Le devoir, 13 octobre 2012, Cahier F
[" Pierre Jourde, du côté de Tabsolu et de l\u2019anéantissement Page F 5 Eduardo Galeano, conteur des temps modernes Page F 6 LIVRES CAHIER F .LE DEVOIR LES SAMEDI IS ET DIMANCHE 14 OCTOBRE 2012 FRANÇOIS PESANT LE DEVOIR y explosion Éric Dupont Qui a dit que foisonnement ne pouvait pas aller de pair avec achèvement?La preuve, par 560 (pages), qu\u2019une imagination débridée peut produire autre chose qu\u2019une écriture échevelée : La fiancée américaine.Impressionnant! Sans doute le roman québécois le plus impressionnant de l\u2019automne jusqu\u2019ici.DANIELLE LAURIN Ne vous laissez pas démonter.Par la page couverture peu invitante.Par le montage serré de ce livre costaud, du genre brique.Par les caractères d\u2019impression presque microscopiques.C\u2019est un livre puissant.Ambitieux, mais pas prétentieux.Littéraire, tout en étant ancré dans la tradition du roman populaire.C\u2019est une saga familiale où la grande histoire et les petites histoires se côtoient, se répondent.C\u2019est truculent, plein d\u2019humour, de rebondissements.Avec une lame de fond tragique.Ç\u2019est le quatrième roman d\u2019Eric Dupont en huit ans.Comment sait-on qu\u2019un auteur arrive à maturité?L\u2019impression, en lisant La fiancée américaine, que tout ce qu\u2019a écrit ce jeune quarantenair e jusqu\u2019ici, quoiqu\u2019ap-préciable, admirable même par certains aspects, a servi en quelque sorte de coups de pratique.Qu\u2019il avait besoin de passer par là poiu en arriver à ce résultat.Pour que ça explose, enfin.L\u2019impression que ce professeur d\u2019université et traducteur originaire de la Gaspésie, qui vit à Montréal, a vécu en Allemagne, a côtoyé au quotidien des Autrichiens et fait des séjours en Russie, nous offre vraiment, cette fois, un livre à la hauteur de son talent.Comme s\u2019il avait trouvé chaussure à son pied avec cette épopée qui embrasse un siècle et traverse les continents.Les sources Avec ^es trois premiers romans, Eric Dupont s\u2019est démarqué par sa fantaisie, son goût pour la surenchère, pour les digressions farfelues, pour les récits dans le récit.Il n\u2019a pas hésité à jongler avec l\u2019improbable, avec le surnaturel au passage.Pour faire image, on pouvait penser à un croisement entre Amélie Nothomb et Boris Vian, mais revisités par un accent typiquement québécois.Dans Les voleurs de sucre, prix Senghor de la francophonie en 2004, l\u2019auteiu réinventait son enfance dans la peau d\u2019un petit garçon dépendant au sucre, prêt à tout, aux mauvais coups les plus invraisemblables et à la désobéissance parentale la plus crasse, poiu se procurer sa dose, assouvir son vice.L\u2019aspect fable de ce récit, où le monde enchanté, quoique cruel, de l\u2019enfance s\u2019opposait à celui, désenchanté, déconnecté, des adultes, nous avait séduite.Dans Bestiaire, en 2008, l\u2019auteur poursuivait sa traversée de l\u2019enfance, sur un ton léger, badin, mais tout en nous faisant comprendre, la détresse, la peine du petit Eric, écartelé entre deux parents incompatibles devenus ennemis jurés.En suivant pendant 10 ans les tribulations de cette famille brisée, avec des allers-retours entre destin individuel et destin collectif, entre événements privés et références historiques, on sentait déjà poindre la gravité.Entre ces deux romans à saveur autobiographique, La logeuse, lauréat du Combat des livres de Radio-Canada en 2006, est apparu comme une grande farce où l\u2019auteur lâchait son fou.Eausses références historiques, délires sur la politique, personnages burlesques, dont une aïeule ressuscitée.il nous en mettait plein la vue dans ce roman allégorique teinté de fantastique.L\u2019aboutissement La fiancée américaine pourrait bien être la somme de tout ce qui précède.Mais magnifiée.La narration a pris une ampleur qu\u2019on ne soupçonnait pas chez ce grand admirateur de John Irving.Et la construction comme telle du récit est admirable : du petit point dans une structure architecturale.Nous sommes d\u2019abord à Ri-vière-du-Loup, dans les années 1950.La petite Madeleine et ses frères sont installés dans le salon funéraire du père, autrement dit dans leur salon familial.Maman est absente, papa en profite et raconte des histoires salées à ses enfants.Homme coloré, homme-cheval dont la force légendaire n\u2019est plus à démontrer dans la région, cet amateur de gros gin et de femmes apparaît comme VOIR PAGE F 2 : EIANCÉE r Inconvénient 50^ numéro ! els ?Isabelle Daunais - Yannick Roy - Michel Biron Guillaume McNeil Arteau - Alain Roy - Cari Bergeron David Dorais - François Ricard - Lakis Proguidis Gilles Marcotte - Serge Bouchard - Geneviève Letarte 1 Inconvenient LES INCONVENIENTS DU PROGRÈS 50 raisons de ne pas se réjouir trop vite Les 50 meilleurs bogues de l'Inconvénient Maintenant en livre de poche Les inconvénients du progrès 50 raisons de ne pas se réjouir trop vite www.inconvenient.ca 12 $ F 2 LE DEVOIR LES SAMEDI IS ET DIMANCHE 14 OCTOBRE 2012 EN APARTE Encore Limonov LIVRES i Jean-François Nadeau Le soir où je l\u2019ai rencontré, Emmanuel Carrère m\u2019a tout de suite fait l\u2019impression d\u2019un homme charmant et sjmipathique.C\u2019était à l\u2019occasion d\u2019une de ces soirées peuplées de toute une faune d\u2019êtres aimables et polis.Une soirée plutôt ennuyeuse, quoi.Nous avons échangé des amabilités.Sans doute aurions-nous parlé davantage, mais à quoi bon même essayer de le faire sachant que, dans pareil carcan mondain, on est toujours très vite empêché de discuter vraiment par un Pierre Jean Jacques qui ne manque jamais de surgir devant vous au moment le moins opportun.Aussi, le lendemain matin, quelle ne fut pas ma surprise de recevoir un mot de Carrère.11 m\u2019écrivait, sous forme d\u2019une longue dédicace, avoir un peu trop bu et bavardé la veille.Et il s\u2019excusait, de façon fort amusante, de s\u2019être trouvé dans un état pareil devant moi.Du bavardage ?Trop bu ?J\u2019ai lu et relu, puis me suis pincé pour me demander ensuite si le Carrère très sobre et parfaitement civilisé que je croyais avoir rencontré la veille n\u2019était pas en fait quelqu\u2019un d\u2019autre qui s\u2019était fait passer pour lui.Comment l\u2019homme que j\u2019avais si brièvement rencontré avait-il pu s\u2019imaginer enivré et déplacé?C\u2019est que, me suis-je dit, la bonne éducation d\u2019un homme pareil bouscule tout, y compris un certain sens des perspectives.Un cheveu de travers et les gens de ces milieux-là s\u2019imaginent que la terre entière s\u2019en trouve décoiffée.Fils d\u2019académicienne et de grand seigneiu des assurances, Carrère sait à l\u2019évidence se tenir même lorsqu\u2019il pense ne pas être en mesure de le faire.En Suisse, pays par excellence de ces gens bien élevés, Félix Leclerc racontait qu\u2019il n\u2019avait rien entendu de particulier à la fin d\u2019un de ses spectacles.Pas d\u2019applaudissements à tout rompre.Pas de cris.Rien.Aussi avait-il été surpris de se faire dire, une fois retoiuné dans sa loge, qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019im véri- ifT \\ f AVV c \\ N : - l'V f KIRILL KUDRYAVTSEV AGENCE ERANCE-PRESSE Avec Edouard Limonov, on ne sait jamais où l\u2019on s\u2019en va.Mais on y arrive.table triomphe, qu\u2019il devait très vite remonter sur scène.Bien élevés, les Suisses approuvaient furieusement ce qu\u2019ils venaient d\u2019entendre en battant des paupières plutôt que des mains, comme Félix le raconte dans Moi mes souliers.Oui, les excès sont souvent une simple affaire de perception et de nuance.Et non, ce n\u2019est pas un drame d\u2019avoir quelques imperfections, de savoir manifester sa vie et son enthousiasme, même lorsque tout cela se trouve quelque peu dissous dans l\u2019alcool.C\u2019est d\u2019ailleurs ce qui cause le plus souvent problème dans l\u2019appréciation publique du sulfureux Edouard Limonov, le personnage hors norme dont a traité à sa façon Emmanuel Carrère dans son Limonov, prix Renaudot 2011.11 y a ceci de particulier chez ce dissident politique russe : il sait très bien que le déplacement continuel des perspectives à son sujet brouille les repères et que cela, en définitive.lui profite beaucoup.Devant Limonov, on ne sait jamais trop à qui on a affaire.Disons que ce n\u2019est pas comme avec Pauline Marois.Et pour cette raison, c\u2019est aussi pas mal plus amusant.Parmi la quantité d\u2019ouvrages de Limonov publiés ces derniers mois en français, un recueil d\u2019entretiens original mérite l\u2019attention.Comme à son habitude, Limonov s\u2019y révèle grossier sur les bords et au fond très mythomane.A propos de Carrère, il raconte notamment qu\u2019il s\u2019agit &\u2019«un type réservé, fermé, coincé».Limonov lui fait ensuite reproche de vouloir «avoir l\u2019air acceptable».Un gros défaut, dit-il.Un défaut très courant dans la société lissée d\u2019aujourd\u2019hui, en particulier dans le monde francophone.Conclusion de Limonov: «Il faut qu\u2019il mûrisse un peu.C\u2019est bien de ne pas être parfait, d\u2019avoir des imperfections.» Beaucoup plus littéraire que politique même dans ces entretiens, Limonov vit tout entier dans ce paradis des affabulateurs qui savent vous conduire même là où vous n\u2019avez jamais songé vous rendre.Et lorsque soudain il vous prend envie de remettre en doute la véracité de son récit, il vous précède déjà poiu mieux vous ramener à lui au prochain virage.Un peu comme Joseph Kessel qui, après avoir un joiu raconté une formidable traversée de l\u2019Afrique, se fit rétorquer qu\u2019il n\u2019avait jamais pu se rendre jusque-là poiu de multiples raisons évidentes.Loin d\u2019être démonté, Kessel répliqua du tac au tac à peu près ceci : «Qu\u2019est-ce que ça peut bien faire que je n\u2019y sois jamais allé puisque je vous y ai amenés?» Avec Limonov, on ne sait jamais très bien où l\u2019on va, mais on sait qu\u2019on arrivera toujours à une surprise.Pearson est le nom du géant de l\u2019édition qqi est aussi propriétaire du Financial Times.À Montréal, Pearson ferme du jour au lendemain le distributeur DLM, notamment connu pour son expertise du côté de la bande dessinée et du livre jeunesse.Du coup, 44 personnes se retrouvent sans emploi d\u2019ici Noël.Pourquoi?11 y a quelques jours, Marjorie Scardino, 65 ans, directrice de Pearson, annonçait qu\u2019elle démissionnait «avec joie» du groupe.La maison faisait savoir du même coup qu\u2019elle était remplacée par le «formidable» John Fallon, 50 ans.Simple affaire de succession dans le monde de la finance?Non, disent les spécialistes.Surtout affaire de gros sous, comme on s\u2019en doutait.Derrière ces mouvements, un irrépressible appétit de rentabilité, semble-t-il.Non pas que Pearson ne soit pas rentable.C\u2019est même tout le contraire.Des profits records en 2011 de 1,4 milliard de dollars.Mais comme ce beau monde carbure à l\u2019idée de rouler sur l\u2019or à tout jamais, il ne lui vient pas à l\u2019idée de se reprocher de mettre 44 personnes sur la paille.Tout le reste n\u2019est que littérature.jfnadeau@ledevoir.corn LIMONOV PAR EDOUARD LIMONOV Conversation avec Axel Gilden L\u2019Express Paris, 2012, 142 pages FIANCÉE SUITE DE LA PAGE E 1 un personnage de fable.Débute la première digression qui va nous conduire en 1918, à la naissance du patriarche.Dans une église, pendant la messe de minuit.Jusqu\u2019à quel point, comme tout bon conteur.Papa Louis s\u2019éloigne-t-il de la réalité ?Peu importe, ses enfants sont sous le charme, et nous aussi.Nous faisons par la même occasion connaissance avec sa mère Madeleine, la fiancée américaine du titre.Elle va mourir en donnant naissance à son fils, Louis Lamontagne.Ce n\u2019est que partie remise, son histoire nous sera racontée plus tard.Nous apprendrons aussi que, dans cette famille, il faut une Madeleine par génération.D\u2019où cette petite Madeleine, assise dans le salon funéraire établi dans la demeure familiale.Vous suivez ?Les deux Madeleine Cette petite Madeleine Lamontagne, on la verra grandir, et mourir à son tour, ainsi va la vie.Elle est le pivot de l\u2019histoire.Pendant toute la première partie du roman.Apparaîtra ensuite une certaine Magdelena Berg (nom qui se traduit plus ou moins en français par Madeleine Lamontagne).Le tout se terminera à Rome, par un suicide, dans une scène digne de Puccini.Pas étonnant: l\u2019opéra Tosca revient comme un leitmotiv dans le roman.Opéra résumé ainsi par l\u2019un des protagonistes: «En fait, c\u2019est l\u2019histoire d\u2019une femme honnête et innocente qui se heurte aux forces du mal, qui est prisç dans l\u2019étau de l\u2019histoire.» A noter aussi que la jalousie est un des thèmes dominants de La fiancée américaine.Et que la mort, on l\u2019aura compris, y est omniprésente.Le rapprochement entre Madeleine de Rivière-du-Loup et Magdelena de Berlin n\u2019est pas fortuit.On comprendra pourquoi au fil de ce récit parsemé d\u2019indices.Reviendront ponctuellement certains motifs, toutes sortes d\u2019images, de symboles qui les unissent, dont une tache de naissance en forme de clé de fa, une chaînette en or avec une petite croix.Au fil du temps Entre-temps, on aura revécu par à-coups la Deuxième Guerre mondiale.On aura vu des prisonniers des camps mourir de faim, de froid, des Allemands de la Prusse orientale déportés avec l\u2019arrivée de l\u2019Armée rouge.Et on aura assisté à la libération de Dachau.En sourdine: les bombardements de Nagasaki et d\u2019Hiroshima.Puis, grand saut dans le temps : la chute du mur de Berlin.On aura vu, aussi, parallèlement, le Québec se transformer.Une population se réjouir de l\u2019arrivée de la télé, une majorité voter non au premier référendum.Dans le privé, on aura vu des prêtres forniquer, des incestes se produire, et un avortement à New York tourner court.On aura aussi constaté qu\u2019une tarte au sucre peut s\u2019avérer une arme mortelle pour qui est assoiffé de vengeance.On aura côtoyé toutes sortes de personnages plus grands que nature.On aura même frayé avec des morts qui se mêlent d\u2019intervenir dans le monde des vivants.On aura tout vu.Au fil du récit Tout cela porté par des postures narratives variées : narrateur omniscient, dialogues, échanges de lettres, carnets intimes.Tout cela porté par une émotion contenue, qui afflue juste au bon moment, quand il le faut.Quelques creux ralentissent parfois le rythme, l\u2019accumulation de détails peut paraître superflue.C\u2019est chargé, complexe, oui.Mais ce qui pourrait sembler touffu, désordonné, parfois gratuit, s\u2019avère chemin faisant mené de main de maître.C\u2019est peu dire qu\u2019Eric Dupont s\u2019est surpassé.Qn sait désormais qu\u2019il peut nous surprendre, qu\u2019il voit grand, qu\u2019il compte parmi les grands.La barre est haute : on ne voudra rien de lui qui soit en dessous de La fiancée américaine.Collaboratrice Le Devoir LA FIANCÉE AMÉRICAINE Éric Dupont Éditions Marchand de feuilles Montréal, 2012, 560 pages «En fait, c\u2019est l\u2019histoire d\u2019une femme honnête et innocente qui se heurte aux forces du mal, qui est prise dans l\u2019étau de l\u2019histoire» LEMEAC EDITEUR OFFRE SES FELICITATIONS AUX FINALISTES DES PRIX LITTÉRAIRES DU GOUVERNEUR GÉNÉRAL 2012 514 524-5558 lemeac@lemeao.com ALINE APOSTOLSKA Un été d\u2019amour et de cendres Catégorie « Jeunesse - texte i GENEVIEVE BILLETTE Contre le temps Catégorie « Théâtre » CHARLES BOLDUC Les truites à mains nues Catégorie « Romans et nouvelles SOPHIE CARDINAL-CORRIVEAU Un adieu à la musique de Charles Foran Catégorie « Traduction » EVELYNE DE LA CHENELIÈRE La chair et autres fragments de l\u2019amour Catégorie « Théâtre » AUDREE WILHELMY Oss Catégorie « Romans et nouvelles » « Ce roman-reportage d\u2019une grande pertinence signé Aline Apostolska parvient à marier le tableau vivant de la survie d'un peuple à l'histoire d\u2019un premier amour et d\u2019un premier contact - tragique - avec la mort.Un livre à mettre entre les mains des adultes tout autant que des adolescents auxquels l\u2019auteure s\u2019adresse Ici en premier lieu.» « En s\u2019attachant aux combats [d\u2019Évariste Galois], à ses espoirs pour la science et l\u2019humanité, à son Indignation, à sa capacité de rêver, mais aussi aux relations tendues qu\u2019il entretenait avec ses proches, la pièce captive et émeut, Inscrit notre soif de justice sociale dans la continuité de ceux et celles qui nous ont précédé.» ¦< C\u2019est une anecdote, une vision, une réflexion, un spleen, une peur, une joie qui déclenchent une prise de conscience, un moment de grâce, un vertige, un vide, où souvent la crainte d\u2019abdiquer se fait sentir chez un narrateur qui \u201cmesure l\u2019usure\u201d de la trentaine.[.j C\u2019est avec beaucoup de fulgurances de ce genre que Charles Bolduc revient à nous, lecteurs.» Avec une finesse exquise, la traduction de Sophie Cardlnal-Corrlveau fait entendre la musique singulière qui bruit dans ce roman dédié au harpeur Carolan, pour qui Charles Foran a composé une magnifique élégie.« Evelyne de la Chenelière nous éloigne de nos obsessions contemporaines et met en lumière la marche sinueuse des femmes au siècle dernier, mais aussi la guerre éternelle entre le désir et le quotidien.» Eisa Pépin, Voir « Ouvrir Oss [.j, c\u2019est pousser une porte qui donne sur un monde jamais cartographié auparavant.Ensuite, très vite, une voix se fait entendre.Une voix qu\u2019on a tout de suite envie d\u2019écouter.Son murmure ardent et Irrégulier nous emporte.» Christian Desmeules, Le Devoir Éric Paquin, Voir Christian Saint-Pierre, JEU Chantal Guy, La Presse LE DEVOIR, LES SAMEDI 13 ET DIMANCHE 14 OCTOBRE 2012 F 3 LITTERATURE LITTERATURE QUEBECOISE Un rêve en forme de botte CHRISTIAN DESMEULES La ville de Rome, «destination improbable» et «centrale onirique du monde», est un gros aimant en forme de question.C\u2019est le théâtre éternel auquel ira se confronter Francis Catalano, un étudiant québécois qui y débarque en tant qu\u2019heureux titulaire d\u2019une bourse du gouvernement italien.Il s\u2019y rend pour y poursuivre à l\u2019université La Sapienza de Rome \u2014 mais nous l\u2019apprenons en réalité seulement aux trois quarts du livre \u2014 des recherches d\u2019anthropologie sur un jésuite romain, Francesco Giuseppe Bressani, envoyé comme missionnaire en Nouvelle-France au milieu du XVIF siècle.Mais il va là-bas aussi à la poursuite, sans même le savoir, de tout autre chose: «Je \\\\ Je m\u2019en vais le temps d\u2019une gestation d\u2019homme tester à travers l\u2019Italie ce qui en moi bouge sans bouger )) On achève parfois ses romans en Italie m\u2019en vais le temps d\u2019une gestation d\u2019homme, nous explique-t-il, tester à travers l\u2019Italie ce qui en moi bouge sans bouger.» Nous sommes à Rome, à la fin des années 80.Le roman est volontairement flou quant aux dates, mais certains indices ne trompent pas : la lire n\u2019avait pas été supplantée par l\u2019euro, la Cic-ciolina venait de se faire élire au Parlement italien, la Yougoslavie existait encore.C\u2019était une époque où on s\u2019écrivait encore des lettres.Qu\u2019on envoyait par la poste.Avec timbre et enveloppe.On achève parfois ses romans en Italie aurait pu former un bel alliage de la poésie et du roman.Mais le premier roman de Francis Cata- lano, poète et traducteur né à Montréal en 1961, qui a lui-même étudié à La Sapienza, prend plutôt la forme d\u2019un récit de voyage assez strict: un minutieux relevé des loisirs et des déambulations d\u2019un étudiant québécois en Italie.Une exploration molle et périphérique de la péninsule italienne.Au gré des zigzags de son touriste-narrateur dans Rome, Florence, Venise, Sienne, San Gimignano (le Disneyland de la Toscane), Ravenne, Milan ou Ischia, Francis Catalano nous ensevelit sous une avalanche de détails.Beuveries, fumettes, visites de musées, achats de chaussures.Pour lier entre eux ces instants décomposés, agissant un peu comme la basse continue du récit de ces deux années passées en Italie, le narrateur mesure au millimètre les avancées d\u2019un long flirt avec une employée du Centre académique canadien.Un trouble paralysant que l\u2019on doit porter au compte, qui sait, de ce qu\u2019écrivait Stendhal à propos des Italiennes : «Les femmes les plus femmes de l\u2019univers.» Cette romance homéopathique mise à part, aucun suspense n\u2019affleure.Pas vraiment d\u2019intrigue de cœur ou de corps.Un long fleuve tranquille.La descente du Tibre en matelas gonflable.Pas la moindre trace chez Catalano de «ce rien qui se transforme secrètement en or» qu\u2019on ramasse partout dans les merveilleux petits romans romains de Marco Lodoli.De quoi est-il question ici?D\u2019un prélude amoureux?D\u2019un pays et d\u2019une ville?D\u2019un homme?D\u2019un homme qui confronte son rêve d\u2019une femme et d\u2019un pays à la réalité de son souvenir?Soit.Peut-être en maniant doucement les forceps.Seule la plume de Francis Catalano, qui est poète, n\u2019en doutons pas, sauve à vrai dire ce livre d\u2019un ennui un peu fatal.Collaborateur Le Devoir ON ACHÈVE PARFOIS SES ROMANS EN ITALIE Francis Catalano L\u2019Hexagone Montréal, 2012, 368 pages 30* colloque de l\u2019Académie des lettres Depuis 2010, l\u2019Académie des lettres du Québec s\u2019interroge sur les façons de « transmettre la culture».Cette année, pour sa 30*\" édition, le débat se met «à la recherche d\u2019un socle», voulant installer les assises d\u2019une future proposition pour cette transmission essentielle.Sous la coordination de Lise Bissonnette, participeront à ce colloque Yvan Lamonde, Martin Boisseau, Micheline Dumont, Micheline Gabelle, Benoît Melançon et Etienne Rouleau.La journée sera axée sur la recherche, le partage et le relais.Le 26 octobre, au Centre des archives de Montréal.Le Devoir Con&eil des arts Canada Council du Canada\tfor the Arts prix littéraires\t, of l't ^ du gouverneur general o I /wX) L\u2019instant même félicite chaleureusement Philippe Ducros finaliste aux Prix du Gouverneur général catégorie « théâtre » pour la pièce Dissidents Philippe Ducros 14,95 $ Format numérique PDF : 10,99 3 Einlîantmême w\\A/w.instantmeme.com Une disparition Danielle Laurin Oman noir, thriller, polar.Roman intimiste, familial.Roman politique, roman sur la foi.Les lignes de désir d\u2019Emmanuel Kattan, c\u2019est tout cela en même temps.Avec en toile de fond les conflits, la violence au Moyen-Orient.Dans Nous seuls, il y a quatre ans, cet auteur nev^-yorkais né à Montréal en 1968, fils de l\u2019écrivain Naïm Kattan, avait déjà affiché sa couleur romanesque: histoire d\u2019amour qui tourne mal, jalousie maladive, meurtres en série.C\u2019est plus habilement encore, sans prendre de détours tortueux et avec davantage de profondeur, que cette fois-ci il plonge dans l\u2019horreur.Par le biais d\u2019un père qui cherche sa fille.Sara n\u2019a plus donné de nouvelles depuis deux semaines, l\u2019avis de disparition a été lancé il y a cinq jours.On va suivre pas à pas son père, Daniel, qui quitte Montréal pour Jérusalem, où elle avait élu domicile il y a plusieurs mois.Déçu des avancées en dents de scie de l\u2019enquête policière, le père va entamer ses propres démarches, marcher dans les pas de son enfant, rencontrer ses amis.Il va se confronter, jour après jour, à toutes sortes de contradictions.Parallèlement, on aura accès aux courriels que père et fille se sont échangés depuis le départ de Sara, étudiante en archéologie.On découvrira aussi par fragments le journal intime de la jeune femme.En passant d\u2019un univers à l\u2019autre, on démêlera peu à peu le casse-tête de cette disparition.Jusqu\u2019à un certain point.On sera d\u2019une part dans le présent.Un présent haletant: le père va-t-il retrouver sa fille?Un présent angoissant: comment Daniel peut-il s\u2019empêcher d\u2019appeler à tout moment sur le cellulaire de sa fille qui sonne dans le vide ?On sera d\u2019autre part dans le passé.Dans la reconstitution du passé.Nécessairement.Il nous faut comprendre, tout comme Daniel, ce qui est ar- LAUREN SILBERMAN Auteur new-yorkais né à Montréal en 1968, Emmanuel Kattan publie Les lignes de désir, un roman avec comme trame de fond les violences au Moyen-Orient.rivé à Sara.Accident?Enlèvement?Meurtre?Plus le temps tire vers l\u2019avant, plus le passé est éclairant.Mais piégé de fausses pistes, aussi.Dans le passé, mais lointain : c\u2019est là que le père se réfugie, presque malgré lui, quand rien n\u2019aboutit.Tous ces souvenirs de sa fille bébé, enfant, à Montréal, toutes ces années qu\u2019ils ont partagées.Ce deuil commun, aussi, terrible, ce deuil impossible : ils ont perdu trop tôt leur noyau dur, cette femme heureuse, aimante, qui donnait un sens à la vie.Entre passé et présent, on oscille constamment.C\u2019est rondement mené, on est dedans, on fonce tête baissée dans cette histoire déchirante.On a beau souhaiter que le meilleur advienne comme par enchantement, on pressent bien que le pire est déjà arrivé.Ce qui donne sa force à la trame, tout au long du récit: la double identité de Sara.Car voilà, tout viendrait peut-être de là, elle est juive par son père, musulmane par sa mère.«Moi, je suis les deux», a-t-elle écrit dans son journal intime.Ajoutant: «Longtemps, fai vécu sans me poser de questions.» Cette liberté dans laquelle elle a vécu, qu\u2019elle s\u2019est donnée, qu\u2019elle a choisie, elle l\u2019a perdue dès son arrivée à Jérusalem.On l\u2019a alors forcée à trancher, en quelque sorte.Elle-même en est venue à taire l\u2019une ou l\u2019autre de ses identités selon ses fréquentations.Elle s\u2019est ni plus ni moins imposé un mur intérieur.Pour ce qui est de la foi, elle lui a tourné le dos depuis long- B ?ÿoospord'LE DEVOIR ALMARÈS \tDu 1 au 7 octobre 2012\t \t\t \t\t Romans québécois\t\t Il Les héritiers d\u2019Enkidiev \u2022 Tome 6 Nemeroff\tAnne Robillard/Wellan\t1/3 2 Les délaissées\tDenis Monette/Logiques\t2/3 3 Les sœurs Beaudry \u2022 Tome 2 Les violons se sont tus\tMicheline Dalpé/Goélette\t3/3 4 Malphas \u2022 Tome 2 Torture, luxure et lecture\tPatrick Senécal/Alire\t4/7 5 Les sœurs Beaudry \u2022 Tome 1 Évelyne et Sarah\tMicheline Dalpé/Goélette\t6/8 6 Je me souviens\tMartin Michaud/Goélette\t7/5 7 Madame Tout-le-Monde \u2022 Tome 2 Jardins de givre\tJuliette Thibault/Hurtubise\t5/4 8 Maggie \u2022 Tome 2 La revenante\tDaniel Lessard/Pierre Tisseyre\t8/2 9 La dernière semaine de mai\tChristian Tétreault/Homme\t9/3 10 La chasse est ouverte\tChrystine Brouillet/Courte échelle\t-/I Romans étrangers\t\t Il Cinguante nuances de Grey \u2022 Tome 1\tE.L.James/Lattès\t-/I 2 Une place à prendre\tJ.K.Rowling/Grasset\t1/2 3 Substance secréte\tKathy Reichs/Robert Laffont\t2/2 4 Les morsures du passé\tLisa Gardner/Albin Michel\t5/2 5 Kaiken\tJean-Christophe Grangé/Albin Michel\t4/2 6 Les sœurs Andreas\tEleanor Brown/Marabout\t3/9 7 Barbe bleue\tAmélie Nothomb/Albin Michel\t6/4 8 Les années perdues\tMary Miggins Clark/Albin Michel\t-/I 9 La formule de Dieu\tJosé Rodrigues dos Santos/HC\t-/I 10 Copycat\tJames Patterson | Michael Ledwidge/Archipel -/I\t Essais québécois\t\t Il Lettres à un jeune politicien\tLucien Bouchard | Pierre Cayouette/VLB\t1/4 2 La mafia Irlandaise de Montréal\tD\u2019Arcy O\u2019Connor/La Presse\t-/I 3 Carré rouge.Le ras-le-bol du Québec en 150 photos\tJacques Nadeau | Jacques Parizeau/Fides 2/7\t 4 Les clés de la Maison-Blanche.Sexe, fric et vote\tRichard Hâtu | Alexandre Sirois/La Presse 3/5\t 5 Derrière l\u2019information officielle 1950-2000\tClaude Jean Devirieux/Septentrion\t-/I 6 La fabrigue de l\u2019extrême.Les pratigues.\tJean-Jacques Pelletier/Hurtubise\t7/2 7 La pratigue du roman\tCollectif/Borâal\t-/I 8 Le gouvernement invisible\tDominic Champagne/Tête première\t8/5 9 Le mal du pays.Chronigues 2007-2012\tLise Payette/Lux\t4/9 10 La juste part\tDavid Robichaud | Patrick Turmel/Atelier 10 -/I\t Essais étrangers\t\t Il Reflets dans un oeil d\u2019homme\tNancy Huston/Actes Sud\t1/4 2 Anthropologie de la globalisation\tMarc Abélès/Payot\t-/I 3 Les lois fondamentales de la stupidité humaine\tCarlo M.Cipolla/PUF\t2/8 4 La fin.Allemagne 1944-1945\tlan Kershaw/Seuil\t8/2 5 Une histoire populaire de l\u2019humanité\tChris Harman/Boréal\t3/6 6 Je vais passer pour un vieux con.Et autres.\tPhilippe Delerm/Seuil\t7/3 7 L\u2019illusion Obama.Le pouvoir de l\u2019argent aux États-Unis\tJohn R.McArthur/Lux\t-/I 8 Critique de la violence\tWalter Benjamin/Payot\t-/I 9 La trahison des éditeurs\tThierry Discepolo/Agone éditeur\t-/I 10 Écrits polémiques\tLouis-Ferdinand Céline/Huit\t5/2 La BTLF (Société de gestion de la Banque de titres de langue française) est proprietaire du système d'mfomiation et d'analyse Bssjisril sur les ventes de livres français au Canada Ce palmares est extrait de Baspanl et est constitue des releves de caisse de 215 points de vente La BTLF reçoit un soutien financier de Patnmoine canadien pour le projet Basjjaril © BTLF, toute reproduction totale ou partielle est interdite temps.Depuis la mort de sa mère, très croyante, qu\u2019elle avait cru pouvoir sauver en priant.En fait, ce n\u2019est pas qu\u2019elle a cessé de croire: «Dieu est un mot qui occupe encore mes pensées, mais que je n\u2019arrive plus à rejoindre.» Comble de l\u2019ironie, après son arrivée en Israël, elle a noué une relation amoureuse d\u2019abord avec un juif, ensuite avec un musulman.Un juif traditionaliste, colérique, macho, jaloux, possessif, qu\u2019elle a fini par laisser tomber et qui lui en a voulu.Quant au musulman, très ouvert sur tout, pouvant citer autant des passages du Coran ou de la Bible, elle en était follement amoureuse quand elle a disparu.Lui aussi, d\u2019ailleurs, manque à l\u2019appel.Lui à qui l\u2019un de ses proches, qui fraye avec les terroristes, reprochait d\u2019être un traître, d\u2019être l\u2019un de «ces collaborateurs qui s\u2019acoquinent avec les Juifs, ces Arabes serviles qui, parce qu\u2019ils étudient à l\u2019université, s\u2019imaginent qu\u2019ils seront un jour traités en égaux».Où sont-ils, où sont Sara et son amoureux, que leur est-il arrivé?On va découvrir qu\u2019ils recevaient des menaces, chacun de leur côté, qu\u2019ils étaient suivis à la trace.Par qui?On va découvrir ce qui est advenu.En partie.Crime passionnel ou crime politico-religieux?Vengeance d\u2019un amoureux éconduit ou d\u2019un extrémiste fou furieux?La fin reste ouverte.Pour ne pas dire qu\u2019elle est béante.Ne pas trancher ici, comme romancier, c\u2019est plus que refuser de prendre parti, de condamner un camp ou l\u2019autre.C\u2019est nous refiler une petite bombe et s\u2019esquiver par la porte de côté.Hyper frustrant.LES LIGNES DE DÉSIR Emmanuel Kattan Boréal Montréal, 2012, 256 pages Rober RACINE LES VAUTOURS DE BARCELONE Une étonnante méditation sur La création.Le tragique, La pLace de L'Liomme dans Le cosmos.Rober Racine LES VAUTOURS DE BARCELONE Boréal www.editionsboreal.qc.ca Roman \u2022 304 pages 25,95 $ PDF et ePub : 18,99 $ F 4 LE DEVOIR LES SAMEDI 13 ET DIMANCHE 14 OCTOBRE 2012 LITTERITURE L\u2019hallucination au pouvoir Louis Hamelin Le fait d\u2019armes le plus connu de Hunter S.Thompson est d\u2019avoir roulé avec les Hells Angels, écrit sur eux, puis tâté de leurs coups-de-poing américains, probablement parce que les motards n\u2019avaient pas apprécié sa ponctuation, ou la qualité de ses métaphores.C\u2019est loin d\u2019être l\u2019épisode le plus remarquable d\u2019une carrière littéraire en dents de scie à désosser.Thompson, sorte de croisement entre Mailer et les écrivains de la défonce, aura aussi été le plus féroce et bizarre chroniqueur politique de son pays pendant la période la plus houleuse de son histoire : la chute de la maison Kennedy, la guerre du Vietnam, le Watergate, etc.11 a été, au cours de sa vie, un junkie de pas mal de trucs, dont la politique.La publication en plusieurs volumes de l\u2019intégrale des gonzo papers qui se poursuit aux éditions Tristram nous permet d\u2019approfondir notre compréhension de ce singulier phénomène des lettres.Le gonzo, on le sait, est cette forme de reportage expressionniste, hyper-subjectif, inventée par Hunter S.Thompson, comme un cousin débile léger du Nouveau Journalisme {«la seule véritable différence entre \u201cjournalisme \u201d et \u201cfiction \u201d, de mon point de vue, est juridique»).On l\u2019a qualifié de «reporter le plus exact et le moins fidèle aux faits» de son époque.Thompson, fondateur et unique correspondant du brumeux Bureau des affaires nationales du magazine Rolling Stone, décide d\u2019écrire dès 1968 sur la mort du rêve américain, son grand thème, annoncé par le sanglant dégommage des manifestants antiguerre à la convention démocrate de Chicago, et incarné, à ses yeux, par l\u2019ange noir de la politique étasunienne, Richard Nixon.Nixon sera l\u2019Ennemi, un moins-qu\u2019un-chien.Jamais l\u2019imprécation écrite n\u2019aura été, par un reporter disposant d\u2019une carte de presse et habilité à couvrir une campagne électorale, portée à de tels sommets.En 1972, Thompson, toujours sur la piste du grand cirque politicien, appuie la campagne du sénateur démocrate McGovern, dont la plateforme prévoit un retrait du Vietnam, la légalisation de l\u2019avortement et des coupes importantes dans le budget de la Défense.Dans un documentaire réalisé en 2008, McGovern se souvient: «Nous étions entrés dans un bar et il avait commandé trois margaritas et six bières, ensuite il a dit à la serveuse de nous demander ce que nous, nous voulions.» Car l\u2019homme Gonzo, tandis qu\u2019il fraie avec les Gary Hart, Pat Buchanan (!) et Jimmy Carter de ce monde \u2014 cet étonnant gugusse a même passé une heure sur la banquette arrière de la limousine de Nixon à causer football avec l\u2019objet de son exécration définitive et absolue ! \u2014, ne cesse de fumer des joints, de se préparer des reniflettes et de gober comprimés d\u2019amphétamines et buvards d\u2019acide comme si c\u2019étaient des bonbons à une cenne.Un phénomène, on vous dit.Ce reporter pour qui le journalisme gonzo était «avant tout l\u2019art (ou la compulsion) d\u2019imposer une forme romanesque à un contenu journalistique» aura l\u2019heur de déranger ses confrères plus obéissants, par exemple lorsque, piétinant allègrement la frontière entre les faits et les concoctions de son imagination déréglée, il répand la nouvelle qu\u2019un des principaux adversaires de McGovern, Edmund Muskie, s\u2019administre une drogue exotique fabriquée par un mystérieux docteur brésilien, seule manière d\u2019expliquer son étrange comportement en public.Du pur délire, auquel toute la confrérie médiatique va commencer par prêter foi.«Je n\u2019ai fait que citer une rumeur», se défendra Thompson, avant d\u2019ajouter, dans son style marmonné habituel, que cette rumeur, c\u2019était bien sûr lui qui l\u2019avait lancée.En 1970, sautant la barrière, il tente de se faire élire shérif d\u2019Aspen, au Colorado, sous la bannière du Ereak Power.Un quasi-succès qui l\u2019amènera à réfléchir ensuite sérieusement (?!) à la possibilité de viser un siège au Sénat.FRAZER HARRISON / GETTY IMAGES NORTH AMERICA AFP Pour le reporter Hunter S.Thompson, le journalisme gonzo était « avant tout l\u2019art (ou la compulsion) d\u2019imposer une forme romanesque à un contenu journalistique » Quand un authentique bandit comme Dick Nixon et un médiocre acteur à demi gaga comme Ronald Reagan peuvent aspirer à la présidence, pourquoi pas un drogué soiffard à moitié cinglé ?Les nouveaux commentaires sur la mort du rêve américain ne donnent pas la même impression de cohérence (je parle de l\u2019organisation du contenu; sur le plan mental, c\u2019est autre chose.) que les précédents Dernier tango à Las Vegas, sur la mort du rêve et l\u2019héritage brisé et dément d\u2019une décennie de dope, et Parana dans le bunker, sur les années Nixon.Les nouveaux commentaires., c\u2019est un peu l\u2019homme-gonzo rapaillé, des premières folies des années 50 à la difficile négociation des tournants des années Reagan, Bush, Clinton.11 s\u2019y trouve, bien entendu, pas mal de morceaux de prose purement jouissifs, passages choisis que j\u2019ai élus et lus le soir, au lit, comme un curé méditant son bréviaire.Prisonnier du style gonzo et de son personnage de sympathique fou furieux, Thompson est devenu, au fd des ans, un peu moins drôle.Le tournant se situerait en 1974.Pendant que son héros et congénère de Louisville, Mohammed Ali, passe le knock-out à George Pore-man dans la touffeur du stade de Kinshasa, le docteur Gonzo, censé couvrir le combat pour Rolling Stone, dérive dans la piscine d\u2019un hôtel zaïrois avec une bouteille de bourbon et un seau de glaçons.Ses éditeurs s\u2019arrachent les cheveux: il a raté le K.-0.du siècle.Après, il ne sera plus vraiment le même, a confié son ex-femme.Problèmes d\u2019écriture : la source du pays où coulent la résine de cannabis et le vitriol semble se tarir.Sa cabane de rondins des montagnes du Colorado est rattrapée par la rançon de la gloire façon sex, drugs and rock and roll.Lorsque sa femme et mère de son garçon finit par demander le divorce, Thompson pète un plomb.Elle appelle le shérif, qui s\u2019informe prudemment au bout du fil : Est-ce qu\u2019il possède des armes ?Elle éclate de rire : 11 en a exactement vingt-deux, monsieur.Toutes chargées.Lorsque, comme Hemingway, comme Brau-tigan, il décidera, là-bas dans le Grand Ouest sauvage, d\u2019en finir, il aura donc l\u2019embarras du choix.C\u2019est arrivé il y a six ans, ce qui signifie qu\u2019il aura tout de même survécu à un mandat et demi de Bush H.Thompson a écrit que Nixon représentait «la face sombre, vénale et incurablement violente du caractère américain».Peut-être avait-il déjà compris qu\u2019il était lui aussi atteint.NOUVEAUX COMMENTAIRES SUR LA MORT DU REVE AMERICAIN Hunter S.Thompson Traduit de l\u2019américain par Jean-Paul Mourlon Tristram Auch, 2012, 461 pages Vers des chiffres fiables L\u2019Observatoire de la culture et des communications du Québec (OCCQ) reprend ce mois-ci la diffusion des données statistiques sur les ventes de livres.L\u2019organisme a dû suspendre leur publication en mars parce que les chiffres de certaines librairies étaient biaisés par les ventes de produits dérivés.«On a constaté qu\u2019il y a plusieurs librairies qui incluaient d\u2019autres choses que des livres dans leurs ventes de livres, a expliqué au DcîvmV Benoît Allaire, chargé de projet pour Les livres et les pratiques culturelles.Ça ne fait pas une grosse différence, mais on veut diffuser les statistiques les plus précises possibles.» 11 insiste sur le fait que le biais est loin d\u2019être généralisé chez les libraires.11 convient toutefois que la situation est «assez catastrophique».L\u2019erreur est humaine, mais répétée sur plu- sieurs années, elle a entraîné un vaste chantier de révision des données depuis six mois à l\u2019OCCQ.Le système de marge d\u2019erreur en place permettait de repérer les erreurs d\u2019un mois à l\u2019autre, mais pas sur la base d\u2019un biais qui remonte au début de la cueillette de données auprès des librairies.«Le phénomène [de vendre autre chose que des livres] a pris une ampleur considérable depuis six, sept ans», note M.AUaire.Les premières statistiques sur les ventes de livres ont vu le jour en 2001.«On a demandé aux librairies qui avaient mal compris notre questionnaire de nous fournir des données de ventes réelles, qui contenaient seulement des livres et non de la papeterie, des disques et autres choses, ce qu\u2019elles ont accepté de faire, mais seulement à partir de janvier 2011», explique-t-il.La dif fusion des chiffres reprend donc partiellement ce mois-ci.Le Devoir a Camille Bouchard pour Le coup de la girafe Finaliste au Prix du Gouverneur Général du Canada 2012 Finaliste au Prix Jeunesse des libraires 2012 Camille bouchard coup de la girafe SJ 112 pages 12,95$ POESIE Quand le temps passe HUGUES CORRIVEAU La mort de la mère : cette in-concevable douleur du temps venu, cette imparable catastrophe qui met l\u2019âme à mal! Combien de fois la disparition d\u2019un être essentiel n\u2019a-t-elle pas été convoquée au chant du poème?Mais, parfois, des livres exceptionnels, indispensables, en sont advenus.Ainsi ce très beau et remarquable recueil de Paul Chanel Malenfant, La petite mariée de Chagall, vient-il s\u2019inscrire dans la lignée des inoubliables Heures de Eer-nand Ouellette ou du Tombeau de foup de Denise Desautels.A fleur de peau, à fleur de mots, la tendresse, le chagrin, la faille profonde qui révèlent la dégradation du corps et de l\u2019esprit, taraudent la conscience du fds spectateur, du poète investi de mémoire et du devoir de témoigner de cela, justement, de ce moment de passage et d\u2019abandon, d\u2019extrême faiblesse de celle qui va, qui fuit, qui abandonne.S\u2019il est vrai, comme le dit Malenfant, que «les poètes écrivent leurs livres / pour les mères qui vont mourir», il s\u2019acquitte de sa tâche en toute proximité avec la souffrance et le déchirement, accompagnateur de la désespérante mémoire qu\u2019il en a lui-même et qui s\u2019en va chez celle qui le quitte.Chants d\u2019amour inéluctables, désemparés presque, bouleversés par ce qui sourd de l\u2019enfance, des temps où la mère, dansait, où venait l\u2019oncle des Etats-Unis, où les parfums de fleurs et les goûts de fruits embaumaient, les poèmes tracent une voie dans la clémence de ce qui se garde au cœur de l\u2019être, tout en sachant que «le poème ne saurait être / la circonstance atténuante / de [la] mort» de la mère.Pour peu, le poète écrirait les larmes et le désarroi, la cassure du cœur abandonné, le souffle cruel du dernier souffle.Parce que le poète est un enfant encore qui, devant le lit, supplie la mère de se réveiller.«et je dépose à ton chevet de mourante / pauvres offrandes / mes hochets et jouets / ardoise et craie / boulier-compteur», dit-il infiniment fragile.Et dans une ambiguïté tragique, on ne sait plus bien qui meurt de lui ou d\u2019elle, tellement le moment perturbe: «je voudrais tant dans ta tête me taire / de l\u2019extrême pauvreté / du plus strict dénuement / du silence mais ça parle tandis / que tu te replies sur toi-même / corps lové corps courbe / recroquevillé / petit fœtus de sang froid».Chant d\u2019amour et de deuil, pure poésie, voici que La petite mariée de Chagall peut voler autour de la tour Eiffel, ou parler sereinement de ce qui se diffuse dans les ombres qui couvent alors que le poète nomme affectueusement sa mère mourante « [sa] manuscrite / sur une planche / d\u2019anatomie».Cette image très forte condense à elle seule le regard troublé qui investit ce lieu impensable de la disparition, toute mémoire résolue.Ce beau recueil continue d\u2019inscrire Paul Chanel Malenfant parmi les meilleurs poètes actuels.En un moment diffus Dans cette toujours indispensable cqllection «Poésie» à La Courte Echelle, vouée à la diffusion de recueils pour adolescents, Marc-André Brouillette signe, avec L\u2019exil mauve, un texte d\u2019une touchante émotion qui s\u2019attarde à ce moment extrêmement ténu qui partage le jour et la nuit ou la nuit du jour, cet instant qui met les sens à vif.Là aussi la mort parle une langue mémorielle qu\u2019il faut mettre en question: «proches et amis / où êtes-vous / si loin du rivage / bordé d\u2019une peur sèche // la mort // dans mon corps indécis / suis-je près d\u2019elle» ?Ainsi, l\u2019exacte présence de ce «corps / trop vaste» qui grandit jusqu\u2019à la démesure, jusqu\u2019à ne plus saisir sa propre mise au monde, le poète essaie-t-il d\u2019en cerner l\u2019émoi.L\u2019adolescent, alors, cherche «un peu de beauté» pour qu\u2019elle le «protège de la destruction».Ce recueil tout en délicatesse réussit à percer le secret mauve de la nuit, ce moment de grâce où les défenses tombent, afin que s\u2019épanouisse en son cœur un rare moment de paix qui met en veilleuse les inquiétudes adolescentes.Collaborateur Le Devoir LA PETITE MARIÉE DE CHAGALL Paul Chanel Malenfant Le Noroît Montréal, 2012, 134 pages UEXIL MAUVE Marc-André Brouillette La Courte Echelle, coll.«Poésie» Montréal, 2012, 40 pages SOULIERES EDITEUR souUeresediteur.com CONFERENCE DE CHRIS HEDGES LE JEUDI 18 OCTOBRE, 19 H CENTRE DE DESIGN DE L\u2019UQAM 1440, RUE SANGUINET, MONTRÉAL Lux éditeur et I Institut de recherches socioéconomiques vous convient aune conférence de Chris Hedges à l'occasion de la parution de La mort de l'élite progressiste.Conférence en anglais.Un service de traduction vers le français sera offert.LA MORT DE L\u2019ÉLITE PROGRESSISTE M Gaspard\" LE TOUT NOUVEAU SERVICE D'ANALYSE DE VENTES DU LIVRE FRANCOPHONE! 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mémoire d\u2019enfer, vision insistante, accablante, roman.Le maréchal absolu détonne et frappe, tant par l\u2019ampleur de la pantomime et l\u2019inscription littéraire que par la langue; sans compter la foi de son éditeur.Un exercice de style, cette brique?Assurément, et davantage.Car il s\u2019agit bien d\u2019un «carnage de clowns», grandiloquente épopée, picrocholine, d\u2019un dictateur décortiqué.Jourde recrée les rouages d\u2019un système fou et terriblement malsain, incarné par un personnage démoniaque, un dictateur absolu, un tyran déjanté, l\u2019écrivain déplaçant ses pions sur l\u2019échiquier du potentat, parmi des fantoches annihilés, veules et dominés.Tous veulent raconter.Dictature et épopée Que penser de cette narration litanique, au contenu adolescent et au style ampoulé, unique en son genre en français?D\u2019abord, il faut affronter cette lourdeur visant à faire rire et à effarer.Sa première qualité, la plus accessible, est la RENAUD PHILIPPE Pierre Jourde surprend dans Le maréchal absolu, un exercice de style et davantage encore.langue dont Jourde élargit les registres.On a peu vu cela depuis Céline, même si le narquois Pennac y a sa griffe.Ces registres de la langue parlée vont de l\u2019insulte à la gouaille populaire, feuilleton animé, violemment coloré, au ton imprécatoire.L\u2019excès n\u2019empêche pas la forme classique du roman.La vraie difficulté de lire commence.Comment soutenir cette caricature, ce tableau grinçant, désolant, sadique, issu à la fois d\u2019une tête obstinée et du théâtre tragique des actualités?Jourde a tranché: son Maréchal absolu a absorbé des modèles, qui vont de Moi le Suprême d\u2019Augusto Roa Bas-tos à la bédé, de Hara-kiri à Kafka, sur un mode inédit, jouisseur à la manière postmoderne, sauce épicée d\u2019une pensée à la fois brute et savante.De la boxe et des références Elles sont omniprésentes, multiformes et incluses.Cela va d\u2019une littérature grunge à la littérature sud-américaine, en passant par Conrad, Bernhard, Saramago et les classiques du cinéma et des lettres.Pour votre lectrice au Devoir de Volo-dine, Chevillard, Millet et d\u2019autres, l\u2019engagement de Jourde est clair, cru, farouchement libertaire et plein de coups de poing.Le lancer de pavés a cette forme en 2012.Ubuesque fresque et texte imbuvable, cet ambitieux projet soulève des questions.Ses quatre parties, répétitives, sont-elles nécessaires ou subtilement retorses?Qu\u2019est-ce qui est visé ?Dictatures africaines et (moyen-) orientales, bons sentiments, joueurs de longue haleine?L\u2019absolu protéiforme de tout romancier, déjà affirmé par Proust?Pour y répondre, c\u2019est à Rhinocéros \u2014 de Ionesco et de Perron \u2014 ou à Sergio Kokis qu\u2019on peut penser; indirectement, à La montagne magique ou au Livre d\u2019un homme seul.La voix d\u2019un romancier ou d\u2019un dramaturge se gonflera toujours d\u2019un tableau caverneux ou grotesque.Déguisé en Rabelais furieux, Jourde jubile d\u2019écrire au marteau-piqueur.Si son Maréchal post-moliéresque est une concrétion issue d\u2019horreurs compilées, nourriture d\u2019ogre, c\u2019est que tous nos jeux vidéo, nos films, nos guerres ne disent que cela.Dans l\u2019empire imaginaire de ses créatures machiavéliques, toute grimace pathologique interpelle un spectacle enfantin, propre à vous laisser sans mots.C\u2019est le pari de ce roman-scie sur le pouvoir sans valeurs: retoquer le pilonnage absolu et ravageur, la perte de contrôle, l\u2019arroseur arrosé.de mots sanglants.L\u2019actualité rend ce livre aussi lisible et drôle qu\u2019insupportable.Tel un rouleau d\u2019exorcisme oriental, ses obsessions ramifiées en 150 personnages, molosses souvent interchangeables, font une machine peu propice au succès immédiat.Mais le guignol autoproclamé dans ce panorama signe un tout autre exploit.Collaboratrice Le Devoir LE MARÉCHAL ABSOLU Pierre Jourde Gallimard Paris, 2012, 737pages Quand lire vous transporte GILLES ARCHAMBAULT Peut-être n\u2019avez-vous pas lu Rosa Candida de la ronjan-cière islandaise Audur Ava Olaf-dôttir.Ce livre, couronné au Québec par le Prix des libraires, réussissait à charmer à la fois le public lecteur et les critiques un peu partout en France et dans la francophonie.N\u2019eût été ce succès unanime, on ne se serait peut-être pas empressé de publier L\u2019embellie, roman pourtant paru en 2004.Non que ce dernier roman soit d\u2019un intérêt moindre que celui qui a attiré l\u2019attention sur une écrivaine au talent essentiellement original.Il y a tout simplement que, dans la mer de livres qui nous sont proposés, on ne sait tout simplement pas où se diriger.Nç pas compter sur Audur Ava Olafdôttir pour être guidé.Pour en revenir au titre qui coiffe cette chronique, elle nous transporte vraiment.Mais où?D\u2019accord, l\u2019action se déroule dans une Islande aux prises avec des inondations.Mais est-ce si sûr?Le lecteur est plutôt convié à entrer en déraison.L\u2019intrigue se résume plutôt aisément.Délaissée à la fois par son mari et par son amant, une femme, le personnage principal, reçoit coup sur coup deux bonnes nouvelles: elle remporte le jackpot à la Loterie nationale et, à la suite d\u2019un tirage organisé au profit d\u2019une oeuvre caritative, se voit attribuer une maison non encore construite.Ni la défection de son mari ni celle de son amant ne l\u2019affecte vraiment.Elle n\u2019en a que pour son travail de traductrice, lequel ne la passionne pas.Elle en est à se demander si elle ne partira pas pour un voyage au long cours lorsqu\u2019elle reçoit l\u2019appel d\u2019une amie portée par l\u2019amour des hommes et le recours à l\u2019alcool.Les choses se compliquent lorsque ladite amie, enceinte de jumeaux, fait une chute sur la petite allée qui mène à l\u2019appartement de la narratrice.L\u2019amie à l\u2019hôpital pour quelques semaines lui demande de s\u2019occuper de son fils de quatre ans.La traductrice voudrait bien refuser.Mais comment le faire puisque l\u2019amie n\u2019a qu\u2019elle comme recours?Ce qui complique tout est qu\u2019elle n\u2019aime pas tellement les enfants, n\u2019a ja- mais souhaité en avoir.Bref, elle s\u2019accommoderait aisément d\u2019une solitude retrouvée.Mais elle n\u2019est pas portée vers les remises en cause.Elle accepte la situation sans rechigner.Le rejeton qu\u2019on lui confie a des problèmes de vision et d\u2019audition.D\u2019une intelligence au-dessus de la moyenne, il n\u2019en demande pas moins une attention constante.C\u2019est en sa compagnie que notre héroïne partira pour une virée en territoire inconnu.Car c\u2019est en province qu\u2019on a construit la maison qu\u2019elle a reçue en cadeau.Même si elle a prétendu vouloir visiter des terres lointaines, elle en est quitte pour tourner en rond dans des coins inconnus de son Islande natale.L\u2019enfant, qui voit dans tous les hommes un père manquant, l\u2019oblige à des rencontres inusitées.C\u2019est petit à petit qu\u2019il devient attachant à ses yeux.Encore là, il ne faut rien exagérer.Qu aura compris que la vraisemblance n\u2019a rien à voir dans une intrigue qui ne sert qu\u2019à rendre plausibles des événements aussi improbables que multiples.Il y a de la douceur, de la tendresse dans cette personne qui se croit iijsensible.L\u2019art d\u2019Audur Ava Olafdôttir consiste justement à parvenir à nous toucher sans recourir à un pathos de bon aloi.Il y a de la détresse à la ronde, les occasions de s\u2019apitoyer pullulent, la romancière se tourne plutôt vers l\u2019humour.Un humour léger, dépendant plutôt de l\u2019écriture que des situations traitées.La légèreté, voilà ce qui caractérise la manière d\u2019une romancière dont la pudeur et la réserve amusée constituent aussi la force.Ce roman, sorte de «road movie » de l\u2019inusité, se lit d\u2019une traite.Qu\u2019on ne songe pas à en faire un film serait étonnant.Mais je frémis à la pensée que des images trop crues et des dialogues trop réalistes puissent trahir ce qui n\u2019était que poésie.Collaborateur Le Devoir L\u2019EMBELLIE Audur Ava Olafdôttir Traduit de l\u2019islandais par Catherine Eyjôlfsson Zulma Paris, 2012, 395 pages LA FABRIQUE DE L\u2019EXTREME LES PRATIQUES ORDINAIRES DE LEXCES Encore plus frénétique, toujours plus extrême.?Hurtubise www.editionshurtubise.com Andrée Laberge Le fil ténu de l\u2019âme www.editionsxyz.com Roman chels Andrée Laberge Le fil ténu de l'âme La vie en oratorio Dans le numéro d'automne de Nuit blanche en librairie et en kiosque dès le 12 octobre UN DOSSIER où DIALOGUENT LITTÉRATURE, PHILOSOPHIE, SCIENCE.« Asimov prend un malin plaisir à placer ses pauvres robots dans des dilemmes et des trilemmes qui ont sur l'intelligence du jeune lecteur l'effet de l'haltérophilie sur les gringalets.» « Intelligence contagieuse » por jean-François Usée « Les robots d'Asimov [.] ne prennent jamais le mal pour projet, ils sont donc des saints ou des anges de métal.» « Asimov et la fin de l'homme» por Daniel D.Jacques « La vie a connu presque toute son histoire sur Terre avant nous (environ 99,995 %).Elle peut donc très bien continuer sans nous.» « La vie sur Terre après l'homme » par Cyrille Barrette « Pour un peu et la fin du monde passerait pour une bonne chose.Littérairement parlant, elle l'est, c'est certain ! » «Échos d'un monde en ruine» par Patrick Bergeron magazine du livre dossier spécial Economisez jusqu'à 35°/odu prix en kiosque Abonnez-vous Quatre numéros par année je®\u201d 2012 < ans Acadie : Rose Despres N0 12I OCTOKE, NOVEMSSEJOIJ 1,95 S Je m'abonne pour une période de ?\t1an:34$\t02 ans: 56$\t03 ans: 79$ TPS et TVQ incluses Nom\tPrénom Adresse Ville\tProvince Code postal\tTél.Courriel ?\tChèque à l'ordre de Nuit blanche ?VISA ?MasterCard N\u201c de la carte Date d'expiration Postez ce coupon à Nuit blanche, 1026, rue Saint-Jean, bureau 403, Québec (Québec) GIR 1R7 ou 418 692-1354 ou site@nuitblanche.com F 6 LE DEVOIR, LES SAMEDI 13 ET DIMANCHE 14 OCTOBRE 2012 LIVRES Galeano, conteur des temps modernes SUZANNE GIGUERE Si nous connaissons bien Eduardo Galeano, journaliste, essayiste et historien engagé {Les veines ouvertes de l\u2019Amérique latine) exilé des dictatures uruguayenne et argentine, qui a vécu en Espagne avant de retourner dans son pays, TUruguay, en 1985, nous connaissons moins Tœu-vre littéraire de cet écrivain.Grâce à la maison d\u2019édition québécoise Lux éditeur, nous découvrons depuis quelques années un véritable conteur des temps modernes avec une verve extraordinaire.Après Paroles vagabondes et Les voix du temps, paraît en français Le livre des étreintes, composé de brefs récits, de chroniques du temps d\u2019exil et d\u2019éclats d\u2019histoires où la poésie, l\u2019Histoire et la politique se relaient dans un style évocateur, incisif, plein d\u2019humour et souvent plein d\u2019émotion.Se souvenir : du latin re-cor-dis, «repasser par le cœur».C\u2019est avec cette phrase illustrée par un petit dessin à l\u2019encre noire de l\u2019auteur que débute ce livre inclassable.Une note du traducteur Pierre Guillaumin à propos du titre original, El libro de los abrazos, nous éclaire sur le mot français «étreinte»: «Avec sa connotation violente ou charnelle, ce mot ne traduit pas exactement l\u2019accueil sympathique et chaleureux de l\u2019abrazo», «ce geste amical si fréquent en Amérique latine qui vous fait prendre dans vos bras toute personne à laquelle vous souhaitez manifester l\u2019élan fraternel de votre cœur».Mais on retrouve aussi de la violence et une indéniable participation charnelle dans les textes de Galeano, qui sont autant d\u2019évocations d\u2019amis dont l\u2019auteur partage les douleurs, les joies et les espérances, de souvenirs qui le ramènent à sa propre histoire ou à celle de son pays, de scènes vécues ou rapportées dont il veut témoigner, de prises de position RONALDO SCHEMIDT AGENCE ERANCE PRESSE L\u2019auteur Eduardo Galeano, journaliste, essayiste et historien engagé uruguayen, a été révélé avec son livre Les veines ouvertes de VAmérique latine.d\u2019un compagnon de tous les exclus du monde.Comme les statuettes des Indiens du Nouveau-Mexique, hommes et femmes qui ont de nombreuses figurines attachées à eux, Eduardo Galeano raconte la mémoire collective latino-américaine bourgeonnante de plein de gens.Il ramène au premier plan les invisibles, «ceux d\u2019en bas, ceux qui attendent depuis des siècles dans la file d\u2019attente de l\u2019Histoire».Ennemi de l\u2019oubli, Galeano signe des chroniques du temps des dictatures d\u2019une grande densité dramatique.On reste interdit devant ces enfants torturés et assassinés sous la dictature argentine.« Comment peut-on survivre à une telle tragédie ?Je veux dire: survivre sans que notre âme s\u2019éteigne ?» Sa voix dépasse largement les frontières du continent sud-américain quand il épingle avec une sincérité furieuse les banquiers de la grande finance internationale ou qu\u2019il dénonce la culture de la terreur des dictatures.Le livre des étreintes se raconte difficilement.On le lit par petits bouts, on vagabonde d\u2019un texte à l\u2019autre, d\u2019une gravure à l\u2019autre, on découvre des histoires teintées de réel merveilleux, d\u2019humour et de tendresse.On s\u2019amuse devant l\u2019Ancien Testament revu et corrigé par son acteur principal : «Vinrent^ les malentendus.Adam et Eve comprirent chute quand je parlai d\u2019envol [.] Je dis qu\u2019aimer mal est un péché, ils crurent qu\u2019il était péché d\u2019aimer.» On s\u2019émeut devant la tendresse juvénile de l\u2019auteur dans cette histoire d\u2019un écrivain brésilien condamné à la solitude.« Un jour, il rencontra Eleonora.Il la bombarda de fleurs.Il les envoyait à son appartement, au sommet d\u2019un des plus hauts immeubles de Rio.Chaque jour.elle jetait les fleurs dans la rue où les automobiles les écrasaient.Il en fut ainsi pendant cinquante jours.Mais le 5P jour, les fleurs ne tombèrent pas dans la rue.Ce jour-là, Nelson grimpa jusqu\u2019au dernier étage, sonna, et la porte s\u2019ouvrit.» Il y a une «petite musique» Galeano.Elle plane au-dessus d\u2019une écriture de la brièveté, de la concision.Copime s\u2019il écrivait en effaçant.A 72 ans, Eduardo Galeano a encore un long chemin à parcourir: «Ily a encore beaucoup de lunes auxquelles je n\u2019ai pas hurlé et des soleils auxquels je ne me suis pas brûlé.Je ne me suis pas en- core baigné dans toutes les mers du monde, on dit qu\u2019il y en a sept, ni dans tous les fleuves du Paradis, on dit qu\u2019il y en a quatre.» Il semble nous dire, comme cet enfant de Montevideo: «Je veux ne jamais mourir, car je veux jouer toujours.» Collaboratrice Le Devoir LE LIVRE DES ÉTREINTES Eduardo Galeano (textes et illustrations) Traduit de l\u2019espagnol par Pierre Guillaumin Lux éditeur Montréal, 2012, 280 pages OTTERATURE QUEBECOISE De la fuite dans les idées CHRISTIAN DESMEULES Quand la frustration obsessive et le désarroi se conjuguent au masculin, ça monologue dur, dirait-on.Deux romans récents cultivent avec une certaine hauteur l\u2019art conjoint de la vocifération et de la fuite dans les idées.Un exercice qui se traduit soit en fuite dans la folie, soit en fuite tout court.L\u2019hostilité des chiens, le premier roman d\u2019Olivier Demers, prend la forme de sept carnets remplis qui ont été retrouvés dans un appartement de Pointe-Saint-Charles.Rédigés sur une période de six mois, ils témoignent de la dérive de Jean-Baptiste Corriveau, 36 ans, chômeur et graphomane devenu allergique aux humains trop heureux.Secoué de «sporadiques envies de meurtre».Une vraie bombe à retardement.Après une étrange épiphanie, l\u2019homme se lance dans une quête folle : retrouver une adolescente en fugue dont il a vu la photo dans une station de métro.Cette idée devient sa raison de vivre, l\u2019objet de toutes ses pensées.Il arpente la ville avec un portrait de la disparue, visite squats, bars, aborde des passants.Il nous raconte ses efforts, ses frustrations, ses fantasmes, ce qui lui passe par la tête.Olivier Demers L'HOSTILITE DES CHIENS h L\u2019Ombie poilH ÜNfauUnes LIBRAIRIE Mercredi 17 octobre 19 h 30 La dépression : un mal social?Avec Marcel Otero, sociologue (UQAM) Contribution suggeree 5 $ aucune reservation n est requise Beaucoup plus qu'une librairie! 2653 Masson, Montréal, Qc 514 849-3585\tso°ec ACHAT A DOMICILE - VENTE - EVALUATION Bonheur d'occasion Librairie Mathieu Bertrand, Libraire Membre de la Ligue internationale de la Librairie Ancienne (LILA) 514-914-2142 ACHETONS EN TOUT TEMPS : Art québécois et international Livres d'art et livres d'artiste : \u2022\tBellefleur, Borduas, Perron, Gagnon, Giguere, Lemieux, Riopelle \u2022\tEditions Art Global, Corbeil, Erta, La Fregate, Michel Nantel Refus Global, le Vierge incendié Reliures d'art Fonds universitaires : \u2022\tLittérature, Philosophie, Sciences humaines \u2022\tPleiade Livres anciens avant 1800 Americana et Canadiana Expertise de documents et d'archives Chien pisteur qui gratte ses gales jusqu\u2019au sang ou ver de terre qui se rêve en ange exterminateur: «Oh oui! Je peux haïr jusqu\u2019à l\u2019ulcère d\u2019estomac, jusqu\u2019à la maladie du cerveau.» Un impuissant «condamné à vivre» qui monologue et pour qui «une mort ne peut avoir de sens s\u2019il n\u2019y a pas un peu d\u2019amour qui la bénisse et l\u2019auréole».Un grand romantique déçu ?Derrière L\u2019hostilité des chiens, c\u2019est l\u2019ombre un peu griffue de Dostoïevski qui se dresse, celui des Carnets du sous-sol et du monologue féroce et onirique.La comparaison s\u2019arrête ici.Si le roman d\u2019Olivier Demers tourne un peu en rond, il nous propose une plongée en apnée dans la névrose plutôt convaincante et entraîne le lecteur jusqu\u2019au seuil d\u2019une intéressante ambiguïté.Comment ça marche le malheur Même allergie au bonheur des autres et même rancœur souterraine à l\u2019œuvre dans Variétés Delphi, de Nicolas Chali-four.Ici, un narrateur acrimonieux et satisfait qui «macère dans le jus amer de ses fuites» nous dit toute sa rage.C\u2019est un saboteur dans l\u2019âme qui a compris «comment ça marche le malheur» et qui traîne sa carcasse entre le Mile End, qu\u2019il habite, et le restaurant du Manoir de la Mon-térégie, où il travaille comme serveur.Il nous livre le récit minutieux (et vite un peu lassant, il faut le dire) de ses séances de sabotage.Lui se voit comme un «aidant naturel» et choisit de préférence ses victimes parmi quelques spécimens du 450: Vanesse en spandex ou Djièfe à calotte, selon son propre lexique.« Je suis là pour aider les gens à renoncer aux mensonges de la vie et à tous les mirages cheap que leur propose le bonheur», nops raconte-t-il.A sa décharge, il lui faut faire le deuil d\u2019une «fillette à Mus» qui vit désormais à Québec avec sa mère.Par conséquent, aussitôt que son emploi du temps le lui permet, il saute dans sa vieille voiture pour de courtes séances de filature, de voyeurisme et d\u2019autoflagellation dans la Veille Capitale.Il parle aussi souvent de lui au «on», souffrant peut-être d\u2019un léger dédoublement de la personnalité attribuable, qui sait, au traumatisme de la séparation.Régulièrement aussi, l\u2019homme passe par le comptoir postal d\u2019un dépanneur grec de la rue Eairmount où l\u2019attendent de mystérieux paquets envoyés depuis Lisbonne : titres de Robbe-Grillet et de Paul Auster ou «roman fou» de Vladimir Nabokov.De la nourriture spirituelle pour le protagoniste, qui accentue son saccage avant enfin de prendre la fuite vers New York, d\u2019où il continue à «regarder s\u2019agiter le monde».Nicolas Chalifour reprend ici certains des principaux motifs de son premier roman.Vu d\u2019ici tout est petit (Héliotrope, 2009), qui n\u2019était peut-être pas aussi sombre et nettement plus fantaisiste : le restaurant du Manoir, l\u2019observation minutieuse et planquée «dans le confort des marges», un puissant désir de vengeance masquée.Un exercice de détestation à l\u2019écriture solide, et délirant à souhait, mais il est vrai un peu longuet.On s\u2019y égare souvent et la tentation de la fuite, pour le lecteur, y fait entendre plus d\u2019une fois sa petite musique.Collaborateur Le Devoir L\u2019HOSTILITÉ DES CHIENS Olivier Demers Triptyque Montréal, 2012, 193 pages VARIÉTÉS DELPHI Nicolas Chalifour Héliotrope Montréal, 2012, 238 pages 4487, de la Roche, Montréal \u2022 514 522-8848 \u2022 1 888 522-8848 bonheurdoccasion@bellnet.ca \u2022 www.abebooks.fr/vendeur/bonheurdoccasion CILLES VANDAL Un regard sur la guerre en Afghanistan à partir de la perspective de Barack Obama.Comment le président a-t-il redéfini la politique américaine ?Quels furent ses objectifs et comment a-t-il vécu ce conflit au cours des trois premières années de sa présidence ?wwwfacebook com/athenaeditions Athéna ÉDITIONS Lucie Dubuc Conversations A\\ EC LE FANTÔME DE Satnt-Denws Garneau Publie a l\u2019occasion du centenaire de la naissance de Samt-Denys Garneau, ce recueil présente les rencontres d\u2019une jeune femme avec le fantôme du poète Chaque poeme est une conversation autour d\u2019un poeme de Garneau, auquel il emprunte sa forme Plus qu\u2019un hommage, ce livre est un chant d\u2019amour On peut le commander en librairie www Imguatechediteur com LE DEVOIR LES SAMEDI IS ET DIMANCHE 14 OCTOBRE 2012 F 7 LIVRES J.K.Rowling : entre la déception et le ravissement DANIELLE LAURIN D Sabord, l\u2019excitation devant cette bonne grosse brique de plus de 600 pages.Avec, en tête, une question: le passage de J.K.Rowrling au roman pour adultes est-il réussi?Non.C\u2019est la réponse qui s\u2019impose au bout, disons, des 200 premières pages.Ennui profond.Qu\u2019est-ce que c\u2019est long! Bon, d\u2019accord.L\u2019auteure met en place ses personnages, installe le climat, le contexte.Ça commence avec la mort subite d\u2019un conseiller municipal.On est dans un petit village anglais où tout le monde se connaît.Et on assiste, pendant 200 pages ou presque, aux réactions de tout un chacun à la mort dudit conseiller, tellement influent dans sa communauté.Sous-entendu: qui va le remplacer maintenant?On passe d\u2019un personnage à l\u2019autre, d\u2019une scène à l\u2019autre, sous la forme de «et pendant ce temps.».C\u2019est mécanique, ça devient vite gazant.Est-ce qu\u2019on persisterait dans la lecture si l\u2019auteure A\u2019Une place à prendre n\u2019était pas J.K.Rowling?S\u2019il n\u2019y avait pas eu tout ce boucan médiatique, commercial autour de la sortie de ce livre?Si la série des Harry Potter n\u2019avait pas connu un tel succès ?Si une jeune mère divorcée, désoeuvrée et sans le sou ne s\u2019était pas mise un jour à l\u2019écriture d\u2019une formidable histoire de petits sorciers?La magie n\u2019opère pas.Mais la curiosité l\u2019emporte.Deux cents pages JOE RAEDLE / GETTY IMAGES NORTH AMERICA /AGENCE ERANCE-PRESSE Sans avoir créé l\u2019émeute en librairie comme avec la série d\u2019Harry Potter, J.K.Rowling suscite la curiosité de nombreux lecteurs partout dans le monde avec son dernier roman Une place à prendre.plus loin: mi-figue, mi-raisin.On finit par démêler à peu près qui est qui, les personnages ont pris leur allant, l\u2019histoire aussi.Les enjeux ne sont pas inintéressants : luttes de pouvoir sur fond d\u2019exclusion sociale.Il y a de l\u2019humour mordant.C\u2019est cru, très cru.Il est question de prostitution, d\u2019accrocs à l\u2019héro, d\u2019automutilation, d\u2019intimidation, de violence parentale.Il y a des baises torrides, de la pornographie sur Internet.Vraiment pas un livre pour ados, en tout cas.L\u2019ironie dans tout ça: ce sont les personnages adolescents qui mènent le bal par en dessous.Ce sont eux qui ont le plus de profondeur, d\u2019épaisseur.C\u2019est à eux qu\u2019on s\u2019attache.Leur complexité nous fascine, leur désarroi nous va droit au cœur.Quelle est leur place dans ce monde tordu, mesquin, injuste?Ça pourrait bien être le vrai sujet du livre, finalement.Contrairement à plusieurs romans qui commencent en lion et se dégonflent en route.Une place à prendre garde le meilleur pour la fin.Mais encore faut-il persister jusque-là.Collaboratrice Le Devoir UNE PLACE À PRENDRE /.K.Rowling Grasset Paris, 2012, 680 pages LITTERATURE CANADIENNE Une paire d\u2019as CHRISTIAN DESMEULES Comme un vieux blues qui s\u2019appuie sur une recette que personne ne penserait vraiment à réinventer.Les frères Sisters possède tous les ingrédients du western.Pistolets, chevaux, femmes, alcool, violence gratuite, paysages infinis.Des bases auxquelles Patrick DeWitt ajoute un peu de sa poudre de perlimpinpin.Partis d\u2019Oregon City en 1851, en pleine époque de la ruée vers l\u2019or californienne, les frères Eli et Charlie Sisters ont une quête un peu moins « brillante » que celle de plusieurs de leurs contemporains qui entreprenaient le même voyage : ils doivent trouver et tuer un homme qui aurait fait «quelque chose» à leur commanditaire, le Commodore \u2014 un gros bonnet qui, on le comprend, en mène assez large.Sur la route, leur nom à lui seul suffit souvent à remettre les pendules à l\u2019heure.Et si le doute s\u2019installe et qu\u2019un quidam hésite à répondre aux questions de cette étrange paire de chasseurs de têtes qui ne ressemblent pas vraiment à des hommes de loi: «Nous sommes tout le contraire», lui répondra-t-on.On comprend très vite qu\u2019une espèce de célébrité sulfureuse précède les tueurs à gages.On les met au défi, on se pâme ou on bluffe.Et ça, c\u2019est quand les deux frères ne sont pas en train de se disputer entre eux.La manière de Patrick DeWitt dans Les frères Sisters, son second roman, est plus proche, si on ose la comparaison, de la caricature que de l\u2019aquarelle.Et sur un fond de burlesque et de mi- sère humaine, le romancier distille un humour singulier et s\u2019amuse à faire jouer les contrastes\u2014une polarité élémentaire qui s\u2019amorce ou qui culmine dans le titre même du roman.Il y a un gros (ou un «costaud», dira-t-on pour n\u2019offenser personne) et un filiforme.Le premier s\u2019exprime d\u2019une manière étrangement fleurie, alors que son frère aime mieux laisser parler ses poings ou ses colts.L\u2019un est sentimental, tandis que l\u2019autre est plus maigre aussi de ce côté-là des choses.Et bien entendu, c\u2019est l\u2019enveloppé, Eli, qui tient la plume, sans toutefois se donner le plus beau rôle de cette histoire sordide et rocambolesque.«Nous sommes du même sang, dira-t-il, mais nous n\u2019en faisons pas le même usage.» Au bout de leur cavale, avant un étonnant retour aux sources, les deux frères trouveront leur homme, une espèce de gnome qui a mis au point \u2014 ou très mal acquis \u2014 un procédé chimique qui permet de séparer l\u2019or des autres résidus minéraux dans l\u2019eau d\u2019une rivière.Les frères Sisters, à bien y penser, c\u2019est un peu du Tarantino.Un western visuel et déjanté qui avance, d\u2019une surprise à l\u2019autre, vers sa conclusion au petit galop de la folie des hommes.Collaborateur Le Devoir LES FRÈRES SISTERS Patrick DeWitt Traduit de l\u2019anglais (Canada) par Emmanuelle et Philippe Aronson Alto Québec, 2012, 456 pages LITTERATURE QUEBECOISE Dépression au-dessus d\u2019un jardin CHRISTIAN DESMEULES Avec Espaces, second roman d\u2019Olivia Tapiero après Les murs, qui lui avait valu en 2009 le prix Robert-Cliche, la jeune auteure nous livre le récit d\u2019un enfermement raconté à la première personne.Le constat sombre et douloureux d\u2019une incapacité chronique à communiquer \u2014 autrement que par écrit.Le malaise d\u2019une vie vécue «à l\u2019ombre du monde».Une dérive.Lola, une étudiante en littérature à l\u2019université, partageait sa chambre en résidence avec une fille qui se pend presque sous ses yeux.Elle ne connaissait même pas son nom, nous raconte-t-elle, n\u2019avait jamais osé lui adresser la parole.On comprend vite que l\u2019étudiante morte représente, pour Lola, une partie d\u2019elle-même.Une partie qui incarne, au choix, sa fascination pour la mort, le dégoût que sa vie lui inspire, son désir d\u2019être une autre ou d\u2019exister ailleurs.S\u2019isolant de plus en plus, la jeune femme entretiendra néanmoins une relation passive et un peu tordue avec l\u2019un de ses professeurs, elle prendra aussi contact avec une prof de théâtre de sa co-chambreuse.Une jeune artiste-peintre rencontrée par hasard, autre réincarnation furtive du premier roman, exercera aussi sur elle une étrange fascination.Autant de rencontres qui révèlent son impossibilité d\u2019être et de suivre ses propres désirs.De survivre à sa propre solitude.Incapable d\u2019exister, dirait-on, ailleurs que dans un «espace » délimité par le regard des autres, la recherche de sensations violentes ou exacerbées la tire vers le bas.Jusqu\u2019au désir de se coucher au sol parmi l\u2019herbe et les feuilles mortes.L\u2019envie de s\u2019abolir: «J\u2019aurais voulu avec ma paume faire fondre le verre et toucher la peau des morts, sentir mon cœur battre contre une chair inerte et trouver, sous le secret de paupières closes, en faisant taire le monde et ses métaux, trouver le dernier souffle d\u2019un univers.» Avec une intensité poétique un peu lourde et affectée, Olivia Tapiero signe un court roman empreint de lyrisme sombre où se ramassent à la pelle les figures de plaies, de sang et de douleurs physiques, de gouffres et de vertiges, de noirceur et de silence.Si la manière A\u2019Espaces est un peu plus abstraite que celle de sa première œuvre, on y retrouve ce même désarroi adolescent traversé d\u2019autodestruction qui nous lasse vite.L\u2019originalité vraie lui fait défaut.L\u2019isolement, le désir de n\u2019être plus, le défaut d\u2019entrer en relation avec le monde: on a dit déjà tout ça cent fois avec plus d\u2019art et de consistance.Collaborateur Le Devoir ESPACES Olivia Tapiero XYZ Montréal, 2012, 132 pages La Vitrine UNE HISTOIRE DU SYNDICALISME ENSEIGNANT ESSAI UNE HISTOIRE DU SYNDICALISME ENSEIGNANT De l\u2019idée à l\u2019action Anik Meunier et Jean-Erançois Fiché Presses de l\u2019Université du Québec Québec, 2012, 212 pages Les institutrices rurales du début du siècle dernier devaient notamment enseigner à des classes nombreuses, entretenir l\u2019école, s\u2019abstenir de fumer, de se teindre les cheveux et d\u2019être vues en compagnie d\u2019hommes, bref maintenir l\u2019honneur et être dévouées pour un pitoyable salaire annuel de 200$, soit «quatre fois moins qu\u2019une emballeuse chez Eaton» ! Les écrits pédagogiques de l\u2019époque insistaient pourtant sur le rôle central joué par l\u2019enseignante dans le développement des élèves.Durant les années 1930, les nécessaires revendications de Laure Gaudreault, institutrice, journaliste et féministe avant l\u2019heure, ont ouvert la voie au syndicalisme enseignant face à Maurice Duplessis et à un clergé réticent.Des années subséquentes, partagées entre corporatisme et syndicalisme, à la création en 2006 de la Fédération autonome de l\u2019enseignement (FAE), en passant par les transformations du monde de l\u2019éducation durant la Révolution tranquille et le temps des fronts communs des années 1970, Anik Meunier et Jean-François Fiché exposent, avec une économie de mots et un parti pris certain pour la cause, les tiraillements idéologiques inhérents au mouvement ainsi que les percées réalisées.Les gains au niveau des conditions d\u2019exercice de la profession ne se firent pas sans heurts, sans combats et sans une radicalisation du discours syndical.Et pour cause.La loi 111 promulguée en 1983 par le gouvernement Lévesque a été d\u2019une sévérité excessive.La lutte pour le déficit zéro du gouvernement Bouchard et la honteuse loi 43 adoptée sous le bâillon par les libéraux de Jean Charest en 2005 ont provoqué un retour à la dynamique d\u2019affrontement après une relative accalmie durant la décennie 1990-2000.Outre sa solide iconographie, le mérite de cet ouvrage est de montrer que les acquis d\u2019aujourd\u2019hui demeurent le fruit de combats menés hier par le mouvement syndical enseignant.Aborde-t-on vraiment cette question dans les facultés d\u2019éducation ?Sébastien Vincent BANDE DESSINEE DEUX GÉNÉRAUX Scott Chantier La Pastèque Montréal, 2012, 152 pages DEUX GÉNÉRAUX SCOTT CHANTLER C\u2019était en 1943, Reginald Law ChanÜer, grand-père du bédéiste canadien Scott Chantier, est alors officier du Higland Light Infantry en Ontario.Avec son meilleur ami, Jack Chrysler, officier lui aussi, il embarque sur le Queen Elizabeth dans le port de New York pour se rendre en Europe, où un chapitre trouble de l\u2019histoire de l\u2019humanité est en train de s\u2019écrire.La suite est connue.Deux généraux (La Pastèque) en propose une relecture en suivant les chemins de l\u2019hommage et de la sensibilité.Réécrire une histoire maintes fois ressassée, comme celle du débarquemenf est forcément un exercice délicat.Lejeune illustrateur, un habitué des prix et récompenses décernés dans l\u2019univers du 9®arL évite toutefois les écueils habituels avec un récit solidement documenté qui, sans sombrer dans le mélo et l\u2019excès d\u2019émotions, vient s\u2019accrocher à la ligne de vie de deux hommes placés face à l\u2019extraordinaire pour mieux tracer les contours de cette époque où les Alliés sont venus changer le cours d\u2019une histoire.Les cases sont sublimes.Elles parlent d\u2019amour, de l\u2019insouciance qui a accompagné l\u2019ascension d\u2019un fou, de Cab Calloway, de la pluie, de doute, de distance, de stratégie ef forcémenf de la mort.Elles exposent également un coup de crayon remarquable \u2014 dans la plus pure tradition du roman graphique à la sauce canadienne, portée notamment par un autre grand dans le domaine, Seth \u2014, qui au final vient célébrer, magnifier l\u2019amitié, l\u2019engagement et, surtouf habilement mettre l\u2019horreur en scène, comme pour mieux inciter le présent à s\u2019en tenir éloigné.Fabien Deglise Décès du bédéiste Bruno Le Floc\u2019h Il a signé sa dernière chronique maritime en août dernier, juste avant de partir.Le bédéiste français Bruno Le Floc\u2019h, la plume derrière les Chroniques Outremer (Dar-gaud), s\u2019est éteint la semaine dernière dans sa Bretagne, qui a nourri son imaginaire et ses planches au cours des dernières années.Il avait 55 ans.Lauréat du prix Goscinny en 2004, Le Floc\u2019h, artiste arrivé sur le tard dans le monde du 9® art après un passage dans celui du dessin animé, a façonné une œuvre riche alimentée par la mer, l\u2019esprit de voyage et la rudesse des rapports humains qui s\u2019articulent dans ce genre d\u2019environnement.Avec Métisse, l\u2019homme avait complété il y a quelques semaines sa dernière série à saveur maritime.Chroniques Outremer, qui prend place en temps de guerre et de trafic d\u2019armes entre la Méditerranée et l\u2019Atlantique.Il laisse dans le deuil une femme et deux enfants.Le Devoir r DENIS VÉZINA MOLLY GALLOWAY II GLOIRE AUX VAINCUS Le périple d\u2019une jeune immigrante intrépide parcourant l\u2019Amérique du 19® siècle.?Hurtubise www.editionshurtubise.com EW] Olivia Tapiero Espaces Olivia Tapiero Espaces L'histoire d'une errance www.editionsxyz.com Romanichels ISYZl F 8 LE DEVOIR LES SAMEDI 13 ET DIMANCHE 14 OCTOBRE 2012 ESSAIS Les leçons du printemps érable Louis CORNELLIER ecueil d\u2019essais signés par de jeunes universitaires qui ont participé au prix Bernard-Mergler 2010, un concours lancé par la Fondation Charles-Gagnon auquel on a donné le nom d\u2019un avocat de gauche très militant mort en 1975, Le souffle de la jeunesse est postfacé par l\u2019ex-porte-pa-role de la CLASSE, Gabriel Nadeau-Duhois (GND).Dans ce texte, le jeune et robuste militant tente d\u2019expliquer et de justifier le sens du fameux «printemps érable» dont il fut l\u2019une des têtes d\u2019affiche.D\u2019entrée de jeu, GND se réclame de l\u2019esprit du jeune Pierre Bourgault qui, en 1961, dans les pages du Devoir, apostrophait André Laurendeau, alors rédacteur en chef du journal, pour l\u2019accuser, selon GND, «de n\u2019avoir jamais réellement mené la bataille pour le fait français au Québec».Dans cette lettre, note GND avec admiration, Bourgault exprime «toute sa rage envers une élite endormie ».C\u2019est cette même rage, explique le fougueux militant, qui s\u2019est exprimée le printemps dernier, redonnant ainsi ses lettres de noblesse au «rôle historique de la jeunesse: contester».Sévère à l\u2019égard de la «révolte hédoniste» de la génération des années 1960 et 1970, qui s\u2019est achevée «dans le confort et l\u2019indifférence», GND affirme même que l\u2019élite politique et médiatique québécoise actuelle, tout en faisant semblant de le déplorer, souhaite l\u2019apolitisme des jeunes, qui «l\u2019arrange bien».11 ne faut donc pas se surprendre du fait que cette élite ait mal accueilli le mouvement du printemps dernier.Cette lecture des événements est un peu courte.Si, en effet, GND a raison d\u2019affirmer qu\u2019une certaine élite (PLQ, CAQ, TVA, Le Journal de Montréal, une partie de l\u2019équipe d\u2019opinion de La Presse) a tout fait pour discréditer le mouvement étudiant, en l\u2019accusant à la fois de nombrilisme et de collectivisme radical, il a tort de ne pas reconnaître qu\u2019une solide frange de l\u2019élite institutionnelle (le PQ, la plupart des commentateurs du Devoir et plusieurs chroniqueurs de La Presse, notamment) a accompagné le mouvement, lui donnant ainsi une légitimité sans laquelle il n\u2019aurait pas connu l\u2019élan qui fut le sien.Les professeurs des cégeps et des universités, par exemple, ne se sont pas mobilisés «en contournant les appareils syndicaux», mais en s\u2019en servant.La jeunesse en lutte, le printemps dernier, n\u2019était pas seule.Son combat contre «la vraie corruption, celle qui consiste à détourner les institutions étant censées servir le bien public vers des intérêts privés, mercantiles», contre l\u2019école au service de l\u2019entreprise, contre l\u2019endettement étudiant et pour l\u2019accessibilité de tous aux études, contre «l\u2019égoïsme banalisé qui anime les carriéristes désabusés qui détiennent les postes de pouvoir en ce pays», est d\u2019ailleurs moins une affaire de générations que de familles politiques.La famille de GND s\u2019inscrit dans la mouvance de la gauche libertaire, ou anarchiste, qui rejette le principe de la délégation représentative au profit de la démocratie directe.Ce radicalisme, qui n\u2019est peut-être pas sans vertus, l\u2019entraîne toutefois à se couper de précieux alliés et à s\u2019enfermer dans une mauvaise lecture du réel.Le succès du printemps érable, en effet, est bien plus attribuable à un sursaut social-démocrate qu\u2019à une nouvelle conscience anarchiste, une vérité qui semble échapper à l\u2019impétueux GND.Ce dernier, en effet, au moment de la rédaction de son texte en juillet 2012, accable le Parti québécois (PQ) de reproches, le qualifiant de «parti moribond», atteint de «la maladie du pouvoir» et fermé au changement.Pourtant, depuis son arrivée au pouvoir il y a un mois, le PQ fait la preuve que la politique institutionnelle peut encore être tirée vers la gauche.«Justice sociale, égalité, démocratie, écologie: voilà les mots que nous avons en bouche pour parler du Québec de demain», écrit GND.Le PQ actuel ne dit pas autre chose et essaie même de mettre ce programme en œuvre, tout en répétant que le statut provincial du Québec constitue un obstacle sur cette voie.GND, qui se réclame pourtant de Bourgault, fait totalement l\u2019im- Pierre>Luc Briss^n APRES LE PRINTEMPS ESSAI COLLECHP D\u2019aUTEURES PHIX BERIiABD-MEHSLKH [Pantins de la destruction,Ie5| LES PANTINS DE LA DESTRUCTION ESSAI passe sur ce dossier.Son maître, à cet égard, ne serait pas fier de lui.Plutôt savants, les essais qui composent Le souffle de la jeunesse sont d\u2019inégale qualité.Parmi les meilleurs, on retiendra celui de Bruno-Pierre Guillette, qui propose une solide réflexion sur les dérives de la social-démocra-tie attribuables à son éloignement des classes populaires, et celui de Josée Ma-déia Charlebois, qui suggère, sans convaincre mais en intéressant, que les jeunes Canadiens ne sont pas apolitiques, mais «font de la politique différemment».Pour en finir avec les pantins Dans Après le printemps, l\u2019étudiant et militant Pierre-Luc Brisson revient sur les événements du printemps dernier afin de pointer les enjeux sociopolitiques, économiques et éducatifs qu\u2019ils ont fait ressortir.Sans être originale, cette brève réflexion nous invite néanmoins à revoir plusieurs éléments du système actuel.Constatant «le déphasage qui existe entre nos institutions démocratiques et la population », l\u2019importante concentration de la presse qui donne trop de pouvoir d\u2019influence aux tenants de la droite et la dérive marchande des universités, Brisson conclut qu\u2019il faudrait «réformer le fonctionnement de nos institutions démocratiques, moraliser la vie politique en soustrayant les élus aux pouvoirs financiers, revoir la place des médias dans le débat public et repenser le modèle de notre université et les visées de notre système d\u2019éducation».Lui aussi inspiré par le mouvement des carrés rouges, le poète Paul Chamberland, dans Les pantins de la destruction, entonne une tragique litanie contre «les puissants d\u2019aujourd\u2019hui», animés par la pulsion de mort, qui souhaitent «assujettir à leur règne l\u2019humanité entière» en saccageant la planète.Convaincu du caractère inéluctable de «l\u2019aboutissement extrême du cours destructeur du monde», Chamberland, dans le style incantatoire et prophétique qui caractérise son œuvre, en appelle néanmoins, dans une plainte déchirante, à la prise de conscience de «cette indépassable vérité qu\u2019est la précarité et la détresse originaires des vivants».louisco@sympatico.ca LE SOUFFLE DE LA JEUNESSE Collectif d\u2019auteurs du prix Bernard-Mergler Préface de Pierre Henrichon Postface de Gabriel Nadeau-Dubois Ecosociété Montréal, 2012, 232pages APRÈS LE PRINTEMPS Pierre-Luc Brisson et LES PANTINS DE LA DESTRUCTION Paul Chamberland Poètes de brousse Montréal, 2012, respectivement 96 et 112 pages Présentement en librairie PlfRRf-LOL'IS (i\\(.NON Le testament DE MAÎAKOVSKI L éditeur Pierre-Louis Gagnon Le testament de Maïakovski roman Sous l'influence du poète Maïakovski, un jeune Québécois rêve de refaire le monde.DISTRIBUTION DIMEDIA INC Courriel general@dimediaqc ca Site Internet wwwdimediaqc ca L evesque éditeur %.T O Félicitations à Djemila Benhabib lauréate du Prix international de la laïcité 2012 Cette distinction, décernée par ie Comité iaicité Répubiique, vise à récompenser une personnaiité d\u2019envergure internationaie pour son engagement en faveur de ia iaicité.Une cérémonie sera organisée le 8 octobre prochain à l'Hôtel de ville de Pans en l'honneur de la lauréate.vlb éditeur Une société de Québécor Média MacArthur démasque Obama MICHEL LAPIERRE Pour saisir avec indépendance d\u2019esprit l\u2019enjeu de l\u2019élection présidentielle américaine du 6 novembre prochain, il faut lire L\u2019illusion Obama de John R.MacArthur.«Barack Obama est le produit d\u2019un système verrouillé et non pas le libérateur» que l\u2019on croyait, selon l\u2019influent journaliste new-yorkais né en 1956, petit-fils d\u2019un grand capitaliste et dissident de ce système qu\u2019il connaît de l\u2019intérieur et dont le président est au mieux la victime.Le livre porte sur «le pouvoir de l\u2019argent aux Etats-Unis».Directeur du Elarper\u2019s Magazine et collaborateur chaque mois du Devoir, l\u2019auteur, dont le grand-père John Donald MacArthur (1897-1978) fit fortune dans l\u2019assurance, reproche au premier président noir de son pays (à ce simple titre, figure emblématique du progrès social) d\u2019avoir insidieusement mêlé le privé au public dans son étatisation partielle de l\u2019assurance maladie.Pour beaucoup, cette réforme de 2010, surnommée l\u2019Qbama-care, reste la meilleure réussite présidentielle du tribun formé à l\u2019école de Richard M.Daley, maire démocrate de Chicago.Ayant vécu dans cette mégapole, MacArthur en évoque la magouille politique, nullement étrangère à l\u2019esprit d\u2019une réforme qui, écrit-il, «favorisait les sociétés d\u2019assurances privées avec 30 millions de nouvelles polices d\u2019assurance subventionnées par le gouvernement».L\u2019aide fournie à des Américains qui étaient dépourvus de protection dans le domaine de la santé ne permet pas d\u2019atteindre l\u2019idéal d\u2019un régime public universel.L\u2019Qbamacare, régime compliqué, en réalité semi-public, pa- rallèle à un régime privé plus puissant, ne s\u2019applique pas automatiquement, comme le système québécois.Il laisse des millions de personnes sans protection.Dans son recueil d\u2019articles, publiés surtout dans Elarper\u2019s et Le Devoir de 2008 à 2012, MacArthur range cette réforme boiteuse parmi les espoirs déçus qui assombrissent le mandat d\u2019Qbama.Il la compare à l\u2019abandon de tant de projets: ceux d\u2019augmenter l\u2019impôt sur le revenu des plus riches, d\u2019arrêter l\u2019ingérence de Washington en Afghanistan, de réviser la libéralisation commerciale avec le Mexique et la Chine pour qu\u2019elle ne désavantage plus les ouvriers américains par rapport au coût de la main-d\u2019œuvre.Les faiblesses d\u2019Qbama devraient désillusionner les progressistes qui le défendent encore.Pour l\u2019essayiste lucide et mordant, elles s\u2019expliquent par le refus du président de déplaire aux donateurs du monde des af faires.Dès 2004, ces bailleurs de fonds avaient financé sa campagne sénatoriale.Ils lui ont ensuite permis d\u2019accéder à la fonction suprême.Parmi eux figurent, au premier rang, les banquiers de la firme Goldman Sachs.Même s\u2019il a encouragé l\u2019onéreux et peu démocratique sauvetage de Wall Street par George W.Bush, Qbama paraîtra toujours plus libéral que son adversaire républicain Mitt Romney.Cependant, qui oserait jurer que les deux ne servent pas le même pouvoir?Collaborateur Le Devoir LTLLUSION OBAMA John R.MacArthur Lux Montréal, 2012, 216 pages I editionsvlb.com « Un peuple ne se sépare pas de son passé, pas plus qu\u2019un fleuve ne se sépare de sa source, la sève d\u2019un arbre, de son terroir.» LiONEL GROULX 29 juin 1937 W B.n TOUTE L\u2019ŒUVRE DE LIONEL GROULX MAINTENANT DISPONIBLE EN LIGNE Consultation et téléchargement gratuits sur ces portails: www.fondationlionelgroulx.org www.banq.qc.ca lone "]
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