Le devoir, 1 décembre 2012, Cahier B
[" Philosophie : Robert Nozick serait opposé à la fusion Bell-Astral Page b 6 Michel David juge qu\u2019un examen de conscience s\u2019impose Page B 3 Idées : les vertus que procure une agence des transports Page b 5 PERSPECTIVES CAHIER B .LE DEVOIR LES SAMEDI I®'\u2018 ET DIMANCHE DECEMBRE 2012 « L\u2019État de Palestine est né » HELENE SALLON Dans le monde arabe, depuis jeudi 29 novembre, on célèbre le «müad dqoula Palestine»: la naissance de l\u2019État de Palestine.«La Palestine est le 194\u2018 État aux Nations unies en qualité d\u2019observateur», titrait en une, vendredi, le quotidien panarabe Awsat.La décision de 138 pays de voter en faveur de, la résolution qui donne à la Palestine le statut d\u2019État observateur non-membre auprès des Nations unies «est décrite comme historique et relevant du rêve», poursuit Al-Sharq Al-Awsat.Un rêve qui anime la population palestinienne depuis 65 ans et la résolution 181 adoptée par l\u2019Assemblée générale de l\u2019ONU qui a entériné le plan de partage de la Palestine.Et que ne viendra pas entacher le non de «pays ayant la taille de villages», semble railler le quotidien palestinien Æ-ÇmÆ.Dans les rues de la Cisjordanie comme de Gaza, des dizaines de milliers de Palestiniens ont organisé des manifestations de soutien au président de l\u2019Autorité palestinienne.Mahmoud Abbas (Abou Mazen), et appelé à l\u2019unité, indique Sharq Al-Awsat.Brandissant des portraits d\u2019Abou Mazen, de Yasser Arafat et des pancartes disant «Palestine 194», ils ont fêté l\u2019événement à sa mesure.La population de la bande de Gaza a tenu à montrer à Mahmoud Abbas qu\u2019elle était derrière lui et qu\u2019il restait populaire, même après la récente guerre de Gaza, entre le 14 et le 21 novembre, où le Hamas a été sur le devant de la scène, indique Al-Sharq Al-Awsat Abbas, le «père de l\u2019État» Car, jeudi soir, «après des décennies de lutte, armée et politique, de victoires et de défaites, de déceptions qui n\u2019ont pas tué l\u2019espoir», Abou Mazen («le père de Mazen» en ^abe) est devenu Abou al-Daoula (le père de l\u2019État), a salué dans un portrait le quotidien panarabe Al-Sharq Al-Awsat.Né en 1935 à Safed, ville aujourd\u2019hui située en Israël, l\u2019homme a été de tous les combats depuis 44 ans, aux côtés de Yasser Arafat notamment et fut l\u2019architecte des accords d\u2019Oslo en 1993, rappelle le quotidien.«Il ne fait aucun doute qu\u2019Abou Mazen a voulu clore sa carrière politique sur une victoire, en rentrant dans l\u2019histoire, comme tous les dirigeants, après avoir été l\u2019homme des différents chocs entre le peuple palestinien, des divisions et des appels de l\u2019opposition à ce qu\u2019il abandonne», dit Sharq Al-Awsat, qui souligne «l\u2019audace» tout autant que les «gaffes» du leader palestinien.Des gaffes et des choix qui lui ont été reprochés par le quotidien panarabe Al-Quds Al-Arabi.«On ne peut que saluer, reconnaît le jorunal, la façon avec laquelle le président Abbas a résisté aux pressions américaine et israélienne.Nous n\u2019hésitons pas à féliciter l\u2019Autorité palestinienne d\u2019avoir réalisé cet exploit à l\u2019ONU et nous nous réjouissons qu\u2019il soit un prélude à d\u2019autres réalisations diplomatiques dans un proche avenir, y compris à poursuivre les criminels de guerre israéliens.» Mahmoud Abbas a déjà annoncé qu\u2019il ne se représenterait pas à la prochaine élection présidentielle.Mènera-t-il toutefois le nouveau round de négociations de paix qu\u2019il a promis d\u2019eptamer après la victoire à l\u2019ONU, poru donner à l\u2019État de Palestine une pleine souveraineté?s\u2019interroge Sharq Al-Awsat.«Abou Mazen croit fermement en une solution politique et il a répété que, tant qu\u2019il sera en vie, il ne permettra pas que survienne une troisième intifada», analyse le quotidien panarabe.La nécessaire réconciliation Pour les commentateurs,du monde arabe, la pleine reconnaissance d\u2019un État de Palestine souverain ne peut désormais plus se faire sans une réconciliation des camps palestiniens.Pour Al Quds Al-Arabi, «la bénédiction donnée par le mouvement de résistance islamique Hamas à la démarche auprès de l\u2019ONU doit constituer un motif pour réaliser la réconciliation nationale palestinienne et l\u2019application de tous les protocoles, y compris la reconstruction de l\u2019Organisation de libération de la Palestine sur de nouvelles bases afin d\u2019obtenir une représentation fidèle de l\u2019ensemble ou de la plupart des fils de ce peuple à la maison et au sein de la diaspora».L\u2019heure semble être revenue de l\u2019unité entre les rivaux palestiniens du Fatah et du Hamas, mais pour combien de temps?se demandent les observateurs.Jibril Rajoub, un membre du comité central du Fatah, a appelé à mettre en œuvre «dès demain notre programme de réconciliation.Nous sommes un peuple plus proche de l\u2019unité que de la dispersion et de la division.», a-t-il appelé.En retolu, Ismaïl Haniyeh, le chef du gouvernement du Hamas à Gaza, a salué le vote à l\u2019ONU comme «une victoire diplomatique et politique considérable, mais pour traduire cette résolution dans les faits et en un État sur le terrain, nous devons poursuivre la résistance et le djihad et nous consacrer à l\u2019unité palestinienne sur une stratégie de résistance», rapporte Le Monde V.'P i ^ ».m PALESTINE STAN HONDA ET ABBAS MOMANI AGENCE ERANCE-PRESSE Mahmoud Abbas était content jeudi iors du dévoiiement des résuitats du vote.A Ramaiiah, c\u2019est une éruption de joie qui a accueiiii ie vote de i\u2019ONU.Soixante-cinq années tonrmentées ponr les Palestiniens 29 novembre 1947: l\u2019ONU vote un plan qui partage la Palesfine mandataire çntre « un État juif » et « un État arabe » avec un statut international pour Jérusalepi.Ce plan, refusé par les États arabes, reste lettre morte.22 novembre 1967 : après la conquête de la Cisjordanie et de Gaza par Israël, l\u2019ONU vote la résolution 242 qui réaffirme «l\u2019inadmissibilité de l\u2019acquisition de territoires par la guerre».22 novembre 1974: l\u2019Organisation de libération de la Palestine (OLP) est admise comme observateur aux Nations unies.14 décembre 1988: après la déclaration d\u2019indépendance palestinienne, les Nations unies réaffirment les droits des Palestiniens à l\u2019indépendance.13 septembre 1993 : Israël et l\u2019OLP se reconnaissent mutuellement et signent les accords intérimaires d\u2019Oslo destinés à résoudre la question palestinienne, une démarche qui échoue à Camp David, en juillet 2000.29 novembre 20^2 : la Palestine devient un État non-membre de l\u2019ONU.Le Monde Les États-Unis et Israël grincent des dents EABRICE ROUSSELOT à New York La délégation palestinienne avait à peine déployé son drapeau devant l\u2019Assemblée générale de l\u2019ONU jpudi soir pour célébrer son nouveau statut d\u2019État non-membre qu\u2019Hillary Clinton intervenait pour dénoncer « une étape malheureuse et contre-productive ».«Tout cela place de nouveaux obstacles su/ la route de la paix, a assuré la secrétaire d\u2019État américaine lors d\u2019un discours organisé par le magazine Foreign Policy à Washington.Nous avons toujours dit que c\u2019est seulement à travers les négociations que les Palestiniens et les Israéliens pourront aboutir à une solution.» Au lendemain de l\u2019accession de la Palestine au rang d\u2019État observateur des Nations unies, la communauté internationale s\u2019interrogeait hier sur les conséquences que pourrait avoir le vote à New York sur le conflit israélo-palestinien.Certes, la large majorité remportée par la résolution \u2014 138 voix pour, 9 contre et 41 abstentions \u2014 est une indéniable victoire diplomatique pour le président de l\u2019Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, qui se remet en selle après la semaine de violence dans la bande de Gaza et la résurgence du Hamas.Mais la virulence de la réponse américaine, aussitôt suivie par une condamnation israélienne, fait craindre un regain de tension possible sur le terrain.Réagissant dans les minutes qui ont suivi le vote, le premier ministre israélien.Benjamin Nétanyahou, s\u2019est attaqué au discours de Mahmoud Abbas, le qualifiant de «diffamatoire et venimeux, rempli de propagande fallacieuse contre l\u2019armée israélienne et les citoyens d\u2019Israël».«La décision de l\u2019ONU ne changera rien.Il n\u2019y aura pas d\u2019État palestinien sans des arrangements qui garantiront notre sécurité», a-t-il ajouté.Dissuader La démarche palestinienne traduit, il est vrai, l\u2019échec de Washington à relancer des pourparlers de paix depuis, plus de deux ans.L\u2019année dernière déjà, les États-Unis avaient bloqué la depiande palestinienne d\u2019accéder au statut d\u2019État à part entière en brandissant la menace de leur veto devant le Conseil de sécurité.Et jusqu\u2019à mercredi, le gouvernement Obama a tenté de dissuader Mahmoud Abbas de se présenter devanf l\u2019Assemblée générale.L\u2019une des craintes des États-Upis est que la Palestine profite de son statut d\u2019État observateur pour accéder à la Cour pénale internationale (CPI) et décide de saisjr celle-ci afin de réclamer une enquête sur l\u2019État hébreu en arguant des «crimes de guerre» perpétrés par les soldats israéliens dans les territoires occupés et la bande de Gaza.Pour une partie des pays européens cependant, la nouvelle reconnaissance palestinienne pourrait aussi être un potentiel «déclencheur» qui remettra Israéliens et Palestiniens sur la voie de la paix.La France, qui a voté en faveur de la résolution, a dit souhaiter vendredi «que cette reconnaissance soit utilisée de manière positive par les Israéliens et les Palestiniens pour relancer un processus de paix sincère».Même la Grande-Bretagne, qui s\u2019est abstenue avec l\u2019Allemagne, a affirmé être prête à «redoubler d\u2019efforts» pour redémarrer des pourparlers.Aide financière «Certes, rien ne se passera avant que les Américains et les Israéliens ne calment un peu le jeu, estimait un diplomate à l\u2019ONU, mais de toute façon, il y a des élections en Israël en janvier, ce qui gèle un peu tout le reste.D\u2019ici là, peut-être que les passions seront retombées un petit peu et que toutes les parties se rendront compte de l\u2019urgence qu\u2019il y a à se parler de nouveau.Il faudra voir aussi comment la situation sur le terrain évoluera et quel sera le rapport de force entre le Fatah de Mahmoud Abbas et le Hamas dans les semaines à venir.» En attendant, un groupe de plusieurs sénateurs américains, démocrates et républicains, ont annoncé vendredi à Washington qu\u2019ils allaient déposer un projet de loi qui propose d\u2019abolir toute aide financière à l\u2019Autorité palestinienne si elle rejoint la CPI.Le Congrès pourrait déjà décider d\u2019annuler une aide de 200 millions de dollars aux Palestiniens qui devait être versée d\u2019ici la fin de l\u2019année.L\u2019année dernière, les Américains avaient suspendu leur contribution financière à l\u2019UNESCO après l\u2019adhésion palestinienne.«La seule question qui vaille est de savoir où l\u2019on va désormais et ce que cela signifie, a résumé jeudi le premier ministre palestinien, Sa-lam Fajq^ad, présent à New York.Si l\u2019on veut progresser, il faut d\u2019abord que la rhétorique s\u2019apaise.» Libération B 2 LE DEVOIR LES SAMEDI I®'\u2018 ET DIMANCHE DECEMBRE 2012 PERSPECTIVES FRANÇAIS AU TR AVAIT.Pas de panique.Québec prend acte La publication des données de l\u2019Office québécois de la langue française concernant la langue de travail n\u2019a pas suscité un grand émoi cette semaine.Le bilinguisme est de plus en plus présent, certes, mais le français demeure la langue principale d\u2019usage au travail.Pas de panique, donc?Non, mais encore faudrait-il savoir si le bilinguisme demandé est justifié, relève-t-on.Et ça, l\u2019OQLF n\u2019en a aucune idée.GUILLAUME BOURGAULT-CÔTÉ ^ n mars 2008, quand l\u2019Office québécois de -y la langue française (OQLF) a dévoilé son ernier bilan quinquennal comprenant des onnées sur la langue de travail, le Parti québécois avait réagi avec ampleur : conférence de presse dans les bureaux du parti à Montréal avec la chef et le porte-parole linguistique, et dénonciation appuyée de la « torpeur» libérale dans le dossier.Près de cinq ans plus tard, le PQ au pouvoir s\u2019est montré beaucoup plus circonspect au moment de commenter les données du nouveau bilan quinquennal de l\u2019OQLF sur la langue de travail.Habituellement très volubile, surtout sur les questions linguistiques, le ministre responsable de la Métropole, Jean-François Lisée, a choisi de «laisser parler le rapport».Et sa collègue responsable de la Charte de la langue française, Diane De Courcy, a essentiellement pris acte des données et répété qu\u2019elle déposera dans les prochains jours son projet modifiant la loi 101 \u2014 qui touchera le dossier de la langue de travail.Maçs pratiquement personne pour crier au loup.A part peut-être le mouvement Impératif français, dénonciateur de «l\u2019approche retenue par l\u2019Office, qui, au lieu de lancer un cri d\u2019alarme, a choisi de contourner l\u2019ampleur du problème relatif à l\u2019utilisation du français comme langue de travail au Québec».Impératif français se demande «comment l\u2019OQLF peut accepter que travailler en français signifie utiliser ce même français pour seulement la moitié du temps de travail ou plus, alors qu\u2019il serait normal d\u2019utiliser au Québec le français à 100% du temps».Les principaux chiffres dévoilés par l\u2019OQLF indiquent que 89% des Québécois parlent surtout français au travail (50% du temps et plus), mais que bien peu ne parlent que français.Ainsi, 63% des Québécois reconnaissent une présence de l\u2019anglais cqmme langue de travail, à des degrés variables.A Montréal, 80% des travailleurs parlent surtout français, et le taux de bilinguisme s\u2019établit à 82%.En comparant ces données avec d\u2019autres études menées au fil des ans, l\u2019QQLF constate qu\u2019il y a eu une progression nette de l\u2019usage du français entre 1971 et 2010, de 83% à 89%.Sauf qu\u2019on note aussi un «léger déclin» depuis 1991, alors que 91 % des Travailleurs parlaient surtout français au travail.A Montréal, le taux est passé de 69% en 1971 à 85% vingt ans plus tard, pour redescendre de cinq points depuis.La seule donnée qui a toujours augmenté concerne les allophones: ils étaient 42% à parler principalement français au travail en 1971 et ils sont aujourd\u2019hui 68% (la progression a toutefois été quatre fois plus lente depuis 1991).Dans les circonstances, la réaction calme du gouvernement Marois et de l\u2019QQLF s\u2019explique bien, dit le linguiste Jean-Claude Corbeil, l\u2019un JACQUES NADEAU LE DEVOIR Au-delà de l\u2019affichage, l\u2019anglais est aussi bien présent dans les communications orales du monde du travail québécois, révélait cette semaine l'Office québécois de la langue française.des architectes des lois 22 et 101.«Ixs chiffres que j\u2019ai vus ne m\u2019inquiètent pas.C\u2019est même mieux que ce que j\u2019aurais pensé.Avec l\u2019intensification des communications avec l\u2019extérieur, il est inévitable que l\u2019utilisation de l\u2019anglais augmente.A la base de la version originale de la loi 101, il y avait le principe que le français devait être la langue de travail interne des entreprises et que les communications externes pouvaient se faire en anglais au besoin.» Cela dit, M.Corbeil est «tracassé» par une donnée qui n\u2019est pas mesurée par l\u2019QQLF: est-ce que les 63% des Québécois qui parlent au moins un peu anglais au travail doivent vraiment le faire ?Les études dévoilées par l\u2019Qf-fice mercredi sont quantitatives et non qualitatives : elles ne permettent pas de voir si l\u2019anglais qu\u2019on exige est vraiment nécessaire.La présidente de l\u2019QQLF a indiqué que l\u2019organisme pourrait étudier la question dans le futur, mais il n\u2019y a rien de prévu au programme officiel.Tout au plus Louise Marchand rap-pelle-t-elle que l\u2019article 46 de la loi 101 à un employeur d\u2019exiger pour l\u2019accès à un emploi la connaissance ou un niveau de connaissance spécifique d\u2019une langue autre que la langue officielle, à moins que l\u2019accomplissement de la tâche ne nécessite une telle connaissance».Changer le fardeau de la preuve Jean-Claude Corbeil est catégorique : pour que la réforme de Diane De Courcy porte, elle devra faire en sorte «d\u2019exiger que les entreprises soient tenues d\u2019expliquer pourquoi elles exigent l\u2019utilisation de l\u2019anglais».«Je remarque que les entreprises exigent systématiquement une connaissance de l\u2019anglais pour toute fonction et n\u2019ont jamais besoin de le justifier, sauf s\u2019il y a une plainte.Si ça continue, on va revenir à l\u2019époque où on demandait à un balayeur de parler anglais « Plus les échanges avec l\u2019extérieur sont nombreux, plus le besoin d\u2019une langue commune s\u2019impose » «interdit pour obtenir un emploi.» Selon lui, il ne serait pas compliqué d\u2019instaurer l\u2019exigence d\u2019une justification automatique.«Dans toutes les entreprises, il y a des définitions de tâche.Ce serait très simple de définir le niveau d\u2019anglais nécessaire à un poste et de l\u2019indiquer dans sa définition.» La proposition de M.Corbeil rejoint l\u2019esprit d\u2019un projet de loi qu\u2019avait déposé l\u2019ancien député péquiste Pierre Curzi en mars 2012 (le linguiste avait participé à la réflexion menée par le comédien-député) .Le texte prévoyait qu\u2019un employeur qui exige la connaissance d\u2019une autre langue «fasse parvenir à l\u2019OQLF, notamment par courrier électronique, une justification du niveau exigé de connaissance avant de publier l\u2019offre d\u2019emploi».M.Curzi souhaitait ainsi que ce ne soit plus «aux employés à exercer un recours devant la Commission des relations du travail pour forcer l\u2019employeur à justifier l\u2019exigence de la connaissance d\u2019une autre languç».L\u2019ancien président des Etats généraux sur la situation et l\u2019avenir de la langue française au Québec (2000-2001), Gérald Larose, appuie totalement Jean-Claude Corbeil sur ce sujet.«Le bilinguisme est devenu une stratégie de recrutement, indique le professeur de l\u2019UQAM.C\u2019est une façon d\u2019éliminer des postulants qui ne parlent pas anglais, alors que les postes eux-mêmes n\u2019exigent pas l\u2019anglais.» Car M.Larose croit qu\u2019il est faux de prétendre que l\u2019anglais est nécessaire partout dans le monde du travail.«Ce n\u2019est pas vrai que la mondialisation nous met en interaction avec la planète au quotidien.C\u2019est un volume fort restreint des emplois dans les entreprises qui nécessite vraiment l\u2019anglais.Pour moi, c\u2019est une pratique discriminante de recrutement.» Gérald Larose fait partie de ceux qui ont vu des éléments d\u2019inquiétude dans le rapport de rQQLF.«Parce que les chiffres font la démonstration que, pour gagner son pain, le français ne suffit pas.Une langue qui ne peut apporter à manger est une langue en danger.Pt c\u2019est pour ça que la francisation des milieux de travail demeure aussi importante.» Au-delà de l\u2019extension adaptée de l\u2019application de la loi 101 dans les entreprises de 10 à 49 personnes (le projet De Courcy doit proposer quelque chose à cet égard), M.Larose plaide surtout pour une «administration stratégique» de la Charte.C\u2019est-à-dire de cibler des secteurs et de mener de grandes opérations de francisation, peu importe la taille des entreprises.«Il y aura un effet de percolation » un peu partout, croit-il.Le Conseil du patronat (CPQ) appelle toutefois à une certaine prudence.«Ixs chiffres de l\u2019OQLF reflètent une réalité mondiale quand on parle de bilinguisme, dit le président, Yves-Thomas Dorval.Plus les échanges avec l\u2019extérieur sont nombreux, plus le besoin d\u2019une langue commune s\u2019impose.Sauf que cette réalité est perçue différemment au Québec étant donné la situation géographique et culturelle.» M.Dorval estime ainsi qu\u2019il ne faudrait pas aller trop loin dans la réglementation imposée aux entreprises.Un «travail constant d\u2019information et de sensibilisation» doit être fait, dit-il, parce qu\u2019il y a de «nombreux avantages à la francisation dans les affaires du Québec».Mais le CPQ prévient que «tout changement devra être précédé d\u2019une analyse d\u2019impact fouillée et de consultations».Dans l\u2019immédiat, les regards sont tournés vers Québec et vers Diane De Courcy, qui a promis une réforme «vraiment costaude».L\u2019exercice s\u2019annonce sensible : la ministre devra conjuguer les promesses péquistes avec la réalité d\u2019un gouvernement minoritaire, et concilier ceux qui, à partir des mêmes statistiques, voient deux réalités.Le Devoir JEU DE MASSACRE AU SEIN DE LA DROITE FRANÇAISE L\u2019UMP survivra-t-elle à la guerre de tranchées entre Copé et Fillon?CHRISTIAN RIOUX à Paris Jacques Chirac a fêté ses 80 ans cette semaine, mais il est loin d\u2019être assuré que son ancien parti, l\u2019UMP, fêtera son 11® anniversaire.Créé en 2002 par l\u2019ancien président et Alain Juppé, ce parti qui devait «unir les forces politiques de toutes les droites» est depuis une semaine l\u2019objet d\u2019une lutte sans merci entre ses deux candidats à sa présidence arrivés pratiquement ex æquo il y a deux semaines : Jean-François Copé et François Fillon.Ce qui n\u2019était au début qu\u2019une élection contestée, truffée d\u2019irrégularités et de bourrage d\u2019urnes, est en train de se transformer en une véritable crise politique qui pourrait remettre en question l\u2019existence même du premier parti de droite en France.«Nous sommes tous cuits, si ça continue», s\u2019exclamait récemment l\u2019ancien ministre Bruno Lemaire.Deux semaines après le scrutin qui devait choisir le nouveau président du parti à la suite de la défaite de Nicolas Sarkozy à l\u2019élection présidentielle, la situation semble s\u2019enliser.Déclaré élu avec une majorité de quelques dizaines de voix malgré de multiples irrégularités, Jean-François Copé refusait hier encore d\u2019organiser un nouveau vote.Après s\u2019être rallié à la proposition d\u2019un référendum rapide, il a finalement mis de côté cette idée qui permettrait aux membres de se prononcer sur l\u2019opportunité d\u2019un nouveau scrutin comme l\u2019avait discrètement proposé l\u2019ancien président Nicolas Sarkozy.Bourrage d\u2019urnes François Fillon semble quant à lui brusquement sorti de la naïveté dont il a fait preuve tout au long de cette campagne.Il brandit aujomd\u2019hui la menace de fonder un nouveau groupe parlementaire indépendant, ce qui priverait l\u2019UMP d\u2019environ 70 députés (contre 135 chez Copé) .L\u2019UMP perdrait ainsi une cagnotte qui pourrait se monter à 6 millions d\u2019euros, chaque député AGENCE ERANCE-PRESSE De gauche à droite, Jean-François Copé, Nicoias Sarkozy et François Fiiion rapportant au parti 42000euros par an.Qr le parti est criblé de dettes et doit notamment payer son nouveau siège rue de Vaugirard.Un autre groupe, de non-alignés celui-là, serait aussi en voie de formation.Mené par Bruno Le Maire et Nathalie Kosciusko-Morizet, il demanderait à François Fillon de renoncer à son ^oupe parlementaire en échange de l\u2019organisation d\u2019un référendum par un «comité des sages».Au quartier général de Jean-François Copé, on semble plutôt considérer que les 50% (plus ou moins quelques broutilles) qu\u2019il a obtenus le 18 novembre représentent une «victoire morale».Ils démontreraient que le candidat donné perdant par tous les sondages aurait mené la meilleure campagne alors que François Fillon se serait contenté de smfer sur les sondages.Les témoignages ne manquent pourtant pas afin de démontrer qu\u2019une partie de ces voix a été arrachée par des pratiques plus que discutables.La première de celles-ci étant que Copé soit demeuré président de l\u2019UMP pendant la campagne.Selon l\u2019enquête menée par la journaliste Carole Barjon du Nouvel Observateur, ses partisans auraient volontairement limité le nombre de bureaux de vote dans les départements où Fillon était majoritaire, provoquant des files d\u2019attente de plus de deux heures qui en ont découragé plus d\u2019un.Comble du ridicule, le soir de la «victoire» de Copé, les votes de trois départements d\u2019outremer ont été pmement et simplement «oubliés».François Copé pomra-t-il faire la somde oreille encore longtemps?D\u2019après un sondage Qpinion-Way, 80% des sjunpathisants UMP seraient favorables à un nouveau vote.Aux dernières nouvelles, quelques-uns de ses fidèles se disaient ébranlés devant la perspective d\u2019une scission du parti.L\u2019ancien ministre Luc Châtel affirmait notamment ne pas pouvoir «se résoudre à voir l\u2019UMP disparaître».Une crise plus profonde Car c\u2019est bien cette perspective qui pèse sur rUMP comme une épée de Damoclès.L\u2019incident révèle une crise autrement plus profonde que celle provoquée en 2008 au Parti socialiste par l\u2019élection, elle aussi controversée et truffée d\u2019irrégularités, de Martine Aubry contre Ségolène Royal.Dans cette campagne, Jean-François Copé s\u2019est voulu l\u2019héritier de la ligne d\u2019une droite décomplexée prônée à la fin de la campagne présidentielle par Nicolas Sarkozy et théorisée par son ancien conseiller Patrick Buisson.De l\u2019autre.François Fillon se veut le représentant d\u2019une droite gaulliste traditionnelle plus proche des centristes.D\u2019après un sondage CSA 38% des Français estiment que la crise profitera d\u2019abord au Front national de Marine Le Pen.20% croient qu\u2019elle profitera aux centristes de l\u2019Union des démocrates et indépendants (UDI), dirigée par Jean-Louis Bor-loo.Marine Le Pen affirme que, depuis deux semaines, le EN a multiplié par cinq le nombre d\u2019adhésions.L\u2019UDI prétend aussi qu\u2019elle aurait reçu 6000 nouvelles adhésions depuis le début de la crise.Des chiffres qui restent cependant à être vérifiés.La plupart des observateurs s\u2019entendent cependant pour dire que l\u2019unité de l\u2019UMP pouvait difficilement résister au départ de son ancien leader Nicolas Sarkozy.La scission de l\u2019UMP, si elle devait se confirmer, ne ferait au fond qu\u2019accélérer l\u2019évolution qui est celle des droites françaises depuis un certain nombre d\u2019années.Avec le recentrage du EN et son image moins radicale depuis l\u2019élection de Marine Le Pen et la création de rUDI de Jean-Louis Borloo qui a repris son indépendance, la place de l\u2019UMP semble de plus en plus exiguë.«Après tout, ce que montrent Copé et Fillon par leur attitude, c\u2019est peut-être que le paysage français n\u2019a plus besoin de l\u2019UMP», écrivait le chroniquem Thomas Legrand sur Slate.fr.Depuis deux semaines, cette saga politique a pratiquement échpsé les ratés du gouvernement socialiste sur le mariage gay et la controversée proposition de nationahsation des aciéries de Flo-range.Du coup, on a vu le leader d\u2019extrême gauche Jean-Luc Mélenchon sortir de l\u2019ombre et poser en seule véritable opposition à François Hollande.Mais, chez les sociahstes, on se désole aussi de l\u2019image que ces guerres intestines donnent de la classe pohtique déjà dépréciée dans la population.Que les militants revotent ou pas, l\u2019image de rUMP en sortira dmablement écorchée.Le Devoir LE DEVOIR LES SAMEDI I®'\u2018 ET DIMANCHE DECEMBRE 2012 B 3 PERSPECTIVES i Ss30 «i»-\t\\ JACQUES NADEAU LE DEVOIR Les chiffres sont là pour montrer les écueils gigantesques sur la route de l\u2019intégration socio-économique des nouveaux arrivants.IMMIGRATION Pièges et paradoxes de l\u2019intégration au travail Les immigrants arrivent au Québec forts d\u2019une conviction que leur vie professionnelle y sera douce et belle.Mais une série d\u2019obstacles séparent le rêve de la réalité, rimant avec discrimination, incapacité à reconnaître leurs compétences et politiques brouillonnes.MARIE-ANDREE CHOUINARD AU Québec, 2010 fut une année record pour le nombre d\u2019immigrants admis (53 981).Année record d\u2019entrées, dans un contexte de pénurie de main-d\u2019œuvre où les promesses d\u2019emploi servent d\u2019appât convaincant, mais constituent en réalité un mirage : une fois les immigrants installés au pays, la déqualifi-cation, le chômage et la précarité sont trop souvent au rendez-vous.Les paradoxes affluent dans ce dossier complexe.Avec celui-ci au sommet des incompréhensibles: la politique d\u2019immigration du Québec va jusqu\u2019à cibler ses besoins d\u2019immigrants de manière très spécifique, mais la politique d\u2019intégration de ces mêmes immigrants ne suit pas la cadence.Résultat?Des immigrants surqualifiés peinent à trouver un emploi, ou échouent dans des profils qui n\u2019ont rien à voir avec la formation acquise dans leur pays.Les chiffres sont là pour montrer les écueils gigantesques sur la route de l\u2019intégration socio-économique des nouveaux arrivants : taux de chômage deux fois plus élevé chez les immigrants que chez les natifs (14,2% contre 7,1%) et taux de faible revenu 2,7 fois plus important pour les premiers que pour les seconds.L\u2019Institut de recherche et d\u2019informations socio-économiques (IRIS) le rappelait cette semaine dans une note percutante: «La situation est quand même assez grave.Si on en est là, c\u2019est en raison de plusieurs obstacles.Pas un seul.D\u2019où la difficulté à régler le problème.» Marie-Thérèse Chicha est heurtée de plein fouet par «le problème» dans le cadre de son travail.P\u2019un côté, la pro-fesseure à l\u2019École de relations industrielles de l\u2019Université de Montréal reçoit les commentaires d\u2019employeurs qui sont encore remplis de craintes en ce qui concerne l\u2019embauche de travailleurs immigrants pourtant tout à fait qualifiés.De l\u2019autre, elle reçoit les confidences de nouveaux arrivants incapables de percer le marché de l\u2019emploi, ou en tout cas à la hauteur de leurs compétences.«Il n\u2019est pas exagéré de parler de discrimination du côté des employeurs», comme l\u2019a montré d\u2019ailleurs la Commission des droits de la personne et de la jeunesse dans un avis paru en 2011.«Ils ont des craintes devant un CVpourtant très impressionnant.Et leurs craintes sont liées à des préjugés.Ils ont peur des accommodements raisonnables, imaginent que des candidats pourraient demander des congés religieux ou vouloir prier en plein travail, et ils refusent des candidatures sur la seule base d\u2019un accent différent, relate M\u201c® Chicha.Nous sommes loin des problèmes de déqualification dans ces cas-là.On parle de barrière discriminatoire, simplement.La force d\u2019inertie est très grande chez les employeurs.Ils sont conscients du problème, mais ils ne veulent pas changer leurs manières de faire.» Méconnaissance La rupture est si vive entre la politique d\u2019immigration et celle de l\u2019intégration que des agents pourtant essentiels de la première ligne, en lien direct avec les nouveaux arrivants qui cherchent un boulot, ne connaissent pas du tout les ressources qui existent.«Nous avons mis en place des projets fabuleux pour aider les immigrants à s\u2019intégrer, mais il est sidérant de voir à quel point les acteurs de première ligne n\u2019en sont même pas informés», explique Frédéric Boisrond, directeur général du CAMO-PI (Comité d\u2019adaptation de la main-d\u2019œuvre, personnes immigrantes), dont la mission est précisément de soutenir tous les milieux (privé, public, parapublic, communautaire et syndical) pour favoriser l\u2019inté-^ation socio-économique des immigrants.C\u2019est en partie cette absence de fluidité entre l\u2019arrivée et la recherche d\u2019emploi qui plonge nombre d\u2019immigrants dans des «pièges».«Comme celui de prendre n\u2019importe quoi comme emploi parce qu\u2019on est coincé, forcé de payer des comptes, d\u2019éponger des dettes parfois qu\u2019on a laissées derrière ou soutenir une famille qui est restée à l\u2019étranger», raconte M.Boisrond.Le premier emploi, parfois de manœuvre même pour quelqu\u2019un dont la formation universitaire le destinerait à un travail de professionnel, s\u2019avère parfois une prison.«Parce que la personne n\u2019arrive plus à chercher autre chose et parce que cela figure à son dossier comme une incohérence.» La semaine dernière, une centaine de médecins d\u2019origine maghrébine \u2014 précisément un bassin d\u2019immigration vers lequel le Québec se tourne, question de langue \u2014 ont frappé à la porte du CAMO et M.Boisrond les a entendus.Ils étaient coincés.«On ne leur reconnaît pas les compétences pour devenir médecins, alors ils ont dit: \u201cOn veut travailler.On est prêts à devenir infirmiers.\u201d Mais ils sont surqualifiés pour être infirmiers.Ils ne savent plus quoi faire! Partout, ils sont bloqués.» Une formation utile ?Rigidité des ordres professionnels, et ce, malgré une pléthore d\u2019ententes de reconnaissance des qualifications professionnelles signées au fil des ans ?« On parle des bénéfices de la diversité, mais sur le terrain, une fois franchi le cap théorique, on comprend à quel point les rigidités sont encore là, dans les corporations et sur- «Sur le terrain, une fois franchi le cap théorique, on comprend à quel point les rigidités sont encore là» tout du côté des employeurs», explique Marie-Thérèse Chi-çha qui, avec son collègue Éric (^barest, a signé L\u2019intégration des immigrés sur le marché du travail à Montréal: politiques et enjeux.Des dentistes pourtant bardés de diplômes se retrouvent à faire une formation d\u2019hygiéniste dentaire afin de pouvoir occuper leurs journées.« C\u2019est un piège, dénonce M\u201c® Chicha.Parce que cela n\u2019honore pas du tout leurs vraies compétences, parce qu\u2019ils n\u2019ont pas un salaire suffisamment élevé.C\u2019est un recul pour eux alors que c\u2019est souligné comme un progrès par les autorités responsables.» Idem du côté des ingénieurs, à qui on ne reconnaît pas les compétences et qui se retrouvent à suivre un certificat de perfectionnement que les employeurs regardent ensuite de manière suspicieuse, comme s\u2019il était inquiétant qu\u2019on les ait redirigés vers un tel complément d\u2019information.«Plutôt que de les aider, la formation qu\u2019on leur fournit leur nuit ensuite ! » Les solutions?D\u2019abord, une meilleure coordination entre les vœux d\u2019immigration et nos manières de soutenir ceux qu\u2019on accueille.«Et moins d\u2019hésitation du côté gouvernemental pour intervenir du côté des employeurs, car c\u2019est là que le bât blesse», insiste Marie-Thérèse Chicha, qui observe le passage d\u2019un concept d\u2019égalité et de lutte contre la discrimination, beaucoup plus coercitif, à un concept de diversité, infiniment plus volontariste, comme une porte ouverte vers le flou artistique.Le Devoir r h La rupture est vive entre la politique d\u2019immigration et celle de l\u2019intégration.JACQUES NADEAU LE DEVOIR L\u2019examen de conscience , Michel é David Comment, collectivement, en est-on arrivé là?Il était particulièrement gênant de voir un juge de la Cour supérieure de l\u2019Ontario ordonner la destitution du maire de Toronto pour une peccadille antérieure à son élection, alors que les magouilleurs ont prospéré impunément pendant des années, voire des décennies, au sein des administrations de Montréal, de Laval ou encore de Mascouche avant que leurs maires soient enfin chassés de l\u2019hôtel de ville.Dans la même semaine, l\u2019ancien p.-d.g.de SNC-Lavalin, ce fleuron de Québec inc., était arrêté par l\u2019Unité permanente anticorruption (JJPAC) et devra faire face à une série d\u2019accusations de fraude.Si détestable que pût être le recours à la corruption pour obtenir des contrats en Libye, il était toujours possible de se donner bonne conscience en se convaincant qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019une quasi-obligation à laquelle tout soumissionnaire devait se plier, mais découvrir que c\u2019était aussi une condition pour décrocher le contrat du Centre universitaire de santé McGill (CUSM) est franchement déprimant.On s\u2019était indigné de la page couverture du magazine Maclean\u2019s sur laquelle le Bonhomme Carnaval portait une valise débordant de billets de banque, mais on se demande maintenant quel sera le prochain objet de fierté nationale à être éclaboussé: le Canadien, le Cirque du Soleil, Céline Dion?De toute évidence, il y a quelque chose de pourri au royaume du Québec.Même si elle lui devait une fière chandelle pour avoir contribué à sauver son leadership l\u2019hiver dernier, la première ministre Pauline Marois ne pouvait pas passer l\u2019éponge sur les infractions à répétition de Daniel Breton, sous peine de voir tout son gouvernement s\u2019embourber.Après sa malheureuse visite au BAPE, plusieurs commençaient d\u2019ailleurs à voir en lui un dangereux loose cannon, qu\u2019il aurait fallu placer sous étroite surveillance de façon permanente.On peut toutefois comprendre la réaction de ceux qui enragent de voir écoper un homme qui, malgré de sérieux problèmes personnels, avait certainement l\u2019Intérêt public à cœur, alors qu\u2019une ploutocratie véreuse s\u2019engraisse scandaleusement aux frais des contribuables.Même si la juge France Charbonneau a expliqué que toutes les pièces du puzzle ne pouvaient pas être mises en place simultanément, plusieurs ont reproché à sa commission d\u2019avoir rendu publiques sans plus d\u2019explication les listes d\u2019invités au club 357c et d\u2019ajourner ensuite les audiences publiques pour une période de deux mois, sans se soucier du tort qui pourrait être fait à la réputation de gens qui n\u2019ont rien à se reprocher.M\u201c® Charbonneau a cependant trop d\u2019expérience et de sens de la justice pour avoir donné le feu vert aux procureurs de la commission simplement pour faire taire ceux qui lui reprochaient de commencer à manquer de souffle.Ma collègue Kathleen Lévesque rapporte aujourd\u2019hui dans Le Devoir qu\u2019en levant le secret sur ce lieu de rendez-vous des plouto-crates qu\u2019est devenu le 357c, on a plutôt voulu lancer l\u2019avertissement que leurs réseaux seront mis au jour coûte que coûte et que personne ne sera à l\u2019abri du regard de la commission.Le mandat officiel de la commission est de mettre au jour la collusion et la corruption dans l\u2019octroi des contrats publics dans l\u2019industrie et les liens possibles avec le financement des partis politiques, mais c\u2019est en réalité l\u2019éthique de la société québécoise tout entière qui a été placée sous surveillance.Certes, la nature humaine n\u2019est pas spontanément portée vers la vertu, mais la théorie des pommes pourries a quand même ses limites.Il ne s\u2019agit pas seulement de comprendre comment fonctionne un système qui a gangrené nos institutions les plus fondamentales, mais aussi de faire un examen de conscience.Comment, collectivement, en est-on arrivé là ?Personne ne peut être fier de l\u2019état de déliquescence dans lequel sont tombées les administrations publiques.Entendre un fonctionnaire municipal corrompu jusqu\u2019à l\u2019os vanter sans la moindre gêne les manières de gentleman d\u2019un caïd de la mafia avec lequel il a joué au golf dans le Sud est non seulement enrageant, mais honteux.Pour n\u2019importe quel gouvernement, les milliards que coûte la corruption constituent déjà une excellente raison de s\u2019y attaquer avec la plus grande détermination, mais celui de M\u201c® Marois devrait avoir un incitatif additionnel à faire diligence.Il y a sans doute de nombreuses raisons qui peuvent expliquer la baisse de la ferveur souverainiste au cours des dernières années.Une chose est cependant certaine : la fierté et la confiance en soi sont des ingrédients indispensables.Ce que nous révèle la commission Charbonneau n\u2019est certainement pas de nature à susciter l\u2019une ou l\u2019autre.mdavid@ledevoir.eom B 4 LE DEVOIR LES SAMEDI I®'\u2018 ET DIMANCHE DECEMBRE 2012 EDITORIAL PALESTINE La défaite de Harper Les Nations unies ont accordé jeudi à la Palestine le statut d\u2019«Etat observateur non membre».Ottawa, déçu de cette reconnaissance contre laquelle il a mené une campagne active, envisage maintenant des sanctions.Le Canada n\u2019est vraiment plus la colombe qu\u2019il a déjà été.L Bernard Descôteaux attitude du gouvernement Harper n\u2019est pas une surprise.Dès son arrivée au pouvoir en 2006, il prenait fait et cause pour Israël, abandonnant l\u2019activisme bienveillant des gouvernements précédents comme courtier de la paix.Lorsque l\u2019Autorité palestinienne de Mahmoud Ab,bas a demandé aux Nations unies ce statut d\u2019Etat observateur non membre, le Canada s\u2019y est immédiatement opposé pour mener une contre-campagne.Le ministre des Affaires étrangères, John Baird, est même monté à la tribune de l\u2019Assemblée générale avant qu\u2019elle ne vote ce jeudi pour la presser à refuser à la Palestine ce statut.Le résultat du vote est un échec manifeste pour le gouvernement Harper.Les pays européens auront soit voté pour la résolution ou se seront prudemment abstenus, comme l\u2019ont fait la Grande-Bretagne et l\u2019Allemagne.Seuls neuf Etats ont voté contre.Aux côtés d\u2019Israël, des États-Unis et du Canada se trouvaient des États comme le Panama et la Micronésie, dont on ne peut dire qu\u2019ils exer-\u2014 cent une influence déterminante.\"\"\tDans ce débat, le gouvernement Harper s\u2019est '\tcollé à l\u2019argumentaire d\u2019Israël voulant que la re- connaissance de l\u2019État palestinien par l\u2019ONU soit un geste unilatéral dans la mesure où la '\t- -\"N- ' \" réelle reconnaissance de cet État ne viendra qu\u2019au terme d\u2019un processus de négociations bilatéral de paix entre Jérusalem et Ramallah, qui serait rendu plus difficile par l\u2019octroi d\u2019un statut implicite d\u2019État par les Nations unies.Le gouvernement israélien craint que, fort de ce statut.Ramallah cherche à le traduire pour crime de guerre devant la Coin internationale de justice.Les pays occidentaux qui ont voté pour cette reconnaissance ont pour leur part cru que ce nouveau statut allait plutôt faciliter à terme le processus de négociation dans la mesure où il montrerait aux Palestiniens qu\u2019il y a une autre voie que celle des roquettes vers la création d\u2019un véritable État.Ée résultat du vote de jeudi devrait être d\u2019amener les perdants à prendre la mesure de leur échec.Mais Israël se durcit; ce vendredi, il autorisait la construction de 3000 nouveaux logements en Cisjordanie.Le Canada pour sa part rappelait ses ambassadeurs aux Nations unies, en Israël et auprès de l\u2019Autorité palestinienne pour évaluer la situation.Tant John Baird que le premier ministre Stephen Harper avaient par le passé averti les Palestiniens qu\u2019il y aurait des conséquences à l\u2019obtention du statut revendiqué.Ottawa pourrait remettre en question, en tout ou en partie, l\u2019aide de 100 millions qui leur est versée annuellement depuis cinq ans.Le gouvernement Harper s\u2019est enfermé dans une logique dont il aura peine à se sortir.Contrairement aux États-Unis, qui peuvent perdre de telles batailles diplomatiques sans perdre leur influence, il est prisonnier de son appui à Israël, qui le discrédite aux yeux des autres pays du Moyen-Orient.N\u2019ayant plus la distance que lui donnait naguère sa politique de courtier de la paix, il ne peut même prétendre aider son allié.Ce gouvernement surestime son influence dans le monde.On l\u2019a constaté lorsque lui fut refusé un siège au Conseil de sécurité il y a deux ans.Ce vote de jeudi en est une autre illustration.Il devrait en prendre acte.AIDE FÉDÉRALE Les erreurs d\u2019Hydro près le gouvernement de Jean Charest, c\u2019est au tour de celui de Pauline Marois de crier son indignation devant l\u2019intervention d\u2019Ottawa dans la construction d\u2019une centrale et de trois lignes de transport d\u2019électricité du Labrador jusqu\u2019à la Nouvelle-Écosse en passant par Terre-Neuve.Rappelons que c\u2019est un Stephen Harper en quête d\u2019électeurs à Terre-Neuve qui avait promis une garantie de prêt de 4 milliards à cette province lors de la campagne électorale de 2011.La raison invoquée, logique mais si peu conservatrice, était de réduire les émissions de gaz à effet de serre.Or, ce qui a été annoncé vendredi, c\u2019est une garantie de prêt qui pourrait atteindre rien de moins que 6,3 milliards de dollars ^\tet qui ferait économiser près de 1 milliard de dollars aux habitants de ces deux provinces.Le Québec s\u2019oppose fermement à ce cadeau du fédéral parce que jamais Ottawa n\u2019a 'l\tsoutenu financièrement les projets d\u2019Hydro- i , Québec, mais surtout parce que cette électri-cité terre-neuvienne à prix réduit artificielle-ment entrera en concurrence directe avec Jean-Robert celle du Québec sur le marché des Maritimes Sansfaçon\tet de la Nouvelle-Angleterre.C\u2019est vrai que le fédéral n\u2019a jamais subventionné l\u2019électricité du Québec \u2014 qui ne l\u2019a jamais demandé non plus \u2014, mais il a financé très généreusement le nucléaire en Qntario, l\u2019exploitation pétrolière dans l\u2019Quest et de nombreux projets d\u2019économie d\u2019énergie partout au pays.Le Québec a toujours été jaloux de son autonomie dans la gestion de ses ressources, mais rien ne l\u2019empêche de revendiquer du fédéral qu\u2019il investisse aussi massivement dans les infrastructures de transport en commun et leur électrification par exemplç, ou encore dans la construction d\u2019un TGV interprovincial.A chacun ses batailles ! Par ailleurs, si Terre-Neuve et la Nouvelle-Écosse ont choisi l\u2019option de construire elles-mêmes la centrale du Bas-Churchill et une ligne de transport sous-marine aussi coûteuse, c\u2019est qu\u2019elles n\u2019ont jamais pu s\u2019entendre avec Hydro-Québec.Aujourd\u2019hui, notre société d\u2019État crie à la concurrence déloyale, et elle a raison même si le prix de l\u2019électricité terre-neuvienne risque d\u2019être plus élevé que la sienne.Mais elle doit surtout reconnaître son lamentable échec à s\u2019entendre avec Terre-Neuve pour développer le Bas-Churchill.Terre-Neuve, de qui elle achète depuis bientôt 40 ans toute la production du Haut-Churchill au prix ridicule de 1/4 de cent du kWh revendu entre 3C et7C! Le gouvernement du Québec veut contester l\u2019aide fédérale devant les tribunaux?Grand bien lui fasse! Mais il devrait d\u2019abord se demander si ses problèmes ne proviennent pas aussi de la direction d\u2019Hydro-Québec, dont les nombreuses erreurs de planification et de négociation des dernières années commencent à peser très lourd sur le bilan de l\u2019entreprise.j-rsansfacon @ledevoir ca LE DEVOIR FONDÉ PAR HENRI BOURASSA LE 10 JANVIER 1910 > FAIS CE QUE DOIS ! Directeur BERNARD DESCÔTEAUX Rédactrice en chef JOSÉE BOILEAU Vice-présidente, finances et administration CATHERINE LABERGE Directeur de l\u2019information ROLAND-YVES CARIGNAN Directeurs adjoints de l\u2019information PIERRE BEAULIEU, LOUIS LAPIERRE, JEAN-ERANÇOIS NADEAU, PAUL CAUCHON Directeur artistique CHRISTIAN TIFEET Directeur, ventes publicitaires JOSÉ CRISTOFARO li AAAiRE\tV\u20aciA\\ii\\0NN£.tts y ùAMm 'LciJ-ft'W LETTRES Bibliothèque de l\u2019Institut Maurice-Lamontagne J\u2019aimerais confirmer l\u2019engagement du gouvernement à assurer la présence de ressources scientifiques et documentaires rigoureuses et bilingues à Pêches et Qcéans Canada.Nous sommes fiers de l\u2019excellent travail qu\u2019accomplissent nos scientifiques, et nous continuerons de miser sur les connaissances actuelles.Les bibliothèques de Pêches et Qcéans Canada contiennent l\u2019une des collections les plus exhaustives de documents d\u2019information sur les pêches, les sciences aquatiques et nautiques du monde, et la totalité de cette collection restera accessible.Les employés et le public continueront d\u2019avoir accès à des ressources bilingues après la consolidation des services de bibliothèque partout au pays.Seul le processus de recherche et d\u2019acquisition change.Nous ajustons nos façons de faire afin de répondre aux demandes en constante évolution de nos clients.En 2011, 96% des demandes soumises aux services de bibliothèque étaient faites de façon numérique.Il est essentiel de poursuivre la modernisation des ressources de nos bibliothèques afin de permettre aux employés d\u2019avoir accès à des outils de recherche et d\u2019acquisition plus simples, peu importe leur emplacement Richard Nadeau Pêches et Océans Canada Le 29 novembre 2012 Daniel Breton on l\u2019implication citoyenne J\u2019ai connu de près Daniel Breton, homme d\u2019implication exemplaire et de profondes convictions.Sa présence constante dans nos luttes essentielles touchant l\u2019environnement et la santé d\u2019une société fragilisée par les agresseurs de tout acabit qui ne pensent qu\u2019en fonction des profits, restera à jamais précieuse pour le Québec.Il a une connaissance très vaste des dossiers qui l\u2019interpellent et a le courage de travailler sans relâche à les mener à terme.Nous manquons au Québec d\u2019hommes de cette stature et de cette solidarité citoyenne.Que ceux qui s\u2019amusent aujourd\u2019hui à le condamner se regardent bien dans le miroir de leur propre vie, ils y verront souvent les traces de petits démagogues prétendument vertueux, mais inaptes à défendre les causes primordiales et criantes qui blessent profondément le présent et l\u2019avenir de ce pays en gestation.Jacques Léger Montréal, le 29 novembre 2012 Le Parti libéral du Québec ne mérite plus son nom Ainsi, le Parti libéral du Québec aura eu la peau du ministre Breton.Je pensais avoir tout vu de la part des libéraux depuis le printemps érable, mais non.Ce parti-là pouvait encore tomber plus bas.Tout est devenu faux.Que dire d\u2019autre ?Y a-t-il encore seulement matière à penser ?Lorsque la corruption dépasse une certaine limite, elle atteint l\u2019âme.Alors, je crains qu\u2019il n\u2019y ait plus rien à espérer.Ée Parti libéral du Québec a tout de même su montrer quelque grandeur d\u2019âme par le passé.Mais je regarde maintenant ce parti comme on regarde un fruit pourri qu\u2019on a laissé traîner trop longtemps sur le comptoir.Je le regarde avec dégoût.GübertTurp Le 29 novembre 2012 REVUE DE PRESSE Qui est le gagnant ?MANON CORNELLIER Les trois élections partielles tenues lundi dernier ont fait beaucoup jaser.Chacun y est allé de son analyse sur ce que les résultats disaient sur les forces en présence.Même s\u2019il n\u2019a ravi aucun siège, le Parti vert est considéré comme gagnant par la majorité des commentateurs.L\u2019agence QMI résume ce point de vue de façon amusante en chapeautant son éditorial du titre suivant: «Les libéraux et les néodémocrates sont verts d\u2019envie».Les libéraux peuvent bien blâmer Justin Trudeau et David McGuinty pour la défaite serrée dans Calgary Centre, mais «leur plus gros problème n\u2019est pas les jappements inopportuns de deux députés.Leur problème est le Parti vert», écrit QMI.Au cœur de la capitale pétrolière canadienne, le parti d\u2019Elizabeth May a obtenu 25,6% des voix, 11 points seulement derrière les conservateurs.Dans Victoria, les verts ont récolté 34,3% des voix, trois de moins environ que le Nouveau Parti démocratique.Quant aux libéraux, ils ont dû se contenter de 13,1% des voix.II est vrai que cette circonscription est voisine de celle de M\u201c® May, mais les libéraux ne peuvent ignorer que «l\u2019éléphant écolo s\u2019est transformé en gorille politique».La montée du Parti vert, en particulier dans l\u2019Quest, fait en sorte que la gauche divise ses votes entre trois partis, note l\u2019agence, ce qui sert bien les conservateurs.Là où l\u2019agence se distingue, c\u2019est qu\u2019elle craint que les difficultés de la candidate conservatrice, jugée trop à droite par certains, incitent les conservateurs à bouger vers le centre pour ressembler aux «faux conservateurs» d\u2019AIison Redford.«Ce ne serait pas bon pour un pays ayant une abondance de ressources naturelles que la gauche dans son ensemble préfère ne pas y toucher plutôt que d\u2019assurer l\u2019avenir économique de ses enfants», prévient l\u2019agence.Les conservateurs seraient mieux d\u2019inciter leurs électeurs à aller voter la prochaine fois.Défaite morale Pour Don Braid, du Calgary Herald, cette victoire conservatrice est en fait une «défaite morale».Le PC a évité l\u2019humiliation dans la cour de Stephen Harper, mais ses appuis n\u2019ont cessé de décliner tout au long de la campagne.Terminer avec moins de 40% des voix dans Calgary, dans une circonscription où le député sortant Lee Richardson récoltait plus de 55% des votes, est une «défaite morale» pour un conservateur et une exclusion assurée du cabinet.Braid note que les conservateurs ont choisi une candidate proche du Wildrose Party pour les représenter dans une circonscription diversifiée sur les plans économique et sociologique.C\u2019était rompre avec la tradition.Richardson a conservé ce siège pendant des années parce qu\u2019il était «un fier progressiste qui a convaincu les gais, les immigrants, les personnes âgées à faible revenu et les électeurs les plus pauvres qu\u2019il était de leur côté».Il a rallié derrière lui un groupe qui n\u2019appuie pas d\u2019emblée les conservateurs, qui forme la majorité de la population de Calgary Centre et que Joan Crockatt n\u2019a pas su rejoindre.Et beaucoup de ceux qui ne pouvaient se résoudre à voter libéral ont voté vert.Le message aux conservateurs, selon Baird, est qu\u2019ils ne peuvent plus se reposer sur leurs lauriers et tenir la victoire pour acquise, y compris à Calgary.Appel à la coopération A ceux qui disent que les victoires morales du Parti vert ne font que rendre l\u2019union de la gauche plus difficile et assurer la longévité des conservateurs, Elizabeth May répond qu\u2019au contraire, cela pourrait augmenter les chances de défaire Stephen Harper.En entrevue au chroniqueur Lawrence Martin, d\u2019iPolitics, elle explique que son parti est le seul à avoir formellement pris l\u2019engagement de coopérer avec les autres.«Si on nous voyait comme une formation marginale, je n\u2019aurais pas le poids nécessaire pour amener les autres partis à coopérer pour défaire Stephen Harper.» Selon elle, les partielles lui donnent ce poids.Et au bon moment.«Il faut qu\u2019il y ait un pacte en place pour 2015», insiste-t-elle.Martin note cependant que la bonne performance des verts dans Calgary Centre a permis aux conservateurs de l\u2019emporter.Elle rétorque qu\u2019elle avait offert aux autres partis de ne présenter qu\u2019un candidat.Ils ont refusé, alors son parti a fait campagne avec vigueur.Elle pense que les partielles feront réfléchir les autres partis, en particulier le NPD, des libéraux étant déjà ouverts à ce genre de coopération.Ce qui joue en faveur de M\u201c® May, écrit Lawrence Martin, c\u2019est l\u2019attention renouvelée accordée aux enjeux environnementaux et aux changements climatiques.Et, en plus des partielles, il y a le fait que le NPD n\u2019arrive pas à creuser l\u2019écart avec le PLC dans les sondages.Aucune fusion n\u2019est envisageable d\u2019ici le prochain scrutin, laissant la coopération à l\u2019échelle locale comme seule solution de rechange, dit-il.«Ce ne sera pas facile cependant, pour aucun des partis, d\u2019en arriver à une entente, y compris pour les verts.Dans toute négociation de candidatures uniques, les verts seront désavantagés, ayant obtenu moins de votes que les deux autres partis dans la très grande majorité des circonscriptions», écrit Martin.Mais, conclut-il, M\u201c® May est une femme déterminée et elle a montré avant aujourd\u2019hui qu\u2019elle était prête à faire passer les intérêts du pays avant ceux de son parti.mcornellier@ledevoir.com LE DEVOIR, LES SAMEDI l ^ ^ ET DIMANCHE 2 DÉCEMBRE 2012 B 5 IDEES Les vertus d\u2019une agence des transports Une plus grande rigueur et une expertise accrue dans l\u2019appareil public SYLVAIN GAUDREAULT Ministre des Transports et ministre des Affaires municipales, des Régions et de l\u2019Occupation du territoire omme toutes les citoyennes et tous les citoyens du Québec, mais d\u2019autant plus à titre de ministre des Transports et des Affaires municipales [.], j\u2019ai été irrité d\u2019apprendre que, selon l\u2019analyse de SECOR-KPMG parue récemment, il y aurait eu une augmentation moyenne de 78% des coûts d\u2019une vingtaine de projets d\u2019infrastructures publiques majeurs par rapport à leur estimation initiale.Cette donnée ne fait que me convaincre davantage de la nécessité de créer l\u2019Agence des transports.Dans cet esprit, je considère important de faire part à la population, sous réserve des pouvoirs et des privilèges de l\u2019Assemblée nationale [.], de ma vision à l\u2019égard de la miçe en place d\u2019un tel organisme.A l\u2019instar de nombreuses autres initiatives de notre gouvernement, [.] la création d\u2019une j^ence est une réponse forte à une situation inquiétante.Ni la population du Québec ni notre gouvernement ne sauraient tolérer davantage de dépassements de coûts et de risques de collusion dans la réalisation des projets! Par ailleurs, je constate qu\u2019au fil des ans, l\u2019expertise du ministère des Transports a été affaiblie par des départs à la retraite compensés par le recours au secteur privé.Dans une telle perspective, le retour de cette expertise au sein d\u2019une future T^ence des transports s\u2019avère prioritaire afin de renforcer le savoir-faire de l\u2019Etat.Sa mission L\u2019Agence aurait comme mission, d\u2019une part, d\u2019assumer la gestion des actifs routiers et, d\u2019autre part, de réaliser la planification et l\u2019exécution des travaux routiers et des infrastructures, de leur conception jusqu\u2019à leur mise en service, et ce, de l\u2019appel d\u2019offres à la coupure du ruban ! Par son déploiement dans toutes les régions, elle jouerait un rôle majeur dans l\u2019activité économique du Québec.En ce sens, elle garantirait le maintien d\u2019emplois de qualité en région et protégerait les acquis et les droits du personnel du ministère des Transports qui lui serait assigné.Une culture de la vigilance serait également instaurée.L\u2019Agence se doterait de règles de gestion, de processus de vérification et de suivi ainsi que d\u2019un système de reddition de comptes rigoureux avec les plus hauts standards éthiques auxquels la population est en droit de s\u2019attendre d\u2019un organisme public.De plus, issue d\u2019une vision des transports du XXL siècle, l\u2019Agence s\u2019appuierait sur une structure de gouvernance performante, responsable et autonome, relevant d\u2019un conseil d\u2019administration indépendant, et placerait tous les usagers de la route au cœur de sa mission.Cela permettrait également plus d\u2019efficacité et d\u2019efficience, le tout dans le respect des objectifs du gouvernement au plan économique, budgétaire, social et environnemental.En redonnant une plus,grande expertise professionnelle au sein de l\u2019État, cela contribuera à redonner confiance aux citoyens en matière d\u2019intégrité institutionnelle des organismes publics.Je tiens à préciser que, parallèlement aux activités de l\u2019Agence, le ministère des Transports I JACQUES NADEAU LE DEVOIR L\u2019Agence des transports aurait comme mission d\u2019assumer la gestion des actifs routiers et de réaliser la planification et l\u2019exécution des travaux routiers et des infrastructures.Elle jouerait un rôle majeur dans l\u2019activité économique du Québec continuerait d\u2019agir comme un acteur de premier plan pour doter le Québec d\u2019une vision intégrée des transports, améliorer la mobilité durable et définir les orientations qui en découlent.Il va de soi que le ministère conserverait ses mandats liés aux volets législatif et réglementaire.Sa mise en œuvre Dès mon arrivée en poste, j\u2019ai confié aux responsables du ministère des Transports le mandat de définir les balises permettant d\u2019instituer une agence.Mon intention est de présenter un projet de loi créant cet organisme tôt en 2013.Dans la mesure oû l\u2019Assemblée acceptera d\u2019en être saisie, la création et la mise en place éventuelles de cette agence devront faire l\u2019objet d\u2019échanges ouverts et constructifs [.].Tout au long de cette démarche, je ferai preuve de transparence et d\u2019ouverture avec l\u2019objectif d\u2019assurer, le cas échéant, une transition harmonieuse et réussie vers ce nouveau modèle de gouvernance aussi important que souhaitable.Sachez que je le ferai dans le plus grand respect des employés du ministère et surtout au bénéfice du Québec.H est plus que temps que les Québécois redeviennent fiers de ce qui a été pendant lon^emps un fleuron de notre société, soit la réalisation de grands projets d\u2019infrastructure.Pour un « Conseil des affaires universitaires » Cela renforcerait le dialogue entre les universités et la société LUCE SAMOISETTE Rectrice, Université de Sherbrooke Présidente du CA Conférence des recteurs et des principaux des universités du Québec n grand nombre d\u2019enjeux universitaires majeurs, dont ceux qui seront débattus dans le cadre du Sommet sur l\u2019enseignement supérieur, méritent une réflexion permanente et un travail systématique de conseil au bénéfice de la société québécoise, du gouvernement et des universités elles-mêmes.Il est souhaitable que la société québécoise se donne un lieu indépendant de réflexion, d\u2019études et d\u2019analyse sur cette importante institution qu\u2019est l\u2019université.Voilà pourquoi les chefs d\u2019établissement universitaire proposent unanimement la création d\u2019un organisme public indépendant et autonome d\u2019étude et de conseil qui se nommerait le Conseil des affaires universitaires du Québec.Cet organisme devrait agir dans une perspective d\u2019avenir à moyen et à long terme.Il accompagnerait le développement du réseau universitaire en conseillant aussi bien le gouvernement que les universités.Il rendrait compte une fois l\u2019an à l\u2019Assemblée nationale et à la population de l\u2019état du réseau universitaire, et plus spécifiquement, de la qualité de l\u2019enseignement universitaire et de son adéquation avec les besoins de la société, de la compétitivité du Québec en recherche dans tous les domaines du savoir et de la contribution des établissements universitaires au développement social, culturel, scientifique, technologique et économique.Ée Conseil pourrait, par exemple, proposer des objectifs de développement pour le réseau universitaire ; produire des données fiables sur l\u2019état du réseau universitaire ; favoriser la qualité des programmes d\u2019études ; identifier les meilleures pratiques repérées à travers le monde ; produire des avis sur les grands enjeux scientifiques, technologiques et économiques de la recherche universitaire ; produire des analyses comparatives avec des sociétés de référence relativement au niveau de ressources nécessaire pour accomplir la mission universitaire.Eorum indépendant et autonome, le Conseil des affaires universitaires serait composé de 21 membres nommés par le gouvernement, incluant un président et deux vice-présidents, dont la majorité ne serait ni étudiante ni à l\u2019emploi d\u2019une université québécoise et proviendraient de domaines professionnels diversifiés.Tous seraient choisis en fonction de leur bonne connaissance du milieu universitaire et de leur expertise.(Plus de détails au www.universites-avenir.ca) Les établissements universitaires québécois sont dotés de mécanismes de gouvernance et d\u2019amélioration de la qualité qui sont globalement efficaces.Dans le respect de l\u2019autonomie de chaque établissement et de la liberté académique, le Conseil des affaires universitaires viendrait les appuyer dans leur recherche constante d\u2019amélioration.SIDA : volonté politique réclamée ! GABRIEL GIRARD Post-doctorant à la Chaire de recherche de l\u2019Université Concordia sur le VJH/sida VIVIANE NAMASTE Titulaire de la chaire D rès de 34 millions de personnes vivent a-vec le VIH à l\u2019échelle de la planète.Le rapport annuel de l\u2019ONÙ-SIDA, le programme des Nations unies dédié à la lutte contre le VIH/sida, donne un aperçu documenté de la situation internationale de l\u2019épidémie.Mais, et c\u2019est une bonne nouvelle, la baisse du nombre de nouvelles infections se confirme: 2,5 millions de personnes infectées en 2011, c\u2019est 20% de moins que 10 ans plus tôt.Ces chiffres relativement encourageants ne doivent pas nous faire perdre de vue l\u2019ampleur des défis auxquels fait face la communauté internationale, particulièrement dans le contexte de crise économique que nous traversons.La réponse sociale et politique à l\u2019épidémie est toujours confrontée à deux enjeux majeurs: l\u2019accès aux soins et la prévention de la transmission.Épidémie mondiale, le VIH continue de toucher très fortement les populations d\u2019Afrique subsaharienne: 69% des personnes séropositives vivent dans cette région du monde.Les signes d\u2019espoir existent cependant, et la mobilisation des États à travers le Eond mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme a permis de faire des avancées importantes au cours de la décennie écoulée.Avec 1,7 million de décès, la mortalité liée au sida est en baisse de 24% depuis 2005.On ne peut que se réjouir de l\u2019augmentation du nombre de personnes ayant accès aux traitements antirétroviraux dans les pays à faible revenu.Pour autant, en 2011, sept millions de personnes qui en auraient la nécessité vitale restent sans traitement.La crise économique planétaire ne saurait constituer un argument pour freiper cet effort indispensable: les États doivent continuer à financer à la hauteur des besoins les programmes internationaux de la lutte contre le sida! Dans le domaine de la prévention de la transmission, le travail qui reste à accomplir est immense et mêle indissociablement la santé publique et les droits de la personne.Car, selon l\u2019ONUSIDA, les nouvelles infec- 1 STR AGENCE ERANCE-PRESSE La crise économique ne saluait constituer un argument poiu freiner les États à financer à la hauteur des besoins les programmes internationaux de la lutte contre le sida.rions concernent toujours de manière disproportionnée les communautés les plus discriminées.L\u2019épidémie atteint des niveaux records parmi les usagers de drogue, les travailleuses du sexe et les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes.L\u2019une des principales leçons des 30 années écoulées, c\u2019est que la reconnaissance sociale des minorités est l\u2019une des conditions incontournables pour la prévention.Et pourtant.dans de trop nombreux pays, la diffusion du préservatif ou l\u2019accès au matériel d\u2019injection sont négligés au nom de principes moraux ou religieux.Dans beaucoup de régions du monde, les programmes de pré- vention continuent d\u2019ignorer et de discriminer les personnes gaies, bisexuelles et/ou transgenres.Et ces processus d\u2019exclusion se rejouent parfois de manière inattendue, comme cette année, lors de la conférence mondiale de Washington sur le VIH/sida.Les autorités américaines ont en effet interdit l\u2019accès à leur territoire aux travailleuses du sexe et aux usagers de drogue venant de l\u2019étranger, les privant de cet es-paçe de partage indispensable! A l\u2019aube de la quatrième décennie du VIH/sida, cette épidémie continue d\u2019agir comme un révélateur des inégalités sociales, entre le Nord et le Sud, mais également au sein des populations touchées.Pour stopper l\u2019épidémie, l\u2019ampleur des défis est immense et nécessite un courage politique encore trop souvent absent.Sur ce plan, les décideurs pourraient utilement s\u2019inspirer des combats menés depuis 30 ans par les communautés concernées, au Nord comme au Sud.En s\u2019auto-orga-nisant, en innovant et en tissant des liens de solidarité, les personnes atteintes et affectées ont contribué à changer le monde.C\u2019est assurément un bon exemple pour écrire les prochaines pages de cette histoire.L\u2019EQUIPE DU DEVOIR RÉDACTION Information générale et métropolitaine : Dominique Reny (adjointe au directeur de l\u2019information), Marie-Andrée Chouinard (éditorialiste, responsable de la page Idées), Marco Bélair-Cirino (général), Jeanne Corriveau (affaires municipales, Montréal), Isabelle Porter (affaires municipales, Québec)Y3b\\en\t(société), Jean Dion (sports), Louis-Gilles Francœur (environnement), Lisa-Marie Gervais (éducation), Pauline Gravel (sciences), Caroline Montpetit (affaires sociales).Brian Myles (justice), Louise-Maude Rioux Soucy et Amélie Daoust-Boisvert/sawféJ ; information politique : Michel ^^^{^.(chroniqueur), Hélène Buzzetti et Marie Vastel (correspondantes parlementaires à Ottawa), Antoine Robitaille et Robert Dutrisac (correspondants parlementaires à Québec), Guillaume Bourgault-Côté et Kathleen Lévesque (reporters) ; information culturelle : Michel Bélair (théâtre et cahier Culture), Stéphane Baillargeon (médias), Frédérique Doyon et Isabelle Paré (reporters), Odile Tremblay (cinéma), Paul Bennett (pupitre cahiers spéciaux et culturels du week-end), Julie Carpentier (pupitre) ; informationéconomique : Gérard Bérubé (adjoint au directeur de l\u2019information), François Desjardins, Éric Desrosiers et Alexandre Shields (reporters), Gérald Dallaire (pupitre) ; information internationale : Serge Truffaut (éditorialiste), Claude Lévesque et Guy TedWeier (reporters), Jean-Pierre Legault (pupitre international, page éditoriale et cahier Perspectives) ; Diane Précourt (responsable des pages thématiques), Émilie Folie-Boivin (pupitre) ; Jacques Grenier et Jacques Nadeau (photographes) ; Michel Garneau (caricaturiste) ; Andréanne Bédard, Michèle Malenfant et Christine Dumazet (correctrices) ; Benoît Munger, Philippe Papineau et Laurence Clavel (pupitre internet), Marie-Pier Frappier et Geneviève Tremblay (commis internet) ; Amélie Gaudreau (secrétaire à la rédaction)', Karl Rettino-Parazelli et Sophy Lambert-Racine (commis à la rédaction).DOCUMENTATION Gilles Paré (directeur), Manon Derome (Montréal), Monique Bhérer (Ottawa), Dave Noel (Québec) .PUBLICirÉ , Jean de Billy, Jennifer Boily-Demers, Jean-François Bossé, Marlène Côté, Stéphanie Déziel, Amel Elimam, Véronique Langlois, Simon Lanoie, Amélie Maltais, Maria M.Motta, Claire Paquet, Chantal Rainville, Isabelle Sanchez, Nadia Sebai (publicitaires), Sylvie Laporte, Martine Bérubé (secrétaire).PRODUCTION Christian Goulet (directeur de production), Olivier Zuida (directeur adjoint), Michel Bernatchez, Danielle Cantara, Richard Des Cormiers, Donald Filion, Yannick Morin, Nathalie Zemaitis.INFORMATIQUE Yanick Martel (administrateur Hansel Matthews (technicien informatique).PROMOTION, DISTRIBUTION ET TIRAGE Maxim-Olivier Leclerc (responsable par intérim service à la clientèle), Nancy Beaulieu, Manon Blanchette, Nathalie Filion, Marie-Lune Houde-Brisebois ; Jean-Robert Divers (responsable promotion).ADMINISTRATION Stéphane Roger (contrôleur), Olena Bilyakova (reponsable des services comptables), Claudette Béliveau (adjointe administrative), Céline Furoy, Ghislaine Lafleur, Claudine Chevrier, Véronique Pagé, Monique Proteau. B 6 LE DEVOIR, LES SAMEDI I\u2019^'^ ET DIMANCHE 2 DECEMBRE 2012 PHILOSOPHIE Le Devoir de philo Robert Nozick contre la fusion Bell-Astral C\u2019est la préservation de la liberté individuelle de choix, prémisse morale fondatrice pour les libertariens, qui serait remise en cause Deux fois par mois, Le Devoir lance à des passionnés de philosophie, d\u2019histoire et d\u2019histoire des idées le défi de décrypter une question d\u2019actualité à partir des thèses d\u2019un penseur marquant.JEAN-FRANÇOIS DAOUST Etudiant en science politique et en philosophie à l\u2019Université de Montréal Pour le philosophe américain Robert Nozick (1938-2002), la liberté est une valeur fondamentale qui ne peut faire l\u2019objet de quelque compromis, et ce, même au profit de principes égalitaires, comme le souhaitent plusieurs libéraux partisans de l\u2019État-providence.C\u2019est à partir de cette idée que le principal représentant du libertarisme défendra, dans son ouvrage Anarchie, Etat et Utopie, un Etat qui se veut minimal, gardant toutefois le droit d\u2019intervenir pour compenser une situation injuste, qualificatif qu\u2019aurait certainement utilisé Nozick pour décrire la concurrence déloyale dont Bell aurait fait preuve à la suite de l\u2019acquisition d\u2019Astral.La pensée libertarienne n\u2019est évidemment pas la première en philosophie politique à proposer une défense du libre marché.Les utilitaristes, par exemple, vont y être amenés pour des raisons strictement contingentes, à savoir qu\u2019il maximise l\u2019intérêt du plus grand nombre durant une période donnée.Nozick se détache toutefois de ce type d\u2019argument et fait preuve d\u2019originalité en se basant sur les mécanismes intrinsèquement justes que procure un marché libre de restrictions.Partant du principe que la liberté est une valeur fondamentale, combiné au fait que le fonctionnement sans entrave du marché implique une plus grande liberté, il s\u2019ensuit que la défense du libre marché devient une nécessité morale pour préserver la liberté individuelle.C\u2019est précisément dans cette optique que, selon nous, Nozick se prononcerait sans aucun doute en faveur de la décision rendue dernièrement par le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications (CRTC), qui s\u2019est opposé à la transaction Bell-Astral.Bell, qui est d\u2019ores et déjà une des plus grandes entreprises canadiennes en médias et qui détient un pouvoir commercial énorme, aurait été, si la transaction avait été approuvée et contrairement aux dires de son p.-d.g., en position de mener une concurrence déloyale à ses concurrents.Plus précisément, Nozick, comme tout libertarien bon teint, dénoncerait le danger que des individus ne soient plus en mesure de choisir librement leurs médias à des tarifs accessibles grâce à une saine concurrence.Par exemple, Bell détient actuellement 33,7 % des parts du marché de la télévision de langue anglaise au Canada et en aurait détenu 42,7 % après la transaction.Même dans une guerre de chiffres qui verrait ceux-ci légèrement varier, ces données dépassent de loin le seuil d\u2019une saine concurrence aux yeux du CRTC, soit la proportion de 35 %.C\u2019est d\u2019ailleurs ce même pourcentage limite que détient Québécor pour les diffusions offertes aux téléspectateurs québécois.Avec une si grande concentration des parts du marché, il serait évidemment aisé pour une entreprise de faire du dumping publicitaire aux dépens de ses concurrents.Une autre façon d\u2019offrir une concurrence déloyale pourrait aussi se traduire par la proposition de package deal, c\u2019est-à-dire des forfaits qui engloberaient une panoplie de services (complètement hors d\u2019atteinte pour les concurrents) offerts parmi l\u2019ensemble de Bell.On voit bien que, peu importe la stratégie marketing que l\u2019entreprise utiliserait pour maximiser sa position dans le marché, c\u2019est la pré- Pour Nozick, / un Etat qui contraint ses citoyens dans l\u2019exercice de leurs choix fait preuve de ce qu\u2019il nomme le paternalisme servation de la liberté individuelle (de choix), prémisse morale fondatrice pour les libertariens, qui serait remise en cause.Non-respect des choix individuels Si la pensée libertarienne rejette du revers de la main les idées libérales, elle reprend toutefois leur postulat conférant une autonomie à « l\u2019agent », celui-ci étant mieux placé que quiconque pour affirmer ses préférences et faire des choix.Par conséquent, toute situation où l\u2019individu est contraint dans ses choix, c\u2019est-à-dire qu\u2019il ne peut plus exprimer librement ses préférences, sera qualifiée d\u2019injusfe.Pour Nozick, un Etat qui contraint ses citoyens dans l\u2019exercice de leurs choix fait preuve de ce qu\u2019il nomme le paternalisme.Ainsi, le gouvernement du Québec est paternel en obligeant les citoyens à financer le système de santé par une taxe qui ne correspond pas au choix qu\u2019aurait fait l\u2019ensemble des Québécois.Certains d\u2019entre eux auraient assurément préféré utiliser cette somme d\u2019une autre façon (en fonction des préférences propres aux individus).Ce paternalisme, qui brime l\u2019autonomie conférée aux agents, apparaît de façon évidente (dans le cas contraire, la droite québécoise nous le Æ Si ft h ILLUSTRATION TIFFET Dès les premières pages de son ouvrage Anarchie, État et Utopie, Nozick écrit que l\u2019État ne doit intervenir que dans ses étroites fonctions de protection contre la force, le vol, la fraude, l\u2019application des contrats et toute autre injustice \u2014 selon sa conception libertarienne stricte de la justice.rappelle assez rapidement) lorsqu\u2019il provient du gouvernement, mais ne viole pas moins la liberté individuelle lorsqu\u2019il émerge du secteur privé.Notons que, dans ce cas, personne n\u2019ose parler de « paternalisme », mais davantage de monopole.Sans être un cas de monopole à proprement parler, la transaction de Bell-Astral s\u2019apparente bien à cette idée de Nozick.Si le CRTC n\u2019avait pas refusé l\u2019offre d\u2019achat de Bell et que l\u2019entreprise avait obtenu la part du marché que lui aurait procurée l\u2019acquisition d\u2019Astral, les individus se seraient vraisemblablement vus « paterna-lisés » par la compagnie privée au sens où, indépendamment de leurs préférences, leur choix quant à un service médiatique aurait été contraint par la position dominante de Bell sur le marché.Dans cette situation d\u2019injustice, le rétablissement d\u2019une PEDRO RUIZ LE DEVOIR Jean-François Daoust : « Il ne peut y avoir de compromis entre les idéaux moraux que sont la liberté et l\u2019égalité ; on dira donc que le libertarisme se veut une théorie de la liberté, et non pas de l\u2019égalité.La seule manière de concevoir la pensée de Nozick en termes égalitaires est par l\u2019idée qu\u2019aucune vie ne vaut moralement plus qu\u2019une autre.» saine compétition permettant aux autres entreprises d\u2019être en situation de concurrence et de proposer des options multiples raisonnables apparaît, d\u2019un poînt de vue lîbertarîen, comme la seule solution envisageable.En somme, 11 s\u2019agît tout simplement de revenir au libre marché, garant d\u2019une plus grande liberté et du respect des préférences Individuelles.«Regardez comment le marché se veut neutre en matière de désirs individuels».Insiste Nozick.État minimal, mécanisme d\u2019intervention et paradoxe Le philosophe se serait donc positionné en faveur de l\u2019intervention du CRTC dans la transaction Bell-Astral, notamment parce que l\u2019organisme public a permis de maintenir un libre marché sans concurrence déloyale et a préservé la liberté de choix.Toutefois, l\u2019intervention publique n\u2019est évidemment pas la priorité pour un libertarien.Dès les premières pages de son omvdige Anarchie, Etat et Utopie, Nozick écrit que l\u2019État ne doit intervenir que dans ses étroites fonctions de protection contre la force, le vol, la fraude, l\u2019application des contrats et toute autre injustice \u2014 selon sa conception libertarienne stricte de Injustice.En d\u2019autres mots, sous aucun prétexte de quelque principe d\u2019égalité (des chances, par exemple) l\u2019intervention étatique n\u2019est légitime, qui glisserait dès lors dans une forme de paternalisme.«Aucun principe de justice distributive égalitaire mis en modèle ne peut être appliqué de façon continue sans une intervention continue \u2014 paternaliste \u2014 dans la vie des gens », résume Nozick.Par exemple, la santé et l\u2019éducation sont des domaines qui débordent des fonctions de l\u2019État libertarien.Collectiviser les risques en matière de santé et obliger les individus à financer le système, ce n\u2019est rien de moins que faire preuve d\u2019un non- Bell, qui détient 33,7 % des parts du marché télé de langue anglaise au Canada, en aurait détenu 42,7 % après la transaction respect à l\u2019égard des préférences individuelles, de l\u2019autonomie de l\u2019agent, et brimer les gens dans leur liberté.Il ne peut y avoir de compromis entre les idéaux moraux que sont la liberté et l\u2019égalité ; on dira donc que le libertarisme se veut une théorie de la liberté, et non pas de l\u2019égalité.La seule manière de concevoir la pensée de Nozick en termes égalitaires est par l\u2019idée qu\u2019aucune vie ne vaut moralement plus qu\u2019une autre.C\u2019est en ce ^ens que Nozick défendra un État qu\u2019il qualifie de « minimal ».Qn peut toutefois constater un certain paradoxe dans l\u2019argumentation de l\u2019auteur.Ce dernier légitime une action coercitive de l\u2019État dans la mesure où elle vise à corriger une situation injuste (une concurrence déloyale, dans ce cas-ci), mais ne permet pas l\u2019instauration de mécanismes d\u2019intervention (comme le CRTC), de par sa conceptiçn minimale de l\u2019État.Il y a fort à parier qu\u2019un gouvernement proposant de lever les impôts pour instaurer des institutions, même si elles avaient comme mission de faire appliquer des principes généralement acceptés par les libertariens, se heurterait à des critiques d\u2019un Nozick lui reprochant de pa-ternaliser la population.Qn peut donc y voir une certaine « circularité », ou encore un paradoxe dans son argumentation, au sens où l\u2019injustice doit être corrigée par l\u2019intervention de l\u2019État, mais que la, conception minimale de l\u2019État rend illégitime toute tentative de fortifier l\u2019appareil étatique pour mieux réagir en cas d\u2019injustice, comme ce à quoi aurait mené l\u2019acquisition d\u2019Astral par Bell.Des commentaires ?Écrivez à Antoine Robitaille, au arobi-taille@ledevoircom.Pour lire ou relire les anciens textes du Devoir de philo ou du Devoir d\u2019histoire : ledevoir.com/socie te/le-devoir-de-philo."]
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