Le devoir, 27 octobre 2012, Cahier G
[" SOCIETE PATRIMOINE CULTUREL La Commission des biens est devenue le Conseil du patrimoine culturel Page 3 La nouvelle loi est empreinte du passé Page 5 CAHIER SPECIAL G > LE DEVOIR, LES SAMEDI 27 ET DIMANCHE 28 OCTOBRE 2012 CHATEAU DE RAMEZAY Le Chateau de Ramezay est declare «bien culturel» des 1929 Le Québec enfin.se souvient ! Les mots, comme les choses, sont donnés en héritage Il avait pour nom Athanase David.Il était secrétaire de la province de Québec.En 1922, il eut l\u2019idée de mettre en place une commission des biens culturels.Et, 90 ans plus tard, avec l\u2019entrée en vigueur, le 19 octobre 2012, d\u2019une nouvelle loi, celle qui assujettit le patrimoine culturel à des mesures législatives, on peut dire que son projet initial aboutit.Le patrimoine, des musées et des monuments, déborde sur tout le paysage québécois, le matériel et l\u2019immatériel.Cette loi marque une nouvelle étape dans Thistoire de la protection du patrimoine culturel par TEtat.Elle témoigne de rélargissement de la notion de patrimoine au fil des années.NORMAND THERIAULT Qui eût dit que, dans une loi, on allait un jour inscrire la définition qui suit: «Les savoir-faire, les connaissances, les expressions, les pratiques et les représentations transmis de génération en génération et recréés en permanence, en conjonction, le cas échéant, avec les objets et les espaces culturels qui leur sont associés, qu\u2019une communauté ou un groupe reconnaît comme faisant partie de son patrimoine culturel et dont la connaissance, la sauvegarde, la transmission ou la mise en valeur présente un intérêt public » ?Car c\u2019est ainsi qu\u2019est décrit le patrimoine dit «immatériel» dans une loi adoptée le 19 octobre 2011 et entrée en vigueur un an plus tard, jour pour jour.Et comment le ministère de la Culture et des Communications présente-t-il succinctement cette loi qui remplace la loi relative aux biens culturels, modifiée moult fois depuis son adoption en 1922?Comme suit, en définissant de façon large les paramètres : « Cette loi marque une nouvelle étape dans l\u2019histoire de la protection,du patrimoine culturel par l\u2019Etat.Elle : témoigne de l\u2019élargissement de la notion de patrimoine au fil des années et inclut désormais les paysages culturels patrimoniaux, le patrimoine immatériel, ainsi que les personnages, les événements et les lieux historiques ; tient compte également du rôle croissant que jouent les municipalités dans la protection et la mise en valeur du patrimoine, en leur donnant davantage de pouvoirs ; confie aussi des pouvoirs aux communautés autoch- tones, notamment pour l\u2019attribution de statuts légaux aux éléments du patrimoine culturel qui leur sont chers.» Responsabilité Et si les mots par la loi ont force, si qui consulte un Robert constate que le patrimoine est « ce qui est considéré comme un bien propre, comme une propriété transmise par les ancêtres» et qu\u2019est propriété le «droit d\u2019user, de jouir et de disposer d\u2019une chose d\u2019une manière exclusive et absolue sous les restrictions établies par la loi», alors on peut maintenant dire que le Québec et les Québécois sont « maître chez nous ».Mais le défaut toutefois qu\u2019accompagne la charge des propriétaires est celui qui impose l\u2019obligation de les garder en l\u2019état.Et ici, au fil des ans, dans les années à venir, plus d\u2019un problème surgira si, par exemple, un groupe de citoyens, faisant appel au nouveau Conseil du patrimoine, obtient, pour tel lieu, village ou canton, qu\u2019une montagne, un site ou une manière de faire soit dite patrimoniale, on verra les discours qui suivront, surtout quand les conséquences de la consécration auront des incidences budgétaires ou immobilières.Car, avec cette loi, sont liés aussi le patrimoine et le développement, qui est devenu durable, par le fait de garder en l\u2019état ce qui est, mais aussi par l\u2019obligation de respecter tout ce qui donne sa qualité et sa valeur à ce qui est classé.Que la portée soit vaste, cela est: en Australie, une loi de telle nature ne relève-t-elle pas de la compétence du ministère de l\u2019Environnement?Inscription Si, en 1922, il avait fallu attendre neuf ans avant que des biens ne soient inscrits comme patrimoniaux, soit le Château Ramezay, l\u2019église Notre-Dame-des-Victoires à Québec et la Maison des jésuites à Sillery, à quand les premières demandes pour que soient déclarés patrimoniaux la méthode traditionnelle de faire du cidre, quelques cérémonies liturgiques ou tout le parc des Laurentides?Et pourra-t-on aménager à l\u2019avenant des berges quand serait dit public le droit de regard et d\u2019accès à un fleuve ou à des rivières du territoire ?Nous en sommes maintenant là.Les municipalités peuvent ainsi se protéger contre les abus d\u2019entreprises.Et les autochtones pourront s\u2019opposer à des développements pour des raisons qui soient autres que seulement économiques.Recommandations Mais, avant de dire que tout est permis dans la possibilité d\u2019interdire, il faudra attendre que des avis soient émis.Et, à qui croit que le gouvernement titulaire de la loi se désengage, on pourra dire que les intervenants sur le terrain, ceux qui ont le patrimoine à cœur, déjà déposent des demandes.Les municipalités, par la voix des édiles, informent qu\u2019il y aura nécessité d\u2019une expertise extérieure ; les gens des musées insistent pour dire que des conseils et recommandations devront être fournis et les acteurs sociaux demandent la mise en place de stratégies conçues par concertation de toutes les parties.Et dernière demande, faite par tous: il faudra qu\u2019il y ait des sommes nouvelles mises à disposition.Sinon, la loi restera lettre morte et simple déclaration de principes.Nous en sommes là, car, si le Québec en ce domaine a agi, cela vient après qu\u2019en 1993 l\u2019UNESCO a déclaré que le paysage était patrimonial et que le même organisme l\u2019a dit aussi en désignant, cette fois en 2003, cet héritage immatériel par les ans transmis.Mais, ce qui est ici nouveau, c\u2019est que, depuis huit jours, on puisse enfin dire que, vraiment, Québec «se souvient».Cela impose sans doute quelque obligation.Comme cela peut aussi être source de fierté. G 2 LE DEVOIR LES SAMEDI 27 ET DIMANCHE 28 OCTOBRE 2012 PATRIMOINE UNE NOUVELLE LOI \u2022r>.Une vision élargie du patrimoine Un paysage pourra se voir accorder un statut juridique La Loi sur le patrimoine culturel, dont l\u2019entrée en vigueur a eu lieu le 19 octobre 2012, élargit d\u2019abord la définition de ce qu\u2019est un élément du patrimoine culturel.Elle confère aussi aux municipalités et aux communautés autochtones certains pouvoirs en matière de protection et de valorisation du patrimoine culturel.PIERRE VALLÉE La définition du patrimoine culturel inscrite dans la nouvelle loi s\u2019enrichit donc de deux notions : celle du patrimoine immatériel et celle du paysage culturel patrimonial.«En incluant ces deux notions, la Loi sur le patrimoine culturel donne une définition très ouverte de ce qu\u2019est le patrimoine et permet donc de protéger et de valoriser tout type de patrimoine», explique Danielle Dubé, directrice du patrimoine et de la muséologie au ministère de la Culture et des Communications.Voici comment la loi définit le patrimoine immatériel.Ce dernier est constitué d\u2019éléments qui peuvent se transmettre d\u2019une personne à une autre ou d\u2019un groupe à un autre et qui sont constitués des savoir-faire, connaissances, expressions, pratiques et représentations.Les personnes, les objets et les espaces culturels en sont par contre exclus, même s\u2019ils peuvent y être étroitement liés.«Prenons l\u2019exemple de la fabrication de canots d\u2019écorce.Ce serait la fabrication elle-même qui ferait l\u2019objet de la désignation, pas le canot ni l\u2019artisan.De plus, on définit le patrimoine immatériel comme patrimoine vivant, puisqu\u2019il est transmis.Un exemple en est la fabrication du sirop d\u2019érable.Elle a été transmise de génération en génération, mais elle n\u2019est pas figée dans le temps, puisque les méthodes de fabrication ont évolué avec le temps.Elle est donc vivante.» La Loi sur le patrimoine culturel permet aussi de souligner l\u2019importance d\u2019un événement et d\u2019un personnage historiques.«Par exemple, on pourrait désigner un ancien premier ministre du Québec comme un personnage historique et son lieu de sépulture comme un lieu historique.Il s\u2019agit ici surtout d\u2019une mesure de valorisation du patrimoine.» Le paysage culturel patrimonial fait aussi son entrée, puisque la loi prévoit que le gouvernement peut désigner et accorder un statut juridique à un paysage qui présente un intérêt historique, emblématique ou identitaire.Le processus retenu pour la désignation d\u2019un paysage culturel patrimonial est un processus ascendant.« Cela doit d\u2019abord partir des municipalités et des MRC concernées par ce paysage, avant d\u2019aboutir au ministère.La population locale doit évi- / SOURCE FRANCOIS LEGER-SAVARD TOURISME AUTOCHTONE QUEBEC Le paysage culturel patrimonial fait son entrée.Selon son intérêt historique, emblématique ou identitaire, il pourra être désigné comme patrimonial par le gouvernement demment adhérer au projet.Le niveau de protection accordé au paysage relève aussi des décideurs locaux.» Municipalités et communautés autochtones La Loi sur le patrimoine culturel donne aussi aux municipalités et aux communautés autochtones des pouvoirs semblables à ceux accordés au ministère.Ainsi, ces dernières pourront citer ou identifier des éléments du patrimoine culturel situés sur leur territoire.Elles pourront le faire pour un immeuble ou un site patrimoniaux situés sur leur territoire.Par contre, en ce qui a trait £ « « * aux objets et aux documents patrimoniaux, elles pourront le faire uniquement si elles en sont les propriétaires.Par exemple, une municipalité pourra citer un immeuble patrimonial, ce qui lui donnera une forme de protection telle que définie par le plan de conservation que la municipalité devra établir pour cet immeuble.«La loi permet donc aux municipalités et aux communautés autochtones de protéger et de valoriser des éléments patrimoniaux qui ont une valeur à leur échelle.Ce ne sont pas tous les éléments du patrimoine culturel québécois qui ont un intérêt national.Par contre, certains éléments du patrimoine culturel peuvent avoir une signification particulière pour une collectivité précise.La loi donne donc des outils à ces collectivités afin qu\u2019elles puissent protéger et valoriser ces éléments de leur patrimoine.» Notons au passage que les municipalités et les communautés autochtones peuvent se prévaloir ou non de ces nouveaux pouvoirs que leur accorde la loi.Protection et valorisation La Loi sur le patrimoine culturel prévoit aussi plusieurs mesures et statuts juridiques visant à protéger et à valoriser le patrimoine culturel québécois.Ces mesures et statuts ont des applications différentes : certains visent la protection du patrimoine, d\u2019autres, sa valorisation.De plus, certains sont réservés au gouvernement du Québec, d\u2019autres, au ministre et au ministère, et d\u2019autres encore, aux municipalités et aux communautés autochtones.Par exemple, la déclaration d\u2019un site patrimonial est réservée au gouvernement du Québec.Il s\u2019agit d\u2019une mesure exceptionnelle et, à ce jour, seulement douze sites ont fait l\u2019objet d\u2019une telle déclaration.Le classement, par contre, relève du ministre.Ce dernier peut classer un immeuble, un site, un objet ou un document patrimoniaux.La citation, par contre, relève des municipalités et des communautés autochtones et permet d\u2019accorder un statut juridique à un bien patrimonial.L\u2019identification, qui relève aussi des municipalités et des communautés autochtones, s\u2019applique aux éléments du patrimoine immatériel.Certains de ces statuts juridiques, comme le classement, sont essentiellement des mesures de protection, d\u2019autres, comme l\u2019identification, sont des mesures de valorisation.«Au fond, ce que la loi fait, c\u2019est qu\u2019elle nous offre plusieurs options pour protéger et valoriser le patrimoine culturel québécois.Non seulement vient-elle donner une définition plus large de ce qu\u2019est le patrimoine, mais elle reconnaît que sa protection et sa mise en valeur peuvent se faire par différents moyens, selon le bien patrimonial en question.Le volet de valorisation est important parce qu\u2019il permet de sensibiliser davantage la population à l\u2019importance du patrimoine, ce qui facilite la diffusion et le développement du patrimoine culturel québécois.» Collaborateur Le Devoir LE DEVOIR, LES SAMEDI 27 ET DIMANCHE 28 OCTOBRE 2012 G 3 PATRIMOINE CONSEIL DU PATRIMOINE CULTUREL La transition s\u2019opère dans la continuité « Nous allons pouvoir être davantage à l\u2019écoute de la population » La nouvelle Loi sur le patrimoine culturel, qui vient tout juste d\u2019entrer en vigueur, crée du même coup un nouvel organisme, le Conseil du patrimoine culturel du Québec, qui vient prendre la relève de la maintenant défunte Commission des biens culturels du Québec.Entrevue avec son président.PIERRE VALLÉE C> est Yves Lefebvre, qui assumait depuis 2010 la présidence de la Commission des biens culturels du Québec, qui se voit confier les rênes du nouvel organisme.«La création d\u2019un nouvel organisme était devenue nécessaire si on voulait que ce dernier soit conforme à la portée de la nouvelle loi.Mais la transition se fait dans la continuité, tout comme s\u2019est faite autrefois la transition entre la Commission des monuments historiques et la Commission des biens culturels.» Rappelons que la Commission des monuments historiques fut créée en 1922, après l\u2019adoption de la Loi sur les monuments historiques, et que les premiers classements de monuments historiques eurent lieu en 1929, soit ceux de la Maison des jésuites, à Sillery, du Château De Ramezay, à Montréal, et de l\u2019église Notre-Dame-des-Victoires, à Québec.C\u2019est en 1972, lors de l\u2019adoption de la Loi sur les hiens culturels, que la Commission des monuments historiques se muta en Commission des hiens culturels.«Même avec ces changements, on peut dire que nous sommes le plus ancien organisme gouvernemental en activité au Québec, avec 90 années d\u2019existence.» Différents noms, mais même fonction principale Peu importe le changement de nom de l\u2019organisme, sa fonction première demeure la même.«Nous sommes un organisme indépendant du ministère de la Culture et des Communications et nous répondons directement au ministre.Nous sommes là pour le conseiller et lui donner un avis lorsque ce dernier le demande.» Le Conseil du patrimoine culturel peut aussi faire une recommandation au ministre, tenir des consultations publiques et commander des études.Le conseil est composé de douze membres, dont le président et le vice-président.«Nos membres proviennent de divers secteurs d\u2019activité et de différentes régions du Québec, ce qui nous donne des personnes ayant des expériences très variées.L\u2019idée est de faire en sorte que le tout du conseil soit plus grand que la somme de ses parties.» Les avis du conseil s\u2019appuient sur quatre facteurs.«Il y a d\u2019abord l\u2019expertise même de nos membres.Et puis, il y a les études et les recherches qu\u2019on peut commander.Et, comme nous tenons des consultations publiques, nous avons une bonne connaissance des enjeux locaux.Déplus, il y a l\u2019expertise internationale dont on peut se servir.» Ce qui a changé Il y a deux choses qui ont changé dans le fonctionnement du Conseil du patrimoine culturel du Québec, et ce, pour tenir compte des nouvelles dispositions de la Loi sur le patrimoine culturel.«La nouvelle loi élargit le concept du patrimoine en y incluant des notions comme le patrimoine immatériel et le paysage culturel patrimonial.» La nouvelle loi se rapproche ainsi de la définition du patrimoine telle que proposée par l\u2019Unesco, mais, dans le concret, on ne sait pas encore comment cela se traduira.«Nous n\u2019avons pas encore eu de demande en ce sens.Qn verra donc à l\u2019usage comment tout cela se mettra en place dès qu\u2019on aura une première demande.» Une autre modification dans le fonctionnement de l\u2019organisme concerne les avis portant sur les demandes de travaux à être exécutés sur des bâtiments ou des sites patrimoniaux.«L\u2019ancienne loi obligeait le ministre à demander notre avis pour toutes les demandes, la nouvelle loi précise plutôt qu\u2019il peut le faire s\u2019il en voit le besoin.» La conséquence directe de cette modification est qu\u2019il y aura moins de demandes d\u2019avis, puisque les de- JACQUES NADEAU LE DEVOIR La nouvelle loi élargit le concept du patrimoine en y incluant des notions comme le patrimoine immatériel et le paysage culturel patrimonial.mandes pour des travaux de moindre importance pourront être évaluées uniquement par le ministère.«Cela aura pour effet de nous dégager du temps, que nous allons mettre à profit afin de bonifier et de multiplier nos consultations publiques.Nous allons pouvoir être davantage à l\u2019écoute de la population.» Ce qui ne change pas Par contre, ce qui ne change pas, c\u2019est la façon dont fonctionnent les membres du Conseil du patrimoine culturel.«Notre approche a toujours été et demeure une approche consensuelle, où on cherche à mettre à profit la synergie entre nos membres.Notre travail est rigoureux et basé sur des connaissances.Notre esprit est critique mais ne manque pas d\u2019ouverture.» Et la philosophie qui sous-tend le tout demeure la même.«Nous gardons le cap sur notre ligne éditoriale, qui veut que la protection du patrimoine peut se faire sans mettre sous cloche de verre le Québec tout entier.Nous ne voyons pas d\u2019opposition entre la protection du patrimoine et le développement J\u2019aime bien ici me servir de l\u2019exemple de l\u2019arbre.Que fait d\u2019abord l\u2019arbre ?Il fait pousser ses racines.Et c\u2019est quand ses racines sont solides qu\u2019il peut vraiment grandir.Protéger et mettre en valeur le patrimoine est un geste tourné vers l\u2019avenir qui s\u2019adresse aux générations futures.» Sans compter que le patrimoine lui-même est en développement.«Notre dernière étude est un ouvrage de sensibilisation qui paraîtra bientôt et qui porte sur le patrimoine en devenir et l\u2019architecture moderne au Québec.Ce type d\u2019ouvrage est aussi un outil qui nous permet de nous rapprocher du citoyen, parce que la protection du patrimoine devient une réussite lorsque les citoyens se l\u2019approprient, ce qui est de plus en plus le cas.Je crois sincèrement que le patrimoine culturel québécois a de belles années devant lui.» Collaborateur Le Devoir UN AJOUT MAIEUR Le paysage est un patrimoine « C\u2019est aux collectivités à reconnaître le caractère exceptionnel d\u2019un lieu » La nouvelle Loi sur le patrimoine culturel est entrée en vigueur le 19 octobre dernier.Fait inédit: les «paysages culturels patrimoniaux» pourront désormais bénéficier d\u2019une protection.Peut-on espérer le classement d\u2019un premier paysage bientôt?AMÉLIE DAOUST-BOISVERT Seule la neige qui craque sous le poids de mes raquettes perturbe le silence du village fantôme.L\u2019hiver a été généreux.En cette froide journée de 2008, j\u2019explore, en louve solitaire, le site historique de Val-Jalbert, près de Roberval, au Saguenay-Lac-Saint-Jean.Pas âme qui vive.Vraiment?Mes pas suivent une rivière tumultueuse qui refuse obstinément le gel.Puis, au détour d\u2019un petit pont, elle apparaît, l\u2019âme du lieu : la chute Quiatchouan.Ses embruns puissants ont figé dans un épais manteau de givre le moulin â pulpe abandonné en 1927.Défiant les glaces, elle gronde, furieuse dans ce paysage autrement immobile fait de petites maisons de bois depuis longtemps désertées, pétrifiées dans les années 1920.Depuis, une image de cette scène hivernale inoubliable trône au-dessus de mon foyer.Mais les photographies pourraient bien survivre â la chute Quiatchouan.Menace Une petite centrale hydroélectrique pourrait défigurer ce paysage, dénonce Pierre Leclerc, qui siège au conseil d\u2019administration de la Fondation Rivières.Il a soulevé le problème devant le Bureau d\u2019audiences publiques sur l\u2019environnement (BAPE).Sans succès.Le débit de la chute, en hiver, pourrait être réduit â 0,3 mètre cube par seconde : un filet en comparaison des 20 mè- tres cubes qui s\u2019écoulent actuellement.Pendant la saison touristique, un débit «esthétique » de 7 mètres cubes par seconde serait conservé.Alors que les 94 bâtiments et vestiges du site sont déjà classés patrimoniaux, Pierre Leclerc et de nombreux citoyens espèrent que la nouvelle loi sur le patrimoine culturel permettra de protéger aussi la chute, qui donne tout son caractère â l\u2019endroit.Et sans laquelle le village n\u2019aurait jamais existé.«C\u2019est un emblème régional! Le ministre Maka Kotto doit se pencher sur ce dossier», croit M.Leclerc.Le ministre de l\u2019Environnement, Daniel Breton, doit aussi se prononcer prochainement, donnant suite au rapport du BAPE, qui, lui, avalisait le projet.Plus de 60 000 personnes visitent le village historique de Val-Jalbert chaque année.Historique, emblématique, identitaire Le ministère de la Culture et \u2019 ^ ft t des Communications précise que, en vertu de la nouvelle loi, «un paysage culturel patrimonial est façonné à la fois par des facteurs naturels et par des activités humaines.Un paysage naturel ne peut être considéré comme un paysage culturel patrimonial pour sa seule beauté.L\u2019humain doit y avoir laissé sa trace.» Ce paysage doit mériter une protection pour son intérêt «historique, emblématique ou identitaire».Pour Pierre Leclerc, cette définition colle parfaitement au cas de la chute Quiatchouan.Le directeur scientifique associé â la Chaire UNESCQ paysage et environnement, Gérald Domon, voit dans cette loi une «belle initiative» qui devra maintenant trouver pied dans le réel.Pour le professeur de l\u2019École d\u2019architecture de paysage de l\u2019Université de Montréal, «c\u2019est aux collectivités à reconnaître le caractère exceptionnel d\u2019un lieu, qui doit se réunir autour d\u2019un projet.Qn ¦A s 4, 'AV-:ir ul/ La chute Quiatchouan, qui alimentait le moulin à pulpe du village de Val-Jalhert, semble figée dans le temps ne peut pas imposer la protection du paysage.» Initiatives locales L\u2019initiative devra donc venir du bas.Pour guider les villes ou les MRC qui souhaitent présenter un projet, le ministère de la Culture et des Communications a créé un guide pratique.Des subventions seront également disponibles, a annoncé le ministre Maka Kotto au moment de l\u2019entrée en vigueur de la nouvelle loi.Voilà qui était nécessaire, selon M.Domon.«Sans ressources pour accompagner les citoyens et les villes, la loi aurait un impact mineur sur le territoire, explique-t-il.La question du paysage est relativement nouvelle.Plusieurs municipalités ne savent pas comment s\u2019y prendre.Il y a un savoir à construire.Si les gens sont seuls dans leur coin, ils risquent de s\u2019essouffler avant d\u2019avoir des résultats.» Selon l\u2019expert, plusieurs questions se posent quant â la manière dont la nouvelle loi sera appliquée.«Les paysages ont toujours évolué dans le temps.Il ne faut pas les figer, car ce serait tomber dans le décor.Le paysage, c\u2019est le rejlet de ce qu\u2019on est, mais aussi de notre relation avec le territoire.» Quels paysages pourraient être protégés?«Pensez aux paysages à caractère historique, à Harrington, à Magog, où certains rangs ont un fort caractère identitaire, propose M.Domon.Le paysage, c\u2019est un bien collectif qui résulte d\u2019une activité privée.C\u2019est paradoxal, car les beaux paysages exercent une attraction, mais, parfois, ils attirent trop et ça les menace.Ils peuvent en perdre leur identité!» Tout est donc dans la recherche d\u2019un équilibre.Il croit que la nouvelle loi donne effectivement de nouveaux arguments aux défenseurs de la chute Quiatchouan.«Ily a une incroyable énergie sur le terrain, observe M.Domon.Il va falloir trouver les moyens pour appuyer toutes ces initiatives !» Le Devoir AMELIE DAOUST-BOISVERT Une force de développement durable et de conservation du patrimoine depuis 1985 www.fondationruesprincipales.qc.ca G 4 LE DEVOIR LES SAMEDI 27 ET DIMANCHE 28 OCTOBRE 2012 PATRIMOINE Les notaires réagissent Il y a un manque de concordance avec le Code civil Une refonte était nécessaire pour refléter l\u2019évolution des mœurs québécoises, mais cette loi est-elle bonne ?M® François Frenette répond: «Oui!», en apportant toutefois certains bémols.MARIE-HÉLÈNE ALARIE Au cours d\u2019une séance de consultation générale tenue, le 12 novembre 2010, par la Commission de la culture et de l\u2019éducation, la Chambre des notaires du Québec a présenté son mémoire sur le projet de loi 82 intitulé «Loi sur le patrimoine culturel».La conclusion de ce mémoire soulignait quelques faiblesses de la nouvelle loi concernant les moyens pour atteindre les buts de cette réforme, ainsi qu\u2019au niveau de la formulation des règles de droit conformes aux exigences du droit en la matière.M® François Frenette est notaire à Québec depuis une quarantaine d\u2019années.Longtemps, il a partagé sa carrière entre la pratique et l\u2019enseignement.Jusqu\u2019en 2000, on retrouve M® Frenette partageant son expérience avec les étudiants de la Faculté de droit de l\u2019Université Laval, afin que «l\u2019enseignement ne soit pas que théorique».Le 15 octobre dernier, dans L\u2019Entracte, une publication de la Chambre des notaires du Québec, M® Frenette a signé un article qui résume les dispositions de la Loi sur le patrimoine culturel et dans lequel il explique l\u2019évolution de la Loi sur les biens culturels vers la Loi sur le patrimoine culturel.En entrevue, M®Frenette précise: «La Loi sur les biens culturels date d\u2019une époque où on considérait chacun des biens individuellement Depuis, cependant, la notion même de patrimoine a pris beaucoup d\u2019ampleur, depuis son intégration dans le Code civil du Québec en 1994, où on considère que les biens ne sont jamais isolés et se trouvent généralement dans un ensemble.C\u2019est abrs que le mot \u201cpatrimoine\u201d devient populaire, et le ministère des Affaires culturelles a adopté d\u2019emblée répression, sans toutefois bien saisir l\u2019essentiel de la notion de patrimoine.Résultat: le patrimoine culturel n\u2019est pas défini et les biens en faisant partie sont toujours considérés individuellement » Les critiques de M® Frenette se concentrent sur un plan juridique assez pointu.Il affirme que, «comme on légifère en matière de biens, on aurait dû faire un effort pour établir un vocabulaire et une correspondance entre les notions de la loi sur le patrimoine culturel et la loi sur le Code civil, ce qu\u2019on n\u2019a pas fait».Nécessaire précision Ici, on touche le fond de la question.«N\u2019ayant pas maîtrisé les notions juridiques de base, on a un patrimoine culturel dans lequel vient s\u2019insérer un \u201cpatrimoine immatériel\u201d: ce qui est une aberration et un non-sens juridique.L\u2019expression \u201cpatrimoine immatériel\u201d a été reconnue par l\u2019UNESCO en 2003.Elle a été développée en pays de common law.Les pays de droit civil l\u2019ont adoptée sans trop réfléchir.Il aurait simplement fallu dire: \u201cSont considérés comme des éléments du patrimoine culturel certains \u2018biens incorporels\u2019\u201d.Si le commun des mortels considère que nous coupons ici les cheveux en quatre, il ne faut pas oublier que les juristes sont les cerbères des textes de loi et que le vocabulaire qu\u2019on utilise pour les écrire ne doit pas prêter le flanc à l\u2019interprétation, en tout cas le moins souvent possible.» Autrement, M® François Frenette salue l\u2019arrivée de cette loi et retient qu\u2019elle constitue «un pas en avant, du fait qu\u2019elle accorde une importance aux paysages, aux façons de faire et de dire, aux traditions orales, et qu\u2019elle veuille les protéger.Sur le plan juridique, toutefois, il y a place à l\u2019amélioration et, avec le temps, ça s\u2019arrangera sans doute!» Mésententes possibles Selon M® Frenette, la question de la mise en pratique de la protection de ce fameux patrimoine immatériel demeure difficile à gérer: «Si on prend l\u2019exemple de la protection du paysage culturel, on s\u2019aperçoit que le gouvernement se dévêtit [sic] de ses responsabilités en stipulant que ce sera aux municipalités concernées de s\u2019entendre.» Pour pallier ce problème, le gouvernement pourrait proposer des paysages désignés et ensuite consulter la population et des municipalités afin d\u2019adopter la bonne marche à suivre en matière de protection.Le dernier point soulevé par M® Frenette est le manque de soutien financier proposé par cette loi.«Le soutien prévu par l\u2019ancienne loi va disparaître en 2012.Selon moi, c\u2019est une erreur, et on devrait encourager le plus possible toute personne qui désire maintenir en l\u2019état un bien.» Mais M® Frenette considère toutefois que «c\u2019est une bonne initiative, parce que le domaine d\u2019application de l\u2019ancienne loi est élargi et que les notaires du Québec continuent de jouer un rôle important dans le respect des dispositions de la Loi sur le patrimoine culturel.Sur le plan de la technique juridique, il y a des faiblesses évidemment, mais les choses peuvent évoluer.Elles évoluent souvent lentement, mais elles évoluent Après tout, la Loi sur la protection du patrimoine culturel n\u2019est que la troisième de ce genre au Québec depuis la moitié du dernier siècle.» Collaboratrice Le Devoir 1 Mise en valeur de notre patrimoine L'histoire d'Hydro-Québec et celle du Québec moderne sont intimement liées.Fière de ses racines, Hydro-Québec mène une action concertée de reconnaissance, de protection et de mise en valeur de son patrimoine bâti, technologique et immatériel.Elle exécute des travaux archéologiques d'envergure et tient compte de la dimension patrimoniale dans ses travaux de réfection et de construction d'installations.La collection historique Hydro-Québec, qui compte près de 3 500 objets, constitue l'une des plus importantes collections à caractère scientifique et technologique du Québec.Pour en savoir plus: www.hydroquebec.com Hydro Québec LE DEVOIR, LES SAMEDI 27 ET DIMANCHE 28 OCTOBRE 2012 G 5 PATRIMOINE NEUF DECENNIES PLUS TARD Une nouvelle loi empreinte du passé On a établi en 1922 la Commission des monuments historiques du Québec Lorsque, en 1922, le secrétaire de la province de Québec, Athanase David, parvient à faire adopter la Loi relative à la conservation des monuments et des objets d\u2019art, il souhaite que cette première loi québécoise en matière de patrimoine fasse boule de neige.Quatre-vingt-dix ans plus tard, son souhait est exaucé.L\u2019entrée en vigueur, vendredi dernier, de la nouvelle Loi sur le patrimoine culturel couvre désormais le patrimoine immatériel et témoigne de près d\u2019un siècle de préoccupations pour la préservation et la valorisation de notre mémoire collective.KARL RETTINO-PARAZELLI Dès l\u2019adoption, en octobre 2011, de la Loi sur le patrimoine culturel, la ministre de la Culture de l\u2019époque, Christine St-Pierre, est élo-gieuse.«Le Québec peut dorénavant s\u2019enorgueillir d\u2019avoir une loi moderne, beaucoup plus efficace, qui permet de couvrir tous les champs du patrimoine», souligne-t-elle.Le patrimoine, ce ne sont plus seulement des monuments ou des objets; ce sont aussi des lieux, des personnages, des événements et même des paysages, tous protégés ou valorisés selon les cas.La ministre St-Pierre évoque alors l\u2019entrée du Québec dans une «nouvelle ère» grâce à une loi qui «reflète l\u2019évolution de la notion de patrimoine culturel».Un des observateurs attentifs de cette évolution de la notion de patrimoine est également l\u2019un des «architectes» de la plus récente loi.«Si on relit les propos d\u2019Athanase David [le parrain de la première loi en matière de patrimoine culturel], sa principale préoccupation est de nourrir la mémoire des citoyens, de conserver des oeuvres d\u2019art et des monuments historiques, explique Gérald Grandmont, qui cumule une vingtaine d\u2019années au service du ministère de la Culture et des Communications et qui enseigne aujourd\u2019hui aux HEC.L\u2019accent est surtout mis sur la commémoration, et cet esprit revient dans la nouvelle loi » La loi de 1922 La Loi relative à la conservation des monuments et des objets d\u2019art ayant un intérêt historique et artistique (1922) constitue donc la fondation sur laquelle s\u2019érigera, dans les années à venir, la notion de patrimoine.Elle permet à la Commission des monuments historiques du Québec nouvellement créée de classer des monuments et des œuvres dont la conservation présente un intérêt national.La commission dresse d\u2019abord un premier inventaire des éléments d\u2019art et d\u2019architecture qui méritent d\u2019être conservés et elle procède en 1929 au classement des premiers monuments : le Château Ramezay (Montréal), l\u2019église Notre-Dame-des-Victoires (Québec) et la Maison des jésuites de Sillery (Québec).En 1952 Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, l\u2019enjeu patrimonial refait surface.Des artistes et des intellectuels québécois voient, dans la vigueur du développement urbain, une menace pour l\u2019héritage patrimonial de la province et exigent qu\u2019on dépoussière la loi de 1922 pour en élargir le champ d\u2019action.Le premier ministre Maurice Duplessis cède finalement â cette demande en amendant la loi, qui portera â partir de 1952 le nom de Loi relative aux monuments, sites et objets historiques ou artistiques.«L\u2019élément le plus marquant de cet amendement à la loi, c\u2019est alors la nécessité d\u2019élargir la conservation non seulement aux monuments eux-mêmes, mais à ce qu\u2019on appelle un site historique.C\u2019est la première fois qu\u2019on élargit la portée de la loi pour lui donner une dimension territoriale», souligne M.Grandmont.Il s\u2019agit par exemple de protéger non seulement une église, mais également son cimetière et son presbytère.L\u2019amendement de 1963 Le changement est important, mais ce n\u2019est que le début.Au tournant des années 1960, la montée du sentiment nationaliste québécois va de pair avec la reconnaissance du patrimoine en tant que préoccupation collective essentielle.«Je pense que ces années-là ont marqué un important virage social sur le plan culturel», insiste l\u2019ancien chef de cabinet REGIONS Une expertise et un soutien financier sont réclamés Les îles-de-la-Madeleine et Rivière-du-Loup ont maintenant la possibilité de s\u2019appuyer sur la nouvelle loi sur le patrimoine culturel pour exercer leur leadership et prendre des initiatives dans la mise en valeur des attributs qu\u2019elles renferment.Encore faut-il qu\u2019elles obtiennent le soutien gouvernemental adéquat pour y arriver.RÉGINALD HARVEY Le maire des îles, Joël Arseneau, jette un regard sur son coin de pays: «Chez nous, il y a le patrimoine bâti, bien évidemment, que ce soit en ce qui concerne certains phares, certaines églises ou certains monuments, qui ont été reconnus par la municipalité; il y a aussi le site historique de la Grave [étendue de galets située près de la mer], qui, pour sa part, est de plus reconnu par le ministère de la Culture.» Les notions de paysage et d\u2019immatériel qui ont été introduites dans la nouvelle loi retiennent son attention: «On trouvait intéressant de voir qu\u2019on pouvait amener une dimension qui soit d\u2019abord physique et géographique relevant du patrimoine naturel, ce qui fait l\u2019objet d\u2019une préoccupation très très importante aux Îles-de-la-Madeleine depuis cinq à dix ans.» Il en explique la raison: «Il s\u2019est produit un certain développement immobilier causé par une notoriété, qui a attiré les gens et qui a en quelque sorte créé une spéculation; il s\u2019en est suivi la vente de terres et la construction de grandes maisons habitées surtout en été.De telle sorte que les gens se sont dit: il ne faut quand même pas qu\u2019on bâtisse n\u2019importe quqi n\u2019importe où.» A la suite de quoi, la préservation du paysage a notamment été inscrite dans une politique-cadre de développement touristique adoptée par la municipalité il y a quelques années: «Quand on regarde la loi 19, on trouve qu\u2019il y a probablement là des liens à faire avec celle-ci.On ne pouvait pas changer les lois provinciales, mais on pouvait se dire entre nous qu\u2019il fallait préserver et mettre en valeur le patrimoine naturel et le patrimoine culturel; celui-ci appartient aux contes et aux légendes, aux chansons et à l\u2019esprit très musical et festif des Madelinots; on doit conserver tout ce qui compose cette culture et même, à la limite, la mémoire et l\u2019œuvre de personnages de notre histoire présente ou passée, ce qui fait partie des objectifs de la loi et ce à quoi on souscrit » En fait, la municipalité avait déjà cheminé dans la même voie que celle empruntée plus tard par le gouvernement provincial; les actions locales ont devancé celles de la ministre St-Pierre venues appuyer les premières.Î1 pose une condition aux avancées que la refonte de la loi apporte: «Encore une fois, on ne peut qu\u2019y souscrire, à condition que le gouvernement n\u2019abandonne pas toutes ses responsabilités sans nous donner les moyens requis pour agir; c\u2019est là où le bât blesse.» Il étoffe son point de vue: «Pour ce qui est de ce que je sais des orientations générales de la loi, elles correspondent à la volonté des gens, des orga- nismes et du milieu municipal madelinots; on est content de voir que le gouvernement souhaite nous donner plus de latitude.» Du même souffle, Joël Arseneau se montre critique: «En même temps, on n\u2019est pas toujours des experts dans les moyens à mettre en place pour arriver à protéger et à mettre en valeur notre patrimoine; notre municipalité, avec le personnel dont elle dispose, ne peut pas nécessairement avoir l\u2019expertise que les fonctionnaires provinciaux ont acquise dans ce domaine depuis nombre d\u2019années.On veut bien assumer certaines responsabilités, mais on aura toujours besoin d\u2019un accompagnement sur le plan de l\u2019expertise et d\u2019un soutien sur le plan financier; il faut réaliser cela en collaboration également, en ce qui concerne les des investissements requis.» Du côté du Bas-Saint-Laurent Gestionnaire des programmes culturel et patrimonial â Rivière-du-Loup, Julie Martin laisse d\u2019abord savoir que cette municipalité a été la première au Québec â adopter une politique du patrimoine en 2002, de laquelle découle un plan d\u2019intervention.Elle se penche sur les impacts de la nouvelle politique provinciale: «Elle a été adoptée il y a un an; elle n\u2019était pas en vigueur, mais tout le monde s\u2019est un peu préparé à ses répercussions, ce qui fait que le patrimoine immatériel, la protection des paysages culturels et tout cela figurent dans le décor depuis plusieurs années.En fait, la loi vient corroborer ce qui se fait depuis dix ans.» La gestionnaire situe la question: «Depuis quelques années, on voit quand même qu\u2019il y a des tendances qui se manifestent sur le plan des paysages ou du patrimoine immatériel; s\u2019il devient plus facile avec la loi, par exemple, d\u2019accorder de l\u2019importance à ces domaines-là, il sera moins complexe de les reconnaître et d\u2019en assurer la transmission; c\u2019est souvent à travers celle-ci, dans le cas de l\u2019immatériel, qu\u2019on peut être reconnu et aller chercher des fonds.» Elle évalue le potentiel patrimonial de la municipalité: «Chez nous, on a des paysages qui sont importants sur le plan du Vieux-Rivière-du-Loup, parce que là se trouvent le cœur de la ville et aussi le patrimoine bâti avec tout l\u2019aspect végétal.On peut aussi penser à la Pointe de Rivière-du-Loup [grande pointe de terre], où on peut parler d\u2019un paysage emblématique parce qu\u2019un peu tout le monde connaît cet endroit; d\u2019où l\u2019importance de protéger ce paysage-là.» M\u201c® Martin revient sur le coin le plus ancien de ces lieux: «La famille Eraser, formée d\u2019anglophones d\u2019origine écossaise, a développé la vieille partie de la ville sur le domaine du seigneur du même nom; le manoir Eraser situé à cet endroit a été construit en 1830.Un plan d\u2019action sera sous peu dévoilé pour mettre en valeur cette richesse historique et patrimoniale, parce c\u2019est un quartier qui renvoie à toute l\u2019histoire seigneuriale; on va essayer de faire le tour de tous les axes intéressants, aussi bien domiciliaire, végétal que religieux,^ pour créer une sorte de paysage culturel et patrimonial à Rivière-du-Loup.» Collaborateur Le Devoir et sous-ministre adjoint au ministère de la Culture et des Communications.D\u2019abord, grâce â la création en 1961 du ministère des Affaires culturelles, puis, â l\u2019amendement de 1963 qui crée la Loi des monuments historiques.La dimension du territoire pouvant être protégé s\u2019agrandit alors davantage, puisque, contrairement au caractère restreint du «site historique», X«arrondissement historique» désigne «une municipalité ou une partie d\u2019une municipalité où se présente une concentration d\u2019immeubles présentant un intérêt historique ou artistique».Puis en 1972 L\u2019attachement du Québec â son histoire et â son héritage ne fait maintenant plus de doute et l\u2019adoption en 1972 de la Loi sur les biens culturels constitue en quelque sorte le point culminant d\u2019années de bouillonnements et de réflexions sur le sujet.La nouvelle législation adopte une «vision beaucoup plus intégrée», observe Gérald Grandmont.Comme son nom l\u2019indique, elle introduit la notion de bien culturel, qu\u2019on classe en neuf catégories distinctes.Elle a créé notamment le Registre des biens culturels, qui répertorie l\u2019ensemble des biens classés et reconnus, et permet au gouvernement d\u2019attribuer un statut â un bien culturel sans avoir â obtenir l\u2019accord préalable de son propriétaire.Et finalement 2011 On connaît la suite.Le gouvernement procède, dans les années 2000, â l\u2019élaboration d\u2019une nouvelle loi en matière ANTOINE BRESSANI Dès 1952, il s\u2019agit de protéger non seulement une église, mais également son cimetière et son presbytère.Sur la photo, l\u2019église et le cimetière de Saint-Ignace-de-Stanbridge.de patrimoine culturel, qui est adoptée le 19 octobre 2011.Avec l\u2019apparition, entre autres, de la notion de patrimoine immatériel et d\u2019une plus grande reconnaissance des pouvoirs des municipalités et des communautés autochtones, la préservation et la valorisation du patrimoine québécois semblent alors entières.Ou presque ?«Je pense qu\u2019un courant porteur qui finira dans l\u2019avenir par marquer l\u2019organisation des pouvoirs publics, c\u2019est la relation entre patrimoine et développement durable», prédit M.Grandmont.Une prochaine loi liera-t-elle encore plus étroitement ces deux principes, comme cela se fait par exemple dans certains pays Scandinaves, au Japon ou en Australie?«C\u2019est mon souhait, en tout cas!» Collaborateur Le Devoir La ville de Québec I M tl r l rid m r 'WiîiülRlIE .-Ai .\tX-\u2014¦ \\ ri Cm de patrimoine avec le Vieux-Québec, un quartier habité et vivant, inscrit sur la Liste du patrimoine mondial de l\u2019UNESCO avec 4 des 9 sites patrimoniaux déciarés du Québec avec une expertise et un savoir-faire unique dans la préservation et la conservation du bâti Ville de G 6 LE DEVOIR LES SAMEDI 27 ET DIMANCHE 28 OCTOBRE 2012 PATRIMOINE I s w # YAN DOUBLET LE DEVOIR « Plus on protège notre identité et nos caractéristiques, plus on peut réaliser de bonnes affaires ; il y a indéniablement un lien avec l\u2019économie, quand on regarde ce qui s\u2019est fait dans certaines municipalités, comme à Baie-Saint-Paul, dans le Vieux-Québec et ailleurs», selon François Varin, conseiller expert au sein de la Fondation Rues principales.FONDATION RUES PRINCIPALES Il y a 30 ans déjà, ils agissaient.« Le ministère devrait effectivement mettre en œuvre un plan d\u2019action qui accompagne la loi » Il existe au Québec un organisme à but non lucratif à l\u2019intérieur duquel toute une équipe de professionnels se consacre, depuis une trentaine d\u2019années, à la revitalisation socioéconomique et au développement durable des milieux urbains.Les gens de Fondation Rues principales ont laissé leurs empreintes dans plus de 250 municipalités du Québec et des autres provinces.RÉGINALD HARVEY Ils sont des spécialistes du mieux-vivre dans les villes, proposant globalement d\u2019améliorer la qualité de vie des citoyens en suivant un processus élargi de consultation et de concertation.François Varin se présente aujourd\u2019hui à titre de conseiller expert de ce regroupement de professionnels que sont les gens de la Fondation Rues principales.En fait, il était là au point de départ: «Je l\u2019ai mise sur pied et je l\u2019ai dirigée jusqu\u2019en mai dernier.» Il en fut le directeur général pendant plus de 25 ans, avant de laisser la place à la relève.Il cerne pour Le Devoir les contours de la nouvelle loi (comptant 265 articles) sur le patrimoine culturel.Il dégage en premier lieu deux éléments majeurs qui lui apparaissent, après l\u2019avoir examinée de près : «Il y a plusieurs petits détails qui la composent, mais il y a deux principaux aspects qu\u2019il faut retenir.D\u2019abord, on a élargi la notion de patrimoine.On a introduit entre autres le concept de l\u2019immatérialité ou de paysage culturel, à l\u2019intérieur duquel les gens sont vus comme du patrimoine vivant, comme de la culture matérielle ou du savoir-faire; ils peuvent être reconnus comme éléments du patrimoine dans une collectivité ou dans une région.C\u2019est un premier point qui est intéressant parce que, dans le fond, le patrimoine et tout ce qui nous entoure, ce ne sont pas que des bâtiments.» Responsabilités Il se tourne vers l\u2019autre volet important: «On donne plus de responsabilités aux municipalités et on les dote d\u2019outils pour aller jusqu\u2019au bout de leur vision.Avant que la loi ne soit modifiée, celles-ci étaient limitées dans l\u2019action qu\u2019elles pouvaient prendre pour sauver ou mettre en valeur un bien patrimonial.Elles rencontraient des obstacles dans l\u2019exercice de leur leadership par le passé, alors que ce changement survient maintenant au Québec, en vertu de l\u2019évolution de la notion de protection de l\u2019identité locale, avec toutes les caractéristiques qu\u2019elle comporte.» D\u2019hier à aujourd\u2019hui, le courant de pensée s\u2019est transformé : « Quand j\u2019ai commencé mon travail et qu\u2019on parlait de patrimoine, il y a 30 ans, c\u2019était un dossier difficile à défendre parce que c\u2019était vu comme un empêchement ou une contrainte imposée au développement ; aujourd\u2019hui et depuis plusieurs années, la fondation prêche en faveur du patrimoine comme un outil de l\u2019essor économique.Pour leur part, les municipalités démontrent leur volonté de mieux le prendre en compte parce qu\u2019elles sont conscientes que plus on protège notre identité et nos caractéristiques, plus on peut réaliser de bonnes affaires; il y a indéniablement un lien avec l\u2019économie, quand on regarde ce qui s\u2019est fait dans certaines municipalités, comme à Baie-Saint-Paul, dans le Vieux-Québec et ailleurs.» Réactions et développement durable La Fondation Rues principales a eu l\u2019occasion de travailler dans des centaines de villes et villages.A la suite de cette expérience vécue, de quelle façon son fondateur envisage-t-il la réaction des municipalités dans la phase d\u2019application de la loi ?«Elles devraient voir cela positivement.Certaines vont être heureuses, parce que beaucoup d\u2019entre elles voulaient prendre des initiatives mais subissaient des contraintes et des limites.» Voilà qu\u2019elles voient la palette des possibilités s\u2019élargir: «D\u2019une part, si elles s\u2019aperçoivent qu\u2019un bien est menacé, il est écrit clairement qu\u2019elles peuvent ordonner l\u2019arrêt de travaux ou de quoi que ce soit; elles peuvent même exproprier.Est-ce que toutes partageront cette vision ?Je l\u2019ignore, mais je sais que celles qu\u2019on accompagne, on les amène à tourner leur regard vers leur développement futur, à se projeter dans l\u2019avenir; elles comprennent que le patrimoine est un facteur important et un catalyseur à cet égard.La loi leur donne des outils pour intégrer ce patrimoine dans leur développement; elles sont équipées pour être en mesure d\u2019agir, et cela va même jusqu\u2019à la possibilité d\u2019offrir des subventions.» En corollaire, Erançois Varin aborde de cette façon la question du développement durable, qui est si chère à la fondation : « On préconisait celui-ci auprès des municipalités il y a déjà près de 30 ans.De quoi s\u2019agit-il fondamentalement ?C\u2019est de ne pas surdévelopper ni surconsommer, c\u2019est d\u2019en laisser pour les générations qui viennent, tout en ne prenant que ce qui est nécessaire pour nous, c\u2019est de diminuer l\u2019empreinte écologique; c\u2019est de miser sur nos atouts et c\u2019est de voir à faire participer la population.Une des facettes de la loi réclame justement qu\u2019on fasse participer les gens, qu\u2019on les consulte et qu\u2019on collabore avec les citoyens.» Il fait part d\u2019une nouveauté qui lui est apparue: «On voit bien que, dans la loi, il existe une notion de plan de conservation.On demande aux municipalités et aux propriétaires d\u2019être responsables d\u2019assurer la mise en valeur à long terme d\u2019un bien; on s\u2019inscrit de ce fait dans la durabilité des choses, on s\u2019assure de ne pas seulement classer un bien, mais aussi de le situer à l\u2019intérieur d\u2019un plan de conservation; de plus, on voit bien que les gens auront à rendre des comptes au sujet du suivi de ce dernier.Il s\u2019agit là d\u2019une dimension de la législation en vertu de laquelle on vient responsabiliser davantage à la fois le propriétaire d\u2019un bien patrimonial et une municipalité qui le désigne comme tel.» Soutien indispensable à l\u2019application Et quand le maire des Iles-de-la-Madeleine, Joël Arseneau, exprime (en page G-5) ses craintes à l\u2019effet que certaines entités municipales de plus faible taille soient incapables d\u2019appliquer efficacement la loi en raison du manque de ressources disponibles, Erançois Varin partage ce point de vue : « Je comprends très bien ce qu\u2019il entend.C\u2019est toujours le même problème avec le ministère de la Culture au cours des dernières années: il responsabilise, mais c\u2019est comme si, par la suite, il s\u2019en lavait les mains.C\u2019est en quelque sorte la contrepartie; il est bien qu\u2019on redonne aux milieux la responsabilité de bien veiller à leur développement harmonieux, mais on doit en même temps s\u2019assurer que les capacités nécessaires pour y arriver existent vraiment.» Il prône cette solution: «Le ministère devrait effectivement mettre en œuvre un plan d\u2019action qui accompagne cette loi-là.Il est certain qu\u2019il n\u2019existe pas de problème dans des villes comme Montréal, Québec ou Trois-Rivières.Pour les municipalités qui sont plus démunies et qui ont moins d\u2019expertise locale, il faudrait qu\u2019il mette sur pied une équipe volante ou qu\u2019il demande à ses bureaux régionaux de leur venir en aide.» Collaborateur Le Devoir O B J ETS À QUÉBEC Nouvelle exposition JUSQU\u2019AU U\u2019 SEPTEMBRE 2013 Une chance unique d\u2019admirer près Ly I\u2014 I v de 70 fabuleux artefacts témoins de notre histoire.Découvrez de véritables trésors de société issus de la collection nationale! RETROSPECTIVE DE LA CARRIERE DE LADY ALYS ROBI, PREMIÈRE STAR DU QUÉBEC Une sélection d\u2019objets présentés jusqu\u2019au G janvier 2013.www.mcq.org 85, RUE DALHOU5IE - 1 866 710-8031 Le Musée de la civilisation est subventionné par le ministère de la Culture et des Communications.DE REFERENCE Partenaire de la programmation ALCOA m MUSÉE DE LA CIVILISATION QuébecSS II Pointe-à-Calliëre Musée d\u2019archéologie\t350, place Royale et d\u2019histoire de Montréal Montréal H2Y 3Y5 Montréal®\tpacmusee.qc.ca LE DEVOIR, LES SAMEDI 27 ET DIMANCHE 28 OCTOBRE 2012 G 7 PATRIMOINE MONTREAL La loi lie patrimoine et développement durable Héritage Montréal prêche pour une concertation de tous les intervenants La nouvelle loi québécoise innove, sur le plan mondial, avec son ambition d\u2019intégrer les différents champs du patrimoine et sa création d\u2019un lien direct avec le développement durable.Héritage Montréal souligne que la Ville voit ses pouvoirs en ce domaine s\u2019accroître.JACINTHE LEBLANC La nouvelle loi donne à Héritage Montréal «l\u2019occasion de réfléchir différemment à la façon de représenter, dans un registre québécois, rADN de Montréal» en fonction des nouvelles catégories.Héritage Montréal, organisme privé à but non lucratif qui existe depuis 1975, travaille depuis ses débuts aux questions touchant de prés ou de loin au patrimoine.L\u2019organisme a acquis une certaine expertise dans le domaine et s\u2019est intéressé et associé au processus de modification de la Loi sur le patrimoine culturel.Aux yeux de Dinu Bumbaru, directeur des politiques chez Héritage Montréal, l\u2019idée de responsabiliser les propriétaires de patrimoine ressort comme une forte ambition dans la loi, tout comme «les plans de conservation.S\u2019ils sont utilisés avec volonté, cela pourrait être une très belle occasion d\u2019aller jusqu\u2019à une dynamique favorable à une culture de la conservation et de la mise en valeur du patrimoine.» Le directeur souligne toutefois le côté ambigu de la loi, ce qui fait qu\u2019elle sera véritablement testée une fois sanctionnée et selon la façon dont elle est utilisée et comprise par les différents acteurs.Par ailleurs, M.Bumbaru partage toujours les mêmes opinions et les mêmes craintes que celles de l\u2019an dernier, lors du processus d\u2019adoption de la Loi sur le patrimoine culturel.Avec le pouvoir et les responsabilités donnés aux municipalités, «est-ce que ça veut dire déresponsabiliser l\u2019État?», demande-t-il.Pour assurer la meilleure protection du patrimoine qui soit et garantir un intérêt collectif et non individuel, il importe que tout le monde se sente engagé dans le processus.Le sentiment d\u2019appartenance est donc primordial.Dans la métropole M.Bumbaru soutient que la nouvelle loi apporte plusieurs choses intéressantes.«En 2012, précise-t-il, l\u2019objectif d\u2019un cadre législatif et de son application, notamment dans un contexte montréalais, c\u2019est de faire reconnaître la diversité du patrimoine, pas l\u2019exceptionnalité.» L\u2019intérêt consiste à aller au-delà de l\u2019exceptionnel et à se pencher sur une approche plus globale.Cela permet par la suite de mieux cerner le patrimoine à protéger et d\u2019éviter de protéger «n\u2019importe quoi », car, dans une ville comme Montréal, il peut être facile de vouloir tout considérer comme des biens patrimoniaux.La Loi sur le patrimoine culturel donne aussi beaucoup de pouvoirs aux mécanismes politiques.Pour Héritage Montréal, la Ville de Montréal gagnerait en assumant un rôle dirigeant, en organisant des rencontres de concertation avec les différents acteurs du domaine patrimonial, par exemple.Ou encore en assurant une collaboration entre la métropole, ses différents arrondissements, la Rive-Sud et la Rive-Nord pour la protection du patrimoine commun.La loi pourrait, espère M.Bumbaru, apporter une «valeur incitative, pour une instance comme la Ville de Montréal ou d\u2019autres villes au Québec, en vue de réunir ses partenaires qui se sont peut-être plus familiarisés avec ces concepts que les fonctionnaires ou les élus.Ne serait-ce que d\u2019avoir l\u2019occasion pour faire ensemble cette appréciation, ce serait très utile», indique le directeur, qui est également porte-parole d\u2019Héritage Montréal.Un autre défi réside dans la définition de la notion de protection.Elle n\u2019est toujours pas claire, surtout lorsqu\u2019il est question de protéger un patrimoine dynamique.«On est constamment en relation avec les activités humaines», mentionne Dinu Bumbaru.Pour l\u2019organisme, qui a déjà fait l\u2019exercice de réflexion au sujet de ce concept, l\u2019espace d\u2019innovation est énorme.«On sait très bien que protéger le Vieux-Montréal, c\u2019est éviter des erreurs.Mais c\u2019est aussi garantir une certaine vitalité», le tout dans une perspective de développement durable.Le ministère de la Culture et des Communications a ici une occasion de se démarquer et de créer un sentiment d\u2019appartenance chez tous les Québécois envers leur patrimoine.Une force de la Loi sur le patrimoine culturel, pour Héritage Montréal, réside dans son lien avec la Loi sur le développement durable.Le Québec est la seule législature connue ayant une telle loi qui inclut la protection du patrimoine culturel comme principe de développement durable.Il reste à voir comment cela sera mis en pratique.Ailleurs Il est possible de s\u2019inspirer d\u2019autres pays pour améliorer les zones floues dans la loi.Par exemple, «aux États-Unis, depuis les années 1960, raconte M.Bumbaru, il y a un article dans la législation qui stipule que tous les dollars dépensés par le gouvernement américain doivent faire l\u2019objet d\u2019un examen quant à leurs impacts sur le patrimoine.» Et ce, peu importe où va l\u2019argent.Il est facile de blâmer les propriétaires privés pour le mauvais entretien du patrimoine, «mais combien de dégâts au Québec sont faits avec l\u2019argent du gouvernement?», demande le porte-parole.Un modèle comme celui des Etats-Unis qui serait appliqué ici affirmerait la volonté du gouvernement québécois d\u2019être le «gardien d\u2019intérêt collectif».Pour M.Bumbaru, au-delà de ce phénomène de procédure, la protection du patrimoine devrait être vue comme un principe éthique.Aux Pays-Bas, une tournée annuelle est organisée par l\u2019État avec les propriétaires de biens patrimoniaux dans le but de vérifier l\u2019entretien, mais aussi de responsabiliser tout un chacun.Au Japon, le patrimoine est compris dans une perspective inclusive englobant «le matériel, l\u2019immatériel, le meuble, l\u2019immeuble, le jeune, le vieux», précise le directeur des politiques.De son côté, l\u2019Allemagne accorde une grande place à l\u2019inventaire de ses biens patrimoniaux.Elle possède un registre centralisé favorisant la reconnaissance du patrimoine, plutôt que de voir au statut de conservation lorsqu\u2019il y a une menace à son intégrité, comme c\u2019est le cas au Québec.A titre d\u2019exemple, M.Bumbaru cite la basilique Notre-Dame, qui n\u2019est pas classée.«C\u2019est sûr qu\u2019elle n\u2019est pas menacée, poursuit-il.Mais est-ce que la valeur dépend uniquement de l\u2019urgence ?» 40 ans de la Convention Adoptée par l\u2019UNESCO en 1972, la Convention concernant la protection du patrimoine mondial, culturel et naturel célébrera son 40® anniversaire le 16 novembre prochain.Les célébrations de cette convention, qui «a la grande qualité de réunir le patrimoine culturel et le patrimoine naturel», rappelle Dinu Bumbaru, auront pour thème «l\u2019engagement des collectivités et du patrimoine mondial, tant au niveau planétaire qu\u2019au niveau local».La thématique concorde avec le sens du texte de la Loi sur le patrimoine culturel.Pour M.Bumbaru, il serait important de le souligner en vue de créer et de renforcer ce sentiment d\u2019appartenance envers les différents biens patrimoniaux au Québec.Collaboratrice Le Devoir JACQUES NADEAU LE DEVOIR La basilique Notre-Dame de Montréal n\u2019est pas classée.«Est-ce que la valeur dépend uniquement de l\u2019urgence ?», demande le directeur des politiques chez Héritage Montréal, Dinu Bumharu.SUCCESSION TESTAMENT IMMOBILIER MÉDIATION MANDAT DES QUESTIONS?Dans un nnonde où les lois sont de plus en plus connplexes et touchent à tous les aspects du quotidien, le service 1 -800-N OTAI RE vous infornne sur vos droits et vos obligations.Ce service d\u2019infornnation juridique gratuit est offert du lundi au vendredi, de 8 h 30 à 17 h.1-800-NOTAIRE LIGNE INFO-JURIDIQUE /'/ y /'\u2022/A /\\ /\\ Chambre des notaires du Québec G 8 LE DEVOIR, LES\tS,4M EDI 27 ET DIMANCHE 28 OCTOBRE 2012 PATRIMOINE LES MUSEES ET LA LOI n faut renforcer les partenariats Une légitimité plus grande est donnée aux établissements muséaux La Loi sur le patrimoine culturel est entrée en vigueur il y a un peu plus d\u2019une semaine.Pour les musées, c\u2019est une occasion de renforcer leur rôle de partenaire pour valoriser le patrimoine.MARTINE LETARTE Avec la Loi sur le patrimoine culturel, la responsabilité de connaître, protéger, mettre en valeur et transmettre le patrimoine confie de nouveaux pouvoirs, rôles et obliga-tions au gouvernement du Québec, aux municipalités et à la population.La définition du patrimoine a aussi été élargie pour inclure entre autres le patrimoine immatériel, les paysages culturels patrimoniaux et le patrimoine archéologique.«L\u2019élargissement de la notion de patrimoine vient donner une légitimité plus grande aux établissements muséaux», indique d\u2019emblée Francine Lelièvre, directrice générale de Pointe-à-Calliére, musée d\u2019archéologie et d\u2019histoire.«Les documents, les objets historiques et archéologiques, c\u2019est notre fonds de commerce !, s\u2019exclame-t-elle.Le savoir-faire des gens de métier est aussi reconnu pour la première fois dans la loi grâce à la notion de patrimoine immatériel » Michel Côté, directeur général du Musée de la civilisation, à Québec, partage son enthousiasme.«Les musées travaillent depuis longtemps sur la question du patrimoine immatériel, pré-cise-t-il.Ey a des parties de ce patrimoine qui se perdent en musique, dans les arts d\u2019interprétation.n importe pour les musées d\u2019aller au-delà des objets présentés, d\u2019aller voir ce que les gens derrière ont pensé, réalisé.On capte la parole des gens pour la garder en mémoire.Le patrimoine immatériel est une dimension incontournable de la culture, et c\u2019est bien que la loi le confirme.» Il trouve aussi intéressant que la loi place le patrimoine culturel dans une perspective de développement durable.«Le patrimoine n\u2019est pas détaché de la société, il en est le fondement, précise Michel Coié.Le patrimoine fait partie de notre environnement, nous vivons dedans.E a aussi un effet économique indéniable.La ville de Québec ou encore Paris ne seraient pas fréquentées par autant de touristes si elles n\u2019avaient pas de patrimoine culturel.Le patrimoine culturel traverse les trois piliers du développement durable: l\u2019environnement, la société et l\u2019économie.» Une responsabilité partagée La nouvelle loi partage aussi la responsabilité du patrimoine culturel entre différents ac- teurs.Les municipalités ont maintenant des pouvoirs semblables à ceux du gouvernement du Québec.Elles peuvent protéger et mettre en valeur les éléments du patrimoine culturel situés sur leur territoire.Elles sont aussi tenues de déclarer toute découverte archéologique qui serait faite, par exemple, lors de travaux.C\u2019est la même chose pour le citoyen.Il peut aussi présenter des propositions en matière de patrimoine culturel, par exemple, pour la déclaration d\u2019un site patrimonial par le gouvernement.«C\u2019est tout à fait louable de responsabiliser et d\u2019habiliter les municipalités et les citoyens, affirme Francine Lelièvre.Ce sont les gens près du patrimoine qui sont les mieux placés pour le protéger.Plus il y aura de gens sensibilisés à la préservation du patrimoine, plus cela se fera de façon naturelle.» La directrice générale de Pointe-à-Callière se demande toutefois comment les petites municipalités y arriveront.«Elles n\u2019ont pas nécessairement la connaissance de la valeur du patrimoine, affirme-t-elle.Il faut leur donner des outils, les sensibiliser.E devra y avoir un plan d\u2019action pour appliquer la loi concrètement.» Les musées, des partenaires Francine Lelièvre croit que SOURCE MUSEE DE LA CIVILISATION SOURCE MICHEL JULIEN Michel Côté, directeur général du Musée de la civilisation, à Québec Francine Lelièvre, directrice générale de Pointe-à-Callière, musée d\u2019archéologie et d\u2019histoire les musées peuvent être de bons partenaires des autres acteurs de la société en matière de protection du patrimoine.«Nous avons déjà fait une exposition sur la Côte-Nord avec les gouvernements du Québec et du Canada, sur l\u2019épave d\u2019un des bateaux de Phipps venu attaquer Québec en 1690.Plusieurs personnes avaient ramassé des morceaux de l\u2019épave en toute bonne foi et les gardaient chez elles.E faut faire de la sensibilisation.Aujourd\u2019hui, les gens sur la Côte-Nord font des fouilles archéologiques et sont de grands préservateurs du patrimoine subaquatique, puisqu\u2019ils en ont compris l\u2019importance.» Michel Côté croit aussi qu\u2019il reste un énorme travail de sensibilisation à faire.«Il faut former les gens, dialoguer avec les municipalités, avec les entrepreneurs, précise-t-il.Il faut développer des projets en tenant compte de la société, de l\u2019environnement, des besoins économiques, de la culture.» M\u201c® Lelièvre croit que certaines stratégies de sensibilisation pourront se mettre en œuvre grâce à la collaboration de musées et du gouvernement du Québec.«Par exemple, plusieurs recherches archéologiques ont eu lieu au Québec et, très souvent, on s\u2019est contenté de déposer les rapports scientifiques sur des tablettes, af-firme-t-elle.Pour rendre cette information accessible au grand public, les musées peuvent jouer un rôle de mise en valeur, de diffusion.Nous sommes d\u2019ailleurs en train de discuter avec le gouvernement pour développer quelques synthèses sur des sujets.» Francine Lelièvre croit que l\u2019entrée en vigueur de la Loi sur le patrimoine culturel suscite une plus grande ouverture des différents acteurs pour aller de l\u2019avant avec de tels projets.Toujours à faire Il y a toutefois des absents dans la définition élargie du patrimoine culturel de cette nouvelle loi.Par exemple, le patrimoine religieux.« C\u2019est un patrimoine extrêmement important, notamment YAN DOUBLET LE DEVOIR Les municipalités peuvent dorénavant protéger et mettre en valeur les éléments du patrimoine culturel situés sur leur territoire.en matière de bâtiments, affirme Michel Côté.Que ferons-nous avec nos églises et nos monastères ?La moyenne d\u2019âge dans les communautés religieuses est très élevée et celles-ci ont souvent un patrimoine exceptionnel.Qu\u2019arrivera-t-il de leurs objets, mais aussi de leurs mémoires ?» Le Musée de la civilisation travaille d\u2019ailleurs en ce moment à recueillir les objets et les pensées des sœurs de la Charité.«E y a un bout de chemin qui est fait avec cette loi, mais nous aurions souhaité qu\u2019elle se positionne entre autres par rapport au patrimoine religieux et au patrimoine industriel, affirme Francine Lelièvre.Toutefois, je comprends qu\u2019une loi ne peut pas toucher à tout, sinon elle devient une loi fourre-tout.Il faut faire des choix.E reste que la réflexion sur le patrimoine religieux devra se faire à court et à moyen terme.» Collaboratrice Le Devoir PATRIMOINE IMMATERIEL La mémoire des lieux « Les liens des êtres entre eux sont le ciment pour construire une société » Au-delà de l\u2019histoire et des grandes dates qui lui sont associées, il y a l\u2019expérience humaine qui lui donne un sens à travers les cultures et qui définit le patrimoine immatériel, aujourd\u2019hui reconnu par la loi.JESSICA NADEAU Al\u2019ère de l\u2019instantanéité et de la fugacité des biens de consommation, l\u2019idée de s\u2019arrêter pour réfléchir à l\u2019importance des traditions, des savoir-faire et des modes de vie des sociétés présentes et passées devient plus importante que jamais, estime Yvon Noël, directeur du Musée québécois de la culture populaire, à Trois-Rivières.«Le patrimoine immatériel, ce n\u2019est pas quelque chose qui est tangible.C\u2019est toute la signification, le lien qu\u2019on peut faire à travers un élément physique \u2014 un lieu, un objet très ancien \u2014 et la présence de l\u2019homme pour que cela ait un sens aujourd\u2019hui.» Pour le directeur du Musée québécois de la culture populaire, le patrimoine immatériel, c\u2019est «la mémoire d\u2019un lieu».C\u2019est l\u2019histoire transmise dans une perspective humaine.C\u2019est, pour ramener le concept à sa plus simple expression, ce qui nourrit le quotidien des hommes.«L\u2019histoire, on le répète souvent, c\u2019est l\u2019histoire des vainqueurs.Il y a toutes sortes de façons de parler de l\u2019histoire.E y a des dates qu\u2019on retient et qui seront écrites dans des traités d\u2019histoire.Mais il y a des personnes qui vivaient à cette époque et c\u2019est cette dimension humaine qui fait la différence.Il y a une grande différence entre l\u2019Histoire avec un grand H, que l\u2019on retrouve dans les livres, et le vécu des personnes.» Pour lui, les rapports que l\u2019humain entretient avec ses semblables, au quotidien, sont tout aussi puissants que les liens économiques, juridiques ou religieux.C\u2019est la base même de la construction d\u2019une société.Et pourtant, les historiens et les sociétés en général ont eu tendance, jusqu\u2019à tout récemment, à minimiser son importance.«Comment établissons-nous des liens, entre humains, universellement?C\u2019est le défi que nous avons à relever.Particulièrement aujourd\u2019hui, en ce début du XXL siècle, avec toutes les technologies qui se développent.Nous sommes dans la vitesse absolue, très préoccupés par les mises à jour constantes, au point où, à partir du moment où nous avons nommé quelque chose, c\u2019est déjà terminé et nous attendons autre chose.Nous sommes pris dans ce tourbillon et nous perdons contact avec la dimension humaine.» Humanité Yvon Noël se souvient de jeunes complètement fascinés par un documentaire sur la Fête-Dieu présenté, il y a quelques années, dans le cadre de la Nuit de la création au Musée national des beaux-arts du Québec.Il a été marqué par ces étudiants, qui ne disposaient d\u2019aucune ARCHITECTURE & PATRIMOINE OURNIER OVITZ SS DRiLET ARCHITECTES gerJi référence personnelle pour comprendre cette célébration surannée, mais qui étaient néanmoins subjugués par cette religieuse racontant la Fête-Dieu telle qu\u2019elle l\u2019avait vécue, avec ses symboles et ses valeurs, transmettant une mémoire vivante pour que la tradition perdue conserve un sens pour les générations futures.«Pendant des centaines d\u2019années, nous nous sommes préoccupés d\u2019objets.Les musées sont remplis d\u2019objets de toutes sortes, œuvres d\u2019art, vieux cailloux et pointes de flèche.Mais, maintenant, fort probablement en raison de l\u2019avancement des nouvelles technologies et de notre rapport au monde, nous nous rendons compte qu\u2019il y a des éléments qui ne sont pas tangibles, qui donnent du sens à un patrimoine, et cela, ce sont les valeurs d\u2019une société.Car, même si l\u2019humanité se développe très rapidement sur le plan technologique, l\u2019être humain reste, fondamentalement, un être sensible avec ses angoisses, ses peurs et son rapport à la nature et à l\u2019absolu.» Pour Yvon Noël, le patrimoine immatériel est «fondamental pour l\u2019évolution d\u2019une société».L\u2019homme ne peut pas, estime-t-il, se projeter dans le futur s\u2019il a coupé les liens avec ses racines.«Les liens des êtres entre eux sont le ciment pour construire une société.Sans eux, c\u2019est la loi du marché, c\u2019est l\u2019économie; on perd le sens, nos ancrages et nos points de repère.» Mémoire vivante La notion de patrimoine immatériel existait bien avant la nouvelle loi, qui reconnaît aujourd\u2019hui l\u2019importance de le protéger, concède Yvon Noël.Il fait notamment référence aux travaux de l\u2019ethnologue Marius Barbeau, qui a enregistré des milliers de chants et de contes amérindiens avant que ceux-ci ne sombrent dans l\u2019oubli, de même qu\u2019au Musée de la mémoire vivante de Saint-Jean-Port-Joli, qui recueille, depuis un quart de siècle, des témoignages de gens ordinaires racontant leur quotidien.Mais la reconnaissance législative était primordiale, selon Yvon Noël, pour aider les ethnologues dans leur mission de préservation du patrimoine immatériel.«Désormais, la loi va nous protéger.Nous ne serons plus obligés de mener des guerres et de faire signer des pétitions pour être capables de préserver ce qui doit l\u2019être.E y aura une attention particulière portée à différents projets pour éviter qu\u2019on ne détruise tout.comme ce fut le cas dans les années 1970, sur la base du développement économique.» L\u2019autre point positif, selon lui, de voir le patrimoine immatériel enchâssé dans une loi, c\u2019est que des structures et des procédures seront désormais mises en place pour évaluer la valeur de certains savoirs qui sont sur le point de disparaître.«Ce que cela va avoir comme répercussions dans le temps, je ne le sais pas exactement.Nous sommes à l\u2019aube d\u2019un nouveau millénaire et je suis persuadé que nous avions besoin de cette loi pour préserver les éléments importants de nos sociétés.Maintenant, la prochaine étape est de rendre cela vivant, d\u2019adapter nos règles et d\u2019intégrer tout cela pour que ça devienne une valeur importante pour notre société.» Le Devoir MUSEE QUEBECOIS DE LA CULTURE POPULAIRE Le directeur du Musée québécois de la culture populaire, à Trois-Rivières, Yvon Noël LE DEVOIR LES SAMEDI 27 ET DIMANCHE 28 OCTOBRE 2012 G 9 PATRIMOINE SCENE INTERNATIONALE « Le Québec, une fois de plus, est en avance » Plus de 140 pays, mais pas le Canada, ont signé la Convention sur le patrimoine immatériel La Loi sur le patrimoine culturel, entrée en vigueur le 19 octobre dernier, place le Québec à l\u2019avant-garde.Mais cette nouvelle approche législative s\u2019inscrit dans un mouvement de fond déjà bien amorcé sur la scène internationale.ÉTIENNE PLAMONDON ÉMOND Au parc Tongariro, en Nouvelle-Zélande, s\u2019érigent des montagnes auxquelles les Maoris accordent une signification spirituelle importante.En 1993, ce lieu est devenu le premier à être désigné par l\u2019UNESCO comme patrimoine mondial à titre de paysage culturel, une notion inscrite et protégée un an plus tôt dans la Convention du patrimoine mondial.Dix ans plus tard, en 2003, l\u2019UNESCO a mis de l\u2019avant la Convention pour la sauvegarde du patrimoine immatériel.Cette dernière n\u2019a pas encore été ratifiée par le Canada.Qu\u2019à cela ne tienne, les notions de paysage culturel et de patrimoine immatériel viennent toutes les deux d\u2019être consacrées au Québec par leur intégration à la Loi sur le patrimoine culturel, aux côtés du patrimoine mobilier, immobilier et archéologique.«Je pense qu\u2019il n\u2019y a pas beaucoup d\u2019endroits au pays où on a mis [tout ça] ensemble.C\u2019est vraiment très contemporain et je pense que le Québec, une fois de plus, est en avance», se réjouit Christina Cameron, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en patrimoine bâti de l\u2019Université de Montréal.Précédents heureux Sa voix délicate perce le brouhaha bruyant d\u2019un café du Vieux-Montréal, une heure avant la conférence de presse tenue par le ministre Maka Kotto, au Centre d\u2019histoire de Montréal, pour souligner l\u2019entrée en vigueur de la loi.La vice-présidente de la Commission canadienne de rUNESCO, qui a été la chef de délégation du Canada pour le patrimoine mondial pendant 18 ans, ne se souvient pas d\u2019une multitude d\u2019endroits au pays où le paysage culturel est autant considéré et remis d\u2019une telle façon entre les mains de la collectivité.«C\u2019est une belle expérience.» Le seul exemple qui lui vient à l\u2019esprit nous transporte sur le continent africain, plus particulièrement au Nigeria, où il y a une importante reconnaissance de la forêt sacrée d\u2019Osun-Oshogbo et du paysage culturel de Su- CHRISTOPHE ENA ASSOCIATED PRESS Le parc national Tongariro est le premier parc national créé en Nouvelle-Zélande et est classé sur la liste du patrimoine mondial de l\u2019UNESCO.SOURCE UNIVERSITE DE MONTREAL Christina Cameron, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en patrimoine hâti de l\u2019Université de Montréal kur.«C\u2019est intéressant et ça reflète mieux la diversité du monde.On est loin des bâtiments et des monuments historiques», remarque-t-elle.Par contre, du côté du patrimoine immatériel, certaines initiatives ont été amorcées plus près de nous.M\u201c® Cameron souligne que la province de Terre-Neuve-et-Labrador a mis au point des politiques axées spécifiquement autour du patrimoine immatériel et de ses activités traditionnelles.«L\u2019ouverture au patrimoine immatériel, c\u2019est un mouvement international maintenant, surtout depuis que l\u2019UNESCO a adopté la convention en 2003, indique au Devoir Laurier Tur-geon, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en patrimoine ethnologique de l\u2019Université Laval, tout juste avant que le ministre ne prenne la parole dans un Centre d\u2019histoire de Montréal bondé.C\u2019est une convention qui connaît un grand succès.Déjà, il y a plus de 140 pays qui Vont signée.Elle suscite beaucoup d\u2019enthousiasme partout dans le monde.» Reste qu\u2019il y a eu moult débats pour que la Loi sur le patrimoine culturel du Québec, à l\u2019instar de la Convention pour la sauvegarde du patrimoine immatériel de l\u2019UNESCO, inclue les notions d\u2019objet et d\u2019espace afin de s\u2019aligner sur le consensus international.Un ajout qui a finalement été apporté au projet de loi à la suite d\u2019une lettre ouverte signée entre autres par M\u201c® Cameron et M.Turgeon.Pour le développement durable Ce que Laurier Turgeon pointe surtout comme novateur dans la loi adoptée, c\u2019est l\u2019introduction du développement durable «comme objectif à atteindre» dans une loi sur le patrimoine.Le terme apparaît d\u2019ailleurs dès l\u2019article 1 de la loi 82.«C\u2019est un des premiers gouvernements qui voient vraiment le patrimoine comme un moyen actif de faire du développement durable.» Gérald Grandmont, ancien sous-ministre ad- joint responsables des politiques, des sociétés d\u2019Etat et du patrimoine au ministère de la Culture et des Communications, précise que l\u2019Australie a déjà fait preuve d\u2019avant-gardisme de ce côté.«L\u2019Etat du Queensland est allé jusqu\u2019à confier la loi du patrimoine culturel au ministère de l\u2019Environnement, souligne-t-il.Il faut dire que, en Australie, les espaces naturels liés aux communautés autochtones sont tellement plus importants qu\u2019il ne pouvait pas faire autrement.C\u2019est un peu dans leurs gènes de travailler comme ça.Alors que nous, du point de vue du patrimoine culturel, nous continuons à penser que ç\u2019a une portée identitaire et que ça doit rester sous la responsabilité [du ministère de la Culture], mais on a conçu un projet de loi qui fait une tête de pont directe avec le ministère de l\u2019Environnement et du Développement durable.» Arrimages futurs Si elle accueille favorablement la nouvelle loi québécoise, Christina Cameron prévient «qu\u2019il reste des arrimages à faire avec trois autres lois» : soit la Loi sur le développement durable, la Loi concernant la protection de la nature et des ressources naturelles ainsi que la Loi sur l\u2019aménagement et l\u2019urbanisme.«Je sais que c\u2019est impossible de tout mettre dans une loi, mais il reste des arrimages à faire, surtout du point de vue de la mise en oeuvre.» Tout va dépendre de la façon dont on élaborera les plans de conservation, croit-elle.Elle ne s\u2019inquiète pas pour une ville comme Montréal, où de nombreux instruments et poupes sont déjà au service du patrimoine.La situation en région devra être suivie de plus près pour s\u2019assurer que la population soit suffisamment sensibilisée et outillée pour réaliser sa part.Une tendance mondiale Laurier Turgeon considère que l\u2019une des innovations majeures de cette loi réside dans la décen- tralisation mise de l\u2019avant, en donnant, par exemple, le pouvoir aux municipalités et aux communautés autochtones de réaliser leur propre classement patrimonial.L\u2019Ontario confie des responsabilités aux collectivités locales depuis longtemps, nuance M.Grandmont.Reste que cette question de la prise en charge par les collectivités est en vogue depuis peu partout dans le monde.A peine de retour d\u2019un séjour au New Jersey, Christina Cameron assure que, là-bas aussi, ce sujet était au centre des discussions.«Je suis certaine qu\u2019on est en pleine transition.On est en train de changer de paradigme.Et je trouve que cette loi [sur le patrimoine culturel a\\i Québec] ouvre la porte à ça», observe-t-elle.A son avis, elle est terminée, l\u2019époque où le patrimoine important n\u2019était déterminé que par les archéologues.La nouvelle ère laisse la place à «toute une négociation sociale».«Nous, les experts, on va répondre à l\u2019appel des collectivités, prédit M\u201c® Cameron.Moi, je trouve que c\u2019est tout à fait correct.Il y en a qui vont dire qu\u2019on va perdre le contrôle, que ce sera le free for ail, que les gens vont faire n\u2019importe quoi.Je ne crois pas.Ça va ouvrir un dialogue, parce que, dans le fond, on n\u2019ira pas protéger le patrimoine, conserver ce qu\u2019on veut, si on n\u2019a pas l\u2019engagement de la population.» D\u2019ailleurs, le parc Tongariro en Nouvelle-Zélande était déjà reconnu comme un élément du patrimoine mondial pour ses valeurs naturelles, mais il est devenu instantanément un paysage culturel, une fois le concept institutioimalisé, «en raison de ses valeurs pour les peuples autochtones.C\u2019est là qu\u2019on peut voir que ce concept se base sur d\u2019autres valeurs que celles, traditionnelles, d\u2019esthétisme, d\u2019histoire, de nature et de faune, soit des valeurs plus utiles en lien avec les relations, les personnes, l\u2019humanité et son territoire.» Collaborateur Le Devoir La Prairie La Prairie, une ville riche d\u2019histoire à découvrir! La ville de La Prairie est située sur la rive sud de Montréal et est l\u2019une des plus vieilles villes canadiennes comptant plus de 345 ans d\u2019histoire.Son vieux secteur est l'un des neuf arrondissements historiques reconnus comme tels par le gouvernement du Québec.La conservation de son patrimoine bâti et culturel est une priorité absolue pour le conseil municipal.D\u2019ailleurs, depuis quelques années, plusieurs réalisations le prouvent telles que la revitalisation de l\u2019arrondissement historique, incluant l\u2019enfouissement des réseaux câblés, un projet de plus de 8 M $.La Prairie figure parmi les villes possédant le plus riche patrimoine archéologique au Québec.Quelques artéfacts découverts lors de fouilles archéologiques seront mises en valeur dans la Réserve archéologique et Centre de diffusion, un projet réalisé conjointement avec la MRC de Roussillon, qui ouvrira ses portes, à La Prairie, à l\u2019été 2013 Aussi, la Ville de La Prairie élabore présentement un plan stratégique de développement durable et le domaine culturel et patrimonial fait partie de cette mission.Lucie F.Roussel, mairesse LA LOI SUR LE ^ ^ PATRIMOINE CULTUREL Entrée en vigueur le 19 octobre 2012 LE PATRIMOINE CULTUREL DU QUEBEC : UN HÉRITAGE À PRÉSERVER POUR NOUS ET NOS ENFANTS CONNAITRE.PROTEGER.VALORISER.TRANSMETTRE Une loi d'avant-garde qui inclut dans la notion de patrimoine culturel les immeubles, les sites, les documents et les objets patrimoniaux, les paysages culturels patrimoniaux, le patrimoine immatériel ainsi que les personnages, événements et lieux historiques DES PARTENAIRES GOUVERNEMENTAUX AU SERVICE DU PATRIMOINE ET DE LA POPULATION Ministère de la Culture et des Communications (mcc.gouv.qc.caj Administre la Loi et analyse les propositions de classement et les demandes de travaux.& Conseil du patrimoine culturel du Québec (cpcq.gouv.qc.caj À l'écoute de la population, contribue à protéger notre patrimoine collectif.A Société de développement des entreprises culturelles (sodec.gouv.qc.caj Assure la protection d'un riche patrimoine immobilier.Centre de conservation du Québec (ccq.gouv.qc.caj Restaure et conserve les joyaux de notre patrimoine culturel.La Loi sur le patrimoine culturel : une loi au service de l\u2019interet public mcc.gouv.qc.ca/patrimoine Québec s Q "]
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