Revue dominicaine, 1 juillet 1917, Juillet
[" XXIIIe Année Ce \"Rosaire JUILLET 1917 REVUE DOMINICAINE Publiée mensuellement SOMMAIRE : T.R.P.LANG LAIS, O.P.:\t\u2014Le T.R.P.Gonthier\u2014 Lettre aux Supérieurs Abbé ARTHUR DESCHÊNES:-Plus près de S.Paul R.P.CESLAS CÔTÉ, O.P.:\t\u2014L\u2019Ascétisme dominicain- Ses caractères Fr.J.-D.B.Fr.M.A.L.:\t\u2014 Dans l\u2019Ordre Bibliographie ABONNEMENTS : CANADA : $1.00\t| ETATS-UNIS : $1.25 Le numéro : 10 sous Avec \u201c LE ROSAIRE POUR TOUS \u201d : 15 sous en plus par année REDACTION ET ADMINISTRATION ° LE ROSAIRE \u201d SAINT-HYACINTHE\tCANADA MCMXVII DERNIERE NOUVEAUTÉ Laure Cokax, Silhouettes canadiennes, brochure de 200 pp.in-80, dédiée aux écoliers canadiens-français de l\u2019Ontario.(En vente dans les principales librairies au prix de 75 sous; conditions spéciales pour les commandes au cent, en vue de récompenses scolaires) Mademoiselle Laure Conan a rassemblé sous ce titre une douzaine de portraits historiques, la plupart déjà parus, soit en plaquette distincte, comme \u201cJeanne Leber,\u201d soit dans divers organes du pays, comme \u201cLa Vénérable Mère Marguerite Bourgeois.\u201d (\u201cLe Rosaire,\u201d année 1906) Un écrit signé par l\u2019auteur d\u2019\u201cAngéline de Montbrun\u201d et de \u201cL\u2019Oublié\u201d vient toujours à son heure.Mais le seul titre du présent volume: \u201cSilhouette canadiennes,\u201d à cette époque convulsée, tragique et décisive où nous devons plus que jamais envisager nos modèles, et sa seule dédicace \u201caux écoliers canadiens-français de l\u2019Ontario,\u201d à ces bambins patriotes qui font de l\u2019histoire avant meme d\u2019en apprendre, suffisent à signaler l\u2019éclatante opportunité d\u2019une telle publication.Des \u201cmodèles,\u201d il s\u2019en rencontre dans ce volume, non pas pour tous les goûts, car le goût frivole et mondain n\u2019y découvre aucun précurseur, mais pour toutes les situations.Chacun des groupes qui contribuèrent à fonder sur les rives laurentiennes un nouveau peuple : explorateurs, colons, missionnaires, femmes d\u2019élite vouées à l\u2019action ou à la contemplation, s\u2019y trouve représenté dans un type inoubliable.C\u2019est Louis Hébert, \u201cl'ancêtre\u201d acadien, dont la \u201csilhouette\u201d près du sillon se détache en grandeur poétique, aussi bien dans la prose de Laure Conan que dans les vers de Blanche Lamontagne.C\u2019est Jeanne Mance, l\u2019héroïque hospitalière que Montréal aujourd\u2019hui, dans sa tardive gratitude, loue et acclame à l\u2019égal de Maisonneuve.C\u2019est Jeanne Leber, la sentinelle du Tabernacle, incomprise des mondains qui vont s\u2019étonner d\u2019une phrase de l\u2019auteur : \u201cJeanne appartenait à une famille de héros, mais elle a sans doute mieux mérité du Canada que Sainte-Hélène, Chûteauguay, Mari-court, Bienville, Longueuil et d\u2019Iberville lui-même,\u201d pour n\u2019avoir point saisi cette autre de Donozo Cortès : \u201cJe crois que ceux qui prient font plus que ceux qui combattent.\u201d C\u2019est Philippe Gaultier de Comporté, premier seigneur de la Malbàie, encore un \u201coublié\u201d que l\u2019auteur, hôte assidu de son domaine, entreprend de rétablir en nos mémoires, comme Louis XIV l\u2019avait un jour \u201crestitué en sa bonne fame et renommée,\u201d après une injuste condamnation à mort.Voilà des modèles à offrir à notre jeunesse, pour qu\u2019elle grandisse la fierté au cœur et trempée pour nos luttes, à cette heure décevante où l\u2019on ne voit pts \u201cles arbres changés en Iroquois,\u201d mais des frères en religion tournés en ennemis, ce qui n\u2019est pas un moindre phénomène.Mais que peut une simple \u201cdédicace\u201d ignorée bien souvent de ceux à qui elle esL offerte?Le livre de Mademoiselle Laure Conan mérite d\u2019être distribué à profusion comme récompense scolaire.Il remplacerait avec avantage tant de monographies étrangères, si difficiles à situer dans la grande Histoire, dont on charge les bras* de nos lauréats et lauréates.Et nous suggérons niodeste-' ment que l\u2019on hâte les commandes, afin que l\u2019auteur, plus conscient du bien qu\u2019il opère et de l\u2019admiration qu\u2019il provoque, se décide bientôt à produire une nouvelle galerie de portraits nationaux.Fr.M.A.L. ANNONCES DU ROSAIRE G POURQUOI IELT GOMMENT H ! telLe est la devise de L\u2019Ecole Commerciale Pratique Lalime de St-Hyaeinthe, et cela indique bien ce qu\u2019on y apprend : le pourquoi et le comment des choses ; y a t-il un meilleur moyen de former le jugement de la jeunesse ?Le but de l\u2019Ecole Commerciale Pratique Lalime est de former des Commerçants, des Hommes d\u2019affaires, des Employés d\u2019élite, en un mot, des jeunes gens capables, au sortir de 1 école, de tenir avec distinction une situation enviable et de gagner largement leur vie.Ces Cours s\u2019adressent aux jeunes gens des deux sexes que les circonstances ont empêché de faire de longues études et qui veulent compléter pratiquement le bagage de leurs connaissances, soit pour améliorer leur position, soit pour se mettre en affûres.Les principales matières qu\u2019on y enseigne sont : l\u2019arithmétique, la comptabilité, la calligraphie, la clavigraphie, la sténographie française, la sténographie anglaise, la langue et la correspondance française, la langue et la correspondance angla ses, la télégraphie appliquée, etc.Conditions d\u2019Admission : Les élèves sont admis à tout âge, sans distinction de sexe ou de nationalité.COURS COMPLETS: 10 mois.$95.00 PAR MOIS.$10.00 Les livres sont fournis gratuitement.Intrnction supérieure pratique d\u2019après une méthode nouvelle.Rappelez-vous qu - six mois passés chez le professeur Lalime Valent deux ou trois ans de collège ; par conséquent économie de temps et d\u2019argent.Pour tous renseignements écrire ou s\u2019adresser a EGOLE\tPR1TIOOE HUME LIMITEE.ST-HYACINTHE, -\t- QUEBEC.U O III 820693 IIAiiO NUMÉRIQUE Page(s) manquante(s) ou non-numérisée(s) Veuillez vous informer auprès du personnel de BAnQ en utilisant le formulaire de référence à distance, qui se trouve en ligne https://www.banq.qc.ca/formulaires/formulaire reference/index.html ou par téléphone 1-800-363-9028 Bibliothèque et Archives nationales Québec EJ ES ES ES ANNONCES DU ROSAIRE Duckett & Duckett ASSURANCES * Pour les Oies North British & Mercantile, London, Liverpool & Globe, Atlas, Northern, Commercial Union, etc.TAUX SPECIAUX POUR LES EGLISES 161 Girouard,\tST-HYACINTHE TÉLÉPHONE BELL 31.Etablie en 1885\tPhone 6146 ALPHONSE C00T0RE Horloger, Bijoutier - et Opticien - Réparation de Vases Sacrés J.MOYNEUR, LIMITEE Marchands a commissions BEURRE, FROMAGE, ŒUFS, LARD ET PRODUITS, Eto., Etc 12 et 14 Rue-York, OTTAWA, Ont.51 rut Principale, - HULL, P.Q, 2306 Phone: Rideau 2307 O ENM IN s A.BLONDIN & CIE, Plombiers-Sanitaires Fournaises à l\u2019Eau Chaude et à.la Vapeur Gaz, Bains, Water-Closets, etc., etc.SPÉCIALITÉS :\t_ Eglises, Presbytères et Communautés Religieuses.VI i ANNONCES DU ROSAIRE La Banque Canadienne de Commerce CAPITAL\t- $15,000,000.' 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Pierre Théophile Gonthier naquit le 22 septembre 1853, à Saint Gervais, dans le comté de Bellechasse, de Ma-gloire Gonthier, forgeron, et de Catherine Mitron-Jolivet.Il était le plus jeune d\u2019une famille de treize enfants.Peu de temps après sa naissance, ses parents s\u2019établirent à Saint- Revue Dominicaine Juillet 1917 REVUE DOMINICAINE Raphaël; et c\u2019est là que s\u2019écoulèrent ses premières années et qu\u2019il commença de fréquenter l\u2019école, dès l\u2019âge de deux ans et demi, attiré, sans doute, par ses petits frères qu\u2019il aimait à accompagner, mais sentant déjà aussi dans sa petite intelligence l\u2019attrait comme inné de l\u2019étude.On garde encore avec bonheur dans la famille le souvenir de son esprit précoce, de sa vive piété et de l\u2019ascendant qu\u2019il savait exercer sur ceux de son âge : traits caractéristiques qui marqueront plus tard sa personnalité.Etant le plus jeune d\u2019une famille nombreuse, il semble avoir été entouré et suivi par tous avec une attention plus affectueuse.A trois ans, il savait lire et il lisait la messe seul.Vif et espiègle, il se faisait remarquer au milieu de ses petits camarades par l\u2019intelligence, l\u2019application et le succès.A cinq ans, il était enfant de chœur; il servait la messe et sa grande joie était de la dire à la maison, faisant appel à la complaisance de ses petits frères et sœurs pour lui confectionner vases, ornements et fournitures d\u2019autel et pour entendre ses sermons, dont la morale, dit-on, était très sévère.C\u2019est ainsi que le jeune Théophile passa sa première enfance, l\u2019âme tout imprégnée de cette piété liturgique qui devait grandir avec les années, au milieu d\u2019une famille éminemment chrétienne et sous la direction d\u2019une mère qui trouvait le temps de faire journellement son heure d\u2019oraison.Un des ainés de la famille, Damase, prêtre et curé de Saint-Apollinaire, ne pouvait manquer de remarquer les dons naissants de ce plus jeune frère.Instruit et dévoué, il dirigea ses premières études et le fit entrer au petit séminaire de Québec, en 1864.Théophile avait onze ans.Sept ans après, en 1871, son cours classique était déjà terminé et il entrait au grand séminaire.C\u2019est à cette époque qu\u2019il eut la première vision de l\u2019Ordre dans la personne du Père Chocarne, venu au printemps de 1873 pour préparer le premier foyer de vie dominicaine au Canada.La lecture des conférences et de la vie du Père Lacordaire avait déjà éveillé dans son âme généreuse une soif d\u2019immolation et d\u2019apostolat.Laissons le raconter lui-même, avec sa discrétion habituelle, les origines de sa vocation, dans l\u2019exorde du magnifique sermon prononcé à l\u2019occasion des fêtes du vingt-cinquième anniversaire de l\u2019arrivée des Dominicains au Canada, le 1er octobre 1898: LE T.R.P.DOMINIQUE-CESLAS GONTHIER 195 \u201cIl y a vingt-cinq ans, le Provincial de la Province dominicaine de France venait, au terme d\u2019une course apostolique, passer quelques heures à Québec.Son nom était connu déjà dans notre pays autant que dans le sien: il était désormais inséparable de celui du restaurateur de l\u2019Ordre des Frères-Prêcheurs dont il avait raconté la vie et révélé les vertus.On lui présenta un jeune séminariste à qui Dieu inspirait, depuis des années, un attrait inexplicable pour cette vie dominicaine qu\u2019il ne connaissait pas.Quelques minutes d\u2019entretien suffirent au religieux expérimenté pour constater que Dieu commençait en effet à travailler le sol canadien et qu\u2019il serait bientôt prêt à recevoir la semence dominicaine que vos évêques demandaient avec instance depuis vingt ans; \u2014 au jeune homme, pour entrevoir la prochaine réalisation d\u2019une espérance qui jusque là avait semblé un rêve trop beau pour se réaliser jamais.\u201d C\u2019est le 22 août 1874 que l\u2019abbé Théophile Gonthier s\u2019embarquait, avec le jeune Arthur Gadbois, pour le noviciat de la Province de France, à Abbeville, en Picardie.Ils étaient les prémices du Canada venant s\u2019offrir à Saint-Dominique pour le service de l\u2019apostolat.Ils prirent tous deux l\u2019habit le même jour, le 10 septembre; et l\u2019abbé Gonthier, devenu le frère Dominique-Ceslas, prononça ses vœux à Fla-vigny, le 8 décembre de l\u2019année suivante, quelques mois après le frère Hyacinthe Gadbois.Ses études dans l\u2019Ordre furent brillantes.Il se fit remarquer par son intelligence vive, pénétrante, claire et profonde.Ses dissertations scolaires étaient toujours écoutées avec beaucoup d\u2019intérêt par les professeurs et les élèves ; le style sobre, spirituel et piquant éveillait l\u2019esprit, soutenait l\u2019attention.Il était bon frère.Les étudiants en quête d\u2019une explication ou d\u2019un renseignement étaient toujours assurés de recevoir auprès de lui bon accueil et lumière.Ordonné prêtre à Langres par Monseigneur Bouange, le 7 juin 1879, il passe avec succès son examen de lecteur quelques semaines après, et revient au pays avec le Père Gadbois pour commencer son ministère d\u2019apostolat.Pendant six ans, il est employé au ministère de la prédication au couvent de Saint-Hyacinthe ; il y exerce la charge de procureur de- 1882 à 1885.Nommé supérieur de la Maison vicariale d\u2019Ottawa et curé de la paroisse Saint-Jean- 196 REVUE DOMINICAINE Baptiste, il remplit ces deux charges pendant neuf ans, jusqu\u2019en 1894.Assigné à Fall-River, de 1894 à 1898, il revient à Saint-Hyacinthe pour y être successivement lecteur de Dogme, d\u2019Ecriture Sainte et d\u2019Apologétique jusqu\u2019en 1902, alors que les étudiants en philosophie vont rejoindre les théologiens qui étaient à Ottawa depuis 1900.Vicaire-provincial de 1900 à 1903, prieur de Saint-Hyacinthe de 1900 à 1903 et de 1909 à 1912, maître des novices simples pendant près de six ans, du 15 octobre 1903 au 3 février 1909 et du 8 septembre 1912 au 30 août 1913, il sut remplir toutes ces charges avec autant de vigilance et de zèle que d\u2019esprit religieux.Entre temps, il fit trois séjours à Rome, où il eut l\u2019occasion de se rendre utile à l\u2019Ordre et à l\u2019Eglise.La personnalité du Père Gonthier est trop remarquable pour qu\u2019il soit possible de la fixer et même de l\u2019esquisser dans une rapide notice.Sa physionomie religieuse, les services immenses qu\u2019il a rendus à l\u2019Eglise et à l\u2019Ordre, son apostolat luminux débordent les cadres de notre pensée, sinon les limites de notre cœur reconnaissant ; et le temps lui-même, avec son inévitable oubli, ne permettra jamais de l\u2019apprécier à sa valeur et de rendre à ses mérites l\u2019hommage auquel il a droit.Chef de file, avec le Père Gadbois, dans le recrutement de notre Province canadienne, il est resté en avant comme une lumière pour ses frères.Ceux qui l\u2019ont précédé dans la tombe ont dû creuser la tranchée pour devenir, comme les frères Réquédat et Piel dans la restauration de l\u2019Ordre en France, les assises de la Province.Le Père Gonthier en est l\u2019une des plus belles pierres de fondation.J\u2019ai dit qu\u2019il fut l\u2019âme de nos traditions dominicaines.N\u2019a-t-il pas été aussi, pour la plupart d\u2019entre nous et en particulier pour ses chers novices qu\u2019il a formés et qu\u2019il aimait avec une sensibilité et une tendresse de mère, la lumière de nos convictions religieuses ?Avec quel accent caractéristique il parlait de l\u2019esprit religieux ! C\u2019était une âme aimante et sensible, une âme élevée, dans un corps plutôt souffrant.Il avait un cœur d\u2019or, un cœur intelligent et indulgent ; mais il visait en tout à la perfection et ce souci du parfait se traduisait par une exactitude scrupuleuse et exigeante.Il avait reçu à un haut degré LE T.R.P.DOMINIQUE-CESLAS GONTHIER 197 cette grâce d\u2019austérité que le Père Danzas remarque avec bonheur dans les premiers Frères de l\u2019Ordre.Doué d\u2019une intelligence vigoureuse et d\u2019une force de caractère peu commune, le Père Gonthier sut les mettre au service de l\u2019Eglise et de l\u2019Ordre avec un amour sans partage et un dévouement illimité.Tout ce qui touchait à la doctrine de l\u2019Eglise était comme son domaine qu\u2019il possédait en théologien éclairé, et qu\u2019il défendait jalousement.Volontiers il aurait osé dire avec saint Pie V : \u201cMieux vaut un siècle de péchés mortels que le triomphe d\u2019un mauvais principe.\u201d Ses articles sur Pie X et contre le modernisme sont de main de maître.On y sent tout son cœur au service de l\u2019Eglise.Avec quelle verve encore il raille les Eminences vertes dans la discussion sur l\u2019acceptation des cultuelles en France ! Il s\u2019intéressait vivement à toutes nos questions religieuses; il les connaissait à fond.On le consultait souvent et nul ne dira les services inappréciables qu\u2019il a rendus à l\u2019Eglise du Canada, dans les circonstances les plus difficiles et les plus délicates.Sa piété était simple, éclairée, liturgique, celle même de l'Eglise dans tous les offices du culte qu'il suivait avec une régularité exemplaire et dont il goûtait particulièrement l\u2019onction et la beauté.Cet amour de l\u2019Eglise ne pouvait manquer de s\u2019appliquer jusqu\u2019à son Ordre.Il l\u2019a servi corde et opéré, avec la même intelligence éclairée.Xos saintes observances, il les avait étudiées, il les aimait et il les pratiquait; elles étaient la forme de sa piété, une partie de son culte liturgique.Sa connaissance parfaite de nos lois lui permit de rendre des services appréciés au Chapitre général de Venlo, où il représenta notre Province comme définiteur en 1913.Initié aux affaires dominicaines du Canada dès son noviciat par les provinciaux d\u2019alors qui s\u2019adressaient volontiers à lui pour obtenir des renseignements, il avait comme identifié sa vie avec celle de notre Province.Il s\u2019intéressait à tous et à tout ; et il a le mérite d\u2019avoir conclu les négotiations relatives à la fondation d'Ottawa, comme il a réglé celle de Xotre-Dame de Grâce et préparé celle de Québec.Maître des Xovices, le Père Gonthier s\u2019attachait à leur inspirer avant tout le sens religieux, l\u2019amour des observances et du culte divin, un grand esprit surnaturel et intérieur. 198 REVUE DOMINICAINE Supérieur, il nous demandait d\u2019être religieux et fidèles aux devoirs de la règle.Prédicateur, il manquait des qualités physiques de l\u2019orateur puissant des grandes chaires; mais il était toujours apprécié des auditoires intelligents, et dans l\u2019intimité plus favorable d\u2019une chapelle de séminaire ou d\u2019un chapitre de communauté, il atteignait aisément à la vraie éloquence.Son ministère de prédicateur fut très actif au cours de ses premières années; et l\u2019on se rappelle encore, après plus de trente ans, son carême sur l\u2019Eglise prêché dans la cathédrale d\u2019Ottawa.Il excellait dans les retraites religieuses et ecclésiastiques, où son talent d\u2019observation, ses qualités d\u2019esprit et de cœur, aussi bien que la piété et la délicatesse de son âme surnaturelle, s\u2019épanouissaient en une lumière persuasive et directrice.Son apostolat si fécond continuera encore de s\u2019exercer par le ministère de nos jeunes prédicateurs, qui lui doivent les précieux conseils dont ils bénéficieront toute leur vie.Il est regrettable que les circonstances et les nécessités des débuts de la fondation aient tenu le Père Gonthier éloigné de l\u2019enseignement.Esprit spéculatif et concret tout à la fois, théologien profond et d\u2019une sûreté absolue de doctrine, il avait un don exceptionnel d\u2019exposition claire et lumineuse qui le faisait hautement apprécier des élèves.Malgré les nombreuses charges administratives qui absorbaient son activité et dispersaient ses forces, il sut garder sa haute valeur intellectuelle par un amour constant de l\u2019étude.Il ne traitait jamais une question dans ses discours ou ses écrits sans s\u2019enquérir de la pensée du Maître, allant toujours de préférence au texte même de saint Thomas.Le Père Gonthier s\u2019est distingué particulièrement par ses écrits.Il aimait les lettres.Tout jeune étudiant au séminaire, il collabora à L\u2019Opinion Publique sous le pseudonyme de A.de Saint-Réal.Ses écrits nombreux sur des sujets religieux et de polémique se retrouvent principalement dans la Nouvelle-France, le Rosaire et la Revue Dominicaine.Son œuvre littéraire mérite d\u2019être étudiée et elle le sera, sans doute, un jour.Il était écrivain de race.On le lisait, on aimait à le lire, parce qu\u2019il savait écrire et qu\u2019il avait des idées.Il avait la patience ou le bon sens d\u2019attendre la pensée avant d\u2019écrire, et alors, elle coulait de source, claire et limpide, sous une plume bien aiguisée, courageuse LE T.R.P.DOMINIQUE-CESLAS GONTHIER 199 et vive, qui courait sans rature ni retouche, traçant une écriture nerveuse, fine et serrée.La maladie et la mort sont venues le frapper à soixante-trois ans, à un âge où il aurait pu continuer de se dévouer pendant longtemps encore au bien de l\u2019Eglise et de nous faire profiter, par ses conseils, de sa riche expérience.Mais disons avec lui: Que la sainte volonté de Dieu soit faite! Il souffrait depuis quelques années de l\u2019artério-sclérose; et lorsque la paralysie vint le frapper, le 11 janvier dernier, son état de santé ne lui permit pas de réagir contre le mal.Il put se remettre suffisamment pour converser, marcher et chaque matin communier; mais les forces diminuaient visiblement, ainsi que la mémoire et la connaissance.Vendredi, le 8 courant, on crut prudent de l\u2019administrer: \u201cJe n\u2019ai qu\u2019un regret, disait-il, c\u2019est de n\u2019avoir pas assez de connaissance pour recevoir ce sacrement comme il faudrait.\u201d Le mercredi suivant, il put encore communier.Ce fut sa dernière rencontre sur la terre avec le Divin Maître.Le coma l\u2019envahit bientôt complètement et il s\u2019est éteint sans souffrance, paisiblement et par degrés, jusqu\u2019à ce qu\u2019il se soit endormi pour jamais dans le Seigneur, samedi, à 1 h.50 de l\u2019après-midi.Dieu lui a fait la consolation de mourir dans son cher Couvent de Saint-Hyacinthe où il est demeuré pendant près de vingt-cinq années, entouré de tous les religieux qui chantaient le \u201cSalve Regina\u201d et l\u2019\u201c0 lumen,\u201d et son âme s\u2019est éveillée au ciel, portée par les prières liturgiques auxquelles il dut ici-bas le meilleur aliment de sa piété et, comme il se plaisait à le dire, ses joies les plus douces.\u201cLa mort, dit le Père Lacordaire, est le plus beau moment de l'homme.C\u2019est là que se retrouvent toutes les vertus qu\u2019il a pratiquées, toute la force et toute la paix dont il a fait provision, tous les souvenirs, toutes les images chéries, les regrets doux et cette belle perspective de Dieu.\u201d Chez le Père Gonthier, les vertus de fond sont revenues comme a la surface de l\u2019âme : la foi en Celui qui ne manque pas, la résignation et la paix.\u201cMe voici rendu à une étape du chemin qu\u2019on ne fait pas sans Dieu,\u201d disait-il, quelques semaines avant la fin.Mais nous qui fûmes témoins de sa vie tout imprégnée de surnaturel, nous savons bien qu\u2019il en a parcouru les étapes antérieures sous le regard de Dieu, dans un constant recours à sa lumière et à sa grâce.Au 200 REVUE DOMINICAINE .Père infirmier qui lui demandait: \u201cVous eu coûte-t-il de mourir, Père?\u201d \u2014 \u201cNon, pourvu que je sois avec le bon Dieu.\u201d Ce furent ses dernières paroles.Elles sont, avec nos prières, notre consolation et notre espérance.Recevez, mon Très Révérend Père, l\u2019expression de mes sentiments religieux et dévoués en N.-S.et S.Dominique.Fr.Emile-Alphonse Langlais.O.P., Pr.Provincial PLUS PRÈS DE SAINT PAUL I SA PERSONNALITÉ Plus près de saint Paul, rien à redouter et tout à apprendre.Avouons, en nous-mêmes, qu\u2019une telle intimité n\u2019est peut-être pas sans prix, en des jours où le commerce sincère des humains est si compromettant pour ceux qui ne savent pas anesthésier leur pensée et qui ne sentent pas la vocation de parler autrement que debout.Malheureusement, nous connaissons et nous fréquentons relativement peu l\u2019Apôtre des Gentils.Les circonstances atténuantes ne manquent pas cependant, qui, pour nous, plaident indulgence.La chronologie exacte de sa vie et le sens précis de ses enseignements ne se révèlent qu\u2019à des études et des recherches si abstraites et si arides, que nous sommes moins coupables, \u2014 lecture faite des Epîtres et des Actes, \u2014 d\u2019épuiser notre zèle à parcourir de brefs commentaires et à amasser des idées générales.Sans doute S.Paul est là, mais tout S.Paul n\u2019y est pas.Vous tenons l\u2019ébauche, l\u2019ossature, nous n\u2019avons pas le regard, la parole, la chaleur de l\u2019Apôtre.Mous devons aller plus près, car ce prosélyte incomparable ne fait pas exception à la psychologie des natures ardentes.Elles sont généralement bâties de passions qui se contredisent, souvent se combattent et semblent se détruire.Vues dans l\u2019action, elles PLUS PRÈS DE SAINT PAUL 201 paraissent toutes d\u2019une pièce, tant la cause qu\u2019elles défendent les captive et les absorbe; à mesure toutefois qu\u2019on les approche, qu\u2019on les analyse, qu\u2019on les pénètre, elles se développent, se multiplient et atteignent, en quelque sorte, les proportions d\u2019un monde.Et quel monde, quand cette âme est celle d\u2019un \u201cJuif de naissance, originaire de Tarse et citoyen romain\u201d ! Pour le mettre en mouvement, cet apôtre, il suffit d\u2019une idée.Que cette idée lui soit transmise par le sang et l\u2019éducation, comme le mosaïsme, ou qu\u2019il la tienne de la Révélation, comme son catholicisme, il la médite, la développe, et la défend et en propage les surprenantes conséquences avec une ardeur et une maîtrise sans égales.Peu lui importe le reste: pays et hommes.Paul voit le jour dans un milieu qui se serait littéralement emparé d\u2019une imagination et d\u2019un cœur d\u2019évangéliste ou de prophète.\u201cA cette époque\u2014d\u2019après le P.Prat\u2014 Tarse devait à son site superbe d\u2019être un entrepôt de premier ordre et un marché des plus actifs.Des hauteurs voisines de la ville, par dessus des bosquets de palmiers, l\u2019œil embrassait à la fois la masse neigeuse du Taurus, les blanches voiles de la Méditerranée qu\u2019un fleuve alors navigable, le Cydnus, amenait sous ses murs, enfin toute la Cilicie Champêtre, coupée en échiquier d\u2019innombrables canaux, et couverte de moissons à perte de vue.\u201d Et malgré cela, Jérusalem, centre de sa solide formation religieuse et morale, restera sa seule patrie, la seule terre capable de provoquer la nostalgie dans son âme.Inaccessible aux charmes d\u2019un panorama qu\u2019on le dirait n\u2019avoir jamais regardé, il se montre également réfractaire à la mentalité parfois ondoyante de Gamaliel, son maître.A ses yeux, les ménagements, les conciliations et les concessions déshonorent la Loi.Aussi, lorsqu\u2019il s\u2019éloignera d\u2019une chaire d\u2019où étaient si souvent tombés les mots de générosité, de paix, de charité, de tolérance, il emportera dans sa tête un programme de prosélytisme et un rêve de persécution, rationnelles et nécessaires conséquences des principes semés dans son intelligence par l\u2019Ecole et la Religion.Donc pas de demi-mesures chez lui et pas d\u2019honorables cdnpromis entre les principes et la vie, les idées et les hommes.Le miracle de Damas ne démolira pas l\u2019unité et la richesse de cette nature; il la transformera et proposera d\u2019autres cîmes 202 REVUE DOMINICAINE à ses héroïques élans.Comme preuve de cet avancé, la querelle des judaïsants reste classique.Fallait-il rompre avec les strictes observances de la loi de Moïse?Pierre et Paul le croyaient.Mais des Juifs venus de Jérusalem affirmaient, à Antioche, le contraire.D\u2019où discussions et dispute en règle.La question est portée à Jérusalem et soumise au jugement des Apôtres et des Anciens.Paul se soumet loyalement aux mesures conciliatrices suggérées par S.Jacques et adoptées par l\u2019assemblée ; il reviendra néanmoins sur cette décision quand d\u2019autres circonstances ne permettront plus l\u2019application du décret.Et cette fois, c\u2019est à Pierre lui-même qu\u2019il devra tenir tête.Pierre n\u2019avait pas le même tempérament que son collègue.En dehors du sanctuaire où la grâce le préservait de toute erreur et de toute faiblesse, il était toujours resté, sur la question des pratiques judaïsantes, en une sorte d\u2019équilibre instable.Il savait bien le commerce rompu entre l\u2019Eglise et la Synagogue, mais il y avait de puissantes susceptibilités à ménager chez les judaïsants d\u2019Antioche et de considérables faveurs à s\u2019attirer en fréquentant exclusivement leur table.Et les Gentils?C\u2019est vrai qu\u2019ils descendaient dans un ordre inférieur, aux regards des autres chrétiens, et qu\u2019ostensiblement, du moins, ils passaient au second rang dans les préoccupations et l\u2019affection du chef de l\u2019Eglise, mais qu\u2019est-ce que les mécontenter, les blesser ?Ne valait-il pas mieux sacrifier les justes exigences des Gentils et ignorer, un moment, les austères obligations d\u2019une vérité jalouse ?Conséquence presqu\u2019immédiate de la faiblesse de Pierre, les murmures, les désertions, et les apostasies apportèrent les larmes et les deuils dans la chrétienté d\u2019Antioche.Paul est mis au courant : il voit plus clair et plus loin.En pleine assemblée, il rappelle le Chef de l\u2019Eglise aux raisonnables exigences de la saine doctrine.Pierre comprend et change de conduite.Et, ce jour-là,\u2014dernier trait de sa vie dont l\u2019Ecriture fasse mention,\u2014il prouve au monde qu\u2019il n\u2019a pas usurpé les prédilections de Jésus, puisque, si son âme peut être faible, cependant elle est ouverte et elle est grande de cette vraie grandeur qui oublie rang, privilèges, susceptibilités, pour céder noblement le pas à la Vérité.Le triomphe de la Vérité, n\u2019est-ce pas à lui que l\u2019Apôtre devait sacrifier son amitié sincère pour Barnabée ?Qui pré- PLUS PRÈS DE SAINT PAUL 203 tendra que la rupture se soit opérée sans déchirements ?Barnabée, c\u2019était l\u2019ami des premiers jours de foi chrétienne, celui qui l\u2019avait présenté aux Douze, celui qui s\u2019était effacé pour lui offrir la direction d\u2019une mission.Pourquoi fallait-il que vînt un jour où il ferait obstacle aux plans de son ami?Jean Marc n\u2019était pas, d\u2019après Paul, le compagnon qui convenait aux prédicateurs chargés de réchauffer les \u201cchrétientés\u201d de Syrie et de Cilicie.Il s\u2019était soustrait aux périlleuses difficultés de leur premier voyage.La main à la charrue, il avait regardé en arrière : c\u2019était un pusillanime; il cachait, peut-être mal, une invincible répugnance à s\u2019associer à la libre prédication d\u2019un évêque dont la politique religieuse extérieure était de hâter l\u2019afrânchissement de l\u2019Eglise vis-à-vis de la Synagogue.Hypothèses à part, Barnabée, qui attendait de son cousin un généreux concours, déploya pour le défendre l\u2019énergie de son adversaire.Le résultat: Barnabée et Jean Marc s\u2019embarquent pour Chypre, et Paul part avec Silas \u201crecommandé par les frères à la grâce de Dieu.\u201d Ce serait, toutefois, ne pas saisir l\u2019âme de l\u2019Apôtre que de persister, à cause de ces regrettables discussions, à lui imposer la raideur d\u2019un stoïcien et la froideur d\u2019un janséniste.Il a connu et pratiqué autre chose que sévir, reprendre, rompre; il a aimé, et jusqu\u2019à la passion, avec la vérité, ses disciples et ses églises.Aussi, ce tempérament de lion voile la tendresse de l\u2019agneau et sous cette poitrine de soldat bat un cœur de femme; et si S.Jérome parle à bon droit des \u201ctonnerres\u201d de S.Paul, S.Jean Chrysostôme n\u2019a pas tort, non plus, de se laisser prendre aux charmes de son langage.En première mission, Paul avait baptisé à Lystres une vénérable aïeule.Lors, sa fille Eunice, et leur jeune enfant Timothée.Déjà, sans doute, son cœur avait demandé au Christ un ami fidèle, cohéritier de ses labeurs d\u2019apostolat et, au milieu des aridités d\u2019un ministère à l\u2019étranger, mystérieuse oasis qui abriterait la paix et la force réelamées par les jours de découragement et de maladie.Pensait-il que celui qu\u2019il venait d\u2019engendrer à la vie chrétienne, le Ciel le lui réservait ?Cinq ans plus tard, l\u2019adolescent était devenu \u201chomme parfait.\u201d Les églises de Lystres et d\u2019Icomum consultées, Paul le fait venir, s\u2019entoure des prêtres par lui et Barnabée.consacrés, et au nouveau disciple il impose les 204 REVUE DOMINICAINE mains : suaves instants dont le souvenir, quinze ans après, remplira encore d\u2019émotion l\u2019âme du prisonnier de Rome et sera de l\u2019huile et du baume sur les rigueurs et l\u2019isolement de sa captivité.Timothée n\u2019était cependant pas un lutteur comme Paul.Faible de constitution, prompt aux larmes et aux vives émotions, d\u2019instinct il se tenait dans une timide réserve.Si son âme manquait d\u2019élan, elle était en revanche débordante d\u2019une sincérité et d\u2019un désintéressement absolus qui arrachaient à l\u2019Apôtre cette confession: \u201cJe n\u2019ai personne qui soit, autant que lui, uni avec moi de cœur et d\u2019esprit.\u201d C\u2019est que dans cette intimité unique, l\u2019âme virile du maître communiquait à celle du disciple la vigueur des pensées et la force d\u2019expression, et trouvait en retour dans ce jeune frère la tendre affection et la sympathie dont les plus austères génies, qu\u2019ils s\u2019appellent après lui, Augustin, Basile, Grégoire, François de Sales ou Lacordaire, sont incapables de se passer.Fous comprenons maintenant pourquoi, s\u2019il est obligé de sacrifier les charmes de sa présence à l\u2019organisation hiérarchique de l\u2019Asie Mineure, il sent le besoin de lui écrire ces épîtres où il jette son eœur tout entier.Quelles craintes, quelles perplexités, souvent même quelles tendresses ! C\u2019est à se demander si ce n\u2019est pas plutôt une mère qui tient la plume ! Le labeur ne sera-t-il pas trop lourd, écrasant pour sa faible santé ?Son naturel aussi aimant qu\u2019aimable s\u2019accommodera-t-il de la lutte ?J été hors\" de son naturel, ne serait-il pas exposé à riposter durement, là où pour confondre l\u2019erreur, il suffirait de l\u2019opposition impassible de la vérité?Cette amitié, le temps ne devait qu\u2019en multiplier les soucieuses prévoyances et en contracter les liens.Lorsque plus tard, ruiné plus par les travaux que par les ans, Paul se verra délaissé et quelque fois même trahi par ceux qu\u2019éloigneront ses luttes, ses procès, et la peur d\u2019être compromis, alors une constante appréhension assiégera son âme: la lourdeur de la tâche imposée au fils de son cœur.Sa tendresse ne pourra se déshabituer de le voir - et de l\u2019estimer tel qu\u2019il l\u2019a connu et aimé: cœur d\u2019ange dans un corps d\u2019enfant.Jour et nuit il priera pour lui, se souviendra de ses hésitations et de ses larmes et ne nourrira qu\u2019un désir : le retrouver à ses côtés.Hélas ! la réalisation de cet PLUS PRÈS DE SAINT PAUL 205 espoir 11e devait pas couronner sa vie.Il était décidé que cette rencontre se ferait au Paradis.Quelqu\u2019absorbée que paraisse Pâme de Paul par l\u2019affection vouée à Timothée, une part en restait réservée à quelques autres, Barnabée, Marc; Luc, l\u2019historien et le compagnon, le compagnon le plus fidèle et l\u2019historien le plus modéré du plus ardent des hommes ; Tite enfin, \u201cce fils digne de lui,\u201d tout pétri de cette vaillance, de cette franchise et de cette autorité devant Lesquelles tremblaient les coupables de Corinthe.Bien plus, des églises entières arrivèrent à la possession du cœur de l\u2019Apôtre.Thessalonique, Philippes, les Ga-lates lui arrachèrent des confidences comme celle-ci : \u201cMes petits enfants pour qui j\u2019éprouve de nouveau les douleurs de l\u2019enfantement, jusqu\u2019à ce que le Christ soit formé en vous combien je voudrais être auprès de vous à cette heure !\u201d Evidemment il était impossible pour une nature aussi ardente et aussi délicate de rester neutre sous l\u2019insulte et la calomnie.Si Ananie ordonne à ses satellites de le.frapper sur la bouche, il bondit et lui lance à la face: \u201cCertainement Dieu te frappera, muraille blanchie ! Tu sièges ici pour me juger selon la Loi, et, au mépris de la Loi, tu ordonnes qu\u2019on me frappe !\u201d Si les Corinthiens lui reprochent son manque de distinction et de culture et lui préfèrent d\u2019autres apôtres plus philosophes, plus \u201ccomme il faut.\u201d ancêtres des \u201cabbés très bien,\u201d et tirent vanité de leurs relations sociales avec eux, il leur rappelle durement que s\u2019il s\u2019est abaissé, c\u2019est pour les élever, et que s\u2019il fait fi de la sagesse humaine, c\u2019est qu\u2019il la juge indigne de son ministère.D\u2019ailleurs les titres de noblesse ne lui manquent pas à lui.et ici son ironie flagelle et cingle: hébreu, israélite, ministre du Christ, travailleur, prisonnier, cinq fois frappé de 39 coups de fouet, une fois lapidé, trois fois naufragé, ami recherché des brigands, des patriotes, des gentils, de la faim, de la soif, et de la faiblesse.sans compter toutes les tribulations des chrétiens qui déferlent en lui, comme les émotions des enfants dans les entrailles de leurs mères, \u2014 ajoutez à cela extases et visions, \u2014 vraiment, c\u2019est à bénir Dieu de n\u2019être pas Corinthien et d\u2019éviter ainsi d\u2019être fouetté et glacé par un tel orage ! Il faut le sens des situations et la connaissance du cœur 206 REVUE DOMINICAINE humain pour vider ajussi prestement une question.Le discours à l\u2019Agora et le plaidoyer devant Félix attestent d\u2019une égale perspicacité à saisir et d\u2019une égale souplesse à exploiter l\u2019inévitable gloriole qui dort au fond de ceux qui étudient comme de ceux qui gouvernent.\u201cAthéniens, je constate qu'à tous égards, vous êtes éminemment religieux\u201d.\u201cC\u2019est avec confiance que je prends la parole pour me justifier, car je sais que vous gouvernez cette nation depuis plusieurs années.\u201d Il n\u2019y a pas jusqu\u2019aux courtoises saillies qu\u2019il n\u2019appelle à son service.\u201cPeu s\u2019en faut, lui répond Agrippa, que tu me persuades de devenir chrétien.\u201d\u2014\u201cPlut à Dieu, reprend le prisonnier aux bras chargés de chaînes, que non seulement toi, mais encore tous ceux qui m\u2019écoutent en ce moment, vous fussiez tel que je suis.hormis ces chaînes.\u201d Il faudrait que S.Paul n\u2019eût pas été homme, pour 11e pas rencontrer parmi tant de travaux et de luttes d\u2019insurmontables découragements.C\u2019est quand il sera seul, surtout, que les ténèbres descendront dans son âme.Il sera alors \u201cdans la faiblesse, dans la crainte, et dans un grand tremblement.\u201d Par bonheur, les grâces et les encouragements du Christ lui parviendront toujours à temps.Car il faut ajouter à ces traits extérieurs une vie intérieure d\u2019une intensité telle qu\u2019il a pu la traduire dans cette formule : \u201cCe n\u2019est plus moi qui vis, c\u2019est le Christ qui vit en moi,\u201d \u2014 si nous voulons avoir une idée approximative de la personnalité complexe de l\u2019Apôtre des Gentils.Si maintenant, depuis Didon, le concept d\u2019apôtre n\u2019a pas été altéré, dites, est-ce que jamais le monde a vu un voyant, un soldat et un martyr aussi pris d\u2019une idée, aussi intrépide à la défendre et aussi prodigue de son sang et de son cœur ?Beaucoup de figures sont plus douces et plus conciliantes : qu\u2019on en sorte de l\u2019histoire une plus noble et plus sympathique ! Abbé Arthur Desciienes (à suivre) L\u2019ASCETISME DOMINICAIN SES CARACTÈRES Sainte Catherine de Sienne, un jour, dans une de ses nombreuses extases, entendit Dieu lui dire: \u201cVoici, ma fille, que j\u2019ai engendré deux fils, l\u2019un par nature, l\u2019autre par adoption : ton Père Dominique.Il assuma la charge du Verbe, Fils unique du Père.\u201d De par sa prédestination,\u2014et dans les familles d\u2019âmes, la prédestination du père couvre celles des fils\u2014Dominique est verbe: frère d\u2019adoption du Verbe éternel, participant de sa mission révélatrice du vrai divin.Or, le verbe est l\u2019image parfaite de la substance dont il émane.Chercher la loi fondamentale de la genèse et du progrès d\u2019un verbe, c\u2019est chercher la loi essentielle et totale de l\u2019être lui-même.De même que le Verbe incarné implique deux natures, la divine et l\u2019humaine, de même le verbe apostolique est l\u2019effet de deux principes, la nature et la grâce.Le verbe apostolique, c\u2019est une nature humaine qui s\u2019exprime, et dès lors la nécessité de l\u2019étude; le verbe apostolique, c\u2019est aussi le divin qui se prononce, et dès lors la nécessité de l\u2019ascétisme.Pour le Prêcheur comme pour tout autre, l\u2019étude et l\u2019ascétisme sont les deux conditions essentielles de la genèse et de la croissance du verbe jusqu\u2019à la plénitude de la virilité.Parlons aujourd\u2019hui de l\u2019ascétisme.Le fondateur des Prêcheurs, en donnant pour mission à ses fils le salut des âmes par la prédication, leur a-t-il, en même temps, légué un verbe aux forts caractères individuels, s\u2019adaptant merveilleusement au but proposé ?Et si la conception du Maître eut vraiment cette originalité,\u2014ce dont sa vocation divine et l\u2019approbation de ses desseins par l\u2019Eglise 11e nous permettent pas de douter,\u2014de quels traits personnels marqua-t-il l\u2019ascétisme et l\u2019étude, ces deux éléments communs qui devaient l\u2019enfanter ?En d\u2019autres termes, l\u2019ascé- 208 REVUE DOMINICAINE tisme dominicain existe-t-il ?Quels sont les principaux caractères qui lui assurent sa véritable personnalité ?Ouvrons les Constitutions de l\u2019Ordre: \u201cPuisque les prêtres du Christ peuvent, de diverses manières, être préparés à la mission apostolique, ainsi qu\u2019il apparaît dans quelques religions récemment instituées, et à qui le Saint-Siège a confié, comme à nous, la mission de travailler au salut des âmes, nous déclarons que les moyens, à nous donnés, par le très saint Patriarche Dominique et nos premiers Pères, sont: la vie régulière, les observances monastiques, la récitation solennelle de l\u2019Office divin; moyens, qui, chez nous, ne peuvent être ni abandonnés, ni substantiellement changés.\u201cAbsit hoc in aeternum !\u201d Vie régulière, austérité monastique, vie liturgique, tels sont les éléments qui dans la pensée de saint Dominique devaient assurer, pour une part, l\u2019efficacité au verbe apostolique des siens, en marquant leur ascétisme d\u2019une puissante originalité.L\u2019originalité ne vient donc pas des éléments nouveaux, mais d\u2019une synthèse d\u2019éléments existant ailleurs, et réunis ici dans une intense concentration, dans un heureux équilibre, merveilleusement approprié au but poursuivi.Ce n\u2019est, ni une synthèse de l\u2019ascétisme dominicain qu\u2019il s\u2019agit d\u2019exposer, ni un tableau de l\u2019ascète qu\u2019il s\u2019agit de peindre; c\u2019est tout simplement, par quelques traits distinctifs, quelques teintes révélatrices, essayer d\u2019esquisser une physionomie, laissant à d\u2019autres le soin de pousser à fond, de compléter ce que le dessin a d\u2019effacé, d\u2019inachevé.I Vie REGULIERE ET CONTEMPLATION Pour produire le verbe apostolique que rêvait le Bienheureux Père: verbe de puissance doctrinale, il fallait une forte discipline intellectuelle et une intense contemplation.Comment conserver à ses fils, au milieu des agitations du siècle où il les jetait, ces fortes et- sereines visions de la vérité?hCétait-ce pas- un rêve chimérique ?Le saint n\u2019eut pourtant pas d\u2019hésitation, l\u2019inspiration divine illuminait trop fortement sa pensée.Fondant, en un tout indivisible, l\u2019apôtre et le moine, il mit sa contemplation sous la garde de la vie l\u2019ascétisme dominicain 209 régulière.La vie régulière, c\u2019était dans sa pensée une '\u201cthébaïde,\u201d bâtie au sein des grandes villes, où l\u2019homme des multitudes redevenait solitaire, et où le solitaire retrouvait sa paisible contemplation.Obligé de choisir parmi les Règles existantes, il s\u2019inspira de deux formes principales de la vie religieuse d\u2019alors, la vie canoniale augustinienne et la vie monastique bénédictine; de ces riches éléments, il sut tirer les bases essentielles de 1a.vie ascétique dominicaine, tout en lui donnant, par une utilisation conforme à ses des-seins, ses caractères originaux.Analysons un peu cette vie régulière et cette contemplation, puisque, de par la conception du Maître, l\u2019une est en fonction de l\u2019autre, et les deux '.en fonction de l\u2019ascétisme du Prêcheur.I.Vie régulière.\u2014C\u2019est au sein des grands centres que .se fonde d\u2019ordinaire la \u201cthébaïde dominicaine,\u201d le Couvent régulier.C* Bernardus valles, montes Benedictus am abat, Oppida Francisais, célébrés Dominicus urbes.Un vaste édifice quadrilatère,\u2014tout de pierre, car on -construit pour les siècles, aux lignes pures et sévères,\u2014 moitié château du moyen-âge, moitié forteresse.Au premier plan, les bureaux, les cellules des hôtes de passage, les parloirs : simple atrium conduisant à l\u2019église, le vrai champ d\u2019apostolat du Prêcheur; l\u2019aile droite est formée par la chapelle ou l\u2019église, le chœur, parfois la sacristie; l\u2019aile du fond contient les salles du chapitre, de la bibliothèque et ^e la récréation; le réfectoire, les classes occupent l\u2019aile gauche.A l\u2019intérieur, longeant les murs du quadrilatère, un immense cloître s\u2019ouvre, d\u2019un côté sur les divers lieux réguliers, de l\u2019autre sur une petite cour, au milieu de laquelle s\u2019élève une statue de la Vierge ou de saint Dominique.Au deuxième étage et au troisième :.de larges c'ouloirs s\u2019ouvrant sur des cellules ; aux extrémités de ces longs dormito-rium, une madone\u2014la Vierge du Rosaire ou l\u2019Iinmaculée\u2014¦ veille sur ceux qui y demeurent; à ses pieds, brûle une petite lumière, symbole du souvenir aimé et constant.Sur un des côtés du couvent, s\u2019étend, entouré d\u2019un haut mur, un vaste jardin, bien ombragé, propice aux petites solitudes, coupé de trois larges allées toutes bordées de gazon et de .fleurs. 210 REVUE DOMINICAINE Animez tout cela par la vision des hôtes de la \u201cthébaïde\u201d : jeunes novices, aux yeux modestement baissés, aux mains cachées sous leurs large scapulaire, s\u2019en allant deux par deux sous les cloîtres silencieux, spalmodiant pour ceux qui y reposent à jamais les versets du De profundis; athlètes de la foi, scrutant les Ecritures dans le mystères de la cellule, ou agenouillés au pied des autels dans une oraison fervente ; vétérans de l\u2019apostolat, promenant leurs pas lents et recueillis sous les ombrages du jardin, poursuivant leur méditation sans fin, pleine des pensées de l\u2019éternité qui s\u2019avance; tous, couverts de la bure blanche \u201cflottant comme nue armure libre,\u201d portant au côté le rosaire, \u201cl\u2019épée des chevaliers de la Vierge\u201d : et vous aurez une idée du lieu de contemplation du Prêcheur.Maintenant, entrons ou plutôt frappons, car une seule porte donne accès dans le cloître, et cette porte, toujours-fermée à clef, est sons la double garde d\u2019un frère portier : \u201chomme affable, austère et grave,\u201d et sous la garde encore plus sévère d\u2019une défense pontificale.Le couvent régulier est monastère, et le dominicain est- moine.Sous peine d\u2019excommunication, les femmes ne peuvent y être admises, et seuls les hommes graves\u2014graves personae-\u2014peuvent y entrer.Le religieux lui-même n\u2019en peut sortir sans une permission expresse, toujours accompagné d\u2019un autre frère, et seulement pour des raisons sérieuses, spécialement pour remplir son ministère : ni sarabaïte, ni gyrovague, mais moine.Le cloître, c\u2019est le premier bienfait de la vie régulière à la contemplation du Prêcheur.Apôtre de la vérité divine, il a besoin pour en posséder et en conserver la claire vision, pour garder toujours la rectitude du but et y mesurer ses efforts, de s\u2019arracher au milieu enfiévré de son ministère : la poussière des combats obscurcit l\u2019œil du soldat, et des passions étrangères à la sainte cause qu\u2019il défend, font souvent dévier les plus beaux élans.L\u2019épée du Prêcheur fut trempée pour les saintes luttes de Dieu, la faire servir aux batailles des intérêts humains, des passions terrestres, du credo d\u2019un homme ou d\u2019un parti, c\u2019est la profaner.Dans le calme et la sérénité de l\u2019atmosphère claustrale, l\u2019âme s\u2019affranchit et se dégage, elle se retrempe aux formes idéales de sa vocation divine.Le cloître n\u2019est pas seulement la demeure et le gardien l\u2019ascétisme dominicain 211 de la contemplation, c\u2019en est l\u2019atmosphère naturelle.Ce qui frappe, en y entrant, c\u2019est avec l\u2019ordre dans toute chose, la blanche nudité des murs, les flots de lumière débordant des hautes et larges fenêtres, et surtout ce solennel et grave silence, pénétrant, baignant tout de calme, de sérieux, de religieuse gravité, de mystérieuses harmonies.Ce silence est vivant, il accompagne, d\u2019une mélodie pleine de mystère, l\u2019évolution de la journée monastique.On a dit de lui qu\u2019il était une belle cérémonie: Pulchra- caeremonia; on l\u2019a même proclamé le père de l\u2019apôtre: Silentium pater Praedi-catorum.La parole fille du silence ! C\u2019est que le verbe apostolique n\u2019a rien des \u201cairains sonnants et des cymbales retentissantes ; il est une incarnation de l\u2019idée divine, et rien de mystérieusement calme comme l\u2019instant où s\u2019enfante la pensée.Atmosphère recueillie des cloîtres, comme tout en toi favorise les saints épanchements de l\u2019âme avec la vérité infinie ! Bienfait de la vie commune débarrassant l\u2019ascète des soucis matériels pour le laisser tout entier à la vie de l\u2019esprit; ordre extérieur des exercices de la vie régulière procurant l\u2019ordre intérieur des pensées et des sentiments ; saintes conversations des frères, joyeuses sans être bruyantes, intimes sans familiarité, sérieuses et à la fois reposantes, collogues spirituels tout imprégnés du mystique parfum dont les âmes sont pleines ; prédications pieuses des choses :\u2014crucifix sanglant, blanches madones, peintures murales.pénétrant l\u2019esprit et le cœur de poésie religieuse, de surnaturel ; contact des âmes, belles par nature, embellies encore par la grâce, à travers lesquelles on sent, on goûte Dieu; contact de Dieu lui-même, résidant au milieu des cloîtres dans la Sainte Eucharistie, illuminant tout de sa présence, faisant de la terre un ciel, mais un ciel où les réalités infinies se voilent de symboles et d\u2019énigmes.* Et par tout cela, les âmes laissent la terre, et comme les aigles habitant déjà les cimes, elles s\u2019envolent vers les hauteurs du monde surnaturel s\u2019abreuver de lumière au soleil divin, leur amour, leur béatitude, leur vie.Au milieu de cette solitude commune à tous, chaque religieux en possède une autre plus inviolable et plus sacrée,\u2014 nous parlerons plus tard du chœur,\u2014c\u2019est la cellule.La cellule, tour d\u2019ivoire austère de l\u2019ascète: quatre grands murs blancs, sur lesquels se détachent un crucifix, un tableau de la 212 REVUE DOMINICAINE Sainte Vierge et de saint Dominique ; une table de travail chargée de livres et une planche pour se reposer.et c\u2019est tout.Là, le religieux vit aussi éloigné du monde que l\u2019ermite au fond de son désert : grotte de Ségovie, caverne de Subiaco, mont Alverne, la cellule est tout cela.Vide des choses du temps, elle est pleine d\u2019éternité.C\u2019est bien là que se déroule le mystère de la vie intérieure du moine dont l\u2019apostolat n\u2019est que la surabondance.C\u2019est le temple où il scrute les oracles des livres inspirés et les enseignements des docteurs de la foi ; c\u2019est le calvaire où il s\u2019immole pour lui-même et pour le monde; c\u2019est le thabor où il se transfigure dans la lumière de plus en plus éblouissante des unions divines.Mais cette solitude extérieure, mère de la contemplation, trouve son couronnement et sa plénitude dans la solitude intérieure, bienfait des vœux de religion.\u201cTon Père Dominique a mis à sa barque trois cordages qui sont la pauvreté.la chasteté, l\u2019obéissance,\u201d (1) Obéissance usque ad mortem, jusqu\u2019à la mort dans le temps, et jusqu\u2019à la mort du dernier atome de l\u2019humain ; pauvreté : absolue pour les-individus, relative pour les couvents, selon les exigences d\u2019une contemplation plus libre et d\u2019un ministère plus intense; chasteté.Chaque Ordre semble avoir reçu une vocation spéciale pour symboliser un des vœux.Saint François est \u201cl\u2019amant de Dame Pauvreté,\u201d saint Ignace est \u201cfils-de la sainte obéissance,\u201d saint Dominique est \u201cl\u2019époux de la divine chasteté.\u201d Tout est harmonie dans les œuvres de la grâce ; si le détachement engendre la charité, si l\u2019obéissance est vertu d\u2019action, quelles affinités entre la pureté et la vérité ! L\u2019Ordre de la vérité devait être l\u2019Ordre de la chasteté.Si la sainte liturgie appelle le fondateur des Prêcheurs\u201clumière de l\u2019Eglise,\u201d \u201cdocteur de la vérité,\u201d elle l\u2019appelle aussi \u201civoire de chasteté\u201d ; l\u2019art statuaire religieux place dans ses mains le lis de la virginité, et sur son front brille l\u2019étoile de la doctrine.On pourrait ajouter: c\u2019est l\u2019Ordre de la Milice angélique, du Docteur angélique; et la vie du plus grand de ses artistes, Fra Angelico, comme les œuvres de son génie, ne sont-elles pas pures et toutes célestes comme son nom ?' \"Regardez au ciel dominicain, toutes les étoiles répètent la \u201cblanche lumière,\u201d et l\u2019hLtoire nous enseigne que \u201csur la (1) Dialog.Ste.Catli. l\u2019ascétisme dominicain 213 gamme des vœux de la vie religieuse dominicaine, la pureté est la note d\u2019éclat.\u201d C\u2019est ainsi que saint Dominique sut faire de la vie régulière, la demeure, l\u2019atmosphère extérieure et intérieure de la divine contemplation dont il nous reste à esquisser les traits principaux.Fr.C.Cote, O.P.(à suivre) DANS L\u2019ORDRE Missions en Chine \u2014 Le missionnaire 'Nous avons dit que le prestige et le succès du missionnaire dépendent de la gravité et dignité de sa personne, et d\u2019une connaissance aussi parfaite que possible de la langue et de la littérature chinoises.Combien nécessaire encore l\u2019observance très soignée de tous les usages et coutumes de la politesse chinoise : n\u2019oublions pas qu\u2019il s\u2019agit du peuple le plus singulier peut-être de la terre.Ce serait une dangereuse illusion pour l\u2019étranger de se croire exempt de ces menues prescriptions, ridicules et surannées, si l\u2019on veut, mais questions de goûts et d\u2019usages ne se discutent pas.Il faut donc en prendre son parti : se plier de bon gré à tout ce code de traditions et de cérémonies, unique au monde, ou consentir à passer pour un bar bare, un diable d'occident, et compromettre sûrement les fruits de son travail évangélique.(1) Plus que cela ; il s\u2019agit en réalité de passer à une civilisation toute différente de la nôtre, sans jamais laisser paraître le moindre signe d\u2019impatience ou de dégoût, sans se permettre jamais la moindre parole de dépréciation ou de mépris.La musique chinoise déchire les oreilles; le céré- (1) Conduite d\u2019ailleurs conforme aux prescriptions du St-Siège.(Cf.Revue dominicaine, juin 1917, Consultation du R.P.Leduc, O.P.) 214 REVUE DOMINICAINE monial compliqué d\u2019une simple visite, y compris l\u2019indispensable service du thé, est vraiment ennuyeux et fastidieux; le vin et le tabac chinois donnent à l\u2019étranger, qui n\u2019en a pas l\u2019habitude, d\u2019horribles nausées ; l\u2019attitude servile des gens du commun peut réellement s\u2019appeler bassesse: libre à chacun d\u2019en penser à part soi ce qu\u2019il voudra, mais malheur à qui n\u2019est pas maître de ses impressions.L\u2019homme de bonne éducation, de civilisation raffinée, nous dirions, de solide vertu chrétienne, sait accepter tout cela d\u2019un visage souriant, dut-il se trouver dix fois le jour en d\u2019aussi pénibles conjonctures.S\u2019y habituer demande une certaine souplesse du tempérament et surtout le zèle surnaturel d\u2019un vrai missionnaire, prêt à se faire tout à tous pour les gagner tous à Jésus-Christ.A ce principe surnaturel il lui faut subordonner ses préventions, ses préjugés, ses manières de voir, de vivre et de parler; suspendre tout jugement jusqu\u2019à plus ample connaissance des hommes et des choses : tant est singulière la République soi-disant Céleste.Ce n\u2019est pas sur 'le littoral, où la population a été pervertie par le commerce et les vices d\u2019Occident, qu\u2019il est possible de sainement juger de ce peuple curieux.Il faut gagner l\u2019intérieur du pays, les régions agricoles où prospèrent, sur un sol extrêmement fertile, d\u2019innombrables travailleurs, industrieux, économes, capables des plus belles vertus chrétiennes.Un jugement superficiel et précipité est déjà une grave erreur dans le livre ou l\u2019article d\u2019un touriste pressé de vendre sa littérature, ou encore dans l\u2019esprit borné du négociant, préoccupé de compter les dollars et prévoir les coups de bourse ; l\u2019cei'l de l\u2019apôtre doit voir, plus haut et plus loin, la moisson blanchissante, trop compromise par l\u2019avidité pécuniaire et politique des financiers.Signalons un autre écueil à éviter ; il n\u2019est pas sans relation avec la fameuse question des Rites chinois.Confu-rius reste, malgré révolutions et changements de régime, le législateur suprême de la Chine: Y oracle céleste, le sage, l\u2019homme saint; critiquer ses enseignements, censurer sa vie, ce serait blesser au plus vif les sentiments des payens, leurs idées les plus chères; jeter aussi, sans nul profit, le trouble et la méfiance dans l\u2019esprit de bien des catéchumènes et néophytes.Ceux-ci s\u2019informent souvent s\u2019ils retrouveront au ciel les âmes de leurs parents dont la vie morale échap- DANS L\u2019ORDRE 215 pait à tout reproche; ou encore, si ce même Confucius est en enfer, lui dont la doctrine contient de si beaux préceptes, et la vie, des vertus admirables.Embarassantes questions, où l\u2019explication des principes serait mieux entendue, n\u2019était l\u2019attachement excessif à la gdoire du philosophe national, au respect dû aux ancêtres.Il faut donc procéder avec beaucoup de tact et de réserve, exposer la vérité sans l\u2019amoindrir, ne jamais cependant l\u2019appliquer aux faits concrets avec trop de rigueur.Sous le régime actuel de la République, malgré son instabilité, la situation de nos missionnaires est certes grandement améliorée.Ce n\u2019est plus, comme autrefois, la persécution plus ou moins ouverte, l\u2019application arbitraire et tyrannique de lois inhospitalières.On n\u2019est plus obligé de cacher soigneusement son origine européenne ; de passer sa vie en de malsaines cachettes, tapis au fond d\u2019une barque, ou encore dans le réduit obscur d\u2019une misérable case.Tout acte de fanatisme, si parfois il s\u2019en produit, est de suite énergiquement réprimé.L\u2019étranger a su imposer respect et le chinois admet assez volontiers l\u2019évidente supériorité de la civilisation, de la science et du progrès de l\u2019Occident.Ce n\u2019est pas suffisant toutefois ; les esprits éclairés le reconnaissent.Sous cette déférence et ce respect sa cachent l\u2019hypocrisie, la haine et une sournoise jalousie.Il y a mieux et beaucoup mieux à faire que d\u2019imposer respect ; c\u2019est de gagner l\u2019âme et le cœur de ce peuple positif, calculateur et méfiant.Tâche ingrate, mais non impossible, bien digne de tenter le cœur d\u2019un apôtre.Vaincre ses propres répugnances pour mieux se faire au pays, se garder avec prudence de froisser de multiples susceptibilités ; c\u2019est le côté négatif de la tâche.Il reste à ouvrir les âmes fermées.Pas plus qu\u2019ailleurs elle ne sont insensibles, à une marque non équivoque de confiance et d\u2019estime ; elles comprennent et apprécient le dévoûment, le sacrifice, le désintéressement.Vos œuvres de charité et d\u2019éducation les touchent vivement, si elles n\u2019y peuvent découvrir nul sous-entendu : influences politiques ou ingérences commerciales, suivant la pratique commune à certaines sectes protestantes.Beaucoup de prudence et beaucoup de charité au cœur de l\u2019apôtre, un riche trésor de patience, il ne faut rien moins pour avoir raison de l\u2019aversion innée et profonde que nourrit 216 REVUE DOMINICAINE l\u2019âme rancunière du Chinois envers l\u2019étranger : l\u2019étranser O\tt.plein de morgue insultante; l\u2019étranger, spéculateur rapace ci malhonnête; l\u2019étranger souillé de vices et sans principes religieux.Déplorable impression, trop fondée malheureusement.Elle cède assez vite pourtant au prêtre catholique, pauvre et sans ressources, si ce n\u2019est la patience, la charité, le dévoûment infatigable à sa tâche ingrate.Les voyageurs l\u2019ont remarqué avec surprise: entre le missionnaire et ses chrétiens régnent la confiance et la cordialité la plus sincère: contraste frappant avec l\u2019obséquiosité vénale et hypocrite des coolies du littoral.Mais pour gagner cette confiance, pour la maintenir par une vie au-dessus de tout soupçon, au milieu d\u2019esprits aussi prévenus; pour apprendre à concilier l\u2019affection et la charité avec la réserve indispensable, une prudence est requise, exercée et circonspecte.Et non moins encore dans le choix et la formation des catéchistes, l\u2019instruction et la surveillance des néophytes.Les Orientaux se fatiguent fort peu la cervelle à l\u2019étude des questions dogmatiques.L\u2019abstraction répugne naturellement à des esprits de tournure plutôt pratique et terre à terre.Leurs religions payennes, surchargées d\u2019observances superstitieuses, sont très pauvres de dogmes.Il y a danger que chez eux les pratiques de la vie chrétienne dégénèrent en routines et formalités, nullement appuyées sur une foi éclairée et sérieuse.Leur imagination brillante s\u2019est nourrie d\u2019une littérature exubérante de forme et très subtile d\u2019expression, mais peu soucieuse des idées ou de la logique Avec une intarissable faconde ils peuvent disserter longuement sans rien dire de bien précis.L\u2019étude assidue et disciplinée de la religion doit être soigneusement surveillée, de crainte que cette éloquence torrentueuse ne roule dans ses flots un singulier mélange de confucianisme, de boudhisme et de vérités chrétiennes.Le cas s\u2019est vu et ne répugne nullement à ces imaginations papillonnantes.Plier à la sévère doctrine du Crucifié cette légère philosophie confucienne demande un long et patient travail, sous la direction ferme et sage d\u2019un maître prudent.Son œil exercé juge la sincérité d\u2019une conversion, les progrès toujours lents de la foi à travers mille obstacles : indifférence, apathie intellectuel]e, naturalisme et superstitions invétérés. DANS LORDRE 217 Ajoutons à cela: l\u2019attache désordonné aux biens matériels, la soif du gain, une dissimulation extrême ; à tel point que rien n\u2019est pénible au missionnaire comme la distribution des aumônes source de récriminations et de discordes.Comment parfois démêler les vrais motifs d\u2019une conversion hésitant^?La pauvreté, les ardeurs du climat, toutes les autres croix d\u2019ordre plutôt physique, n\u2019épuisent pas les forces de l\u2019apôtre avec plus de rapidité que la perpétuelle contrainte de l\u2019esprit, l\u2019effort incessant de tout l\u2019être dans cette lutte qui serait désespérante, s\u2019il ne répétait souvent : S cio cui credidi.\u2014 (à suivre) \u2014 Fr.J.-D.B.Les dominicains a la guerre \u2014Le révérend Père Antonin Vuillermet, si avantageusement connu à Saint-Hyacinthe et dans plusieurs parties de la Province de Québec, vient d\u2019être l\u2019objet d\u2019une troisième citation à l\u2019ordre du jour ainsi libellée: \u201cAu cours de l\u2019explosion d\u2019un important dépôt de munitions en première ligne, sous un bombardement violent et malgré une émission de gaz asphyxiants, a fait preuve d\u2019un beau sang-froid et d\u2019un sentiment élevé du devoir, en restant sur les lieux du sinistre pour rechercher les blessés, n\u2019a quitté ces lieux que sur un ordre formel, très éprouvé lui-même par les gaz, et après s\u2019être assuré qu\u2019il ne restait aucun chasseur à secourir.\u201d \u2014Le révérend Père Louis Chauvin, sergent brancardier au Ne Régiment territorial d\u2019infanterie, vient d\u2019être éga-lment cité à l\u2019ordre du jour pour la troisième fois: \u201cLe 6-février 1917, sous un violent bombardement par torpilles, s\u2019est porté dans un poste avancé à demi-détruit, pour prodiguer des soins aux blessés et les encourager.Par sa belle attitude a fait l\u2019admiration de tous.\u201d D\u2019une lettre qui n\u2019était point destinée à la publicité et qui émane d\u2019un soldat faisant profession d\u2019athéisme et d\u2019anticléricalisme, nous aimons à extraire ce passage où il proteste \u201c de son admiration et de ses plus vives félicitations pour le bel exemple d\u2019héroïsme qu\u2019est le P.Chauvin.En évoquant plus tard, dit-il, la journée du 6, je me souviendrai de sa belle figure, sereine et tranquille au milieu de la tourmente.\u201d 218 REVUE DOMINICAINE \u2014Le révérend Père Constant Dovon, de notre Couvent de Saint-Hyacinthe, capitaine-aumônier du 22e bataillon canadien-français, est de retour au pays pour un congé de quelques semaines.Officiers et soldats, dans les lettres, conversations ou discours publics, ne tarissent pas d\u2019éloges sur le zèle et l\u2019abnégation du Père dans l\u2019exercice d\u2019une fonction toujours difficile et souvent périlleuse, de même qu\u2019on se plaît à reconnaître unanimement la portée de son influence sur cet héroïque 22e entré de plain-pied dans la gloire.Obsèques du P.Hage \u2014 Sympathies La Revue dominicaine se doit à elle-même d\u2019enregistrer, autant qu\u2019il est possible, les manifestations si nombreuses de regret et de sympathie- qui suivirent la mort de son ancien directeur et collaborateur.Ces manifestations commencèrent à la translation des restes pour ne se terminer qu\u2019avec les dernières prières sur la tombe du défunt.Le vendredi 18 mai, jour du décès, à 2 h, P.M., après un libéra chanté dans la chapelle de l\u2019Hospice des Incurables, la dépouille mortelle du Père Hage fut transportée dans l\u2019église des Dominicains de Notre-Dame de Grâce, où devait avoir lieu le lendemain un premier service funèbre, à la demande expresse de MM.les marguillers.On vit immédiatement les pères et frères du Couvent monter la garde auprès du cercueil, et se succéder deux à deux pour les saintes relèves de la prière qui devaient se poursuivre, de nuit et de jour, jusqu\u2019à l\u2019inhumation.Celui qui avait témoigné, dans sa vie intime comme dans sa carrière adminis- O s trative, d\u2019un zèle si méticuleux pour la célébration du culte, ne fut privé d\u2019aucun des riches suffrages que la règle dominicaine accorde aux morts de notre Ordre.La cérémonie du lendemain fut présidée par le T.K.P.Béliveau, prieur de Saint-Hyacinthe, assisté des RR.PP.Dupras et Casavant.On y voyait, remplissant le sanctuaire ou mêlés à la masse des paroissiens, de nombreux représentants des deux clergés et des diverses communautés de femmes.Tant de fois Montréal avait entendu ce digne apôtre, tant de fois il avait prêté aux œuvres de bienfaisance de la cité l\u2019appui de sa parole, ou même une aide plus active, DANS L\u2019ORDRE 219 (témoin l\u2019œuvre de l\u2019Assistance Maternelle) qu\u2019on voulut se montrer prodigue envers un prodigue.L\u2019affluence de la foule à chaque étape des funérailles, la quantité de messes et autres offrandes expiatoires, furent bien de nature à soulager, si besoin était, l\u2019âme du charitable défunt, et à consoler la famille religieuse où son départ laisse un vide si important Après le service funèbre, le corps fut conduit à la gare Bonaventure, et de là à Saint-Hyacinthe, sur un convoi local du G.T.R.Les notables de la ville, plusieurs amis personnels et la communauté des Dominicains presque entière étaient là pour le recevoir et lui faire cortège jusqu\u2019à l\u2019église Notre-Dame du Rosaire.A l\u2019issue du libera, le cercueil fut découvert et laissé dans une sacristie attenante à l\u2019arrière-nef.Et ce fut, jusqu\u2019au surlendemain, le défilé des fflsi-teurs favorisé par la journée du dimanche et à peine interrompu par la nuit.Comme à Montréal, les religieux récitèrent constamment le rosaire ou le psautier auprès du corps jusqu\u2019à l\u2019heure des obsèques.Elles furent célébrées 'le lundi à 9 b.30, après l\u2019arrivée du train de Montréal qui nous amena plusieurs nouvelles délégations.Le T.R.P.Langlais, Provincial des Dominicains, chanta la messe, avec le T.R.P.Chamberland, prieur de Fall-River, comme diacre, et le R.P.Dupras, comme sous-diacre.Sa Grandeur Mgr Bernard, évêque de Saint-Hyacinthe, assistait au chœur entouré des dignitaires ecclésiastiques, des prêtres et religieux dont les noms suivent: Mgr Guertin, Vicaire-Général du diocèse ; MM.les chanoines O\u2019Donnell et Michon ; M.le Chanoine Daoust, procureur de l\u2019évêché ; M.le chanoine Senécal, curé de la cathédrale ; M, le chanoine Decelles, supérieur du Séminaire; M.l\u2019abbé Desranleau, chancelier du diocèse ; M.l\u2019abbé Laroche, secrétaire de Mgr l\u2019Evêque; M.l\u2019abbé Fontaine, principal de l\u2019Ecole normale; le révérend Père Tremblay, directeur du Patronage Saint-Vincent de Paul; MM.les abbés Nadeau et Benoît, chapelains de l\u2019Hôtel-Dieu ; M.l\u2019abbé Trudeau, aumônier du Précieux-Sang; M.l\u2019abbé Dubreuil, procureur du Séminaire; MM.les abbés Desrochers et Lafontaine, vicaires à la cathédrale ; MM.les abbés Lescaut, Raymond et Laferrière, professeurs au Séminaire ; MM.les abbés Gau-dreau, Allaire et Leduc, anciens curés ; M.l\u2019abbé Têtu, cha- 220 REVUE DOMINICAINE pelain de l\u2019Académie commerciale de Québec ; M.l\u2019abbé Chartier, secrétaire général de l\u2019Université Laval et représentant de Mgr l\u2019archevêque de Montréal ; le T.R.P.Anselme, gardien des Franciscains de Montréal; MM.les abbés Dubuc, curé de Saint-Jean-Baptiste de Montréal, Perrier, curé du Mile-End, et Prévost, curé du Très Saint-Sacrement de Lachine, Dellemare, curé du Très Saint-Sacrement de Eall-River, Mass., Lamoureux, curé de Granby, Tétreau, curé de Sorel, Bélisle, curé de Saint-Jude; M.l\u2019abbé Binette, représentant du Séminaire de Sainte-Thérèse de Blainville.Remplissaient la nef : les citoyens en nombre considérable, une centaine de religieux et religieuses de la ville, et une délégation des Sœurs de la Providence comprenant la Mère Provinciale de Montréal, la Sœur Supérieure de l\u2019Hospice des Incurables et Sœur Alype, l\u2019experte et dévouée garde-malade du P.liage.Après l\u2019absoute, le corps du défunt fut porté par quatre religieux dans le vaste \u201cjardin des Pères\u201d ouvert au public pour la circonstance, et au centre duquel se trouve l\u2019enclos réservé à nos chers disparus.Là, au milieu des chants et des psalmodies qui font nos rites funèbres si impressionnants qu\u2019on n\u2019en ressent pas longueur, eut lieu la descente dans la fosse.Et le célébrant jeta la première terre sur cette chose misérable \u2014 corpnsculum istud \u2014 que devient l\u2019ancienne demeure d\u2019une âme.Nous reproduisons maintenant la teneur des dépêches et quelques fragments de lettres adressées par des dignitaires ecclésiastiques et des supérieurs de communautés au T.R.P.Provincial, à l\u2019occasion de la mort de son prédécesseur.Son Eminence le cardinal Bégin : \u201cPlein d\u2019admiration pour le vaillant ouvrier qui vient de terminer sa course, et toujours reconnaissant des services qu\u2019il a rendus à l\u2019Eglise de Québec, je m\u2019associe au deuil de ses frères, et prie le Seigneur de les consoler et de les bénir.\u201d Son Excellence Mgr Stagni, Délégué Apostolique: \u201cJ\u2019apprends avec douleur la mort du T.R.P.Henri Hage, votre ancien Provincial, dont j\u2019ai connu les belles qualités et le mérite.Requiescat in pace.J\u2019offre à la Province canadienne et à tout l\u2019Ordre de St-I)ominique mes sincères et religieuses condoléances.\u201d Sa Grandeur Mgr Bruchési, archevêque de Montréal: DANS L\u2019ORDRE 221 \u201cVous savez quelle large part je prends au deuil qui vient de frapper votre famille religieuse.J\u2019ai eu avec ce bon Père des relations intimes.J\u2019ai pu le connaître et apprécier ses belles qualités.Je perds en lui un ami sincère.Orateur brillant, éminemment apostolique, toujours prêt à se dévouer et à rendre service, il a fait entendre son harmonieuse et persuasive parole devant les auditoires les plus variés.Ministerio verbi instantes erimus: c\u2019était la devise des Apôtres, c\u2019était aussi la sienne.Il a prêché de nombreux carêmes, des retraites au clergé, aux communautés religieuses, aux fidèles de nos paroisses, et chaque fois, avec le plus grand fruit.C\u2019était un charme de l\u2019entendre.It avait une doctrine si sûre, un raisonnement si solide, un langage si correct et une si pénétrante onction! Mais en lui on sentait toujours le prêtre animé d\u2019un seul but: éclairer les âmes, les toucher, 'les élever vers Dieu.\u201d Sa Grandeur Mgr Emard, évêque de Valleyfield: \u201cJ\u2019étais absent à la nouvelle de la mort du regretté Père Hage et je n\u2019ai pu me donner la consolation d\u2019assister à ses funérailles.Le Père Hage m\u2019honorait de son amitié et j\u2019ai toujours admiré en lui l\u2019esprit profondément religieux qui animait tous ses actes.C\u2019était vraiment un modèle, non seulement pour ses frères en saint Dominique, mais aussi peur les prêtres séculiers au milieu desquels l\u2019appelait souvent le ministère de la prédication.Depuis son arrivée au Canada, il avait été de toutes nos fêtes, de tous nos congrès, de toutes nos manifestations religieuses.Et comme il était bien des nôtres ! Il nous appartenait vraiment, et vous savez que s\u2019il était quelque part apprécié davantage, c\u2019était au sein même de notre Episcopat.\u201d Sa Grandeur Mgr Forbes, évêque de Joliette: \u201cEn union avec toute l\u2019Eglise du Canada, Joliette sympathise avec la famille dominicaine dans \u2018la perte de son ancien Prieur Provincial, l\u2019apostolique Père Hage.\u201d Sa Grandeur Mgr Gauthier, auxiliaire de Montréal: \u201cA peine de retour dè la visite pastorale, je profite du premier moment libre pour vous dire ma profonde sympathie.Le Père Liage a été un ami pour moi et j\u2019ai pu apprécier ¦plus que bien d\u2019autres ses éminentes qualités de cœur et d\u2019esprit.Ma prière va continuer de le suivre dans l\u2019éter- 222 REVUE DOMINICAINE nité, et je lui garderai durant toute ma vie le plus fidèle souvenir.\u201d Le T.R.P.Ernest-Marie, Vicaire-Provincial des Capucins : \u201c.Bien que prévue depuis longtemps, cette disparition ne laissera pas que de faire un grand vide et chez vous et chez nous, car le vénéré Père Hage était pour nous un frère et un ami en saint Dominique et en saint François.Retenu aux Etats-Unis en ce moment, je ne puis apporter personnellement sur sa tombe l\u2019hommage de mon estime et mon tribut de prières.Je le fais de loin, et je tiens à dire à la Province St-Dominique du Canada combien je compatis à sa peine et m\u2019associe à son deuil.\u201d Le T.R.P.Foucher, Provincial des Clercs de St-Via-tour : \u201cLe Père Etage fut une belle et grande figure de moine, et dans un Ordre qui compte tant de célébrités aux divers domaines de l\u2019activité intellectuelle et religieuse, son nom vénéré n\u2019aura pas la dernière place.Plus encore que son éloquence, son esprit surnaturel et l\u2019aménité de son caractère lui attiraient les cœurs; et chaque fois que j\u2019eus l\u2019honneur très apprécié d\u2019une rencontre avec lui, j\u2019y ai puisé charme et profit.\u201d S\u2019il est permis d\u2019ajouter une note fraternelle à ces éloges si autorisés, nous dirons pour finir, avec un écrivain compatriote et ami du P.Hage: \u201cIl y a, dans toutes les professions que pratiquent les hommes, des personnages nettement marqués pour en manifester le caractère et la dignité dans leur plénitude.Nous avons tous connu le marin et le soldat, le juge et le prêtre accomplis.\u201d Celui qui maintenant repose dans le jardin des Pères, à l\u2019ombre d\u2019une petite croix noire et d\u2019un grand acacia, et sur qui veille assidue notre prière, était vraiment le dominicain.Congregation intermediaire On donne ce nom, dans notre Ordre, à une assemblée régulière des principales autorités d\u2019une Province tenue entre deux Chapitres provinciaux.Ainsi qu\u2019il a été décidé au dernier Chapitre, cette réunion aura lieu le 2 juillet et les jours suivants au Couvent de St-Jeai>Baptiste d\u2019Ottawa.Les religieux appelés de droit aux délibérations sont, avec le Prieur Provincial, le Maître en Sacrée Théologie, les Pères du Conseil de Province et les prieurs des Couvents. DAE,S L ORDER 223 Aux Etats-Unis Sa Sainteté Benoît XV a daigné adresser une Lettre laudative aux Evêques des Etats-Unis pour reconnaître l\u2019œuvre bienfaisante accomplie dans tous les diocèses par la Confrérie du S.Nom de Jésus.(Holy Name Society) Le bureau central de la Confrérie se trouve au Couvent St-Vincent Ferrier de Xew-York.On compte aujourd\u2019hui plus de 3000 confréries locales qu\u2019un organe très vivant et fort bien rédigé, The Holy Name Journal, tient en relation constante avec le bureau central.Le T.R.P.Ignace Smith, O.P., est à la fois Directeur général du Holy Name et du Tiers-Ordie de St-Dominique.Fr.M.A.L.BIBLIOGRAPHIE P.T.Legare Limitée : Catalogue général.Chaque année la maison P.-T.Légaré, de Québec, fait une édition nouvelle de son catalogue de matériel de ferme.C\u2019est un très joli catalogue orné de beaux dessins et de jolies gravures et ayant le grand mérite d\u2019être bilingue.En cela, cette importante maison cana-dienne-française répond à l\u2019attente bien légitime de ses clients.On se plaint avec raison que le langage de nos cultivateurs est vicié d\u2019affreux anglicismes acceptés tout crus ou mâchés à la française.Les agents et les catalogues de machines agricoles en sont en partie responsables.Le catalogue Légaré fera donc du bien au langage de la ferme.On y trouvera surtout la liste complète des objets utiles ou nécessaires â nos cultivateurs.Chanoine L.Poulin.Les sources d\u2019euu vive.(Un vol.in-12.Prix: 3 frs 50) Sous ce titre paraît un nouveau recueil de sermons et allocutions de M.le chanoine Poulin, curé de la Sainte-Trinité.Le rapide succès du précédent recueil paru chez de Gigord attend sûrement le nouvel ouvrage de l\u2019éloquent et sympathique prédicateur.Ce livre, d\u2019une doctrine sûre et élevée, écrit avec une chaleur communicative, fera le plus grand bien à tant d\u2019âmes qui ont besoin de lumière et de paix. 224 REVUE DOMINICAINE R.P.Lamarche, O.P.Petit Catéchisme électoral à l\u2019usage du peuple.Tract de propagande où sont exposés, sous une forme familière et simple et procédant par demandes, réponses, explications, les devoirs du citoyen catholique en temps d\u2019élections.Ce catéchisme est divisé en quatre parties: De la nature du suffrage électoral \u2014 De l'obligation du vote \u2014 De l\u2019obligation du vote consciencieux \u2014 De la corruption électorale.1 exemplaire: $0.05\t100 exemplaires: $ 3.00 12\t\u201c\t0.50\t200\t\u201c\t5.00 50\t\u201c\t1.75\t5Ô0\t\u201c\t10.00 Adresser les commandes à l\u2019auteur, Couvent des Dominicains, St-Hyacinthe, P.Q.(Librairie P.Téqui, 82, rue Bonaparte, Paris) Abbe E.Duplessy.Benoît XV et la Guerre.(1 vol.in-12.Prix: 1 franc) TABLE DES CHAPITRES I.Les débuts.\u2014Le Conclave, l\u2019élection de Benoît XV.Ses premiers actes.\u2014 II.L\u2019allocution consistoriale du 22 janvier 1915.\u2014Tactiques des adversaires.Devoirs des catholiques.L\u2019allocution pontificale.\u2014 III.La prière pour la paix.\u2014 Ce que c\u2019est que la paix.La prière pontificale.Pacifiques et pacifistes.\u2014 IV.Du Consistoire à l\u2019interview.Quelques gestes du Pape.L\u2019offrande au Secours National.L\u2019interview accordée à M.Latapie.\u2014 V.L\u2019Allemagne blâmée.\u2014 Une conséquence de l\u2019interview.Lettre du ministre de Belgique.Réponse du cardinal Gasparri.\u2014 Le Temps et les Etudes.\u2014 VI.Quelques faits nouveaux.\u2014 Une visite au Vatican.La dépêche de Lourdes.Le \u201cpoint de vue\u201d du Pape.\u2014 VII.Le Consistoire de décembre 1916.\u2014 Coup d\u2019œil d\u2019ensemble sur la politique pontificale au cours de la guerre.L\u2019allocution du cardinal Amette.Abbe J.Millot, vicaire général de Versailles.Jésus-Christ veut des Prêtres.1 vol.in-18.Prix: 1 fr.25.Voilà un volume bien actuel qui aura sûrement beaucoup de lecteurs.Sans répéter son exquis petit ouvrage: \u201cSerai-je prêtre?\u201d l\u2019auteur traite, dans ce nouveau travail, la palpitante et importante question du recrutement sacerdotal.On connait sa manière et comment il sait, en mélangeant adroitement la théorie avec l\u2019histoire, faire entrer les idées dans les âmes.Traduit en langue espagnole, dès son apparition, cet ouvrage a été répandu largement en Espagne par les œuvres de vocation sacerdotales, et le cardinal-archevêque de Séville a attaché des indulgences à sa lecture.Il n\u2019aura pas moins de succès en France où nous avons, où nous auront tant besoin de prêtres.Superiorum permissu.De licentia Ordinarii. 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