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Titre :
Revue dominicaine
Éditeur :
  • St-Hyacinthe :Couvent de Notre-Dame du Rosaire,1915-1961
Contenu spécifique :
Avril
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Rosaire
  • Successeur :
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Revue dominicaine, 1915-04, Collections de BAnQ.

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[" IIAiiO NUMÉRIQUE Première(s) page(s) manquante(s) ou non numérisiée(s) Veuillez vous informer auprès du personnel de BAnQ en utilisant le formulaire de référence à distance, qui se trouve en ligne : https://www.banq.qc.ca/formulaires/formulaire reference/index.html ou par téléphone 1-800-363-9028 Bibliothèque et Archives nationales Québec EJ ES ES ES Nous sommes heureux de communiquer à nos lecteurs la lettre que le Révérendissime Père Maître-Général vient de nous adresser et dans laquelle il daigne envoyer sa bénédiction à la \u201cRevue Dominicaine Roma, le % février 1915 EN LA FÊTE DE LA PURIFICATION Mon R.Père, Je vous remercie de la nouvelle Revue que vous' madressez, nouvelle par le titre, non par Vesprit, car ce sera plutôt un élargissement de la précédente quant aux matières que vous y traiterez et aux lecteurs à qui vous vous adresserez.La Vierge Marie n'y perdra rien.Sa place dans le plan de la Rédemption apparaîtra plus lumineuse et plus ' auguste.Et, dans les articles même ou ne résonnera pas son doux nom, elle sera présente, elle ajoutera à la force de démonstration cette grâce de persuasion dans laquelle nul ne l\u2019égcde.Je bénis donc de tout cœur la Revue, ses collaborateursT ses bienfaiteurs et ses lecteurs en demandant leurs prières.fr.Hyacinthe Mte Cormier, M.-G., 0.P.IyE Rosaire, Avril 1915. SAINT THOMAS D\u2019AQUIN Panégyrique prononcé dans l'Eglise des Pères Dominicains, à Saint-Hyacinthe, à l'occasion de la fête de saint Ihomas d\u2019Aquin, le 7 mars dernier, par Mgr F.X% Piette, P.D.De fructu operum tuorum satia-bitur terra.La terre se rassasie du fruit de vos œuvres.(Ps.103, v.13.) Monseigneur, (1) .Mes Frères, Saint Thomas d\u2019Aquin, dont l\u2019Eglise célèbre aujourd\u2019hui la fête et que l\u2019Ordre de saint Dominique honore comme l\u2019un de ses fils les plus illustres, a été nommé par Léon XIII le céleste patron des écoles catholiques.Les raisons de ce choix se trouvent exposées dans la lettre encyclique Aeterni Patris du même Pontife : \u201c Entre tous les docteurs scolastiques, dit-il, brille d\u2019un éclat sans pareil leur prince et maître à tous, Thomas d\u2019Aquin, lequel \u201c pour avoir profondément \u201c vénéré les saints Docteurs qui l\u2019ont précédé, a hérité en quel-\u201c que sorte de l\u2019intelligence de tous.\u201d Thomas recueillit leurs doctrines, comme les membres dispersés d\u2019un même corps ; il les réunit, les classa dans un ordre admirable, et les enrichit tellement qu\u2019on le considère lui-même à juste titre comme le défenseur spécial et l\u2019honneur de l\u2019Eglise.D\u2019un esprit ouvert et pénétrant, d\u2019une mémoire facile et sûre, d\u2019une intégrité parfaite de mœurs, n\u2019ayant d\u2019autre amour que celui de la vérité, très riche de science tant divine qu\u2019humaine, juste- (1) Sa Grandeur Monseigneur H.O.Chalifoux, Evêque-auxiliaire de Sherbrooke. SAINT THOMAS ü\u2019AQUIN 99 ment comparé au soleil, il réchauffa la terre par le rayonnement de ses vertus et la remplit de la splendeur de sa doctrine.\u201d M.F., nous tenions au début de ce discours à vous apporter un témoignage de haute valeur, descendu des sommets de l\u2019Eglise catholique, afin de fixer aussitôt votre admiration sur saint Thomas et suppléer par ce moyen à l\u2019insuffisance de notre parole.Saint Thomas a exercé une influence profonde dans l\u2019Eglise : influence sur la pensée catholique par ses nombreux écrits, en particulier par la Somme théologique ; influence sur la piété catholique dans une de ses manifestations essentielles par ses hymnes eucharistiques.Cette double influence sur l\u2019esprit et sur le cœur des fidèles mériterait une étude approfondie que nous n\u2019avons pas l\u2019ambition de faire en ce moment.Nous voulons simplement, arrêtant nos considérations à ces deux points, vous soumettre quelques pensées qui vous permettront d\u2019entrevoir au moins que cette double influence de saint Thomas d\u2019Aquin a été très réelle et quelle est demeurée constante au sein de l\u2019Eglise catholique.I Influence de la Somme de saint Thomas sur la pensée catholique.M.F., pour se rendre compte exactement de la place éminente qu\u2019occupe la Somme de saint Thomas dans le rayonnement de la foi, il est nécessaire de se rappeler ce que furent les douzième et treizième siècles.L\u2019Eglise sortait alors d'une longue période de persécutions et de luttes variées.Elle avait triomphé du Judaïsme irrite, du paganisme menace, du glaive persécuteur des Césars, de la plume insidieuse des rhéteurs, des attaques répétées de l\u2019hérésie, du choc formidable des Barbares, du prosélytisme farouche des musulmans.Bien plus, au milieu de tous ces ennemis et malaxé eux, 1 Eglise avait poursuivi constamment son œuvre d\u2019expansion merveilleuse, prêchant un évangile de paix, de sacrifice et de charité.Ce triomphe inexplicable lui avait conquis sur les esprits un prestige, une emprise incomparable.Elle apparaissait comme la grande force capable de soulever l\u2019humanité au dessus d elle-meme et et de l\u2019élever jusqu\u2019à Dieu. 100 LE ROSAIRE Aussi, de tous les points du monde catholique, une même pensée enthousiaste se faisait jour, tout à la gloire du Christ et de son Eglise.C\u2019est alors que l\u2019on vît se dresser vers le ciel les flèches et les tours de ces monuments gothiques qui font encore l\u2019honneur de la France et des pays du Nord de l\u2019Europe.C\u2019est à ce moment de l\u2019histoire que l\u2019on construit Notre-Dame de Paris, qui est devenue le cœur de la France, le sanctuaire de ses rois qui venaient y prier' Dieu au début de leur règne, la cathédrale des grands jours où toutes les victoires avaient leur écho dans le chant du Te Deum ; c\u2019est l\u2019âge des cathédrales de Chartres, admirable par sa flèche si pure ; de Beauvais, dont le chœur est une merveille ; de Reims, aux traditions glorieuses ; de Cologne, en Allemagne ; de Sainte Gudule, en Belgique.Et tous ces vieux chefs-d\u2019œuvre gothiques restent encore aujourd\u2019hui les témoins vigoureux des hautes ambitions de la foi de cette époque.C\u2019est de plus à cette date que l\u2019on vit se créer les grandes Universités catholiques, comme autant de forces nouvelles pour réaliser les vastes conceptions qui s\u2019emparaient des esprits.Or, c\u2019est au commencement du treizième siècle, au milieu de cette efflorescence de foi, que naît saint Thomas d\u2019Aquin au château de Rocca Secca en Italie.A peine son intelligence commence-t-elle à s\u2019ouvrir qu\u2019il est transplanté du foyer natal au sommet du Mont Cassin, dans le pieux monastère où il prie et se prépare à l\u2019avenir.La solitude de cet endroit, en favorisant les méditations sérieuses et fréquentes, prépare son esprit à une grande puissance d\u2019analyse, et les horisons vastes, purs et ensoleillés qui l\u2019environnent font naître dans son âme le goût d\u2019une synthèse large, ouverte et lumineuse.De la solitude du Mont Cassin, il passe à l\u2019Université de Naples où il se trouve en face d\u2019une double route qui le sollicite : celle de l\u2019esprit, qui mène au sommet de la vérité ; celle de la matière, qui conduit aux bas fonds des appétits inférieurs.Saint Thomas n\u2019hésite pas un instant.Il entre hardiment, résolument, malgré tous les obstacles, dans la voie d\u2019en haut, celle de l\u2019esprit, celle de la vérité qu\u2019il convoite et vers laquelle il aspire par tous les souffles de son âme.De Naples, il se rend à Cologne ; de Cologne, à Paris\u2019; et partout, il boit la science avec avidité, il suit avec fièvre les leçons d\u2019Albert-le-Grand, qui enseigne à l\u2019Université de Cologne.Dans ses SAINT THOMAS D\u2019AQUIN\t101 >T voyages à travers l\u2019Italie, l\u2019Allemagne et la France, il laisse envahir son âme par les grands témoignages de foi qu\u2019il recueille partout.Il est témoin des efforts héroïques que l\u2019on tente pour élever au Dieu Puissant de la foi catholique des temples dignes de sa haute majesté.Il prête l\u2019oreille aux échos qui lui arrivent de toutes les parties de l\u2019Eglise et qui chantent la grandeur du Christ, et les idées qui circulent dans l\u2019esprit de son siècle, il s\u2019en empare, et avec le génie qui le distingue, il les précise, les épure, les grandit encore.Il ne se contente pas de communier aux larges conceptions de son époque, il recueille dans le passé tout ce qu\u2019il offre de solide et d\u2019approfondi, il remplit son intelligence de l\u2019enseignement des Pères Apostoliques, avec au cœur un désir intense de réaliser quelque chose de grand à la gloire du Christ et de son Eglise.Ainsi préparé, saint Thomas peut maintenant concevoir et exécuter le vaste monument qu\u2019est la Somme de théologie.Cette Somme de saint Thomas est la cathédrale mystique et spirituelle de la foi : elle a la majesté, les nobles allures, la pureté, les élans des cathédrales de cette époque.Pour fon- ! dement, elle a la science de tous les siècles qui l\u2019ont précédée; pour hauteur, celle de la foi catholique : elle s\u2019élève jusqu\u2019à Dieu ; comme solidité, mieux que les chefs-d\u2019œuvre de pierre qui peuvent crouler sous les obus ennemis, elle reste inébranlable.M.F., universelle fut l\u2019émotion dans le monde de la pensée catholique lorsque parut la Somme de saint Thomas.Œuvre de génie, elle s\u2019imposait à toutes les attentions ; œuvre de foi, elle répondait à tous les désirs des théologiens.Aussi, pendant plusieurs siècles l\u2019ambition unique qni semble prévaloir, c\u2019est de comprendre la Somme, de la commenter et de faire voir, à sa lumière, toutes les harmonieuses beautés de nos dogmes aux intelligences, éprises de vérités.Et cette influence de la Somme dans le domaine de la foi s\u2019est continuée jusqu\u2019à nos jours.Deux faits importants vous permettront d\u2019en juger.Nous sommes au début du XVI® siècle.L\u2019Eglise, participant aux faiblesses de la nature humaine, est envahie par des abus regrettables qui s'introduisent dans les rangs des fidèles où ils diminuent l\u2019exercice de la vie catholique ; au sein du clergé, où ils font disparaître le zèle ; dans les ordres religieux où ils affaiblissent l\u2019esprit de perfection.L\u2019Eglise . 102 LE ROSAIRE avait besoin de réforme et cette réforme, désirée, attendue, ne venait pas.Ce fut le prétexte qui donna naissance au protestantisme, triste révolution dont l\u2019Eglise souffre encore et qui jeta dans l\u2019hérésie des millions d ames.Le protestantisme était né de la faiblesse humaine et comme tel, il devait descendre à des faiblesses plus lamentables que celles qu\u2019il désirait faire disparaître.A l\u2019Eglise catholique seule, qui possède une vitalité divine, il appartenait d\u2019opérer dans son sein la réforme nécessaire.Le Concile de Trente, réuni par le pape Paul III, opéra cette réforme, et ce fut la réponse victorieuse de la vraie Eglise au protestantisme.Or, M.F., au concile de Trente, pour éclairer les évêques et leur permettre de maintenir l\u2019orientation de la foi et de la morale dans le sens de la vérité divine, deux livres sont déposées sur l\u2019autel : la Bible et la Somme de saint Thomas.Nous sommes à la fin du XIXe siècle.Sous la poussée des erreurs semées dans l\u2019opinion par les philosophes du XVIIIe siècle, une nouvelle lutte est engagée contre l\u2019Eglise, celle là moins éclatante, plus sournoise, plus subtile.Le travail gigantesque que l\u2019on entreprend, est ni plus ni moins que l\u2019émancipation, la sécularisation de la pensée humaine.Trop longtemps, cette pensée a subi l\u2019influence heureuse de la vérité divine.Cette influence, il faut la faire disparaître, et comme l\u2019Eglise catholique est considérée même par ses ennemis comme l\u2019unique gardienne de ia vérité révélée, c\u2019est à elle et à elle seule que l\u2019on s\u2019attaque.Premièrement, l\u2019Etat- se sépare de 1 Eglise.Secondement, l\u2019Etat affirme sa supériorité sur l\u2019Eglise.Troisièmement, l\u2019Eglise proclame son athéisme politique.Quatrièmement, l\u2019Etat persécute l\u2019Eglise, cherchant de toutes les manières à paralyser son action sur les esprits.L\u2019Eglise exerce son influence par le culte public, l\u2019Eglise est obligée de se cacher dans ses temples ou au fond des sacristies ; l\u2019Eglise exerce son influence par les communautés religieuses, qui sont les bataillons de l\u2019avant garde, toujours sur la ligne du feu ; l\u2019Eglise voit ses communautés religieuses persécutées, proscrites et exilées.L\u2019Eglise exerce son influence par l\u2019instruction de l\u2019enfance et de la jeunesse ; l\u2019Eglise est chassée de l\u2019école.L\u2019Eglise exerce son influence par la mission divine de ses prêtres et de ses évêques ; elle voit ses prêtres et ses évêques considérés par l\u2019Etat comme de vulgaires salariés ou comme de simples citoyens sans privilèges et sans immunités. SAINT THOMAS D\u2019AQUIN 103 En même temps que s\u2019exerce cette persécution légale dont le but est de soustraire la pensée humaine à l\u2019influence divine de l\u2019Eglise catholique, tout un ensemble de théories philosophiques circulent dans le champ de la pensée humaine pour le bouleverser et en arracher les idées de Dieu, de religion, de vie future, de responsabilité : c\u2019est le panthéisme germanique, l\u2019éclectisme français, le positivisme, le matérialisme sous toutes ses formes.Or, M.F., pendant que les esprits sont ainsi ballottés en tous sens par les erreurs les plus diverses et que la nouveauté de ses théories trouve des admirateurs même au sein de l\u2019Eglise catholique, une voix s\u2019élève, une voix autorisée, la voix meme de celui à qui Jésus-Chrit a dit : Confirma fratres tuos.Léon XIII affirme au monde, dans sa lettre- encyclique Aeterni Patris que pour extirper les multiples erreurs modernes et remettre les intelligences dans le sillage lumineux de la vérité, il faut recourir à saint Thomas d\u2019Aquin et aux principes de sa philosophie chrétienne.M.F., félicitons nous en notre pays d\u2019avoir suivi la direction du Pape, en réservant une place d\u2019honneur à la philosophie comme à la théologie scholastique dans nos séminaires.Cet enseignement est le moyen le plus sûr de faire des esprits droits, qui ne craignent pas la vérité, qui préfèrent la vérité à l\u2019erreur, qui savent dans la recherche passionnée de la vérité, trouver la liberté qu\u2019ils désirent.En conséquence, vous, chers élèves, (1) qui avez la bonne fortune de trouver au terme de vos études classiques, un enseignement complet, solide et lumineux de la philosophie de saint Thomas, imprégnez-en fortement vos âmes, afin que plus tard a la place importante que vous occuperez dans la société, vous soyez, non pas de vulgaires colporteurs de mensonges, d\u2019illusions ou de duplicités, mais des défenseurs éclairés de la foi, du droit et de l\u2019ordre social.(1) Les élèves du Séminaire de Saint-Hyacinthe.(à suivre) LA FEMME PENDANT LA GUERRE (1) UELQUE sujet que l\u2019on traite aujourd\u2019hui, quel que soit le but d\u2019une réunion, quelle que soit cette réunion elle-même, religieuse, charitable, profane, mondaine, vous remarquerez qu\u2019au bout de cinq minutes de conversation, on est entraîné à parler de la guerre, tant elle fait la hantise des esprits et l\u2019angoisse des cœurs.Je n\u2019ai donc pu échapper à cette hantise, et cherchant un aspect de cette douloureuse question qui pût particulièrement vous intéresser et vous émouvoir, j\u2019ai demandé à l\u2019Histoire ce quelle a à me dire sur le rôle de la femme pendant la guerre.L\u2019Histoire nous répond que ce rôle est quadruple, rôle de combat, rôle de secours, rôle de souffrance, rôle de prière, et qu\u2019à ces quatre groupes de femmes il convient souverainement que nous adressions nos hommages d\u2019admiration et de reconnaissance.I.Celles qui combattent Saluons d\u2019abord, avec un respect ému, celles qui ont combattu et guerroyé pour la défense de la foi ou pour le salut de la patrie.Eh quoi ! pensera-t on, ce dur et affreux métier des armes convient il à -la femme ?Convient il que dans les panoplies qui décorent le salon de famille, soit suspendue une épée dont une main de femme aura fait briller l\u2019éclair ?Convient-il surtout que sa vertu soit mêlée à la vie bruyante et douteuse des camps ?Que les hommes tiennent et manient le glaive, ils y ont le bras fait \u2014 autant dire qu\u2019ils sont nés pour cela.Q\u2018ue ce glaive passe tour à tour à Clovis, à Charlemagne, à Hubert le Fort, à saint Louis à Du Guesclin, à François 1er, à Henri IV, àCondé, à Bonaparte ; qu\u2019aujourd\u2019hui même il soit brandi '1) Conférence donnée à Montréal et à Québec pour des œuvres de charité. LA FEMME PENDANT LA GUERRE 105 par un Jofiïe ou un French, cela peut être terrible et être superbe, cela n\u2019est pas merveilleux, sortant d\u2019un cœur d\u2019homme et d\u2019une main d\u2019homme.Mais la femme ?Sa tête n\u2019a point coutume d\u2019être auréolée du casque, ni son cœur d\u2019être protégé par une cotte de mailles, ni son bras d\u2019accomplir le geste par lequel on frappe et on tue.Son auréole, c\u2019est la grâce ; sa protection, c\u2019est la vertu ; et son bras, il lui faut l\u2019appuyer à un bras plus fort, qui la soutienne avec fidélité.Mère, elle est la bonté ; épouse, elle est le dévouement ; jeune fille, elle est l\u2019espérance.Et que ces qualités gracieuses et douces cadrent donc mal avec l\u2019indomptable, j\u2019allais dire, avec la cruelle énergie, dont est faite une âme de guerrier ! Il est pourtant une chose que vous oubliez ici : c\u2019est que la femme, ayant reçu en partage la grandeur morale et tout ensemble la faiblesse physique, devient entre les mains de Celui qui se plaît à choisir les faibles, un merveilleux instrument à l\u2019accomplissement de ses desseins.Oui, Dieu aime ce qui est faible, mais non ce qui est bas ; il recherche ce qui est humble, mais non ce qui est dégradant ; il appelle jusqu\u2019à lui ce qui n\u2019est rien, mais non ce qui est mauvais.Et donc, il n\u2019a besoin que de rencontrer ici-bas une âme droite et généreuse.Le reste, il s\u2019en charge.Femme, lève-toi : tu es grande par le cœur, il suffit.Quant à ta faiblesse naturelle, elle est un titre au choix du Tout-Puissant, et ainsi sera-t-il dit qu\u2019aucune gloire ne te fera défaut, pas même celle dont l\u2019homme est le plus fier, la gloire de la vengeance et du triomphe.Cette gloire, le peuple des figures et des promesses ne se l\u2019est pas vu refuser.Jabin,roi de Canaan,opprime depuis vingt ans les enfants d\u2019Israël ; son chef d\u2019armée, Sisara, se précipite contre eux avec ses neuf cents chars armés de faux \u2014 les mitrailleuses de l\u2019époque ! La prophétesse Débora, juge en Israël, ordonne de la part de Dieu à Barac de marcher avec dix mille hommes contre Sisara pour le détruire.Mais Barac répond : Si tu viens avec moi, j\u2019irai ; si tu ne veux pas venir avec moi, je n\u2019irai pas.Soit, décide Débora, j\u2019irai avec toi, mais tu 106 LE ROSAIRE n\u2019auras pas l\u2019honneur de la victoire, car Sisara sera livré aux mains d\u2019une femme.Elle se lève donc, se met avec Barac à la tête des combattants, choisit le point précis où elle rencontrera l\u2019ennemi, au torrent de Cison.Là, dit l\u2019Ecriture, le Seigneur épouvanta Sisara et tous ses chars et toute l\u2019armée, qui tomba sous le tranchant du glaive.En un cantique de toute beauté, Débora chante sa joie et celle du peuple, et la page d\u2019épopée s\u2019achève sur cette parole de paix, mais non hélas ! de paix éternelle : Et la terre se reposa pendant quarante ans.Si du pays des promesses, nous passons aux pays des chrétiennes réalités, nous n\u2019aurons pas de peine à découvrir au diadème qui orne le front des nations catholiques, des joyaux de victoire qu\u2019y ont attachés des doigts de femme.Si toutes n\u2019ont point combattu les armes à la main, toutes ont exercé par leur ascendant et leurs vertus une influence considérable sur les destinées et même sur la fondation des peuples de l\u2019Europe.Que l\u2019on nomme sainte Bathilde, régente des Mérovingiens ou Blanche de Castille, régente des Capétiens; que l\u2019on salue sainte Berthe en Angleterre, ou sainte Marguerite en Ecosse, ou sainte Elisabeth en Portugal ; que l\u2019on évoque le souvenir de sainte Cuuégonde protégeant la Hongrie, ou de sainte Hedwige, la Clotilde de la Pologne, improvisant une armée, dirigeant les sièges, ordonnant les assauts et au grand étonnement de ses généraux, déployant tous les talents militaires et le courage d\u2019un vieux guerrier ; que dans un genre inférieur, si l\u2019on veut, mais beau tout de même, on célèbre le geste de Jeanne Hachette arrachant à Beauvais l\u2019étendard que les ennemis viennent de planter sur la muraille ; toutes ces femmes, et beaucoup d\u2019autres nous apparaissent courageuses dans la lutte, magnanimes dans le dévouement, héroïques dans le sacrifice.Cependant, parmi toutes ces femmes, qui ont combattu pour la foi ou pour la liberté, il en est une à laquelle vous ne pouvez pas ne pas penser comme au type idéal de la noblesse dans le sentiment et de l\u2019énergie dans l\u2019action ; et je ne ferai donc qu\u2019extérioriser votre pensée, en nommant Jeanne d\u2019Arc.Ce nom, nous pouvons l\u2019acclamer avec d\u2019autant plus de joie que les deux peuples, rivaux alors, sont aujourd\u2019hui unis LA FEMME PENDANT LA GUERRE 107 dans la même cause à défendre et entremêlent leurs armées et leur sang sur les mêmes champs de bataille.On a rapporté ce mot très heureux d\u2019un officier anglais qui disait récemment : Le premier des officiers d\u2019Angleterre, j\u2019ai mis le pied, en armes, sur la terre française.En débarquant, ma première pensée a volé vers Jeanne d\u2019Arc, et je me suis dit : Actuellement, du haut du ciel, elle doit nous pardonner notre erreur de jadis.Oui, acclamons ce nom béni et vénéré, mais aussi, par ce nom qui signifie bataille et délivrance, sacrifice et victoire, intercédons et prions.Semblables aux compagnons de Jeanne d\u2019Arc, tous les fils de France, tous sans exception, oubliant ce qui les divisait et rapprochant ce qui les séparait, tous se sont serrés autour du drapeau pour combattre les bons et justes combats.Ah ! puissent-ils plus tard, \u2014 plus tard, quand les fleuves auront roulé assez de sang \u2014 plus tard, quand la terre aura enseveli assez de cadavres \u2014 plus tard, quand les mères auront assez pleuré\u2014 plus tard, quand Dieu jugera que l\u2019expiation est suffisante \u2014 oui, puissent les fils de France, tous sans exception, s\u2019unir dans la paix comme ils ont été unis dans la lutte, et se serrer autour des autels qu\u2019adorèrent Geneviève de Nanterre et Jeanne de Domrémy.Puisse, selon le souhait d\u2019un grand cœur épiscopal, leur voix à tous, \u201c s\u2019élever de la Méditerranée aux plaines du Nord, de l\u2019Océan aux Pyrénées, pour acclamer le Christ qui aime les Francks, et alors, ô mon pays, de la part de l\u2019histoire' et de la part de Dieu, je te le dis, en vérité, la terre entière t\u2019applaudira.Oui, dis, ô mon pays, dis : Vive Jésus-Christ qui aime les Francks, et l\u2019humanité répondra en un solennel et triomphant écho : Vivent les Francks qui aiment Jésus-Christ.\u201d Fille de la France, la nation canadienne connut aussi la gloire des femmes combattantes et des vierges victorieuses.Vous apprendrai-je le nom d\u2019une Catherine Mercier qui subit le martyre, presque à l\u2019égal des Jogue et des Brébœuf, et qui lassa la patience de ses bourreaux ?Vous citerai-je le courage d\u2019une Martine Primot qui met en fuite, à coups de tomahawk, quatre sauvages archarnés contre elle ?N\u2019avez-vous pas plutôt présente à l\u2019esprit l\u2019image de la toute gracieuse et toute courageuse Marie-Madeleine de Verchères, une bergère elle aussi, comme Geneviève de Paris, et dont l\u2019historien La 108 LE ROSAIRE Potherie, qui l\u2019a connue alors qu\u2019elle était toute jeune, rapporte qu\u2019il n\u2019y avait pas de \u201c canadien ni d\u2019officier qui tirât un coup de fusil plus juste que cette demoiselle Elle avait, d\u2019ailleurs, de qui tenir.Deux années avant son propre exploit, sa mère, en 1690, avait vaillamment repoussé une attaque des Iroquois, ayant combattu pendant deux jours, dit le P.de Charlevoix, avec une bravoure et une présence d\u2019esprit qui auraient fait honneur à un vieux guerrier et ayant contraint l\u2019ennemi de se retirer, honteux d\u2019être obligé de fuir devant une femme.Quant à Marie-Madeleine, enfant de quatorze ans, c\u2019est un véritable assaut qu\u2019elle livra.Au milieu du tumulte et parmi les cris de désolation qui l\u2019entourent, elle ne perd, dit l\u2019historien, ni le jugement, ni le cœur.Elle tire le canon, elle prend le fusil, elle le manie avec tant d\u2019adresse, en se multipliant, en se montrant sur différents points, que les assaillants croient le fort défendu par une troupe nombreuse et qu\u2019ils se rebutent et s\u2019enfuient.Au surplus, ce n\u2019est là qu\u2019un épisode glorieux de la rude vie, de la vie de sacrifice qui fut celle de nos ancêtres, et il convient toujours de rappeler que si nous sommes quelque chose aujourd\u2019hui, nous ne le sommes que par eux, par leurs exemples et par leur souvenir.Que si vous trouvez que payer la gloire par le sang, c\u2019est la payer bien cher, écoutez ceci : Au soir de la bataille de Bouvines, un soldat apporte à Philippe-Auguste vainqueur douze bannières enlevées à l\u2019ennemi et marquées de l\u2019aigle impériale allemande.Garde-les, dit le roi au soldat, c\u2019est à toi.Ce moissonneur d\u2019aigles était Jacques, l\u2019aïeul des Montmorency, c\u2019est-à dire, de l\u2019une des plus grandes races de France.Sur quoi l\u2019historien qui raconte l\u2019aventure fait cette remarque vibrante et concise : Toutes les grandes races sont fondées dans le sang.II.Celles qui secourent Celles qui combattent sont forcément l\u2019exception ; celles qui secourent doivent être le nombre, non pas que les secours puissent toujours être à base d\u2019héroïsme, mais il suffit en cette matière que chacun comprenne et accomplisse son devoir.Des secours d\u2019héroïsme, il a plu à Dieu d\u2019en envoyer aux nations qu\u2019il prédestinait à la vie ou aux peuples qu\u2019il voulait sauver de la mort. LA FEMME PENDANT LA GUERRE 109 C\u2019est ainsi qu\u2019à l\u2019origine même de la Gaule nous apparaît la bergère qui donna à la France sa capitale.Les hordes d\u2019Attila s\u2019avançaient vers Paris ; l\u2019alarme était profonde, la crainte universelle ; le gouvernement était sans force, les hommes sans courage.Il ne s\u2019y trouva donc qu\u2019une femme, Geneviève, qui se fit, à elle seule, gouvernement, et montra une présence d\u2019esprit et une énergie toutes viriles.Assiégé par les barbares, Paris commence à éprouver la famine, mais la vierge se charge de lui procurer des vivres que par la Seine elle va chercher bien loin, et chose unique dans l\u2019histoire des grandes calamités des peuples, ce qu\u2019aucun homme n\u2019aurait pas fait ou même osé penser, une femme de trente ans l\u2019accomplit : elle alimente toute une grande ville pendant un siège de dix ans, tant et si bien qu\u2019Attila tout à la fois persécuteur et précurseur se voit refoulé des murailles de Lutèce et va se faire écraser à Chalons, sur les bords de la Marne.L\u2019histoire se répète.Ce n\u2019est pas tout.Quelques années plus tard, un second orage se déchaîne sur Paris : ce sont les Francs qui assiègent et c\u2019est la faim qui décime.Geneviève n\u2019hésite pas.Une seconde fois, elle réunit une flottille, prend le gouvernail de la barque principale, et ravitaille la place.Mais ici l\u2019Esprit de Dieu lui fit comprendre que s\u2019il en est qui sont destinés à détruire, il en est qui sont appelés à bâtir.Elle donc, qui avait fermé sa Lutèce bien-aimée aux Huns d\u2019Attila, l\u2019ouvrit de grand cœur aux Francs de Chil-péric, et bientôt après, devenue l\u2019alliée ardente de Clovis converti, elle fondait cette capitale dont elle est restée la reine mystique, elle édifiait ce Paris, où, selon le jugement d\u2019un évêque, \u2018 à côté de tant d\u2019indifférence, parfois même tant de haines, Jésus-Christ reçoit l\u2019hommage le plus profond et le service le plus complet de la multitude des âmes.\u201d Ici encore, l\u2019histoire serait trop longue à écrire de tous les dévouements et encouragements féminins prodigués aux victimes de la guerre.Ambulancières sur les champs de bataille, infirmières dans les hôpitaux, religieuses quittant leurs cloîtres, laïques quittant leur famille, les femmes ont levé et organisé, surtout dans les guerres modernes, une véritable armée auxiliaire. 110 LE ROSAIRE La sœur de charité, soignant le troupier, reste tout à la fois un touchant symbole et une douce vérité.Ecoutez ce fait : Un jour, c\u2019était en 1855, le choléra éclate dans l\u2019armée française résidant à Gallipoli, dans la Turquie d\u2019Europe.Les Sœurs de la Charité de Constantinople ne suffisent pas au service du grand nombre des braves frappés par l\u2019épidémie.On s\u2019adresse aux Sœurs de Smyrne et on les prie de venir remplacer celles qui venaient de tomber.Et la Supérieure répond : Nous y irons toutes, car heureusement nous sommes en vacance.Et si d\u2019un bond nous arrivons à la guerre actuelle, que de traits d\u2019héroïsme n'ont pas été rapportés en ces six mois.Celui-ci, par exemple : Le commandant d\u2019un fort demande à une Fille de la Charité de venir s\u2019enfermer avec les soldats pour les soigner en cas de besoin.D\u2019urgence, elle va demander la permission de sa supérieure : Mais, dit celle-ci, si le commandant fait sauter le fort, plutôt que de se rendre?\u2014 \u2018r Nous sauterons ensemble, répond la noble sœur, et Dieu nous recevra, puisque ce sera pour lui et pour la France.\u201d Un autre trait est celui de l\u2019hommage qu\u2019un chef d\u2019armée a rendu à six religieuses et qu\u2019un ordre du jour porté à l\u2019armée formule ainsi : Le général commandant la 2e armée cite à l\u2019ordre de l\u2019armée Mesdames Rigarel, Collet, Rémy, Maillard, Rickler et Gardener, religieuses de l\u2019Ordre de Saint Charles de Nancy, qui depuis le 24 août, sous un feu incessant et meurtrier, ont donné dans leur établissement de Gerbéviller asile à environ mille blessés, en leur assurant l\u2019assistance et les soins les plus dévoués, alors que la population civile avait complètement abandonné le village.En outre, ce personnel a accueilli, chaque jour, de très nombreux soldats de passage auxquels il a servi tous les aliments nécessaires.Et c\u2019est par dizaines et par centaines que se passent de semblables faits, ils deviennent si fréquents qu\u2019on les croit ordinaires, si communs qu\u2019on ne songe même plus à les raconter.Il semble que l\u2019oubli du moi soit devenu la chose la plus facile du monde, que l\u2019héroïsme soit la loi de tous les jours, que la mort ait un irrésistible attrait, et que la vie ne vaille la peine d\u2019être vécue que si elle est sacrifiée.Je m\u2019en voudrais d\u2019omettre que ce dévouement existe aussi chez les laïques, aussi bien chez les femmes du monde LA FEMME PENDANT LA GUERRE 111 que chez les femmes du peuple, et qu\u2019il a trouvé un plein épanouissement dans une institution, que je ne puis m\u2019empêcher de saluer et de remercier : j\u2019ai nommé la Croix Rouge.Fondée six ans avant la guerre de 1870, c\u2019est surtout dans ce terrible conflit que la Croix Rouge déploya son zèle et se fit connaître.En face des désastres succédant aux désastres, et par conséquent, des nécessités s\u2019accumulant sur les nécessités, les Associés de la Croix-Rouge surent élever leurs âmes et leurs résolutions à la hauteur des calamités publiques.Dames et messieurs, on les vit élargir leurs cadres, organiser des ambulances, courir à l\u2019étranger chercher des médicaments lorsque les réserves nationales furent épuisées ; susciter des garde malades pour les infirmes, des chirurgiens pour les blessés, des ambulancières pour les victimes du typhus.Plus d\u2019un, plus d\u2019une rencontra la mort en ces obscurs services de la charité.Depuis lors, leur énergie n\u2019a jamais baissé.On les a vus dans toutes les expéditions de ces derniers temps, dans le Sud Afrique et au Congo, en Indo Chine et à Madagascar : là, on s\u2019est battu dans la brousse et les rizières ; on y a reçu des coups de fusil, on y a tremblé la fièvre, et je le répète, la Croix-Rouge s\u2019est trouvée partout.On l a vu débarquer ses caisses pleines de médicaments, et aussi, assure-t on, de gâteries pour le soldat, du sucre, du vin, du tabac, et je dirais volontiers, avec un rapporteur de l\u2019Œuvre, qu\u2019au risque de scandaliser les gens sérieux, il est presque aussi bon d\u2019avoir songé aux gâteries qu\u2019aux médicaments.Les médicaments ont guéri.peut-être ; les gâteries ont réjoui certainement.La Croix Rouge est allée plus loin : pour elle, tout blessé, tout malade de guerre est un homme rien qu\u2019un homme qui pâtit, et qui donc est digne de compassion.En présence d\u2019un blessé de guerre, elle ne cherche pas d\u2019où vient la balle qui le frappe, ni de quelle couleur est son drapeau, ni quelles haines ou quels amours agitent son cœur ; c\u2019est un frère meurtri, cela suffit.Qu\u2019il soit un martyr, qu\u2019il soit un scélérat, on va le secourir.Il a plu à la Croix-Rouge d\u2019affirmer cette doctrine, et on l\u2019a trouvée tellement humaine que personne n\u2019osa jamais y contredire.En 1896, une branche canadienne de la Croix-Rouge a été fondée ; son premier appel, ainsi que l\u2019expliquait récemment Lady Drummond, fut pour la guerre du Sud Afrique : J 12 LE ROSAIRE le succès de l\u2019œuvre fut dû en grande partie aux loyaux et patriotiques secours donnés par les femmes du Canada, et ce beau souvenir, le premier pas de la Société Canadienne de la Croix-Rouge, sera enregistré dans les annales de notre histoire comme témoignage de la loyauté de toutes les croyances et de toutes les classes.Or, voici qu\u2019en ces jours de deuil et de mort, le cœur de nos Canadiennes françaises a battu d\u2019un noble battement : et elles aussi ont fondé une section de cette admirable institution de charité, y apportant tout leur zèle et tout leur amour chrétien.A cette Œuvre de la Croix-Rouge nous devons joindre d\u2019autres œuvres, il faudrait dire de multiples Œuvres, qui poursuivent le même but et fonctionnent avec le même dévouement, avec le même enthousiasme.Fonds patriotique canadien, comité de secours belge, fondation d\u2019un .hôpital canadien à Paris, comité France-Amérique, il pourrait sembler à première vue qu\u2019on eût trop entrepris.Mais cette première vue serait une courte vue ; le regard du croyant et du miséricordieux voit plus loin et il discerne dans cette sainte variété des actions l\u2019unité d\u2019un principe et d\u2019un sentiment, dont je vous aurai dit la grandeur, quand je vous aurai cité la parole de l\u2019héroïque chevalier de Roncevaux,' de ce légendaire Roland qu\u2019on a appelé \u201c la France faite homme \u201d : Il faut savoir pour son pays souffrir de grands maux, endurer le chaud et le froid, perdre son sang et sacrifier sa vie.(A suivre) fr.Henri Hage, O.P A PROPOS D\u2019IMMUNITÉS N a beaucoup parlé d\u2019immunités depuis quelque temps.Nous ignorons si beaucoup de ceux qui s\u2019y intéressent dans un sens ou dans un autre seraient en état de dire en quoi elles consistent et quelle est leur raison d\u2019être dans une société chrétienne ou simplement civilisée.Manifestement le mot immunité veut dire exemption.De quelle exemption s\u2019agit-il ici ?Jusqu\u2019à la Réforme le droit public de tous les pays chrétiens a reconnu à l\u2019Eglise trois sortes d\u2019immunités ou d\u2019exemptions : l\u2019immunité personnelle des clercs de toute juridiction laïque ; l\u2019immunité locale, c\u2019est-à dire l\u2019inviolabilité des sanctuaires et le droit d\u2019asile dans tous les lieux consacrés à Dieu ; enfin l\u2019immunité réelle, c\u2019est à-dire l\u2019exemption des biens d\u2019église de toutes charges, impôt, ou contribution, prélevés par le pouvoir civil pour des fins purement temporelles.C\u2019est uniquement de cette dernière espèce d\u2019immunité que nous avons l\u2019intention de dire quelques mots.Même depuis la Révolution française, l\u2019Eglise a continué de jouir partiellement, dans tous les pays catholiques et souvent même en pays protestants, de l\u2019immunité réelle, c\u2019est-à-dire, de l\u2019exemption des taxes sur ses propriétés occupées pour des fins de culte religieux, de charité ou d\u2019éducation.Le principe de l\u2019immunité est reconnu dans notre législation, et l\u2019on peut dire qu\u2019il l\u2019a été de tout temps dans notre pays.Cependant, sous l\u2019empire de je ne sais quelle préoccupation et sous l\u2019influence de je ne sais quels principes d\u2019économie sociale et politique, notre législature de Québec, y a porté en 1903 une très grave atteinte, qu\u2019il nous semble bien impossible de justifier, non seulement en droit canonique, mais en équité et en saine économie politique.Tout en maintenant l\u2019immunité de la taxe foncière, pour \u201cles biens possédé» 1X4 LE ROSAIRE \u201c et employés pour le culte public, les presbytères, maisons \u201c curiales et cimetières ; les établiss* ments d\u2019éducation, ainsi \u201c que le terrain sur lequel ils sont situés.les bâtiments et u terrains occupés et possédés par une institution de bienfai-\u201c sance, \u201d la nouvelle loi assujettit tous \u201cles propriétaires, locataires et occupants de ces immeubles à toute taxe spéciale ou cotisation imposée \u201d pour certains travaux ou certaines dépenses déterminées.Qu\u2019est-ce que c\u2019est qu\u2019un bien exempt de taxes, quand celui qui occupe le bien doit payer les taxes ?Si ce n\u2019est pas une chinoiserie, c\u2019est quelque chose qui en a l\u2019air.Il eût été plus simple et plus clair, mais peut-être trop franc et trop droit de dire : tous les biens ecclésiastiques peuvent être imposés comme les autres, à la condition qu\u2019on appelle la taxe imposée une taxe spéciale ou extraordinaire.On ne l\u2019a pas osé, peut-être par un reste de respect pour le principe de l\u2019immunité inscrit dans nos lois, peut être parcequ\u2019on n\u2019a pas jugé la décomposition de l\u2019esprit public assez avancée pour risquer une loi si manifestement contraire à la pratique et à la législation de tout pays chrétien et civilisé.Il y a deux sortes de biens d\u2019église qui d\u2019après le droit canonique ou ecclésiastique sont soustraits de droit à tous les impôts ordinaires pour fins civiles : les biens occupés immédiatement pour fins de culte, de charité et d\u2019éducation, et les biens possédés par les églises et diverses institutions pour des fins de revenus pour leur soutien.Les premiers seuls ont toujours joui de l\u2019immunité en tous pays.Les autres ont joui d\u2019immunités plus ou moins complètes suivant les pays et les temps et parfois, suivant l\u2019origine de ces biens et dotations.Dans notre pays, depuis longtemps l\u2019Eglise a accepté tacitement que tous tes biens possédés par les églises, les clercs et les institutions de bienfaisance et d\u2019éducation à titre de dotation ou de revenus soient soumis aux taxes comme les biens ordinaires.On doit donc reconnaître qu\u2019en fait pour cette partie des biens d\u2019église, dans notre pays comme dans la plupart des pays chrétiens, l\u2019immunité est une chose du passé.Mais pour l\u2019autre part des biens d\u2019église, celle qui est immédiatement affectée au culte divin, à la résidence des ministres du culte, aux œuvres de charité et d\u2019éducation A PROPOS D\u2019IMMUNITÉS 115 elles-mêmes, l\u2019Eglise n\u2019a encore abandonné nulle part, que nous sachions, sa prétention à l\u2019immunité.Sans doute, nous dit on, l'Eglise catholique tient à ses immunités, et elle a raison d\u2019y tenir; mais enfin, si on les lui refuse, qu\u2019a-1-elle à se plaindre ?Elle se trouve dans la situation de tout le monde, sans privilège, il est vrai, mais sans charge qui ne soit pas de droit commun.L\u2019exemption est un privilège que le pouvoir accorde ou retire à son gré pour des raisons dont lui seul est juge.L\u2019Eglise n\u2019a pas plus le droit de conserver l\u2019exemption qu\u2019elle n\u2019a le droit de l\u2019exiger.En d\u2019autres termes on nous insinue que l\u2019immunité reconnue en tous pays chrétiens à une part quelconque des biens ecclésiastiques est une pure faveur du pouvoir civil que celui-ci accorde, ou refuse, ou restreint, ou retire à son gré, sans léser aucunement la justice ni aucun droit.Rien n\u2019est moins fondé en droit ni en raison.L\u2019Eglise catholique ne tient pas du pouvoir civil son droit de propriété ni son droit d\u2019exemption, mais de sa nature même et de la volonté de son divin Fondateur.Le pouvoir civil quel qu\u2019il soit ne peut pas créer ces droits : il ne peut que les reconnaître et les garantir.Cette doctrine a été de tout temps celle de l\u2019Eglise catholique, affirmée avec énergie au Concile de Trente.L\u2019opinion contraire, en grande faveur chez certains protestants du XVIe siècle, chez les légistes gallicans et jansénistes depuis Louis XIV, chez les Régaliens et Césariens de tous les temps, hante malheureusement le cerveau d'un certain nombre de nos hommes de loi.très bien disposés d\u2019ailleurs, mais très courts de philosophie qui est la base nécessaire du droit et insuffisamment avertis de la doctrine catholique de la nature et des droits de l\u2019Eglise.L\u2019Eglise est une société parfaite et souveraine, spirituelle dans sa fin, temporelle dans ses éléments, qui par la volonté toute puissante de son fondateur ne saurait être assujettie légitimement aux lois d\u2019aucune société, ni directement ni indirectement.Elle peut s\u2019y conformer quand ces lois ne contrarient pas ses intérêts essentiels, elle peut même les adopter et les confirmer, non parce que ces lois s\u2019imposent à elle, mais parce qu\u2019elle les juge sages et avantageuses pour elle même comme pour la société civile.Le jour où l\u2019Eglise trouvera que ces lois sont pour elle non une aide mais une 116 LE ROSAIRE entrave à son divin ministère, elle n\u2019aura besoin que de sa propre volonté pour s\u2019en affranchir légitimement.Cette souveraine autorité de l\u2019Eglise\u2014dans sa sphère\u2014 ne fait doute pour aucun catholique.Nos légistes en conviennent : mais où ils se trompent, c\u2019est en prétendant tracer à leur gré, ou au gré de leurs idées gallicanes et parlementaires, la sphère toute spirituelle où l\u2019autorité de l\u2019Eglise est indépendante et souveraine, et en exclure tout ce qui est temporel à un titre quelconque, pour le soumettre immédiatement à la juridiction du pouvoir civil.\u2018 Ils auraient raison peut être, si l\u2019Eglise était, comme ils l\u2019imaginent, une société purement spirituelle, c\u2019est à-dire une société d\u2019âmes et non pas une société d\u2019hommes.Mais l\u2019Eglise catholique est une société temporelle dans ses éléments qui sont non des âmes, mais des hommes.C\u2019est l\u2019Eglise du ciel qui est la société des âmes ; l\u2019Eglise de la terre est essentiellement une société d\u2019hommes, et qui ne peut exister sans les conditions indispensables à la subsistance et au bon fonctionnement de toute société humaine, en particulier, sans l\u2019usage et la possession des biens temporels et par conséquent sans le droit de propriété.Tout a été donné par le Père à son Fils et le Fils a tout donné à son Eglise, non pour qu\u2019elle s\u2019empare de tous les biens de ce monde, ou qu\u2019elle les dispute à qui les possède légitimement, mais pour qu\u2019elle en acquière et en conserve ce qu\u2019elle jugera nécessaire et suffisant pour les besoins de son divin ministère, en particulier pour les nécessités du culte public, la subsistance de ses prêtres et de ses ministres, les oeuvres de charité spirituelle et corporelle dont elle a la charge.Quel pouvoir humain a reçu de Dieu ou des hommes le droit de s\u2019opposer légitimement à ce droit et à ce pouvoir de l\u2019Eglise ?Quelle loi humaine peut lier ce que délie l\u2019Eglise et délier ce qu\u2019elle lie ?Qu\u2019on nous montre dans l\u2019Evangile un seul mot favorable à cette sujétion du droit de l\u2019Eglise au bon vouloir des pouvoirs humaine.Qu\u2019on nous montre une seule reconnaissance par l\u2019Eglise du droit souverain du pouvoir civil sur les biens ecclésiastiques comme sur les biens des particuliers.On n\u2019en trouvera pas.On trouvera maintes fois, au cours de l\u2019histoire, des concessions gracieuses faites par l\u2019Eglise au pouvoir civil lorsqu\u2019il A PROPOS D\u2019IMMUNITÉS 117 se trouvait aux mains de ses fidèles, en reconnaissance de services rendus ou à rendre à elle même ou à la société chrétienne.On relèvera maintes servitudes agréées pour le bien public, en échange de dotations princières à elle faites par la munificence des pouvoirs publics.On ne trouvera nulle part la trace d\u2019une acceptation de l\u2019ingérence du pouvoir civil dans l\u2019administration ou la distribution de ses biens, à ce seul titre de la juridiction propre au pouvoir civil sur tous les biens temporels, ceux de l\u2019Eglise comme les autres.C\u2019est qu\u2019en effet les biens de l\u2019Eglise religieux ou ecclésiastiques ne sont pas des biens purement temporels comme les autres, et que par le fait même de leur destination ou consécration ils relèvent du seul pouvoir spirituel de l\u2019Eglise.Il arrive aux biens ce qui arrive aux hommes et aux édifices, qui par le seul fait de leur destination et de leur consécration revêtent un caractère sacré et cessent d\u2019être des hommes ou des édifices comme les autres.Peu importe l\u2019origine des biens religieux ou ecclésiastiques, qu\u2019ils aient été acquis par un contrat légitime, ou qu\u2019ils soient le don volontaire de la charité des fidèles, ou qu\u2019ils soient même la dotation faite par le pouvoir public ; dès qu\u2019ils sont acquis à l\u2019Eglise pour des fins de culte, de charité ou d\u2019éducation, ils cessent d\u2019être des biens civils et passent de la juridiction civile à la juridiction ecclésiastique.(1) Ce n\u2019est pas là seulement la disposition et la volonté de la loi ecclésiastique positive, qu\u2019on appelle le droit canon, c\u2019est la conséquence nécessaire de la nature même de l\u2019Eglise et de son droit à l\u2019existence comme société humaine distincte, parfaite, souveraine dans sa sphère et indépendante dans son existence et son action ; c\u2019est la conséquence du pouvoir absolument indépendant de tout pouvoir humain que lui a donné son fondateur.Il peut se faire que les auteurs de nos dernières lois municipales soient étrangers à toutes ces notions pourtant assez élémentaires du droit public de l\u2019Eglise.Ils auraient fait acte de sagesse et de prudence de ne pas entreprendre la rédaction de lois pouvant atteindre directement ou indirecte- (1) Par conséquent écrire que la Législature est Y autorité suprême en matière de taxes sur les biens ecclésiastiques, c\u2019est répéter une erreur vingt fois condamnée par l\u2019Eglise \u2014 qui n\u2019est pas plus moderne que la plupart des autres âneries maçonniques. 118 LE liOSAIRE ment les biens ecclésiastiques sans se faire instruire à fond sur le principe de l\u2019immunité des biens d\u2019église et des raisons qui l\u2019ont fait maintenir en vigueur jusqu\u2019ici dans presque tous les pays civilisés.Les plus mauvaises lois et les plus désastreuses sont faites parfois par des hommes bien intentionnés qui ne comprennent pas la portée de ce qu\u2019ils font.Au fait, la connaissance du droit canonique et du droit public de l\u2019Eglise n\u2019était pas indispensable, pour être conséquent avec soi-même et ne pas nier dans la deuxième partie d\u2019une loi le principe de l\u2019immunité affirmé et consacré dans la première.Il eût suffi d\u2019un peu de sens chrétien, de cette philosophie naturelle qui supplée parfois à l\u2019insuffisance des études et de quelques principes élémentaires d\u2019économie sociale et politique.Nos voisins de la ligne 45e, qui n\u2019étudient guère le droit canon, avec le seul bon sens chrétien et le sens social pratique, ont mieux compris que nos catholiques la portée pratique et la nécessité sociale de l\u2019immunité.Au Canada, de toutes nos provinces, la plus parfaitement ignorante et inintelligente dans la matière, c\u2019est, il faut le dire hautement à la grande honte de notre classe dirigeante, notre très-catholique Province de Québec.Partout ailleurs le sens chrétien a suffi pour faire comprendre que l\u2019église avec le terrain qu\u2019elle occupe, la résidence nécessaire aux ministres du culte, les édifices et les terrains affectés aux œuvres de bienfaisance spirituelle et corporelle, sont le domaine propre de Dieu dans une cité.Or Dieu est roi et souverain ; et l\u2019on ne taxe pas le souverain.Taxer ces biens, au fond c\u2019est prétendre, ou qu\u2019ils n\u2019appartiennent pas légitimement à Dieu, ou que Dieu n\u2019a pas d\u2019autre droit que celui d\u2019un simple citoyen.C\u2019est le fait d\u2019une société qui a perdu totalement le sens chrétien et le sens religieux.Ne serait ce pas le fait d\u2019une société qui perd ou qui n\u2019a jamais eu le sens politique, ou, ce qui revient au même, le sens de l\u2019économie politique ?Que diriez-vous d\u2019un législateur qui s\u2019aviserait de taxer au bénéfice d\u2019une municipalité le Palais Législatif, le Palais de Justice, l\u2019Hôtel des Postes, l\u2019Hôtel de Ville, et toutes les propriétés communes au public, parcs, terrasses, musées ?La loi fût-elle votée par les deux Chambres, vous semblerait-elle sensée ?Un enfant devinerait que le conseil de Ville assez avisé pour imposer ces taxes parfaitement légales d\u2019ailleurs, A PROPOS D\u2019IMMUNITÉS 119 en serait quitte pour payer à même ses propres revenus, c\u2019est-à-dire à même les taxes imposées aux particuliers, exactement le montant des sommes qu\u2019il percevrait ainsi des propriétés communes.C\u2019est l\u2019opération intelligente que font les taxeurs d\u2019églises.Dans un pays comme le nôtre surtout, l\u2019église est le bien de tout le monde, s\u2019il n\u2019y en a qu\u2019une, et s\u2019il y en a plusieurs, collectivement elles sont le bien de tous les citoyens.Tout ce qu\u2019on leur impose, c\u2019est à tout le monde qu\u2019on l\u2019impose ; car tout ce qu\u2019on prend sur leur revenu, tous les citoyens le leur devront rendre, puisque tout leur revenu est fait des dons de tous les citoyens.Taxer les églises d\u2019une taxe ordinaire ou extraordinaire, ce n\u2019est pas le moyen de rendre moins lourdes les taxes des particuliers, c\u2019est au contraire leur imposer double taxe, celle de leurs propriétés personnelles et en plus la part proportionnelle qu\u2019ils auront à payer dans la taxe sur leur église.Taxer une église paroissiale pour dégrever les paroissiens et taxer les églises d\u2019une ville pour dégrever les citoyens, du point de vue économique, c\u2019est une stupidité \u2014 Du point de vue religieux, c\u2019est descendre au-dessous des païens, qui eux n\u2019ont jamais taxé leurs temples et leurs Dieux.Aux yeux du simple bon sens, la taxe ouverte ou déguisée, ordinaire ou extraordinaire, sur les institutions d\u2019éducation et de charité est elle plus justifiable ?C\u2019est une monstruosité qui pour l\u2019honneur du genre humain n\u2019a été jugée possible et légale que dans la catholique Province de Québec.Partout ailleurs on est encore assez intelligent pour corn prendre que la taxe est répartie sur tous les particuliers pour faire porter à chacun sa part raisonnable et proportionnelle des charges communes.Mais on ne comprend pas que des hommes et des institutions qui consacrent exactement tout leur revenu et tout leur travail au bénéfice de tous et au bien temporel et spirituel de la cité, doivent être frappés encore de taxes pour prendre leur part équitable dans les charges communes.Partout ailleurs on comprend, qu\u2019après le culte de Dieu, les deux premiers services publics dans une société chrétienne et les plus indispensables, c\u2019est celui de l\u2019éducation et celui des pauvres, des malades et de tous les déshérités de ce monde.Partout ailleurs, les cités, les Etats, les Provinces 120 LE ROSAIRE consacrent chaque année des sommes importantes pour assurer l\u2019efficacité de ces services.Elles encouragent volontiers par des subsides les corporations charitables qui s\u2019y consacrent et les regardent comme un honneur pour la cité, et une richesse publique.Chez nous, dans l\u2019intelligente, généreuse et catholique Province de Québec, pour ces deux grands services qui sont faits merveilleusement, les cités ne donnent rien, la Province vote des subsides dérisoires.Des corporations ecclésiastiques ou religieuses se condamnent à une vie de pauvreté et de désintéressement absolu, trouvent et dépensent uniquement pour ces deux grands services d\u2019immenses ressources qui de partout affluent dans la cité et font en partie la vie et la fortune des citoyens.Vous croyez qu\u2019un sentiment humain de reconnaissance et d\u2019admiration viendra naturellement au cœur de nos édiles et de nos législateurs et qu\u2019ils auront au moins quelque pudeur de ne pouvoir pas reconnaître dignement de tels services?Que du moins ils signaleront à l\u2019admiration reconnaissante des pauvres et des humbles ces institutions qui sont la gloire, la force et la richesse incomparables de nos cités et de notre Province ?Il n\u2019en pourrait être autrement en tout pays civilisé ou simplement chrétien.Chez nous le Législateur dira aux échevins : \u201c Vous avez dans votre ville des corporations qui trouvent des ressources pour tous les grands services publics auxquels nous sommes insuffisants à pourvoir : pourquoi ne pas les taxer ?\u201d Devant une si belle vision l\u2019esprit de nos échevins s\u2019enflamme : \u201c Eh ! quoi, se disent ils, ces hommes et ces femmes qui occupent une part considérable de notre cité, trouvent des ressources suffisantes pour éduquer presque gratuitement nos garçons et nos filles, recueillir nos orphelins, vêtir et nourrir nos pauvres, soigner nos malades et parfois enterrer à leurs frais ceux qui meurent à notre service, et ils ne paient pas comme de simples citoyens pour tous les autres services de la ville.\u201c Leur argent, disent ils, ne leur appartient pas, il vient de legs pieux, d\u2019aumônes volontaires, d\u2019épargnes faites pour les œuvres de charité et d\u2019éducation.C\u2019est pour cela .qu\u2019il faut les taxer : ils paieront avec l\u2019argent reçu pour ce qu\u2019on appelle des œuvres pies, et nous, nous aurons moins à A PROPOS D\u2019IMMUNITÉS 121 payer.Nous voudrions bien pour notre part hériter de legs pieux de ce genre, mais personne ne nous en fait.Et nous payons les taxes avec l\u2019argent que nous gagnons péniblement.Ces paroles je ne les invente pas, je les ai entendues \u2014 substantiellement, peut-être sous une forme un peu plus naïvement grossière.\u2014 Je les ai entendues de mes oreilles, non devant un auditoire d\u2019\u201c intelligents électeurs, \u201d mais devant le Sénat de la Province, qui n\u2019en a pas paru autrement étonné et révolté.J\u2019ai cherché vainement dans la main d\u2019un des Pères de la Province le bâton avec lequel le Sénateur de la vieille Rome sut venger sur la tête d\u2019un barbare l\u2019outrage fait à la majesté Romaine.fr.Th.-D.C.Gonthier, O.P. DANS L\u2019ÉGLISE ET DANS L\u2019ORDRE I LES ACTES DU SAINT SIÈGE Benoit XV et la guerre Sa Sainteté Benoît XV ne cesse de témoigner son intérêt à la paix si ardemment souhaitée entre les nations actuellement en guerre.Pendant que les journaux rapportent fréquemment les négociations diplomatiques du Vatican en vue de la paix, les Actes du Saint Siège nous apprennent diverses faveurs spirituelles accordées par le Pape ; négociations et faveurs font bien connaître la sollicitude du Saint Père pour les belligérants et pour la paix.La dernière livraison du Bulletin de la Cour de Ptome contient les plus récentes de ces faveurs spirituelles.Prière pour la paix L\u2019on sait que le Pape a ordonné un jour de prières publiques pro pace : pour l\u2019Europe ce fut le 7 février, pour les autres pays, le 2i mars ; Il a daigné composer la prière que tous ont récitée, ces jours-là.Afin de joindre la prière privée à ces supplications officielles et publiques, et afin que la même prière monte de tous les cœurs vers le ciel, le Pape a enrichi d\u2019indulgences la prière pour la paix.A tous les fidèles qui, le cœur contrit, réciteront la prière pontificale, est accordée une indulgence de 300 jours, applicable aux défunts.[A.A.S.8 février, p.65.] Autels privilégiés L\u2019un des plus grands privilèges que recherchent les prêtres et les fidèles est celui de la messe à un autel privilégié.L\u2019indulgence dite de Vautel privilégié est une indul- dans l\u2019église et dans l\u2019ordre 123 gence plénière applicable seulement aux défunts, concédée aux messes dites à certains autels appelés privilégiés.Ce privilège est local s\u2019il est attaché à un autel déterminé, personnel s\u2019il est accordé à un prêtre célébrant à tout autel, mixte, s\u2019il est accordé à un prêtre détei miné pour un autel déterminé.C\u2019est ce privilège que le Pape vient d\u2019accorder en faveur de lame des soldats morts pendant la guerre.Par un Décret du 28 janvier, toute messe dite en faveur de ces âmes par quelque prêtre et à quelque autel que ce soit, leur est appliquée comme si elle était célébrée à un autel privilégié.Ce privilège est limité à l\u2019année 1915.\t[A.A.S.ibid p.66.] Objets de piété pour les soldats Sa Sainteté Benoît XV, par un Décret du Saint-Office (Section des Indulgences) valable pour le temps de la guerre, dispense tous les prêtres séculiers et réguliers, ayant le pouvoir de bénir les objets de piété et qui, à raison de ministère ou autrement, se trouvent auprès des soldats des nations actuellement en guerre, de la clause ordinaire \u201cdu consentement de VOrdinaire du lieu dans lequel Von se sert de ce pouvoir.\u201d [A A.S.ibid, p.66.] Absolution aux soldats L\u2019on a proposé à la Sacrée Pénitencerie le doute suivant : \u201c Est-il permis, avant la communion, d\u2019absoudre par une \u201c formule générale ou par l\u2019absolution commune, après \u201c un acte de contrition sans confession préalable, les \u201c soldats appelés au combat, dont le nombre est si grand \u201c que la confession de chacun ne peut être entendue ?Dans sa bonté envers les belligérants, le Pape a daigné approuver la réponse suivante : \u201c Affirmativement.Rien ne s\u2019oppose à ce que ceux qui, \u201c dans ces circonstances, ont été ainsi absous, soient \u201c admis à la sainte communion.\u201d Cependant, les chapelains, à l\u2019occasion, devront faire connaître aux soldats que cette absolution générale ne vaut 124 LE ROSAIRE que s\u2019ils sont bien disposés, et qu\u2019ils sont obligés de se confesser, s\u2019ils échappent au danger.[A.A.S.ibid p.72.] La communion des servants de messe C\u2019est un article reçu en Rubriques, que \u201c le prêtre donne \u201c d\u2019abord la communion aux ministres de l\u2019autel \u201d.Par ce terme, faut-il entendre les ministres qui sont dans les ordres, ou au moins tonsurés, ou plutôt, indistinctement, laïques ou clercs qui servent la messe ?La Congrégation des Rites vient de répondre ainsi à cette question : Par ministre de l\u2019autel ou du sacrifice de la messe, il faut entendre tout clerc ou laïque servant la messe ; ce servant doit recevoir la communion avant les autres fidèles.Toutefois, si le servant est un laïque, il doit communier après les clercs ; s\u2019il est dams les ordres mineurs, il ne doit communier ap après les clercs engagés dans les ordres majeurs.De même, doivent communier en premier lieu, ceux à qui leur situation, comme les Rois, ou les circonstances \u2014 les époux à la messe de mariage \u2014 confèrent une dignité spéciale.[A.A.S.ibid, p.71.] L\u2019Œuvre de la Sainte Enfance Les Acta Apostolicæ Sedis publient une lettre du cardinal Gasparri aux cardinaux Gibbons, Farley, O\u2019Connell et Bégin, sur l\u2019Œuvre de la Sainte-Enfance.Le cardinal secrétaire d\u2019Etat y communique aux cardinaux des Etats-Unis et du Canada, la satisfaction du Saint-Père en apprenant, par Mgr du Teil, directeur de la Sainte Enfance, et Mgr Tiber-gliien, à leur retour d\u2019Amérique, les dispositions de l\u2019épiscopat américain pour favoriser le développement de l\u2019Œuvre de la Sainte-Enfance.Le cardinal secrétaire d\u2019Etat exprime le désir du Souverain Pontife que l\u2019Association de la Sainte-Enfance soit établie dans tous les collèges et les écoles des Etats-Unis et du Canada et exprime, au nom du Pape, la confiance que cette oeuvre capitale trouvera dans la générosité américaine une compensation à l\u2019inévitable fléchissement transitoire imprimé à ses ressources par la guerre européenne.[A.A.S.ibid, p.85.] D\u2019après \u201cLa Croix\u201d. DANS L\u2019ÉGLISE ET DANS L\u2019ORDRE QUELQUES STATISTIQUES La Revue Pratique d\u2019Apologétique dans sa livraison de Février-Mars 1914, a publié d\u2019après le Catholic Directory de 1915 pour l\u2019Angleterre, et Y Official Catholic Directory pour les Etats-Unis, d\u2019intéressantes statisques sur le catholicisme dans ces deux pays.Nous en extrayons les données suivantes : L\u2019Angleterre catholique.Dans l\u2019Empire britannique tout entier, il y a actuellement 13,225,234 catholiques, sur lesquels 1,891,006 en Angleterre et 518,969 en Ecosse.La hiérarchie catholique est représentée par 35 archevêques, 109 évêques, 47 vicaires apostoliques et 11 préfets apostoliques.Les Etats-Unis catholiques Aux Etats-Unis, la population catholique actuelle s\u2019élève à 16,067,985, accusant une augmentation de 913,827 sur l\u2019année précédente.Le nombre des prêtres est de 18 568 dont 4,864 religieux.Le chiffre total des édifices sacrés est de 14,651.Les Séminaires sont au nombre de 82, les collèges de garçons 230, les couvents de jeunes filles 680, les écoles paroissiales 5,403.II Le R.P.Doyon, 0.P., Aumônier du ££ème Régiment C.F.Le R.P.Doyon, O.P.de notre Province dominicaine du Canada, a été nommé Aumônier du 22e Régiment Canadien-Français.Il a quitté récemment Saint-Jean, P.Q.pour Amherst, N.E.De là, il suivra son régiment vers le champ de bataille.Le Rosaire dont le R.Père a été pendant quelques années le zélé propagateur et administrateur lui doit un souvenir reconnaissant.Nous demandons à nos lecteurs d\u2019avoir, dans leurs prières, un memento pour le ministère de notre frère.Qu\u2019il soit, auprès de nos frères canadiens-français, l\u2019émule en zèle, en dévouement, en courage, en consolation, de son frère en religion, le P.Doussot, aumônier des Zouaves à la guerre de 1870. 126 LE ROSAIRE Le Père Janvier à Notre-Dame de Paris Les Conférences de Notre Dame de Paris ont repris leur cours, malgré la guerre.Les journaux français constatent que c\u2019est devant l\u2019un des plus beaux auditoires qu\u2019il ait eus que le R.P.Janvier a ouvert la série de ses Conférences.Il continue l\u2019exposition de la Morale catholique d\u2019après la Somme de saint Thomas d\u2019Aquin ; il en est à la question des effets de la charité (lia Ilæ.qu.xxvm et suiv.) Le sujet de la première conférence a été la joie : le prédicateur a d\u2019abord rappelé que celui qui aime Dieu puise son bonheur dans son commerce intime avec Dieu ; il a expliqué que la charité puise un motif de joie dans la vision de la grandeur divine, il a montré la supériorité de la joie assurée à l\u2019homme par la charité : joie qui l\u2019emporte par son caractère spirituel et surnaturel et par sa solidité, sur toutes les autres.Il s\u2019est élevé fortement contre ceux qui dans l\u2019indicible tristesse des temps actuels, se distraient dans des fêtes mondaines.\u2014 Voici la péroraison de cette première conférence : \u201cAttachez vous à cette joie, Messieurs, comme à la seule qui soit digne de votre baptême et de votre prédestination.Au moment où le monde est en proie à la tempête la plus formidable de 1 histoire, au moment où tant de jeunes vies sont fauchées sans pitié par la mort, au moment où le fer et le feu détruisent nos temples les plus immortels, nos plus belles provinces et nos plus riches cités, on voit encore des êtres dont l\u2019incurable légèreté devient odieuse, demander une distraction aux fêtes mondaines, aux danses scandaleuses qui déjà en temps de paix écœuraient les honnêtes gens.Ah î Messieurs, n\u2019imitez pas cette conduite qui est une insulte aux souffrances, aux blessures à l'agonie de nos intrépides enfants, un outrage aux pères, aux mères, aux amis condamnés, après des inquietudes sans nom, à verser des larmes sans hn sur les tombeaux perdus, une offense au deuil immense dont le voile enveloppe dans ses plis funèbres notre pays tout entier.N\u2019imitez pas cette conduite que je ne saurais réprouver sur un ton trop sévère, mais, vous élevant sur les ailes de la divine charité, réfugiez vous en Dieu, cherchez en lui un dans l\u2019église et dans l\u2019ordre 127 soutien, puisez dans votre union avec lui la force, la consolation, la douceur dont vous avez besoin pour supporter les chagrins du siècle présent, le plus dur de tous les siècles.La joie issue des affections que vous aviez cultivées avec tant de sollicitude se dissipera bientôt comme un songe, si elle ne s\u2019est déjà dissipée, la joie de l\u2019amour qui vous unit à Dieu survivra au naufrage de tous vos espoirs.Quand le cortège des plaisirs terrestres vous fuira comme on fuit une maison menacée par la foudre, la charité veillera encore sur vous pour verser dans votre cœur solitaire ses surnaturelles allégresses.Au delà de ce monde, si vous ne l\u2019avez pas trahie, elle vous attendra, et, dégagée des entraves qui empêchaient son essor, elle vous entraînera vers les hauteurs éternelles pour vous initier au secret enivrant des mystères où l\u2019âme raisonnable et rachetée par le sang de Jésus trouve, avec le rassasiement, le dernier mot de la félicité.\u201d Cette série de conférences a amené l\u2019orateur sacré à traiter de la paix: (qu.xxix.) Ce sujet lui a fourni un thème à intéressants développements sur les événements actuels.En voici quelques-uns : Au terme de l\u2019effroyable guerre qui sévit dans les airs, sur la terre et sur les eaux, au lendemain du jour où la justice aura dicté les conditions de la paix glorieuse que nous espérons, notre tâche sera de nous réconcilier entre nous et de nous entendre.Si la victoire devait permettre aux divisions, aux querelles de renaître et de nous déchirer encore, je n\u2019aurais pas le courage de la bénir.Qui ne serait effrayé par la perspective de voir les partis retomber dans les luttes passées, se disputer, se maudire sur les tombeaux et, pour ainsi dire, dans le sang à peine attiédi de nos héros ?Nos discordes intestines n\u2019ont-elles pas assez duré ?Ne nous ont-elles pas assez affaiblis ?Ne nous ont-elles pas assez nui ?C\u2019est par un miracle que nous avons échappé à la défaite qu\u2019elles nous avaient préparée; irons-nous de gaieté de cœur nous y livrer encore et jouer, avec une légèreté sans excuse, l\u2019avenir de notre pays ?On a osé parler de trêve.Il ne s\u2019agit pas de trêve, il s\u2019agit de réconciliation nationale, il s\u2019agit de paix durable, il s\u2019agit d\u2019unir toutes nos forces pour réparer les ruines, pour retrouver notre influence et notre prestige dans le monde.Il s\u2019agit de nous tendre cordialement la main et de nous assister mutuellement pour rendre à nos cités leurs monuments détruits, à nos provinces saccagées la prospérité, à tous ceux qui ont souffert la faculté de respirer largement sans avoir à craindre, après avoir vaincu les ennemis du dehors.les ennemis plus redoutables du dedans.Que les hommes politiques, que les partis, au lieu de tout subordonner à leurs ambi- 128 LE ROSAIRE tions, rivalisent de zèle, de désintéressement, et travaillent à cette renaissance où nous trouverons tous la part de bien-être, de respect, de légitime liberté à laquelle nous avons droit.Mais ne nous faisons pas illusion, dans cette œuvre de pacification, l\u2019amour de Dieu sera, comme il l\u2019a toujours été, l\u2019agent principal dont nous ne pourrons pas nous passer.C\u2019est pourquoi nous nous appliquerons, Messieurs, a le ranimer dans les âmes et, par lui, à rétablir l\u2019ordre et la tranquillité qui font le bonheur des hommes et la puissance des peuples.fr.Aug.Leduc, 0.P.De licentiâ Or dinarii Superiorum permissu "]
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