Le devoir, 22 septembre 2012, Cahier F
[" En aparté Une nouvelle politique du livre: un chantier pour le nouveau ministre de la Culture Page f 2 LIVRES CAHIER F .LE DEVOIR, LES SAMEDI 22 ET DIMANCHE 23 SEPTEMBRE 2012 Bienvenue dans l\u2019enfer du monde! Le tout nouveau roman de Wajdi Mouawad, ANIMA, nous plonge au cœur d\u2019un bestiaire dominé par Homo sapiens sapiens X MICHEL BELAIR L A'-'.\u2019 ^ { ¦.¦' 1-\t' ^ îLï\tiig\" i '¦ ' ' T '¦ 'XffMl ¦ V ¦' AUiUiii PEDRO RUIZ LE DEVOIR Wajdi Mouawad publie un nouveau roman.e choc est brutal : dès la deuxième ligne du nouveau roman de Wajdi Mouawad, on trébuche sur le cadavre d\u2019une jeune femme sauvagement assassinée .Un paragraphe plus loin, la scène a déjà pris la couleur de tout ce qui va avec les cadavres de jeunes femmes violentées puis jetées comme un torchon sale, au bout de leur sang: les plaies, les éclaboussements divers, le couteau planté là, la douleur, extrême, insupportable.Mais attention ! 11 faut le dire tout de suite : ce bvre n\u2019est pas un polar même s\u2019il se trame sur un fond d\u2019enquête policière.C\u2019est un livre «sérieux».Plus précisément: une quête.et surtout une sorte de très mauvais rêve.Ce délire, qui atteint parfois une violence inouïe, ressemble à s\u2019y méprendre au monde sans bon sens que l\u2019homme (et la femme) du xxP siècle s\u2019est construit de toutes pièces.Bienvenue dans l\u2019enfer du monde! Et pénétrons ensemble dans le cauchemar de la vie de Wahhch Debch.Prédateurs Deuxième constatation, aussi vive que la première : le narrateur de la scène inaugurale n\u2019a visiblement rien à voir avec le «il» dont on parle dans le roman, mais on ne parvient pas à saisir de qui il est question.Jusqu\u2019à ce que le titre de ce premier chapitre prenne un sens : celui qui décrit pour nous ce qui se passe est bien un spécimen Felis sylvestris ca-tus carthusianorum.11 sera relevé ensuite par Passer domesticus, qui fera brusquement basculer le plan de lecture des événements en s\u2019en-volant \u2014 plus comme au cinéma qu\u2019au théâtre \u2014, puis, par tous les autres qui suivront tour à tour : oiseaux en tous genres, chats, chiens, chevaux, insectes, animaux vivants comme nous du même corps de la Terre.Anima comme dans «âme du monde».Nous voici exactement au cœur de ce que raconte ici Wajdi Mouawad.De façon souvent aussi insupportable qu\u2019un violent éblouissement, le dramaturge-comédien-metteur en scène-cinéaste-écrivain nous propose un portrait miroir de ce grand prédateur qu\u2019est pour l\u2019homme \u2014 et pour la planète tout entière \u2014 Homo sapiens sapiens.Ce n\u2019est pas très différent de ce que nous a déjà révélé son œuvre théâtrale depuis Willy Protagoras enfermé dans Wajdi Mouawad Anima les toilettes jusqu\u2019au quatuor du Sang des promesses.Mais Mouawad le fait cette fois-ci en nous racontant l\u2019histoire du troublant personnage de Wahhch Debch \u2014 on ne saisira qu\u2019à la toute fin l\u2019importance de la signification littérale de ce nom \u2014, le mari dévasté de la Léonie assassinée du tout début.Ce personnage énigmatique, on le verra se dessiner au fil des récits que nous font les inhabituels témoins de ce qui lui arrive, mais tout de suite, le lecteur saisit que Wahhch est lui-même un être à part.Une sorte ILLUSTRATION TIEEET d\u2019étranger au sens camusien du terme; étranger au monde, il se dissocie de ce sinistre univers au point de se faire, presque, volontairement schizophrène pour en arriver à supporter la douleur qui l\u2019afflige.C\u2019est précisément cette douleur qu\u2019il traîne partout avec lui, une douleur silencieuse, diffuse, animale, taillée sur mesure depuis l\u2019enfance, on l\u2019apprendra plus loin, qui est ressentie par le moindre être vivant entrant en contact avec lui, du chat jusqu\u2019au corbeau, en passant par le ver de terre, le moucheron, la mouffette, le vautour.et même le lecteur {Lector lectoransis domesticus).Métaphores et mythologie L\u2019univers mis ici en relief par Wajdi Mouawad est à la fois sombre et lumineux de toute la beauté sauvage et animale du monde.Comme le dramaturge que l\u2019on connaît, le romancier a des fulgurances d\u2019écriture qui vous frapperont en plein cœur.11 sait surtout, à chaque page, mettre brillamment en scène le point de vue exceptionnel des «témoins» du drame de Wahhch ; ce qui peut pour certains apparaître au départ comme un procédé séduira la majorité des lecteurs.VOIR PAGE F 5 : ANIMA F 2 LE DEVOIR LES SAMEDI 22 ET DIMANCHE 23 SEPTEMBRE 2012 LIVRES EN APARTE Le prix du livre et celui de l\u2019ignorance O Jean-François Nadeau Combien de fois, dans ce cahier Livres, nous a-t-on suggéré d\u2019indiquer le prk des ouvrages dont nous parlons?Nous ne le faisons pas.Nous ne l\u2019avons jamais fait.Et ce n\u2019est pas sans raison.En général, les livres sont vendus au prix suggéré par les éditeurs.Mais cela peut varier d\u2019un libraire à l\u2019autre.En particulier dans les grandes surfaces, où l\u2019on tente d\u2019attirer les clients avec le miel de certaines nouveautés offertes à grand rabais.Chez nous, rien n\u2019oblige à vendre les bouquins à prix fixe, comme c\u2019est le cas depuis longtemps dans nombre de pays.Pourtant, rapports et enquêtes se sont multipliés au cours des dernières décennies afin de se pencher sur la fragilité dont souffre le monde du livre au Québec.On a proposé à plusieurs reprises d\u2019établir des règles afin que les prix soient partout les mêmes.Encore rien de fait à ce chapitre, même si l\u2019écrasante majorité des libraires sont favorables à cette mesure.C\u2019est toujours l\u2019attente.En 1970, il y avait seulement 97 librairies au Québec capables d\u2019offrir un minimum de titres dans divers champs culturels.C\u2019est ce qu\u2019on appelle, dans les officines du gouvernement, des «librairies agréées».On en comptait plus du double en 1999, soit 215.Ce n\u2019était pas encore beaucoup, avouons-le, pour desservir un aussi vaste territoire.Hors des grands centres, il faut encore le plus souvent se résoudre à commander ses livres.Va pour l\u2019attente du facteur, mais encore faut-il connaître au préalable ce que l\u2019on cherche ! Or la littérature en général et la littérature québécoise en particulier demeurent les parents pauvres tant dans les médias que sur les bancs de l\u2019école.Pareil vide a des conséquences désastreuses.La librairie chez nous part de loin.Et la route est encore longue avant que nous puissions arriver quelque part.De fait, la question du main- L\u2019accès au monde du livre ne relève pas strictement de problèmes marchands tien et du développement dans toutes les régions d\u2019un solide réseau de librairies et de libraires se pose autant que jamais.Depuis dix ans, le nombre de libraires agréés baisse tandis que la population continue d\u2019augmenter.On répertorie 10% de libraires de moins au Québec qu\u2019il y a dix ans.Nous progressions.Voici qu\u2019on recule.Qu\u2019on ne vienne surtout pas me dire que c\u2019est Internet ou un quelconque Bonhomme Sept Heures du même genre qui expliquerait cette déstabilisation des librairies ! Les ventes de livres dématérialisés ne sont pas encore assez importantes chez nous pour qu\u2019on crie au loup.Par contre, il y aurait beaucoup à dire sur la pauvre diffusion dont jouit la culture au Québec.Il y aurait beaucoup à dire tout d\u2019abord sur le peu d\u2019énergie qu\u2019ont mise les partis politiques au cours des dernières années à assurer une juste distribution du patrimoine culturel à l\u2019ensemble des Québécois par l\u2019entremise de la lecture.Pensez seulement à la place qu\u2019occupent les livres dans l\u2019univers scolaire.Avez-vous vu l\u2019état des bibliothèques dans les écoles?Un rattrapage ponctuel ne fait rien à l\u2019affaire.Au moment où l\u2019on dépense une fortune pour équiper les classes de tableaux numériques dont on ne connaît guère l\u2019espérance de vie ni les bienfaits réels sur l\u2019apprentissage, nous sommes les victimes d\u2019un enfumage géant où le livre apparaît presque comme un archaïsme.Ma foi, avons-nous perdu le nord à force de nous laisser ainsi guider dans la brume ?Il y aurait beaucoup à considérer encore face à un monde médiatique où le livre, très souvent, est considéré comme une simple marchandise parmi d\u2019autres.Nous sommes à l\u2019ère glorieuse de !\u2019«industrie culturelle», cette expression hideuse et insensée dont se gargarisent ceux qui font profession d\u2019« aider la culture » à la petite semaine.Même la publicité de certains éditeurs conforte désormais cet esprit petit et malheureux: «Bonheur de lecture garanti ou argent remis».Et quoi encore?À quand un peu de grandeur mise au service d\u2019un élan culturel à long terme ?Pendant ce temps, c\u2019est la guerre en librairies.Depuis plusieurs années, les plus gros décident de vendre à prix coupés pour attirer à Nouvcn II I FRANCOIS GUILLOT AGENCE FRANCE PRESSE Dans nombre de pays, vous pouvez acheter n\u2019importe lequel livre sans avoir à craindre qu\u2019il soit vendu à prix coupé chez le voisin.eux la clientèle sensible aux bonbons et autres best-sellers bien givrés.Cela a pour résultat que les plus petits se font enlever le pain de la bouche et meurent d\u2019inanition.En France, depuis 1981, la loi Lang a mis en place le principe du prix unique du livre.Selon ce principe, le prix de vente est fixé par l\u2019éditeur.Le libraire ne peut offrir un rabais de plus de 5% sur le prix indiqué.Vous pouvez donc acheter n\u2019importe lequel livre, partout en France, sans avoir à craindre qu\u2019il soit vendu à prix coupé chez le voisin.Bien sùr, on rappelle toujours l\u2019exemple français.Comme s\u2019il n\u2019y avait que lui ! Justement, il n\u2019y a pas que la France qui se soit dotée de mesures pour protéger au moins un peu les libraires, tout en misant sur un système d\u2019éducation digne de ce nom.Le prix unique pour le livre existe au Portugal, en Norvège, au Pays-Bas, au Mexique, au Japon, en Italie, en Espagne, au Danemark, en Autriche et en Allemagne.Sans mentionner qu\u2019il ne s\u2019agit pas là d\u2019une mesure récente.Elle est en vigueur depuis plusieurs décennies un peu partout.Au Danemark, elle l\u2019est depuis 1837, à l\u2019époque où un certain Lord Durham, venant chez nous pour rappeler qu\u2019il y était chez lui.constatait que nous n\u2019avions même pas de littérature ! Maintenant que nous en avons une, tous les Alain Grandbois, Gaston Miron, Jacques Ferron, Marie-Claire Blais, Pierre Va-deboncœur, Louis Gauthier et Catherine Mavri-kakis devraient-ils n\u2019être connus que dans les grands centres par un petit nombre, au hasard de maigres cours de littérature ou de découvertes dans de rares librairies ?L\u2019accès au monde du livre ne relève pas strictement de problèmes marchands.Ce serait injuste et surtout inexact de prétendre que la librairie ne souffre que de cette triste réalité des prix fluctuants.Le problème du monde du livre est à saisir dans son ensemble.Et au plus vite.Mais rien n\u2019empêche de corriger au moins la situation des prix.En Angleterre, un système de prix unique, le Net Book Agreement, a été abandonné en 1995.Le monde de la librairie en a immédiatement souffert.Depuis, on a sabré les dépenses au pays de Sa Majesté dans les bibliothèques publiques, sous prétexte d\u2019une rentabilité à courte vue.C\u2019est le produit d\u2019une pensée pauvre et dogmatique dans son libéralisme qui n\u2019a rien à envier au stalinisme d\u2019autrefois.Ce n\u2019est pas et ce ne peut pas être notre modèle de développement au Québec.Durant la récente campagne électorale, le Parti québécois s\u2019est mouillé à l\u2019appui des librairies.Oh, si peu ! Mais toujours est-il qu\u2019il s\u2019est avancé.Il a affirmé qu\u2019il souhaitait s\u2019occuper de près du problème du livre au Québec.Le Parti québécois entend, disait-il, remettre rapidement à l\u2019étude la question du prix unique.Depuis plus de trente ans qu\u2019on en parle et qu\u2019on remet sans cesse à l\u2019étude ce dossier, il serait plus que temps d\u2019aboutir à des mesures sérieuses, tout en n\u2019ignorant pas qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une partie d\u2019un problème plus vaste qui trouve sa solution complète dans la valorisation accrue du savoir et, partant, de l\u2019éducation.Sur la photo de groupe du nouveau conseil des ministres publiée par Le Devoir jeudi dernier, le ministre de la Culture, Maka Kotto, était par hasard le seul à fermer les yeux.Il faut souhaiter que ce ne sera pas le hasard qui les lui fera ouvrir sur ce dossier pressant alors qu\u2019on attend par ailleurs avec impatience de connaître quels seront ses principaux chantiers.jfnadeau@ledevoir.corn Fête des mots à l\u2019occasion du Festival de la poésie de Trois-Rivières Trois-Rivières, sise si près du fleuve, a longtemps été la capitale du papier.Un passé qui a contribué de façon presque naturelle à en faire, du papier au livre et du livre aux vers, une ville de poésie, selon Maryse Baribeau, directrice générale du Festival international de poésie de Trois-Rivières (FIPTR).Conversation, à l\u2019aube d\u2019une nouvelle édition de cette fête des mots.CATHERINE LALONDE est plus de 350 activités qui s\u2019affichent au programme de la 28® édition du FIPTR.«C\u2019est étourdissant!», admet, sourire dans la voix, la directrice du festival en entrevue téléphonique au Devoir.Thé et poésie, scotch, tartines, apéro et poésie ; lectures nocturnes, au brunch ou au lunch ; table ronde sur Saint-Denys Garneau pour souligner le 100® de la naissance de l\u2019incontournable auteur de Regards et jeux dans l\u2019espace ; rencontres individuelles avec des poètes; mots lus sur la musique de l\u2019Orchestre symphonique de Trois-Rivières.Le menu est varié, et encore, on en passe.«On est créateurs d\u2019événements.Notre objectif, c\u2019est de ren- Invitations à la librairie Paulines FRIC UsNtauiines LIBRAIRIE Mardi 25 septembre 19 h 30 Les élections américaines Avec Richard Hétu et Alexandre Sirois, journalistes à La Presse Contribution : 7$ Réservation obligatoire Jeudi 27 septembre 19 h 30 Jeudi littéraire Avec Michel Rabagliati^ bédéiste et illustrateur Animation : Diane Loiselle ' Contribution : 5$ Aucune réservation requise Beaucoup plus qu'une librairie ! 2653 Masson, Montréal, Qc 514 849-3585\tl Patrimoine Canadian canadien Heritage Canada Conseil des arts Canada Council du Canada\tfor the Arts prix littéraires , , , rrÊM _ du gouverneur general olmOlj O la francophonie ORGANISATION INTERNATIONALE DE J3ELTA \u201d.¥jll!s-Rl¥IÈKES -ÏW'TEL BT CSfTEi Ljup-r^ Savoir.Surprendre.LE DEVOIR 4 Libre de penser GOUVERNEUR HÔTEL TROIS-RIVIÈRES TRDIS-RIVIERES VILLE u'HiSTOIRE CULTURE LE DEVOIR LES SAMEDI 22 ET DIMANCHE 23 SEPTEMBRE 2012 F 5 LIVRES Des Pissenlits inachevés Une première version française d\u2019un inédit de Kawabata .C; [ / :.», Yasunari Kawabata CAROLINE MONTPETIT C> est une histoire étrange, comme seul le maître Kawabata, prix Nobel de littérature en 1968, savait en écrire.Une histoire qu\u2019il nous envoie en quelque sorte d\u2019outretombe, puisque c\u2019est un roman inachevé.Les pissenlits, qui était inédit à ce jour en français, est paru plus tôt cette an-néç chez Albin Michel.Etrange, donc, que cette histoire d\u2019une mère et d\u2019Hisano, l\u2019amant de sa fdle, aux portes d\u2019un asile d\u2019internement psychiatrique, à Ikuta.Ils viennent d\u2019y reconduire Ineko, respectivement fille et amante des deux premiers, qui souffre d\u2019une maladie étrange, soit la «cécité devant le corps humain [.] qui fait qu\u2019on se refuse de voir une partie de soi-méme, une partie de celui ou celle qu\u2019on aime».Ineko est déjà internée lorsque le roman commence, autour d\u2019une conversation entre l\u2019amant et la mère, et autour du son d\u2019une cloche que les internés de l\u2019asile ont le droit de faire sonner.Conversation étrange, donc, où chacun retourne en lui-même en évoquant la relation avec l\u2019aimée.Ambiance étrange, alors que chacun s\u2019apprête à dormir sur sa couche, dans une auberge de village, tout près du lieu de l\u2019internement, lorsque la mère finit par s\u2019interroger sur son charme de femme de quarante ans.«Elle aurait dû n\u2019avoir aucune raison de prendre en considération la présence de Hisano pour décider si elle enlèverait ou non son jupon», écrit Kawabata.L\u2019espace d\u2019un instant, ou d\u2019un battement d\u2019ailes, on retrouve ici l\u2019auteur des Belles endormies, avec son érotisme évocateur et fugace et sa méditation sur la flétrissure du corps.Le roman évoque également la honte de la défajte, lors de la guerre contre les Etats-Unis, au cours de laquelle le père d\u2019ineko, Kizaki, a combattu.«Plus de dix ans s\u2019étaient écoulés depuis la défaite.Kizaki avait disparu.A coup sûr, lorsque sa fille et son épouse se souvenaient qu\u2019il avait inscrit son grade: \u201cLieutenant-colonel de l\u2019armée de terre\u201d, sur le tronc d\u2019un camphrier, l\u2019incident se résumait pour elles en un : \u201cc\u2019est triste\u201d.Kizaki, lui, se remémorait l\u2019épisode avec répugnance, bien des années plus tard, alors que pour Ineko et sa mère, c\u2019était simplement \u201ctriste\u201d», écrit Kawabata.Les pissenlits a paru pour la première fois au Japon sous forme de feuilleton, entre 1964 et 1968.On dit que son auteur n\u2019a pu le terminer à cause de problèmes de santé, jusqu\u2019à son suicide, qui suivit d\u2019ailleurs celui de son ami, l\u2019écrivain Mishima, en 1972.Les pissenlits se termine donc, toujours aussi étrange-ment, sur une scène où Ineko perd la vision de son amant Hisano: «Lorsqu\u2019elle fermait les yeux d\u2019elle-méme, elle conservait son image de lui, alors que, dans les moments oû Hisano lui fermait les yeux une fois qu\u2019il lui était devenu invisible, elle ne le voyait vraiment plus du tout.» Ceux qui aimeront Les pissenlits se délecteront aussi de la lecture des Belles endormies, l\u2019un des grands romans de l\u2019écrivain.Les éditions Albin Michel en proposent d\u2019ailleurs une superbe édition, illustrée par Erédéric Clément et mettant en valeur cette histoire troublante d\u2019une maison qui propose à des vieillards de dormir auprès de jeunes femmes endormies.Dans son édition du mois de mars dernier.Le Magazine littéraire proposait aussi un numéro thématique sur la littérature japonaise.Le Devoir LES PISSENLITS Yasunari Kawabata Traduit du japonais par Hélène Moria Albin Michel Paris, 2012, 247pages ANIMA SUITE DE LA PAGE E 1 D\u2019autant que Mouawad nous fait rencontrer des personnages souvent exceptionnels : même ses tièdes ne le sont jamais tout à fait.Dans sa quête, Wahhch sera aidé par quelques rares êtres lumineux, guides discrets ou au contraire omniprésents comme Aubert Chagnon ou Mason-Dixon Line.Mais ce sont surtout des autres que l\u2019on se souviendra, ces hommes tordus naviguant aux frontières de l\u2019humain.Ils sont fourbes, malsains, mauvais sans nuances, semblant souvent prendre plaisir à souiller l\u2019âme du monde.Comme l\u2019affreux, sale et méchant Welson Wolf Rooney, l\u2019assassin, le grand prédateur que l\u2019on suivra à travers toute l\u2019Amérique en enfilant les réserves indiennes le long de la frontière canado-américaine jusqu\u2019à Santa Claus, Arizona.C\u2019est là, au fin fond du bout du monde, en plein désert de roches brûlées et au milieu de bleds improbables comme Virgil, Hebron ou Arabia, que Wahhch Debch rencontrera son destin.La mort de Léonie a ouvert une porte enfouie tout au fond de ses souvenirs; peu à peu, il se verra forcé de donner un sens différent à toutes ses itinérances et se retrouvera investi d\u2019un destin beaucoup plus large qu\u2019il ne le croyait.Un destin qui se construit devant nous tout au long du livre et qui rejoint ces métaphores obsédantes donnant leurs couleurs particulières, ocre et sang, au monde de Wajdi Mouawad, qu\u2019il écrive pour le théâtre, pour le cinéma ou pour un lecteur entouré de montagnes, vertes ou non.C\u2019est là aussi, au milieu d\u2019une bande de vautours s\u2019acharnant sur une carcasse, en plein soleil de midi près d\u2019Albuquerque, que ledit lecteur se sentira soudain basculer du monde des métaphores obsédantes en pleine mythologie personnelle.Bienvenue dans l\u2019enfer du monde ! Tous ensemble, tous à la fois, on sera là, écrasés de chaleur, et ailleurs, à des milliers de kilomètres de distance, comme dans Littoral et Incendies \u2014 à des milliers d\u2019années aussi, comme chez les héros grecs de Sophocle se déchirant sur la même terre brûlée \u2014, et l\u2019on saisira tout à coup que la véritable tragédie de Wahhch Debch prend racine dans le massacre des camps de Sabra et Chatila.Aussi bien savoir que, comme lui, on ne sortira pas tout à fait indemne de ce grand et magnifique livre en forme de tourment lancinant.Et que l\u2019on regardera désormais les oiseaux et les animaux qui nous entourent d\u2019un tout autre œil.Le Devoir ANIMA Wajdi Mouawad Leméac/Actes Sud Montréal et Paris, 2012, 402 pages L\u2019impossible légèreté de l\u2019être SUZANNE GIGUERE Tqut comme Agota Kristof Eva Bôrôcz est Hongroise.Tout comme sa compatriote, elle a fui son pays en 1956 après que les chars soviétiques eurent écrasé la révolution hongroise.On ne sait si elle parle peu comme Agota Kristof mais elle écrit court comme elle.Son écriture sobre et sensible évoque celle de l\u2019auteure du Çrand cahier.Si l\u2019histoire d\u2019Eva Bôrôcz est moins noire et moins tragique que la trame du Grand cahier, elle est tout aussi dérangeante.Très chère mère parle de la douleur de l\u2019exil et de l\u2019intégration difficile d\u2019une jeune immigrante hongroise de 18 ans dans le Québec des années 1950.«Aujourd\u2019hui, le 3 mai 1957, j\u2019ai 19 ans.En me réveillant ce matin, je pense à ces milliers de kilomètres que fai parcourus depuis dix-huit mois et il me semble que fai vieilli d\u2019un siècle.Après avoir vécu dans un camp de réfugiés durant deux mois en Erance, j\u2019ai traversé l\u2019Atlantique et me voilà rendue en Amérique du Nord, au Canada.Je suis immigrante dans un pays dont je ne connais ni les langues ni les coutumes, et Èva Bôrtiqz mere Hurtubise je viens de passer l\u2019hiver le plus froid et le plus solitaire de mon existence.» Dans une série de lettres qu\u2019elle écrit à sa mère, Eva évoque les moments les plus intérieurs, parmi les plus enfouis, les plus lointains.Elle dit la violence de l\u2019exil, la perte de la langue première, le magyar, le sentiment d\u2019être une analphabète devant les nouveaux mots de sa nouvelle vie, la solitude qui la ronge jour et nuif la nostalgie des souvenirs d\u2019enfance clairs dont un peu de chaleur a subsisté : «l\u2019arôme de ton poulet au paprika avec sa sauce rouge accompagnée des \u201cgaluska\u201d a envahi ma chambre».Une interrogation la taraude: «Qui suis-je?Comment dois-je me définir et par rapport à qui et à quoi ?J\u2019ai une culture et une langue maternelle qui ne me servent plus à rien [.] Serai-je une étrangère toute ma vie partout oû j\u2019irai?Je ne le sais pas et ici personne ne peut me répondre.» Les trois premières années de son expérience migrante au Québec s\u2019incarnent sous nos yeux dans la lumière d\u2019un vocabulaire qui nous renvoie à des émotions fortes.Tout est exprimé en phrases courtes, simples qui accroissent le pouvoir d\u2019expression, de suggestion.Le non-dit affleure à chaque ligne.Qn relit, pour percevoir les subtilités, les ironies, les amertumes légères et les cocasseries déposées au coin d\u2019un silçnce.Toutes les histoires d\u2019Eva ne sont pas tristes.Elle raconte que lors de son apprentissage du français, elle a fait une découverte surprenante : les mots guerre, bataille, fusillade et mort sont féminins et les mots amour, bonheur, sein, lait,,pain sont masculins.Encore.Eva écoute les nouvelles à la télé.Elle en- tend Jean-Paul Nolet, de sa voix chaude, dire au sujet d\u2019un incident «on croit».Elle comprend « hongrois » et attend impatiemment la suite.fe récit autobiographique d\u2019Eva Bôrôcz est émouvant, parce que sa manière de raconter ses premières années d\u2019immigration est émouvante.Elle parvient à laisser percevoir un long chemin en quelques années, sans déséquilibre et avec une grande cohérence stylistique.Et lorsqu\u2019on arrive à la 118® et ultime page, l\u2019auteure se livre plus que jamais.Assise sur un banc au Jardin botanique débordant de fleurs de fin d\u2019été, elle aperçoit soudain sa mère.Elle bêche des plants de poivrons et de tomates.Puis elle se redresse et lève la tête en disant: «C\u2019est assez pour aujourd\u2019hui! Il fait presque noir, rentrons ma fille.» L\u2019image s\u2019évanouif une grande tristesse envahit Eva.« C\u2019est le mal du pays de l\u2019exilée.» La phrase tombe, comme une feuille de papier dans la corbeille de la vie.L\u2019impossible légèreté de l\u2019être.TRÈS CHÈRE MÈRE Eva Bordez Editions Hurtubise Montréal, 2012, 120 pages m m ARCHIVES LE DEVOIR Le Salon du Saguenay, premier de cordée CATHERINE LALONDE Le Salon du livre du Saguenay-Lac-Saint-Jean entame déjà sa 48® édition.Premier salon automnal, c\u2019est là, souvenf que les nouveaux auteurs font leur bizutage de salons du livre.«On réalise depuis quelques années que les maisons d\u2019édition devancent la sortie de leurs nouveautés pour que les auteurs puissent faire tous, tous les sciions \u2014 et on est les premiers!», s\u2019est réjouie au téléphone la directrice générale, Sylvie Marcoux.Le Salon du livre du Saguenay-Lac-Saint-Jean a aussi été un des premiers à instaurer des activités hors ses murs, au point qu\u2019il partage désormais son expertise avec des salons confrères qui se sentent à l\u2019étroit dans leur centre de congrès.«Cette année seulement, on organise près de 130 rencontres, précise la directrice, dans les écoles primaires et secondaires, les cégeps, les universités, les bibliothèques, les entreprises.Ça fait toute la différence si les élèves ont rencontré l\u2019auteur ou son livre avant de venir au Salon.La relation est déjà plus humaine.On l\u2019a constaté l\u2019an dernier, lors de notre concours d\u2019écriture pour les écoles, sous le thème Lettre à un écrivain qui a changé ma vie.Parmi les mille lettres reçues, la majorité étaient adressées à un écrivain québécois.et une bonne part avaient été envoyées duns les écoles.» Les activités et animations sur le site continuent de viser autant les jeunes autant que les adultes.Pour ces derniers, «il y aura cette année une discussion sur le piratage de livres électroniques qui a pour but de sensibiliser les gens au fait que la copie du livre d\u2019un auteur lui enlève son gagne-pain.Plusieurs croient encore que c\u2019est la même chose qu\u2019emprunter un livre en bibliothèque», indique une Sylvie Marcoux particulièrement sensible au sujet.Cette année, le Salon du Saguenay a changé la formule de remise de ses prix littéraires, afin que les lauréats, au lieu d\u2019être annoncés au compte-gouttes au fil des semaines, l\u2019apprennent eux-mêmes, comme les médias et le public, à l\u2019ouverture du salon.Autre nouveauté : les entrevues d\u2019auteurs, les tables rondes et la populaire soirée Contes et légendes seront cette année diffusées après-coup sur la chaîne Vox.Au Centre des congrès Delta Saguenay, du 27 au 30 septembre.Toutes les informations sur www.sa-londulivre.ca.Le Devoir Gaspard\u201d LE TOUT NOUVEAU SERVICE D'ANALYSE DE VENTES DU LIVRE FRANCOPHONE! Vous cherchez.Des palmarès inédits dans pius de 20 catégories?Des statistiques hebdomadaires, mensueiles, annuelies?Des analyses sur mesure?Gaspard est pour vous ! L POUR EN SAVOIR PLUS, COMMUNIQUEZ AVEC NOUS SANS TARDER.BTLF www.btlf.qc.ca www.gaspaidllvres.com 514 28&4)991 Académie des lettres du Québec INVITATION L\u2019Académie des lettres du Québec vous invite à la remise de sa médaille et de ses prix annuels le Prix Alain-Grandbois (poésie) le Prix Ringuet (roman) le Prix Victor-Barbeau (essai) Le récipiendaire de la Médaille de l\u2019Académie est Monsieur Robert Lepage à l\u2019auditorium du Centre des archives de Montréal, au 535, avenue Viger Est le jeudi 27 septembre 2012 à 19 h précises.Un vin d\u2019honneur suivra la cérémonie RSVP par courriel à secretariat(3!academiedeslettresduquebec.ca ou par téléphone au 514 873-4496 F 6 LE DEVOIR, LES SAMEDI 22 ET DIMANCHE 23 SEPTEMBRE 2012 ESSAIS Lucien Bouchard : les raisons du désamour (J Louis CORNELLIER « J e m\u2019étonne toujours, écrit Lucien Bouchard dans Lettres à un jeune politicien, de cette insistance que certains mettent à me ranger à droite.» Après tout, continue-t-il, n\u2019est-ce pas sous son gouvernement qu\u2019ont été mis en place les garderies à cinq dollars, la Loi sur l\u2019équité salariale, les programmes d\u2019économie sociale et l\u2019assurance médicaments?Comment expliquer, alors, cette étiquette qu\u2019il refuse, mais qui lui colle à la peau ?Comment expliquer, de même, l\u2019inimitié de nombreux souverainistes à son endroit, alors qu\u2019il a presque mené les Québécois à la terre promise en 1995?Bouchard avoue ne pas comprendre.Pourtant, s\u2019il lisait son propre livre et écoutait les récentes entrevues qu\u2019il a accordées à certains journalistes, il saisirait peut-être mieux les raisons de ce désamour.Comme politicien et homme public, Lucien Bouchard a d\u2019évidentes qualités.Ainsi, quand il écrit à son jeune destinataire que, pour être un bon politicien, «il faut réfléchir aux grands enjeux, s\u2019intéresser à l\u2019actualité nationale et internationale», fréquenter des œuvres littéraires, des livres d\u2019histoire et maîtriser le français, on reconnaît en lui l\u2019homme de culture qu\u2019il est, une denrée plutôt rare dans notre univers politique, dont la figure dominante demeure l\u2019avocat ou l\u2019administrateur à l\u2019esprit comptable, pas particulièrement porté sur le raffinement linguistique.Cependant, on déplorera, une fois de plus, le fait que la culture littéraire de Bouchard soit très peu nationale.Lors de sa formation classique, écrit-il pour se justifier, «nous abordions peu la littérature canadienne-française, comme on l\u2019appelait alors», il précise tout de même avoir «lu très jeune plusieurs des œuvres importantes de nos auteurs», mais ces dernières ne semblent pas l\u2019avoir marqué, puisqu\u2019il n\u2019en nomme aucune, alors qu\u2019il exprime son admiration pour une foule d\u2019auteurs français ou anglais.De la part d\u2019un premier ministre, instigateur du projet de la Grande Bibliothèque, c\u2019est décevant.On retiendra aussi, au nombre de ses qualités, son attachement à l\u2019histoire du Québec.Ne pas être conscient du « traumatisme» de la Conquête, explique Bouchard à son destinataire, méconnaître la carrière d\u2019Adélard Godbout, les épisodes du rapatriement unilatéral de la Constitution et de l\u2019Accord du lac Meech, c\u2019est s\u2019exposer à ne rien comprendre de la situation politique actuelle du Québec et du Canada.«Je partage le constat de ceux qui déplorent l\u2019état de l\u2019enseignement de l\u2019histoire au Québec, écrit Bouchard.Il me semble qu\u2019on devrait moins disputer de points de détails sur les méthodes et commencer tout simplement par enseigner davantage la matière.» Il a raison.Un homme de droite Ce n\u2019est donc pas cet homme de culture, qui chante les vertus de l\u2019engagement politique des jeunes, que conspuent les souverainistes attachés à la social-démocratie.C\u2019est le politicien nationaliste qui, pendant la campagne référendaire de 1995, incitait à voter Oui pour contrer «le vent de droite venu de l\u2019ouest» et qui, ensuite, s\u2019est ingénié à faire souffler ce vent sur nos contrées; c\u2019est le souverainiste qui, dès après la défaite, s\u2019est enfermé dans un provincialisme chagrin et totalement dé- J JACQUES NADEAU LE DEVOIR S\u2019il lisait son propre livre et écoutait les récentes entrevues qu\u2019il a accordées à certains journalistes, Lucien Bouchard saisirait peut-être mieux les raisons du désamour de nombreux souverainistes.griffé, notamment sur le plan linguistique ; c\u2019est le lobbyiste des entreprises pétrolières et gazières qui, à Radio-Canada, le 12 septembre dernier, qualifie le programme actuel du Parti québécois en matière de langue, de laïcité et de fiscalité de «très radical» et dé «extrême» et qui, aux Francs-tireurs, déclare qu\u2019il faudrait plus de Paul Desmarais au Québec.Lucien Bouchard ne comprend pas pourquoi on le range à droite, alors qu\u2019il dit rechercher l\u2019équilibre.Or, l\u2019équilibre, selon lui, c\u2019est une hausse des droits de scolarité, des droits de scolarité différenciés selon les programmes (l\u2019équivalent d\u2019un ticket modérateur à l\u2019entrée des programmes les plus prestigieux, une mesure antimobilité sociale), une plus grande place faite au privé en santé et de^ charges répétées contre l\u2019Etat providence.Mettons que ça tire pas mal à tribord, tout ça.La gauche se dit généreuse, mais ne se préoccupe pas des moyens de concrétiser son programme, déplore Bou- chard.C\u2019est faux, évidemment.Il est vrai, toutefois, que les moyens qu\u2019elle choisit sont aux antipodes de ceux que prône le lobbyiste.La gauche, en gros, postule que la richesse se crée et existe déjà et qu\u2019une meilleure répartition de celle-ci contribuerait justement à en créer encore plus.Donner accès à l\u2019éducation supérieure à plus de jeunes, par exemple, entraîne un accroissement de la productivité.Comme le résume l\u2019économiste français Jacques Généreux dans Les vraies lois de l\u2019économie (Seuil, 2005), «il existe un effet positif et significatif de l\u2019égalité de la distribution des revenus sur le taux de croissance à long terme».Bouchard, en homme de droite (eh oui!), refuse cette logique.Il affirme que le Québec n\u2019a pas assez de richesse à répartir, qu\u2019il faut donc en créer plus (personne n\u2019est en désaccord) et que la principale manière de le faire est d\u2019encourager les entrepreneurs à développer nos ressources naturelles, sans trop les taxer, évidemment, et sans les embêter avec le principe de préçau-tion, en espérant que l\u2019Etat pourra en récolter quelques fruits.Ainsi, un jour peut-être, à long terme, serons-nous assez riches pour être généreux.Or, à long terme, comme le disait Keynes, nous serons tous morts.Au sujet de la question nationale, Bouchard est clair: il faut se brancher.«Ou bien on accepte la fédération, ou bien on ne l\u2019accepte pas», déclare-t-il dans une entrevue à L\u2019actualité.Lui ne semble pas l\u2019accepter, mais il constate que le projet souverainiste est dans une impasse et il ne propose strictement rien pour en sortir, sinon de s\u2019attaquer à «des problèmes terriblement pressants» de nature économique.C\u2019est du Legault, sans la clarté quant à la défection.Qualifié, ces jours-ci, de « dernier géant » par Joseph Ea-cal, de «grand homme» par Mathieu Bock-Côté et de «grand personnage» par Mario Roy, Lucien Bouchard n\u2019aura droit, ce matin, qu\u2019à l\u2019expression de notre déception.LETTRES À UN JEUNE POLITICIEN Lucien Bouchard Avec Pierre Cayouette VLB Montréal, 2012, 128 pages louisco@sympatico.ca Jane Jacobs et un pays né de Montréal Selon les écrits de la philosophe de l\u2019urbanisme, l\u2019accession à l\u2019indépendance de la métropole par rapport à Toronto passe impérativement par la souveraineté du Québec MICHEL LAPIERRE Même si elle déçoit les souverainistes, la courte victoire récente du Parti québécois coïncide avec la publication longtemps attendue en français de La question du séparatisme, de la célèbre urbaniste Jane Jacobs, essai qui devrait les éclairer.Publié en anglais en 1980 et accueilli par un pesant silence, le livre fait de l\u2019indépendance du Québec la solution au funeste conflit entre Toronto et Montréal tout en reprochant à René Lé- vesque son manque d\u2019audace ! Hors-norme et dérangeant, il s\u2019inscrit dans la lutte de la militante contre la prolifération des banlieues anonymes et pour des noyaux civilisateurs, originaux, des métropoles.Il témoigne de l\u2019esprit d\u2019un autre ouvrage non universitaire, Déclin et survie des grandes villes américaines (1961), par lequel Jane Jacobs (1916-2006) révolutionna l\u2019idée même d\u2019une cité humaniste.Robin Philpot, essayiste québécois d\u2019origine ontarienne, préface l\u2019édition fran- 1 V ADRIAN WYLD LA PRESSE CANADIENNE La militante et philosophe de l\u2019architecture et de l\u2019urhanisme Jane Jacobs en 2004 çaise et y reproduit l\u2019entretien qu\u2019il eut en 2005 avec l\u2019urba-ijiste clandestine, née aux Etats-Unis, mais établie dès la fin des années soixante à Toronto.Jane Jacobs répondit par un oui ferme à l\u2019intervieweur qui lui demanda si elle croyait toujours que «la nécessité pour le Québec d\u2019avoir en Montréal une métropole indépendante de Toronto implique que le Québec fonctionne de manière indépendante».Le sous-titre du livre reste sans équivoque : Le combat du Québec pour la souveraineté.En 1980, Jane Jacobs explique qu\u2019en supplantant Montréal comme métropole du Canada, à cause d\u2019une croissance économique supérieure entre 1940 et 1970, Toronto annonça paradoxalement notre avenir.Le raisonnement de l\u2019urbaniste est lumineux.En passant, au sein du Canada, du rang de métropole nationale au rang de métropole régionale, Montréal perd son sens dans le cadre du fédéralisme.La ville ne peut plus suivre sa vocation historique de point de convergence.Un déclin lamentable la guette, à moins qu\u2019elle ne consolide cette vocation à l\u2019échelle du Québec seul, pour lequel elle est déjà le cœur démographique, économique et culturel.Mais il y a un hic.Jane Jacobs explique: «S\u2019il existe des différences culturelles entre le Québec et le Canada anglais, la culture économique, elle, est la même.» Hélas, il se trouve, rappelle-t-elle, que René Lévesque y adhère ! Le Canada, comme le Québec, «privilégie, déplore l\u2019essayiste, une approche économique\tprofondément coloniale».Elle précise qu\u2019il «exploite et exporte des ressources naturelles », mais que, à l\u2019opposé d\u2019un autre pays nordique, la Norvège (affranchie de la Suède seulement depuis 1905), il «néglige le développement d\u2019industries et de services axés sur la fabrication de produits et les innovations».Jane Jacobs le devine.Si, à l\u2019échelle du monde, le Québec, à l\u2019instar du Canada, croupit dans le provincialisme, le remède, avant d\u2019être économique et politique, relève d\u2019une révolution culturelle.Collaborateur Le Devoir LA QUESTION DU SEPARATISME Le combat du Québec POUR LA SOUVERAINETÉ Jane Jacobs VLB, Montréal, 2012, 192 pages Salon du livre Ancien de Montréal Yoyo I am the book Holiday House Le livre ancien : fenêtre sur l'enfance Grand choix de livres anciens et rares, illustrés, premières éditions et belles reliures LES 22 ET 23 SEPTEMBRE 2012 Samedi : 12-1 8h - Dimanche : 11-1 7h Université Concordia Pavillon McConnell, 1400 boul.de Maisonneuve O LF, DEVOIR\tAdmission 6,00$ pour les 2 jours Libre de penser "]
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