Le devoir, 3 novembre 2012, Cahier F
[" , Le tumulte intérieur de [ A Robert Lalonde Page f 3 rikp'' .y Comment rompre avec le pessimisme Page f g LIVRES CAHIER F .LE DEVOIR, LES SAMEDI S ET DIMANCHE 4 NOVEMBRE 2012 «Ma philosophie est le concept de l\u2019homme en tant qu\u2019être héroïque, avec son propre bonheur comme objectif moral de sa vie, avec l\u2019accomplissement productif comme sa plus noble activité, et la raison son seul absolu » \u2014 Ayn Rand SERGE TRUEEAUT Il était écrit dans le ciel qu\u2019à l\u2019élection américaine inscrite à l\u2019horizon 2012, les éditeurs feraient écho en publiant les travaux composés par des essayistes ou des journalistes.De ces derniers, Barack Obama est le sujet la plupart du temps.En fait, on devrait souligner qu\u2019Obama est le dénominateur commun de tous à une exception, soit Haine froide.A quoi pense la droite américaine ?de Nicole Morgan, professeure de philosophie aujourd\u2019hui à la retraite du Collège militaire royal du Canada de Kingston.Au rayon des nouvelles parutions, cette déclinaison sur 250 pages de la haine s\u2019avère la divine surprise, non pas de la seule et présente année, mais bien des dernières années.Et encore là, on demeure dans le territoire de la pondération.Car cet essai a ceci d\u2019essentiel, à qui veut comprendre les remous idéologiques qui ont Rythmé l\u2019action politique et économique des Etats-Unis depuis des lunes, qu\u2019il propose une analyse, une mise en relief des théories de l\u2019économiste Milton Eriedman et de la romancière-philosophe Ayn Rand, et de l\u2019énorme influence qu\u2019ils ont eue.11 est essentiel pour cela, mais aussi pour ceci : à ce que l\u2019on sache, c\u2019est la première fois qu\u2019un éditeur français de renom propose un livre sur ce sujet d\u2019une si grande importance, comblant de fait un trou béant.Quand on sait que Paul Ryan, le colistier de Mitt Romney, est un militant fanatique des thèses perverses de Rand, quand on sait que Sarah Palin, égérie du Tea Party et colistière de John McCain lors de la précédente présidentielle, martèle avec constance les déviances sociales de Rand, mettons qu\u2019il y avait urgence que l\u2019on interroge le halo soi-disant scientifique que ces deux personnalités ont eu la prétention de brandir parfois violemment.D\u2019autant que, dans le cas de Rand, son influence, «non seulement a été profonde, souligne Morgan, mais elle perdure et a atteint aux Etats-Unis un degré qui n\u2019a rien à envier à celle que l\u2019auteur du Manifeste du Parti communiste exerça dans certains pays».Pichtre! Au cours de l\u2019entretien qu\u2019elle nous a accordé, l\u2019essayiste a dévoilé l\u2019approche choisie pour traiter son sujet en précisant que les délires de l\u2019une et de l\u2019autre avaient une portée «si grave» qu\u2019ils interdisaient de facto «le style du pamphlet».En fait, son style est le contraire de la vocifération et de la déclamation émotive.Bref, il est sobre.Cette inclination pour une certaine neutralité dans la forme a d\u2019ailleurs quelque chose de très surprenant.Mais encore?Dans son livre comme dans l\u2019entrevue, Morgan évoque des f N TA T^ou Comment se fait-il que des humains, parmi les plus puissants, aient exigé et exigent encore que les soins accordés à des individus qui sauvent des vies soient gommés?L\u2019AUTRE ET DE L\u2019ÉTAT Comment?En habillant ses postulats d\u2019une batterie de chiffres histoire de faire passer l\u2019économie pour une science exacte.Ce qu\u2019elle n\u2019était pas et n\u2019est toujours pas.Bref, sur ce flanc on est confrontés à une escroquerie intellectuelle, une escroquerie qu\u2019imposent ceux que Morgan appelle les néo-conquistadors, qui, «forts d\u2019une idéologie qui légitime leur avidité, sont en train de réussir.Légère en pensée et lourde en passion, cette idéologie est dangereusement efficace: elle a réussi à créer une hystérie collective chaque fois que sont prononcés les mots règlements, impôts et limites, associés respectivement à socialisme, vol gouvernemental et atteinte à la liberté [.] C\u2019est le stade éminemment dangereux où raison et droit n\u2019ont plus droit de cité».Alors qu\u2019elle régnait sur une secte vouée au culte de sa personnalité, à laquelle appartenait Alan Greenspan, Ayn Rand avait résumé comme suit, et ainsi que le souligne Morgan, son propos: «Ma philosophie est le concept de l\u2019homme en tant qu\u2019être héroïque, avec son propre bonheur comme objectif moral de sa vie, avec l\u2019accomplissement productif comme sa plus noble activité, et la raison son seul absolu.» Ce galimatias aux accents très ados, Rand l\u2019avait baptisé «objectivisme».Et alors?Une phrase, et une seule, suffira à résumer cet objet philosQphique inanimé.Elle appartient à Cio-ran: «Etre objectif c\u2019est considérer l\u2019autre comme un cadavre.» Le Devoir faits propres à agiter les ressorts de la révolte immédiate, un tantinet sanguine.Qu\u2019on y songe : dans son essai, elle rappelle que «sa légitimation de la haine froide [NDLR: celle de Rand] drape des plis de la justice les lobbyistes de la Chambre de commerce qui demandent l\u2019abrogation de la loi qui permettrait aux pompiers du 11-Septem-bre d\u2019obtenir des soins de santé sur le long terme, soins dont ils ont désespérément besoin après avoir été exposés à des émanations toxiques dans les premiers jours».Les néo-conquistadors Comment en est-on arrivé là?Comment se fait-il que des humains, parmi les plus puissants, aient exigé et exigent encore que les soins accordés à des individus qui sauvent des vies soient gommés?Parce que.Parce qu\u2019ils collent aux idées d\u2019Ayn Rand, parce qu\u2019ils adhèrent donc à la haine de l\u2019empathie que tout individu a le devoir, selon elle, de Selon les néo-conquistadors, les pauvres le sont parce qu\u2019ils veulent l\u2019être ou parce qu\u2019ils sont incompétents en tout cultiver, parce qu\u2019ils sont habités par une vanité si prononcée qu\u2019ils adorent les dissertations de Rand sur l\u2019homme fort, dominateur, sur l\u2019homme qui cherche son seul bonheur, sur l\u2019homme qui nie certains droits à ses semblables.Ils sont ainsi parce qu\u2019ils sont assoiffés de pouvoir et de richesses jamais partagées.Selon eux, les pauvres le sont parce qu\u2019ils veulent l\u2019être ou parce qu\u2019ils sont incompétents en tout.De fait, il ne faut pas les aider, en quoi que ce soit.Les handicapés ?Qu s\u2019en moque.Les cancéreux?Qu doit s\u2019en foutre car leurs angoisses, leurs atermoiements, leurs doutes et autres spleens forment le moteur de leur maladie.Bref, Ayn Rand, fdle de pharmaciens russes, femme ayant fui la Russie communiste, a composé l\u2019exact revers de la médaille politique imposée par Lénine et consorts en s\u2019érigeant en architecte du génocide social que Eriedman, qu\u2019on veuille le reconnaître ou non, a accompagné.HAINE FROIDE Àqg QUOI PENSE LA DROITE AMÉRICAINE?Nicole Morgan Editions du Seuil Paris, 2012, 254 pages Dans la foulée de l\u2019élection présidentielle américaine, on pourra aussi lire : OBAMA La VÉRITÉ Ron Suskind Editions Saint-Simon Paris, 2012, 401 pages AMÉRIQUE, ANNÉES OBAMA Corine Lesnes Editions Philippe Rey Paris, 2012, 363 pages BARACK OBAMA La GRANDE ILLUSION André Kaspi Editions Plon Paris, 2012, 223 pages F 2 LE DEVOIR, LES SAMEDI ET DIMANCHE 4 NOVEMBRE 2012 LIVRES La veuve, l\u2019orphelin et les whippets Jean-François Nadeau as de prix Concourt» pour lui, note Aurel Ramat.Mais le noter, c\u2019est déjà observer que, dans son genre du moins, il en mériterait bien un.Oui, Aurel Ramat mériterait d\u2019être décoré.Il le sait.Car il connaît sa juste valeur au pays disparu des typographes, des linotypistes, des protes et autres monteurs sur papier.Vous ne connaissez pas Aurel Ramat?En Amérique française, depuis quelques décennies, tant de livres lui doivent tellement.Et ceux qui hélas ne lui doivent rien ne valent souvent pas grand-chose.Chez les artisans comme chez les industriels de l\u2019édition, on garde à portée de main son incontournable Ramat de la typographie.Une bible.Le livre par lequel tous les autres sont structurés.Les césures ratées, les incongruités typographiques ou les lignes abandonnées en fin de page \u2014 appelées veuves ou orphelins, dans le jargon du métier \u2014 sont des ennemies du lecteur, et donc des ennemies de la clarté que Ramat s\u2019est employé à traquer dans ses nuits noires d\u2019encre.Même dans un journal, au Devoir comme ailleurs, le Ramat, comme on l\u2019appelle, demeure un outil de référence.Le Ramat de la typographie en est aujourd\u2019hui à sa dixième édition et compte des milliers d\u2019exemplaires vendus.En Europe, les établissements d\u2019art graphique, la célèbre Ecole Estienne au premier chef, fournissent depuis des lustres des ouvriers qualifiés au monde de l\u2019édition.Ces diplômés maîtrisent, entre autres choses, les règles strictes de la typographie.Il en va tout autrement de ce côté-ci de l\u2019Atlantique.En comparaison, la formation reste ici affreusement pauvre dans le monde de l\u2019édition.Aussi le Ramat de la typographie continue-t-il d\u2019être à lui seul une sorte d\u2019université itinérante.Aur&i Ramat, qui est-ce*^ Roger Lemelin Les Plouffe Roger Lemelin Le Crime d Ovide Plou ffe Autobiographie A 86 ans, Aurel Ramat vient de publier son autobiographie à compte d\u2019auteur: Az/re/ Ramat, qui est-ce ?.Je ne tiens pas vraiment à vous parler du contenu du livre.Disons que tout y passe, selon un fil chronologique convenu.Enfance dans un village français près de Grenoble.Service militaire.Dépucelage par une prostituée de Pigalle, là même où il finit par rencontrer, en la personne d\u2019une jeune femme moins empressée que les autres, un amour de l\u2019imprimerie et de la typographie.On comprend vite qu\u2019il n\u2019a pas la bosse des af faires.Sa première entreprise, l\u2019Imprimerie de la vallée, l\u2019écarte.Il veut ensuite se lancer dans la publication d\u2019un journal régional de petites annonces, un commerce très payant, comme l\u2019avait compris Pierre Péladeau chez nous.Mais Ramat néglige aussi cette nouvelle affaire, trop accaparé par une femme, semble-t-il.J\u2019ai dit que je ne tenais pas à parler du contenu du livre.Alors, j\u2019abrège pour en venir à l\u2019essentiel, croyez-moi.Arrivé au Canada en 1955, Ramat se retrouve devant une linotype, ces grosses machines complexes où de lourds magasins de caractères permettent de composer des lignes de texte qui servent ensuite de matrice à du plomb en fusion.Après des détours en Californie, en Erance et dans les rêves éthérés de l\u2019ONU, Ramat revient à Montréal, où il sera typographe pour The Gazette et monteur sur papier pour le Montreal Star, jusqu\u2019à l\u2019heure de la rédaction de son fameux petit livre sur l\u2019art de réaliser un grand livre.Méticuleux, précis, cultivé, un typographe tel Ramat constituait à lui seul une très précieuse police d\u2019assurance pour un écrivain autant que pour un journaliste.Et c\u2019est cette assurance qu\u2019il entreprit de transférer à ses successeurs.Or, malgré pareils efforts pour transmettre son savoir, il n\u2019est pas du tout certain que le passage à une société de l\u2019ordinateur se soit accompagné d\u2019un véritable transfert des riches savoirs de l\u2019époque des typographes.On le constate paradoxalement jusque dans la lecture de l\u2019autobiographie d\u2019Aurel Ramat, un livre à la réalisation graphique lamentable et aux usages typographiques souvent douteux.Mênre Ramat ne semble plus respecter Ramat! A croire qu\u2019un grand cordonnier d\u2019hier se trouve condamné à n\u2019être plus qu\u2019un malchaussé d\u2019aujourd\u2019hui.?Auteur de la célèbre série Les Plouffe, Roger Lemelin était aussi propriétaire de la fabrique de biscuits Whippet, de même que d\u2019une marque de cretons populaire.PHOTO G AB Y L\u2019écrivain Roger Lemelin savait aussi être homme d\u2019affaires, affaires qui avaient d\u2019ailleurs fini par l\u2019absorber davantage que l\u2019écriture.La moustache aussi bien taillée que ses ambitions, l\u2019écrivain savait aussi être homme d\u2019af faires, sauf peut-être le jour où il confia une maison d\u2019édition à l\u2019intenable Hubert Aquin.Les affaires avaient d\u2019ailleurs fini par l\u2019absorber davantage que l\u2019écriture.Aussi, lorsqu\u2019il s\u2019était remis sur le tard à écrire une suite aux Plouffe, ses habitudes de commerçant s\u2019étaient-elles tout bonnement juxtaposées à son œuvre.Le livre n\u2019était pas encore prêt qu\u2019il annonça que seule une chaîne d\u2019épiceries bien connue pourrait le vendre.Les libraires n\u2019en revenaient pas et lui en gardèrent rancune longtemps.En Erance ces jours-ci, les supermarchés Leclerc proposent, sous l\u2019appellation grossière de «centres culturels», de nouveaux espaces où ils vendent quelques livres.Près des boîtes de conserve et des saucissons s\u2019offrent désormais quelques titres, ceux les plus à même d\u2019être consommés en série.Chez nous, en 2009, ce sont les librairies Renaud-Bray qui avaient annoncé vouloir ouvrir des espaces du genre dans des supermarchés IGA.Dans une contre-attaque humoristique à pa- reille attitude, un libraire installé à Auxerre en Erance a décidé d\u2019ouvrir une section de produits surgelés dans sa librairie ! Il promet de rendre désormais accessible à sa clientèle le petit congélateur jusqu\u2019ici réservé à l\u2019usage exclusif de ses employés.Là comme ailleurs, personne ne s\u2019y trompe : loin d\u2019un véritable élan pour la culture, il s\u2019agit là d\u2019un moyen pour les industriels de l\u2019épicerie et de tout acabit de faire progresser leur chiffre d\u2019affaires au mépris du travail de fond des librairies.Qui sait si les supermarchés Leclerc ne sont pas inspirés d\u2019un exemple venu du Canada de l\u2019époque des Plouffe?Comme le chantait Charles Trenet en 1952, on trouvait dès cette époque tout et n\u2019importe quoi dans les pharmacies du Canada.«Dans les pharmacies.On veut du nougat et du chocolat.Des bonbons au citron, des stylos.Des poupées gentilles Pour les petites filles Et, pour les garçons Des lapins qui sont Sauteurs et polissons.On vend de tout: Des toutous blancs Qui se tiennent debout.Tout tremblants.Des arlequins, des cailles qui rient Et tout un lot de quincaillerie.Dans les pharmacies, [.] On entend parfois cet ordre sec: \u201cGarçon ! Des petits pois ou un bifteck Ou des choux farcis.\u201d[.] Ces pharmacies-là Sont celles du Canada.» Revenons à Roger Lemelin.Il est mort il y a vingt ans cette année.Jeune homme, il avait d\u2019abord souhaité devenir skieur, mais son ambition s\u2019était cassé la jambe.Obligé de garder le lit, il lui fallut revoir la hauteur de ses rêves depuis la couche de sa convalescence.Profitant de sa position avantageuse, il devint écrivain.Les 3, 4 et 8 novembre, La Promenade des écrivains, en collaboration avec L\u2019Institut canadien de Québec, souligne l\u2019anniversaire de la disparition de l\u2019auteur d\u2019Au pied de la pente douce.Au programme, une table ronde avec l\u2019ancien maire de Québec Jean-Paul L\u2019Allier et l\u2019historien Jean Provencher ainsi que la projection de films adaptés de son œuvre.Le site de La Promenade des écrivains donne tous les détails : www.promenade-ecrivains.qc.ca jfnadeau@ledevoir.com LETTRES FRANCOPHONES Naissance d\u2019un terroriste LISE GAUVIN On ne naît pas terroriste, on le devient: tel est le constat qui se dégage du dernier roman d\u2019Abdellah Taïa, Infidèles, qui retrace les tribulations d\u2019un jeune homme depuis son Maroc natal jusqu\u2019en Belgique où il se trouve entraîné dans la logique implacable de la violence.Mais ce dénouement apparaît au lecteur comme la suite prévisible d\u2019un parcours semé d\u2019embûches et constamment exposé à l\u2019hostilité des bien-pensants.Né au Maroc d\u2019une mère, Slima, prostituée rejetée par la bonne société, Jallal se désigne lui-même comme «le fils du mal», en cela frère de Eran-çois, le personnage du Torrent d\u2019Anne Hébert.Mais à la différence de Erançois, aucun projet d\u2019éducation exemplaire ne lui est imposé ni aucune contrainte, sinon celle de s\u2019exiler au Caire alors que sa mère est emprisonnée pour compli- l'N Leméac Editeur offre ses félicifâlions à l\u2019auteure Anne-Élisabeth Vallée, qui a remporté le premier prix John R.Porter pour son essai Napoléon Bourassa et la vie culturelle à Montréal au X/X® siècle.« L\u2019ouvrage de Madame Vallée se lit avec un intérêt constant et permet au lecteur d\u2019assister à la gestation difficile d'une vie culturelle dynamique à Montréal entre 1850 et 1900, dont tout le mérite revient à quelques pionniers courageux, dont Napoléon Bourassa.» Paul Bennett, Le Devoir « L\u2019essai d\u2019Anne-Élisabeth Vallée est un texte intelligent, bien documenté, qui m\u2019a appris bien des choses, [et ce,] avec une sensibilité particulière.» John R.Porter 514 524-5558 lemeac@lemeac.com cité dans une conspiration à la suite de sa fréquentation avec un soldat «beau comme un père imaginaire», accqsé d\u2019avoir fomenté un coup d\u2019Etat contre Hassan IL Le militaire partage avec l\u2019enfant et sa Dans un sfyle incantatoire, Taïa dénonce les avancées de Fhorreur au cœur du quotidien mère un culte pour Marilyn Monroe et le film River of No Return.Lorsque Slima est lij)érée et rejoint son fils en Egypte, trois ans plus tard, elle devient la compagne d\u2019un Belge converti à l\u2019islam qui l\u2019entraîne dans un pèlerinage à La Mecque, puis à Médine.Après le décès de Slima, le compagnon envoie l\u2019adolescent à Bruxelles, où il fait la connaissance d\u2019un certain Mathias, alias Mahmoud, un Européen épris de l\u2019islam et de l\u2019islamisme.Les deux jeunes gens deviennent inséparables.Mahmoud convainc alors Jallal de retourner au Maroc afin de participer avec lui à un attentat kamikaze.Celui-ci ayant eu lieu, la dernière partie du roman est constituée d\u2019une scène dans laquelle un Dieu singulier se confond avec l\u2019image de Marilyn Monroe.Et ainsi la fiction de reprendre définitivement ses droits sur le cours du récit.On retrouve dans ce roman les thèmes familiers de Taïa, et notamment une critique de l\u2019intolérance qui sévit au Maroc.Intolérance devant le «métier» de la mère, mais aussi devant toute expression de liberté qui sort des sentiers battus: «On ne peut pas réussir au Maroc.On fait tout pour vous arrêter, vous contrôler, vous maintenir petit, petite.Là-bas, on vous oblige à vous prostituer, on vous prend votre argent, et, après, on vous renie, on vous traite de salope, de femme indigne, de mécréante.Mais ce sont eux les mécréants.Des êtres sans cœur».Intolérance encore devant l\u2019homosexualité, comme de tout ce qui peut compromettre un certain ordre social.Le roman tient à la fois du réquisitoire, de la plainte et du chant d\u2019amour pour un pays et des êtres en proie à l\u2019exclusion et engagés malgré eux dans des trajectoires désespérées.Dans un style incantatoire, Taïa, lauréat du Prix de Elore 2010 pour son roman Le jour du roi, autre mise en scène de l\u2019injustice, dénonce les avancées de l\u2019horreur au cœur du quotidien.Collaboratrice Le Devoir INFIDELES Abdellah Taïa Seuil Paris, 2012,188 pages EN LIBRAIRIE 120 pages, 12,95$ wwwdelbussoediteurca LITTERATURE ETRANGERE La toge et le scalpel De fascinantes nouvelles venues d\u2019Allemagne CHRISTIAN DESMEULES Ferdinand von Schirach avait déjà surpris l\u2019an dernier avec Crimes, un premier recueil qui nous laissait pantois.Onze nouvelles menées de main de maître, onze affaires criminelles saisissantes qui nous promenaient à travers les arcanes \u2014 et souvent les fentes \u2014 de la justice allemande.Puissant.La même révérence s\u2019impose avec Coupables, où défilent cette fois quinze nouvelles puisées au même registre, portées par une écriture quasi clinique qui mêle la froideur du procès-verbal au gouffre humain des questions sans réponses.De véritables petits rouleaux compresseurs qui scotchent le lecteur à son fauteuil.On y trouve un peu de tout.Une affaire de viol collectif où les accusés, membres bonasses de la fanfare locale, s\u2019en sortent faute de témoins et à cause de l\u2019impossibilité de la victime à identifier l\u2019un de ses agresseurs: «Cétait des hommes tout à fait normaux et nul n\u2019aurait imaginé qu\u2019une telle chose pût arriver.» Une procédure qui équivaut à la perte de son pucelage pour un jeune avocat de la défense qui découvre, lors de sa toute première cause, «que la culpabilité était une toute autre chose».Une affaire d\u2019intimidation tordue qui tourne mal dans un pensionnat.Une fausse accusation d\u2019agression sexuelle.Une histoire abracadabrante de deal d\u2019amphétamines impliquant un petit truand, une Maserati et un chien ayant avalé la clé d\u2019une consigne.Une femme victime de violence conjugale accusée d\u2019avoir tué son mari durant le sommeil de celui-ci.Quel est le véritable crime derrière toutes ces histoires ?S\u2019agit-il de personnages réels ou bien fictifs?Von Schirach, avocat de la défense au barreau de Berlin, né en 1964, a-t-il puisé dans ses propres ar- chives?Difficile de le savoir.Et l\u2019auteur, il est vrai, joue habilement de cette ambiguïté.Tout comme il maîtrise habilement l\u2019art du récit au moyen, entre autres, de chutes imprévisibles qui nous tiennent en haleine jusqu\u2019à la toute dernière ligne.Succès immenses en Allemagne, Coupables et Crimes (lequel paraît aujourd\u2019hui en poche) nous racontent dans un style sobre et efficace, avec la même terrifiante brutalité des faits, le labyrinthe de la justice allemande, les zones grises de la culpabilité.Une galerie de personnages qui composent un portrait de l\u2019humanité.Et les fils complexes de la culpabilité, individuelle ou collective, Von Schirach les connaît sans doute intimement.Son grand-père a été condamné à 20 ans de prison après la Seconde Guerre mondiale pour avoir dirigé les Jeunesses hitlériennes.Derrière ces histoires criminelles, ces complicités et ces silences, il faut le croire, c\u2019est autre chose qui se laisse deviner.Quelque chose d\u2019à la fois plus grand et plus bas.Car, à chacune de ses parcelles de noirceur.Von Schirach nous renvoie à la monstruosité ordinaire, il humanise le mal.Pour lui, ce n\u2019est ni une contamination ni un effet sans cause.C\u2019est une tumeur qui peut croître n\u2019importe où.Von Schirach ou le fait divers considéré comme un des beaux-arts.Collaborateur Le Devoir COUPABLES Ferdinand von Schirach Traduit de l\u2019allemand par Pierre Malherbet Gallimard Paris, 2012,192pages Crimes paraît simultanément en poche dans la collection «Folio» de Gallimard. LE DEVOIR, LES SAMEDI 3 ET DIMANCHE 4 NOVEMBRE 2012 F 3 LITTERATURE Le tumulte intérieur ¦ V Danielle f Laurin K Ce n\u2019est pas un roman de plus.Ce n\u2019est pas de la littérature jetable, dans l\u2019air du temps.Ce n\u2019est pas du garro-chage de tripes n\u2019importe comment.Ce n\u2019est pas de l\u2019ordre du divertissement.On n\u2019y entre pas en criant ciseau.Ce n\u2019est pas une histoire simple, ce n\u2019est pas limpide.On n\u2019avance pas en ligne droite.On n\u2019en ressort pas abruti, la tête vide.C\u2019est un roman qui prend son temps.C\u2019est de la littérature faite pour durer.C\u2019est fignolé.C\u2019est par en dessous que ça vibre, que ça agit.C\u2019est de l\u2019ordre de l\u2019ébranlement.On y entre sur le bout des pieds.C\u2019est énigmatique, elliptique.On avance en dents de scie.On en ressort troublé, pensif.Et habité.Autant c\u2019est hyper personnalisé comme univers, autant ça touche aux cordes sensibles de ce qui nous forge comme êtres humains.Autant c\u2019est exigeant, sans concession dans la forme, le style, autant ça traduit cet effarement que l\u2019on ressent devant ce qui nous échappe de soi, des autres, de la nature, de la marche du monde.Si je vous disais que c\u2019est un roman d\u2019apprentissage.Un livre qui porte à la fois sur le passage de l\u2019enfance à l\u2019adolescence et sur le passage de l\u2019adolescence à l\u2019âge adulte.Mais pas seulement.Dit autrement: une quête de soi.Tandis que l\u2019on se tient au bord de ce qui devrait commencer et n\u2019aboutit pas.Tandis qu\u2019on attend, sur le seuil de la vie, de devenir quelqu\u2019un: soi-même.Comme si tout était joué d\u2019avance mais que le sens nous en était ca- Si je vous disais que c\u2019est un roman sur l\u2019écriture.Sur l\u2019écriture comme aveu, libération, révélation.ché.Mais est-ce quelque chose qui nous quitte jamais tout à fait?Ce serait un livre sur le tumulte intérieur, voilà.Si je vous disais qu\u2019il y a une scène déterminante, autour de la centième page.Qu\u2019on l\u2019attend.On sait que quelque chose s\u2019en vient.Le moment est sans cesse retardé dans le livre de raconter de quoi il s\u2019agit au juste.Comme une douleur qu\u2019on ne veut pas réveiller.Cela a lieu dans un vieux hangar.C\u2019est cruel, violent.Le genre d\u2019acte répréhensible, impardonnable, effrayant.Commis par effet d\u2019entraînement.Quand on est adolescent, mais pas seulement.Commis dans la frayeur du plus fort que soi, dans la frayeur de soi-même le commettant.Le genre d\u2019acte qui entraîne un basculement.Et qui vous hante, longtemps.Qui vous emplit de honte, de dégoût de vous-même.Qui vous empêche d\u2019avancer.Si je vous disais que ce n\u2019est là que la pointe de l\u2019iceberg, en réalité.Que le véritable enjeu, c\u2019est le feu de la passion.C\u2019est se découvrir à la fois ébahi et emprisonné par ce que l\u2019on ressent.C\u2019est l\u2019autre que l\u2019on déteste de le désirer tant.C\u2019est la peur d\u2019y aller, de perdre pied.C\u2019est le désir d\u2019y aller, de perdre pied.C\u2019est ne plus savoir ce que l\u2019on veut.Surtout la première fois.Surtout si on n\u2019a pas quinze ans.Et que l\u2019autre est déjà un homme ou presque.Surtout si on est soi-même un garçon.Un garçon blanc pure laine, promis à un bel avenir.Tandis que l\u2019autre.Si je vous disais que tout cela se passe au milieu de la nature sauvage.Qu\u2019on entend les bruissements d\u2019ailes des oiseaux, qu\u2019on sent la pinède, qu\u2019il y a de l\u2019eau à l\u2019horizon.Qu\u2019une outarde blessée peut devenir l\u2019objet d\u2019un amour incommensurable.Si je vous citais ce passage : «Aimer est une malédiction, j\u2019aurais dû le savoir.D\u2019abord il vous pousse des ailes, puis.croyant voler, vous volez, et bientôt une grande lame effilée surgit d\u2019un nuage et vous tranche les plumes et vous tombez dans un grand tourbillon de vent et de sang.» Si je vous disais que la mort rôde, tout le temps.Si je vous disais que c\u2019est un roman sur l\u2019écriture.Sur l\u2019écriture comme aveu, libération, révélation, tressaillement de l\u2019âme, éveil à soi-même, ouverture, recherche, confrontation à l\u2019indicible, au mystère.Un roman sur la littérature, aussi.Sur l\u2019effet qu\u2019elle nous fait quand on la lit.Pour les mêmes raisons.Si je ne vous disais plus rien.Si je ne vous parlais pas des personnages.Si intensément incarnés.Si je ne vous parlais pas de ce lyrisme qui nous étreint et nous fracasse la carcasse dans un même mouvement.Si je ne vous parlais pas de toutes ces parts d\u2019ombre explorées, de tous ces remous qui bouillonnent en nous.Si je prenais dans mes mains Un jour le vieux hangar sera emporté par la débâcle, 23® titre de Robert La-londe, et que je vous le tendais, simplement.UN JOUR LE VIEUX HANGAR SERA, EMPORTE PAR LA DEBACLE Robert Lalonde Boréal Montréal, 2012, 192 pages JACQUES GRENIER LE DEVOIR // Et j\u2019ai plongé.W L\u2019eau fraîche n\u2019avait pas gardé davantage mémoire de notre combat.Le ciel non plus, ni le vent.J\u2019avais franchi une frontière avec Delphine, comme avec Stanley, comme avec tous les autres.Tout au long du retour, tandis que nous fendions les moutons frangés d\u2019or, inquiet de sentir mes bras vides, mon cœur mystérieusement ranimé et qui cognait au fond de mon ventre, j\u2019entendais la voix de Stanley qui\tjg ^ beuglait: \u201cQuand on est\t\\\\ heureux, faudrait se watcher!\u201d ff Extrait du livre Un jour le vieux hangar sera emporté par la débâcle de Robert Lalonde Truman Capote inédit Le roman inachevé de Truman Capote, Prières exaucées, vient de croître de six pages.En effet, la Division des manuscrits et des archives de la bibliothèque publique de New York a exhumé de ses cartons une nouvelle inédite intitulée Yachts and Things, un récit qui devait servir de base, et donner son titre, à l\u2019un des chapitres du livre.Un roman à clés commencé en 1968 et publié en 1986 à titre posthume.Prières exaucées s\u2019inspire des confidences que collectionna Capote sa vie durant, lui qui se plut à fréquenter les cercles artistiques et mondains.De son propre aveu, l\u2019auteur de De sang froid utilisa sa correspondance personnelle et ses journaux intimes comme matière première de cette non-fiction satirisant \u2014 ou trahissant selon plusieurs \u2014 les Tennessee Williams, Peggy Gugenheim et autres Jackie Kennedy QnaSsis.En s\u2019attelant à cet entrelacs d\u2019anecdotes et de souvenirs à peine maquillés présentés comme les réminiscences d\u2019un narrateur écrivain.Capote aspirait ouvertement à une œuvre proustienne, sa Recherche à lui.Qr, l\u2019écriture s\u2019avéra ardue et lui coûta pratiquement tous ses amis.A sa demande, les reports de publication s\u2019accumulèrent.En 1976, le magazine Esquire publia quatre chapitres, dont Des monstres à l\u2019état pur et La Côte basque, qui firent scandale.L\u2019une des théories entourant l\u2019incomplétude de Prières exaucées veut que Truman Capote n\u2019ait jamais écrit les chapitres manquants avant son décès en 1984, ce que la récente découverte de Yachts and Things vient remettre en question.Le Devoir Mille vies devant soi SUZANNE GIGUERE Le procès subi depuis l\u2019enfance par Josée, la narratrice de Portraits d\u2019anciennes jeunes filles, tourne autour d\u2019une phrase : «Pourquoi tu ne viens jamais à bout de ce que tu commences?» Une phrase assassine, répétée, assénée.Partir devient une obsession.A 22 ans, elle quitte sa famille et son village avec sa guitare et ses pinceaux et s\u2019installe à Montréal.Elle y fera la rencontre de Julien et de Rose.Peu à peu, des liens très forts se nouent entre les trois inconnus.Ensemble, ils apprennent à veiller les uns sur les autres et à faire le deuil de leurs pertes.Tour à tour, chacun dévoile des secrets étouffés.Josée, en rupture avec sa famille, fait partie de ces enfants «nés de travers» dont parle Emil Ajar dans La vie devant soi.A l\u2019âge de huit ans, sa sœur, son frère et elle ont eu le cœur et l\u2019âme graffignés par un oncle: «Ya-t-il un avenir pour les enfants troués qui grandissent malgré tout?» Josée peint pour illuminer ce quç la noirceur lui a volé.A 45 ans, Julien pleure sa fille tuée par un chauffard.Elle avait 20 ans.Défait par son absence, il sombre dans une dépression majeure : «je ne sais plus depuis combien de jours f essaie de faire semblant que je suis vivant».Alexa, sa femme, l\u2019a quitté.Elle bouge avec un couteau dans le cœur comme lui.Au café oû il retrouve Josée, celle-ci lui demande: «Ya-t-il quelqu\u2019un qui vous console?» Comme Josée, il a souhaité échapper à sa famille.11 noircit un carnet d\u2019écriture «pour enlever une couche de brouillard».Pour savoir qui il est.Madame Rose, 80 ans, a connu dans sa jeunesse un grand amour, un Chilien qui avait l\u2019âme d\u2019un révolutionnaire.Josée trouve en elle une André Lussier UN PSYCHANALYSTE DANS SON SIÈCLE EN LIBRAIRIE 300 pages, illustré, 29,95$ www.delbussoediteur.ca Wh-' ' a MARC-ANTOINE ZOUEKI Dans Portraits d\u2019anciennes jeunes Slles, les personnages de Nicole Houde exorcisent une blessure qui a failli les tuer, en appelant la vie de toutes leurs forces.grand-mère aussi rieuse que celle qu\u2019elle a perdue.Malgré la vieillesse qui la fragilise.Rose continue de semer ses graines de sagesse, toutes aussi légères que sa voix.Quand Julien, abattu, lui dit: «On n\u2019a qu\u2019une vie devant soi», elle lui réplique vivement: «A votre âge on a au moins mille vies devant soi.» Avec Portraits d\u2019anciennes jeunes filles, Nicole Houde signe le plus lumineux de ses romans en trente ans d\u2019écriture.Ses personnages exorcisent une blessure qui a failli les tuer, en appelant la vie de toutes leurs forces.L\u2019espoir, aussi dérisoire soit-il, refuse de s\u2019éteindre en eux.Œuvre de maturité.Portraits d\u2019anciennes jeunes filles est un hymne à l\u2019amitié, à la vie, à l\u2019amour.L\u2019écriture de Nicole Houde, dont on a écrit qu\u2019elle se rapprochait de celle de Marie-Claire Blais, est d\u2019une délicatesse prodigieuse.Collaboratrice Le Devoir PORTRAITS D\u2019ANCIENNES JEUNES FILLES Nicole Houde Pleine lune Montréal, 2012, 152 pages ACHAT A DOMICILE - VENTE - EVALUATION '5' Bonheur d'occasion Librairie Mathieu Bertrand, Libraire Membre de la Ligue internationale de la Librairie Ancienne (LILA) 514-914-2142 ACHETONS EN TOUT TEMPS : Art québécois et international Livres d'art et livres d'artiste : \u2022\tBellefleur, Borduas, Perron, Gagnon, Giguère, Lemieux, Riopelle.\u2022\tÉditions : Art Global, Corbeil, Erta, La Frégate, Michel Nantel.Refus Global, le Vierge incendié Reliures d'art Fonds universitaires : \u2022\tLittérature, Philosophie, Sciences humaines \u2022\tPléiade Livres anciens avant 1800 Americana et Canadiana Expertise de documents et d'archives Moebius et les arts martiaux Dans son plus récent numéro, la revue Moebius s\u2019intéresse aux arts martiaux, un thème que l\u2019on n\u2019associe pas d\u2019emblée au monde de la littérature.Qr les arts martiaux ont souvent été intégrés à d\u2019autres formes d\u2019art: qu\u2019on pense au cinéma, avec les films d\u2019Akira Kurosawa (Les sept samouraïs, Yo-jimbo), ou encore au théâtre kabuki.Qui plus est, le combat peut revêtir une dimension cérébrale : «Pour maîtriser l\u2019art du combat, il faut en saisir la philosophie.Sans esprit, le corps est sans utilité» (maître Yew Ching Wong).Sous la couverture couleur sang-de-bœuf se trouvent consignés les écrits de 19 auteurs, dont Mylène Bouchard, Félix De La Durante, Chantal Neveu et Jean-Marc Quellet, pour ne nommer que ceux-là.Qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019une nouvelle, d\u2019un essai ou d\u2019une réflexion, chaque texte est agrémenté d\u2019une encre naïve de Sonia Martin.Récurrente, la rubrique « Lettre à un écrivain vivant» donne à lire une missive de Jean-Marc Beausoleil adressée à Jacques Godbout.Isabelle Gaudet-La-bine, qui signe également un texte, a piloté le numéro.Le Devoir '3 0 Gaspard-LE DEVOIR Palmarès Du 22 au 28 octobre 2012 \t\t \t\t Romans québécois\t\t il Félicité \u2022 Tome 3 Le salaire du péché\tJean-Pierre Charland/Hurtublse\t1/2 2 Princesse Yennenpa\tRéjean Trembjay/Homme\t4/2 3 Les délaissées\tBénis Monette/Logiques\t3/9 4 Les héritiers d'EnkIdlev \u2022 Tome 6 Nemeroff\tAnne Roblllard/Wellan\t5/9 5 La vie épicée de Charlotte Lavipne \u2022 Tome 3 Cahernet.Nathalie Roy/Llhre Expression\t\t2/3 6 Les sœurs Beaudry \u2022 Tome 2 Les violons se sont tus\tMicheline Balpé/Goélette\t9/9 7 Malphas \u2022 Tome 2 Torture, luxure et lecture\tPatrick Senécal/Alire\t8/19 8 Les sœurs Beaudry \u2022 Tome 1 Évelyne et Sarah\tMicheline Balpé/Goélette\t19/11 9 Je me souviens\tMartin MIchaud/Goélette\t-/I 10 L'histoire de PI\tYann Martel/XYZ\t-/I Romans étrangers\t\t il cinquante nuances de Grey \u2022 Tome 1\tE.L.James/Lattès\t1/4 2 Le siècle \u2022 Tome 2 L'hiver du monde\tKen Follett/Robert Laffont\t-/I 3 Une place à prendre\tJ.K Rowling/Grasset\t2/5 4 Substance secréte\tKathy Relchs/Robert Laffont\t3/5 5 Une seconde chance\tNicholas Sparks/MIchel Lafon\t-/I 6 À découvert\tHarlan Coben/Reuve noir\t5/2 7 Troisième humanité\tBernard Werber/Albin Michel\t-/I 8 Uéfendre Jacoh\tWilliam Landay/MIchel Lafon\t4/2 9 Insaisissable \u2022 Tome 1 Ne me touche pas\tTahereh Mail/Michel Lafon\t7/2 10 Les morsures du passé\tUsa Gardner/Albin Michel\t9/5 Essais québécois\t\t il Les femmes au secours de l'économie\tMonique Jérôme-Forgel/Alain Stanké\t2/2 2 Lettres à un jeune politicien\tLucien Bouchard j Pierre Cayouefte/VLB\t1/7 3 Ueslqn?\tFrédéric Melz/Rammarlon Québec\t3/3 4 La maha Irlandaise de Montréal\tO'Arcy Q'Connor/La Presse\t4/4 5 Privé de soins.Contre la répression tranquille en santé Alain Vadeboncœur/ Lux\t\t5/3 6 Carré rouqe.Le ras-le-bol du Québec en 150 photos\tJacques Nadeau j Jacques Parizeau/FIdes 9/19\t 7 La juste part\tOavid Robichaud j Palrick Turmel/Aleller 19\t7/4\t 8 Brève histoire des femmes au Québec\tOenyse Balllargeon/Boréal\t9/2 9 Les clés de la Malson-Blanche.Sexe, fric et vote\tRichard Hélu j Alexandre SIrols/La Presse\t-/I 10 Le printemps des carrés rouges\tAndré Rappler | Bernard RIoux/M éditeur\t-/I Essais étrangers\t\t il Pour des villes à échelle humaine\tJan Gehl/Écosoclélé\t2/2 2 Reflets dans un œil d'homme\tNancy Huslon/Acles Sud\t1/7 3 Homo economicus, prophète (éqaré) des temps nouveaux Oanlel Cohen/Albin Michel\t\t-/I 4 Le prix de l'Inégalité\tJoseph Eugene Sllglllz/les Uens qui llbèrenl -/I\t 5 Les lois fondamentales de la stupidité humaine\tCarlo M.Clpolla/PUF\t5/11 6 Oestruction massive.Géopolitique de la faim (Édillon revue) Jean Ziegler/ Points\t\t9/2 7 La fin.Allemagne 1944-1945\tlan Kershaw/Seull\t-/I 8 La pensée de Bleu\tIgor Bogdanov 1 Grichka Bogdanov/ Grassel -/I\t 9 Corps de papier.Résonnances\tAndrea Qberhuber/Nola bene\t-/I 10 Bans les pas d'Obama.Au cœur du pouvoir amérlcalr\t1 Tangl Quéméner/Laftès\t-/I 4487, de la Roche, Montréal \u2022 514 522-8848 \u2022 1 888 522-8848 bonheurdoccasion@bellnet.ca \u2022 www.abebooks.fr/vendeur/bonheurdoccasion La BTLF (Société dé géstion dé la Banqué dé titrés dé langué françaisé) ést propriétairé du s^émé d\u2019information ét d\u2019analysé 6 sur Iss ïsntss ds livrés français au Canada.Cs palmarès sst sxtrait ds Basparist sst constitué dss rslsvés ds caisss ds 215 points ds ïsnts.La BTLF rsçoit un soutisn financisr ds Patrimoins Canadian pour lé prajst Baspari © BTLF, touts rspraduction totals ou partislls sst intsrdits. F 4 LE DEVOIR, LES SAMEDI 3 ET DIMANCHE 4 NOVEMBRE 2012 LITTERATURE Le point sur le i ou les décalages existentiels de Gilles Pellerin CHRISTIAN DESMEULES Le tapis leur glisse sous les pieds.Ils ne se reconnaissent plus ou on les prend pour d\u2019autres.Un homme dont «le bois a durci» vibre en passant aux clameurs révolutionnaires de la jeunesse.Un autre s\u2019essaie à jouer en public le jeu dangereux de la séduction renouvelée avec sa femme.Un autre encore (le même ?) se tourne vers son enfance et ne voit qu\u2019une forme vague, tandis que son propre reflet dans le miroir lui renvoie une tête qu\u2019il ne reconnaît pas.La vie?Pfft! Comme un coup de vent.Et quand le passé lui rend visite, c\u2019est sous la forme des vieilles terreurs du gamin qu\u2019il a été, préparé à tout pour son cours d\u2019éducation physique, sauf à ce qu\u2019on lui demande son nom.i2 (i carré) fait ainsi défiler sur ce mode étonné, narquois ou légèrement paranoïaque 80 courtes nouvelles de Gilles Pellerin, fervent nouvelliste et fondateur des éditions de L\u2019Instant même à Québec.Une manière de prolongement d\u2019T (i tréma) paru en 2004, où l\u2019auteur privilégie une utilisation plutôt ludique \u2014 et parfois décalée \u2014 du langage.L\u2019usure lente.Le magma des années.Le temps qui passe \u2014 avec une montre au poignet qui fait tic tac ou une Gilles Pellerin est un fervent nouvelliste et le fondateur des éditions de L\u2019Instant même à Québec.douleur au genou qui ne vous quitte plus.Pour l\u2019un des avatars de Gilles Pellerin, rien n\u2019y fait: «Il n\u2019y a ni fin ni commencement, mes jours sont tramés à la manière d\u2019un papier peint aux motifs sans cesse répétés dans lesquels j\u2019avance comme une vis sans fin.» On retrouve dans i2 (i carré) plusieurs nouvelles où un couple se dissout lentement dans l\u2019irréalité, où les vieilles amitiés ne sont plus que de rassurantes balises, où les enfants désertent la maison.Un homme accuse le narrateur d\u2019une des histoires de ne pas être réellement Gilles Pellerin.Quelques scènes tor- dues de la vie académique.Un peu partout, le décalage est roi.Les identités sont flottantes.On n\u2019y met pas toujours les points sur les i.Et parfois, il est vrai, c\u2019est suffisant pour illuminer l\u2019un de ces courts «textes narratifs».Et pourquoi, dans une histoire, devrait-il à tout prix se SOURCE IDRA LABRIE passer quelque chose?On peut aussi essayer d\u2019épingler l\u2019inquiétude et le décentre-ment.Saisir cette seconde d\u2019affolante lucidité quand l\u2019œil exprime la compréhension \u2014 ou, à l\u2019inverse, une incompréhension absolue et terrifiante.L\u2019auteur de Ni le lieu ni l\u2019heure et de Je reviens avec la nuit l\u2019a bien compris.On peut très bien s\u2019arrêter à cet instant décisif et furtif où quelque chose, justement, ne se passe pas.Comme ici : « Ce matin, en entrant dans la salle de bains pour se raser, il a été surpris de se retrouver face à un homme lui-méme étonné de se retrouver face à quelqu\u2019un.» Pour ne prendre qu\u2019un exemple de ces narrateurs un peu autistes qu\u2019on retrouve à la pelle dans i2 (i carré) et qui avancent à tâtons à travers les méandres de leur conscience ébréchée.Bien sûr, le procédé n\u2019est pas nouveau.On l\u2019a déjà lu cent fois, et avec souvent plus de bonheur \u2014 notamment sous la plume de Cortâzar.Vous resterez dubitatifs.Souvent.Vous pourrez sourire au spectacle de la folie qui accomplit son œuvre.Tandis que beaucoup d\u2019autres vous donneront l\u2019impression de tomber à plat ou de se répéter.Mais le décalage agit.Comme si chacune de ces nouvelles commandait d\u2019être multipliée par elle-même et portait déjà, en creux, son propre poids de silence et d\u2019inquiétude.Comme si cette fonction au carré que nous suggère le titre agissait comme un prolongement fertile de l\u2019histoire au-delà du point final.Collaborateur Le Devoir 12 (I CARRÉ) Gilles Pellerin L\u2019Instant même Québec, 2012,166 pages À Berlin, derrière le Mur GILLES ARCHAMBAULT Il suffit d\u2019avoir traversé une fois en touriste le mur de Berlin pour avoir retenu du régime communiste qui y régnait une forte image de tristesse.Tout semblait arrêté, caduc, grisâtre.Ce n\u2019est certes pas Quand la lumière décline d\u2019Eu-gen Ruge qui dissiperait cette impression.Couronné par le Deutscher Buchpreis, le grand prix littéraire allemand, ce roman raconte deux déclins : celui de l\u2019Allemagne de l\u2019Est et celui d\u2019une famille liée au pouvoir politique dominant.C\u2019est peu dire que d\u2019avancer qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un portrait vi-triolique.La société allemande sous la férule de la RDA est décrite dans toutes ses failles.On s\u2019épie, on se décerne à l\u2019envi des décorations auxquelles on n\u2019accorde qu\u2019une valeur de moins en moins évidente et, surtout, on devine que les choses agonisent et que son bien-être ne va pas durer.Le romancier nous décrit une réalité politique chancelante.Ses acteurs n\u2019ont plus la foi.Court une devinette.Quels sont les quatre principaux ennemis du socialisme?Réponse: «Le printemps, l\u2019été.l\u2019automne et l\u2019hiver.» On a depuis longtemps cessé de croire aux diktats de la propagande officielle.Seul le vieux Wilhem peut encore entonner l\u2019hymne qui veut que «Le parti, le parti a toujours raison / Camarades, telle est la leçon / Car qui se bat pour le droit / L\u2019emporte à chaque fois / Contre le mensonge et l\u2019exploitation ».On croit de moins en moins à la ronde que «De l\u2019esprit de Lénine, / Grandit sous la poigne de Staline / Le parti, le parti, le parti».Dès qu\u2019on le peut, on traverse le Mur.Plutôt que de suivre un ordre strictement chronologique, comme il est de coutume dans les sagas, Eugen Ruge bouleverse les moments historiques.Le lecteur doit ainsi passer dans le désordre de 1952 à 2001, de 1961 à 1989, de 1976 à 1995.Le procédé du flash-back, habilement maîtrisé, n\u2019en nécessite pas moins, surtout au début du roman, une attention soutenue.Que l\u2019auteur soit un mathématicien de profession n\u2019a rien pour étonner.Il y a tout au long de ce roman une netteté admirable.Qu\u2019il travaille pour le théâtre et la radio en tant qu\u2019auteur ne surprend olivien Librairie & Bistro Au cœur de la société Jeudi 8 Novembre à 18 heures RGUWEriT M Entrée libre Réservation obligatoire Librairie : 514 739-3639 Bistro : 514 739-3303 5219, Côte-des-Neiges Métro Côte-des-Neiges Causerie Sous PEINE D\u2019ÊTRE IGNORANT Quelle culture générale commune la société peut-elle et doit-elle encore transmettre aux jeunes Québécois?Telle est la question qui sera débattue lors du lancement d\u2019un numéro spécial d\u2019Argument, destiné à souligner les 15 ans de la revue.Intitulé « Sous peine d\u2019être ignorant », ce numéro aligne 25 notions, œuvres, événements, personnages que tout jeune gens au Québec se doit de connaître, « sous peine d\u2019être ignorant ».Avec Lise Bissonnette Alain Farah Patrick Moreau Daniel Tanguay Animée par Marie-Andrée Lamontagne Le parti, le parti a toujours raison / Camarades, telle est la leçon / Car qui se bat pour le droit/ L\u2019emporte à chaque fois / Contre le mensonge et l\u2019exploitation Extrait de Quand la lumière décline pas non plus.C\u2019est dans les dialogues qu\u2019il trouve sa force d\u2019évocation.Ils sont précis, vont droit au but.Les personnages, dont on pourrait craindre qu\u2019ils ne soient que des fantoches chargés de véhiculer une thèse, sont à l\u2019inverse très vivants.Wilhem, qui à 90 ans n\u2019a plus toute sa tête, ne fait que rabâcher les raisons qui l\u2019ont fait rentrer du Mexique en 1952 pour aider, croyait-il, à la création en Allemagne d\u2019un État socialiste.Son fils, Kurt, qui a connu les camps de rééducation soviétiques, survit grâce à son attitude accommodante par rapport au pouvoir.Son union avec Irina, son épouse russe, bat de l\u2019aile.Il s\u2019en console auprès d\u2019une citoyenne compatissante pendant qu\u2019Irina demande à l\u2019alcool un soutien que la vie ne lui apporte pas.Alexander, le petit-fils, supporte mal le service militaire, fait un mariage désastreux et, apprenant qu\u2019il est atteint d\u2019une maladie terminale, se réfugie au Mexique.Quant à Markus, son fils, il est comme la plupart des adolescents de son époque un amateur de musique américaine, de paradis artificiels et de vie de bohème.Si l\u2019aspect politique donne sa coloration au roman, il ne le résume pas.On pourrait tout aussi bien le lire comme un récit de l\u2019incommunicabilité.Wilhelm s\u2019isole dans sa sénilité.Charlotte, sa femme, n\u2019a qu\u2019un souhait, qu\u2019il disparaisse de sa vie.Kurt s\u2019imagine croire encore aux idéaux passés, mais il sait qu\u2019il s\u2019illusionne.Irina accepte mal de vieillir et de voir s\u2019atténuer sa beauté.Alexander n\u2019a jamais cessé d\u2019avoir peur, de tout, de la vie, des femmes.Comme description d\u2019un monde sans espoir, dont l\u2019Allemagne de l\u2019Est ne serait qu\u2019une illustration parmi tant d\u2019autres, c\u2019est une réussite totale.Un roman, en tout cas, dont la lucidité est la principale caractéristique.Quand la lumière décline, proclame le titre du livre.Celui d\u2019un régime, mais aussi de destins humains.Irina apprendra que sa vie est terminée lorsqu\u2019elle sera mise en présence d\u2019une chose qui devrait la réjouir, sa belle-fille est enceinte.«Elle comprit que cette femme, cette femme à l\u2019apparence anodine, avec ses jambes courtes et ses yeux perçants, avec ses ongles qui n\u2019étaient pas particulièrement bien soignés et sa coiffure qui ne ressemblait à rien \u2014 que cette femme était en train de faire d\u2019elle, Irina Petrovna, à peine cinquante ans de son vrai âge, une grand-mère.» Comment se réjouir que la vie se perpétue quand on n\u2019a plus d\u2019espoir ?Collaborateur Le Devoir QUAND LA LUMIÈRE DECLINE Eugen Ruge Traduit de l\u2019allemand par Pierre Deshusses Éditions Les Escales Paris, 2012, 423 pages EN LIBRAIRIE Fernand Harvey LA VISION CULTURELLE D'ATHANASE DAVID 268 pages, illustre, 24,95$ wwwdelbussoediteurca La gravité dérisoire de la Corse selon Jérôme Ferrari GUYLAINE MASSOUTRE Concourt?Eemina?Interallié?Le sermon sur la chute de Rome, de Jérôme Eerrari, figure sur les dernières sélections des grands prix.Nous en apprécions la narration, et la question tant de Leibnitz que de Voltaire : quel est le meilleur des mondes possibles ?Toutefois, rien ne nous attachera longtemps aux personnages: ils s\u2019anéantissent dans leur chute.Le titre est beau, un peu trompeur cependant.Il est ici question d\u2019une réalité de fiction, aussi vraie que le déluge, mais sans la légende, pu est en Corse, au XXI® siècle.A la fin du livre, on basculera dans une décadence impériale, pour redire, après le sermon d\u2019Augustin sur la chute de Rome, que c\u2019est dans l\u2019ordre des choses.Au Monde des livres, on a encensé ce livre comme pas un.Est-ce parce que Eerrari a renié ses trente-six bêtises dans l\u2019île de Beauté, son journalisme engagé dans les affaires corses, avant de trouver son chqmin de philosophe-écrivain?A noter qu\u2019il a passé par la traduction.Fraîchement paru chez Actes Sud, Murtoriu de Marc Bianca-relli: il l\u2019a traduit du corse avec Marc-Olivier Ferrari et Jean-François Rosecchi.Ferrari aime les histoires âpres et brosse le portrait de figures locales difficiles à estimer.Un empire sans repli Le sermon sur la chute de Rome commence par une photo de famille et finira sur la mort du grand-père.La boucle est bouclée, sur un bilan ou retour au passé.Cela commence quand deux amis d\u2019enfance villageoise, venus étudier à Paris, se retrouvent en Corse, par un concours de circonstances, pour y tenir un café.Le pays souffre de déshérence.Or tout part en lion.Les affaires marchent, grâce à des artifices féminins assez minables et des relations pas trop normales, pas trop compliquées, pourquoi s\u2019en faire, c\u2019est le meilleur des mondes.Chacun ferme les yeux sur ce qui va mal, on regarde ailleurs.Ni exigence morale, ni grands sentiments, les amis font la belle vie, même un peu idiote: «Dieu ne méritait aucune louange car Mathieu et Libero étaient les seuls dé- miurges de ce petit monde.» Et cela se gâte.Faut-il que saint Augustin se mêle de changer l\u2019angle de vue ?Que s\u2019insinue le partage du bien et du mal, comme au paradis terrestre?Les longues phrases de Ferrari, tenues, mais pas très rythmées, souvent familières et creusant le pessimisme, sont teintées d\u2019un humour qui gronde sous la normalité.Les citations des sermons d\u2019Augustin encadrent la narration et plombent ce qui va arriver.Du bar à l\u2019église, et vicç versa, il n\u2019y a que trois pas.A partir du cinquième chapitre (sur sept), le ton change: le Verbe se faufile sous les portes mal closes.Ferrari a lu la Bible, Leibnitz et Celan.Seule éternité: les ténèbres.Lorsqu\u2019il transporte son histoire en Afrique, l\u2019avenir de la Corse bascule.Là se produit la chute de Rome, l\u2019effondrement des sujets et l\u2019inénarrable repli.De rharmonie au chaos On dit que Ferrari bâtirait un cycle, dont ce roman fait partie.On aimerait.Quelques personnages se croisent d\u2019un livre à l\u2019autre, avant qu\u2019ils ne tombent.On s\u2019enfonce dans des pages douloureuses.Il y a des ventres qui se frottent, des piliers de bar qui provoquent la rumeur, des haines et des jalousies, et une voix qui juge : «Car Dieu n\u2019a fait pour toi qu\u2019un monde périssable.» Les personnages grimacent de plus en plus, faisant un gâchis du destin qui les emporte.C\u2019est un roman qui parle d\u2019erreurs, d\u2019égarements irréparables, de nuit cruelle à qui ne s\u2019en défend.Entre drame et tragédie.«Tout ce qu\u2019on dit sur la Corse est faux», prétendait Flaubert, qui a ouvert l\u2019espace littéraire en s\u2019attaquant aux clichés.On est ici en effet bien loin des flibustiers et des bergers, au cœur d\u2019un piège qui, à côté des magnifiques romans de vendetta corse de Marie Ferranti, est aujourd\u2019hui signé d\u2019un plus métaphysique Jérôme Ferrari.Collaboratrice Le Devoir LE SERMON SUR LA CHUTE DE ROME Jérôme Eerrari Actes Sud Arles, 2012, 201 pages LE DEVOIR, LES SAMEDI 3 ET DIMANCHE 4 NOVEMBRE 2012 F 5 LIVRES ^ ^05 courses '^autourdupnonde Wiiju» Datait Mt iCùyt ifiwc Swlwftt Mt Ment J Dalla RÉCITS DE VOYAGE NOS COURSES AUTOUR DU MONDE Collectif Bertrand Dumont éditeur Montréal, 2012, 305 pages Va tfatxt$ajaaarih faKalBtaaa i Hxehi Dti otifn ftobinJlüiK f ïmCIi fltion fwim (f f\tflÿ La Course destination monde, présentée à Radio-Canada sous différentes déclinaisons de 1988 à 1999, a fait école et surtout fait rêver des générations de jeunes vidéastes en herbe, qui ont suivi cette émission phare, réapparue récemment en version moins aventurière sur la chaîne câblée Evasion.Ce recueil de souvenirs d\u2019une dizaine de concurrents de certaines éditions de la Course s\u2019adresse aux fidèles des incarnations radio-canadiennes, qui se rappelleront les « coureurs» sondés, dont la plupart œuvrent aujourd\u2019hui dans le milieu du cinéma ou de la télévision.Dans ces textes de longueur, de forme et d\u2019intérêt variables, les coureurs évoquent anecdotes et impressions de cette expérience exceptionnelle et certains y vont d\u2019une réflexion sur l\u2019héritage de ce concept, qui pour plusieurs a été l\u2019amorce d\u2019une carrière médiatique.En préface, le cinéaste et lauréat de l\u2019édition 1992-1993, Philippe Ealardeau, évoque cet héritage, en écorchant au passage les téléréalités d\u2019aujourd\u2019hui et plaidant pour un «espace de création libre et intelligent sur nos ondes».La piètre qualité de l\u2019édition de ce recueil, au demeurant fort sympathique, ne devrait pas rebuter les vrais «fans» de la Course, qui y trouveront leur bonheur.Amélie Gaudreau DE QUOI LE QUÉBEC A-T-IL BESOIN EN ÉDUCATION?MCVr l B EMTREf IH% ENTRETIENS DE QUOI LE QUÉBEC A-T-IL BESOIN EN ÉDUCATION?Collectif sous la direction de Jean Barbe, Marie-France Bazzo, Vincent Marissal Leméac Montréal, 2012,196 pages «De manière générale, le Québec se fout de Véducation.» La dureté du constat que fait Ma-rie-Erance Bazzo dès les premières lignes de la préface témoigne néanmoins de l\u2019urgence de remédier à la situation.Et c\u2019est en quelque sorte la prémisse à une réflexion en profondeur \u2014 quoiqu\u2019imparfaite, disent les idéateurs de ce recueil d\u2019entretiens \u2014 sur la façon dont nous éduquons ou, surtout, devrions éduquer nos enfants.Bazzo, Vincent Marissal et Jean Barbe donnent ainsi la parole à 11 personnes proches du milieu (le philosophe Normand Baillargeon, le sociologue Guy Rocher, la scénariste Eabienne Larouche.), qui posent des diagnostics justes et partagent leurs vues, parfois très pratiques, sur le système idéal.Décrochage, écoles privées versus écoles publiques, culture générale.les thèmes sont éculés (peut-être pas, au fond), mais le livre a le mérite de les revisiter intelligemment, en allant à l\u2019essentiel.Lisa-Marie Gervais BANDE DESSINEE îe ronoy^d rnoi Les anecdotes de Claude Jean Devirieux LOUIS CORNELLIER T ournaliste à la radio et à la J télé de Radio-Canada pendant plus de trente ans \u2014 il a pris sa retraite en 1986 \u2014, Claude Jean Devirieux a accumulé des tonnes d\u2019informations qui, pour diverses raisons, n\u2019ont jamais été rendues publiques.Dans Derrière Vin-formation officielle.1950-2000, il présente, sous forme d\u2019abécédaire, plusieurs de ces histoires d\u2019inégal intérêt.Versé dans l\u2019anecdote, Devirieux raconte avec amusement le stratagème utilisé par les moines de Saint-Benoît-du-Lac, dans les années 1950-1960, pour frauder l\u2019assurance chômage, sa nomination à titre de spécialiste radio-canadien de l\u2019exploration spatiale, en 1975, attribuable à sa lecture de Tin-tin et, sur un ton plus grave, les derniers mois de vie de Judith Jasmin, «morte quasiment seule dans sa chambre de VHô-pital Notre-Dame».Obsédé par les incohérences de la version officielle de la Crise d\u2019octobre 1970, Devirieux consacre plusieurs entrées de son abécédaire à ce dossier.Sur la base de confidences qu\u2019il a reçues, il affirme que Louis Laberge était un agent double de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) qui a joué un rôle trouble dans le Eront de libération du Québec (ELQ), que «le fédéral était pour le moins heureux d\u2019être débarrassé de Pierre Laporte», étant donné les liens de ce dernier avec la mafia, que la GRC savait dès le départ où étaient séquestrés Cross et Laporte et que, grosso modo, en 1970, «les autorités fédérales ont mis au point et réa- Claude Jean Devirieux Dcriicrc rmformatiun ofïkiclk - lafro [En 1970] les autorités fédérales ont mis au point et réalisé la plus vaste opération de manipulation de Vopinion publique québécoise de tous les temps avec Vaide de Varmée, yy Extrait du livre Derrière llnformation officielle.1950-2000 Usé la plus vaste opération de manipulation de Vopinion publique québécoise de tous les temps avec Vaide de Varmée».S\u2019il faut en croire l\u2019ex-journa-liste, les espions \u2014 québécois, canadiens, états-uniens et britanniques \u2014 pullulent au Canada depuis 1950.Trudeau a été espionné, Lévesque aussi, et Devirieux lui-même n\u2019a pas échappé à la surveillance policière.En 1975, il a même été codifié par un policier qui faisait le guet devant sa maison et, en 1980, lors d\u2019un cambriolage de son domicile, seul son dossier sur la Crise d\u2019octobre a disparu.Se présentant comme un «témoin aussi honnête que curieux», comme un strict «observateur», Claude Jean Devirieux n\u2019en arrive pas moins à conclure que, sous Trudeau, «le Canada a rasé le fascisme» et que le pays, à cause du système électoral qui concentre trop de pouvoir dans les mains d\u2019un premier ministre élu par une minorité de la population, n\u2019est pas une démocratie et flirte avec la dictature.Médiocrement informé par des médias privés commerciaux sans envergure et par une société d\u2019État contrôlée par le gouvernement, continue Devirieux, le peuple ne s\u2019en rend même pas compte.Pourtant, continue-t-il, «le Québec, tous partis confondus, est toujours perdant dans ses relations avec le reste du pays».Pire encore, ajoute-t-il, «jamais, nulle part, aucune nation n\u2019a été comme le Québec à ce point manipulé [sic], abusée, trompée, spoliée, baisée et sodomisée».Tout en cultivant un ton bonhomme, entre deux piques narquoises aux féministes, Devirieux, dans ces pages, frappe fort, mais ne brille pas toujours, quoi qu\u2019il prétende, par sa rigueur.Collaborateur Le Devoir DERRIÈRE LTNFORMATION OFFICIELLE 1950-2000 Claude Jean Devirieux Septentrion Québec, 2012, 292 pages JANE Fanny Britt & Isabelle Arsenault La Pastèque Les mots sont parfois durs, surtout quand on les inscrit au marqueur noir sur le mur des toilettes d\u2019une école.Par pure méchanceté.Hélène, une jeune fille dont la différence dérange, le sait, elle qui doit conjuguer son quotidien scolaire au temps de l\u2019intimidation et des allégations du genre «Elle sent le swing» ou «Elle pèse cent seize».Pour survivre à sa condition, l\u2019élève va s\u2019évader dans la lecture et surtout dans l\u2019Angleterre victorienne du Jane Eyre de Charlotte Bronte, où l\u2019existence lui semble meilleure.Lire pour survivre : le thème est porteur.Il est aussi porté magnifiquement par la plume de l\u2019auteure prolifique Eanny Britt, dont la pièce Bienveillance vient d\u2019être présentée à l\u2019Espace Go de Montréal, et surtout par le coup de crayon de l\u2019illustratrice Isabelle Arsenault.Écriture fine et percutante, trait intimiste : ce Jane explore avec une fausse apparence de légèreté la complexité des rapports humains et l\u2019odieux de la mécanique sociale du rejet.Brillamment, malgré l\u2019abus de noir et de blanc.Fabien Deglise 'y Yannick Roy La révélation inachevée Le personnage à 1 epreuve de la vérité romanesque Eï PrBMes de I Un vers te de Mi SCOTIABANK CILLER PRIZE thûy O'**\"\u2019 \"V / Pn« % Guylaine Beaud FELICITATIONS À L\u2019AUTEURE KIM THÛY FINALISTE AU PRIX CILLER 2012 POUR SON ROMAN RU Prix littéraires \u2022\tGrand Prix RTL-L/re 2010 (France) \u2022\tPrix littéraire du Gouverneur general 2010 (Canada) \u2022\tGrand Prix littéraire Archambault 2010 - Prix du public (Quebec) \u2022\tPrix Mondello pour la multiculturalite 2011 (Italie) Libre Expression | Trécarré | Stanké | Logiques | Publistar | GROUPE LIBREX www groupel brex corn Une société de Quebecor Media Albert Adam IN VINO VERITAS La science du vin pour amateurs éclairés 50 ans ^ Yannick Roy La révélation inachevéer_ Le personnage à I epreuve de la vérité romanesque\u2014 Relire Cervantes, Balzac, ~ Flaubert, Valéry et Kundera Finaliste, prix littéraires ~ du Gouverneur général 2012 Normand Chaurette Comment tuer Shakespeare « Un chef d\u2019œuvre ' » -\tGilbert David, Spirale Prix Spirale Eva Le Grand 2012 Finaliste, prix littéraires du Gouverneur général 2012 Guylaine Beaudry Profession bibliothécaire « Un livre lumineux qui fait briller cette profession de l\u2019ombre.» -\tMarie D Martel, Biblwmancienne Martine Béland Kulturkritik et philosophie thérapeutique chez le jeune Nietzsche La civilisation comme maladie Albert Adam In vino veritas.La science du vin pour amateurs éclairés «.il est facile à consulter et surtout apporte les bonnes réponses.» -\tVins & vignobles Jean Després (dir) Lunivers des champignons « .un livre tout à fait exceptionnel ' » -\tPierre Gingras C\u2019est bien meilleur le matin TELECHARGEZ GRATUITEMENT UN DES 17 TITRES DE LA COLLECTION PROFESSION www.pum.umontreal.ca Les Presses de l'Université de Montréal COMMENT TUER SHAKESPEARE Martine Beland Kulturkritik et philosophie thérapeutique chez le jeune Nietzsche Les Presses de I Un versité de Montréal L'UNIVERS DES CHAMPIGNONS Sous la direction de JEAN DESPRÉS i w Université A de Montréal F 6 LE DEVOIR, LES SAMEDI ET DIMANCHE 4 NOVEMBRE 2012 ESSAIS Rompre avec le pessimisme Louis CORNELLIER Le printemps érable de 2012 n\u2019aura-t-il été qu\u2019une parenthèse dans le climat de déprime qui engourdit la société québécoise ?Pendant ces quelques mois, en effet, le volontarisme a retrouvé sa place dans le débat public.Il était possible, clamaient les militants, et des centaines de milliers de citoyens avec eux, de faire autrement.Le discours libéral de l\u2019adaptation aux lois du marché, de la concurrence, de la compétitivité financée par les utilisateurs de services publics n\u2019avait pas le monopole du réalisme.Une autre politique était possible, scandaient les manifestants, malgré les moqueries des éteignoirs stipendiés par certains grands médias.L\u2019élection du 4 septembre dernier, à cet égard, aura été décevante.Bien sûr, le Parti québécois (PQ), prudent allié des contestataires, a gagné, mais partiellement.Les représentants de la démission devant les diktats de l\u2019économie de marché ont récolté la majorité des voix exprimées.Le lendemain du vote, quand le PQ a voulu faire un peu payer les riches dans le dossier de la taxe santé afin de respecter une promesse électorale, ses adversaires, au nom de leur conception du réalisme, se sont braqués.On ne peut pas faire ça, ont-ils tranché.Les pessimistes, ceux qui croient que la société n\u2019est que la somme des intérêts individuels et qui se rabattent, selon les mots de l\u2019essayiste français Jean-Claude Guillebaud, sur «une approche strictement gestionnaire de la démocratie, approche a minima qui s\u2019accommode très bien d\u2019un État faible ou impotent», ces pessimistes, donc, auraient-ils raison?Dans Une autre vie est possible, «une réflexion très subjective sur l\u2019espérance», Guillebaud prend le contre-pied de cette thèse.Contre la désespérance Affligé par «la désespérance contemporaine», par cette «culture de l\u2019inespoir» qui affecte tout l\u2019Occident et le mène à se réfugier dans le fatalisme ou la dérision, Guillebaud, sans naïveté, veut plaider pour l\u2019optimisme.Il est bien conscient que le dernier siècle a été cruel pour les hérauts de l\u2019espérance.L\u2019aspiration égalitaire, reconnaît-il, a été «corrompue par les bolchéviques».La volonté de «construire l\u2019Histoire au lieu de la subir», de «réparer le monde», a été profanée par les nazis.Le «génie de la liberté», qui a vaincu ces monstres, s\u2019est rapidement rigidifié en un «catéchisme libéral» brutal.Malgré tout, «nous vivons mieux et plus longtemps que les générations précédentes», remarque Guillebaud, mais l\u2019espérance est dangereusement ébranlée.L\u2019essayiste, dans le style toujours lumineux qui caractérise son œuvre, s\u2019en désole et nous invite à renverser la vapeur.L\u2019espérance, l\u2019idée qu\u2019une action volontaire peut réparer le monde, est la grandeur de la culture occidentale judéo-chrétienne.Contre la sagesse grecque qui plaide pour V « adaptation à un monde qu\u2019elle renonce à transformer», la «subversion prophétique» juive refuse l\u2019éternel retour, la fatalité, et postule une histoire qui Jean Claude Guillebaud l IK '.-11111' VIL C'S( :)e,sGb=-: avance «en direction d\u2019un projet» de justice.Relayée par l\u2019idée d\u2019espérance chrétienne et par le concept laïque de progrès théorisé par les penseurs des Lumières, cette parole prophétique est animée par la «volonté de braver l\u2019impersonnalité cruelle du destin».Le communisme, qualifié à\u2019«hérésie judéo-chrétienne» par Guillebaud, a récupéré et trahi cette tradition, mais cette dernière, dans son essence, conserve toute sa noblesse et sa nécessité.«Une société qui n\u2019est plus \u201ctirée en avant \u201d par une valorisation de l\u2019avenir, une société sans promesse ni espérance, est vouée à se durcir, écrit Guillebaud.Ramené à lui-mème et cadenassé sur sa finitude, le présent devient un champ clos.Y prévalent les corporatismes inquiets, les frilosités communautaires, les doléances, le chacun-pour-soi et le cynisme impitoyable.» Le Québec, comme le reste de l\u2019Occident, n\u2019échappe pas à cette déplorable situation dominée par une approche comptable de la politique et une injonction culturelle au «lâcher-prise» social au profit d\u2019une relecture égotiste d\u2019une sagesse gréco-romaine frelatée.Dans les faits, pourtant, «la désespérance n\u2019est pas mieux fondée que l\u2019espérance», conclut Guillebaud, et cette dernière, pour notre salut, vaut mieux que la lâcheté railleuse ou prétendument réaliste.Un appel à la rupture Avocat de formation, partisan de la simplicité volontaire et militant de longue date pour la justice sociale, Dominique Boisvert partage l\u2019optimisme et le volontarisme de Guillebaud.«Le monde n\u2019est ce qu\u2019il est que parce que nous y consentons, de manière plus ou moins volontaire ou consciente, écrit-il dans Rompre! Le cri des \u201cindignés \u201d.Si nous voulons d\u2019un monde différent, il nous faut d\u2019abord ROMPRE avec celui qui est, et accepter l\u2019insécurité de l\u2019entre-deux.» Opuscule rédigé sur «le ton de la conversation» qui entend dresser un constat de «ce qui ne va pas» pour stimuler un éveil des consciences.Rompre ! se veut essentiellement un appel â en finir avec «l\u2019acceptation de l\u2019inacceptable».Il propose une rupture avec le culte de la consommation comme voie vers le bonheur, avec la vitesse comme mode de vie, avec un individualisme technophile qui défait le tissu social, avec la violence comme mode de résolution des conflits, avec le monopole de la propriété privée, avec la distraction abrutissante et avec la tentation de se prendre pour Dieu.Nous ne sommes pas nés, écrit Boisvert, pour produire ou pour «performer», mais pour «vivre debout, vivants, dignes, heureux».Sans proposer de nouveau modèle social précis, Boisvert, comme Guillebaud, redit sa confiance en l\u2019être humain, une «confiance métaphysique, un choix inspiré par [sa] propre tradition religieuse, et que l\u2019on nomme chez les chrétiens espérance».L\u2019Histoire n\u2019est pas finie.louisco@sympatico.ca UNE AUTRE VIE EST POSSIBLE Jean-Claude Guillebaud L\u2019Iconoclaste Paris, 2012, 234 pages ROMPRE! Le cri des «indignés» Dominique Boisvert Écosociété Montréal, 2012, 108 pages SOURCE TELE QUEBEC Pierre Bourgault (1934-2003) l\u2019une des figures intellectuelles de l\u2019indépendantisme au Québec.Indépendantisme et faux dilemmes MICHEL LAPIERRE Encore mieux que le premier, le second tome (1968-2010) qui achève VHis-toire intellectuelle de l\u2019indépendantisme québécois expose une évolution étonnante et parfois déconcertante.Orienté vers le progrès par trois titans, Lévesque, Parizeau et Laurin, le mouvement n\u2019a toutefois pas évacué le nationalisme lié aux fantômes de Groulx et de Duplessis.Cela se traduit par un lancinant et faux débat: nation ethnique ou nation civique ?Publié sous la direction de Robert Comeau, de Charles-Philippe Courtois et de Denis Monière, le précieux ouvrage de référence, auquel ont collaboré 25 observateurs expérimentés de la scène politique, traite d\u2019environ autant d\u2019intellectuels qui ont alimenté la réflexion sur la souveraineté.Devant le réalisme clair apporté par Lévesque, Parizeau et Laurin, l\u2019idée d\u2019une nation évolutive et inclusive aurait dû dépasser l\u2019opposition oiseuse entre l\u2019arrière-pensée ethnique et l\u2019angélisme civique.Une convergence culturelle ouverte au risque aurait pu balayer â la fois la peur chauvine et l\u2019indifférentisme desséchant.Mais, pour désigner la période qui s\u2019étend de 1995 â 2010, Courtois emploie une formule désespérante: «Le souverainisme, du blocage au déclin.» Dire que les années 60 et 70 exprimèrent un optimisme fou ! Comme le souligne Michel Sarra-Bournet dans son excellent chapitre sur René Lévesque, l\u2019esprit moderne du grand rassembleur des indépendantistes se résumait ainsi: «Il n\u2019y a plus de contradiction entre les causes sociale et nationale.La souveraineté est la conclusion logique de la Révolution tranquille.» Cette dernière avait fait de la libéra- tion nationale l\u2019objet d\u2019un désir irrésistible.Pour reprendre le mot de Lévesque, «l\u2019appétit vient en mangeant».Le sociologue utopiste Marcel Rioux, â qui Jean-Philippe Warren a le mérite de redonner une place de choix, allait plus loin.Il souhaitait que son futur pays «dépassât les autres sociétés» en devenant «plus humain, plus fraternel».Même Jacques Parizeau, en apparence plus terre â terre, affirma, dès 1967, que «le Québec voudra toujours davantage», note Louis Gill dans le texte dense qu\u2019il consacre â l\u2019homme politique.Le chapitre de Courtois sur Camille Laurin serait parfait si l\u2019auteur, en abordant «l\u2019identité complexée du peuple québécois» scrutée parle psychiatre, ne tentait pas de tempérer cette audace freudienne en lui associant un goût improbable pour le passéisme de Lionel Groulx ! Ce n\u2019est pas la seule faiblesse du livre.L\u2019analyse du souffle stimulant de Vadeboncœur, de Bourgault ou de Falardeau ne réussit pas â faire oublier, notamment dans les chapitres sur Fernand Dumont et Jean-Marc Léger (1927-2011), la pesanteur du faux dilemme entre la fidélité canadienne-française et la naissance d\u2019un Québec nouveau.Quand finirons-nous par distinguer la fossilisation du passé d\u2019avec la continuité de l\u2019histoire vivante ?Collaborateur Le Devoir HISTOIRE INTELLE(^UELLE DE ^\u2019INDEPENDANTISME QUEBECOIS Tome II Sous la direction de Robert Comeau, Charles-Philippe Courtois et Denis Monière VLB Montréal, 2012, 376 pages Sur les traces des anciens sages L\u2019œuvre de Lucien Jerphagnon GEORGES LEROUX Disciple de Vladimir Jankele-vitch, auquel il avait consacré sa thèse, Lucien Jerphagnon est l\u2019auteur d\u2019une œuvre considérable dans le vaste domaine de l\u2019histoire des idées.Sa riche bibliographie montre, derrière une diversité bien caractéristique des lettrés de sa génération, la constance de son intérêt pour la pensée et l\u2019histoire de l\u2019Antiquité tardive.On note, par exemple, sa grande édition des œuvres philosophiques de saint Augustin dans la Bibliothèque de la Pléiade, qu\u2019accompagne un merveilleux livre introductif dans la collection «Découvertes».Loin des sentiers battus, Jerphagnon s\u2019est en effet très tôt passionné pour la forme de vie des philosophes dans l\u2019Empire.Son étude sur l\u2019empereur Julien, qui était philosophe, illustre cet aspect de son travail.Comme Pierre Hadot, il s\u2019interroge sur les exigences d\u2019une pratique vouée â la lecture et â l\u2019écriture, dans un monde oû ces exercices sont le fait d\u2019une infime minorité.Que fait-on au juste dans ces écoles philoso-pljiques, subventionnées par l\u2019État depuis que Marc Aurèle leur a apporté son soutien?Dans une série d\u2019études rédigées comme des enquêtes sur la vie culturelle de la Rome tardive, l\u2019historien examine tous les témoignages disponibles et dresse un portrait de cette culture oû s\u2019affrontent, jusqu\u2019à la fin, les intellectuels chrétiens et les,païens.A en juger par l\u2019exemple d\u2019Alexandrie, oû la violence semble avoir été fréquente durant les années suivant l\u2019édit de Théodose (380), les philosophes réunis dans les écoles païennes n\u2019avaient pas la vie facile.Mais l\u2019intolérance était sans doute le lot de tous les partis et Lucien Jerphagnon, autant dans son Histoire de Rome que dans son Histoire de la pensée, deux ou- vrages de synthèse qu\u2019on vient de rééditer avec son étude sur les Césars, montre comment la philosophie a lutté durant ce demi-millénaire pour maintenir vivants les grands idéaux de la sagesse promus par les écoles.On peine â imaginer la dévastation de ces institutions, récurrente dans ces siècles d\u2019affrontement \u2014 que restait-il de l\u2019Académie d\u2019Athènes lors des visites d\u2019Hadrien au IF siècle ?\u2014, mais l\u2019édition des textes classiques, la richesse des interprétations, tout cela pointe vers une survivance de la tradition.Jerphagnon s\u2019interroge sur les exigences d\u2019une pratique vouée à la lecture et à l\u2019écriture, dans un monde où ces exercices sont le fait d\u2019une infime minorité Quand nous tentons de comprendre aujourd\u2019hui ce qu\u2019a signifié ce grand triangle, Athènes, Rome et Alexandrie, nous devons faire toute sa place â une histoire intellectuelle faite de grands déplacements, de confrontations très rudes et de vies personnelles courageuses.Les études de Jerphagnon ont le mérite de mettre en lumière cet aspect du choix de la sagesse dans un monde violent «Que devons-nous à Rome?», demande-t-il dans une étude qu\u2019on vient de réunir avec plusieurs autres dans un recueil.La réponse est nette : d\u2019abord Tuniversalisme.Dans cette culture centralisée, les philosophes ont le choix de soutenir l\u2019extension de cet idéal universel, mais ils peuvent aussi se replier sur des systèmes personnels, par exemple sur les gnoses de toute nature qui se nourrissent du grand métissage suscité par l\u2019évolution de l\u2019Empire.Saint Au^stin l\u2019Algérien, lisant rÉg5rptien Plotin, lequel enseignait â Rome, oû il avait un disciple syrien du nom de Porphyre, tout cela illustre la complexité de la vie philosophique de l\u2019Antiquité tardive.On s\u2019émerveille que les grandes traditions aient survécu, mais hélas pas avec le même bonheur: si le platonisme fut soutenu par les chrétiens qui y reconnaissaient leur vision du monde {Plato natura-liter christianus), ce ne fut pas le cas des stoïciens et des épicuriens.H y aurait beaucoup â dire sur le destin funeste de leurs bibliothèques, qui nous priva â jamais de leurs écrits.Dans de beaux entretiens qu\u2019il confia â Christiane Rancé, Lucien Jerphagnon revient sur sa jeunesse, ses études, ses maîtres.On y rencontre un homme modeste, presque timide, pénétré de cette sagesse des Anciens dont il étudia sous tous les angles le modèle concret.Témoin de cette génération des grands lettrés français, ceux pour qui Bergson était d\u2019abord l\u2019égal de Proust pour la beauté de l\u2019écriture, Jerphagnon demeure un grand maître.Il n\u2019aura pas connu le lit de Procuste oû sont tenus de se coucher ses héritiers, les contraintes de la spécialisation et de l\u2019érudition, la banalisation de l\u2019écriture.Il parlait sans doute comme on le voit écrire, avec un rythme doux, attentif, toujours dans cet exercice méditatif de l\u2019écriture repris des sages dont il avait fait ses modèles.Il est décédé le 16 septembre 2011, â l\u2019âge de 90 ans.Collaborateur Le Devoir LES ARMES ET LES MOTS Lucien Jerphagnon Préface de Jean d\u2019Ormesson Robert Laffont, «Bouquins» Paris, 2012, 1181 pages CONNAIS-TOI TOI-MÊME.ET EAIS CE QUE TU AIMES Lucien Jerphagnon Préface de Stéphane Barsacq Albin Michel Paris, 2012, 377pages DE L\u2019AMOUR, DE LA MORT, DE DIEU ET AUTRES BAGATELLES Lucien Jerphagnon Entretiens avec Christiane Rancé Albin Michel Paris, 2011, 264 pages \\cm Cléo Godin EN LIBRAIRIE LEO ÀLENVERS ÂL ENDROIT 120 pages 19 95$ www delbussoediteur ca L\u2019instant même félicite chaleureusement Camille Deslauriers lauréate du Prix littéraire des enseignants AQPF-ANEL catégorie nouvelles, pour Eaux troubles Camille Deslauriers Garni e Des auriers Eaux troubles Lnnkntmme Eaux ,, troubles Nouvelles, 106 pages, 16,95 $.Format électronique, 13 % wwwinstantmeme.com "]
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