Le devoir, 15 décembre 2012, Cahier B
[" Culture: une œuvre vivante en vitrine du 2-22 grâce à la «politique du 1 %» Page b 3 Michel David: le PLQ n\u2019arrive pas à profiter des faux pas péquistes Page b 3 Idées: Trudeau a en partie raison au sujet du registre des armes à feu Page b s PERSPMTIÏES CAHIER B > LE DEVOIR, LES SAMEDI 15 ET DIMANCHE 16 DECEMBRE 2012 1 ^\t\t1\u2019 \t\t1 1 \t\tJ\t1 t \\\t\tU.\u20ac i RANDY HOEFT ASSOCIATED PRESS Les conservateurs affirmaient à rorigine qu41 en coûterait 16 milliards pour acquérir les F-35.AVION DE CHASSE F-35 Un nouveau départ à l\u2019issue incertaine Après des années à défendre bec et ongles le choix du chasseur F-35, le gouvernement a annoncé cette semaine quTl remettait les compteurs à zéro.Il refera ses devoirs.Mais pour aboutir à quel résultat?Le même?Ce n\u2019est pas impossible.MANON CORNELLIER Le gouvernement Harper avait sorti Tartillerie lourde, mercredi, pour faire le point sur le dossier des F-35 : séance d\u2019information à huis clos avec de hauts fonctionnaires, documentation abondante, conférence de presse avec deux ministres et une sous-ministre.Et tout cela pour porter deux messages: que le gouvernement retourne à la case départ pour choisir un avion de remplacement au CF-18 et que le prix plus élevé du F-35 pouvait s\u2019expliquer.On ne sait cependant toujours pas quand la première évaluation des appareils sera complétée ni ce que le gouvernement fera ensuite.Lancera-t-il ou non un appel d\u2019offres?Et paiera-t-il cette faramineuse facture de près de 46 milliards ?t De l\u2019avis du politologue Yves Bélanger, de l\u2019Université du Québec à Montréal (UQAM), le gouvernement a concocté ce processus pour gagner du temps.«Pour donner du temps à Lockheed-Mar-tin afin d'améliorer son offre.» Le constructeur du F-35, dit-il, connaît des problèmes.Il n\u2019arrive pas encore à respecter ses engagements techniques et ceux en matière de coûts.Or il doit les réduire s\u2019il veut pouvoir soumissionner à un prix plus ferme et compétitif.Advenant, bien sûr, que le Canada procède à un appel d\u2019offres.Du temps, le gouvernement en a aussi besoin pour faire baisser la pression politique.Il peut espérer ne pas entendre beaucoup parler de ce dossier pendant que se poursuit le long processus de sélection.Et «cette décision va probablement permettre au gouvernement de rééchelonner son programme d'achat, ce qui pourrait réduire la pression budgétaire au cours des prochaines années», poursuit M.Bélanger.Surplace Si on peut comprendre les motivations du gouvernement, il en va autrement de la démarche choisie.«On ne retourne pas à une nouvelle case départ, mais à la même qu'il y a six ans», fulmine Alan S.Williams, un sous-minis-tre adjoint (matériel) au ministère de la Défense jusqu\u2019en 2005.Le processus annoncé mercredi ressemble en effet à ce que le ministère de la Défense a fait entre 2006 et 2010.À l\u2019époque, les militaires avaient procédé à une évaluation des options disponibles avant de décider de procéder sans appel d\u2019offres pour acquérir 65 chasseurs F-35.Ce processus avait cependant été fortement entaché par le biais marqué des militaires pour cet appareil, a démontré le vérificateur général Michael Ferguson dans son rapport du printemps dernier.Le nouveau processus prévoit une analyse des options existantes sur le marché, mais sous la supervision d\u2019experts externes.Ce n\u2019est qu\u2019ensuite qu\u2019on réexaminera l\u2019énoncé des besoins opérationnels et qu\u2019on décidera de procéder ou non à un appel d\u2019offres.':â ERED CHARTRAND LA PRESSE CANADIENNE Le ministre de la Défense, Peter MacKay et la ministre des Travaux publics, Rona Ambrose, ont annoncé un retour à la case départ pour choisir un avion de remplacement au CF-18.Critique bien connu de la gestion du programme des avions de chasse.Alan Williams n\u2019est pas impressionné.Selon lui, on s\u2019apprête à faire exactement les mêmes erreurs qu\u2019avant 2010.« C'est la même chose et, de la part du gouvernement, la même manipulation.[.] On a déjà fait l'analyse des options.On sait tous ce qu'il en retourne.On ne cherche ici qu'à faire obstruction et à perdre du temps», dit-Ü.La supervision indépendante assurée par les experts externes ne le rassure pas.«Ça ne veut rien dire.Ça ne remplace pas un processus rigoureux comme une compétition ouverte», dit-il.De l\u2019avis de cet expert en matière d\u2019approvisionnements publics, la seule façon d\u2019en arriver à un choix impartial est de définir maintenant les besoins de l\u2019aviation (SOR) sans implicitement favoriser un constructeur, rendre ces exigences publiques pour que les Canadiens les comprennent et inviter ensuite tous les fournisseurs capables d\u2019y répondre à soumettre une proposition.Des dés pipés?Il ne se fait pas d\u2019illusion.Il est persuadé que le gouvernement n\u2019a pas fait mention d\u2019un appel d\u2019offres parce qu\u2019il n\u2019en veut pas.Le professeur Stéphane Roussel, de l\u2019Ecole nationale d\u2019administration publique, est moins catégorique, mais il avoue avoir été surpris par l\u2019absence d\u2019engagement en ce sens.«Le pire scénario pour les conservateurs serait de perdre le contrôle des coûts», ce qu\u2019un appel d\u2019offres peut permettre d\u2019endiguer.Il comprend mal l\u2019obstination du gouvernement, «car le problème de cet avion n'est pas technique, mais fiscal».Le fait que le gouvernement refuse toujours de s\u2019engager à tenir un appel d\u2019offres trouble aussi le professeur Bélanger.Ça «envoie un mauvais signal aux soumissionnaires potentiels».Malgré ce qu\u2019affirmait un haut fonctionnaire, dit-il, les fournisseurs seront réticents dans ce contexte à partager trop de données confidentielles avec le gouvernement canadien.«Il est naïf de croire qu'ils sont prêts à n'importe quoi pour obtenir ce contrat.Le Canada est un petit marché.Avant de se mettre à nu devant le gouvernement canadien, les soumissionnaires potentiels voudront la garantie qu'ils ne travaillent pas pour rien.» Ils présenteront un dossier, croit-il, mais il manquera fort probablement des détails cruciaux parce que protégés et stratégiques.Un appel d\u2019of fres assure aux participants d\u2019être traités sur le même pied: accès aux mêmes informations.même protection juridique, même recours.Mais peu importe le processus, encore faut-il savoir à quel usage est destiné le futur chasseur.«Le choix est tributaire de la mission qu'on veut lui confier», dit M.Bélanger.La surveillance du territoire n\u2019impose pas les mêmes exigences que la participation à des missions de combat à l\u2019étranger, note-t-il.Pour cette raison, il croit qu\u2019on aurait dû commencer par mieux définir la mission et ensuite l\u2019énoncé des besoins opérationnels avant de se lancer à la chasse au meilleur appareil.Les documents rendus publics mercredi ne sont pas, à son avis, très clairs à ce sujet.M.Roussel est du même avis.Selon lui, «on ne repart pas vraiment à zéro car, étant donné la façon dont les termes de référence sont posés, il y a de bonnes chances qu'on aboutisse au même résultat».Les conservateurs, souligne-t-il, ont une conception du rôle des Forces armées qui est différente de celle défendue par les gouvernements précédents.«Ils ont une vision manichéenne du monde.Es croient que le mal existe et qu'il faut le combattre, explique-t-il.Dans ce contexte, ils jugent nécessaire de participer à des coalitions internationales, de po-licer les relations internationales, ce qui exige des armes différentes.C'est cette logique stratégique qui est derrière le choix des F-35.Or, tant et aussi longtemps qu'on ne la réexaminera pas, il est douteux qu'on puisse se tourner vers d'autres options.» À moins, dit-il, de nuancer, d\u2019accepter de participer différemment à ces missions internationales, de mettre à contribution d\u2019autres ressources des Forces armées.De gros dollars Mais le prix, lui?Les chiffres offerts mercredi ont frappé l\u2019imagination.Près de 46 milliards pour la durée de vie de l\u2019appareil, voilà qui est bien loin des 9 ou 16 milliards claironnés par les conservateurs durant la dernière campagne électorale et dans les mois qui ont suivi.Alan Williams, lui, n\u2019est pas surpris.Il écrit depuis un moment déjà que le gouvernement a sous-estimé le prix d\u2019achat, les frais d\u2019entretien et de fonctionnement.Lui-même avançait ce chiffre le printemps dernier.Ce qui le choque, c\u2019est d\u2019entendre les ministres affirmer que la différence ne tient qu\u2019au nombre d\u2019années supplémentaires prises en compte dans la nouvelle estimation, vérifiée par la firme KPMG.Le nombre d\u2019années de référence n\u2019explique pas tout.Un calcul sommaire fait par Le Devoir montre que les frais annuels d\u2019entretien seraient, selon les données de KPMG, d\u2019environ 150 millions de dollars supérieurs à ceux calculés par le vérificateur général Les frais de fonctionnement, eux, seraient d\u2019environ 130 millions de plus.Par année.Yves Bélanger comprend l\u2019intention du vérificateur général quand il exige une évaluation de tous les coûts pour la durée de vie des appareils, mais il note qu\u2019on ne sait pas exactement ce qui est comptabilisé dans chaque catégorie.«Pour l'instant, ça relève de l'exercice de cirque.On n'a pas de repères pour en juger.» D\u2019autant moins qu\u2019on n\u2019a jamais fait l\u2019exercice pour l\u2019achat d\u2019autres avions.Mais, note le professeur, «plus on lance de chiffres sur la place publique, plus on contribue à la confusion et, éventuellement, au désintérêt».Ce qui plairait bien aux conservateurs.Collaboratrice Le Devoir CATALOGNE Vers un référendum en 2014 Artur Mas forme un gouvernement souverainiste avec le soutien des indépendantistes de gauche CHRISTIAN RIOUX à Paris Alors que la récente offensive de Madrid contre l\u2019enseignement en catalan continue de provoquer un tollé en Catalogne, cette province du nord de l\u2019Espagne est sur le point de se donner un gouvernement nettement souverainiste.Après trois semaines de négociations, l\u2019actuel président en exercice et leader de Convergencia i Unio (CiU), Artur Mas, annoncera ce samedi la conclusion d\u2019un «pacte» avec les indépendantistes de centre gauche d\u2019Es-querra Republicana (ERC), arrivés seconds aux élections du 25 novembre derrière CiU (centre droit).Le nouveau gouvernement qui sera formé dès la semaine prochaine sera soutenu par ERC sur la base d\u2019une plateforme destinée à combattre la crise et qui rapproche un peu plus la Catalogne de la tenue d\u2019un référendum sur son indépendance.Si Artur Mas prend soin de n\u2019avancer aucune date, les pourparlers ont permis aux deux partis de s\u2019entendre pour que tout soit prêt le P*\" janvier 2014 afin de permettre la tenue d\u2019un référendum.Mas avait déclenché des élections précipitées sur ce thème.Sa majorité en est sortie diminuée, mais au profit d\u2019une formation encore plus indépendantiste, ERC, pour qui il n\u2019est pas question de reporter le référendum au-delà de 2014.Le gouvernement se donne donc un an pour adopter les lois nécessaires à la tenue d\u2019une consultation que Madrid juge par ailleurs anticonstitutionnelle.Les négociateurs d\u2019ERC ont aussi obtenu que l\u2019État catalan se prépare à une éventuelle «transition nationale».Cela pourrait impliquer la création, avant même le référendum, d\u2019une administration en mesure de prélever tous les impôts et d\u2019une Banque de la Catalogne.Le nouveau gouvernement entend aussi faire valoir la légitimité de ce référendum sur le plan international.Surtout si Madrid refuse de modifier sa loi sur les consultations, qui n\u2019autorise pas les régions autonomes à tenir un référendum sur l\u2019indépendance.À la défense du catalan Ce nouveau gouvernement prend les rênes du pays alors que la tension est à son comble avec Madrid.La semaine dernière, le ministre de l\u2019Éducation espagnol, José Ignacio Wert, a rendu public un projet destiné à faire du castillan (espagnol) la «première langue» d\u2019enseignement dans toute l\u2019Espagne.La nouvelle a soulevé un tollé en Catalogne et soudé l\u2019unité des partis nationalistes, déjà largement majoritaires au Parlement.Après une manifestation de plusieurs milliers de personnes à Barcelone, tous les partis, à l\u2019exception du Partido VOIR PAGE B 3 : CATALOGNE B 2 LE DEVOIR LES SAMEDI 15 ET DIMANCHE 16 DECEMBRE 2012 PERSPECTIVES EGYPTE Référendum : la légitimité minée de Morsi CHRISTOPHE AYAD La moitié des Egyptiens voteront ce samedi sur un projet de Constitution controversé qui a déchaîné une vague de violence ayant causé une vingtaine de morts en trois semaines.Ce scrutin, destiné à mettre un point final à la transition ouverte par le départ d\u2019Hosni Moubarak, le 11 février 2011, s\u2019annonce comme un fiasco, qui risque de laisser le pays encore plus divisé et confus.Le refus d\u2019une partie importante de la magistrature de le superviser a obligé la commission électorale à étder le scrutin, prévu le 15 décembre, sur deux samedis consécutifs.L\u2019opposition a appelé à voter non.Elle reproche au projet de loi fondamentale, adopté en moins de 48 heures malgré le boycottage des libéraux, de la gauche et des chrétiens, d\u2019être liberticide et d\u2019inspiration islamiste.Mais plus encore que le contenu, c\u2019est la manière qui pose problème.En s\u2019octroyant, le 22 novembre, des pouvoirs extraordinaires, le président islamiste Morsi a réveillé le spectre de la dictature.L\u2019attaque de manifestants d\u2019opposition devant le palais présidentiel par le service d\u2019ordre des Erères musulmans, le 5 décembre, a causé de cinq à sept morts et provoqué des violences dans tout le pays : 28 locaux des Erères musulmans ont été incendiés.Et on apprenait les jours suivants que la confrérie a détenu et torturé une cinquantaine de manifestants hors de toute procédure légale.Peu à peu, les divisions politiques se diffusent au sein des institutions : la justice à l\u2019évidence, la police peut-être.Pourquoi pas l\u2019armée un jour ?Mohamed Morsi, qpi s\u2019était engagé à être le président de tous les Egyptiens, apparaît désormais comme le protecteur, voire le prisonnier, de la confrérie dont il est issu.Dans le débat sur la future Constitution, il a choisi de s\u2019allier avec les salafistes plutôt qu\u2019avec la gauche et les libéraux, dont les voix lui ont pourtant permis d\u2019être élu en juin face à Ahmed Chafik, un ancien militaire.Message sur Facebook La succession de coups de force suivis de reculades en trompe-l\u2019œil a achevé de décrédibiliser le président.Il a ainsi annulé son décret du 22 novembre, tout en précisant que «ses effets restent entiers».Même stupéfaction après l\u2019annonce, le 9 décembre, d\u2019une hausse générale des prix et des impôts, annulée la nuit suivante par un message du président sur son compte Eacebook.Le non devrait l\u2019emporter, si l\u2019on se fonde sur les scores du premier tour de la présidentielle, d\u2019qutant que la communauté copte (les chrétiens d\u2019Eg5rpte) devrait être mobilisée contre le projet de Constitution, qui ouvre la porte à une application plus directe de la charia.Mais les Erères musulmans semblent relativement confiants.Ils ont / % HASSAN AMMAR ASSOCIATED PRESS Des partisans de Mohamed Morsi et des Frères musulmans ont manifesté dans les rues du Caire.distribué des vivres dans les villages reculés ces derniers jours et mènent une campagne purement religieuse («celui qui vote non est un mécréant»).Ils peuvent aussi compter sur le plein des voix salafistes, tandis que le front du refus a longtemps hésité entre le non et le boycottage.Jeudi soir, nul ne savait encore si des résultats partiels seraient publiés après la première phase.Avec le risque, s\u2019ils sont annoncés, de transformer le pays en champ de bataille entre les deux tours, et, s\u2019ils ne le sont pas, d\u2019alimenter les soupçons de fraude.Le Monde Lire aussi > Égypte.Des heurts à Alexandrie à la veille du référendum constitutionnel.Page C 6 Un vote placé sous le regard des militaires MARWAN CHAHINE au Caire Pro et anti-Morsi ont défilé une dernière fois, vendredi, à l,a veille du référendum constitutionnel.Les Egyptiens sont invités à se prononcer sur un nouveau texte constitutionnel, qui déchire le pays depuis trois semaines.Les opposants à Mohammed Morsi reprochent au président d\u2019avoir précipité la rédaction du texte, sans concertation politique.Ils critiquent également le contenu de cette Constitution qui, selon eux, est dangereuse pour les libertés individuelles et trop empreinte de références religieuses.Après avoir hésité à boycotter le référendum, le Eront du salut national, emmené par l\u2019ancien Prix Nobel de la paix Mohamed el-Baradei, a finalement appelé à voter non, tout en maintenant ses craintes sur les risques de falsification des résultats.Le vote de ce samedi n\u2019est que la première partie çle ce référendum ; certains Egyptiens ne voteront que samedi prochain, le pays ayant été divisé en deux zones administratives.Cette décision d\u2019organiser le scrutin en deux fois vise à pallier le manque de juges censés assurer le bon déroulement des élections.De nombreux magistrats ont en effet décidé de boycotter ce référendum pour protester contre ce qu\u2019ils considèrent comme des attaques répétées contre la justice de la part de Mohamed Morsi.Zaglul el-Belchi, secrétaire général du Conseil électoral, a annoncé vendredi qu\u2019il y aurait 6 376 juges présents dans autant de bureaux de votes.Des moyens conséquents ont été débloqués pour assurer la sécurité du scrutin alors que le pays sort d\u2019un mois de grandes tensions marquées par des affrontements violents qui ont fait une quinzaine de morts et plus d\u2019un millier de blessés.Quelque 130 000 policiers et 120 000 soldats ont été mobilisés.Pour l\u2019occasion, Mohamed Morsi a élargi les prérogatives de l\u2019armée jusqu\u2019à l\u2019annonce des résultats.Les militaires ont ainsi le droit de procéder à des arrestations, une mesure dénoncée par les associations de droits de la personne qui craignent que cela se traduise par des procès de civils devant des cours martiales.Quelque 130000 policiers et 120000 soldats ont été mobilisés pour le scrutin Libération SYRIE Combattants d\u2019al-Nosra : rebelles pour les uns, terroristes pour les autres Les États-Unis ont annoncé, mardi 11 décembre, l\u2019inscription sur leur liste des groupes terroristes du Front al-Nosra, un groupe de djihadistes combattant en Syrie et accusé d\u2019être affilié à al-Qaïda.Une décision contestée mercredi par l\u2019opposition syrienne.Pour Aron Lund, journaliste suédois spécialisé dans le Moyen-Orient et auteur d\u2019un rapport sur le djihadisme syrien pour l\u2019Institut suédois des affaires internationales, «des groupes au sein de la rébellion estiment que les Etats-Unis feraient mieux d\u2019aider l\u2019opposition à chasser Bachar al-Assad plutôt que de s\u2019attaquer au Front al-Nosra».Comment est né le Front al-Nosra?Le Eront al-Nosra a probablement émergé à la fin de 2011, mais sa création a officiellement été annoncée en janvier 2012.Il s\u2019est formé à partir d\u2019anciens combattants d\u2019al-Qaida en Irak, l\u2019une des branches d\u2019al-Qaida.Dans les années 2000, de nombreux Syriens avaient en effet combattu contre la présence américaine en Irak.Lorsque l\u2019opposition au régime de Bachar al-Assad a commencé à s\u2019organiser, il semble que ces hommes sont revenus en Syrie, soutenus et coordonnés par al-Qaida en Irak \u2014 ce qu\u2019ils réfutent officiellement.Ces fondateurs ont ensuite recruté d\u2019autres militants extrémistes, en Syrie mais aussi dans des pays étrangers comme en Jordanie, au Liban ou en Turquie.S\u2019ils luttent dans l\u2019ensemble de la Syrie, ils semblent néanmoins plus actifs dans les villes sunnites, comme Damas, Alep, Idleb, ou dans la région de Djézireh, limitrophe de l\u2019Irak.Le Eront al-Nosra, qui regroupe aujourd\u2019hui probablement plusieurs milliers de têtes, est dirigé par un homme qui se fait appeler Abu Mohammed el-Djoulani.On ne sait pas qui il est, car le groupe reste très secret et ne donne que très peu d\u2019entretiens, que ce soit en Syrie ou à l\u2019extérieur.Quel est son mode opératoire et quel but poursuit-il?A ses débuts, le Eront al-Nosra a choisi des actions spectaculaires : l\u2019explosion de bombes et des attentats suicide, suivis de la publication de vidéos.Il a attaqué le cœur des villes et les bâtiments officiels, comme à Damas ou à Alep, ce que les autres groupes rebelles n\u2019osaient pas faire.Ce mode opératoire lui a permis de se faire connaître, d\u2019attirer l\u2019attention des médias et donc de pouvoir recruter.Maintenant, la base du groupe est beaucoup plus large.Il a donc fait évoluer sa stratégie : en plus des attentats à la bombe, ses militants vont au front et luttent dans les rues.L\u2019objectif de ce groupe dji-hadiste salafi^te est de mettre en place un État islamique en Syrie, mais, de manière plus générale, de lutter contre l\u2019Occident et les gouvernements chiites.Aujourd\u2019hui, ils luttent contre le pouvoir syrien, mais quand le régime sera tombé \u2014 s\u2019il tombe \u2014, certains d\u2019entre eux iront combattre ailleurs.Ils veulent mettre en place des gouvernements islamiques dans l\u2019ensemble du monde musulman.Comment ce groupe est-il perçu à l\u2019intérieur et à l\u2019extérieur de la Syrie?Sur la sçène internationale, seuls les États-Unis l\u2019ont pour JAMES LAWLER DUGGAN AGENCE ERANCE PRESSE Le Front al-Nosra a choisi des actions spectaculaires pour attaquer le cœur des villes et les bâtiments officiels, comme à Damas ou à Alep, ce que les autres groupes rebelles syriens n\u2019osaient pas faire.l\u2019instant classé sur leur liste des groupes terroristes.Mais cette décision pourrait pousser des gouvernements européens à faire de même.Les États occidentaux, ainsi que des pays du Golfe, ont toujours été préoccupés par le Eront al-Nosra: ils s\u2019inquiètent de sa montée en puissance au sein de l\u2019opposition syrienne et des soutiens dont il fait l\u2019objet.Ils ont ainsi déjà essayé de couper ses financements, qui viennent de prêcheurs religieux ou de groupes extrémistes, notamment basés en Arabie Saoudite.Quant aux Syriens, la plupart ne le perçoivent pas comme des terroristes, mais comme des rebelles, peut-être extrémistes, mais qui combattent le gouvernement.C\u2019est pourquoi de nombreux Syriens opposés au régime vont être agacés par cette décision américaine qui criminalise une partie de l\u2019opposition.Ils estiment que ce n\u2019est pas le bon moment.Quel impact peut avoir pour le Front al-Nosra cette désignation comme une organisation terroriste?D\u2019un côté, la décision américaine peut l\u2019isoler des autres groupes rebelles syriens, qui seront probablement tentés de prendre leurs distances, et donc rendre plus difficile son financement.Mais cela dçpend des mesures que les États-Unis et leurs alliés seront capables de prendre par la suite pour mettre la pression sur le Eront al-Nosra.D\u2019un autre côté, ces militants vont être davantage connus après cet événement.Comme ils essaient de recruter au sein du segment extrémiste et islamiste du mouvement de rébellion syrienne, cette désignation d\u2019organisation terroriste pourrait être vue parmi ces groupes comme une « médaille d\u2019honneur».On voit ainsi déjà des groupes au sein de la rébellion qui manifestent leur mécontentement vis-à-vis de cette décision américaine, et qui disent que les États-Unis feraient mieux d\u2019aider l\u2019opposition à chasser Bachar al-As-sad plutôt que de s\u2019attaquer au Eront al-Nosra.Cela peut-il influer sur l\u2019attitude de la coalition d\u2019opposition et l\u2019Armée syrienne libre (ASL)?La coalition d\u2019opposition et l\u2019ASL, tqutes deux soutenues par les États-Unis et leurs alliés, pourraient être forcées de prendre leurs distances plus nettement par rapport au Eront al-Nosra.La coalition pourrait ainsi en ressortir renforcée : si l\u2019aile extrémiste se fait écraser, l\u2019aile moderniste aura sans doute plus d\u2019espace pour se développer.Toutefois, la coalition ne peut pas trop s\u2019éloigner du Eront al-Nosra, au risque de perdre des soutiens sur le terrain : elle serait en effet perçue comme se battant pour l\u2019Occident et Washington, plutôt que pour les combattants sur le terrain.Les leaders de la coalition sont très prudents dans leurs déclarations.Ils ne veulent pas réagir trop fortement face au Eront al-Nosra, parce qu\u2019ils savent que les combattants sur le terrain se battent et meurent aux côtés du Eront et ne veulent pas s\u2019entendre être appelés «terroristes».La coalition nationale et les groupes en exil vont donc prendre cette donnée en compte.Ils doivent à la fois ménager leurs alliés de l\u2019Ouest et du golfe Persique, mais aussi essayer d\u2019éviter de s\u2019aliéner une partie de l\u2019opinion syrienne.Propos recueillis par Audrey Garric Le Monde LE DEVOIR LES SAMEDI 15 ET DIMANCHE 16 DECEMBRE 2012 B 3 PERSPECTIVES / 1 JACQUES NADEAU LE DEVOIR Thierry Marceau incarne i\u2019artiste mythique de ia performance, Joseph Beuys, dans une série de tabieaux vivants pour ia vitrine du 2-22.POLITIQUE D\u2019INTÉGRATION DES ARTS À L\u2019ARCHITECTURE Les 1 % de la « politique du 1 % » Pour la première fois, une œuvre de performance sort gagnante du processus d\u2019intégration des arts à l\u2019architecture.Signe d\u2019un changement de cap de la «politique du 1%», qui semble parfois s\u2019adresser à un cluh sélect d\u2019ahonnés à la sculpture, ou cas d\u2019exception ?FRÉDÉRIQUE DOYON Ces jours-ci, une vitrine du centre-ville de Montréal propose, non pas les spéciaux du temps des Fêtes, mais une métamorphose étrange : le Québécois Thierry Marceau y incarne l\u2019artiste mythique de la performance, Joseph Beuys, dans une série de tableaux vivants.L\u2019expérience artistique éphémère, qui s\u2019étalera sur cinq ans, est l\u2019improbable résultat du concours visant à doter l\u2019édifice 2-22 d\u2019une œuvre.Et elle donne un électrochoc à la Politique d\u2019intégration des arts à l\u2019architecture et à l\u2019environnement des bâtiments et sites publics (dite «politique du 1%») du ministère de la Culture et des Communications (MCC), qui a toujours donné sa préférence aux œuvres en dur.Art actuel 2-22 regroupe trois organismes en arts visuels qui logent à l\u2019enseigne du 2, Sainte-Catherine Est: Artexte.Vox et le Regroupement des centres d\u2019artistes autogérés du Québec.«On soutient et diffuse des arts non traditionnels, des pratiques émergentes, explique Sylvie Gilbert, d\u2019Artexte.Alors, pourquoi se retrouverait-on avec une sculpture, qui est devenue le modus vivendi quand on intègre l\u2019art à l\u2019architecture ?On a voulu marquer le coup pour soutenir l\u2019art actuel et faire avancer un peu l\u2019idée du 1% en l\u2019adaptant à la personnalité des occupants.» Contexte particulier La démarche opère-t-elle un tournant dans l\u2019approche du ministère en matière d\u2019intégration des arts à l\u2019architecture?«Ça ne se voulait pas un projet-pilote pour ouvrir une nouvelle catégorie d\u2019œuvres, explique au DewoiV Jean-Yves Bastarache, chargé de projet au MCC.Ça répondait à un contexte particulier.» Jusqu\u2019ici, la politique a toujours visé les œuvres matérielles, de la peinture à la sculpture en passant par la photographie et l\u2019installation.Après tout, sa mission est de constituer une collection publique d\u2019œuvres d\u2019art pérennes.Mais M.Bastarache reconnaît qu\u2019une réflexion est en cours pour voir «comment la politique peut s\u2019ouvrir à d\u2019autres formes d\u2019art visuel».Sylvie Gilbert est la première à le reconnaître.«Les œuvres éphémères posent tout le problème de JACQUES NADEAU LE DEVOIR L\u2019expérience artistique s\u2019étaiera sur cinq ans.la conservation, pour le 1% comme pour les musées.» Et ce, même si Thierry Manceau compte documenter et mettre en images sa performance \u2014 des archives destinées à perdurer \u2014, qui devrait revenir en vitrine au printemps.Et ainsi de suite chaque année jusqu\u2019en 2017.L\u2019audace du projet d\u2019Art actuel 2-22 est soutenue par le ministère de la Culture et des Communications, dont la politique du 1% rappelle à quel point l\u2019art qui en est issu tourne autour des mêmes pratiques, la sculpture en tête, et des mêmes artistes.Selon les données du ministère, près de la moitié des quelque 3300 œuvres du programme provincial sont des œuvres en 3D.Certains vont jusqu\u2019à dénoncer l\u2019existence d\u2019un «club sélect» d\u2019artistes en art actuel qui en profitent, selon les mots de Nikolai Kupriakov.L\u2019artiste-peintre, qui juge la politique du 1% discriminatoire à l\u2019égard des artistes exposant en galeries commerciales, a perdu un procès contre le MCC, l\u2019an dernier.Club sélect Selon des documents du MCC obtenus en vertu de la Loi d\u2019accès à l\u2019information, l\u2019artiste Michel Goulet a ainsi cumulé neuf contrats d\u2019une valeur de plus de 600000$ en moins de six ans sur le seul territoire de Montréal et de la Montérégie.Son homologue Dominique Blain en a pour sa part eu huif totalisant 626000$.Ils sont ainsi une poignée à avoir obtenu plus de cinq contrats.Après les «Fabulons 14» du monde de la construction, les « Happy Few» du 1%?«C\u2019estgrossier, ça n\u2019a rien à voir, se désole l\u2019historienne de l\u2019art Lise Lamarche, qui a souvent siégé à divers jurys et qui connaît la ren- gaine, puisque ce genre de critiques revient cycliquement.Il y a des jurys; c\u2019est tout à fait une autre façon de faire, qui a fait ses preuves.» Le jury est constitué de l\u2019architecte, du propriétaire, d\u2019un usager de l\u2019école ou de la bibliothèque faisant l\u2019objet de la politique du 1%, d\u2019experts du milieu des arts et du MCC.Sauf dans le cas d\u2019un concours national (comme celui du 2-22), la procédure consiste à inviter de trois à cinq artistes (selon l\u2019importance du budget) à réaliser une maquette de leur œuvre.Ces artistes sont choisis à partir d\u2019une banque, à laquelle peuvent s\u2019inscrire tous les artistes professionnels du Québec, c\u2019est-à-dire ayant fait des expositions et étant reconnus par leurs pairs.L\u2019un de ceux-ci doit venir de la région où sera intégrée l\u2019œuvre.«Et on va souvent inclure le nom d\u2019un jeune pour lui donner une expérience de concours», précise l\u2019historienne.La relève se forme donc à l\u2019intérieur même du processus.«Il faut comprendre que, si ces artistes sont prolifiques, c\u2019est à cause de leur expertise», indique un historien de l\u2019art qui préfère garder l\u2019anonymat.Petite fortune Et les critiques tiennent plus ou moins la route à l\u2019échelle des contrats octroyés dans toute la province: 9 sur plus de 160 dans les seules régions analysées, c\u2019est peu, selon ce dernier.Complexes, les projets du 1 % coûtent aussi une petite fortune en matériaux, en main-d\u2019œuvre et en métiers spécialisés.«Les artistes sont les maîtres d\u2019œuvre, mais ils font travailler d\u2019autres gens », du soudeur à l\u2019ingénieur qui l\u2019aidera à bien ancrer son œuvre au sol ou au plafond, voire parfois exposée aux grands vents, rappelle M\u201d® Lamarche.Au final, selon les deux spécialistes, 10% du montant global reste dans la poche de l\u2019artiste, pour ce qui représente souvent un an de travail.Quant à la prévalence de la sculpture sur les autres formes, elle est inhérente à la nature même de l\u2019art public, associé à l\u2019occupation du territoire, d\u2019un espace plus que d\u2019une surface, rappelle l\u2019ex-professeure de l\u2019Université de Montréal.Ces dernières années, M\u201c® Lamarche note une tendance qui commence à rivaliser avec les sculptures: les installations lumineuses ont «la faveur des usagers», dit-elle.A quand les 1% en arts médiatiques ou interactifs?La collection nationale en compte quelques-unes, mais ces formes se butent parfois au «coût exorbitant» des systèmes informatiques et, surtout, à leur désolante obsolescence.Le Devoir CATALOGNE SUITE DE LA PAGE B 1 Popular et de la petite formation Ciutadan\u2019s, se sont donné rendez-vous au palais de la Genera-litat.Ils ont adopté une proposition commune d\u2019amendement au projet du ministre Wert réclamant le maintien du système actuel qui, sans bannir le castillan, assure prioritairement V«immersion » en catalan de tous les élèves du primaire à l\u2019université.Les leaders catalans craignent que ce projet marginalise l\u2019enseignement en catalan, aujourd\u2019hui largement dominant dans l\u2019enseignement public.«A terme, il pourrait entraîner la création de deux systèmes d\u2019éducation comme au Québec, l\u2019un en catalan et l\u2019autre en castillan», dit l\u2019historien Joan Culla.Une éventualité qui rebute la plupart des formations politiques attachées à un système d\u2019éducation unique.«La loi d\u2019immersion constitue un des fondements de la société civile catalane», a déclaré le leader so- cialiste Pere Navarro.Si leur amendement est repoussé, les partis entendent affirmer la préséance de la loi catalane, un droit qui n\u2019est cependant pas garanti par la Constitution.r Etoile jaune « On a parfois l\u2019impression que Madrid fait tout pour pousser la Catalogne vers le référendum», dit Culla.Une déclaration de l\u2019ancien ambassadeur espagnol au Vatican, Francisco Vazquez, est récemment venue jeter de l\u2019huile sur le feu.Selon lui, il n\u2019y a «aucune différence entre un Juif portant l\u2019étoile jaune [.] et un enfant à qui l\u2019on interdit de parler castillan dans la cour du collège».Un mensonge éhonté, selon Joan Culla, qui rappelle que, même si toutes les écoles publiques sont en catalan, tous les élèves apprennent à l\u2019école le castillan, sans lequel ils ne pourraient d\u2019ail- leurs pas travailler, la Catalogne étant totalement bilingue.Le président du gouvernement espagnol, Mariano Rajoy, s\u2019est dit «préoccupé» par l\u2019entente intervenue hier.La vice-présidente du gouvernement, Soraya Sâenz de Santamaria, a appelé Artur Mas à la «réflexion » et laissé entendre que cet accord dépassait le mandat que lui avaient confié les électeurs.Ce «pacte» devrait assurer la stabilité du gouvernement pendant au moins deux ans.ERC a obtenu certaines concessions économiques, comme le retour de l\u2019impôt sur les successions et une taxe sur les banques.La plus riche des provinces autonomes espagnoles est en effet la plus endettée.Avec une dette de 42 milliards d\u2019euros, elle doit rapidement réduire son déficit de 4 milliards d\u2019euros.Le Devoir L\u2019insignifiance libérale V Michel é David Le gouvernement Marois a beau multiplier les faux pas et voir son taux de satisfaction chuter de 5 points en moins d\u2019un mois, le PLQ n\u2019arrive toujours pas à en profiter.Le sondage Léger Marketing dont Le Devoir publie ce samedi les résultats indique que ses intentions de vote ont baissé de 4 points, essentiellement dans l\u2019électorat francophone et au profit de la CAQ.Certes, les libéraux n\u2019ont pas de chef et la commission Charbonneau constitue une espèce d\u2019épée de Damoclès, mais il y a aussi que les libéraux ne donnent aucune indication de vouloir changer autre chose que le chef malgré leur pire défaite en près d\u2019un siècle et demi en matière de pourcentage du vote.C\u2019est tellement plus simple de mettre cet « accident de parcours» sur le dos de Jean Charest.Les trois candidats qui se disputent sa succession ont appelé d\u2019entrée de jeu à un grand remue-méninges qui permettrait de dépoussiérer le discours libéral, mais on ne peut pas dire qu\u2019ils ont beaucoup brassé la cage.Jusqu\u2019à présent, la course a été d\u2019une parfaite insignifiance.Les «cinq idées pour le Québec» que Pierre Moreau a énoncées dans un texte que Le Devoir a publié vendredi relèvent de la tarte aux pommes.N\u2019importe qui, que ce soit au PQ ou à la CAQ, aurait pu le signer sans problème.Qui peut s\u2019opposer à redonner la parole aux militants, à soutenir nos entrepreneurs sur les marchés émergents, à viser la souveraineté énergétique, à lutter contre le décrochage scolaire et à promouvoir le français ?Même la promotion du bilinguisme chez les jeunes Québécois a été pudiquement remplacée par celle du multilinguisme.Le texte invitant à un retour aux sources de l\u2019idée libérale, que Philippe Couillard a également publié dans Le Devoir le 5 décembre, se voulait plus philosophique, mais il l\u2019était peut-être un peu trop pour certains.«Pour le militant normal, c\u2019était une lettre dure à comprendre.Moi-méme je ne suis pas sûr d\u2019avoir bien compris, mais ça doit être quelque chose de parfait.Il est tellement intelligent», a ironisé un député libéral.Tout le monde au PLQ reconnaît le brio intellectuel de l\u2019ancien ministre de la Santé, mais on connaît aussi sa propension à l\u2019esbroufe.Tout candidat à la direction d\u2019un parti d\u2019opposition qui aspire au pouvoir doit composer avec la nécessité de plaire aux militants qu\u2019il courtise tout en cherchant à élargir la base électorale de son parti.C\u2019est comme si chacun à sa façon, que ce soit par l\u2019abstraction ou la tarte aux pommes, MM.Couillard et Moreau avaient tenté de concilier ces obligations.Les candidats à la succession de Bernard Landry avaient eu le même problème en 2005.Les militants péquistes venaient tout juste d\u2019adopter un échéancier référendaire nettement plus contraignant que ce que souhaitait la population.Pour obtenir leur appui, aussi bien Pauline Marois qu\u2019André Boisclair avaient dû défendre un programme qu\u2019ils jugeaient eux-mêmes irréaliste.Aux élections du 26 mars 2007, le résultat avait été désastreux.En raison de sa forte clientèle anglophone et al-lophone, le PLQ est dans une situation encore plus délicate.Sa répugnance à agir concrètement dans les dossiers reliés à l\u2019identité, notamment celui de la langue, n\u2019est pas au diapason de l\u2019opinion publique francophone.S\u2019il est vrai que l\u2019opportunité d\u2019étendre au niveau collégial les dispositions de la Charte de la langue française qui régissent l\u2019accès à l\u2019école anglaise ne fait pas consensus, l\u2019inquiétude devant le recul du français dans les milieux de travail est largement partagée.En lançant sa campagne le 4 octobre, M.Couillard avait déploré que les libéraux aient abandonné tout le terrain identitaire au PQ, notamment la défense du français.11 trouvait inacceptable de forcer les francophones et les allophones à fréquenter le cégep français, mais il s\u2019était montré ouvert à une extension du processus de francisa-fiop aux entreprises de moins de 50 employés.À peine un mois plus tard, il s\u2019était ravisé.«Il n\u2019y a pas de déclin du français, déclarait-il le 9 novembre à Dorion.Il n\u2019y a ni urgence, ni nécessité de modifier la loi 101.» Après réflexion, il en était arrivé à la conclusion qu\u2019étendre la loi 101 aux PME leur imposerait un trop lourd fardeau.En réalité, le proposer aurait surtout plombé sa campagne au leadership.Trop de libéraux confondent encore la défense du français et la promotion de la souveraineté.Raymond Bachand a eu beau multiplier les démonstrations de loyauté, sa qualité d\u2019ancien péquiste le rend suspect aux yeux de plusieurs.Sur tout ce qui touche l\u2019identité, sa marge de manœuvre est très étroite.Quant à Pierre Moreau, il est clair qu\u2019il ne s\u2019écartera pas de l\u2019orthodoxie.La facture de son site Internet est significative.La page d\u2019accueil est chapeautée d\u2019un en-tête bilingue \u2014 La fierté d\u2019être libéral/Proud to be a liberal \u2014 flanqué d\u2019une fleur de lys et d\u2019une feuille d\u2019érable.Le dernier baromètre des personnalités politiques de Léger Marketing devrait l\u2019inquiéter.Si MM.Couillard et Bachand se suivent de près au sommet de ceux qui ont la faveur des électeurs libéraux, M.Moreau ne figure même pas parmi les dix premiers.Pire encore, ils lui préfèrent François Legault et Jacques Duchesneau.11 demeure non seulement inconnu de 55% des Québécois, mais il est supplanté dans leur estime par dix autres de ses collègues, dont Yolande James, Yves Bolduc et Sam Hamad.C\u2019est dire ! mdavid@ledevoir.com B 4 LE DEVOIR LES SAMEDI 15 ET DIMANCHE 16 DECEMBRE 2012 EDITORIAL ASSEMBLEE NATIONALE Nouveaux leaders À la faveur de l\u2019élection du 4 septembre, de nouvelles personnalités sont apparues dans le paysage politique québécois.C\u2019est cette nouvelle génération d\u2019élus qui pourra véritablement transformer la politique.L ex Bernard Descôteaux e baromètre des personnalités politiques québécoises Léger-Marketing-Lc Devoir de fin d\u2019année témoigne bien de ce changement qui s\u2019amorce.En tête s\u2019y retrouvent deux nouveaux élus, Françoise David et Jacques Du-chesneau, deux personnalités qui ont marqué chacune à leur façon le débat politique.Françoise David est sans doute celle qui incarne le mieux ce changement possible.Présente dans le débat public depuis des années, cette femme n\u2019avait pas encore été véritablement sous les feux de la rampe politique avant la campagne électorale du mois d\u2019août.Les Québécois ont alors découvert qu\u2019il était possible de faire de la politique autrement, montrant à l\u2019occasion du débat des chefs qu\u2019il est possible de mener le débat politique dans le respect des idées et des personnes, hors la partisanerie primaire typique des concours électoraux.Ce qu\u2019aura compris pour sa part Françoise David est qu\u2019il ne s\u2019agit pas de réinventer la politique lorsque les Québécois, de plus en plus désabusés de la politique, disent vouloir du changement.Ce que doit être ce change-\u2014 ment, nul ne le sait trop.Pour elle, «faire de la politique autrement» commence par la pratiquer '\tautrement en créant avec les électeurs un rap- port de confiance, en étant des personnes vraies dont on ne doutera pas qu\u2019elles soient en '\t-\tpolitique pour autre chose que le bien commun.Pour être écouté des électeurs, il faut d\u2019abord savoir les écouter, les respecter.Au-delà de sa notoriété personnelle, c\u2019est sans doute pour cela que Jacques Duchesneau se retrouve aux côtés de Françoise David à la tête de ce baromètre.Et comme elle, il a évité, une fois arrivé à l\u2019Assemblée nationale, de tomber dans le piège de la partisanerie.Il était là pour poursuivre son combat contre la corruption.Nouveaux venus à l\u2019Assemblée nationale, ces deux députés avaient la chance de ne pas avoir été exposés à la partisanerie excessive des débats parlementaires sous le dernier mandat de Jean Charest.A leurs côtés, on trouve aussi plusieurs nouveaux venus, tout particulièrement sur les banquettes péquistes et caquistes.Ce nouveau contingent de députés, comme le fait que la plupart des ministres du gouvernement Marois occupent des fonctions ministérielles pour la première fois, aura permis que s\u2019installe dans les débats parlementaires une nouvelle dynamique.Le grand bienfait de cette élection est d\u2019avoir amorcé un changement de garde à l\u2019Assemblée nationale, qui était dû depuis longtemps.Le réflexe de bien des députés est trop souvent de s\u2019accrocher à leurs sièges, encouragés en cela souvent par leurs chefs de parti, qui ne veulent pas prendre de risques électoraux avec de nouveaux candidats.crise interne vécue au Parti québécois en 2011 a favorisé des départs et un renouvellement de la députation.L\u2019arrivée de la Coalition avenir Québec aura permis l\u2019élection de nouveaux venus capable de voir la vie parlementaire autrement que comme une bataille rangée.Le Parti libéral n\u2019a pas été soumis à ce processus de changement par le fait que presque tous ses députés de la législature précédente ont été candidats.Ceux qui ont été réélus ont gardé leurs vieux réflexes, ce qui explique leur attitude souvent agressive en Chambre.L\u2019arrivée d\u2019un nouveau chef permettra sans doute d\u2019enclencher un changement de garde dans ce parti.Au lendemain de la prochaine élection, l\u2019Assemblée nationale, composée d\u2019une nouvelle génération de députés, pourra commencer un nouveau cycle.Qn pourra alors espérer qu\u2019elle arrive à faire de la politique autrement.TUERIE AU CONNECTICUT De la lâcheté Serge Truffaut insi donc, vendredi au Connecticut, 20 enfants de moins de 10 ans et 7 adultes ont été criblés de balles.Auparavant, au cours de cette année et seulement cette année, c\u2019est à retenir, 28 personnes ont connu le sort des gamins de vendredi, dont pas moins de 12 dans un cinéma d\u2019Aurora, au Colorado, oû on avait également compté.58 blessés.Avec cinq massacres au compteur, 2012 restera dans l\u2019histoire récente, c\u2019est également à retenir, comme la plus sanglante, la plus cruelle.Il est fort probable qu\u2019elle restera aussi l\u2019année des palabres sans fin.L\u2019année des engagements qui logent en vérité à l\u2019enseigne de l\u2019hjqjocrisie et de la lâcheté.L\u2019année au cours de ^\t^\tlaquelle la National Riffle Association a osé «T\t^\tune redéfinition corsée de l\u2019outrecuidance : au lendemain de la tuerie d\u2019Aurora, un repré-4\t¦ t sentant de ce lobby, au demeurant mortifère, *\ta avancé que si les gens présents dans le cinéma avaient eu des armes en leur possession, le massacre aurait été évité.Bref on tue, et monsieur se pose en chantre de l\u2019achat plus massif d\u2019armes.Politiquemenf le président a beau avoir ému avec sa larme retenue, il n\u2019en demeure pas moins qu\u2019il s\u2019est abstenu de proposer un je-ne-sais-quoi de ferme qui aurait été le prélude à une réelle réforme du commerce d\u2019armes à feu.Autrement dif sa seule allusion à la geste politique a été celle du vague.Sans plus.Cette position en dit long, très long, sur cette incroyable difficulté qu\u2019ont les élus américains à consacrer un débat sur un commerce qui a fait 160000 morts entre 2000 et 2010 ou 16000 par an ! Elle en dit aussi, mais indirectemenf sur l\u2019influence insidieuse qu\u2019a l\u2019industrie de l\u2019armement sur le personnel politique.Dans une enquête remarquable du tout aussi remarquable magazine d\u2019informations Frontline de PBS, on apprenait que les acteurs de l\u2019industrie en question s\u2019étaient appliqués à être présents dans tous les comtés des Etats-Unis.Par exemple, telle entreprise du Colorado faisait fabriquer les gâchettes dans tel endroif les viseurs dans tel autre, les canons, etc.Et ce, pour être en mesure de faire le chantage de la fermeture de telle entreprise advenant qu\u2019un élu, on pense surtout aux représentants, se montre trop critique.Cela étanf rien ne symbolise plus l\u2019hypocrisie ambiante que ceci : si la vente en magasin est balisée, elle ne l\u2019est pas du tout dans les foires ou salons.C\u2019est d\u2019ailleurs là que le volume d\u2019acquisitions est le plus élevé.Et de loin.Le drame de vendredi comme ceux d\u2019avant sont autant d\u2019épisodes dans lesquels s\u2019écrie, se détaille, se décline, la tragédie que constitue la négation de sens, que constitue le déficit d\u2019humanité.LE DEVOIR FONDÉ PAR HENRI BOURASSA LE 10 JANVIER 1910 > FAIS CE QUE DOIS ! Directeur BERNARD DESCÔTEAUX Rédactrice en chef JOSÉE BOILEAU Vice-présidente, finances et administration CATHERINE LABERGE Directeur de l\u2019information ROLAND-YVES CARIGNAN Directeurs adjoints de l\u2019information PIERRE BEAULIEU, LOUIS LAPIERRE, JEAN-ERANÇOIS NADEAU, PAUL CAUCHON Directeur artistique CHRISTIAN TIFEET Directeur, ventes publicitaires JOSÉ CRISTOFARO fXTRe/Vtf -fÔAAfNAfT -ÂH PRo&I^AAAMfc Il gai.£r\t.Iioi BÎUfT TAfiîf Tous UÇ Moyens SoNT Bons Pour TinANCEP WÊ LETTRES Bibliothèque et Archives Canada: des milliers d\u2019infos à un clic de souris À la suite de la lettre du député Pierre Nantel publiée dans Le Devoir du 13 décembre, je désire clarifier les faits au sujet du travail de Bibliothèque et Archives Canada.M.Nantel établit un lien, à torf entre les compressions découlant du budget fédéral de 2012 et les descriptions de portraits de quelques personnalités du milieu culturel québécois sur le site Internet de Bibliothèque et Archives Canada.Dans les faits, le matériel en question avait été acquis et décrit en 2002, soit bien avant les compressions budgétaires de 2012.Une notice avec la mention «incomplet» est utilisée par les professionnels lorsqu\u2019ils sont incertains du nom de la personne apparaissant sur l\u2019image, ici une photo de M.Plamondon datant du début des années 1970.Ce qui a réellement changé depuis le printemps dernier à Bibliothèque et Archives Canada, c\u2019est que les Canadiens ont maintenant accès en ligne et gratuitement à près de 40000 œuvres en plus de leius descriptions.Auparavanf ils ne pouvaient accéder qu\u2019à une description en ligne sans voir l\u2019image.Les œuvres elles-mêmes étaient uniquement accessibles dans nos salles de lecture à Qt-tawa.Au corns des cinq prochaines années.Bibliothèque et Archives Canada publiera quelque 160000 œuvres additionnelles sur cette plateforme.Nous espérons qu\u2019avec cette approche nous serons non seulement en mesiue d\u2019accroître l\u2019accès à la collection, mais aussi de parfaire nos descriptions, entre autres avec l\u2019aide du public, comme ce fut le cas pour le projet avec les communautés nordiques.Un visage, un nom.Bibliothèque et Archives Canada continuera d\u2019innover en mettant en œuvre de nouvelles façons de faire afin de tirer profit des possibilités qu\u2019offre le monde numérique.Ceci nous assurera que tous les Canadiens pourront jouir de leur patrimoine documentaire en ce début de XXL siècle et dans les années à venir.Daniel J.Caron Administrateur général, Bibliothécaire et archiviste du Canada Le 13 décembre 2012 Mme xhibault et son prestige C\u2019est fou de constater à quel point une personnahté publique, précisément Lise Thibault, persévère tant à protéger sa sacro-sainte image.Cette dame qui, jadis, donnait à profusion des discours sur l\u2019art de la bonne conduite aux citoyens ébahis cherche désespérémenf même par des moyens illogiquement farfelus, à échapper à la justice par une porte de sortie nommée : « The Queen can do no wrong.» Une certaine jurisprudence de la common law.Entre vous et moi, Thibault, lors de son généreux mandat, croyait-elle que son rôle était une invitation à abuser des deniers publics au point de se retrouver devant un procès pour fraude, abus de conhance et utilisation de faux documents ?Y croire serait aussi insensé que de placer des documents importants dans un sous-sol inondé ! Un sage, peut-être un simple citoyen, déclarera facilement: «Un prestige passe par le bon sens et l\u2019exemple, pas l\u2019inverse.» Michel Beaumont Québec, le 13 décembre 2012 REVUE DE PRESSE Le chaud et le froid MANON CORNELLIER Le gouvernement Harper a accaparé toute l\u2019attention cette semaine avec ses annonces sur les investissements étrangers et dans le dossier des F-35.Et il a eu droit à des fleurs et à beaucoup de pots.Dans le cas des F-35, aucun éloge à l\u2019horizon.Andrew Coyne, du National Post, est le plus cinglant.Le gouvernement nous fait encore marcher en embrouillant le portrait et en jouant avec les chiffres, écrit-il.Prenant prétexte du nombre d\u2019années retenues pour ses nouveaux calculs, le gouvernement tente de faire croire qu\u2019on en revient à environ le même prix par année que celui annoncé par le vériheateur général.Sur un ton qui cache mal sa colère, Coyne s\u2019emploie à démontrer le contraire.«Si certains peuvent être enclins à excuser la tromperie initiale, le refus subséquent du gouvernement de reculer est vraiment inexcusable.Quand il a été invité à le faire, il a choisi la manipulation, comme après le rapport du directeur parlementaire du budget, après celui de l\u2019actuel vérificateur général.Et c\u2019est ce qu\u2019il a encore fait [mercredi].» SunNews a d\u2019ailleurs un seul souhait: qu\u2019on dise la vérité, toute la vérité aux Canadiens sur les choix et la totalité des coûts afin d\u2019en arriver à une solution de remplacement pour le CF-18.L\u2019équipe éditoriale du Toronto Star est du même avis.Elle ne peut s\u2019empêcher de penser au cirque volant des Monthy Pythons à la vue de la performance du gouvernemenf dont la crédibihté de bon gestionnaire est réduite en miettes.Le ministre de la Défense, lui, est discrédité et les militaires, ridiculisés.Peu importe toutes les manœuvres de la dernière semaine, cela restera un boulet aux pieds des conservateurs, prédit le quotidien.Appel d\u2019offres Selon Michael Den Tandt, du National Post, les conservateurs devraient être préoccupés.Le spectacle offert mercredi «aurait peut-être été persuasif et brillant sur le plan tactique il y a deux ans, mais aujourd\u2019hui, il ressemble à une autre demi-mesure disgracieuse, semée de mines prêtes à exploser».Il note que le nouveau processus annoncé n\u2019est compétitif qu\u2019en apparence.Den Tandt croit que le gouvernement ne pourra pas s\u2019en sortir.Procéder sans appel d\u2019offres «serait politiquement suicidaire étant donné l\u2019histoire».Il n\u2019a qu\u2019une explication pour son refus de s\u2019y engager tout de suite.«La mentalité sous-jacente \u2014 faite de partisanerie exacerbée, de mépris systématique des critiques, de contrôle maniaque, de refus buté de reconnaître ses erreurs \u2014 n\u2019a pas changé.» Et selon lui, il faudra plus qu\u2019un nouveau processus pour y arriver.Il faudra «un remaniement ministériel en profondeur et une réinitialisation du gouvernement lui-même».John Ivison, du National Post, se montre un brin conciliant car, note-t-il, il n\u2019existe pas de solution de rechange économique au CF-18.Qn est aussi en droit d\u2019être sceptique devant des prévisions de coût étalées sur 42 ans.«Si nous acceptons le fait que nous avons besoin de surveiller notre portion du continent et de contribuer à des opérations outre-mer dans le cadre d\u2019une alliance militaire multinationale, alors nous devrions avaler la pilule et cesser de nous plaindre des coûts», conclut-il.Les conservateurs ont tout de même un partisan: Brian Lihey, de SunNews.Selon lui, le gouvernement dit la vérité dans ce dossier et on lui cherche noise dans le seul but de limiter les moyens des militaires.Ouf! L\u2019autorisation de l\u2019achat de Ja pétrolière Nexen par la société d\u2019Etat chinoise CNQQC a été mieux reçue, mais il en va autrement des nouvelles règles concernant les, investissements faits par les sociétés d\u2019Etat étrangères.Le Saskatoon Star-Phoenix est le plus positif, parlant A\u2019«une décision sage et prudente».Le Globe and Mail et le National Post ne sont pas du même avis.S\u2019ils approuvent le feu vert donné à CNQQC, ils ont un problème avec les nouvelles limites imposées aux sociétés d\u2019Etat étrangères.Le Post les désapprouve, bien qu\u2019il dise être conscient des enjeux éthiques et de sécurité que soulèvent les prises de contrôle par ces entités, en particulier venant de pays comme la Chine.Malgré cela, le Post estime que ces règles n\u2019ont pas de sens, économiquement parlant.Le Globe, lui, parle d\u2019une approche «quelque peu dangereuse » qui rend la politique sur les investissements étrangers plus ambiguë et plus opaque.Selon Andrew Coyne, du National Post, «le premier ministre a probablement trouvé le juste équilibre sur le plan politique, mais le prix est une totale incohérence en matière de politiques publiques», écrit-il.Selon lui, les règles ne sont pas plus claires, elles sont seulement plus compliquées.Les critiques les plus sévères sont presque toutes venues de chroniqueurs du Toronto Star.Thomas Wal-kom dit qu\u2019avec ses critères trop vagues, cette nouvelle politique ne change rien sur le fond.David Qlive parle d\u2019une «politique embarrassante [.] incompréhensible, truffée d\u2019échappatoires et dépourvue de la clarté nécessaire à une application cohérente».Leur collègue Carol Goar, en revanche, estime que Harper a trouvé une solution «intelligente [.] pragmatique, équilibrée et rusée » à une équation complexe, soit «le choc entre les ambitions économiques chinoises et la souveraineté canadienne».mcornellier@ledevoir.com LE DEVOIR LES SAMEDI 15 ET DIMANCHE 16 DECEMBRE 2012 B 5 IDEES Registre des armes à eeu L\u2019analyse de Justin Trudeau est en partie juste ¦5 fc\u2019.1 a\t4.DOUGLAS HEALEY AGENCE ERANCE-PRESSE Une petite ville du Connecticut a été secouée hier quand un forcené a tué une vingtaine d\u2019enfants dans une école primaire.DENIS DE BELLEVAL Ancien ministre du Parti québécois et ancien directeur général de la Ville de Québec analyse des politiques pu-bliques est une discipline fasci-/ nante, souvent divertissante lorsqu\u2019elle occupe nos députés, experts patentés en cette matière.Le sort du système canadien d\u2019enregistrement des armes à feu longues (fusils et carabines) en fournit un exem-pie.Une guérilla civile incessante a obtenu finalement son abolition.Faute de consensus pancanadien suffisant, cette politique doit donc être considérée comme un échec.C\u2019est l\u2019analyse politiquement intéressée et maladroitement exprimée de M.Justin Trudeau, ce qui ne la rend pas forcément inexacte.Plusieurs regrettent ce dénouement au Québec, où la proverbiale «acceptation sociale» semble meilleure à son égard.Son élimination y a été suspendue dans l\u2019attente d\u2019une décision judiciaire.Dès lors, une question se pose : sur quelle base (autre que populiste) peut-on prétendre que ce registre est utile, voire indispensable, et doit être sauvegardé dans notre «réduit breton»?La réponse la plus commune, c\u2019est que le re^stre des armes à feu contribue à sauver des vies.Comment?Il impose une démarche bureaucratique fastidieuse pour les «clients» qui, rebutés, renonceraient alors à posséder une arme à feu : résultat, moins d\u2019armes en circulation, moins d\u2019occasions d\u2019usage funeste.C.Q.ED.! Mais cela fonctionne-t-il vraiment?On ne le sait pas.Comment ça, on ne le sait pas?N\u2019y a-t-il pas des études savantes qui démontrent le contraire?Eh bi,en, non! C\u2019est la conclusion de chercheurs de l\u2019Ecole de criminologie de l\u2019Université de Montréal qui ont révisé toutes les études précédentes et ont réalisé leur propre évaluation publiée dans la Revue canadienne de criminologie : «L\u2019effet des lois en matière de contrôle des armes à fçu sur les homicides au Canada, 1974-2004» -, Etienne Blais, Marie-Pier Gagné et Isabelle Linteau (vol.53, n\u201c 1, janvier 2011).Il découle de leur examen que l\u2019ensemble des lois canadiennes adoptées en la matière (projets de loi n\u201c® C-51-1977, (J-17-1991 et (J-68-1995) aurait contribué à diminuer le nombre de crimes par armes à feu, notamment au Québec, mais que la contribution du registre des armes longues en tant que telle à ce résultat est indiscernable.Qn peut assez aisément comprendre pourquoi, au-delà de l\u2019incapacité d\u2019établir un bilan fondé sur des statistiques crédibles cernant l\u2019effet réel de ce registre.C\u2019est qu\u2019il faut prendre en compte que, depuis 1978, il existe un autre registre, celui des permis d\u2019acquisition et de possession d\u2019armes à feu et de munitions, toujours en vigueur et dont l\u2019application a été renforcée en 1995.Pour obtenir ce permis préalable, il faut se soumettre à une procédure autrement plus contraignante que l\u2019enregistrement subséquent d\u2019une arme à feu, si frustrant soit-il.Elle comporte, entre autres, une enquête policière auprès des proches du requéranp qui peuvent témoigner de la fiabilité et du bon ou mauvais état mental du requérant et empêcher l\u2019émission du permis ou provoquer sa révocation le cas échéant.S\u2019il y a ime procédure de nature à décourager l\u2019acquisition d\u2019une arme à feu longue, c\u2019est bien celle-là, d\u2019autant plus qu\u2019elle doit être renouvelée tous les cinq ans.M.Harper vient d\u2019ailleurs de refuser d\u2019en prolonger l\u2019échéance à dix ans.Si un chasseur accepte de se soumettre à cette procédure, ce n\u2019est pas l\u2019obligation d\u2019enregistrer son arme qui le dissuadera de terminer sa démarche en l\u2019inscrivant au registre.Il aura certes tendance à considérer vexatoire cette deuxième obligation, d\u2019autant plus que sa non-observance constitue un crime, rien de moins! Qn peut difficilement considérer viable à long terme une politique publique dont le principal moyen d\u2019action est d\u2019enquiquiner ses clients, sans résultats positifs observables.Par ailleurs, on dit que les policiers consultent fréquemment le registre des armes à feu longues, ce qui serait une preuve de son utilité, mais celle-ci n\u2019a pas été vérifiée empiriquement.Qn ne tient aucune compilation des interventions policières qui auraient vu leur déroulement utilement ou décisivement influencé par cette consultation.En situation délicate, les policiers doivent de toute façon se prémunir contre une possible utilisation d\u2019une arme à feu, enregistrée ou pas, par une persoime interpellée.Rappelons qu\u2019une policière de Laval a perdu la vie lors d\u2019un contrôle auprès d\u2019un déséquilibré connu comme tel, à qui on avait retiré toutes ses armes, mais qui s\u2019en était procuré une illégalement.Au surplus, même sans registre de toutes les armes en circulation, les policiers ont accès ou pourraient avoir accès au registre des permis d\u2019acquisition et de possession d\u2019armes à feu.Ils peuvent donc présumer sur le lieu d\u2019une intervention (un domicile familial, par exemple) qu\u2019une personne identifiée possédant une telle autorisation est susceptible d\u2019avoir en sa possession une arme à feu, enregistrée ou pas.En conclusion, faut-il quand même conserver éventuellement le registre des armes à feu longues au Québec?Est-il seulement permis de douter de sa réelle utilité?Ne vaut-il pas mieux mettre l\u2019accent sur des mécanismes de prévention mieux ciblés ou utiliser plus efficacement les ressources déjà disponibles ?La politique a ses raisons que la raison ignore.A preuve, on n\u2019étendra pas systématiquement sur les routes du Québec le réseau de surveillance par photo radar dont l\u2019effet positif en nombre de vies sauvées est partout avéré, tandis qu\u2019on fait ^and cas d\u2019un registre redondant qui n\u2019a fait ses preuves nulle part sur la planète.Du mauvais usage de l\u2019éthique Il faut se méfier d\u2019une dérive consistant à éroder systématiquement la confiance qu\u2019on doit avoir les uns envers les autres et envers nos institutions.HENRI LAMOUREUX L\u2019auteur est écrivain et socioéthicien.Il est notamment l\u2019auteur de l\u2019ouvrage Le citoyen responsable, VLB éditeur.epuis quelque temps, pas une journée ne passe sans nous apporter son lot de révélations sur la turpitude morale réelle, alléguée ou appréhendée de personnes en situation de pouvoir.La dénonciation des faux pas de l\u2019autre semble même être devenue partie intégrante du jeu politique et cje son prolongement médiatique.A telle enseigne que l\u2019on serait tenté de nous voir comme un peuple de handicapés de la conscience devant être mis en quarantaine pour éviter qu\u2019il ne pollue l\u2019éthique des nations.Ce contexte est particulièrement propice à l\u2019expression de toutes les hypocrisies, surtout celle qui consiste à chercher le pou dans le poil de l\u2019autre pour ne pas voir la vermine qui infeste le sien.Ce type de pharisianisme révèle non seulement une grande confusion éthique chez celles et ceux qui le pratiquenti mais nuit considérablement à l\u2019équilibre de notre société, entretenant cette espèce de névrose collective dont nous semblons être affectés à des degrés divers, selon le temps qu\u2019il fait.Aussi faut-il dénoncer certains amalgames faciles et la volonté de certains, notamment chez les libéraux, d\u2019équilibrer les comptes de la turpitude morale en cherchant chez les uns et les autres parmi leurs opposants politiques des tares qui feraient oublier un tant soit peu les leurs.Soyons clairs, la double rémunération de Jean-François Lisée n\u2019est pas du même ordre que celle dont a joui Jean Charest en son temps, ou celle dont bénéficie le bon docteur Bolduc en étant à la fois député et médecin pratiquant.Le rappel des conseillers culturels du Québec à l\u2019étranger pour une mise à niveau de la stratégie nationale en matière d\u2019exportation culturelle n\u2019a rien à voir avec un repas de financement politique en compagnie des requins de la construction.Les erreurs de Daniel Breton, si elles montrent des failles sur le plan du jugement, ne sont pas équivalentes à ce que révèle la commission Charbonneau sur la politique municipale et les rapports entre certains politiciens et les mafias.Cela pour dire que nous avons été éduqués à rechercher le bien et à fuir le mal.Nous comprenons plus tard, au fil du développement de notre conscience, que la vertu se situe quelque part entre ces deux pôles et que l\u2019homme honnête est celui qui se rapproche le plus d\u2019un idéal désiré.Dans cette optique, une personne peut faire une erreur, mais elle cherchera à la réparer aussitôt qu\u2019elle en prendra conscience.Nous découvrons aussi que l\u2019éthique est un outil fabriqué par notre espèce et les sociétés qui la composent pour ne pas disparaître.Elle s\u2019enracine dans un corpus de valeurs humaines fondamentales (la liberté, le respect de l\u2019autre), sociales (l\u2019accès universel à des soins et à l\u2019instruction) et culturelles (le français, langue commune) dont le sens se révèle par leur actualisation (lois, règles, normes).Qn comprendra que le résultat de cette opération dépendra de la préférence ou référence idéologique de celles et ceux qui détiennent les rênes du pouvoir.D\u2019où, forcément, les différences d\u2019interprétation.Qn ne peut donc pas utiliser la référence éthique à tout propos, comme si Analyser un fait sous l\u2019angle éthique impose quelques précautions, notamment sur le plan de l\u2019intention le fait de dire le mot possédait un pouvoir magique.Ainsi, une banque n\u2019est pas plus «éthique» que ne le serait une entreprise pétrolière.Et il n\u2019y a pas d\u2019usage éthiquement convenable des armes de destruction massive.Analyser un fait sous l\u2019angle éthique impose quelques précautions, notamment sur le plan de l\u2019intention.Commettre une erreur sans en avoir l\u2019intention ne doit pas se juger de la même manière qu\u2019un crime ou un manquement commis en toute connaissance de cause.Je pourrais citer toute une liste de comportements qui, dans le domaine politique, à gauche comme à droite, posent problème sur le plan de la cohérence éthique.Je sais bien que, si les mouvements sociaux comptent dans leurs rangs des individus d\u2019une exceptionnelle qualité morale, il s\u2019en trouve aussi dont l\u2019intégrité est discutable.Inspirés par l\u2019éthique protestante, il se trouve même des gens riches qui se préoccupent de la qualité de vie de leurs semblables.Cela pour dire que, si nous devons nous réjouir d\u2019avoir le courage de purger notre société des dérives criminelles qui la minenfi il faut par contre se méfier d\u2019une autre dérive consistant à éroder systématiquement la confiance que l\u2019on doit avoir les uns envers les autres et envers nos institutions.La cohérence éthique impose une obligation de discernement.Elle appelle à la responsabilisation de chacune et de chacun.Elle nous oblige à éviter de sombrer dans cette espèce de banalisation que produit son instrumentalisation à des fins qui, c\u2019est le moins qu\u2019on puisse dire, sont inappropriées.Guy T\\ircotte est-il vraiment libre ?On peut comprendre la souffrance de madame Gaston et de monsieur Boisvenu, mais celle-ci ne leur donne aucune autorité en matière de justice et en psychiatrie RAYMOND GRAVEE Prêtre Diocèse de Joliette Animateur spirituel des policiers et des pompiers D epuis l\u2019annonce de la libération conditionnelle de Guy Turcotte, on assiste à un show médiatique de ^______ mauvais goût: des journalistes sont aux aguets près de l\u2019Institut Pinel pour prendre en photo l\u2019ex-cardio-îogue afin d\u2019aviver la haine d\u2019une majorité de la population avide de vengeance pour cet homme coupable, mais non responsable du crime crapuleux de ses propres enfants.Il n\u2019en fallait pas plus pour que le sénateur Boisvenu se porte à la défense d\u2019Isabelle Gaston, la mère des deux enfants assassinés, pour dire que notre système de justice a perdu toute sa crédibilité parce qu\u2019il ne tient pas compte des victimes en voulant réhabiliter les criminels.Mais en quoi la libération du docteur Turcotte serait-elle une injustice pour ces deux petites victimes qui ont perdu la vie ?La pendaison ou la prison à peipé-tuité redonneraient-elles la vie à ces pauvres enfants?Guy Turcotte a été jugé par un jury formé de douze femmes qui l\u2019ont reconnu coupable, mais non responsable de son crime.Je peux comprendre la souffrance de madame Gaston et de monsieur Boisvenu qui ont perdu leurs enfants de façon horrible; par ailleurs, ça ne leur donne aucune autorité en matière de justice et en psychiatrie.Ce serait faire preuve de nombrilisme que d\u2019imposer à toute la société leur désir de vengeance et leur haine viscérale des responsables de leur malheur.Que nos gouvernements viennent en aide aux victimes est tout à fait légitime, mais cette aide ne peut se traduire par une punition plus ^ande des criminels afin de satisfaire l\u2019instinct de vengeance des proches des victimes.Au Québec, notre système de justice reconnaît la fragilité humaine et mise davantage sur la réhabilitation et la réinsertion, au lieu de la punition qui ne dissuade personne.Si on veut appliquer la loi du talion, œil pour œil, dent pour dent, comme semble le souhaiter le gouvernement conservateur actuel, on risque tous de finir borgnes et édentés.Au fait, Guy Turcotte est-il vraiment libre?Le docteur Louis Moris-sette disait qu\u2019il ne pourra pas vivre une vie tout à fait normale, à cause du crime qu\u2019il a commis.Personnellement, je crois que le pardon est nécessaire pour celles et ceux qui sont touchés de près par son geste irréparable; lui refuser le pardon, c\u2019est couper le pont sur lequel, un jour ou l\u2019autre, ils devront passer.L\u2019EQUIPE DU DEVOIR REDACTION Antoine Robitaille (éditorialiste, responsable de la page Idees), Jacques Nadeau (photographe), Michel Garneau (caricaturiste) , information générale : Mane-Andree Choumard {chef de division'), Dominique Reny (adjointe au directeur de l\u2019information), Jeanne Cornveau (reporter), Caroline Montpetit (affaires sociales), Lisa-Marie Gervais (education), Alexandre Shields (environnement), Amehe Daoust-Boisvert (santé), Pauline Gravel (sciences), Fabien DeghseésoceefeJ et Jean Dion (sports) , information politique Michel Davidéc/^rowe-, Helene Buzzetti et Marie Vastel (correspondantes parlementaires a OffatcaJ, Robert Dutnsac et Jessica Nadeau (correspondants parlementaires a Quebec) ,^r\\an.Myles (affaires municipales, Montreal) ,15.3)00X10: Vorter (affaires municipales, Quebec), Guillaume Bourgault-Côte et Kathleen Levesque (reporters) , information culturelle Louise-Maude RiouxSoucy (chef de division), Odile Tremblay (cinema), Stéphane Baillargeon (médias), Fredenque Doyon et Isabelle Pare (reporters) ,}\\xh.Q: Carpentier (pupitre) , information économique Gerard Berube (adjoint au directeur de l\u2019information), Marco Belair Cinno, François Desjardins et Enc Desrosiers {reporters), Gerald Dallaire (pupitre) , information internationale Serge Truffaut (éditorialiste), Claude Levesque et Guy ^aiWeier (reporters), Jean-Pierre Legault (pupitre international, page editoriale et cahier Perspectives), section art de vivre: Diane Precourt (responsable des cahiers Week-end et Plaisirs), Emihe Eohe-Boivm et Louis Gagne (pupitre) , équipe internet: Laurence Clavel, Mane-Pier Erappier, Benoît Munger et Philippe Papineau, (pupitre), Sophie Chartier, Karl Rettino-ParazeUi et Genevieve Tremblay (assistants) , correction : Andre^ne Bedard, Christine Dumazet et Michele Malenfant, soutien à la rédaction: Amehe Gaudreau (secretaire), Elorence Eerrans (commis) DOCUMENTATION Gilles Pare (directeur), Manon Derome (Montreal), Monique 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Lafleur et Véronique Page B 6 LE DEVOIR, LES SAMEDI 15 ET DIMANCHE 16 DECEMBRE 2012 PHILOSOPHIE La tentation platonicienne de la « public health » Karl Popper a livré une critique détaillée du gouvernement à la Platon, dont les défauts se retrouvent chez les promoteurs de la santé publique Deux fois par mois, Le Devoir lance à des passionnés de philosophie, d\u2019histoire et d\u2019histoire des idées le défi de décrypter une question d\u2019actualité à partir des thèses d\u2019un penseur marquant.PIERRE LEMIEUX Senior fellow à l\u2019Institut économique de Montréal, auteur entre autres de l\u2019ouvrage Une crise peut en cacher une autre (Belles Lettres, Paris, 2010) Dans un article récent, Simon Chapman, sociologue à l\u2019Université de Sidney en Australie, propose l\u2019imposition d\u2019un permis de fumer (PLOS Medicine, novembre 2012).Le prix du permis varierait en fonction de la consommation autorisée pour chaque fumeur.Le permis serait informatisé et les informations obligatoirement fournies par son détenteur seraient croisées avec d\u2019autres papiers d\u2019identité.La vente de cigarettes serait interdite sans présentation d\u2019un permis valide.Est-ce la cité idéale de Platon ?L\u2019idée de Chapman n\u2019est ni nouvelle ni vraiment révolutionnaire.Elle avait déjà été avancée par deux professeurs de droit, Jon Hanson de l\u2019Université Harvard et Kyle Logue de l\u2019Université du Michigan, dans un article du Yale Law Journal de mars 1998.D\u2019autres universitaires l\u2019ont ensuite reprise.Et l\u2019idée n\u2019est pas révolutionnaire parçe que, comme ses partisans l\u2019expliquent, l\u2019État impose déjà des permis, formels ou informels, pour mener plusieurs autres activités dangereuses, de la possession d\u2019armes à feu ou d\u2019explosifs à l\u2019achat de vins et spiritueux (où des papiers d\u2019identité officiels attestant l\u2019âge du consommateur sont souvent requis) en passant par l\u2019achat de médicaments d\u2019ordonnance.A l\u2019aide d\u2019un raisonnement analogue, le philosophe Hugh LaEollette a proposé, dans un célèbre article de 1980, l\u2019imposition d\u2019un permis pour avoir et élever des enfants ; une autre idée qui fait son chemin dans les milieux upiversitaires.Après tout, l\u2019État n\u2019impose-t-il pas déjà un permis pour conduire des véhicules automobiles, une activité pourtant bien moins lourde de conséquences ?On justifie ainsi les permis par l\u2019existence d\u2019autres permis.Le commun dénominateur de ces propositions réside dans l\u2019objectif officiel de contrôler les activités qui compromettent la santé d\u2019autrui ou celle de l\u2019agent lui-même.La conjonction « ou » renvoie à une bifurcation historique et philosophique dans les théories de la santé publique.Nées au XIX® siècle, les politiques de santé publique visaient la production de ce que certains économistes appelleraient aujourd\u2019hui des biens publics : hygiène publique, traitement des eaux, contrôle des épidémies, vaccination, et autres activités du genre.Au XX® siècle, le mouvement a bifurqué vers le contrôle de ce qui est jugé mauvais pour l\u2019auteur même d\u2019un choix.Le mouvement a pris une extension auparavant inimaginable.L\u2019Organisation mondiale de la santé définit la santé comme « un état de complet bien-être physique, mental et social », précisant qu\u2019elle « ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d\u2019infirmité ».La santé publique en est ainsi venue à regrouper tout ce qui contribue au bonheur des individus, à telle enseigne que personne ne s\u2019étonne plus que BMJ, une revue scientifique internationale, publie un article intitulé «Pourquoi le pouvoir des sociétés commerciales représente une priorité de la santé publique » (numéro d\u2019août 2012).Si on néglige certaines avancées de la santé publique sous l\u2019État nazi (il faut lire Robert Proctor, The Nazi War on Cancer, Princeton University Press, 1999), le flambeau de la nouvelle mouture a été surtout porté par les États et les modes intellectuelles du monde anglo-américain.Le développement de la lutte contre le tabac aux États-Unis et contre le droit des simples individus de détenir des armes au Royaume-Uni est emblématique du mouvement de la « public health » \u2014 ce qui justifie d\u2019identifier ce dernier par son nom anglais.La « public health » fait face à un grand problème : comment peser les coûts d\u2019un risque contre ses avantages ?Pourquoi, par exemple, juge-t-on le coût social du tabac supérieur à ses avantages alors que le coût social des piscines Pierre Lemieux VNÇ T y S'., I.e philosophe Karl Popper en 1990 ¦ i LSE LIBRARY (qui tuent plus d\u2019enfants que les accidents d\u2019armes à feu) est supposé inférieur à leurs avantages ?Pourquoi les fumeurs et (en supposant que la fumée secondaire n\u2019est pas le canular du siècle) les employés des bars et restaurants n\u2019ont-ils pas le droit de faire leurs propres arbitrages ?Pourquoi est-il interdit de créer des restaurants « pour fumeurs seulement » ?Qu\u2019est-ce qu\u2019un « état de complet bien-être [.] social » ?Qui décide pour chaque individu PPlaton avait bien répondu à la question.Il n\u2019avait que faire des préférences individuelles.Ce qui importe pour lui, c\u2019est l\u2019intérêt de l\u2019État {« la Cité ») conçu comme une extension col-leptiviste de la tribu.L\u2019individu est fait pour l\u2019État comme la partie est faite pour le tout.Platon abhorre l\u2019individu comme l\u2019abbé de Ma-bly, selon Benjamin Constant, détestait la liberté individuelle.Sous la plumç du philosophe de l\u2019Académie, l\u2019intérêt de l\u2019État devient le critère de la moçale.Ultimement, seule compte la, santé de l\u2019État.Dans l\u2019État idéal de Platon, les individus sont continuellement contrôlés.« Le précepte le plus important, écrit Platon dans Les lois, est que personne, homme ou femme, ne reste sans chef Que personne non plus, que ce soit dans les occupations sérieuses ou dans les jeux, ne laisse son âme prendre l\u2019habitude d\u2019agir seule et sans contrôle.[.] Il faut vivre les yeux constamment fixés sur le chef et le suivre, se laisser diriger par lui jusque dans les choses les plus infimes.» Il faut « enseigner à l\u2019âme, au moyen de l\u2019habitude, à ne pas connaître et à ne pas savoir entreprendre une action menée isolément des autres, mais à faire que la vie de tous soit pour tous le plus possible vécue en groupe, ensemble et en commun.[.] C\u2019est l\u2019anarchie qu\u2019il faut éliminer de la vie entière de tous les hommes et de toutes les bêtes soumises à l\u2019homme ».Platon propose la propriété collective, la communauté des femmes et des enfants, l\u2019eugénisme, etc.Un permis de fumer ou d\u2019avoir des enfants cadre bien avec ce programme.Il faut comprendre que le peuple se soumet à ses chefs pour son propre bien.L\u2019individu ne peut s\u2019accomplir qu\u2019en occupant la place qui lui est assignée.« La loi, écrit Platon dans La République, ne se préoccupe pas d\u2019assurer un bonheur exceptionnel à une classe de citoyens, mais [.] elle s\u2019efforce de réaliser le bonheur de la cité tout entière, en unissant les citoyens par la persuasion et la contrainte » \u2014 « persuasion » signifiant ici « propagande ».Le criminel ou l\u2019asocial est un malade qu\u2019il faut soigner, à condition qu\u2019il soit guérissable.Comme le déclarait récemment l\u2019ex-ministre des Pinances du Québec Raymond Bachand, « l\u2019important, c\u2019est d\u2019être heureux comme peuple »., Qui doit diriger cet État bienheureux ?Qui seront les chefs ?Les philosophes, répond Platon : « Tant que les philosophes ne seront pas rois dans les cités [.] il n\u2019y aura de cesse [.] aux maux des cités, ni, ce me semble, à ceux du genre humain, et jamais la cité que nous avons décrite tantôt ne sera réalisée.» C\u2019est le philosophe-roi qui établira les arbitrages nécessaires entre les avantages et les coûts que les individus tirent de diverses activités.Les philosophes, gardiens de la cité, sont assistés par les guerriers.« Pourquoi le pouvoir des sociétés commerciales représente une priorité de la santé publique » TI FRET Le peuple, quant à lui, se soumet aux décisions de ses maîtres, pour son propre bien.Ainsi s\u2019explique la tendance naturelle de la « public health » à s\u2019attaquer aux aliments, produits et styles de vie que ses tenants n\u2019aiment pas.Dans le premier volume de son célèbre ouvrage La société ouverte et ses ennemis (1943 pour l\u2019édition originale en langue anglaise), Karl Popper, un des grands philosophes du XX® siècle, a donné une critique libérale détaillée du gouvernement à la Platon.C\u2019est l\u2019interprétation de la pensée de Platon que j\u2019emprunte ici, bien que tous les philosophes ne l\u2019acceptent pas.Et j\u2019emploie le terme « libéral » dans son sens européen originel et non dans le sens interventionniste américain que les tenants de la « public health » ont adopté.La société ouverte et ses ennemis est un livre qu\u2019aucun étudiant de philosophie ne saurait ignorer et qui va plus loin que Popper lui-même ne pouvait l\u2019imaginer.En critiquant Platon comme le premier grand théoricien du totalitarisme, Popper détruit implicitement l\u2019idée centrale de la « public health » selon laquelle qne élite de blouses blanches financées par l\u2019État dicte aux individus ce qui est bon pour leur santé physique et sociale.La critique de Popper s\u2019apparente du reste à l\u2019approche de l\u2019économie, fondée (dans son volet normatif) sur la primauté des préférences individuelles, sur la souveraineté de l\u2019individu.« Chaque homme compte pour un homme, ni plus ni moins », écrit James Buchanan dans Les limites de la liberté (Litec, 1992).Critiquant la théorie de la souveraineté politique que Platon adopte à l\u2019instar de plusieurs analystes, Popper observe que le grand problème politique consiste non pas à trouver les meilleurs hommes à qui donner les pleins pouvoirs, mais plutôt à se prémunir contre les mauvais gouvernants éventuels : « Comment pouvons-nous arranger les institutions politiques de manière à empêcher les gouvernants mal intentionnés ou incompétents de faire trop de mal ?» Pour comprendre la distinction, imaginez le meilleur des mondes dans lequel les tenants de la « public health » nous enfermeraient s\u2019ils avaient les plçins pouvoirs.Il faut bien distinguer l\u2019État tel qu\u2019il est de l\u2019État tel qu\u2019il devrait être, selon tel ou tel philosophe.«La moralité des Etats (si une telle chose existe), observe Popper, tend à être beaucoup plus basse que celle du citoyen moyen.» Qn ne cherchera évidemment pas dans Platon une préfiguration exacte du mouvement de la « public health ».Platon ne pouvait soupçonner la capacité de propagande,, de surveillance et de contrôle qu\u2019acquerrait l\u2019État moderne.Il ne pouvait imaginer un permis à la Chapman, demandé en ligne avec preuves d\u2019identité à l\u2019ap-pqi et qui, entre autres avantages, permettrait à l\u2019État (nous dit Chapman) de « spammer » sa propagande aux adresses électroniques des assujettis.Qn soupçonne également que Platon eut tort, dans son entreprise totalitaire, de se méfier des jeunes et de proposer que l\u2019on réserve le pouvoir aux philosophes âgés, car ce sont surtout les jeunes qui avalent la propagande étatique le plus goulûment.La description platonicienne du gouvernement des philosophes demeure quand même très actuelle.Elle correspond à l\u2019idéal de la « public health » et, dans une forme atténuée, aux gouvernements que nous avons : une élite instruite et demi-civilisée (pour reprendre le compliment du journaliste et romancier Jean-Charles Harvey) de politiciens et de bureaucrates qui décident ce qui est bon pour tous et l\u2019imposent aux individus par la force.Chapman et le mouvement de la « public health » figurent parmi l\u2019avant-garde des philosophes-rois obscurantistes.Des commentaires ?Écrivez à Antoine Robitaille au arobitaille@ledevoir.com.Pour lire ou relire les anciens textes du Devoir de philo ou du Devoir d\u2019histoire : www.ledevoir.com/ societe/le-devoir-de-philo DLire aussi > « Et si Platon jugeait notre jugement du D'Turcotte » par Antoine Pageau St-Hiiaire, lequel remet en question l\u2019« experto-cratie » des psychiatres dans l\u2019évaluation de l\u2019âme humaine lors de procès.Un autre Devoir de phiio sur Piaton (mais avec une tout autre perspective) sur www.ledevoir.com."]
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