Le devoir, 24 novembre 2012, Cahier F
[" à L\u2019enfant miroir de Francine Noël Page f 3 Les forces sauvages de Pascal Quignard Page fs LIVRES CAHIER F > LE DEVOIR, LES SAMEDI 24 ET DIMANCHE 25 NOVEMBRE 2012 ENTREVUE *\u2022*1» s Joseph Il Anton /§$ une autobiographie \u2022 * L'î?Salman\"-:;- L Rushdie *-5fî\tf;.:.J* \u2022Vîi «LJ\u2014i.s« On l\u2019a pendu et brûlé en effigie aux quatre coins du monde.Sa tête a été mise à prix.Il a été conspué tant en Inde qu\u2019en Grande-Bretagne, et autant de la part de la gauche que de la droite.Pour quelques lignes controversées dans un roman, on a tué et essayé de tuer.Essayiste et romancier britannique d\u2019origine indienne né à Bombay (aujourd\u2019hui Mumbai) en 1947, Salman Rushdie publie son autobiographie, Joseph Anton, qu\u2019il consacre largement à ses 13 années de clandestinité.Entretien.CHRISTIAN DESMEULES CA est le 14 février 1989, jour de / la Saint-Valentin, que sa vie a basculé dans l\u2019absurde, poussée par «l\u2019édit d\u2019un vieillard cruel et moribond», Tayatollah Khomeini, leader spirituel de la révolution islamiste iranienne.Pour beaucoup d\u2019entre nous, un nouveau mot venait de s\u2019ajouter au lexique d\u2019une fin de siècle qui au final allait être mouvementée : fatwa.Un mot qui est devenu depuis, un peu à tort, synonyme de condamnation à mort.Arrivé en Grande-Bretagne à l\u2019âge de 14 ans pour y faire ses études, Rushdie sortira de l\u2019ombre avec son deuxième roman.Les enfants de minuit (adapté au cinéma cette année par la réalisatrice indo-canadienne Deepa Mehta), qui lui a valu en 1981 le Booker Prize, l\u2019ultime consécration dans le monde littéraire anglo-saxon.Mais c\u2019est la publication de son quatrième roman, Les versets sataniques, livre «infâme» qui l\u2019a rendu tristement célèbre (c\u2019est-à-dire pour de mauvaises raisons), qui mettra le feu aux poudres et viendra précipiter ce «blasphémateur de l\u2019Islam» dans la marmite de 13 années de clandestinité sous constante protection policière.«Je m\u2019élève absolument contre l\u2019idée qu\u2019on puisse parler de ce livre comme d\u2019un livre infâme, dira Salman Rushdie, joint par téléphone à Paris où il se trouvait pour faire la promotion de son autobiographie.C\u2019est un roman tout ce qu\u2019il y a de plus sérieux.C\u2019est plutôt l\u2019attaque dont il a été l\u2019objet qui est infâme.» On a un peu oublié quelle tempête c\u2019était.Manifestations, émeutes, déclarations d\u2019agités du bocal et de porte-parole autoproclamés, meurtres.L\u2019éditeur norvégien a survécu de justesse après avoir reçu quelques balles dans le corps.Hitoshi Igarashi, le traducteur japonais, a été poignardé à mort quelques jours après que le traducteur italien du livre eut lui-même été sérieusement agressé dans son appartement de Milan.Bien pire : après une manifestation qui a dégénéré à Sivas, en Turquie, 37 personnes sont mortes dans l\u2019incendie d\u2019un hôtel où résidait le traducteur turc des Versets sataniques.Les appels à la bombe cqntre des librairies, en Grande Bretagne et aux Etats-Unis, qui osaient vendre son livre?Les cocktails Molotov?Innombrables.L\u2019autre Rushdie Après une vingtaine d\u2019années, 10 livres et (eh oui) trois divorces plus tard, «Satan Rushdy», comme aimaient l\u2019appeler certains de ses plus fidèles ennemis, a choisi de revenir sur cette période sombre et mouvementée de son existence en pondant son autobiographie.Avec intelligence, honnêteté, combativité et, il est vrai parfois, un certain esprit de revanche, l\u2019écrivain nous raponte son histoire à la troisième personne.A la fois procédé de mise à distance qui sonne bien et symbole de tout l\u2019absurde de la situation dans laquelle il a été plongé.Après quatre ou cinq années de ce régime de vie insensé, obligé de se terrer et de vivre 24 heures sur 24 avec des agents de la Special Branch, si on lui avait dit que sa «séquestration» allait se prolonger encore plus longtemps, il serait très certainement devenu fou, avoue-t-il dans Joseph Anton.Un titre qui renvoie au nom de code que les services spéciaux britanniques lui réservaient \u2014 un pseudonyme (vite raccourci en «Joe») composé des prénoms de deux de ses écrivains préférés, Joseph Conrad et Anton Tchékhov.Bien sûr, la fatwa est toujours en vigueur et les enchères continuent de monter \u2014 un peu plus de 3 millions de dollars à ce jour, promis par une fondation religieuse iranienne à qui pourrait l\u2019abattre.Mais les chiens aboient et la caravane passe.Le degré réel de la menace s\u2019est estompé tandis que le niveau global de sécurité antiterroriste a bondi.L\u2019écrivain vit surtout aux Etats-Unis depuis le début des années 2000.Et Rushdie a poursuivi son œuvre, envers et contre tous.L\u2019auteur des Versets sataniques était peut-être d\u2019abord, on le comprend, un gros symbole, et les islamistes ont aujourd\u2019hui d\u2019autres chats à fouetter et d\u2019autres tempêtes à soulever : des réseaux clandestins et des attentats à préparer, de nouvelles cibles mouvantes à traquer.Ils LLUISGENEAFP VOIR PAGE F 2 RUSHDIE F 2 LE DEVOIR, LES SAMEDI 24 ET DIMANCHE 25 NOVEMBRE 2012 LIVRES Cessez-le-feu Jean-François Nadeau Ce n\u2019est pas Dieu qui le dit, mais son infaillible représentant sur terre, Joseph Ratzinger, alias Benoît XVL Au Vatican, mercredi, au cours de l\u2019audience générale hebdomadaire, le pape affirme que Dieu n\u2019est pas «absurde».Il dit: «Si, face au mystère, la raison ne voit que l\u2019obscurité, ce n\u2019est pas à cause de l\u2019absence de lumière, mais de son excès.» A l\u2019en croire, trop de lumière cache à la raison cette lumière que serait la noirceur pudiquement appelée «mystère».Dans des discours semblables, de plus en plus vigoureux chez les religieux qui hantent la planète, la raison \u2014 la lumière \u2014 apparaît comme un ennemi.Il faut donc l\u2019abattre en travestissant jusqu\u2019au sens des mots.Il y a quelque chose d\u2019extraordinaire dans les décrets d\u2019abrutissement qu\u2019établissent pour un besoin de domination tous ces papes de l\u2019obscurantisme, qu\u2019ils soient catholiques, juifs ou mqsulmans.A les entendre, on éprouve ni plus ni moins que l\u2019impression de se trouver devant la nov-langue de George Orwell.La liberté ?Un esclavage.L\u2019ignorance?Une force.La guerre?Mais c\u2019est la paix, la guerre ! Et voici que l\u2019obscurité, dit Benoit n\u2019est pas autre chose que la lumière totale.Tout cela fait penser au Humpty Dumpty A\u2019Alice au pays des merveilles, cet être capable de changer le sens d\u2019un mot selon ses besoins du moment.«Quand j\u2019emploie un mot, dit Humpty Dumpty à Mce, il signifie exactement ce que j\u2019ai choisi de lui faire dire, ni plus ni moins.» Le vieux fonds de commerce des obscurantistes se pare sans cesse de nouvelles inventions langagières.On assiste de la sorte au cu- rieux spectacle d\u2019une modernité en train de retourner le langage contre elle-même.Le XVIIL siècle, le Siècle des lumières, espérait avoir mis la mystique, l\u2019intolérance et l\u2019abrutissement en déroute avec des idées de tolérance, de rationalité et de scepticisme critique.On voit à quel point aujourd\u2019hui un tel idéal demeure un combat: les idées que l\u2019on croyait battues au plancher sont de nouveau grimpées jusqu\u2019au plafond.«L\u2019éclat des Lumières est en train de s\u2019éteindre», dit un jour quelqu\u2019un au romancier Gün-ter Grass.«Peut-être, répondit-il, mais il n\u2019y a pas d\u2019autres sources de lumière.» ?Qui diable a le droit de contrôler le langage, ce qui est dit, ce qui peut être dit, ce qui est écrit, ce qui le sera?Existe-t-il pareil droit à la tyrannie qui puisse s\u2019exercer au nom de ce relativisme culturel tordu de plus en plus à la mode ?Y aurait-il trop de lumière sur le monde, comme voudraient nous le faire croire les amis de l\u2019ombre ?Si on brûle aujourd\u2019hui le sens des mots, on brûlera bientôt des livres, puis des gens.Cela s\u2019est vu.Et cela se voit encore.Qu\u2019on pense seulement au cas de Salman Rushdie dont la parution de la remarquable autobiographie permet de retracer les combats récents pour la liberté de parole.Les versets satanique, un roman qu\u2019on eut tôt fait de transformer en roman de roman, valut à cet écrivain de voir sa tête mise à prix et de vivre en reclus durant^ des années comme un pestiféré du Moyen Age.Pour avoir exprimé un point de vue au sein d\u2019une simple fiction, cet écrivain a été condamné, ses traducteurs ont été poignardés, des librairies ont été attaquées.Tout cela au nom d\u2019une justice supposée divine ! Chez nous comme ailleurs, un monde constitué de béotiens et de grenouilles de bénitier ne constituera jamais un endroit oû il fait bon vivre.Sauf peut-être pour le maire de Saguenay.?Dans Joseph Anton, son autobiographie, Salman Rushdie évoque un nombre considérable de rencontres et de personnalités, au point de donner parfois le tournis, mais sans jamais vous conduire à décrocher de la lecture.Certaines sont plus riches que d\u2019autres.Un soir, à Mexico, Rushdie raconte avoir longuement discuté avec Carlos Euentes.À un moment de la conversation, Euentes lui dit: «C\u2019est fou que nous n\u2019ayez jamais rencontré Gabriel Garcia Marquez.» Euentes continue: «C\u2019est bien dommage qu\u2019il soit à Cuba justement en ce moment, parce que, de tous les écrivains du monde, Gabo et vous êtes les deux qui doivent vraiment se rencontrer.» Quelques minutes plus tard, Euentes revint dans la pièce en disant: «Il y a quelqu\u2019un au téléphone qui voudrait vous parler.» C\u2019était bien sûr Garcia Mârquez.Ils parlèrent un bon moment semble-t-il de leurs livres et des mondes dont ils jaillissaient.Après avoir raccroché, Rushdie se rendit compte que, pour une des rares fois depuis des années, quelqu\u2019un qu\u2019il considère à raison comme une icône de la littérature «ne lui avait pas posé une seule question au sujet de la fatwa, ou de la façon dont il était obligé de vivre désormais.Il lui avait parlé de livres, d\u2019écrivain à écrivain».Cette conversation d\u2019hommes libres fut pour Rushdie, explique-t-il, une des plus grandes joies qu\u2019on lui fit au cours des dernières années.?De l\u2019auteur de Cent ans de solitude vient de paraître un recueil de discours.«Gabo», comme l\u2019appelait Euentes, n\u2019est pas du tout un homme de la parole en public.Il le dit et le redit lui-même à plusieurs reprises, d\u2019oû le titre de son recueil : Je ne suis pas ici pour faire un discours.Dans une allocution prononcée en 1985, Garcia Mârquez se demande avec humour à quoi servent les rencontres d\u2019intellectuels.«À part celles, rarissimes, qui ont eu une signification RONALDO SCHEMIDT AGENCE ERANCE PRESSE Gabriel Garda Mârquez n\u2019est pas un homme de la parole en public comme en témoigne le titre de son recueil Je ne suis pas ici pour faire un discours.historique réelle pour notre époque [.], elles ne sont pour la plupart que de simples divertissements de salon.» Les invitations à prendre la parole faites aux écrivains ne manquent pas, il est vrai.Garcia Mârquez s\u2019amuse d\u2019ailleurs à en faire le compte : des centaines d\u2019invitations chaque année pour un homme de sa trempe, une suite inouïe de salonneries, de colloques, de conférences.Un monde qu\u2019il abhorre.Pourtant, en lisant le récit que fait Rushdie de sa brève rencontre téléphonique avec «Gabo», on comprend que la parole de tels écrivains, plus que jamais nécessaire, se perd hélas dans cette forêt dense et sombre oû des loups crient aujourd\u2019hui leurs obscénités.jfnadeau@ledevoir.com JE NE SUIS PAS ICI POUR PAIRE UN DISCOURS Gabriel Garcia Mârquez Grasset Paris, 2012,188 pages RUSHDIE SUITE DE LA PAGE F 1 ont surtout, bien sûr, d\u2019autres livres à ne pas lire.Les copains d\u2019abord Comment survivre à ça?Au moyen de l\u2019amour, de l\u2019amitié, de l\u2019écriture?«Tout cela a compté^, dira-t-il aussi en entrevue.Être écrivain, pouvoir continuer à faire mon travail, être entouré d\u2019une famille et d\u2019amis qui m\u2019aimaient et me soutenaient m\u2019a permis de passer à travers cette épreuve.» Il poursuit: «Lorsqu\u2019on est plongé dans une situation comme celle-là, on ne sait jamais vraiment la plupart du temps si on a, au fond de soi, les ressources qu\u2019il faut pour la traverser.Ce n\u2019est pas une question à laquelle on peut répondre de façon théorique: il faut le vivre.Et l\u2019une des choses que j\u2019ai découvertes, c\u2019est que j\u2019étais en réalité beaucoup plus fort que je ne le croyais.» Car bien plus que «le portrait halluciné d\u2019un homme dont la vision du monde avait été fracassée», Joseph Anton (dont le titre de travail a longtemps été Inferno) est aussi une véritable ode à l\u2019amitié et au courage d\u2019une poignée de compagnons fidèles ou qu\u2019il s\u2019est acquis en cours de route.Pensons à la pugnacité constante de son agent An- drew Wylie, à des collègues écrivains (Carlos Euentes ou Susan Sontag), voire à son amitié improbable avec Bono, le chanteur du groupe irlandais U2, à laquelle l\u2019écrivain doit une bonne partie de l\u2019inspiration de son roman La terre sous ses pieds (Plon, 1999).Du fond de son enfer orwel-lien, Salman Rushdie a dû se forcer, surtout, pour «redécouvrir la Beauté cachée sous la Bête».À cet égard, son autobiographie est aussi un plaidoyer immense en faveur de la liberté de parole et de création.Des valeurs fondamentales pour lesquelles il a tenu aussi à se battre bec et ongles durant toutes ces années.L\u2019os qu\u2019il rongeait avec courage et patience, parfaitement convaincu que la raison était de son côté.Pyromanes, les médias anglais?On se prend à penser, en lisant ces pages, qu\u2019une grande partie des déboires de l\u2019écrivain sont attribuables à la hargne d\u2019une meute incontrôlée de journalistes beaucoup trop habitués au scandale, à la sensation, au sang.Rushdie, bon prince \u2014 et même chevalier depuis qu\u2019il a été anobli par la reine en 2007 \u2014, se garde une petite gêne, mais Une vue globale de l\u2019œuvre de Victor-Lévy Beaulieu.L espace d'une œuvre : de la ténèbre à la lumière Presses de l\u2019Université Laval reconnaît qu\u2019ils ont jeté un peu d\u2019huile sur le feu.«Il y a eu, dit-il, bien sûr, une réelle tentative de la part d\u2019une portion significative des médias britanniques pour me faire porter le blâme et créer de toutes pièces un personnage avec moi.Comme si je ne méritais ni l\u2019attention ni la sympathie du public.» Jusqu\u2019à un certain point, cette diabolisation (qui continue) a très bien fonctionné, même si, reconnaît-il, une partie importante des médias britanniques et internationaux était derrière lui et continue de l\u2019appuyer et de défendre sur tous les tons la liberté d\u2019expression.«Mais pour moi, continue Rushdie, oui, ça reste encore l\u2019un des aspects les plus stupéfiants de cette histoire et, à vrai dire, je ne comprends toujours pas entièrement pourquoi tout ça est arrivé.» Faire marche arrière Et si cette affaire avait éclaté à l\u2019heure d\u2019Internet et des réseaux sociaux?«Ce serait bien différent, reconnaît l\u2019homme de 65 ans, beaucoup plus dangereux.On n\u2019a qu\u2019à voir avec quelle facilité on en arrive aujourd\u2019hui à fabriquer un scandale et à le répandre instantanément à la surface de la planète \u2014 les événements des derniers mois nous le montrent bien.Avec les courriers électroniques, Twitter ou Facebook, oui, toute cette affaire aurait été magnifiée, j\u2019en suis certain.» Bien pire, sur les questions fondamentales de la liberté d\u2019expression, de l\u2019islam et des relations tendues entre l\u2019Est et l\u2019Ouest, l\u2019écrivain a le sentiment que nous sommes tous en train de reculer: «C\u2019est l\u2019une des choses que j\u2019essaie de dire: nous devons absolument maintenir notre ligne de front face à l\u2019intégrisme.» Bien sûr, le roman Les versets sataniques a fait de l\u2019ombre au reste de l\u2019œuvre de Salman Rushdie, une œuvre d\u2019imagination foisonnante qui prend souvent les couleurs d\u2019un certain réalisme magique.Et au-delà des qualités éclatantes de ce portrait d\u2019un homme assiégé et de son époque, cette autobiographie est aussi une invitation à aller lire, sinon relire, les autres livres de l\u2019un des plus puissants romanciers contemporains.Collaborateur Le Devoir JOSEPH ANTON UNE AUTOBIOGRAPHIE Salman Rushdie Traduit de l\u2019anglais par Gérard Meudal Plon Paris, 2012, 736 pages Joseph Anton - TvV*\u2019 ****: Une autobiographie Salmon» Rushdie y y [.] quelque chose était en train de dévorer la foi de son W grand-père, la rongeait, la corrompait, en faisait une idéologie de l\u2019étroitesse d\u2019esprit et de l\u2019intolérance, interdisant les livres, persécutant les penseurs, érigeant des absolutismes, transformant le dogme en arme destinée à détruire ceux qui n\u2019y adhéraient pas.Cette chose devait être combattue, et pour la combattre il fallait lui donner un nom, et le seul nom qui convenait c\u2019était l\u2019islam.L\u2019islam réellement existant était devenu son propre poison et les musulmans en mouraient, 7\t_ c\u2019est cela qu\u2019il fallait dire en Pin-lande, en Espagne, en Amérique, au Danemark, en Norvège et par- 7' tout.Il le dirait si personne d\u2019autre ne voulait le faire.Il voulait aussi défendre l\u2019idée que la liberté était un héritage universel et non pas, comme le prétendait Samuel Huntington, une notion occidentale étrangère aux cultures orientales.Tandis qu\u2019un \u201c respect de l\u2019islam \u201d qui n\u2019était jamais que la peur de la violence islamiste hypocritement déguisée en tartufferie gagnait une certaine légitimité en Occident, le cancer du relativisme culturel avait commencé à ronger le riche multiculturalisme du monde moderne et, sur cette pente glissante, ils dévalaient tous vers le Bourbier sans Espoir, le marais du désespoir de John Bunyan.Tandis qu\u2019il poursuivait son combat, de pays en pays, frappant aux portes des puissants et essayant de trouver quelques brefs instants de liberté alors qu\u2019il était entre les mains de telle ou telle force de sécurité, il s\u2019efforçait de trouver les mots qu\u2019il fallait non seulement pour défendre sa propre cause mais aussi celle plus large qu\u2019il défendait ou voulait défendre à partir de maintenant, yy Extrait de Joseph Anton, une biographie, de Saiman Rushdie www.pulaval.com olivien Librairie Bistro Au cœur de la société Mercredi 28 novembre à 19h scoliose [skDijoz] ETYM.1820 Ç grec skoliôsis, de skolios «tortueux » ¦ Méd.Déviation de la colonne vertébrale dans le sens transversal.Le petit Robert Entrée libre Réservation obligatoire Librairie : 514 739-3639 Bistro : 514 739-3303 5219, Côte-des-Neiges Métro Côte-des-Neiges Café-scientifique La scoliose Avec un grand S Pour vous qui souhaitez en apprendre davantage sur la scoliose.La vôtre ou celle d\u2019un proche.L\u2019équipe de médecins et de chercheurs du CHU Sainte-Justine présenteront les principaux traitements offerts et les travaux de recherche en cours.Suivra une période d\u2019échanges et de questions.Avec les docteurs Stefan Parent Jean Ouellet Et les professeurs Alain Moreau Carl-Éric Aubin CIHR Centre de Ketherehe du CHU Sairitc-îu^iim Deux soirées à la librairie Paulines te couple 9Ê Oser le couple Lundi 26 novembre 19 h 30 Avec Rose-Marie Charest Présidente de l'Ordre des psychologues du Québec Contribution suggérée 5 $ Réservation obligatoire Jeudi littéraire avec Hélène Dorion, écrivain, poète et essayiste Coeurs, comme livres d'amour, Hexagone 2012 Jeudi 29 novembre 19 h 30 Animation Pierre Nepveu Contribution suggérée 5 $ Aucune réservation requise .\t2653 Masson, Montréal, Qc 'Ak^ulines 514 849-3585 LIBRAIRIE Beaucoup plus qu'une librairie LE DEVOIR, LES SAMEDI 24 ET DIMANCHE 25 NOVEMBRE 2012 F 3 LITTERATÜRE L\u2019enfant miroir Danielle Laurin Il y a elle, il y a lui.Elle aurait les cheveux tout blancs si elle ne les teignait pas.Elle a les mains «outrageusement» ridées et veineuses : sa peau ne coïncide plus avec ses muscles.Et malgré ses efforts pour apprivoiser la mort, elle demeure profondément révoltée à l\u2019idée de mourir : «A quoi servent les connaissances que j\u2019ai grappillées ici et là?», se demande-t-elle.Lui, il n\u2019a qu\u2019un petit duvet sur la tête, il vient à peine de naître.Bientôt, il dira ses premiers mots, puis en viendra à organiser ses pensées.Un ami va l\u2019inviter à dormir chez lui, il va s\u2019émanciper.11 a tant de choses à connaître, encore.11 a l\u2019avenir devant lui.11 y a elle, il y a lui.Elle, la grand-mère.Lui, le petit-fils.Elle ne sera jamais son coach de hockey.Mais elle a d\u2019autres possibilités, d\u2019autres talents.D\u2019autres tours dans son sac.Elle est écrivaine.Maryse, Myriam première, La conjuration des bâtards.J\u2019ai l\u2019angoisse légère.tous ces livres qu\u2019elle a écrits, déjà, depuis près de 30 ans, et qui forment une saga où l\u2019on suit une tribu d\u2019amis, d\u2019adultes et d\u2019enfants, des années 1970 aux années 2000.La femme de ma vie, poignant hommage à la mère, livre gagnant du combat des livres de Radio-Canada en 2006, c\u2019est elle aussi.Alors, que fait-elle, Eran-cine Noël, pour son petit-fils?Elle fait ce qu\u2019elle sait faire de mieux.Elle écrit.Elle lui écrit, à lui.Depuis sa naissance.Elle consigne, par bribes, ce qu\u2019elle observe chez lui.Ce qu\u2019elle observe autour de lui, aussi.Et ce qu\u2019elle perçoit de la planète en ébullition.Par un effet miroir, c\u2019est d\u2019elle, aussi, qu\u2019elle parle.Elle comme grand-mère.Comme mère.Comme femme.Comme amie.Comme amante (très peu, en fait, sauf pour de courtes indications concernant un «homme invisible» qu\u2019elle va finir par congédier).Elle comme fille.Fille d\u2019une mère morte.Héritière d\u2019une maison de campagne où sa mère est née et où son petit-fils vient lui rendre visite, parfois.Elle comme petite-fille, ar- L\u2019écriture est sobre.Sans enflure, sans pathos.Le regard est lucide, le ton juste.rière-petite-fille.Elle, appartenant à une lignée, qui se perpétue avec son petit-fils.Elle comme écrivaine, bien sûr.En passant, sa définition du mot «écrivain», que l\u2019on retrouve dans un glossaire amusant à la fin du livre : «Individu, mâle ou femelle, écrivant des livres qui ne sont ni des guides de l\u2019auto, ni des projets de loi.» Et puis, elle comme citoyenne, vivant à une époque donnée, dans un pays donné.Tout cela par petites touches.Pendant sept années.Les sept premières années de vie de son petit-fils.Lui, qui est à l\u2019avant-plan.Lui, ses jeux, ses mots, ses questions, ses découvertes, ses dessins.Ses caresses.Lui, et la cruauté de finnocence, parfois.Lui, son asthme.Lui et son grand-père espagnol.Lui et sa petite sœur qui s\u2019ajoute à la famille.Lui et ses parents qui se séparent.Lui et tout son petit monde.Lui, avec elle, sa grand-mère.Tous les deux, ensemble.Jouant aux billes.Refaisant le monde, sur le tapis, avec des figurines, des guerriers, des dominos, une maison de poupées.Plongeant dans fhistoire du Moyen Âge avec Jean sans Terre.Fouillant la mythologie.Réinventant les contes de fées.Lui avec elle au Biodôme, au Jardin botanique, en auto vers l\u2019école.Leur langage codé.Leur complicité.Tous ces petits bonheurs partagés.Et pendant ce temps : la fusillade au collège Dawson, la famine et la guerre civile au Darfour, la traque de Ben Laden, l\u2019élection d\u2019Obama, la guerre au Moyen-Orient, la bande de Gaza, le tremblement de terre en Haïti, le printemps arabe, la «chasse au Kadhafi», les inégalités, les injustices, les pauvres.Pendant ce temps: «Beaucoup de choses sont en suspens et on ne sait plus très bien ce que le mot Québec veut dire.Quand ton père était petit, ça voulait dire liberté.C\u2019était un désir aigu et massif.Massif dans le sens de partagé par beaucoup de personnes.Mais 4 PIERRE-LOUIS MONCEAU Francine Noël est l\u2019auteure de La femme de ma vie, hommage à la mère, livre gagnant du combat des livres de Radio-Canada en 2006.la masse s\u2019est amenuisée.Ou assoupie.Ou les deux.» Pendant ce temps: toutes ces choses qui ne le concernent pas, lui, l\u2019enfant.Pour- tant: «Les problèmes se conservent.Et t\u2019attendent au détour.» Pour ce qui est de la mission canadienne en Afghanistan : « Si, de temps en temps, je te donne des nouvelles de nos troupes, c\u2019est dans l\u2019intention très claire de te dissuader d\u2019envisager un jour la carrière militaire.Je suis d\u2019une race de déserteurs.» Fascinant, Le jardin de ton enfance.Et touchant.Avec des pointes d\u2019humour ici et là, quelques piques de temps en temps.L\u2019écriture est sobre.Sans enflure, sans pathos.Le regard est lucide, le ton juste.Cette façon de parler du lien qui les unit, tous les deux.De cette affection qui grandit.De cet attachement qui ne ressemble à aucun autre, qui va bien au-delà de l\u2019amour, de l\u2019amitié, de la réalisation de soi dans le travail.Toutes ces questions abordées en toile de fond.Comment fonctionne la transmission entre les générations?Qu\u2019est-ce qui fait de nous ce que nous sommes?En quoi l\u2019époque dans laquelle on naît, on grandit, joue-t-elle un rôle fondamental dans la formation de notre identité ?En quoi le pays auquel on appartient nous définit-il?Qu\u2019est-ce qui change dans le monde avec les époques ?Qu\u2019est-ce qui ne change pas ?Bien sûr que ces deux-là ne sont pas de la même époque.«Mais il y a un chevauchement de nos deux temporalités, tu ne peux pas savoir à quel point cette coïncidence me réjouit.Dire que f aurais pu ne pas te connaître, si j\u2019étais déjà morte!» LE JARDIN DE TON ENFANCE Francine Noël Leméac Montréal, 2012, 144 pages Firmament rouge Le récit épique de Vera Pravdina à l\u2019heure de la Révolution russe SUZANNE GIGUERE En ce 95®anniversaire du déclenchement de la Révolution russe, voici un roman inspiré d\u2019une histoire vraie, celle de Vera Pravdina, qui a terminé paisiblement ses jours à Montréal.Mario Pelletier a fait sa connaissance par hasard alors qu\u2019ils étaient voisins.Vera lui a raconté sa vie de jeune femme russe pendant la Révolution.11 en résulte un roman bouleversant sur la Révolution russe vécue de l\u2019intérieur.1904.Vera naît en Sibérie «avec l\u2019amour des animaux», une passion peu cqmmune héritée de son père.À l\u2019âge de 10 ans, elle s\u2019installe avec sa famille à Sarmatov, une petite ville du Caucase.La Révolution est en marche.La contagion révolutionnaire touche à peu près tout le monde.Adolescente, Vera est entraînée dans l\u2019activisme révolutionnaire et l\u2019engagement patriotique.Au lendemain de la Révolution d\u2019octobre, les bolcheviks prennent le pouvoir, présidé par Lénine.Une guerre civile suit la prise du pouvoir.Ceux qui avaient applaudi à la révolution commencent à s\u2019interroger.Leur idéalisme est ébranlé par la brutalité des bolcheviks extrémistes, qui instaurent un régime de crimes, de terreur et de répression.Après l\u2019arrestation de ses parents, Vera se retrouve esseulée et dans des conditions de vie difficiles.Elle travaille au muséum d\u2019histoire naturelle de Moscou, puis au zoo.Habituée à vivre sur la ligne de risque, elle refuse de s\u2019inscrire au Parti communiste et reçoit le «billet du loup» qui lui retire tous ses droits civils, y compris l\u2019accès à l\u2019université.Vera espérait une carrière scientifique, à laquelle elle n\u2019avait cessé de se préparer depuis l\u2019enfance par le dessin, l\u2019observation, la lecture.Seule au milieu d\u2019un régime qui la persécute, elle refuse le mensonge et la peur.Elle échappe plusieurs fois à la mort.La nuif elle se débat avec toutes sortes de cauchemars.Elle fait la connaissance d\u2019un officier communiste qui admire toujours l\u2019idéal communiste mais ne peut plus supporter la terreur 'k La statue de Staline renversée en 1956 à Budapest déployée pour l\u2019imposer.Dans un recueil de poèmes intitulé Firmament rouge, il transpose à la Goya la braise incandescente d\u2019horreur et de scandale que la guerre a déposée en lui.Sous les apparences d\u2019une fresque historique des «années terribles de la Russie», Au temps des loups de Staline raconte une aventure peu commune.Ce qui intéresse l\u2019auteur, c\u2019est bien plus la vie intime de Vera, ses sentiments et ses pensées au milieu de la tourmente révolutionnaire.Sans dévoiler la fin du récit, on peut dire que, comme une rafale de l\u2019âme avec toute l\u2019impétuosité qu\u2019elle peut contenir, Vera, âgée de 21 ans, s\u2019accroche au milieu du chaos: «Oui, elle vivrait.Elle continuerait de vivre, pour faire son chemin envers et contre tout dans ce monde fermé, dans l\u2019immense prison qu\u2019était devenu son pays [.] elle n\u2019était qu\u2019un brin d\u2019herbe mais elle ferait éclater la pierre.» De ce récit épique, outre le destin incroyable de Vera et de ses camarades russes, on retiendra les atmosphères et les scènes d\u2019époque que Mario Pelletier excelle à recréer.Dans cette cour des miracles que la Révolution lâche au grand jour dans les rues, on voit apparaître parfois un orateur éloquent qui monte sur un tabouret et entretient la foule durant des heures: «Citoyens, sachez que seul le savoir rend libre.L\u2019égalité sociale commence par l\u2019égalité culturelle.Il faut faire luire les lumières de la connaissance jusqu\u2019au fond des isbas.» Quand la famille de Vera part quelques semaines se reposer à Yalta, au bord de la mer Noire, l\u2019auteur écrit qu\u2019il régnait dans ce coin de Crimée resté aux mains des Blancs une atmosphère de jouissance fébrile «où on tournait la valse et on scandait le fox-trot avec toute la frénésie de qui veut profiter au maximum du moment présent».Le romancier nous emmène également dans les cercles littéraires de la capitale.L\u2019ébullition intellectuelle est à son plus haut niveau à Moscou.Gorki, Pilniak, Maïakovski, Akhmatova, Pasternak et d\u2019autres répondent avec les mots au pouvoir répressif des fusils.AGENCE ERANCE-PRESSE D\u2019une écriture nerveuse, ponctuée d\u2019exclamations, de cris, de leitmotiv, de dialogues, d\u2019ellipses.Au temps des loups de Staline sonne comme un réquisitoire contre les crimes du communisme.C\u2019est un roman engagé et vibrant.Cependant, certains esprits critiques se demanderont pourquoi le romancier a occulté l\u2019importance de la contre-révolution comme facteur d\u2019explication du processus de radicalisation de la terreur dans les systèmes communistes.Pourquoi il s\u2019est abstenu d\u2019évoquer l\u2019interventionnisme étranger acharné à juguler la jeune révolution bolchevique.Journaliste, écrivain, critique littéraire et traducteur, Mario Pelletier a publié jusqu\u2019ici une dizaine de livres : essais, poésies, romans.Directeur des éditions Quinze de 1977 à 1980, il a aussi collaboré au Devoir.Collaboratrice Le Devoir AU TEMPS DES LOUPS DE STALINE Mario Pelletier Fides Anjou, 2012, 266 pages Marie-Claire Blais honorée par l\u2019Université de Montréal L\u2019auteure Marie-Claire Blais, qui a remporté il y a quelques jours le Grand Prix du livre de Montréal pour son roman Le jeune homme sans avenir (Boréal), a reçu le 23 novembre un doctorat honoris causa de l\u2019Université de Montréal.«Depuis maintenant plus de 50 ans, l\u2019œuvre de Marie-Claire Blais se distingue sur la scène nationale et internationale tant par son travail formel que par sa dimension sociale et éthique», a précisé par communiqué Gérard Bois-menu, doyen de la Faculté des arts et des sciences.En effeL c\u2019est à 20 ans, en 1959, que Blais publie son premier ouvrage.Sa grande œuvre demeure à ce jour Une saison dans la vie d\u2019Emmanuel, prix Médi-cis 1966.Le Devoir B ?I^Gaspard-LE DEVOIR ALMARÈS \tDu 12 au 18 novembre 2012\t \t\t \t\t Romans québécois\t\t 1 Au bord de la rivière \u2022 Tome 4 Coirstarrt\tMichel Oavid/Hurtubise\t-/I 2 La deririère saisoir \u2022 Tome 3 Les eirfairts de Jeairire\tLouise Tremblay-O'Essiambre/Guy Saint-Jean\t-/I 3 Ce qui se passe au Mexique reste au Mexique !\tAmélie Oubois/Éditeurs réunis\t3/2 4 Souvenirs de la banlieue \u2022 Tome 3 Sonia\tRosette Laberge/Éditeurs réunis\t4/2 5 Félicité \u2022 Tome 3 Le salaire du péché\tJean-Pierre Charland/Hurtubise\t1/5 6 Lhistoire de Pi\tYann Martel/XYZ\t8/4 7 La fiancée américaine\tÉric Oupont/Marchand de feuilles\t6/3 8 Princesse Yennenga\tRéjean Tremblay/Homme\t2/5 9 Les délaissées\tOenis Monefte/Logigues\t7/9 10 Les héritiers d'Enkidiev \u2022 Tome 6 Nemeroff\tAnne Robillard/Wellan\t9/9 Romans étrangers\t\t 1 Cinquante nuances de Grey \u2022 Tome 1\tE.L.James/Laftès\t1/7 2 Le siècle \u2022 Tome 2 Lhiver du monde\tKen Eollett/Robert Laffont\t2/4 3 La faille souterraine, et autres enquêtes\tHenning Mankell/Seuil\t3/2 4 Le prisonnier du ciel\tCarlos Ruiz Zafôn/Robert Laffont\t-/I 5 Une place à prendre\tJ.K.Rowling/Grasset\t4/8 6 Une seconde chance\tNicholas Sparks/Michel Lafon\t5/4 7 Substance secrète\tKathy Reichs/Robert Laffont\t6/8 8 Troisième humanité\tBernard Werber/Albin Michel\t8/4 9 Opération Arès\tKyle Mills/Grasset\t7/2 10 Joyeux Noël\tAlexandre Jardin/Grasset\t-/I Essais québécois\t\t 1 Santé.Lheure des choix\tClaude Castonguay/Boréal\t-/I 2 Linterculturalisme.Un point de vue québécois\tGérard Bouchard/Boréal\t6/2 3 Oes femmes au printemps\tOjemila Benhabib/VLB\t-/I 4 Oesiqn?\tErédéric Metz/Elammarion Québec\t3/6 5 Oe quoi le Québec a-t-il besoin en éducation?\tJ.Barbe j M.-E Bazzo j V.Marissal/Leméac\t1/2 6 Lettres à un jeune politicien\tLucien Bouchard I Pierre Cayouette/VLB\t2/1Q 7 Les femmes au secours de l'économie\tMonique Jérôme-Eorget/Alain Stanké\t4/5 8 Carré rouqe.Le ras-le-bol du Québec en 15Q photos\tJacques Nadeau I Jacques Parizeau/Eides\t7/13 9 Privé de soins.Contre la régression tranquille en santé\tAlain Vadeboncœur/Lux\t8/6 10 Rompre! Le cri des «indignés»\tOominique Boisvert/Écosociété\t-/I Essais étrangers\t\t 1 La cassure.Létat du monde 2013\tCollectif/La Oécouverte\t3/2 2 La fin de la croissance\tJeff Rubin/Hurtubise\t1/3 3 Reflets dans un œil d'homme\tNancy Huston/Actes Sud\t5/1Q 4 Peut-on encore sauver l'Église ?\tHans Küng/Seuil\t8/3 5 Les lois fondamentales delà stupidité humaine\tCarlo M.Cipolla/PUE\t6/14 6 Le livre du temps\tAdam Hart-Oavis/Broquet\t-/I 7 Aimer (quand même) le XXIe siècle\tJean-Louis Servan-Schreiber/Albin Michel\t1Q/3 8 La fin.Allemagne 1944-1945\tlan Kershaw/Seuil\t-/I 9 Baltimore.Une année dans les rues meurtrières\tOavid Simon/Sonatine\t-/I 10 Une histoire populaire de l'humanité\tChris Harman/Boréal\t-/I La BTLF (Société de gestion de la Banque de titres de langue française) est propriétaire du système d\u2019infoimation et d\u2019analyse Gdsjdn! sur les ventes de livres français au Canada, Ce palmarès est extrait de Bdspdn! et est constitué des relevés de caisse de 215 points de vente, La BTLF reçoit un soutien financier de Patrimoine canadien pour le projet Bdspdré.© BTLF, toute reproduction totale ou partielle est interdite. F 4 LE DEVOIR LES SAMEDI 24 ET DIMANCHE 25 NOVEMBRE 2012 LITTERATURE L\u2019agenda rouge de Louise Erdrich « Louis Hamelin e peins pas les Indiens», dit un peintre indien à un autre dans le dernier roman de Louise Erdrich.«Le sujet l\u2019emporte.» «Tu ne seras jamais un artiste.Tu seras un artiste indien.» «Les Noirs peuvent être post-raciaux, observe-t-il un peu plus loin.Mais les Indiens sont toujours bloqués en 1892.» Que s\u2019est-il passé en 1892?La signification historique de cette allusion d\u2019Erdrich n\u2019est pas évidente à première vue.Peut-être pointe-t-elle vers un certain Richard Pratt, fondateur d\u2019une école modèle vouée à l\u2019assimilation des Indiens, qui, cette année-là, prit publiquement ses distances d\u2019avec la célèbre formule «Le seul bon Indien est un Indien mort».A la réflexion, Pratt jugeait préférable de se contenter de tuer l\u2019Indien dans l\u2019Indien.«Kill the Indian and save the Man », reformula-t-il done judicieusement.Beau programme, dont l\u2019existence même d\u2019une romancière telle que Louise Erdrich suffit aujourd\u2019hui à démontrer l\u2019inanité.On la peignait encore récemment, dans la presse française, comme la «femme à plumes» (à cause de ses boucles d\u2019oreilles), mais Erdrich se passe désormais très bien de ces clichés endurants et simplets : toute verroterie médiatique mise à part, voici une des grandes romancières de notre époque.«Tu devrais peindre des Blancs, dit l\u2019héroïne du Jeu des ombres à son artiste de mari.Les données démographiques changent! Ce sont eux qui disparaissent.Tu devrais décrire leur chevauchée vers le soleil couchant.» Ce jeu des ombres auquel Erdrich excelle, c\u2019est, entre autres, celui, chatoyant, des identités, de leur sombre interaction en nous, loin des étiquettes réductrices et des clinquants leurres de l\u2019authenticité ethnique.Gil, le peintre du livre, ne veut pas peindre des Indiens, il désire portraiturer sa femme, qui se trouve l\u2019être à moitié.«Sa maîtrise technique avait entraîné ses tableaux plus loin que l\u2019Ouest et le Sud-Ouest, jusqu\u2019à Los Angeles et Chicago, Philadelphie, Washington, et enfin New York, mais il n\u2019avait pas fait le grand saut.Il était toujours considéré comme un artiste indien, ou un artiste amérindien, ou un artiste tribal, ou un artiste créé ou un artiste sang-mêlé ou un artiste Métis ou chippewa ou parfois un artiste de l\u2019Ouest américain, même s\u2019il habitait Minneapolis.» Être Métis Que signifie être Métis aujourd\u2019hui?Dans ce roman du moins, c\u2019est vivre à la fois dans le passé et l\u2019éternel présent de la modernité, dans la mémoire et l\u2019avenir, comme dans deux 'i\u2019V ^ La romancière Louise Erdrich mondes parallèles, mais pas incompatibles, dont la fusion peut même revêtir des apparences de normalité.Ainsi la petite famille qu\u2019elle met en scène frappe-t-elle d\u2019abord par sa parfaite américanité de façade, ce rêve américain réalisé de banlieue bobo qui vote Qbama : trois jeunes enfants, dont un préado surdoué, une grande maison dans un beau quartier, deux chiens, un chat, des plats préférés (crevettes à la mexicaine), un père qui se tient volontiers aux fourneaux et, chez les parents, un amour du bon vin qui, soir après soir, déguise l\u2019excès et la possibilité de dérapage en art de vivre («Ils étaient fauchés, mais il prit quand même des vins ruineux, trois bouteilles différentes.Ce soir-là, quand les en- fants furent couchés, ils emportèrent le vin, les verres et le seau à glace dans l\u2019atelier.»).Famille normale Une famille normale, donc: dysfonctionnelle et dyscommu-nicante, fabuleux terrain de chasse pour les faunes psy.La visite chez la conseillère conjugale nous vaut un grand moment dialogué : «Donc, dit la femme, je suis la Corée du Nord?[.] \u2014 J\u2019en ai bien peur, reconnut Gil.\u2014 Pas question, protesta Irène, je veux être la Corée du Sud avec ses cadres féminins et ses spécialistes du cinéma d\u2019animation.Je veux être un tigre d\u2019Asie.» Juste après, elle fait porter son attaque sur la grosseur de «l\u2019ogive nucléaire» du mari, et la thérapeute se voit entraînée dans un débat sur la moyenne nationale en matière de longueur pé-nienne.C\u2019est pissant, comme du Philip Roth au féminin.Post-modernité consomma-toire et (relative) normalité ne sont pas, dans la maisonnée d\u2019Irène America (c\u2019est son nom, légué par un ancêtre guerrier.), synonymes d\u2019amnésie pour autant.Irène a prénommé sa fille Riel.«Tu portes le nom d\u2019un poète [.] dont les visions d\u2019une nation indienne ont péri dans la neige ensanglantée, à Batoche, au Canada.Voilà pourquoi tu dois être forte.» Quant à Winnie Jane, sa mère, du clan ojibway de la grue, elle a hérité du patronyme Sourcier par la vertu d\u2019un croisement avec un coureur des bois de passage.Irène, à la fois sujet unique des toiles de son mari et doctorante en panne de temps d\u2019écriture, poursuit, parallèlement à la désagrégation de son couple, une stimulante réflexion sur l\u2019œuvre de George CaÜin, l\u2019homme dont le pinceau immortalisa les Indiens des Grandes Plaines juste avant leur entrée dans un régime d\u2019extinction planifiée.Ainsi, à travers cette histoire familiale on ne peut plus contemporaine, contée avec tendresse, ironie, lucidité et cruauté, c\u2019est toute la vibrante et sanglante saga de la conquête et de l\u2019occupation de l\u2019espace américain qui retentit en sourdine, tandis que passe, en fond de toile, comme une lointaine ombre de plus, le spectre de la présence française d\u2019un bout à l\u2019autre du continent.Et j\u2019ignore si mes ancêtres Hamelin, qui ont frayé avec des femmes chippe-was du côté de Green Bay, pourraient m\u2019inciter à me prévaloir de quelques fantomatiques chromosomes en commun avec la romancière, alors disons ceci: la pincée d\u2019atomes crochus que réveille la lecture de ses œuvres me suffit amplement.Je n\u2019avais pas vu, dans un roman, des personnages d\u2019enfants aussi intéressants depuis Bruit de fond de Don Delillo.Pour nouer son intrigue, Erdrich a imaginé un homme qui choisit de régler ses problèmes de communication conjugaux à la Tolstoï: par la lecture subrep-tice du journal intime de sa femme.On sait que le comte et son acariâtre comtesse s\u2019espionnaient par journaux interposés.Mais qu\u2019arrive-t-il lorsque la femme, ayant découvert le pot aux roses, plutôt que de casser quelques assiettes, décide de jouer le jeu?11 arrive ce que, dans les services de renseignement, on nomme l\u2019« intoxication».L\u2019agenda rouge.Un jeu cruel et passionnant.Louise Erdrich n\u2019est pas une écrivaine indienne.Elle écrit comme la Riel du roman vit, à la fin du livre : en se servant «encore des savoir-faire du passé si cela nous chante, sans en faire tout un plat».LE JEU DES OMBRES Louise Erdrich Traduit de l\u2019américain par Isabelle Reinharez Albin Michel Paris, 2012, 253 pages POESIE Sauver la lumière HUGUES CORRIVEAU Impossible de parler sereinement du dernier recueil de Erançois Guerrette, Pleurer ne sauvera pas les étoilesl Voilà un livre très fort, extrême dans tous les sens, dérangeant, décapant.Et d\u2019une noirceur si opaque qu\u2019on se demande par quel miracle il nous accapare tout entier, s\u2019imposant au-delà de toute résistance, bien que nous puissions être réfractaires à autant de pessimisme.C\u2019est que le poète sait écrire et que, presque lumineux, il parvient à nous capturer dans le drame de vivre, dans l\u2019effroi qui en découle, la profondeur des cendres qui, pour lui, imposent tout avenir.11 faut lire les terrifiants poèmes Aux enfants : les symptômes du feu s\u2019étendent jusqu\u2019au ciel.«Pour votre sécurité, nous avons oublié l\u2019existence de certains continents, la couleur de certains oiseaux.Nous avons regagné, pas à pas, le droit de tuer des innocents pour avoir la paix, hisser des drapeaux et maintenir la vie bien haute.» Le ton entier du recueil est là, cynique, gravé au désespoir le plus vif, au cœur de ce qui se veut le témoignage d\u2019une conscience contemporaine.«Souvenez-vous-en », suggère-t-il encore aux enfants, «vous êtes nés pour une souffrance voulue.Enfermés par vos corps dans le lendemain nucléaire d\u2019une enchère d\u2019objets humiliés».De même, les poèmes dédiés aux «Femmes» ou aux «Hommes», pareillement cataclysmiques.Et c\u2019est une révolte souffrante, claustrophobique, qui préside à la conscience du poète : « Aujourd\u2019hui je rôde en colère comme un ange autour de la fin du monde.Je ne sais plus ce que je SALON DES BEAUX-LIVRES DES CENTAINES DE TITRES À DÉCOUVRIR! Du 10 novembre au 6 janvier cherche, ni si je veux le trouver.J\u2019apprends de nouveaux mots quand le tonnerre fait avorter les oiseaux.» Car, affirme-t-il encore : « quand dans mes veines le sang ne sait pas où aller, chaque mot prononcé reproduit le bruit rouge que font les oiseaux tués par balle ».Soyons prévenus, et sachons qu\u2019il faut avoir le cœur solide pour affronter autant de décharges sans concession afin de parvenir, parfois, à de superbes confessions aux accents presque tendres.Nous devinions déjà le poète talentueux, il est ici révélé.Espérons seulement qu\u2019on puisse le suivre jusqu\u2019au creux de sa quête.« Accueillez-moi, je ne suis pas d\u2019une autre nuit », implore-t-il.Nous sommes là et, subjugués, nous le lisons.Ici, on chante faux L\u2019éditeur nous prévient qu\u2019on trouvera dans Chants d\u2019un autre siècle d\u2019Alain Bernard Marchand « une ligne mélodique entre chansons et souvenirs sans nostalgie ».Qr, non, c\u2019est collant, gluant d\u2019une nostalgie un peu gaga, tellement le miel des jours passés remonte et forme une épaisse couche de vieux clichés.Le recueil accumule, dans des proses assez plates, des saynètes sans éclat.Retenons celle-ci : « C\u2019est une ville au bord de l\u2019océan.[.] Nous avançons pare-chocs contre pare-chocs, les fenêtres baissées.Les radios sont réglées sur les mêmes fréquences.De longues palmes en file d\u2019un côté ; de l\u2019autre, des hôtels aux noms de plages.Des tubes au néon en forme de coquillage.» Bon, et puis après, qu\u2019on se dit.on ne voit pas bien en quoi il nous faudrait en retenir et le motif et la description.En fait, l\u2019auteur met chaque poème sous l\u2019enseigne d\u2019une chanson d\u2019époque qui évoque pour lui le moment qu\u2019il privilégie.Qn y voit défiler The Moody Blues, Robert Charle-bois, Barbara ou Elzbieta To-warnicka.Mais cela ne suffit pas à imposer la moindre urgence à ressasser ces images sans aspérités, ce ronflement d\u2019hier qui nous met mal à l\u2019aise.Collaborateur Le Devoir PLEURER, NE SAUVERA PAS LES ETOILES François Guerrette Poètes de brousse Montréal, 2012, 88 pages CHANTS D:UN AUTRE SIECLE Alain Bernard Marchand Les Herbes rouges SlAAON Papineau L humour absurde moderne est une façon de contester les valeurs d'une société programmée.CINEMA -H -U SlAAON Papineau L.E SENS DE L'HUMOUH ABSU^Ë AU QUÉBEC % Frederic Metz Presses de l\u2019Université Lavai www.pulaval.cciil^ ^ M Librairie .jlÊÊÊik.Venez rencontrer Frédéric Metz le samedi 24 novembre à 15 h Causerie autour de son livre Design?publié chez Flammarion Québec Réservations : 514-337-4083 Galeries Normandie, 2752, rue de Salaberry Montréal (QC) H3M 1L3 -Tél.: 514-337-4083 librairiemonet.com \u2022 monet.ruedeslibraires.com GBQ POESIE De quelques anthologies HUGUES CORRIVEAU On ne présente plus Célyne Eortin, infatigable passionnée de poésie, cofondatrice des éditions du Noroît et codîrec-trice de la maison jusqu\u2019en 1991, directrice de la collection « Le dire» aux éditions Les Heures bleues depuis 2003, la poète de Femme fragmentée ou D\u2019elle en elles.Jean Chapdelalne Gagnon, lui rend hommage dans Femme infrangible, anthologie qui réunît des textes de 1982 à 2008, soulignant par son titre l\u2019indestructible détermination de cette au-teure qui constate depuis les origines la situation des vivantes contraintes.car «toujours la vocation d\u2019être femme [la] harcèle», cette femme qu\u2019elle décrit ainsi dans Commandements, litanies et autres imprécations: «Elle aime, souhaite, désire / plaire sans être violée derrière les courtines / cuisiner sans être la servante servile / vivre de millions de petites joies, / rire de milliers de petites peines.» Vieux nomade Les éditions Bruno Doucey lancent au Québec Nomade je fus de très vieille mémoire d\u2019An-thony Phelps, anthologie qui permet de parcourir plus d\u2019un demi-siècle d\u2019une écriture essentielle, achevée, voix jamais fausse, toujours déchirée entre les souffrances archaïques et un irrépressible désir de vivre.Depuis l\u2019origine en somme.Une phrase lente de violoncelle (2005) semble soutenir cette voix aux mille cailloux, aux mille remous de temps et de violences, d\u2019amour et de passion.Grand vivant qui s\u2019accorde aux lieux lisses comme aux aspérités des terres et des mers, voyageur vagabond qui tourne autour du cœur et de l\u2019émoi, Phelps rend pulpeux les mots du tendre et du désordre.Qn lit ce poète dans la pâte même des vers, saisissant la moindre rondeur des poèmes.11 y a de la gastronomie dans ce langage de la matière, dans la puissance des évocations si généreuses que, parfois, on voudrait déguster plus lentement ce qui déferle, ce qui se sature.Du pays d\u2019Haïti, dont il retrace l\u2019histoire, au pays du Québec, terre de vie et d\u2019accueil, jusqu\u2019aux vertiges des femmes de l\u2019Amérique, jusqu\u2019aux chants de l\u2019errance inassouvie.11 faut lire la préface enthousiaste de l\u2019éditeur pour accompagner cette admiration que suscite une œuvre qui ose avouer ce qu\u2019on oublie trop souvent, à savoir qu\u2019«à l\u2019endos du bonheur / l\u2019enfance bat des cœurs».Paroles de poètes Vient de paraître en Prance une très forte et Importante anthologie Intitulée Pas d\u2019ici, pas d\u2019ailleurs.Anthologie poétique francophone de voix féminines contemporaines.L\u2019ouvrage présente 223 textes poétiques de 156 auteures résidant dans 14 pays.Qn y Ht des poèmes remarquables, dont ceux de Sylvie Pabre G., d\u2019Hélène Sangul-nettl, de Venus Khoury-Ghata, de Silvia Baron Supervielle ou de Marie Claire Banequart, ou encore de grandes poètes d\u2019Icl comme Denise Desautels, Louise Cotnolr, Marie-Josée Charest, Nicole Brossard, Louise Dupré, Martine Audet, Hélène Dorion, Danielle Pour-nîer et combien d\u2019autres qui assurent une qualité indéniable à ce livre constitué, fait rare, exclusivement d\u2019inédits.Comme l\u2019écrit la préfaclère Sabine Huynh : «Léopold Sédar Senghor disait de la francophonie qu\u2019elle est \u201cune communauté spirituelle: une noosphère autour de la terre\u201d.Pas d\u2019Icl, pas d\u2019ailleurs a eu pour ambition de réunir, en une constellation de voix et d\u2019encre, des éclats de poésie qui [.] permett[ent] aux femmes poètes francophones du monde entier de tisser les liens supplémentaires entre elles et avec les lecteurs».Pari réussi.Signalons que la librairie Gallimard de Montréal a convié les lecteurs au lancement-lecture de l\u2019anthologie le dimanche 9 décembre à 15 h en présence de nombreuses poètes.Collaborateur Le Devoir FEMME INFRANGIBLE Poèmes (1982-2008) Célyne Fortin Le Noroît, coll.«Ovale» Montréal, 2012, 168 pages NOMADE JF FUS DE TRÈS VIEILLE MEMOIRE Anthony Phelps Editions Bruno Doucey Paris, 2012, 240 pages PAS DTCI, PAS D\u2019AILLEURS ANTHOLOGIE POETIQUE FRANCOPHONE DE VOK FEMININES CONTEMPORAINES Voix d\u2019encre Montélimar, 2012, 336 pages LE DEVOIR LES SAMEDI 24 ET DIMANCHE 25 NOVEMBRE 2012 F 5 LIVRES Les forces sauvages de Pascal Quignard Le «contre-monde» inventé par Quignard, dans son Dernier royaume VII, est un conte pour adultes sur l\u2019origine du monde, des créatures, des forces sauvages et des chamanes consentant au souffle de la liberté.GUYLAINE MASSOUTRE Le Concourt a consacré Pascal Quignard en 2002 pour Les ombres errantes.Trop exigeant, dirent les oracles mensongers.Faut-il bouder cette œuvre singulière, écartée du prix Décembre 2012, avaler tel nanar plutôt qu\u2019un authentique livre de chevet, fait pour le songe et ses rallonges, quand on tient un écrivain fabuleux, un surdoué des lettres rescapé d\u2019un mutisme d\u2019enfance, venu à la parole lorsqu\u2019il le voulut bien?Avec sa superbe de haut voltage, il a fait son lit chez Grasset, où l\u2019asocialité rétive de son enfance est devenue «un effroi, une espèce de qui vive » antérieur à l\u2019ordre familial et langagier.Erudit à l\u2019énoncé imprévisible, grande mémoire des classiques, de préférence en latin, il livre le volume 7 de son Dernier royaume, brillantissime traité du passage de l\u2019animal à l\u2019humain dont le titre reflétera involontairement ses lecteurs.Les désarçonnés.S\u2019il y a eu une littérature hip-piatrique antique, Quignard n\u2019en est pas le cavalier.Pour ceux qui le lisent, tout nouvel ouvrage est une cavale, une caracole, une gambade, une fête.D\u2019autres le diront déprimé et sauvage, pessimiste et élitiste, sans communauté, donc terrible.Lui rappelle plutôt à demi-mot qu\u2019il a été malade, et quelle joie incoercible M FRANÇOIS GUILLOT AGENCE FRANCE-PRESSE Une photo d\u2019archives de Pascal Quignard, après qu\u2019il a reçu le prix Concourt en 2002 pour son livre Les ombres errantes.s\u2019ensuivit, après 2004, son royaume une fois atteint.Chance que n\u2019eut pas un enfant roi de France; lisez l\u2019épouvante aux premières pages.De l\u2019imagination à rebours Lire Quignard, conteur formidable, c\u2019est accepter l\u2019hirsute et le raccourci, de la citation impromptue aux paradoxes et parades où il remanie l\u2019Antiquité.Il s\u2019en trouvera pour néantiser jusqu\u2019à lui son originaire infini, sa déviance n\u2019étant ni ancienne ni moderne, mais l\u2019une et l\u2019autre.Pas une page qui n\u2019ait de créa- tion verbale.En lisant, il invente.Nul ouvrage, selon votre lectrice, n\u2019égale en densité une telle capacité d\u2019étonner.Voilà la difficulté : prendre le riosité réflexive enjambe le temps, le stress, nos références et nos échéances.Pari tenu, insolence ! Ce maquillage à l\u2019élégance ancienne sort d\u2019un théâtre à textes.Lire Quignard, conteur formidable, c\u2019est accepter l\u2019hirsute et le raccourci, de la citation impromptue aux paradoxes et parades où il remanie l\u2019Antiquité temps de s\u2019ébahir de sa démonstration, «plus ou moins humains sont les hommes», écart d\u2019une terreur absolue.Neuve et référencée, pourtant inouïe, sa cu- telle la voix de l\u2019acteur masqué, pour colosses et géants.Qu\u2019y lire?Athée, sa pensée emprunte à tous, notamment à Levinas, un doute radical; aux mythes, ses archétypes reconductibles dans l\u2019Histoire; à la langue, sa rigueur grammairienne qui fait socle et protège.Là où la mémoire achoppe, il remanie des anecdotes horribles, retourne l\u2019invention sur des détails obviés, tus, omis: «Toute sa vie on cherche le lieu d\u2019origine, le lieu d\u2019avant le monde, c\u2019est-à-dire le lieu où le moi peut être absent et où le corps s\u2019oublie.» Pourquoi cibler le corps?Après quelques détours, il affirme : la prédation.Il ne lâchera plus ce mot: notre corps se souvient d\u2019avoir jadis appris des grands fauves à survivre, à devenir prédateur, carnivore, guerrier tueur.Une fois ceci acquis de nos maîtres-dieux, les fauves.vautours et carnassiers, il nous est resté la sauvagerie coupable.De là, toutes nos guerres, notre malheur.De l\u2019invention formelle Liens trop ténus, chaînons manquants, traque fantastique ?Comment aîmer le vide de Quignard ?Quel est cet appétit d\u2019ogre, ce carnage essentiel?Selon Rabbl Loeb, «la route qui permet de traverser la vie humaine est le tranchant d\u2019un rasoir.D\u2019un côté l\u2019enfer, de l\u2019autre l\u2019enfer.» Pour Quignard, le mythe du cerf, la disparition, de Lancelot, une phrase d\u2019Éplctète valent pourtant, si on les relève, comme saint Paul, Abélard, Agrippa d\u2019Aublgné, Rousseau, un jour désarçonnés.Foudroyés, Us ont trouvé la contemplation, l\u2019extase : de l\u2019expérience du sang Us ont tiré leçon.Cette mémoire de « l\u2019indomestlcable » retrouve notre savoir animal: «la beauté, la civilisation, les ruses, la terreur».Tournée vers les grands livres du XVIP siècle ou traversant Horace pour méditer Sénèque, cette pensée sélective et anthropologique semble avoir tout pesé, retenu par bribes, arraché au néant.C\u2019est un escalier à gravir, à marches Inégales, au temple du prétérit.Ce voyage de livre en livre s\u2019extralt de l\u2019humanité saccageuse quand de tous bords la prédation ravive le sang des autres, et la dévoration.Fiction de notre précaire condition.Collaboratrice Le Devoir LES DÉSARÇONNÉS Pascal Quignard Grasset Paris, 2012, 352 pages -\t' l'uutoire du Québec pour les Nuis, on découvrira pourquoi ,1 faut se sou Mais de quoi au juste.Jacques Lacoursiere L'Histoire du Québec Les réponses à ces questions se trouvent dans ce livre ! POQK ?\tToute l'histoire du Québec des origines à nos jours ?\tLe récit des événements et le portrait des personnages marquants Les symboles du Québec d'hier et d'aujourd'hui ?\tLes grands sites historiques à visiter Éric Bédard Historien et professeur Préface de Jacques Lacoursiere ?\tQuelle est l'origine du mot « Québec » ?\tÀ quoi met fin la « Révolution tranquille » ?\tQue signifie la devise « Je me souviens » ?FIRST (fci.Editions F 6 LE DEVOIR LES SAMEDI 24 ET DIMANCHE 25 NOVEMBRE 2012 LIVRE Des arguments pour la culture générale Louis CORNELLIER P our fêter ses 15 ans d\u2019existence, la revue Argument a eu la bonne idée de consacrer un substantiel numéro à la culture générale.Revue intellectuelle qui défend «une conception pluraliste du débat d\u2019idées», Argument, avec les années, a eu tendance à s\u2019inscrire de plus en plus dans une filiation conservatrice, au sens philosophique du terme, mais elle est toujours demeurée ouverte au dialogue et constante dans la qualité de ses interventions.Son actuel comité de rédaction, dans une note qui ouvre ce numéro anniversaire, rappelle avec raison que la revue «a toujours eu le souci de défendre une éducation humaniste, un héritage culturel à transmettre et à faire fructifier loin des modes du présent».Qu\u2019elle choisisse, aujourd\u2019hui, de célébrer ses 15 ans en se livrant à un éloge pédagogique de la culture générale est donc dans l\u2019ordre des choses et doit être salué.Trois arguments Trois arguments principaux, écrivent les rédacteurs de la revue, plaident en faveur de cette culture dite générale.Elle constitue, d\u2019abord, «le socle commun sur lequel se fonde, dans toute société, un dialogue social fécond, socle commun particulièrement important dans une démocratie où la discussion et les débats d\u2019idées, et non l\u2019autorité, sont censés permettre de trancher la plupart des questions ».Sans culture générale partagée, en d\u2019autres termes, la conversation démocratique risque de tourner en une confuse foire d\u2019empoigne.La culture générale, ensuite.redonne son épaisseur historique à l\u2019existence individuelle et collective; «elle offre un moyen d\u2019appréhender le monde, non pas comme un espace neutre, géométrique, sans relief et débarrassé de toute dimension historique, mais comme un lieu signifiant, apte à être habité véritablement».La culture générale, dira-t-on pour résumer, donne de la profondeur à l\u2019expérience humaine.Elle permet, enfin, en contribuant à la formation du jugement et de l\u2019esprit critique, de «décentre[r] l\u2019individu de lui-même» afin qu\u2019il puisse mieux «se repérer dans la réalité complexe et prendre du recul par rapport au présent».Quand on connaît Bach, écrivent par exemple les rédacteurs de la revue, on sait bien que Lady Gaga ne vole pas haut.«La culture générale, ajoutent-ils en ce sens, offre donc un antidote au nombrilisme contemporain », en plus, et c\u2019est peut-être l\u2019essentiel, d\u2019ouvrir «la question des fins de l\u2019existence».Pour présenter cette culture.Argument a fait appel à 25 spécialistes.Chacun d\u2019entre eux se penche sur une notion, une œuvre, un personnage ou un événement historiques afin d\u2019en faire ressortir la richesse et la pertinence.Le tableau, évidemment, n\u2019est pas complet \u2014 les arts visuels et l\u2019économie, par exemple, en sont absents, alors qu\u2019un chapitre est consacré à un thème aussi secondaire que le vouvoiement \u2014, mais il reste malgré tout costaud et tonique.Les textes les plus beaux et les plus convaincants de cette petite encyclopédie sont l\u2019œuvre de pédagogues qui savent transmettre leur savoir avec simplicité.Par exemple, quand elle parle de Bach, un artisan au service de sa communauté, la musicologue Dujka Smoje donne le goût d\u2019entendre sa musique, qui offre «le récon- A RGUIVIENT i\u20194)l I I IQI'F.MH [É1F HlsrOtRK Sous peine ire iqnorant, a culture generale en vinqt-cinq essentiels - fort, un sentiment de certitude, d\u2019infaillibilité».De la Bible à Darwin En présentant la Bible comme une œuvre narrative diversifiée et contradictoire qui «met en scène des gens ordinaires», le théologien Alain Gi-gnac en rend brillamment toute l\u2019originalité.La plus vendue et la moins lue des œuvres littéraires, explique-t-il, est l\u2019une des principales sources d\u2019inspiration artistique et philosophique de l\u2019Qccident.Ses conceptions de «l\u2019autonomie humaine face à Dieu» et de «l\u2019immanence divine manifestée par l\u2019incarnation du Fils de Dieu» ont contribué à «engendrer la modernité».La culture générale, de nos jours, ne peut négliger le domaine scientifique.Dans ce numéro, le professeur de philosophie Raphaël Arteau McNeil présente bellement la pensée de Darwin selon laquelle l\u2019existence de l\u2019homme est attribuable à la contingence.L\u2019historien Yves Gingras, en évoquant la figure de Galilée, plaide solidement pour une éducation scientifique de base, essentielle à «qui veut se diriger rationnellement dans notre monde technoscien- tifique sans tomber dans les pièges tendus par les courants pseudoscientifiques ».La poésie, explique Antoine Boisclair, parce qu\u2019elle «offre un point de vue sur le monde non pas par le biais de concepts, mais par un mélange d\u2019images et de rythmes», est irremplaçable.Dans le «grand bavardage mondialisé», cette forme de «recueillement» permet \u2014 c\u2019est sa «dimension métaphysique fondamentale » \u2014 «d\u2019affronter la mort» en dialoguant avec une absence.Georges Leroux, mélancolique sans être réactionnaire, signe dans ces pages un bel hommage aux langues anciennes, dont il est un expert Le philosophe Daniel D.Jacques rappelle, lui, l\u2019indispensable héritage des Lumières \u2014 «raison, progrès et bonheur» \u2014 et explore le rapport équivoque que nous entretenons avec lui.Le Québec n\u2019est pas absent du portrait.Yves Lacroix présente le cinéma de la parole de Pierre Perrault Denis Vaugeois chante la grandeur de Champlain, le sociologue Jean-Pran-çois Laniel résume le Canada français (1840-1960) et l\u2019historien Charles-Philippe Courtois revient sur la Conquête.S\u2019il y a une leçon à retenir de ce beau numéro de la revue Argument, c\u2019est celle-ci: au-delà des désaccords idéologiques qui nous opposent une culture générale vivante doit demeurer notre monde commun pour que nos échanges restent humains et ne tournent pas en indifférence ou, pire, en guerre de tous contre tous.louisco@sympatico.ca SOUS PEINE D\u2019ÊTRE IGNORANT La culture générale EN VINGT-CINQ ESSENTIELS Revue Argumem Vol.15, n\" 1, automne-hiver 2012, 202pages Douglas et l\u2019autre Révolution tranquille MICHEL LAPIERRE En octobre 1970, alors que 80% de la population du Québec approuve les mesures de guerre.Tommy Douglas, chef du Nouveau Parti démocratique, se singularise, aux Communes, en pourfendant cette loi au nom des libertés civiles, au point de faire chuter son parti dans l\u2019opinion canadienne.Vincent Lam raconte avec brio la vie exceptionnelle de celui qui, de 1944 à 1961, dirigea, en Saskatchewan, le premier gouvernement socialiste en Amérique du Nord.Tommy Douglas (1904-1986) s\u2019opposait à l\u2019indépendantisme québécois dont il ne comprenait pas la raison et «parlait un français exécrable», comme le note Lam, écrivain et médecin né en Qntario en 1974 de parents sino-vietnamiens.Pourtant, l\u2019homme politique affirma au sujet du Québec et du reste du Canada: «Il est possible que nous ayons à trouver une façon de nous séparer, pour ensuite établir de nouvelles ententes entre nous.Ce serait tout de même mieux qu\u2019une guerre civile.» Bien qu\u2019il ne cite pas ce propos étonnant de Douglas, le biographe insiste, dans son livre traduit de l\u2019anglais, sur l\u2019ouverture d\u2019esprit et l\u2019humanisme qui l\u2019inspirent.S\u2019il évite de sombrer dans l\u2019hagiographie, il souligne avec justesse que le progressisme qui,diffé-rencie le Canada des Etats-Unis tire son origine de ce pasteur protestant et du courant auquel il appartenait.Lam explique : «La généalogie de nombreuses politiques \u2014 tels une banque centrale, une charte des droits, un système d\u2019impôt progressif favorisant les contribuables à faible revenu, l\u2019assurance-chômage, un régime de retraite contributif.les pensions de vieillesse, l\u2019assurance-maladie \u2014 remonte directement aux évangélistes sociaux, à la CCF et au NPD.» Bout comprendre Douglas, né en Ecosse et arrivé enfant au Manitoba, il faut plonger dans l\u2019univers politico-religieux britannique.Passée du presbytérianisme (religion officielle de l\u2019Ecosse) à l\u2019Eglise baptiste (dans sa frange progressiste) et du Parti libéral au Parti travailliste (nettement plus à gauche), sa famille, en Europe, lui avait déjà ouvert la voie.Au Canada, Douglas adhère à l\u2019évangélisme social qui inspire la CCE (Co-opera-tive Commonwealth Eedera-tion), à laquelle il participe, après la fondation, à Calgary, en 1932, de ce parti socialiste, ancêtre du NPD.Homme tout d\u2019une pièce, pasteur baptiste et tribun qui œuvre auprès des pauvres (après avoir été champion de boxe), il instaure en 1947 en Saskatchewan, sous la bannière de la CCP, l\u2019assurance-hospitalisation, premier élément d\u2019un système de soins médicaux gratuits, parachevé en 1962 et imité dans tout le Canada, notamment au Québec en 1970.Lam raconte que, «parfois, tard le soir.Douglas allumait la radio pour écouter la description des combats de boxe au Madison Square Garden; il retirait sa chemise et, en maillot de corps, boxait tout seul dans l\u2019obscurité».Quelle merveilleuse image de l\u2019homme qui triompha du conformisme social de l\u2019Amérique du Nord ! Collaborateur Le Devoir TOMMY DOUGLAS Vincent Lam Boréal Montréal, 2012, 240 pages BARBARA STONEHAM Pasteur baptiste et tribun qui œuvre auprès des pauvres (après avoir été champion de boxe), Tommy Douglas instaure en 1947 en Saskatchewan l\u2019assurance-hospitalisation.La Vitrine .^pirale États de corps e \u2022c« MAGAZINE REVUE SPIRALE numéro 242, automne 2012 Le dossier de la dernière édition de la revue Spirale s\u2019attarde non pas à la danse, mais à cette notion mystérieuse, précise et presque magique d\u2019états de corps qui y circule depuis quelques années.Une idée « qui semble avoir remplacé celle d\u2019énergie que chacun employait à l\u2019envi sans trop se préoccuper de ce qu\u2019elle désignait», selon les directrices du dossier, Michèle Pebvre et Guylaine Massoutre \u2014 cette dernière aussi collaboratrice au Devoir.Essayistes, chorégraphes, critiques et penseurs tentent de dire et de cerner, sous différents angles, cet «ensemble des tensions et des intentions qui s\u2019accumulent intérieurement et vibrent extérieurement» (Philippe Guisgand) ou ce lieu qui «commence là où la chorégraphie s\u2019essouffle [.] où l\u2019art d\u2019écrire le mouvement limite l\u2019art de ressentir le mouvement» (Mélanie Demers).Rober Racine, Andrée Martin, Pierre Ouellet, Roland Huesca et Paul-André Portier nourrissent, parmi d\u2019autres, cette réflexion multidisciplinaire.Catherine Lalonde Les jumelles Wurtele, à Banff.SOURCE QUEBEC AMERIQUE Découvrir les jumelles Wurtele louis CORNELLIER Roman jeunesse (10 ans et plus) mené de main de maître par le prolifique Alain M.Bergeron, Les merveilleuses jumelles W.est une pure réussite dans le genre, qpi plaira même aux grands.À la fois éloge des liens intergénérationnels, petite biographie sportive et récit d\u2019apprentissage délicatement teinté de fantastique, ce roman inattendu charme à tous égards.Adam Beauvais, finissant du primaire à Acton Vale, doit réaliser un travail scolaire qui consiste à «faire la connaissance d\u2019une personne âgée étrangère à [sa] famille, dans le but de raconter sa vie par écrit».Sa démarche le mène au manoir des Wurtele (prononcez comme «turüe»), où il rencontre Rhona et Rhoda, d\u2019étonnantes jumelles qui lui feront vivre des sensations fortes.Au fil des pages, nous suivons le jeune Adam, narrateur du récit, dans sa découverte de la vie exaltante des vraies jumelles.Troublé par l\u2019atmosphère intimidante du manoir et confondu par la similarité de ses sujets d\u2019étude, l\u2019élève sombre parfois dans un état second qui le transporte dans le passé de ses héromes.Qr celles-ci, c\u2019est la surprise de cet ouvrage, ont bel et bien existé ef à 90 ans, sont toujours bien vivantes.Qriginaires de Westmount, les jumelles Wurtele ont passé les étés de leur enfance dans la maison de campagne familiale à Acton Vale.Membres de l\u2019équipe olympique canadienne de ski alpin pour les Jeux d\u2019hiver de Saint-Moritz, en Suisse, en 1948, elles ont connu une remarquable carrière athlétique.Elles sont, aujourd\u2019hui, aux Panthéons américain et canadien du ski et seront intronisées lundi prochain au Panthéon des sports du Québec.En 1981, Rhona, à 59 ans, terminait le marathon de Montréal en 4 h 50.En 1985, les jumelles parcouraient 112 km en deux jours au marathon de ski canadien.Des forces de la nature, comme on dit, dont l\u2019une est la mère de la célèbre danseuse Margie Gillis.Accompagné d\u2019un petit dossier qui présente la carrière des jumelles en photos et en faits saillants, ce roman fait donc œuvre pédagogique tout en offrant une belle expérience de lecture romanesque.Alain M.Bergeron a vraiment tapé dans le mille.Collaborateur Le Devoir LES MERVEILLEUSES JUMELLES W.Alain M.Bergeron Québec Amérique Montréal, 2012, 192 pages Lam raconte la vie exceptionnelle de celui qui dirigea, en Saskatchewan, le premier gouvernement socialiste en Amérique du Nord V Blodgeti PHRASES 158 fragments d'un Francis Bacon explosé, Larry Tremblay \u2022 Huées, Pierre Ouellet \u2022 Paysages et personnages, Jacques Rancourt \u2022 La note du triangle, Jean-François Dowd, colt Chemins de traverse \u2022 Phrases, E.D.Blodgett \u2022 Replis, chambre de l'arpenteur, Paul Bélanger Éditions du Noroît Nouveautés - automne 2012 www.lenoroit.com I I *\t\u201dis£.= "]
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