Le devoir, 22 novembre 2012, Cahier C
[" MONTRÉAL LES GRANDS MONTRÉALAIS La passion de Michal et Renata Hornstein pour les grands maîtres Page C 2 La «grande famille» de Lino Saputo aux 10500 employés Page C 4 Lamoureux des insectes Georges Brassard récompensé Page C 6 CAHIER THEMATIQUE C > LE DEVOIR, LE JEUDI 22 NOVEMBRE 2012 CHAMBRE DE COMMERCE DU MONTREAL METROPOLITAIN La Constellation est une murale bleue percée de 122 points lumineux.Chacune de ces étoiles représente un Grand Montréalais.AU PALAIS DES CONGRES Une Constellation pour de grands Montréalais La Chambre de commerce dévoile une murale interactive Pour célébrer ses 190 ans d\u2019existence, la Chambre de commerce du Montréal métropolitain offre une belle Constellation de Grands Montréalais.« C\u2019est le cadeau que nous offrons aux Montréalais ! », lance avec satisfaction Michel Leblanc, président et chef de la direction de la Chambre.CLAUDE LAFLEUR La Constellation des Grands Montréalais sera une grande murale interactive installée dans le hall ouest du Palais des congrès, du côté du parc Rio-pelle.«Nous voulons contribuer à faire de ce secteur de la ville un endroit à visiter, déclare Michel Leblanc.Nous espérons ainsi faire découvrir qui sont ceux et celles qui ont récemment joué de grands rôles dans notre ville.» La Constellation est une murale bleue percée de 122 points lumineux.Chacune de ces étoiles représente un Grand Montréalais.Petite innovation technologique amusante : en pointant l\u2019une ou l\u2019autre de ces étoiles à l\u2019aide d\u2019un téléphone intelligent, on accédera à une minipage Web qui indiquera qui est cette personne et quelles ont été ses réalisations.«Nous espérons que les touristes, les écoliers et les Montréalais en général viendront découvrir ceux et celles qui ont contribué à faire de Montréal la ville vivante qu\u2019elle est aujourd\u2019hui», indique M.Leblanc.Un exemple parfait.C\u2019est la façon originale qu\u2019a trouvée la Chambre de commerce du Montréal métropolitain pour souligner ses 190 ans d\u2019existence.«Il n\u2019y a pas beaucoup d\u2019organismes à Montréal qui ont % iî JACQUES NADEAU LE DEVOIR La Chambre de commerce du Montréal métropolitain, présidée par Michel Leblanc, parraine depuis 1984 la tradition des Grands Montréalais inaugurée en 1978.une longévité aussi grande que la nôtre», souligne fièrement Michel Leblanc.«Nous sommes la voix du milieu des affaires, poursuit-il.Nous cherchons à créer l\u2019environnement d\u2019affaires le plus propice à la création d\u2019entreprises et à leur croissance.Notre rôle, c\u2019est d\u2019identifier ce qui va bien et ce qui pourrait être amélioré et de travailler en ce sens.Avec nos activités de ré-seautage, nous visons également à faire en sorte que les gens d\u2019affaires se rencontrent et tissent des partenariats, en plus d\u2019aider les PME à se positionner sur la scène internationale.» «On est une organisation qui, à travers le temps, tente de développer une vision pour le développement de Montréal ej de la région», poursuit-il.A cette fin, la Chambre parraine depuis 1984 la tradition des Grands Montréalais inaugurée en 1978.«C\u2019est l\u2019exemple parfait d\u2019une initiative qui provient du secteur privé et qui a ensuite été reprise par la Ville de Montréal, avant d\u2019étre fina- lement parrainée par la Chambre de commerce», déclare Michel Leblanc.Vers une académie À l\u2019origine, explique-t-il, le Reine-Elizabeth désirait souligner ses 20 ans d\u2019existence en désignant vingt Grands Montréalais.«Ce sont par la suite ces 20 premiers Grands Montréalais qui ont identifié les suivants, indique-t-il.On a ainsi créé le concept de l\u2019Académie des Grands Montréalais dont les membres sont les seuls juges.C\u2019est un principe qui est extrêmement porteur, puisqu\u2019il n\u2019y a aucune influence extérieure qui s\u2019exerce, précise M.Leblanc.Ce sont les Grands Montréalais qui se reconnaissent entre eux par leur contribution et leur impact.» «En outre, dit-il, nous tenons, dans la mesure du possible, à honorer ces gens de leur vivant.C\u2019est très important pour nous, car les Grands Montréalais devraient être célébrés pendant qu\u2019ils peuvent encore jouir de cet honneur.On tente donc toujours de s\u2019assurer qu\u2019on ne rate personne et qu\u2019on les célèbre.» L\u2019idée des Grands Montréalais vise non seulement à honorer ceux et celles qui ont contribué au dynamisme de Montréal, mais également à inspirer les jeunes, de les stimuler à s\u2019engager dans la société, à pousser leur rêve et à faire de grandes choses.D\u2019où l\u2019idée de la Constellation, qui, espère M.Leblanc, sera l\u2019un des points d\u2019intérêt pour les Montréalais de tous âge.Économie, culture, science et social Depuis l\u2019an 2000, la tradition a été instituée de nommer chaque année quatre Grands Montréalais représentant respectivement les secteurs de l\u2019économie, de la culture, de la science et du social.Parmi les Grands Montréalais honorés ces dernières années figurent des célébrités comme Yvon Deschamps, le DMulien et Frédéric Back, ainsi que des personnalités moins bien connues (sur le coup) telles qu\u2019Aldo Bensadoun.En ce sens, cette activité contribue à faire connaître de beaux participants à l\u2019épanouissement de Montréal.«On ne peut sûrement pas s\u2019attribuer le mérite et le succès de M.Aldo Bensadoun, nuance le président de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, mais on peut penser que, puisque l\u2019Académie a considéré qu\u2019il fallait reconnaître cette contribution phénoménale, les proches de M.Bensadoun se sont aussi dit qu\u2019il était temps d\u2019honorer ce formidable homme discret.» De même, Michel Leblanc se dit enchanté qu\u2019on souligne chaque année la contribution d\u2019un scientifique.«Montréal est une ville universitaire, une ville d\u2019innovateurs et de créateurs, dit-il, et on a des ressources scientifiques phénoménales.Toutefois, le public ne les connaît pas toujours[.] C\u2019est pourquoi nous sommes ravis chaque année d\u2019identifier des gens qui ont une contribution scientifique parfois en lien avec le public, mais sans qu\u2019on s\u2019en aperçoive vraiment.» Cette année, le scientifique honoré est nul autre que Georges Brossard.«Il s\u2019agit de l\u2019entomologiste dont l\u2019incroyable collection d\u2019insectes est à la base de l\u2019Insectarium, rappelle M.Leblanc.C\u2019est donc quelqu\u2019un qui rejoint le public par sa contribution, mais que les gens ne connaissent peut-être pas tant que ça.» «Notre objectif avec la Constellation, poursuit-il, c\u2019est justement de rendre ces personnalités encore plus visibles.C\u2019est une initiative de la Chambre, puisque c\u2019est nous qui soutenons financièrement le projet, mais que nous réalisons en partenariat avec la Ville de Montréal et le Palais des congrès.Venez voir ça.à partir du 22 novembre !» Collaborateur Le Devoir C 2 LE DEVOIR LE JEUDI 22 NOVEMBRE 2012 GRANDS MONTREALAIS SECTEUR CULTUREL Et la passion était pour l\u2019œuvre des grands maîtres « Il n\u2019y a pas de destin, il n\u2019y a que des destinations » Le couple se sait en fin de vie.Atteinte de la maladie de Parkinson, Renata continue pourtant à rire comme une enfant sous le regard bienveillant et amusé de Michal.Ces deux-là se sont rencontrés il y a plus de 60 ans et ne se sont plus quittés.Dans leur penthouse avec vue sur l\u2019oratoire Saint-Joseph et l\u2019Université de Montréal, leur complicité ne fait aucun doute.Et leurs yeux brillent à l\u2019idée d\u2019évoquer leur passion commune : l\u2019art en général et leur collection de grands maîtres hollandais et flamands en particulier.HELENE ROULOT-GANZMANN Elles sont toutes là.Leurs œu-vres, pas question de les mettre dans un coffre-fort à la banque.Renata Hornstein sait qu\u2019elle n\u2019en a plus pour très longtemps à vivre et elle ne supporte pas l\u2019idée de trépasser sans pouvoir porter un dernier regard sur ses toiles.Cette collection de peintures et de dessins, c\u2019est ce qui unit le couple depuis le jour où ils se sont rencontrés.Ils vivaient alors à Rome et Renata avait décidé de reprendre des études en histoire de l\u2019art Elle fréquentait beaucoup les musées, notamment la villa Bor-ghèse.De son côté, Michal travaillait dans la finance.L\u2019argent commençait à couler à flots pour eux.Elle l\u2019a convaincu d\u2019amorcer cette collection.«Elle avait une passion pour les maîtres anciens hollandais et italiens, se souvient celui qui a célébré ses 92 ans le 17 septembre dernier.Elle m\u2019a convaincu d\u2019acheter une première peinture, puis deux, trois, quatre.et la collection n\u2019a cessé de croître.» Jusqu\u2019à atteindre 120 toiles environ.Très vite.Lorsqu\u2019ils arrivent à Montréal, en 1951, elles sont déjà presque toutes là.De Lodz et de Cracovie La vie ne les avait pourtant pas épargnés dans la décennie précédente.Nés dans les années 1920 en Pologne, Michal à Cracovie, Renata à Lodz, ils sont de très jeunes adultes lorsque les Allemands envahissent leur pays.Michal monte à bord d\u2019un train pour Auschwitz.«Nous étions 63 dans mon wagon, ra-conte-t-il avec une grande précision.Quelques Juifs comme moi, mais en grande majorité des militaires russes.Dès que la porte a été fermée, leur chef nous a annoncé que nous allions fuir avant d\u2019arriver au camp, en fait, dès que nous serions en terre tchécoslovaque.Quelques heures plus tard, il a donné le signal et nous avons ouvert les portes.E a fallu sauter, puis courir, courir, courir.Les nazis étaient sur le toit du train et ont commencé à tirer, poursuit-il avec émotion.Es ne m\u2019ont pas atteint Mais, sur les 63 au départ, nous n\u2019avons été que cinq à nous en sortir vivants.» Michal poursuit alors sa route d\u2019abord à Bratislava, puis à Rome, où il rencontre Renata.Dès le départ, ils savent qu\u2019ils veulent quitter l\u2019Europe.«E n\u2019y avait plus rien de bon pour nous là-bas, explique-t-il.Nous en avions assez.Nous cherchions un endroit où les Juifs ne seraient pas persécutés et où le communisme ne régnerait pas.Nous pensions aller aux États-Unis et nous attendions nos papiers.Et puis, j\u2019ai fait la rencontre de l\u2019ambassadeur du Canada en Ealie.Je me suis dit: il n\u2019y a pas de destin, il n\u2019y a que des destinations.Très vite, nos visas ont été prêts, et c\u2019est comme ça que nous avons atterri à Montréal le 10 juillet 1951.» Ce jour-là, Renata était enceinte.Le couple a aujourd\u2019hui deux enfants, un fils devenu professeur de linguistique et de philosophie à l\u2019Université du Maryland et une fille installée, quant à elle, à Chicago.Deux enfants dont ils sont très fiers et à qui ils ont transmis leur passion: chacun d\u2019eux a ^constitué sa propre collection.A Montréal, Michal se lance dans les affaires.Le milieu de la finance ne veut pas de lui.Qu\u2019à cela ne tienne, il fait fortune dans le monde de la V\t\\ MBAM Le pavillon Michal et Renata Hornstein du Musée des beaux-arts de Montréal, sur la rue Sherbrooke construction et fonde sa société immobilière Federal Construction Ltd.En 1957, toute la famille obtient la nationalité canadienne et, dès 1970, Michal s\u2019engage au sein du Musée des beaux-arts de Montréal.En 1979, il en devient le vice-président du conseil d\u2019administration et, en 1982, le président du comité d\u2019art européen avant 1900, chargé notamment des acquisitions.Un pavillon et des dons Petit à petit, le couple en devient également l\u2019un des grands mécènes, au point qu\u2019un des pavillons porte leur nom depuis 2000.Il n\u2019hésite pas à faire des dons pour permettre notamment aux élèves des écoles défavorisées de venir au musée.Durant les dernières décennies, une cinquantaine d\u2019œuvres de leur collection ont déjà été léguées au MBAM.jusqu\u2019à ce jour de mai 2012 où M.et M\u201c® Hornstein annoncèrent officiellement qu\u2019ils allaient lui faire don de toute leur collection.Quatre-vingts œuvres représentant au moins soixante-quinze millions de dollars ! Nathalie Bondil, directrice du Musée des beaux-arts de Montréal, ne tarit pas d\u2019éloges pour ce couple.«Ce sont des personnalités hors du commun, estime-t-elle.Es sont partis de rien.Es ont une force de caractère, un engagement social, une intelligence.Renata est impressionnante.Elle a écrit toute sa vie, sous forme d\u2019alexandrins, l\u2019histoire de sa famille, qui est tragique, puisque ce sont des survivants de la Shoah.Malgré la maladie, malgré sa faiblesse, elle est toujours absolument impeccable.Es ont un courage inouï.Ce sont des gens qui sont à la fois tellement intransigeants envers eux-mêmes et tellement généreux envers les autres.C\u2019est ce mé-lange-là qui est intéressant » Au crépuscule de leur vie, Renata et Michal n\u2019ont pas voulu laisser à leur famille la tâche de gérer leur héritage.«Nous en avons parlé à nos enfants et toute la famille était d\u2019accord pour que nous fassions ce don au Québec, racontent-ils.Après tout, nos enfants ont grandi ici, c\u2019est Montréal qui les a façonnés.Les Montréalais sont des gens sophistiqués, éduqués, intéressés par l\u2019art.Nous sommes certains qu\u2019ils sauront apprécier ce cadeau à sa juste valeur.» Collaboratrice Le Devoir DONATION HORNSTEIN Et il y aura un nouveau pavillon au musée « Cette donation, c\u2019est une sorte de remerciement, une réciprocité » Le couple Hornstein a fait la deuxième donation en importance d\u2019œuvres d\u2019art dans l\u2019histoire du Canada.Devant eux demeurent la collection Thomson et ses presque deux mille œuvres et artefacts légués il y a quelques années à l\u2019Art Gallery of Ontario de Toronto.Il n\u2019en reste pas moins que, en offrant toute leur collection au Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM), soit leurs 80 toiles d\u2019une valeur d\u2019au moins 75 millions de dollars, Michal et Renata Hornstein deviennent des bienfaiteurs incontestés de la ville.HÉLÈNE ROULOT-GANZMANN Ils étaient nombreux à se disputer le trésor.Des musées, mais également des collectionneurs privés intéressés par l\u2019une ou l\u2019autre toile de la collection Hornstein.Mais la décision est venue au printemps et elle fait le bonheur du Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM) et, en premier lieu, de sa directrice, Nathalie Bondil: «Au fil du temps, Michal et Renata ont tissé une complicité exemplaire avec nos équipes, qui ont eu l\u2019occasion de les côtoyer régulièrement Leur cœur les attache à Montréal, leur ville d\u2019adoption tant aimée.En donnant leur collection, ils offrent aux générations futures un témoignage de leur engagement envers une métropole inscrite dans leur ADN.Quand Michal a annoncé la nouvelle de leur don au conseil d\u2019administration, plusieurs membres pleuraient d\u2019émotion, car cette collection raconte l\u2019histoire de leur vie: c\u2019est une part d\u2019eux-mêmes que nos donateurs déposent ailleurs.Céder à un organisme culturel une partie de ce qu\u2019on a de plus cher reste un acte fort qui peut paraître rationnel, mais qui est en fait très émotif Ce don mérite le plus grand respect.Le MBAM est extrêmement heureux de recevoir cette collection, convoitée au-delà des frontières, et de la conserver pour le Québec.» Sans hésitation Pour Michal, il n\u2019y a eu aucune hésitation.Une collection, c\u2019est effectivement l\u2019histoire de toute une vie, c\u2019est aussi une histoire d\u2019amour.Pas question de disséminer les œuvres.Pas question de la vendre, le couple ne manquant pas d\u2019argent.«Alors, quitte à la donner, autant l\u2019offrir à une institution culturelle à laquelle je suis très attaché et depuis de nombreuses années, concède-t-il.À une institution culturelle qui touche tellement peu d\u2019argent pour faire de nouvelles acquisitions.Le fédéral alloue chaque année neuf millions de dollars au Musée des beaux-arts du Canada à Ottawa, seulement pour acheter de nouvelles œuvres.et seulement 100000$ au MBAM! Je vis à Montréal depuis 60 ans, cette ville m\u2019a tant donné.J\u2019aime les Montréalais, j\u2019aime les Québécois, ils sont tellement sympathiques! Cette donation, c\u2019est une sorte de remerciement, une réciprocité.» C\u2019est certain que le Musée des beaux-arts n\u2019aurait jamais pu se permettre d\u2019acheter ne serait-ce qu\u2019une seule des œuvres de cette collection.«En tant que musée, nous allons consolider notre position, affirme Nathalie Bondil.Concernant les maîtres anciens, nous nous placerons maintenant juste derrière le Musée des beaux-arts du Canada.Avec le nouveau pavillon, nous allons être^ capables de tracer une ligne depuis le Moyen Age jusqu\u2019aux impressionnistes.Je suis certaine que ça va être une joie pour nos visiteurs.E faut comprendre que ce sont des œuvres extrêmement difficiles à acquérir et qui sont très en demande.Cette donation renforce notre statut d\u2019un point de vue international, notamment pour la grande période hollandaise et flamande.» D\u2019Hollande et de Flandres La force de cette collection qui couvre plusieurs siècles, depuis la Renaissance jusqu\u2019à l\u2019avènement de l\u2019art moderne, repose sur un ensemble remarquable, tout en mettant l\u2019accent sur les peintures hollandaise et flamande de l\u2019âge d\u2019or, à savoir le XVIP siècle.Quelques-uns des plus grands noms de cette période y sont réunis, depuis les petits panneaux et autres toiles intimistes jusqu\u2019aux compositions monumentales pouvant dépasser les deux mètres de hauteur.La collection se distingue non seulement par l\u2019éventail des artistes et des courants représentés, mais aussi par la qualité des œuvres et leur excellent état de conservation.Parmi elles, un chef-d\u2019œuvre de Jan Steen, Le retour de l\u2019enfant prodigue, ainsi que le rare et splendide portrait de Jan Lievens intitulé Vieux savant dans son cabinet.Deux toiles extraordinaires de profondeur, qui ont fait l\u2019objet de nombreuses propositions d\u2019achat.«Mais nous voulons que nos œuvres continuent à être vues, explique tout simplement Michal Hornstein.Et la collection permanente du Musée des beaux-arts est gratuite en tout temps.» Philanthrope, le couple l\u2019est certainement dans le domaine de l\u2019art, mais également en santé.Pratiquement tous les grands établissements hospitaliers de Montréal ont, à un moment ou un autre, bénéficié de l\u2019argent de M.Hornstein.De l\u2019argent gagné via sa société.A Montréal, il a construit plusieurs luxueuses tours à condos, notamment celle dans laquelle le couple vit depuis 28 ans.Un penthouse de plusieurs milliers de pieds carrés au 17® et dernier étage, dans lequel les œuvres de la collection s\u2019insèrent merveilleusement.Un appartement dans lequel de nombreux hommes politiques sont passés à l\u2019occasion de cocktails et de dîners.Bernard Landry, Lucien Bouchard, Jean Chrétien, Clément Richard.et plus récemment Raymond Bachand, alors ministre des Finances du Québec.Impressionné par la collection, il accepte la seule contrepartie énoncée par Michal et Renata Hornstein en échange de leur donation : que le gouvernement du Québec finance la construction d\u2019un nouveau pavillon dans lequel les œuvres prendront place.«Nous aimons nos toiles plus que tout, explique Michal.Nous ne les donnons pas pour que le musée les stocke dans ses caves.Nous désirons qu\u2019elles soient vues.» Le nouveau pavillon sera construit d\u2019ici 2017.Mais Michal et Renata souhaitent, quant à eux, que tout cela aille plus vite et que l\u2019inauguration ait lieu au plus tard à la fin de l\u2019année 2013.«Nous sommes tous les deux en bout de course, assume Michal.Mais, avant de mourir, nous voudrions tellement voir notre collection sur les murs du musée.» Collaboratrice Le Devoir ' ^ CHAMBRE DE COMMERCE DU MONTRÉAL MÉTROPOLITAIN BOARD OF TRADE OF METROPOLITAN MONTREAL RECEPTION HOMMAGE AUX GRANDS MONTRÉALAIS FELICITATIONS AUX GRANDS MONTRÉALAIS 2012! La Chambre de commerce du Montréal métropolitain estfière d'accueillir Emanuele (Lino) Saputo, Michal et Renata Hornstein, Georges Brossard et Pierre Legault au sein de l'académie et de la Constellation des Grands Montréalais.Emanuele (Lino) SAPUTO Secteur économique Michal et Renata HORNSTEIN Secteur culturel Nous invitons tous les Montréalais à joindre leur voix à celle du milieu des affaires pour remercier ces cinq leaders exemplaires qui, par leur passion, leur créativité et leur travail soutenu, ont fait de Montréal une métropole rayonnante.WWW.CREATEURSDAFFAIRES.CA V Georges I BROSSARD I Secteur scientifique Pierre LEGAULT Secteur social LE DEVOIR LE JEUDI 22 NOVEMBRE 2012 C 3 GRANDS SECTEUR SOCIAL Dans la ville de toutes les cultures « Beaucoup de gens cherchent à repenser le modèle économique dominant » Nommé Grand Montréalais dans le secteur social, Pierre Le- Nommé Grand Montréalais dans le secteur social, Pierre Le-gault, fondateur et directeur général de Renaissance, a une vision toute personnelle de ce qui fait de la métropole québécoise une ville agréable et stimulante.Entrevue montréalaise, donc.PIERRE VALLEE Natif de Montréal \u2014 il est né dans le quartier Ho-chelaga-Maisonneuve et a grandi à Montréal-Nord, Pierre Legault habite toujours Montréal.«Ce que j\u2019aime en particulier de Montréal, c\u2019est que c\u2019est une ville qui a une âme.Et cette âme, c\u2019est beaucoup sa dimension artistique et culturelle.On n\u2019a qu\u2019â penser aux nombreux festivals et événements culturels qui parsèment l\u2019année pour s\u2019en convaincre.Montréal est une ville en vie et on y trouve beaucoup de gens qui créent et qui inventent.» Mais son enracinement et son attachement à Montréal ne sont pas chez lui synonymes de repli sur soi.«J\u2019ai beaucoup voyagé dans ma vie et j\u2019ai commencé â le faire jeune homme.J\u2019ai visité l\u2019Europe, l\u2019Asie, la Chine, l\u2019Australie, l\u2019Afrique, autant dire que je me suis passablement baladé dans plusieurs coins de la planète aux cultures fort différentes.Et ce que j\u2019apprécie de Montréal, c\u2019est que j\u2019y retrouve cette même diversité culturelle.Montréal est une ville où les multiples cultures se rencontrent et vivent en harmonie.C\u2019est une ville d\u2019une grande ouverture au monde.Et comme, personnellement, j\u2019aime la différence, Montréal est une ville où il est possible d\u2019avoir des échanges très riches avec différentes cultures.Montréal n\u2019est pas seulement la métropole du Québec, c\u2019est aussi â mes yeux une sorte de métropole de la planète.» Il apprécie tout particulièrement un certain modernisme propre à Montréal.«Je pense que les Montréalais ont intuitivement compris que le XXF siècle sera différent du XX^ siècle.On trouve beaucoup de gens â Montréal qui cherchent â repenser le modèle économique dominant.Il se fait présentement énormément d\u2019expérimentation en ce sens.Je pense â des initiatives comme Equiterre ou Com-munauto ou au récent engouement des Montréalais pour l\u2019agriculture urbaine.Le modèle dominant change et Montréal est aux premières loges de ce changement.C\u2019est aussi ce qui en fait sa beauté et son charme.» Trop d\u2019exclusion encore Mais son amour de Montréal ne vient pas pour autant brouiller sa lucidité.«Il y a encore trop de gens â Montréal qui sont exclus du système, fen suis malheureusement trop souvent témoin.Le modèle économique dominant est conçu pour éjecter les personnes du système.C\u2019est comme un merry-go-round qui tourne toujours de plus en plus vite.Seuls les plus forts auront la possibilité de s\u2019agripper, les plus faibles seront éjectés.» Il déplore aussi que Montréal n\u2019échappe pas assez à cette course folle qu\u2019est la vie moderne.«La société va de plus en plus vite, les gens ont de moins en moins de temps â leur disposition, pris qu\u2019ils sont par le tourbillon.Et ce manque de temps se traduit aussi par un 'üi',,;,\"'; r \"\"\"\"\" 1 Z Mm il- Mill.\" U I JACQUES NADEAU LE DEVOIR Le fondateur et directeur général de Renaissance, Pierre Legault, apprécie un certain modernisme propre a Montreal, représentée entre autres par des initiatives comme Equiterre ou Communauto ou le récent engouement des Montréalais pour l\u2019agriculture urbaine.manque de temps pour s\u2019occuper davantage des exclus.» Souhaits pour Montréal Il aimerait bien que Montréal tourne davantage le dos à toute cette frénésie induite par le modèle économique dominant et se fasse plus inclusif.«Il nous faut plus de programmes aidants.Prenons le cas des personnes handicapées.Plusieurs d\u2019entre elles peuvent travailler et ce sont de bons employés.Pourtant, elles ont de la difficulté â se trouver du travail.Au fond, elles n\u2019attendent qu\u2019une chance pour contribuer â la société et faire leur place au soleil.» Idem pour les personnes im- RENAISSANCE Pour l\u2019insertion sociale Objectif social et profit peuvent aller de pair La contribution à la société montréalaise de l\u2019organisme sans but lucratif Renaissance, fondée en 1994 par Pierre Legault, n\u2019est certes pas étrangère à la nomination de ce dernier comme Grand Montréalais dans le secteur social.Survol de cet organisme dont le succès ne s\u2019est jamais démenti.PIERRE VALLÉE T\tprojet comme Renaissance a vu ^ l^e jour lorsque je travaillais â Moisson Montréal, raconte Pierre Legault.Moisson Montréal fait œuvre utile, car la distribution de nourriture aux personnes et familles dans le besoin est nécessaire, malheureusement encore aujourd\u2019hui.Mais je croyais que ce n\u2019était pas suffisant.Mon travail avec Moisson Montréal m\u2019avait fait comprendre que plusieurs utilisateurs de ces banques alimentaires étaient des personnes souvent exclues du marché du travail.Soit qu\u2019elles n\u2019avaient jamais réussi â y pénétrer, soit qu\u2019elles avaient perdu un emploi et n\u2019arrivaient pas â en retrouver un autre.Je me suis dit qu\u2019il fallait les aider â entrer ou â retourner sur le marché du travail.» Une philosophie d\u2019organisme Le conseil d\u2019administration de Moisson Montréal aimait cette idée, mais elle ne cadrait pas avec la mission de l\u2019organisme.Moisson Montréal a plutôt choisi d\u2019offrir à Pierre Legault de lui payer un salaire le temps qu\u2019il monte lui-même un nouvel organisme capable de répondre à ce besoin.Ainsi est né Renaissance.«La mission première de Renaissance était, et est toujours, l\u2019insertion sur le marché du travail, qui est, â mon avis, le premier pas vers une véritable insertion sociale.Avant de mettre sur pied Renaissance, j\u2019ai regardé ce qui se faisait ailleurs.Il y avait le modèle français, qui prônait la création de postes temporaires permettant aux participants d\u2019acquérir des habiletés et de reprendre confiance en soi.Le placement permanent se faisait donc â l\u2019extérieur de l\u2019organisme.J\u2019aimais bien ce modèle parce qu\u2019il permettait d\u2019aider davantage de personnes.» Pierre Legault pousse encore plus loin sa réflexion.«Je me suis demandé pourquoi le social et l\u2019économie ne se mélangeaient jamais.Pourquoi ne pourrait-on pas atteindre nos objectifs sociaux tout en dégageant une marge de profit avec nos activités ?A l\u2019époque, pour certains, c\u2019était /à une hérésie.J\u2019ai trouvé ma réponse du côté des Etats-Unis, où un organisme, la fédération Goodwill, avait adopté cette démarche et cette façon différente de faire des affaires.D\u2019où l\u2019idée d\u2019ouvrir une boutique de vêtements usagés dont la marge de profit servirait â soutenir l\u2019insertion sociale.Au fond.Renaissance, c\u2019est la combinaison de ces deux approches.» Un réseau La première boutique, appelée Fripe-Prix, a vu le jour en 1995 et a pignon sur rue boulevard Saint-Laurent, dans l\u2019édifice où loge le siège social de cette entreprise d\u2019économie sociale.Le réseau compte maintenant 11 magasins.«On a placé nos magasins dans des quartiers où il existe suffisamment de clientèle pour nos produits.On a appris â faire du commerce sur le tas et l\u2019on s\u2019est servi des mêmes principes que ceux que l\u2019on retrouve partout dans le commerce du détail.Il faut s\u2019assurer de la qualité du produit, que le prix demeure accessible et que la variété est au rendez-vous.» Mais il faut aussi alimenter les boutiques.«Au départ, on se servait de boîtes de collecte, mais ensuite on a choisi d\u2019ouvrir des centres de dons que l\u2019on a placés, évidemment, dans des quartiers plus â l\u2019aise.» Le réseau en compte maintenant 17, dont trois comprennent aussi une librairie d\u2019occasion.Une autre importante étape du développement de Renaissance a été la signature d\u2019une entente avec Emploi-Québec.«Nous sommes reconnus par Emploi-Québec comme organisme d\u2019insertion sur le marché du travail et les salaires de nos participants â notre programme d\u2019insertion sont défrayés par Emploi-Québec.» En presque vingt ans, cette entreprise sans but lucratif s\u2019est passablement développée.Le chiffre d\u2019affaires annuel de Renaissance avoisine 17 millions de dollars.L\u2019entreprise compte 250 employés permanents.S\u2019ajoutent à cela 125 postes temporaires en insertion.«Comme ces postes temporaires sont de six mois, c\u2019est donc 250 personnes qui passent chaque année par notre programme d\u2019insertion.» Depuis sa fondation.Renaissance a accueilli 3300 participants à son programme d\u2019insertion, dont 80%, soit environ 2650 personnes, ont trouvé un emploi ou sont retournées aux études.Renaissance peut compter aussi sur l\u2019appui d\u2019une centaine de bénévoles.Pour la suite des choses Si l\u2019ouverture de nouvelles boutiques est prévue, c\u2019est surtout la consolidation du réseau de centres de dons qui demeure pour l\u2019instant la priorité.Déjà, plus de 400000 personnes ont fait des dons à Renaissance.«On a beaucoup de soutien de nos donateurs parce que la mission de Renaissance les rejoint.D\u2019une part, ils peuvent recycler leurs biens, ce qui rejoint leurs préoccupations environnementales, mais ils savent aussi que leurs dons servent â dépanner des personnes dans le besoin tout en contribuant â amener des gens exclus sur le marché du travail.» Il y aura donc ouverture de nouveaux centres de don, mais Pierre Legault demeure muet sur leur emplacement possible de manière à ne pas favoriser ses concurrents.Car concurrents il y a, et ce sont trop souvent des entreprises privées.«On trouve de plus en plus sur le marché des entreprises privées qui signent des ententes avec des organismes sociaux afin que ces derniers ramassent des dons en échange d\u2019un certain soutien â leur cause.Mais le donateur ne sait pas que son don sert aussi â enrichir une entreprise privée.C\u2019est parfaitement légal, mais c\u2019est â mon avis un détournement de biens qui devraient aller â des organismes sans but lucratif » Collaborateur Le Devoir migrantes.«Il faut mieux intégrer les immigrants, il faut en faire davantage qu\u2019on n\u2019en fait présentement.Il faut privilégier le principe d\u2019accompagnement et mettre en place des mécanismes afin de mettre â contribution les personnes présentement exclues.» Selon lui, ne pas le faire relève du non-sens.«Ce sont des ressources incroyables dont on se prive.C\u2019est d\u2019autant plus absurde qu\u2019on manque de main-d\u2019œuvre et que le vieillissement de la population ne viendra qu\u2019aggraver la situation.A trop chercher le travailleur mythique et parfait, on ne regarde pas ailleurs et on rate ce que d\u2019autres ont â donner.Trop de personnes en suspens, trop de personnes exclues de la société, incapables de contribuer â l\u2019économie, mine la compétitivité d\u2019une ville.Il ne faudrait pas que ça devienne le cas de Montréal.Nous avons la responsabilité collective de permettre â tous ceux qui le veulent et le peuvent de contribuer â leur manière â l\u2019épanouissement de Montréal.» Il souhaite donc que les citoyens et citoyennes de Montréal fassent leurs les principes d\u2019une économie plus juste et plus équitable.«H faut humaniser l\u2019économie.Il faut s\u2019éloigner du modèle de l\u2019humain au service de l\u2019économie et le renverser.L\u2019économie se doit plutôt d\u2019être au service de l\u2019humain.Je sens que les Montréalais ont déjà commencé â prendre ce virage et je souhaite que cela s\u2019accentue.» Mais par où commencer?« Que peut-on faire ?S\u2019il y a une dimension sur laquelle nous pouvons agir, c\u2019est celle de l\u2019emploi.Il faut faire en sorte que le plus grand nombre de nos citoyens aient la possibilité de s\u2019intégrer au marché du travail.Car c\u2019est par le travail qu\u2019on s\u2019intégre â la société, qu\u2019on prend confiance en soi et qu\u2019ensuite on peut mieux contribuer â sa société et â son avancement.» Collaborateur Le Devoir espace pour la vie montréal Espace pour la vie salue la contribution exceptionnelle de Georges Brossard, fondateur de 'Insectarium de Montréal - \"vk Georges Brossard a partagé avec générosité son savoir et surtout sa passion pour protéger les nnal ainnés de la planète, qui pourtant sont essentiels à sa survie ! K Depuis son ouverture en 1990, rinsectarium de Montréal a éveillé la curiosité de millions de visiteurs.espacepourlavie.ca 5845^770 C 4 LE DEVOIR, LE JEUDI 22 NOVEMBRE 2012 GRANDS MONTREALAIS SECTEUR ECONOMIQUE n avait 17 ans, et il lançait sa première entreprise « J\u2019avais 15 ans quand j\u2019ai quitté mon pays natal pour venir rejoindre mon père » Quelques années après la fin de la Deuxième Guerre mondiale, en 1950, le père de Lino Sa-puto, Giuseppe, qui est un maître fromager plutôt à l\u2019aise, choisit de venir vivre au Canada, en compagnie de son fils aîné Frank, pour améliorer le sort des siens.Deux ans plus tard, le reste de sa famille le suivra.Voilà que prend forme à cette époque la belle histoire d\u2019une incomparable réussite en affaires, dont tout le Québec a aujourd\u2019hui raison d\u2019être fier.Et le fils de Guiseppe est aujourd\u2019hui reconnu comme un grand Montréalais.REGINALD HARVEY La famille Saputo, qui est composée de quatre garçons et de quatre filles, est originaire de Montelepre, un petit village situé à proximité de Palerme, en Sicile.Le Grand Montréalais se souvient: «Toute la famille a vu le jour à cet endroit, à l\u2019exception de mes deux frères les plus jeunes, qui sont nés ici à Montréal A la fin de la guerre, il y avait beaucoup de misère en Italie et mon père a décidé d\u2019émigrer pour procurer un meilleur avenir à ses enfants, même s\u2019il n\u2019avait pas vraiment besoin de le faire, puisqu\u2019il vivait dans des conditions supérieures aux autres habitants de son coin de patelin.» Il raconte la suite des événements: «Il s\u2019est sacrifié et a quitté son pays pour partir à la découverte du Canada, sur lequel il avait pris des informations; c\u2019était une terre prospère où les gens de bonne volonté pouvaient bien réussir.» Deux ans après son arrivée, Lino franchit à son tour l\u2019Atlantique et gagne l\u2019Amérique, accompagné des autres membres de la famille, dont sa mère Maria: «J\u2019avais 15 ans quand j\u2019ai quitté mon pays natal pour venir rejoindre mon père à Montréal » Le choc est plutôt brutal : « C\u2019était la fin du monde et j\u2019ai pleuré pendant six mois tous les soirs.Nous sommes débarqués ici au mois de décembre et, naturellement, comme je venais de la Sicile, je n\u2019avais jamais vu de neige de ma vie, sauf dans les montagnes.J\u2019avais laissé là-bas mes amis, mes copines et mes copains à un âge où on est très fragile.» Une nouvelle vie commence Pour se tirer de son marasme, M.Saputo déniche fort heureusement et rapidement un emploi: «J\u2019ai commencé à travailler tout de suite en arrivant dans une charcuterie italienne, où j\u2019ai eu de la chance: pendant trois jours par semaine, j\u2019étais chargé de la fabrication de produits et, durant les deux autres, je servais d\u2019aide-vendeur à mon patron, ce qui m\u2019a ouvert les yeux et fait voir que mon père pouvait exercer ici son métier de fromager, lui qui possédait une fromagerie en Italie.» Il soumet l\u2019idée au paternel, qui naturellement y est opposé : « J\u2019ai fait les premiers pas en cachette et j\u2019ai ramassé l\u2019argent ou les fonds suffisants pour mettre sur pied une petite fromagerie; on a ouvert ce commerce très modestement avec la somme de 500$, qui a servi à acheter l\u2019équipement nécessaire pour que mon père puisse fabriquer du fromage à la main et qui a été utilisée pour se procurer une bicyclette assurant la livraison.» PAUL CHIASSON LA PRESSE CANADIENNE Le président et chef de la direction de l\u2019entreprise Saputo, Lino A.Saputo, Jr., en compagnie de son père, Lino Saputo, qui continue d\u2019assurer la présidence du conseil d\u2019administration.Il n\u2019en demeure pas moins que les Saputo, comme bon nombre d\u2019immigrants, traversent des années difficiles au cours des premières phases de leur existence en sol canadien; chacun apporte sa contribution pour procurer à la famille les biens nécessaires à une vie décente.Lino Saputo assure toutefois que, même avant de s\u2019aventurer en affaires, la famille ne connaît pas la misère profonde: «On n\u2019a jamais été vraiment pauvres.A notre arrivée, on n\u2019était pas riches, mais on était tout de même à l\u2019aise.» Dès le début des activités de l\u2019entreprise en 1954, il en devient en quelque sorte le directeur général malgré son jeune âge: «Je m\u2019occupais de tout pour mon père.Lorsque j\u2019ai accédé à la présidence plus tard, j\u2019avais déjà les acquis nécessaires parce que, dès le jour 1, à 17 ans, j\u2019étais comme le grand responsable de l\u2019entreprise; ma jeunesse, je l\u2019ai passée au travail et, si j\u2019avais à recommencer, je ferais exactement la même chose.» Quelques années plus tard, en 1960, il fait la connaissance de Mirella, qui, trois ans plus tard, deviendra son épouse : «Nous sommes mariés depuis 49 ans et nous allons célébrer en septembre prochain nos noces d\u2019or.Je suis un homme très heureux et très comblé, parce que je pense que fai choisi la bonne personne pour être la compagne de ma vie; d\u2019ailleurs, je dois dire qu\u2019une grande partie de mon succès vient de la tranquillité d\u2019esprit que mon épouse m\u2019a donnée.Lorsqu\u2019on a lancé l\u2019entreprise, mon but, c\u2019était de bien réussir, d\u2019autant plus que mon père ne voulait pas ouvrir une fromagerie et que, de mon côté, j\u2019y croyais fermement; à partir de l\u2019âge de 17 ans, fai eu à travailler 20 heures par jour durant presque six ou sept jours par semaine.» Le succès et les assises familiales A force d\u2019acharnement, il finit par vaincre la résistance paternelle : «Il a reconnu que f avais raison.Le bon Dieu m\u2019a aidé et nous avons connu du succès.Donc, quand je me suis marié et que nous avons eu des enfants, mon épouse m\u2019a apporté la quiétude nécessaire, parce qu\u2019elle était une femme et une mère idéale autant pour fournir du soutien à son mari que pour élever les enfants.De sorte que fai réellement été en mesure de m\u2019épanouir en travaillant, pendant qu\u2019elle s\u2019occupait plus étroitement de la famille.» Aujourd\u2019hui, la présence de neuf petits-enfants est venue enrichir le noyau familial composé de trois enfants, deux garçons et une fille: Joey (1964), Lino fils (1966) et Nadia (1968).Les enfants Saputo s\u2019intégrent tôt aux activités professionnelles du père : «Ils ont commencé à travailler dans l\u2019entreprise après l\u2019école; ils nettoyaient les planchers et les bassins, ils emballaient du fromage et s\u2019occupaient des livraisons.Ils ont fait leur devoir et mon deuxième garçon.Lino fils, m\u2019a succédé comme président et chef de la direction de Saputo en 2004; je suis un homme comblé, parce qu\u2019il accomplit un travail fantastique dont je suis très fier.» Aujourd\u2019hui, Lino Saputo occupe les fonctions de président du conseil d\u2019administration de l\u2019entreprise.Quels sont ses centres d\u2019intérêt ?Le semi-retraité apporte cet éclairage : «Bien sùr, je préside le CA et j\u2019agis à l\u2019occasion comme conseiller pour mon fils; s\u2019il a besoin de conseils, je suis toujours à son entière disposition et mes services ne coûtent pas cher pour lui.Je m\u2019occupe aussi de mes petits-enfants et je dispose de plus de temps pour le faire que lorsque fêtais jeune.» Collaborateur Le Devoir SAPUTO INC.Une « grande famille » aux 10 500 employés et 47 usines « Il est primordial dans une entreprise de donner un sentiment d\u2019appartenance » Saputo inc.fait ses premiers pas dans les années 1950; le petit commerce artisanal de fromagerie entreprend une longue marche qui le transformera, près de 60 ans plus tard, en une entreprise de taille géante et de positionnement international.L\u2019exercice financier terminé le 31 mars 2012 montre des revenus de 6,93 milliards de dollars, en hausse de 4% par rapport à 2011, et un bénéfice net ajusté de 505,8 millions de dollars, en croissance de 34,1 millions de dollars.REGINALD HARVEY Lino Saputo, cofondateur de l\u2019entreprise avec son père, Giuseppe, situe le contexte dans lequel celle-ci a vu le jour: «En Italie, le Giuseppe en question possédait une fromagerie avec des employés qu\u2019il dirigeait.Comme bon nombre d\u2019immigrés, en se retrouvant dans son nouveau pays, il a accepté d\u2019effectuer d\u2019autres travaux à condition qu\u2019ils soient en lien avec des activités honnêtes; il est allé travailler dans la construction, une chose qu\u2019il n\u2019avait jamais faite de sa vie; dans un endroit qui lui était étranger, il avait peur de s\u2019aventurer à exercer son propre métier.» Le jeune Lino prend les choses en mains: «Quand je me suis présenté ici deux ans plus tard, fai vu les possibilités que mon père aurait pu avoir et je me suis arrangé en cachette pour qu\u2019il commence à l\u2019exercer en achetant le nécessaire pour y arriver et en louant un local.Je connaissais ses valeurs, ce qu\u2019il était capable de faire, et je savais qu\u2019il pouvait réussir.Effectivement, c\u2019est ce qui s\u2019est passé.» De l\u2019artisanat à l\u2019industriel Devenu président du conseil d\u2019administration (CA) et semi-retraité, il parle volontiers aujourd\u2019hui d\u2019une belle et longue histoire: «Nous formons une très très grande famille avec 10500 employés et 47 usines situées à travers le monde.» Il cerne les points tournants qui ont propulsé Saputo vers les sommets atteints: «Ça se situe dans les années 1970.On a commencé nos activités ici à Montréal, puis elles se sont quelque peu étendues dans l\u2019est du Québec avec la distribution de fromages.» Par la suite, Saputo caresse d\u2019autres ambitions et se tourne vers le reste du Canada: «On a débuté avec des usines dans le Québec et, progressivement, on est allés ouvrir une fromagerie à Toronto et on s\u2019est rendu en acheter d\u2019autres dans l\u2019ouest du pays.» Durant ces années-là, l\u2019entreprise développe son propre réseau national de distribution pour répondre à une expansion fulgurante : elle s\u2019est hissée au premier rang des producteurs de mozzarella au Canada, principalement dans le secteur de la restauration.A la fin des années 1970, le temps est venu de convoiter et de courtiser davantage le marché des Etats-Unis: «On exportait déjà de ce côté-là, mais, dans les années 1980, c\u2019était devenu un peu plus difficile parce que le prix du lait était devenu plus élevé au Québec, ce qui ne nous rendait pas concurrentiels; il y avait des restrictions dans les quotas et c\u2019était devenu compliqué de traverser du fromage du côté américain.Donc, on a commencé à acheter des fromageries là-bas; je suis donc allé me procurer une petite entreprise dans le Vermont et une autre dans le Maryland, afin de desservir notre clientèle américaine.» Virage majeur et un leader en action Saputo continue jusqu\u2019aux années 1990 à voguer de succès en succès en brassant des af faires.A la fin de cette décennie, l\u2019entreprise conclut plusieurs acquisitions stratégiques dans le but de diversifier sa production et d\u2019accentuer sa répartition géographique; elle élargit encore ses marchés.En 1997, Lino Saputo décrit ce qui s\u2019est passé et ce qui a modifié profondément l\u2019existence de l\u2019entreprise: «Ce fut le véritable point tournant lorsqu\u2019on a complété notre premier appel public à l\u2019épargne, lorsqu\u2019on est allé en Bourse.On s\u2019est également lancé dans l\u2019achat d\u2019une grosse entreprise américaine qui s\u2019appelait Stella Cheese, ce qui nous a mis PAUL CHIASSON LA PRESSE CANADIENNE lino Saputo se dit fier d\u2019avoir maintenu le même esprit familial depuis les débuts de la compagnie.sur la carte nord-américaine ; nous étions déjà présents sur ce marché et nous connaissions les règles du jeu, de sorte que nous n\u2019avons pas craint de nous aventurer plus loin sur ce terrain et de faire l\u2019acquisition d\u2019une entreprise deux fois plus grosse que la nôtre.» Saputo triple sa taille à ce moment-là et se positionne comme l\u2019un des principaux producteurs de fromage naturel chez le voisin américain.Tout va donc pour le mieux pour ce bâtisseur, qui a succédé en 1969 à son père comme président du conseil d\u2019administration et de la société.Se souvient-il d\u2019avoir eu des décisions particulièrement complexes à prendre dans l\u2019exercice de ses fonctions?Sa réponse relève d\u2019un certain virage technologique : «La seule chose qui a été difficile pour moi a été d\u2019entrer de la machinerie et de transformer du fromage avec l\u2019aide de celle-ci.lorsqu\u2019on a commencé à avoir des volumes plus intéressants.Mon père était contre cette machinerie et il a fallu que je devienne un peu menteur auprès de lui; je pense que le bon Dieu m\u2019a donné l\u2019absolution de lui avoir menti: j\u2019achetais des machines et je lui disais qu\u2019on me les avait prêtées, tout en lui demandant de les essayer et en lui laissant savoir que, si ce n\u2019était pas bon, on les mettrait dehors.Pour sa part, c\u2019était un véritable artisan, mais on ne pouvait pas continuer à travailler d\u2019une façon manuelle.» Et puis, les années 2000 se sont pointées, alors que l\u2019expansion se poursuivait et que la réussite demeurait au rendez-vous: «D\u2019année en année, on avait des défis à relever, mais les décisions qui s\u2019imposaient se sont toujours prises au bon moment.» Lino Saputo, avec tout son bagage d\u2019expérience en affaires, demeure convaincu d\u2019une chose: «J\u2019ai toujours dit que les succès de l\u2019entreprise, c\u2019est d\u2019avoir les bonnes personnes à la bonne place et de prendre les bonnes décisions au bon moment.» Il situe l\u2019importance du capital humain: «Je me vante de pouvoir affirmer que Saputo a commencé avec trois personnes, mon père, ma mère et moi; aujourd\u2019hui, avec 10500 employés, nous avons maintenu ce même esprit familial qu\u2019au début.Il est primordial dans une entreprise de donner un sentiment d\u2019appartenance et une certaine fierté à tous ces gens; quand ils entrent au travail le matin, c\u2019est pour donner le maximum et c\u2019est ce qui fait toute la différence.Il faut s\u2019occuper de ses employés comme s\u2019ils étaient ses enfants.» Collaborateur Le Devoir LE DEVOIR LE JEUDI NOVEMBRE O I 2 C 5 GRANDS MONTREALAIS DEPUIS 1978 Au panthéon montréalais Depuis 1978, ils auront été 122, hommes et femmes, déclarés au fil des ans Grands Montréalais.En 2012, quatre noms s\u2019ajouteront à cette prestigieuse liste.Ils forment une Académie, celle des Grands Montréalais.Et, chaque année, certains d\u2019entre eux se réunissent, s\u2019adjoignant de «grands partenaires» et des membres du conseil d\u2019administration de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain pour inviter quatre personnalités à fréquenter leur cénacle.Au terme d\u2019un vote, quatre personnalités, venant respectivement des secteurs économique, culturel, social et scientifique, seront ainsi reçues au sein de l\u2019Académie.Initialement, en 1978, c\u2019est au CN que revenait l\u2019initiative d\u2019avoir créé un gala pour rendre hommage à 19 Montréalais.La Chambre de commerce du Montréal métropolitain se joignait à l\u2019entreprise en 1984 pour assurer la tenue annuelle de l\u2019événement.Enfin, en 1988, naissait l\u2019Académie.Et ce soir, au Palais des congrès, après le dévoilement d\u2019un panthéon qui inscrira en ce lieu les noms des divers lauréats, l\u2019Académie comptera en son sein 126 membres.1978 lole Appugliese (1912-1971) Pierre Béique (1910-2003) Gilles Carie (1929-2009) Ludmilla Chiriaeff (1924-1996) Camille A Dagenais Pierre Dansereau Jean Drapeau (1916-1999) Jean-V.Dufresne (2000) Gérard Eauteux (1900-1980) Armand Erappier (1904-1991) Alphonsine Howlett (1913-1992) André Langevin Guy R.Legault lona Monahan (1923-2006) J.Alphonse Ouimet (1908-1988) Alfred Pellan (1906-1988) Gérard Plourde (1916-2004) Sam Pollock (1925-2007) Harry J.Stern (1897-1984) Michel Tremblay 1979 Michel Bélanger (1929-1997) 1980 Thérèse Casgrain (1896-1981) 1981 Paul David (1919-1999) 1982 Charles Bronfman Charles Dutoit 1984 Paul Desmarais Phyllis Lambert Pierre Elliott Trudeau (1919-2000) 1985 Yvette Brind\u2019Amour (1921-1992) Bernard Lamarre, Cardinal Paul-Emile Léger (1904-1991) 1986 Jean Béliveau Phil Gold Paul Paré (1922-1996) 1987 A.Jean de Grandpré Jean Duceppe (1923-1990) Brenda Milner 1988 David M.Culver Père Marcel de la Sablonnière (1918-1999) Maryvonne Kendergi 1989 Laurent Beaudoin Gratien Gélinas (1909-1999) Liliane M.Stewart 1990 Denys Arcand Claude Castonguay Sœur Denise Lefebvre (1907- 1993) 1991 J.V.Raymond Cyr Antonine Maillet Jeanne Sauvé (1922-1993) 1992 Jean Coutu John P.Humphrey (1905-1994) Robert Lapalme (1908-1997) 1993 Alexander Brott (1915-2005) Jeannine Guindon (1920-2002) Eugene N.Riesman 1994 Charles Daudelin (1920-2001) Maurice L\u2019Abbé (1920-2006) Pierre Péladeau (1925-1997) 1995-1996 Gretta Chambers Arlette Cousture Serge Saucier 1997 André Bérard Alan B.Gold (1917-2005) Gilles Lefebvre (1922-2001) 1998 Daniel Gauthier Alexander Kennedy Patterson Paul M.Tellier 1999 Lrancesco Bellini Roger Gaudry (1914-2001) Albert Miliaire 2000 Jacques Genest Andrée Lachapelle Jean C.Monty Maurice Richard (1921-2000) 2001 Jacques Bougie Guy Laliberté Charles R.Scriver Michèle Thibodeau-Deguire 2002 André Caillé Emmett Johns Robert I^croix Dominique Michel 2003 Serge Godin Yves Lamontagne Huguette Oligny Charles Taylor 2004 Denis Brott André Chagnon William Leindel Daniel Langlois 2005 Paul Desmarais fils Margaret Lock Henry Mintzberg Alain Simard 2006 Robert Charlebois Pavel Hamet Jocelyne Monty Henri-Paul Rousseau 2007 Denise Liliatrault Paul Gérin-Lajoie Jacques Lamarre Hubert Reeves 2008 Peter Howlett Rémi Marcoux Heather Munroe-Blum Denise Robert 2009 Lise Bissonnette Sœur Nicole Pour nier L.Jacques Ménard Balfour M.Mount 2010 Yvon Deschamps Hélène Desmarais Gilles Julien Claude Montmarquette 2011 Aldo Bensadoun Lrédéric Back Pierre Lortin Sid Stevens Le Devoir CHAMBRE DE COMMERCE DU MONTREAL METROPOLITAIN Le président et chef de la direction de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, Michel Leblanc, en compagnie de Sid Stevens, nommé Grand Montréalais en 2011.Par amour pour Montréal Michal et Renata Hornstein ont récemment offert au Musée et à Montréal leur collection exceptionnelle de maîtres anciens.Ces personnalités « bigger than life » ont ainsi contribué à enrichir considérablement notre patrimoine national.Michal et Renata Hornstein sont de fiers Montréalais qui soutiennent plusieurs causes, dont la santé et les arts.Merci Michal et Renata ! MUSÉE DES BEAUX-ARTS MONTRÉAL mbam.qc.ca C 6 LE DEVOIR LE JEUDI 22 NOVEMBRE 2012 GRANDS MONTREALAIS SECTEUR SCIENTIFIQUE Et les insectes voleront toiÿours.« J\u2019ai toujours été sur le bord du petit, de l\u2019opprimé, de l\u2019abusé » Cette année, le Grand Montréalais du secteur scientifique est Georges Brossard.Principalement connu comme un entomologiste hors pair et comme le fondateur de l\u2019Insectarium de Montréal, M.Brossard se décrit comme « un gars populaire, un fils de cultivateur».Amoureux des insectes, il est également ami des êtres humains.C\u2019est avec honneur, respect et reconnaissance qu\u2019il accepte la distinction qui lui est faite.JACINTHE LEBLANC Après une fructueuse carrière comme notaire, Georges Brossard part à la chasse aux insectes autour du monde.Cette aventure dure une bonne vingtaine d\u2019années, à la fréquence d\u2019au moins six mois par an.Pour celui qui a voulu réconcilier les humains avec les insectes par l\u2019éducation et la sensibilisation, la classe animale la plus populeuse sur la Terre a toujours fait partie de sa vie, même lors de ses études en droit à l\u2019Université d\u2019Ottawa, où il a voulu faire sa thèse de doctorat sur les abeilles, mais il n\u2019a pas pu.Ambassadeur de son pays et de sa ville, Georges Brossard a ouvert plusieurs insectariums aux quatre coins du monde.Bien qu\u2019il soit connu pour avoir fondé l\u2019Insectarium de Montréal, M.Brossard précise qu\u2019il a fait bien d\u2019autres choses.Il a aussi créé la série Insectia, qui a connu un succès mondial le temps de deux saisons.Cette émission a su éveiller et répondre à un besoin des gens de partout siu la planète, à propos de leiu connaissance des insectes.Poiu M.Brossard, «ç\u2019a sensibi- lisé beaucoup de monde à l\u2019entomologie, la science qui était ma science, la science des insectes.Et moi, ça m\u2019allait bien de prendre les plus haïs, les plus craints et les plus méprisés.» Il ajoute: «J\u2019ai toujours été sur le bord du petit, de l\u2019opprimé, de l\u2019abusé.Alors, je défends ces causes-là.» Un humaniste plus qu\u2019un scientifique Il trouve drôle l\u2019idée de le classer comme scientifique.Après avoir relaté les différents honneurs qu\u2019il a reçus, dont deux doctorats honorifiques en science de l\u2019Université McGill et de l\u2019Université du Québec à Trois-Rivières, il déclare en toute honnêteté : «Je ne suis pas scientifique pantoute ! », suivi d\u2019un rire franc.L\u2019Insectarium, il l\u2019a créé bien plus humainement que scientifiquement.Il y a donc la façon dont il se perçoit et celle dont les autres le voient.M.Brossard insiste par le fait même sur la nécessité de souligner la participation de gens qui ont fait et qui font des choses extraordinaires.L\u2019entomologiste de renommée internationale s\u2019occupe également des enfants qui souffrent d\u2019autisme, de défi- ALLIANCE ATLANTIS Georges Brassard, entomologiste et fondateur de l\u2019Insectarium de Montréal cience intellectuelle et de ceux qui vivent dans des quartiers défavorisés, là où ils sont «catalogués comme pourris, pauvres ou pas pro-ductijs à partir de l\u2019âge de six, sept ou huit ans», s\u2019indigne-t-il.Il renchérit: «Donnons-leur le temps de vivre et, après ça, ils vont se manifester.» Ce besoin chez les enfants, M.Brossard y répond, par exemple, en donnant des conférences «de motivation, de prise de conscience, d\u2019éveil à un monde exigeant, mais accessible pour eux malgré les apparences», dans certaines écoles.A son avis, les personnes âgées devraient faire de même, non pas de façon nostalgique, mais bien pour livrer une expérience et une réalité historique du Québec.Qutre le métier de notaire, d\u2019entomologiste et d\u2019acteur.Georges Brossard est aussi passé par le métier de scénariste.Le film Le papillon bleu est basé sur une partie de sa vie, lorsqu\u2019il a emmené un enfant cancéreux en phase terminale pour chasser le fameux papillon bleu.Une fois le papillon attrapé, le petit garçon a guéri du cancer.«J\u2019ai écrit plusieurs autres scénarios, petits et grands, ra-conte-t-il.Et mes scénarios po- gnent.Ça donne toujours des bonnes shots.» M.Brossard est aussi pilote d\u2019avion, ce qui lui a permis de vivre une vie de rêve pendant les étés québécois, lui qui détestait la neige.«Je pilotais ma machine, je pêchais des dorés, f avais une vie de rêve, se remémore-t-il.J\u2019allais à la pêche au moins 50 à 100 jours par été et automne.Après ça, je retournais à la chasse aux insectes un peu partout.» Parmi ce qu\u2019il a aspiré à accomplir, mais sans jamais y parvenir, se ùouve le rêve d\u2019être ministre de l\u2019Environnement.«C\u2019est un ministère où je me serais senti bien motivé et capable de faire ça.» Il ne s\u2019est présenté qu\u2019une fois, «pour le Parti conservateur, il y a quarante ans», précise-t-il, mais il n\u2019at pas ga^é.Ces temps-ci, il est un conférencier très recherché.Il possède à son actif 27 sujets de conférence.Il travaille aussi à l\u2019écriture de romans.Rien n\u2019est encore publié, «mais ça s\u2019en vient», assure-t-il.Un autre projet qui s\u2019en vient, c\u2019est celui d\u2019un reptilarium à Trois-Rivières.Selon M.Brossard, pour rivaliser avec Montréal et Québec, Trois-Rivières doit se distinguer de ce qui se fait déjà.Il ne remplace pas tout, «mais un des éléments de reconstruction du nouveau Trois-Rivières pourrait commencer par un reptilarium ».Ce qui, poiu lui, a du sens, puisque c\u2019est comme un retoiu à la terre, à ce qui rampe.Collaboratrice Le Devoir INSECTARIUM DE MONTREAU Une métamorphose est annoncée pour 2015 La plus grande classe animale a un lieu bien à elle Le 7 février 1990, les Québécois ont inauguré un musée entièrement consacré aux insectes : ITnsectarium de Montréal.Son fondateur, Georges Brossard, avait à l\u2019origine l\u2019idée de réconcilier les humains avec les insectes.Cela passait en partie par un musée d\u2019éducation populaire qui soit accessible aux enfants comme aux adultes.En 2011, l\u2019Insectarium s\u2019est refait une beauté en misant sur la biodiversité des insectes.Et une grande métamorphose est prévue vers 2015.JACINTHE LEBLANC Moi, j\u2019ai voulu réconcilier les humains avec une classe qui a beaucoup de classe, la classe des insectes, raconte d\u2019entrée de jeu le sympathique entomologiste.Pour ce faire, je suis allé leur bâtir un temple, pas une cathédrale.Un temple.C\u2019était un insectarium.» Georges Brossard a toujours eu un penchant pour les tout-petits, pour les plus opprimés.Dans les débuts de sa carrière d\u2019entomologiste, les insectes étaient méprisés et dédaignés par les Québécois.Il en a vu de toutes les sortes: «Des gens qui appelaient ça \u201cbibittes\u201d», des gens qui n\u2019avaient aucune éducation, qui n\u2019étaient pas intéressés par les insectes, qui riaient des insectes, qui avaient peur des insectes.Je suis parti de loin», se souvient-il.Et pourtant, pour les amener à comprendre, à aimer et à respecter les insectes, il a mis sur pie,d l\u2019Insectarium de Montréal en 1990.A travers différentes actions de diffusion, de conservation, d\u2019éducation et de recherche, l\u2019Insectarium de Montréal cherche à sensibiliser les visiteurs aux insectes, à leurs rôles et à leur importance dans les nombreux écosystèmes.Pour y parvenir, le musée a mis sur pied différents événements annuels, comme Croque-insectes, de 1993 à 2005, L\u2019Odyssée des monarques, depuis 1994, ou encore Papillons en liberté depuis 1998.Un vent de fraîcheur Bien content que la mission d\u2019origine ne soit pas perdue de vue avec les modifications apportées à l\u2019Insectarium en 2011, le fondateiu du musée se dit très satisfait du décor et du changement.II apporte toutefois quelques critiques.M.Brossard souligne l\u2019importance, en muséologie, de modifier l\u2019Insectarium tous les dix ans au maximum.L\u2019ajout aussi de nouveaux éléments chaque année assure une captivité constante pour les visiteurs, selon l\u2019entomologiste.En dépit de tout, Georges Brossard constate avec joie l\u2019évolution dans le rapport entre les PEDRO RUIZ LE DEVOIR L\u2019Insectarium de MonUéal veut sensibiliser ses visiteurs à l\u2019importance des insectes dans nos écosystèmes.individus et les insectes.«De plus en plus, les gens refusent d\u2019utiliser le mot \u201cbibitte\u201d», pré-cise-t-il.Ce n\u2019est qu\u2019une expression, mais elle témoigne du respect qui est désormais accordé à la plus grande classe animale.En moyenne, l\u2019Insectarium de Montréal reçoit 350000 visiteurs par année.De plus, le musée propose une approche unique, soit une approche entomoculturelle.La science, les arts et la culture servent d\u2019angle pour aborder le monde des insectes.Collaboratrice Le Devoir CHAMBRE DE COMMERCE DU MONTRÉAL MÉTROPOLITAIN BOARD OF TRADE OF METROPOLITAN MONTREAL La Chambre de commerce du Montréal métropolitain est heureuse de dévoiler, ce 22 novembre, dans le cadre des célébrations liées à son 190® anniversaire, un lieu permanent qui immortalisera les réalisations remarquables des Grands Montréalais d'hier, d'aujourd'hui et de demain.La communauté d'affaires invite la population à visiter en grand nombre la Constellation des Grands Montréalais, dans le Hall Jean-Paul-Riopelle du Palais des congrès, afin de mieux connaître ceux qui ont façonné, qui façonnent et qui façonneront notre métropole.WWW.GRANDSMONTREALAIS.CA Partenaire fondateur delà Constellation : DEVOILEMENT DE LA CONSTELLATION DES GRANDS MONTRÉALAIS e Groupe financier CREATEURS D'AFFAIRES "]
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