Le devoir, 3 novembre 2012, Cahier E
[" La danseuse Anne Plamondon seule sous le soleil de la scène Page e 3 Ti /fjiL Jean-Marie Papapietro J ' les douceurs de Tabsurde jfKHnV théâtre Page e 5 CULTURE CAHIER E > LE DEVOIR, LES SAMEDI 3 ET DIMANCHE 4 NOVEMBRE 2012 RT' 1 Vs .' 'a ¦ >4.-T ' ^ L ¦¦ E:.4 .ri \" f ¦' De Fred Fortiri~a Gros Mené \\ - Une généra Seul ou avec son groupe, le musicien a ouvert la voie à une nouvelle rythmique québécoise FRANÇOIS PESANT LE DEVOIR «Le musicien Fred Fortin est entouré à gauche de son fidèle guitariste et ami Olivier Langevin et du batteur Pierre Fortin, aussi membre des Dales Hawerchuk.Ensemble, ils forment le noyau du groupe Gros Mené, qui vient de faire paraître un nouveau disque, Agnus Dei.» Le mois dernier paraissait le deuxième disque de la formation Gros Mené, Agnus Dei, et ce, près de 14 ans après le mythique et dépeignant Tue ce drum Pierre Bouchard, l\u2019album fondateur du groupe dirigé par Fred Fortin.Que ce soit avec son groupe ou en solo.Fortin est devenu un pilier de la musique d\u2019ici.Regards croisés sur un auteur-compositeur-interprète totalement libre, qui a influencé plusieurs de ses contemporains.PHILIPPE PAPINEAU Avec le temps, Fred Fortin, s\u2019est fait un prénom : Fred.Pour tout le milieu de la musique alternative et même chez beaucoup de mélomanes, c\u2019est Fred tout court.Fred, c\u2019est le Fred homme-orchestre de son premier album solo, qui portait pourtant son nom au grand complet, Joseph Antoine Frédéric Fortin Perron.Fred, c\u2019est aussi le cerveau fou du groupe Stoner Gros Mené qui, en 1999, a fait souffler un vent nouveau sur le rock québécois.Ces deux volets de sa carrière se côtoient encore, comme les deux côtés d\u2019une même médaille.Le natif de Dolbeau, père de trois enfants, a en tout quatre disques solos faits de folk-rock, et il vient de ressusciter Gros Mené, en jachère depuis 14 ans.Ce nouveau Gros Mené, qui sera défendu mardi au Coup de cœur francophone, est une cuvée toujours aussi «bière-filles-hockey», mais plus sage à l\u2019oreille que Tue ce drum Pierre Bouchard, fait à l\u2019époque sans demi-teinte.Agnus Dei reprend un peu du son rock-électro de la formation Galaxie, de son fidèle ami et collège Olivier Langevin, avec des touches seventies.Mais pour Fred Fortin, les deux albums de Gros Mené partent d\u2019une même intention, d\u2019une même réaction: brasser la cage.« Un moment donné, y\u2019a des standards dans la KK Ça donnait le goût d\u2019écrire dans la langue de chez nous, sans complexe.Ça rendait les choses possibles.)) Stéphane Lafleur, Avec pas d\u2019casque Le groupe a remporté deux Félix au dernier Gala de l\u2019ADISQ, celui de l\u2019auteur ou compositeur de l\u2019année et celui du choix de la critique.Il sera en concert le 16 novembre au Cercle, à Québec, et le 22 novembre à la Sala Rossa, à Montréal.musique, des choses qui se ressemblent.C\u2019est correct.mais j\u2019ai de la misère quand ça devient trop uniforme, lance le timide musicien de 41 ans à la barbe grisonnante.Aujourd\u2019hui, t\u2019embarques sur l\u2019ordi, rien ne dépasse, y\u2019a de l\u2019Auto-Tune [correcteur électronique] partout dans les voix.Ça donne des structures incroyables, c\u2019est une forme d\u2019architecture, mais on peut doser l\u2019utilisation de ça et ramener la musique et les musiciens en avant-plan.Pis avoir de quoi de plus cru.Ya des formats radio, et c\u2019est pas long que le musicien prend le bord dans les critères, dans ce qu\u2019il faut faire et pas faire.Un moment donné, ça peux-tu être celui qui fait la toune qui décide ?» Le domaine des possibles La liberté de décider.Celle de faire à sa façon, d\u2019utiliser sa propre poésie, son accent du Lac.Voilà ce qui est au cœur de l\u2019œuvre de Fred Fortin, seul ou avec son groupe.Voilà ce qui fait que sa musique est empreinte d\u2019humanité, de vérité.Voilà ce qui fait que, même si c\u2019est parfois simple, cru, ou brut, on a le poil qui se dresse sur les bras.Voilà peut-être pourquoi on l\u2019appelle Fred tout court.Le guitariste Olivier Langevin était là lors de l\u2019enregistrement du premier Gros Mené.Et il est encore là 15 ans plus tard.«C\u2019est la liberté avec laquelle il fait sa musique et ses disques qui est inspirante pour tout le monde.Le son qu\u2019il a amené, le talent qu\u2019il a sont inspirants.Il aime ça, se creuser la tête, le bonhomme; il n\u2019aime pas prendre le premier truc qui vient, ça c\u2019est clair.» Dimanche dernier, pendant le Gala de Fred et Gros Mené ont appris à bien des gens comment faire du rock et de la chanson de manière bien québécoise et moderne )) Luc Brien, Les Breastfeeders Le groupe a fait paraître Dans la gueule des jours en mars 2011.Brien sera au Coup de cœur francophone mardi comme DJ à L\u2019Esco, après le concert de Propofol.l\u2019ADISQ, Stéphane Lafleur est monté sur scène pour récupérer le Félix de l\u2019auteur ou compositeur de l\u2019année.Le chanteur du groupe Avec pas d\u2019casque a tenu à remercier Richard Desjardins ainsi que Fred Fortin, qui ont été pour lui des «allumeurs de feu» et des «tapeux de trail».«Fred Fortin est débarqué avec un son et une langue bien à lui, raconte Lafleur au Devoir.Il y avait une sincérité dans sa voix.Quand quelqu\u2019un arrive à t\u2019émouvoir en gueulant VOIR PAGE F 4 : GROS MENÉ DEGAS \u2022 MONET \u2022 GAUGUIN I K MUSEE DES BEAUX-ARTS MONTRÉAL Une presentation de 3 Banque Scotia ^ \u2019^etro 3\u201c\"' M %tin BMREhlr IL ETAIT UNE FOIS L\u2019IMPRESSIONNISME Chefs-d\u2019œuvre de la peinture française du Clark BILLETS À 1/2 PRIX* les mercredis de 17 h à 21 h et les jeudis et vendredis de17hà19h *Applicable à l\u2019achat d\u2019un billet au prix courant de 20$ « Vraiment, à ne pas manquer ! » - Claude Deschênes, Radio-Canada Gratuit pour les enfants de 12 ans et moins Accompagnes d\u2019un adulte Non applicable aux groupes VISITES GUIDEES ET AUDIOGUIDE Horaire et forfaits sur renoiramonet.com Achetez vos billets dès maintenant renoiramonet.com Cette exposition est organisée par le Sterling and Francine Clark Art Institute, Williamstown, Massachusetts La presentation canadienne est produite en collaboration avec le Musee des beaux-arts de Montreal Edgar Degas Danseuses au foyer (detail) vers 1880 ©Sterling and Francine Clark Art Institute Williamstown Massachusetts USA E 2 LE DEVOIR, LES SAMEDI ET DIMANCHE 4 NOVEMBRE 2012 CULTURE En mode découverte ou nostalgie Odile Tremblay avie que je suis d\u2019être allée applaudir Richard Desjardins au Club Soda.Il se déclare à tous vents las des exigences des tournées de saltimbanque en caravane.Alors, mercredi soir, on était nombreux à songer que ce genre de rendez-vous avec le barde et ces cinq merveilleux musiciens serait le dernier.D\u2019autres vedettes de la chanson avant lui ont reviré bride, remarquez, trop en manque, après avoir clamé: «Les gros shows, plus jamais!» A force d\u2019entendre Aznavour crier au loup et à l\u2019adieu, on en venait à bouder ses éternels retours.Mais un spectacle sophistiqué comme celui de Uexistoire, sur les arrangements complexes de Claude Fradette, est lourd.La troupe s\u2019est investie totalement dans l\u2019album et le spectacle.Ça s\u2019entend.Ce genre de bijou tire toute l\u2019énergie de ses orfèvres.On le sent aussi.On le croit un peu.Parce que chant du cygne ou pas, c\u2019était sans doute le meilleur show de Desjardins.En forme, qu\u2019il était, le poète abitibien.Et rodé, son spectacle.Avoir remporté dans sa catégorie les Félix du meilleur disque et du meilleur spectacle de l\u2019année au dernier Gala de l\u2019ADISQ pour cet Existoire-\\k, quelques jours plus tôt, galvanise un artiste.On en récoltait les fruits au Club Soda.Ecouter le disque, c\u2019est déjà bien, assister au spectacle, c\u2019est une plus-value.Surtout que celui-ci entremêle les monologues, les salves anti-Har-per aux chansons de Uexistoire, tel le merveilleux\tNord accroché aux étoiles.Ajoutez les vieux classiques, du Bon gars au chef-d\u2019œuvre intemporel Quand j\u2019aime une fois.servi très western et en pousse-café.Son public en connaît les envolées lyriques par cœur, fredonnées en sourdine.Ailleurs, la poésie passe par les harmonies du violoncelle de Mélanie Auclair et par le piano de Desjardins, sur lequel un rai de lumière tombe tout de go.«Cest quand fes perdu que tu vois le plus clair», chante-t-il de sa voix rauque.On a envie de s\u2019y perdre à son tour.?Déjà en position d\u2019éloignement, Richard Desjardins, et déjà en mode nostalgie, son public.Cas de figure opposé en somme à celui du Français Patrice Chéreau, à qui Montréal souhaite ces jours-ci la bienvenue.Le célèbre dramaturge, comédien et cinéaste français n\u2019avait jamais mis les pieds chez nous.Mon petit doigt me dit qu\u2019on le reverra pourtant bientôt.Ni Cannes, ni Paris, ni Avignon, notre métropole, mais accueilli en triomphe ici, Chéreau, son agenda chargé comme celui d\u2019un ministre, invité à s\u2019exprimer partout.Ses lectures de fragments du Coma de Pierre Guyotat au TNM s\u2019appuient sur une mise en scène en totale épure, loin de la complexité des œuvres de Tchékhov, Shakespeare, Koltès, Ibsen et compagnie, qu\u2019il a orchestrées au long de son parcours sur les planches, mais habité, quasi en hypnose.Mardi soir, saluant le public après avoir incarné dans son corps et sa voix la dépression exaltée de Guyotat, son regard parcourait le TNM plein à craquer, du parterre aux bai- Trousse de liberté.Le passeport-théâtre d\u2019Espace Libre If Plusieurs en profitent, pourquoi pas vous ! Passeport-théâtre, formule prépayée : UN CHOIX PARMI 12 SPECTACLES INNOVATEURS ! 5 Entrées >100$ (valeur 160$) + avantages 3 Entrées > moins de 30 ans 60$ (va[eur81$) > régulier 70$ (valeur 96$) 514 521 4191 espacelibre.qc.ca/liberte Tarif sur place et téléphonique Frais supplémentaires pour tout achat en ligne O CJ O g < Z < SUPPLÉMENTAIRE SAMED110 NOVEMBRE A 20H PLUS QUE 7 REPRÉSENTATIONS Une famille haute en couleur nous tait rire et trembler dans Ce moment-la, une piece qui frappe fort et juste.Eisa Pepm, Voir La direction d'acteurs la plus parfaite qu on puisseiLginer, «Ile de Denis Bernard (.) Remarquablement bien fait! Kel Coulombe, Bouillant de culture, SRC J'ai rarement vu quelque chose d'aussi authentique et d'aussi intense au theatre.Emilie Perreault, 98,5 fm Un tableau des relations familiales d unbare authenticité.(.) Denis Bernard orchestre cëîte Réunion avec une tension croissante et un grand naturel.Marie Labrecque, Le Devoir Du théâtre aussi\t'?2i' Louise Bourbonnais, Journal de Montreal Director Denis Bernard has found the dark rptanVsreoSwSec\"«ble tinring.Pat Donnelly, The Gazette irif^ I Texte Deirdre Kinahan Mise en scène Denis Bernard Traduction Maryse Warda Avec Christine Beaulieu, Féiix Beauiieu-Duchesneau, Émiiie Bibeau, Patrick Hivon, Louise Laparé, Aiice Pascuai, Mani Soieymaniou et ia voix de Sophie Cadieux Du 2 octobre au 10 novembre 2012 4559 Papineau, Montréai / theatreiaiicorne.com / Biiietterie: 514 523.2246 Québec I CONSEIL DES MTS DEHONIIIËAL Conseil des Arts Canade Council du Canada\tfor the Arts .lïi- ¦ ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR Chant du (ygne ou pas, le poète abitibien Richard Desjardins a livré sans doute son meilleur spectacle.gnoires.Et on le sentait fragilisé de se découvrir outre-Atlantique un public aussi ardent.Cette même expression de stupeur ravie, je l\u2019avais aperçue sur les visages, entendue sous les mots de Bernard Pivot et de Fabrice Lu-chini lors du premier séjour de chacun à Montréal, suivi par tant d\u2019autres.Parfois, on a l\u2019impression de sentir chez des artistes européens qui débarquent ici leur découverte du Nouveau Monde, avec un vrai poids de révélation.Ça nous semble étrange.Mais dans ces cas-là, ils reviennent toujours rechercher l\u2019émotion du premier contact, qui ne passe sans doute qu\u2019une fois.?Pas trop envie de m\u2019appesantir sur les chicanes, les bras de fer entre Claude Chamber-lan, fondateur du Cinéma Parallèle, destitué comme membre du conseil d\u2019administration, et Christian Yaccarini, président du C.A.du Parallèle-Excentris.Cette semaine, on abordait l\u2019affaire dans nos journaux : un Chamber-lan furieux d\u2019être expulsé, comme on s\u2019enfilait en douce des copies des lettres d\u2019avocats, de missives personnelles injurieuses entre les deux hommes.Allez, basta ! Chaniberlan n\u2019a guère l\u2019âme d\u2019un administrateur.A lui, pourtant, des fulgurances, une vision, un sens de l\u2019atmosphère à créer qu\u2019on serait bien fous de mésestimer.Les salles de cinéma indépendantes en arrachent par les temps qui courent, avec les changements de mœurs du public.Beaux écrans plats à domicile, valse des DVD, visionnements en ligne, joies du cocooning.L\u2019air du temps qui souffle sur les entreprises culturelles est plus désincarné qu\u2019autrefois.Restent des missionnaires des scàles, à la Roland Smith au Cinéma du Parc, à la Mario Fortin au Beaubien, chacun dans son style.Appelons ça une vocation.Une espèce en déclin.Quand l\u2019ancien propriétaire d\u2019Excentris Daniel Langlois a cessé d\u2019y programmer des films, après dix ans de délices cinéphiliques, il y eut effet de gouffre.Un trou béant de deux ans.Le Quartier Latin a récupéré dans son giron les films d\u2019auteurs à portée commerciale en y trouvant son compte.La fidèle clientèle s\u2019est dispersée ailleurs.Le jeune public désertait peu ou prou le navire.En reprenant les rênes du complexe en 2011, le Cinéma Parallèle dut sentir qu\u2019une génération entière avait passé sur ce temple du septième art, le temps d\u2019un éclair.Les gens à la tête d\u2019Excentris se démènent, faut pas croire, à la programmation, à l\u2019administration, au look à rendre plus chaleureux, en quête de sa clientèle d\u2019autan, de dons, de commandites.Or comment ne pas souhaiter la survie de ce complexe voué au cinéma indépendant?Mais en clamant que la passion, l\u2019âme ne suintent pas des locaux high tech, boulevard Saint-Laurent, Claude Chamberlan a raison de hurler à la lune.Le temple a besoin du je-ne-sais-quoi qui ne se monnaye pas, ne se gère pas pour devenir la destination prisée et courue d\u2019une ère nouvelle.Faudrait faire circuler une petite annonce à travers les médias sociaux : «Grain de folie recherché.Récompense promise.» Mais ont-ils encore la cote, ces électrons libres là?Chamberlan vit à la campagne.Il dit que la ville l\u2019a trop déçu.otremblay@ledevoir.corn Télé-Québec LE DEVOIR TOUT CE QUI TOMBE /\t17 TEXTE VÉRONIQUE CÔTÉ MISE EN SCÈNE FRÉDÉRIC DUBOIS 2Q OCTOBRE AU NOVEMBRE 2012 UNE COPRODUCTION DU THÉÂTRE DU TRIDENT ET DU THÉÂTRE DES FONDS DE TIROIRS EN CODIFFUSION AVEC LE THÉÂTRE D AUJOURD'HUI 3900 RUE SAINT DENIS, MONTREAL INFORMATIONS ET RESERVATIONS/ 514-282-3900 THEATREDAUJOURDHUI QC CA ASSISTANCE A LA MISE EN SCENE ET REGIE/ADÈLE SAINT AMAND DECORS/MARIE RENEE BOURGET HARVEY MUSIQUE ORIGINALE / PASCAL ROBITAILLE COSTUMES/YASMINAGIGUERE ÉCLAIRAGES/ CAROLINE ROSS VIDEO/LIONEL ARNOULD DISTRIBUTION/ CATHERINE AMÉLIE CÔTÉ JULIANNA HERZBERG BENOIT MAUFFETTE OLIVIER NORMAND STEVE GAGNON MARIE HELENE GENDREAU EDITH PATENAUDE THÉÂTRE D\u2019AUJOURD\u2019HUI LE DEVOIR LES SAMEDI ET DIMANCHE NOVEMBRE 2012 E 3 CULTURE.DANSE Seule sous le soleil de la scène La danseuse Anne Plamondon ose sa première chorégraphie, Les mêmes yeux que toi CATHERINE LALONDE Danseuse virtuose, passée par les Grands Ballets canadiens de Montréal et le Ne-derlans Dans Theater 2, remarquée et remarquable ces dernières années au sein de RUBBERBANDance Group, Anne Plamondon se lance, à 38 ans et après huit ans à en caresser l\u2019idée, dans sa première création.En solo s\u2019il vous plaît, seule sous le soleil de la scène.« C\u2019est bizarre, dit Anne Plamondon de sa voix douce, posée et ferme.Alors que je danse depuis toujours, depuis que j\u2019ai quatre ans, j\u2019ai une drôle de relation avec le fait d\u2019être under the spotlight.Oui, j\u2019aspire à ça, à m\u2019exprimer: des fois fai l\u2019impression que mon corps est trop petit pour dire tout ce qui est intense en dedans.Et d\u2019un autre côté, je voudrais parfois aussi me faire encore plus petite, explique la danseuse de son menu squelette de chat, recroquevillée sur le siège de voiture qui sera le seul décor de sa chorégraphie.Le fait que je vais obliger les gens à me regarder, juste moi, en solo, me fait très, très peur.» En ces pages, pourtant, on a dit d\u2019elle, déjà, en critique, qu\u2019elle volait le regard, «carrément lumineuse.Fluide, gracieuse, flottante dans toutes les dimensions».D\u2019une soliste à l\u2019autre La danseuse, pour l\u2019épauler, est ainsi allée chercher la comédienne Marie Brassard, spécialiste du solo depuis son Jimmy, créature de rêve, créé entièrement seule en 2001.Brassard, depuis, a développé sa «propre machine, une façon de travailler avec les sensibilités d\u2019artistes d\u2019autres disciplines, de collaborer», qui a donné près d\u2019une demi-douzaine de spectacles, dont Peepshow ou Moi qui me parle à moi-même dans le futur.«Le pas de géant qu\u2019on fait quand on décide qu\u2019on fait un solo, explique la comédienne, c\u2019est un grand, grand pas.Je ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR «Le fait que je vais obiiger ies gens à me regarder, juste moi, en soio, me fait très, très peur», confie Anne Piamondon.pense que ça naît du désir de se nommer soi-même, sans que ça soit contre personne.Même si on est créateur aussi quand on est interprète, on est protégé, et on se sent protégé par le metteur en scène ou le chorégraphe, qui portent la responsabilité, poursuit celle qui a brillé dans plusieurs pièces de Robert Lepage.Quand on se met devant, quand on signe nous-mêmes, on peut être jugé, catégorisé, alors que c\u2019est là notre dernier désir: prendre la parole vient avec un désir d\u2019ouverture, pour entamer une conversation, pas pour se définir, là, définitivement.» Soudain, ne plus être dans l\u2019ombre, et ne plus être non plus seulement un élément dans un ensemble, à sa place précise, au service de l\u2019œuvre, renchérit Plamondon.Tempêtes de cerveau La danseuse, pour ce plongeon, avait besoin «d\u2019un sujet qui [la] touche profondément, autant pour justifier d\u2019arrêter [ses] autres occupations que pour oser le solo».Ça viendra de l\u2019enfance.Ce sera la maladie mentale, inspirée par la schizophrénie de son père.Ce sera surtout ce spectacle sur «l\u2019impact de ces maladies sur les autres, ce que ça fait autour, et sur la fragilité qu\u2019on a tous, cette possibilité qu\u2019on pourrait juste tomber, passer de l\u2019autre côté de la ligne.Je me suis mise dans des états.Je Fragiles beautés, le Gravel nouveau / ( DENIS FARLEY Le chorégraphe Fred Gravel présente chez Danse Danse son nouveau concert chorégraphique, Usually Beauty Fails.On peut prédire des danses courtes, intimement liées à la musique \u2014jouée live par Stéphane Boucher, Philippe Brault et Gravel lui-même à la guitare.Le style frontal et direct, le côté pop (parfois volontairement égratigné) et l\u2019ironie teintent la danse, donnée par Francis Ducharme, Kim de Jong, Frédéric Tavernini, Jamie Wright et, sur la photo, Brianna Lombardo et Gravel.Jusqu\u2019au 17 novembre, à la Place des Arts.me suis fiée à ce que je me souvenais d\u2019avoir vu, d\u2019avoir vécu, et fai laissé le corps s\u2019exprimer».Marie Brassard enchaîne: «Ces tempêtes, dans l\u2019esprit, qu\u2019est-ce qu\u2019elles deviennent quand elles se traduisent dans le corps?On a créé trois personnages \u2014 un masculin, un féminin, et un neutre témoin \u2014, trois personæ qui, sans être définies clairement, se mélangent.On sent des glissements organiques complets chez Anne.Elle passe d\u2019un état à un autre, et d\u2019un style chorégraphique à un autre.Ça donne un objet étrange, singulier, un spectacle très atmosphérique, dans les lumières, le lieu, le musique.C\u2019est très enveloppant.» La danseuse sourit.«J\u2019ai trouvé le sujet parfait qui justifie que je passe d\u2019un style à l\u2019autre, d\u2019être tout en même temps, dans un seul show.» Elle ne tient pas du tout, comme il arrive souvent à une interprète qui devient chorégraphe, à se débarrasser des empreintes que les créateurs ont laissées en son corps.«Elles sont toutes là, dit-elle en souriant encore.Et je sens que c\u2019est tout à fait moi.» Refaire Pourquoi être allé chercher sa collaboratrice principale du côté du théâtre?«Dans ma carrière, j\u2019ai eu la chance de travailler avec plus de 30 chorégraphes.» Et pas des moindres : Jiri Kyliân, Ohad Naharin, Angelin Preljocaj, Stijn Celis, Jean Grand-Maître, Crystal Pite, son collègue Victor Quijada, chez RUBBERBANDance Group, entre autres.«Je la connais, cette collaboration, c\u2019est naturel, facile d\u2019être dans ce rôle devant un chorégraphe, de lui laisser tout l\u2019espace.Le but, ici, c\u2019est de me donner plus d\u2019espace.Je me suis forcée à me mettre dans cette situation inhabituelle, et pas dans une communication que je connais par cœur.» Le temps accordé, avec Marie Brassard, à la réflexion et à la discussion l\u2019a surprise et nourrie.« Quand tout a été mis sur la table, la réponse a semblé venir toute seule, très rapidement.Tandis qu\u2019en danse, on ne peut pas réfléchir à l\u2019infini à un mouvement: il faut le faire.Il faut pratiquer, dans le corps, tous les jours, ne serait-ce que pour l\u2019aspect athlétique, pour se garder en shape.Et les mouvements, il faut aussi les répéter chaque jour, parce qu\u2019on invente le script et le langage.On ne peut pas juste réfléchir à un mouvement.Dans ce processus, je passe la moitié de la journée toute seule, à travailler les chorégraphies.Marie se joint ensuite à moi: je lui montre ce que fai fait, on discute, on écrit la pièce, elle propose une dramaturgie.Mais il faut absolument, tous les jours, que j\u2019aie un moment où je danse.Pour moi, c\u2019est la grosse différence avec le théâtre.En danse, c\u2019est dans l\u2019action qu\u2019on trouve les réponses.» Le Devoir LES MÊMES YEUX QUE TOI D\u2019Anne Plamondon et Marie Brassard, avec Anne Plamondon.A l\u2019Agora de la danse, du 7 au 9 novembre.DVoir aussi > Deux vidéos (un extrait de Les mêmes yeux que toi et une vidéo du RUBBERBANDance Group) et une galerie photos.ledevoir.com/culture/danse ESPACE GO DÉJÀPLUsœu^ présentations COMPLÈTES! K DU13 NOVEMBRE ,\tCLEMENCE AU 8 DECEMBRE desrochehs DRAMATURGIE &.MISE EN SCENE BRIGITTE POUPART MDSIQDE , ORIGINALE ARIANE MOFFATT PASCALE MONTPETIT, ACCOMPAGNÉE DE TROIS INTERPRÈTES-MUSICIENS THEATRE ESPACE GO 4890, BOUL SAitNTT-LAURENT, MONTRÉAL BlLLETTERlE:514 845-48g0 ESPACEGO.COM LES ENTRETIENS D\u2019ESPACE GO UNE PRODUCTION D\u2019ESPACE GO Avec la participation de Transthéâtre 32A Hydro LiV Québe< ;^transat Le jeudi 15 novembre 2012 dès 18 h, découvrez avec nous les enjeux de LA DÉMESURE D\u2019UNE 32A lors d\u2019un entretien avec la metteure en scène Brigitte Poupart et l\u2019auteur-journallste Georges-Hébert Germain.Une manière unique d\u2019avoir les clefs du spectacle avant d\u2019en être les témoins.En collaboration avec Le Devoir E 4 LE DEVOIR LES SAMEDI ET DIMANCHE NOVEMBRE 2012 CULTURE.THEATRE GROS MENE SUITE DE LA PAGE E 1 \u201csteak en tranche \u201d, t\u2019es obligé de t\u2019attarder et de prêter attention.J\u2019aimais aussi le choix des mots, la rythmique.\u201cBen buzzé su t prélart\u201d, tout est là.Ça donnait le goût d\u2019écrire dans la langue de chez nous, sans complexe.Ça rendait les choses possibles.» Un musicien complet Bassiste, guitariste, batteur, jouant aussi de l\u2019harmonica, Fred Fortin ne se contente pas de suites d\u2019accords simples, même si à l\u2019oreille on n\u2019y voit souvent que du feu.Tout guitariste de salon du Québec vous le dira.Luc Brien en sait quelque chose.Chanteur et compositeur pour le groupe rock\u2019n\u2019roll Les Breastfeeders, il a accueilli Fred Fortin comme batteur dans sa formation entre 2005 et 2007, le temps de l\u2019album Les matins de grands soirs.«Sans Fred, jamais une chanson comme Tout va pour le mieux dans le pire des mondes n\u2019aurait eu cette rythmique si originale, si inimitable et qui rend fou tous nos drummers depuis.Il faut noter que Fred est un batteur gaucher qui joue en position de droitier, ce qui lui permet de faire des passes qu\u2019un droitier ou un gaucher jouant en position de gaucher ne peut pas faire.» Quand on parlait de sortir des standards.Avancer en marge C\u2019est aussi par sa méthode d\u2019enregistrement un peu sauvage, indépendante, que Fred a inspiré plusieurs musiciens québécois.A ses débuts en 1996, enregistrer un disque en dehors d\u2019un studio restait un fait rare.Fortin, lui, était déjà autonome dans son chalet de la rivière à l\u2019Ours.Et, anecdote, c\u2019est aussi Gros Mené qui a été la première signature de l\u2019étiquette indépendante La Tribu.KK [Fred] a ouvert les oreilles du monde à un son moins formaté )) Dany Placard Il vient de faire paraître son quatrième disque solo.Démon vert.En concert au Coup de cœur francophone avec Jolie Jumper au Divan orange.[Fred] a démontré qu\u2019on pouvait prendre un autre chemin dans cet univers-là et arriver à ses fins quand même )) Carl-Êric Hudon Membre du groupe Panache, il prépare un nouvel album solo.En concert mercredi dans le cadre du Coup de cœur francophone, avec Félix/David And The Woods, à L\u2019Esco.Si le musicien Dany Placard admire «l\u2019absence de contrainte commerciale» de Fred Fortin, «qui a ouvert les oreilles du monde à un son moins formaté», son anpien partenaire de scène Cari-Éric Hudon a été encouragé par le développement de la carrière de Fred Fortin en parallèle de la grosse industrie.«Il a démontré qu\u2019on pouvait prendre un autre chemin dans cet univers-là et arriver à ses fins quand même.Pour un gars de ma génération, il me semble que Fortin est l\u2019exemple le plus commun.Et j\u2019en connais qui ne sonnent pas du tout comme lui qui \u201cété influencés par sa démarche.» L\u2019impact de l\u2019auteur Fortin s\u2019est récemment fait sentir chez le participant de Star Académie William Deslauriers, qui a repris Moisi moé\u2019ssi, pour le meilleur et pour le pire.Et n\u2019oublions pas que le Érançais Thomas Éersen lui a fait confiance pour la réalisation et les spectacles du disque Trois petits tours.C\u2019est le précis Luc Brien qui boucle magnifiquement la boucle.«Je crois que Fred et Gros Mené ont appris à bien des gens comment faire du rock et de la chanson de manière bien québécoise et moderne.Ça fait des petits: pensons aux Dales Hawerchuck, ou même aux premiers essais de Vincent Vallières.Fred, Langevin et tous ceux qui sont passés par Gros Mené ont inventé, sans l\u2019ombre d\u2019un doute, une nouvelle rythmique québécoise.Ils font maintenant partie de notre héritage.C\u2019est pas rien.» Le Devoir D Ecouter aussi > Vénus, une pièce tirée de \\a\\-hum Agnus Dei.ledevoir.com/culture/musique Philippe Dumaine, redresseur de mythes Le metteur en scène s\u2019intéresse à Orphée pour mieux donner la parole à Eurydice CHRISTIAN SAINT-PIERRE Orphée est le musicien et poète le plus célèbre de la mythologie grecque.De nombreux auteurs, dont William Shakespeare, y ont fait référence, et plusieurs ont adapté son histoire pour l\u2019opéra, le cinéma ou le théâtre.Nous ne voyons donc aucun intérêt à raconter ici le mythe d\u2019Orphée.» C\u2019est avec ces mots que le metteur en scène Philippe Dumaine a choisi d\u2019ouvrir Orphée Revolver, le deuxième spectacle de sa compagnie, hybris.théâtre.Parce qu\u2019il considère que la version d\u2019Orphée a suffisamment circulé, le jeune homme a souhaité donner une tribune à Eurydice, celle que son mari, incapable de résister à la tentation de se retourner, n\u2019a su libérer des enfers.«Jamais on ne lui demande son avis, jamais même on ne l\u2019entend, explique Dumaine.Nous avons voulu imaginer ce qu\u2019Eurydice dirait si elle avait une voix.Le mythe d\u2019Orphée est ici un prétexte pour explorer des discours féministes.Nous avons construit le spectacle en salle de répétition, par associations d\u2019idées, à partir de ce que les grands thèmes du mythe nous inspiraient, mais aussi à partir de ce que nous sommes, de ce que nous pensons et des positions, parfois contradictoires, qui sont les nôtres.» Le mythe agit donc comme un point d\u2019ancrage, un moteur, un puissant tremplin qui mène le metteur en scène et ses acolytes loin, très loin de la case départ.Diplômé de l\u2019École supérieure de théâtre de l\u2019UQÂM et actuellement à la maîtrise en histoire de l\u2019art avec concentration en études féministes, Dumaine avoue que ses références esthétiques, qui vont de la danse à la performance en passant par les arts visuels, sont plutôt européennes.L\u2019influence du metteur en scène français Claude Régy sur la première création d\u2019hybris.théâtre.Persona, était manifeste.«Cette fois, j\u2019ai été très influencé par Alexis.Una tragedia greca, le spectacle de la compagnie italienne Motus qui a été présenté à Montréal lors du plus récent FTA.Ce genre de pratique, éminemment politique tout en étant très innovateur sur le plan formel, c\u2019est précisément ce qui m\u2019intéresse.» fi ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR Philippe Dumaine s\u2019est servi du mythe d\u2019Orphée pour explorer les discours féministes.Le geste tragique posé par Orphée, c\u2019est-à-dire regarder derrière lui malgré l\u2019interdit formulé par Hadès, a incité l\u2019équipe à établir un parallèle Dumaine avoue que ses références esthétiques, qui vont de la danse à la performance en passant par les arts visuels, sont plutôt européennes avec la roulette russe, ce jeu qui consiste à mettre une cartouche dans le barillet d\u2019un revolver, à tourner ce dernier de manière aléatoire, puis à pointer l\u2019arme sur sa tempe avant d\u2019actionner la détente.«C\u2019est la même tentation qui opère dans les deux cas, explique Dumaine, le même désir de jouer avec la vie.C\u2019est un motif récurrent en littérature et au cinéma, mais aussi dans la culture populaire, notamment dans la chanson.» Cette prise de risque, au cœur du spectacle, est également au centre de la démarche de Dumaine, ce «théâtre de recherche et de résistance» qu\u2019il pratique avec ses acolytes, les comédiens Éuc Qhandonnet, Ma-rie-Éve de Courcy, Mylène Bergeron et Danièle Simon.En effet, entrelacer les écrits de Pierre Bourdieu et ceux de Madonna, les points de vue de Judith Butler et ceux de Nicolas Sarkozy, pour aborder avec détermination la féminité dans ce qu\u2019elle peut avoir de plus subversif, de plus transgressif, ça dénote une certaine témérité.«Il nous fallait multiplier les discours, admettre la notion de col- lage, opposer les arguments et même remettre en cause quelques conventions théâtrales, explique Dumaine.Tout de même, pour servir de colonne vertébrale, nous avons choisi trois grandes figures: la sculptrice française Camille Claudel (1864-1943), la prostituée suisse Grisélidis Réal (1929-2005) et la militante américaine Valérie Solanas (193&1988).Le résultat est violent, acerbe, souvent ironique, parfois caricatural et même, par moments, franchement subversif » Collaborateur Le Devoir ORPHÉE REVOLVER Texte: collage.Mise en scène: Philippe Dumaine.Une production d\u2019hybris.théâtre présentée au théâtre Sainte-Catherine du 8 au 17 novembre.LE NIE PRESENTE De retour au Quebec dans un spectacle complètement éclaté! BRUNO COPPENS MES SINGERIES VOCALES LE MERCREDI 14 NOVEMBRE A 20 H SUPPLEMENTAIRE: SAMED117 NOVEMBRE THEATRE OUTREMONT Gagnant de TROIS PRIX mise EN SCÈNE DANIEL BRIÈRE Billetterie : 514 495-9944 1248, avenue Bernard Ouest ^ Outremont THEATREOUTREMONT.CA admission.com admission EDINBURGH FESTIVAL FRINGE CD Outremont Montreal® Montréal pRODUCTIOf^ CIRCLE OF ELEVEN BERLIN Uir* DU 30 OCTOBRE AU 24 NOVEMBRE 2012^ 1945 RUE FULLUM, RÉSERVATIONS : 514 521.4191 MONTRÉAL WWW.NTE.OC.CA LEDEVOIR « Un portrait de famille chargé et inventif.[dans une1 étonnante et magnifique scénographie de Jean Bard.» Eisa Pépin, Voir «Grâce à sa direction d\u2019acteur ultra précise et à son talent évident pour décloisonner la réflexion et la création.Olivier Choinière réussit avec Nom de domaine un véritable tour de force.» Samuel Larochelle, patwhite.com « La nouvelle proposition d\u2019Olivier Choinière est audacieuse.» Jean Siag, La Presse NOM DE DOMAINE 16 octobre au 10 novembre 2012 Une production du Théâtre de Quat\u2019Sous Texte et mise en scène Olivier Choinière Avec Aurélia Arandi-Longpré ou Alexandra Sicard, Stéphane Jacques, Dominique Leduc et Jean-François Pronovost Concepteurs Jean Bard, Florence Cornet, Bien Ewing, Eric Forget, Jean Gaudreau, Martin Sirois BILLETTERIE 514 845-7277 QUATSOUS.COM Québec B > Conseil des arts Canada Council ^ LEDEVOIR I LE DEVOIR, LES SAMEDI ET DIMANCHE NOVEMBRE 2012 E 5 CULTURE.THEATRE Jean-Marie Papapietro et les douceurs de l\u2019absurde Après Pinget et Beckett, le metteur en scène se penche sur la prose d\u2019Alexandre Vialatte CHRISTIAN SAINT-PIERRE On aurait parié que Jean-Marie Papapietro, directeur du Tliéâtre de Fortune, allait un jour ou l\u2019autre se frotter à la prose délectable d\u2019Alexandre Vialatte.C\u2019est que le metteur en scène d\u2019origine française, dont les passions pour le théâtre et la littérature sont des vases joyeusement communicants, s\u2019est plus d\u2019une fois au cours de la dernière décennie \u2014 et toujours avec beaucoup de doigté \u2014 mesuré à des écrivains qui ont su cristalliser l\u2019absurdité de la condition humaine pour la muer en^poésie.À la manière de Robert Pinget et de Samuel Beckett, Alexandre Vialatte porte un regard aigre-doux sur l\u2019existence, il exprime les dérives de la civilisation tout en gardant le sourire aux lèvres.Pour rendre hommage à l\u2019auteur français mort en 1971, Papapietro propose Et c\u2019est ainsi qu\u2019Allah est grand!, un collage de chroniques défendues, on s\u2019en doute avec panache, par le comédien, auteur, danseur et performeur Gaétan Nadeau.Romancier, traducteur et enseignant, Vialatte avait, à propos de la chronique journalistique, cette très belle formule : « Une chronique, il faudrait la faire pousser comme une herbe dans les fentes d\u2019un mur, dans les pierres de l\u2019emploi du temps.» Pendant 18 ans, des années 1950 aux années 1960, dans les pages de La Montagne, un quotidien auvergnat, l\u2019homme a tenu une colonne où il parlait de tout et de rien, de culture, de grammaire et de vie de société, mais toujours avec un esprit irrésistible, un humour d\u2019une grande finesse et une clairvoyance peu commune.Rappelons qu\u2019en 2005, à l\u2019Usine C, le Français Denis Wetterwald avait présenté L\u2019homme n\u2019est que poussière, c\u2019est dire l\u2019importance du plumeau, une sélection de ces mêmes Chroniques de La Montagne intégralement publiées, sous les auspices du fils de Vialatte, en deux tomes totalisant deux mille et quelques pages chez Robert Laffont.«Vialatte me remue, avoue d\u2019emblée Papapietro.Je l\u2019ai découvert à travers Kafka, dont il a traduit plusieurs H- a On ne cherche pas à reconstituer la vie de l\u2019auteur, mais on s\u2019imprègne de sa posture d\u2019homme de lettres et de son esprit libre pour donner forme à la représentation \\\\ Jean-Marie Papapietro, metteur en scène de Et c\u2019est ainsi qu\u2019Aiiah est grand! vres.Ses romans m\u2019ont passionné, mais fai été tout simplement séduit par l\u2019intelligence et l\u2019oralité de ses chroniques, par la générosité dont elles témoignaient, ce besoin de réagir à l\u2019actualité et de partager dans l\u2019immédiat.Je voulais faire entendre ces textes, mais surtout parvenir à en faire du théâtre.Pour rompre avec tout ce qui pourrait évoquer la lecture publique, j\u2019ai fait appel à un comédien dont la présence physique n\u2019est plus à démontrer, mais j\u2019ai surtout procédé à un montage soigné.J\u2019ai osé ne retenir que des extraits, que des fragments de chroniques,^ pour composer ce que je considère être le portrait d\u2019un chroniqueur.» Un esprit libre Si l\u2019individu est indissociable de l\u2019œuvre \u2014 Gaétan Nadeau joue indéniablement Vialatte \u2014, le metteur en scène tient à préciser que le spectacle n\u2019est pas à proprement parler biographique.«On ne cherche pas à reconstituer la vie de l\u2019auteur, mais on s\u2019imprègne de sa posture d\u2019homme de lettres et de son esprit libre pour donner forme à la représentation.» Ainsi, le solo sera non seulement un subtil assemblage de chroniques, mais aussi de savoureux échanges épistolaires entre l\u2019écrivain et son amie Ferny Besson, de dessins, Vialatte étant dessinateur à ses heures, et même de bulletins météo.On entendra aussi la voix d\u2019une animatrice de radio d\u2019ici et maintenant, une femme d\u2019un optimisme à toute épreuve qui accuse le personnage d\u2019être conservateur et même réactionnaire.Ce que cela inspire à l\u2019écrivain mérite d\u2019être cité: «En un mot, [l\u2019homme] naît libre, égal et fraternel.Tant qu\u2019il conquiert, ce n\u2019est pas trop inquiétant; quand il \u201clibère \u201d, ça devient plus grave; quand du 6 au 24 novembre 2012 Le Théâtre de Fortune V\tprésente ET C\u2019EST AINSI UALLAH EST Fantaisie drolatique sur des textes d\u2019Alexandre Vialatte Kdilions RoltorI ].airoiil Québec ran ?Quandje vais mal, vraiment 1res mal, il n\u2019est (ju\u2019un seul écrivain (jui puisse cjuelejue chose pour moi : c\u2019est Vialatte.» Anielie Nothoiiib avec Gaétan Nadeau et la oollal.oi\u2019alion de DoiiiiniiiHnie OiiesiK'l mise en scène Jean-Marie Papapietro THEATRE Théâtre de Aortune 137URUE ONTARIO EST _____ BILLEHERIE 514 526.6582 PROSPERO\t.il déclare la paix au monde, c\u2019est le moment de prendre le maquis.S\u2019il parle de \u201cvertu \u201d, gare à la guillotine; s\u2019il parle de \u201cliberté \u201d, gare à la prison.Ses frivolités sont sanglantes ; il est plus tragique que sérieux.» Vialatte observe avec lucidité, mais sans condamner, il fait preuve de curiosité, mais aussi d\u2019une bonne dose de dérision envers les avancées médiatiques et technologiques de la fin du XX® siècle.Il pointe les reculs dans l\u2019usage de la langue et n\u2019hésite pas à trouver plus de signification dans les mœurs des animaux que dans celles de ses contemporains.On a parfois le sentiment d\u2019avoir à faire à une forme supérieure de stand-up, un humour noir, critique, engagé, un peu comme celui que pratiquait Pierre Des-proges.«Vialatte fait preuve de bienveillance envers la race humaine, explique Papapietro.S\u2019il est conservateur, c\u2019est dans le sens où il pense qu\u2019il faut préserver ce qui fait le plaisir d\u2019exister.Il a été durant toute son existence partagé entre une grande joie de vivre et une terrible mélancolie.C\u2019est à mon avis précisément de là que jaillit son humour inimitable.» Collaborateur Le Devoir ET C\u2019EST AINSI QU\u2019ALLAH EST GRAND! Texte: Alexandre Vialatte.Mise en scène: Jean-Marie Papapietro.Une production du Théâtre de Eortune présentée au théâtre Prospéra du 6 au 24 novembre.1 5?I 1 fé, «Vialatte fait preuve de bienveillance envers la race humaines Jean-Marie Papapietro, directeur du Théâtre de Fortune.ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR souligne en entrevue au Devoir, ANNE PLAMONDON LES MÊMES YEUX QUE TOI 7, 8, 9 NOVEMBRE / 20 H FORTIER DANSE-CRÉATION VERTIGES 14, 15, 16 NOVEMBRE / 20 H CREATION ] ANNE PLAMONDON ET MARIE BRASSARD CHORÉGRAPHE ET INTERPRÈTE]ANNE PLAMONDON DRAMATURGIE ET MISE EN SCÈNE ] MARIE BRASSARD LUMIÈRE ET DIRECTION TECHNIQUE ] YAN LEE CHAN MUSIQUE ] NJO KONG KIE COSTUMES ] JULIE CHARLAN0 CONSULTANTE À LA SCÉNOGRAPHIE ] AN ICK LABISSON NIÈRE AGORA DE LA DANSE PHOTO ] MICHAEL SLOBODIA CHOREGRAPHE] PAUL-ANDRE PORTIER INTERPRÈTES ] PAUL-ANDRÉ PORTIER (DANSEl ET MALCOLM GOLDSTEIN (VIOLONl ASSISTANTE DU CHORÉGRAPHE ET RÉPÉTITRICE ] GINELLE CHAGNON CONCEPTION DES ÉCLAIRAGES ET DE L\u2019INSTALLATION LUMIÈRE] JOHN MUNRO MUSIQUE ] MALCOLM GOLDSTEIN COSTUMES ] DENIS LAVOIE BILLETTERIE / 514 525.1500 840, RUE CHERRIER MONTRÉAL WWW.AGORADANSE.COM PHOTO ] GINELLE CHAGNON E 6 LE DEVOIR, LES SAMEDI 3 ET DIMANCHE NOVEMBRE 2012 CULTURE» MUSIQUE 13E FESTIVAL DU MONDE ARABE Hamdi Benanî, l\u2019ange blanc chanteur de paix SOURCE FESTIVAL DU MONDE ARABE Hamdi Benani est un grand ambassadeur du malouf d\u2019Annaba.YVES BERNARD On appelle Hamdi Benani «l\u2019Ange blanc» à cause de la couleur de son violon, mais on pourrait aussi attribuer son surnom à la pureté de sa voix ou à son pacifisme.Il est l\u2019un des plus grands ambassadeurs du malouf d\u2019Annaba, sa ville natale de l\u2019est de l\u2019Algérie.Grand porteur d\u2019une musique savante transmise par tradition orale, il propose une forte signature et sa façon bien à lui de modifier certains codes traditionnels.Il s\u2019amène au Corona dimanche soir.Introduction très sommaire: le malouf est la musique arabo-andalouse de la Tunisie et de l\u2019est de l\u2019Algérie : un grand genre qui offre une synthèse entre diffé- rentes traditions maghrébines et des influences orientales et andalouses; une musique qui est née des migrations des Arabes après la reconquête de l\u2019Espagne par les chrétiens et la chute de Grenade, en 1492.«Chez nom, la musique anda-louse englobe trois styles, ceux de l\u2019Ouest, du Centre et de l\u2019Est.Ce dernier s\u2019appelle le malouf algérien et il est très X FESTII/AL mOWATIONAL ARTS JEUNt PiyBi/C -^25 NOVŒBRE 2012 CûupwjdmilAt> confi billetterie Articulée 51V 8^^-2172 1 866 8^^-2172 16 PRODUCTIONS INEDITES POUR TOUTE LA FAMILLE.DONT.^\u201d*4*\u20141 s:L h.PREMIERE MONDIALE PREMIERE MONDIALE OUBEOU BOUTOUBIC MUSIQUE THÉÂTRE BOUCHES DÉCOUSUES QUÉBEC Le Bic en chansons et en musique 16,17,18 novembre | Théâtre rouge THEATRE MATHIEU.FRANÇOIS ET LES AUTRES [^QUÉBEC À la rencontre d\u2019une « vieille petite fille » un peu sorcière, allergique à l\u2019enfance.19, 20 novembre | Théâtre rouge il * * \u2022 #' I .*\t* rAi.'\t'\t\u2022 W,\tI *\t¦ ** I \u2022 'W \u2022 .\u2022/.\u2022 Vu* PREMIERE NORD-AMERICAINE SCAPHANORIERE THÉÂTRE DE RÉCIT ET IMAGES THÉÂTRE DU PHARE P FRANCE À la recherche de la perle rouge, entre rêve et réalité 17,18,19 novembre | Théâtre Outremont PREMIERE NORD-AMERICAINE VH BOY! THEATRE THÉÂTRE DU PHARE P FRANCE L\u2019histoire simple et bouleversante de Barthélémy, orphelin 14,15 novembre | Usine c proche de celui que l\u2019on retrouve en Tunisie.Je me suis spécialisé dans ce style.Il est plus vivant que les autres styles arabo-andalous de l\u2019Algérie», explique Hamdi Benani.Lorsqu\u2019il se livre à des interprétations fidèles à la formule traditionnelle, Hamdi Benani obéit à des règles précises, en commençant par une intro sans paroles suivie d\u2019un prélude et de l\u2019exposition d\u2019instruments comme l\u2019oud ou le violon.Il lance alors la mélopée, qui devient de plus en plus puissante au fur et à mesure que le rythme s\u2019accélère par phases et que l\u2019intensité de l\u2019extase, nommée tarab, augmente.Les finales peuvent parfois provoquer jusqu\u2019à la transe.«Vous allez voir, à Montréal: quand je vais commencer à jouer le dernier mouvement d\u2019une chanson, certains vont s\u2019éclater et il y en a qui vont tomber, prédit le grand chanteur violoniste.On guérit des gens avec cette musique.» Dimanche soir, Hamdi Benani se présentera en formation de base avec violon, percussions, flûte, guitare et mandole.Il chantera l\u2019amour courtois et les poésies de la nature, invoquera quelques saints et adaptera quelque peu la forme traditionnelle en réduisant ses suites de pièces nommées noubas à seulement une vingtaine de minutes.Il reprendra aussi, en arabe, des intonations du flamenco.Il dit avoir introduit le genre dans le malouf Quel regard pose-t-il sur le 50® anniversaire de l\u2019indépendance de l\u2019Algérie?«Oh, vous savez.Moi, on m\u2019appelle Hamdi Benani le chanteur de la paix.J\u2019ai toujours oeuvré dans ce sens et j\u2019ai même créé la pièce On est resté des amis, qui parle d\u2019indépendance et de réconciliation en français et en arabe.C\u2019est une bonne période pour la paix.Nous, les Algériens, on voudrait, non pas oublier, mais tourner la page; ne pas la déchirer, mais regarder l\u2019avenir en face et montrer ce beau pays qu\u2019on appelait jadis la Californie du monde arabe.» Collaborateur Le Devoir HAMDI BENANI, LE MAITRE DU MALOUF Au théâtre Corona, dimanche 4 novembre à 20 h festivalarabe.com D Écouter aussi > La pièce Lakaitouha, qui témoigne de la finesse du travail de Benani.ledevoir.com/ culture/musique Aide aux devoirs gratuite partout au Québec! primaire ET secondaire 514 527-3726 1 888 776-4455 www.alloprof.qc.ca LE DEVOIR LES SAMEDI ET DIMANCHE NOVEMBRE 2012 E 7 CULTURE.MUSIQUE COUP DE CŒUR FRANCOPHONE Enfants de Gillian et de Johnny Éric Goulet propose une jolie carte «jeunesse country » ce samedi au Lion d\u2019Or SYLVAIN CORMIER AU dernier Open Country du Verre Bouteille, ça m\u2019a frappé avec la vélocité d\u2019une cravache sur un flanc d\u2019étalon lancé au grand galop sur le Plateau (j\u2019exagère un peu).Les deux cow-girls à l\u2019affiche du mensuel jamhoree des Mountain Daisies ce soir-là, Anique Granger et Mara Tremhlay, avaient choisi l\u2019une et l\u2019autre de chanter au moins une chanson de Gillian Welch.Comme si ça allait de soi.Ou plutôt, fallait-il comprendre : parce que ça va de soi! Ç\u2019au-rait pu être de l\u2019Emmylou Harris, du Gram Parsons, du Neil Young acoustique.Ou carrément du Hank Williams ou du Johnny Cash.Ou tout autant du Marcel Martel ou du Paul Daraîche.S\u2019est constitué en quelques années, force est de le constater, un solide corpus country-folk dans la famille deç musiciens d\u2019ici.Eric Goulet s\u2019en réjouit: le country, il est tombé dedans tout papoose.Ce dont témoigne son premier alhum solo en 25 ans de musique avec Possession simple.Les Chiens et autres Ringos, un volume 1 résolument et jouissivement wester-neux.«J\u2019attribue ça au fait que le country a fini par sortir de l\u2019enclos où pas mal de gens l\u2019imaginaient encore enfermé: ç\u2019a com- mencé selon moi avec les derniers enregistrements de Johnny Cash.» Rappel: à partir de 1994 et jusqu\u2019après sa mort en 2003, une demi-douzaine de disques très crus et dépouillés, réalisés par Rick Ruhin à l\u2019enseigne d\u2019American Recordings, ont révélé l\u2019homme en noir à toute une génération, avec des reprises de titres contemporains transfigurés.«Depuis ces al-bums-là, c\u2019est devenu cool d\u2019étre fan de Johnny Cash et du country.C\u2019était country, mais alternatif en même temps, indépendant et authentique.La vraie affaire pas formatée.Ç\u2019a fait des^petits.» A tel point qu\u2019aujourd\u2019hui, en plus des rendez-vous de l\u2019Open Country et des mythiques lundis hillhilly du Wheel Cluh (dans l\u2019arrondissement de Notre-Dame-de-Grâce), c\u2019est le continent chansqn qui est traversé par ce qu\u2019Eric appelle «les chansons à trois accords qui en disent long».Quand on se promène dans la vaste prairie de la programmation du Coup de cœur fran-cophone actuellement en cours, ce n\u2019est peut-être pas la contrée country, mais ça hroute.Hay Bahies, Canailles, Madame Moustache, Dany Placard, Jolie Jumper, La Loi des cactus, sans oublier Richard «guétard» Desjardins, y 7' iJÎV PEDRO RUIZ LE DEVOIR «Tu ne peux plus nier la présence du country dans le paysage, comme musique et comme attitude.Ç\u2019a pénétré toutes les couches», dit Eric Goulet.a qu\u2019à se pencher dans le pâturage.«Tu ne peux plus nier la présence du country dans le paysage, comme musique et comme attitude.Ç\u2019a pénétré toutes les couches.On a fini par comprendre qu\u2019on a besoin dans la vie d\u2019une forme d\u2019expression pas alambiquée, qui met le mot \u201cpeine \u201d quand il y a de la peine et le mot \u201cbonheur\u201d quand il y a du bonheur.» Steve Marcoux, le coordonnateur de la programmation, a tput naturellement confié à Eric Goulet la composition d\u2019une affiche country «jeune», formule pas très éloignée de l\u2019Open Country: un groupe maison, des invités, des lectures country, du matériel de chacun.Qe fait.Les Chevals de feu d\u2019Eric et les Mountain Daisies sont «trçs jncestueuse-ment parents».A Eric de présenter sa carte : «Francis Fau-bert a fait son premier disque avec [Dany] Placard.Dans son style à lui, le country a aidé à donner une direction.Une approche d\u2019écriture.Chantal Archambault, elle vient de l\u2019Abitibi; le country est à la base de sa culture.Elle aussi a travaillé avec Placard.Sylvia Beaudry, elle, est dans Ip famille Nomade [à l\u2019instar d\u2019Eric, d\u2019isabeau et les Chercheurs d\u2019or, de Tire le coyote].Son premier album vient de sortir.Et puis il y a Dylan Perron, de l\u2019Abitibi aussi, un virtuose absolu du banjo, de la mandoline, un gars de blue-grass.Du beau monde.» «Au fond, c\u2019est mon show avec Les Chevals de feu et eux autres en plus, pour le plaisir.Elément capital, le plaisir.C\u2019est l\u2019aspect grégaire et convivial du country qui rend tout possible.Le country n\u2019est rien d\u2019autre que de la chaleur humaine concentrée: que tu chantes tes malheurs ou tes joies, aussi bien les chanter ensemble.» Le Devoir JEUNESSE COUNTRY Au Lion d\u2019Or ce samedi à 20h 30 TA Écouter aussi > Un aperçu \" de cette jeunesse country avec Dernière ride, de Sylvia Beaudry, ledevoir.com/ culture/musique La lumière en dépit des remous Jorane s\u2019accorde le droit de savourer la vie Linstant aimé VALERIE lODOIN KEATON Son dernier album, Jorane l\u2019a voulu «lumineux et confortable».YVES BERNARD Cy est un disque de chansons de lumière avec des pièces instrumentales qui respirent les grands espaces et quelques relectures arrangées à la Jorane.Avec L\u2019instant aimé, son dixième disque, elle s\u2019accorde le droit de savourer la vie et de tisser une musique accessible.La voix demeure aérienne, la musique réserve encore ses parfums de mystère, mais le résultat révèle plus que jamais un équilibre entre l\u2019interprète et la musicienne.Mardi soir prochain, la chanteuse violoncelliste offre le spectacle de lancement au centre Phi.« L\u2019instant aimé reflète bien cet instant qui se veut lumineux et confortable.C\u2019est l\u2019angle avec lequel l\u2019album est abordé, raconte Jorane avec sa fougue habituelle.Ça a quelque chose de l\u2019instantané, du moment présent, de la photo Polaroid.Ça parle beaucoup d\u2019amour et c\u2019est souriant.C\u2019est aussi la première fois que je fais un album avec une telle prise au sol.Ce n\u2019est pas quelque chose d\u2019éthéré.» Dès la pièce Bouquet au cœur, qui ouvre l\u2019al- bum, l\u2019artiste donne le ton: «Nous sommes liés.Aux remous de ce monde.S\u2019avouer passion.Cultiver ses fruits.Savourer la vie», chante-t-elle en montant dans les hauteurs, tout en délicatesse, sur une musique intemporelle et sans lieux fixes.Une clarinette double parfois la voix, alors qu\u2019un marimba ponctue l\u2019atmosphère.On entendra l\u2019instrument tout au long du parcours.Jorane l\u2019a choisi pour la couleur de son timbre.«Je ne voulais pas que ce soit juste une surprise.Il teinte l\u2019album du début à la fin, tout comme la guitare classique, la contrebasse, les percussions elle violoncelle.Ces instruments sont très ronds et chaleureux.» Cinq pièces sont coécrites avec Reggie Brassard, un complice retrouvé de la première heure, qui fait jaillir sa brillance dans les textes.11 y a aussi J\u2019ai demandé à la lune, d\u2019Indochine, avec le violoncelle et le piano qui pénètrent la tristesse, ou cette version de J\u2019ai rencontré l\u2019homme de ma vie que Jorane interprète plus doucement que l\u2019originale.Quelques moments du disque sont ar5Thmiques et plus «free», alors que d\u2019autres font plonger vers des climats plus cinématographiques.Les habillages sont souvent somptueux et des ambiances d\u2019étrangeté se cachent parfois sous les effets plus célestes.Ma chambre sautille davantage et Mille miroirs, qui clôt l\u2019album, sont un clin d\u2019œil à la ballade rétro, «la boule miroir qui tourne à la fin d\u2019un film comme un générique rempli d\u2019amour», dit Jorane.Elle a coréalisé l\u2019album avec Jean Massicotte, aussi connu dans les mondes de Lhasa, de Patrick Watson ou de Pierre Lapointe.Elle parle de la fusion des deux approches: «C\u2019est quelqu\u2019un de très intuitif et de très créatif Avec lui, un thème dans une musique est suffisant en lui-même, alors que moi, je suis du genre à mettre plusieurs contre-chants, donc un thème, puis deux, puis trois, en même temps.En dépit de ce clash des idées, on se rejoignait tellement qu\u2019à certains moments, on faisait tout à l\u2019unisson».L\u2019instant aimé.D Collaborateur Le Devoir Écouter aussi > La pièce Bouquet de cœur.ledevoir.com/ctiUure/musique NOUVEAU FORFAIT im ANNIVERSAIRE 3 SPECTACLES DIFFÉRENTS A 1S % DE RÉDUCTION.QUANTITÉS LIMITÉES.en coprésentation avec Place des Arts JOSE NAVAS/COMPAGNIE FLAK DIPTYCH ¦ José Navas 13.14 NOV.¦ Théâtre Maisonneuve Saison 2012 2013 DHHll HOFESH SHECHTER COMPANY ¦ POLITICAL MOTHER Hofesh Shechter 1.2.3 NOV.¦ Théâtre Maisonneuve g, 53.\t*7 ^.\t'-'.Si 4 -A.»* fm -/» '''I I FRÉDÉRICK GRAVEL/GROUPEDARTGRAVEIARTGROUP | il ¦ USUALLY BEAUTY FAILS ¦ FrédérickGravel______ I 7.8.9.10.14.15.16.17 NOV.¦ Cinquième Salle ASZURE BARTON & ARTISTS BUSK + AWAA Aszure Barton 16.17 NOV.¦ Théâtre Maisonneuve dansedanse.net À euve\tO.J \u2014\u2014J i ^ Billetterie de la Place des Arts laplacedesarts.com 514 842 2112/1 866 842 2112 E 8 LE DEVOIR LES SAMEDI ET DIMANCHE 4 NOVEMBRE 2012 CULTURE>MUSIO,ÜE CLASSIQUE A la rencontre d\u2019Alberic Magnard L\u2019Orchestre symphonique de Montréal se frotte pour la première fois à l\u2019œuvre du « Bruckner français » CHRISTOPHE HUSS Mercredi et vendredi prochains, Stéphane Lafo-rest, à la tête de l\u2019Orchestre symphonique de Montréal (OSM), dirigera la 4\" Symphonie d\u2019Albéric Magnard, compositeur français mort dans les premiers jours de la guerre de 1914-1918.Ce sera la première fois que l\u2019orchestre abordera sa musique.Les mélomanes férus d\u2019enregistrements ont fait la connaissance d\u2019Albéric Magnard (1865-1914) grâce à Ernest Ansermet, qui avait choisi d\u2019enregistrer la 5\" Symphonie dans sa vaste exploration du répertoire français pour Decca.C\u2019est à Michel Plasson, qui prolongea ce travail pour l\u2019éditeur La Voix de son maî-tre-EMI, que l\u2019on doit la découverte des quatre symphonies du compositeur que le surnom de «Bruckner français» a davantage desservi que promu dans un pays réputé pour sa détestation de Bruckner! Charles Dutoit ayant fait l\u2019impasse sur Magnard, l\u2019intégrale symphonique de Michel Plasson a été concurrencée par deux chefs: Jean-Yves Os-sonce chez Hyperion et, surtout, Thomas Sanderling chez BIS, qui a livré l\u2019intégrale la plus spectaculaire, la plus éloquente et la mieux enregistrée.Ces enregistrements ont été repris sous licence par Brilliant Classics.Michel Plasson, lui, est allé encore plus loin en ressuscitant Guercœur, opéra sauvé des flammes et reconstitué par Guy Ropartz 15 ans après la mort du compositeur.Cet en- registrement sera réédité dans quelques jours, le 13 novembre, au sein d\u2019un coffret EMI intitulé Michel Plasson et l\u2019opéra français.Un destin Pour ceux qui ont une connaissance livresque de la musique, c\u2019est la vie, ou plutôt la mort, d\u2019Albéric Magnard qui attire tout d\u2019abord l\u2019attention.Albé rie, fils de Erancis Magnard, ancien rédacteur en chef du Figaro, demeure à Baron sur Oise, centre des hostilités de la Grande Guerre, un mois après son déclenchement.En ce 3 septembre 1914, Magnard a envoyé sa famille en sécurité, mais tient à protéger son manoir: «Ici, il y a six balles : cinq pour les Allemands, une pour moi», disait-il la veille en montrant son pistolet.La guerre aura raison de son courage un peu fou.Les soldats allemands le tueront et incendieront la maison.Son opéra Yolande sera détruit en totalité et de deux des trois actes de Guercœur ne subsisteront que des réductions pour piano.Magnard, qui a démissionné de l\u2019armée au moment de l\u2019affaire Dreyfus, qu\u2019il a soutenu en écrivant un Hymne à la H- ImI Cj 0 Z I P (/3 Z 0 Ü C'* ECLATS Nouvelle création avec Fariba Davoodi, chant Pooria Poomazeri, tanbour Kiya Tabassian, sétar, chant Pierre-Yves Martel, viole de gambe Amir Amiri, santour Ziya Tabassian, tombak, percussion Une culture persane millénaire, parée de ses atours contemporains, vibrante et affranchie.berté, est mort comme il a vécu : seul contre tous, en défendant un idéal, à en juger par ces paroles prémonitoires : «Le triomphe de certaines idées vaut bien la suppression de notre tranquillité et même de notre vie.» Joint par Le Devoir, Thomas Sanderling, son plus grand interprète, juge que «la disparition, à 49 ans, de Magnard est une grande perte pour la musique, car il était loin d\u2019avoir tout donné».Il est pourtant difficile de savoir dans quelle direction il serait allé.Celle d\u2019un Scriabine à la française, tel que peut le laisser supposer la 4^ Symphonie?La disparition de Magnard est d\u2019autant plus douloureuse qu\u2019une sorte de climat de dépression s\u2019est ensuite installé en Erance, immédiatement après la Grande Guerre, dans les œuvres de certains compositeurs tels Albert Roussel ou Lucien Durosoir.La 2^ Symphonie de Roussel est à mon sens un immense chef-d\u2019œuvre méconnu, très emblématique de cet état d\u2019esprit musical dans lequel Magnard aurait pu merveilleusement se couler.«La Grande Guerre fut perçue comme un désastre d\u2019une ampleur sans équivalent de part et d\u2019autre.Ce que la musique française dont vous parlez reflète, la littérature allemande \u2014 Stefan Zeig, Thomas Mann \u2014 l\u2019illustre parfaitement», résume Thomas Sanderling.Solitaire Thomas Sanderling considère les 5\" et 4\" Symphonies comme de «grandes œuvres».«Il s\u2019agit de compositions qui révèlent des racines, mais ne se rattachent à aucun héritage.La Symphonie est éclectique, la Seconde est française; mais la Troisième, c\u2019est du Magnard, comme la Quatrième.» Sanderling voit plus de joie de vivre dans la 5\" Symphonie et qualifie de «dramatique et symboliste» la 4^Symphonie (1911-1913), qui cache un mal de vivre sous son optimisme de façade: «L\u2019optimisme de la 4® Symphonie est répugnant, car aucune œuvre ne m\u2019a donné autant de mal et n\u2019a été conçue dans un marasme plus complet», disait le compositeur.Pour Thomas Sanderling, » SOURCE OSM C\u2019est sous la baguette du Montréalais Stéphane Laforest que l\u2019OSM abordera la musique d\u2019Albéric Magnard pour la première fois.«dans une forme traditionnelle en quatre mouvements, sur le modèle germanique, c\u2019est une musique ni vraiment française ni allemande.On a l\u2019impression d\u2019avoir un Allemand qui s\u2019exprime en français.Et ce point-là est encore plus marqué dans la 3® Symphonie.» Cette caractéristique, appliquée à un style LES ENFANTS! révehlez vos parents dimanche! évidemment différent, rapproche Magnard de Théodore Gouvy (1819-1898), dont l\u2019éditeur CPO est en train de nous révéler les captivantes symphonies «franco-allemandes».Après la publication de l\u2019intégrale Plasson, on pensait bien que le temps de Magnard était venu.Mais ce n\u2019est pas (encore) le cas.«Aucune institution n\u2019a proposé ou accepté que je dirige la 4® Symphonie en concert!», révèle Thomas Sanderling, ce qui ne l\u2019empêche pas de considérer Magnard comme «un grand méconnu, au même titre que Franz Schreker et Franz Schmidt.» Le Devoir MAGNARD À UOSM Symphonie n° 4, sous la direction de Stéphane Laforest.Mercredi 7 novembre à 20 h, vendredi 9 novembre à 10h 30.En première partie : le Concerto pour violoncelle de Dvorak avec Alisa Weilerstein (mercredi) et le Concerto pour violon de Sibelius avec Hyeyoon Park (vendredi).Rens.: 514 842-9951.SALLE BOURGIE Musée des beaux-arts de Montréal 1339, rue Sherbrooke Ouest \u2022 M* Guy-Concordia ou Peel BILLETTERIE: 514.285.2000 (#4) www.mbam.qc.ca/la-musique ESTFOS SUR LA SAISON 2012-2013 35$ régulier 18,75$ 30 ans et moins TANGENTE Laboratoire de mouvements contemporains SfllSOh DE DflDSE CODTEMPORPiriE 2012 2013 SAISON ZOIZ * 2013 H NOVEMBRE UH L AU PAYS UALICE.CONTE ET MUSIQUE UN ÉTRANGE ÉTRANGER ET ALICE SANS MALICE UpIIIIJIIAJ (m 11 NOVEMBRE IIH SU T SA VO X SONS ET BRIOCHES\u2019* LA PLUS GRANDE CHANTEUSE DU MONDE ENTIER!!! g^monumentiiiooal billetterie centrale 514-871-2224 ulier 20$ // Étudiant 16$ DANS LE CERCLE SflRflH-EVEGRnni En CO creation avec Florence Blain, Jean-Francois Blouin USINE 0 présente KSNInces de NICOLAS CANTIN BELLE MANIÈRE ^ 2, 3 ET6 NOV MYGALE 8, 9 ET 10 NOV LA TRILOGIE 11 NOV « On prend plaisir a se perdre dans cet univers étrange et dépouillé [ ] C'est un théâtre du presque rien, très fin, mtelligemnnent mené et joué Une découverte » - Le Devoir ^\tà 8,9,10liOVEMBREJ9H30 IIMOVEMBREJBH STUDIO HYDRO QUEBEC DU MOHUMEMT MHTIOnflL FENTE-TOI ! ISABELLE B0ULRI1GER (tn GRnriDE feiite) tangente.qc.ca Ij^angÊntfJ \u201cQuébec g §\tS Fente toi '© More André Damais DÈS 10 H 20 ACCUEIL DES SPECTATEURS BRIOCHES, CAFÉS ET JUS SERONT SERVIS AVANT LA REPRÉSENTATION laplacedesarts.com 514 842 2112/1 866 842 2112 Présenté grâce à l'appui financier de la Fondation de la Place des Arts USINE C/1345, AVENUE LALONDE BILLETTERIE 514 521-4493/USINE-C.COM VOX QCc Québec R canadien He it^e Nvideotron LE DEVOIR LES SAMEDI ET DIMANCHE NOVEMBRE 2012 E 9 CULTURE.MEDIAS L\u2019écran du pouvoir L\u2019image des élus dans le miroir des séries américaines à l\u2019heure de la présidentielle STEPHANE BAILLARGEON Dans le vrai de vrai monde, les Américains élisent leur président mardi.Dans le faux, enfin l\u2019autre, là, le monde irréel et fictionnel des écrans, il y a longtemps que les jeux sont faits.Le verdict imparable, cruel, assassin même, pointe vers un désordre généralisé, un sentiment d\u2019impuissance et d\u2019inutilité, du cynisme à revendre aussi, évidemment.L\u2019Amérique s\u2019enfonce dans son hurn-out, avec des crapules et des coquins dans tous les recoins.Au mieux, il ne reste plus que le rire, cette politesse du désespoir, pour répondre à la décadence quotidienne.Les écrans américains entretiennent depuis longtemps une relation passionnelle avec le président de la république, jusqu\u2019à en faire un personnage à part entière de la mythologie hollywoodienne, mais aussi un héros singulier des fictions télévisuelles.Seulement, la tendance a gonflé au cours des dernières années, jusqu\u2019à transformer le sujet politique en un genre en soi, multiforme, complexe, oscillant de l\u2019utopie à la comédie, de la docufiction aux coulisses du pouvoir.Les écrans politiques servent à toutes les projections.Dans Nixon (1995), le président prend des airs machiavéliques.Dans Gabriel au-dessus de la Maison-Blanche (1933), il incarne une figure quasi chris-tique, un homme politique médiocre transformé par un accident providentiel.Dans Dr.Fo-lamour (1964), «une comédie militaire et satirique », le surpuissant président se révèle aussi dangereux qu\u2019incompétent.Des productions récentes (dont le JFK d\u2019Oliver Stone en 1991) ont relayé les théories du complot.Dans la série télé 24 heures chrono, les occupants de la Maison-Blanche sont tour à tour héros ou salauds.Un des présidents de cette production d\u2019espionnage a même précédé la nomination d\u2019un Noir aux plus hautes fonctions.The West Wing, un sommet de politique-fiction, a tenu huit brillantes saisons, deux mandats, pour décortiquer finement les rouages du pouvoir à Washington.Les vice-présidents sont moins présents sur les écrans.Dans Un crime dans la tête (2004), un remake d\u2019un film de John Frankenheimer des années 1960, un faux héros de guerre réussit à se hisser jusqu\u2019à cette fonction.De même, la série Homeland, primée aux derniers galas des Grammies, met en scène un Le sujet politique est devenu un genre en soi, multiforme, complexe, oscillant de l\u2019utopie à la comédie, de la docufiction aux coulisses du pouvoir vice-président filou, qui a caché le bombardement d\u2019une école en Irak.Vive Veepl Puis il y a Veep, nouvelle série de HBQ, diffusée ici cet été par Super Ecran qui la reprendra en rafales en janvier.Elle est aussi disponible en DVD et téléchargeable.Le mot «veep» dérive de v.-p., l\u2019abréviation pour vice-président.En l\u2019occurrence, la sénatrice Selina Meyer, comète fulgurante de son parti, se retrouve propulsée sur le ticket gagnant jusqu\u2019à ce posfe de numéro 2 des Etats-Unis d\u2019Amérique.Il ne s\u2019agit pas d\u2019une ixième parodie de Sarah Palin, vraie de vraie candidate à la vice-présidence défaite en 2008 que le film Game Change, une autre production de HBO, a résolument déboulonnée cette année.Julia Louis-Dreyfus, ex-Helen de Seinfeld, incarne plutôt une femme intelligente et assez douée, placée malgré elle dans une position impossible qui multiplie les situations absurdes.Veep, c\u2019est l\u2019anti-Borgen.Dans l\u2019excellente série danoise, une femme devient première ministre, sacrifie sa famille, mais change le monde, enfin son coin du monde, parce qu\u2019il en a besoin.La vice-présidente «gaffeuse en série» de Veep ne manque pourtant ni d\u2019idées généreuses ni de bonnes intentions.Dès le premier épisode, elle tente d\u2019imposer l\u2019usage d\u2019une vaisselle jetable recyclable dans les cafétérias de Washington, mais une de ses remarques braque le lobby du pétrole et du plastique.Au second passage, elle se retrouve momentanément à la tête des armées du pays comme commandante en chef pendant qu\u2019on l\u2019attend à une dégustation de yogourt.Au dernier épisode, elle veut appuyer un aspirant gouverneur qui refuse puis accepte son appui au gré des sondages.Une cohorte d\u2019adjoints caricaturaux et pyromanes entoure M\u201d® Meyer.Un larbin physionomiste sert uniquement à la renseigner sur les innombrables personnalités qu\u2019elle rencontre : un tel a une moustache brillante qu\u2019il ne faut pas fixer, un autre a une fille de six ans qui rentre à l\u2019école, etc.Quand l\u2019équipée se déplace, d\u2019un cocktail inutile à un meeting stérile, c\u2019est toujours en une longue file de voitures de fonction, toutes sirènes hurlantes.Quand la vice-présidente rentre au bureau, elle demande immanquablement à sa secrétaire: «Le président a-t-il téléphoné ?» Il n\u2019appelle jamais, comme Godot ne se pointe pas.Cette habitude à foncer dans Pro Musica (ait vivre la musique de chambre dans toute son intimité depuis 64 ans.Le lundi 5 novembre prochain à 20h, Le Quatuor Zemlinsky présentera Haydn, Janàcek, Mendelssohn dons le confort de la Maison Symphonique.Mus^ La musique dans toute son intimité www.piomusica.ca / 514845.0532 / conceits@piDmusica.qcca Une présentation Hydro Québec OC ©laplacedesarts.com 514 842 2112/1 866 842 2112 © BILL GRAY HBO/AP Dans Veep, Julia Louis-Dreyfus, ex-Helen de Seinfeld, incarne une vice-présidente intelligente et assez douée, placée malgré elle dans une position impossible qui multiplie les situations absurdes.le tas en rigolant vient en fait des Britanniques.D\u2019ailleurs, Veep transpose la série anglaise The Thick of It.Des comédiens exceptionnels portent les personnages bouffons de la nouvelle mouture, à commencer par Julia Louis-Dreyfus qui a d\u2019ailleurs remporté des prix pour ses prestations.Le langage corporel amplifie les ef- fets dans ce milieu suractif où tout le monde marche, court et consulte son téléphone en même temps.Et puis, ça jure dur tout le temps.La politique du spectacle Veep a été assez sévèrement reçue par certains critiques d\u2019ici, par exemple à l\u2019émission C\u2019est juste de la TV.Tant pis pour eux.Franchement, surtout en anglais, il y a là quelque chose de rare, à la fois très drôle et profondément critique.Veep colle à l\u2019époque cynique et désabusée.Mieux, cette comédie noire montre le pire et le meilleur du pays-continent voisin, c\u2019est-à-dire la déchéance des institutions démocratiques et en même temps la capacité d\u2019en rire intelligemment.West Wing idéalisait les années Clinton.24 concentrait la dystopie bushienne, avec dérive morale et paranoïa à tous les étages.Veep incarne déjà très bien la désillusion fatiguée des années Qbama, une ère d\u2019authenticité formatée, d\u2019agitation factice et de simulacre auto suffisant, la politique du spectacle, quoi, sur fond de corruption généralisée et de mensonges assumés.Il n\u2019y a pas que Washington et le pouvoir suprême.La télé américaine donne aussi de belles et bonnes leçons à la nôtre quand vient le temps de fic-tionnaliser les autres ordres de gouvernement.Les réseaux exploitent particulièrement bien l\u2019univers étriqué des administrations municipales, avec corruption et magouille à tous les étages.Boss, installée à Chicago, utilise abondamment la métaphore de la maladie et de la mort.Boardwalk Empire ne traite que de ça, sur fond de Prohibition.The Wire, fabuleuse série campée dans le Baltimore de la dernière décennie, a traité du trafic de drogue, de la prostitution, de l\u2019immobilier et des dérives de la presse.Qn attend donc toujours la grande série politique québécoise de notre temps.Il y a bien eu Pérusse Cité, un dessin animé franchement très amusant mais trop inoffensif.Duplessis, de Denys Arcan, la plus grande production politique de la télé québécoise, date de 35 ans.Les dernières productions portraiturant Montréal en Gotham du Nord remontent aux années 1990 (Montréal P.Q, Montréal, ville ouverte) .Comme on semble revenu au temps où Fax Plante écrivait Lutte contre la pègre: la farce recommence (1949), ce serait bien que notre télé s\u2019y remette aussi.Le Devoir IX Voir aussi > Un extrait de \u201d la série américaine Veep.qui s,era reprise en rafale à Super Ecran en janvier prochain.ledevoir.comJsociété/médias DU 1^\" AU 11 NOVEMBRE 2012 ajitinHiBiiniiiiiliiiiiiiiiiiiiiiiiimil co4ipdecoeur.ca lïïinfflnnnniïïTnTnTniïïTfnïïnTiïï »l 0\u20acVA lEOCVA ti V9 NOV.i *U LION D'OR _ REVENANTS + KEITH KOUNA AU THEATRE OUTREMONT a^DANSE LHASA 1 LD A N S E EN\tTOURNEE\tAU\tQUEBEC OU 16 NOVEMBRE AU 5 DÉCEMBRE 2012 O M LE B O GROS M E nfi, )| LES APPENDICES ¦ ^ A M Y L I E I\u2019 LAWRENCÈ™^^ \"^LEPAGE ^ PATRICE MICHAUD K O R I A S S SUAREZ (PRIX RAPSAT'LELIÈVRE 2012) PYJAMA PARTY PE BΠTRISTAN MALAVOY XAVIER CAFEINE^ T-:\u2014¦' [ CanadS Québecn\" Montréal^ mualeaotlon 1V5 LeDewir AKUFEN socAN sacem MANCS rii*pÊ., .(«Siriusxm») ¦ lin'' .R.i.(((Siriusxm») DU AU 11 NOVEMBRE 2012 COUPDECOEUR.CA I liilliilil.iüdiHillilliùüiillil LE CONSULAT GENERAL DE FRANCE À OUÉBEC ACCOMPAGNE L A VENUE DES\tARTISTES\tFRANÇAIS\tAU COUP DE CŒUR FRANCOPHONE Libertif \u2022 F^aliie \u2022 Fratermie sacem REPUBLKiUE Française Consulat general de France à Québec admission E 10 LE DEVOIR LES SAMEDI 3 ET DIMANCHE NOVEMBRE 2012 culture.de visu Argent (a) doré Mathieu Beauséjour critique les rêves dorés du capitalisme à la galerie Antoine Ertaskiran LE SOLEIL INVINCIBLE Mathieu Beauséjour Galerie Antoine Ertaskiran, 1892, rue Payette Jusqu\u2019au 10 novembre JÉRÔME DELGADO Des pièces de monnaie, une liasse de billets et une fascination tordue pour les symboles du pouvoir: on ne se trompe pas, la toute jeune galerie Antoine Ertaskiran a succombé, dès sa deuxième exposition, à l\u2019art de Mathieu Beau-séjour.Elle présente une demi-douzaine d\u2019œuvres, toutes de 2012, sous l\u2019intitulé Le soleil invincible.Le corpus rassemblé s\u2019inscrit dans la lignée des projets précédents de l\u2019artiste et en particulier de celui autour du mythe d\u2019Icare, interprété comme «l\u2019incarnation» \u2014 ce sont ses mots \u2014 des rêves dorés du capitalisme.Inspiré d\u2019un obscur culte du IIP siècle \u2014 le «Sol invictus» auquel l\u2019armée romaine croyait fermement \u2014, Le soleil invincible est aussi le titre d\u2019une œuvre en néons blancs.Les néons, qui reproduisent ces mots en lettres attachées, trônent seuls au mur du fond de la galerie.Métaphore de l\u2019argent qui brille et qui aveugle celui qui s\u2019en approche.En cet automne de commission Charbonneau, cette image de toute-puissance, et de ses effets pervers, prend un sens bien concret.La disposition des œuvres dans une exposition de Mathieu Beauséjour relève toujours d\u2019une grande attention.Ce n\u2019est pas par hasard si la première œuvre qui attire les regards est une structure longitudinale, une sorte de vertèbre qui relie plancher et plafond.Intitulée Topsy-Turvy (ou «sens dessus dessous»), elle se compose d\u2019une multitude de pièces de monnaie, empilées les unes sur les autres.A la manière de la colonne de Trajan, monument de l\u2019Empire romain dressé à la mémoire de victoires militaires, la sculpture de Beauséjour célèbre la puissance mo- i Gangstar, 2012, impression au jet d\u2019encre sur papier.nétaire.Il y a néanmoins un sens dessus dessous à cette histoire, un revers qui s\u2019exprime par l\u2019apparente fragilité de la pile, pas si rectiligne en fin de compte.Encore une fois, l\u2019éblouissement opère avec Mathieu Beauséjour.Sa signature plurielle \u2014 ici, œuvres d\u2019impression ou d\u2019installation, texte, vidéo, performance \u2014 est portée par un rendu formel fort, fascinant, et par un propos empreint d\u2019ambivalences, à la fois poétique et politique.Contem- platifs et critiques, ses projets ne,sont jamais anodins.Etonnant comme il ne semble jamais à court d\u2019idées.L\u2019année 2012, il l\u2019avait commencée par une expo importante, imposante, Icarus: la chute de l\u2019empire, présentée au centre Oboro.Cet automne, il a multiplié ses présences, notamment à l\u2019événement Montréal-Brooklyn \u2014 il fait partie de la sélection du centre Clark \u2014 et à l\u2019Université du Québec à Chicoutimi avec un projet solo.Son association avec la gale- MATHIEU BEAUSEJOUR rie Antoine Ertaskiran s\u2019est d\u2019abord manifestée en juin.L\u2019espace n\u2019était pas encore officiellement inauguré, mais Beauséjour y a tenu un programme de performances le jour du solstice d\u2019été.Parmi les actions exécutées, l\u2019artiste s\u2019est fait tatouer sur le torse un cercle noir, sorte de soleil obscurci, symbole de la mort dans certaines religions.La trace de cette impression sur le corps est ^u cœur d\u2019un diptyque vidéo.Etre gouverné.Eilmé en gros plans, le soleil noir, bien vivant, bouge au rythme des respirations.Il répond au son qui émane de l\u2019autre image, une captation d\u2019un gong qu\u2019on entend inlassablement et qui divulgue à la grandeur de la galerie une atmosphère de sérénité et d\u2019apaisement.Soumis aux règles de la gouvernance, du capital pourrait-on conclure, l\u2019être humain est-il condamné à la résignation?Y compris Mathieu Beauséjour, lui l\u2019artiste qui a souvent prôné la résistance, voire l\u2019anarchie ?Il faudrait être berné pour imaginer Beauséjour baisser les bras.Son travail réside dans la dualité d\u2019univers contradictoires, à l\u2019instar de ce que montrent la vidéo et l\u2019ensemble de l\u2019exposition.Le « soleil» formé par l\u2019assemblage de liasses de dollars états-uniens compressés dans la photographie Gangstar appelle autant à l\u2019émerveillement qu\u2019au malaise de posséder autant de billets \u2014 parlez-en à M.Surprenant.La série La bête, un corpus de six images numériques sur papier marouflé, est sans doute un des ensembles les plus réussis de l\u2019artiste.Chacune de ses images vibre sous de curieux motifs géométriques, éblouissants à la longue.Le procédé de réalisation est similaire à celui utilisé lors de la série Empire (2003).Cette fois, Mathieu Beauséjour n\u2019a pas numérisé des billets, mais l\u2019intérieur des enveloppes dans lesquelles arrivent ses factures.Cette «bête», à laquelle on semble attachés par une laisse, est celle d\u2019un système inaltérable, où l\u2019argent n\u2019est ni en papier ni en métal, même pas en plastique.Les fonds circulent de manière virtuelle.En s\u2019attardant néanmoins à ces enveloppes, Mathieu Beauséjour projette de révéler, en toute subtilité, l\u2019intérieur de cette doctrine financière.Et comme souvent chez lui, ce revers prend une dimension esthétique inattendue.Le salut, ou la dernière poche de résis À surveiller Le lancement de Chroniques lavalloises, un recueil autour du volet hors les murs de la galerie Verticale.Ce samedi à la librairie Eormats (2, Sainte-Catherine Est), à 14 h.La table ronde « Montréal/Brooklyn : perspective sur ie monde de i\u2019art», à la galerie Les Territoires (372, rue Sainte-Catherine Ouest).Aujourd\u2019hui, à 15 h.L\u2019exposition Roiand Pouiin à la galerie Battat Contemporary (7245, rue Alexandra).L\u2019artiste, qui se fait rare depuis un certain temps, présente une œuvre in situ aux « dimensions spectaculaires ».Jusqu\u2019au 22 décembre.L\u2019installation vidéo Où ai-je déjà vu ceia ?de Parissa Mohit, projetée sur les fenêtres du MAI \u2014 Montréal, arts interculturels (3680, rue Jeanne-Mance).Inspirée du cinéma d\u2019animation et de miniatures persanes anciennes, l\u2019œuvre ne sera présentée que pendant une semaine.Vernissage lundi, à 18 h.tance, résiderait peut-être là, dans l\u2019art.A notez que cette nouvelle galerie joue aussi, quelque part, les résistants.Son local, aménagé dans un ancien petit bâtiment in-dustriel de Griffintown, se trouve à quelques pas du complexe Arsenal.Sans le glamour de celui-ci, ni le ton grandiloquent, Antoine Ertaskiran montre qu\u2019une autre voie pour véhiculer l\u2019art actuel est possible.Collaborateur Le Devoir DVoir aussi > Notre galerie photos sur ledevoir.com/ culture/arts- visuels Les étudiants de MMV vous proposent LES 4 ÉLÉMENTS Vous êtes invité au vernissage des 4 ÉLÉMENTS qui aura lieu MARDI 6 NOVEMBRE de19hà21h L'exposition se poursuivra jusqu'au 11 novembre 2012 à la Galerie Kaf-Art 9367 rue Lajeunesse (métro Sauvé) www.galeriekafart.com Marc-Aurèle Fortin Paysages modernes ^'^(^ébec traditionnel Jusqu\u2019au 9 décembre 2012 CENTRE D'EXPOSITION DE L'UNIVERSITÉ DE MONTRÉAL Pavillon de la Faculté de l'aménagement 2940, ch.de la Côte-Sainte-Catherine, local 0056 M Université-de-Montréal Ouvert le mardi, mercredi, jeudi et dimanche De 12 h à 18 h >?ENTRÉE GRATUITE www.expo.umontreal.ca L\u2019exposition Marc-Aurèle Fortin.Paysages modernes du Québec traditionnel est réalisée et mise en circulation par le Musée national des beaux-arts du Québec, société d\u2019Etat subventionnée par le ministère de la Culture et des Communications du Québec cenire Université de Montréal 11 NOVEMBRE 2012-14 h 10® ANNIVERSAIRE PLUS DE 50 ARTISTES AVEC GUIDO MOLINARI RENÉ DEROUIN MARCEL BARBEAU KiniE BRUNEAU REYNALD CONNOLLY JACQUES PAYEHE RICHARD PURDY ET PLUSIEURS AUTRES SOPHIE FAUCHER ANIMATRICE Au profit de la FONDATION DU MUSÉE D'ART CONTEMPORAIN DES LAURENTIDES museelQurentides.ca - 450 432-7171 Dosre7 101, place du Cure-Labelle, Saint-Jerôme DU 4 NOVEMBRE 2012 AU 13 JANVIER 2013 Une présentation Hydro Québec Créateur différent de pièces uniques Musée des beaux-arts de Mont-Saint-Hilaire 150, rue du Centre-Civique, Mont-Saint-Hilaire www.mbamsh.qc.ca GALERIE BERNARD EVA LAPKA EXPRESSIONS Exposition du 7 nov.au 29 déc.2012 Vernissage le 7 nov.de 17h à 20h 3926, rue Saint-Denis, Montréal 514 277 0770 \u2014 galeriebernard.ca ¦ 1?U HEPHAISTO SUZELLE LEVASSEUR jusqu\u2019au 25 novembre Galerie d\u2019art d\u2019Outremont 41, avenue Saint-Just 514.495.7419 galeriedartdoutremont.ca suzellelevasseur.com i T* ^ r , j Central Park (NewYork, USA), 2010, photographie imprimée sur acier inoxydable, 40\u201d x 60\u201d | 48\u201d x 72\u201d, éd.5 | I GALERIE DE BELLEFEUILLE 1367 Avenue Greene, Montréal, Québec H3Z 2A8 Tel: 5 1 4.933.4406 www.debellefeuille.com LE DEVOIR, LES SAMEDI 3 ET DIMANCHE 4 NOVEMBRE 2012 E 11 iMïisn .P éL GUY L HEUREUX Blue Republic, Alluvia, installation, 2012.Entre dépouillement et foisonnement Olivia Boudreau s\u2019intéresse à l\u2019intimité tandis que Blue Republic fouille l\u2019excès à la Fonderie Darling INTERIEUR Olivia Boudreau ALLUVIA Blue Republic Quartier éphémère, Fonderie Darling, 745, rue Ottawa, jusqu\u2019au 2 décembre.MARIE-ÈVE CHARRON Bien qu\u2019il y ait fort à parier que ce soit l\u2019exposition d\u2019Olivia Boudreau, réservée à la grande salle, qui attire les visiteurs à la Fonderie Darling, l\u2019autre exposition de la programmation actuelle a de quoi aussi retenir l\u2019attention.L\u2019installation in situ du collectif Blue Republic procède d\u2019un assemblage inventif et foisonnant inspiré par les alluvions, formations sédimentaires habituellement retrouvées dans les cours d\u2019eau.Le collectif basé à Toronto est porté par le duo formé d\u2019Anna Passakas et de Rados-law Kudlinski, dont le travail a été vu pour les dernières fois à Montréal dans les années 1990.C\u2019est déjà sous la forme d\u2019installations que le collectif se produisait avec un dépouillement qu\u2019il semble cependant avoir depuis définitivement mis de côté.Dès l\u2019entrée, l\u2019installation occupe le sol et s\u2019étend au plafond, contre les murs et dans l\u2019ensemble de la pièce par le truchement de divers matériaux qui élaborent sous nos yeux ce qui semble être une ville, miniature et imaginaire.Carton, papier, fragments de bois, styromousse, boîtes de conserve et casseroles ont été assemblés pour former des édifications improbables, mais qui ont toutes à voir avec une philosophie des moyens du bord pour qui le potentiel du recyclage et de la transformation est illimité.Suffisamment allusive, la référence à la ville s\u2019esquive d\u2019ailleurs pour plutôt laisser percevoir la structure tel un alambic secrétant un liquide mystérieux.La permutation du sens prêté à l\u2019installation fonctionne aussi pour chacun des éléments la composant; fragment de matériaux ou objets trouvés se voient redéfinis par l\u2019ensemble dans lequel ils sont insérés, qui ne dissimule toutefois pas leur nature première.11 faut savoir que cette installation met en scène des fragments employés dans d\u2019autres œuvres du collectif, lesquelles s\u2019avèrent donc éphémères et décomposables.Cette manière de travailler est cohérente avec ce que l\u2019installation semble pointer et critiquer, à savoir la productivité et ses excès, le fonctionnalisme et la manière d\u2019occuper le territoire.Le rafistolage auquel s\u2019adonne le duo rappelle l\u2019ingé-niosité des personnes sans moyens qui survivent de peu.Au pied, pour ainsi dire, de la silhouette de gratte-ciel élancés apparaissant sur les murs au moyen d\u2019un tracé très graphique, c\u2019est un bidonville et sa misère qui semblent finalement s\u2019agglutiner.La femme à la fenêtre 11 faut revenir à Olivia Boudreau, qui occupe la grande salle et dont l\u2019installation vidéo est effectivement remarquable.11 s\u2019agit d\u2019une version remaniée d\u2019intérieur, une œuvre réalisée par l\u2019artiste en 2011 lors d\u2019une résidence à Strasbourg \u2014 dans le cadre du programme de résidences croisées Alsace, France/Saguenay-Lac-Saint-Jean, Québec.Les ajustements apportés par l\u2019artiste exploitent pleinement l\u2019espace d\u2019exposition qui lui a été offert, lequel, comme on le sait, se caractérise par sa monumentalité.L\u2019image est celle d\u2019un plan fixe qui montre, de l\u2019intérieur, deux fenêtres qui s\u2019ouvrent parfois sous l\u2019effet du vent, dont le passage anime doucement les voilages.D\u2019une durée d\u2019environ neuf minutes, l\u2019image en boucle a pour seule autre action l\u2019entrée en VERNISSAGE JOHANNE CULLEN Du 4 au 21 novembre GALERIE Linda Verge 1049, AVENUE DES ÉRABLES QUÉBEC (418) 525-8393 www.galerielindaverge.ca là GUY L HEUREUX Olivia Boudreau, Intérieur, installation vidéo, 2012.scène à quelques reprises d\u2019un personnage féminin qui referme les fenêtres et qui redonne ainsi à la pièce un calme plat, voire une fixité qui laisse croire qu\u2019il s\u2019agit finalement d\u2019une image arrêtée.Ce n\u2019est là qu\u2019un des doutes, dans la perception de la durée et de l\u2019espace, insinués par l\u2019œuvre.La double projection, non simultanée, de l\u2019image com- plexifie de beaucoup le déroulement de faction, en apparence fort simple.L\u2019image est déployée dans l\u2019espace sur des écrans de grandes dimensions, légèrement en angle, à distance l\u2019un de l\u2019autre, et visibles de tous les côtés au cœur de la salle plongée dans un noir profond.Le petit manège instauré par le vent agitant les rideaux et la femme qui entre et sort du EXPOSITION CLAUDE ST-JACQUES FEMINA Jusqu\u2019au 4 nov Galerie d'Art Gala 5157, boul Saint-Laurent T 514 279 4247 facebook I gala@qc aira corn Rencontres et impressions de voyages Jean-Pierre Tanguy 4 novembre au2 décembre Centre d\u2019exposition de Repentigny, 3, place d\u2019Evry, Repentigny Mercredi et jeudi 13 h a 17 h et 19 h a 21 h, vendredi a dimanche 13 h a 17 h www.ville.repentigny.qc.ca/expositions Entree libre 450 470-3010 45^0^ RT S cadre de l\u2019image captive d\u2019ailleurs longuement le regard.11 faut se faire à l\u2019idée que les films sont identiques, mais décalés, et que le même pan de mur est soumis à la relativité de points de vue différents, par le jeu d\u2019écrans.La première fois que la femme intervient dans l\u2019image, il semble même qu\u2019elle soit véritablement présente avec nous dans l\u2019espace.Troublant.Cette scène d\u2019intérieur domestique se veut aussi une métaphore de l\u2019intériorité et de l\u2019intimité, des thèmes que l\u2019artiste a finement développés dans son travail antérieur.En lui-même, par ailleurs, le dispositif est une invitation à explorer des espaces mentaux, notamment propices à la contemplation.Ce retour à soi est un processus réflexif bellement induit par les deux fenêtres en symétrie, le face-à-face des écrans et le dédoublement de l\u2019image à qui, au demeurant, le tournage en quadrichromie a donné un quelque chose de suranné et de fantomatique.Si l\u2019artiste dit avoir été inspirée par la vidéo Solar Breath (2002) de Michael Snow, le motif de la fenêtre participe d\u2019un imaginaire également investi par l\u2019histoire de la peinture avec, par exemple, de célèbres scènes de genre domestiques «à la fenêtre» et des toiles composées en clairs-obscurs.Olivia Boudreau apporte une occurrence singulière à ce motif tout en donnant à son travail une dimension installative plus probante qu\u2019auparavant, où les œuvres restaient plus volontiers à la surface de l\u2019écran seul.Venant de celle qui a remporté l\u2019année passée le prix Pierre-Ayot, cette nouvelle production confirme une bonne lancée, voire amorce un tournant dans la pratique.Collaboratrice Le Devoir ViLLeS SUBLIMES MiMMO JODiCE DU'^ll OCTOBRE 2012 AU 3 MARS 2013 ^\tf-f L, geperitigny S'épanouir 690, Rue Sherbrooke Ouest | 0 McGill | musee-mccord.qc.ca Présentée par ^stm I ^ H ^ I «ÉgiscôTÉ ISIJB EOS lE DEVOIR DOCUMENTAIRES LES 15\u201c* RENCONTRES INTERNATIONALES DE MONTREAL SECTION THEMATIQUE > LE DEVOIR, LES SAMEDI 3 ET DIMANCHE 4 NOVEMBRE 2012 VoU AP-B SOURCE RIDM Occupy Love, de Velcrow Ripper, sera diffusé dans le cadre des Présentations spéciales.MARIE-CLAUDE EOURNIER Le dernier cabaret, de la Québécoise Catherine Proulx, sera présenté en première mondiale dans la catégorie Contre-courant.SOURCE RIDM Mari, de Sofiane Belaid, fait partie de la Compétition internationale courts et moyens métrages.Le documentaire d\u2019auteur retrouve ses écrans Les 110 films en projection aux RIDM proviennent de 38 pays Les Rencontres internationales du documentaire de Montréal (RIDM) soufflent cette année leurs 15 bougies.Petit bilan d\u2019un événement toujours en croissance, avec Roxanne Sayegh, directrice générale, et Charlotte Selb, directrice de la programmation, deux passionnées de ce genre cinématographique.ETIENNE PLAMONDON EMOND Les RIDM ont «été un projet collectif dès le départ», rappelle d\u2019entrée de jeu Roxanne Sayegh.Des cinéastes du Québec se sont réunis et ont trouvé des lieux pour présenter leurs films et regarder ceux de leurs collègues.La première programmation tenait en une quarantaine de projections dans seulement deux salles: celle de l\u2019Office nationale du film (ONF) et celle de la Cinémathèque québécoise.Cette année, 110 filrns en provenance de 38 pays seront présentés du 7 au 18 novembre.« Ça ne nous intéresse pas nécessairement de présenter 250 films», exprime Selb.«Plus c\u2019est resserré, selon moi, plus c\u2019est solide, poursuit Sayegh.Ça nous oblige à faire des choix et on reste seulement avec le meilleur.» De plus, contrairement à bien d\u2019autres festivals qui s\u2019adressent davantage aux gens de l\u2019industrie (programmateurs, acheteurs, distribu- teurs, etc.), les RIDM continuent de viser le grand public.Pas question, donc, de prévoir des projections à 9 heures le matin.Et le public répond bien, d\u2019ailleurs, plus nombreux d\u2019année en année.Plus de 30 000 festivaliers ont fréquenté les salles durant l\u2019événement en 2011.Ce qui n\u2019empêche pas les RIDM de constituer un carrefour pour les gens du milieu.Le marché du documentaire Doccircuit, qui se déroule en marge du festival, en est d\u2019ailleurs à sa huitième édition.Quelque 500 rencontres d\u2019affaires sont prévues du 11 au 14 novembre prochain.Un événement unique Charlotte Selb, engagée dans les RIDM depuis 10 ans, indique que, du côté de leur réputation à l\u2019international, «les RIDM se sont vraiment mises sur la carte comme un festival de documentaires important».«On est le seul marché bilingue en Amérique du Nord.C\u2019est ce qui fait qu\u2019on se démarque beaucoup des autres festivals de documentaires au Canada et aux États-Unis», ajoute M\u201c® Sayegh.«On est le lieu où la plupart des films documentaires québécois vont effectuer leur première mondiale, souligne d\u2019ailleurs M\u201c® Sayegh.Cette année, on a des représentants de huit festivals de l\u2019étranger qui vont venir à Montréal.On a espoir que ça va aider les films québécois les plus solides et les plus exportables à être vus à l\u2019extérieur de notre territoire.C\u2019est une mission importante qu\u2019on se donne de plus en plus.» Orientation Pour ce qui relève de la direction artistique, M\u201c® Selb considère que les RIDM se rapprochent davantage de festivals comme ceux de Visions du réel en Suisse, Doclisboa au Portugal et CPH: DOX au Danemark, plutôt que des célèbres festivals Sundance et HotDocs.«Je pense que, en fait, la vision artistique des RIDM n\u2019a pas particulièrement évolué: ça demeure du documentaire d\u2019auteur, observe M\u201c® Selb.Mais le genre évolue énormément, se renouvelle tout le temps.Donc, on suit ces tendances.On est à l\u2019affût des films les plus importants, les plus créatifi.» Elles posent toutes les deux un regard critique sur la tendance, dans la production québécoise, à se formater pour livrer «ce qu\u2019on suppose que la télé veut en supposant ce que les téléspectateurs veulent.Il y a un peu un cercle vicieux à supposer», lance M\u201c® Selb.«Nous, on encourage les cinéastes qui prennent des risques, qui expérimentent, qui nous sortent de notre zone de confort, qui nous amènent ailleurs», assure M\u201c® Sayegh.Il n\u2019en demeure pas moins que les stations de télévision demeurent les partenaires les plus stables des RIDM.« Ça veut dire que, à l\u2019égard de ce qu\u2019on présente, même si ce n\u2019est pas toujours ce qu\u2019ils achèteraient ou produiraient, il y a une reconnaissance comme quoi notre travail est important.» Cette année, le festival a ajouté une expérience à son arc.Le webdocumentaire, nouvelle variante du genre, fera son entrée en salle.La projection de ces œuvres s\u2019effectuera avec la navigation assistée par leur créateur.De l\u2019école à la prison Mais, en 15 ans, les RIDM sont «devenues beaucoup plus qu\u2019un festival.On est un organisme qui travaille à la diffusion du documentaire à longueur d\u2019année», note à juste titre M\u201c® Sayegh.Une équipe permanente est mobilisée.Des projections mensuelles sont effectuées depuis 2007.Et maintenant, des visionnements sont organisés dans des écoles, des parcs et des prisons.D\u2019ailleurs, un jury, formé de détenues de la prison de Joliette, remet depuis l\u2019année dernière un prix lors du festival.«C\u2019est enrichissant pour nous, assure M\u201c® Sayegh.Quand on fait ça, on n\u2019est pas dans une approche du type \u201con veut vous tendre la main pour vous aider\u201d.C\u2019est vraiment un échange.» Elles soulignent au passage que le documentaire primé par ce jury l\u2019année dernière constituait un choix audacieux.Roxanne Sayegh se dit d\u2019ailleurs ennuyée par l\u2019étiquette élitiste encore trop souvent accolée au cinéma documentaire.«Nos expériences prouvent le contraire», exprime-t-elle.M\u201c® Sayegh a travaillé trois ans pour un festival itinérant dédié au documentaire, nommé Ambulante.«On amenait le documentaire dans les coins les plus éloignés, dans de petits villages, dans des rues, dans des parcs.On n\u2019a pas besoin d\u2019en avoir vu une centaine pour comprendre, pour être touché et pour entrer dans ces histoires.» Pour les RIDM, elle dit retrouver autant d\u2019enthousiasme dans les classes du secondaire, où les élèves sont réceptifs et critiques, partagent des réflexions et posent des questions après la prqjection d\u2019un documentaire.A l\u2019avenir, M\u201c® Sayegh aimerait développer la diffusion des RIDM, entre autres en créant des canaux de diffusion dans le Web.«Mais c\u2019est comme entrer dans une autre machine et on n\u2019est pas rendu là.» Débrouillardise Surtout que la crise économique a irappé les RIDM par ricochet.Malgré que l\u2019achalandage ne cesse de croître, le financement public se fait plus rare et les entreprises privées donnent de moins gros montants ou réduisent leurs commandites.«Cette année, on a 15% moins de revenus», constate M\u201c® Sayegh.Ce qui n\u2019empêche pas le festival d\u2019attendre 35% plus d\u2019invités en provenance de l\u2019étranger que lors de la précédente édition.«C\u2019est seulement qu\u2019il y en a une partie qu\u2019on loge chez des amis plutôt qu\u2019à l\u2019hôtel», confie M\u201c® Selb en s\u2019esclaffant.Une campagne de financement a d\u2019ailleurs permis de payer le billet d\u2019avion d\u2019un cinéaste palestinien.Reste que, au-delà de la débrouillardise, M\u201c® Sayegh entrevoit de tisser des liens avec le milieu des affaires dans un avenir rapproché.«Je suis arrivée il y a deux ans et demi, en juillet 2010, rappelle la directrice générale.D\u2019après moi, on a avancé et je n\u2019ai pas envie qu\u2019on recule.Il va falloir qu\u2019on soit inventif et créatif » Collaborateur Le Devoir À NE PAS MANQUER ^ux RENCONTRES DU DOCUMENTAIRE DE ridm.qc.ca MA VIE REELLE Une expérience musicale pour contrer le décrochage scolaire et les gangs de rue?LE DERNIER CABARET Le Café Cléopâtre a-t-il encore sa place dans le Quartier des spectacles?canalD.com 34538037 176 LE DEVOIR, LES SAMEDI S ET DIMANCHE 4 NOVEMBRE 2012 E 13 DOCUMENTAIRES INDUSTRIE La television n\u2019est pas topjonrs au rendez-vous « Le documentaire se porte moins bien en langue anglaise qu\u2019en langue française » Les documentaires, on adore ! L\u2019auditoire ne cesse d\u2019augmenter, les festivals, de se multiplier, et les réalisateurs, de créer.Pourtant, les télévisions, plateformes de choix pour la diffusion du documentaire, demeurent frileuses à l\u2019idée de leur faire une petite place dans leurs grilles de programmation.Allons voir le pourquoi de ce cruel paradoxe.MARIE-HÉLÈNE ALARIE Les chiffres sont dignes d\u2019un scénario-catastrophe.Selon les données du rapport Getting Real 5, qui trace le profil économique de l\u2019industrie du documentaire au Canada, depuis 2008, le marché du documentaire est en chute libre, avec un déclin de plus de 100 millions de dollars, la perte de 4000 emplois et la disparition de plus de 600 heures de documentaires.Ces chiffres ont été un pavé lancé dans la mare par Lisa Fitzgibbons, la directrice de l\u2019Association des documentaristes du Canada-Documentary Organization of Canada (DOC), en septembre dernier, lors des audiences du CRTC concernant l\u2019achat de la chaîne Astral par Bell.Pour l\u2019occasion, Yanick Létourneau, membre de DOC et producteur chez Périphéria productions, accompagnait Fitzgibbons.Néfaste concentration Lisa Fitzgibbons montre du doigt la concentration des médias comme la première responsable.Et la détérioration de la situation remonte à bien plus loin que 2008 : «Les entreprises veulent être verticalement intégrées: c\u2019est ce qu\u2019on voit avec Rogers, Bell ou Shaw.On veut s\u2019assurer qu\u2019on peut à la fois avoir accès à des contenus et les diffuser à la télévision ou via Internet.» Tout ça date et commence lorsque les diffuseurs se mettent à acheter les stations de télévision indépendantes.«Le mandat de services des chaînes indépendantes était beaucoup plus précis que maintenant.Par exemple, du côté du marché de langue anglaise, les documentaristes souffrent de l\u2019absence de Bravo!, un joueur important lorsqu\u2019ar-rivait le temps de l\u2019achat d\u2019une licence pour la création de documentaires sur les arts et la culture», continue Fitzgibbons.Aujourd\u2019hui, Bravo ! est la propriété de CTV, réseau qui lui-même est la propriété de Bell, et ne diffuse presque plus de documentaires culturels, alors que cela faisait partie de son principal mandat lorsque la chaîne étaît îndépendante.«On a des centaines de chaînes qui diffusent toutes les mêmes émissions à des heures différentes.A la télé satellitaire, on constate un appauvrissement de la programmation.» La raîson est sîmple : un gros télédiffuseur va commander une seule programmation pour ensuite la diffuser par toutes ses chaînes.Exit la diversité ! De manière encore plus précise, on sait que plusieurs télévisions indépendantes représentent autant d\u2019auditoires différents: «Deux ou trois télédiffuseurs pouvaient donner une licence pour un projet et fai- «Le documentaire francophone, compte tenu de son insularité en Amérique du Nord, fait en sorte qu\u2019il est en meilleure santé malgré tout» Le documentaire Les États-Unis d\u2019Afrique (2011), Télé-Québec, à Radio-Canada et à Super Chanel.soient en sorte que les producteurs arrivaient à mieux boucler le montage financier de leur production.Ainsi, au final, le documentaire pouvait être diffusé par des chaînes ayant différents mandats et r^oindre des auditoires différent Aujourd\u2019hui, on a perdu ces multiples fenêtres de diffusion, ce qui rend le montage financier beaucoup plus difficile.» Ces licences accordées par les diffuseurs peuvent représenter jusqu\u2019à 35% du financement d\u2019un documentaire : c\u2019est donc dire que, pour les producteurs, il est impossible de se priver de cet argent.PERIPHERIA PRODUCTIONS réalisé par Yannick Létourneau, sera vu par plus de 800 000 personnes lors de sa diffusion à Francophones et anglophones Un autre constat difficile à comprendre est la différence marquée au niveau du financement entre le documentaire francophone et le documentaire anglophone.Cette différence historique s\u2019expliquerait par un marché publicitaire anglophone plus grand que son homologue francophone.Pourtant, malgré un plus grand financement, «le documentaire se porte moins bien en langue anglaise qu\u2019en langue française.Le documentaire francophone, compte tenu de son insularité en Amérique du Nord, fait en sorte qu\u2019il est en meilleure santé malgré tout», nous dit la directrice de DOC.«Les auditoires sont encore au rendez-vous à la télévision et, dans mes rêves les plus fous, les télédiffuseurs se rendraient compte qu\u2019ils ont en main des contenus que les consommateurs veu- lent et, au lieu de planifier une programmation habituelle, qu\u2019il existe un appétit pour des contenus qui nous interrogent, qui nous interpellent, qui nous divertissent et qui nous informent sur des questions qui touchent toute notre société.Souvent, quand j\u2019entends les diffuseurs au sujet du documentaire, on dirait qu\u2019ils parlent d\u2019un sirop contre la toux: on le prend pour notre bien en faisant une grimace en l\u2019avalant.» Salles, télévision.Lisa Fitzgibbons n\u2019a pas tort lorsqu\u2019elle soutient que l\u2019auditoire est au rendez-vous, qu\u2019il existe à la télé, mais aussi qu\u2019il y a une soif pour les présentations en salle.Pour le producteur Yanick Létourneau, c\u2019est lors de festivals qu\u2019il va à la rencontre de son auditoire.Récemment, avec le documentaire Les Etats-Unis d\u2019Afrique, il a remporté un beau succès : «Ce film fonctionne très bien au Québec, au Canada et ailleurs à l\u2019international, et ça continue de bouger.On voit qu\u2019il y a un engouement et que les événements qui font la promotion du documentaire sont plus populaires que jamais.Canal D, une télévision axée sur le documentaire, est présentement la chaîne chez Astral qui possède les meilleures cotes d\u2019écoute.» Tout ça réjouit Yanick Létourneau, même s\u2019il déplore que les budgets ne soient pas au rendez-vous.Pour les réalisateurs comme Yanick Létourneau, la télévision demeure la meilleure plateforme de diffusion : «La télévision permet de rejoindre un large public.Par exemple, on a fait le documentaire American Tiger pour The Nature of Things, de CBC, et on a pu rejoindre 552000 personnes, ce qui est difficile par l\u2019entremise de festivals.» Même chose pour Les Etats-Unis d\u2019Afrique : s\u2019il a été vu à plusieurs reprises en salle, quand il sera présenté à Télé-()uébec, à Radio-Canada et à Super Chanel, ce sont plus de 800000 personnes qui le verront.et festivals «Les festivals font plaisir aux réalisateurs, c\u2019est ici qu\u2019on rencontre le public et qu\u2019on peut échanger avec lui », se réjouit Yanick Létourneau.Selon lui, c\u2019est ce qui fait aussi le succès des documentaires présentés en salle ou lors de festivals : la proximité avec le public.«La télévision possède cette capacité de rassembler les gens autour de sujets ou de thématiques et, quand on regarde, on constate qu\u2019il y a à la télé de moins en moins de lieux pour débattre de l\u2019actualité et de la chose publique.On pourrait facilement imaginer que, après la diffusion d\u2019un documentaire, on invite le réalisateur et, avec les réseaux sociaux et la magie de la télé, on pourrait interagir avec le public et créer un débat et des discussions sur les enjeux de société.Créer l\u2019événement.» Mais qu\u2019attendent donc nos télédiffuseurs pour prendre le train?«Le problème ne vient pas des programmateurs dans les chaînes, mais souvent des gestionnaires qui préfèrent aller chercher une programmation qui va vendre de la pub, qui coûte le moins cher possible et qu\u2019on rentabilise au maximum avec un minimum de coûts pour le plus grand nombre possible de téléspectateurs.» Collaboratrice Le Devoir CHEZ ASTRAL Des années fastes chez les chaînes spécialisées Canal D réserve 80 % de sa grille horaire au documentaire C\u2019est un secret de Polichinelle : depuis quelques années, les documentaires ne cessent de gagner en popularité sur les écrans de tous formats.Astral Média connaît bien le sujet et peut en témoigner, ne serait-ce qu\u2019à la faveur des succès d\u2019écoute et financiers remportés par la chaîne Canal D, que ce diffuseur a lancée en 1995.REGINALD HARVEY Judith Brosseau, vice-présidente principale, programmation, communications et médias interactifs chez Astral, centre son intervention du côté francophone au moment de tirer le portrait de ce volet fort couru de la télé spécialisée: «On compte huit propriétés sur Montréal en incluant nos deux chaînes consacrées à la musique.Dans l\u2019univers du documentaire, il y a, dans une catégorie unique et complètement à part.Canal D, mais on retrouve également ce type de production du côté d\u2019Historia et de Canal Vie.Au moment du lancement de Canal D en 1995, on s\u2019était engagé à diffuser du documentaire dans une proportion de 50% de la composition de la grille horaire et, aujourd\u2019hui, même si on n\u2019est pas tenu de dépasser les 50 %o d\u2019origine, on bâtit nos grilles à 80 % avec celui-ci.» Elle fournit des explications sur le pourquoi et le comment Judith Brosseau de l\u2019émergence du documentaire au cours des dernières années: «Elle est d\u2019abord et avant tout reliée à celle des chaînes spécialisées à travers le monde entier; c\u2019est une tendance qui se manifeste non seulement au Québec, mais aussi aux Etats-Unis et en Europe.Cet engouement tient beaucoup au fait que les téléspectateurs friands de documentaires sont des gens qui veulent s\u2019informer et enrichir au quotidien leur bagage de connaissances; la motivation pour écouter ce genre d\u2019émissions, c\u2019est de se renseigner et d\u2019apprendre selon les intérêts de chacun à partir de différents thèmes.» Une programmation alléchante De plus.Canal D possède des attributs qui lui valent une forte écoute: «C\u2019est la chaîne qui dispose de l\u2019offre la plus généraliste dans le documentaire, dans la mesure oû elle aborde toutes les thématiques: on parle de l\u2019angle animalier, de celui consacré à la science et à l\u2019ingénierie; dans un autre univers, il est question du volet des biographies et des auteurs variés.C\u2019est une palette très large qui, d\u2019une façon un peu simple, explique quand même notre succès, qui est plutôt spectaculaire : cet automne, notre part de marché, uniquement basée sur le documentaire et sur rien d\u2019autre, se situait à 4,6%) en adultes de 24 à 54 ans; pour donner un ordre de grandeur, une chaîne généraliste comme V oscille autour de 8 %.» Une pareille réussite sur le plan de l\u2019écoute génère des revenus publicitaires qui assurent une intéressante rentabilité.Par quels genres d\u2019émissions le téléspectateur est-il le plus attiré et comment le satisfaire?M\u201c® Brosseau fouille plus en détail la grille : «On présente à la fois des miniséries documentaires et on offre également, une fois par semaine le dimanche soir en période de grande écoute, des documentaires d\u2019auteurs ou de points de vue.» Elle revient sur la diversité : « Ce qui fait notre force, c\u2019est d\u2019accueillir ces différents genres pour que les amateurs puissent trouver quelque chose à se mettre sous la dent.» Elle fournit un exemple: «Dès le 25 novembre, une minisérie de cinq heures qui s\u2019appelle L\u2019œuvre d\u2019un homme.Qu\u2019ossa donne ?prendra l\u2019affiche à l\u2019antenne de Canal D.Cette pro- duction invite à réfléchir sur l\u2019histoire du Québec vue à travers l\u2019œuvre d\u2019Yvon Deschamps et elle renferme les témoignages d\u2019humoristes, mais aussi de personnalités qui apportent leur réflexion sur la société québécoise, comme Lise Bissonnette, Dany Laferrière et Ered Pelle-rin.» Le temps est au beau fixe Tout baigne à peu près dans l\u2019huile dans l\u2019industrie du documentaire à l\u2019heure actuelle.Telle est l\u2019opinion de la vice-présidente, qui se défend bien de faire preuve de trop d\u2019optimisme: «Je dirais qu\u2019il n\u2019y a pas de défis particuliers à relever.Le constat qui se pose, c\u2019est que le documentaire est populaire, ce qui nous incite à en produire davantage.» Le Fonds canadien contribue beaucoup à cet essor: «Son apport financier est nécessaire, car il coûte très cher de produire du documentaire.Dans les enveloppes aux diffuseurs de ce fonds.Canal D profite de la plus généreuse sur le marché francophone, ce qui récompense notre production historique de 200 heures par année, mais également nos parts de marché.Pour l\u2019heure, donc, ça va bien, mais si demain matin il y avait une volonté politique d\u2019abolir ces subsides, on se retrouverait en l\u2019absence d\u2019un financement qui est indispensable.» Il est donc possible pour As- tral d\u2019apporter de l\u2019eau au moulin de l\u2019industrie dans le contexte actuel : « On vit dans cet univers depuis 1995 et on a développé avec nos partenaires producteurs une solide expertise pour devenir le joueur le plus important dans la communauté des documentaristes.On a mis en place des rapports d\u2019affaires et de production qui Le Québec regorge de talents sur lesquels s\u2019appuie l\u2019industrie pour assurer son bon roulement, ce dont Astral bénéficie et ce dont Judith Brosseau se félicite nous servent maintenant à encourager des gens qui sont des personnes chevronnées dans la pratique de leur art; je pense dans ce sens à Magnus Isacs-son, qui est décédé récemment et qui était un incontournable dans le documentaire d\u2019auteur.D\u2019un autre côté, on encourage la relève parce qu\u2019on est en mesure, en se fondant sur notre réputation et notre positionnement, de donner une chance aux plus jeunes.Comme nous avons de plus un bon rapport avec les producteurs, ils n\u2019hésitent pas à nous soumettre leurs bonnes idées, de sorte qu\u2019on se trouve en présence d\u2019une roue qui tourne constamment.» Le Québec regorge de ta- lents sur lesquels s\u2019appuie l\u2019industrie pour assurer son bon roulement, ce dont Astral bénéficie et ce dont Judith Brosseau se félicite : «On a ici les meilleurs créateurs dans tous les genres de télévision ; la preuve en est fournie par le succès qu\u2019elle remporte sur tous les plans, y compris celui du documentaire.Il y a même un cours qui se donne dans cette branche à finis [centre de formation professionnelle en cinéma, télévision et médias interactifs].Je ne suis pas inquiète de la relève et il y a souvent des gens soumettant des projets à Canal D qui sont dans la très jeune trentaine.Pour l\u2019instant, ce qui me préoccupe, c\u2019est que le financement public se maintienne à la même hauteur oû il se trouve.» Là encore, elle se montre confiante : «Le ministre James Moore a renouvelé de façon continue le Eonds canadien, ce qui est une superbonne nouvelle.Il faut seulement se montrer vigilant sur le fait qu\u2019il ne faut pas diriger trop d\u2019argent vers les projets numériques qui, à mon sens, affaiblissent la télévision, alors que celle-ci est véritablement le moteur de l\u2019écoute sur toutes les plateformes.» Collaborateur Le Devoir E 14 LE DEVOIR LES SAMEDI ET DIMANCHE 4 NOVEMBRE 2012 AIRES EXPORTATION Tout est affaire de partenariat « Nous produisons au Québec et au Canada et nous vendons à l\u2019international » Pour tout producteur de documentaires qui vise le marché international, c\u2019est un avantage d\u2019être du Québec.Voilà ce qu\u2019observent avec fierté deux producteurs qui connaissent le succès à l\u2019échelle planétaire.CLAUDE LAFLEUR Te talent québécois est ab- Absolument hallucinant, lance John Kuyk, président de CMJ Production.Les Américains nous le disent: \u201cOn ne sait pas comment vous faites, mais vous faites les entrevues de façon différente et c\u2019est hallucinant ce que vous arrivez à en faire ressortir! Et lorsque vous faites de la dramatisation, ça fonctionne vraiment très bien.\u201d Voilà la crédibilité québécoise dont je suis si fier, un talent qui s\u2019exporte à merveille.» «Pour nous, c\u2019est un grand avantage d\u2019ètre basés au Québec, renchérit Pablo Salzman, gérant des ventes et des acquisitions chez Cineflix.Les partenariats que nous avons tissés au Québec nous permettent de développer et de produire plus rapidement, ce qui est un grand avantage pour nous.Et j\u2019ajouterais que le fait d\u2019étre dans une société bilingue fait que, lorsque vient le temps de vendre à l\u2019international, on a l\u2019esprit ouvert aux autres cultures.» Uun comme l\u2019autre confirment en outre que le fait de provenir de l\u2019Amérique du Nord, mais non des Etats-Unis, est en soi un atout sur la scène internationale.Ils se servent d\u2019ailleurs dqs marchés nord-américains (Etats-Unis, Canada et Québec) pour valider des concepts qui, par la suite, vont conquérir le reste du monde.Comme le relate M.Salzman, dont la société dessert 150 pays, «si ça marche ici, ça marchera partout ailleurs !» Partenariats internationaux Les deux producteurs cherchent le plus possible à créer des séries télé qui seront diffusées à travers le monde.Parmi celles produites par CMJ et qu\u2019on peut voir ici à Canal D, il y a Héros de la peur (portraits de gens qui exercent des métiers dangereux) et Testament (dont le sous-titre est: Les héritiers divisés).«Nous, nous aimons raconter des histoires, rapporte John Kuyk, des histoires incroyables que nous diffusons partout à travers la planète.» Quant à Cineflix, elle diffuse également via Canal D les séries Scènes de crime et MAY-DAY, qui décortiquent respectivement de grands (et petits) crimes et accidents d\u2019avion.«Ce sont de beaux succès, et pas seulement au Québec», lance fièrement Pablo Salzman.John Kuyk souligne d\u2019ailleurs le rôle vital de cette chaîne.«Canal D nous soutient fidèlement depuis le début, dit-il.C\u2019est une chaîne extrêmement importante, parce qu\u2019elle laisse la chance à des documen-taristes-auteurs d\u2019avoir une place pour diffuser \u2014 ce qui est plutôt rare \u2014 et elle permet à des sociétés comme la mienne de nous faire une place sur les ondes.Pour moi.Canal D fait un travail remarquable!» Bien entendu, la taille des marchés québécois et canadien ne permet pas à ces producteurs de disposer des fonds nécessaires pour réaliser leurs séries documentaires.C\u2019est ainsi qu\u2019autant CMJ que Cineflix réalisent leurs projets en y associant des diffuseurs québécois, canadiens, américains et britanniques \u2014 ce qui constitue un joli défi.«On conçoit d\u2019abord un projet ici, puis je pars avec ce projet pour faire la tournée des diffuseurs, raconte M.Kuyk.\u201c Voici ce que nous avons l\u2019intention de faire\u201d, leur dis-je.Puis, je demande à chacun de contribuer au budget dans une proportion qui correspond à son auditoire.De cette façon, chacun paie une fraction de ce qui lui en coûterait s\u2019il devait assurer entièrement le financement.» «Pour nous, à Cineflix, il y a quatre territoires à desservir en premier: le Canada français, le Canada anglais, les États-Unis et le Royaume-Uni, indique pour sa part M.Salzman.On rassemble ainsi des partenaires de ces territoires pour réaliser nos projets.Par exemple, pour produire Scènes de crime, nous avons six partenaires !» Et, une fois que la diffusion d\u2019une série a connu un franc succès dans les marchés nord-américains, il devient facile de la vendre à l\u2019international, même s\u2019il faut faire quelques adaptations.Pablo Salzman relate ainsi qu\u2019il arrive fréquemment qu\u2019une série où l\u2019on voit un présentateur-vedette \u2014 ce qu\u2019aiment les Américains \u2014 déplaise dans le reste du monde.«Nous devons souvent produire deux versions d\u2019une même série, avec et sans présentateur.» Cineflix dispose de représentants attitrés pour couvrir spécifiquement l\u2019Europe, l\u2019Amérique centrale, l\u2019Amérique du Sud et l\u2019Asie.«Nous couvrons tous les pays qui ont des télévisions!, dit-il en riant.Ces vingt dernières années, il y a eu une formidable explosion du nombre de chaînes partout à travers le monde, ce qui fait que nous diffusons nos produits dans plus de 150 pays.» Made in Québec John Kuyk souligne que, même lorsqu\u2019on ne parle pas un anglais impeccable, il n\u2019y a aucun problème à faire des af- SOURCE CANAL D MAYDAY, présenté à Canal D, traite d\u2019accidents d\u2019avion.faires aux États-Unis ou ailleurs dans le monde.«Un Américain n\u2019a pas de sentiment lorsque c\u2019est le temps de faire des affaires, à condition que ça rapporte!, dit-il.Je ne parle pas l\u2019anglais sans accent \u2014 j\u2019ai même un gros accent \u2014 mais ça ne les dérange pas du tout, du moment que le produit est de qualité.S\u2019il est bon, bien fait et donne de bonnes cotes d\u2019écoute, vous avez beau parler comme une vache espagnole, cela ne leur pose aucun problème.» «Honnêtement, poursuit-il, je n\u2019ai vraiment pas le goût de m\u2019installer ailleurs, puisque le talent québécois est vraiment formidable.Et ce dont je suis le plus fier, c\u2019est que tous ceux que nous engageons sont des Québécois et que tout ce que nous faisons est tourné ici.Ce qui me rend donc très fier, c\u2019est de voir au générique de séries diffusées à travers le monde le nom de Québécois défiler.aux États-Unis, en Erance, en Angleterre, en Australie, en Nouvelle-Zélande, etc., dans 40pays!» Ce que confirme d\u2019ailleurs Pablo Salzman : «Nous produisons au Québec et au Canada et nous vendons à l\u2019international, voilà le modèle d\u2019affaires que nous préconisons !» Collaborateur Le Devoir CANAL D SE FÉLICITE Montréal-Nord et le Red Light s\u2019invitent aux RIDM Deux films financés par Canal D sont en sélection officielle cette année aux Rencontres internationales du documentaire de Montréal.HELENE ROULOT-GANZMANN Ma vie réelle, de Magnus isaesson, et Le dernier cabaret, de Catherine Proulx, font partie de la programmation du grand festival montréalais du documentaire.Une sélection que Jean-Pierre Laurendeau, vice-président à la programmation de Canal D, accueille avec grand plaisir.«Nous sommes très heureux pour les deux réalisateurs de ces films, commente-t-il.C\u2019est une reconnaissance de leurs pairs.Le RIDM est un festival international, ça signifie qu\u2019ils sont capables de se mesurer à ce qui se fait de mieux dans le monde.» Pour Magnus Isaesson, ce n\u2019est bien entendu pas la première reconnaissance.mais si son film, en compétition nationale longs métrages, gagne un prix, il n\u2019aura malheureusement pas la chance de venir le chercher.Le cinéaste, homme passionné et réalisateur prolifique, do-cumentariste qui tout au long de sa vie s\u2019est évertué à décrypter les enjeux sociaux et politiques tant au Québec qu\u2019au Canada et ailleurs, est décédé en août dernier, laissant aux autres le soin de juger sa dernière œuvre.«Magnus et Jeannine Gagné, sa productrice, sont venus nous voir il y a trois ou quatre ans maintenant, raconte Jean-Pierre Laurendeau.Us avaient un projet de documentaire sur un organisme de réinsertion sociale à Montréal Nord, à partir de la musique hip-hop.U y avait des studios et des animateurs sociaux qui aidaient les jeunes à faire leur production.Dans le cadre de leur travail, ils se sont attachés à quatre personnages, pas tous dans la musique, et le film^a dérivé vers ce qui est devenu Ma vie réelle.À Canal D, on a pris le temps, on a laissé faire Magnus, on a défoncé les dates de tombée prévues pour la livraison et la diffusion afin de lui permettre d\u2019achever sa démarche avec les personnages.Et, au cours du tournage, la maladie de Magnus s\u2019est confirmée.Ça été assez dramatique pour toute l\u2019équipe.Au moment de la projection de la dernière mouture du montage, il n\u2019a pas pu être présent.et une semaine plus tard, il est décédé.» Beaucoup d\u2019émotion autour de ce dernier documentaire de Magnus Isaesson.Beaucoup également à l\u2019intérieur.Ma vie réelle, c\u2019est l\u2019histoire de Danny, Alex, Mickerson et Michael, pour qui la musique est un exutoire, un mode d\u2019expression, une nécessité.Après une enfance difficile marquée par des luttes hors du commun, chacun d\u2019entre eux a choisi le hip-hop pour dire l\u2019abandon, les problèmes familiaux, l\u2019univers de la toxicomanie ou le suicide.Dans un studio de leur quartier, le professeur de musique, coach et ami Don Karnage leur fournit les outils pour concrétiser leur art.Pendant dix-huit mois, ces jeunes hommes âgés de 17 à 22 ans ont accepté de partager avec le réalisateur leur histoire, leur quotidien à Montréal-Nord et leurs créations.Portrait croisé de quatre individus en transition et miroir d\u2019un quartier montréalais méconnu, Ma vie réelle est un documentaire social qui s\u2019interroge avec sincérité sur le décrochage scolaire, la délinquance, les rites de passage vers l\u2019âge adulte et ce que signifie d\u2019être parent.Avec Catherine Proulx et son Dernier cabaret, la trajectoire est tout autre.«Canal D est un parte- naire de l\u2019Institut national de l\u2019image et du son Unis) pour le programme documentaire, explique M.Laurendeau.Chaque année, des courts métrages sont produits par les étudiants et nous sommes invités à les visionner et à donner nos commentaires.n y a deux ans, il y avait un film sur le cabaret Cléopâtre, présenté par Catherine Proulx.A Canal D, on a trouvé que la jeune femme avait beaucoup de talent et on lui a proposé de faire un film un peu plus achevé sur ce même sujet.On a financé le projet, elle l\u2019a tourné et voilà que le film est terminé et qu\u2019il est sélectionné aux RIDM!» Un début remarqué Un premier coup de maître pour la jeune réalisatrice, qui se retrouve projetée dans la catégorie Contrœcourant du grand rendez-vous montréalais du documentaire.Son personnage principal: le dernier bastion du Red Light montréalais, le mythique Café Cléopâtre, qui a récemment bien failli disparaître, enfoui sous les projets urbains du Quadrilatère Saint-Laurent.Mais l\u2019établissement a tenu bon, et les shows de travestis et de burlesque au deuxième étage, vestiges d\u2019une autre époque, demeurent comme un pied de nez au sein du désormais moderne Quartier des spectacles.Catherine Proulx nous emmène ainsi dans les coulisses du dernier cabaret de Montréal, à la rencontre des drag queens et des artistes de variétés qui s\u2019y produisent: des personnages colorés et chaleureux, qui Incarnent un patrimoine québécois plutôt singulier.Comment ne pas céder à la nostalgie devant cette séquence d\u2019une visite touristique de la Main, où deux personnes âgées évoquent leurs souvenirs attendris d\u2019une vie nocturne aujourd\u2019hui disparue?Pour Canal D, la chaîne du documentaire dans le paysage audiovisuel québécois, être partenaire des RIDM, ça va de sol.«Quelque 80% de notre programmation est à caractère documentaire, note Jean-Pierre Laurendeau.Un festival célèbre le documentaire ici, à Montréal, il est normal qu\u2019on s\u2019associe à ça et qu\u2019on appuie la démarche.» Depuis près de 10 ans, la chaîne s\u2019investit financièrement dans le festival en général et se concentre principalement sur le prix du public.«A chaque représentation, les spectateurs peuvent voter, et, à la fin du festival, on détermine le film qui a le plus plu à l\u2019auditoire.En revanche, nous n\u2019intervenons en rien dans la sélection, assure le vice-président à la programmation de Canal D.Nous finançons des films, nous appuyons la démarche de cinéastes à partir de nos critères, de sujets, de projets qui correspondent à ce qu\u2019on cherche.Une fois la production terminée, les cinéastes peuvent soumettre leur film à des festivals, notamment les RIDM, dont nous sommes partenaires.Mais aussi à d\u2019autres.» Canal D a d\u2019ailleurs déjà retardé la diffusion des deux films en question à son antenne, afin de leur permettre de vivre dans d\u2019autres festivals ailleurs en Amérique du Nord et dans le monde et, pourquoi pas, également en salle.Collaboratrice Le Devoir MA VIE RÉELLE Les lundi 12 novembre, à 20h30, et jeudi 15 novembre, à 17h, au cinéma Excentris.LE DERNIER CABARET Les jeudi 15 novembre, à 19hl5, à la Cinémathèque québécoise, et samedi 17 novembre, à 16h30, au cinéma Excentris.canalD.com 1496^4 LE DEVOIR LES SAMEDI ET DIMANCHE NOVEMBRE 2012 E 15 CULTURE >CIIEMA Salman Rushdie fait son cinema Le film de Deepa Mehta recrée la magie des enfants fantômes du xomdiW Midnight\u2019s Children ODILE TREMBLAY Dans le silence revenu, je retourne à mes feuilles qui ont une petite odeur de safran, bien décidé à achever le récit qu\u2019hier j\u2019ai laissé en suspens, exactement comme Shéhérazade \u2014 dont la survie dépendait qu\u2019elle laisse le prince Shahryar dévoré de curiosité \u2014 faisait nuit après nuit!», écrivait Salman Rushdie dans Les enfants du silence, immense succès de librairie, couronné en 1981 du Booker Prize.Pour tout dire, ce roman fut aussi nommé «Booker ofbookers» en 1993 et «Best of the Bookers» en 2008, lors du 25® anniversaire de cette distinction.«Ça devient ridicule, tous ces Bookers, ironise Rushdie.J\u2019ai même reçu des cartes de remerciement anonymes de nombreux pirates qui avaient distribué mon livre en douce.J\u2019avoue en avoir été flatté.» C\u2019est au Festival de Toronto que l\u2019écrivain d\u2019origine indienne, domicilié à New York, célèbre pour la fatwa que lança sur sa tête l\u2019ayatollah Khomeini après la parution de ses Versets sataniques, recevait la presse en septembre dernier.Les enfants du silence {Midnight\u2019s Children), chronique fantastique de l\u2019Inde du XX® siècle, à travers le destin d\u2019enfants nés à minuit le jour de l\u2019indépendance du pays, le 15 août 1947, réinventait la littérature anglo-indienne sur fond de réalisme magique.Or voici que l\u2019Indo-Cana-dienne Deepa Mehta l\u2019a porté à l\u2019écran.«Je détenais les droits et ça s\u2019est passé très vite, explique Rushdie.On est allés souper il y a quatre ans à Toronto.Elle m\u2019a demandé si elle pouvait adapter le roman au cinéma.J\u2019ai dit oui, on le fera ensemble, et fai écrit le scénario.Je fais aussi la voix hors champ.» Les enfants du silence est lié à sa propre enfance.Lui-même est né à Bombay (aujourd\u2019hui Mumbai) en 1947, mais pas le jour de l\u2019indépendance.«Alors, je n\u2019ai pas de dons magiques, dit-il en rigo- NATHAN DENETTE LA PRESSE CANADIENNE La réalisatrice Deepa Mehta et l\u2019écrivain Salman Rushdie à la première du film Midnight\u2019s Children lors du 37® Festival international du film de Toronto.lant.Mais la maison de mon enfance est la même.Le garçon va à mon école.Le grand-père dans les deux cas est médecin.J\u2019ai apporté des éléments fantastiques.» 11 assure que, si le fdm est une adaptation du roman, un proche, un cousin, il n\u2019est pas le livre pour autant, si longtemps jugé inadaptable.«Deepa et moi étions sur la même longueur d\u2019onde.Nos deux listes de scènes à conserver à tout prix dans le film coïncidaient.Mais il fallait couper aussi dans le gras, sacrifier des personnages, des pans entiers.Je crois pourtant que l\u2019essentiel est resté.Quant à la distribution, nous y avons beaucoup travaillé ensemble.Deepa m\u2019a fait découvrir Sa-tya Bhabha pour le rôle principal de Saleem.A la longue, nous avons écarté les grandes stars de Bollywood pour privi- légier des interprètes capables de travailler en groupe, poussant à la même roue.» Déjà, à la fin des années 90, la BBC avait voulu adapter MfdwfgûCs Children en minisérie, mais la communauté musulmane du Sri Lanka avait protesté et le projet était tombé à l\u2019eau.De fait, rien n\u2019est simple quand Rushdie est de la partie.11 s\u2019était pourtant fait tout petit au cours du tournage, occupé par ailleurs à rédiger son autobiographique Joseph Anton.Le film tenait plateau dans un coin gardé secret du Sri Lanka.«Mais quelque chose est arrivé.L\u2019ambassadeur de l\u2019Iran aurait demandé au Sri Lanka d\u2019arrêter le tournage, sous prétexte qu\u2019était adapté un de mes livres.Il s\u2019est interrompu durant deux jours.Moi-même, je me suis démené pendant trois mois pour renverser la vapeur, songeant même à déplacer le plateau en Afrique du Sud, mais le président du Sri Lanka s\u2019est tenu debout et nous a appuyés.Il n\u2019y eut plus d\u2019incidents.» Le titre du film se cachait sous celui de Winds of Change, les acteurs travaillaient sous pseudonymes et les journalistes se voyaient détourner ailleurs.Mais la visite de Rushdie sur le plateau, prévue pour le 30® anniversaire de la publication du roman, fut remplacée par une conversation sur Skype.11 faut ce qu\u2019il faut.« C\u2019est dur de faire un film, conclut l\u2019écrivain.On n\u2019avait pas de gros effets spéciaux pour recréer la magie des enfants fantômes, mais ça fonctionne tout de même.J\u2019aime le film.» Le Devoir Encore un dernier verre SMASHED Réalisation : James Ponsoldt.Scénario: Susan Burke, James Ponsoldt.Avec Mary Elizabeth Winstead, Aaron Paul, Octavia Spencer, Nick Offerman.Image: Tobias Datum.Montage: Suzanne Spangler.Musique: Andy Cubic Eric D.Johnson.Etats-Unis, 2012, 81 min.ANDRÉ LAVOIE Tout n\u2019a-t-il pas déjà été dit sur l\u2019alcoolisme?Sur ses effets dévastateurs sur ceux et celles qui ne peuvent s\u2019empêcher de boire et sur tous les autres qui subissent les contrecoups de cette soif intarissable?Le cinéaste américain James Ponsoldt croit que non, même s\u2019il s\u2019était déjà penché sur la question dans un autre film.Off the Black, avec Nick Nolte, pour qui ce n\u2019était pas tout à fait de la science-fiction.Le sujet n\u2019est en rien renouvelé dans Smashed, mais la franchise de l\u2019approche, la vérité foudroyante des personnages ainsi qu\u2019un savant mélange de gravité et d\u2019humour lui donnent toute sa pertinence.Certains seront peut-être froissés de découvrir la profession de Kate (Mary Elizabeth Winstead, d\u2019un naturel confondant), qui se présente souvent éméchée sur son lieu de travail: elle est enseignante au primaire.Car les nuits sont longues pour cette femme dont l\u2019époux, Charlie (Aaron Paul, solide), ressemble lui aussi à une éponge.Dans leur maison d\u2019un quartier popu- laire de Los Angeles, les bouteilles vides trament partout, et celles qui sont pleines ne le restent pas longtemps.Cette situation chaotique ne peut plus durer pour Kate, échouée dans un parc au petit matin après un épisode de crack ou vomissant devant ses élèves (qui croient qu\u2019elle est enceinte.).Un collègue attentionné l\u2019invite à participer aux rencontres des Alcooliques anonymes, ce qui pourrait être sa planche de salut.Mais qu\u2019en pense Charlie, toujours dans un état second ?Sa route vers la sobriété pourrait peut-être la conduire sur la voie du divorce.James Ponsoldt capte avec brio les multiples beuveries du couple, mais aussi leurs crises existentielles, une succession de scènes toujours portées par un grand souci de réalisme sans excès de moralisme.11 a su également composer une formidable galerie de personnages secondaires incarnés par des acteurs de premier plan (comme Mary Kay Place et Octavia Spencer, c\u2019est dire le niveau général).Ceux-ci sont le reflet parfois cruel, toujours humain, des doutes et des angoisses d\u2019une femme voulant marcher la tête haute, sans les béquilles de l\u2019alcool.Un long chemin, on s\u2019en doute, mais Smashed donne de l\u2019espoir à ceux qui s\u2019y engagent, le jovialisme en moins.Car le dernier verre n\u2019est jamais loin.Collaborateur Le Devoir 1 l METROPOLE EILMS James Ponsoldt capte avec brio les multiples beuveries du couple.Pas mauvais, mais.FLIGHT (VOL) De Robert Zemeckis.Avec Denzel Washington, Kelly Reilly, Don Cheadle, Bruce Greenwood, John Goodman.Scénario : John Gatins.Image: Don Burgess.Montage : Jeremiah O\u2019Dris-cpll.Musique: Alan Silvestri.Etats-Unis, 2012, 139 minutes.MARTIN BILODEAU Robert Zemeckis a toujours été un donneur de leçons.Or ses «films de jeunesse», tels Who Eramed Roger Rabbit?, Death Becomes Her et son triomphe oscarisé Eorrest Gump s\u2019accompagnaient d\u2019un plaisir bon enfant qui a peu à peu disparu de son écran radar pour faire place à un cinéma plus grave et sentencieux {Contact, Cast Away, Polar Express) dans la continuité duquel s\u2019inscrit son 16® long-métrage, Elight.Le fait que celui-ci mette en vedette Denzel Washington, le plus évangéliste des acteurs américains, contribue à l\u2019impression, validée au dernier acte, que ce film, qui semble prendre fait et cause pour les marginaux et les délinquants, prêche par le contre-exemple.Et pour alimenter davantage le malentendu et le malaise, Elight n\u2019est pas un mauvais film.Sur les plans de la mise en scène, du montage, de la photographie, il est au contraire très solide.Zemeckis a du métier et sait tirer le maximum d\u2019expressivité d\u2019un plan, qu\u2019il soit statique ou en mouvement.La séquence de l\u2019atterrissage forcé, aussi spectaculaire que l\u2019écrasement dans Cast Away, reste un des instants de cinéma les plus intenses de l\u2019année.Atterrissage forcé?Attendez que je vous raconte.Denzel joue Whip Whitaker, un pilote d\u2019avion divorcé, père d\u2019un garçon qu\u2019il connaît à peine.Dans la toute première séquence, il se réveille d\u2019une nuit de dé- IPT PARAMOUNT PICTURES Flight, le 16® long-métrage de Robert Zemeckis, met en vedette Denzel Washington.bauche éthylique et sexuelle en compagnie d\u2019une hôtesse de l\u2019air, et clôt le chapitre en vidant les flacons et en aspirant deux lignes blanches déjà disposées sur la table de nuit de sa chambre d\u2019hôtel.Le spectateur, en voyant ce personnage ivrogne, drogué et diablotin, sait maintenant tout ce qu\u2019il y a à savoir pour comprendre que sa manœuvre courageuse, qui va l\u2019amener moins de deux heures plus tard à sauver 98 des 102 passagers de son appareil tombé du ciel en raison d\u2019un bris mécanique, n\u2019est rien de moins qu\u2019un acte d\u2019héroïsme pur.Et que l\u2019enquête dont il fera ensuite l\u2019objet, sur la foi d\u2019un examen toxicologique, n\u2019est à l\u2019inverse qu\u2019une manœuvre corporatiste visant à faire porter à ce héros national le blâme de l\u2019incident.La suite est un chemin de Damas où Denzel, soutenu juridiquement par un avocat délégué par son syndicat (Don Cheadle, sous-utilisé) et sur le plan personnel par une toxicomane en voie de guérison (Kelly Reilly, très juste), continue de s\u2019enfoncer dans le tunnel alors que les questions entêtantes entêtent.Qu\u2019est-ce que l\u2019héroïsme ?Un héros peut-il être une mauvaise personne?Zemeckis oppose les manipulations de la vérité à la pureté de la raison de son personnage, puis rechante le même refrain à l\u2019envers lorsque le scénario lui en donne la possibilité.Pour brouiller les cartes un peu plus, le film présente le dealer de drogue de Whitaker, joué par le toujours excellent John Goodman, comme un grand sage beatnik, dont chacune des apparitions est marquée par un travelling arrière au ralenti surmonté d\u2019une musique percussive, en rupture de ton avec le reste.Curieusement, ces scènes restent les plus jouissives d\u2019un film qui, je le répète, n\u2019est pas mauvais.11 manque de franchise, c\u2019est tout.Collaborateur Le Devoir Les dessous chics ELLES Réalisation : Malgoska Szu-mowska.Scénario : Malgoska Szumowska, Tine Byrckel.Avec Juliette Binoche, Anaïs Demous-tier, Joanna Kulig.Image: Michel Englert.Montage: Françoise Tourmen, Jacek Droslo.France-Pologne-Allemagne, 2011, 96 min.ANDRÉ LAVOIE Les féministes ne seront guère surprises par la démonstration de la cinéaste polonaise Malgoska Szumowska dans Elles: peu importe qu\u2019une femme fasse la cuisine ou l\u2019amour, îl y a toujours un prix à payer, et c\u2019est souvent l\u2019homme qui en fixe le montant.Son constat s\u2019expose de manière élégante, même lorsqu\u2019elle décrit dans le menu détail les relations sexuelles de deux jeunes universitaires acceptant de se prostituer pour payer leurs droits de scolarité, et bien des frivolités.Nous faisons leur connaissance grâce à la curiosité un peu perverse d\u2019Anne Üuliette Binoche), journaliste pigiste pour un grand magazine \u2014 devinez lequel?\u2014, plus habituée à boire les paroles de Torn Ford qu\u2019à entendre les confessions croustillantes d\u2019une modeste banlieusarde (Anaïs Demoustier) ou d\u2019une étudiante polonaise Üoanna Kulig) égarée dans la jungle parisienne.Cette aliénation à multiples facettes se décline autour d\u2019une journée particulière, celle où Anne met la dernière touche à son article, habitée par le souvenir de ces rencontres tout en préparant un repas pour le patron de son conjoint, révélateur des malaises au sein de ce couple, et de cette famille plombée par l\u2019indifférence.Dans son grand appartement parisien, traînant son spleen d\u2019une pièce à l\u2019autre, elle multiplie les parallèles entre sa propre condition de bourgeoise frustrée (une scène de masturbation en faisant foi) et celle de deux jeunes filles en apparence émancipées.La cinéaste ne couvre qu\u2019une dimension bien précise des aléas du plus vieux métier du monde, en somme ses dessous chics pour publication sur papier glacé.D\u2019où un rapide et persistant sentiment de vacuité devant ce déballage de confidences notées par une journaliste qui semble vraiment née de la dernière pluie.Cette approche trop souvent esthéti-sante alimentera sans doute la hargne des féministes, et l\u2019ennui des cinéphiles bien intentionnés.Même ceux qui lisent Playboy pour les articles resteront sur leur faim.Collaborateur Le Devoir EXCBNTRIS LE TORRENT SIMON LAVOIE, 150 MIN, V.O.FRANÇAISE 14 H 10, 17HOO, 20H00 SAUF JEU: 13H30, 18 H 20 sÇupesoup UN NOUVEAU COMPTOIR SOUPESOUP A EXCENTRIS DE 11H30 À 19 H30 TOUS LESJOURS ! BILLETTERIE : 514 847-2206 3536, BOULEVARD ST-LAURENT, MONTRÉAL OQ CINEMAEXCENTRIS.COM ET AUSSI A L\u2019AFFICHE: L\u2019HOMME EST UN ETRANGE ANIMAL COURTS MÉTRAGES DE LA RELÈVE EN ATTENTE DE VISA LES HISTOIRES QU\u2019ON RACONTE (STORIES WE TELL) SARAH POLLEY\tn'»i LE RÊVE DE MARIKA BOBBI JO HART\tEN ATTENTE DE VISA SAMSARA RON FRICKE\t03 FAUST ALEXANDRE SOKOUROV\t05] CINÉ-KID ZARAFA: DIM 11H\t http://cinemaexcentris.com E 16 LE DEVOIR, LES SAMEDI 3 ET DIMANCHE 4 NOVEMBRE 2012 ICIffEMA FILMS SEVILLE Bernard Emond met en scène un être aux prises avec sa conscience.De l\u2019ombre à la lumière TOUT CE QUE TU POSSÈDES Réalisation et scénario: Bernard Émond.Avec Patrick Drolet, Willia Ferland-Tanguay, Gilles Renaud, Isabelle Vincent.Image: Sara Mishara.Montage: Louise Côté.Musique: Robert M.Lepage.91 minutes.ODILE TREMBLAY Un lyrisme, une tragédie en route vers sa lumière: Tout ce que tu possèdes est, après La neuvaine, le film sans doute le plus réussi de Bernard Emond.Pas une réplique de trop, mais une déchirure intime captée dans ses replis, ses angles morts, une beauté formelle, une profondeur de champ, un montage de fluidité.Ce film sombre file vers sa rédemption avec une grâce douloureuse et pudique.On ne saurait prendre Bernard Emond en défaut de cohérence.Le cinéaste interroge d\u2019une fois à l\u2019autre ce que notre société a sacrifié en solidarité, en éthique et en responsabilité au profit du «grand n\u2019importe quoi» contemporain.Complément à sa trilogie sur les vertus théologales {La neuvaine, Contre toute espérance, La donation), mais aussi aux films précédents du cinéaste.Tout ce que tu possèdes met en scène un être aux prises avec sa conscience.Le film ouvre par ailleurs une porte sur l\u2019amour de la littérature, par où le vent s\u2019engouffre.En l\u2019occurrence, la poésie du Polonais Edward Statchura, qui s\u2019est suicidé à 42 ans, que le héros Pierre Leduc (Patrick Drolet), chargé de cours en littérature des pays de l\u2019Est à Québec, traduit avec passion.Les destins de Statchura et de Pierre Leduc se recoupent à l\u2019écran, semblent se confondre, avant de s\u2019éloigner, habile tissage de mise en scène.Des passages des magnifiques poèmes de l\u2019auteur polonais, traduits à l\u2019ordinateur, prennent le relais des silences du héros.Une petite librairie, point focal des revirements dramatiques, contribue à inscrire le film dans une aventure à la fois littéraire et humaine.Ce quadragénaire solitaire coupe ses liens avec le monde, une maîtresse, ses livres, son métier, etc., en plus de refuser la colossale fortune de son père condamné par le cancer (Gilles Renaud, tout en dignité), jugée par Pierre trop mal acquise.Moins vertueux qu\u2019il ne s\u2019estime, Pierre a pourtant abandonné jadis sa copine enceinte sans jamais chercher à connaître son enfant.Or, le hasard aidant, sa fille Adèle retrouve sa trace et ne le laisse plus s\u2019échapper.Willia Eer-land-Tanguay joue avec un naturel désarmant l\u2019ado curieuse, portée vers la littérature comme papa, entière et entêtée.Emond, qui tient souvent ses acteurs en bride, a laissé cette fois à la plupart d\u2019entre eux des espaces d\u2019émotion.Seul Patrick Drolet maintient la distance, justifiée par son personnage longtemps emmuré, que l\u2019amour paternel rend au monde.La ville de Québec sied bien à l\u2019univers de Bernard Emond.Comme elle sied à sa directrice photo Sara Mishara, qui capte dans une lumière de douceur et de mystère le charme des côtes, des escaliers, de la ligne des toits, du fleuve au loin, des plaines d\u2019Abraham, des petits commerces de quartier, avec des mouvements de caméra pleins de souplesse et d\u2019écoute.La musique de Robert M.Lepage, en quelques notes légères souvent, accompagne cette traversée de l\u2019ombre vers la lumière d\u2019un homme qui cherche un sens à sa vie.Une maison dans Charlevoix, symbole des héritages à conserver, portera l\u2019espoir à transmettre, dans un dénouement en percée de lumière.Le torrent de Simon Lavoie, également en salle, interroge aussi, à travers son hommage à la littérature (la nouvelle éponyme d\u2019Anne Hébert), l\u2019ADN du Québec.Et ces beaux films, qui ont des liens de parenté \u2014 on recommande la double plongée cinéphile \u2014 , abordent en deux périodes une société blessée sur laquelle les cinéastes greffent une lancinante poésie.Le Devoir MeiIIeiirfilm Meilleur acteur Meilleur actrice de soutien Acüdémie des hlnb (Urts .eidesSdenusdArgenune.Meilleur film Meilleur réalisateur Prix du public Festival Intenwtiwul «tu Film de Rome Meilleur film Iberoamericam Nd I wwwgzfltms çq | RICARDO DARIN Un film de SEBASTIAN BORENSZTEIN PRÉSENTEMENT\tespagnole avec sous-titres français\tX te ÀllACCinUCI -c\trCINÉMA\tI.-\t| v t h ¦ A L ArrlLrlt! ^ [ quartier latin 11239»,>e»tJbi»ne.721-60801 |le forum 221 Youiibe ?«HILARANT ET DÉLICATEMENT ÉMOUVANT!» LES INROCKUPTIBLES «UN FILM BOURRÉ DE CHARME!» MARC ANDRE LUSSIER LA PRESSE un film de Noémie Lvovsky Jean-Pierre Mathieu\tNoennie Léaud Amalric Lvovsky Sannir\tJulia\tDenis Guesmi Faure Podalydès métropole m PRESENTEMENT A L'AFFICHE ! Tetropoletilms.com CONSULTEZ LES GUIDES HORAIRES DES CINEMAS L\u2019école-image de Steve Kerr Son premier long-métrage, Columbarium, aborde la mort du père et la renaissance du lien fraternel 'T 'Ta FRANÇOIS LEVESQUE Columbarium est un film de paradoxes.On y relate l\u2019affrontement entre deux frères antithétiques : un financier névrosé et un acteur insouciant.On y parle de la mort, celle du père, et d\u2019une renaissance, celle du lien fraternel.On recourt au dispositif dramatique du huis clos, mais en pleine nature.Il s\u2019agit du premier long-métrage de Steve Kerr.Le Devoir l\u2019a rencontré.Le prétexte: quelques semaines après le décès de leur père survenu dans des circonstances douteuses, Mathieu et son jeune frère Simon se rendent au luxueux chalet du défunt.Là-bas, l\u2019exécuteur testamentaire leur apprend qu\u2019ils devront passer une semaine entière sur place afin de construire un columbarium à la mémoire de feu leur paternel.Défense de quitter le domaine, défense de passer le moindre coup de fil.Dans la balance, un héritage dont les deux frères ont un besoin pressant.Il y a une part diffuse d\u2019autobiographie dans le scénario, d\u2019avouer Steve Kerr.«Mon amour du cinéma est associé à mon père.Enfant, lorsqu\u2019il m\u2019a emmené voir Star Wars, je lui ai dit en sortant de la projection qu\u2019un jour, moi aussi je réaliserais un film.» Les années passèrent et la vie y alla de ses aléas.«Comme beaucoup de gens de la génération X, j\u2019ai dû me résoudre à suivre mon plan B.» HLC, hautes finances, développement dans la boîte de production Novem: Steve Kerr mène une belle carrière, mais c\u2019est finalement sa passion qui l\u2019emporte.«L\u2019aventure a débuté comme un projet de court-métrage.Puis mon père a été hospitalisé et, tout à coup, ce que je lui avais dit m\u2019est revenu.C\u2019était un peu comme une promesse.» Columbarium évolua donc de manière à se transformer en long-métrage.Linancée de manière complètement indépendante par choix {«Il me semble qu\u2019il faut faire ses preuves avant de réclamer de l\u2019argent aux institutions», estime le réalisateur néophyte), la production suscita l\u2019intérêt d\u2019acteurs reconnus: David Boutin {La grande séduction, Décharge) et Maxime Dumontier {Tout est parfait, Tromperie silence).r ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR HEC, hautes finances, développement dans la boîte de production Novem : Steve Kerr mène une belle carrière, mais c\u2019est finalement sa passion pour le cinéma qui l\u2019emporte.Côté technique.Steve Kerr n\u2019a pas hésité à opter pour des procédés inusités.Par exemple, le cadre de l\u2019image qui se rétrécit graduellement à mesure que le personnage de Mathieu cède à la folie.«Quand j\u2019ai crié «action!» au jour 1, c\u2019était une première pour moi.J\u2019avais évidemment élaboré ma réalisation en amont, mais ce tournage a été mon école de cinéma.Je suis d\u2019autant plus reconnaissant aux comédiens pour leur implication.J\u2019ai pu expérimenter et déterminer ce qui fonctionne et ne fonctionne pas pour moi.Il y a des erreurs que je ne répéterai pas dans mon prochain film.Au moins maintenant, je dispose d\u2019une carte de visite.» En plus d\u2019avoir rempli la promesse faite à son père.Collaborateur Le Devoir « Le plus bouleversant des films de Bernard Émond Superbe Patrick Drolet ! » - Marc-André Lussier La Presse toronto international \u2022 film festival® LIES RENAUD ETTE PAYEUR ÇjNEMA roÛYN-NORANDA Film d\u2019ouverture PATRICK ISABELLE VIN ETU PO ES ISBUliiiiiifnHIII JMÉhII ûcpâL; nmuMi Mm ilHMl ToutCeQueTuPossédés corn You(3|Qs^D LesFilmsSeville Vg PRÉSENTEMENT À L\u2019AFFICHE ! \"HEf* LES FILMS SEVILLE ?«Beau, sombre et tumultueux.» Odile Tremblay, Le Devoir «Une grande œuvre cinématographique.Un film accompli.» Claude Deschênes, Radio-Canada FESTIÏA^^* «.NIHIVEWCIMÈMA Sélection officielle Section Focus * Victor Andrés Trelles Turgeon -\t- Laurence Leboeuf Dominique Quesnel ^ \u2014¦ Le torrent un film de Simon Lavoie d\u2019après l\u2019oeuvre d\u2019Anne Hébert remstarfilms.com El letorrent.lefilm\tCRemsCOP PRESENTEMENT AU CINEMA I EX CËNTRIS I I-MAISON DU CINÉMA-1 I SHERBROOKE | http://www.azfilms.ca/accueil_fr.html "]
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