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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier F
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Références

Le devoir, 2012-09-08, Collections de BAnQ.

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[" M ^ Quelque part en Amérique avec Alain Beaulieu Page f 3 4 \\ Les prix Nobel : une analyse des récompenses Pa^e F 6 Til CAHIER F > LE DEVOIR, LES SAMËDI 8 ET DL^M ^lÎE 9 SEPTEMBR'e\\2 01^ Les enfances réinventées de Michael Ondaatj e -y- « Quand j\u2019ai conté à mes enfants qu\u2019on m\u2019a mis stu* tm bateau, sans parents, sans adultes pour m\u2019accompagner.ils ont été horrifiés » ^ \\ M.^ 1 ^ w* J0 La table des autres, c\u2019est la pire tablée du restaurant sur un bateau de croisière.Celle qu\u2019on souhaite, prestige oblige, ne pas se voir assigner, sise aussi loin que possible de la tablée du capitaine.Sur VOronsay, navire qui assure en 1954 la liaison Colombo-Londres, c\u2019est à cette table, la 76, parmi les inclassables sociaux, que sera assigné Mynah, petit Cinghalais de onze ans, largué sur cette traversée qui le mène vers l\u2019Angleterre et sa mère maintenant divorcée, qu\u2019il n\u2019a pas vue depuis quatre ans.CATHERINE LALONDE jour nous devions faire au moins une chose De ce côté-ci de l\u2019autre solitude, on le connaît par le succès de son très beau roman Le patient anglais, prix Booker 1992, porté ensuite au grand écran par Anthony Minghella.C\u2019est pourtant à « Chaque la poésie que Michael On-daatje, maintenant sis à Toronto, a aiguisé sa plume.Une douzaine de recueils forment la part ici moins connue d\u2019une œuvre, où les romans comme Le fantôme d\u2019Anil, Médicis étranger 2000, ou le récent Divi-sadero volent régulièrement la lumière.«J\u2019ai commencé comme interdite.poète, et c\u2019est ainsi que j\u2019ai découvert l\u2019écriture, et comment écrire, a indiqué au Devoir Vm-teur, avare d\u2019entrevues, lors d\u2019un échange de courriels.Je me suis intéressé quelques années plus tard à des formes longues.Alors fai écrit des suites poétiques, des séquences comme Billy the Kid, œuvres complètes (Points), et je pense que ça m\u2019a mené au roman, à apprendre cet art de l\u2019histoire plus longue, faite de fragments, comme le serait un collage, mais avec une ligne narrative plus stricte.» Roman d\u2019initiation, gros plan sur le moment même de l\u2019immigration, critique de l\u2019impact que peuvent avoir les décisions bancales des adultes sur les enfants, voilà La table des autres.Y perce, peut-être venu de la poésie, un sens du rythme et de la rupture qu\u2019on sent dans la traduction somme toute bien rendue de Michel Lederer, visiblement pensée pour le marché français, où quelques tournures accrochent le lecteur d\u2019ici.S\u2019y sent aussi une épaisseur dans les sentiments des personnages.D\u2019abord chez le narrateur, un Michael, tiens donc, comme l\u2019auteur, dit Mynah pour les intimes, qui ne tardera pas sur ce navire à caracoler auprès de Ramadhin et Cassius, du même âge, aussi laissés à eux-mêmes.«Qui sait combien les enfants sauvages sont heureux ?dit Mynah.L\u2019emprise de la famille s\u2019évanouissait dès que je franchissais le seuil de la porte.Même si, entre nous, nous avions sans doute essayé de comprendre et de reconstituer le monde des adultes, nous demandant ce qui s\u2019y passait et pourquoi.Mais le jour où nous avons grimpé la passerelle de /\u2019Oronsay, nous nous sommes trouvés pour la première fois et par la force des choses en contact étroit avec ce monde-là.» Ce monde qu\u2019on rencontre dans le regard du petit déraciné de onze ans, croisé à celui, mélancolique, de l\u2019adulte qu\u2019il sera devenu.La croisière s\u2019amuse «Mes enfants se demandaient comment j\u2019étais arrivé, enfant, du Sri Lanka à l\u2019Angleterre, indique On-daatje en entrevue.Quand je leur ai conté qu\u2019on m\u2019a mis sur un bateau, sans parents, sans adultes pour m\u2019accompagner, ils ont été horrifiés.Nous sommes si prudents, si protecteurs de ILLUSTRATION TIFFET nos jours.Ça m\u2019a choqué aussi, à rebours, mais fai vu qu\u2019il y avait sans doute là une histoire formidable, que j\u2019arriverais peut-être à conter, en l\u2019inventant, parce qu\u2019en fait, je peux à peine me rappeler le périple.» Ces enfants follets, qui, à trois, se répandent «partout comme des billes de mercure», font sur VOronsay les quatre cents coups, du plus innocent au plus pendable.«Chaque jour nous devions faire au moins une chose interdite.» Cachés dans les canots de sauvetage, ils espionnent les étreintes des adultes, volent le lait condensé du grand buffet, s\u2019attachent sur le pont lors de l\u2019alerte à la tempête pour recevoir l\u2019orage en pleine poire, quitte à manquer en mourir.«Je suppose que les dangers dans lesquels se foutent ces garçons deviennent encore plus choquants parce qu\u2019ils ne les craignent pas, précise Ondaatje.La critique qu\u2019ils font des adultes est comique, mais comme lecteurs, nous la lisons différemment et en sortons un peu atterrés.Ils arrivent à échapper à tous les pouvoirs sur ce navire.» Voyage, voyage Les personnages secondaires tuent comme ils le peuvent les longues heures de la traversée, colorés jusqu\u2019à devenir mythologiques dans les jeunes yeux de Mynah.Le richissime et très malade Sir Hector de Silva.Le prisonnier, qu\u2019on ne sort qu\u2019aux heures de la nuit.Emily le tyran de beauté.«Pour la première fois de notre vie, nous nous intéressions au sort des classes supérieures; et il nous devint petit à petit évident que M^ Mazappa et ses légendes musicales, M^ Fonseka et ses chansons des Açores, M^ Daniels et ses plantes, eux qui avaient été jusque-là comme des dieux pour nous, n\u2019étaient que des personnages mineurs, présents uniquement pour assister à la manière dont ceux qui détenaient le véritable pouvoir réussissaient ou échouaient dans le monde.» Et encore, quelques pages plus loin.« C\u2019est la petite leçon que fai apprise au cours de la traversée.Ce qui est VOIR PAGE F 2 ENFANCES F 2 LE DEVOIR LES SAMEDI ET DIMANCHE 9 SEPTEMBRE 2012 LIVRES EN APARTE Voyage au bout de la vie X Jean- François Nadeau A J À La nouvelle a fait cette semaine le tour du monde dans le temps de le dire : les pamphlets nauséabonds de Céline seront réédités c,es jours-ci au Québec par les Editions Huit.Philippe Régniez l\u2019a appris en lisant Le Devoir en ligne.Un temps collaborateur du Dauphiné libéré, écrivain, Philippe Régniez est éditeur.Un éditeur français installé depuis un moment au Paraguay.Ce n\u2019est déjà pas banal.il s\u2019est empressé de m\u2019écrire une lettre polie pour m\u2019assurer que c\u2019est plutôt lui, le premier à avoir publié une édition critique et non clandestine des pamphlets antisémites de Louis-Ferdinand Céline.il a même édité, précise-t-il, une traduction anglaise de l\u2019un de ces pamphlets.Une première, plaide-t-il.Existe-t-il une course au mérite à qui réimprimera avant tout le monde le pire de l\u2019œuvre par ailleurs génial de Céline ?Bon, un éditeur du Paraguay est le premier.Et puis quoi encore ?Et puis les éditions de ce monsieur, justement.Les éditions de la Reconquête.Jamais entendu parlé de cette maison avant.Qu\u2019est-ce qu\u2019un éditeur de langue française peut bien bricoler au Paraguay, ce pays longtemps asile de vieux nazis?Comme on le sait, la sœur de Nietzsche et son mari virent là le lieu idéal pour fonder un monde plus conforme à leur idéal fasciste, une Nueva Germania, une «Nouvelle-Allemagne».Le macabre docteur Mengele y trouva plus tard refuge.Sous la longue dictature d\u2019Abredo Stroessner, on y accueillera encore toute une juteuse brochette de ce que la droite radicale aura compté de plus sanglant de par le monde.Alors pourquoi le Paraguay, monsieur l\u2019éditeur?Longue histoire, m\u2019a-t-il d\u2019abord répondu, plutôt évasif.Une histoire pleine de méandres, a-t-il fini par lâcher.Celle d\u2019un nationaliste radical doublé d\u2019un catholique qui s\u2019est emmêlé les pieds dans les fds tordus d\u2019une histoire personnelle qui l\u2019a finalement fait s\u2019échouer outre-mer.Au Paraguay, la législation s\u2019avère, paraît-il, fort légère.Mais tout cela a peu à voir avec la réédition des pamphlets de Céline, me précise-t-il, avant d\u2019ajouter finalement un sibyllin «encore que».En plus de t-shirts à l\u2019effigie de Céline {«pas plus un salaud que vous et moi» devant et la tpte de l\u2019écrivain derrière), les Editions de la Reconquête vendent des «crucifix de style jésuite» et des «porte-bibles».Au catalogue, des textes de la vieille extrême droite française, des ouvrages plus littéraires aussi, de même que des livres religieux, dont sans doute de Baldwin employait son temps à défaire des monuments du passé.Il récupérait patiemment le bois de vieilles maisons.fort passionnantes encycliques romaines.Tous sont proposés dans une facture très soirée et classique.Au passage, je note plusieurs titres de Charles Maurras, ce royaliste antisémite qui considérait le capitaine Drejdus coupable «par sa race même» et qui vit plus tard, à l\u2019ère du nazisme, l\u2019arrivée du maréchal Pétain comme une «divine surprise».Qu est ici en plein dans l\u2019affirmation de la force, du pouvoir et des privilèges de ceux capables d\u2019habiller de façon mensongère leur force brute sous le nom de «civilisation».Nous voilà chez ceux qui avan- cent dans la peur de la décadence, dans l\u2019idée de la race et du sang, jusqu\u2019à faire boucherie même de leurs délires.Et on s\u2019étonne ensuite d\u2019en voir soudain un débarquer un jour, mitraillette au poing, couteau entre les dents, prêt à écrire avec son propre sang, dans l\u2019odeur de la cordite, un chapitre inédit de cette littérature de la haine.Des fous, des malades?Tous?Peut-être pas.Cet automne, même Anders Behring Breivik, l\u2019assassin norvégien, voit sa prose macabre célébrée de façon inattendue par un écrivain français de grande valeur.Richard Millet lui accorde en ef fet un joli coup de brosse à reluire.Lecteur au service des puissantes éditions Gallimard, amateur de belle musique, poète, essajtiste, romancier, distingué ami de la belle société, Richard Millet est connu pour ses positions pour le moins conservatrices.11 est même venu plusieurs fois discourir au Québec, notamment à l\u2019occasion du Marché de la poésie.Quelques-uns de ses textes mettent d\u2019ailleurs en scène notre pays bordé de neiges.Millet ne cautionne pas le geste meurtrier de Breivik, ditil, mais défend tout de même une partie de son argumentation sur le sort de la civilisation.Ah ! ce beau monde civilisé ! Baldwin et Baldwin James Baldwin est sans conteste un des écrivains les plus formidables de sa génération.Un géant qui en appelle à la libération des damnés de la Terre.Mais ce n\u2019est pas de ce Baldwin-là que je voudrais dire un mot aujourd\u2019hui, mais plutôt de Michel Beaudoin.Michel Beaudoin dit Baldwin, un personnage passablement moins connu.Ce qui est dommage, d\u2019ailleurs.Barbe longue, chapeau mou, Baldwin est l\u2019homme aux yeux les plus brillants.Ses yeux disent déjà beaucoup de son intelligence du monde.C\u2019est un peu un roman qui meurt avec lui ces jours-ci.D\u2019ailleurs, peut-être sera-t-il déjà mort au moment où ces lignes seront publiées.Un cancer fulgurant.Un cancer des poumons, celui d\u2019un gros fumeur.Aucune chance, sinon celle de savoir mourir avec l\u2019élégance de ceux qui ont la pleine et juste satisfaction d\u2019avoir vécu.Ce n\u2019est pas donné à tout le monde.Ce Baldwin se retrouve dans les bouquins de Michel Vézina.Mais croyez bien que ce n\u2019est pas parce que Vézina en a parlé dans un livre que j\u2019affirme au sujet de Baldwin que c\u2019est un roman qui meurt.11 s\u2019agit de bien autre chose.Mais comment dire ?Baldwin employait son temps à défaire des monuments du passé.11 récupérait patiemment le bois de vieilles maisons.Des planchers en pruche, des parquets en merisier, des madners d\u2019épinette, de la planche de pin.11 s\u2019occupait aussi des vieilles granges, celles coiffées de pigeonniers où les toits de tôle recouvrent encore parfois des tuiles d\u2019ardoise.Ses montagnes de bois, il les revendait ensuite tranquillement.Grâce à lui, les planchers de ma cuisine sont par exemple constitués de restes de ceux d\u2019une maison centenaire disparue à jamais des Cantons de l\u2019Est.11 avait déjà évoqué devant moi l\u2019âge de sa retraite en me montrant le bois de la grange d\u2019isf dore Doyon.«Là, c\u2019est ma retraite», me disaitil en me pointant du doigt de grosses poutres parfaites venues de cette ferme d\u2019up ancien ministre.A récolter ce que tout le monde laissait tomber pour mieux vivre dans lerus maisons préfabriquées, Baldwin était à la fois quelqu\u2019un qui préservait le monde et qui en accélérait maf gré lui l\u2019inéluctable destruction.Un personnage de roman, vous dis-je.jfnadeau@ledevoir.corn La drogue comme muse Regard sur des écrivains inspirés par les stupéfiants Ils sont nombreux, les écrivains qui ont tâté de l\u2019herbe ou des psychotropes, histoire de se doper l\u2019inspiration, de la puiser aux limbes des états altérés.On nomme spontanément les auteurs du courant beatnik pushers officiels de la littérature.Mais bien avant, il faut pointer aussi Charles Baudelaire, Henri Michaux, Antonin Artaud, Jean Cocteau, entre autres, et, ici, les poètes de la contre-culture Denis Vanier et Josée Yvon.Parmi tant d\u2019autres.Zoom sur l\u2019écriture gelée.CATHERINE LALONDE La drogue est une folie choisie», indique d\u2019emblée Annie Monette, qui a choisi d\u2019étudier à l\u2019UQAM certains textes des auteurs de la drogue du xrxe siècle.« Ce qui m\u2019intéresse, c\u2019est d\u2019explorer la littérature par ses marges et ses expériences marginales.» Le stupéfiant, à sa façon, propose une expérience de la folie, de la déraison et de l\u2019irrationnel.Avec possibilité d\u2019en revenir.«Les créateurs, en particulier, semblent être attirés depuis longtemps par toutes sortes de substances et d\u2019expériences limites.Ça va peut-être avec le fantasme romantique que l\u2019inspiration pourrait venir de là, même si les résultats sont plus ou moins probants.» Car l\u2019écrf ture de la drogue est plus souvent une réécriture, la résine originelle tirée des fumées étant souvent «illisible, incompréhensible, intéressante seulement du point de vue du chercheur.L\u2019essentiel de ce travail d\u2019écriture se fait après coup, avec les souvenirs et les notes.si les auteurs ont réussi à en prendre quelques-unes.Alors ce peut être prolifique.Mais sur le moment, les auteurs semblent bien détachés de la volonté, de la tâche d\u2019écrire.Et sur certaines drogues de synthèse plus puissantes, c\u2019est carrément un défi de tenir un crayon.».L\u2019écriture de la drogue est donc une revisite, a posteriori, de l\u2019expérience.«Là, ça produit des textes inté- Les écrivains se rendent compte rapidement que l\u2019expérience de la drogue dépasse leur capacité langagière et d\u2019écriture ressants et puissants.» Parfois, l\u2019auteur considère l\u2019intoxication comme relevant d\u2019une démarche spirituelle, «s\u2019inspirant de William Blake, d\u2019Emanuel Swedenborg, qui n\u2019ont pourtant pas nécessairement pris de drogue, mais qui étaient de grands visionnaires.Dépendant des allégeances \u2014 doctrines chamaniques, orientales, indiennes, bouddhistes \u2014», certains font un ben entre prise de drogue et ouverture de la voie des oracles.Invitation de la librairie Paulines Rencontre avec Serge Bouchard^ anthropologue Animateur de: De remarqucibles oubliés et Les chemins de travers à Radio-Canada.Animation : Julie Caroline Fortin Jeudi 13 septembre 19 h 30 Contribution suggérée : 5$ Réservation obligatoire Beaucoup plus qu'une librairie ! 2653 Masson, Montréal, Qc 514 849-3585\tSODEC 5erge Bouchard iniJISIil !ll CLIAIT \\U TEMPS DES MAMMOl J\u2019I IS LMNELX j^i^^ulines LIBRAIRIE Annie Monette s\u2019est penchée tout particulièrement sur Thomas de Quincey, «considéré, avec Confessions Of An English Opium Eater, en 1822, comme le premier auteur de la drogue», Baudelaire, qui finira par dénoncer le haschich tout en restant accroché au laudanum, cette médicale teinture d\u2019opium, Charles Duits et son penchant pour le peyotl, Heiui Michaux, et ses expériences quasi scientifiques, et Aldous Huxley, qui, pour écrire Les portes de la perception, enregistre son trip et s\u2019y fait poser des questions par des témoins.Premier constat : la drogue, qu\u2019ils consomment de l\u2019opium, de la mescaline, du LSD ou du peyotl, ne semble pas influencer le contenu ou le style des auteurs.Pas de sous-genre littéraire typique de la fumée de haschisch, donc.Ce serait même plutôt l\u2019inverse : « On sait que la cocaïne a été très populaire dans les années 1920, mais on n\u2019en trouve que des traces infimes dans la littérature.Ce qu\u2019on constate, c\u2019est que les écrivains se rendent compte rapidement que l\u2019expérience de la drogue dépasse leur capacité langagière et d\u2019écriture, précise Annie Monette, que les mots deviennent un peu plats et inefficients quand vient le moment de mettre tout ça en texte.Je propose \u201créécriture\u201d comme terme pour aborder les textes de la drogue, pour refaire en quelque sorte l\u2019expérience, qui elle-même est au-delà du langage.C\u2019est fort intéressant de voir comment ce langage, qui 4t' v,> -'2, DERRICK CEYRAC AGENCE ERANCE-PRESSE L\u2019écrivain américain Wiiiiam S.Burroughs sert à décrire la réalité de tous les jours, peut décrire ces expériences.La même question est soulevée avec les auteurs mystiques.» Dépendance avouée?Le champ d\u2019études de la cher- C cheuse est loin d\u2019être épuisé.«J\u2019aime montrer comment des expériences humaines qui dépassent et transcendent le quotidien, l\u2019ordinaire, le normal vont être vécues par un individu, et exprimé par l\u2019écrivain : I ï T- if 1 I.-.! AGENCE ERANCE-PRESSE ARCHIVES Le poète français Jean Cocteau comment ils ramènent au langage des expériences extraordinaires.Les études sur la littérature de la drogue s\u2019arrêtent dans les années 1970, on a donc l\u2019impression que c\u2019est mort avec le courant hippie, mais ça reste à vérifier.» La beat generation semble le dernier relais des tripeux : Jack Kerouac, dont la plume s\u2019est dégourdie à l\u2019alcool et les amphétamines; William Burroughs, capable d\u2019écrire sous héroïne ; Allen Ginsberg, dont une partie de Howl And Qther Poems a été pensée sous peyotl.«Je crois qu\u2019il y a tout un corpus contemporain qui n\u2019a pas été mis à jour, qui présenterait des apports à la drogue différents.Je n\u2019ai qu\u2019à penser aux Nouvelles sous ecstasy (Eolio) de Erédéric Beigbe-der» ou à l\u2019usage de la cocaïne et des médicaments dans certains romans de Bret Easton Ellis.«Il y a peut-être un glissement aussi qui s\u2019est fait de la littérature vers la culture populaire, comme la musique.» De quoi se piquer encore de bien des proses sous influence.Le Devoir LE DEVOIR, LES SAMEDI 8 ET DIMANCHE 9 SEPTEMBRE 2012 F 3 LITTERATURE LAmérique, pour le meilleur et pour le pire F Danielle Laurin Ça tient à la fois du roman rocambo-lesque et du récit intimiste.Ça tient aussi du drame social, psychologique.Et même, jusqu\u2019à un certain point, du polar dans ce qu\u2019il a de plus terre à terre, avec disparitions et enquêtes policières.C\u2019est riche, coloré, émouvant.C\u2019est farci d\u2019imprévus.Et nourri de nuances.Avec une multiplication de points de vue.Qui nous font voir l\u2019envers des choses, l\u2019envers du décor.Qui nous amènent à sentir autrement ce qui se passe, ce qui s\u2019est passé, selon qu\u2019on se mette à la place de l\u2019un ou l\u2019autre personnage.C\u2019est l\u2019un des premiers titres littéraires publiés par la toute nouvelle maison d\u2019édition québécoise Druide.Et, me semble-t-il, l\u2019un des romans les plus aboutis de l\u2019auteur, Alain Beaulieu.Qui a signé une dizaine d\u2019ouvrages depuis Fou-Bar en 1997.Et qui s\u2019est illustré entre autres avec Le postier Passila, finaliste aux prix du Gouverneur général l\u2019an dernier.ALAIN BEAULIEU aÜELQUE PART EN AMÉRIQUE C\u2019est Quelque part en Amérique.Le titre est à prendre au pied de la lettre.Quelque part, c\u2019est-à-dire : sur une route, une autoroute, dans une gare, un restaurant, dans un chalet perdu au fond des bois, une majestueuse demeure en bordure de la forêt, au bord de la mer, dans une petite ville, au sud, au nord.Nous sommes quelque part, sans jamais que les lieux soient nommément identifiés.Mais nous sommes en Amérique, aucun doute là-dessus.Cette Amérique raciste, corrompue, violente et parfois dévote, qui peine à tenir ses promesses d\u2019avenir meilleur.Le roman s\u2019ouvre sur l\u2019arrivée d\u2019une femme noire et de son fils de cinq ans, venus du Bé-lize.Ils débarquent, illégalement, dans une petite ville où la couleur de leur peau détonne.S\u2019il n\u2019y avait que ça.Ils sont pauvres, ils sont démunis.Ça se sent, ça se voit.L\u2019homme qui a organisé de loin leur voyage clandestin et que la femme n\u2019a vu qu\u2019en photo devait les attendre à la gare.Mais il n\u2019est pas au rendez-vous.Heureusement, d\u2019ailleurs.On va comprendre assez vite que cet homme-là est un salaud, qu\u2019il est à la tête d\u2019un réseau de traite des femmes.Et qu\u2019il sème la terreur dans la petite ville en question, où personne, pas même la police, ne lève le petit doigt pour le dénoncer.Il faut dire que certains en profitent par en dessous pour se graisser la patte.Heureusement, la femme, Lonie, et son petit garçon, Ludo, vont tomber dans les mains d\u2019un bon samaritain.Dont on va découvrir par la suite que la nature de son travail l\u2019amène à avoir des problèmes de conscience, des remords : il n\u2019en peut plus de voir disparaître des jeunes femmes naïves, innocentes, démunies, venues d\u2019ailleurs avec leur rêve d\u2019avenir meilleur.Grâce à leur protecteur, la mère et l\u2019enfant finiront, après quelques mésaventures, par se retrouver en lieu sûr.Il y aura des compromis à faire.Il faudra que Lonie accepte plus ou moins d\u2019être traitée en esclave par un prédicateur tout-puissant qui voit Dieu partout et qu\u2019elle s\u2019acclimate au caractère imprévisible de sa femme dépressive, qui ne se remet pas de se savoir infertile.Il y aura ensuite une cavale haute en couleur et en rebondissements.Il y aura un désir de s\u2019affranchir, mais pas nécessairement là où on l\u2019attendait.Puis il y aura un drame terrible, imprévisible.Ein de la première partie, de la première moitié du roman.Tout va aller beaucoup plus vite ensuite.Jusque-là, et c\u2019est déjà beaucoup, c\u2019est l\u2019histoire d\u2019une immigrante illégale qui nous est racontée de l\u2019intérieur.L\u2019histoire d\u2019une jeune mère qui a quitté sa vie de misère «dans une maison sans murs incapable de nous protéger du CHRISTIAN DESMEULES Alain Beaulieu a signé une dizaine d\u2019ouvrages depuis Fou-Bar en 1997.froid, de la chaleur, des moustiques et des voleurs», pour embrasser le rêve américain.Déception, sentiment de trahison.Certes.L\u2019Amérique n\u2019est pas la terre promise, espérée.Mais la situation aurait pu être pire, bien pire encore, pour Lonie et son enfant, n\u2019eût été le bon samaritain qui a croisé leur route, n\u2019est-ce pas ?C\u2019est ce que se dit la mère : «Je savais maintenant que cet homme m\u2019avait sauvé la vie et qu\u2019il avait épargné à mon fils des souffrances que je ne pouvais pas imaginer.» Jusque-là, outre quelques dialogues échangés, c\u2019est par ses yeux à elle, Lonie, qu\u2019on sent les choses, qu\u2019on voit le monde.Qu\u2019on découvre l\u2019Amérique, quoi.Puis, changement de narrateur.Saut dans le temps, aussi : on se retrouve 17 ans plus tard.Tout le reste du roman est consacré à cette période clé, aux conséquences malheureuses du drame terrible qui s\u2019est produit à la fin de la première partie.Difficile d\u2019en dire plus là-dessus sans vendre la mèche.Disons simplement qu\u2019il est encore une fois question de disparition.Et qu\u2019autant la personne disparue que la personne responsable du rapt auront voix au chapitre.Même chose pour les autres personnages concernés de près par cette histoire.Tous ces morceaux de récits intimes aux textures différentes finissent par former une courtepointe collective qui se tient, qui nous captive.Chemin faisant, tandis que quêtes et enquêtes s\u2019entremêlent, on n\u2019est plus seulement dans le rêve brisé d\u2019une immigrante illégale : on s\u2019ouvre, on change de perspective, on touche à plusieurs dimensions de la condition humaine.Chemin faisant, il y a l\u2019amour.Et la trahison.De même que la fuite en avant.Il y a la maternité, et le désir d\u2019enfant à tout prix.Il y a des couples mixtes, des enfants mulâtres.Il y a l\u2019évolution des mentalités.Et l\u2019espoir.Même quand le pire s\u2019est produit.Il y a la suite du monde, qui se joue, quelque part en Amérique.QUELQUE PART EN AMÉRIQUE Alain Beaulieu Druide Montréal, 2012, 224 pages ENFANCES SUITE DE LA PAGE E 1 intéressant et important se déroule en secret, dans des endroits où ne réside pas de pouvoir.» Ce n\u2019est pas la première fois qu\u2019Ondaatje retourne à l\u2019enfance.Il y puisait déjà la matière de ses nouvelles en 1991.«Même si on trouve dans Un air de famille plusieurs anecdotes, une grande part a été inventée, parfois simplement en collant ensemble des détails.Mais maintenant, c\u2019est à cette version que je crois ! Même si je sais parfaitement qu\u2019elle n\u2019est pas vraie.Ecrire La table des autres a tracé, d\u2019une étrange manière, la route que j\u2019ai prise de là-bas à ici, même si là encore cette histoire est inventée.Une histoire peut de cette manière changer votre vérité, mais aussi l\u2019ancrer, lui donner un foyer.» Le roman joue de cette confusion bio-graphie-fiction, écrivain-narrateur.Et de l\u2019envie du lecteur de reconnaître le témoignage, le vécu sous le récit.Quelle importance, puisque, lit-on, «ily a toujours une histoire, une histoire qui attend.Qui existe à peine.À laquelle on ne s\u2019attaque que peu à peu et qu\u2019on nourrit.On découvre la carapace qui contiendra notre personnage et le mettra à l\u2019épreuve.On trouve alors le chemin que sera sa vie» ?Le Devoir LA TABLE DES AUTRES Michael Ondaatje, traduction de Michel Lederer Boréal Montréal, 2012, 264 pages BOERAL L\u2019écrivain Michael Ondaatje ivieri librairie bist L\u2019INSTANT DU DANGER L\u2019exil forcé des DEMANDEURS D\u2019ASILE ACHAT A DOMICILE - VENTE - EVALUATION Bonheur d'occasion Librairie Mathieu Bertrand, Libraire Membre de la Ligue internationale de la Librairie Ancienne (LIL/^ 514-914-2142 ACHETONS EN TOUT TEMPS : Art québécois et international Livres d'art et livres d'artiste : \u2022\tBellefleur, Borduas, Perron, Gagnon, Giguère, Lemieux, Riopelle.\u2022\tÉditions : Art Global, Corbeil, Erta, La Frégate, Michel Nantel.Refus Global, le Vierge incendié Reliures d'art Fonds universitaires : \u2022\tLittérature, Philosophie, Sciences humaines \u2022\tPléiade Livres anciens avant 1800 Americana et Canadiana Expertise de documents et d'archives Olivieri Au cœur de la société Mercredi 12 septembre à 18 heures Causerie à l\u2019occasion de la parution aux éditions du passage du livre L\u2019INSTANT DU DANGER de Michel Peterson avec des photographies de Charles-Henri Debeur.4487, de la Roche, Montréal \u2022 514 522-8848 \u2022 1 888 522-8848 bon heurdoccasionObel I net.ca \u2022 www.abebooks.fr/vendeur/bon heu rdoccasion Entrée libre Réservation obligatoire RSVP : 514.739.3639 Bistro : 514.739.3303 5219 Côte-des-Neiges Métro Côte-des-Neiges Avec Michel Peterson Clinicien auprès des demandeurs d\u2019asile et des réfugiés qui ont été victimes de torture ou de violence organisée, Michel Peterson souhaite avec L\u2019Instant du danger sensibiliser le public à la situation de ces milliers de personnes traumatisées qui vivent l\u2019exil au quotidien Charles-Henri Debeur Photographe Joël Des Rosiers Psychiatre, poète et essayiste Georges Leroux Helléniste et professeur émérite de philosophie à l\u2019UQAM B ?^Gaspard-LE DEVOIR ALMARÈS Du 27 août au 2 septembre 2012 \t\t \t\t Romans québécois 1 Malphas \u2022 Tome 2 Torture, luxure et lecture\tPatrick Senécal/Alire\t1/2 2 Mémoires d\u2019un quartier \u2022 Tome 12 Adrien, la suite\tLouise Tremblay-D\u2019Essiambre/Guy Saint-Jean\t2/2 3 Révélation brutale\tLouise Penny/Flammarion Qc\t3/3 4 Les sœurs Beaudry \u2022 Tome 1 Evelyne et Sarah\tMicheline Dalpé/Goélette\t4/3 5 La chasse est ouverte\tChrystine Brouillet/Courte échelle\t5/12 6 Volte-face et malaises\tRafaële Germain/Libre Expression\t7/24 7 Malphas \u2022 Tome 1 Le cas des casiers carnassiers\tPatrick Senécal/Alire\t8/2 8 Le roman de Madeleine de Verchères \u2022 Tome 3.\tRosette Laberge/Éditeurs réunis\t-/I 9 Giiffintown\tMarie Hélène Poitras/Alto\t-/I 10 Lit double\tJanette Bertrand/Libre Expression\t10/19 Romans étrangers\t\t 1 Les sœurs Andreas\tEleanor Brown/Marabout\t1/4 2 La sirène\tCamilla Lackberg/Actes Sud\t3/3 3 7 ans après.\tGuillaume Musso/XO\t2/21 4 Les partenaires\tJohn Grisham/Robert Laffont\t4/8 5 Les années perdues\tMary Higgins Clark/Albin Michel\t5/5 6 L'été de la deuxième chance\tElin Hilderbrand/Lattès\t6/10 7 Volte-fece\tMichael Connelly/Calmann-Lévy\t7/17 8 La piste du tigre\tJames Patterson/Lattès\t8/9 9 Dans le jardin de la bête\tErik Larson/Cherche Midi\t-/I 10 Les fleurs sanglantes\tColleen McCullough/Archipel\t9/2 \u2019?Essais québécois\t\t 1 Carré rouge.Le ras-le-bol du Québec en 150 photos\tJacques Nadeau | Jacques Parizeau/Fides\t1/2 2 Notre indépendance.28 Québécois s\u2019expriment\tCollectif/Alain Stanké\t5/3 3 La juste part\tDavid Robichaud | Patrick Turmel/Atelier 10\tm 4 Comment mettre la droite K.O.en 15 arguments\tJean-François Lisée/Alain Stanké\t3/9 5 C\u2019était au temps des mammouths laineux\tSerge Bouchard/Boréal\t7/30 6 Le mal du pays.Chroniques 2007-2012\tUse Payette/Lux\t4/4 7 Le mirage François Legault\tGilles Toupin/VLB\t6/4 8 Liliane est au lycée.Est-il indispensable d\u2019être cultivé?\tNormand Baillargeon/Flammation\t-/I 9 La cohabitation des générations\tJosée Garceau/La Presse\t-/I 10 Claude Ryan.Un éditorialiste et le débat social\tPierre Pagé/Rdes\t-/I \u2019?Essais étrangers\t\t 1 Le prix à payer.Comment le coût de chaque chose.\tEduardo Porter/Transcontinental\t-n 2 Une histoire populaire de l\u2019humanité\tChris Harman/Boréal\t-n 3 Les lois fondamentales de la stupidité humaine\tCarlo M.Cipolla/PUF\t1/3 4 La question du séparatisme.Le combat du Québec.\tJane Jacobs/VLB\t-n 5 La pensée de Dieu\tIgor Bogdanov | Grichka Bogdanov/Grasset\t3/4 6 Pourquoi les crises reviennent toujours\tPaul R.Krugman/Seuil\t4/2 7 Le sanglot de l'homme noir\tAlain Mabanckou/Fayard\t-n 8 Les Strauss-Kahn\tRaphaëlleBacquél Ariane Chemin/Albin Michel 2/4\t 9 Destmction massive.Géopolitique de la faim\tJean Ziegler/Seuil\t-n 10 Faut-il manger les animaux?\tJonathan Safran Foer/Points\t6/2 sur les ventes de Innés français au Canada Ce palmarès est extrait de Bâ^iinl et est constitué des relevés de caisse de 215 points de vente La BTLF reçoit un soutien financier de Patnmoine canadien pour le projet Bdspaiû.© BTIF, toute reproduction totale ou partielle est interdite F 4 LE DEVOIR, LES SAMEDI 8 ET DIMANCHE 9 SEPTEMBRE 2012 LITTERATURE ROMAN Les larmes de l\u2019enfance SUZANNE GIGUERE T a neige tombait dru.Paulo jeta un dernier regard vers la route et en conclut avec tristesse qu\u2019Henri, son papa, ne viendrait pas.» En retournant aux sources de son enfance dans les années 1970, l\u2019écrivain franco-québécois Stéphane Libertad trace le portrait de deux familles désaxées et excentriques du sud-ouest de la France.Il relate avec un humour caustique l\u2019éternel thème de «famille je voqs \u201chais-me\u201d».A gauche, la famille petite-bourgeoise d\u2019Henri ; à droite, celle de Lise, ouvrière ; et au milieu, le petit Paulo, partagé entre un père colérique et instable et une mqre sans aucun sens maternel.A cet âge charnière entre l\u2019enfance et l\u2019âge adulte, Paulo est témoin de l\u2019hystérie collective qui fait partie de son quotidien.Le romancier met â nu, crescendo, les failles cachées et les travers des familles narcissiques dévorées par des histoires d\u2019amour calamiteuses, des conflits passés et â venir, des silences.Il ne lâche pas ses personnages, tous aussi singuliers, rêveurs et af-fabulateurs, artistes ratés ou truands, pétris de doutes et d\u2019angoisses, tiraillés entre leurs devoirs familiaux et leurs ressentiments.Stéphane Libertad a l\u2019art de mettre en scène le monde secret des enfants.L\u2019évocation touchante du jeune Paulo, marqué par une enfance insolite et difficile, illustre avec justesse les blessures laissées ouvertes dans une famille éclatée, en partie colmatées par la présence aimante des grands-parents maternels.Le titre du roman, La haleine de parapluie, renvoie d\u2019ailleurs â un souvenir de pêche de Paulo avec son grand-père.Ce sont les détails qui font la force de ce roman.Lorsque Henri, au bout du week-end, ramène Paulo â sa mère, l\u2019enfant regarde le paysage défiler: «Hormis leur propre solitude, rien ne semblait les rapprocher.» Le plus émouvant est peut-être la finale.Stéphane Libertad nous donne une vue de l\u2019intérieur de ce que peuvent être la désorientation et la perte de tout ce qui fait une personnalité.Quand, â la veille de Noel, Paulo croise son père dans un magasin, celui-ci détourne le regard.Il semble effrayé.Le récit ne se retourne pas, les raisons d\u2019espérer ne pointent pas, le romancier ne nous laisse pas beaucoup d\u2019illusions sur le bonheur familial.« Paulo prit conscience que les larmes de l\u2019enfance étaient derrière lui et qu\u2019il était devenu grand [.] la peur avait changé de camp.» Et si les enfants ne naissaient que pour corriger les erreurs de leurs parents ?La matière émotionnelle intime et profonde, voilà ce sur quoi se concentrent le travail et l\u2019attention du romancier tout au long de sa fresque familiale haute en couleur.Stéphane Libertad touche au cœur, tantôt par une simplicité d\u2019écriture bouleversante, tantôt par la virtuosité de formules qui marquent les esprits.«Edmond, le père de Lise, avait rencontré Jeanne sur un manège de chevaux de bois, lui avait payé un tour, puis ils avaient eu trois filles.» Collaborateur Le Devoir LA BALEINE DE PARAPLUIE Stéphane Libertad Septentrion, coll.«Hamac» Sillery, 2012, 298 pages RENTREE LITTERAIRE Encore des romans historiques DANIELLE LAURIN engouement pour les ro-' mans historiques pe se dément pas au Québec.A chaque rentrée, même phénomène : ils nous arrivent par dizaines.Et comme toujours, plusieurs séries se poursuivent Ces jours-ci, Marie-Claude Boily publie le deuxième tome de Jours de tourmente (VLB), qui se passe dans l\u2019Ouest canadien â la fin du xix® siècle.Les prolifiques Michel Langlois et Juliette Thibault poursuivent aussi leurs sagas (Hurtubise).Les années 1950 au Québec sont â l\u2019honneur dans Très chère mère (Hurtubise), qui met en scène une jeune immigrante hongroise.L\u2019auteure, Eva Bo-rocz, née en Hongrie en 1938, a immigré au Québec en 1957.Suivront en octobre, entre autres sagas historiques qui bénéficient d\u2019une suite : Fanette, de Suzanne Aubry, qui en est â son cinquième tome, et La Saline, deuxième volet, de Louise Lacoursière (Libre Expression).Aussi: Félicité, de Jean-Pierre Charland, et Les chro- niques de Chambly, de Louise Chevrier (Hurtubise).En novembre, Anne-Marie Si-cotte continue d\u2019explorer l\u2019histoire du Bas-Canada et des Patriotes avec le deuxième tome du Pays insoumis: Rue du sang (VLB).Chez Hurtubise, on poursuit la publication des romans posthumes de Michel David avec le tome IV d\u2019Aw bord de la rivière: Constant.Et puis on lance D\u2019or et de poussière, de Camille Bouchard, qui se passe au XVI® siècle, avec â, l\u2019avant-plan l\u2019exploration des Etats du Sud-Ouest américain par les conquistadors espagnols.Enfin, au Boréal, le romancier, essayiste et traducteur Daniel Poliquin, auteur de L\u2019écureuil noir et de La kermesse, fait paraître un roman dit «en trois époques», qui promet de nous faire voir l\u2019Ontario francophone autrement.Ça commence au tournant du xx® siècle, ça se poursuit au début des années 1960, et ça se termine de nos jours.Cest L\u2019historien de rien.Collaboratrice Le Devoir ¦ ¦ V GILA SPERER Le romancier, essayiste et traducteur Daniel Poliquin Les perpétuels étrangers NAIM KATTAN Romancière et nouvelliste remarquable, Cynthia Ozick a décrit dans ses livres le destin complexe et difficile des Juifs américains et des survivants de la Shoah.Dans son dernier roman.Corps étrangers, elle analyse le déracinement de l\u2019immigrant en Amérique comme en Europe.Marvin Nachtigall est le fils d\u2019un immigrant juif qui gagne très sobrement sa vie dans une quincaillerie qu\u2019il dirige avec sa femme â New York.Dans l\u2019attente des clients, il passe des heures â lire des romans populaires.Grâce â des bourses et surtout â son acharnement, le jeune homme fait de brillantes études qu\u2019il met en pratique pour amasser des millions.Il s\u2019installe en Californie, épouse Margaret, qui appartient â une famille de notables protestants, et espère que son fils Julian et sa fille Iris suivront son exemple.Sa sœur Doris est institutrice.Son mariage avec Léo, qui croit être un grand compositeur, ne dure pas longtemps.Elle croit en son destin, même si la musique lui est fermée.Le monde de tous ces personnages est fragile, branlant et tous connaissent des échecs, des chutes profondes.Julian, ne supportant pas l\u2019autorité aveugle de son père, se rend â Paris, se croit poète et gagne sa subsistance comme serveur.Il épouse Lili, une rescapée de la guerre.Elle est juive mais ne le dit pas.Iris, sa sœur, part â sa recherche.Elle décide elle-même d\u2019échapper au père.Elle devient la compagne d\u2019un escroc américain bien plus âgé, qui se prétend médecin, et devient son assistante dans sa fausse clinique.Supportant mal l\u2019oppression de son mari, Margaret délire, est internée et finit par mourir écrasée par une voiture.Le Paris que décrit Ozick est insupportable.Ainsi le retour des enfants des déracinés â la vieille civilisation leur révèle qu\u2019ils sont et demeurent des corps étrangers.Léo, le mari de Doris, obtient la célébrité et la richesse comme compositeur de musique de films.Le rêve américain ne fonctionne pour personne et Paris n\u2019est point â la hauteur de sa légende.La forteresse matérielle de Marvin s\u2019écroule.Sa fille choisit la solitude et rentre en Californie pour accompagner celle de son père.Julian et Lilli choisissent de vivre au Texas, étrangers dans une terre étrangère.Léo compose fina- lement une symphonie qu\u2019il envoie â Doris, qui ne peut ni la déchiffrer ni l\u2019écouter.Son rêve est intact, dans une ultime illusion.Le roman de Cynthia Ozick se déroule â un rythme haletant, empoignant le lecteur qui se demande où conduit cette fermeture hautement pessimiste de l\u2019Amérique et de l\u2019Europe.La seule lueur serait sans doute de l\u2019exposer, de la décrire dans une œuvre d\u2019art, fût-elle en partie rêvée.Collaborateur Le Devoir CORPS ETRANGERS Cynthia Ozick traduit de l\u2019anglais par Agnès Desarthe Editions de l\u2019Olivier Paris, 2012, 306 pages POESIE Le monde va mal HUGUES CORRIVEAU Déjà fort d\u2019une œuvre importante, Christian Saint-Germain vient pour la première fois, dans son Tomahawk, â la poésie, avec des proses d\u2019une grande densité, foisonnantes, en des paragraphes chargés d\u2019affects et de tourments.L\u2019œil affronte les affres nébuleuses des vents contraires, cherche des pistes inscrites dans l\u2019éphémère «feu de joie incendie verticale oriflamme du soir battant au grand vent attraction pure des âmes».Car il arrive parfois que la paix survienne.La vigilance seule est garante de sa perception fragile.Il le faut â cet «homme qui vieillit dans la vulgarité silencieuse de son corps au milieu des familles mortes».Mais pour l\u2019heure, la fille du poète existe comme un phare, amarré qu\u2019il est dans l\u2019amour admiratif qu\u2019il lui porte, sa «fille seule fusée éclairante décoction granulaire de soi onde détachée du premier cercle aube désamarrée s\u2019étalant jusqu\u2019à la ténèbre des adieux».Elle est une lumière dans l\u2019infini désastre.Ce dernier s\u2019acharnant â contrecarrer les éphémères échappées de tendresse.Le poète se laisse porter par un tourbillon étourdissant, rappelant l\u2019écriture automatique, mais contrôlée, dirait-on, travaillant, d\u2019image en image, les flux et reflux du tendre et du coriace.Sitôt venue la tranquille liberté d\u2019être, au moment où il avoue : « je somnole dans le lit nouveau des rivières prospecteur d\u2019aube étalant dans ma paume les cris- Valérie Harvey Déjà en librairie LE PARI IMPOSSIBLE DES JAPONAISES Enquête sur le désir d'enfant au Japon ^SEPTENTRION.QC.CA LA RÉFÉRENCE EN HISTOIRE AU QUÉBEC taux du temps dissolution muette d\u2019étoiles», vient alors le contrepied du «désenchantement chimique tristesse des jours irréalité horreur du moment présent».Mélangeant visions sociales, politiques ou humanitaires, aux contraintes impératives de la vie quotidienne, tout autant matérielles qu\u2019affectives, le poète donne â lire la cartographie émotive d\u2019un homme d\u2019aujourd\u2019hui ballotté, floué par les aléas d\u2019un devenir précaire.Ce recueil est porté par une très grande tension, réussissant, dans le cumul des joies et des colères, â nous rejoindre au cœur même de notre conscience contemporaine.«Machette à laver» Plus économe, Emmanuel Simard donne â lire une «grenade orale», qui explose et creuse un désarroi permanent.Poésie de la constatation, poésie qui cherche le peu de mots capables de percer le mystère de l\u2019autre et de soi.L\u2019œuvre des glaciers confronte le poète et une cer- GLttMMN Tomahawk taine Mathilde, ou une certaine Anna, en opposant leur manière de survivre.Voici parfois une sorte de road poetry qui nous propulse sur des routes, des dérives.Voici aussi un recueil du geste lent des jours qui passent.Les images y jouent souvent dans l\u2019incongru d\u2019une façon appuyée, propre dirait-on aux auteurs chez Poète de brousse, comme s\u2019il fallait toujours qu\u2019un engage- Œettrast; VtCHAMtt 'lu\tl- ^ 7iaJ(iK»WR0YttESr: £A0TllKH£r-HQ¥Atr J T 514-523^389^ ment dans l\u2019hétéroclite, dans l\u2019â-côté du réel, propulse la poésie qu\u2019on y lit.Ce recueil se démarque pourtant par la force impérative de certains éclats.«Le ciel est une décision amère», y lit-on, étonné.Mais, tout aussi belle que soit l\u2019image de cette strophe : «Je nie l\u2019arbalète vers l\u2019estomac/bien que le sang soit déjà sec», on ne peut s\u2019empêcher d\u2019en questionner l\u2019urgence.Tout comme ce passage cu- rieux: «J\u2019assiste aux revirements des boulevards/de la fonte des planchers que je buvais sec.» Quoi qu\u2019il en soit, il y est question d\u2019un être déchiqueté, désemparé, morcelé par les expédients de la vie ordinaire.Entre clarté et noirceur, voilà un poète happé par «un singulier besoin de labyrinthes».Le fracas, les tranchants, les cassures et les colères sont des lames de fond qui soutiennent ces deux premiers recueils.Toutes forces de révolte ou de démission conviées, les poètes hurlent contre les agressions multiples qui embêtent la vie, qui déconstruisent les possibles.Collaborateur Le Devoir TOMAHAWK Christian Saint-Germain Montréal, éditions du Noroît, 2012, 110 pages LŒUVRE DES GLACIERS Emmanuel Simard Montréal, Poètes de brousse, 2012, 56 pages Garder Jeanne de France à la maison La Bibiothèque nationale de France (BNF) entame le dernier sprint d\u2019une course aux bidons qui lui permettrait d\u2019acquérir le livre d\u2019heures de Jeanne de France.La BNF possède déjà une douzaine de manuscrits ayant appartenu â cette fille de Louis XI, presque reine puisque mariée â douze ans â Louis d\u2019Orléans, qui fera pourtant annuler ce mariage dès son ascension au trône en 1498.Le livre est classé trésor national pour ses 336 feuillets, calligraphiés, enluminés, illustrés par le Maître de Guillaume Jouve-nel des Ursins, et terminé en 1452.n coûte 1 million d\u2019euros, n manque â la bibliothèque 250000 euros afin que le compte soit bon, montant qu\u2019elle doit amasser d\u2019ici le 31 décembre, sans quoi le propriétaire actuel pourra le vendre â l\u2019étranger.La BNF a donc lancé un appel aux mécènes et philanthropes.Le Devoir LE DEVOIR, LES SAMEDI 8 ET DIMANCHE 9 SEPTEMBRE 2012 F 5 LIVRES LITTERATURE DE VOYAGE Montages russes Colin Thubron, Jacek Hugo-Bader et Frederick Lavoie bricolent leurs souvenirs de voyage au pays des ex-Soviets CHRISTIAN DESMEULES \\ Achevai sur deux continents, l\u2019espace de la Russie, le plus grand pays du monde, s\u2019étire sur 9000 kilomètres d\u2019ouest en est.Le temps aussi s\u2019y dilate : neuf fuseaux horaires séparent aujourd\u2019hui l\u2019enclave occidentale de Kaliningrad de la péninsule du Kamtchatka.Malgré ces dimensions démesurées, l\u2019histoire récente a imprimé fortement sa marque.Et si d\u2019évidentes et heureuses différences subsistent encore, ici et là, une forte homogénéité « culturelle » ne manque pas de sauter aux yeux.Pour Frédérick Lavoie, journaliste indépendant basé à Moscou, d\u2019où il collabore régulièrement à La Presse et à Radio-Canada, cette identité transcende même les frontières actuelles de la Russie : «Les pays de Post-Soviétie sont notamment unis par une lingua franca (le russe), une tendance politique dominante (l\u2019autoritarisme) et des problèmes socio-économiques communs (lourde bureaucratie, corruption endémique, forte économie informelle).» Deux décennies après l\u2019effondrement de l\u2019Union soviétique, les portraits sombres de l\u2019ancien empire en lambeaux \u2014 la Russie et quelques républiques vite redevenues des satellites \u2014 semblent plus que jamais avoir la cote.Allers simples.Aventures journalistiques en Post-Soviétie existe d\u2019abord, nous dit le journaliste originaire de Chicoutimi, pour donner une cohérence à la «suite chaotique d\u2019aventures» qu\u2019il a vécues depuis son baptême de feu: un séjour de deux semaines dans une prison de Minsk, en Biélorussie, après les élections controversées de 2008 qu\u2019il avait choisi de couvrir sans accréditation officielle.La caucasite aiguë Effet secondaire de sa philosophie du voyage, la «caucasite aiguë», nous raconte Frédérick Lavoie, est un mal étrange qui le pousse à surmonter chaque fois sa peur et son dégoût des voyages pour sauter dans le premier avion en direction du Sud ou de l\u2019Asie centrale sans prendre de billet de retour.Le jeu en vaut souvent la chandelle : une incursion dans la jeune Abkhazie, un décryptage des enjeux sur le terrain en Ossétie du Sud, un coup d\u2019œil sur l\u2019islamisation de la Tchétchénie, des rencontres avec des néonazis de Vladivostok ou des victimes d\u2019essais nucléaires soviétiques dans l\u2019est du Kazakhstan.ALLERS SIMPLES iYEliruüES IQÜÜHilLISHIIlilS EN f(S)-»Yi(TlE Frédèflck Lavoie r\u201cî=rrr YURI KADOBNOV AGENCE FRANCE-PRESSE Assumant le rôle de grand témoin plus que celui d touriste, Lavoie revisite ses carnets de notes et ses anciens reportages à Moscou et autres villes russes pour nous donner à voir et à comprendre.Beaucoup de « fausses démocraties» et de frontières traversées à la va-comme-je-te pousse.C\u2019est-à-dire sans visa.Un plaidoyer pour le journalisme.Autant de tentatives pour saisir les mécanismes de la violence collective (et de la corruption) qui affectent durablement cet espace géographique et culturel.Avec sobriété, assumant sans jamais fléchir le rôle du grand témoin plus que celui du touriste, Lavoie revisite dans Allers simples ses carnets de notes et ses anciens reportages pour nous donner à voir et à comprendre.Un récit parfois minutieux de certains événements qui ont marqué cette région du monde depuis quatre ou cinq ans (interventions militaires, conflits ethniques), r^hmé de rencontres et de tentatives de comprendre et d\u2019expliquer aux profanes ce qui se cache derrière les apparences.«La Russie, écrit-il, est une tragédie millénaire qui s\u2019entretient elle-même par son orgueil mal placé, son intransigeance et les passions qui en découlent.» Mais qui dit orgueil, passion et jusqu\u2019au-boutisme dit aussi parfois surprise, générosité, exubérance et personnages hauts en couleur.C\u2019est l\u2019autre côté d\u2019une médaille que le voyage hors des sentiers battus permet d\u2019apercevoir.De Moscou à Vladivostok Parti de Moscou en plein hiver en 2007, tout seul au volant d\u2019un UAZ d\u2019occasion modifié pour lui permettre d\u2019affronter le froid sibérien, le journaliste polonais Jacek Hugo-Bader roulera 7000 kilomètres en zigzags.Pauvreté, misère morale, corruption endémique, violence: la Russie d\u2019aujourd\u2019hui, derrière le vernis de plus en plus «civilisé» des grandes villes, charrie son lot de laissés-pour-compte sur lesquels l\u2019auteur a surtout choisi de porter son attention.Dans un curieux Reportage du xxP siècle futuroscope, deux journalistes de la Pravda imaginaient en 1957 comment pourrait être le monde en 2007 : maîtrise du cancer, absence de pollution, communications instantanées, prospérité soviétique.Avec ce livre sous le bras, qui sert de fil à son récit, Hugo-Bader a décidé de s\u2019offrir pour ses cinquante ans un voyage de Moscou à Vladivostok.La fièvre blanche.De Moscou à Vladivostok nous présente, bien entendu, un portrait moins idyllique de la réalité.L\u2019auteur donne un coup de volant vers les chemins moins fréquentés, pour les freaks, les chamans, les néonazis, les séropositifs, les alcooliques finis et les minorités ethniques en voie d\u2019extinction décimées par le suicide et l\u2019alcool.Une plongée fascinante dans le gris.Un livre dont l\u2019actualité n\u2019est peut-être pas aussi brûlante que le précédent, mais qui répond à d\u2019autres exigences.Des reportages offerts en prime, si on veut, à la suite de ce récit de voyage remontent pour leur part à 2005 ou 2001 et nous entraînent sur les rives du lac Bàikal, en Ukraine, en Moldavie ou en Transnistrie.Thubron dans Tailleurs de la Russie Si Colin Thubron a parfois lui aussi été journaliste, il est sans conteste le plus écrivain des trois.Non seulement parce qu\u2019il est aussi romancier, mais parce que chacune de ses phrases l\u2019atteste.Plus de quinze ans après avoir parcouru l\u2019Union soviétique en solitaire au volant de sa Morris au début des années 1980 {Les Russes, 1991), Thubron, qui se débrouille en russe, s\u2019enfonce vers l\u2019Est à la recherche d\u2019un surplus d\u2019àme et des grands espaces.En Sibérie, qu\u2019on réédite en poche, témoigne de ce péri- ple fait en 1998 et de sa quête de transcendance chez les peuples du nord.«Incapable d\u2019imaginer une Russie sans destinée, nous raconte-t-il, j\u2019étais à la recherche de symptômes d\u2019une nouvelle foi, d\u2019une identité neuve.» Impossible de ne pas être renversé, déjà à cette époque, par le retour du refoulé: la religion.Le pays entier, observe le Britannique né à Londres en 1939, semble revenir d\u2019instinct et sans douleur à son ancienne nature.Le passé athée de la Russie?Rien de plus «qu\u2019un jour gris dans un long été orthodoxe».En train, en autocar, en bateau ou à pied, à lekaterinbourg, Omsk, Novossibirsk ou Magadan, Thubron se lance sur la piste des anciens goulags, des fantômes soviétiques, de chamans, mystiques ou pêcheurs.Un voyage plein de rencontres fortes «dans Vailleurs de la Russie», là où les gens n\u2019avaient pas encore succombé, comme à Moscou, à «la contagion de l\u2019Ouest».Où le temps décrit des cercles.Collaborateur Le Devoir ALLERS SIMPLES.AVENTURES JOURNALISJIQUES EN POST-SOVIETIE Frederick Lavoie La Peuplade Chicoutimi, 2012, 384 pages LA FIÈVRi; BLANCHE.DE MOSCOU A VLADIVOSTOK Jacek Hugo-Bader Traduit du polonais par Agnieszka Zuk Noir sur Blanc Paris, 2012, 528 pages EN SIBÉRIE Colin Thubron Traduit de l\u2019anglais par Katia Holmes Gallimard, coll.«Folio» Paris, 2012, 480 pages La Vitrine Christopher Andersen i V ^\t^ Sex and Rock n Roll MICK SEX AND ROCK\u2019N\u2019ROLL Christopher Andersen Traduit de l\u2019anglais par Dominique Defert et Carole Delporte JC Lattes Paris, 2012, 416 pages Les membres des Rolling Stones ont tellement forniqué et consommé d\u2019alcool et de drogues de toutes sortes qu\u2019on ne peut que se demander par quel miracle le groupe a pu se rendre à son cinquantième anniversaire, fêté cet été.Dans une sulfureuse et documentée biographie consacrée à Mick Jagger, leader de la formation britannique, Christopher Andersen, journaliste américain longtemps associé aux magazines Time et People et biographe de vedettes (les Bush, Clinton et Obama, ainsi que les membres de la famille royale britannique), trace un portrait sans retouches du rocker immoral, incarnation du turbocapitalisme spectaculaire.Défoncé presque en permanence jusqu\u2019à la cinquantaine au moins, dévoré par un sauvage appétit sexuel tous azimuts, immature sur le plan relationnel (il a mis du temps à reconnaître certains de ses six ou sept, on ne sait plus trop, enfants), Jagger, écrit malgré tout Andersen, a su cultiver son mythe et «son nom résume à lui seul une époque de l\u2019humanité».Cette biographie, basée notamment sur de nombreux témoignages des membres de l\u2019entourage de la vedette assouvit notre penchant pour le voyeurisme, mais n\u2019est certes pas recommandée pour les cours de morale ou de santé publique.Louis Cornellier D DEMARCHE CLINIQUE RAISONNEMENT CLINIQUE, EXAMEN PHYSIQUE, ENTREVUEMEDICALE François Ratté, M.D., et Julie F.Thériault, M.D.Illustrations: Isabelle Collin, M.D.Presses de l\u2019Université Laval Québec, 2012, 664 pages Une idée reçue veut qu\u2019ü faîUe absolument connaître l\u2019anglais pour étudier en médecine, même au Québec, puisque la documentation pertinente produite dans ce champ utiliserait maintenant ce seul idiome.Il faut donc applaudir sans réserve la publication de Démarche clinique, un vrai manuel de médecine en français, conçu parles médecins François Ratté et Julie F.UiériaulL et joliment illustré par leur collègue Isabelle Collin, à l\u2019intention des étudiants en médecine de lUniversité Laval.Volumineuse introduction au raisonnement clinique, à l\u2019examen physique et à l\u2019entrevue médicale, ce manuel, par son existence, a aussi une portée politique et culturelle.Il vient rappeler à tous que les Québécois n\u2019ont pas à abdiquer leur identité pour s\u2019adonner à la médecine de pointe.Souhaitons que toutes les facultés de médecine du Québec le mettent au programme ou, du moins, s\u2019en inspirent.Louis Cornellier DU VENTRE DE LA BALEINE Michael Crummey Traduit de l\u2019anglais (Canada) par Lori Saint-Martin et Paul Gagné Boréal Montréal, 2012, 448 pages Ça commence comme une histoire de survenant.Et c\u2019en est une.Mais on comprend vite qu\u2019ü s\u2019agit plus largement d\u2019une histoire de «survenance».Dans Dm ventre de la baleine, troisième roman de l\u2019écrivain terre-neuvien Michael Crummey, un homme arraché d\u2019un seul coup au néant ébranle l\u2019existence d\u2019une petite communauté isolée de Terre-Neuve pendant la seconde moitié du XIK® siècle.Bienvenue à Paradis Profond: quelques centaines d\u2019âmes dispersées dans des bicoques accrochées à un paquet de roches posé en équilibre au bord de l\u2019océan.Dans le ventre d\u2019une baleine échouée, à une époque où la mer ne donnait plus rien, où « les jardins pourrissaient sous la pluie implacable et chaque hiver menaçait de les enterrer tous », on retrouve un jour le cadavre d\u2019un homme au milieu d\u2019un banc de capelans non digérés.Surtout, ü portait sur lui une odeur de poisson que les années n\u2019arriveront jamais à effacer.Un personnage effacé qui sera durant tout le roman une sorte de fil conducteur autant qu\u2019un révélateur des tensions sociales, religieuses, économiques et familiales de ce minuscule bout du monde.Longue genèse, foisonnante, en zigzags, flirtant avec le fantastique.Du ventre de la baleine s\u2019étend sur des dizaines d\u2019années et met en scène une nuée de personnages à la généalogie compliquée.Un récit fondateur truculent qui possède tous les attributs du genre : folie animale et sexualité primitive, beuveries, meurtres, jalousies, exils, un soupçon de surnaturel.Et beaucoup de misère noire.Christian Desmeules Eva Bbrôcz Hurtubise Découvrez le Québec des années 1950 avec les yeux et le cœur d\u2019une immigrante hongroise de 18 ans.?Hurtubise www.editionshurtubise.com W¥% éditeur www.editionsxyz.com Denis Thériault La fille qui n\u2019existait pas Romancheh m Denis Thériault La fille qui n\u2019existait pas Ils étaient huit. F 6 LE DEVOIR, LES SAMEDI 8 ET DIMANCHE 9 SEPTEMBRE 2012 ESSAIS La philosophie positive de John White Louis CORNELLIER Professeur de philosophie au cégep de Sainte-Foy de 1967 à 2005 et père, notamment, des journalistes Marianne et Patrick White, John White est mort, en janvier 2012, des suites d\u2019un cancer du cerveau.Avant de quitter ce monde, il tenait à «laisser un legs philosophique», écrit son fils dans la préface de Volontairement bon, le livre-testament de son père, étonnamment publié aux éditions Publistar, d\u2019habitude plus versées dans la pacotille que dans l\u2019essai philosophique.S\u2019inspirant à la fois de Socrate, qui croyait que nul ne fait le mal volontairement, et d\u2019Aristote, selon qui la vertu est une habitude à développer, John White, un catholique pratiquant, insiste «sur l\u2019orientation fondamentalement bonne de l\u2019homme » et sur la nécessité de la cultiver au quotidien pour contrer la tendance tout aussi humaine à «s\u2019attarder au mal».White, en effet, constate chez ses contemporains «la fâcheuse habitude de voir davantage le mal que le bien autour d\u2019eux».Il la diagnostique dans leur difficulté à croire les bonnes nouvelles et dans ces réflexes qui consistent à ne pas voir les qualités des autres, à critiquer facilement, à se plaindre, à prêter de mauvaises intentions à autrui et à blâmer les médias.Ces attitudes, explique-t-il, engendrent la tristesse, la peur, la colère, le découragement et parfois même la haine, alors que la paix et la joie devraient être nos habitats naturels.A partir de ce constat.White ne suggère pas «de mettre des lunettes roses pour regarder la réalité», mais bien de «chercher la vérité, laquelle exige d\u2019appeler le bien et le mal par leur nom».Or, cette vérité, selon lui, demande de reconnaître que le mal est second par rapport à «la bienveillance naturelle de l\u2019homme», qui est première, même si elle risque, faute d\u2019être entretenue, de s\u2019égarer.«Je n\u2019affirme pas, précise White, que l\u2019être humain fait spontanément et régulièrement du bien à ses semblables, mais que sa nature l\u2019incline à vouloir le faire.Il a donc une semence de bienveillance déposée en lui.Chacun passera de l\u2019inclination à l\u2019acte selon qu\u2019il aura su faire mûrir cette semence.» Ualtruisme qu\u2019il prône «doit prendre racine dans la volonté de la personne» Des indices de bonté L\u2019«homme», affirme donc White, n\u2019est pas d\u2019abord un «loup pour l\u2019homme» et nous ne sommes pas une «bande d\u2019égoïstes».Le philosophe énumère sept indices qui lui permettent de fonder, pour ainsi dire, sa thèse d\u2019une propension chez l\u2019humain «à vouloir le bien des autres».Le premier est l\u2019existence de l\u2019aide humanitaire, un geste le plus souvent gratuit et volontaire qui «découle de l\u2019amour naturel que nous vouons à tout homme du seul fait qu\u2019il est un humain».Cet amour, souligne White, est si spontané «que les démagogues soucieux d\u2019entretenir au sein des troupes l\u2019hostilité envers le groupe ennemi doivent recourir à toutes sortes de précautions pour empêcher leurs membres d\u2019entrer en contact avec le camp ennemi».Le deuxième indice est notre sensibilité devant la misère des autres.Découvrir le malheur de certains peuples au bulletin de nouvelles suffit, en effet, à nous accabler.Il y a, ensuite, notre soif de justice, présente en nous dès l\u2019enfance, et notre honte de l\u2019égoïsme.«Ressentant la difformité de l\u2019égoïsme, note White, chacun tente de cacher son manque d\u2019altruisme», une constatation qui rejoint celle de La Rochefoucauld affirmant que «l\u2019hypocrisie est un hommage que le vice rend à la vertu».Notre désir d\u2019éviter de peiner les autres, les bienfaits ressentis en les aidant, de même que l\u2019opinion de certains psychologues comme Rogers et Mas-low constituent d\u2019autres indices de «la bonté de la nature humaine et [de notre] penchant naturel à l\u2019altruisme».Comment expliquer, alors, comme l\u2019écrit saint Paul aux Romains, que «je ne fais pas le bien que je veux, mais le mal que je ne veux pas», ou encore, comme l\u2019écrit White, que «cet altruisme de cœur ne se traduit que trop rarement par un altruisme de fait» ?Recours à la volonté Pour surmonter ce décalage, saint Paul s\u2019en remettait à la «loi de l\u2019Esprit», qui est une grâce.Or, certains, à tort ou à raison, ne reconnaissent pas cette loi et se croient privés de la grâce.La morale, alors, peut prendre le relais, mais l\u2019élan vers le bien qu\u2019elle impose demeure fragile en ce qu\u2019il relève d\u2019une motivation extrinsèque.En d\u2019autres termes, avec la morale ou la loi, je fais le bien non pas tant parce que je le veux que parce qu\u2019il le faut.White, qui évite ces zones un peu savantes, nous invite plutôt à adhérer à une éthique des vertus.L\u2019altruisme qu\u2019il prône «doit prendre racine dans la volonté de la personne».Il s\u2019agit, selon lui, de s\u2019exercer à développer quatre qualités : la liberté face aux désirs, le courage, la justice et la sagesse.Pour y arriver, «il appartient à chacun de nous d\u2019accomplir en lui-même l\u2019évolution personnelle requise pour mener à terme ces élans naturels», écrit-il.Ce recours à la seule volonté individuelle pour actualiser les bonnes inclinations de notre nature humaine constitue le maillon faible de la réflexion de John White.En faisant presque totalement l\u2019impasse sur le rôle des institutions sociales (l\u2019école, le travail, la politique, la démocratie, les lois) dans l\u2019entreprise d\u2019humanisation de l\u2019être humain.White s\u2019enferme dans un individualisme philosophique méthodologique qui confine à la pensée magique.Saint Paul savait que, pour devenir bon, la volonté ne suffit pas.Il comptait sur l\u2019Esprit de Dieu.En l\u2019absence présumée de ce dernier, de nouveaux relais s\u2019imposent, que White néglige pour s\u2019en remettre à une sorte de «gros bon sens» qui, on devrait le savoir, n\u2019existe pas.«Réflexion pratique sur notre conception de la condition humaine», comme l\u2019écrit Gérard Lévesque en postface, cet essai, présenté sous une couverture qui atteint des sommets de quétainerie, n\u2019est pas exempt de naïveté et de raccourcis, mais l\u2019invitation qu\u2019il formule à prendre la vie du bon côté est moins cucul qu\u2019elle en a l\u2019air.VOLONTAIREMENT BON Petites histoires philosophiques John White Publistar Montréal, 2012,160 pages louisco@sympatico.ca Volontairement Petites histoires philosophiques ^PUBLISTAR Sociologie des prix Nobel La politicologue française Josepha Laroche propose une analyse instructive des prestigieuses récompenses LOUIS CORNELLIER Attribués depuis 1901 dans cinq catégories (physique, chimie, médecine, littérature et paix) et depuis 1969 dans une sixième (économie), les prix Nobel jouissent d\u2019un prestige incontesté, mais les dispositifs institutionnels qui les entourent sont mal connus.Dans Les prix Nobel.Sociologie d\u2019une élite transnationale, un ouvrage plutôt savant mais néanmoins accessible, la politologue française Josepha Laroche propose une instructive analyse de ces derniers.Alfred Nobel, inventeur de la dynamite et richissime industriel suédois, souhaitait, par ces prix, «consacrer une œuvre accomplie en faveur du progrès et de la civilisation » et combattre, ce faisant, l\u2019ignorance et l\u2019absence d\u2019éthique qui engendrent les guerres et nuisent à la démocratie.Laroche montre que ces vœux continuent de déterminer l\u2019attribution des prix et que le rituel qui accompagne le processus transforme les récipiendaires «en figures emblématiques de renommée planétaire», les dotant ainsi d\u2019une aura qu\u2019ils doivent investir dans la promotion de la ligne diplomatique des Nobel de défense des droits de la personne contre la raison d\u2019Etat.Les prix Nobel, explique-t-elle, jouent deux rôles principaux: ils définissent des normes (esthétiques, scientifiques, politiques) et prescrivent des pratiques Ça paix, la démocratie, une science aux applications concrètes).Pour obtenir un Nobel, continue Laroche, «il convient donc d\u2019occuper une position institutionnelle stratégiquement rentable», ce qui explique que les récipiendaires forment une sorte de «caste endogame» à HENRI CARTIER-BRESSON / MAGNUM Irène et Frédéric Joliot-Curie, récipiendaires en 1935 du prix Nobel de chimie pour leurs travaux sur la radioactivité.On les voit ici photographiés à leur domicile en 1944.dominante occidentale.Si l\u2019obtention d\u2019un Nobel peut donner un élan à une carrière ou décupler l\u2019influence du lauréat, elle peut aussi, en imposant «la contrainte d\u2019un rôle public bien cadré», accabler le gagnant (un terme plus juste que le mot «nominé» employé dans ce livre).Marie Curie (1903 et 1911) affirmera par exemple que sa vie, et celle de son mari, «a été gâchée par les honneurs et la gloire».L\u2019écrivain nigérian Wole Soyinka (1986) dira avoir «compris ce que peut ressentir une proie talonnée par une meute qui veut l\u2019attaquer».Effet pervers Laroche, au passage, souligne un autre effet pervers du Nobel.Aujourd\u2019hui, dans le monde de la science, le fait d\u2019attribuer le prix à des individus (pas plus de trois par prix) conforte le mythe du génie solitaire, une réalité qui n\u2019a plus cours dans cet univers dominé par les groupes de recherche.Tout concourt, dans l\u2019institution des Nobel, à faire croire à la création d\u2019une «caste de l\u2019excellence» qui serait justifiée de cultiver «une prétention à l\u2019universel».Or, conclut Laroche, il y a là un danger, puisque les Nobel «n\u2019échappent bien sûr pas plus que d\u2019autres à des partis pris idéologiques» et qu\u2019«« trop exercer leur magistère, à trop mobiliser leur notoriété, à multiplier les prises de parole tous azimuts, le risque pourrait exister, à terme, de voir s\u2019effriter ce capital d\u2019admiration dont les créditent les opinions publiques ».Ce solide essai ne discrédite pas les Nobel.Il nous permet d\u2019avoir un regard lucide sur cette célèbre institution.Collaborateur Le Devoir LES PRIX NOBEL , SOCIOLOGIE D\u2019UNE ELITE TRANSNATIONALE Josepha Laroche Liber Montréal, 2012,190 pages Nos Patriotes servis à la jacobine MICHEL LAPIERRE La défaite du Parti libéral du Québec, le 4 septembre, ne saurait faire oublier que cette formation, malgré le conservatisme qui la dénature depuis longtemps, remonte, ne serait-ce qu\u2019à cause de son nom, au libéralisme du xdC siècle.Cet ancien courant d\u2019avant-garde, incarné par Papineau, effraie tant plusieurs collaborateurs du livre culture des Patriotes qu\u2019ils préfèrent y voir un républicanisme «néo-romain» cher aux amis de l\u2019ordre ! Publié sous la direction de Charles-Philippe Courtois et Julie Guyot, l\u2019ouvrage collectif laisse tout de même la place à une interprétation objective de l\u2019esprit qui façonna les Patriotes.Les contributions de Bernard Andrés, de Gilles Gallichan et de Gilles Laporte le prouvent.En lisant Andrés, nous comprenons que les tenants des Lumières, comme Pierre du Calvet (1735-1786), polémiste français qui vécut chez nous, et le journaliste Henri-Antoine Mézière (1771-1846), natif de Montréal, comptent parmi les précurseurs des Patriotes.Gallichan n\u2019a pas à nous contraindre à reconnaître que Papîneau louaît avec raîson V « inflexible intégrité» du député Pîerre-Stanîslas Bédard (1762-1829), défenseur avant luî de la démocratie et de la liberté d\u2019opînîon.Maïs les collaborateurs Lucille Beaudry et Marc Chevrier brouillent les cartes en rattachant la pensée de Papineau et des autres Patriotes à «un discours républicain néo-romain, distinct du libéralisme» ! Ce discours, Us l\u2019ont trouvé chez les historiens anglo-saxons J.G.A.Pocock et Quentin Skinner, qui soutiennent l\u2019avoir eux-mêmes discerné dans la révolu- tion puritaine de l\u2019Angleterre du xviP siècle.Nos deux politologues de l\u2019UQAM avouent se permettre ainsi une «relecture» des thèmes de 1837.Ils prétendent la faire «par-delà l\u2019antagonisme entre le conservatisme et le libéralisme qui a pendant si lon^emps caractérisé les interprétations de notre histoire».A quoi ressemble ce républicanisme «néo-romain» qu\u2019ils contemplent et qui ensorcelle également Courtois, l\u2019Instigateur du livre?A une attitude qui assimile «la vertu à la virilité», répond Stéphane Kelly, le plus clair des collaborateurs, en s\u2019appuyant sur l\u2019historien américain Lance Banning.Il précise : «C\u2019est une éthique acharnée, querelleuse, combative.» Ne s\u2019agit-il pas du jacobinisme, ce républicanisme autoritaire?Mais oui ! Kelly déplore que, «dans un monde enivré de libéralisme», les jacobins servent aujourd\u2019hui de repoussoirs par opposition aux libéraux.Il est proche d\u2019Eric Bédard, qui, dans sa contribution, félicite Louis-Georges Harvey (dont la prose figure aussi dans le livre) «d\u2019avoir tourné le dos» à V«épistémologie du progrès» et au «grand \u201cmétarécit\u201d libéral» en démontrant «la forte teneur républicaine du discours patriote ».Ils sont au moins six à insinuer que l\u2019insurrection de 1837-1838 fut conservatrice sans avoir le courage d\u2019énoncer clairement leur chimère.Collaborateur Le Devoir LA CULTURE DES PATRIOTES Collectif Septentrion Québec, 2012, 232 pages ^ ^ LU (/> ^ ^ t s ^ ca $ O\t5 CO
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