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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier F
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Le devoir, 2012-10-20, Collections de BAnQ.

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[" En aparté Le mur du son Page F 2 MK l H Alain Vadeboncœur engagé pour la santé Page F 6 LIVRES CAHIER F .LE DEVOIR, LES SAMEDI 20 ET DIMANCHE 21 OCTOBRE 2012 / / Rober Racine ES VAUTOURS DE BARCELONE Rnrt-i OTTERATURE QUEBECOISE Rober Racine cœur des choses CHRISTIAN DESMEULES De quoi se nourrit une oeuvre ?Rober Racine nous suggère, lui, d\u2019aller voir du côté de la métaphore du vautour.Oiseau de proie qui guette, picore, lacère et met en pièces ce qui est déjà mort, banalement et sans symboles, rien que pour perpétuer la vie.En retour, comme un autre versant de l\u2019horreur et du dégoût qu\u2019il nous inspire souvent, on concédera au vautour «l\u2019art de voler, la science des vents et le secret de la respiration vraie».L\u2019équivalent de cette nourriture-pourriture chez l\u2019homme \u2014 ou chez ce paroxysme de l\u2019homme qu\u2019est l\u2019artiste \u2014, c\u2019est peut-être les souvenirs: amours mortes, deuils, enfances lointaines, membres fantômes.Pour l\u2019artiste, qu\u2019il soit écrivain, peintre ou musicien, ajoutons à cela d\u2019autres oeuvres encore : images, objets, musiques ou livres.Autant de choses mortes dont il se nourrit et auxquelles il redonne vie en les régurgitant.Ainsi soit-il.La tentation est forte, bien sûr, d\u2019établir un lien entre ces réflexions et le propre travail de création de Rober Racine.L\u2019artiste résolument multidisciplinaire né à Montréal en 1956, qui publie Les vautours de Barcelone, dernier volet d\u2019un triptyque (intitulé Le cœur de Mattingly) commencé en 1999 avec Le cœur de Mattingly, un texte dramatique, et poursuivi trois ans plus tard, en 2002, avec L\u2019ombre de la Terre, roman qui est encore à ce jour son livre le plus Les vautours de Barcelone, une histoire de création et de destruction fort.Moins «cérébral», à la fois plus poétique et plus organique.L\u2019art des correspondances Si c\u2019est son travail en arts visuels qui lui a valu depuis la fin des années soixante-dix une vaste reconnaissance internationale, Racine n\u2019en est pas moins un véritable touche-à-tout de la création : vidéo, documentaire et création radiophonique, chorégraphie, musique contemporaine, littérature.Et son travail littéraire est le reflet de cet art de la correspondance qui traverse son œuvre éclatée.Ceux qui ont lu L\u2019ombre de la Terre s\u2019en souviennent: Ga-briella, une Québécoise de 34 ans dont le cœur «bat au rythme des miracles de la science», est la plus grande interprète des madrigaux de Carlo Gesualdo, prince et compositeur italien du XVL siècle.Un personnage à la légende noire, à la fois artiste et assassin.Souffrant d\u2019une ^ave maladie cardiaque, Gabriella a reçu le cœur d\u2019un astronaute qui a marché sur la Lune.Son «bienfaiteur» lui a laissé croire que le cœur qu\u2019elle a reçu était celui d\u2019un meurtrier.Qu\u2019est-ce qu\u2019un interprète ?Un être qui vibre ou qui revit, comme ce personnage de Gabriella, en modulant ce qui le traverse.Dans un essai «savant» qu\u2019il consacrait plus tôt cette année au travail (littéraire et plastique) de Racine, Imago lexis.Sur Rober Racine, Sylvain Campeau croit, à juste titre, qu\u2019il existe chez l\u2019écrivain « un effet de migration qui fait que s\u2019éprouvent dans l\u2019un comme dans l\u2019autre médium des ma- FRANÇOIS PESANT LE DEVOIR nières semblables de faire naître sens et fiction».S\u2019intéressant surtout aux œuvres visuelles créées par Rober Racine dans les années 1980 et 1990, qu\u2019il met en relation avec son premier roman.Le mal de Vienne (l\u2019Hexagone, 1992), l\u2019auteur y explore notamment le formidable travail de « découper-col-1er» à l\u2019œuvre chez Racine.La sagesse des vautours Dernier volet de la trilogie.Les vautours de Barcelone, roman dense et parfois un peu hermétique, est une quête de mémoire et de vérité.Le père de Gabriella, pilote d\u2019avion et personnage qui était, on s\u2019en souvient, au cœur de L\u2019ombre de la Terre, s\u2019est suicidé en écrasant son avion sur la cage des vautours du zoo de Barcelone.Gabriella se rend là-bas à la fois pour s\u2019y recueillir et pour essayer de récolter des indices sur ce geste insensé.La soprano prépare les Trois airs pour un opéra imaginaire du compositeur québécois Claude Vivier, mort assassiné à Paris à l\u2019âge de 34 ans (tiens, tiens), qu\u2019elle a été invitée à interpréter dans la chapelle décorée par Matisse à Vence, dans le sud de la Lrance.En attendant, et très vite, un étrange dialogue s\u2019engage avec les sept vautours, «les beaux chéris», qui commentent comme un chœur grec son existence, la série de drames inouïs qui l\u2019ont secouée et qui continuent à battre à travers elle.La voix d\u2019une certaine sagesse millénaire qui lui raconte son père, la vie, la mort, l\u2019amour.Au zoo de Barcelone, elle fait aussi la rencontre d\u2019une jeune femme qui visite et dessine chaque jour les oiseaux nécrophages.Pour «apprendre à disparaître», dira-t-elle.Mort et création, Bros et Thanatos, VOIR PAGE F 2 : RACINE F 2 LE DEVOIR LES SAMEDI 20 ET DIMANCHE 21 OCTOBRE 2012 LIVRES EN APARTE Le mur du son O / J i Jean- François Nadeau Au cours des derniers jours, il m\u2019a fallu réaménager mon bureau dans un autre lieu.Du coup, j\u2019ai dû emballer des livres, bien des livres, un à un, patiemment.On souhaite qu\u2019il ne viendra pas, ce jour qu\u2019on imagine toujours hautement improbable où il faut bien se résoudre à déplacer sa bibliothèque pour faire place à autre chose.Quel temps perdu ! Pareil exercice permet au moins de constater que même dans sa propre bibliothèque, tous les auteurs ne se valent pas.«Qui sommes-mous pour juger de la valeur des livres?», me suis-je fait dire cette semaine.Que sommes-nous devenus, me suis-je dit, pour estimer qu\u2019il convient de n\u2019en plus juger?Un monde qui croit de plus en plus que toutes choses sont égales au nom de la liberté de chacun ne saisit pas à quel point il met de la sorte l\u2019intelligence aux fers.Dans le juste souci d\u2019un accès démocratique à la culture, convient-il de remplir les fossés de l\u2019ignorance par un infantilisme incapable de distinguer même la vacuité ?L\u2019occasion d\u2019un déménagement permet au moins, disais-je, de retrouver avec bonheur ces livres dont l\u2019équilibre, la sensibilité, l\u2019harmonie des différentes parties autant que de leur écriture vous remontent soudain à l\u2019esprit.Cette semaine, je me suis r.JAY NEMETH / WWWREDBULLCONTENTPOOL COM / AGENCE ERANCE-PRESSE Cette semaine, Felix Baumgartner a franchi le mur du son en sautant de 39 000 mètres dans le vide, selon ce que rapportaient les médias, jamais une chute n\u2019avait conduit l\u2019homme si haut pris cent fois à m\u2019arrêter pour relire des passages soulignés.(Non, je ne vous en ferai pas la liste.) Si bien que ce qui devait occuper deux jours de travail a fini par me coûter une bonne semaine de temps libres.Dans le fatras d\u2019un déménagement, tous les livres apparaissent,éminemment vulnérables.A commencer par les livres de poche, imprimés sur du mauvais papier, souvent aussi mauvais que celui sur lequel est produit votre journal.Ils jaunissent, se dessèchent et accusent vite le poids du temps.S\u2019ils ont quelques années, les voilà plus abîmés que n\u2019importe quel ouvrage ancien relié.J\u2019étais à écarter pareils livres et à en emballer d\u2019autres par brassées lorsque mon regard s\u2019est arrêté, dans un coin d\u2019étagère, sur Québec 1998, une sorte de résumé de l\u2019année précédente publié alors par Le Devoir et Fides.Qu\u2019est-ce qu\u2019il faisait là, ce fourre-tout millésimé ?Égaré au milieu de l\u2019ordre alphabétique très approximatif de ma bibliothèque, il trônait entre des livres de Le Clézio, Claude Lanzmann, Paul-Marie Lapointe et Michèle Lalonde.L\u2019égaré était marqué d\u2019un signet.J\u2019ouvre.Je lis.Pierre Cayouette, un de mes prédécesseurs et ancien patron au Devoir, y signe un constat annuel pour l\u2019édition.11 y clame haut et fort, à la lumière de ce qu\u2019il a entendu cette année-là lors d\u2019un forum sur !\u2019« industrie du livre», que le temps du prix unique au Québec est bel et bien arrivé ! « Une tendance force s\u2019est en effet dégagée parmi les éditeurs et les libraires en faveur de la mise en place d\u2019un prix unique fixé par les éditeurs.» A peu près toutes les instances du livre sont d\u2019accord, note-t-il.Le temps pressait déjà.Depuis, il n\u2019y a donc eu que du temps perdu.J\u2019ai continué d\u2019emplir mes car- tons, souriant en moi-même.?Felix Baumgartner fait un pas en avant et se laisse tomber de la voûte du ciel.Suit une chute de 39 000 mètres.Un petit pas pour l\u2019homme et un grand du côté du vide.Tête en bas, jambes en l\u2019air, est-ce là de quoi convaincre l\u2019humanité de sa supériorité sur la nature?La nature est bien sûr écroulée de rire devant pareil aventurier de l\u2019éphémère.Cependant, à en croire les médias, jamais une chute n\u2019avait conduit l\u2019homme si haut.Pour avoir atteint la vitesse du son en sautant dans le vide, Baumgartner a permis à son commanditaire, spécialiste de pareilles prouesses vaines, d\u2019obtenir les grands titres des actualités du monde pendant au moins une journée.Vous vous imaginez?39 000 mètres dans le vide! Pendant ce temps, l\u2019imagination, le bon sens et la science n\u2019ont pas progressé d\u2019un centimètre.L\u2019Himalaya est désormais disponible sous forme de forfait aventure.Qn peut aussi envisager de courir un marathon après avoir nagé 3,8 km et roulé à vélo 180 km.Qu encore plonger en apnée à plus de 200 mètres.Ét quoi encore?Au fond, l\u2019objectif final d\u2019un grand aventurier moderne reste toujours d\u2019atteindre le premier les zones confortables des salles de rédaction, là où l\u2019on célèbre plus que jamais la célébrité dans des miroirs tournés vers l\u2019éphémère.C\u2019est d\u2019ailleurs avec ces mêmes miroirs aux alouettes qu\u2019on voudrait désormais nous convaincre qu\u2019existent les livres.jfnadeau@ledevoir.com POLARS Les masques du mensonge MICHEL BELAIR Ment-on de la même façon dans une culture et dans une autre?Est-ce que le contraire de la vérité se porte aussi long en Norvège, par exemple, que dans le Midwest américain?Y a-t-il un point commun entre les apparences, où,que l\u2019on soit sur la planète?A la lecture de ces deux gros livres aux titres similaires {Les apparences.Faux-semblants), le point commun qui s\u2019impose est d\u2019abord celui de la qualité de l\u2019écriture \u2014 donc de la traduction \u2014, sans oublier un autre constat, indéniable: Gillian Flynn et Kjell Qla Dabi racontent tous deux des histoires complètement tordues.Et à Qslo tout comme dans le Missouri («Me-zourâ»), les fausses vérités réussissent souvent à prendre le visage de la respectabilité.Jeune couple new-yorkais branché, Amy et Nick sont des bobos à l\u2019aise vivant de leurs mots.jusqu\u2019à ce que, brusquement, ils se voient mis à NUMÉR0136 N **' Portfolio: Domingo Cisneros En vente dès le 15 octobre .Le numéro : 10 $ .www*lesecrits*ca mal par l\u2019arrivée massive d\u2019Internet, des réseaux sociaux et de la blogosphère.Voilà qu\u2019on les retrouve paumés dans une petite ville du Midwest, North Carthage, pas très loin de St.Louis ; lui, derrière un bar et elle, à ruminer sur sa chute.C\u2019est là qu\u2019Amy va construire pièce par pièce, mot par mot même, l\u2019univers d\u2019apparences qui va piéger son mari, Nick, la police, ses rares amis et tous ceux qui osent encore l\u2019approcher, le lecteur y compris.Cette Amy Elliot Dunn est vraiment un être absolument hors-norme.Belle, brillante, surdouée, introvertie, la jeune femme saura vous mener vous aussi par le bout du mot; son intelligence démoniaque en fait l\u2019un des personnages les plus bizarres et les plus dangereux que l\u2019on ait rencontrés depuis longtemps.Méfiez-vous : vous voqs y laisserez prendre.A Oslo, l\u2019enquêteur Frank Frolich est sur la piste de trafiquants lorsqu\u2019il tombe sur une jeune femme étrange.qu\u2019il retrouvera quelques jours plus tard chez un vieil ami d\u2019enfance dans le rôle de la future mariée.Puis, coup de théâtre.le corps nu de la même jeune femme est découvert dans une benne à ordures, ébouillanté, enroulé dans un film plastique.Ici aussi les apparences font en sorte que l\u2019enquête s\u2019égare dans une foule de directions possibles.11 faudra toute la détermination de Frolich pour réussir à faire la lumière sur cette sombre affaire où l\u2019amitié et les rapports entre les gens s\u2019inscrivent presque toujours en porte-à-faux, l\u2019inspecteur l\u2019apprendra à ses dépens.Deux livres qui vous laisseront un arrière-goût de fiel au fond de la gorge.Collaborateur Le Devoir LES APPARENCES Gillian Flynn Traduit de l\u2019américain par Eloïse Esquié Sonatine Paris, 2012, 570 pages FAUX-SEMBLANTS Kjell Ola Dahl Traduit du norvégien par Alain Gnaedig Gallimard, «Série noire» Paris, 2012, 354 pages Invitations à la librairie Paulines IkrtauUnes LIBRAIRIE Mercredi 24 octobre 19 h 30 Rencontre avec Pierre Maisonneuve, journaliste Contribution: 5 $ Jeudi 25 octobre 19 h 30 Jeudi littéraire Avec Samuel Archibald Prix des libraires 2012 Animation : Claudia Larochelle Contribution: 5 $ Beaucoup plus qu'une librairie! 2653 Masson, Montréal, Qc 514 849-3585\t.on.r Sodome en Corée La commission éthique de publication de Corée du Sud évitera le pilonnage des 120 journées de Sodome, écrit en 1785 par un marquis de Sade alors emprisonné à la Bastille, et cette fois édité par Dongsuh Press.La même commission avait étiqueté en septembre le livre comme «extrêmement obscène et cruel» et comptabilisait les descriptions d\u2019inceste, de nécrophilie, de pédophilie et de sadisme pour justifier sa condamnation.Cette fois, «les auditeurs de la commission, après avoir étudié les documents remis par la maison d\u2019édition, ont conclu que le livre avait été écrit pour plonger dans le côté sombre de l\u2019âme humaine et non pour simple- ment provoquer une excitation liée au sexe ou à la violence».George Bataille était arrivé à la même conclusion dans les années 1950, dans La littérature et le mal : «Personne à moins de rester sourd n\u2019achève Les cent vingt journées que malade: le plus malade est bien celui que cette lecture énerve sensuellement.» Le livre devra toutefois être présenté en Corée seulement sous sachet plastique scellé, porter l\u2019étiquette «publication nocive pour les mineurs» et être vendu aux 19 ans et plus.Pier Paolo Pasolini a fait de ce sulfureux récit un film en 1976, y mêlant des événements de la Seconde Guerre mondiale.Avec Le Monde ERANÇOIS PESANT LE DEVOIR RACINE SUITE DE LA PAGE E 1 comme l\u2019endroit et l\u2019envers d\u2019un même geste, sont ici partout comme chez eux.Entre Houston, Montréal, Paris, Vence, Varsovie (d\u2019où elle poussera jusqu\u2019à Auschwitz au cours d\u2019un samedi après-midi ensoleillé), au gré de la trajectoire de mémoire suivie par le personnage de Gabriella, le roman de Rober Racine ratisse large.De la catastrophe la plus intime jusqu\u2019au génocide.La beauté des phrases n\u2019est pas, a priori, le premier souci de Rober Racine.Ce n\u2019est peut-être pas non plus le second.Roman à la couleur froide et «intellectuelle», chargé de multiples correspondances et d\u2019une abondance de détails \u2014 éléments d\u2019art ou d\u2019Histoire, minutieuses descriptions de décoration intérieure \u2014, Les vautours de Barcelone compose une mécanique romanesque, sinon parfaitement huilée, à tout le moins étonnante et ample comme une immense caisse de résonance.Une histoire de création et de destruction.LES VAUTOURS DE BARCELONE Rober Racine Boréal Montréal, 2012, 304 pages IMAGO LEXIS.SUR ROBER RACINE Sylvain Campeau Triptyque Montréal, 2012, 156 pages LE DEVOIR, LES SAMEDI 20 ET DIMANCHE 21 OCTOBRE 2012 F 3 LITTERATÜRE Coups de feu Danielle Laurin On cherche d\u2019ahord la porte pour entrer dans ce roman sombre où s\u2019entremêlent plusieurs voix, plusieurs temps.On cherche longtemps le fil entre les différentes histoires, entre le présent, le passé et le conditionnel du récit.Puis ça nous happe, comme un ressac.Ça se joue par en dessous, ça s\u2019insinue à notre insu.Ça nous échappe et nous aspire, ça nous rehute et nous attire en même temps.C\u2019est très curieux.Autant tout nous paraît embrouillé à première vue, autant on finit par saisir qu\u2019il pouvait difficilement en être autrement.Bien sûr qu\u2019on résiste, au début.On se tient sur son quant-à-soi, on se méfie.Trop, c\u2019est trop : trop alambiqué, compliqué, surchargé de symboles, d\u2019images, de prophéties, trop énigmatique, pour ne pas dire ésotérique.On ne le sait pas encore, mais on est en plein dedans.On est dans la folie, dans la détresse des personnages du roman.C\u2019est le tour de force de l\u2019auteure, Marie Christine Bernard : nous emmener, par petites touches, au moyen de courts chapitres qui s\u2019apparentent à des arrêts sur image, dans un monde parallèle qui a sa propre structure, sa propre logique.Les personnages du livre sont tous plus ou moins po-qués.Prisonniers d\u2019eux-mêmes, de leur passé.Ce pourrait être la ligne directrice AU rOPAR l RAI I ALI REVOLVER du roman: ce qui nous précède nous définit, ce que l\u2019on tait, ce que l\u2019on nous a caché aussi, tout cela influence qui on est.Nous sommes dans la tête de tous les personnages en même temps.Les morts comme les vivants.Et dans ces têtes-là, c\u2019est touffu, c\u2019est noir, c\u2019est détraqué.Alors que c\u2019est la lumière qu\u2019ils cherchent.Outre la voix de chacun, on entend aussi quelqu\u2019un venu de nulle part, qui joue un rôle pouvant s\u2019apparenter à celui de coryphée dans les tragédies grecques.Sauf que ce narrateur s\u2019exprime au conditionnel.Ce n\u2019est pas tant ce qui a eu lieu qui nous est raconté, mais ce qui pourrait advenir.Cela ajoute encore à l\u2019étrangeté du récit.Dans ce tourbillon de voix qui s\u2019entrechoquent, les deux figures dominantes sont un peintre schizophrène et une obèse mal-aimée, humiliée.On les approche en parallèle, on apprend peu à peu des bribes de leur histoire respective, de leur passé.Mais on sait qu\u2019ils vont finir par se rencontrer.L\u2019histoire d\u2019amour nous est annoncée, en même temps qu\u2019elle est sans cesse retardée.On plonge d\u2019abord dans toute cette noirceur, cette détresse qui les habite, les ronge à l\u2019intérieur.On ressent physiquement les choses en même temps qu\u2019eux.Là-dessus, Marie Christine Bernard, lauréate du prix France-Québec 2009 pour Mademoiselle Personne, en beurre épais, c\u2019est vrai.Mais ça produit son effet.On se demande comment ces deux poqués là vont pouvoir sortir de leur cauchemar enfin.Mais on a quelques indices.Du côté de la lumière qu\u2019ils recherchent chacun de leur côté, comme j\u2019ai dit.Car le peintre fou peint, justement.Et il est mélomane, amoureux de la musique de Bach, en particulier, on va comprendre pourquoi: c\u2019est lié à son histoire familiale.11 cherche à atteindre dans ses toiles la beauté qu\u2019il perçoit dans la musique de son mentor.Quant à l\u2019obèse mal-aimée, humiliée, elle trouve sa lumière dans les soins qu\u2019elle apporte aux personnes âgées dont elle s\u2019occupe dans une «résidence privée miteuse».Ces «petits vieux puant la pisse, sans famille, laissés à croupir dans des fauteuils pour tant de mois», elle les prend dans ses bras tour à tour, une fois par jour, même si c\u2019est interdit, au risque de se faire mettre à la porte.C\u2019est la beauté qu\u2019elle apporte au monde de son côté.Alors voilà, Jude et Angélique vont finir par se croiser.Entre-temps, on aura vu graviter autour d\u2019eux d\u2019autres poqués.Dont un grand-père at- teint de la maladie d\u2019Alzheimer, qui cherche sa femme disparue depuis des lunes.Et un vieil autochtone un peu chaman, clairvoyant, qui a connu enfant les pensionnaires de Blancs.Qn aura vu Angélique l\u2019obèse s\u2019enfoncer dans une relation malsaine avec un homme tordu, sadique.Mais «comment refuser des caresses dont on est sevrée depuis qu\u2019on a atteint quarante livres, c\u2019est-à-dire depuis l\u2019âge de cinq ans?».Qn l\u2019aura vue lutter, enfin, contre sa propension à l\u2019autodestruction.Qn aura vu Jude le peintre lutter contre ses fantômes, celui de sa mère suicidée, en particulier.Qn l\u2019aura vu divaguer.S\u2019imaginer qu\u2019une vieille chatte aveugle peut deviner ses pensées.Entendre Dieu lui parler.Et, finalement, lutter contre sa folie.Qn sentira l\u2019attirance s\u2019installer entre le jeune homme et la jeune femme.Qn sentira le danger, aussi.Danger de voir un fou se venger à coups de revolver pour sauver une obèse abusée.Qn mesurera à quel point le titre du roman.Autoportrait au revolver, est à prendre au pied de la lettre.De même que l\u2019image du Christ en croix avec un revolver à la main reproduite sur la couverture.Pour le reste : la fin ne nous attend pas là où on croyait la trouver.Elle nous emmène déjà ailleurs.Là où il est possible, peut-être, de recommencer.Même si rien ne peut être effacé.AUTOPORTRAIT AU REVOLVER Marie Christine Bernard Hurtubise Montréal, 2012, 224 pages Dans le sable des dunes SUZANNE GIGUERE Dans le dénuement j\u2019ai trouvé l\u2019abondance.A la différence que je peux, moi, repartir quand je le veux.» Dans Le brodeur, nous suivons les pas d\u2019une jeune coopérante partie au Burkina Faso pour construire une école, un puits et pour reverdir le quart d\u2019un village.Parachutée à la lisière du Sahel où en un battement de cils on passe de la clarté du jour à une nuit d\u2019encre, elle comprend sur place qu\u2019elle a tout à apprendre.«Pour moi qui Un premier de toute ma vie vu roman\tqu\u2019 empile- ,,\tment, foison- u une\tnement, super- étonnante\tMcethorizon dépouillé de- maturité\tvrait être une page blanche porté par\toù U est possi- ,\t.\tble à chaque une ecnture\t^e tout irha imartoo\trecommencer.» très imagee\tchaleur etunton\técrasante, vent brûlant très juste\tqui charrie une poussière rouge, peu lui importe.Gémir n\u2019est pas de mise dans le petit village de Bokin, il n\u2019y a de place que pour l\u2019apprentissage et l\u2019observation attentive de la vie des villageois.La narratrice voit toutefois ses convictions mises à l\u2019épreuve face à un ensemble de réalités nouvelles : «J\u2019ai le sentiment que nos compréhensions des choses ne se complètent ni ne se rejoignent mais volent l\u2019une au-dessus de l\u2019autre sans se frôler, se regardant avec amusement.» Le rationalisme et l\u2019individualisme, traits de la civilisation occidentale, tranchent avec la vision du monde des Burkinabés largement enracinée dans la culture traditionnelle, ainsi qu\u2019avec leur mode de vie communautaire.Se retrouvant face à un mode de vie inconnu, la narratrice s\u2019immerge dans la culture sahélienne et tombe amoureuse du brodeur du village.Leur histoire s\u2019écrit dans le sable des dunes.«Je tremble toujours un peu en serrant sa main tendue dans la mienne, qu\u2019il retient tout juste assez longtemps pour que je sache.Que je comprenne que nos silences seront des échos, que nos pas chercheront sans cesse à se croiser.» Deux cents jours qu\u2019elle est là, plongée dans l\u2019indécision, elle ne sait si elle doit partir ou rester : «L\u2019homme a deux pieds mais ne peut suivre deux chemins en même temps», murmure le brodeur.La jeune coopérante laisse derrière elle une histoire en suspens avec l\u2019assurance que «ce qui reste inachevé reste pour toujours merveilleux».L\u2019Histoire n\u2019est pas en reste dans ce récit qui parle de la rencontre Qccident-Afrique.Qutre le rappel du commerce négrier et l\u2019évocation des soldats africains «qui ont servi de chair à canon au nom de la France durant les deux grandes Guerres», la romancière nous replonge dans la tourmente des années 1980 au Burkina Faso avec l\u2019assassinat du président Thomas Sankara (1987), leader emblématique qui a légué aux générations futures l\u2019emblème de la probité et la conscience historique de l\u2019inaliénabilité de la lutte contre toutes les oppressions.Elle aborde également dans la deuxième partie de son récit la problématique de l\u2019immigration africaine et du mirage européen.Pas de ton accusateur, plutôt une invitation à la réflexion.L\u2019expérience très personnelle de Bianca Joubert en terre africaine va bien au-delà de l\u2019œil du visiteur.La rencontre des cultures irrigue son récit.Le brodeur plaide pour une harmonie dans la différence.Lauréate du Prix littéraire Radio-Canada 2008, la romancière nous offre un premier roman d\u2019une étonnante maturité, porté par une écriture très imagée et un ton très juste.LE BRODEUR Bianca Joubert Marchand de feuilles Montréal, 2012, 160 pages Roch Carrier en zone d\u2019adolescence LOUIS CORNELLIER Auteur du célèbre conte Le chandail de hockey (1979), dont un extrait figure sur nos billets de cinq dollars, Roch Carrier a toujours fait une place à la littérature jeunesse dans son œuvre foisonnante.Cette saison, il renoue avec ce genre en lançant deux romans pour adolescents qui ouvrent la collection «Zones de turbulences».11 s\u2019agit, pour le romancier, d\u2019explorer des situations difficiles vécues par des jeunes d\u2019aujourd\u2019hui.Dans C\u2019est certain que je t\u2019aime, bébé!, Camille, une belle adolescente presque parfaite, vit ses premiers émois amoureux.Ç\u2019au-rait pu bien se passer, mais son prétendant, plutôt fanfaron, l\u2019attire dans un guet-apens alcoolisé qui fait en sorte que l\u2019idylle naissante tourne en eau de boudin.Dans Embardées sur le chemin de l\u2019école, un ado issu d\u2019un milieu privilégié reconduit des copains chez eux après les classes, avec la voiture de son père, et se retrouve malgré lui complice d\u2019un vol chez un fleuriste qui tourne mal.Tous les deux conclus sur des fins ouvertes, ces romans, mettant en vedette les élèves d\u2019une même école, ne sont pas Bon conteur, Carrier donne à ses récits une visée pédagogique sans qualités ni sans défauts.Bon conteur.Carrier donne à ses récits une visée pédagogique.Les dérapages, suggère-t-il à ses jeunes lecteurs, surviennent subrepticement.Tout va bien quand, soudain, des pièges se présentent, attribuables à l\u2019alcool, à la drogue ou aux mauvaises influences, qu\u2019on n\u2019avait pas vu venir.Sur ce plan.Carrier mène bien le jeu puisqu\u2019il parvient à faire réfléchir sans sermonner.Son style, toutefois, pèche par abus d\u2019explications là où des évocations contextuelles auraient suffi, ce qui donne l\u2019impression que le romancier s\u2019adresse à des ados sur un ton trop enfantin.11 arrive aussi que son âge (75 ans) le trahisse, comme quand il écrit que monsieur Martin étend son bras sur les épaules de sa femme pour la réconforter, «comme un homme doit le faire».Collaborateur Le Devoir C\u2019EST CERTAIN QUE JE T\u2019AIME, BEBE! et EMBARDEES SjJR LE CHEMIN DE L\u2019ECOLE Roch Carrier Médiaspaul Montréal, 2012, respectivement 96 et 104 pages ACHAT A DOMICILE - VENTE - EVALUATION Ü' Bonheur d'occasion Librairie Mathieu Bertrand, Libraire Membre de la Ligue internationale de la Librairie Ancienne (LILA) 514-914-2142 ACHETONS EN TOUT TEMPS : Art québécois et international Livres d'art et livres d'artiste : \u2022\tBellefleur, Borduas, Perron, Gagnon, Giguère, Lemieux, Riopelle.\u2022\tÉditions : Art Global, Corbeil, Erta, La Frégate, Michel Nantel.Refus Global, le Vierge incendié Reliures d'art Fonds universitaires : \u2022\tLittérature, Philosophie, Sciences humaines \u2022\tPléiade Livres anciens avant 1800 Americana et Canadiana Expertise de documents et d'archives Amazones anciennes et modernes SUZANNE GIGUERE Les Amazones demeurent l\u2019un des mythes antiques les plus fascinants.Ces héroïnes guerrières apparaissent pour la première fois dans la littérature dans Ylliade d\u2019Homère.Figures imaginaires, mythologiques ou littéraires, mais aussi femmes réelles, elles sont ainsi convoquées depuis l\u2019Antiquité jusqu\u2019aux auteurs des XIX® et XX® siècles, à travers les exemples de Kleist, Gracq, Wolf et Jelinek.Une jeune auteure de Québec, Josée Marcotte, actualise à sa manière le thème antique des femmes guerrières.Elle déconstruit le mythe des Amazones en le reproduisant à l\u2019excès.Les femmes qu\u2019elle dépeint sont campées dans un univers postapocalyptique, dans un environnement qui pourrait être l\u2019Europe ou l\u2019Amérique.Elles appartiennent à un clan exclusivement féminin, dominé par des dirigeantes puissantes et dures.Militarisées, peu instruites, malléables et sans conscience propre, elles sont sous l\u2019emprise des mères fondatrices.Dans un monde où les relations hommes-femmes sont vidées de leur composante reproductrice, où avoir un garçon, un ennemi, est susceptible de bouleverser l\u2019équilibre de la société, on leur apprend jusque dans leur chair à haïr l\u2019Autre.Une vie à sens unique au nom du combat contre l\u2019Àu-tre, le clan des hommes.Et pourtant.Pourtant, dans ce monde dit «féminin», la violence, la douleur, la colère et la solitude demeurent présentes.Josée Marcotte met en scène de façon très singulière une société matriarcale hors-norme, utopiste jusqu\u2019à la défaite.Une Amazone, Tirésias, finit par admettre l\u2019absurdité stérile de la guerre que mènent ses sœurs d\u2019armes.Elle dénonce une révolte féminine qui ne fait qu\u2019imiter les valeurs patriarcales.«Nous ne saurons jamais si de ce régime autarcique des mères fondatrices aurait pu naître quelque chose de beau et de plein, car la femme a recréé le jeu de Les Amazones i Josee Marcotte pouvoir des hommes.» Les Amazones optent finalement pour la rencontre avec l\u2019Autre, n\u2019ignorant pas que la frontière entre les sexes reste une zone d\u2019affrontement.«Nous inventerons le début d\u2019un monde où la rencontre avec l\u2019Autre est possible.Nous sortirons de cette grotte d\u2019attente mortificatoire pour aller vers eux, conscientes et consentantes.» Dans un récit épique, bien mené et résolument féministe, la prose de Josée Marcotte, à la fois singulière et plurielle, s\u2019enrichit de l\u2019écho des Ducharme, Giguère, Yer-geau, Rimbaud, Volodine, Vian, Perec, Woolf, Michaux.Les Amazones se présente sous la forme de microrécits (47), chacun s\u2019attachant à décrire l\u2019une ou l\u2019autre femme du clan.Qn découvre des femmes issues des écrits bibliques, de la mythologie gréco-romainç, de l\u2019histoire de l\u2019ancienne Egypte ou bien sorties de l\u2019imaginaire de l\u2019auteure.Tout en déconstruisant le mythe antique des Amazones, Josée Marcotte déconstruit aussi le mythe d\u2019une écriture qui subvertirait par sa différence l\u2019écriture masculine.Collaboratrice Le Devoir LES AMAZONES Josée Marcotte L\u2019instant même Québec, 2012, 94 pages E 0Gaspard-LE DEVOIR ALMARÈS \tDu 8 au 14 octobre 2012\t \t\t \t\t Romans québécois\t\t 1 Les délaissées\tDenis Monette/Logigues\t2/4 2 Les héritiers d'Eirkidiev \u2022 Tome 6 Nemeroff\tAnne Robillard/Wellan\t1/4 3 La vie épicée de Charlotte Lavigire \u2022 Tome 3 Caberiret\t.Nathalie Roy/Libre Expression\t-/I 4 Les sœurs Beaudry \u2022 Tome 2 Les violons se sont tus\tMicheline Dalpé/Goélette\t3/4 5 Malphas \u2022 Tome 2 Torture, luxure et lecture\tPatrick Senécal/Alire\t4/8 6 Les sœurs Beaudry \u2022 Tome 1 Évelyne et Sarah\tMicheline Dalpé/Goélette\t5/9 7 Je me souviens\tMartin Michaud/Goélette\t6/6 8 La fiancée américaine\tÉric Dupont/Marchand de feuilles\t-/I 9 Fanette \u2022 Tome 5 Les ombres du passé\tSuzanne Aubry/Libre Expression\t-/I 10 Madame Tout-le-Monde \u2022 Tome 2 Jardins de givre\tJuliette Thibault/Hurtubise\t7/5 Romans étrangers\t\t 1 Cinguante nuances de Grey \u2022 Tome 1\tE.L.James/Lattès\t1/2 2 Une place à prendre\tJ.K.Rowling/Grasset\t2/3 3 Substance secréte\tKathy Reichs/Robert Laffont\t3/3 4 Copycat\tJames Patterson I Michael Ledwidge/Archipel 10/2\t 5 Kaiken\tJean-Christophe Grangé/Albin Michel\t5/3 6 Les morsures du passé\tUsa Gardner/Albin Michel\t4/3 7 Les sœurs Andreas\tEleanor Brown/Marabout\t6/10 8 Barbe bleue\tAmélie Nothomb/Albin Michel\t7/5 9 Lamour dure trois ans.Le roman suivi du scénario du film Frédéric Beigbeder/LGF\t\t-/I 10 Les années perdues\tMary Higgins Clark/Albin Michel\t8/2 Essais québécois\t\t 1 Lettres à un jeune politicien\tLucien Bouchard j Pierre Cayouette/VLE\t1\t1/5 2 Carré rouge.Le ras-leTrol du Québec en 150 photos\tJacgues Nadeau j Jacgues Parizeau/Lides 3/8\t 3 La mafia Irlandaise de Montréal\tD'Arcy O'Connor/La Presse\t2/2 4 Design?\tLrédéric Metz/Llammarion Québec\t-/I 5 Privé de soins.Contre la régression tranguille en santé\t:\tAlain Vadeboncœur/Lux\t-/I 6 Les clés de la Maison-Blanche.Sexe, fric et vote\tRichard Hétu j Alexandre Sirois/La Presse 4/6\t 7 Papineau.Erreur sur la personne\tYvan Lamonde j Jonathan Uvernois/Boréal -/I\t 8 Derrière l'information officielle 1950-2000\tClaude Jean Devirieux/Septentrion\t5/2 9 C'était au temps des mammouths laineux\tSerge Bouchard/Boréal\t-/I 10 La juste part\tDavid Robichaud | Patrick Turmel/Atelier 10 10/2\t Essais étrangers\t\t 1 Reflets dans un oeil d'homme\tNancy Huston/Actes Sud\t1/5 2 Anthropologie de la globalisation\tMarc Abélès/Payot\t2/2 3 Lillusion Obama.Le pouvoir de l'argent aux États-Unis\tJohn R.McArthur/Lux\t7/2 4 Les lois fondamentales delà stupidité humaine\tCarlo M.Cipolla/PUL\t3/9 5 Une histoire populaire de l'humanité\tChris Harman/Boréal\t5/7 6 Premier bilan après l'apocalypse\tLrédéric Beigbeder/Grasset\t-/I 7 La mort de l'élite progressiste\tChris Hedges/Lux\t-/I 8 La guestion du séparatisme.Le combat du Québec.\tJane Jacobs/VLB\t-/I 9 Homo economicus, prophète (égaré) des temps nouveaux Daniel Cohen/Albin Michel\t\t-/I 10 Sortez-nous de cette crise.Maintenant !\tPaul R.Krugman/Llammarion\t-/I 4487, de la Roche, Montréal \u2022 514 522-8848 \u2022 1 888 522-8848 bonheurdoccasion@bellnet.ca \u2022 www.abebooks.fr/vendeur/bonheurdoccasion La BTLF (Société de gestion de la Banque de titres de langue française) est propnétaire du système sur les ventes de livres français au Canada, Ce palmarès est extrait de Gasparû et est constitué des vente, La BTLF reçoit un soutien financier de Patnmoine canadien pour le projet Gaspard ©BTLF, to d\u2019infoimation et d\u2019analyse Gaspatd relevés de caisse de 215 points de F 4 LE DEVOIR, LES SAMEDI 20 ET DIMANCHE 21 OCTOBRE 2012 LITTERATURE Les prix littéraires et le ciel du roman Reflets de société et d\u2019époque, certains romans peuvent soutenir le large tirage des prix littéraires, sans que la grogne conservatrice des lecteurs, comme cela arrive, affecte «le pays de la littérature».Cette année, plus de 300 prix littéraires seront attribués.Il y aurait 1500 prix et concours distingués, et pas que pour les romanciers.GUYLAINE MASSOUTRE Sait-on que la romancière Marie NDiaye, grand prix 2012 du théâtre décerné par l\u2019Académie française, est primée après Minyana, Mouawad, Novarina, Vinaver?Que le grand prix de la poésie va à Jean-Claude Pi-rotte, après Venaille, Dupin, Khoury-Ghata, Deguy?Ces œuvres sont rares.Mais qu\u2019An-got, vedette si contestable, attende le prix Décembre, cela sert-il la littérature ?Depuis longtemps, les jurés littéraires, sustentés de rhétorique et de bons repas, surplombent les critiques.Que digèrent-ils de la matière littéraire qui ne soit pas actualité, longévité, ardeur, lisibilité, joliesse, œuvre confirmée par le chiffre des ventes?Y a-t-il place pour la singularité ?Dans ce panorama des valeurs unanimes, les nuances ne manquent pas.Balayés à huis clos, les absents sont renvoyés à leur table d\u2019écriture ! Demeurent les Vassilis Alexa-kis (Stock-Goncourt), Julia Deck (Minuit-Femina), Philippe Djian (Gallimard-Médi-cis), parmi les « meilleurs crus 2012», que voici.Alexakis, Uenfantgrec Promenade dans le temps et dans Paris, ce quatorzième roman commence en Grèce, telle une autobiographie.Souvenirs et chronique, tout se mélange ensuite, comme dans ce jardin public parisien où passent les silhouettes, les conversations, les éclats de réel et riens instantanés.Un peu mal fagoté, l\u2019ouvrage n\u2019a pas plus de forme que Guignol au théâtre de verdure.La métaphore revient, testamentaire, gouvernant le livre un peu loin que son signataire.Deux fils y entourent un père vieillissant, narrateur qu\u2019on tiendra pour l\u2019auteur, pivot de tous ces épisodes \u2014 «J\u2019écris en quelque sorte sous la dictée de mon texte».La fresque, vivante, pépie de dialogues â tous crins.Loin des statues antiques, les figures vont â l\u2019allure intrépide des romans populaires, publiés jadis en feuilleton.Deck, Viviane Élisabeth Fauville Lecture parfaite pour s\u2019abîmer quelques heures d\u2019affilée dans la fiction.Ce petit polar psychologique est parfaitement maîtrisé.Pris dans un angle dérangeant au début, le récit alternant du je au vous, le personnage féminin assassin capte l\u2019attention.La distance, le rythme, le ton, tout est excellent: on y voit bien, d\u2019un peu de loin, qui trame ce scénario : le bébé; le compagnon; la dérangée ; le psy qu\u2019elle a tué.Trente livres plus tard, Philippe Dijan a présente «Oh.», Tun de ses meilleurs romans.Premier roman très Minuit, c\u2019est beckettien, mi-sérieux, mi-narquois, mélodramatique et allègre.Le punch final relève du déjâ-vu, mais on aimera.Ah, ces fictions qui ne débordent pas dans le réel.On n\u2019aurait pas l\u2019idée d\u2019en développer une thèse, mais bien de se divertir ainsi, le temps d\u2019une lecture émouvante et sans danger.Djian, «Oh.» Après trente livres, Djian n\u2019est pas essoufflé.C\u2019est même un de ses meilleurs livres.Avec lui, voici le fantasme investi, la mécanique machiavélique montée-démontée, l\u2019Amérique et ses phrases hachées, accrocheuses, ses espaces nocturnes â hanter.Théâtrale, la voix de Djian est un monologue de scène, celui d\u2019une femme de 50 ans, violée, qui se réveille dans son monde où tout vient de changer.Plus exigeant qu\u2019il n\u2019y paraît, ce roman de fureur et de honte, d\u2019enfermement et de rage est â lire lentement.Ses dialogues sont chargés entre les lignes, plongée interrogative dans une proximité déré- glée.L\u2019enquête court, menée par la victime, prête â noter tout ce qu\u2019elle ne voyait pas avant: les relations avec et entre ses proches.Maître des ambiances, des pièges et de forces latentes, hollywoodien de cœur mais classique de forme, Djian signe lâ un bon roman, huis clos où l\u2019effraction du personnage féminin est tenue â distance du spectateur.Un regret, cependant.L\u2019absence de sentimentalisme, irréprochable, déclenche une caméra qui ne se commet pas avec le lan- GABRIEL BOUYS AGENCE ERANCE PRESSE gage de la folie qui est vue.L\u2019ENFANT GREC Vassilis Alexakis Stock Paris, 2012, 316 pages VIVIANE ÉLISABETH EAUVILLE Julia Deck Minuit Paris, 2012, 155 pages «OH.» Philippe Djian Gallimard Paris, 2012, 237pages LITTÉRATURE DE VOYAGE Le sentier des Appalaches pour les nuis CHRISTIAN DESMEULES Prenez un écrivain mobile.Bill Bryson {Motel Blues, American rigolos.Une histoire de tout ou presque.), par exemple, a multiplié depuis 40 ^s les allers-retours entre les États-Unis et le Royaume-Uni.Lancez-le sur l\u2019un des plus anciens et des plus longs sentiers de randonnée en Amérique du Nord: la mythique Appdachian Trail et ses 3500 kilomètres de montagnes, ,de boue et de marin-gouins.Équipez-le d\u2019un sac trop gros et trop lourd dans lequel manquera souvent l\u2019essentiel.Et puisque ça ne suffit pas, pour pimenter l\u2019aventure, donnez-lui aussi un compagnon de voyage étrange, ronchonneur et exceptionnellement disponible pour cette longue aventure Qire : au chômage^ Voici Katz.Un ami d\u2019enfance un peu perdu de vue, qui préférera regarder des épisodes AX-Fües confortablement installé dans une chambre de motel plutôt que de reprendre la route.Un vrai duo comique, combinaison parfaite de logique intrépide et de naïveté â la Sol et Go-belet, lancé â l\u2019assaut de villages fantômes du Maine, hill-billies de la Virginie, motels miteux, dépanneurs aux tablette^ clairsemées et poussiéreuses.A ce chapitre, le sous-titre de l\u2019édition anglaise était plus parlant: il était surtqut question de redécouvrir les États-Unis (nos amis français parleraient de « l\u2019Amérique profonde »).Et j\u2019oubliais: assaisonnez tout ça d\u2019un peu de suspense qui prendra la forme d\u2019une bonne phobie des ours.Lorsque vous aurez mis tous ces éléments ensemble, vous aurez une petite idée de ce qu\u2019est Promenons-nous dans les bois, le récit â la fois instructif et souvent hilarant d\u2019une tentative de traversée de 1\u2019Appalachian Trail faite par l\u2019écrivain â la fin des années 1990.De lâ â dire qu\u2019il existe une recette infaillible pour faire un ri bon livre, il ne manque qu\u2019un ingrédient.Il faut aussi du doigté.Et Bill Bryson, assurément, en possède.PROMENONS-NOUS DANS LES BOIS Bill Bryson Traduit de l\u2019anglais (Etats-Unis) par Karine Chaunac Payot Paris, 2012, 352 pages vieNt De paRaitRe Dossier Que vive la langue! Numéro 760 \u2022 novembre 2012 Les auteurs sont: Emiliano Arpin-Simonetti, André Beauchamp, Mario Beaulieu, Suzanne-G.Chartrand, Gilles Gagné, Brigitte Haentjens, Robert Laplante, Michel Pagé, Marc Termote et Sophie Thiébaut.À lire aussi: le carnet de José Acquelin, la chronique littéraire de Virginia P.Bordeleau, un regard critique sur l\u2019assemblée constituante en Islande, l\u2019historique du carré rouge et un débat sur le droit de grève étudiant: faut-il l\u2019encadrer?Artiste invitée: Lisa Tognon Sommaire détaillé et abonnement en ligne www.revuerelations.qc.ca qui veut une société juste Que vive Le fondement symbolique d une société Entre l\u2019être et le doute Portrait du français a Montréal Langue et intégration Enseignement du français des solutrons qui tardent Ou Moulin à paroles a Nous?Faut-il encadrer le droit de grève étudiant.5 8 NUMÉROS PAR ANNÉE, 44 PAGES Un an 140$ Deux ans 170$ À l\u2019étranger (un an): 55$ Étudiant: 25 $ (sur justificatif) Abonnement de soutien : loo $ (un an) 514-387-2541 p.226 I relations@cjf.qc.ca Relations: 25, rue jarry Ouest Montréal (Québec) H2P1S6 EN VENTE DANS LES KIOSQUES ET Ll BRAI RI ES 6,00 $ -i- TAXES Oui, je désire un abonnement de.NOM _______________________ .an(s), au montant de.CODE POSTAL .Je paie par chèque (à l\u2019ordre de Relations) CH ou carte de crédit CH NUMERO DE LA CARTE I I I I I I I I I I I I I I EXPIRATION I-1-1 SIGNATURE Raymond Radiguet ou l\u2019insolence GILLES ARCHAMBAULT On mesure mal aujourd\u2019hui l\u2019intensité de l\u2019accueil qui fut fait â la parution en 1923 du Diable au corps.Son auteur, âgé de 19 ans, racontait la liaison d\u2019un adolescent de 15 ans avec une femme dont le mari était aux armées.Dans les années de l\u2019après-guerre, alors qu\u2019on se relevait tant bien que mal d\u2019un conflit plus que douloureux, il y avait matière â scandale.Le jeune âge du héros, sa désinvolture, son amoralisme n\u2019arrangeaient rien.Il n\u2019en fallait pas plus pour qu\u2019un éditeur astucieux, Bernard Grasset, se charge de recourir â des moyens de publicité inédits â l\u2019époque pour faire de ce roman un succès commercial.Plus de 100000 exemplaires vendus en quelques mois.Mais qu\u2019en est-il en 2012?Alors que les frontières du di-cible s\u2019élargissent de plus en plus dans le domaine de la fiction, que la censure en Occident ne s\u2019applique plus guère que sur des matières politiques, un lecteur peut-il encore se scandaliser?Certes non.Et c\u2019est tant mieux.Le scandale n\u2019étant qu\u2019un recours qui traduit une faiblesse de caractère.Mais qu\u2019en est-il de l\u2019intérêt que peut prendre ce même lecteur que rien ou â peq près ne peut heurter?A mon avis, on peut lire Le diable au corps pour sa valeur littéraire.La critique a trop insisté sur l\u2019aspect du roman qui le fait s\u2019apparenter â l\u2019entreprise de madame de La Fayette.Il y a dans l\u2019écriture de Radiguet une désinvolture, une irrévérence qu\u2019on chercherait en vain dans La princesse de Clèves.Même s\u2019il a toujours nié le contenu autobiographique de son livre, Radiguet n\u2019a convaincu personne.Il y a dans l\u2019écriture même des saillies que seule peut fournir la mémoire.Mais pourquoi parler de Radiguet aujourd\u2019hui?L\u2019occasion m\u2019en est fournie par la parution des Œuvres complètes de notre auteur, La chose peut surprendre.A part Le diable au corps et Le bal du comte d\u2019Orgel et quelques poèmes, y avait-il matière suffisante pour justifier pareille entreprise?Je répondrais par l\u2019affirmative.J\u2019admets aisément que d\u2019entrée j\u2019étais méfiant.Qu\u2019avait â me dire un écrivain mort â 20 ans et dont la précocité était peut-être le principal atout?Le hasard a fait que j\u2019ai relu avec délectation diable au corps il y a quelques mois et que son autre roman ne m\u2019a laissé que de vagues mais agréables souvenirs.C\u2019était donc vers la poésie et les proses diverses que propose cette édition que je me suis dirigé.Avec le plus grand des ravissements.Radiguet se montre la plupart du temps d\u2019une très grande liberté de ton.Il ne s\u2019encombre pas de nuances, pressé qu\u2019il est de se tailler une place.Il est entré très tôt dans le monde adulte et semble pressentir sa mort.Une fièvre typhoïde l\u2019emporte alors qu\u2019il n\u2019a même pas pu veiller â la correction du Bal du comte d\u2019Orgel.Il a 20 ans et dans le délire final, il se dit «Jusillé par les soldats de Dieu».Pendant sa courte vie, il aura côtoyé bon nombre de figures importantes de la vie culturelle parisienne de son époque, Juan Gris, Modigliani, Brancusi, Max Jacob, Tristan Tzara, Apollinaire.Et, bien évidemment, Jean Cocteau, dont on a soupçonné (apparemment â tort) qu\u2019il avait été un amant.De nombreuses liaisons féminines apporteraient un bémol â cette version des choses.Il avait la réputation de dormir peu, de mener une vie mondaine intense et d\u2019aimer en même temps la réclusion studieuse.Le terme de «météore des lettres françaises» que l\u2019on applique â Radiguet est justifié.Mais il y a plus que le phénomène littéraire.Dans ces pages écrites souvent â la va-vite nous ravit souvent un pri-mesaut nettement original.Il y a parfois un peu de Diderot et de Stendhal dans ce style qui ne cherche pas â en avoir.Les auteurs de cette édition des Œuvres complètes, Chloé Radiguet et Julien Cendres, ont choisi de ne pas recourir â un appareil critique élaboré.Je ne déplore pas leur décision.Il ne fallait pas enterrer cette prose et ces vers dans un fatras universitaire.Pour les curieux, et pour eux seulement, ils offrent les Lettres retrouvées du même Radiguet.La plupart des missives repro-duites ne dépassent pas l\u2019anecdotique.On peut sans trop de mal les ignorer.Collaborateur Le Devoir ŒUVRES COMPLÈTES Raymond Radiguet Omnibus Paris, 2012, 883 pages LETTRES RETROUVÉES Raymond Radiguet Omnibus Paris, 2012, 445 pages L\u2019ours et le puits magique Simple et efficace sur le plan narratif pour les moins de 5 ans.Avec Le puits (La Pastèque), Nadine Robert, Brigitte Henry et Christopher Duquel proposent une rencontre amusante avec un ourson en peluche intrigué par un bruit qu\u2019il entend au fond d\u2019un puits.On est quelque part au milieu d\u2019une forêt.Il va y faire descendre un seau et.la surprise va remonter jusqu\u2019à lui.Bouquin jeunesse cartonné, ce récit bien léché tranche avec les images pixelisées qui ont tendance â sursaturer l\u2019imaginaire des bambins de la génération iPad, avec des photographies mettant en scène un véritable ourson en peluche dans un environnement fabulé avec du bois, des plumes, de la mousse ou des pommes.On est un peu dans l\u2019univers du Ludovic de l\u2019ONF, de Kiri le clown ou du sympathique Co-largol.Tout ça pour distraire les enfants en rappelant de bons souvenirs aux parents.Le Devoir 49060571 LE DEVOIR LES SAMEDI 20 ET DIMANCHE 21 OCTOBRE 2012 F 5 LIVRES La Vitrine BEAU LIVRE LANDSCAPE Architecture Now! Philip Jodidio Taschen Cologne, 2012, 416 pages De plus en plus, l\u2019architecture moderne s\u2019aventure du côté du paysage.En fait, l\u2019engouement pour l\u2019architecture verte et l\u2019écologie a fait du paysage et de l\u2019aménagement extérieur un des nouveaux champs de prédilection de l\u2019architecture d\u2019avant-garde.Autrefois réservée aux palaces ou aux jardins royaux, l\u2019architecture du paysage envahit aujourd\u2019hui tous les domaines du bâti, s\u2019intéressant tant aux parcs qu\u2019aux gratte-ciel, aux places publiques, aux ponts, aux monuments commémoratifs et aux musées.Des champs ondulé§ de va^es vertes créées par l\u2019architecte Maya Lin aux Etats-Unis au musée Miho de Shiga enfoui sous le sol par i.M.Pei, en passant par la High Line à New York, les liens entre architecture et nature prennent aujourd\u2019hui mille formes différentes, comme le démontre la diversité des projets sélectionnés dans ce énième volume de la série Architecture Now ! Qu\u2019il soit très naturel ou puissamment urbain, le mariage des formes et du vivant fait éclater la conception classique de l\u2019architecture de paysage.Isabelle Paré PHOTOGRAPHIE TOUT SUR LA PHOTOGRAPHIE Mouvements et chees-d\u2019œuvre Hurtubise Montréal, 2012, 576pages Les images nous submergent.Elles apparaissent par centaines de milliers tous les jours, de plus en plus nombreuses.Mais la plupart ne durent pas, alors que certaines semblent éternelles.Dans ce gros livre, sorte de dictionnaire de la photographie depuis ses origines au XIK® siècle jusqu\u2019à nos jours, on propose un survol des principaux courants et des principales figures de la photographie, à grand renfort d\u2019images, de schémas, de gros plans et de ligpes du temps.Les principaux genres sont passés en revue.À travers tout cela, on trouve les photographes incontournables : Man Ray, Bellocq, Sander, Evans, Eggleston, Araki, Woodman, etc.Leur travail est toujours envisagé à travers une oeuvre particulière.Comme dans toutes les anthologies du genre, il se produit dès lors un effet de nivellement trompeur.Tout n\u2019est pas égal entre ces photographes.Tout ne peut pas se ramener à deux pages, au risque de produire des distorsions fâcheuses.Comment accorder le même espace aux projets de souvenirs de classe de Marcelo Brodsky et en accorder ensuite seulement deux à Cartier-Brqsson aussi?Ce sont les limites que pose un livre du genre.À noter aussi qu\u2019il s\u2019agit là à l\u2019origine d\u2019un projet anglais, traduit par les soins de Elam-marion.11 y a là une inclination perceptible vers l\u2019univers de la photographie anglo-saxonne.Jean-François Nadeau BIOGRAPHIE THAÏS La voix de la lutte des eemmes 1886-1963 Denise Girard Septentrion Québec, 2012, 269 pages Thaïs Lm Je fa tulle itsJen.itt6-]9S3 À quinze ans, on la voit sur une photo couverte des pieds à la tête de fourrures de renard.Elle voyage bientôt en Europe.Puis on apprend qu\u2019elle monte sur des estrades pour servir à ses auditoires des discours favorables au droit de vote des femmes au Québec.Parmi ses soeurs, on trouve Justine Lacoste-Beaubien, fondatrice de l\u2019hôpital Sainte-Justine, et Marie Gérin-Lajoie, qui se voue à l\u2019amélioration de la condition des femmes par divers moyens.Mais qui connaît Thaïs Lacoste, née en 1886 dans un milieu très bourgeois où les alliances entre bonnes familles se multiplient?Sa biographe, Denise Girard, ne manque pas d\u2019enthousiasme envers son sujet et il faut souligner son immense mérite : son travail dans les archives nous permet de découvrir enfin une femme injustement laissée dans l\u2019ombre malgré son incontestable importance historique.Peut-être la biographe montre-t-elle tout de même un peu trop d\u2019enthousiasme pour son sujet, au point de négliger de remettre vraiment en perspective et dans une juste proportion les prises de position de son sujet.S\u2019il est vrai, par exemple, que Thaïs Lacoste revendique pour les femmes le droit de vote \u2014 ce en quoi elle contribue le plus à la mise en place d\u2019une certaine émancipation féminine \u2014, il faudrait aussi considérer dans cet engagement la part vouée à strictement soutenir le Parti conservateur et ses intérêts.Ce parti, celui des hommes de sa puissante famille, ne penche pas forcément du côté du progrès social.C\u2019est le moins qu\u2019on puisse dire.En ce sens, la philanthropie et l\u2019éducation se vouent parfois, sous des dehors intéressants, à ne fournir que les formes renouvelées d\u2019un conformisme social ancien.On l\u2019oublie trop souvent.Jean-François Nadeau j^lternatives CONSTRUIRE ENSEMBLE un monde différent Pour nous appuyer : www.alternatives.ca \u2022 514.982.6606 Gide et le moi, ferment du monde MICHEL LAPIERRE \\ A l\u2019heure où l\u2019Union européenne reçoit le prix Nobel de la paix pour son action réconciliatrice de six décennies, Erank Lestringant complète sa décapante biographie d\u2019André Gide, nobélisé en 1947 pour une oeuvre littéraire qui, plurielle comme l\u2019Europe, entremêlait Montaigne et Goethe en cultivant le paradoxe.Eéru de classicisme mais tourné vers l\u2019avenir, Gide fut l\u2019un des premiers à saluer la marginalité novatrice d\u2019Artaud et de Michaux.Profitant, comme le tome 1, de sources peu connues, le second volume très massif àAndré Gide Vinquiéteur renouvelle les connaissances sur la période qui s\u2019étend de 1919 à 1951 dans la vie du prosateur français, que son confrère allemand Thomas Mann considérait comme «le plus grand écrivain contemporain ».Tout en nuances, l\u2019ouvrage de Lestringant nous éclaire sans pourtant nous priver des plaisirs de la surprise et du questionnement.11 est à l\u2019image d\u2019une phrase de Gide écrite en 1921 : «Le triomphe de l\u2019individualisme et le triomphe du classicisme se confondent.» Décelant dans la beauté de l\u2019œuvre classique un «romantisme dompté», l\u2019écrivain affirme : « Un grand artiste n\u2019a qu\u2019un souci: devenir le plus humain possible, \u2014 disons mieux: devenir BANAL.» Grâce à cette épuration, l\u2019artiste ac- «Je doute qu\u2019en aucun autre pays aujourd\u2019hui, fût-ce dans l\u2019Allemagne de Hitler, l\u2019esprit soit moins libre.» \u20ac AGENCE ERANCE-PRESSE André Gide a reçu le Nobel en 1947 pour une œuvre littéraire qui entremêlait Montaigne et Goethe.complit un miracle.Gide conclut: «C\u2019est ainsi qu\u2019il devient le plus personnel.» L\u2019esthétique de l\u2019auteur du roman expérimental Les faux-monnayeurs (1925) s\u2019assimile à un humanisme aussi cathartique qu\u2019aventureux.«L\u2019œuvre d\u2019art accomplie sera, juge l\u2019écrivain, celle qui passera d\u2019abord inaperçue.» 11 rappelle, par exemple, que Blake et Stendhal «n\u2019ont écrit que pour les générations à venir».Dans la lettre de remerciement de Gide à l\u2019Académie suédoise qui lui décerne le prix Nobel, Lestringant voit «une alliance très personnelle de simplicité et d\u2019orgueil».Le lauréat y avoue qu\u2019il rêvait d\u2019une gloire qui, comme celle de Keats, de Nietzsche ou de Kierkegaard (la dimension continentale des références est toujours marquée), ne viendrait que «plus ou moins longtemps» après sa mort.Ironique, il accepte donc le prix «à la manière dont un enfant reçoit une récompense».lente > La portée égotiste de l\u2019esthétique et de l\u2019humanisme gi-diens se retrouve dans l\u2019idée, d\u2019abord positive, que l\u2019écrivain se fait en 1934 du communisme, vision dont son biographe souligne l\u2019importance.Gide préconise rien de moins qu\u2019un «individualisme communiste»] Pour lui, l\u2019artiste marxiste doit rester fidèle à ses élans intimes.11 précise: «Ce n\u2019est qu\u2019ainsi qu\u2019il peut faire œuvre utile et servir la société.» Mais, à la suite de sa visite de l\u2019URSS deux ans plus tard, Gide perd ses illusions, tout en gardant de sa rencontre avec Pasternak (déjà dissident en secret) l\u2019impression d\u2019un tête-à-tête avec «le génie» et d\u2019une «amitié vio-qui naissait.Son jugement est sans appel: «Je doute qu\u2019en aucun autre pays aujourd\u2019hui, fût-ce dans l\u2019Allemagne de Hitler, l\u2019esprit soit moins libre.» Le rejet du communisme renforce, chez lui, un humanisme toujours changeant mais esclave, jusqu\u2019à la mort, d\u2019une obsession redoutable : l\u2019attirance sexuelle vers les jeunes garçons.Hanté par l\u2019idée que chacun des êtres humains est une succession d\u2019images qui s\u2019opposent les unes aux autres et convaincu que « le monde sera sauvé par quelques-uns» seulement, Gide ne cessera de laisser croire que le moi, si inventif, peut aussi nous déchirer.Collaborateur Le Devoir ANDRÉ GIDE LTNQUIETEUR Tome U Frank Lestringant Flammarion Paris, 2012,1536pages LITTERATURE QUEBECOISE Principes et gravité CHRISTIAN DESMEULES N> y voyez surtout rien de désobligeant, mais les points de vue de Roland Bourneuf volent souvent au ras du sol.Un groupe d\u2019hommes assis autour d\u2019un trou à la surface d\u2019un lac gelé, des odeurs d\u2019humus et de fumier, un arbre abattu, des bernaches qui font la sieste couchées sur le sable et «la tête dans l\u2019aile».Dans Points de vue, Roland Bourneuf tend une invitation à «regarder ce qui est à nos pieds et ce qui nous habite».11 observe d\u2019un œil aiguisé quelques principes élémentaires de la ^avité.Ce qui nous vaut une série de courtes méditations qui sont parfois terre à terre, parfois éthérées.Et un éloge de l\u2019odorat précède une apologie ambiguë des bagages, du Wanderer et de «l\u2019esprit pérégrinant».Mais l\u2019auteur de Venir en ce lieu, de Pierres de touche et de L\u2019ammonite (L\u2019instant même, 1997, 2007 et 2009), né en Auvergne en 1934, longtemps professeur à l\u2019Université Laval, romancier et nouvelliste, visite aussi quelques hauts lieux et discufe de poésie et de voyance.À un spectacle Roland Bourneuf Points de vue capté sur une plage cubaine, un tout-inclus où bronzent une théorie de visages asservis par la «tyrannie des objets», Bourneuf oppose la mémoire de deux voyageurs occidentaux au Tibet.Comme le flux qui circule de façon ininterrompue entre les pieds, le regard et l\u2019âme d\u2019un marcheur, l\u2019unité de ces fragments de pensée est dans le regard qui les a mis au monde et qui les porte.Collaborateur Le Devoir POINTS DE VUE Roland Bourneuf L\u2019instant même Québec, 2012, 120pages ¦\tInvitation '>HJn^ements et remise du ^ Pfix Spirale Eva-Le-Grand Mercredi 24 octobre à 18h30 Librairie Olivieri 5219, Côte-des-Neiges, Montéal [Métro Côte-des-Neiges] Tél.: 514-739-3639 Pour information: spiralemagazine@yahoo.com e) arts lettres sciences humaines Normand Chaurette Lauréat 2011-2012 du Prix Spirale Eva-Le-Grand L'équipe de Spirale a l'immense plaisir de remettre son prix annuel de l'essai à Normand Chaurette pour son livre remarquable Comment tuer Shakespeare (PUM).Lancements Nous profiterons de l'occasion pour souligner la parution de Corps de papier.Résonances, de Andrea Oberhuber, ainsi que la publication de notre numéro d'automne dont le dossier, « États de corps », est consacré à la danse, et le portfolio à l'artiste Stéphane Gilot.Venez célébrer avec nous! Andrea Oberhuber CORPS DE PAPIER AVEC DÉS ACCOMPAGNEMENTS DÉ CATHERINE MAVRIKAKIS NICOLE BR05SARD ET VERENA STEFAN dpiralé États de corps I Louis Hamelin Fernando Arrabal F 6 LE DEVOIR, LES SAMEDI 20 ET DIMANCHE 21 OCTOBRE 2012 ESSAIS Alain Vadeboncœur ou l\u2019engagement pour la santé Louis CORNELLIER III PRIVE DE SOINS Contre Id regression tranquille er ALAIN VADEBONCOEUR Fils du regretté écrivain et syndicaliste Pierre Vadeboncœur et de Marie Ga-doury, une travailleuse sociale engagée, le docteur Alain Vadeboncœur, comme ses parents, se bat pour la justice sociale.Il publie, ces jours-ci.Privé de soins.Contre la régression tranquille en santé, un important essai qui se porte avec ardeur et sensibilité à la défense du système de santé public québécois.Le grand intérêt de cet ouvrage tient à ce qu\u2019il offre un point de vue informé, argumenté et de gauche sur le sujet.Communicateur sympathique mais un peu ennuyeux à l\u2019écran \u2014 il est vrai que parler de 15-20 maladies en une heure, comme le veut le concept des Docteurs (Radio-Canada), n\u2019est pas l\u2019idée du siècle \u2014, Alain Vadeboncœur est diablement plus captivant en essayiste engagé.Cette idée d\u2019engagement, d\u2019ailleurs, est au cœur de sa démarche.Le «métier» de médecin, écrit-il, est certes un des plus beaux et «fait [sal joie depuis plus de 22 ans», mais il s\u2019accompagne d\u2019un devoir fondamental.«La médecine, explique l\u2019essayiste, est un pacte social et non un partenariat d\u2019affaires.» LUX Notre société respecte et valorise les médecins, elle paie leur formation et leur offre un encadrement professionnel de haute qualité.«Les médecins en sont redevables, même s\u2019ils ont tendance à l\u2019oublier, insiste Vadeboncœur.Plusieurs agissent comme des affranchis qui se seraient construits eux-mêmes, leurs qualités personnelles expliquant entièrement leur réussite et leur position sociale.Ils se sentent libres d\u2019agir et de décider qui, où et quand ils vont soigner.Mais cette liberté n\u2019est qu\u2019une illusion, une fausse perspective en fait: le médecin n\u2019a d\u2019autre choix que de s\u2019engager, car il doit presque tout à la société dont il est issu.Une vie médicale réussie, c\u2019est d\u2019abord ce grand engagement.» Admettez que lire une telle profession de foi sous la plume d\u2019un médecin fait déjà du bien et rassure: non, Amir Khadir n\u2019est pas seul ; ses collègues regroupés dans l\u2019organisation Médecins québécois pour le régime public, dont Vadeboncœur est le président, sont avec lui.La solidarité humaine L\u2019engagement d\u2019un médecin consiste bien sûr à aider les gens en les soignant et en les soulageant, mais cela ne suffit pas.Les principaux déterminants de la santé et de la longévité, rappelle Vadeboncœur, sont socioéconomiques: revenu, statut social, conditions de travail, éducation, environnement social et physique, habitudes de vie et réseau de soutien.Par conséquent, pour être vraiment fidèles à leur mission, les médecins doivent «s\u2019engager Pour le docteur et essayiste Alain Vadeboncœur, «la médecine est un pacte social et non un partenariat d\u2019affaires».FRANÇOIS PESANT LE DEVOIR afin d\u2019influer aussi sur les déterminants de la santé que je viens de citer, auxquels la solidarité humaine contribue bien davantage que la confrérie médicale, insiste Vadeboncœur.Et dans cette solidarité concrète, la part qui devrait tenir le plus à cœur aux médecins, à tous les médecins, c\u2019est notre système de santé public lui-même».Ce système n\u2019est pas parfait, reconnaît le médecin militant en pointant l\u2019attente à l\u2019urgence, les difficultés d\u2019accès à un médecin de famille, le manque d\u2019infirmières et les délais pour passer un test ou subir une chirurgie.Il accomplit néanmoins son devoir avec une appréciable efficacité.En 30 ans, par exemple, la mortalité prématurée a connu une baisse de 49% au Québec (qui se classe parmi les meilleurs du monde à ce chapitre).De plus, les patients traités sont largement satisfaits des soins reçus.« Se pourrait-il que la propension de nos médias à mettre en avant les failles du système contribue à forger une opinion publique particulièrement négative ?», demande Vadeboncœur, qui détruit du même souffle l\u2019argumentation selon laquelle les dépenses publiques en santé exploseraient et nous mèneraient dans un gouffre financier.La solution consistant à faire entrer plus de privé dans l\u2019équation (au Canada, la proportion est déjà de 30%), pour supposément sauver le système, serait catastrophique pour le bien commun, explique le médecin.Elle coûterait, au total, plus cher et donnerait préséance à ceux qui ont des moyens plutôt qu\u2019à ceux qui ont des besoins.Vadeboncœur cite des études qui montrent que les Irais de gestion sont plus élevés dans le secteur privé, que les normes de qualité y sont plus basses et que les tests inutiles (bilans de santé, tapis roulants, scans et autres radios en prévention) mais payants y sont légion.Le privé, ajoute-t-il, soigne moins de patients, choisit les patients faciles, c\u2019est-à-dire riches et en santé, au détriment des malades et refile ses pots cassés et les cas lourds au public.«J\u2019aime mieux, conclut Vadeboncœur, un système de santé imparfait, mais juste, qu\u2019un système de santé plus parfait pour certains et moins pour d\u2019autres.» Des solutions Le médecin militant ne se contente pas de défendre l\u2019actuel système public.Il avance des solutions visant à l\u2019améliorer.Il invite d\u2019abord les bien-portants à ne pas médicaliser leurs petits bobos {«cette pédagogie devrait débuter à l\u2019école secondaire»).Il propose de revoir la manière dont les soins sont offerts pour faire en sorte que les spécialistes ne fassent pas des gestes qui reviennent aux omnipraticiens et que ceux-ci délèguent des tâches à des infirmières.La pertinence des soins, poursuit-il, doit être analysée.Actuellement, de nombreux gestes médicaux (tests diagnostiques, dépistage, colonoscopies préventives) sont réalisés en pure perte.La pertinence des médicaments est aussi dans sa mire.Vadeboncœur plaide d\u2019ailleurs pour un régime public et universel d\u2019assurance-médicaments.Il rappelle, enfin, la nécessité d\u2019une saine prévention (manger mieux, fumer moins, faire de l\u2019exercice), qui passe d\u2019abord par une meilleure redistribution de la richesse.La réflexion présentée dans ce livre doit beaucoup, notamment, aux importants ouvrages Le privé dans la santé (PUM, 2008), d\u2019un groupe d\u2019experts québécois en administration de la santé, et Le dernier des bien-portants (PUL, 2008), du médecin américain Nortin M.Hadler, deux ouvrages déjà encensés dans cette chronique.Ce que Vadeboncœur apporte au débat, c\u2019est le point de vue incarné et costaud d\u2019un médecin québécois engagé qui, comme Jacques Perron, a choisi le parti «desgens ordinaires».louisco@sympatico.ca PRIVÉ DE SOINS Contre la régression tranquille en santé Alain Vadeboncœur ^ Préface de Bernard Emond Lux Montréal, 2012, 304 pages Les gauches françaises entre liberté et égalité CHRISTIAN NADEAU Ces deux volumes rassemblent l\u2019essentiel des éléments d\u2019analyse permettant d\u2019obtenir un bilan critique de la gauche en Prance.Le premier volume est un panorama historique de la gauche, le second une anthologie d\u2019autant plus utile qu\u2019elle offre un grand nombre de textes à la limite introuvables.Intellectuel et figure bien connue de la scène médiatique en Prance, éditorialiste au Nouvel Observateur et, depuis deux ans, au magazine Marianne, longtemps responsable syndical à la CPDT, Jacques Julliard est l\u2019auteur d\u2019une bonne vingtaine de livres sur la gauche, le syndicalisme et l\u2019histoire des mouvements sociaux.Il a été également un défenseur d\u2019un renouveau du socialisme en Prance et proche de ce qu\u2019on a appelé la « deuxième gauche » et des milieux politiques entourant Michel Rocard.Il s\u2019est ensuite distancé de ceux-ci, en rappelant l\u2019importance des luttes sociales contre les grands pouvoirs économiques.Sans être l\u2019œuvre d\u2019un historien professionnel, le récit proposé par Jacques Julliard a le mérite de brosser un tableau très exhaustif des gauches Irançaises, de l\u2019époque des Lumières jusqu\u2019à aujourd\u2019hui.Après un rapide examen des principes constitutifs de la gauche, dont celui, cardinal, d\u2019égalité, Julliard expose les origines religieuses de la gauche française en s\u2019intéressant à l\u2019opposition janséniste au pouvoir de l\u2019État.La Révolution française est déterminante, car elle contient déjà en elle-même les principales divisions entre une gauche révolutionnaire et une gauche jacobine oû la puissance de l\u2019État ne saurait être remise en question.Au XEK® siècle, ce même type de clivage se vérifie dans les oppositions entre gauche socialiste et gauche libertaire.Au cours des siècles, ce qui est en cause avec la gauche Iran-çaise est précisément l\u2019idéal même de la République et le mariage parfois tumultueux entre les valeurs de l\u2019égalité et celles de la liberté.Parmi les pages les plus intéressantes du livre, on retrouve celles sur le «moment républicain», soit entre 1848 et 1898, et les luttes des «radicaux» contre le catholicisme, jusqu\u2019au «grand schisme» de l\u2019entre-deux-guerres opposant communistes et socialistes.Outre la Commune de Paris, en 1871, qui a selon Julliard un statut particulier, la gauche connaîtra quatre moments révolutîon-naîres, soît 1789, 1793, 1830 et 1848.Par la suite, l\u2019îdéal révolutionnaire sera présent sans pour autant donner lieu au soulèvement.L\u2019un des moments clés de l\u2019histoire de la gauche est, comme chacun sait, l\u2019affaire Dreyfus (1894-1899).Cet épisode est crucial pour comprendre la manière dont les intellectuels ont investi la gauche, par l\u2019écrit, mais aussi par la pétition, les appels, bref la mobilisation.Selon Julliard, les intellectuels, ne pouvant se constituer comme «classe», se sont alors regroupés comme un «parti», ou plus pré- cisément comme des groupes organisés, par exemple la Ligue des droits de l\u2019homme et du citoyen, en 1898.A lire Jacques Julliard, toute l\u2019histoire de la gauche française semble traversée par l\u2019opposition exprimée en 1977 par Michel Rocard entre une gauche centralisatrice, jacobine et nationaliste et une gauche au contraire décentralisatrice, méfiante devant tout abus d\u2019autorité et qui accorde volontiers sa confiance aux initiatives locales.Il reste à voir si ces deux gauches sont inconciliables.Comment espérer de réelles actions localisées sans l\u2019appui de structures élargies ?Pour le dire autrement, la gauche peut-elle véritablement marquer des points si elle est sans cesse marginalisée dans l\u2019opposition et si ces aspirations ne se traduisent pas par des politiques publiques?Une chose est certaine : ces questions n\u2019ont pas fini de hanter le parcours des gauches, en Prance comme ailleurs.Collaborateur Le Devoir LES GAUCHES FRANÇAISES.1762-2012: HISTOIRE, POLITIQUE, IMAGINAIRE Jacques Julliard Flammarion Paris, 2012, 944 pages LA GAUCHE PAR LES TEXTES.1762-2012 Jacques Julliard et Grégoire Franconie Flammarion Paris, 2012, 456 pages ACADEMIE DES LETTRES DU QUEBEC XXX® Colloque des écrivains \"¦\"lïsisîmjRE Enjeux et contenus de l\u2019enseignement secondaire au Québec À LA RECHERCHE D'UN SOCLE Yendredip 26 octobre 2012p dès 9 h Auditorium du Centre des archives de Montréal de BAnQ 535, avenue Viger Est (angle Saint-Hubert) Montréal Entrée libre Le colloque est coordonné par M™ Lise Bissonnette avec la collaboration de MM.Yvan Lamonde et Georges Leroux Il sera suivi d\u2019une réception et du lancement des Actes du colloque de 2011 AVEC LA PARTICIPATION DE M™ Lise Bissonnette M.Yvan Lamonde M.Martin Boisseau M™ Micheline Dumont M™ Micheline Labelle M.Benoît Melançon M.Étienne Rouleau RENSEIGNEMENTS Maude Levasseur, adjointe administrative \u2022 Académie des Lettres du Québec Casier postal 417 \u2014 Succursale Rosemont, Montréal H1X 3C6 \u2022 514 873-4496 sécréta riat@academiedeslettresduquebec.ca ff/Mfbtfièqif* etAnhhnM fiaCfoftalM Québec S a Québec ra i CF\\jL^ "]
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