Revue dominicaine, 1 juillet 1915, Juillet
[" IIAiiO NUMÉRIQUE Première(s) page(s) manquante(s) ou non numérisiée(s) Veuillez vous informer auprès du personnel de BAnQ en utilisant le formulaire de référence à distance, qui se trouve en ligne : https://www.banq.qc.ca/formulaires/formulaire reference/index.html ou par téléphone 1-800-363-9028 Bibliothèque et Archives nationales Québec EJ ES ES ES VIT! ie à îe sur piitlii iïJIlS ,11 sei' cans! toe fi lient i ieD, » i-A saint-* L\u2019ART ET LA MORALE AU CANADA RUNETIÈRE commençait naguère sa conférence sur l\u2019Art et la Morale, \u2014 conférence, soit dit en passant, qui est bien l\u2019une des plus intéressantes et des plus originales de l\u2019illustre écrivain,\u2014 en promettant \u201c d'être long, ennuyeux, obscur et néanmoins banal.\u201d Il en rejetait la faute sur son sujet, l\u2019un des plus difficiles, des plus embrouillés et pourtant des moins nouveaux de auxquels l\u2019esprit humain s\u2019intéressera éternel- tous ceux lement.Après quelques vingt ans de discussion, si le sujet a pu; y gagner un peu en clarté, il n\u2019a pu qu\u2019y perdre encore en nouveauté et partant, en intérêt.Aussi n\u2019est ce pas précisément de ce sujet un peu usé de l\u2019art et de la morale que je voudrais entretenir les lecteurs de la Revue Dominicaine, mais bien de ce sujet nouveau, il me semble, et en tout cas plein d\u2019actualité, de l\u2019art et de la morale au Canada.Est-ce à dire que le problème de l\u2019art et de la morale se pose d\u2019une façon différente au Canada et ailleurs ?Evidemment non.Seulement, personne ne niera que le public canadien \u2014 je parle de celui qu\u2019une prudence éclairée a tenu éloigné des productions littéraires et artistiques de certains-milieux plus avancés \u2014 est beaucoup moins familiarisé que d\u2019autres avec ce qu\u2019on appelle les libertés de l\u2019art.Son sens-moral plus neuf en quelque sorte, moins blasé sur certaines-choses, est aussi plus facilement froissé.Jusqu\u2019ici, la plupart de nos écrivains ou de nos artistes-se sont rendu compte de cette délicatesse de sentiment et ils l\u2019ont respecté.Ils ont compris que l\u2019ait n\u2019aurait rien à gagner, et les mœurs beaucoup à perdre à un fléchissement de la prudence chez nous.Aussi, est-ce avec une certaine fierté chrétienne que l\u2019on voit les expositions d\u2019art se multiplier, le courant littéraire prendre de plus en plus d\u2019ampleur sans que la morale ait à en souffrir.I,e Rosaire, Juillet 1915. 194 REVUE DOMINICAINE Mais à côté de ce groupe convaincu, ou tout au moins résigné.il en est un autre, formé d\u2019écrivains ou d\u2019artistes \u201c lin de siècle, \u201d qui, grisés par une littérature ou un art raffinés jusqu\u2019à la corruption, voudraient l\u2019acclimater chez nous, sans tenir compte des différences de milieu, de culture et de civilisation.Ils trouvent insensé que notre littérature et notre art, en voie de formation, ne commencent pas par où les autres littératures et les autres écoles artistiques menacent de finir.Ils jettent les hauts cris en face de cette prudence qu\u2019ils appellent étroitesse d\u2019esprit, tout comme nos symbolistes appellent lourdeur, le simple bon sens du public canadien qui hausse les épaules et sourit à leurs élucubrations, passe-temps de blasés ou rêveries de détraqués.Aussi longtemps, disent-ils, que les canadiens ne pourront pas regarder une Vénus de Médicis ou même une Vénus de Milo, ni ouvrir un livre de Bourget, de Loti, etc., il n\u2019y a pas d\u2019art ou de littérature possible au Canada.C\u2019est cette accusation, entendue à plusieurs reprises, que nous voudrions relever.Comme, après tout, les principes dont s\u2019inspire, inconsciemment ou non, le public canadien, ne sont autres que ceux de la morale chrétienne, nous nous appliquerons, dans un premier article, à bien les déterminer.Dans un second article, nous nous demanderons si ces principes, même appliqués dans toute leur rigueur, peuvent de quelque façon, entraver le mouvement artistique ou littéraire au Canada, et si, en définitive, il y a lieu de se plaindre ou de se louer de la pudeur ou, comme l\u2019on dit, du scrupule des canadiens.(1) I\u2014La liberté de l\u2019art Mais tout d\u2019abord, est il permis de parler de morale à propos d\u2019art ?Du moment que l\u2019art ne s\u2019écarte pas de son sujet qui est le beau, de quel droit la morale, qui ne s\u2019occupe que du bien, viendrait-elle lui dicter ses volontés ?L\u2019art n\u2019est-il pas aussi libre, aussi indépendant dans son propre domaine que la morale dans le sien ?Cette thèse de la liberté de l\u2019art, qui n\u2019est après tout que la liberté de tout dire et de tout montrer, est aussi vieille que (1) Pour généraliser l\u2019intérêt de ces quelques pages, nous avons cru bon de ne pas séparer la littérature de l\u2019art, au risque de perdre en clarté ce que nous pourrions gagner en intérêt. l\u2019akt et la morale 195 l\u2019art lui-même.De tout temps, écrivains et artistes ont protesté contre les entraves qu\u2019on voulait leur mettre au nom d© la morale.Il n\u2019est personne, il me semble, qui l\u2019ait fait avec plus de légèreté sans doute, mais aussi avec plus de verve que Richepin.(1) Non pas qu\u2019il veuille ressusciter la vieille thèse de l\u2019art pour l\u2019art.Il reconnaît \u201c qu\u2019il est indispensable que le poète ou l\u2019artiste s\u2019intéresse à la vie qui lutte, souffre, pleure ou chante autour de lui.\u201d Volontiers, il redirait ce que Georges Sand écrivait jadis au plus grand théoricien de l\u2019art pour l\u2019art : Flaubert.\u201c Qu\u2019est ce que c\u2019est que l\u2019art sans les> coeurs et les esprits où on le verse ?\u201d Mais ce qu\u2019il nie, c\u2019est que l\u2019art, l\u2019art pur, comme il dit, celui qui n\u2019a pour but que' de faire beau, soit esclave de la morale et que ses productions-relèvent d\u2019un autre tribunal que de celui des artistes ou des poètes.\u201c Car enfin, \u201d dit-il \u2014 et ceci résume bien ce qu\u2019on peut dire en faveur de la liberté de l\u2019art \u2014 \u201c le poète ne veut rien attaquer, rien détruire, rien changer, rien persuader même.Il se contente de regarder la vie, de l\u2019expérimenter de son mieux, d\u2019exciter le rêve, de charmer l\u2019imagination, de toucher le cœur et il n\u2019a réellement d\u2019autre but à sa poésie que' la poésie.\u201d Que le poète, l\u2019artiste n\u2019aient pour but que de faire beau, c\u2019est leur droit.Mais ils ne peuvent ignorer qu\u2019en faisant, beau, ils charment, attirent et séduisent.Dès lors, il s\u2019agit de.savoir si ce charme, cet attrait, cette séduction qu\u2019ils exercent\" échappent au contrôle de la morale et s\u2019ils peuvent indifféremment les exercer pour le bien ou pour le mal.Lorsqu\u2019ils ont réussi à saisir et à fixer de leur mieux, air moyen de couleurs ou de mots, les rêves de leur imagination, pourquoi nous les livrent-1-ils, sinon pour que nous les vivions, pour que leurs rêves à eux deviennent nos rêves à nous ?' Mais alors si ces rêves sont malsains, déprimants autant que séduisants, peuvent-ils compter tout ce qu\u2019il y a d\u2019âmes qui, pour avoir essayé de les vivre, en resteront meurtries, amoindries, perdues peut-être à jamais ?On sait la lutte épique que Brunetière soutint, il y a, quelque trente ans, contre Anatole France, en faveur de la thèse du Disciple de Bourget : la responsabilité morale des philosophes et des écrivains.La raison qu\u2019il mit en lumière, avec sa puissance de dialectique accoutumée, fut celle-ci (1) Préface de l\u2019édition corrigée de La Chanson des Gueux .196 REVUE DOMINICAINE \u201c S\u2019il y a des questions, je ne dis pas étrangères, mais extérieures à l\u2019humanité ; il y en a qui, nées en quelque sorte au ¦sein de l\u2019humanité, n\u2019existant que par elle, et pour elle ne peuvent être résolues qu\u2019en elle et par rapport à elle.\u201d Cet argument ruine à sa hase, la thèse de la liberté de l\u2019art.Si l\u2019art, en effet, comme disait Georges Sand, n\u2019est rien saus les cœurs et les esprits où on le verse, il n\u2019est pas permis à l'artiste de faire beau sans s\u2019inquiéter des émotions, des sentiments, des désirs et des rêves qui s\u2019éveilleront autour de son œuvre.\u2014 Mais de ce que l\u2019art ne peut pas ignorer la morale, il ne s\u2019en suit pas qu\u2019il lui faille se mettre à son service, sous peine, comme le veut Tolstoï, par exemple, de faillir à sa mission.Nous voyons plus loin ce que l\u2019art y gagnerait, si à sa préoccupation de faire beau venait s\u2019ajouter celle d\u2019être ici-bas l\u2019apôtre du bien ; mais enfin, strictement parlant, il n\u2019y est pas tenu.Son objet étant le beau et non le bien, il lui suffira de réaliser l\u2019un sans blesser l\u2019autre.D\u2019ailleurs, qu\u2019il le veuille ou non, l\u2019art qui ne fera pas de mal fera nécessairement du bien.N\u2019est ce pas déjà quelque chose en effet que de charmer, de réjouir, d\u2019ensoleiller la vie, d\u2019élever nos âmes au-dessus des laideurs et des vulgarités d\u2019ici-bas, de les en détacher et au besoin de les en consoler, de faire descendre entre elles et la réalité le rideau magique du rêve, de l\u2019idéal et du divin ?II \u2014 Une opinion de Brunetière L\u2019art, nous venons de le démontrer, a, vis à-vis de la morale, des devoirs, devoirs négatifs sans doute, mais devoirs sacrés auxquels il ne peut se soustraire.Avant de préciser quels sont ces devoirs, il nous faut dire un mot d\u2019une opinion assez étrange de Brunetière sur la moralité ou plutôt sur l\u2019immoralité de l\u2019art.Dans la conférence à laquelle nous faisions allusion tantôt, le grand polémiste, après avoir signalé les dangers trop réels que l\u2019art, livré à lui-même, pouvait faire courir à la morale, en arrivait à dire qu\u2019il y a \u201c dans toute forme d\u2019art comme un principe ou un germe secret d\u2019immoralité.\u201d Il en donnait une première raison que voici : \u201c C\u2019est que toute forme d\u2019art est obligée, pour atteindre l\u2019esprit, de recourir à l\u2019intermédiaire non seulement des sens, mais du plaisir des sens.\u201d l\u2019art et la morale 197 Que l\u2019émotion esthétique soit, tout d\u2019abord, un plaisir, et un plaisir des sens ; qu\u2019il n\u2019y ait pas de peinture qui ne soit une fête pour les yeux, pas de musique qui ne soit une caresse pour l\u2019oreille, nous en convenons facilement.Mais ce dont tout le monde devrait convenir aussi, c\u2019est que, s\u2019il y a un plaisir des sens que la morale interdit, il y en a un autre qu\u2019elle autorise.S\u2019il y a un plaisir des sens qui déprime l\u2019âme, la trouble et la dégrade, il y en a un autre qui l\u2019élève, la charme et la rend meilleure.Qui donc oserait taxer par exemple de sensualité, d\u2019immoralité, cette joie faite d\u2019apaisement, de fraîcheur, de pureté que l\u2019on éprouve devant une toile de fra Angelico ?Ce côté sensuel de l\u2019émotion esthétique doit nous mettre en garde contre les dangers que l\u2019art peut faire courir à la morale ; mais vouloir faire de ces dangers une nécessité de l\u2019art, c\u2019est exagérer une idée juste jusqu\u2019à la rendre fausse.C\u2019est encore fausser en l\u2019exagérant une idée foncièrement chrétienne que de dire de l\u2019art qu\u2019il est immoral par le seul fait qu\u2019il imite et reproduit la nature.Ce qui est foncièrement chrétien, c\u2019est la condamnation de cette doctrine toute païenne de la divinisation de-la nature, de ses appétits et de ses instincts ; c\u2019est le sentiment intime et douloureux de la faiblesse de notre nature déchue, de ses convoitises et de ses tendances mauvaises.Mais ce qui cesse de l\u2019être pour devenir du pessimisme, c\u2019est de dire avec Brunetière \u201c que la nature est immorale, foncièrement immorale.\u201d Cette doctrine qu\u2019il tenait des Pascal, Schopenhauer, Darwin, Vigny, et qui revient sans cesse sous sa plume, n\u2019est pas, comme il semblait le croire, une doctrine chrétienne.A égale distance entre un Rabelais, par exemple, qui divinise la nature et un Brunetière qui en fait une marâtre, essentiellement mauvaise et essentiellement immorale, il y a la doctrine chrétienne qui en signale les faiblesses, mais aussi les ressources, les laideurs, mais aussi les beautés, et qui soutient que l\u2019artiste pourra toujours y puiser des spectacles qui fortifient, consolent et aident à vivre.* * * Brunetière reprochait à l\u2019art de copier la nature ; M.Paulhan (1) lui reproche au contraire de nous en isoler.\u201c Le (1) Revue philosophique ; décembre 1904. 198 REVUE DOMINICAINE propre de l\u2019art, \u201d dit-il, \u201c sa caractéristique essentielle, sa raison d\u2019être, c\u2019est de nous isoler de la vie, de susciter en nous une vie artificielle et factice.et à cause de cela immorale.\u201d Son danger, \u201c c\u2019est qu\u2019il vise à nous créer un monde bien plus beau que le monde réel et par suite d\u2019autant plus apte à nous détacher de lui et à nous en dégoûter.Ce reproche serait mérité, si tout dans l\u2019art n\u2019était qu\u2019il-lusion et mensonge.Mais l\u2019on sait fort bien que, s'il est un idéal vide de vérité, sans lien avec le monde extérieur, il en est un que l\u2019artiste puise dans la réalité elle-même, non pas en la déformant, mais en lui faisant rendre, pour ainsi dire, en beauté, en expression, ce que laissée à elle même elle n\u2019aurait jamais donné.Dès lors le monde créé par l\u2019artiste n\u2019est pas un monde factice, un monde de pures chimères, c\u2019est au contraire un monde réel, plus beau parfois que le nôtre, mais aussi vrai.S\u2019il peut à l\u2019occasion nous en détacher, nul n\u2019ignore non plus qu\u2019il nous en repose, nous en console, et, en l\u2019idéalisant, nous le fait parfois aimer.III \u2014 L\u2019immoralité dans l\u2019art De ce que l\u2019art n\u2019est pas nécessairement immoral, il n\u2019en faudrait pas déduire qu\u2019il ne l\u2019est jamais.Il y a deux catégories d\u2019œuvres artistiques ou littéraires que la morale chrétienne réprouve à des degrés différents toutefois : les œuvres franchement mauvaises et les œuvres dangereuses.Il y a d\u2019abord des œuvres franchement immorales, c\u2019est-à-dire dont la signification générale est mauvaise.L\u2019histoire nous montre en effet, que dans toutes les civilisations finissantes, dans la Grèce de la décadence, dans la Rome du premier siècle, dans l\u2019Italie de la Renaissance comme dans la France moderne, l\u2019art, oubliant sa mission qui est d\u2019élever, d\u2019ennoblir les âmes en les charmant, ne semble plus avoir d\u2019autre but que de tromper la lassitude de vivre, d\u2019amuser d\u2019incessables ennuis, d\u2019aigrir, d\u2019exaspérer encore des sensibi-tés incapables de plaisirs sains et légitimes.On voit alors la peinture, la sculpture, la musique occupées presque uniquement à célébrer cette joie toute païenne de vivre, à fêter le triomphe de la chair, de ses convoitises et de ses instincts.D\u2019où cet étalage de nudités provocantes, I LART ET LA MORALE 199 ce deluge de scenes scabreuses, de polissonneries de toutes sortes, que les siècles se transmettent scrupuleusement.Tout cela, la morale le réprouve sans égard pour la valeur artistique que ces œuvres peuvent avoir, sans égard non plus pour les sentiments parfaitement moraux parfois dans lesquels elles ont pu être exécutées.Car \u201c tout cela, \u201d pourrions-nous dire avec un personnage de Bourget, \u201c tout cela, c\u2019est de grandes saletés.\u201d On dira peut-être avec Hegel, Schopenhauer, par exemple, que l\u2019art, en idéalisant, en revêtant pour ainsi dire de beauté ce que nous appelons de grandes saletés, les purifie, leur enlève ce qu\u2019elles peuvent avoir de malsain.Il n\u2019en est malheureusement rien.En prêtant ses charmes au mal, l\u2019art augmente sa force de séduction, mais sans pouvoir changer la nature de l\u2019émotion qu\u2019il éveillera dans lame et qui sera toujours une émotion troublante.S\u2019il est un bon nombre d\u2019œuvres franchement mauvaises parmi les œuvres artistiques, il en est infiniment plus parmi les œuvres littéraires.Je ne parle pas ici de ces écrivains qui semblent s\u2019être donné pour mission de semer dans les esprits les idées les plus démoralisantes, qui s\u2019amusent à flétrir, à persiffler tout ce qu\u2019il y a dans l\u2019âme humaine d\u2019honnête, de noble et de beau.Je parle de ceux qui veulent faire de l\u2019art pur et qui, sous prétexte de peindre la vie telle qu\u2019elle est, en éliminent tout ce qu\u2019elle renferme de spectacles fortifiants, pour ne nous en détailler que les misères, les défaillances, les tares morales, comme si c\u2019était cela et rien que cela la vie.Ceux-là peuvent faire œuvre de beauté, ils font encore bien plus sûrement œuvre de démoralisation.Il est impossible que l'atmosphère imprégnée de sensualisme qu\u2019ils créent autour d\u2019eux ne finisse pas par tuer toute délicatesse, toute noblesse, toute pudeur dans les âmes.Le vice s\u2019étalant ainsi dans toute son impudence, présenté avec un art extrême, embelli par la poésie du rêve et la magie du langage, finit par perdre tout ce qu\u2019il y a en lui de révoltant.Les âmes s\u2019y habituent, se familiarisent avec lui, et lentement, mais irrésistiblement s\u2019acheminent à toutes les défaites.Quand elles ferment un de ces livres, pourrions-nous dire avec M.Doumic, \u201c elles viennent de faire en esprit une expérience qui facilitera singulièrement les autres.\u201d 200 REVUE DOMINICAINE * * * Il est un second groupe d\u2019œuvres que la morale interdit, ce sont les œuvres absolument dangereuses.Ici, l\u2019intention de l\u2019artiste peut être excellente, l\u2019impression générale de son œuvre, saine.Seulement, par un manque de scrupule dans l\u2019exécution, il se trouve que cette œuvre ne puisse pas indifféremment et sans danger être mise entre toutes les mains.Je prends un exemple connu.Je parlais tantôt du Disciplede Bourget.Bru-netière a dit avec raison de ce livre : \u201c Ce n\u2019est pas seulement l\u2019un des meilleurs romans de M.Paul Bourget, c\u2019est aussi l\u2019une de ses bonnes, de ses meilleures actions.\u201d Et de fait, en proclamant, à la face d\u2019un pays où la liberté de tout dire et de tout enseigner était regardée comme un droit sacré, la responsabilité morale du philosophe, du penseur et de l\u2019écrivain, le grand romancier rendait à la morale un service signalé.Et pourtant, c\u2019est au nom de cette même morale qu\u2019on se voit obligé très souvent d\u2019interdire ce livre.Des scènes regrettables, des analyses troublantes de passion font du \u201c Disciple \u201d un livre absolument dangereux.Sans doute, les livres de l\u2019école réaliste \u2014 et Dieu sait s\u2019ils sont nombreux : romans de mœurs et romans d\u2019ana-lyse \u2014 n\u2019offrent pas le même danger pour tout le monde ; c\u2019est une excuse dont la morale tient compte ; mais M.Bourget s\u2019absout vraiment trop faiblement quand ii dit de quelques-uns de ses livres : \u201c Le danger qu\u2019ils font courir ne nous regarde plus.C\u2019est aux pères, aux mères et aux maris d\u2019en défendre la lecture aux jeunes garçons et aux jeunes femmes.\u201d Le conseil est à retenir ; seulement, si d'un côté, le romancier sait fort bien que ses livres se trouveront bientôt entre toutes les mains, et si d\u2019un autre côté, il n\u2019y a aucune obligation pour lui de mettre dans ses livres des choses qui peuvent être un grave danger pour les âmes, nous ne voyons vraiment pas comment on pourrait l\u2019excuser du mal qu\u2019il fait.On- dit encore \u2014 et ce n\u2019est pas seulement chez M.Bourget que l\u2019on rencontre des phrases comme celles-là : \u201c Etre un moraliste n\u2019est pas prêcher ni s\u2019indigner.Ce n\u2019est pas éviter les termes crus et les peintures libres.Ce n\u2019est pas davantage éviter les situations risquées.Non, le moraliste, c\u2019est l\u2019écrivain qui montre la vie telle qu\u2019elle est, avec les leçons profondes d\u2019expiation secrète qui s\u2019y trouvent partout l\u2019art et la morale 201 empreintes.Rendre visibles, comme palpables, les douleurs de la faute, l\u2019amertume infinie du mal, la rancœur du vice, c\u2019est avoir agi en moraliste.\u201d Que l\u2019étude loyale des mœurs et l\u2019analyse des passions soient choses permises en soi, c\u2019est ce que personne à ma connaissance n\u2019a nié.Mais ce qu\u2019on reproche aux moralistes d\u2019ordinaire, c\u2019est d\u2019oublier les dangers trop réels d\u2019une telle étude et d\u2019une telle analyse.Ce n\u2019est pas glorieux pour nous, mais il faut bien l\u2019avouer, la force de séduction du mal sur nos âmes est incomparablement plus grande que celle du bien.Et ce que le gros public retiendra d\u2019un roman d\u2019analyse ou de mœurs, ce n\u2019est pas la leçon morale qui s\u2019en dégage, mais bien telle peinture libre, telle situation risquée qui l\u2019auront profondément troublé.C\u2019est donc rendre un très mauvais service à la morale que de remuer, sous prétexte d\u2019étude ou d\u2019analyse, le fonds malsain qui est en nous.Et nous sommes loin d\u2019être de l\u2019avis de M.Bourget quand il dit \u201c que l\u2019Eglise a été toujours trop sévère pour les moralistes libres : Balzac.Baudelaire, \u201d et \u201cque le grand malheur des écrivains chrétiens a été le manque d\u2019audace dans la peinture des passions.\u201d * * * \"Voilà, bien rapidement résumées, la doctrine de l\u2019Eglise sur l\u2019art et ses exigences au point de vue de la morale.Dans un prochain article, nous discuterons les objections que ces exigences soulèvent au nom de l\u2019intérêt de l\u2019art.Nous verrons que cet intérêt bien entendu peut se concilier avec l\u2019observance scrupuleuse des prescriptions de la morale chrétienne, et qu\u2019il faut s\u2019en prendre à d\u2019autres qu\u2019à elle si l\u2019art et la littérature au Canada ne brillent pas d\u2019un plus vif éclat.(à suivre) fr.M.-Ceslas Forest, O.P. DES ESPRITS I ROIS classes d\u2019esprits exercent la maîtrise sur l\u2019Humanité : les génies, les inventeurs, les vulgarisateurs ; et au dessous d\u2019eux, l\u2019immense troupeau des esprits serviles.Le génie ne forme pas à proprement dire une classe : toute classification repose sur la permanence d\u2019un état, ou l\u2019unité de mesure et de méthode ; or, le génie est un acte : nous disons \u201c un coup de génie \u201d ; il échappe à la commune mesure ; il ne suit pas de méthode, mais il procède par intuition.L\u2019ordre commence aux esprits créateurs, qui sont ainsi premiers dans l\u2019ordre ; ils ont un savoir de leur cru ; ils invehtent ou découvrent une synthèse.La synthèse est la note des esprits du premier ordre.La note commune aux esprits du second ordre est l\u2019assi-milation ; ils possèdent une culture étendue, mais qui ne dépasse point ce qu\u2019un homme intelligent peut acquérir par un travail normal\u2014improbus labor\u2014 ; ils n\u2019inventent rien: ils vulgarisent ; c\u2019est la classe de la multitude des gens de talent.II Ainsi, trois classes et trois notes : Hors du rang, le génie avec l\u2019intuition ; Un premier ordre : les inventeurs avec la synthèse ; Un second : les vulgarisateurs avec l\u2019assimilation.Les notes sont caractéristiques, spécifiques, non pas exclusives ; de même qu\u2019il n\u2019est ni frontière linéale entre les classes, ni incommunicabilité entre les esprits. DES ESPRITS 203 Un esprit du premier ordre aura peut-être moins d\u2019acquis, une culture moins étendue ou profonde qu\u2019un esprit du second ordre ; mais celui ci ne trouvera pas une synthèse, L\u2019intuition éclate dans un esprit du premier ordre, jamais dans un du second.III L\u2019intuition est sœur de l\u2019inspiration : elle tombe sur l\u2019esprit comme un aigle, sur sa proie.L\u2019intuition est sur un autre plan que l\u2019invention.L\u2019invention est un acheminement : l\u2019esprit voit ses jalons ; il peut refaire sa route et analyser le résultat acquis ; il a passé du connu à l\u2019inconnu, mais il n\u2019a jamais perdu pied : la raison lui tenait la main.¦cri et t! ap us ni il est II !\u2019(0 î|0i rirp1 tri® ¦0D5 La synthèse conclut logiquement des prémisses.L\u2019intuition est comme l\u2019acte de foi : elle déborde les prémisses, elle est parfois une synthèse de synthèses que personne n\u2019avait songé à opérer.L\u2019intuition vient seule et soudain ; mais la voie lui était ouverte par le désir : Newton et la gravitation : il y pensait toujours.La pomme est tombée, l\u2019éclair a fendu la nue.Le génie ne savait pas qu\u2019il allait venir, mais il l\u2019attendait.L\u2019inspiration n\u2019embrase qu\u2019un esprit prodigieusement riche, cultivé, discipliné.La poudre était là.Mais d\u2019où a jailli l\u2019étincelle qui provoqua l\u2019explosion?.La définition : génie, longue patience, ne renferme donc qu\u2019un postulat La longue patience, la haute tension, est nécessaire.Elle n\u2019est pas le génie : la splendeur vient d\u2019en-Haut.Sans elle, la longue patience engendrera des inventions fragmentaires ; elle n\u2019éclatera pas en intuitions.IY On peut discuser si tel ou tel homme est un génie, OU seulement un esprit du premier ordre.On n\u2019en fait pas une >e: i appréciation mathématique, mais large et morale.On ne discute point si telle ou telle découverte est une intuition ou une invention.On ne renouvelle pas l\u2019une ; on peut reproduire l\u2019autre.Précisément, la possibilité de reproduire l\u2019invention, d\u2019analyser l\u2019objet de la synthèse en est la note, et l\u2019apti- 204 REVUE DOMINICAINE tude à le faire, la marque d\u2019un esprit du second ordre.C\u2019est encore la maîtrise : Comprendre, cest égaler.Cette classe est la plus nombreuse : tous les critiques, tous les commentateurs, tous les professeurs, \u2014 les vulgarisateurs \u2014 .jusqu\u2019aux Zoïles et aux Trissotins.Au dessous des cuistres, ce qu\u2019ils appellent \u201c profanum vulgus \u201d : les esprits serviles.y Génie, rare : on les compte dans l\u2019humanité.Le génie est d\u2019essence religieuse et même catholique : Socrate, Platon, Augustin, Thomas d\u2019Aquin, Bossuet, Newton ; on le conçoit : il est dans 1\u2019 \u201c UNITE, \u201d Tandis qu\u2019on peut construire des synthèses à faux: c\u2019est-à dire hors de l\u2019Unité : Descartes, Leibniz, Kant, Fénelon, Taine, Michelet.Le Monde choisit ses grands hommes parmi les esprits de second ordre et de leur vivant : il faut bien qu\u2019il les comprenne ! Les autres s\u2019imposent ; ils n\u2019ont pas besoin que la foule les admire.Le génie parle, et l\u2019Humanité (que ne sont pas tous les humanistes et les snobs) est forcée de prêter l\u2019oreille à l\u2019inextinguible écho de sa voix.Les esprits du premier ordre se font des disciples ; et ceux du second, des élèves.VI L\u2019ascète qui refait en soi la synthèse de son christia nisme se place plus haut, dans la hiérarchie des esprits, que l\u2019auteur d\u2019un volume de critique littéraire.VII Malgré les dires des beaux parleurs qui écrivent mal (Pascal-Giraud, I, 34) le style est la pensée rendue visible.On écrit comme l\u2019on pense et l\u2019on ne pense que comme on écrit.C\u2019est par leur style (littéraire, musical, etc.) que la DES ESPRITS 205 postérité juge des hommes ; et elle codifie ses arrêts dans les \u201c Recueils de Morceaux choisis.\u201d \u201c Quand un homme a conquis son style, il perd le droit à Vincognito.\u201d Hello ne l\u2019a pu dire que des génies et des esprits de premier ordre (Bossuet, Pascal, Veuillot, Hello lui-même, Michel-Ange, Beethoven.) Ceux-là conquièrent leur style en conquérant leur âme ; de là le style vivant.Les esprits du second ordre ont uniformément un style convenable, qui est le style commun des honnêtes gens de leur époque : style propre, joli, poli et froid; ils font quelques gentilles trouvailles de mots ; car leurs efforts portent sur la forme : ils modifient des modalités ; ils ne créent que des accidents.fr.Valentin-M.Breton, O.F.M. LE TRES REVEREND PERE GONZÂLVE-MARIE DE BUSSCHERE de V Ordre des Frères Prêcheurs Directeur général du Rosaire perpétuel en Belgique On nous écr it : Très Révérend Père Directeur, Au commencement de la guerre Européenne mourut au couvent des Dominicains d\u2019Ostende (Belgique) un homme de bien, le Très Révérend Père Gonzalve-Marie De Busschere, Directeur général du Rosaire perpétuel en Belgique.Il fut un des plus ardents apôtres du Rosaire de notre temps, et .ses ouvrages remarquables sur cette dévotion font autorité.Sa mémoire mérite d\u2019être préservée de l\u2019oubli ; à cette fin, puis-je respectueusement vous prier, Mon Très Révérend Père Directeur, de bien vouloir insérer en votre excellente revue la notice suivante sur le regretté défunt ?Elle était destinée à paraître clans la Revue belge du Rosaire, mais, hélas ! l\u2019œuvre du Rosaire est ruinée pour le moment dans notre Patrie : nos zélateurs, abonnés et associés sont dispersés, beaucoup d\u2019entre eux doivent être morts, il en est même qui sont tombés sous les balles allemandes (i) ; l\u2019imprimerie (2) du \u201c Propagateur du Rosaire\u201d est devenue la proie des flammes, lors du sac cle Louvain.Plaise donc à une Revue-sœur de publier ces courtes notes sur le Très Rév.Père de Busschere, dont les exemples édifieront, nous osons l\u2019espérer, les confrères du Rosaire d\u2019au-delà, Agréez, etc.fr.Martin-Marie Minne des Fr.-Pr.(1)\tCitons parmi ceux-ci le R.M.Schlôgel, curé d\u2019Hastière-par-Delà, et le R.M.Bilande, aumônier de l\u2019Institut des Sourds-Muets, dirigé par les religieuses Dominicaines à Bouge lez-Namur.C\u2019étaient deux saints prêtres, fervents amis et abonnés du Rosaire.(2)\tM.Charles Peeters, rue des Cordes, à côté des Halles de l\u2019Université, Louvain.\u2014 La librairie Ch.Peeters, rue de Namur, a également été brûlée. LE P.DE BUSSCHERE 207.Charles-Joseph-Marie Corneille De Busschere naquit à Fûmes, jolie ville de la West-Flandre, en Belgique, le 28 octobre 1844, d\u2019une famille honorable et foncièrement chrétienne.Il eut un frère et une sœur.Ses bons parents, sa vertueuse mère surtout, prirent un soin jaloux de former le cœur de leurs enfants à la piété et à la pratique des vertus, Jusqu\u2019à la fin de sa vie, le Révérend Père aimait à rappeler la vigilance, la piété de sa sainte mère : c\u2019était une de ces femmes fortes dont parle l\u2019Ecriture.Après avoir terminé ses études primaires aux écoles locales, le jeune Charles fut envoyé à Alost, au collège des RR.PP.Jésuites pour y faire ses humanités.Doué d\u2019un esprit vif et ouvert, il fit de rapides progrès dans les sciences.La grâce y continua aussi son œuvre, si bien qu\u2019au sortir de la rhétorique, le jeune Charles résolut d\u2019embrasser l\u2019état ecclésiastique afin d\u2019être tout à Dieu et de lui gagner des âmes.Il fit sa philosophie à Roulers, entra au Grand Séminaire de Bruges, et fut ordonné prêtre le 2 Avril 1870 par S.G.Mgr Anthonis, Evêque titulaire de Constance et auxiliaire de Son Eminence le Cardinal de Malines.Monsieur l\u2019abbé De Busschere fut nommé successivement coadjuteur à Oudenbourg, vicaire à Nieuport et finalement à Avelghem.Il établit dans cette dernière paroisse l\u2019œuvre des Xavériens et bâtit leur local.Pour recueillir les ressources nécessaires, Monsieur le vicaire De Busschere organisa notamment une tombola et obtint un prix du Souverain Pontife et un autre de Mgr l\u2019Evêque de Bruges.Mais l\u2019appel d\u2019En-Haut à une vie plus parfaite se faisait entendre à cette âme toute de feu et de zèle : stimulé par l\u2019exemple du Rév.Directeur du pensionnat St-Jean-Berch-mans à Avelghem, le T.R.M.van Renynghe de Voxvrie, qui s\u2019était donné à l\u2019Ordre des Dominicains et est actuellement Provincial de Belgique, Monsieur le vicaire De Busschere résolut d\u2019exécuter sans plus tarder le projet qu\u2019il nourrissait depuis deux ans, d\u2019entrer dans le même Ordre.Il renouvela donc auprès de Mgr Faict, Evêque de Bruges, la demande qu\u2019il lui avait adressée une première fois avant d\u2019être nommé vicaire à Avelghem, et cette fois-ci, Sa Grandeur voulut bien consentir au départ de Monsieur De Busschere.Celui-ci revêtit les blanches livrées des Frères Prêcheurs au noviciat de La Sarte-lez-Huy le 9 octobre 1879.Il reçut le nom de Gon-zalve-Marie.Son noviciat s\u2019écoula dans la ferveur, et le 208 KEVUE DOMINICAINE Révérend Père fit profession le 9 octobre 1880.Il résida à La Sarte et exerça un ministère fructueux dans les diocèses de Liège et de Namur jusqu\u2019au moment où il fut assigné au Grand Béguinage de Mont-Saint-Amand-lez-Gand.De là, il fut envoyé à Lierre, mais bientôt nous le trouvons définitivement établi au couvent d\u2019Ostende, où, après un court séjour comme aumônier intérimaire des Dominicaines d\u2019Estavayer en Suisse, il séjourna jusqu\u2019à sa mort, donc, pendant un espace de vingt-six ans.C\u2019est cette cité balnéaire, et même tout le diocèse de Bruges, qui allaient devenir le principal centre d\u2019activité, le grand champ d\u2019apostolat du Révérend Père.Le T.R, P.De Busschere à Ostende » Dès son arrivée en cette ville, en plein diocèse de Bruges, non loin de sa ville natale, le Père De Busschere se remit naturellement en relations avec ses anciens collègues du ministère paroissial et il devint un véritable apôtre de toute la West-Flandre.Peu de paroisses, peu de couvents, qu\u2019il n\u2019ait évangélisés avec succès.Le Rév.Père prêchait du reste avec une grande facilité, avec un naturel parfait, avec originalité et vigueur.Les Ostendais écoutaient avec intérêt sa parole vibrante et pleine de verve : à n\u2019en pas douter, les sermons très pratiques du zélé prédicateur ont dû opérer un bien considérable.Dès ses débuts à Ostende, le Père s\u2019occupa activement d\u2019ériger la confrérie du Rosaire dans toutes les localités du diocèse de Bruges, si bien qu\u2019actuellement, §ans exception, toutes la possèdent.C\u2019est en 1895 qu\u2019il donna au public son premier livre sur le Rosaire : \u201c Maria s Rozenkrans \u201d, l\u2019édition fut rapidement épuisée et en 1901 l\u2019auteur en publia une traduction française très appréciée : \u201c Le Rosaire de Marie \u201d.C\u2019est un excellent manuel très complet, traitant avec amour et sagesse de la dévotion du Rosaire.Le Rme Père Frühwirth, Général de l\u2019Ordre, et plusieurs évêques adressèrent des lettres très élogieuses à l\u2019auteur.Il publia peu après la \u201c Neuvaine à N.-D.du S.Rosaire \u201d et \u201c L\u2019Arme du Chrétien \u201d.Le Père De Busschere organisa la célébration des mois de Mai et d\u2019Octobre en notre église conventuelle d\u2019Ostende.Aidé par des personnes dévouées, il y introduisit les saluts chantés par le peuple.Pour faciliter cette oeuvre il publia un ' LE P.DE BUSSCHERE 209 recueil de beaux cantiques : \u201c Maria\u2019s krans \u201d, dont plus de 30,000 exemplaires ont été répandus jusqua présent dans la Belgique entière ; il présidait lui-même à ces saluts en récitant le chapelet du haut de la chaire ; il adressait aux fidèles des exhortations entraînantes, et fit si bien, que depuis plusieurs années, aux saluts des 31 jours de Mai et d\u2019Octobre, l\u2019église des PP.Dominicains d\u2019Ostende ne désemplit pas ; des centaines de pieux serviteurs de Marie vinrent y unir leur voix pour chanter avec un ensemble magnifique et touchant les louanges de leur céleste Reine.Même des gens irréligieux, venaient admirer ces cérémonies grandioses et y trouvaient souvent le point de départ de leur conversion.(1) Le P.De Bussehere, organisateur de pèlerinages Désireux de glorifier de plus en plus Marie, le P.Gon-zalve constitua à Ostende un comité de zélatrices dévouées, et de concert avec elles il organisa chaque année un ou deux pèlerinages à des sanctuaires renommés de la Sainte Vierge, et un autre à Notre-Dame des Dunes à Breedene-lez-Ostende.Ces pèlerinages réunirent chaque fois un très grand nombre de pieux pèlerins, et l\u2019activité que le Révérend Père déploya pour les faire réussir, le zèle qu\u2019il y dépensa, sont restés célèbres.Le Rosaire perpétuel et la Sodalité du Rosaire Le Père songea aussi à organiser d\u2019une manière publique une heure de garde du Rosaire perpétuel pour les associés d\u2019Ostende.Elle avait lieu tous les 1ers vendredis de 11-12 h.Le Père récitait lui-même le chapelet du haut de la chaire.Il institua aussi la Sodalité du Rosaire : tous les premiers mercredis du mois, à huit heures du soir, il y avait récitation publique du chapelet avec chant des mystères, salut chanté par le peuple, allocution, cantique.Le ministère local ne fut pas négligé par le courageux défunt.Il sut se faire apprécier, car sous des dehors quelquefois un peu rudes, il cachait un cœur d\u2019or et des trésors de bonté.Toujours prêt
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