 16 ET DIMANCHE 17 JUIN 2012 G 3 FRANÇAISE UNIVERSITE L\u2019AUF fait la promotion de la diversité linguistique « L\u2019idée que la science doit s\u2019exprimer dans une langue unique est une idée d\u2019ores et déjà désuète » L\u2019Agence universitaire de la Francophonie (AUF) se place à la tête d\u2019un mouvement prônant le plurilinguisme dans la recherche et la diversité des modèles universitaires.Entretien avec son recteur, le passionné linguiste Bernard Cerquiglini.ETIENNE PLAMONDON ÉMOND L> Agence universitaire de la f Francophonie (AUF) va se saisir de la question du classement des universités, confie son recteur, Bernard Cerquiglini, lors d\u2019une entrevue téléphonique qu\u2019il accorde au Devoir depuis Paris.Des colloques, des débats et des discussions seront organisés par l\u2019AUF autour de ce thème durant la prochaine année.Le sujet est aussi susceptible de surgir lors de l\u2019événement « La recherche et sa diffusion en français», auquel participera M.Cerquiglini le 3 juillet prochain, dans le cadre du Forum de la langue française, à Québec.« Une université doit s\u2019évaluer, mais est-ce que, pour cela, il faut prendre les critères de Shanghaï?», demande le recteur de l\u2019AUF, en réaction à ce classement mondial réalisé par l\u2019Université Jiao Tong et édifié en référence.Dans ce palmarès annuel, les universités francophones se retrouvent généralement en mauvaise posture.En 2011, les 20 premières positions étaient l\u2019apanage d\u2019universités étasu-niennes et britanniques.Contre Shanghaï « Qu\u2019est-ce qu\u2019une bonne université ?C\u2019est une université qui rend aussi service à son pays.Quand vous regardez les critères du classement de Shan- ghaï, ils sont à pleurer», manifeste M.Cerquiglini.Parmi ces critères, on retrouve le nombre de professeurs, de chercheurs ou d\u2019anciens étudiants ayant reçu un prix Nobel.Mais surtout, dans ce classement, une portion importante de la note se base sur le nombre d\u2019articles publiés et référencés dans les revues scientifiques.Or, depuis un bon moment déjà, l\u2019AUF mène une lutte contre la tendance de la majorité des bases de données à se cantonner aux publications rédigées dans la langue de Shakespeare.Une façon de faire qui limite le rayonnement international des articles publiés en français.«Le gros combat, c\u2019est l\u2019indexation, car, et c\u2019est injuste, les grandes bases de données ne tiennent compte que des revues anglophones.Ces bases de données sont souvent étasuniennes.Or il y a du savoir qui se publie dans d\u2019autres langues.En français, en particulier, mais aussi en mandarin, en japonais.», souligne-t-il, car l\u2019AUF fait la promotion de la diversité linguistique.«La communauté scientifique de langue qnglaise utilise l\u2019anglais.Point.[KVPdJP], nous utilisons non seulement le français, mais les valeurs associées au français.Et, parmi ces valeurs, il y a la solidarité, l\u2019aide et la diversité», dit le linguiste, auteur du livre Une langue orpheline et animateur des capsules Merci professeur! sur les ondes de TV5-Monde.AU» H) JACQUES GRENIER LE DEVOIR Bernard Cerquiglini, recteur de l\u2019Agence universitaire de la Francophonie (AUF) Optimiste, M.Cerquiglini assure que la dynamique a évolué dans les dernières années et que l\u2019anglais voit son monopole s\u2019effriter dans les milieux de la recherche.«L\u2019idée que la science doit s\u2019exprimer dans une langue unique est une idée d\u2019ores et déjà désuète, insiste-t-il.L\u2019idée des années 60 \u2014 parlons tous anglais, on se comprendra et on fera de la science ensemble \u2014 ne tient plus, parce qu\u2019elle a vieilli.On a vu qu\u2019elle était toujours limitée, pauvre, faible et réductrice.» Internet change la donne Internet a changé la donne avec ses outils facilitant la traduction et la compréhension de textes en langues étrangères.«Je me rappelle l\u2019époque où on disait d\u2019Internet que c\u2019était le cheval de Troie de w 1 * « RESEAU SUITE DE LA PAGE G 2 comité chargé d\u2019établir ces normes», dit-il avec satisfaction.Bien que le Réseau existe depuis cinq ans, son président n\u2019a nullement la prétention d\u2019avoir renversé la tendance au déclin de l\u2019utilisation du français sur la scène internationale.« Toutefois, je dirais que l\u2019Organisation internationale de normalisation est désormais beaucoup plus sensible à la publication de documents en français, ob-serve-t-il.Je vous dirais aussi que le secrétaire général et son personnel sont désormais très sensibles à l\u2019existence d\u2019une communauté francophone bien établie et qui s\u2019attend à avoir des services dans sa langue.» En outre, il se fait bien davantage de formation en langue française maintenant pour les francophones.«Auparavant, souligne M.Girard, c\u2019était peut-être 1 % de la formation qui pouvait se faire en français \u2014 et souvent avec des documents anglais \u2014 alors que, maintenant, la documen- tation est disponible en français et les formations se font en français un peu partout, ce qui est très apprécié.» Un espace économique profitable A ses yeux, le Forum de la langue française importe beaucoup, puisque, dit-il, «il montre la vivacité et la vitalité de la langue française à travers le monde».Ce Forum pourrait même marquer une certaine évolution dans la francophonie.«On perçoit souvent l\u2019Organisation internationale de la Erancophonie (OIE) comme un organisme principalement voué aux questions culturelles, dit-il.De notre côté, nous cherchons à ajouter un volet économique, puisque les normes sont au cœur des échanges économiques.» Dans le cadre du Forum, ses collègues et lui participeront à deux ateliers qui traiteront principalement du rôle des réseaux de professionnels.«L\u2019OIE se préoccupe désormais davantage des associations professionnelles francophones, les avocats, les comptables, les arpenteurs-géomètres, les infirmiers et infirmières, indique JACQUES NADEAU LE DEVOIR Jacques Girard.Et c\u2019est là un volet très intéressant car, puisque ces gens-là exercent souvent des professions payantes, pourquoi ne pas constituer un espace francophone favorable à la mobilité de la main-d\u2019œuvre ?», demande-t-il.C\u2019est ainsi que, dans le cadre du Forum de la langue française, on tentera de faire progresser l\u2019idée d\u2019un espace économique francophone pour la jeunesse.«Nous pensons que ce volet est important pour la survie de l\u2019espace francophone, indique M.Girard.Il faut que la Erancophonie organise une forme d\u2019échanges économiques, un peu comme cela se fait au sein du Commonwealth, justement un lieu d\u2019échanges économiques.Nous estimons qu\u2019il faut qu\u2019il y ait des dossiers à caractère économique au sein de VOIE pour intéresser les gens d\u2019affaires et les jeunes, et montrer comment on peut travailler en français et vivre en français.Il faut avoir un espace économique francophone dynamique si on veut que la Erancophonie se développe.» Collaborateur Le Devoir l\u2019anglais.[Or], les autres langues prennent leur place.Internet, contrairement à ce qu\u2019on disait, est un outil de plurilinguisme.» Aussi, le mpnde «bouge», remarque-t-il.A son avis, les pays émergents perçoivent davantage le monde comme «pluriel».«Ily a une sorte de mondialisation du savoir qui ne passe pas par une uniformisation, constate-t-il.Vous n\u2019allez pas imposer aux Chinois et aux Brésiliens une idée complètement désuète d\u2019unification linguistique.Pas aux Chinois, qui ont une civilisation millénaire et qui vont dire que le mandarin aussi permet de faire de la science.» Lors d\u2019un récent passage à l\u2019Université de Princeton.M.Cerquiglini ne s\u2019est pas gêné pour dire à certains de ses responsables que, «with English, you are worldly isolated», raconte-t-il, tout juste avant d\u2019ajouter: «Je le pense.L\u2019anglais constitue une communauté scientifique internationale qui finit par être complètement fermée sur elle-même.» L\u2019AUF intègre à son réseau des établissements membres présents dans 98 pays, de l\u2019Inde au Vietnam en passant par le Brésil.Le dernier conseil associatif, qui s\u2019est tenu à Moncton le 24 mai dernier, a vu l\u2019adhésion à l\u2019AUF de nouvelles universités du Japon, de la Bolivie, du Chili et de la Chine.«Je ne suis pas allé les chercher.Elles frappent à notre porte», évoque-t-il comme preuve que les milieux universitaires du monde voient la nécessité d\u2019ajouter à leur arc d\u2019autres langues que l\u2019anglais.Bref, la vapeur est en train de se renverser, mais M.Cerquiglini souhaite quç, dans la Francophonie, les «Etats assument leurs responsabilités» en soutenant et en valorisant les publications scientifiques francophones.Il signale, du même coup, que la bataille pour la place du français dans la recherche ne passe pas seulement par les rédactions.«Il faut rappeler que les colloques doivent être plurilingues », affirme-t-il, afin que les chercheurs puissent mieux débattre dans la langue qu\u2019ils maîtrisent le mieux.Même constat pour la vie quotidienne dans les laboratoires, qui devrait, selon lui, se vivre en français au Québec comme en France.«C\u2019est anormal que des savants, et même souvent des savants qui ont la même langue maternelle, communiquent dans une langue artificielle.Il faut rappeler que la production du sens, elle passe par la langue maternelle.» Financement Bernard Cerquiglini est bien à l\u2019affût des polémiques québécoises sur le financement des universités.A chacune de ses visites au siège de l\u2019AUF, à Montréal, « il y a des manifs qui passent devant mon bureau», témoigne-t-il.Sans ,se mêler de la politique des Etats ou des recteurs, l\u2019AUF mettra le sujet sur la table.«Tous les recteurs que je rencontre, au Québec, en Belgique, en Afrique, se posent la question du financement des universités.Et, donc, nous allons lancer, à la manière de l\u2019AUE, des débats, des discussions, des colloques là-dessus.» Bernard Cerquiglini annonce que, lors de la 16® assemblée générale de l\u2019AUF, prévue en mai 2013 à Sâo Paulo, au Brésil, une table ronde sera dédiée aux questions des sources de financement et de la proportion de la contribution des étudiants.Chez les 784 établissements d\u2019enseignement supérieur membres de son réseau, les modes de financement varient énormément.«La diversité francophone fait qu\u2019il y a plusieurs modèles et qu\u2019il faut les faire apparaître, les tester.Eventuellement, je rêve d\u2019une publication là-dessus, qui dirait: \u201cVoilà les types de financement, avec leurs avantages et leurs inconvénients \u201d.» Collaborateur CAMPUS INTERNATIONAL IQrw Q REUSSIR DANS LA FRANCOPHONIE Première université francophone en Amérique, l\u2019Université Laval joue un rôle central dans la diffusion des connaissances et de i\u2019innovation en langue française.Tourné vers le monde, notre campus accueille des milliers d\u2019étudiants issus des pays de la francophonie et favorise chaque année la mobilité étudiante grâce à de nombreux projets de coopération internationale.Notre héritage se perpétue et notre vision d\u2019avenir porte ses fruits.ulaval.ca UNIVERSITÉ LAVAL 9555 G 4 LE DEVOIR, LES SAMEDI 16 ET DIMANCHE 17 JUIN 2012 LAKGÜE FRANÇAISE Evolution du français La Base de données lexicographiques panfrancophone a vu le jour en 2004 « Nous avons mis en place une vingtaine d\u2019équipes dans plusieurs pays francophones » Au cours des siècles, la langue française a évolué.Et cette évolution ne s\u2019est pas limitée au seul territoire de la France.En effet, le français s\u2019est enrichi grâce à ses locuteurs vivant dans d\u2019autres contrées du globe.PIERRE VALLEE C> est la diversité du français qu\u2019abordera Claude Poirier, professeur de linguistique à rUniversité Laval et exdirecteur du Trésor de la langue française au Québec, lors de l\u2019activité qu\u2019il animera dans le cadre du Forum mondial de la langue française.Dans un article publié en 2005 dans la Revue de linguistique romane, Claude Poirier avance que le français est encore trop souvent perçu comme une réalité homogène dont seuls les dictionnaires français, c\u2019est-à-dire parisiens, seraient en mesure de définir les contours et l\u2019usage.«Cette vision parisienne du français est telle, explique-t-il, que, lorsque nous avons publié le Dictionnaire du français québécois en 1975, les linguistes français étaient étonnés qu\u2019on puisse même faire un dictionnaire hors de Paris.» Depuis ce temps, les dictionnaires de référence, comme Le Petit Robert et Le Petit Larousse illustré, ont ouvert leurs pages à certains mots provenant de régions francophones autres que la France.«Mais c\u2019est nettement insuffisant.On compte, dans Le Petit Larousse, seulement 500 mots qui proviennent du Québec.J\u2019ai essayé à plusieurs reprises de convaincre les auteurs de ces dictionnaires d\u2019en ajouter davantage, mais le processus est long et difficile.» Collégialité C\u2019est afin de corriger cet état de fait que plusieurs linguistes ont choisi de collaborer pour mettre au point un nouvel outil lexicographique entièrement voué à la diversité du français.Il s\u2019agit de la Base de données lexicographiques panfrancophone (BDLP).Cette base de données informatique a vu le jour en 2004 et sa direction est assumée par le Trésor de la langue française au Québec, de l\u2019Université Laval.«L\u2019objectif de la BDLP est de fournir aux locuteurs français un outil de référence linguistique et culturel.Notre ambition est de recenser tous les LE PETIT APOUSSf illustre 201 Il RobERT illusilîl nkiwnrwin» h^hette BORIS HORVAT AGENCE ERANCE-PRESSE Le français est encore trop souvent perçu comme une réalité homogène dont seuls les dictionnaires parisiens seraient en mesure de définir les contours et l\u2019usage, selon Claude Poirier.mots français ou leurs emplois qui ne figurent pas dans les dictionnaires de référence.» Le fonctionnement de la BDLP est surtout collégial.«Nous avons mis en place une vingtaine d\u2019équipes dans plusieurs pays francophones.Par exemple, en Amérique, nous avons trois équipes: une au Québec, une autre en Acadie et même une en Louisiane.Nous avons évidemment des équipes dans les pays francophones de l\u2019Europe, mais aussi des équipes dans plusieurs pays africains.Nous avons même des équipes dans les Antilles et une au Madagascar.Ce sont d\u2019abord ces équipes locales qui font l\u2019inventaire des mots.Ensuite, l\u2019équipe à Québec filtre et fait les vérifications avant de mettre en ligne une nouvelle entrée.» Les entrées de la BDLP sont de deux ordres.Il y a d\u2019abord les mots qui ne figurent pas dans les dictionnaires de référence mais qui sont utilisés, parfois tous les jours, dans certaines régions ou dans certains pays.Un exemple de ce type d\u2019entrée est le mot «abacost», qui désigne, dans certains pays africains, un costume dont la veste présente un revers sans col.«Le mot \u201cabacost\u201d est apparu dans l\u2019ancien Zaïre et il est une contraction de l\u2019expression \u201cà bas le costume \u201d.Il fait référence au choix des Zaïrois de cette époque d\u2019abandonner le port du costume européen.» L\u2019autre ordre d\u2019entrée qu\u2019on retrouve dans la BDLP concerne les mots qui figurent dans les dictionnaires de référence mais dont l\u2019emploi a évolué ou varié selon la région.Un bel exemple est le mot « talle ».«Au départ, \u201ctalle \u201d est un mot spécialisé de la botanique qui désigne une pousse naissante, à la base de la tige principale d\u2019une graminée.Il a connu une première évolution en Erance, lorsque son emploi s\u2019est élargi pour inclure une touffe d\u2019herbes ou de branches.Au Québec, il a encore évolué pour désigner un groupe de végétaux, comme une talle d\u2019épi-nettes, et pour ensuite désigner un groupe d\u2019arbustes donnant de petits fruits, comme une talle de bleuets.On lui a même donné un sens figuratif, comme dans l\u2019expression \u201cune talle de filles ou de garçons\u201d.On a même inventé au Québec l\u2019expression \u201cne viens pas jouer dans ma talle \u201d.» La BDLP permet donc à son utilisateur de connaître de nouveaux mots français et leurs usages, tout comme elle permet de distinguer les divers emplois d\u2019un même mot.Elle permet aussi à son utilisateur d\u2019avoir accès à une variété de mots décrivant une même réalité.Par exemple, pour désigner une accumulation de neige, le franco-phone a le choix entre «congère», «banc de neige», «bande», «gonfle», «menée», «roue de neige», «roule de neige», «rouleau» et «roulis», selon le pays ou les régions.La diversité du français y est donc bien représentée.«La BDLP contient présentement plus de 20000 entrées et pourrait en contenir bien davantage.On pourrait facilement aller jusqu\u2019à 100000 entrées, soit plus que ce que contient présentement Le Petit Robert.Il y a plus de mots français qui existent et qui sont utilisés que ceux qui figurent dans les dictionnaires de référence.» Mais, ce qui retarde ce recensement, c\u2019est le manque de moyens financiers.Si la BDLP a pu compter sur le soutien financier de l\u2019Agence universitaire de la Francophonie et du gouvernement du Québec pour sa création, elle ne reçoit présentement aucune aide financière pour son fonctionnement.«Non seulement nos équipes travaillent bénévolement, mais, faute d\u2019argent, il nous est impossible de former de nouvelles équipes dans d\u2019autres régions francophones.» Les curieux et les amateurs de français peuvent consulter sans frais la BDLP à l\u2019adresse Internet suivante: www.bdlp.org.Collaborateur Le Devoir Féminisation On ne peut être neutre ! La règle traditionnelle date du xvii® siècle Pour l\u2019égalité des genres « Madame l\u2019inspecteur général » décrit la situation camerounaise Au Québec, au début des années 1980, l\u2019Office québécois de la langue française (OQLF) lance les bases des règles de féminisation des titres et des fonctions.Malheureusement, 30 ans plus tard, la guerre n\u2019est toujours pas gagnée et quelques batailles doivent encore être livrées, mais on doit admettre qu\u2019on voit de moins en moins de ces imprononçables «di-recteur-trice » et «cbanteur-teuse».MARIE-HÉLÈNE ALARIE Lors d\u2019une table ronde axée sur le thème de la féminisation de la langue, des spécialistes du Québec, de l\u2019Europe et de l\u2019Afrique dresseront un état des lieux à propos de cette notion à géométrie variable.Louise-Laurence Larivière participera activement à la discussion, puisque le sujet la passionne.Larivière enseigne au Département de linguistique et de traduction de l\u2019Université de Montréal.En 2000, elle publie chez Boréal un pamphlet portant le titre, ambivalent à dessein, de Pourquoi en finir avec la féminisation linguistique.Cette linguiste à la plume aiguisée propose de relancer le débat en s\u2019appuyant sur des considérations strictement linguistiques.Réalisme Quand on parle de féminiser la langue, c\u2019est, à l\u2019origine, pour décrire une réalité : sur le marché du travail, les femmes accèdent à des fonctions, il faut donc leur donner des titres féminins, des titres professionnels.«Dans ma démarche, je suis allée beaucoup plus loin en englobant toute la question du genre grammatical.On ne doit pas faire de la féminisation une discipline à part, mais l\u2019inclure dans le traitement général du genre grammatical», explique Louise Larivière.A la fin des années 1970, au Québec, les réticences ont été nombreuses, et même de la part de certaines féministes.Aujourd\u2019hui, on n\u2019écorche les oreilles de personne en prononçant «la ministre» ou «la présidente».Pour-tanf à l\u2019occasion, quelques préjugés ont encore droit de cité.Qn pense au suffixe « euse » que certains invoquent contre la féminisation en le qualifiant de péjoratif: «Oui, on dit bien \u201cune niaiseuse\u201d, \u201cune téteuse\u201d, mais ce n\u2019est pas le suffixe qui est péjoratif, c\u2019est le mot au complet!» Louise Larivière ne compte plus les fois où elle a entendu : « On ne peut pas utiliser le mot \u201camatrice\u201d parce qu\u2019il contient le mot \u201cmatrice\u201d.Je réponds: peut-on utiliser le mot \u201cculture\u201d malgré son préfixe?Quand on me dit qu\u2019on ne veut pas être qualifiée d\u2019\u201cécrivaine\u201d parce qu\u2019il contient \u201cvaine\u201d, on oublie que le masculin contient aussi le mot \u201cvain \u201d.» , En général, ces arguments n\u2019ont plus cours.A l\u2019inverse, certaines voix s\u2019élèvent afin de marquer plus encore une présence féminine grammaticale.Un récent avis linguistique de l\u2019QQLE propose de remettre en application ce qu\u2019on appelle les règles d\u2019agencement: «La règle traditionnelle veut un accord au masculin, cette règle date du xvif siècle.Pourtant, avant cette époque, on faisait l\u2019accord avec le mot le plus près», rappelle M\u201c® Larivière.Ce qui donne : « des travailleurs et des travailleuses manuelles ».Qn assiste effectivement, au xviU siècle, à une véritable révolution de la langue française.Qn crée l\u2019Académie française, on rédige des grammaires et des dictionnaires, on a voulu codifier la langue.«Lorsque les deux genres se rencontrent, il faut que le plus noble l\u2019emporte», écrivait en 1676 le père Dominique Bouhours, grammairien et historien.«Cette règle ne nous semble pas très grammaticale ni très objective», lance en riant Louise Larivière.Un des arguments contre la féminisation qu\u2019on entend encore de nos jours, c\u2019est celui qui veut qu\u2019un texte employant le masculin et le féminin soit trop lourd.Pour contrer cette prétendue lourdeur, plusieurs auteurs ont recours à des mots dits épicènes, soit des mots qui s\u2019écrivent de la même manière au masculin et au féminin: «enfant», «greffe», «élève», «garde».Cette écriture asexuée «n\u2019enlève rien à la féminisation, on peut très bien dire \u201cle corps professoral \u201d plutôt que \u201cles professeurs et les professeures\u201d».S\u2019il est vrai que cette fameuse juxtaposition du masculin et du féminin était au départ réservée aux textes administratifs, elle aurait tendance à s\u2019infiltrer tout naturellement dans les textes plus courants, où on constate parfois, «dans les journaux ou les publicités, tant à l\u2019écrit qu\u2019à l\u2019oral, des exemples à la radio comme \u201cchers auditeurs, chères auditrices \u201d, \u201cles enseignants, les enseignantes\u201d, on l\u2019entend et on le lit.», nous dit Louise Larivière.Qn pourrait penser que ce débat sur la féminisation concerne uniquement la langue française et que l\u2019anglais, ne possédant pas de véritable geme grammatical, est à l\u2019abri de ce, genre de contentieux.«Tout a commencé aux Etats-Unis, où, en 1975, le ministère du Travail indifféren-ciait les termes de genre.C\u2019est là que sont apparus les \u201cfirefighters\u201d au lieu des \u201cfiremen\u201d et les \u201cpolice officers» en lieu et place des «policemen».Le Canada a alors emboîté le pas en adoptant la dénomination de \u201cflight attendant\u201d, mais, comme on est un pays bilingue, il a fallu traduire ce terme, qui est devenu \u201cagent de bord\u201d, et c\u2019est l\u2019OQLE qui a exigé qu\u2019on parle aussi d\u2019\u201cagente de bord\u201d», rappelle Louise Larivière.Comme quoi, parfois c\u2019est en essayant de bien faire qu\u2019on se met un pied dans la bouche.Louise-Laurence Larivière est une battante et, tout en admettant que la situation s\u2019est grandement améliorée au Québec, elle ajoute que certains champs sont encore à explorer : «A mon avis, on utilise encore trop souvent le masculin générique (\u201cles droits de l\u2019homme\u201d plutôt que \u201cles droits de la personne\u201d) et on voit encore trop la forme tronquée, qui est pourtant illisible.L\u2019autre grande bataille est l\u2019accord de proximité ou règle d\u2019agencement.C\u2019est une règle neutre, on ne prend pas position pour un genre ou pour l\u2019autre, et ceux qui ne voudront pas utiliser \u201cles travailleurs et les travailleuses manuelles\u201d n\u2019auront qu\u2019à utiliser \u201cles travailleuses et les travailleurs manuels\u201d.Ainsi, on satisfera à la fois à la règle traditionnelle et à la règle de proximité ! » Collaboratrice Le Devoir Si le sujet de la féminisation nous anime depuis quelques décennies et que nous avons fait de grands pas vers une représentation égalitaire du masculin et du féminin dans la langue québécoise, on peut affirmer qu\u2019il en est tout autrement dans d\u2019autres parties du monde.Marcelline Nnomo Zanga nous dresse un portrait de la féminisation de la langue au Cameroun.MARIE-HÉLÈNE ALARIE Marcelline Nnomo Zanga est une féministe engagée, elle est présidente de l\u2019Association des femmes enseignantes du supérieur et spécialiste de la littérature et de l\u2019écriture féministes.Elle enseigne à la Faculté des arts, lettres et sciences humaines de l\u2019Université de Yaoundé-I, au Cameroun, et elle occupe aussi la fonction d\u2019inspectrice générale des affaires académiques au ministère de l\u2019Enseignement supérieur du Cameroun.Mais peut-être devrions-nous plutôt dire qu\u2019elle occupe le poste d\u2019inspecteur général.«De manière tacite, l\u2019administration camerounaise opte généralement pour la neutralité des titres, grades, fonctions et noms de métier, dans le cadre de l\u2019usage officiel.Par conséquent, les titres administratijs sont tous au masculin.On dit: JMa-dame le ministre.Madame le secrétaire d\u2019Etat, Madame le recteur.Madame l\u2019inspecteur général.Madame le directeur.Madame le chef de division.Madame le chef de service.Madame le chargé d\u2019études.Et, pour ce qui des grades, on dit: Madame le professeur, le maître de conférences.Madame le chargé de cours.Madame l\u2019assistant», dira M\u201c® Zanga.Au Cameroun, aucune loi n\u2019encadre la féminisation de la langue et, sans un cadre législatif précis, on s\u2019en tient aux normes éditées par l\u2019Académie française et les textes connexes, tels que les dictionnaires, les encyclopédies et les ouvrages de grammaire.Égalité des genres Pourtant, des groupes de femmes appuient une réforme de la grammaire qui reconnaîtrait l\u2019égalité des gemes.Parmi les lobbys et les associations qui militent pour la féminisation des noms en général, des titres de grade et de fonction, on peut citer l\u2019Association des femmes enseignantes du supérieur (AFESUP) ; le Cercle de recherche international sur la femme africaine (CREIFA), le réseau More Women in Politics, ainsi que l\u2019Association camerounaise des femmes juristes (ACAFEJ).Chacun de ces groupes «estime que la féminisation du titre a un caractère éducatif par rapport aux mentalités patriarcales et phallocen-triques qu\u2019il faut faire évoluer.La logique de leur position est qu\u2019il faut rendre visibles les femmes dans leurs nouvelles attributions, titres, fonctions et grades, qui sont autant de distinctions acquises au cours de l\u2019histoire, parfois au prix de luttes de revendications fort légitimes.Cette position n\u2019a rien de sexiste au sens négatif du terme, puisqu\u2019elle vise simplement à établir dans les faits le nouveau statut des femmes.Par ailleurs, la féminisation relève d\u2019un usage générique qui est consigné dans la grammaire française, qui prescrit que tout nom a un féminin, à quelques exceptions près, qui échappent à la règle», explique Marcelline Nnomo Zanga.Mais, même sans militantisme ou féminisme déraisonnable, «il est important de noter que les universitaires et les femmes de la société civile au Cameroun n\u2019ont pas manqué de relever des dysfonctionnements dans les règles régissant certains accords grammaticaux.Certains titres, à l\u2019instar de \u201cMadame le professeur\u201d, \u201cchère professeur\u201d, sont clairement en violation de la norme liée à la règle de l\u2019accord grammatical.Il y a un mélange insolite du masculin et du féminin dans ces appellations qui pèchent par leur agrammaticalité.» De plus, la féminisation dans les faits ne serait que le miroir de la société camerounaise, puisque «l\u2019usage de la féminisation permet de voir l\u2019évolution de la société dans le sens de la démocratisation des rôles et métiers, dont certains étaient la chasse gardée des hommes».Lentement, l\u2019idée de la féminisation fait son chemin, et, aujourd\u2019hui, «on peut dire ^«\u2019[elle] est passée très timidement dans l\u2019usage courant au sein de l\u2019opinion publique, qui, néanmoins, manifeste quelques réticences à ce phénomène, dont la nouveauté heurte la sensibilité africaine», dit M\u201c® Zanga, qui ajoute que «la majorité des Camerounais considèrent que la féminisation des titres, grades et fonctions est un phénomène propre aux \u201cintellectuelles acculturées, qualifiées de pro-occidentales et de féministes \u201d au sens le plus péjoratif du terme, à savoir que ces femmes veulent renier leurs origines et imiter les autres cultures dans leur course qui fait fi des valeurs traditionnelles.L\u2019administration camerounaise, en particulier, adopte la neutralité des titres et considère comme épicènes les noms, titres, fonctions et grades.Cela ne va pas sans contradiction avec la règle grammaticale qui postule deux genres pour le français, à savoir: le masculin et le féminin.» En conclusion, Marcelline Nnomo Zanga formule un souhait: «La langue est le meilleur véhicule de l\u2019évolution des peuples et de leurs institutions.Au moment où les peuples du monde vibrent au rythme de la mondialisation, de la parité et de la démocratisation, il serait anachronique de voir la langue rester figée et muette par rapport à ces mutations historiques qui illustrent des avancées significatives pour le destin de l\u2019humanité.On ose espérer que les gouvernements, sous l\u2019impulsion de l\u2019Organisation internationale de la Erancophonie (OIE), vont s\u2019engager et contribuer efficacement à la promotion de l\u2019égalité entre les deux sexes, comme cela apparaît dans la Déclaration du Luxembourg (Première Conférence des femmes de la Erancophonie à Luxembourg \u2014 2000).Une telle prise de position implique un parti pris positif pour que l\u2019évolution de la langue épouse la dynamique de l\u2019évolution du monde, conformément aux engagements pris à Pékin, et qui constituent les objectijs majeurs pour la Erancophonie et les Nations unies.Parmi ces engagements, VOIE avait reçu le mandat de proposer une terminologie française commune en matière d\u2019égalité des femmes et des hommes et de droits des femmes.» Collaboratrice Le Devoir LE DEVOIR, LES SAMEDI 16 ET DIMANCHE 17 JUIN 2012 G 5 LANGUE FRANÇAISE Pourquoi choisir le frauçais ?Non, tout ne va pas bien dans le meilleur des mondes dans l\u2019aire de la francophonie.Et, non, il ne suffit pas de dire haut et fort qu\u2019on a une langue en partage pour que tous les problèmes, toutes les tensions linguistiques se règlent d\u2019un coup de baguette magique.HÉLÈNE ROULOT-GANZMANN De jeunes chercheurs en histoire, en linguistique, en sociologie, etc., se penchent chaque mois à Paris sur les tensions «françaises » lors d\u2019un séminaire intitulé « Créer et diffuser en francophonie »,et organisé par l\u2019association francophonie-ens.A des questions, ils tenteront d\u2019apporter des réponses lors d\u2019une conférence-débat qui se tiendra le 3 juillet, au Forum mondial de la langue française, à Québec.«Avec la notion de langue en partage, la définition politique de \u201cfrancophonie\" donne Vidée d\u2019un monde linguistique pacifié, exprime Tristan Leper-lier, ancien élève de l\u2019Ecole normale supérieure (ENS), thésard en sociologie dç la littérature algérienne des années 1990 à l\u2019École des hautes études en sciences sociales (EHESS) et président de l\u2019association francophonie-ens depuis sa création, en 2009.C\u2019est une sorte de mystification politique.«En tant que chercheurs, on ne peut pas se permettre d\u2019en rester là, on ne peut pas se permettre de dire que le monde est très beau en francophonie et que tout le monde est égal.Il faut comprendre les rapports de force et de domination qui passent par la langue.Il ne faut pas nier les différences fondamentales du rapport au français selon qu\u2019on est en France, où le français est largement dominant, au Québec, où les rapports sont beaucoup plus complexes, en particulier avec l\u2019anglais, ou encore dans la plupart des anciens pays colonisés, où la langue française permet d\u2019asseoir sa domination, et même dans les Etats réputés non francophones, comme le Brésil, où c\u2019est très intéressant là encore, puisque le français est une langue de distinction.» Français ou francophone?Le français comme choix, ou pourquoi, à l\u2019époque de la mondialisation, alors que les frontières linguistiques sont poreuses, choisir de parler, de communiquer, d\u2019écrire en français, plutôt qu\u2019en anglais, en créole ou en ouolof?«L\u2019idée à la base de l\u2019association francophonie-ens, c\u2019était un problème de définition de ce qu\u2019est la francophonie, en réaction à une position dominante en littérature, qui dit que c\u2019est ce qui est écrit en français mais qui n\u2019est pas français, explique Tristan Leperlier.Proust ne serait donc pas un écrivain francophone.Ça nous paraît très dommageable, d\u2019autant que ça reproduit un modèle postcolonial et qu\u2019on peut très bien imaginer les représentations idéologiques qui se cachent derrière lui.Par exemple, Césaire est considéré comme un écrivain francophone et non français dans les librairies et par les anthologies, ce qui signifie \u201cpas vraiment français\".Et je ne vous parle même pas de la littérature québécoise, qui, elle, n\u2019est pas française et ne bénéficie pas de l\u2019avantage de l\u2019exotisme des littératures des anciens pays colonisés.» Alors, si un auteur francophone sera toujours considéré en Erance comme un sous-auteur français, qu\u2019est-ce qui détermine le choix d\u2019aller vers le français?«Le débat est vif en Haïti, estime Ombe-line de Saint-Louvent, titulaire d\u2019ime maîtrise en littérature haïtienne à l\u2019Université Sorbonne nouvelle, à Paris, et qui prépare un Ph.D.à l\u2019Université Duke toujours sur cette même thématique.Nous avons là-bas une bonne représentation d\u2019une certaine image du multilinguisme caribéen.[.] Le français reste la langue de l\u2019administration et de la littérature, le créole étant principalement parlé.Mais certains linguistes voient une menace planer sur le français, au profit de l\u2019anglais, parce qu\u2019il y a une forte diaspora installée aux Etats-Unis, qu\u2019elle est très influente puisqu\u2019il qu\u2019il s\u2019agit de la première entrée de capitaux.[.] Et puis, l\u2019approche de l\u2019anglais est peut-être décomplexée par rapport au français, qui symbolise des tensions sociales.Bref, est-ce qu\u2019il faut passer à l\u2019anglais parce que c\u2019est une occasion et que c\u2019est plus simple, ou est-ce qu\u2019il faut rester fidèle au français parce que c\u2019est la langue de notre patrimoine littéraire, de notre histoire, parce que c\u2019est aussi une particularité et une valeur ajoutée dans l\u2019aire américaine ?La question se pose.» Paris, toujours Paris! Même questionnement en Algérie où, dans la littérature, les jeunes générations auraient de plus en plus tendance à choisir la langue arabe.«Le français garde encore une position dominante et on le voit notamment au niveau des traductions, estime Tristan Leperlier.Il y en a beaucoup plus de l\u2019arabe vers le français que l\u2019inverse.Prenez quelqu\u2019un comme le grand écrivain arabophone Tahar Ouet-tar: il a été reconnu par l\u2019intelligentsia arabophone lorsqu\u2019il a été traduit en français et qu\u2019il a été reconnu par l\u2019intelligentsia francophone! Paris a encore une position de surplomb sur le Maghreb, mais c\u2019est peut-être en train d\u2019évoluer, notamment parce qu\u2019il y a maintenant des prix littéraires importants reconnus dans tout le monde arabophone.» Mais aussi parce qu\u2019il commence, tout doucement, à y avoir d\u2019autres pôles d\u2019attraction francophones, au niveau de l\u2019édition par exemple.Montréal en est un, qui signe de plus en plus de coéditions avec des auteurs et des éditeurs de l\u2019Afrique noire et du Maghreb.Ainsi, la consécration littéraire ne passerait peut-être plus uniquement par le filtre élitiste et snob de Paris.Il faut sans doute y voir une piste de solution pour éviter que les auteurs ne délaissent le français pour l\u2019anglais ou pour leur deuxième langue nationale, voire locale.«D\u2019autant qu\u2019en Haïti, ajoute Ombeline de Saint-Louvent, la tendance est à un retour à la langue française pure.Si, au début du xN siècle, en plein mouvement de la négritude, les auteurs ont cherché à créer une littérature distincte et à colorer leur langue en la créolisant, ils se sont aujourd\u2019hui affranchis de cela.» Collaboratrice Le Devoir 0 11 CLEMENT ALLARD LE DEVOIR
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