Revue dominicaine, 1 avril 1916, Avril
[" XXII® Année Ce Rosaire AVRIL 1916 a 'Dovauûcavue Publiée mensuellement SOMMAIRE: M R.P.R.-M.ROULEAU, O.P.: \u2014La Langue et la Foi R.P.R.VILLENEUVE, O.MJ.:\u2014Cas de conscience \u2014 D.V.: F R.M.-C.F.Fr.A.L.R.P.A.LEDUC, O.P., FRA DOMENICO : L\u2019autorité de l\u2019Eglise en matière sociale -Un chef d\u2019état catholique -Consultations \u2014 Le jeûne et l\u2019aumône du Carême \u2014 La Jeanne d\u2019Arc d\u2019Anatole France -Dans l\u2019Eglise et -dans l\u2019Ordre Bibliographie ABONNEMENTS : CANADA : $1.00\t| ETATS-UNIS : $1.25 Le numéro : 10 sous REDACTION ET ADMINISTRATION \u201c LE ROSAIRE \u201d SAINT-HYACINTHE CANADA MCMXVI \u2022 ¦ Dernières publ ications RÉV.PÈRE LAMARCHE, 0.P.DOCTEUR EN THÉOLOGIE \u201cLE DEVOIR ELECTORAL\u201d Etude doctrinale d\u2019environ 30 pages où sont exposés avec soin les devoirs et responsabilités du citoyen électeur.C\u2019est le premier travail du genre paru en ce pays.L\u2019auteur explique et justifie, les ayant fondus ensemble, les points de doctrine épars dans les Manuels de théologie, les Encycliques romaines, les Mandements d'évêques et les Conciles provinciaux.C\u2019est donc moins le contenu du recueil que le recueil même qui apparaîtra comme une nouveauté.Le ton plutôt élevé et la rédaction châtiée de cet opuscule en rendent la lecture agréable et profitable surtout à la classe instruite.1 exemplaire : $0.10\t12 exemplaires : $0.80 6\t\u201c\t0.50\t25\t\u201c\t1.50 DU MÊME AUTEUR : \u201c PETIT CATECHISME ELECTORAL \u201d A L\u2019USAGE DU PEUPLE Tract de propagande.Adaptation, quant aux principes, de la brochure plus haut annoncée, mais sous une forme familière et simple et procédant par demandes, réponses, explications.Ce catéchisme est divisé en quatre parties : De la nature du suffrage électoral \u2014 De Vobligation du vote \u2014 De Vobligation du vote consciencieux \u2014 De la corruption électorale.Un personnage de marque écrit à l\u2019auteur, en date du 2 février 1916: \u201cVous faites une œuvre éminemment utile en offrant ainsi aux deux principales classes qui composent notre société un véritable manuel du citoyen catholique.Sans compter que la proximité relative des grandes élections donne à vos travaux le cachet et le mérite de l\u2019actuel.Votre Catéchisme électoral devrait être répandu par centaines et par milliers à travers villes et campagnes.\u201d 1 exemplaire : $0.05\t100 exemplaires : $3.00 12\t\u201c\t0.50\t200\t\u201c\t5.00 50\t\u201c\t1.75\t500\t\u201c\t10.00 Adresser les commandes au RÉV.PÈRE PROCUREUR COUVENT DES DOMINICAINS SAINT-HYACINTHE ANNONCES DU ROSAIRE O GOMMEN ¦C cÏN'^N- mn à TELLE EST LA DEVISE DE / L\u2019Ecole Commerciale Pratique Lalime de St-Hyaeinthe, et cela indique bien ce qu\u2019on y apprend : le pourquoi et le comment des choses ; y a-t-il un meilleur moyen de former le jugement de la jeunesse ?Le but de l\u2019Ecole Commerciale Pratique Lalime est de former des Commençants, des Hommes d\u2019affaires, des Employés d\u2019élite, en un mot, des jeunes gens capables, au sortir de l\u2019école, de tenir avec distinction une situation enviable et de gagner largement leur vie.Ces Cours s\u2019adressent aux jeunes gens des deux sexes que les circonstances ont empêché de faire de longues études et qui veulent compléter pratiquement le bagage de leurs connaissances, soit pour améliorer leur position, soit pour se mettre en affaires.Les principales matières qu\u2019on y enseigne sont : l\u2019arithmétique, la comptabilité, la calligraphie, la clavigraphie, la sténographie française, la sténographie anglaise, la langue et la correspondance française, la lan-l| gue et la correspondance anglaises, la télégraphie appliquée, etc.Conditions d\u2019Admission : Les élèves sont admis à tout âge, sans distinction de sexe ou de nationalité.io mois.$95.00 PAR MOIS.$10.00 COURS COMPLETS: Les livres sont fournis gratuitement.Instruction supérieure pratique d\u2019apr?s une méthode nouvelle.Rappelez-vous qu six mois passés chez le professeur Lalime valent deux ou trois ans de collège ; 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et pourtant, leur foi, loin de dépérir, est devenue proverbiale.Pour ma part, je serais disposé à signer cette proposition que j\u2019ai entendu exposer: \u201cIl n\u2019est pas démontré que qui perd sa langue perd sa foi.\u201d A.L.Un journal catholique anglais d\u2019Ontario vient de déclarer que \u201cla langue d\u2019un peuple n\u2019a aucun rapport avec sa foi; Le maintien de la foi est indépendant du maintien de sa langue.\u201d (1) Il n\u2019est pas démontré que qui perd sa langue perd S£t foi : affirme-t-on avec assurance en certains milieux.Que veut-on dire par ces paroles ?Ceux qui soutiennent que, dans un cas donné, on ne peut perdre sa langue sans exposer sa foi, prétendent-ils affirmer* par là une vérité absolue, qui ne souffre pas d\u2019exception ?\u2014-J\u2019en doute fort; car ils sont, d\u2019ordinaire, trop avertis pouf ignorer que la vérité et la certitude, comme la lumière, admettent des dégradations presque infinies.Que l\u2019homme soit composé d\u2019un corps animal et d\u2019une âme raisonnable, voilà une vérité qui ne sera jamais modifiée : c\u2019est la définition mêJ me de l\u2019homme.Que le soleil se lève chaque matin, voilà encore une vérité admise sans conteste, dans tous les pays de l\u2019univers.Mais, en plus de ces vérités d\u2019ordre métaphysique et physique, toujours vraies dans l\u2019ancien monde comme sur le continent américain, se rencontre un groupe de vérités qui, pour n\u2019avoir pas ce caractère absolu ou invariable, n\u2019en possède pas moins le pouvoir d\u2019engendrer une certitude réelle.Bien qu\u2019elles admettent des exceptions, il est cependant facile d\u2019en constater la réalité et l\u2019exactitude dans la presque (1) Cf.\u201cLe Droit,\u201d 11 février 1916.Revue Dominicaine, Avril 1916 98 REVUE DOMINICAINE universalité des cas.Telle est la vérité ou la certitude morale.ISPest-ce pas une vérité de cette nature qui maintient que les mères aiment leurs enfants, encore que l\u2019on rencontre des mères dénaturées ?Sans doute, ces vérités ne ressemblent pas aux axiomes qui portent en eux-mêmes leur lumière, et démontrent leur exactitude par l\u2019évidence; elles n\u2019en sont pas moins acceptées par toutes les têtes bien faites.Lorsque nous parlons langue et foi, il ne peut être question de vérité métaphysique ou physique ; nous sommes dans l\u2019ordre moral ; il s\u2019agit de ces vérités qui tiennent à des conditions de temps, de lieux, de personnes et dont on constate toujours la présence dans un milieu favorable et dans leur cadre propre.En effet, la foi d\u2019un croyant est surtout menacée, non pas par le seul fait qu\u2019il substitue une langue étrangère à sa langue maternelle, mais parce qu\u2019un idiome nouveau le met en relations avec un centre dangereux pour la pureté de sa foi.Ce n\u2019est donc pas la langue étrangère, en tant que telle, qui est funeste à la foi.Sans doute \u2014 et bien que chaque langue exprime un idéal particulier et conserve une portion du patrimoine de beauté confié à la terre, \u2014 il est permis de soutenir que telle langue est plus catholique que telle autre parce que, pendant des siée1 es, elle s\u2019est prêtée à l\u2019expression vigoureuse du dogme et qu\u2019elle est, pour ainsi dire, imprégnée de sève catholique ; parce que ses mots sont évocateurs de pensées et de sentiments catholiques, tandis que telle autre langue, depuis longtemps au service de l\u2019erreur, ne suggérera plutôt qu\u2019une vérité amoindrie et déformée.Cependant l\u2019adoption exclusive d\u2019une langue étrangère ne devient vraiment dangereuse qu\u2019au moment où elle met le fidèle en rapports fréquents avec un milieu hétérodoxe.En effet, que l\u2019un de nos Canadiens, de condition ordinaire, soit transplanté au sein d\u2019une agglomération protestante, et qu\u2019il n\u2019ait avec ses coreligionnaires que peu ou point de relations, que deviendra sa mentalité ?Insensiblement, les idées, les sentiments protestants, l\u2019atmosphère protestante le pénétreront et finiront par le transformer, lui et les siens.Par l\u2019influence de l\u2019école neutre ou sectaire; par la camaraderie avec de jeunes protestants; par le contact quotidien avec les hérétiques pour les nécessités de la vie industrielle et agricole, commerciale et LA LANGUE ET LA FOI 99 politique ; par les relations sociales et la lecture assidue des feuilles locales, matérialistes ou anti-catholiques ; par tout cet ensemble de menues choses qui composent ia vie réelle, qui nous enveloppent de toutes parts, et qui portent avec elles le microbe de l\u2019erreur, installé et propagé depuis longtemps dans ce foyer, -\u2014 le pauvre catholique, isolé, use bientôt sa force de résistance à l\u2019action délétère de l\u2019ambiance.Ajoutez à cela la tentation qui naît du sentiment d\u2019infériorité, et qu\u2019éprouve naturellement une poignée de braves gens, de moeurs sim-pies, et noyés dans une population orgueilleuse et hostile.L\u2019amour-propre, l\u2019intérêt, mille aspirations obscures, ne leur conseilleront-ils pas de faire disparaître toute trace de divergence dans l\u2019origine, dans le langage et la religion?Dès lors, on est moralement certain qu\u2019il lui arrivera ce qui s\u2019est produit tant de fois, lorsque les nôtres, disséminés et comme perdus en pays hérétiques, ont vu péricliter leurs croyances traditionnelles, après avoir renoncé à leur langue,, et défiguré leurs noms français sous des consonnances anglo-saxonnes.Leur foi et leur nationalité ont sombré.Pour cette double ruine, il n\u2019a fallu que le temps de deux ou trois générations.Il est facile d\u2019en découvrir aujourd\u2019hui les tristes débris dans certains Etats de l\u2019Union américaine, particulièrement dans l\u2019Ouest, sur le littoral du lac Erié.C\u2019est ainsi que par la force des choses la perte de la langue maternelle entraîne la perte de la foi catholique.Mgr Langevin, archevêque de Saint-Boniface, pouvait dire aux Canadiens-français de Central Ealls: \u201cIl ne fait aucun doute, et l\u2019expérience est là pour le prouver, que de la conservation de votre langue dépend en grande partie la conservation de votre foi !\u201d En eût-il été de même si, plongés au sein d\u2019une nation étrangère, mais catholique, ces aubains eussent trouvé dans les syllabes nouvelles qui résonnaient à leurs oreilles les vérités religieuses dont s\u2019était alimentée leur enfance ?.Ils auraient pu oublier la langue de leur mère, mais non pas la foi de leur baptême.Leur nationalité eût succombé, mais leur mentalité de catholiques n\u2019en eût pas été sensiblement affectée.Qu\u2019un Français émigre au delà des Alpes ou des Pyrénées, il deviendra Italien ou Espagnol, mais restera fidèle à la foi de ses pères.Car les deux langues qui le mettront en communication avec ses concitoyens d\u2019adoption, sont des langues catholiques, parlées par des lèvres catholiques, 100 REVUE DOMINICAINE chez des nations catholiques.Sa mentalité de français sera modifiée ; sa foi de croyant ne sera pas altérée.Ah! si l\u2019Ontario était catholique; si la majorité de sa population, si ses lois, si ses institutions étaient pénétrées du pur esprit de l\u2019Evangile, nous aurions tort d\u2019affirmer, ici, que qui perd sa langue perd sa foi.Dans la grande province anglaise, nos compatriotes pourraient être absorbés et anglicisés, ils n\u2019augmenteraient pas le nombre des indifférents ; ils ne grossiraient pas les rangs des apostats ou des adeptes du protestantisme.Hélas ! que nous sommes loin de cette consolante perspective ! Les catholiques sont environ un contre dix, appartenant à toutes les variétés de confessions protestantes.Très souvent éparpillées dans les campagnes ou les quartiers peuplés par nos frères séparés, ces malheureuses unités catholiques sont soumises à une pression morale intense.Et qui ne connaît le caractère fanatique de l\u2019Ontario?.La communauté de langue facilite les conversations.Bientôt, des relations se nouent; et c\u2019est ainsi que les préjugés s\u2019infiltrent, que les principes erronés s\u2019enracinent dans les intelligences, et que les esprits sont faussés pour jamais.Le coeur se met promptement de la partie : les mariages mixtes se multiplient, et dans certains centres anglais, ils sont soixante fois plus nombreux que dans les comtés français.Les implacables statistiques (1) sont là pour faire éclater aux regards des plus aveugles les méfaits de ces alliances détestables.Ce n\u2019est donc pas sans motif que l\u2019Eglise, alarmée, ne cesse de les dénoncer à ses enfants.Tout autre eût été la situation, si la différence de langue eût persisté ! Elle eût été une barrière capable d\u2019arrêter ces échanges fréquents et intimes, où la valeur dynamique de la masse réussit souvent à absorber une minorité sans défense.Que tout l\u2019Ontario soit catholique, et le problème qui torture aujourd\u2019hui les consciences ne se posera plus, du moins sous cette forme, considéré sous cet angle.Ici, nous soutenons, \u2014 et une lamentable expérience ne le démontre que trop clairement, \u2014 nous soutenons qu\u2019au Canada comme aux Etats-Unis, la communauté de langue avec une population protestante a arraché à l\u2019Eglise des millions d\u2019êtres humains qui auraient dû, qui devraient être ses en- (1) Cf.\u201cGovern.Reports of Births, Marriages and Deaths,\u201d 1912.Pages 102-135. LA LANGUE ET LA FOI 101 fants.Ils se sont enlisés dans l\u2019indifférence religieuse, quand ils n\u2019ont pas grandi dans l\u2019hérésie, ou apostasié ouvertement.Grâce au développement naturel, grâce à l\u2019immigration américaine, la seule population catholique irlandaise des Etats-Unis devraient être, d\u2019après les statistiques (1), en 1900, de 56,000,000 d\u2019âmes.Or, le recensement de 1906 accuse une population catholique de langue anglaise de 6,159,822.C\u2019est donc pour cette seule nationalité vingt millions de fidèles perdus pour l\u2019Eglise et passés à l\u2019ennemi.Mgr McFaul laissait échapper ce triste aveu le 10 septembre 1904: \u201cLes ca tholiques aux Etats-Unis devraient être actuellement au moins 40 millions, tandis qu\u2019en réalité ils ne sont que de 12 à 15 millions.\u201d Dans l\u2019Ontario, même triste phénomène.Selon le recensement officiel de 1911, il y a dans la province 608,187 habitants de race irlandaise.Tous fidèles à la foi traditionnelle quelle force n\u2019auraient-ils pas apporté au catholicisme dans ce château-fort de l\u2019hérésie au Canada ! De quelle puissance ne disposerait pas la Sainte Eglise au sein du riche et fertile Ontario ! Hélas ! au lieu de 600,000 catholiques irlandais, nous n\u2019en trouvons pas 200,000.En effet, en 1911, la population totale des catholiques ne s\u2019élevait qu\u2019à 484,997.De ce nombre, il faut soustraire d\u2019abord 202,442 Canadiens-français.De plus, plusieurs milliers de catholiques appartiennent à différentes nationalités ; on rencontre des Anglais et des Ecossais, des Allemands et des Autrichiens, des Belges et des Italiens, des Boumains, des Russes et des Sauvages.A eux seuls, les Italiens et les Austro-Hongrois forment un groupe de 33,036 âmes, dont l\u2019immense majorité appartient à l\u2019Eglise Romaine.Comment expliquer la perte de 400,000 âmes dans ce groupe national de l\u2019Ontario ?Le ministère du clergé irlandais ne lui a pas fait défaut depuis son établissement en cette province.Même plusieurs prêtres, tels que les Sweeney, les MacDonnell, les Ryan, les Brady, et autres, ont laissé une mémoire justement vénérée.Mais le clergé national a été impuissant contre les pernicieuses conditions faites à leurs congénères.La communauté de langue a favorisé l\u2019infiltration des idées protestantes; elle a multiplié les mariages mixtes ; elle a entraîné hors cle la vérité catholique des milliers et des milliers d\u2019âmes, qui auraient pu (1) E.de Nevers, \u201cL\u2019Ame Américaine,\u201d I, p.341. 102 REVUE DOMINICAINE être préservées par un isolement relatif, assuré par une langue maternelle nationale différente.Pour nos Canadiens-français la pratique journalière de leur langue les a immunisés contre cette influence délétère aussi longtemps que, réfractaires à l\u2019anglomanie, ils ont été fidèlement attachés à leurs traditions.Si la foi en Irlande a subi de moindres déchets qu\u2019en Amérique, malgré l\u2019influence anglo-protestante, c\u2019est qu\u2019au sein des familles liiberniennes était pieusement cultivé le vieil idiome des aïeux ; c\u2019est que la langue anglaise, nécessaire pour la vie extérieure était imposée par l\u2019arrogance du vainqueur et qu\u2019elle était détestée comme le signe de la tyrannie du bourreau.Aussi, les fidèles irlandais ne l\u2019acceptaient-ils que dans les limites d\u2019une nécessité qu\u2019ils circonscrivaient le plus étroitement possible.Mais, aux Etats-Unis, au Canada, c\u2019était une autre atmosphère : plus d\u2019hostilité.L\u2019Irlandais débarqué sur nos rives, ne traitait pas avec un ennemi ; dès lors, n\u2019étant plus sur la défensive, il s\u2019est laissé gagner peu à peu par la démoralisante influence d\u2019un milieu où tout était anglais et protestant.Voilà tout le secret de ce profond mystère ! Du reste, en Belgique, le même problème s\u2019est posé.Mais là ,1e français n\u2019était pas le langage sauveur, il était l\u2019ennemi.Tant il est vrai qu\u2019il s\u2019agit, dans l\u2019espèce, d\u2019une vérité d\u2019ordre moral et dépendante des circonstances.Une lutte ardente a été soutenue en faveur du flamand contre le français, et pour les mêmes motifs que nous invoquons dans l\u2019Ontario.Le flamand était la langue maternelle des bons paysans catholiques : elle les isolait et les maintenait dans les traditions de leur antique foi ; au contraire, avec le français leur arrivait les principes anti-religieux qui causaient tant de mal aux populations wallones de langue française.De là l\u2019énergique mouvement libérateur, pour sortir le flamand de la condition méprisée où l\u2019avait rejeté l\u2019envahissement du français; de là la réaction puissante qui restaura la langue flamande, dans la littérature et les journaux, dans la chaire des églises et des universités.Les requêtes en faveur d\u2019une université flamande n\u2019aboutirent pas, mais provoquèrent l\u2019organisation d\u2019une section flamande à l\u2019Université de Louvain.Il était réservé à Guillaume II, le paladin de la Y 'dur, de décréter sur le sol envahi de la Be'gique.la LA LANGUE ET LA FOI 103 \u2022création de cette université nationale, clans le but de flatter le sentiment populaire.\u2014 La clairvoyance patriotique et le zèle religieux qui formulaient ces revendications en faveur du flamand, se seraient-ils alarmés, si la langue française n\u2019eût établi qu\u2019un contact rare et sans danger ; si elle n\u2019eut favorise qu\u2019un commerce bienfaisant pour le vaillant peuple des Flandres ?Pourquoi les nobles évêques de la Pologne se sont-ils si fièrement levés pour défendre leurs écoles nationales contre la tyrannie germanisante de Bismarck, si ce n\u2019est parce qu\u2019ils ont tremblé devant le danger dont le protestantisme prussien menaçait la foi de la nation martyre ?Dans sa lettre aux évêques américains, du 22 février 1915, Benoît XV déplore que \u201cdes centaines de mi le hommes, émigrés d\u2019Italie, naguère fidèles, ont perdu la foi en ces dernières années, parce que, privés des secours spirituels en leur propre langue, ils ont été plus facilement victimes de doctrines corrompues.\u201d C\u2019est donc qu\u2019au sentiment du Souverain Pontife, la langue maternelle, avec tout ce qu\u2019elle évoque dans l\u2019âme de souvenirs religieux, d\u2019émotions pieuses, est un puissant facteur pour la conservation de la foi.Dès qu\u2019elle ne retentit plus aux oreilles du croyant, la séduction des erreurs régnantes s\u2019exerce presque sans entraves, et les âmes rachetées par le sang divin périssent misérablement.De sorte que prétendre que la langue d\u2019un peuple n\u2019a aucun rapport avec sa foi est une assertion fausse dans sa teneur générale et absolue.Elle va manifestement contre les faits, contre la psychologie, et contre la philosophie de l\u2019histoire.Qui perd sa langue ne perd pas sa foi par une conséquence nécessaire et infaillible ; mais qui perd sa langue perd trop souvent sa foi, s\u2019il adopte une langue étrangère dans un centre indifférent ou hostile au catholicisme.C\u2019est là une vérité d'expérience, proclamée par les plus hautes autorités, et que toutes les protestations, intéressées à des titres divers, ne pourront pas renverser ni même obscurcir pendant longtemps.Loin d\u2019affirmer audacieusement que le maintien de la foi est indépendant du maintien de la langue, il faut reconnaître loyalement et hardiment, et proclamer que la langue est la gardienne et l\u2019auxiliaire de la foi.Ses mots familiers évo- 104 REVUE DOMINICAINE quent tout un monde de vérités et de sentiments, qui s\u2019élèvent de l\u2019âme comme une vapeur d\u2019encens, et qui la parfument d\u2019adoration pour Dieu, d\u2019amour et de fidélité pour l\u2019Eglise de Jésus-Christ.Fr.Raymond-Marie Roueeau, des Frères-Prêcheurs.CAS DE CONSCIENCE \u2014Mon Père, l\u2019Eglise peut-elle me lier en conscience, dans une question d\u2019ordre social ?\u2014Ah ! mon ami, c\u2019est un grave problème que vous agitez là.Vous comprenez, nul doute, toute la portée de votre question ?\u2014Pas tout à fait, mon Père.J\u2019ai.lu cela dans le journal.Il s\u2019agit de prohibition.L\u2019Eglise peut-elle donc s\u2019en mêler, alors que c\u2019est une question de liberté pour chacun ?n\u2019est-ce pas plutôt une matière exclusivement d\u2019intérêt social, comme ils disent ?\u2014Mon cher ami, sortons du confessional.Venez me voir au parloir, nous causerons plus à l\u2019aise.* * * \u2014Asseyez-vous ici, et voyons.Vous ne serez point froissé que nous revenions un peu au catéchisme?nous en avons besoin pour trouver, comme l\u2019on dit, un terrain commun.Les philosophes appelleraient cela l\u2019explication des termes.Eh ! bien, donc, qu\u2019est-ce que l\u2019Eglise ?L\u2019Eglise, \u2014 nous enseigne le catéchisme de la Province de Québec, celui-là même que vous avez appris, \u2014 est la société de tous ceux qui professent la foi de Jésus-Christ, qui participent aux mêmes sacrements, et qui sont gouvernés par leurs pasteurs légitimes sous un seul chef visible.C\u2019est bien cela n\u2019est-ce point ?je cite de mémoire, mais je crois voir que vous en avez vous-même quelque vague souvenance.La société de tous ceux qui professent la foi de Jésus-Christ : vous la professez cette foi ?bien. CAS DE CONSCIENCE 105 Qui -participent aux mêmes sacrements : vous y participez ?au moins au Baptême, à la Confirmation, au Mariage et à l\u2019Extrême-Onction?quant à la Pénitence et à l\u2019Eucharistie, peut-être le faites-vous moins qu\u2019au gré de ses désirs, à l\u2019Eglise, vous contentant des Pâques.très humblement, mais pour le moment Dieu vous pardonne ! Enfin, qui sont gouvernés par leurs pasteurs légitimes sous un seul chef visible : et vous ne doutez pas de l\u2019autorité des évêques légitimes, qui gouvernent sous le Pape.\u2014Mais la question précise est de savoir a quel domaine doit s\u2019étendre leur gouvernement.\u2014Revenons un instant encore au catéchisme, et je suis à vous.Deux questions plus loin : Pourquoi Jésus-Christ a-t-il fondé son Eglise?Jésus-Clirist a fondé son Eglise pour enseigner, gouverner, sanctifier et sauver tous les hommes.Admis ?\u2014Admis, mais en observant que l\u2019Eglise n\u2019a donc pour objet que le salut des hommes.et non point les questions sociales, la politique, les choses humaines.\u2014Port bien, fort bien, avec distinction, penserait un Aristote.L\u2019Eglise a pour mission de sauver tous les hommes.Elle les sauve en les sanctifiant.Elle les sanctifie en leur faisant éviter le péché.Elle leur fait éviter le péché en les gouvernant.Et enfin elle les instruit de la façon dont el e doit les gouverner.Est-ce assez clair, logique et vrai ?\u2014En effet.\u2014Il n\u2019y a pas de doute.Jésus-Christ en qui vous croyez a fondé l\u2019Eglise pour qu\u2019elle soit la barque secourable, le filet des élus, le champ du père de famille où croît la moisson, la vigne des ouvriers du Seigneur, et le reste: Il l\u2019a donc évidemment chargée de sauver les hommes, foi d\u2019Evangile.\u2014M ais notez qu\u2019il l\u2019appelle le royaume des deux.\u2014Etabli sur la terre, puisque dans cette barque il y a un Judas ; dans ce filet, on trouve des poissons à rej eter au triage ; dans cette prairie, il pousse de l\u2019ivraie ; et dans la vigne du maître, il y a des ouvriers maussades, \u2014 ce qui n\u2019est point de mode au royaume des deux de l\u2019éternité.\u2014Oui. 106 REVUE DOMINICAINE \u2014L\u2019Eglise sauve les âmes en les sanctifiant, car elle continue l\u2019oeuvre de Jésus-Christ qui est venu sur la terre donner la vie de la sainteté, et la donner surabondamment, luir le Bon Pasteur.Elle les instruit au nom de Jésus-Christ, qui lui a dit: Allez et enseignez toutes les nations.Elle les gouverne de par son autorité de même : Qui vous écoute m écoute, qui vous méprise, me méprise, lui a-t-il dit encore.A toi, Pierre, je te donnerai les clefs du royaume des deux; tout ce que tu lieras sur la terre sera lié aussi dans le ciel; et tout ce gué tu délieras sur la terre sera aussi délié là-haut.\u2014Très bien, Père, mais c\u2019est toujours pour le spirituel.\u2014J\u2019en conviens, je veux seulement insister sur ces vérités qui ont bien leur importance, afin que nous ne soyons point tentés tout à l\u2019heure de les entamer.Vous les admettez ?\u2014Evidemment, puisqu\u2019à moins de ne pas croire à l\u2019Evangile et à Dieu.\u2014Oh! je n\u2019ai point de soupçon à votre égard.Continuons.Toute la fin de l\u2019Eglise, c\u2019est le salut du monde, toute la juridiction de l\u2019Eglise, ce sont les consciences, toute l\u2019organisation chrétienne, c\u2019est en vue de l\u2019éternité.Mais vous admettrez volontiers que ÎSrotre-Seigneur qui est le Verbe de Dieu, la Sagesse infinie et le Créateur de toutes les intelligences, n\u2019a pas dû faire son oeuvre à demi.Il n\u2019a point manqué, peut-on croire, de doter l\u2019Eglise de tous les pouvoirs, de tous les droits, de tous les moyens d\u2019action nécessaires à sa fin: z\t1/ cela va de soi.\u2014Bien, jusqu\u2019à précision.\u2014Or, quand il s\u2019agit de sauver des hommes il faut que l\u2019Eglise soit une société humaine, donc temporelle et visible par certain côté : imaginez-vous la puissance et l\u2019efficacité d\u2019une société d\u2019hommes dont les seuls liens seraient cachés au fond de leur âme ! Dans la mesure où cette conception n\u2019est point absurde, elle vous montre à tout le moins une religion souverainement inefficace; la preuve en est faite par l\u2019histoire de l\u2019Eglise invisible chère à certains hérétiques.Mais n\u2019insistons pas, sûrement l\u2019Eglise doit être visible.\u2014A condition, toutefois, qu\u2019elle se confine aux choses spirituelles.\u20141ST ayez crainte.A une Eglise visible, il faut des conditions de vie humaine ; il lui faut des biens matériels pour se sustenter, faire ses oeuvres, organiser son culte qui doit CAS DE CONSCIENCE 107 être sensible, extérieur, matériel dans son écorce, bien que toujours animé de vertu et de grâce en sa vie profonde.Pie X, en son génial bon sens, l\u2019exprimait naguère : Si l\u2019Eglise était une société d\u2019anges, on pourrait lui contester le droit à une existence terrestre, mais elle est une société d\u2019humains.\u2014Parfaitement.\u2014Et en faisant ainsi, en ayant des biens matériels, en les administrant, en les protégeant,.elle fait son oeuvre de salut ?\u2014Si elle s\u2019en tient à cela.\u2014Et ceux qui l\u2019aident font cette même oeuvre ?\u2014Oui.\u2014Et ceux qui l\u2019empêchent vont contre sa mission de salut ?\u2014.Mais, si l\u2019Eglise a ce droit, il faut avouer que les gens d\u2019Eglise en abusent beaucoup.\u2014Peut-être bien: ce qui reste tout de même encore un peu à prouver, et à examiner sous divers regards.[Néanmoins, s\u2019il en est, ceux qui en abusent peuvent être traduits à leur tribunal naturel, aux évêques, au Pape, au Vicaire de Jésus-Christ .Et ces abus présumés, lui enlèvent-ils ses droits, à l\u2019Eglise ?les donnent-ils à l\u2019Etat ?permettent-ils aux gouvernants politiques de punir l\u2019Eglise, la Fille de Dieu, l\u2019Epouse de Jésus-Christ, la Mère des baptisés.?-\u2014Mais, mon Père, il ne s\u2019agit point exactement de cela: je voudrais en venir à la prohibition.\u2014J\u2019y suis: seulement je voulais vous signaler au passage que l\u2019Eglise est une société, qu\u2019elle est une société faite pour le ciel mais encore sur la terre; une société des hommes, unissant mystérieusement leurs âmes mais les atteignant par leur vie corporelle ; une société dont la vie morale est toute surnaturelle mais qui a toutefois une organisation hu-maine réelle, juste, nécessaire, suprême, indépendante, inaliénable, infrangible, et que tous se doivent rappeler que les portes de Venfer ne prévaudront point contre elle.Jésus-Christ, Roi du ciel et Rédempteur du monde, qui a tout pouvoir, lui a donné le plus haut pouvoir créé, auquel il entend subordonner tous les autres : et pour ceux-ci se tenir dans ce rôle, c\u2019est leur nature, c\u2019est leur devoir, c\u2019est leur bien.\u2014Veuillez bien vous hâter, s\u2019il vous plaît, mon Révérend Père, d\u2019en venir à la prohibition. 108 REVUE DOMINICAINE \u2014L\u2019Eglise, m\u2019avez-vous demandé tout à l\u2019heure, a-t-elle donc juridiction dans les matières sociales, et particulièrement en ce qui regarde la prohibition ?J\u2019ai tout ce qu\u2019il faut maintenant, je crois, pour vous répondre: oui, et de deux façons.L\u2019Eglise peut connaître des questions sociales, d\u2019abord, parce que les matières purement sociales, \u2014 c\u2019est-à-dire relatives au bien de la société humaine, \u2014 ont des rapports nécessaires avec la société religieuse ; tout comme les facultés inférieures en nous ne sont pas étrangères aux facultés supérieures, les sens à l\u2019intelligence, les passions à la volonté, la simple vie nutritive de notre corps aux plus hautes spéculations de notre pensée.Et en ce sens, l\u2019Eglise, \u2014 bien que son objet direct et premier soit d\u2019une tout autre spère que celle de la société humaine, \u2014 peut et doit se mêler des questions sociales chaque fois qu\u2019indirectement elles touchent à sa fin, à son organisation propre et à sa vie même : et, de plus ou moins loin, c\u2019est toujours.Tout comme, \u2014 la comparaison est d\u2019actualité, -\u2014 le Cabinet de Londres s\u2019intéresse beaucoup aux choses qui ressortissent au Cabinet d\u2019Ottawa.La parité est toutefois lointaine; et je ne la rappelle ici que pour insinuer comme toute question sociale en tant que telle est du ressort indirect de l\u2019Eglise, n\u2019oubliant pas que l\u2019Eglise est une société divine et qui dépasse toute autre de la hauteur du ciel.Mais il y a plus.Toute question sociale est une question qui dépend dans une plus ou moins large mesure de la volonté des hommes; et dans cette même mesure, c\u2019est une question de morale, une question de péché ou de vertu.Or enseigner la morale, faire pratiquer la vertu, flageller le vice, sanctionner les moeurs, cela est bel et bien du rôle de l\u2019Eglise, puisque la morale n\u2019est pas autre que la règle d\u2019agir qui conduit les hommes à leur fin qui est Dieu, notre bonheur et notre salut.Un père dans sa famille n\u2019est point nécessairement médecin : la digestion du bébé n\u2019est pas son affaire, c\u2019est celle de l\u2019estomac du petiot, des soins de la nourrice, des traitements prescrits par Esculape, et le reste; néanmoins il appartient bien un peu au père de voir ce qu\u2019on donne à son enfant, quel médecin se charge de sa santé; et il arrive, à cet égard, que la digestion de l\u2019enfant est une question paternelle.Ainsi, peut-être bien, mon ami, qu\u2019en choses sociales, l\u2019Eglise, si elle CAS DE CONSCIENCE 109 n\u2019a point à s\u2019en occuper en tant que telles, a pourtant à le faire, de plein pouvoir et d\u2019onéreuse obligation, en tant qu\u2019elles sont morales.Les questions sociales sont des problèmes fondés sur les relations des membres et des divers corps de la société : ne se peut-il point que ces relations soient désordonnées parce qu\u2019elles sont coupables, \u2014 et pourquoi l\u2019Eg ise ne les pourrait-elle point condamner ?ne se peut-il point que ce désordre vienne de l\u2019ignorance, et pourquoi l\u2019Eglise n\u2019instruirait-elle point ?ne se peut-il point qu\u2019il provienne des passions humaines, de l\u2019avarice des uns, de l\u2019ambition des autres, de la cruauté des grands, de la servilité des lâches, et pourquoi l\u2019Eglise ne le pourrait-elle point dénoncer ?Ah ! oui, mon ami, vous qui êtes chrétien, vous qui professez ia foi de Jésus-Christ, vous qui portez en votre âme le signe du Baptême, les traits spirituels de l\u2019Eglise, ne jetez jamais cet outrage ingrat à la face de votre Mère et ce blas-plème à la vérité: \u201cC\u2019est une question absolument et exclusivement sociale, donc où la religion 11e doit pas entrer en ligne de compte et n\u2019a rien à voir ; c\u2019est une question sociale, et partant une question libre.\u201d Question libre, oui, mais c\u2019est à l\u2019Eglise à guider la liberté.Comment ! pas de question morale ni religieuse dans la question d\u2019alcool, qui tue les corps et les âmes, qui stérilise les foyers, qui fauche les enfants, qui assassine les mères, qui sème les aliénés et les criminels, qui déchaîne les passions ,qui éteint le bonheur des familles, qui change le sanctuaire domestique en un enfer, qui désorganise la société, ameute les ouvriers, éteint le sens religieux et moral des populations et réalise, hélas ! sur terre, l\u2019image la plus complète du royaume infernal! Pas de question morale dont l\u2019Eglise doive se préoccuper dans la prohibition, alors que dans l\u2019espace de d ans, l\u2019alcool a coûté à l\u2019Amérique une dépense directe de trois milliards, une dépense indirecte de 600 millions; qu\u2019il a détruit 300,000 individus, envoyé 100,000 enfants aux dépôts des pauvres, consigné plus de 150,000 personnes dans les prisons, et 10,000 dans les asiles d\u2019aliénés; qu\u2019il a poussé à la perpétration de 15,000 assassinats, causé 2,000 suicides, incendié ou détruit pour 50 millions de propriétés, fait 200,000 veuves et 1 million d\u2019orphelins\u201d (1) sans (1) M.Everest, ministre à Washington. 110 REVUE DOMINICAINE parler du nombre inconnu à la terre mais évidemment terrible de ceux qu\u2019il a damnés pour l\u2019éternité.Eh ! quoi, \u201cla question de la prohibition est une question exclusivement d\u2019intérêt social, et quand, pour exploiter l\u2019esprit de foi qui anime notre population, on cherche à faire de cette question un question religieuse, on commet une iniquité\u201d ?\u2014 Iniquité, lève ton propre masque, tu te caches sous un visage d\u2019emprunt, ta vertu est celle de Tartufe, je te connais par ton nom.Expose le fond de ta pensée : \u201cChaque fois, dis-tu, que les intérêts de l\u2019Eglise et de l\u2019Etat sont en conflit, le particulier doit d\u2019abord s\u2019occuper de ses devoirs de citoyen.\u201d Ah ! te voilà enfin, tu t\u2019appelles le libéralisme : la liberté de faire le mal comme tu le voudras, la liberté de réduire l\u2019Eglise au lieu de réduire tes passions, la liberté de servir l\u2019Etat chaque fois que ses ambitions et les tiennes viennent en conflit avec les imprescriptibles sévérités de l\u2019Eglise.Revenons, mon cher chrétien, à un exposé plus simple encore et ce sera tout.L\u2019Eglise est chargée du salut des âmes.Le salut des âmes est dans la préservation du péché.L\u2019alcool est une occasion de péché pour les buveurs, pour ceux qui contribuent à les rendre tels, pour ceux qui les aident à rester ivrognes ou alcooliques, pour ceux qui ne les empêchent point de l\u2019être, dans la mesure où ils le pourraient.Et voilà pourquoi l\u2019Eglise peut s\u2019occuper des buveurs, des auberges, des hôteliers, des distillateurs, des voteurs, des législateurs, de tous ceux qui ont une âme à sauver, une conscience à respecter, et qui peuvent quelque chose pour enrayer cet empoisonnement social qu\u2019est l\u2019alcoolisme.Sans sortir de sa maison, ni de son rôle, une mère a le droit de dire à son fils : Mon fils, n allez point au ruisseau boire cette eau empoisonnée dans la fange.Et au ruisseau qui s\u2019approche: Détourne ton cours.Et aux enfants qui appellent vers la fange : Eloignez-vous pervers.Et aux autorités publiques : Tarissez la source contaminée.C\u2019est ce que fait l\u2019église en restant bien chez elle et dans son droit, J.M.Rodrigue Villeneuve, O.M.I. UN CHEF D\u2019ETAT CATHOLIQUE Celui dont nous voulons essayer d\u2019évoquer la figure en quelques traits essentiels, M.x\\ntoine Flores, ancien président de la République de l\u2019Equateur, est mort, au hasard d\u2019un voyage, à Genève, il y a quelques mois à peine.Les organes diplomatiques français et étrangers et la presse équatorienne sans distinction d\u2019opinion et de sympathie, ont retracé sa carrière et loué sa vie en termes unanimes.Chose plus admirable encore : les ennemis de sa foi eux-mêmes abaissèrent l\u2019oripeau anticlérical devant les couleurs de la patrie et de l\u2019Eglise confondues sur la tombe de leur adversaire comme elles l\u2019avaient été dans sa vie.Car cet homme d\u2019une âme si haute, cet écrivain délicat, ce juriste, cet historien, ce diplomate éminent fut, avant tout un grand chrétien, attaché à sa foi dans sa vie publique aussi bien que dans sa vie privée.A un pays gouverné par lés factions, ensanglanté par leur tyrannie, et troublé par la lutte religieuse, le président Flores, prétendit apporter, avec son nom, nn gouvernement aussi respectueux de l\u2019autorité du Vicaire de Jésus-Christ, que soucieux des intérêts de la République.Ces termes réputés inconciliables ailleurs, le nouveau président les démontre inséparables et nécessaires pour le bien du pays qu\u2019il était appelé à conduire pendant les années de sa magistrature.Fils de l\u2019illustre général de l\u2019indépendance, Juan-José Flores, et de Doua Mercedes Jijon ,de haute naissance, le président Flores était de ceux qui sont partout et toujours les esclaves du devoir et les serviteurs de leur conscience.Elevé à Paris, brillant élève du lycée Henri IV, il était des plus raffinés et des plus avertis des Parisiens.Ce n\u2019est pas seulement son esprit, c\u2019est aussi son âme qui reçut à Paris l\u2019empreinte ineffaçable : ce fût celui qui s\u2019appelait encore l\u2019abbé Sibour qui développa son instruction dans la foi qu\u2019il avait appris à aimer dans son foyer, dans laquelle le confirma Mgr Affre.Si les qualités de son esprit, son universelle érudition, la haute probité de son caractère le désignaient pour les fonc- 112 REVUE DOMINICAINE fions suprêmes, son désintéressement naturel et sa modestie l\u2019en éloignaient.Aussi opposa-t-il un refus au voeu de ses compatriotes lorsqu\u2019en 1888, alors qu\u2019il résidait en Europe, leurs suffrages le portèrent à la présidence de la République de l\u2019Equateur.Mais Léon XIII, qui tenait l\u2019élu en grande estime et amitié, intervint de toute son autorité et l\u2019obligea en quelque sorte à accepter le pouvoir.Quatre ans plus tard, il le remettait à son succeseur, et à cette occasion, le Pape, dans une entrevue particulière avec le ministre de l\u2019Equateur accrédité alors à Rome, rappelait le fait en ces termes : \u2018\u2018Au moment où s\u2019achève le mandat constitutionnel de M.Flores, je me félicite d\u2019avoir contribué par ma médiation à lui faire accepter la première magistrature de l\u2019Equateur.Fidèle interprète des sentiments catholiques éprouvés de son pays, il a su et voulu maintenir inaltérables, les excellentes relations qui \u201cunissent heureusement cette noble République au Saint-Siège; il peut maintenant se retirer avec l\u2019intime conviction d\u2019avoir rempli sa haute et dé icate mission avec la plus grande droiture et la plus grande habileté.\u201d Ces paroles du Souverain Pontife, cette louange au-dessus de toutes les louanges, donnée par le père à un de ses meilleurs fils, récompensait en même temps le chef d\u2019Etat qui, dans un de ses messages adressés aux Chambres, au cours de sa législature, s\u2019affirmait fervent catholique, donnant ainsi à sa foi la forme solenelle et publique d\u2019un document officiel: \u201cJ\u2019ai continué, dans l\u2019exercice du pouvoir, à donner au Saint-Père les preuves de mon ancienne et invariable soumission, en même temps que je recevais de lui les marques indubitables de la paternelle bienveillance qu\u2019il a bien voulu me témoigner depuis l\u2019époque où j\u2019eus le bonheur et l\u2019honneur d\u2019être chargé de la légation près le Saint-Siège.\u201cFort de son appui, de celui de la loi et du témoignage de ma conscience, je n\u2019ai pas été troublé par les assauts de l\u2019injuste opposition qui m\u2019a été faite au sujet de la dîme, dont le remplacement sous tous rapports, était devenu indispensable, ne fût-ce que pour que l\u2019Equateur ne demeurât pas à l\u2019état d\u2019exception parmi les nations catholiques.\u201d Ces admirables paroles, synthèse de la politique du président Flores, n\u2019étaient même pas de sa part un acte de courage, tant lui semblait naturel l\u2019aveu public d\u2019une foi et d\u2019une soumission à l\u2019Eglise qui étaient l\u2019axe même de son gouvernement. 113 UN CHEF D\u2019ÉTAT CATHOLIQUE Respectueux de la liberté d\u2019autrui, autant que jaloux de la sienne, il n\u2019entrava jamais ni dans la presse ni ailleurs, l\u2019expression des idées et des opinions opposées aux siennes.De cette liberté on usa contre lui d\u2019autant plus qu\u2019on le savait incapable de venger ses injures personnelles.Il les accueillait avec le rire léger du philosophe et la mansuétude du chrétien.Lorsqu\u2019il arriva que l\u2019opposition menaça de paralyser son effort, il préféra renoncer au pouvoir, mais le Congrès, à l\u2019unanimité, refusa sa démission et, en 1892, à l\u2019expiration de son mandat, il put dire dans son dernier message ces paroles, devenues proverbiales dans son pays, et que contresignèrent la justice et la vérité: \u201cJe commence par remercier à genoux le Tout-Puissant de ce que, grâce à son infinie bonté, ni guerre fratricide, ni révolte militaire, ni émeute n\u2019ait troublé la paix, la paix si désirée, et que cette période présidentielle s\u2019achève sans que personne ait été proscrit, emprisonné ou poursuivi pour des causes politiques.\u201d Combien avant lui, combien après, ont pu se rendre, en quittant le pouvoir, un pareil témoignage ?Fous ne saurions mieux terminer qu\u2019en appliquant au grand chef d\u2019Etat chrétion qui nous occupe, cet éloge de saint Louis par Fénelon: \u201c.11 était décisif dans les conseils, supérieur aux autres hommes par la noblesse de ses sentiments, sans hauteur, sans présomption, sans dureté.Il suivait en tout les véritables intérêts de sa nation.Il voyait v tout de ses yeux dans les affaires principales.Il était appliqué, prévoyant, modéré, droit et ferme dans les négociations.\u201d Fénelon ajoute que le règne de saint Louis devait servir de modèle aux autres pour tous les siècles à venir.Comme cet illustre et saint roi, le très catholique président de l\u2019Equateur restera sur le point du monde où Dieu l\u2019appela à gouverner, l\u2019exemple de ceux qui veulent rendre les peuples \u201cheureux et policés\u201d dans la soumission à la loi divine.D.V. CONSULTATIONS On nous écrit : lo .Je ne suis dans aucun des cas d\" empêchement prévus par le Rituel, et cependant je ne me sens pas en état de jeûner.Dois-je agir sur la simple dictée de ma conscience, ou bien, demander la dispense à mon confesseur?2o.\u201cL\u2019aumône du carême, imposée par l'Evêque à ceux qui ne peuvent jeûner, oblige-t-elle au même litre crue le jeune?\u201d \u2014 R.G.Réponse:\u2014lo.Il n\u2019y a pas que les catégories de personnes mentionnées d\u2019une façon spéciale par le Rituel qui puissent se passer de toute dispense.Il faut y ajouter encore toutes celles qui, à raison de leur santé, de leurs travaux se trouvent vraiment incapables de le faire sans quelque grave inconvénient.Si l\u2019incapacité est douteuse et J\u2019inconvénient léger, c\u2019est alors qu\u2019il faut faire appel à la dispense.En pratique, comme il est très facile de se faire illusion sur son propre état, il vaut toujours mieux consulter un confesseur prudent et éclairé.2o.Il y a pour le chrétien deux obligations bien différentes, celle de jeûner et cele de faire pénitence.L'obligation grave de jeûner disparaît totalement par le fait même qu\u2019on est incapable de la remplir.Mais il reste toujours l\u2019obligation de faire pénitence.Or, c\u2019est précisément pour nous rappeler cette dernière obligation que l\u2019Evêque impose tantôt Une aumône, tantôt une prière.Mais si ces oeuvres sont, dans la pensée de l\u2019Evêque, destinées à prendre la place du jeûne, il ne faudrait nullement en conclure qu\u2019elles lient notre conscience au même titre que le jeûne.Elles se rattachent à l\u2019obligation générale de faire pénitence.Fr.M.-C.F.On nous écrit: Voudriez-vous me dire ce quil faut penser de la Vie le Jeanne d\u2019Arc, de M.A.France, et m\u2019indiquer quelques études sur ce livres? CONSULTATIONS 115 Réponse :\u2014lo.Dans une oeuvre d\u2019histoire, l\u2019on peut considérer le mérite littéraire et le mérite historique; celui ¦qui l\u2019écrit peut, en effet, avoir du style mais peu d\u2019information ou peu de conscience; par contre, une critique historique avertie et une érudition peuvent s\u2019allier dans une oeuvre pauvrement écrite ; l\u2019historien de race racontera les faits sans errer ni tromper, dans le style approprié, et saura en découvrir les causes et en percevoir les conséquences.Ce n\u2019est pas l\u2019historien que révèle à la critique la Vie de Jeanne d\u2019Arc de M.A.France.Elle reconnaît que M.France est \u201cun charmant styliste, qu\u2019il sait peindre des portraits, décrire des paysages, animer une scène, reconstituer un milieu, donner l\u2019impression de la vie\u201d \u2014 d\u2019un mot, qu\u2019il sait écrire; que 11e sache-t-il ou ne veuille-t-il écrire.l\u2019histoire ! Car les qualités du maître historien \u2014 l\u2019impartialité, l\u2019exactitude d\u2019information, le souci de la vérité historique \u2014 manquent à la Vie de Jeanne ¦d'Arc.Il faut avouer que M.France était mal préparé à comprendre Jeanne d\u2019Arc: ses oeuvres antérieures, toutes pleines de volupté et d\u2019ironie, ne le disposaient pas à bien lire clans l\u2019âme si pure et si simple de Jeanne d\u2019Arc; d\u2019ailleurs, ü appartient à une école qui affecte de nier le surnaturel \u2014\u2022 ne l\u2019a-t-on pas appelé lui-même, le pape de la libre-pensée?Or> la vie de la Pucelle déborde de surnaturel, au dire même d\u2019historiens non-catholiques, tel M.Hanotaux.Les défauts de l\u2019oeuvre suivent à cette méprise fondamentale.Pour M.France, Jeanne d\u2019Arc fut une hallucinée, \u201cses veux ouverts aux choses invisibles étaient fermés aux choses visibles,\u201d elle était trop innocente et trop simple pour voir les péchés grossiers commis près d\u2019elle par les soldats ; \u201cses déterminations dépendaient du moindre bruit fait dans seS oreides.\u201d -\u2014 Devant l\u2019histoire, Jeanne d\u2019Arc reste l\u2019une des personnalités les mieux équilibrées qui soient apparues: jusqu\u2019au bûcher la lucidité et la netteté de ses réponses ont déconcerté ses adversaires.Pour M.France, Jeanne d\u2019Arc n\u2019a été qu\u2019un instrument aux mains de religieux \u2014 d\u2019ailleurs inconnus.Devant l\u2019histoire, Jeanne elle-même affirme n\u2019avoir jamais parlé à aucun prêtre de mission et de prophétie, avant le commencement de sa mission. 116 REVUE DOMINICAINE Pour M.France, Jeanne cl\u2019Arc a été \u201cmise en oeuvre\u201d par les conseillers royaux; elle croyait les diriger, ils la dirigeaient.\u2014 Devant l\u2019histoire, la vie de Jeanne d\u2019Arc est une lutte incessante contre les conseillers royaux: c\u2019est malgré leur avis contraire qu\u2019elle conduit le dauphin à Reims,, qu\u2019elle attaque Paris; après l\u2019échec de Paris, ce sont les conseillers qui empêchent un nouvel assaut; quand elle se jette dans Compiègne, elle n\u2019a plus auprès d\u2019elle que quelques hommes d\u2019armes ; elle a été si peu soutenue par les conseillers royaux qu\u2019au contraire sa ruine a été la suite de leur abandon.Pour M.France, Jeanne d\u2019Arc n\u2019a pas fait de miracles.-\u2014 M.Hanotaux, au contraire, a pu écrire qu\u2019à Orléans \u201ctout est miracle.\u201d Pour M.France, Jeanne d\u2019Arc n\u2019a rien fait: elle n\u2019a pas chassé les Anglais, \u201cils étaient à la veille de s\u2019en aller, elle a plutôt retardé leur départ.\u2014 Devant l\u2019histoire, Jeanne a délivré Orléans : elle a conduit le roi d\u2019Orléans à Troyes, puis à Reims ; les villes se sont rendues à discrétion sur son passage; elle a redonné du courage à la France; et n\u2019eût-elle fait que cela qu\u2019elle eût tant fait, car c\u2019est ce courage reconquis qui, après la mort de Jeanne, a achevé la victoire; d\u2019ailleurs M.France lui-même, dans une de ces contradictions dont M.Long l\u2019a si magistralement convaincu, l\u2019a avoué : \u201cElle avait tout fait puisque sans elle on n\u2019aurait rien fait.\u201d Pour M.France, Jeanne d\u2019Arc ignorait tout du métier des armes, elle était \u201cinhabile au fait de la guerre.\u201d \u2014 Devant l\u2019histoire \u2014 et c\u2019est le témoignage de M.Roundc \u2014 bien qu\u2019elle ne fut pas un capitaine d\u2019une science consommée, elle \u201csecouait l\u2019inertie des gens de guerre; elle les contraignait à aller de l\u2019avant; elle bousculait leur routine; elle leur signalait le point sur lequel devait porter l\u2019effort; elle donnait le thème général de l\u2019opération qu\u2019il leur appartenait de faire exécuter : il est rarement arrivé qu\u2019elle se soit trompée.Pour M.France, \u201cil faut restituer Jeanne d\u2019Arc à l\u2019humanité,\u201d lui ôter ce voile de merveilleux dont l\u2019avait revêtu la crédulité naïve, l\u2019humaniser.\u2014 L\u2019historien catholique devant l\u2019affirmation par Jeanne de sa mission divine, devant les prophéties et les miracles, devant l\u2019accomplissement de cette mission, devant le témoignage de l\u2019Eglise, dans le bref CONSULTATIONS 117 de béatification, continue à croire que Jeanne d\u2019Arc eut une mission providentielle.Après tout, nous ne sommes pas plus sévère pour M.France, que l\u2019historien protestant Long qui écrivait: \u201cM.France, parmi ses maintes qualités littéraires, manque décidément trop des qualités professionnelles de l\u2019historien : l\u2019érudition documentaire, l\u2019exactitude et la cohésion.Non omnia possumus omnes.\u201d 2o.Voici quelques études spéciales sur la Vie de Jeanne d\u2019Arc de M.A.France: A.Long, La Jeanne d\u2019Arc de AI.A.France, (Perrin, 1909L V.Giraud, Les maîtres de l\u2019heure (2e série) p.p.286-300.R.Doumic, Revue des Deux-Mondes, 15 avril, 1908, article intitulé: \u201cRevue littéraire: La Jeanne d\u2019Arc de M.A.France.\u201d J.Guiraud, Histoire partiale, Histoire vraie, 1er vol.p 396.J.Bricaut, Revue du clergé françons, vol.L1V (1908) p.543, article intitulé : Une nouvelle vie de Jeanne d\u2019Arc.Ph.Dunand, Revue pratique d\u2019Apologétique, vol.VIII, 1909, p.4, article intitulé: La Jeanne d\u2019Arc de MAI.Thalamus et France et la Jeanne d\u2019Arc de l\u2019histoire.J.B.Ayrolles, Etudes, vol.119, 1909, p.229, article intitulé: La Jeanne d\u2019Arc de AJ .A.France.Fr.A.L. DANS L\u2019EGLISE I Resistance et Resistance.L\u2019attention publique, au Canada, se porte de plus en plus sur la lutte que soutiennent les Canadiens-français de l\u2019Ontario et du Manitoba, pour la conservation de leur langue maternelle : gens du peuple et gens des classes élevées, orateurs et journalistes, hommes d\u2019Eglise et hommes d\u2019Etat, protestants et catholiques, Français et Anglais, tous sont \u201cpris\u201d par cette cause ; l\u2019énergique et habile résistance des Canadiens-français l\u2019a portée et la maintient devant l\u2019opinion publique : du groupe des rares indifférents, même de celui des hostiles, se détache, presque chaque jour, quelque réconfortante sympathie.Des objections que l\u2019on a faites à la lutte il en est une à laquelle nous voudrions opposer quelques faits.L\u2019on a dit : \u201cSans doute, le Règlement XVII d\u2019Ontario est injuste, la loi qui enlève l\u2019administration des écoles primaires au contrôle des délégués des parents est injuste, la loi manitobaine qui vient de déchirer le pacte Laurier-Green-way est injuste, mais, que voulez-vous, c\u2019est la loi, il ne faut pas résister à l\u2019autorité constituée.\u201d Cet argument est formulé, d\u2019abord, par quelques protestants anglais ; à ceux-là, il devrait suffire de répondre que ceux qui, à Montréal, en 1849, incendièrent le Parlement et sa Bibliothèque, en signe de protestation contre un projet de loi n\u2019étaient ni Canadiens-français, ni catholiques, pas plus que Carson et ses Ulsterites en 1914.Mais l\u2019argument est aussi répété par des catholiques de langue anglaise ; c\u2019est à ceux-ci que nous voudrions faire méditer quelques actes de résistance ; les faits se sont passés dans l\u2019Empire britannique, en Angleterre et en Irlande; les coupables sont un père de famille qui n\u2019a pas voulu envoyer ses enfants à l\u2019école protestante ; un évêque d\u2019Irlande de qui la censure de guerre a voulu contrôler la correspondance, et, dans l'église 119 l\u2019épiscopat entier d\u2019Irlande qui n\u2019a pas permis, même en temps de guerre, que le gouvernement impérial diminuât les octrois aux écoles gaéliques.* * * Monsieur Georges Wales est secrétaire-honoraire de la Ligue Catholique de Londres-Sud.Il y a quelques semaines, il comparaissait en cour de police, sous F inculpation de ne pas envoyer ses enfants à l\u2019école.M.Wales se défendit lui-même: \u201cJe n\u2019ai, dit-il, aucun mépris pour les règlements éducationnels que font les autorités; cependant, je suis catholique et je m'oppose à ce que mes enfants aillent à d\u2019autres écoles qu\u2019à des écoles catholiques.\u201d Et il expliqua comment les autorités des écoles catholiques de sa ville n\u2019ayant pu recevoir ses enfants, il a résolu de ne pas envoyer ceux-ci aux écoles protestantes.La cour l\u2019a condamné à une amende de $6.00 ; c\u2019est la sixième amende que paie M.Wales pour la même faute.Voilà un acte de résistance; mais qui refusera à une si belle fidélité à des principes, l\u2019hommage de son respect et de son admiration ?* * * Parmi les désagréments qu\u2019entraîne l\u2019état de guerre, il en est un que tous, un jour ou l\u2019autre, peuvent subir, c\u2019est la censure de guerre.Que les nouvelles télégraphiques, que les journaux, que même nos lettres privées soient soumis à la censure, nous nous y résignons, dans l\u2019intérêt général ; mais même en cette matière, la discrétion est de mise ; ainsi, pour ne citer qu\u2019un exemple, il est inadmissible que le premier officier venu, puisse connaître de lettres intimes de caractère spirituel, sacré, échangées entre un évêque et ses diocésains; la situation d\u2019un évêque n\u2019est pas celle d\u2019un individu quelconque.C\u2019est pour revendiquer ce droit de liberté de correspondance avec ses diocésains, que Monseigneur Mangan, évêque de Kerry, Irlande, a résisté au gouvernement impérial.Voici les faits: L\u2019Evêque de Kerry, il y a quelques semaines, s\u2019aperçut que des lettres à lui adressées, avaient été ouvertes par le Censeur ; aussitôt, il protesta auprès du Ministre des Postes qui le renvoya au War Office; de ce 120 REVUE DOMINICAINE côté aucune réponse ne vint; au contraire, la même censure continua à s\u2019exercer ; l\u2019évêque crut une protestation publique opportune et nécessaire.Dans la cathédrale, le dimanche suivant cet incident, les fidèles entendaient Monseigneur Mangan, protester en ces termes : \u201cMes Frères, \u2014 dit-il, après avoir rappelé les faits \u2014 je \u201csens que je manquerais gravement à mon devoir envers les \u201câmes qui me sont confiées, si, dans cette cathédrale, je ne \u201cprotestais solennellement contre cette conduite; mes relations avec mon peuple sont d\u2019un caractère spirituel et sacré, \u201cet n\u2019importe quel officier peut prendre connaissance de la \u201ccorrespondance épiscopale, les relations d\u2019un évêque avec \u201cson peuple touchent à leur fin.\u201cPour moi, je n abdiquerai pas ma position, et je ne me \u201csoumettrai pas paisiblement à une telle ligne de conduite, \u201cqu\u2019elle vienne du War Office ou de tout autre département \u2018 \u2018gouvernemental.\u2019 \u2019 L\u2019évêque signale ensuite l\u2019anomalie qu\u2019il y a, à ce que les lettres des évêques à Rome soient respectées, et que celles de l\u2019Evêque avec ses diocésains ne le soient pas ; il se demande si c\u2019est là toute la confiance que l\u2019on accorde aux Evêques en retour de leur fidélité à la Couronne britannique, et il termine par ce grave avertissement : \u201cAvant de faire entendre cette protestation, je me suis \u201cadressé aux supérieurs des censeurs en question, mais ils \u201cn\u2019ont même pas eu la condescendance d\u2019accuser réception de \u201cma lettre: laissez-moi ajouter ceci: s\u2019ils persévèrent dans \u201ccette politique ils pourront apprendre de nouveau que nous \u201cpouvons nous défendre.\u201d La question a été portée à l\u2019attention de la Chambre; le gouvernement n\u2019a pas cru devoir céder en théorie; mais, en pratique, il a reconnu le bien-fondé des observations de Mgr Mangan ; celui-ci a pu déclarer à la presse anglaise : \u201cSans voidoir réclamer pour moi le privilège d\u2019avoir \u201cfait suspendre la censure des lettres dans le sud de l\u2019Irlan-\u201cde, il me fait plaisir de constater que les autorités du War \u201cOffice semblent être mieux disposées ; elles semblent avoir \u201cmis de côté un système qui, tout en étant de peu d\u2019utilité \u201cpratique, était de nature à froisser.\u201d 121 dans l\u2019église Et voilà ce qu\u2019une résistance motivée par des principes, fût-elle fortement exprimée, peut obtenir.* * * Chaque année, le gouvernement impérial anglais vote des octrois, pour fins d\u2019éducation, à l\u2019Angleterre, à l\u2019Ecosse et à l\u2019Irlande.Cette année, pour diminuer les dépenses publiques, les octrois à l\u2019Irlande ont été moindres, tandis que ceux de l\u2019Angleterre et de l\u2019Ecosse ont été les mêmes.Cette mesure a soulevé l\u2019indignation publique en Irlande; des meetings de protestation ont été tenus, et plusieurs Conseils Municipaux, celui de Dublin en tête, ont voté des résolutions de censure ; le comité de vigilance des évêques a protesté à Vuanimité; les chefs politiques irlandais ont saisi les chambres de la question ; le résultat a été celui-ci : le gouvernement a reconnu son erreur, et il a octroyé les allocations, comme d'habitude.Remarquons, au pasage, les considérants et le ton de quelques-unes de ces protestations.A une assemblée tenue à Dublin, à laquelle assistaient entre autres, les Lords Maires de Dublin et de Cork, l\u2019on a exprimé l\u2019opinion que \u201cle retrait des octrois avait pour but d\u2019arrêter le progrès du mouvement en faveur de la langue irlandaise,\u201d et une résolution en ce sens a été acceptée à l\u2019unanimité.Dans sa protestation, le Comité des Evêques a déclaré que la mesure gouvernementale, \u201cdans un temps où si peu a \u201cété fait pour empêcher le gaspillage de sommes énormes par \u201cles chefs de départements\u201d n\u2019est pas tolérable ; \u201cle retrait des \u201cquelques mille dollars donnés au Collège gaélique et aux \u201cclasses irlandaises est un acte méprisable, indigne du Tré-\u201csor Impérial.\u201d * * * De ces faits se dégagent quelques leçons qu\u2019il est à peine besoin d\u2019exprimer, tant elles sont évidentes.C\u2019est d\u2019abord que tout gouvernement s\u2019honore en retirant des lois manifestement injustes portées dans un moment d\u2019oubli ou même d\u2019égarement.C\u2019est aussi que les Canadiens-français ne sont pas isolés dans leur lutte pour la revendication de droits nationaux, mais que leurs frères catholiques d\u2019Irlande savent aussi pro- 122 REVUE DOMINICAINE tester contre toute tentative d\u2019empiètement, même en temps de guerre.C\u2019est, enfin, qn\u2019à certaines lois, il est permis de résister.La résistance n\u2019est pas la rébellion; l\u2019Eglise défend la révolte, non la résistance à des lois injustes.Et lorsque la loi viole un droit sacré, un droit naturel, la résistance \u2014 non la révolte \u2014 est un devoir, d\u2019après Léon XIII.Fr.Aug.LEDUC, O.P.Ottawa, le 17 mars 1916.II DANS L\u2019ORDRE Manuel Hiérarchique de l'Ordre L\u2019année 1916 rappelle aux Prêcheurs le sept-centième anniversaire de la confirmation de leur Ordre par le Saint-Siège: c\u2019est le 22 décembre 1816 que le pape Honorius III écrivait à saint Dominique : \u201c Considérant que les Frères de votre Ordre seront les athlètes de la foi et les vraies lumières du monde, Xous confirmons votre Ordre avec tous ses champs et possessions présentes et à venir, et Xous le prenons avec ses possessions et ses droits, sous notre gouvernement et notre protection.\u201d Les morts causées par la guerre jetteront sans doute du deuil sur les fêtes projetées, mais un tel anniversaire ne peut passer inaperçu.Les Analecta Ordinis viennent de commencer une série d\u2019études qui seront un digne monument commémoratif de ces fêtes-souvenirs.Ce sera comme un manuel hiérarchique de l'Ordre ; il fera connaître la série des religieux \u201cqui, dans les différentes charges et dignités, ont bien mérité de l\u2019Ordre et du Saint-Siège.\u201d La série s\u2019ouvre par la liste des Procureurs-Généraux, depuis 1256 jusqu\u2019à nos jours; elle nous rappelle les plus grands noms de l\u2019histoire dominicaine.Cette étude sera un digne pendant à VHistoire des Maîtres-Généraux; c\u2019est une oeuvre immense et de profond intérêt, non seulement pour la famille dominicaine, mais pour tous ceux qu\u2019intéressent les relations des Ordres religieux avec le Saint-Siège. DANS L\u2019ORDRE 123 Precieuse Relique.Les Dominicains de Valence ont pris possession d\u2019un sanctuaire de modeste apparence, mais vénérable par le souvenir qui s\u2019y rattache.C\u2019est une chapelle bâtie sur remplacement de la maison natale de saint Vincent Ferrier.Là, sa famille habita longtemps ; là naquit et vécut ses années d\u2019enfance l\u2019illustre apôtre et thaumaturge dominicain.Ce petit temple est propriété municipale et c\u2019est la ville qui pourvoit à l\u2019entretien du chapelain chargé du culte divin.Or, il semble vraiment providentiel que nos Pères en aient reçu la garde maintenant.Grâce à l\u2019incurie municipale et à l\u2019oubli du peuple, le vénérable sanctuaire s\u2019en allait à la ruine.Une expertise soigneuse fut faite lors de la prise de possession; elle révéla un délabrement lamentable: les voûtes, particulièrement, étaient à la veille de s\u2019écrouler.L\u2019obligation s\u2019imposait d\u2019entreprendre des réparations dispendieuses ; on s\u2019y est mis de suite avec zèle, ainsi qu\u2019il convenait à des frères justement soucieux de la mémoire du grand thaumaturge.Une fois les murs consolidés et la voûte refaite, il fallut remettre à neuf le pavé, tout le choeur, et enfin l\u2019autel lui-même.Sur cet autel, on vénérait autrefois une antique statue du saint, mise au rancart depuis assez longtemps et remplacée par un plâtre vulgaire de facture et de goût modernes.Un artiste sculpteur est à réparer maintenant, pour la remettre à sa place d\u2019honneur, la vieille et expressive image bien autrement intéressante.La croyance populaire, en effet, lui attribue une origine légendaire.Elle aurait été taillée à même le tronc d\u2019un vieux cyprès, poussé auprès de la maison familiale de saint Vincent.Un jour, assis à son ombre, le saint aurait prophétisé qu\u2019après sa canonisation on prendrait de son bois pour tailler sa statue.Quoiqu\u2019il en soit de cette tradition populaire, la piété envers le petit sanctuaire et la mémoire de saint Vincent Ferrier s\u2019est grandement ranimée depuis le 29 septembre dernier ; en ce jour deux Pères et un frère convers prenaient possession de la chapelle, encore encombrée d\u2019échafauds et de plâtras.Une foule nombreuse assistait pourtant à la cérémonie ; et la liturgie dominicaine.touiours aimée à Valence, continue d\u2019attirer les fidèles do it la piété et la dévotion semblent grandir de jour en' jour 124 REVUE DOMINICAINE Le Tiers-Ordre a New-York.Dimanche, le 27 février, cinq cents tertiaires de Saint-Dominique, réunis à Saint-Vincent Ferrier de Xew-York, avec plusieurs centaines de leurs amis, furent témoins de la prise d\u2019habit de cinquante-cinq d\u2019entre eux et de la profession de cent autres.Le R.P.Rumaggi, prédicateur, rappela que Benoît XV, des cardinaux américains, et un très grand nombre d\u2019évêques et de prêtres des Etats-Unis appartiennent au Tiers-Ordre de Saint-Dominique.Fra DOMEXICO.BIBLIOGRAPHIE
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