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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier E
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Références

Le devoir, 2012-12-22, Collections de BAnQ.

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[" Le dernier Tarantino, un grand Spartacus noir Page E 5 F Cette Eglise qui s\u2019efface, la chronique de Louis CoxneXWex Page E 8 Culture Livres CAHIER E .LE DEVOIR, LES SAMEDI 22 ET DIMANCHE 23 DECEMBRE 2012 MBAM - D FARLEY ¦ PAUL LITHERLAND Q L\u2019artiste, le maître artisan et la mémoire du savoir-faire Depuis deux ou trois ans, le pittoresque village d\u2019Inverness est le détour obligé, mais combien apprécié, d\u2019une nouvelle génération de sculpteurs dont les œuvres d\u2019art public, entre autres, s\u2019incarnent par les métaux.Ils y vont pour l\u2019Atelier du bronze, une petite entreprise familiale spécialisée dans la fonderie d\u2019art, une des deux seules au Québec.Rare de son espèce, l\u2019Atelier l\u2019est, au dire des principaux intéressés, autant pour son expertise que pour sa générosité.Incursion dans le havre de ces travailleurs de l\u2019ombre, des artisans du bronze et de l\u2019aluminium.YAN DOUBLET LE DEVOIR MARIE-EVE CHARRON À Inverness La artiste Marc Du-7 lude ne s\u2019est pas fait prier pour M\tnous parler de '\tl\u2019Atelier du bronze et de la famille Gagnon, ses artisans.Alors que nous franchissons les derniers kilomètres de route vallonneuse en direction d\u2019Inverness, il y va d\u2019une autre expression élo-gieuse : « C\u2019est du monde tellement vrai.» Cette qualité, en laquelle notre époque ne semble plus croire, est au cœur d\u2019une relation d\u2019abord professionnelle motivée par la réalisation d\u2019œuvres d\u2019art.En l\u2019espace d\u2019un an, l\u2019Atelier est devenu pour Marc Du-lude un partenaire majeur de ses projets, des œuvres d\u2019art public rattachées à la Politique d\u2019intégration des arts à l\u2019architecture, dite «politique du 1 %».Ce sont quatre concours, avec des jurys différents, que l\u2019artiste a remportés, lui qui, il y a à peine quelques mois encore, se concentrait exclusivement sur sa production personnelle.Par leur envergure, ces projets s\u2019avèrent tout un saut dont la particularité est de transformer le travail individuel en collectif, faisant de l\u2019artiste, suggère Marc Dulude, «un chargé de projet».Un grand jour s\u2019annonce donc pour l\u2019artiste, qui se rend à Inverness pour l\u2019assemhlage d\u2019une de ses œuvres.Destinée à l\u2019école de la Mosaïque à Montréal, la sculpture représente un bouleau dont chaque tronçon de bronze coulé doit être soudé pour s\u2019élever jusqu\u2019à plusieurs mètres dans les airs.Seule la configuration improbable de l\u2019une de ses branches troublera le réalisme de l\u2019arbre.Famille.élargie C\u2019est vendredi et l\u2019atelier, qui devait être plus tranquille.«Les enfants ont choisi la fonderie.Ils ont baigné dedans toute leur enfance.» est néanmoins fort animé.Denis, le père, et un des fils, Jean-François, nous accueillent.Les paroles échangées se font dans le bruit des machines, le vrombissement de moteurs des outils de soudure et de ponçage frottant les matières dures et brillantes.Plus loin, l\u2019autre fils, Pierre-André, refaçonne des textures tandis que Marilène, la fille, se concentre sur une sculpture dans la section consacrée aux patines.«Les enfants ont choisi la fonderie.Ils ont baigné dedans toute leur enfance», raconte le père qui, en 1989, a délaissé la production porcine qui l\u2019avait attiré dans la ré-gion du Centre-du-Québec pour mettre sur pied l\u2019Atelier du bronze.Depuis, l\u2019entreprise compte 15 autres employés, formant une famille élargie pour qui le savoir-faire se passe de main en main.«J\u2019ai appris de mon père, explique Pierre-André pendant une pause.Je transmets à mon tour.Je suis constamment en formation avec les employés, à montrer des méthodes de travail.» D\u2019ailleurs, ça s\u2019affaire autour sur des établis encombrés ; le travail ne manque pas.A côté des bruyantes opérations de finissage, une douceur enveloppante émane de la section où la cire est coulée dans les moules, préparés ailleurs.Rien à voir avec la dureté olfactive, disons chimique, qui se dégage de la pièce suivante réservée au trempage de céramique.Au fil de la visite, différentes sculptures, coulées ou à l\u2019état de moule, s\u2019offrent à la vue, dont quelques œuvres de Jordi Bonet, mort en 1979, dont seul l\u2019Atelier a maintenant la charge de s\u2019occuper.Nouveaux besoins Des artistes importants sont déjà passés par là: Pierre Granche, Gilles Mihalcean, VOIR PAGE E 6 : ARTISANS ¦\u2022â\u2019ISSAR'^^ o-r.LA ' %|.A ÜfTpEC \u2022 RENOIR \u2022 DEGAS \u2022 MONET \u2022 GAUGUIN \u2022 Unet>resentation de IL ETAIT UNE FOIS L\u2019IMPRESSIONNISME Chefs-d\u2019œuvre de la peinture française du Clark Profitez du congé des Fêtes pour visiter en famiiie i\u2019exposition qui a déjà séduit pius de 100000 personnes! THE CLARK § Banque Scotia métro /Ml renoiramonet.com BILLETS À 1/2 PRIX* les mercredis de 17h à 21 h et les jeudis et vendredis de 17 h à 19 h *Applicable à l\u2019achat d\u2019un billet au prix courant de 20$ GRATUIT pour les enfants de 12 ans et moins Accompagnés d\u2019un adulte.Non applicable aux groupes.MIJ\u2014nCwHl Cette exposition est organisée par le Sterling and Francine Clark Art Institute, Williamstown, Massachusetts.La présentation canadienne est produite en collaboration avec le Musée des beaux-arts de Montréal.Edgar Degas, Danseuses au foyer (détail), vers 1880.©Sterling and Francine Clark Art Institute, Williamstown, Massachusetts, USA E 2 LE DEVOIR LES SAMEDI 22 ET DIMANCHE 23 DECEMBRE 2012 CULTURE Bond, drôle d'oiseau Odile Tremblay à Toronto Il y a quelques années, j\u2019avais acheté en Guadeloupe le livre Oiseaux des Antilles, histoire d\u2019identifier en particulier diverses espèces de colibris, délicats visiteurs des corolles locales.Ce guide était signé James Bond.Tiens donc! Homonymie avec l\u2019agent 007?Ou imitateur juché sur la renommée du célébré espion pour mieux convertir le public aux joies de l\u2019ornithologie ?On se trompe parfois.L\u2019autre jour, à Toronto, de passage au Bell Lightbox pour voir l\u2019exposition Designing 007: Fifty Years of Bond Style, en cours jusqu\u2019au 20 janvier \u2014 l\u2019agent secret britannique tombeur de ces dames célébré, comme on le sait, ses 50 ans d\u2019existence à l\u2019écran \u2014, réponse fut apportée à mes questions.Inauguré à Londres, ce parcours s\u2019offre depuis fin octobre une première escale à Toronto.«Direction suivante: Shanghai», m\u2019explique la directrice des expositions du lieu, Laurel Macmillan.La première salle est consacrée à lan Fleming, créateur du mythe, en romans et en nouvelles.Cet ex-agent de la British Naval Intelligence Division, puis globe-trotter dirigeant les informations étrangères chez Kemsley Newspaper, plongea dans ses expériences pour enfanter en 1952 les premières aventures de 007, dûment baptisé James Bond.«Je ne voulais pas un nom trop romantique, expliquait-il en entrevue vidéo, mais plat.» Ayant lu le livre A Field Guide to the Birds of West Indies de l\u2019Américain James Bond, il s\u2019était emparé du nom de l\u2019ornithologue sans daigner le consulter.Et voilà ! Comme quoi l\u2019usurpateur n\u2019est pas toujours celui auquel on pense.En retour d\u2019ascenseur, dans les films Octopussy en 1983 et Die Another Day en 2002, l\u2019agent James Bond lit A Field Guide to the Birds of West Indies.Le vrai porteur du nom a d\u2019ailleurs fini par rencontrer Fleming à son domaine jamaïcain de Goldeneye, en 1964, quelques mois avant la mort de ce dernier.Heureux fut l\u2019oiseau qui capta leurs confidences.lan Fleming écrivait chaque roman de James Bond en huit semaines.Pour la petite histoire, précisons que lan Fleming écrivait chaque roman de James Bond en huit semaines.Excellente moyenne au bâton pour de pareils best-sellers, dont la renommée s\u2019accrut au grand écran, bien entendu.Vingt-trois films, donc, bons, pas bons, de Docteur No en 1962 au récent et spectaculaire Skyfall, la moitié tirée des écrits de Fleming, l\u2019autre moitié reprenant son style.Car l\u2019homme est mort à 56 ans, 14 ans après la naissance littéraire de James Bond, et il faut bien alimenter la machine à histoires et à gros sous.L\u2019expo, donc: «La plus ambitieuse sur James Bond jamais conçue, m\u2019explique Laurel Macmillan, avec des objets appartenant à Bon Productions, la société britannique derrière tous les films de la série.» Clou de l\u2019affaire : les magnifiques dessins et maquettes de sir Ken Adam, Juif allemand né en 1921 d\u2019un officier de cavalerie prussien réfugié avec sa famille en Angleterre dès l\u2019accession au pouvoir de Hitler.Adam, désormais nonagénaire, un des meilleurs directeurs artistiques du cinéma, participa à sept James Bond {Dr.No, Goldfinger, The Spy Who Loved Me, etc.).Collaborateur d\u2019élection aussi des films de Kubrick, il fut oscarisé pour son travail dans Barry Lindon.Et quel coup de crayon ! Excellente moyenne au hâton pour de pareils hest-sellers.Le style Bond J\u2019en aurais pris davantage, de cette expo, croyant son parcours plus vaste (400 artefacts, tout de même).Hélas! aucun des six interprètes de l\u2019as des espions britanniques ne témoigne en capsule vidéo.Faut dire que certains acteurs s\u2019étaient lassés d\u2019un rôle dont ils se sentaient prisonniers.Sean Connery et Pierce Brosnan s\u2019en plaignaient bien haut, avant de lâcher le filon.Mais on trouve des éléments très chouettes, pour la joie des aficionados.Car il existe bel et bien un style Bond, qui fit florès après que le premier réalisateur du lot, Terence Young, eut offert au personnage son tailleur personnel.La garde-robe du héros et des James Bond Girls se déploie ici (même le bikini d\u2019Ursula Andress dans Dr.No).Une salle recrée un casino, antre de l\u2019élégance, du crime et du vice, où les belles dames douces ou redoutables ensorcellent le héros en smoking autour du tapis vert.SONIA RECCHIA GETTY-TIFF La Golden Girl jouée par Shirley Eaton dans Goldfinger a sa réplique grandeur nature peinte en or et déjà trépassée, dans l\u2019exposition Designing 007: Fifty Years of Bond Style présentée au Bell Lightbox, L\u2019expo, bien sûr, y va d\u2019extraits de films liés à chaque thème et d\u2019armes et de gadgets toujours avant-gardistes.Car qui, avant James Bond, utilisa un téléphone cellulaire dans son auto ?Personne.La Golden Girl jouée par Shirley Eaton dans Goldfinger (un des sommets bondiens) a sa réplique grandeur nature, peinte en or et déjà trépassée.Mon favori: ce local dédié à lan Fleming, avec la vieille machine à écrire Royal qui servit à pondre mille péripéties, et les couvertures originales des romans adaptés.Trônent aussi des photos de Fleming et de son épouse Anne Geraldine Mary Charteris, femme élégante et érudite.Celle-ci, après avoir épousé un baron et un vicomte, convola en justes noces avec Fleming, qu\u2019elle fréquentait depuis des lustres.Tous ces gens-là eurent des vies aussi trépidantes que James Bond, en définitive.A travers eux, l\u2019agent secret donna à ses lecteurs la piqûre des destinations exotiques, d\u2019où le parcours muséal du Japon de We Only Live Twice, du Saint-Pétersbourg de Goldeneye, du Vietnam de Tomorrow Never Dies.Dans l\u2019antre des vilains, Javier Bardem, inoubliable crapule efféminée de Skyfall, manque à l\u2019appel, mais pas mon second méchant préféré: Richard Kiel, en immonde Jaws aux dents d\u2019acier de The Spy Who Loved Me et de Moonraker.Une de ses dents métalliques scintille dans sa boîte.L\u2019expo donne envie de revoir les vieux James Bond, mais le Bell Lightbox, qui les projette tous, faisait relâche de 007 à l\u2019écran ce jour-là.Manque de pot ! J\u2019ai dit « Merci ».C\u2019est le TIFF Bell Lightbox qui m\u2019avait invitée.Puis j\u2019ai dé-goté un DVD de Goldfinger pour assouvir ma soif, au retour à Montréal.Noël approchait.Encore plus aujourd\u2019hui.Alors, entre trois coupes et deux indigestions, je conseille aux retardataires de filer au cinéma voir Skyfall, le meilleur et dernier des Bond.En leur souhaitant avec ça de joyeuses Fêtes, aux frénétiques aventures.Cette, chronique fait relâche durant une semaine.A bientôt ! otremblay@ledevoir.com MEDIAS Former, informer, in-former Premiers bilans savants de la couverture du printemps mouvementé STEPHANE BAILLARGEON C?est parti.Les premières productions universitaires sur l\u2019agitation sociale du printemps commencent à germer.L\u2019Université Laval proposera cet hiver un cours de sociologie intitulé « Question de sociologie H: le printemps québécois».Le titulaire Olivier Clain a expliqué qu\u2019il souhaitait étudier le mouvement, mais aussi «la manière dont s\u2019est construit le discours» autour de cette crise.Plusieurs de ses collègues sociologues viendront l\u2019épauler, par exemple pour décortiquer les statistiques sur l\u2019accès à l\u2019éducation des classes moyennes.Un groupe de savants en com- munication de l\u2019Université du Québec à Montréal propose déjà ses propres analyses dans un numéro spécial (vol.15, numéro 2) de la revue COMMpo-site disponible gratuitement en ligne {commposite.org).Les chercheurs ont plus l\u2019habitude, la qualité et le défaut de travailler sur un temps lent en assumant «l\u2019effort, la patience du concept», selon la jolie formule hégélienne.L\u2019introduction au numéro parle plutôt de « cher-cheur.es» et aussi de «profes-seur.es» et d\u2019«étudiant.es», dans une pure novlangue uqa-miennne, pour inclure dans la même faute le masculin et le féminin.Alors, que disent ces cher-cheur.res-là de ce printemps-là?Aexandre Provencher réfléchit PINOCCHIO DIT QU'IL EST LE PÈRE NOËL MALGRÉ CE MENSONGE, PINOCCHIO T'ATTEND POUR VRAI À SON SPECTACLE 5 ANS + 22 AU 30 DÉCEMBRE UH, ISH, ISH laplacedesaits.com 514 842 2112/1 866 842 2112 F Tmcpr TEXTE ET MtSE EN SCÈNE : HUGO BÉLANGER LE DEVOIR O Cinquième salie sur les relations publiques.Une assez longue digression théorique aboutit à deux ou trois pages qui développent l\u2019idée somme toute banale que «le PLQ a laissé la situation s\u2019envenimer et lui a permis de sejudi-ciariser» et qu\u2019il «aurait pu intervenir bien avant» et que le gouvernement aurait eu «avantage à faciliter une conversation dans le but de rechercher un consensus avec les étudiants, les recteurs, la population, etc.».L\u2019article le plus éclairant du lot est signé par la professeure Chantal Francœur, qui vient de publier un livre sur la convergence.heu pardon, sur l\u2019intégration des plateformes d\u2019information à Radio-Canada (voir l\u2019encadré).Dans COMMposite (quel nom moche, en passant.), elle invite à réfléchir sur les effets du formatage de l\u2019information pendant le conflit.Mieux, elle montre comment les étudiants ont eu à «livrer bataille contre les multiples moules journalistiques qui les emprisonnent».Quèsaco?Les «moules» en question définissent les règles à suivre pour organiser les informations de manière journalistique.« Ces règles dictent ce qui se fait et ne se fait pas en journalisme», résume Mme Francœur.Premier cas d\u2019espèce: la J ('Amiral ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR Un groupe de savants s\u2019est penché sur la couverture du printemps étudiant dans une édition spéciale de la revue COMMposite.nouvelle, le fait brut, ce qui mérite d\u2019être rapporté.Par exemple une manifestation réclamant une société plus juste.«Il n\u2019y a pas de fait nouveau, d\u2019événement ou de situation méconnue ou qui évolue dans le fait de réclamer un débat de société, note Mme Francœur.Réclamer ce débat en manifestant attirera l\u2019attention des journalistes sur la manifestation, qui, elle, est un fait nouveau.La manifestation correspond à la définition journalistique de ce qu\u2019est une nouvelle, mais pas le débat de société.Les formats journalistiques définissant ce qu\u2019est une nouvelle ont pour effet d\u2019attirer l\u2019attention sur les coups d\u2019éclat et moins sur le fond de la quête du mouvement étudiant.» Deuxième cas: le reportage.Une fois la nouvelle reconnue, le journaliste la formate.Or, bien souvent, là encore, le journalisme ne peut s\u2019empêtrer dans les «détails» (surtout dans les médias électroniques, a-t-on envie d\u2019ajouter).La routine standardisée élude les longs discours et cible certains porte-parole.« Une organisation comme la CLASSE, qui rejette ces titres et ces fonctions, n\u2019entre pas dans ce moule journalistique, écrit alors la spécialiste.Expliquer pourquoi la CLASSE n\u2019a pas de leader prend aussi trop de temps ou trop d\u2019espace pour être conforme aux formats journalistiques.Même chose pour décrire le fonctionnement du comité médias de la CLASSE.La CLASSE est donc condamnée à être un mouvement marginal, bizarre, étrange, \u201cdéviant\u201d, à cause des formats journalistiques.» In-former Les effets du moulage se font sentir partout.Les journalistes et les patrons de presse eux-mêmes sont formatés par la culture d\u2019entreprise.La concurrence en rajoute en encourageant le clonage des nouvelles et des reportages.Combien de fois, ici comme ailleurs, les chefs ou les reporters se désolent-ils d\u2019avoir «manqué» une simple info, pas un scoop, déjà relayée partout de toute manière.Tout cela n\u2019est pas anodin.Les moules limitent le champ des possibles tout en incorporant les préjugés sociaux ou politiques.Les informations forment et « in-forment», explique Mme Francœur, en imposant des façons de voir et de contrôler le monde.Les chroniqueurs ont par exemple passé le printemps à triturer le vocabulaire, notamment pour parler de «démocratie étudiante » entre guillemets.«Cela ne veut pas dire que le mouvement étudiant ne mène à rien, conclut la professeure.Cela ne veut pas dire que le débat de société n\u2019a pas lieu.La démonstration ci-haut n\u2019exclut pas que des reportages journalistiques aient informé le public autant qu\u2019ils l\u2019aient in-formé.De plus, certains journalistes et certaines entreprises de presse explorent de nouveaux formats journalistiques, tentent d\u2019ouvrir les formats journalistiques prescrits.C\u2019est d\u2019ailleurs grâce à des reportages journalistiques que nous savons ce qu\u2019est une \u201cgardienne du Senti\u201d, un \u201cporte-parole\u201d, la \u201cdémocratie étudiante\u201d.C\u2019est aussi grâce â des reportages journalistiques que nous comprenons pourquoi il y a des guillemets pour chacun de ces mots.» Le Devoir La convergence radîocanadienne Les autres médias convergent.Radio-Canada intègre.Franchement, au fond, c\u2019est du pareil au même.En tout cas, ça se ressemble.«L\u2019intégration est l\u2019adaptation ou l\u2019appropriation radiocanadienne de la convergence, écrit Chantal Francœur dans son livre sur le sujet, La transformation du service de l\u2019information de Radio-Canada, tout juste sorti des Presses de l\u2019Université du Québec.«Radio-Canada prend ainsi ses distances du mot convergence tout en en adoptant sa discipline.Le radiodiffu-seur public se transforme pour garder sa pertinence.» Cette transformation, M\u201c® Francœur l\u2019a suivie à la trace, pas à pas, à l\u2019hiver 2010, quand les cadres, les gestionnaires et les journalistes des trois plateformes radioca-nadiennes (télé, radio et Web) se préparaient aux fusions.Elle-même une ancienne reporter de la maison, elle a fait de cette «révolution culturelle» le sujet de sa thèse de doctorat.La direction lui a donné un accès privilégié aux réunions de planification, aux salles de nouvelles et aux documents de Radio-Canada, mais aussi aux acteurs de la transformation, qu\u2019elle a pu interviewer pour tracer ce portrait à chaud et en même temps froidement analysé de la grande mutation.Trois grandes questions organisent son analyse : Pourquoi intégrer les équipes de reporters?Comment réagissent les journalistes?Et comment se transforme le journalisme à la suite de cette intégration?L\u2019examen approfondi étudie notamment les paradoxes de la convergence.Dans un univers multiplateforme, par exemple, le clip formaté passe-partout s\u2019avère encore plus utile (voir le texte ci-dessus).En même temps, l\u2019intégration permet à l\u2019entreprise médiatique de se détacher de la «culture de relations publiques» en confiant le message construit à un seul journaliste pendant que les autres plongent dans les enquêtes ou les analyses.Le texte, très vivant, se lit comme le long reportage d\u2019une envoyée spéciale au pays de l\u2019intégration.Ce livre devrait devenir le bréviaire de tout patron de presse et de ses employés que le présent et l\u2019avenir du journalisme intéressent encore.D\u2019ailleurs, chacun des chapitres s\u2019ouvre sur une présentation synthétique du sujet sous la forme de la transcription d\u2019un reportage radio bel et bien formaté.IA TRANSFORMATION DU SERVICE DE L\u2019INFORMATION DE RADIO-CANADA Chantal Francœur Presses de l\u2019Université du Québec Montréal, 2012,178 pages LE DEVOIR, LES SAMEDI 22 ET DIMANCHE 23 DECEMBRE 2012 E 3 CULTURE MUSIQUE CLASSIQUE Noël savant, Noël populaire CHRISTOPHE HUSS Le temps de Noël est propice à l\u2019écoute de certains répertoires que l\u2019on retrouve d\u2019année en année.Le millésime 2012 étant plutôt chiche à cet égard, l\u2019occasion est trop belle de retrouver quelques incunables.Privés de présentation du Messie de Haendel en concert cette année, les mélomanes risquent de vouloir se rabattre sur de la musique enregistrée.S\u2019agissant de la discographie de cette œuvre, deux nouvelles versions nous sont arrivées : celle de l\u2019ensemble de Cleveland Apollo\u2019s Fire (CD Avie) et celle de l\u2019orchestre baroque torontois Tafel-musik, sur sa propre étiquette, à partir d\u2019enregistrements de concerts donnés en décembre 2011.Aucune des deux ne peut prétendre se mesurer aux références : dans le CD Avie, d\u2019un ensemble qui ne compte pas parmi les pointures du métier, le son semble artificiel, alors que l\u2019exécution de Tafelmusik, placée sous la direction du chef de chœur Ivars Taurins, croule sous la routine.La distribution, formée de Karina Gauvin, de Robin Blaze (superbe) , de Rufus Müller et de Brett Polegato (étonnamment vulgaire), est à peu près le seul point d\u2019intérêt de cette nouveauté.Gardiner (Philips) et McCreesh (Archiv), ainsi que diverses versions de Neville Marriner restent les propositions les plus intéressantes pour qui veut acquérir Le Messie de Haendel.Musiques savantes L\u2019objet le plus tentant, au rayon de la musique de Noël «savante», est indiscutablement un magnifique petit coffret de l\u2019étiquette belge Ricer-car, qui rassemble en trois CD près de quatre heures de musique sur le thème « Un Noël baroque» {ou A Baroque Christmas, éditeur francophone oblige).Cette réédition puise dans le riche catalogue Ricer-car, mais aussi dans celui de la maison sœur, Zig Zag Territoires, pour L\u2019histoire de la naissance du Christ de Heinrich Schütz par l\u2019excellent ensemble Akademia.La compilation est judicieuse et cultivée : Scheidt, Buxtehude, Praeto-rius, Schütz dans le premier CD ; les Italiens Corelli, Me-rula, Rigatti et d\u2019autres dans le second et les Français (Dan-drieu.Du Caurroy, Daquin) dans le troisième, parachevé par des enregistrements Bach.Tout cela est impeccable.La seconde parution à retenir, une nouveauté du label anglais Hyperion, est un CD majeur consacré à Benjamin Britten à la veille du centenaire de sa naissance.Le Chœur du Trinity College de Cambridge interprète A Ceremony of Carols et la cantate Saint Nicolas.Dans cette dernière, les Holst Singers, les garçons du Temple Church Choir et le ténor Allan Clayton apportent une magnifique contribution.L\u2019intérêt de l\u2019approche du chef Stephen Layton, notamment dans A Ceremony of Carols, est de ne pas uniquement miser sur les couleurs des voix d\u2019enfants mais de donner à leurs phrasés beaucoup de souplesse et de nuances.Musiques populaires On peut classer les parutions plus «populaires» en disques vocaux et disques instrumentaux.Cette dernière catégorie est enrichie d\u2019un fort aimable disque Analekta de la harpiste Valérie Milot et du violoniste Antoine Bareil.Rien de comparable, tout de même, avec le charme, la chaleur et la sincérité du Petit Noël d\u2019Alain Lefèvre et du Quatuor Philippe Dunnigan paru chez le même éditeur l\u2019an passé, un vrai pilier de mon lecteur de disques à l\u2019époque des Fêtes.Dans la catégorie des grands spectacles à l\u2019américaine, 2012 apporte deux contributions a priori majeures.En CD, le disque des Cincinnati Pops et John Morris Russell (Fanfare) est une grosse déception.Sa mièvrerie le destine plutôt à la sonorisation de supermarchés, et les oreilles musicales seront écorchées dès la plage 2 par un affligeant ténor nommé Ro-drick Dixon, qui devrait nous payer pour qu\u2019on accepte de l\u2019écouter.Dans le genre grandiloquent \u2014 ou d\u2019un kitsch qué-taine flamboyant \u2014, le DVD (et Blu-ray) du Mormon Tabernacle Choir, Once Upon a Christmas, est assez imbattable.La tenue musicale (dans le genre, s\u2019entend) est impec-caMe.L\u2019actrice Jane Seymour et le baryton Nathan Gunn sont les vedettes de ce mégaconcert.On profitera de l\u2019occasion pour donner les deux références en CD dans la discipline des Christmas Pops.Il s\u2019agit de To Catch a Christmas Star avec la chorale Roger Wagner et du Dallas Christmas Gala dirigé par Andrew Litton, tous deux publiés sur étiquette Delos.En matière de musique chorale, le plus beau disque du millésime 2012 est A Winter\u2019s Light des Vasari Singers, dirigés par Jeremy Backhouse, un programme réalisé avec soin, mais dans une teinte générale qui trahit nettement sa provenance anglaise.Là aussi, pour nos oreilles et traditions, le nectar est paru chez Naxos, en 1998 déjà.Il s\u2019agit A\u2019En la fête de Noël de La Petite Bande de Montréal, le disque de Noël québécois pour tous, avec les grands « tubes » de ce répertoire.Ce bijou reste notre référence quasi indéracinable, comme peut l\u2019être dans un tout autre domaine Gazz) le fameux Charlie Brown Christmas du Trio Vince Guaraldi.Le Devoir ^ A WINTER\u2019S LIGHT A Christmas Collection y.-îr' 7 ! / 1/ Vasari Singers \u2022 Jeremy Backhouse g\tA BAROQUE CHRISTMAS Trois nouveautés A Baroque Christmas.Ricer-carSCD RIC 329.Britten : A Ceremony of Ca-rois, Saint Nicoias, Trinity Coiiege Cambridge.Hyper-ion CDA 67946 A Winter\u2019s Light.Vasari Singers Naxos 8.573030 Trois indémodables En ia fête de Noëi.La Petite Bande de Montréal.Naxos 8.554435 Daiias Christmas Gaia.Delos SACD 3267 Petit Noëi.Alain Lefèvre et le Quatuor Philippe Dunnigan.Analekta AN2 9289 MARIE HELENE TREMBLAY LE DEVOIR « Je me suis inspiré [de deux versions] pour créer un Pinocchio moins propre et plus mal élevé, plus brut et plus \u201cbois\u201d, qui, au fond, ressemble à celui de Collodi plus qu\u2019à celui de Disney», dit le metteur en scène Hugo Bélanger.THÉÂTRE JEUNES PUBOCS Un Pinocchio frondeur, plus brut et plus « bois » Hugo Bélanger fait revivre le célèbre fils de Gepetto MICHEL BÉLAIR Difficile de rendre l\u2019enthousiasme qui anime Hugo Bélanger à l\u2019autre bout du téléphone.En plein travail de répétition pour ce tout nouveau Pinocchio qui prend l\u2019affiche de la 5® Salle de la PdA ce samedi, le metteur en scène s\u2019est d\u2019un coup sec téléporté, la semaine dernière, dans une haute vallée des Ap-palaches.Et il s\u2019est mis à raconter ce qu\u2019il voit dans l\u2019histoire de cette marionnette en bois dur qui veut devenir un « vrai » petit garçon.Voilà même qu\u2019il s\u2019enflamme, le Hugo Bélanger.Comme une bûche dans le poêle à bois.Interchangeables Il situe d\u2019abord l\u2019atmosphère générale qui enveloppe, qui encadre, plutôt, la production de sa petite compagnie, le Théâtre Tout à trac {L\u2019oiseau vert, La princesse Turandot, Alice au pays des merveilles, Les aventures du baron Münchaussen.).«Le spectacle est un mélange des deux versions les plus connues de Pinocchio : celle de Collodi, qui date de la fin du XIX^ siècle, en pleine révolution industrielle, et celle de Walt Disney, que tout le monde connaît, feme suis inspiré des deux pour créer un Pinocchio moins propre et plus mal élevé, plus brut et plus \u201cbois\u201d, qui, au fond, ressemble à celui de Collodi plus qu\u2019à celui de Disney.Ce nouveau Pinocchio est devenu frondeur et moins \u201cvictime\u201d.On sent dans son histoire \u2014 du moins, je l\u2019espère! \u2014 le passage de l\u2019enfance à l\u2019adolescence tout autant qu\u2019à la vraie vie.» Il explique que l\u2019allégorie de «la bûche de bois qui veut se faire homme» imaginée par Collodi surgit alors que la machine s\u2019instAle partout, fin dix-neuvième siècle, déshumanisant les rapports entre les hommes et ce qu\u2019ils perçoivent désormais comme leur principale raison d\u2019être : le travail.C\u2019est une époque épique, avouons-le ; c\u2019est à ce moment que l\u2019on se met à exploiter systématiquement les gens au nom du progrès collectif! «Qui est Pinocchio ?poursuit Bélanger.Collodi écrit son histoire mouvementée dans un roman-feuilleton publié dans la presse quotidienne; les aventures de son héros s\u2019inscrivent dans un monde où les travailleurs deviennent peu à peu des marionnettes interchangeables branchées sur leur machine.Comme tout le monde, Gepetto et Pinocchio ne l\u2019ont pas facile et on peut même s\u2019imaginer que le recours à la marionnette et à son armure de bois est une façon de protéger le petit garçon de la dure réalité.On est quand même assez loin de Jimmy Criquet \u2014 que Collodi fait disparaître rapidement \u2014 et de la baguette magique de la bonne vieille Fée bleue.» Soulignons aussi que le Pinocchio de Collodi vieillit et franchit une longue série d\u2019épreuves qui le transforment au cours des années; dès le départ, Hugo Bélanger voyait son rôle joué à la fois par une marionnette et par un marionnettiste.Interchangeables.La tentation de la facilité «C\u2019est un texte tellement riche, reprend-il, que chacun peut en faire une lecture créative.Collodi a exploré plusieurs pistes puisque son récit, qu\u2019il étire chaque jour, part dans toutes les directions; c\u2019est d\u2019ailleurs en \u201cétirant\u201d que lui est venue, à la longue, cette idée du pantin qui veut devenir un vrai garçon.Mais nous avons choisi d\u2019aller droit au but parce que le texte est toujours aussi actuel \u2014 comme l\u2019allusion aux gangs de rue dans l\u2019épisode du Pays des jouets.Cela s\u2019explique peut-être par le fait que nous traversons aussi une période de crise systémique comme à l\u2019époque de Collodi.Comme lui, on ne peut que dé- noncer les mirages et les succès faciles, les \u201ctentations\u201d que subit Pinocchio et les raccourcis qu\u2019il essaie de prendre.» Dans la version du Tout à Trac, qui insiste sur l\u2019importance de l\u2019imaginaire et du rêve, on retrouvera les points de repère habituels : Mange-feu, le patron du Théâtre de marionnettes.Monsieur Renard et le Chat, le Pays des jouets, l\u2019épisode de la baleine.«Reste que notre travail est une sorte d\u2019allégorie sur la pauvreté et la misère sociale.Et aussi une histoire où les transformations sont possibles malgré les difficultés auxquelles la vie nous confronte.» Mais ce n\u2019est pas tout.Après le succès ôéAlice au pays des merveilles (plus de 300 représentations) qui a roulé sa bosse un peu partout jusqu\u2019à la Brooklyn Academy of Music, après Chante avec moi!, aussi d\u2019Olivier Choinière, Bélanger tenait à intégrer la musique à son spectacle.«Le spectacle d\u2019Olivier Choinière m\u2019a beaucoup marqué: le spectateur y vit une sorte d\u2019ensor- cellement de base auquel on ne peut résister et je m\u2019en suis inspiré pour chacun des cinq épisodes musicaux de notre Pinocchio.Chaque fois, j\u2019ai voulu marquer un moment fort.La tentation de la facilité, par exemple, comme lorsque le Renard et le Chat escroquent Pinocchio en ayant recours à la pensée magique, simple, facile.Pinocchio y croit tellement, chaque fois, et la désillusion est cruelle.Mais, au bout du compte, ce sont des étapes essentielles qui l\u2019amèneront à se transformer par lui-même.» Le tout en à peine une heure.Avec en arrière-fond des usines qui poussent partout et un charivari mécanique qui fait un peu penser au Chaplin des Temps modernes.Ça promet, non ?Collaborateur Le Devoir PINOCCHIO Adaptation, texte et mise en scène d\u2019Hugo Bélanger.Une production du Théâtre Tout à Trac présentée à la 5® Salle de la PdA du 22 au 30 décembre.ESPACE GO LE N» DERNIER PETER BATAKLIEV ANNICK BERGERON MAXIME DÉNOMMÉE NOÉMIEGODIN-VIGNEAU LOUISE LAPf^ADE JÉRÔME MINIÈRE DANIEL PARENT ÉVELYNE ROMP,RÉ UNE COPRODUCTION ESPACE GO + UBU FEU THEATRE ESPACE GO 4890, BOUL.SAINT-LAURENT, MONTRÉAL BILLETTERIE : 514 845-4890 ESPACEGO.COM Texte DEALOHER TRADUCTION LAURENT MUHLEISEN MISE EN SCÈNE & SCÉNOGRAPHIE DENIS MARLEAU STÉPHANIE JASMIN DU 22 JANVIER AU 16 FEVRIER 0 1 ^transat PARTENAIRE DE SAISON E 4 LE DEVOIR LES SAMEDI 22 ET DIMANCHE 23 DECEMBRE 2012 CULTURE-CINEMA Mauvais timing PARAMOUNT En attendant le tournage du cinquième volet de Mission: impossible, Cruise cherchait manifestement, avec Jack Reacher, à mettre la tahle pour une autre série lucrative.JACKREACHER Scénario et réalisation : Christopher McQuarrie.Avec Tom Cruise, Rosamund Pike, Richard Jenkins, David Oyelowo, Robert Duvall, Werner Herzog.Photo: Caleb Deschanel.Montage: Kevin Stitt.Musique: Joe Kraemer.Etats-Unis, 2012, 130 min.FRANÇOIS LÉVESQUE Tapi dans un stationnement à étages, un sniper guette les badauds qui circulent de l\u2019autre côté d\u2019un canal.Vissé à la lorgnette, son œil ne cille pas.Appuyé sur la gâchette, son doigt ne tremble pas.Sans état d\u2019âme, le tireur embusqué abat cinq personnes.Une fois appréhendé, il réclame un certain Jack Reacher, ancien major de la police spéciale de l\u2019armée disparu des radars depuis deux ans.Une aura de mystère lui faisant manteau, Reacher rapplique de lui-même et flaire aussitôt un complot.Issues de l\u2019imaginaire du romancier britannique Lee Childs (qui emprunte ici à Agatha Christie et à son A.B.C.contre Poirot), les péripéties de Jack Reacher se déclinent en seize romans.C\u2019est dire que, pour peu que le box-office collabore, on reverra Tom Cruise l\u2019incarner à l\u2019écran.Mais le succès n\u2019est pas garanti, car le fdm sort à un très mauvais moment.Dans un contexte ordinaire, le prologue de Jack Reacher n\u2019aurait guère suscité d\u2019émoi.Sauf que le contexte n\u2019est pas ordinaire.La récente tragédie de Newtown est encore fraîche dans les mémoires et, compte tenu du très jeune âge des victimes, le lobby de la National Rifle Association (NRA) devra probablement déployer plus d\u2019efforts que de coutume afin de s\u2019assurer qu\u2019on passe à autre chose au plus vite.D\u2019ici là, le nombre effarant de fusillades qui surviennent chaque année aux Etats-Unis continuera d\u2019alimenter les bulletins de nouvelles.Triste rappel Jack Reacher, et c\u2019est là son drame, vient rappeler sans le vouloir qu\u2019à Hollywood, une telle violence constitue une commodité narrative comme une autre.On ne la remet pas en question, on ne la commente pas.Le temps étant au recueillement collectif et aux remises en question \u2014 pieuses pour les uns et sincères pour les autres \u2014, peut-être que, pour une fois, le public n\u2019aura pas envie d\u2019aller voir au cinéma la version fictive de l\u2019horreur réelle qu\u2019on rapporte jour après jour à la télévision.Paramount, qui distribue Jack Reacher, semble en tout cas le craindre, car le studio a annulé sa grande première avec paillettes et tapis rouge.Personne ne veut donner l\u2019impression de danser sur les tombes de 27 personnes, dont 20 enfants.Tom Cruise, vedette adepte du contrôle s\u2019il en fut, aurait certainement préféré une sortie sans heurt.Six mois après sa prestation embarrassante dans le bide Rock of Ages, l\u2019acteur devait rebondir dans le genre cinématographique qui lui réussit le mieux: faction.En attendant le tournage du cinquième volet de Mission : impossible.Cruise cherchait manifestement, avec Jack Reacher, à mettre la table pour une autre série lucrative.Or, une fois écartées les complications liées aux circonstances de sa sortie, le plus gros problème de ce très long long-métrage, c\u2019est qu\u2019il n\u2019est pas très réussi.Criblée d\u2019invraisemblances, l\u2019intrigue est de surcroît peuplée de personnages secondaires grossièrement esquissés, comme cet improbable vilain campé par Werner Herzog, brillant cinéaste allemand réduit à jouer un méchant russe qui a laissé ses doigts dans un goulag, ou comme, encore, cette avocate beaucoup trop naïve pour sa profession, faible femme condamnée à attendre passivement qu\u2019on vole à sa rescousse à la fin.Vraiment?En presque 2013?Avec son machisme périmé et ses soubresauts d\u2019humour maladroits, Jack Reacher paraît sortir tout droit des années 1980.Dans le rôle-titre.Chuck Norris ou Steven Seagal auraient d\u2019ailleurs fait merveille.Le Devoir Rêver des dialogues possibles LE EILS DE L\u2019AUTRE Réalisation : Lorraine Lévy.Scénario : Nathalie Saugeon, Lorraine Lévy, Noam Fitoussi.Avec Emmanuelle Devos, Pascal Elbé, Jules Sitruk, Mehdi Dehbi, Areen Omari, Khalifa Natour, Mahmood Shalabi, Bruno Podalydès.ODILE TREMBLAY On pense à Une bouteille dans la mer de Gaza de Thierry Binisti.Même fable optimiste entourant le conflit israélo-palestinien, même fine passerelle tendue au-dessus d\u2019un gouffre apparemment abyssal.Le fils de Vautre de la Erançaise Lorraine Lévy (derrière La première fois que j\u2019ai eu 20 ans) doit être pris comme un chant d\u2019espoir davantage que comme un portrait réaliste du champ (et du mur) miné qui sépare Israël de la bande de Gaza.La proposition, assez naïve, possède le désavantage de n\u2019être pas nouvelle : deux enfants ont été échangés au berceau avec la vérité éclatant au grandjour des années plus tard.Etienne Chatiliez à travers La vie est un long fleuve tranquille, franc succès public, Lavait déjà abordée en 1987.Sauf qu\u2019ici, le décor n\u2019est pas la France, mais la poudrière du Moyen-Orient, où un jeune Juif de famille aisée et un Palestinien d\u2019un milieu pauvre se retrouvent pris dans la tourmente des révélations sur leurs ascendants biologiques, englobant le conflit politique.Le parallèle avec le fdm de Chatiliez nous vient nécessairement à l\u2019esprit, nuisant à ce conte tout simple, rempli de bonnes in- 7 ^ ntl [) iMrij 1 Emmanuelle Devos et Pascal Elhé incarnent un couple juif dans Le fils de l\u2019autre.tentions, mais néanmoins touchant.Car il faut bien rêver à des dialogues possibles, et c\u2019est ce à quoi Le fils de Vau- Emmanuelle Devos est l\u2019élément fort du film, avec un rôle plein de force, de chaleur et de sensibilité tre s\u2019attarde, sans reléguer les clichés d\u2019usage, mais avec sensibilité et humanité.Les garçons viennent d\u2019avoir 18 ans.Le groupe sanguin de Joseph est incompatible avec celui de ses parents juifs.Une femme qui travaillait à la maternité révèle le pot aux roses : il y eut échange.Le couple juif incarné par Emmanuelle Devos et Pascal Elbé, après un premier désarroi, dit la vérité à Joseph Gules Sitruk, une belle énergie).Les parents palestiniens ne veulent ENTRE LES BRAS - LA CUISINE EN HÉRITAGE PAUL LACOSTE KIRIKOU ET LES HOMMES ET LES FEMMES MICHEL OCELOT ANNA KARÉNINE JOE WRIGHT POUR LA PROGRAMMATION COMPLÈTE, CONSULTEZ NOTRE SITE WEB CINEMAEXCENTRIS.COM ET AUSSI A L\u2019AFFICHE: sÇupesoup UN NOUVEAU COMPTOIR SOUPESOUP À EXCENTRIS TOUS LES JOURS! BILLETTERIE : 514 847-2206 3536, BOULEVARD ST-LAURENT, MONTRÉAL OQ CINEMAEXCENTRIS.COM EXC3NTRIS DE QUENTIN TARANTINO EN VERSION ORIGINALE AVEC SOUS TITRES FRANÇAIS rien entendre.La mère juive appelle l\u2019autre maman (Khalifa Natour).Le fils, Yacine (Mehdi Fehbi, un peu figé), finit par être au parfum.Le père gronde, le frère fondamentaliste encore plus.H risque l\u2019ostracisme dans sa communauté, mais chacun fera un pas vers l\u2019autre.Vrais fds et faux fils apprendront à se connaître et à conquérir le berceau dont ils sont issus, sans se renier pour autant.Emmanuelle Devos est l\u2019élément fort du film, avec un rôle plein de force, de chaleur et de sensibilité.Les autres interprètes ont moins de panache.Même si on aurait souhaité au film plus d\u2019ampleur et une mise en scène plus originale, certains moments sont très bien : la rencontre du personnage d\u2019Emmanuelle Devos avec Yacine, la musique de Joseph qui conquiert sa famille naturelle.D\u2019autres moments sont par contre vraiment clichés ; par exemple, quand Joseph aide Yacine dans son travail de vendeur itinérant, on trouve que la cinéaste pousse le bouchon.Une fable donc, et pourquoi pas?Que résonne dans ce film un cri d\u2019espérance ! C\u2019est bientôt Noël, après tout.Le Devoir Deux toques valent mieux qu\u2019une MICHEL BRAS: ENTRE LES BRAS Scénario et réalisation : Paul Lacoste.Photo: Yvan Québec.Montage: Anthony Brinig.Musique: Karol Beffa.France, 2011, 87 min.FRANÇOIS LÉVESQUE En 2001, le réalisateur Paul Lacoste fit découvrir au monde le chef français Michel Bras dans le documentaire L\u2019invention de la cuisine: Michel Bras.Un des protagonistes de cette production, Sébastien Bras, fils de Michel et sous-chef de ce dernier, intrigua le cinéaste qui, une fois son film terminé, se promit de les revisiter tous deux en mettant cette fois l\u2019accent sur le second.Dix ans plus tard, les aléas de l\u2019existence ont bien servi le docu- Dès le début, il apparaît évident que Michel Bras n\u2019a pas fait son deuil de sa vie professionnelle mentariste puisque Bras père a décidé de se retirer en cédant les rênes du restaurant familial à Bras fils.Or, sous l\u2019œil attentif de Paul Lacoste, ce simple acte de passation filiale se révèle, au final, fort complexe.Ajouter le fils.Dès le début, il apparaît évident que Michel Bras n\u2019a pas fait son depil de sa vie professionnelle.A plus d\u2019une occasion, en particulier en cuisine lorsque son fils est censé avoir pris le relais, les paroles du père {«Moi, j\u2019aurais fait ça comme ceci et non comme cela ») sont contredites par ses actions (il mange gou- lûment et vide son assiette).La tête décrète l\u2019heure de la retraite, mais le corps reste attaché aux fourneaux \u2014 qui en sont presque un prolongement.Entre l\u2019honneur du père et la légitimité du fils, une délimitation se dessine graduellement, difficilement; mince ligne de vie.Mettre le père de côté; réserver.Entre les Bras (beau jeu de mots) aurait pu se dérouler dans n\u2019importe quel corps de méfier puisque ce qui intéresse Paul Lacoste, c\u2019est la notion de legs, de transmission.Le fils poursuit son escalade de la montagne alors que le père contemple une dernière fois le sommet avant d\u2019entreprendre, non sans hésitation, non sans appréhension, la descente de l\u2019autre versant.Remuer sans mélanger.Séquences belles, évocatrices et surtout complémentaires : les confidences pudiques de Michel Bras au soleil couchant suivant les séances de jogging silencieuses de Sébastien au petit matin.Et toujours entre eux cet amour et surtout cette profonde compréhension qui se manifeste dans leurs silences et dans ces regards croisés qu\u2019ils posent sur les plats plutôt que sur leurs personnes.Une louche d\u2019universalité des thèmes, une cuillère à thé de rigueur visuelle, un soupçon d\u2019émotion: Entre les Bras convie le cinéphile à un banquet humain duquel le cœur et l\u2019esprit sortent repus.Le Devoir I I A; (V KFILMS AMERIQUE Entre les Bras aurait pu se dérouler dans n\u2019importe quel corps de métier puisque ce qui intéresse le réalisateur Paul Lacoste, c\u2019est la notion de legs, de transmission, entre Michel Bras et son fils Sébastien.http://cinemaexcentris.com LE DEVOIR LES SAMEDI 22 ET DIMANCHE 23 DECEMBRE 2012 E CULTURE >CII!ËMA ALLIANCE FILMS Jamie Foxx, dans le rôle principal de Django déchaîné, et Leonardo DiCaprio, au sommet de sa forme.Spartacus noir DJANGO UHCHAIJVEJ) (DJANGO DECHAINE) Réalisation et scénario: Quentin Tarantino.Avec Jamie Foxx, Christoph Waltz, Leonardo DiCaprio, Kerry Washington, Samuel L Jackson, Walton Coggins, Quentin Tarantino.Image: Robert Richardson.Montage: Fred Raskin.165 min.ODILE TREMBLAY Il y a quelque chose de jouissif à voir Quentin Tarantino réinventer à sa guise la grande Histoire dans ses dernières œuvres, en offrant l\u2019occasion aux victimes d\u2019assouvir enfin leur vengeance.Un peu comme dans son précédent Inglorious Basterds, campé dans la France occupée, Django Unchained, qui se déroule entre le Nord et le Sud américains, aborde ici frontalement l\u2019esclavage.Le héros de ce western prend le contre-pied du cow-boy solitaire blanc : esclave noir nouvellement affranchi (vibrant Jamie Foxx), il se bat pour retrouver son épouse et pour la dignité des siens, tout en égarant quelques scrupules au passage.Action en perspective.Montagnes russes en vue.Vive Tarantino ! La violence revendiquée dans toute l\u2019œuvre du cinéaste de Reservoir Dogs s\u2019en donne ici à cœur joie : sang qui n\u2019en finit plus de gicler, esclave broyé par les crocs des chiens, séances de torture rappelant Le silence des agneaux, lutte à mort de deux Noirs pour fins de paris et autres gracieusetés.Ce film s\u2019étire pourtant (près de trois heures) et s\u2019égare ici et là.L\u2019horreur prend parfois le pas sur le message, avec délectation du cinéaste qui aurait pu resserrer son montage.Place quand même à une production coup- * % ALLIANCE FILMS Christoph Waltz, révélation oscarisée Inglorious Basterds, ici en chasseur de primes.de-poing d\u2019une violence quasi insoutenable, désamorcée par des gags de situation, nourri de scènes d\u2019anthologie et de musiques diverses, dont plusieurs de Morricone.Depuis le temps qu\u2019il en rêvait, de son western spaghetti.Celui-ci, de facture relativement classique quoique tarentinienne, se colle au but de la dénonciation, mais ne laisse aucun répit au spectateur, qui en prend plein la gueule.Dans le rôle principal, Jamie Foxx (très remarqué dans Ray) se voit un peu éclipsé par son compagnon de meurtre et de route.Il s\u2019agit d\u2019un chasseur de primes, dit le docteur King Schultz (Christoph Waltz, révélation oscarisée WInglorious Basterds), faux dentiste qui se déplace comiquement avec un chariot surmonté d\u2019une grosse dent branlante, d\u2019un flegme et d\u2019une suavité inénarrables dans les situations les plus périlleuses.L\u2019histoire d\u2019amour à l\u2019écho wagnérien se double d\u2019un chant de libération des esclaves, mais sans manichéisme.Car l\u2019un des meilleurs oncles Torn collabo-rationnistes jamais vus à l\u2019écran est ici joué par Samuel L.Jackson, en majordome servile inoubliable, et la lâcheté de plusieurs esclaves se voit mise en lumière.Si les Blancs, dont l\u2019immonde propriétaire du domaine sudiste de Candyland, incarné avec un brio cruel par un Leonardo DiCaprio au sommet de sa forme, appartiennent en général aux catégories des brutes, des riches pervers ou des sombres crétins \u2014 les membres du Ku Klux Klan sont d\u2019un ridicule achevé ; et quelle scène d\u2019explosion ! \u2014, le personnage de Waltz, dans sa complexité et son courage, n\u2019est pas entièrement négatif.Franco Nero, qui incarnait le rôle-titre de Django, héros solitaire, en 1966 dans le sanglant western spaghetti de Sergio Corbucci, hérite ici d\u2019un caméo, en coup de chapeau.Par ailleurs, un des plateaux de ce film.Melody Ranch à Santa Clarita en Californie, avait servi de cadre au grand Stagecoach de John Ford.Tarantino ne renie jamais ses sources.On l\u2019aime aussi pour ça.Le Devoir 'k'k'k'k « Juste, émouvant, parfois drôle.Et toujours surprenant.» - Marc-André Lussier, La Presse Le roi de la triche devient |e roi de l\u2019aventure ( fï'ABÜS yÉCQlEISr PAWGEREUX POUR lASAMlt j ^tisyACAMCES M ouemo Micheline Bernard un film de Simon Galiero FILM D\u2019OUVERTURE FESTIVAL DU NOUVEAU CINÉMA Le Parisien RODUCTION LES FILMS DE L'AUTRE PRODUCTION DELEGUEE PATRICIA BERGERON DISTRIBUTION E BERNARD.LOUIS SINCENNES, MARC FOURNIER.CHRISTINE BEAULIEU.JULIEN POULIN ET PIERRE-L PRODUCTION MÉLISSA PIÉTRACUPA DIRECTION PHOTO NICOLAS CANNICCIONI DIRECTION ARTISTIQUE CAROL CONCEPTION SONORE OLIVIER CALVERT PRISE DE SON SOPHIE CLOUTIER MUSIQUE DOMENICO SCARLATT ÉCRIT.PRODUIT ET RÉALISÉ PAR SIMON GALIERO JHILLAiir ilEALÜEil Canad'â www.funfim.ca Œ facebook.com/funfi mdistribution El twitter.com/FunFi mDist i * ün film ^ familial rigolo é PRÉSENTEMENT version originale française\t^^ À L\u2019AFFICHE!\trLECLAPl W [ www.gzfilms.ca | À iiArri/^iiri 1\u201c\t^TRIS\u2014| rCINEMA BEAUBIEN! I\u2014T^cinema-\u2014-.A rApp^UCI I 514 847-2206\t| 12396 Beaubien E 514-721-606011\tLE CLAP | r»\tI Iwl ILi\tCONSULTEZ LES GUIDES HORAIRES DES CINEMAS Quarantaine dorée THIS IS 40 Réalisation et scénario: Judd Apatow.Avec Paul Rudd, Leslie Mann, Maude Apatow, Iris Apatow, Albert Brooks.Image: Phédon Papamichael.Montage: David L.Bertman, Jay Deuby, Brent White.Musique: Jon Brion.États-Unis, 2012, 134 min.ANDRE LAVOIE Ne cherchez pas la bouille sympathique de Seth Ro-gen dans cette suite qui n\u2019en est pas tout à fait une de la mordante comédie Knocked Up, ce film qui a officialisé la mise au monde cinématographique de Judd Apatow (The 40 Year Old Virgin, Funny People).Il a plutôt choisi de s\u2019attarder à l\u2019évolution (?) de la relation d\u2019un couple de personnages secondaires qui constituait une forme de repoussoir aux futurs parents (obligés) du premier film.Incarnés par Paul Rudd et Leslie Mann, compagne du cinéaste, ils donnaient du mariage et de la vie de famille une vision à la fois cauchemardesque et idyllique.On retrouve le même mouvement de balancier dans This Is 40, un regard sur la quarantaine dans un espace protégé, celui d\u2019un quartier cossu de Los Angeles, alors que ce couple semble tout affronter en même temps: les factures qui s\u2019empilent, leurs deux filles qui se crêpent le chignon, le corps qui This Is 40 est un regard sur la quarantaine dans un espace protégé, celui d\u2019un quartier cossu de Los Angeles ramollit et les beaux-pères qui exaspèrent.Ces remous, ces dilemmes et ces sources de tension s\u2019entremêlent allègrement dans leur demeure aux dimensions indécentes, où il faut se réfugier dans les toilettes pour avoir la paix.Judd Apatow n\u2019a jamais craint les excès, qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019aligner les blagues en bas de la ceinture (elles sont ici nombreuses et parfois très efficaces), les références à la culture populaire (la série télévisée Lost en prend pour son rhume) et les pitreries (Paul Rudd et le ridicule font depuis longtemps bon ménage).Dans ce contexte d\u2019abondance, l\u2019art de la concision lui fait parfois défaut, offrant trop souvent des comédies qui, aussi foisonnantes soient-elles, accusent un rythme chancelant.La chose était plus évidente, et plus cruelle, dans Funny People, mais This Is 40, même dans toute sa légèreté impertinente, illustre à nouveau ce travers chez ce comique de talent.Il sait toutefois flairer l\u2019air du temps, et illustrer par l\u2019absurde aussi bien les traits de sa génération que ceux de sa classe sociale, dans des intérieurs chics où résonne parfois le bruit sourd des flatulences.Pour ceux qui l\u2019ignoraient, le bon goût ne figure pas (encore) parmi ses grandes qualités.Collaborateur Le Devoir UNIVFRSAF Dans This Is 40, Paul Rudd et Leslie Mann incarnent un couple qui semble tout affronter en même temps: les affres de Page, les frictions familiales tout comme les factures qui s\u2019empilent.PLUS DE 1 MILLION D'ENTRÉES EN FRANCE! APRÈS LE SUCCÈS DE KIRIKOU ET LA SORCIÈRE & KIRIKOU ET LES BÊTES SAUVAGES «MICHEL OCELOT PARVIENT UNE FOIS ENCORE A NOUS SURPRENDRE, NOUS ÉMOUVOIR ET NOUS ÉMERVEILLER.» LE NOUVEL OBSERVATEUR ?LE MONDE LE PARISIEN PREMIERE CAHIERS DU CINEMA lUN RAVISSEMENT.KIRIKOU et les hommes et les femmes Un film de Michel Ocelot remstarfilms corn\tG RemstarFilms PRÉSENTEMENT AU CINÉMA CINEMA\tI\tCINEMA BEAUBIEN I rESTcENTRIsI CRemsCan E 6 LE DEVOIR LES SAMEDI 22 ET DIMANCHE 23 DECEMBRE 2012 IDE VISU Un projet tissé serré L\u2019exposition/\u2019amf/tes ouvre une nouvelle ère au Musée McCord FAMILLES Marie-Claude Bouthillier, Musée McCord d\u2019histoire canadienne, 690, rue Sherbrooke Ouest, jusqu\u2019au 14 avril JÉRÔME DELGADO Le Musée McCord prend un coup de jeune ! Dans sa programmation, faut-il préciser.On ne parle pas de la série Jouets mise en place depuis deux ans, mais de cette ouverture de plus en plus affichée envers les pratiques actuelles.Pour une institution riche en objets du XIX® siècle et vouée à la préservation des mœurs d\u2019époques révolues, l\u2019exposition Familles inaugurée il y a quelques jours lance une nouvelle ère.Le musée d\u2019histoire canadienne accueillait cet automne sa première artiste «en résidence», Marie-Claude Bouthillier, avec l\u2019objectif de jeter un regard frais sur les collections du McCord.Le résultat en est l\u2019expo Familles.Les courtepointes, ceintures fléchées, couvre-lits et jeux de plateau tirés des réserves forment le nœud de la présentation.Sous l\u2019œil de cette peintre qui a souvent manifesté une grande sensibilité pour les textiles, ces objets sont devenus des pièces d\u2019art gestuel, de simples compositions géométriques et chromatiques.L\u2019éclairage tamisé et la présence de vitrines, deux aspects imposés compte tenu de la fragilité des morceaux d\u2019étoffe choisis, confèrent à cette exposition d\u2019art actuel une teneur dramatique pas inintéressante.En 2011, le Musée McCord avait déjà marqué un grand coup en permettant à un artiste ontarien.Luis Jacob, de fouiller dans ses coffres.Le projet qui en avait découlé invitait à réfléchir à ce qui mérite Dans son tri des collections du McCord, Marie-Claude Bouthillier objets, qui paraissaient familiers».DELPHINE DELAIR a porté son attention sur «des d\u2019être regardé et conservé.L\u2019expo L\u2019œil, la brèche, l\u2019image avait été parmi les meilleures Marie-Claude Bouthillier a disposé «ses» objets par cat^orie, pour faire ressortir quelques traits distinctifs du Mois de la photo.Ce fut en tout cas une collaboration d\u2019histoire et d\u2019art actuel qui a visiblement donné la piqûre.Le programme Artiste en résidence en est la suite.Le choix de cette première résidente, Marie-Claude Bouthillier, correspond bien à cette idée de soumettre l\u2019objectivité d\u2019un patrimoine à la subjectivité d\u2019un regard.Sa peinture très personnelle, marquée du motif récurrent de sa longue chevelure et, à l\u2019occasion, des initiales de son propre nom, ne fait pas moins d\u2019elle une artiste rassembleuse.Son projet Le Tarot de Montréal, en 2010, lui avait permis de réunir une vingtaine de ses pairs.Marie-Claude Bouthillier, faut-il le rappeler aussi, est un digne membre de la grande famille du centre Clark.m Partenaire de saison Hydro Québec MUSEE D'ART DE JOLIETTE AUTOMNE 2012 MILUTIN GUBASH LES FAUX-SEMBLANTS DU 28 SEPTEMBRE AU 30 DÉCEMBRE 2012 MOLINARI, SALA, MUNARI mSm Organisée par (a Fondation Guido Molinari DU 28 SEPTEMBRE AU 30 DÉCEMBRE 2012 PENELOPE STEWART APIAN SCREEN DU 3 JUIN AU 30 DÉCEMBRE 2012 GROUPE DES 15 Organisée par (a MRC de D'Autray DU 2830 SEPTEMBRE AU 30 DÉCEMBRE 2012 145, rue du Pere-Wilfrid-Corbeil, Joliette (Quebec) J6E 4T4 450 756-0311 I www museejoliette org Ouvert du mardi au dimanche, de 12 h a 17 h, et en soiree les jeudis du 11 octobre au 13 décembre 2012, jusqu'à 20 h Québec r Joliette La part des autres Familles, le titre, lui sied bien.Dans son tri des collections du McCord, Bouthillier a porté son attention sur «des objets, qui paraissaient familiers», écrit-elle dans le texte affiché dans la salle du musée.Des objets qui se font écho et dont «chacun porte une part des autres».Bien que leur fonction d\u2019origine puisse varier, malgré la diversité des matériaux et la disparité des formats, il ressort de l\u2019ensemble une étonnante similitude.«Une unité», dans les mots de l\u2019artiste.Marie-Claude Bouthillier a néanmoins disposé «ses» objets par catégorie, pour faire ressortir quelques traits distinctifs.Les courtepointes et les couvre-lits, vastes étendues de tissus, se font face, un peu comme s\u2019il s\u2019agissait de séparer filles et garçons avant d\u2019entamer une danse.Les rosaces d\u2019un bord, les grilles de l\u2019au- Lier collections et pratiques Le programme Artiste en résidence, que le Musée McCord lance avec l\u2019exposition de Marie-Claude Bouthillier, vise à mettre en relation les collections de l\u2019établissement avec des pratiques artistiques.Deux projets par année devraient naître de cette initiative.Celui qui suivra Familles, en septembre 2013, fera partie du Mois de la photo à Montréal.L\u2019artiste résident n\u2019est pas encore déterminé, mais il sera choisi, exceptionnellement, par un intervenant extérieur au McCord, soit le commissaire de la biennale photographique.tre, deux motifs picturaux pour organiser une surface.Un peu en retrait, à l\u2019abri des regards, deux «œuvres inachevées» semblent représenter la part d\u2019insouciance propre à toute famille, à tout groupe.Mais à travers la lorgnette artistique dirigée sur cet artisanat d\u2019antan, l\u2019inachevé prend de la valeur, en tant qu\u2019expéri-mentation nécessaire et justifiée.C\u2019est du travail d\u2019atelier et il révèle sa part de vérité (s).Marie-Claude Bouthillier n\u2019a pas agi qu\u2019en commissaire invitée.Sa main d\u2019artiste s\u2019exprime plus d\u2019une fois.La vitrine des ceintures fléchées qui accueille les visiteurs porte sa signature.Il y a huit morceaux de laine, tous d\u2019un rouge dominant.Or, à cause de la manière dont ils ont été suspendus, les uns sur les autres, on a la forte impression qu\u2019il ne s\u2019agit que d\u2019un seul objet.Les extrémités déficelées des ceintures, Bouthillier se les est appropriées.Elles ressemblent à ses propres cheveux et du coup la familiarité de cet assemblage devient un autoportrait, comme ceux qu\u2019elle a déjà peints.Et son regard habite la salle.Elle est peintre, mais, depuis quelques années, notamment depuis le très apprécié projet Dans le ventre de la baleine (2010), Marie-Claude Bouthillier se fait artiste de l\u2019installation, voire sculpteure.Au McCord, elle propose Hannah, une œuvre inédite en trois composantes \u2014 dont une chaise berçante.Le principal élément est un grand et épais tapis, octogone carrelé rouge et blanc, qui surgit du sol en écho à tous les tissus suspendus, et même aux jeux de solitaire ou de go sélectionnés.Familles prend ici une dimension casanière, devient un univers douillet et pantouflard vers lequel il fait bon retourner.Le Musée McCord joue sans doute ce rôle vis-à-vis des angoisses identitaires qui façonnent l\u2019existence d\u2019un peuple en marche.Collaborateur Le Devoir DVoir aussi > Un survol en photos de l\u2019exposition Familles, ledevoir.com/ culture/artsvisuels ARTISANS SUITE DE LA PAGE E 1 Jean-Pierre Morin.L\u2019entreprise a donc une expérience reconnue que le paternel n\u2019hésite pas à souligner: «On fait ça depuis 24 ans.On fait de tout.» Ce «tout», aujourd\u2019hui, comprend encore les bronzes traditionnels, bustes et personnages, mais aussi les projets soumis par cette nouvelle génération d\u2019artistes, qui se présente, elle, avec d\u2019autres besoins.« Quand ils arrivent ici, surtout les plus jeunes, comme Marc, qui ont dans la trentaine, ils regardent la shop, pis ils ont un grand sourire jusque-là.Pis là, on part à rire ensemble et le projet part comme ça», dit Denis Gagnon, un brin amusé.Cette candeur plaît à la maison, qui y décèle la créativité, un appel à sa propre inventivité.« C\u2019est sûr qu\u2019ils ont beaucoup d\u2019idées.C\u2019est de savoir c\u2019est quoi la meilleure méthode pour les fabriquer», poursuit Jean-Eran-çois, visiblement stimulé de pouvoir «apporter des solutions techniques ».D\u2019un projet à l\u2019autre, les demandes diffèrent, incluant parfois de l\u2019assemblage, du chromage ou du découpage de métaux au laser, permettant la fabrication de pièces plus volumineuses.«Je dirais, précise Denis, que c\u2019est un nouveau service qu\u2019on offre ici à l\u2019Atelier, mais qui est venu tout seul, suite à des sculpteurs qui voulaient avoir une sculpture en bronze, mais qui voulaient avoir un petit peu de métal en feuille.Pis là, c\u2019est rendu que les projets, c\u2019est juste du métal en feuille.PHOTOS YAN DOUBLET «ÀThetford Mines, à Victoriaville, à Plessisville.y\u2019a tout ce qu\u2019il faut pour travailler le métal.» il n\u2019y a plus de coulée.»D\u2019au-tres fabricants de la région sont ainsi appelés en renfort et Jean-Erançois sait à quelles portes frapper pour «agencer les forces de chaque shop».«Elles sont toutes dans le coin, ajoute le père.A Thet-ford Mines, à Victoriaville, à Plessisville.y\u2019a tout ce qu\u2019il faut pour travailler le métal.1.1 C\u2019est du monde qu\u2019on connaît depuis 20 ans.Il y a un gros rapport de confiance, pis on sait que l\u2019ouvrage va être correct.» Que le travail soit bien fait, c\u2019est une certitude que peuvent avoir les artistes à l\u2019Atelier du bronze.«Il faut que les artistes repartent d\u2019ici avec le sourire», conclut Jean-Erançois, la fierté visible sur son visage.Collaboratrice Le Devoir lA Voir aussi 'Un reportage-^ photos à l\u2019Atelier du bronze, ledevoir.com/ culture/artsvisuels D\u2019un projet à l\u2019autre, les demandes diffèrent, incluant parfois de l\u2019assemblage, du chromage ou du découpage de métaux au laser.Ces artistes qui ont adopté le bronze Catherine Bolduc, qui réalise des œuvres proposant des traversées du miroir, a été marquée par l\u2019ouverture des artisans de l\u2019Atelier «à dépasser les limites techniques du métier; ils n\u2019ont pas peur de détourner un peu ces techniques et d\u2019être inventifs pour respecter les intentions des artistes » 1.1 « IL\u2019œu-vre L\u2019autre côté de la Voie lactée] impliquait des expertises différentes Itrois métaux et plusieurs techniques!, et ils ont su réaliser chacune des parties, tout assembler et l\u2019installer sur le mur de briques extérieur 1.1 ».Les sculptures de Patrick Coutu empruntent à des modèles mathématiques ou suivent une évolution organique.En tous les cas, l\u2019artiste doit régulièrement se tourner vers l\u2019Atelier du bronze, où il trouve une grande ouverture «même quand c\u2019est casse-gueule».Il apprécie d\u2019avoir accès aux locaux, et à l\u2019expertise, pour travailler sur ses pièces, exigeantes pour les chemins de coulées, et «faire des tests pour les patines».Le duo Cooke-Sasseville a su par son travail introduire un humour mordant à l\u2019art public, rôle qu\u2019il prend très au sérieux.Le soutien de l\u2019Atelier pour tous les aspects techniques (de la conception à l\u2019installation) et son savoir-faire s\u2019avère précieux.« Chaque œuvre est en quelque sorte un prototype qui doit répondre à des exigences pointues; une erreur de conception ne peut être envisageable en art public.» IM Canada Pf, Le vodou haïtien comme vous ne Kovez jamais vu! Partenaire média MUSEE CANADIEN DES CIVILISATIONS CANADIAN MUSEUM OF CIVILIZATION MEG MUSÉE d'ethnographie DE GENÈVE Tropenmuseum ottawa,i^|citizen ioq, rue Laurier, Gatineau QC civilisations.ca/vodou Une exposition réalisée en collaboration avec la Fondation pour la préservation, la valorisation et la production d\u2019œuvres culturelles haïtiennes (FPVPOCH), en partenariat avec le Musée d\u2019ethnographie de Genève (Suisse) et le Tropenmuseum (Amsterdam, Pays-Bas). LE DEVOIR, LES SAMEDI 22 ET DIMANCHE 23 DECEMBRE 2012 E 7 LIVRES Un musée des horreurs fort ensorceleur H Danielle ^ - t Laurin Vous êtes dans un conte?Une fable?Vous êtes dans une histoire tragique.Portée par une plume imaginative.Nimbée d\u2019onirisme.Qui ouvre la porte au fantastique.Vous êtes dans Les laboureurs du ciel, deuxième roman d\u2019Isabelle Forest, lauréate pour ses écrits poétiques de plusieurs prix (Al-phonse-Piché, Félix-Leclerc, Radio-Canada).Vous êtes à Paris, au XVIF siècle.Dans la pauvreté crasse, la saleté crasse, la cruauté crasse.Dans le glauque, le sordide, le macabre.Vous êtes dans ce qui pourrait ressembler à un musée des horreurs.Ça fourmille d\u2019êtres bizarres, étranges, difformes.Là, parmi un arracheur de dents, une boîte à démons et un homme qui avale des clous: une femme énorme, immense, qui peine à se déplacer et qui s\u2019empiffre à cœur de jour, telle une ogresse.Là, une vieille bossue à la bouche noircie qui se faufile parmi les badauds, les gueux.Vous êtes à la foire?Oui, à la Foire Saint-Germain.Où des marionnettes à l\u2019aspect humain, «fantoches géants d\u2019au moins quatre pieds, aux costumes magnifiques et aux membres libres de fils», s\u2019agitent sous l\u2019œil perplexe des spectateurs.Vous êtes ensuite plongé te EMILIE ROI Les laboureurs du ciel est le deuxième roman d\u2019Isabelle Forest, lauréate de plusieurs prix pour ses écrits poétiques.dans un monde de sorcellerie, avec poupées vaudou, rites sataniques, herbes maléfiques.Une mère fabrique pour ses enfants des petits pains dans lesquels elle enfouit des cheveux humains.Ce n\u2019est rien, elle fera bien pire.Vous êtes au cimetière des Saints-Innocents, tout à coup.Où quelqu\u2019un, malgré l\u2019odeur pestilentielle, fourrage parmi les ossements, les crânes, dans les fosses où sont entassés des corps.Mais qu\u2019est-ce qu\u2019il fait là?Il vole des cada- vres?Il profane la mort?Pourquoi?L\u2019explication viendra.Vous êtes toujours là?Vous êtes tout aussi bien dans le merveilleux.Dans l\u2019alchimie de l\u2019art qui fait l\u2019âme s\u2019envoler.Et dans le vertige de l\u2019amour, cette « douleur agréable».Dans la trahison aussi.La trahison amoureuse qui s\u2019avère mortelle.D\u2019où l\u2019histoire tragique.Vous ne vous êtes pas méfié, au début.Quand vous avez lu la première phrase.« On la vit arriver à l\u2019aurore, comme il en ÉÉ II a fallu moins d\u2019une semaine à la mère d\u2019Eugène pour W regretter de l\u2019avoir emmené voir la tour des recluses aux Saints-Innocents.Maintenant, elle le sait au cimetière dès qu \u2019elle le quitte des yeux.Elle songe à - -lui permettre de veiller à nouveau la nuit.\\\\ Les laboureurs du ciel, Isabelle Forest échoue souvent à cette heure maudite.» Dès cette première phrase, vous avez basculé dans un autre monde.Vous vous êtes retrouvé avec elle, cette fille arrivée à l\u2019aurore dont vous alliez apprendre qu\u2019elle s\u2019appelle Marie, dans une prison pour femmes.Vous étiez bien loin de l\u2019univers à\u2019Unité 9.Vous vous êtes retrouvé dans un lieu boueux à l\u2019odeur infect, un lieu affreux, épouvantable, rempli de rats et d\u2019insectes.Quant aux codétenues, elles étaient affectées par la fièvre et la dysenterie, pour plusieurs d\u2019entre elles.Pire : «Leur peau se couvrait de pustules et de champignons, leurs dents noircies et cassées tombaient, et leur chevelure, pour ce qu\u2019il en restait, blanchissait à vue d\u2019œil.Elles tremblaient de froid et de faim.Jours et nuits n\u2019étaient plus que mauvais rêves.» Vous avez appris très vite que Marie ne resterait pas très longtemps dans cette prison, trois jours seulement: on allait venir la chercher pour qu\u2019elle aille mourir.Vous n\u2019en étiez qu\u2019à la troisième page du récit, vous étiez accroché.Mais vous alliez devoir attendre à la toute fin du livre pour assister à la mort, horrible, de Marie.Entre-temps?Voyage au bout de l\u2019enfer parsemé d\u2019instants magiques.Quelques moments d\u2019ennui.Des égarements, beaucoup.Un dédale de détails, d\u2019histoires, de personnages.Le style qui prend trop de place au détriment de l\u2019intrigue.La chronologie qui n\u2019a pas de bon sens.Envie d\u2019aller voir ailleurs.mais.Mais la narration qui finit par retomber sur ses rails.La chronologie qui prend tout son sens.Les fils apparemment épars qui se connectent, enfin.A la fin: cette impression d\u2019avoir vécu une expérience de lecture hors du commun.Vraiment.A la fin : le ravissement.Ravissement bien particulier, vu la noirceur effroyable de ce conte, de cette fable.Ensorcellement serait plus juste.LES LABOUREURS DU CIEL Isabelle Forest Alto Québec, 2012, 240 pages BEAUX LIVRES Orhan Pamuk: dans le ventre du roman CHRISTIAN DESMEULES A l\u2019angle d\u2019une petite rue de boutiques obscures et d\u2019antiquaires de Çukurcuma, au cœur de Beyoglu, l\u2019ancien quartier cosmopolite d\u2019Istanbul: c\u2019est là qu\u2019en avril dernier, le romancier turc nobélisé Orhan Pamuk a ouvert un musée «particulier» \u2014 entièrement privé \u2014 qui nous transporte, par la magie de son ca-pharnaüm organisé, dans le ventre d\u2019un grand roman.Prétexte à une visite guidée et sentimentale à travers une ville immense et son passé qui disparaît chaque jour.C\u2019est un peu le frère siamois du très beau roman d\u2019amour et de famille de Pamuk Le musée de l\u2019innocence (Gallimard, 2011), l\u2019histoire tragique d\u2019une perte amoureuse et d\u2019un homme qui se transforme en collectionneur d\u2019objets.Dans le roman, le personnage de Kemal volait un peu tout ce qui lui avait appartenu ou qui lui rappelait la femme aimée (petites cuillères, photographies, dé à coudre, flacons de parfum).Il avait aussi récupéré, pendant des années, les mégots de cigarette, tachés de rouge à lèvres, qu\u2019elle laissait derrière elle.Une collection C\u2019est d\u2019ailleurs la première chose qui frappe lorsqu\u2019on met les pieds dans ce musée: tout un mur du hall d\u2019entrée est couvert de ces mégots.4213 petites reliques placées sous verre, numérotées et datées, créées par une sorte d\u2019entomologiste fou.Vitrines, «boîtes», photographies; un projet démesuré et maniaque auquel Pamuk pensait depuis des années.Des objets qu\u2019il a dénichés en écumant le marché aux puces et les échoppes de Çukurcuma, justement, à la recherche d\u2019objets abandonnés, entre autres, par des non-musulmans contraints à l\u2019exil à partir des années 1950.Passionné de petits musées, amoureux fou de sa ville, nostalgique de sa propre enfance, Pamuk connaît le pouvoir des objets.Il avait acheté cette ruine de quatre étages en 1999.Au- jourd\u2019hui rénovée de la cave au grenier, la maison comprend, commerce oblige, une petite boutique de produits dérivés: cartes postales, affiches, livres de Pamuk en plusieurs langues, «copies» de la boucle d\u2019oreille que Füsun, l\u2019héroïne tragique du roman, perd en faisant l\u2019amour avec Kemal pour la première fois.L\u2019ouvrage qu\u2019on a tiré de cette exposition permanente est autant beau livre ou catalogue que manifeste muséal.Et L\u2019innocence des objets témoigne à merveille de la fascinante matérialisation d\u2019une fiction.Exploration du passé récent d\u2019une ville millénaire, bourré de photos du Vieil-Istanbul, truffé d\u2019anecdotes.L\u2019innocence des objets peut être un simple dérivatif ou le complément essentiel de la visite du musée.Auteur de sept romans traduits en français, Pamuk, 60 ans, partage aujourd\u2019hui sa vie entre Istanbul et New York, où il enseigne à l\u2019Université Columbia.Il a beaucoup réfléchi à la délicate question des liens entre l\u2019art, la littérature et la vie.Le romancier naïf et le romancier sentimental, issu d\u2019une série de six conférences prononcées à l\u2019Université Harvard en 2010, est le fruit de 35 années de «combat intérieur» du romancier.Des questions qui obsèdent Pamuk et qui sont aussi au cœur, on l\u2019aura compris, de son musée de l\u2019innocence stambou-liote.Une tentative fouillée et intelligente de répondre à la question piège : «Etes-vous Kemal, M.Pamuk ?» Collaborateur Le Devoir L\u2019INNOCENCE DES OBJETS Orhan Pamuk Traduit du turc par Valérie Gay-Aksoy Gallimard Paris, 2012, 268 pages LE ROMANCIER NAÏE ET LE ROMANCIER SENTIMENTAL Orhan Pamuk Traduit de l\u2019anglais par Stéphanie Levet Gallimard Paris, 2012, 196 pages Une fin d\u2019année en bédé EABIEN DEGLISE £a se bouscule au portillon.En cette fin d\u2019année, l\u2019uni-> du 9^ art accentue son ébullition en multipliant les titres qui espèrent faire voyager et divertir entre la dinde, le champagne et les petits chocolats.Et ce, avec des intentions variées.Moi, René Tardi, prisonnier au Staiag 2 D, de Jacques Tardi (Casterman), en mettant en images les carnets du père de l\u2019auteur au temps de la guerre.La grande odaiisque, de Vi- vès, Ruppert et Mulot (Dupuis), en suivant deux jolies petites voleuses d\u2019œuvres d\u2019art.Giorieux printemps, tome II, de Sophie Bédard (Pow Pow éditions), en poursuivant son exploration de l\u2019adolescence.Il était une fois en France, tome VI, de Nury et Vallée Laurent Kling £ OU: B (Glénat), en épaississant le mystère de ce héros de guerre qui a été aussi un collabo.Ou inversement.Evan Evans, de Laurent Kling (La Pastèque), en permettant de renouer en 2012 avec l\u2019humour et l\u2019imagerie des années 1950.Vingt-trois prostituées, de Chester Brown (Cornélius), en faisant du sexe triste un centre de gravité.Le serment des cinq iords, d\u2019Yves Sente et André Juillard (Dargaud), en nous ramenant pour une 62'\" fois dans le monde délicieusement suranné de Blake et Mortimer.Les fiiies de Montparnasse, de Nadja (Cornélius), en suivant le destin de plusieurs femmes dans le Paris audacieux et artistique du XVIIE siècle.Le Devoir Les contes de grand-maman Micheline LOUIS CORNELLIER La belle tradition des contes de Noël est évidemment l\u2019occasion, pour les écrivains qui s\u2019y adonnent, de livrer quelques messages mettant l\u2019accent sur des valeurs simples et nobles que nous avons la faiblesse d\u2019oublier, comme la générosité et la fraternité.Dans ses Contes de Noël, un recueil tête-bêche illustré et à couverture rigide qui s\u2019adresse autant aux «petits au cœur d\u2019ange» qu\u2019aux «grands au cœur d\u2019enfant», la romancière populaire Micheline Duff s\u2019inscrit dans cette émouvante tradition avec un talent certain.En pleine tempête, dans un embouteillage, l\u2019écrivaine se cale dans le siège de sa voiture pour écouter un concerto de piano de Beethoven qui, soudain, apparaît à la place du passager.Belle occasion de réfléchir à l\u2019évolution du monde depuis la mort du grand compositeur et à la nécessité de préserver les traditions, notamment musicales et littéraires.Bach, partout La musique qui adoucit les mœurs est d\u2019ailleurs au cœur de quelques-uns des contes de l\u2019ancienne professeure de piano qu\u2019est Micheline Duff Dans la section pour petits, on retrouve une souris qui réveillonne chez les Bach et, dans la section pour grands, un détenu qui renoue avec la beauté du monde en jouant du Bach, du Mozart et du Chopin lors d\u2019un examen de piano.H y a, chez Micheline Duff, un souci constant de chanter l\u2019humanité des exclus et des marginaux.Dans son univers, les détenus, les itinérants, les enfants de la DPJ, les pauvres et les immigrants sont nos frères, nos sœurs, nos amis, et ont droit à nos égards.Dans ses contes pour petits, les animaux fragiles \u2014 chenilles, souris, mésanges, moutons \u2014 nous rappellent nos devoirs envers les êtres délicats.Tout cela, même dans la section pour les grands, ne va pas sans naïveté et sans bons sentiments \u2014 du genre : l\u2019esprit de Noël se perd, la vraie religion c\u2019est l\u2019amour, il faut croire en ses rêves \u2014 et relève de la littérature de divertissement, mais n\u2019en demeure pas moins charmant et réconfortant.Collaborateur Le Devoir CONTES DE NOËL Pour les petits ET LES GRANDS Micheline Duff Québec Amérique Montréal, 2012,160 pages E ?ÿeaspoid-LE DEVOIR ALMARÈS \tDu 10 au 16 décembre 2012\t \t\t \t\t Romans québécois\t\t 1 Ce qui se passe au Mexique reste au Mexique !\tAmélie Dubois/Éditeurs réunis\t3/6 2 La fiancée américaine\tÉric Dupont/Marchand de feuilles\t4/7 3 Au bord de la rivière \u2022 Tome 4 Constant\tMichel David/Hurtubise\t1/5 4 La dernière saison \u2022 Tome 3 Les enfants de Jeanne\tLouise Tremblay-D\u2019Essiambre/Guy Saint-Jean\t2/5 5 L\u2019histoire de Pi\tYann Martel/XYZ\t5/8 6 Les délaissées\tDenis Monette/Logiques\t6/13 7 Malphas \u2022 Tome 2 Torture, luxure et lecture\tPatrick Senécal/Alire\t9/4 8 Félicité \u2022 Tome 3 Le salaire du péché\tJean-Pierre Charland/Hurtubise\t8/9 9 Les sœurs Beaudry \u2022 Tome 1 Évelyne et Sarah\tMicheline Dalpé/Goélette\t-/I 10 Princesse Yennenga\tRéjean Tremblay/Homme\t7/9 Romans étrangers\t\t 1 Cinquante nuances de Grey \u2022 Tome 1\tE.L.James/Lattès\t1/11 2 Le siècle \u2022 Tome 2 L\u2019hiver du monde\tKen Eollett/Robert Laffont\t2/8 3 Une place à prendre\tJ.K.Rowling/Grasset\t3/12 4 La faille souterraine, et autres enquêtes\tHenning Mankell/Seuil\t4/6 5 Substance secrète\tKathy Reichs/Robert Laffont\t6/12 6 Le prisonnier du ciel\tCarlos Ruiz Zafén/Robert Laffont\t5/5 7 La liste de mes envies\tGrégoire Delacourt/Lattès\t9/4 8 Le 10' anniversaire\tJames Patterson | Maxine Paetro/Lattès\t10/2 9 Une seconde chance\tNicholas Sparks/Michel Lafon\t8/8 10 Joyeux Noël\tAlexandre Jardin/Grasset\t7/3 Essais québécois\t\t 1 Design?\tErédéric Metz/Elammarion Québec\t1/10 2 Carré rouge.Le ras-le-bol du Québec en 150 photos\tJacques Nadeau | Jacques Parizeau/Eides\t2/17 3 Lettres à un jeune politicien\tLucien Bouchard | Pierre Cayouette/VLB\t5/14 4 Des femmes au printemps\tDjemila Benhabib/VLB\t3/5 5 L\u2019interculturalisme.Un point de vue québécois\tGérard Bouchard/Boréal\t4/6 6 C\u2019était au temps des mammouths laineux\tSerge Bouchard/Boréal\t-/I 7 La mafia Irlandaise de Montréal\tD\u2019Arcy D\u2019Connor/La Presse\t8/2 8 Le gouvernement invisible\tDominic Champagne/Tête première\t-/I 9 Santé.L\u2019heure des choix\tClaude Castonguay/Boréal\t-/I 10 De quoi le Québec a-t-il besoin en éducation?\tJ.Barbe | M.-E.Bazzo | V.Marissal/Leméac\t6/6 '?'Essais étrangers\t\t 1 Le livre du temps\tAdam Hart-Davis/Broquet\t1/5 2 La fin de la croissance\tJeff Rubin/Hurtubise\t2/7 3 La cassure, [état du monde 2013\tCollectif/La Découverte\t3/6 4 Les lois fondamentales de la stupidité humaine\tCarlo M.Cipolla/PUE\t4/18 5 Reflets dans un œil d\u2019homme\tNancy Huston/Actes Sud\t5/2 6 Pour des villes à échelle humaine\tJan Gehl/Écosociété\t-/I 7 Une histoire populaire de l\u2019humanité\tChris Harman/Boréal\t7/2 8 Destruction massive.Géopolitique de la faim (Édition revue)\tJean Ziegler/Points\t-/I 9 La réalité cachée\tBrian Greene/Robert Laffont\t8/2 10 Le surdiagnostic.Rendre les gens malades par la poursuite.\t.H.G.Welch |L.Schwartz 1 S.Woloshin/PUL\t9/3 La BTLF (Société de gestion de ia Banque de titres de iangue française) est propriétaire du système d\u2019information et d\u2019anaiyse BaspanI sur ies ventes de iivres français au Canada.Ce paimaiès est extrait de Baspariel est constitué des reievés de caisse de 215 points de vente.La BTLF reçoit un soutien financier de Patrimoine canadien pour ie projet Baspari.© BTLF, toute reproduction totaie ou partieiie est interdite. E 8 LE DEVOIR LES SAMEDI 22 ET DIMANCHE 23 DECEMBRE 2012 LIVRES Cette Eglise qui s efface La pénurie de foi, de confiance et de crédibilité aura-t-elle raison du catholicisme ?Louis CORNELLIER n ne s\u2019intéresse plus à l\u2019Eglise: dans la vie de nombreux jeunes, elle est devenue insignifiante.Mais au Vatican, on le remarque à peine.On s\u2019y vante du nombre toujours plus grand de pèlerins, même si beaucoup d\u2019entre eux sont de simples touristes, et on y considère les jeunes que rencontre le pape comme représentatifs de \u201cla jeunesse\u201d», note le grand théologien suisse Hans Küng,dans Peut-on encore sauver l\u2019Eglise ?L\u2019intellectuelle catholique française Christine Pedotti, dans Eaut-il faire Vatican III?, en arrive au même constat.«Oui, écrit-elle, l\u2019Eglise catholique connaît une crise d\u2019une telle ampleur qu\u2019il paraît douteux à beaucoup que le bateau puisse résister à la tempête.[.] La religion ne fait plus partie des structures de la société.Elle est l\u2019objet d\u2019un choix individuel et personnel, et ce choix ne fait plus recette.» Ces remarques, qui valent pour tout l\u2019Occident, résonnent avec force au Québec.La chose est tellement vraie que je suis convaincu que, déjà, au début de ce troisième paragraphe, plusieurs d\u2019entre vous sont en train de se demander s\u2019ils vont poursuivre la lecture de cette chronique qui traite d\u2019un sujet qui ne les intéresse pas, même à l\u2019approche de Noël.Naguère encore, pourtant, la place du catholicisme dans Le Devoir relevait de l\u2019évidence.Cette déroute du catholicisme a des causes à la fois externes et internes à l\u2019institution.La modernité, c\u2019est-à-dire, notamment, la naissance de l\u2019individualisme démocratique et le développement de l\u2019esprit scientifique, de même que, plus récemment, l\u2019apparition de la société de consommation et de la culture hédoniste qui l\u2019accompagne ont ébranlé les colonnes du temple.L\u2019Eglise institutionnelle a souvent mal accueilli cette évolution qui la remettait en question, mais, dans les marges, de brillants théologiens et penseurs catholiques \u2014 les personnalistes, par exemple \u2014 ont su montrer que cette modernité était moins une menace qu\u2019une chance pour une foi capable de renouer avec son essence, avec son élan initial.On pouvait, moyennant un sain décapage du bloc canonique de croyances ancestrales, être catholique et moderne.Vatican 11, dont on fête les 50 ans cette année, soufflait dans cette direction.Une triple crise Comment expliquer, alors, le discrédit actuel qui jrappe le catholicisme ?Car l\u2019Église d\u2019aujourd\u2019hui, il faudrait être aveugle pour ne pas le voir, est grave- CLAUDIO PERI / POOL / AGENCE ERANCE-PRESSE L\u2019Eglise a découvert qu\u2019elle était contre l\u2019esclavage, contre la peine de mort, contre la torture ou pour la liberté religieuse.après avoir soutenu l\u2019inverse pendant des siècles! ment en crise.Christine Pedotti parle même d\u2019une triple crise.Premièrement, les chiffres ne mentent pas.En Occident, les enquêtes confirment une pénurie de croyants, de vocations et, de plus en plus, de fonds.La crise, deuxièmement, concerne la confiance accordée à l\u2019institution.Cette dernière, fermée au progrès de l\u2019esprit démocratique dans le monde, demeure une « organisation fortement hiérarchique», exclusivement masculine sur le plan décisionnel et rigidement attachée à une conception autoritaire de la vérité qu\u2019elle situe dans le corps de la doctrine catholique, considérée comme parole d\u2019évangile.Cette institution, qui pré- « L\u2019Église du Nouveau Testament était plus proche d\u2019une démocratie que d\u2019une monarchie» tend, par le pape, parler «au nom du ciel », excommunie la mère d\u2019une petite fille violée qui a subi un avortement, mais prône la miséricorde pour réintégrer dans l\u2019Église des évêques intégristes qui crachent sur Vatican 11.Mise au fait des scandales de pédophilie dans ses propres rangs, elle choisit d\u2019étouffer l\u2019affaire pour protéger sa réputation.Crise de confiance, donc.Crise de crédibilité,,enfin.Vatican 11 voulait que l\u2019Église «se fasse conversation» avec le monde.«Or, écrit Pedotti, au lieu de la bénédiction, de l\u2019encouragement, de l\u2019accompagnement bienveillant, on ne trouve que craintes et suspicions.» La vérité.qui, pour un catholique, comme l\u2019explique Hans Küng, devrait se définir par rapport «à la fidélité à Jésus-Christ», est plutôt conçue par le pape comme une stricte soumission à la doctrine catholique.Cette dernière, en l\u2019état actuel des choses, refuse le mariage des prêtres, l\u2019ordination des femmes, la contraception, le plein accueil des divorcés remariés et des homosexuels?C\u2019est la vérité, décrète Benoît XVI.Le nécessaire et le contingent Les catholiques qui souhaitent ouvrir ces dossiers, dans la fidélité évangélique, se font rqmbarrer sous prétexte que l\u2019Église ne serait pas une démocratie.Pourtant, affirme Hans Küng dans une entrevue au magazine Le Point, «l\u2019Eglise du Nouveau Testament était plus proche d\u2019une démocratie que d\u2019une monarchie ».«C\u2019est un règne, ajoute-t-il dans son livre, de l\u2019ensemble du peuple saint.» Oui, mais l\u2019Église, disent d\u2019autres, ne peut pas changer ses lois au gré de l\u2019évolution du monde.Son histoire prouve pourtant le contraire.Elle s\u2019est d\u2019abord opposée au régime démocratique avant d\u2019en reconnaître la légitimité (sauf dans ses rangs).Elle a longtemps soutenu que les enfants morts sans baptême ne pouvaient être sauvés avant de rejeter cette idée cruelle.«C\u2019est en vertu de cette capacité de discerner \u201cle nécessaire et le contingent\u201d que l\u2019Eglise, explique Pedotti, a découvert qu\u2019elle était contre l\u2019esclavage, contre la peine de mort.contre la torture ou pour la liberté religieuse.après avoir soutenu l\u2019inverse pendant des siècles!» L\u2019argument du caractère immuable de la doctrine n\u2019est donc pas recevable pour justifier l\u2019immobilisme et pour refuser un nouvel exercice de discernement du nécessaire (la fidélité à Jésus-Christ) et du contingent (les éléments dépassés de la doctrine).Pedotti et Küng, avec prudence et sans illusions, persistent à croire à la possibilité d\u2019un nouvel aggiornamento.Pedotti en appelle même à un Vatican 111.En cette veille de Noël 2012, je dois avouer que je ne partage pas leur espoir.Je ne doute pas de la pertinence du christianisme comme foi et comme philosophie, mais je ne crois plus que l\u2019Église, comme institution, aura l\u2019audace et l\u2019intelligence nécessaires pour procéder à l\u2019indispensable rénovation qui lui redonnerait sa pertinence.Jésus, dans cette afjaire, n\u2019y est pour rien.Quand ffiglise-ins-titution se sera tue ou embourbée définitivement, la parole du Christ et la culture qu\u2019elle a fait naître continueront de valoir.louisco@sympatico.ca FAUT-IL FAIRE VATICAN III?Christine Pedotti Tallandier Paris, 2012, 224 pages PEUT-ON ÉNCORE SAUVER L\u2019EGLISE?Hans Küng Traduit de l\u2019allemand par Eric Haeussler Seuil Paris, 2012, 264 pages L\u2019angoisse de VLB déchiffrée MICHEL LAPIERRE Depuis 16 ans, l\u2019œuvre de Victor-Lévy Beaulieu s\u2019est enrichie d\u2019une trentaine de livres, dont James Joyce (2006), Bibi (2009) et Antiterre (2011), jalons capitaux de l\u2019évolution de l\u2019écrivain.Son grand exégète, Jacques Pelletier, se devait de parfaire, dans L\u2019homme-écriture, l\u2019interprétation amorcée dans L\u2019écriture mythologique (1996), chez le même éditeur.L\u2019œuvre n\u2019est-elle pas de plus en plus la bouleversante fable sans héros d\u2019un Québec impossible?La clé de son herméneutique.Pelletier la trouve dans une réflexion que Beaulieu développa, en 1976, sru le manque criant de héros dans Le ciel de Québec, de Jacques Perron, cette belle tentative romanesque de créer une épopée québécoise.L\u2019écrivain jugeait que Perron, hélas!, ne nous faisait «assister qu\u2019à la naissance de l\u2019odyssée et non à l\u2019odyssée elle-même» ! H expliquait qu\u2019à la différence du héros de Don Quichotte de Cervantès, ou de ce- lui A\u2019Ulysse de Joyce, le supposé héros ferronien.Rédempteur Pauché, ne peut avoir de consistance, car «sa mythologie se trouve à être en avant de lui, dans ce qui doit devenir et qui n\u2019est pas encore devenu».Pour Beaulieu, cette mythologie québécoise risque fort de ne jamais s\u2019épanouir dans un pays réel à cause de l\u2019échec du mouvement indépendantiste, mal qui lui semble de moins en moins réparable.L\u2019obsession manquante Pelletier a la finesse d\u2019estimer que Beaulieu, pour réagir à l\u2019impasse de l\u2019imaginaire, hésite entre deux états d\u2019esprit : la désespérance de l\u2019écrivain engagé qui, incapable d\u2019exister dans un «pays équivoque», brûle symboliquement son œuvre, comme à la parution de La grande tribu en 2008, ou l\u2019attitude de l\u2019artiste pur qui, nouveau Joyce, change «en victoire littéraire la défaite historique» d\u2019un Québec actuel identifié à l\u2019Irlande non encore indépendante de 1922, date de PEDRO RUIZ LE DEVOIR Victor-Lévy Beaulieu la publication A\u2019Ulysse.À l\u2019instar d\u2019Abel, le double qu\u2019il s\u2019est créé à travers son œuvre, Beaulieu exalte, en particulier entre 2006 et 2011, dans ses grands livres protéiformes, {\u2019«idée fixe», {\u2019«obsession», la «hantise».Pelletier commente: «C\u2019est pour en avoir manqué que les faux héros politiques d\u2019Irlande et du Québec, les messies ratés qu\u2019auraient été O\u2019Connell et Parnell, Lévesque et Bouchard, n\u2019au- raient pas atteint leur objectif de libération nationale.» En fait, l\u2019exégète, frop prudent, aurait dû formuler à l\u2019indicatif plutôt qu\u2019au conditionnel son interprétation perspicace.C\u2019est avec la même acuité, mais avec plus d\u2019aplomb, qu\u2019il voit dans La grande tribu la «célébration, touchante et accomplie», de Claude Gauvreau, poète apolitique que Beaulieu, désillusionné par l\u2019évolution nationale du Québec, présente comme le meilleiu révolté de notre imaginaire.En préférant Gauvreau à Papineau, qu\u2019il juge pusillanime, VLB prouve que le Québec, au cœur de son œuvre angoissée, tient plus du rêve esthétique sublime que de la banalité historique.11 serait vain de lui en faire le reproche.Collaborateur Le Devoir VICTOR-LÉVY BEAULIEU L\u2019homme-écriture Jacques Pelletier Nota bene Québec, 2012, 410 pages Une façon d\u2019écrire GILLES ARCHAMBAULT Il ne me viendrait jamais à l\u2019esprit de reprocher à un écrivain d\u2019être trop succinct.L\u2019univers du romanesque est plutôt rempli de ces livres dans lesquels on se passe le sel à table avec une volubilité qui, à part noircir la page de l\u2019auteur, ne sert strictement à rien.De nombreuses et involontaires imitations A\u2019Anna Karénine et de La chartreuse de Parme paraissent ainsi, qui donnent aux naïfs l\u2019impression d\u2019être devant des œuvres faussement consistantes.Promenades avec les hommes est un court roman dont l\u2019au-teure est connue poru ses nouvelles.Saluée par John Updike, ce qui n\u2019est pas rien, Ann Bea-tie pénètre d\u2019entrée de jeu dans le vif du sujet.«En 1980, j\u2019ai rencontré à New York un homme qui a promis de changer ma vie, si je le laissais faire.» Nous apprenons que la narratrice, jeune étudiante, a atteint une certaine notoriété en dénonçant dans un entretien paru dans le New York Times le climat de désillusion des gens de sa génération vis-à-vis du monde universitaire.C\u2019est le journaliste écrivain chargé de mettre en forme ses propos qui lui offre ainsi de changer sa vie.Neil est dans la quarantaine.Elle attaque à peine sa vingtaine.11 ne lui dit pas qu\u2019il est marié.Elle vit dans le Vermont avec un illuminé sympathique, adepte du retoru à la terre, qui ne la fascine plus.Ce qui devait arriver arrive.Les deux finissent par vivre ensemble puis par se marier.11 lui offre des conditions matérielles hors norme, engage lui-même un avocat qui rédige un pacte matrimonial plus qu\u2019avantageux sur le plan financier.Jusqu\u2019au jolu où, après des heurts prévisibles, Neil signale qu\u2019il disparaîtra de sa vie et demande de le tenir poru mort.La narratrice continue de vivre avec le souvenir d\u2019un homme plus que directif, avec qui l\u2019union conjugale n\u2019était qu\u2019une manière de parodie de la vie à deux.Même si la narratrice est une fille brillante, même si elle se rebiffe à répétition, elle est fascinée par son Pygmalion, celui qui n\u2019a pourtant de cesse de la façoimer à son image, tout en paraissant n\u2019attacher aucun prix au véritable partage amoureux.Elle sait qu\u2019elle fait fausse route, mais ne se décide pas à rompre les amarres.De ce qui ne pourrait être qu\u2019un remake d\u2019une autre histoire d\u2019échec sentimental, Ann Beattie, grâce à son écriture nerveuse et d\u2019une rare acuité, réussit une novella qui se lit d\u2019une traite.Ce n\u2019est pas parce que Woody Allen est brièvement mentionné au détour d\u2019une phrase qu\u2019on pense à lui.11 y a dans la manière d\u2019Ann Beattie une vivacité qui rappelle certaines réparties du cinéaste au sommet de son art.Pas tellement dans son humour, mais plutôt dans la nervosité de son écriture.Nouveau désordre amoureux De New York, maintes fois visité, je ne connaîtrais que ce que peut discerner un touriste fasciné.J\u2019oserais dire que ces Promenades avec les hommes sont avant tout des errances dans une ville à la fois déroutante et attachante.Impression d\u2019autant plus étonnante que la plupart des scènes du roman se déroulent entre quatre murs.Ann Beattie manie les dialogues avec brio.Les répliques sont souvent des exemples d\u2019ellipses langagières.Qn est dans le saugrenu, l\u2019inusité.Et tout cela paraît sans effort, presque coulant de source.Lorsque, dans les dernières pages du livre, la narratrice est à la recherche d\u2019un endroit où disperser les cendres de son bizarre époux, alors que nous savons que la boîte qu\u2019elle transporte est vide puisque rien ne prouve que Neil est vraiment mort, nous ne nous étonnons même pas, tant la romancière nous a menés en bateau avec un talent hors de l\u2019ordinaire.Je n\u2019ai encore rien dit du doute amoureux qui est le centre du livre.Quand la narratrice rencontre à deux reprises l\u2019épouse répudiée de Neil, elle revoit les raisons de la fascination qu\u2019exerçait cet homme sur elle et n\u2019est pas tout à fait prête à souscrire à cette version caustique des faits.De Neil, nous ne connaîtrons que cette image de séducteur qu\u2019il voulait projeter.Des deux femmes dont il a partagé la vie, nous apprendrons bien davantage.Le péril de ces aventures du cœur, la fréquentation des abîmes où tout bascule, voilà le climat dans lequel se déroule cette évocation plus substantielle qu\u2019il n\u2019y paraît d\u2019un désordre amoureux.Collaborateur Le Devoir PROMENADES AVEC LES HOMMES Ann Beattie Traduit de l\u2019anglais des Etats-Unis par Anne Rabinovitch Christian Bourgois éditeur Paris, 2012,109 pages Un inédit d\u2019Andersen retronvé C\u2019est presqu\u2019un conte de Noël.Un conte sur un conte.Un historien danois a découvert, aux Archives nationales du Danemark, le manuscrit d\u2019un conte inédit de Hans Christian Andersen.Si l\u2019auteur du XIX® siècle a écrit aussi des récits, des romans, de la poésie et quelques pièces de théâtre, c\u2019est pour ses contes pour enfants qu\u2019il devient incontournable et entre dans l\u2019histoire.La petite fille aux allumettes?C\u2019est lui.Comme La petite sirène.Le vilain petit canard.Les habits neufs de l\u2019empereur ou La princesse au petit pois, autant d\u2019immortels parmi les quelque 150 contes qu\u2019il commence à publier dès 1830.Le conte retrouvé.Bougie de suif, aurait été écrit entre 1822 et 1826 par un Andersen à peine dans la vingtaine et serait, selon l\u2019heureux historien, le premier commis par l\u2019auteur.Le manuscrit, écrit à la main, à l\u2019encre, sur des pages déjà jaunies, tout court, est un micro-conte qui narre la vie d\u2019une bougie oubliée, malheureuse de ne pas accomplir son destin en brillant de tous ses feux.Qn peut lire dans son entièreté cette histoire oubliée, en anglais, sur le site du journal danois Poli-tiken sur bit.ly/UUssRP.Le Devoir SOUS LA DIRECTION DE GUILLAUME LAMY C\u2019EST FAUX! DECONSTRUITES PAR DES SPECIALISTES SEPTENTRION.QC.CA LA RÉFÉRENCE EN HISTOIRE AU QUÉBEC "]
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