Le devoir, 17 novembre 2012, Cahier G
[" SCIENCE ET CULTURE PRIX DU (illÉBEC Le prix Athanase-David est attribué en 2012 à France Théoret Page 4 Le prix Gérard-Morisset est accordé à Dinu Bumbaru Page 5 CAHIER THEMATIQUE G > LE DEVOIR, LES SAMEDI 17 ET DIMANCHE 18 NOVEMBRE 2012 PH\t \t \t \t \t 8 N O V E\tM B R E 2 0 12 Ils eussent dû être 13 à la grande table dressée en 2012 pour accueillir les heureux récipiendaires de la dernière cuvée des prix du Québec.Mais ils ne furent que 12, le médiatique septuagénaire montréalais qu\u2019est Leonard Cohen s\u2019avérant indisponible, allant de concert en concert, devant des foules qui dépassent souvent en nombre celles qui s\u2019entassent lors des grandes rencontres sportives.Mais lui aussi recevra cette médaille, oeuvre de Catherine Villeneuve, en cette année qui est aussi la trente-cinquième de cette institution qui vise à souligner l\u2019apport d\u2019artistes et de scientifiques dans la réalisation du Québec actuel.Science et culture, donc, étaient à l\u2019honneur à l\u2019Assemblée nationale quand, en cette fin d\u2019après-midi de mardi dernier 13 novembre, les 12 autres récipiendaires étaient reçus de façon solennelle.Une fois l\u2019an, le Québec se souvient.Et alors, tous et toutes découvrent que si un Languirand, connu et reconnu, façonne le Québec, il en va aussi de même pour un Vézina, qui, de professeur d\u2019université, est devenu initiateur d\u2019entreprises.Et ainsi de suite pour les autres lauréats dont on souligne enfin le mérite.PRIX WILDER-PENFIELD \u2018\u2022¦V « - -.s i V\t«mw'AHmU* \u2018\"iJ ¦¦ ¦ \u2018 '\u2022îsvA Jacques Languirand à reçu le Prix du Québec Guy-Mauffette pour célébrer une remarquable carrière radiophonique s\u2019étalant sur plus de 60 ans.PRIX GUY-MAUFFETTE Il n\u2019a toujours pas l\u2019intention d\u2019accrocher son micro ! JACQUES NADEAU LE DEVOIR À travers les décennies, Jacques Languirand a été de tous les coups, touchant à la fois au théâtre et à la radio, au design et à la télévision.Chaque fois, le communicateur s\u2019est fait précurseur, réinventant les paradigmes et n\u2019en faisant jamais qu\u2019à sa tête.Aujourd\u2019hui, pourtant, il croit qu\u2019il n\u2019est «plus dans le coup».Et s\u2019il se dit honoré de recevoir le Prix du Québec Guy-Mauffette pour célébrer une carrière radiophonique s\u2019étalant sur plus de 60 ans, le vieil homme ne peut faire autrement que d\u2019y percevoir ce qui commence à ressembler à « la fin d\u2019une bataille».JESSICA NADEAU « C\u2019 est difficile de l\u2019admettre, mais quand même.A 81 ans, il faut se faire une raison.Oui, cela m\u2019agace un peu qu\u2019on m\u2019offre quelque chose qui marque la fin de ma vie, mais cela va sans dire, d\u2019une certaine façon.» Comme être humain, journaliste et philosophe, Jacques Languirand s\u2019est interrogé à maintes reprises sur la mort.Et chaque fois qu\u2019il plongeait dans cette abyssale réflexion, il découvrait qu\u2019il n\u2019en aimait pas l\u2019idée.Mais, aujourd\u2019hui, pour la première fois, il fait la paix avec l\u2019inexorable fatalité humaine.«C\u2019est très nouveau pour moi de dire: ç\u2019a du sens de mourir.Ça du sens.J\u2019ai fait ma vie, elle a été très active et très pleine, utile pour beaucoup de gens aussi, et je dis cela sans prétention.Mais je suis content d\u2019avoir apporté ce que j\u2019ai pu apporter et il y a tout un bagage que je ne peux pas communiquer.Je vais partir avec lui et c\u2019est la vie.Et c\u2019est tout.» Générosité Dans sa maison westmoun-toise aux allures de musée, Jacques Languirand se livre avec une immense générosité.Tel un sage, qui a tant vu et tant vécu, il raconte sa vie, sans même attendre les questions, nous entraînant, de sa voix chaude et rassurante, dans une série d\u2019aventures rocambo-lesques vécues aux côtés des plus grands de ce siècle.Il avait 18 ans et s\u2019était fait virer de tous les collèges qu\u2019il avait fréquentés.«J\u2019étais très voyou», confesse-t-il, avant d\u2019ajouter en aparté: «Encore aujourd\u2019hui, d\u2019ailleurs.» Il s\u2019est donc embarqué, au tournant des années 50, sur un cargo pour la France, où il avait décidé, par curiosité, de faire sa vie.Cumulant les petits boulots, il visitait les grands lieux culturels et abordait tout un chacun avec l\u2019insolence de son jeune âge.A l\u2019époque, il voulait devenir homme de théâtre.Comédien, d\u2019abord.Plus encore, il voulait diriger sa propre compagnie de théâtre.De Paris au Rhin.Mais une rencontre avec le Québécois Guy Beaulne a changé le cours de sa vie, lorsque celui-ci lui a proposé de le remplacer au service canadien de la Radiodiffusion française, sous la direction du poète de l\u2019Académie française, Pierre Emmanuel.«J\u2019étais le petit.J\u2019étais un ignorant intéressé à se former.Pour moi, c\u2019était essentiel.» Il s\u2019enflamme, ses grands yeux bleus pétillent, ses mains s\u2019animent, suscitant l\u2019intérêt soudain d\u2019un chat indolent qui n\u2019a pas le temps de sau- ter sur le divan que son maître le repousse en le vouvoyant.«Non, mais, vous imaginez?J\u2019arrivais avec mon texte, et Pierre Emmanuel me demandait: \u201cQu\u2019avez-vous pour nous aujourd\u2019hui?\u201dAlors, il corrigeait mon texte devant tout le monde.Et il s\u2019écriait: \u201cMais non, malheureux! Vous allez passer pour un ignorant!\u201d Et moi, j\u2019étais rouge jusqu\u2019aux cheveux.» Il n\u2019a que de bons mots pour ces gens de la radio canadienne en France qui l\u2019ont éduqué.«Cesgens-là étaient de véritables pontes.Ils ont été mes mentors.» Une autre rencontre fortuite l\u2019a entraîné au camp franco-allemand de Lorelei, dans la vallée du Rhin, au milieu de milliers d\u2019étudiants qui tentaient de rebâtir l\u2019Europe.Entre deux discours politiques et une représentation artistique, c\u2019est tout naturellement que Jacques Languirand se met â y faire de la radio, organisant tout le travail et planifiant les émissions.«C\u2019était de l\u2019or de travailler avec tous ces gens.C\u2019était l\u2019université à temps plein.Et fêtais monsieur!», ra-conte-t-il en éclatant d\u2019un rire franc, faisant frémir ses légendaires sourcils blancs.et en Allemagne de l\u2019Est! Lorsque le mouvement s\u2019est essoufflé, pour le remercier de ses bons services, les organisateurs lui ont fait visiter l\u2019Allemagne de l\u2019Est, franchissant un mur qui n\u2019existait pas encore.Si le communisme l\u2019intéresse peu, le théâtre, lui, le faisait toujours rêver.Il a donc profité de son séjour pour rencontrer son idole, Bertolt Brecht.«Ils m\u2019ont gardé, même si, pour eux, j\u2019étais un Américain, fêtais en plein pays de type soviétique.Ce n\u2019étaient pas des farces.Et ce grand théâtre, immense, tout éclairé.C\u2019était fantastique.Et puis, Brecht m\u2019a demandé si j\u2019étais communiste.Là, fêtais embêté, fai répondu: ça m\u2019intéresse.Et c\u2019est ainsi que fai vécu à Berlin un certain temps.» Plus d\u2019un demi-siècle plus tard, Jacques Languirand se souvient de cette époque et de toutes ces rencontres qui l\u2019ont modelé, voguant de l\u2019une â l\u2019autre au gré de ses souvenirs.«C\u2019est le début de ma vie en Europe.Je crois que personne au Québec n\u2019a encore reçu ce récit » De René à Quatre chemins Il fait un autre petit saut dans le temps, évoquant René Lévesque, l\u2019homme qui a réussi â le convaincre de revenir au Québec pour travailler VOIR PAGE G 2 : LANGUIRAND La génétique joue dans nos vies Guy Rouleau est un curieux chercheur \u2014 c\u2019est le moins qu\u2019on puisse dire \u2014 puisqu\u2019il s\u2019intéresse non seulement à une foule de maladies, mais également à différentes branches de la médecine.CLAUDE LAFLEUR Directeur du Centre de recherche du CHU Sainte-Justine, professeur titulaire du Département de médecine de l\u2019Université de Montréal et titulaire de la Chaire de recherche du Canada en génétique du système nerveux, Guy Rouleau dirige également le Centre d\u2019excellence en neuromique et le Réseau de médecine génétique avancée du Fonds de recherche en santé du Québec.Ses travaux ciblent la compréhension des bases génétiques des maladies du cerveau.Il travaille sur plusieurs maladies neurologiques et psychiatriques ayant une composante génétique, dont la sclérose latérale amyotrophique, les accidents cérébrovasculaires, les anévrismes familiaux, les angiomes caverneux, l\u2019épilepsie, l\u2019ataxie spino-cérébrale, la paraplégie spas-tique, l\u2019autisme, le syndrome de Tourette, le syndrome des jambes sans repos, la schizophrénie et les désordres bipolaires.Il a entre autres localisé plus de 20 loci (emplacements physiques précis sur un chromosome) et contribué de façon significative â l\u2019identification de plus de 10 gènes responsables de maladies, ainsi qu\u2019â une meilleure compréhension de leur pathogenèse.Titulaire de nombreux prix \u2014 dont celui du scientifique de l\u2019année 1993 et un prix de l\u2019Ac-fas, en plus d\u2019avoir été consacré Officier de l\u2019Ordre national du Québec \u2014 voici qu\u2019il reçoit cette année le Prix du Québec Wilder-Penfield, qui couronne l\u2019ensemble de la carrière d\u2019un scientifique dans le domaine biomédical.«Je suis particulièrement heureux de recevoir ce prix, s\u2019empresse-t-il de dire, puisque le Québec est un endroit magnifique où il se fait de belles choses, des choses qui sont importantes pour moi.C\u2019est vraiment très significatif pour moi de recevoir ce prix!» Un neurologue formé à la génétique Dès l\u2019école primaire, Guy Rouleau s\u2019est passionné pour les sciences.«En 5\u201c année, f avais un ami dont le frère et le père faisaient de petites expériences de chimie, raconte-t-il.C\u2019était fascinant! fai ensuite eu mon propre labo dans mon VOIR PAGE G 2 : ROULEAU G 2 LE DEVOIR LES SAMEDI 17 ET DIMANCHE 18 NOVEMBRE 2012 PRIX Dü QUEBEC La médaille remise aux récipiendaires des Prix du Québec LANGUIRAND SUITE DE LA PAGE G 1 avec lui à Radio-Canada.Jacques Languirand esquisse un sourire nostalgique à la mémoire de son ami décédé depuis maintenant 25 ans.«René, quel gars merveilleux! Travailler avec René, c\u2019était extraordinaire.Il savait exactement ce qu\u2019il voulait.Je n\u2019ai pas vu souvent des gens qui savent ce qu\u2019ils veulent à ce point.» Il raconte les innombrables tentatives de René Lévesque pour le convaincre de faire le saut en politique.Mais ce métier ne Ta jamais intéressé autrement que comme journaliste.Aujourd\u2019hui, après 60 ans de vie radiophonique, dont les 40 dernières à la barre de la fameuse émission Par quatre chemins, Jacques Languirand n\u2019a pas encore l\u2019intention d\u2019accrocher son micro.«Je continue de faire mon émission à la radio et cela, c\u2019est essentiel.Chaque fois, je le fais dans la perspective de servir et d\u2019intéresser.» Sa vie en un mot?«Continuer, répond-il après une longue réflexion.Et même la mort, pour moi, c\u2019est une façon de continuer.Je n\u2019ai plus de vision tripative sur ce qui nous attend après la mort, mais je fais confiance à la vie et je fais confiance à la mort.» Le Devoir ROULEAU SUITE DE LA PAGE G 1 sous-sol.Eh oui, j\u2019ai fait quelques explosions et provoqué de petits feux, mais j\u2019ai survécu !, dit-il en riant.Je savais dès lors que je voulais faire de la science.» Curieusement, toutefois, le jeune Rouleau n\u2019était pas bon élève au secondaire, car ce n\u2019est qu\u2019à l\u2019université que son intérêt pour les études s\u2019est manifesté.«J\u2019étais fasciné par la biologie et par la chimie, dit-il, je me suis donc naturellement dirigé vers la biochimie!» Il a ainsi fait ses études de médecine, sachant cependant que sa vocation était la recherche.En 1983, son mentor lui conseille d\u2019aller en génétique : «C\u2019est ça, l\u2019avenir!», déclare celui-ci., A la suite de ses études aux Etats-Unis, le D\"\" Rouleau revient faire carrière à Montréal, «parce que c\u2019est ce que je voulais le plus au monde».Ce neurologue formé en génétique met donc sur pied une équipe de recherche afin d\u2019appliquer la génétique aux maladies du cerveau.«Mon but était de découvrir et de comprendre les facteurs génétiques qui prédisposent aux maladies du cerveau, dit-il.J\u2019ai aussi beaucoup travaillé sur des maladies génétiques qui affligent la population du Québec.» Dans le cadre de ses travaux, il parvient ainsi à comprendre les mécanismes situés à la base de maladies aussi variées que la sclérose latérale amyotrophique, la schizophrénie et l\u2019autisme, ainsi que le rôle qu\u2019y jouent les gènes.«Je me suis également beaucoup intéressé à la psychiatrie, puisque c\u2019était pour moi un grand défi que de lier la génétique et cette discipline, poursuit-il.On sait d\u2019ailleurs maintenant qu\u2019il y a d\u2019importants facteurs génétiques liés à des ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR Les récipiendaires des Prix du Québec pour Tannée 2012, en compagnie du ministre de la Culture et des Communications, Maka Kotto, et du ministre de l'Enseignement supérieur, Pierre Duchesne.maladies comme l\u2019Alzheimer, la schizophrénie, la bipolarité et l\u2019autisme.» De même, en s\u2019intéressant au suicide, le chercheur s\u2019est posé la question: qu\u2019est-ce qui fait que certaines personnes passent à l\u2019acte et d\u2019autres pas?«Le suicide n\u2019est pas une maladie génétique, insiste-t-il, mais il y a des facteurs génétiques liés, par exemple, à l\u2019impulsivité.» Guy Rouleau en vient même à penser que la plupart des troubles humains pourraient avoir une composante génétique.Il cite l\u2019exemple surprenant des accidents de voiture ! «Bien sûr, pense-t-on, ça n\u2019a rien à voir avec la génétique!, avoue-t-il sans peine.Par contre, il y a certains traits de personnalité \u2014 comme prendre des risques inconsidérés \u2014 qui prédisposent aux accidents de voiture.» Le D\"\" Rouleau voit poindre la fin de sa carrière, mais il demeure toujours aussi avide.«J\u2019aimerais compléter toutes les histoires que j\u2019ai commencées, dit-il.Par exemple, on a trouvé beaucoup de gènes et de mécanismes liés à la schizophrénie et à la maladie bipolaire, mais on ne voit pas encore \u201cla forêt\u201d.» «Disons que c\u2019est un casse-tête et qu\u2019on a beaucoup de morceaux, mais qu\u2019on n\u2019a pas encore l\u2019image globale, explique-t-il.Or connaître tout le portrait d\u2019une maladie nous permettra non seulement de poser de bons diagnostics, mais également d\u2019intervenir efficacement.» «Si on ne comprend pas le problème fondamental, on ne peut se rendre à l\u2019essence du problème, poursuit le D*\" Rouleau, et moi, c\u2019est cette essence que j\u2019aimerais découvrir.J\u2019aimerais faire partie du groupe qui découvrira ces essences et je pense qu\u2019on n\u2019est pas si loin; je pense même qu\u2019on y parviendra avant que je n\u2019aie terminé ma carrière.» Toutefois, pour y parvenir, le directeur du Centre de re- cherche du CHU Sainte-Justine a besoin de «joueurs étoiles» dans son équipe de chercheurs.«Si j\u2019ai fait tant de découvertes, explique-t-il, c\u2019est que j\u2019avais toujours quelqu\u2019un d\u2019exceptionnel dans mon équipe.C\u2019est un travail d\u2019équipe, vous savez, et, dans l\u2019équipe, il faut toujours compter sur des étoiles.Et des étoiles, il n\u2019y en a pas beaucoup dans le monde, mais je suis très chanceux car j\u2019en ai toujours eu.J\u2019aimerais toutefois en avoir davantage!» Collaborateur Le Devoir LES PRIX DU QUEBEC cuiture \u2022 science es lauréates et les lauréats des Prix du Québec ont consacré leur carrière et leur vie à une cause, à un domaine.Ils ont contribué non seulement au développement exceptionnel de leur champ d\u2019expertise, mais aussi à l\u2019avancement culturel, social, scientifique et économique du Québec.Grâce à eux, notre savoir-faire et notre culture ont rayonné ici comme partout ailleurs dans le monde.Leur constante discipline et leur désir de transmettre leur savoir en ont fait des modèles d\u2019inspiration pour les générations à venir.Voilà la preuve qu\u2019il est possible de construire un pont entre des gens de différentes générations unis par une même passion.C\u2019est avec une grande fierté que nous faisons valoir l\u2019héritage qu\u2019ils lèguent en leur décernant la plus haute distinction gouvernementale dans les domaines de la culture et de la science.Nous tenons à remercier mesdames Louise Nadeau et France Théoret ainsi que messieurs Louis Bernatchez, Edwin Bourget, Dinu Bumbaru, Leonard Cohen, John Howard, Jacques Languirand, Paul-André Linteau, André Melançon, Benoît Melançon, Guy Rouleau et Louis-Philippe Vézina.Le gouvernement du Québec reconnaît leur apport inestimable à l\u2019avancement de notre société.Au nom de toutes les Québécoises et de tous les Québécois, nous leur témoignons notre plus profonde gratitude.Le ministre de la Culture et des Communications, Maka Kotto Le ministre de l'Enseignement supérieur, de la Recherche, de la Science et de la Technologie, Pierre Duchesne % Louis Bernatchez BIOLOGIE DE LA CONSERVATION PRIXMARIE-VICTORIN Louise Nadeau PSYCHOLOGIE PRIX MARIE-ANDRÉE-BERTRAND Edwin Bourget ÉCOLOGIE MARINE PRIXARMAND-FRAPPIER \"0 Benoit Melançon ÉDUCATION PRIX GEORGES-EMILE-LAPALME John Howard ARTS VISUELS Paul-André Linteau HISTOIRE PRIX PAUL-EMILE-BORDUAS PRIXLEON-GERIN Louis-Philippe Vezina BIOTECHNOLOGIE PRIX LIONEL-BOULET France Theoret LITTÉRATURE PRIXATHANASE-DAVID Visionnez les entrevues au: www.prixduquebec.gouv.qc.ca Jacques Languirand COMMUNICATION PRIXGUY-MAUFFETTE LE DEVOIR LES SAMEDI 17 ET DIMANCHE 18 NOVEMBRE 2012 G 3 PRIX DU QUEBEC PRIX GEORGES-EMILE-LAPALME Il démocratise et décloisonne la langue Accordé chaque année à une personne ayant contribué de façon exceptionnelle, par son engagement, son œuvre ou sa carrière, à la qualité et au rayonnement de la langue française parlée ou écrite, le prix Georges-Emile-Lapalme est remis cette année à Benoît Me-lançon, professeur, éditeur, auteur, blogueur et conférencier.EMILIE CORRIVEAU Bien qu\u2019il ait appris la nouvelle au beau milieu du mois de juillet, M.Melançon se souvient très bien du moment où on lui a annoncé qu\u2019il serait le lauréat du prix cette dinnée.« C\u2019était une très bonne semaine pour moi! Le lundi après-midi, j\u2019ai reçu un coup de téléphone qui m\u2019annonçait que j\u2019étais admis à l\u2019Ordre des francophones d\u2019Amérique.C\u2019est le président du Conseil supérieur de la langue française qui m\u2019a appelé pour m\u2019annoncer la nouvelle.J\u2019étais évidemment très content.J\u2019étais à la maison lorsqu\u2019il a téléphoné.Le mercredi, je sors 10 minutes et, quand je reviens, il y a un message dans ma boîte vocale de Christine St-Pierre, qui était ministre de la Culture à l\u2019époque et qui m\u2019annonçait que j\u2019allais recevoir le prix Georges-Emile-Lapalme.On a vu pire comme semaine», raconte M.Melançon, un sourire dans la voix.Honoré à plusieurs reprises depuis le début de sa faste carrière, M.Melançon reçoit ce prix avec enthousiasme.Pour l\u2019homme de lettres, il s\u2019agit d\u2019une belle reconnaissance de son apport à la société québécoise.«L\u2019année dernière, j\u2019ai gagné un prix de l\u2019Ac-fas, qui est un prix scientifique.Cette année, je gagne un prix culturel.Pour moi, c\u2019est très stimulant.Je considère que les scientifiques ont, bien sûr, un rôle à jouer dans leurs domaines de recherche, mais j\u2019estime que les scientifiques ont également un rôle à jouer dans la société.Le prix Georges-Emile-Lapalme reconnaît qu\u2019un îndîvîdu joue un rôle allant au-delà de son cercle scientifique habituel.Pour mol, c\u2019est une très belle reconnaissance», dit M.Melançon.Candidat idéal Amoureux de la langue française depuis son jeune âge, M.Melançon était un candidat tout désigné pour le prix Georges-Emile-Lapalme.Enfant, il dévorait déjà des livres, mais c\u2019est au cours de son baccalauréat en études françaises à l\u2019Université de Montréal que son intérêt pour la lecture s\u2019est transformé en véritable passion pour les mots.«J\u2019al décidé un jour de faire des études en littérature.C\u2019est le moment où je me suis aperçu concrètement qu\u2019on travaille avec des mots et pas avec des Idées ou des sentiments.De là mon Intérêt pour l\u2019affaire.On est entouré de mots: à la fols de mots qu\u2019on utilise lorsqu\u2019on parle et de mots qu\u2019on reçoit lorsqu\u2019on Ut.Mol, c\u2019est cela qui m\u2019intéresse.D\u2019abord, ce sont les mots de la littérature, parce que c\u2019est ma formation, mais ce sont aussi les mots de tous les jours, les mots des médias, les mots de Twitter », soutient-il.Après son baccalauréat, M.Melançon a poursuivi son parcours universitaire à la maîtrise puis au doctorat.11 a même poussé la chose jusqu\u2019à effectuer des études postdoctorales à l\u2019Université Laval et à Paris X-Nanterre.En 1992, il est devenu professeur à l\u2019Université de Montréal et, quinze ans plus tard, il s\u2019est retrouvé à diriger le Département des littératures de langue française de cette université, département qu\u2019il dirige toujours d\u2019ailleurs.Plusieurs vies Très actif et pol5rvalent, M.Melançon cumule plusieurs vies professionnelles.En plus de ses fonctions à l\u2019université, il est directeur scientifique aux Presses de l\u2019Université de Montréal, où il dirige «Socius», une collection de sociocritique «Ce blogue-là, je Tutilise pour rendre publiques des questions qui ne doivent pas être des questions de spécialistes» REMY BOILY Benoît Melançon croit que son blogue sur la langue, Uoreille tendue, a séduit le jury.et d\u2019analyse du discours, ainsi que «Profession », un ensemble de textes de vulgarisation scientifique.11 fait également partie du Collège de sociocritique de Montréal et du comité de rédaction de la revue Éplstolalre de l\u2019Association interdisciplinaire de recherche sur l\u2019épistolaire (Paris) et à\u2019Essays In Erench Literature (Université de l\u2019Australie-Occidentale), en plus d\u2019être le correspondant canadien des revues Dlx-hultlème siècle et Recherches sur Diderot et sur l\u2019Encyclopédie.Au cours de sa carrière, il a écrit neuf ouvrages ainsi que des centaines d\u2019articles parus dans les plus prestigieuses revues.Depuis 2009, il commente également l\u2019actualité linguistique dans son blogue.L\u2019oreille tendue.S\u2019il concède que, en soi, son parcours chargé a pu suffire pour séduire le jury des Prix du Québec, M.Melançon juge qu\u2019une des principales raisons pour laquelle il s\u2019est vu remettre le prix Georges-Emile La-palme est qu\u2019il effectue un constant travail de démocratisation et de décloisonnement de la langue française, par le truchement de son blogue, en y traitant d\u2019une foule de questions qui la concernent.«La façon que j\u2019al d\u2019interpréter la décision du jury, c\u2019est de dire qu\u2019on a reconnu à la fols le travail que fal fait sur la langue, la langue que j\u2019utilise et ce que je fais avec mon blogue.Ce blogue-là, je l\u2019utilise pour rendre publiques des questions qui ne doivent pas être des questions de spécialistes.[.] Ce prix, c\u2019est donc aussi la reconnaissance d\u2019une nouvelle forme de communication avec le public.Je trouve formidable qu\u2019on reconnaisse le travail des gens qui utilisent le numérique pour diffuser une réflexion sur la langue», dit l\u2019homme.S\u2019évertuant à écrire chaque jour, même lorsque la santé ou l\u2019inspiration n\u2019y sont pas, M.Melançon ajoute que cette distinction le rassure quant à ses efforts.«Parfois, je me demande à qui je parle, confie en riant l\u2019homme de lettres.Il y a des jours où je fais des entrées en me disant que ça n\u2019intéresse personne.Mais ce prix me confirme qu\u2019il y a des gens qui me lisent et qui aiment ça.Alors, je vais continuer!» Collaboratrice Le Devoir PRIX MARIE-VICTORIN La génomique définit maintenant l\u2019origine des espèces Cette année, le prix Marie-Victorin, qui vise à récompenser la carrière et l\u2019œuvre d\u2019un scientifique québécois, est remis à Louis Bernatchez, professeur au Département de biologie de l\u2019Université Laval et titulaire de la Chaire de recherche en génomique et conservation des ressources aquatiques du Canada.Spécialiste de la biologie évolutive, de la génétique et des poissons, M.Bernatchez espère que ce prix saura donner de la visibilité à la biologie comme science présente dans le quotidien des gens sous toutes ses formes.JACINTHE LEBLANC Louis Bernatchez a toujours eu une âme de naturaliste.Pour celui qui a grandi en pleine nature, dans la grande région de Chaudière-Appa-laches, la biologie s\u2019est imposée par elle-même comme domaine de profession, puisqu\u2019il cherchait à garder contact avec la nature.Sa passion pour les poissons est venue plus tard.Maintenant professeur au Département de biologie de l\u2019Université Laval, M.Bernatchez a une carrière impressionnante.Bien qu\u2019il n\u2019ait pas de secret à propos de son succès, il dit avoir un milieu de vie serein et avoue être particulièrement efficace.Mais le truc réside dans l\u2019organisation de ses priorités et sa grande capacité à collaborer.«Les gens ont envie de travailler avec notre laboratoire, observe-t-il.Des gens de partout dans le monde viennent travailler avec nous.» Plus il y a de collaboration, plus il y a de possibilités de retombées en matière de publications.Pourtant, le professeur de biologie n\u2019est pas connu pour avoir fait une grande découverte en particulier.C\u2019est plutôt sa capacité de bien s\u2019entourer, d\u2019avoir un réseau important et de mettre à profit ses intuitions sur des sujets auxquels les autres n\u2019ont pas réfléchi qui garantit son succès.«Je pense qu\u2019une partie de l\u2019intérêt des choses que je fais, c\u2019est qu\u2019on apporte de nouvelles connaissances qui permettent de mieux gérer, tout en permettant l\u2019exploitation», explique-t-il.Et c\u2019est ce qui est arrivé avec la percée de l\u2019écologie moléculaire.Louis Bernatchez était présent au bon moment avec les bonnes personnes.«J\u2019ai fait partie d\u2019un petit groupe de personnes qui ont vu l\u2019intérêt [.] d\u2019aller chercher de l\u2019information vraiment intéressante par la génétique pour comprendre comment les populations évoluent», raconte-t-il.Etre en mesure de concilier la génétique avec l\u2019étude des populations naturelles était une condition sine qua non de la poursuite de ses études aux cycles supérieurs.Protéger la biodiversité Se définissant comme un biologiste évolutif, il utilise dans son travail «toutes les nouvelles méthodes de la génomique [.] pour aborder des problématiques qui touchent la gestion et la conservation de la biodiversité», précise-t-il.Par exemple, il a développé avec des collègues une expertise en analyse d\u2019ADN dans un contexte de braconnage, soit «faire le profil de l\u2019ADN d\u2019une carcasse dans le bois et de la viande dans le congélateur», explique le chercheur.Ainsi, il devient plus facile de faire le lien entre une bête tuée illégalement et la viande dans le congélateur d\u2019un potentiel suspect.L\u2019expertise a été transférée au gouvernement du Québec et facilite ainsi la preuve du braconnage.Un autre exemple concerne la pratique de remise à l\u2019eau pour la pêche au saumon.Louis Bernatchez et son équipe ont fait la preuve que le «succès reproducteur est essentiellement aussi bon» chez les saumons pêchés et remis à l\u2019eau que chez les saumons non pêchés.Ce qui veut dire que les poissons pêchés et remis à l\u2019eau ne meurent pas et se reproduisent très bien.«Il n\u2019y a aucune autre façon, soutient M.Bernatchez, pour la génétique de faire un lien entre les petits et les parents qui ont été ou n\u2019ont pas été pêchés.» L\u2019évolution à l\u2019échelle humaine Le généticien, qui se rapproche beaucoup de Darwin, est fasciné par l\u2019étude de l\u2019origine de nouvelles espèces.Pour le chercheur, l\u2019intérêt n\u2019est pas tant dans le constat de la disparition d\u2019espèces, mais plutôt dans la découverte de nouvelles espèces.Un de ses objectifs est de faire pren- REMY BOILY Louis Bernatchez sait s\u2019entourer pour mener à bien ses intuitions.dre conscience que «l\u2019évolution peut se passer très rapidement, à l\u2019échelle de durée de la vie humaine».La résistance des organismes aux antibiotiques est un phénomène purement évolutif Tout comme la baisse de la quantité de gros poissons.Selon l\u2019expert, les pêches, dirigées vers les poissons les plus gros, ont changé «la trajectoire évolutive des poissons.[.] C\u2019était négatif pour un poisson de grossir vite quand il était exploité.» Tout cela s\u2019est déroulé sur une période de 30 à 50 ans.Cette expérience l\u2019a amené à cofonder la revue Evolution Application en 2008.Dans cette revue, la fusion deç disciplines est de mise.A ce sujet, la multidisciplinarité est un enjeu important pour le professeur de biologie, même s\u2019il avoue difficile de trouver les occasions d\u2019échanges entre les sciences biologiques et les sciences sociales.11 est par ailleurs membre du groupe de recherche Réseau aquaculture Québec, qui, même si les projets communs ne sont pas toujours propices, permet la diffusion d\u2019informations biologiques et sociales entre experts issus de différents domaines.Fier et humble Louis Bernatchez a reçu plusieurs prix et distinctions, dont le titre de membre de l\u2019Ameri-can Association for the Advancement of Science, le prix Georges-Préfontaine de l\u2019Association des biologistes du Québec et le prix Michel-Jurdant en environnement de l\u2019Acfas.11 contribue à la formation de nombreux étudiants, ce qui est, pour lui, sa plus grande fierté dans sa carrière.M.Bernatchez a un peu plus de 350 publications à son actif et il est associé, depuis 1993, à la revue Molecular Ecology, consacrée à l\u2019évolution appliquée dans tous les domaines, tels que la pêcherie, l\u2019agriculture, la foresterie et le biomédical.Son impact scientifique est considéré comme exceptionnel.C\u2019est avec beaucoup de fierté et d\u2019humilité que M.Bernatchez accepte le prix Marie-Victorin.11 espère que l\u2019attention qui lui sera portée fera diminuer les préjugés à l\u2019égard de la science et des scientifiques.«Quand on voit un scientifique à la télévision, il a toujours un sarrau.Il a toujours l\u2019air d\u2019un nerd», analyse-t-il.Mais, aux dires du scientifique, le plus touchant dans cet honneur est la reconnaissance par les collègues, qu\u2019elle vienne des membres du jury ou des lettres de recommandation appuyant sa candidature.«En quelque part, on en a accompli suffisamment pour se classer dans le top.C>, souligne-t-il.Collaboratrice Le Devoir \\ L\u2019histoire au tableau d\u2019honneur L\u2019UQAM félicite le professeur Paul-André Linteau, lauréat d\u2019un Prix du Québec, la plus haute distinction décernée par le gouvernement québécois.Ce prix reconnaît à sa juste valeur la carrière de cet éminent chercheur, professeur et auteur.L\u2019effet UQÀM G 4 LE DEVOIR, LES SAMEDI 17 ET DIMANCHE 18 NOVEMBRE 2012 PRIX DU .PRIX LIONEL-BOULET De la plante au vaccin Louis-Philippe Vézina, lauréat du prix Lionel-Boulet, est le fondateur de Medicago inc, dont il est le vice-président et le chef des opérations scientifiques.Il a consacré ses compétences de chercheur expert dans le domaine des plantes à mettre en orbite cette entreprise biopharmaceutique, présente sur le marché boursier, spécialisée dans le développement de nouveaux vaccins et de protéines thérapeutiques.RÉGINALD HARVEY Déjà au baccalauréat, se rappelle Louis-Philippe Vézina, je me suis orienté vers rétude des plantes, au Collège Macdonald de l\u2019Université McGill.» Par la suite, il obtiendra une maîtrise en physiologie végétale de TUniversité Laval et, à l\u2019Université Carleton, un doctorat en biochimie et en biologie moléculaire des plantes.Des études postdoctorales suivront à l\u2019Université de Warwick au Royaume-Uni.«Vers les dernières années du bac, j\u2019ai connu des professeurs qui m\u2019ont réellement motivé et intéressé à la ferme de McGill à Sainte-Anne-de-Bellevue.» Il est alors piqué par la recherche : «Après mon retour à Québec, mes études ont basculé assez rapidement vers la biotechnologie à Laval: cette science existait à peine à la fin des années 1970.» Chercheur et entrepreneur Il obtient son premier emploi auprès du ministère fédéral de l\u2019Agriculture à titre de directeur de laboratoire: «Je travaillais pour son compte quand fai suivi mes stages postdoctoraux à Warwick; je les ai écourtés, je suis revenu ici et j\u2019ai tranquillement mis sur pied ou créé le premier groupe de biotechnologie végétale à Sainte-Foy.» Survient alors cette bifurcation, radicale et plutôt inédite de la part d\u2019un chercheur universitaire, vers la mise sur pied d\u2019une entreprise privée: «J\u2019avais assurément l\u2019âme de quelqu\u2019un qui voulait faire de la recherche appliquée et f évoluais dans le domaine de la biotechnologie végétale, où il n\u2019existait pratiquement pas d\u2019entreprises à travers le monde; il y avait des monstres comme Monsanto et c\u2019est à peu près tout.» Quelques grands noms de l\u2019industrie commencent à s\u2019implanter dans le début des années 1990, mais Louis-Philippe Vézina se sent isolé : «Il était alors pratiquement impossible REMY BOILY Louis-Philippe Vézina a fait le saut de l\u2019université au monde des affaires, avec Medicago.d\u2019arriver à ses fins pour un chercheur comme moi qui voulait trouver des partenaires et des commanditaires à l\u2019extérieur de son domaine universitaire.Entouré de mon groupe, j\u2019essayais de trouver preneur pour les technologies qu\u2019on mettait au point.De mon côté, fêtais plutôt passionné par les applications potentielles.» Il décide de jouer la carte de l\u2019entrepreneuriat: «C\u2019est là que s\u2019est passé le déclic pour moi.Je me suis dit que, s\u2019il n\u2019y avait pas preneur pour la technologie, j\u2019allais sortir du monde universitaire avec celle-ci pour tenter de bâtir une entreprise à partir d\u2019elle.» Pour le volet du sens des affaires, il s\u2019inspirera largement de son grand-oncle, Jean-Louis Tremblay, le fondateur du Département de biologie de l\u2019Université Laval, et s\u2019appuiera pour démarrer sur l\u2019expertise d\u2019un ami d\u2019enfance, François Arcand, le chef d\u2019une PME culturelle.Mais la traversée du début des années 2000 s\u2019avère périlleuse: «C\u2019était devenu extrêmement difficile sur le plan financier pour n\u2019importe quelle entreprise de biotechnologie; on en a arraché beaucoup et c\u2019est un peu par miracle que, en 2003, on a réussi à obtenir de l\u2019argent en partenariat avec Investissement Québec et la So-ciélé générale de financement.» A cette époque, il passe le flambeau administratif à Andy Sheldon, qui devient le président et chef de la direction de l\u2019entreprise, pour se consacrer à la production scientifique : «Ils sont plusieurs du monde scientifique à être passés chez Medicago.Ceux qui sont restés sont ceux qui sont capables VOIR PAGE G 5 : VACCIN Guy Rouleau a travaillé tout au long de sa distinguée carrière à percer les mystères génétiques à la base de maladies du cerveau comme la dystrophie musculaire, la schizophrénie et le trouble bipolaire.Éminent chercheur et professeur, et prochain directeur du Neuro, D'\u201d Rouleau a commencé sa formation dans les hôpitaux affiliés à McGill.Il sést depuis consacré à la formation de la prochaine génération de scientifiques et a supervisé plus de 100 étudiants aux cycles supérieurs et boursiers de recherche postdoctorale.Leonard Cohen a publié son premier recueil de poésie alors qu\u2019il était encore étudiant à la Faculté des arts de McGill.Depuis, il a inspiré et ému par ses multiples talents des générations de lecteurs et de spectateurs dans le monde entier.M.Cohen, poète, artiste, romancier, compositeur, interprète, est une icône culturelle des plus appréciées au Québec et de par le monde.Louis-Philippe Vézina a fait ses études en sciences végétales à McGill.Cofondateur de Medicago, une société biopharmaceutique de Québec, il a révolutionné la production des vaccins en mettant au point une technologie à base de plantes pour remplacer les méthodes traditionnelles à base de protéines d\u2019oeuf.Grâce aux travaux de M.Vézina, Il est désormais possible de produire plus rapidement et à meilleur coût des vaccins plus efficaces, sans danger d\u2019infection, pour traiter les maladies infectieuses.McGül ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR France Théoret a bâti sa carrière en disant !\u2019«être-femme».PRIX ATHANASE-DAVID Nécessairement écrivaine Elle n\u2019est une familière ni des projecteurs ni de l\u2019attention médiatique, peut-être à son dam.L\u2019écrivaine France Théoret construit pourtant depuis 1974, livre après livre, une œuvre.Celle qui n\u2019avait jamais, encore, remporté un prix littéraire vit tout un baptême du feu en recevant, pour sa première fois, l\u2019un des plus beaux, un des plus importants au Québec : le prix Athanase-David, qui couronne l\u2019ensemble de l\u2019œuvre et la carrière d\u2019un écrivain québécois.CATHERINE LALONDE Son parcours d\u2019une trentaine de livres \u2014 poésie, romans, récits, essais \u2014 où l\u2019engagement littéraire est aussi essentiel a été salué souvent par la critique.Au fil du temps, France Théoret trace son chemin disant « l\u2019être-femme » et l\u2019écriture des femmes.C\u2019est en signant un des monologues de la fameuse pièce de théâtre La nef des sorcières, montée au Théâtre du Nouveau Monde par Luce Guilbeault en 1976, que la voix de France Théoret se fait remarquer.L\u2019au-teure est alors à la mi-trentaine.«J\u2019ai désiré écrire quand j\u2019avais 12 ans», confie France Théoret en entrevue au-dessus d\u2019un café \u2014 double espresso court, rien que du corsé.«Je m\u2019étais promis que je deviendrais écrivaine à cette époque.Les livres me fasci- «Les livres me fascinaient, l\u2019existence des livres.Mais il n\u2019y en avait pas chez moi.» naient, l\u2019existence des livres.Mais il n\u2019y en avait pas chez moi.» C\u2019est très tôt, donc, que l\u2019au-teure, née en 1942, est attirée par le savoir et les études, «fai eu une révélation, dans le tramway entre l\u2019école et chez moi, dans Saint-Henri: fêtais ignorante et fai décidé de sortir de l\u2019ignorance.Je ne savais pas à cette époque que Socrate avait dit ça», son fameux «Je ne sais qu\u2019une chose, c\u2019est que je ne sais rien».Cette illumination, presque une conversion au travail intellectuel, elle l\u2019a relatée dans son roman Une belle éducation (Boréal, 2006).Comme elle a revisité et réinventé à plusieurs reprises son enfance dans ses livres, comme dans Hôtel des quatre chemins (Pleine Lune, 2011), son roman le plus récent, où on lit aussi son besoin de «se dire à quelqu\u2019un, sans quoi aucune clarté ne survient».Pour Théoret, «les grandes pensées de la philosophie, n\u2019importe qui peut les avoir sans les avoir étudiées.«Je pense donc je suis », on y vient en pensant, sans avoir étudié Descartes.On peut arriver seul à retrouver ces choses qui imprègnent notre civilisation.» Ecrire, dit-elle Attirée par les livres comme un papillon par la lumière, c\u2019est à Paris, en 1974, qu\u2019elle commence «à écrire vraiment».Elle envoie de là ses textes aux revues dii Québec et les voit publiés.A son retour, la vie littéraire, l\u2019action citoyenne et la lutte féministe se tissent au bout de ses doigts.Après s\u2019être engagée à la direction de La barre du jour, France Théoret devient cofondatrice du journal féministe Les têtes de pioche en 1979, avant de diriger pendant quelques années le magazine Spirale.«C\u2019était un peu l\u2019époque», celle où l\u2019engagement allait de pair avec la création, dit-elle, en faisant le lien avec le dernier printemps, où elle est redescendue dans la rue.«J\u2019ai fait beaucoup de manifestations à l\u2019époque: pour réclamer l\u2019avortement, pour que les femmes puissent se promener la nuit, des marches du 8 mars en grelottant.» Ce n\u2019est pas l\u2019impression d\u2019une injustice fondamentale qui l\u2019a menée à la cause des femmes.«Je suis devenue féministe à ma table de travail.En réfléchissant, en lisant et en écrivant.Ça m\u2019a pris beaucoup de temps.» Ce thème l\u2019a suivie toute sa vie.«La littérature existe par ses renouvellements, a-t-elle pris le temps d\u2019écrire pour Le Devoir.Certaines femmes qui œuvrent à l\u2019écriture ont par intermittence de pures intuitions inouïes quasi impossibles à écrire, tant est fort le bruit des spectacles et du divertissement, tant l\u2019ambiance est à l\u2019éclatement.Tout vient d\u2019une pensée fine en littérature, y compris et absolument les évidences.» Le triangle d\u2019inspiration de Théoret est depuis longtemps le même : Claude Gauvreau, qui lui a prêté un jour son exemplaire original des Lettres à un fantôme, Antonin Artaud et la Virginia Woolf ôïUne chambre à soi.Et Roland Barthes, qui complète la quadrature de ce cercle d\u2019influences et qui a poussé Théoret vers cette notion de fragments sur laquelle elle planche toujours.«Travailler le fragment, dit-elle, pour travailler le plus possible la forme, l\u2019expression, la manière de dire, la langue même, l\u2019écart à la façon de Jean Cohen, cette différence avec l\u2019écriture classique.Ma pensée en synthèses.Mon œuvre est fondée sur la différence entre la parole et l\u2019écrit.» Que ce soit en vers, depuis l\u2019essentiel Bloody Mary et son magnifique Nécessairement putain, où on lit: «Je ne suis pas humaine et je saccage vos tombes: je ne suis pas seule quand je parle où que je sois.» Ou en roman qui détourne l\u2019histoire, comme dans Laurence, dans ses obsessions russes ou dans la série de novellas qu\u2019elle prépare actuellement et qui s\u2019attarderont à des sujets actuels, dont la pornographie.Mais toujours avec la rigueur, l\u2019exigence presque clinique dans l\u2019écriture, la recherche de clarté limpide.«L\u2019engagement est une façon d\u2019écrire et de vivre, écrit-elle pour Le Devoir, largement une perspective de recherche intellectuelle, une proposition aussi pour des amitiés et des rencontres.Les engagements et l\u2019esprit chercheur décrivent un espace de langage.J\u2019y trouve une voie intellectuelle habitable et féconde.» Le Devoir France Théoret Bloody Maryl i; FELICITATIONS A FRANCE THEORET LAURÉATE DU PRIX ATHANASE-DAVID 2012 5252 LE DEVOIR LES SAMEDI 17 ET DIMANCHE 18 NOVEMBRE 2012 G 5 PRIX DU QUEBEC VACCIN SUITE DE LA PAGE G 4 d\u2019accepter le fait que, si on n\u2019invente pas, on disparaît.On s\u2019est réinventé trois ou quatre fois dans les années 2000 et on a réussi à faire des choses que des entreprises beaucoup plus grosses et beaucoup plus largement financées que nous n\u2019ont pas réussi à faire aux Etats-Unis ou en Europe.» Technologies du vaccin En tant que chef de la direction scientifique, Louis-Philippe Vézina a positionné Medicago comme un leader mondial dans le développement des vaccins à base de particules pseudovirales (PPV) ; la technologie utilisée sert à produire des vaccins plus efficaces avec célérité et à des coûts plus bas: «Chronologiquement, on parle de l\u2019utilisation des plantes pour faire ce qu\u2019on appelle des protéines recombinantes; on les utilise comme usine cellulaire pour produire ces protéines.Medicago est devenue une des deux ou trois entreprises dans le monde à avoir recours à un tel système, ef ficace ou à bon rendement.Il s\u2019agit d\u2019une technologie fondatrice avec laquelle on manufacture encore les vaccins, mais qui demeure en perpétuelle évolution.» Il décrit une autre des avancées technologiques: «Le deuxième pivot technique qui a aidé à nous propulser très rapidement dans le monde des vaccins, c\u2019est qu\u2019on a été en mesure de produire des particules pseudovirales dans les plantes.D\u2019autres avaient réussi à le faire avant nous avec des particules qui avaient peut-être moins d\u2019intérêt pour le développement technique ou corporatif.» Sur ce plan, Medicago aura effectué une spectaculaire percée dans la lutte contre les pandémies, ce qui l\u2019aura propulsé largement en avant dans sa quête d\u2019appuis financiers.Collaborateur Le Devoir PRIX GERARD-MORRISET Les lieux nous disent ce que nous sommes En 1992, Dinu Bumbaru était membre du jury qui a décerné le premier prix Gérard-Morriset.Vingt ans plus tard, c\u2019est à lui que revient l\u2019honneur.ETIENNE PLAMONDON ÉMOND Dubrovnik, 1992.Dinu Bumbaru marchait avec un collègue dans les rues de cette ville de la Croatie, à l\u2019époque toujours au sein de la Yougoslavie.La guerre commençait et il y était dépêché par l\u2019UNESCO afin de déterminer comment il serait possible d\u2019y protéger le patrimoine.«On était dans une guerre culturicide, rappelle-t-il.Les églises et les minarets étaient détruits parce que c\u2019étaient des symboles identitaires.Pas parce que c\u2019étaient des positions d\u2019artillerie.» Alors que les coups de canon retentissaient depuis les villages voisins, ils ont croisé un homme âgé à la mine triste et désemparée.Celui-ci les a remerciés, raconte-t-il.M.Bumbaru a réagi humblement, puis l\u2019homme lui a répondu: «Si nous mourons, que notre peuple ne meure pas.» «C\u2019était très troublant comme rencontre, mais en même temps très inspirant, se souvient-il.Cela nous rappelle que ce ne sont pas que des pierres.Ce sont des pierres qui ont été placées par quelqu\u2019un et qui résonnent dans la mémoire des gens et des usages.Même si elles sont très modestes, ces pierres parlent humain.» Identité et culture Une rencontre avec Dinu Bumbaru, c\u2019est un éveil à la valeur profonde, identitaire et culturelle des objets, des lieux, des bâtiments et des paysages.L\u2019œil toujours pétillant, le passionné admet être un peu «ver-bomoteur», mais il multiplie les images jetant un éclairage juste sur la nécessité de prendre soin du patrimoine.Son savoir et sa sensibilité, il les a transmis aux quatre coins du globe.Engagé activement dans le Conseil international des monuments et des sites (ICO-MOS), il voit, dans ces échanges avec le reste du monde, un lieu de solidarité et d\u2019inspiration.Après Dubrovnik, il a effectué plusieurs autres missions â l\u2019étranger.«La façon dont on s\u2019occupe du patrimoine dans des situations de crise, c\u2019est peut-être aussi un indice de civilisation», souligne-t-il.Mais tout ça le raipène continuellement au local.À Montréal, dont le patrimoine mérite lui aussi d\u2019être chéri, même s\u2019il a été l\u2019objet «de commentaires plutôt sévères» de la part de Gérard Morriset, souligne Dinu Bumbaru, qui se dit davantage issu de l\u2019école de Melvin Charney.Au sein d\u2019Héritage Montréal, M.Bumbaru a d\u2019ailleurs appelé les services d\u2019incendie â être plus sensibles au patrimoine dans leurs interventions.Une prise de conscience qui semble tranquillement faire son chemin.«Les gens partent en vacances en Europe pour admirer les cathédrales, mais ils ne portent plus attention à la valeur de ce qui les entoure à leur retour, se désole M.Bumbaru.Le mont Royal, ça ne se déménage pas.Il faut s\u2019en occuper.» Né â Vancouver en 1961, il a emménagé dans la métropole québécoise dès l\u2019âge de trois ans.Il a été élevé dans un immeuble â logements multiples qui l\u2019a initié â cette «relation avec l\u2019espace urbain».Le Vdécembre 1982, fraîchement di- REMY BOILY Dinu Bumbaru est directeur des politiques chez Héritage Montréal.plômé de l\u2019École d\u2019architecture de l\u2019Université de Montréal, il est entré officiellement chez Héritage Montréal â une époque où la métropole ne possédait aucun plan d\u2019urbanisme.Aujourd\u2019hui, il est le directeur des politiques et une figure de proue de ce groupe de défense et de mise en valeur du patrimoine.Tristes disparitions Du patrimoine précieux, il en a vu disparaître en 30 ans de carrière.Entre autres choses, îl regrette le sort tragique réservé â l\u2019hôtel Queens, aux cheminées de la carrière Mlron, au patrimoine Industriel le long du canal de Lachlne, ainsi que celui d\u2019Expo 67.Mais ce qui l\u2019ébranle le plus en ce moment, c\u2019est la récente démolition des bâtiments du boulevard Saint-Laurent â l\u2019Intérieur de l\u2019aire de protection du Monument-National.«C\u2019est invraisemblable en 2012.fai l\u2019impression que c\u2019est le jour de la marmotte», dlt-11 en se désolant que la sécurité publique ait une fols de plus été Invoquée pour justifier ce type de manœuvre.En contrepartie, il se mon- tre fier, toujours sur un ton modeste, d\u2019avoir contribué â la sauvegarde de la rue McGill College.«Je suis très heureux que ce soit maintenant une belle vue sur la montagne.» La protection du mont Royal constitue une autre bataille â laquelle il se dit satisfait d\u2019avoir participé, tout comme celle pour la conservation du Théâtre Outremont.Il note aussi le succès de l\u2019Opération patrimoine architecturale de Montréal (ORAM), dont il poursuit le pilotage avec la Ville de Montréal.Cet événement annuel propose des visites de quartier et encourage les propriétaires â entretenir le cachet patrimonial de leur résidence ou de leur commerce.«On oublie souvent que le coup de pinceau fait plus que le coup de maillet du juge», lance-t-il.D\u2019ailleurs, la mobilisation et la sensibilisation des citoyens demeurent au cœur de ses activités.«On m\u2019a fait des propositions pour aller travailler à Rome dans toutes sortes d\u2019organisations officielles très spécialisées.Mais, moi, je trouve formidable l\u2019importance des associations.» Surtout â Montréal, souligne-t-il, où ce sont les regroupements, les communautés religieuses et les pétitions de citoyens, plutôt que les décideurs, qui ont été les pionniers dans la conservation du patrimoine au XIX® siècle.f «Ecosystème architectural» «Le grand défi aujourd\u2019hui, c\u2019est la res publica, insiste-il.On vit dans une ville qui est composée essentiellement de biens privés, mais qui forme un tout qui est d\u2019intérêt collectif Le défi, ce n\u2019est pas de conserver ou de classer le parlement à Québec, c\u2019est d\u2019avoir des paysages, des villes, des quartiers qui constituent un écosystème architectural qui soit fascinant et qui porte non seulement la mémoire, mais aussi la culture et l\u2019identité.» La société civile devrait être conviée â une rencontre avec le ministre de la Culture, Maka Kotto, souhaite-t-il.La nouvelle loi sur le Patrimoine culturel, entrée en vigueur le 19 octobre dernier, ne doit pas être appliquée «seulement d\u2019une manière technocratique» et constitue une belle occasion â ne pas manquer «pour susciter une grande alliance pour le patrimoine».Il soulève aussi l\u2019idée de sensibiliser les plus jeunes.«Ce serait bien qu\u2019on enseigne la géographie culturelle.Pas seulement l\u2019histoire des personnages et des institutions, mais l\u2019histoire des lieux», suggère-t-il, en ajoutant son grain de sel au débat entourant l\u2019enseignement de l\u2019histoire dans les écoles.«Je pense que si les gens étaient éveillés à ça dès leur jeune âge, leurs choix comme citoyens seraient probablement plus éclairés.» Collaborateur Le Devoir U O «Premiers de cordée ou navigateurs solitaires, nos lauréats ont fait de l'Université de Montréal leur camp de base ou leur port d\u2019attache.Parce qu\u2019elle conjugue vision et alliances stratégiques, créativité et audace, cette association est l\u2019une des plus productives de notre société.» Guy Breton Recteur Nos lauréats 2012 des Prix du Québec GUY ROULEAU Professeur, médecine Faculté de médecine Directeur Centre de recherche du CHU Sainte-Justine Prix Wilder-Penfield BENOIT MELANÇON Professeur, directeur, littératures de langue française -JjÊ Faculté des arts et des sciences Prix Georges-Émile-Lapalme LOUISE NADEAU Professeure, psychologie Faculté des arts et des sciences Prix Marie-Andrée-Bertrand A Université ml de Montréal G 6 LE DEVOIR LES SAMEDI 17 ET DIMANCHE 18 NOVEMBRE 2012 PRIX DU QUEBEC PRIX ARMAND-FRAPPIER Le biologiste est devenu gestionnaire Edwin Bourget reçoit le prix Armand-Frappier pour l\u2019étendue de sa contribution à l\u2019avancement de la science au Québec.Biologiste, il s\u2019est aussi grandement engagé dans la société civile, notamment par son soutien à la création d\u2019entreprises innovantes.PIERRE VALLEE Si Edwin Bourget est né en Abitibi, ce n\u2019est pas la forêt qui a en premier enivré sa jeunesse, mais plutôt le fleuve Saint-Laurent, «Ma famille a déménagé aux Iles-de-la-Madeleine quand j\u2019étais enfant.A 15 ans déjà, je savais que je voulais faire carrière en biologie marine.» Après l\u2019obtention de son baccalauréat et de sa maîtrise en sciences, il obtient en 1974 son doctorat en biologie marine à l\u2019Université du pays de Galles, en Grande-Bretagne, sous la direction du professeur D.J.Crisp.La méthode scientifique du professeur Crisp aura une influence déterminante sur son approche de la recherche scientifique.Après un bref séjour à l\u2019INRS-Océa-nologie à Rimouski, il devient en 1976 professeur et chercheur au Département de biologie de l\u2019Université Laval.Contribution scientifique Le champ de recherche d\u2019Edwin Bourget en biologie marine est celui des invertébrés marins, en particulier ceux de la communauté ben-thique, c\u2019est-à-dire les invertébrés qui vivent accrochés aux fonds marins.«Ce qui m\u2019intéressait d\u2019abord, c\u2019était l\u2019abondance de ces invertébrés et leur distribution.Pourquoi trouve-t-on une espèce à un endroit et une autre espèce ailleurs ?Pourquoi la distribution n\u2019est pas uniforme et se fait plutôt sous forme de taches ?Pourquoi certaines espèces ont des préfé- rences pour certains habitats?Au fond, ce qui m\u2019a toujours fasciné, ce sont la structure de ces communautés et leurs emplacements.» Et, pour réaliser ses études et recherches, il n\u2019a pas hésité à faire des emprunts à d\u2019autres disciplines scientifiques, comme le génie civil et électrique, la géomatique, les mathématiques et même la génétique.C\u2019est là que l\u2019influence du professeur Crisp entre en jeu.«Le professeur Crisp avait une formation de chimiste, mais il était un spécialiste des sciences marines.Il ne croyait pas au cloisonnement des disciplines.Pour lui, la science était un tout.Mais, comme il est impossible de tout connaître, j\u2019ai cherché plutôt à établir des collaborations avec des chercheurs oeuvrant dans d\u2019autres disciplines.» REMY BOILY Edwin Bourget, biologiste Au fil des ans, Edwin Bourget s\u2019est intéressé de plus en plus à l\u2019organisation de la recherche scientifique.«Ça s\u2019est fait progressivement.On me confiait la direction d\u2019un groupe de recherche et puis d\u2019un autre.J\u2019ai ensuite accepté la direction du département et, de fil en aiguille, je me suis engagé davantage dans l\u2019administration de la recherche.J\u2019ai compris alors que la qualité de l\u2019organisation comptait beaucoup dans le succès d\u2019un groupe de recherche.» Le moment décisif se produit lorsqu\u2019il accepte le poste de vice-recteur à la recherche à l\u2019Université de Sherbrooke, en 2001.«Ce fut une décision difficile, car il s\u2019agissait d\u2019un point de non-retour.La charge de travail que cela impliquait faisait en sorte que je ne pouvais plus me maintenir dans les ligues majeures comme chercheur en biologie marine.» Il a donc concentré ses ef forts sur l\u2019amélioration de la recherche scientifique à l\u2019université.«Mon objectif était de mieux structurer la recherche afin d\u2019aider les chercheurs à trouver des fonds et, conséquemment, à bonifier la recherche.Il y a une corrélation entre la structure de l\u2019organisation, le montant des fonds qu\u2019elle peut aller chercher ainsi que la qualité et le volume de recherche qu\u2019on peut faire.» Il a donc mis en place des structures de gestion et a contribué à la création de plusieurs centres et groupes de recherche.En 2007, il revient à l\u2019Université Laval en tant que vice-rec-teur à la recherche, où il poursuit le même type de développement de la recherche scientifique en lançant, entre autres, VOIR PAGE G 7 : BOURGET Les tacots 1974 L\u2019ONF salue le travail et l\u2019œuvre d\u2019André Melançon, récipiendaire du prix Albert-Tessier.i ft Toutes nos félicitations à DINU BUMBARU Prix Gérard-Morisset Prix du Québec 2012 patrimoine pour sa remarquable contribution à la protection et valorisation du patrimoine, à Montréal et à travers le monde.Bravo ! HERITAGE MONTRÉAL Ensemble, multiplions nos actions Dinu Bumbaru est le directeur des politiques de la Fondation Héritage Montréal depuis 1982 PRIX PAUL-EMILE-BORDUAS Et il devint peintre à 35 ans Peintre, sculpteur, performeur et musicien montréalais, Jobn Reward porte depuis une quarantaine d\u2019années le poids d\u2019une pratique austère et exigeante, ouverte aux interprétations, presque mystique.Ses étoffes suspendues, l\u2019état brut de ses matériaux, son geste pratiquement toujours visible \u2014 par le coup de pinceau ou la déchirure du tissu.Sa pratique n\u2019en est pas moins empreinte de sensibilité et de réalisme.C\u2019est ce mélange de retenue et d\u2019énergie vive, de minimalisme et d\u2019expressionnisme qui caractérise le prix Borduas 2012.JÉRÔME DELGADO J> ai appris à voir le travail de Reward de cette manière: sans explications, par petits bouts, déconcerté parfois, surpris souvent, longtemps étonné d\u2019une spontanéité si essentielle», écrit son galeriste et ami Roger Belle-mare, dans le catalogue de la rétrospective John Reward, Un parcours/une collection, présentée en 2008 au Musée national des beaux-arts du Québec et à la Galerie de l\u2019UQAM.Dans l\u2019immense atelier qui se confond avec son domicile et avec l\u2019atelier de sa compagne, l\u2019artiste Sylvia Safdie, John Reward ne bénéficie pas seulement d\u2019un espace pour travailler.Dans cette ancienne usine de Griffmtown, le temps, aussi, a pris ses aises.Le temps, cet élément indissociable de Reward, de sa pratique, est présent dans chacun des étages de son nid.La painting room est imbibé de taches et de coulis de peinture.Les réserves, avec ses tringles d\u2019où pendent une multitude d\u2019œuvres, ont des airs de vestiaire de théâtre.Les expérimentations du passé reposent là comme des défroques.De sa table à manger domine la vue d\u2019un amas de toiles usées, posées au sol.Chaque morceau de cette montagne de grands chif fons attend son tour.Au hasard ou presque, sur le coup «d\u2019une spontanéité si essentielle» comme celle du jazzman qu\u2019il est, John Reward en ramasse un et l\u2019agrafe sur le mur.De là, le tissu choisi pourrait redevenir œuvre.Aux yeux de cet homme songeur, son art découle d\u2019un ensemble d\u2019expériences répétées et renouvelées.«Regarder à nouveau quelque chose stimule le changement, explique-t-il.C\u2019est une nouvelle façon d\u2019apprécier un objet après 20 ans.Ce n\u2019est pas une correction, mais une manière d\u2019accepter le changement.» Pour Mingus Né en 1934 dans une famille d\u2019artistes \u2014 Prudence Reward, une peintre relativement connue, est sa tante \u2014 et formé en littérature et en histoire, John Reward esf arrivé à la pratique artistique sur le tard.A 35 ans dans la peinture, à 49 ans dans la musique.De retour au pays après un long séjour à Londres, c\u2019est un ami peintre, Andries Ramann, qui le pousse aux pinceaux.Reward lui avouait à peine que, dans sa prochaine vie, il ferait de la peinture qu\u2019il s\u2019est retrouvé dans son atelier.«Il m\u2019a alors dit: \u201cC\u2019est maintenant que commence ta nouvelle vie.\u201d Et fai commencé, dit-il, et fait une peinture qui se trouve aujourd\u2019hui au Musée national des beaux-arts du Québec [sans titre (M,asque de Mingus) ].» A l\u2019instar de ses œuvres, la vie de celui qui est considéré comme un des plus remarquables batteurs de free jazz du Canada en est une de hasards et de choix prompts.«Je crois dans les accidents, dit-il.Mon travail repose sur un équilibre entre l\u2019affirmation et l\u2019accident, entre le planifié et le non-planifié.L\u2019intention doit être là, la volonté de faire.Mais il faut accepter le changement.C\u2019est l\u2019essence de l\u2019existence, de la vie d\u2019un individu.» Des choix.Reward en a fait.Lorsqu\u2019il décide de se lancer dans la peinture, à la fin des années I960, le Québec vient de plonger dans l\u2019abstraction formaliste des plasticiens de deuxième génération \u2014 Molinari, Tousignant, Gaucher.Reward se lie d\u2019amitié avec eux et X I ¦ \\ .RÉMY BOILY Le temps, cet élément indissociable de John Reward, de sa pratique, est présent dans chacun des étages de son nid.admire même leurs pratiques.Or le nouveau venu opte pour une signature davantage personnelle, imbibée de sa présence.Son abstraction est faite, aime-t-il répéter, «de sens».Reward se sent redevable aux expressionnismes américains, au Riopelle des années 1950 et surtout aux Borduas en noir et blanc, qu\u2019un bon nombre de ses nombreuses toiles évoquent.Le court-métrage Paul-Émile Borduas, 1905-1960, réalisé en 1962 par Jacques Godbout, l\u2019a particulièrement influencé.Mais, pour celui qui s\u2019intéresse à la trace et aux matériaux qui marquent le temps, comme le feu et l\u2019eau, sa visite des grottes de Lascaux en 1958 a sans doute été un de ses éléments formateurs les plus importants.«Peu importe l\u2019intention de ceux qui ont peint, il y a l\u2019idée de laisser sa marque», dit-il.Discrètement Présent sur la scène de l\u2019art contemporain québécois depuis les années 1970, John Reward a néanmoins eu une carrière discrète.Jusqu\u2019en 2008, sa seule apparition en solo dans un musée datait de 1977.Elle a eu lieu au Musée d\u2019art contemporain, qui, étonnamment, ne l\u2019a pratiquement plus exposé, même en groupe, depuis 1994 et la manifestation La collection Lavalin.Reward n\u2019a pourtant cessé d\u2019être présent sur le marché.Même lorsque se retire, Roger Bel-lemare, qui est un des premiers en 1972 à s\u2019y intéresser, «sans comprendre ni tout, ni tout à fait», d\u2019autres, notamment Brenda Wallace et Yves Leroux, prennent le relais.Depuis l\u2019an 2000, Bellemare l\u2019accompagne à nouveau.En 2013, Reward devrait présenter dans sa galerie un nouveau solo.John Reward obtient le Borduas au même âge \u2014 78 ans \u2014 qu\u2019avait Alfred Pellan lorsqu\u2019il a reçu la récompense, en 1984.Sur ce point.Reward et Pellan ne sont dépassés que par deux récents lauréats, Denis Juneau (prix Borduas 2008, à 83 ans) et Gabor Szilasi (primé en 2009, à 81 ans).En fait, depuis une dizaine d\u2019années, le Borduas vieillit: jusqu\u2019en 2002, seulement trois septuagénaires l\u2019avaient obtenu.Depuis 2003, ils sont six sur dix.Collaborateur Le Devoir Félicitations à FRANCE THÉORET Lauréate du prix ATHANASE-DAVID qui couronne l\u2019ensemble de son œuvre O Pleine lune au Salon du livre de Montréal, Stand 532 LE DEVOIR, LES SAMEDI 17 ET DIMANCHE 18 NOVEMBRE 2012 G PRIX DU PRIX ALBERT-TESSIER Une vie où l\u2019écran est le paysage Il se sent vraiment touché de recevoir le prix Albert-Tessier, André Melançon.« Ça fait 42 ans que j\u2019ai le privilège de pratiquer ce métier, alors, un couronnement de carrière, ça compte.» Le cinéaste de La guerre des tuques a des ennuis de santé, mais il travaille beaucoup : théâtre, cinéma, scénarios.Passionné, allergique au cynisme ambiant.ODILE TREMBLAY Lui qui connut les beaux jours de l\u2019ONF avec sa poignée d\u2019artisans qui réinventaient le cinéma, il trouve vertigineux le nombre de jeunes cinéastes qui embrassent le métier aujourd\u2019hui.«Cette diversité m\u2019impressionne.C\u2019est parti de l\u2019équipe française de l\u2019ONF issue de tous les horizons, avec sa façon de regarder le réel.Sans les Brault, les Perrault, les Carie, les jutra, le cinéma québécois serait tout autre.» Ça lui donne le vertige.«Si je regarde dans mon rétroviseur, le cinéma est partout.» Et ce fils de l\u2019Abitibi de se revoir dans les cinémas de Rouyn avec ses frères, chaque fin de semaine.Un beau jour, il a vu strada, de Fellini.«Ce fut mon chemin de Damas.Entre l\u2019âge de 4 ans et mes 13 ou 14 ans, j\u2019avais vu des histoires à l\u2019écran.Avec Fellini, je découvrais Iç langage cinématographique.» A la même époque, sa mère lui acheta une caméra 8 mm.Ainsi naissent les vocations.A l\u2019adolescence, Montréal l\u2019attendait.Du cours classique chez les frères de Saint-Viateur à la découverte de la musique, du théâtre, armé aussi d\u2019une caméra 16mm, il embrasse le monde, goûte aux voyages : un an au Pérou, comme animateur auprès des jeunes de la rue pour les Disciples d\u2019Emmaüs.Entre des études à l\u2019Université de Montréal en psychoéducation, son engagement à Boscoville, ses ateliers de théâtre et de cinéma auprès des jeunes délinquants, son parcours se dessine.«J\u2019ai fait un petit film.Le camp de Boscoville (1967), sans penser à me diriger vers le cinéma pour enfants.» Même si, embauché à l\u2019ONF, il signe des œuvres pour adultes comme Des armes et des hommes, le voici de plus en plus investi dans des œuvres sur l\u2019univers enfantin, en donnant la parole aux enfants, en épousant leur point de vue.Son documentaire percutant intitulé Les vrais perdants (1978), sur les enfants condamnés à la performance, et sa fiction remarquable intitulée Comme les six doigts de la main, sortie la même année, sur une bande de jeunes, ont marqué les esprits.Il quitte l\u2019ONF, passe au secteur privé, saute du documentaire à la fiction, aux séries télé, refusant les carcans.Des contes et après En 1982, Roch Demers l\u2019invite à réaliser la désormais classique Guerre des tuques, premier des Contes pour tous, un énorme succès sur fond de neige, de bataille et de chien.André Melançon allait prendre la barre au long des décennies de trois autres Contes pour tous : Bach et Bottine, Fierro.L\u2019été des secrets, coproduit avec l\u2019Argentine, et Daniel et les Superdogs.«J\u2019aime saisir l\u2019interrelation des gens, la mécanique entre ce qu\u2019ils cachent et ce qu\u2019ils montrent, écrire en solitaire entre doute et euphorie, puis plonger dans le travail d\u2019équipe.» Diriger les enfants: toute une aventure.«Le gros défi repose sur le casting.Sur dix qu\u2019on auditionne, deux possèdent l\u2019instinct du jeu.Certains ont des talents pas possibles: Mahée Paiement (dans Bach et Bottine, aussi dans la dramatique Le lys cassée, Xavier Dolan (mis en scène enfant dans les publicités de Jean Coutu).Sur un plateau, il faut pouvoir s\u2019amuser avec les enfants.» André Melançon a plusieurs cordes à son arc.Ça lui évite de connaître l\u2019ennui.REMY BOILY André Melançon est tombé dans le cinéma après avoir vu un film de Fellini.On a vu sa silhouette de géant comme acteur dès 1972, à travers le rôle-titre de Taureau, de Clément Perron.Ar-cand l\u2019a dirigé dans Réjeanne Padovani, l\u2019Argentin Eliseo Su-biela, dans Le côté obscur du cœur, etc.«Je n\u2019ai pas un grand talent de comédien.Quand le personnage me convient, comme celui de Taureau, mêlant timidité et force physique, c\u2019est parfait, mais mon éventail est réduit.» Son thriller intitulé Rafales, sur un vol à main armée avec prise d\u2019otages en 1992, s\u2019adressait aux adultes.«Je l\u2019avais écrit avec mes comparses de la Ligue nationale d\u2019improvisation, Denis Bouchard, Marcel Lebœuf On jouait tous les trois dans le film.Ça rejoignait des thèmes importants, comme les difficultés de la communication entre des frères, la manipulation des médias.» Son grand regret: n\u2019avoir jamais reçu le feu vert des organismes pour son projet Quatuor pour Madeleine: «J\u2019ai travaillé deux ans sur cette histoire d\u2019une femme et des quatre hommes de sa vie.J\u2019aimais ce scénario.» Le théâtre l\u2019a toujours fasciné, lui qui assura en 2006 la mise en scène de La promesse de l\u2019aube à l\u2019Espace Go, d\u2019après Romain Gary, en donnant le rôle de la mère à sa compagne, Andrée Lachapelle.Il a enchaîné l\u2019année suivante avec Les justes de Camus, au théâtre Denise-Pelletier.Il termine un documentaire, Les trains de la vie, sur un Québécois d\u2019origine néerlandaise qui connut l\u2019Occupation allemande et raconte ses souvenirs lointains aux enfants d\u2019aujourd\u2019hui.Son prochain projet est ambitieux.« Une production historique, sur un événement vécu au siècle dernier à Ottawa par les francophones.Le film aura une résonance politique.» Il aime l\u2019espoir au bout du tunnel, mais cet espoir se mérite.«Rien ne tombe du ciel, estime André Melançon.Mon métier est beau mais aussi très dur.Pour La guerre des tuques, on s\u2019était gelé les pompes.J\u2019enrage devant les techniciens qui font les choses à moitié, sans souci de perfection.Partager la vie d\u2019une interprète aussi exigeante qu\u2019Andrée Lachapelle, c\u2019est inspirant.Regarder pousser mes enfants ex-ceptionnels aussi.Avoir des projets qui me passionnent, un moteur merveilleux.» Le Devoir BOURGET SUITE DE LA PAGE G 6 un vaste programme de création de chaires de recherche, plusieurs en collaboration avec le secteur privé.«Mais nous avons pris soin de bien baliser le tout, afin qu\u2019il n\u2019y ait pas d\u2019ingérence de la part des entreprises privées.» Tout au long de sa carrière de gestionnaire scientifique, Edwin Bourget n\u2019a jamais hésité à s\u2019engager dans des organisations civiques afin de promouvoir le développement économique, no- tamment en favorisant la création d\u2019entreprises innovantes.Il est d\u2019ailleurs toujours, malgré sa retraite, le président du conseil d\u2019administration du Parc technologique du Québec métropolitain.Il explique son engagement par un besoin de redonner à la science.«La science m\u2019a énormément donné, ce que j\u2019appelle la pierre philosophale, c\u2019est-à-dire le devoir du doute.Pas celui du doute qui paralyse, mais celui qui fait questionner et avancer les choses.Le doute qui fait écouter, car on sait qu\u2019on ne détient pas toujours la vérité.» Collaborateur Le Devoir Toutes nos félicitations à LOUISE NADEAU Prix Marie-Andrée Bertrand Louise Nadeau a été la première directrice scientifique du Centre Dollard-Cormier - Institut universitaire sur les dépendances.Elle y est chercheure associée.PRIX MARIE-ANDRE-BERTRAND Pour qu\u2019«elles» se libèrent des dépendances Pionnière à tout âge de sa vie, Louise Nadeau, professeure au Département de psychologie de l\u2019Université de Montréal, continue à abattre les préjugés à coups de données probantes.«Ç\u2019a été le leitmotiv de ma vie, ma quête», dit-elle: transcender le jugement moral et les deux poids deux mesures qui pèsent sur les personnes dépendantes, en particulier les femmes.Rencontre avec la lauréate du prix Marie-André-Bertrand.AMÉLIE DAOUST-BOISVERT Devant son thé noir, la psychologue Louise Nadeau, dame poivre et sel au d^ébit rapide et posé à la fois, s\u2019inquiète de la gloutonnerie humaine, qu\u2019elle a documentée sa vie durant en s\u2019intéressant aux dépendances.«C\u2019est le grand enjeu du XXI^ siècle.Comment allons-nous réussir à nous autoréguler?A ne pas perdre notre liberté vis-à-vis de la surabondance alimentaire, la surabondance de consommation ?L\u2019enjeu des dépendances, c\u2019est justement cette capacité à s\u2019autoréguler, à en arriver à une satiété.Dire: j\u2019ai assez bu, j\u2019ai assez mangé, j\u2019ai assez dépensé pour le jeu.Assez magasiné.» «Je pensais travailler sur de petits problèmes, confie-t-elle \u2014 l\u2019alcoolisme reste marginal par rapport à l\u2019ensemble des pathologies mentales./e ne pensais pas que mes recherches m\u2019amèneraient à des réflexions plus écologiques.» Louise Nadeau a marqué une génération de femmes.En 1981, elle écrit, avec ses comparses Louise Guyon et Roxane Simard, cçJ«un coup d\u2019œil rapide sur la situation actuelle nous montre que, globalement et massivement, notre culture impose aux femmes des modèles de dépendance, de soumission et de service (ou de servitude) auxquels elles ne peuvent répondre qu\u2019au prix de leur propre santé».Dœ puis la publication de l\u2019ouvrage féministe, scientifique et engagé Va te faire soigner, t\u2019es malade!, succès de librairie vendu à 30000 exemplaires, bien de l\u2019eau a coulé sous les ponts.Mais certains passages restent criants d\u2019actualité.«Il n\u2019y a pas de place pour le désespoir, écrivaient alors les auteures, malgré leurs constats.Au contraire, il n\u2019y en a que pour l\u2019espoir.» On REMY BOILY Louise Nadeau s\u2019intéresse entre autres à l\u2019alcoolisme chez les femmes.pourrait en dire autant encore aujourd\u2019hui.Qu\u2019est-ce qui a fleuri de cet espoir, 30 ans plus tard ?Certains acquis réjouissent l\u2019auteure.«Le harcèlement sexuel a reculé sur les lieux de travail.Avant les années 1980, un gars pouvait \u201cfren-cher\u201d sa secrétaire et ne pas avoir de problème.Des femmes dans les usines n\u2019avaient pas leur paie si elles ne couchaient pas», dit-elle sur un ton qui contient encore sa dose de révolte.D\u2019autres batailles doivent encore être menées.«Il y a probablement encore deux poids deux mesures quant à l\u2019alcoolisme des femmes.Il y a probablement un plafond de verre, aussi», dit M\"^® Nadeau.Avec le temps, elle en est venue à la conclusion que les femmes veulent peut-être mener leur carrière autrement.«Pour certaines, avoir des enfants, s\u2019occuper de leurs parents, c\u2019est aussi important que d\u2019aller jouer au golf avec ceux avec qui il faut jouer au golf pour avancer, avec un p.-d.g.ennuyant», observe celle qui avoue avoir déjà esquivé des offres plus qu\u2019alléchantes qui n\u2019étaient pas en adéquation avec ses valeurs profondes.Elle se remercie d\u2019avoir maintenant du temps pour son compost, ses fleurs et sa maison de campagne prête à recevoir les invités du ré- VOIR PAGE G 8 DÉPENDANCES LA CINEMATHEQUE QUEBECOISE SALUE LE TALENT ET LA CRÉATIVITÉ DU CINÉASTE ANDRE MELANÇON.LAURÉAT DU PRIX ALBERT-TESSIER 2012.FÉLICITATIONS ! C c QUEBECOISE LA PASSION PLEIN ÉCRAN 335 BOUL DE MAISONNEUVE EST METRO BERRI UQAM TEL 514 842 9763 CINEMATHEQUE QC CA CENTRE DOLLARD-CORMIER Institut universitaire sur les dépendances www.centredollardcornnier.qc.ca Le CDC-IUD offre des services gratuifs aux personnes ayant des problèmes d'alcool de drogue, de jeu et de cyberdépendance Prix Georges-Emile-Lapalme 5 O ans Benoit Melançon directeur scientifique des PUM, directeur des collections « Profession » et « Socius » En conférence, dans les médias ou sur la toile, on applaudit son art de conjuguer finement la rigueur et l\u2019humour et de rester allergique aux propos moralisateurs.Les Presses de l'Université de Montréal www.pum.umontreal.ca Université fth de Montréal 5252 G 8 LE DEVOIR LES SAMEDI 17 ET DIMANCHE 18 NOVEMBRE 2012 PRIX DU QUEBEC DÉPENDANCES SUITE DE LA PAGE G 7 Il y a Louise Nadeau, la féministe, la femme qui parle haut comme elle l\u2019a appris dans son passé d\u2019actrice.Il y a aussi Louise Nadeau, femme de carrière, scientifique reconnue et militante efficace.Si la modération a meilleur goût au Québec, c\u2019est un peu grâce à celle qui assume toujours la présidence d\u2019Educ\u2019alcool.Malgré toutes les campagnes de prévention, «la prise de conscience [sur l\u2019alcool] est là, mais est-ce que ça modifie les comportements ?J\u2019en suis moins sûre», constate-t-elle, honnête.L\u2019an dernier, la campagne annuelle soulignait le nombre de consommations sans risque pour l\u2019homme et la femme.Educ\u2019alcool souhaite maintenant apprendre aux Québécois ce qu\u2019est une consommation d\u2019alcool, au juste.«Une consommation, c\u2019est 13 grammes!», souligne Louise Nadeau.Les bouteilles de vin à 14% signifient donc qu\u2019on doit boire de plus petites coupes pour le même apport qu\u2019un vin à 11%.«Les gens ne se demandent jamais ça!», observe cette apôtre de la modération.Après avoir consacré tant d\u2019années à l\u2019étude des dépendances et de l\u2019alcoolisme chez les femmes, Louise Nadeau a bifurqué dernièrement vers l\u2019étude du jeu en ligne.Elle dirige le Groupe de travail sur le jeu en ligne, qui doit produire un rapport pour le ministère des Einances du Québec, sans délaisser ses sujets de prédilection.«Je ne pensais jamais que je comprendrais la société numérique.Ce projet est un cadeau pour quelqu\u2019un qui a les cheveux blancs comme moi!», dit-elle.Elle a géré des millions à titre de vice-présidente du conseil d\u2019administration des Instituts de recherche en santé du Canada, dont elle était à leur création, en 2001.Elle est la directrice scientifique du centre Dollard-Cormier, institut universitaire sur les dépendances.Mais son œuvre la plus utile reste l\u2019enseignement, croit-elle.Elle est très fière de raconter que, avec quatre collègues, elle a été nommée par les étudiants parmi les professeurs les plus influents de son département.Comme chercheure, elle croit qu\u2019il «faut avoir le courage de parler quand c\u2019est le temps et avoir à la fois beaucoup d\u2019humilité.Dans une carrière, parfois, ce qui est le plus important, ce n\u2019est pas ce qu\u2019on fait pour être payé.C\u2019est l\u2019engagement.Ça fait chaud au cœur qu\u2019il soit reconnu, car j\u2019en ai passé des samedis après-midis à travailler.Ça veut aussi dire que je ne me suis pas trompée de le faire.» Un nuage passe dans ses yeux.«J\u2019aurais aimé que mes parents soient vivants pour voir ça.C\u2019est leur héritage que je ne veux pas trahir.» Collaboratrice Le Devoir PRIX LEON-GERIN Un intellectuel dans la cité Le grand pionnier de l\u2019histoire montréalaise ne cache pas sa fierté de recevoir une distinction «d\u2019une ampleur considérable, nous dit son récipiendaire, Paul-André Linteau.D\u2019autant qu\u2019il couronne toutes les sciences humaines et sociales.Il n\u2019y a pas beaucoup d\u2019historiens qui ont remporté ce prix Léon-Gérin.C\u2019est vraiment très gratifiant! » HÉLÈNE ROULOT-GANZMANN C?est une consécration pour ce fidèle de l\u2019Université du Québec à Montréal, à laquelle est rattaché Paul-André Linteau depuis sa création en 1969.Et pour celui que tout le monde considère comme un pionnier, un fondateur de l\u2019histoire contemporaine du Québec.«C\u2019était la fin des années 1960, nous étions toute une nouvelle génération de jeunes historiens.Les universités étaient en pleine expansion, nous avions créé le Département d\u2019histoire à l\u2019UQAM.Oui, nous avons été des pionniers, mais ce n\u2019était pas difjîcile.E y avait tellement de champs de l\u2019histoire non explorés! Avant nous, le discours était très ruraliste, traditionnel, folklorique.Il insistait sur la Nouvelle-France et les premières années du régime britannique.Tout le reste demeurait vierge.Nous, nous avions été marqués par la Révolution tranquille, même si nous étions trop jeunes pour avoir participé.La thématique de la modernité nous animait.Nous avons créé l\u2019histoire urbaine du Québec.» Une nouvelle historiographie Avec Paul-André Linteau, c\u2019est toute Thistorio-graphie du Québec qui change.Il vient dire que la province n\u2019est pas née dans les campagnes, contrairement à ce que colportait à l\u2019époque l\u2019imaginaire collectif, mais bien dans les villes et que, depuis toujours, il y a eu des Québécois dans les cités.Il bouscule les idées reçues en travaillant notamment sur l\u2019entrepreneuriat francophone.«Dans les années 1970, on parlait beaucoup de la reconquête économique des francophones, se sou-m&AÀ.J\u2019étais fasciné par cette question et je me suis demandé si c\u2019était vrai que, jusque-là, les Québécois étaient absents de l\u2019économie.Eh bien, non!» Tout naturellement, le professeur Linteau axe ainsi ses recherches dans trois directions : l\u2019histoire montréalaise, l\u2019histoire contemporaine du Québec et, plus récemment, l\u2019histoire de l\u2019immigration et de la diversité ethnoculturelle de la province.«Je suis Montréalais de naissance, raconte-t-il.REMY BOILY Paul-André Linteau, historien On ne peut pas creuser l\u2019histoire urbaine de Montréal sans, à un moment, s\u2019attacher à cette question de la diversité ethnoculturelle.» Une société vue dans son ensemble Mais s\u2019ils étaient toute une génération de jeunes historiens à la fin des années 1960, comme Paul-André Linteau se plaît à le souligner, comment se fait-il que ce soit lui, quarante ans plus tard, qui rœ çoive ce prestigieux prix Léon-Gérin?La réponse se trouve, selon lui, dans son travail de synthèse.Dans le fait qu\u2019il a su comprendre la société qu\u2019il étudiait dans son ensemble, en la regardant par tous les trous de la lorgnette.«Une société, qu\u2019elle soit contemporaine ou du passé, c\u2019est une toile.Les gens qui la composent ont des appartenances multiples.Dans mon cas, ils sont Montréalais, donc urbains, mais ils ont aussi une appartenance de genre, de classe sociale, de religion, de quartier, etc.Quand on prétend travailler sur l\u2019histoire d\u2019une société, il faut rendre compte de cela.Il faut réussir à renouer tous les fils, à intégrer tous les paramètres.» Un formidable synthétiseur.Un formidable communicateur et vulgarisateur également.Le professeur Linteau a écrit plusieurs ouvrages, dont beaucoup sont devenus de véritables best-sellers.S\u2019il fallait n\u2019en nommer qu\u2019un, ce serait bien sûr les deux tomes de Y Histoire du Québec contem- porain, réalisés en collaboration avec René Duro-cher, Jean-Claude Robert et Erançois Ricard.Une œuvre, parue en 1979 et 1986, qui a nécessité quinze ans de recherches, qui fait toujours référence et qui est passée dans les mains de toute une génération d\u2019élèves du secondaire, de collégiens, d\u2019étudiants, mais aussi de Québécois passionnés par l\u2019histoire de leur Belle Province.L\u2019historien n\u2019en doute pas, ils sont nombreux.«Et c\u2019est tant mieux, car c\u2019est fondamental pour un peuple de connaître son histoire.Le nombre d\u2019inscriptions au département ne désemplit pas, note-t-il.Et ce ne sont d\u2019ailleurs pas forcément des gens qui veulent faire carrière dans cette discipline.Ils viennent chercher un bagage qui leur servira dans une multitude de métiers et même dans leur vie de tous les jours.» En tout domaine Reconnu au Québec et au Canada, Paul-André Linteau l\u2019est également à l\u2019échelle internationale.D\u2019abord parce qu\u2019il est l\u2019auteur de YHistoire du Canada publiée dans «Que sais-je», ensuite parce qu\u2019il participe à de nombreux colloques et noue des partenariats avec des universitaires dans d\u2019autres pays, en Europe notamment.Il développe actuellement un vaste programme de recherche sur les immigrants français au Canada, en collaboration avec des chercheurs d\u2019Ottawa, de Nantes et de La Rochelle, en Erance.En plus de ses cours et de ses recherches, il est consultant pour presque tous les musées d\u2019histoire de Montréal.Il s\u2019intéresse également au patrimoine de sa ville.Et il poursuit son travail d\u2019éditeur chez Boréal.La méthode Linteau?Rendre accessibles au grand public les recherches les plus spécialisées.Retravailler les thèses les plus pointues afin que la formulation devienne claire pour le commun des mortels.«On me dit souvent que mes ouvrages se lisent comme des romans, raconte-t-il.Ça me rend très fier!» Alors, la retraite, on n\u2019y pense pas encore.Pas tant qu\u2019il prendra du plaisir à enseigner, à communiquer sa passion à ses étudiants, à débattre avec eux.«Et ce n\u2019est pas parce que je n\u2019ai pas confiance en la relève, précise-t-il.Il y a de très bons historiens derrière moi.Même si, et ce n\u2019est d\u2019ailleurs pas spécifique à ma discipline, je trouve que la nouvelle génération est spécialisée dans un champ très précis.Le rôle social de l\u2019histoire à travers l\u2019exercice de synthèse, je le vois moins chez les jeunes, regrettœt-il.C\u2019est dommage, et je souhaite réellement que ça reprenne toute sa place.» Collaboratrice Le Devoir y\\ EXPOS T ON DU 26 SEPTEMBRE AU 9 DECEMBRE 2012 ENTRÉE 500, rue Sherbrooke Ouest I ippp Métro McGill / 514 499-5087 lotoquebec.conn/espacecreation Espace Création Loto-Québec "]
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