Le devoir, 27 octobre 2012, Cahier H
[" UNIVEÜSITE RECHERCHE Rémi Quirion est scientifique en chef Page 2 L\u2019Université de Montréal est internationale Page 4 Il y a grogne au Nunavut Page 6 CAHIER SPECIAL H > LE DEVOIR LES SAMEDI 27 ET DIMANCHE 28 OCTOBRE 2012 L\u2019Université McGill rêve de doter Montréal d\u2019un grand centre de recherche spatiale.Nous avons un potentiel unique au Canada, constate-t-on.C\u2019est ainsi que nos universités pourraient s\u2019associer à l\u2019Agence spatiale canadienne pour créer un centre d\u2019excellence comparable au fameux Jet Propulsion Laboratory (JPL) de la NASA.CLAUDE LAFLEUR Le JPL fait autorité : nous lui devons l\u2019exploration de Mars à l\u2019aide de véhicules tout-terrain, de Jupiter, de Saturne et bientôt de Pluton grâce aux sondes Galileo, Cassini et New Horizons, de même que l\u2019étude des confins du système solaire par les Voyager.«La NASA dispose de plusieurs campus de recherche, relate Matt Dobbs, professeur au Département de physique de l\u2019Université McGill.Il y a entre autres le JPL en Californie, l\u2019un des centres de recherche les plus performants au monde.On y développe principalement des technologies servant à explorer l\u2019espace.Or le JPL est associé à Caltech [California Institute of Technology], un établissement universitaire.Il s\u2019agit d\u2019un mariage de rêve, puisqu\u2019il com- bine les deux pôles de la recherche scientifique.» «Le meilleur des deux mondes ! » Le professeur Dobbs explique en effet que Caltech est une université où, par conséquent, ceux qui y enseignent bénéficient de la liberté de recherche.«Ces chercheurs disposent de fonds qui leur permettent de faire de la recherche fondamentale et, surtout lorsqu\u2019ils tombent sur une bonne idée, de l\u2019explorer, indique-t-il.Dans une université, on peut aisément se tourner sur un 10 cents pour explorer ou exploiter une nouvelle avenue.» Par contre, poursuit-il, le fonctionnement d\u2019un laboratoire comme le JPL est avant tout «pragmatique», c\u2019est-à-dire qu\u2019on se doit d\u2019y appliquer des plans à long terme avec des objectifs précis à réaliser, comme envoyer un robot sur Mars.«Par conséquent, ceux qui y travaillent doivent se concentrer sur des tâches précises, et non se lancer vers n\u2019importe quelle idée!», souligne M.Dobbs.Ce sont là les deux pôles de la recherche scientifique, note-t-il.La liberté de recherche pour la poursuite d\u2019idées novatrices et la réalisation de projets concrets.En outre, dans le cas du JPL et de Caltech, ce sont des établissements voisins, de sorte que bon nombre de chercheurs qui œuvrent dans le premier travaillent également pour le second.«Voilà qui permet de tirer parti des meilleures idées, tout en les appliquant de façon concrète à la réalisation de projets.C\u2019est le meilleur des deux mondes!» Nous pourrions faire de même à Montréal, en associant nos universités aux laboratoires de l\u2019ASC situés à Saint-Hubert.«L\u2019Agence spatiale canadienne réalise des travaux de classe mondiale, estime le chercheur, mais elle ne fonctionne pas comme une université.Ceux qui y travaillent n\u2019ont pas la liberté de poursuivre n\u2019importe quelle idée.Toutefois, si on associait directement la recherche uni- versitaire et ce qui se fait à Saint-Hubert, là, on créerait une synergie digne du JPL de la NASA.» Matt Dobbs insiste cependant sur un fait capital: «La proximité est la clé du succès.» Il importerait en effet que les spécialistes puissent à la fois effectuer de la recherche à l\u2019université et des travaux pratiques à l\u2019ASC.Voilà pourquoi Montréal, et non Toronto, Winnipeg ou Vancouver, possède un atout unique au Canada.«Le JPL n\u2019est pas associé à l\u2019Université de Berkeley, pourtant une très très bonne université, dit-il, parce que celle-ci est trop éloignée pour que les chercheurs se promènent d\u2019un lieu à l\u2019autre.» Naissance d\u2019une expertise spatiale Peu de gens savent que, depuis l\u2019an 2000, l\u2019Université McGill a développé une expertise particulière dans le domaine spatial, qui pourrait servir de noyau à un éventuel centre d\u2019excellence en technologie spatiale.Cette expertise s\u2019étend de l\u2019étude du cycle de l\u2019eau jusqu\u2019aux balbutiements de l\u2019Univers, en passant par la mise au point d\u2019équipements servant à contrôler les satel- lites et à explorer Mars, y compris même la recherche de vie extraterrestre.C\u2019est ainsi qu\u2019un chercheur comme Wayne Pollard étudie l\u2019environnement désertique polaire depuis la station de recherche canadienne dans l\u2019Arctique.«Notre capacité à vivre dans le Grand Nord et à étudier ce qui s\u2019y passe nous donne un aperçu de ce qui se passe sur des planètes froides», relate Matt Dobbs.En quelque sorte, on y apprend à étudier une planète comme Mars.De son côté, Pavlos Kollias étudie le cycle de l\u2019eau à l\u2019aide de satellites qui scrutent le sol et l\u2019atmosphère terrestres: comment l\u2019eau arrose les grandes prairies de l\u2019Ouest, puis s\u2019écoule jusqu\u2019aux Grands lacs, avant de s\u2019évaporer pour former des nuages et finalement retomber à nouveau.«Ces travaux concernent non seulement l\u2019avenir économique du Canada et la gestion de notre vaste territoire, mais également les impacts des changements climatiques sur l\u2019avenir du pays», résume son collègue Dobbs.Pour sa part, Boswell Wing s\u2019intéresse à la recherche de la vie dans l\u2019Univers.en re- gardant ce qui se passe sur la Terre! «Si on veut espérer un jour être capable de repérer des signes de vie sur une autre planète, il faut d\u2019abord comprendre comment celle-ci s\u2019est propagée sur la Terre, explique M.Dobbs.C\u2019est justement ce à quoi se consacre le professeur Wing.» Quant à lui.Matt Dobbs fait partie d\u2019une équipe internationale qui tentera bientôt de lancer un ballon stratosphérique depuis l\u2019Antarctique qui portera un télescope destiné à étudier la naissance de l\u2019Univers, rien de moins! «Nos théories prédisent que, peu de temps après le Big Bang, il s\u2019est dégagé, en même temps que de la lumière et de la chaleur, des ondes gravitationnelles, dit-il.Or personne n\u2019est jamais parvenu à détecter ces ondes.Nous pensons avoir conçu un télescope capable d\u2019y parvenir.» Si tout va bien, donc, le ballon porteur du télescope EBEX sera lancé au début de décembre et permettra des observations astronomiques durant un mois.Peut-être une grande première à l\u2019horizon ?Collaborateur Le Devoir TELUQ L'université.Aujourd'hui.^ Depuis 40 ans CD U eu H 2 LE DEVOIR LES SAMEDI 27 ET DIMANCHE 28 OCTOBRE 2012 RECHERCHE SELON LE SCIENTIEIQUE EN CHEE « C\u2019est important d\u2019avoir de la recherche qui ne soit pas dirigée » Plus de 1200 projets de recherche ont été financés en 2011-2012 Les trois fonds de recherche subventionnaires du Québec ont été fédérés l\u2019an dernier sous le nom du Fonds de recherche du Québec.Pourquoi?Le scientifique en chef du Québec, Rémi Quirion, a répondu à cette question et à bien d\u2019autres entourant les enjeux et les défis de la recherche québécoise.THIERRY HAROUN Ainsi, le Fonds de recherche du Québec-Nature et technologies, le Fonds de recherche du Québec-Santé et le Fonds de recherche du Québec-Société et culture sont les trois fonds qui ont été rassemblés sous l\u2019égide du Fonds de recherche du Québec, sanctionné le 1\u2019^ juillet 2011 par le gouvernement libéral de Jean Charest.L\u2019idée de fédérer ces fonds n\u2019est pas sans motifs, fait valoir le scientifique en chef du Québec, Rémi Quirion.«E faut d\u2019abord préciser que les trois fonds maintiennent leur mission respective dans leur appui à la recherche, à la formation des chercheurs, etc.Maintenant, l\u2019un des objectifs derrière la décision de fédérer un peu tout ça est de nous rendre le plus concurrentiel possible à l\u2019échelle nationale, afin FONDS DE RECHERCHE DU QUEBEC Le scientifique en chef du Québec, Rémi Quirion que nos chercheurs puissent aller chercher le maximum de subventions issues des fonds de recherche fédéraux, soit l\u2019Institut de recherche en santé du Canada, le Conseil de recherche en sciences naturelles et en génie du Canada et le Conseil de recherche en sciences humaines.» Dans les faits, rappelle M.Quirion, «depuis quelques années, on stagne [sur le plan des subventions].Et, dans certains cas, je vous dirais qu\u2019on a connu une baisse en pourcentage quant aux subventions qu\u2019on reçoit du gouvernement fédéral.» Par ailleurs, le fait de nommer un scientifique en chef du Québec est l\u2019autre objectif qui a motivé la fédération des trois fonds de recherche de la province.Selon M.Quirion, son titre «vient donner une visibilité internationale» au secteur de la recherche québécoise.Il ajoute qu\u2019Israël a été l\u2019un des premiers pays à créer un tel poste, puis d\u2019autres pays ont fait de même, comme la Grande-Bretagne et l\u2019Australie.Une approche intersectorielle Enfin, favoriser une approche dite intersectorielle est le troisième mobile derrière la fédération des fonds de recherche.Qu\u2019en est-il?«L\u2019idée ici est de stimuler les collaborations entre experts qui proviennent de milieux assez différents, afin de mieux comprendre les défis de la société moderne», note Rémi Quirion.Le vieillissement de la population, par exemple, est un enjeu important de notre société.Il y a des problèmes qui lui sont liés, comme les maladies chroniques (le diabète, l\u2019hypertension et certaines formes de cancer).Ainsi, dans le cadre de projets intersectoriels, on est en train de développer une thématique dénommée «Vieillir en santé», qui vise notamment à ce que les gens demeurent chez eux en ayant la possibilité d\u2019utiliser la domotique, soit l\u2019ensemble des techniques et des études tendant à intégrer à l\u2019habitat tous les automatismes en matière de sécurité, de gestion de l\u2019énergie, des communications, etc., selon Le Petit Larousse.«Donc, poursuit le scientifique en chef, il s\u2019agit de voir comment on peut utiliser cela pour améliorer la qualité de vie des gens qui sont à domicile.Et, pour cela, on cherche des ingénieurs, des physiciens et ainsi de suite.» International Le volet touchant l\u2019aspect international de la JACQUES GRENIER LE DEVOIR Dans le cadre de projets intersectoriels, le Fonds de recherche du Québec est en train de développer une thématique dénommée «Vieillir en santé», qui vise notamment à ce que les gens demeurent chez eux en ayant la possibilité d\u2019utiliser la domotique.recherche québécoise s\u2019est glissé une seconde fois dans notre entretien avec Rémi Quirion.«La présence du Québec à l\u2019échelle internationale est très importante pour le gouvernement.Donc, afin d\u2019augmenter notre visibilité à l\u2019étranger, nous encourageons des partenariats avec d\u2019autres pays.Nous avons d\u2019ailleurs établi deux initiatives en ce sens, notamment avec la Erance.Nous travaillons sur des projets de recherche favorisant la collaboration d\u2019équipes québécoises avec des équipes françaises du Centre national de recherche scientifique, de l\u2019Institut national de la santé et de la recherche médicale ou encore de l\u2019Agence nationale de recherche.Ces collaborations se font dans le domaine du vieillissement et sur la maladie d\u2019Alzheimer.Et ces partenariats nous permettent d\u2019avoir une porte d\u2019entrée avec la communauté européenne pour éventuellement faire partie des grands réseaux européens.» Comment la recherche québécoise est-elle perçue sur l\u2019échiquier mondial?«En fait, tout dépend des domaines.Mais il y a certains de nos domaines qui sont connus pour leur longue tradition, je pense aux neurosciences ou à la cardiologie.Nous sommes aussi réputés dans les secteurs des arts visuels et de la création.Les étudiants québécois qui sont à la maîtrise ou au doctorat sont considérés comme très bien formés.Ce qui fait qu\u2019ils sont très bien reçus au postdoctorat en Erance ou ailleurs», juge M.Quirion.Indépendance préservée Une dernière chose: si le financement demeure un enjeu «critique» pour la recherche en général, rappelle avec raison Rémi Quirion, l\u2019indépendance de la recherche doit continuer d\u2019être préservée.«E est certain que la liberté de recherche est importante.C\u2019est important d\u2019avoir de la recherche qui ne soit pas dirigée, ce que les trois fonds [de recherche] appuient en grande majorité: de 75% à 80% des subventions vont vers des recherches qui ne sont pas dirigées.Il faut certes poursuivre cette approche, mais en même temps nous vivons dans notre société.Il faut être près d\u2019une certaine réalité de cette société.En cela, il nous faut essayer de combiner les deux», soit la recherche dirigée et la recherche qui ne l\u2019est pas.On notera que, pour l\u2019année 2011-2012, les trois fonds de recherche du Québec ont pu compter sur un budget total de 203,8 millions de dollars, qui a ainsi financé plus de 1200 projets de recherche et accordé 3296 bourses d\u2019études destinées à la relève, entre autres.Collaborateur Le Devoir UL CAMPUS SCIENTIFIQUE MOBILISÉS POUR LE NORD DURABLE Chef de file mondial dans la recherche nordique et polaire depuis plus de 50 ans, l'Université Laval se mobilise autour des enjeux et des priorités de la recherche universitaire liés au développement du Nord du Québec.Plus d'une cinquantaine de scientifiques et d'experts ont jeté les bases d'un plan de recherche pour assurer l'essor harmonieux des communautés et des territoires nordiques.Démarche unique à l'échelle d'un campus, cette vaste initiative accroît le leadership de notre établissement dans la recherche nordique et confirme sa place enviable sur l'échiquier mondial.ulavai.ca/norddurable LE MONDE EST PETIT MB ISNT-EBTAIPJMENT (WOCIRITf\tHMILVARMRB AARON WATSON LA PRESSE CANADIENNE Des manifestations ont eu lieu l\u2019été dernier dans les rues de plusieurs villages du Nunavut.Les gens protestaient contre les prix élevés de la nourriture.LA NANOTECHNOLOGIE AU SERVICE DE L\u2019ÉNERGIE SOLAIRE Plongez dans l'univers du stagiaire postdoctoral Alberto Vomiero du Centre Energie Matériaux Télécommunications qui cherche à développer des panneaux solaires écologiques de nouvelle génération.Grâce à une prestigieuse bourse Marie-Curie, il travaille au laboratoire du professeur Federico Rosei à mieux comprendre les mécanismes, à l'échelle de l'atome, qui transforment la lumière en énergie.Découvrez PlanèteINRS.ca Première université au Canada pour son intensité de recherche Université d\u2019avant-garde http://www.planete.inrs.ca/webzine/convertir-energie-solaire-pour-pas-cher-et-avec-panache LE DEVOIR LES SAMEDI 27 ET DIMANCHE 28 OCTOBRE 2012 RECHERCHE H 7 ESG UQAM ET POLYTECHNIQUE Tout savoir de la vie d\u2019un t-shirt en coton Les conséquences écologiques de la consommation mondiale sont au cœur des préoccupations actuelles.Les gouvernements et les industriels sont sommés de prendre un virage vert, afin que l\u2019humanité en arrive à un développement qui soit vraiment soutenable.C\u2019est dans ce contexte que se rend utile la nouvelle Chaire internationale sur le cycle de vie, qui analyse l\u2019impact global de nos produits et services, « du berceau au tombeau».Rencontre avec l\u2019un de ses titulaires.BENOIT ROSE La Chaire internationale sur le cycle de vie est toute jeune: elle a été lancée le 18 avril dernier, à Polytechnique Montréal.Toutefois, elle poursuit les travaux amorcés par la Chaire internationale sur l\u2019analyse du cycle de vie (2007-2011), qui a fait œuvre de pionnière dans ce domaine au cours des dernières années.Elle fait aussi partie du Centre interuniversitaire de recherche sur le cycle de vie des produits, procédés et services (CIRAIG), qui, lui, est reconnu mondialement pour ses travaux et ses initiatives.Jeune, donc, mais solidement précédée.En phase avec son temps, la pensée relative au cycle de vie veut approfondir notre connaissance des impacts d\u2019un produit ou d\u2019un service sur notre planète.Elle vise ainsi la prise en compte des relations écologiques, économiques et sociales que celui-ci établit tout au long de son parcours, pour établir des bases de données crédibles permettant aux acteurs de la société de prendre de meilleures décisions.« C\u2019est donc une approche holistique, qui tient compte de l\u2019extraction et du traitement des matières premières, des processus de fabrication, du transport et de la distribution, de l\u2019utilisation et de la réutilisation du produit fini et, finalement, du recyclage et de la gestion des déchets en fin de vie», détaille le CIRAIG.L\u2019analyse du cycle de vie est un outil normalisé par l\u2019Organisation internationale de normalisation 0SO 14040).Jean-Pierre Revéret est l\u2019un des quatre titulaires de la cljaire, le seul en provenance de l\u2019École des sciences de la gestion (ESG) de rUQAM.Rencontré au Département de stratégie, responsabilité sociale et environnementale, il explique que deux nouveaux thèmes figurent désormais au cœur du mandat de la jeune unité de recherche.D\u2019abord, l\u2019opérationnalisation.«Qu\u2019est-ce qu\u2019on fait avec les résultats d\u2019une analyse du cycle de vie ?Il s\u2019agit de voir comment utiliser au mieux cet outil-là pour qu\u2019il soit pleinement efficace au sein d\u2019une entreprise.Parce que ça devient carrément une façon de voir les choses.» Ensuite, la prise en compte des enjeux sociaux et socioéconomiques.C\u2019est justement siu ce nouveau volet que travaille le sympathique professeur.Enjeux sociaux Les quatorze partenaires qui financent cette chaire ont demandé que soient pris en compte les impacts socioéconomiques dans les nouvelles recherches.Cette considération est très récente à l\u2019échelle mondiale, nous dit M.Revéret : les balises qui encadrent une analyse sociale du cycle de vie ont été publiées seulement en septembre 2009 par le Programme des Nations unies pour l\u2019environnement.« On est donc dans un volet qui est vraiment novateur», lance-t-il.Du vrai défrichage, quoi.«L\u2019idée, c\u2019est que, à chaque étape où il se passe quelque chose dans le produit, on regarde quels sont les enjeux écologiques, bien sûr, mais aussi sociaux.Prenons l\u2019exemple d\u2019un t-shirt de coton : il y a quelqu\u2019un, quelque part, qui a planté des graines de coton.Le coton a été planté, arrosé de pesticides, transporté, tressé, tissé, teint.Tout au long du processus, on AGENCE ERANCE-PRESSE La chaire scrute à chaque étape les différents enjeux d\u2019un produit, le t-shirt par exemple.observe les impacts sur les catégories de parties prenantes: les travailleurs, la collectivité locale à la périphérie, la société, le consommateur, etc.» «On identifie aussi des catégories d\u2019enjeux, comme les droits humains, les conditions de travail ou les retombées socioéconomiques.A la chaire, on fait des études de cas.On développe la méthodologie dans le détail, ainsi que de bons indicateurs, par exemple pour évaluer ce qu\u2019est un salaire convenable dans les différentes régions du monde.On fait des comparatijs.On se fie aux informations qui proviennent des Nations unies, c\u2019est-à-dire d\u2019en haut, mais on en construit aussi à partir de la base, selon les contextes locaux», résume le professeiu.Motivations La volonté de faire du développement durable semble avoir fait son chemin chez les industriels québécois depuis le premier Sommet de Rio, il y a vingt ans.On en trouve un indice ici : le financement de la Chaire internationale sur le cycle de vie est entièrement assuré par quatorze partenaires de ce secteur.Parmi eux.Bombardier, Hydro-Québec, Nestlé, RONA et Total.Si la sensibilité écologique a sans doute évolué au sein des directions, elle n\u2019est probablement pas la seule responsable de cet intérêt marqué pour des pratiques plus acceptables.Quelles sont donc les motivations des industriels?Comment expliquer une telle mobilisation poiu le développement de la recherche sur le cycle de vie des produits ?Le professeur Revéret lance quelques pistes.« Ce qui est en amont, c\u2019est la triple reddition de comptes.C\u2019est-à-dire que, aujourd\u2019hui, une entreprise n\u2019est plus jugée uniquement sur ses rendements économiques: il faut qu\u2019elle soit performante aussi sur les plans écologique et social.Certaines Vont d\u2019ailleurs appris à leurs dépens: on pense à Nike, qui s\u2019est fait montrer du doigt pour les mauvaises conditions de travail et l\u2019embauche d\u2019enfants dans ses ateliers.Apple, récemment, a eu un problème un peu de même nature avec le travail en Chine.» «Les consommateurs sont de plus en plus sensibles à ça, constate le chercheur.Ça devient un enjeu de gestion de risques dans toute la chaîne d\u2019approvisionnement.» On veut préserver sa bonne réputation, en évitant les scandales sociaux et écologiques ainsj que les partenariats avec des États plongés dans la controverse.Avec, en plus, tout le mouvement de l\u2019investissement socialement responsable, ce sont maintenant les actionnaires qui formulent de nouvelles exigences éthiques.«La demande des entreprises pour l\u2019outil qu\u2019est l\u2019analyse du cycle de vie a donc plusieurs origines.C\u2019est une espèce de grand mouvement » La chaire dispose d\u2019un budget de sept millions de dollars sur cinq ans.« On peut souhaiter que, dans cinq ans, grâce à un bon usage des analyses du cycle de vie, on produise et consomme de façon plus responsable, avec de moindres impacts sur l\u2019environnement et de meilleures conditions sociales tout au long de la vie des produits », de conclure Jean-Pierre Revéret.Collaborateur Le Devoir POLYTECHNIQUE « Des solutions à l\u2019avant-garde de la technologie actuelle » Polytechnique Montréal abrite maintenant la deuxième chaire de recherche du Canada en importance, en matière de poids financier, et la plus imposante dans son domaine.Il s\u2019agit de la Chaire industrielle multisectorielle en revêtements et en ingénierie des surfaces, dont le budget dépasse les cinq millions de dollars sur une période de cinq ans.RÉGINALD HARVEY Professeur titulaire au Département de génie physique de Polytechnique, Lud-vik Martinu est à la barre de ce regroupement élargi de chercheurs, qui reçoit un appui financier du Conseil de recherche en sciences naturelles et en génie du Canada (CRNSG) et de sept partenaires industriels.Il en fait les présentations: «C\u2019est une grande chaire, par rapport aux autres activités dans le domaine de la recherche au Canada.On bénéficie de programmes de partenariat entre l\u2019université et l\u2019industrie et, dans ce cas-là, il s\u2019agit vraiment d\u2019un projet unique, pour plusieurs raisons: premièrement, il a fallu plusieurs années de travail et beaucoup de collaboration avec l\u2019industrie sur des travaux fondamentaux pour comprendre la science en ingénierie des matériaux à l\u2019échelle des surfaces et sur le plan du traitement de leur revêtement.» Il parle volontiers d\u2019un mariage réussi: «On a été capable de bâtir une espèce de confiance entre les partenaires industriels et le milieu universitaire, ce qui est véritablement à l\u2019origine de cette chaire-là; ensemble, on a trouvé dans ce domaine des solutions à l\u2019avant-garde de la technologie actuelle à long terme.» La chaire se classe bonne deuxième au Canada relativement à l\u2019importance de son financement; elle n\u2019est supplantée que par un groupe de recherche sur les sables bitumineux: «Nous nous distinguons surtout par le fait que nous travaillons sur des technologies vertes ou propres qui sont non polluantes.» Recherche et finalités Le titulaire fournit des explications sur la nature des travaux conduits par la chaire : «Historiquement et depuis plusieurs décennies, on a bâti un laboratoire qui est capable de se pencher sur plusieurs sujets à la fois.En premier lieu, on se tourne vers le traitement des techniques de fabrication qui sont basées sur des procédés relatifs au plasma et aux décharges électriques, dans le but d\u2019amorcer des réactions physiques et chimiques; il est possible d\u2019obtenir des revêtements à la surface ou de traiter celle-ci.» Le labo s\u2019est activé dans ce sens-là: «On a aussi beaucoup collaboré avec l\u2019industrie dans le but d\u2019assurer le transfert technologique en fonction des réalités industrielles.» Il aborde une autre activité qui a retenu l\u2019attention : «Pour le deuxième volet de ces tech-niques-là, on a maîtrisé la façon de s\u2019y prendre pour construire des revêtements ou pour traiter des surfaces atome par atome.De telle sorte qu\u2019on en arrive à entrer en possession de microstructures qui vont nous donner des propriétés sur mesure; celles-ci sont très importantes parce qu\u2019elles établissent un lien entre la nanoscience et la nanotechnologie.Une telle approche est utilisée en vue d\u2019une utilisation sur une grande échelle dans le domaine industriel.» En bout de ligne, quelle est l\u2019utilité des revêtements qui font l\u2019objet de ces travaux ?Il fournit un certain nombre d\u2019exemples, sans pour autant en dresser une liste complète : «Il y a une large gamme d\u2019applications scientifiques et technologiques, comme l\u2019exploration de l\u2019espace, par exemple.Il y en a d\u2019autres qui sont davantage tournées vers le quotidien, comme les revêtements optiques sur des lu- nettes et sur des composantes optiques des caméras, des systèmes de communication et des systèmes de projection utilisés dans les théâtres et les cinémas.D\u2019un autre côté, on travaille avec des entreprises qui les utilisent sur le vitrage architectural ou sur celui des automobiles.» Avec l\u2019industrie Il existe une corrélation entre la grande variété des applications en cause et le partenariat tissé avec un aussi grand nombre de collaborateurs industriels à l\u2019intérieur de la chaire, comme le signale M.Martinu: «Ils sont au nombre de sept, et je dirais que la nature de la recherche invite à une collaboration multisectorielle; on trouve des solutions dans différents secteurs en utilisant des techniques de fabrication ou des matériaux très similaires, de telle sorte qu\u2019on peut en faire bénéficier plus de partenaires à la fois.On parle aussi de multidisciplinarité en raison de la présence de plusieurs personnes avec différentes formations qui participent aux divers projets: il y a des physiciens, des mécaniciens, des ingénieurs.des chimistes, etc.» Dans certains cas, les industriels font partie des équipes de recherche depuis une dizaine d\u2019années : «Durant tout ce temps, on a identifié les secteurs qui les intéressent; sur le plan diplomatique, on s\u2019est appliqué à obtenir une structure en fonction de laquelle on travaille avec des utilisateurs finaux qui ne sont pas en situation de concurrence; il en résulte de très belles synergies, parce qu\u2019ils peuvent se parler librement pour faire avancer la recherche beaucoup plus vite.» Le laboratoire de Polytechnique évolue dans une discipline à la fine pointe des technologies.Le titulaire de la chaire en mesure les conséquences: «Au cours des récentes années, on a beaucoup parlé partout de la nanoscience et de la nanotechnologie; le défi qui se pose dans ce domaine, c\u2019est qu\u2019il y a beaucoup de travaux et de connaissances accumulés dans les laboratoires de recherche universitaires; beaucoup de ceux-ci poussent maintenant pour l\u2019application de la nanotechnologie dans la vie réelle.En créant cette chaire avec des partenaires qui sont des utilisateurs, on a suscité un effet d\u2019attraction à l\u2019endroit de ceux-ci; on a créé une réaction «push-pull», si on peut utiliser cette expression anglaise, de telle manière qu\u2019on n\u2019a pas tellement besoin de pousser, parce qu\u2019il y a quelqu\u2019un à nos côtés qui est attiré par ces technologies pour les faire avancer plus rapidement.» A l\u2019intérieur d\u2019un secteur en pleine effervescence, une équipe composée de 20 à 25 personnes s\u2019active.Ludvik Martinu relève la question du recrutement du personnel: «Le succès d\u2019un labo comme celui-là est largement tributaire de la qualité des gens qui y travaillent; bien sûr, on cherche les meilleurs éléments et, à travers les années, on a été en mesure de les trouver.Historiquement, on peut dire qu\u2019il y a beaucoup de nos finissants qui, ayant obtenu leur diplôme de notre laboratoire, sont devenus soit des professeurs d\u2019université, soit des leaders dans l\u2019industrie.» Collaborateur Le Devoir S f SOURCE POLYTECHNIQUE Ludvik Martinu, professeur titulaire au Département de génie physique de Polytechnique.GENIE APPLIQUE AU-DELA DE LA RECHERCHE, DES RÉSULTATS CONCRETS 8 GRANDS DOMAINES DE RECHERCHE H 8 LE DEVOIR LES SAMEDI 27 ET DIMANCHE 28 OCTOBRE 2012 RECHERCHE METROPOOSATION ET SOCIETE Montréal est en panne « Les acteurs métropolitains ont une conception assez locale de leurs champs d\u2019intervention » MéSo, pour métropoHsation et société.Sept chercheurs de renom, tous professeurs à l\u2019Institut national de la recherche scientifique (INRS) ou à l\u2019Université de Montréal, scrutent la métropole québécoise pour en faire ressortir les atouts et trouver des moyens de la faire redémarrer.Parce le constat est sans équivoque : Montréal est en panne.HELENE ROULOT-GANZMANN Mais il y a de l\u2019espoir, estime Gilles Sénécal, professeur à l\u2019INRS, au sein du Centre urbanisation culture société et du groupe MéSo.D\u2019une part parce que, contrairement à ce qu\u2019on trouve aux Etats-Unis, à Los Angeles par exemple, nous sommes en face d\u2019une métropole concrète qui n\u2019est pas sans fin, même si l\u2019étalement urbain en est une caractéristique, et qui est construite autour de pôles définis.Ensuite parce que, du point de la vue de la société civile, qu\u2019il s\u2019agisse des groupes communautaires, des associations, des journalistes aussi, l\u2019idée métropolitaine est débattue, elle fait son chemin.» Au sein du groupe MéSo, la métropole est regardée sous toutes ses coutures.L\u2019équipe est multidisciplinaire.Jean-Pierre Collin est historien de formation, Laurence Bherer et Julie-Anne Boudreau sont doc-teures en sciences politiques, Sandra Breux et Gilles Séné-cal sont géographes, Pierre J.Hamel est économiste et sociologue et Claire Poitras est urbaniste et architecte.«La gouvernance est davantage une question de science politique, mais, si on se penche sur le partage des coûts, nous tombons sur une problématique économique de fiscalité locale, explique le professeur Sénécal.Moi, je m\u2019intéresse plus aux formes, donc mon passé de géographe me guide.Toutes les dimensions sociologiques sont regardées.Claire Poitras s\u2019intéresse à la défense du patrimoine, du cadre bâti, de son évolution.On essaie de partir de la réalité, comment se présente le malade, la métropole, plutôt que de partir de nos champs disciplinaires.Chaque discipline a ses lubies.Mais on revient toujours aux problèmes de notre métropole, une métropole à gouvernance faible, fragmentée, mais avec une forme polycentrique de plus en plus affirmée.» Espace métropolitain Quatre domaines de recherche principaux : la gouvernance, la morphologie métropolitaine, les représentations urbaines et la vie politique municipale.Les recherches posent notamment la question de l\u2019espace métropolitain comme espace de la vie politique.Comment a-t-il pu se mettre en place dans la région de Montréal, comparativement à d\u2019autres métropoles en Amérique du Nord?Comment a-t-on défini une conception métropolitaine du pouvoir fondée surtout sur des considérations d\u2019aménagement, de partage des coûts et d\u2019organisation de la mobilité et des infrastructures ?Et c\u2019est là que Jean-Pierre Collin en arrive à la conclusion que la métropole est en panne.«Les acteurs métropolitains, essentiellement le monde des maires, ont une conception assez locale de leurs champs d\u2019intervention et ça donne un système politique très fragmenté, assure Gilles Sénécal.Ils ont une très grande difficulté notamment à s\u2019entendre sur le partage des coûts, le plus criant étant au niveau du transport en commun.C\u2019est le nœud de toute la problématique métropolitaine.Qui paie et pour quoi?» Difficile aménagement Impossible alors de ne pas évoquer le Plan métropolitain d\u2019aménagement et de développement, le fameux PMAD sur lequel la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM) a planché ces dernières années, plan qui doit permettre l\u2019organisation du grand Montréal pour les décennies à venir.«Les grandes manœuvres de métropoHsation ont toujours été assez limitées, estime le géographe de formation.La CMM a peu de pouvoir d\u2019imposition, mais le PMAD tient cependant sa pertinence du fait que le gouvernement québécois, qui est le maître d\u2019œuvre du monde municipal, a imposé cette démarche de métropoHsation par une loi.Il n\u2019est donc pas complètement inopérant, notamment parce qu\u2019il introduit des règles d\u2019urbanisme, qui devront être prises en compte par les municipalités : densification autour des nœuds de transport en commun, les TOD, renforcement de la zone agricole, etc.En revanche, il y a beaucoup de choses qui vont être négociées au niveau local.Le PMAD, ce n\u2019est pas un bon grand plan qu\u2019il suffira d\u2019appliquer.» Attachement localisé Et c\u2019est là qu\u2019on en arrive à la spécialité de Gilles Sénécal au sein de ce groupe pluridis- ciplinaire, soit la morphologie de la métropole, ou comment s\u2019organisent les différentes fonctions de la métropole, comment se déplacent les personnes, etc.«Nos conclusions vont dans deux directions, qui ne sont d\u2019ailleurs pas opposées, note-t-il.Nos études montrent que l\u2019ancrage de la population dans sa banlieue est très fort et très ancien.Quand on demande aux gens de la couronne nord oû ils vivent, ils répondent «au centre de Laval» ou «à Boisbriand», pas «à Montréal».Souvent, leurs parents habitent non loin de là et leurs enfants également.Il y a un attachement local certain.Ces centres secondaires remplissent d\u2019ailleurs une véritable fonction culturelle.Il y a plus de places de cinéma dans la couronne nord que dans le centre de Montréal, les chanteurs et les humoristes populaires se produisent dans ces banlieues, il n\u2019est pas obligatoire de se rendre au théâtre Saint-Denis pour les voir sur scène.Ces noyaux n\u2019ont pas toutes les qualités, loin de là.Les paysages y sont assez pauvres sur le plan esthétique.Il s\u2019agit souvent de centres commerciaux sur plusieurs dizaines de kilomètres, il SOURCE SOCIETE DE DEVELOPPEMENT ANGUS Le groupe MéSo travaille sur les représentations culturelles urbaines, les images que la population se fait de sa ville, de ses transports, etc., de manière à prévoir de futurs comportements.y a une dépendance forte à l\u2019égard de l\u2019automobile.Il reste que ça demeure de véritables pôles d\u2019attraction.» Dans le prolongement de cette thématique, le groupe MéSo travaille également sur les représentations culturelles urbaines, les images que la po- pulation se fait de sa ville, de ses transports, etc., de manière à prévoir de futurs comportements.Un point sur lequel les acteurs politiques de la métropole feraient bien de s\u2019épancher pour prévoir l\u2019évolution de la structure urbaine à long terme.«Nous sommes en contact avec les gens de la CMM, note Gilles Sénécal.Il est toujours difficile d\u2019évaluer l\u2019impact que nous avons, mais, chose certaine, nous ne sommes pas coupés du milieu.» Collaboratrice Le Devoir U 0) L\u2019UNIVERSITE DE MONTRÉAL EST PLUS QU\u2019UNE UNIVERSITÉ, C\u2019EST UN PROJET DE SOCIÉTÉ.ET NOUS METTONS TOUT NOTRE TALENT AU SERVICE DU PROGRÈS SOCIAL, CULTUREL, ÉCONOMIQUE ET SCIENTIFIQUE.Université fm de Montréal "]
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