Revue dominicaine, 1 février 1918, Février
[" XXIV«Année 2e Rosaire FÉVRIER 1918 REVUE DOMINICAINE Publiée mensuellement SOMMAIRE : R.P.M.-ALBERT MARION, O.P.LE PERE GONTHIER R.P.M.-CESLAS FOREST,O.P.s Fr.R-M.R.Fr.M.-A.M.FRA DOMENICO R.-M.R.A.-M.R.M.-C.F.-Partage des influences dans l\u2019Education \u2014 L\u2019Etat supplée les parents.-Correspondance intime -Tiburce et Valérien\u2014 Histoire de deux petits moutons -Consultations\u2014Le parjure juridique \u2014 Nos articles sur l\u2019Education -Dans l\u2019Ordre -Recensions \u2014 Livres, Revues, Almanachs ABONNEMENTS : CANADA : $1.00\t| ETATS-UNIS : $1.25 Avec le \u201c ROSAIRE POUR TOUS \u201d\t15 sous en plus par annés LE \u201c ROSAIRE ADMINISTRATION : SAINT-HYACINTHE CANADA MCMXVIII La \u2018terne Dominicaine\u201d PARAIT LE 25 DE CHAQUE MOIS La Revue Dominicaine, à part sa chronique des principaux événements \u201cdans l\u2019Eglise et dans l\u2019Ordre\u201d publie des articles de vulgarisation traitant d\u2019Ecriture Sainte, de théologie, d\u2019apologétique ou du droit canon, et même des études de littérature, de sociologie ou d\u2019histoire, pourvu que la religion y soit concernée en quelque manière.La Revue Dominicaine n\u2019a point de spécialité proprement dite dans le domaine religieux, mais elle accorde une attention particulière aux problèmes d\u2019apologétique envisagés surtout au point de vue canadien.Elle répond aussi aux consultations religieuses, et donne un compte-rendu des ouvrages dont on lui fait tenir un exemplaire.Collaborateurs à la Revue: RE.PP.Langeais, Rouleau, Charland, BrossEau, Lamarche, Cote, Marion, Martin, Richer, Trudeau.Leduc, Eorest, Perras, Proulx, Laeerriere, Dumont, des Frères-Prêcheurs; Breton, des Frères-Mineurs; Ville-neuve, des Oblats de Marie ; Mgr L.-A Paquet, P.A.; MM.les abbés Cubotte, Chapelain du Sacré-C«eur, au S&alt-au-Récollet; Courchesne, Professeur au Séminaire de IN\u2019i-colet; Jeannotte, Professeur au Grand Séminaire de Montréal ; Desranleau, Chancelier du Diocèse de Saint-H jacinthe; Melàncon, Chapelain du Pensionnat d\u2019Outremont; Desciiesnes, Vicaire au Saint-Enfant-Jésus de Montréal; Laeerriere, Professeur au Séminaire de Saint-H jacinthe ; Gelinas, Professeur au Séminaire des Trois-Rivières.Le dernier manuscrit est remis à l\u2019imprimeur le 15 du mois. PARTAGE DES INFLUENCES DANS L\u2019EDUCATION L\u2019ÉTAT SUPPLÉE LES PARENTS Bien différents l\u2019un de l\u2019autre sont le droit des parents et le droit de l\u2019Etat en matière d\u2019éducation.Le droit des parents prend sa source dans l\u2019acte de paternité qui donne la vie à l\u2019enfant; le droit de l\u2019Etat plonge ses racines dans les exigences du bien commun temporel de la société.Le droit des parents est premier, comme se tenant plus proche de la nature dont il sort par une éclosion immédiate; le droit de l\u2019Etat, n\u2019apparaît qu\u2019au second plan, après que l\u2019ordre naturel s\u2019est développé et que, sous une impulsion irrésistible, les familles se sont groupées en un corps plus vaste, plus fort et plus parfait : la société civile.Le droit des parents s\u2019exerce directement pour le bien particulier de l\u2019enfant; le droit de l\u2019Etat cherche avant tout le bien commun de la nation.Le droit de l\u2019Etat est plus haut, en tant qu\u2019il pourvoit aux intérêts généraux de 'l\u2019instruction publique; le droit des parents est plus précis, en tant qu\u2019il s\u2019applique à tous les détails de l\u2019éducation.Contenus dans les bornes de ces distinctions, ces deux pouvoirs s\u2019établissent, fonctionnent, atteignent leur fin respective sans empiéter l\u2019un sur l\u2019autre.Ni le droit des parents n\u2019exclut celui de l\u2019Etat; ni l\u2019action de l\u2019Etat ne supprime celle des parents : chacun a sa sphère d\u2019activité propre.Sur certains points, il est vrai, notamment en ce qui regarde l\u2019instruction scolaire profane, les influences se rapprochent, ou se croisent, ou se mêlent dans un même objet.De toute nécessité, l\u2019ordre, la hiérarchie, la subordination s\u2019impose.Dans ces rencontres, la préséance ne saurait être douteuse: la fin de la société civile étant supérieure à cede Revue Dominicaine, Février 1918 34 REVUE DOMINICAINE de la société domestique, les parents doivent être subordonnés à l\u2019Etat, et l\u2019Etat doit contrôler l\u2019action des parents.Mais ni la subordination des parents n\u2019implique l\u2019annulation de leurs droits, ni le contrôle de l\u2019Etat ne comporte la maîtrise absolue des écoles : la liberté de renseignement doit être corrigée par un interventionnisme partiel.Le respect mutuel s\u2019impose.Ces vérités sont déjà connues.(1) D\u2019autres questions, maintenant, surgissent d\u2019elles-mêmes dans notre esprit.En quoi consiste la subordination des parents ?Comment doit s\u2019exercer le contrôle de l\u2019Etat?Ces deux questions n\u2019en font qu\u2019une ; et elle se résout, avons-nous dit, par une sage modération, en tenant le milieu entre les extrêmes.Mais quelles maximes président au partage de fait entre l\u2019Etat et la famille?Voilà tout le sujet de cet article.ETotre but sera pleinement atteint, si nous parvenons à montrer que les deux droits éducateurs, celui de l\u2019Etat et celui des parents, bien loin de s\u2019opposer l\u2019un à l\u2019autre, s\u2019appellent, se coordonnent et s\u2019harmonisent pour une action commune plus intense.* * * Dès qu\u2019il s\u2019agit de fixer le juste milieu en matière d\u2019éducation, la famille et l\u2019Etat ne manquent jamais l\u2019un plus que l\u2019autre de champions pour leur cause.C\u2019est la question de partage entre ces deux forces, ces deux droits, qui a tenu en suspens les esprits.L\u2019Etat a des intérêts communs, et chaque famille ses intérêts particuliers.Fixer aux uns et aux autres leur juste place est difficile, parce qu\u2019ils n\u2019inspirent pas une sollicitude égale à l\u2019homme, leur arbitre.Les extrémistes, partisans du monopole absolu et défenseurs de la liberté complète, écartés une première fois à cause de leur doctrine intransigeante, entrent de nouveau en scène et s\u2019efforcent, n\u2019ayant pu emporter tout le morceau, de s\u2019emparer au moins de la plus grosse part.Suivant le parti auquel ils appartiennent, les docteurs nous montrent l\u2019éducation tantôt presque entièrement aux mains de l\u2019Etat, tantôt nresque entièrement aux mains de la famille.C\u2019est une oscillation régulière dont le régime de l\u2019école publique, neutre et obligatoire termine l\u2019un des mouvements ; dont le système (1) Voir Revue dominicaine, décembre 1917, (Le Droit des parents) et janv.1918, (Le Rôle de l'Etat) 35 PARTAGE DES INFLUENCES DANS L\u2019ÉDUCATION de l\u2019enseignement libre sous l\u2019œil paterne de l\u2019Etat-gendarme marque la fin de l\u2019autre.Entre ces deux extrêmes, les mille' nuances de l\u2019arc-en-ciel.Le moyen de garder, dans cette complexité d\u2019opinions, l\u2019exacte proportion des choses ?Il n\u2019y en a qu\u2019un, c\u2019est de remonter aux sources du droit et de le contempler au moment où il jaillit du sol en un flot pur, afin d\u2019en saisir la limpidité cristalline, d\u2019en suivre facilement le cours et d\u2019en écarter sûrement les eaux troubles qui tenteraient de le contaminer.Tout se tient dans l\u2019organisme du pouvoir civil : Faction se proportionne toujours à la nature, et la nature se détermine nécessairement par la raison d\u2019être.Jusqu\u2019à quel point l\u2019intervention de l\u2019Etat est licite ou requise?Demander cela, c\u2019est au fond demander comment se forme et sur quoi se fonde le droit d\u2019intervention de l\u2019Etat?Car si vous n'allez pas jusqu\u2019à la loi d\u2019existence, vous ne saurez pas la loi de formation, vous ne saurez pas non plus la loi d\u2019action ; vous en parlerez sans principes assurés, au hasard, sans rien savoir au juste de ce que suppose, en éducation comme en quoi que ce soit, la mise en œuvre du pouvoir civil.(Cf.R.P.Sertillanges : L\u2019Educ., p.52) Le droit de l\u2019Etat en matière d\u2019enseignement, nous lui avons donné pour unique raison d\u2019être et pour cause déterminante de sa formation les exigences du bien commun ; ce sont ces mêmes exigences du bien commun que nous lui don nerons encore pour principes directeurs de son action.Rous n\u2019y serions pas invités par le souci d\u2019harmoniser l\u2019opération avec la nature de l\u2019être, que la nécessité de proportionner l\u2019action éducatrice de l\u2019Etat à son objet nous forcerait d\u2019en agir ainsi.L\u2019action est toujours spécifiée par son objet; et l\u2019objet du droit de l\u2019Etat sur l\u2019enseignement, c'est précisément de procurer d\u2019une façon parfaite le bien social, ou de combler les lacunes dont souffrirait l\u2019intérêt général sans le progrès de l\u2019instruction publique; il est donc naturel que l\u2019action éducatrice de l\u2019Etat suive la direction imprimée par les exigences du bien commun.LTon, nous ne devons point hésiter, dans cette question si controversée du partage des influences entre l\u2019Etat et la famille, à recourir aux exigences du bien commun: elles sollicitent l\u2019intervention des gouvernements; elles lui servent de fils conducteurs dans toute la sphère de son activité; elle? 36 REVUE DOMINICAINE la soutiennent du centre d\u2019où elle s\u2019élance jusqu\u2019aux dernières superficies où elle s\u2019arrête ; elles la sauvegardent et l\u2019empêchent de s\u2019écouler à gauche ou à droite en des fuites irrégulières, frauduleuses, abusives et décevantes; elles donnent la clef de solution de toutes les difficultés.Or, 'le bien commun, mis en regard du droit éducateur de l\u2019Etat, exige deux choses : premièrement, que ce droit éducateur s\u2019exerce par mode de suppléance; secondement, que cette suppléance elle-même s\u2019exerce par mode de protection e't d\u2019assistance, accordées aux parents.Prouvons l\u2019une et l\u2019autre de ces propositions.* * * Comme l\u2019utilité générale ne peut être servie que par la collaboration des particuliers, et qu\u2019ils ne la peuvent servir sinon par certains renoncements à leur autonomie, l\u2019homme, prévenu contre ces sacrifices, est tenté de croire ennemis l\u2019intérêt public et l\u2019intérêt individuel, et de refuser tout sacrifice à la cause sociale.Or, plus celle-ci est méconnue, plus s\u2019appauvrissent les forces protectrices de l\u2019ordre juridique et les forces supplétoires de la prospérité publique, et, quand la société reste ainsi sans défense, les intérêts généraux entraînent dans leur ruine les intérêts particuliers.Alors apparaît, trop tard, qu\u2019au lieu d\u2019être adverses, ils étaient solidaires et qu\u2019il eût fallu, pour protéger et promouvoir ceux-ci, protéger et promouvoir ceux-là.(Cf.M.Etienne Lamy: La flamme qui ne doit point s\u2019éteindre) Ainsi se dessine le caractère du bien commun à l\u2019égard des biens particuliers : il ne les diminue point, il les prolonge plutôt et les complète; il est un degré supérieur de sécurité et de progrès, vers lequel se dirigent les citoyens isolés, mais qu\u2019ils ne peuvent atteindre parfaitement par leurs efforts individuels; en un mot, c\u2019est un bien plus riche qui supplée a l\u2019insuffisance des biens particuliers.De ce caractère supplétoire du bien commun rayonnent tous les principes illuminateurs de la mission de l\u2019Etat.Nulle autre chose n\u2019en livre plus complètement la nature avec ses secrets.Regardant à la fin poursuivie, nous pouvons, en effet, définir le rôle éducateur de l\u2019Etat : une fonction du pouvoir civil qui a pour objet de suppléer les parents dans l\u2019instruction scolaire profane de leurs enfants. 37 PARTAGE DES INFLUENCES DANS L\u2019ÉDUCATION Remarquons bien ce mot suppléer : cela ne signifie point supplanter, mais seconder, pour le faire porter plus loin, le travail éducateur des familles.On voit par là dans quelle erreur tombent les étatistes, en affirmant que le droit des parents n\u2019existe que par la volonté ou par la délégation de l\u2019Etat.A les entendre, le professorat ne serait qu\u2019une fonction accordée par l\u2019Etat à qui il veut, et personne, pas même le père de famille à l\u2019endroit de ses enfants, ne saurait la réclamer comme un droit.Eli ! bien, non, les parents n\u2019ont pas besoin de cette autorisation de l\u2019Etat pour distribuer l\u2019instruction; puisque, de par leur paternité, ils sont les premiers maîtres et les éducateurs naturels de leurs enfants.Tout ce que les exigences du bien commun accordent à l\u2019Etat, c\u2019est un pouvoir de suppléance.Or un pouvoir de suppléance, par définition, s\u2019établit sur des données fournies d\u2019ailleurs ; il ne crée point en quelque sorte son objet, en l\u2019autorisant à naître.Ae pouvant empêcher les parents d\u2019instruire leurs enfants, l\u2019Etat possède du moins le droit d\u2019influer moralement ( 1 ) sur leur action éducatrice, pour la rendre conforme aux exigences du bien commun; mais cette influence morale elle-même, pour être légitime, ne doit jamais s\u2019écarter du caractère de suppléance qui domine toute la mission de l\u2019Etat.Certes, cela ne veut pas dire que l\u2019Etat ne puisse prendre aucune initiative, ni décréter aucune mesure obligatoire, ni imposer aucune peine aux récalcitrants : la motion morale, privée de ces aiguillons, ne serait plus qu\u2019un appât dérisoire; (2) mais cela veut dire que l\u2019Etat, dans ses préceptes (1)\tOn distingue généralement deux sortes de subordinations des causes : la subordination accidentelle qui consiste en ce que la cause inférieure reçoit de la cause supérieure la puissance d\u2019agir, et la subordination essentielle par laquelle l\u2019action même de la cause inférieure dépend de la cause supérieure.Cette dernière subordination peut être : ou physique, lorsque la cause supérieure détermine la cause inférieure à agir, en lui donnant une impulsion intime par mode de cause efficiente ; ou morale, si la première invite la seconde à se déterminer, en l\u2019attirant du dehors par mode de cause finale.(2)\tOmrvis motio moralis videtur nihil aliud esse quam propo-sitio objecti diversimode facta consulendo, adhortando, deprecando, intimando, etc., vel quidquid sit, sive consilium, sive exhortâtio, sine suasio, sive deprecatio, sive praeceptum, fundatur in propositions objecti et absque ea fieri non potest.(Billuart: De Deo.Dissert, VIII.a.V ) 38 REVUE DOMINICAINE comme dans ses conseils, dans ses réprimandes comme dans ses encouragements, dans ses peines comme dans ses récompenses, doit se proposer uniquement, qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019hygiène, de moralité ou de compétence, de suppléer à l\u2019insuffisance de l\u2019éducation familiale.Toute entreprise du pouvoir civil qui ne tendrait pas à cette fin serait par le fait même abusive et nulle.Ainsi, que le Gouvernement, s\u2019il le juge nécessaire au développement économique d\u2019une province, prescrive l\u2019enseignement de l\u2019anglais dans les écoles, c\u2019est juste; mais que, en plus, il défende d\u2019y enseigner le français, lorsque l\u2019étude de cette langue maternelle ne nuit aucunemnt à celle de l\u2019anglais, c\u2019est un monstrueux abus de pouvoir.De même, que le Gouvernement, par brevets d\u2019enseignement ou autrement, se rende compte de la compétence des instituteurs, c\u2019est juste; mais que, pour l\u2019obtention d\u2019un brevet, il pose des conditions abusives, perfides, tendancieuses, des conditions qui transforment en incapacité le simple fait de déplaire aux ministres ou de gêner leur politique, des conditions, en un mot, qui ne donnent aucune garantie de compétence et de moralité, c\u2019est un monstrueux abus de pouvoir.La raison de ces différences saute aux yeux: dans les premiers cas, le Gouvernement assure l\u2019intérêt général en secondant l\u2019action des parents, il reste dans son rôle d\u2019éducateur suppléant ; dans les seconds, le Gouvernement entrave l\u2019action des parents sans utilité pour le bien commun, il s\u2019arroge les prérogatives de premier maître de l\u2019enfant Sans doute il peut arriver que l\u2019Etat, dans l\u2019exercice légitime de son droit éducateur, décrète des lois ou prenne des mesures qui ne cadrent pas avec les vues des parents.Alors, personne ne le conteste, le devoir de tous est d\u2019obéir.Mais, qu\u2019on le remarque bien, ni ces lois ni ces mesures, si elles sont vraiment légitimes et qu\u2019elles répondent réellement aux exigences du bien commun, ne sauraient être préjudiciables aux intérêts particuliers des enfants.Elles doivent plutôt favoriser leur instruction; car le bien commun non seulement respecte les biens individuels, mais encore les pro-Jonge et les complète.Sur ce point, l\u2019instruction possède des avantages marqués sur les propriétés privées: pour jouir de l\u2019action bienfaisante de l\u2019Etat, les citoyens n\u2019ont pas à PARTAGE DES INFLUENCES DANS L\u2019EDUCATION 39 payer l'impôt de la science, comme ils ont à payer l\u2019impôt des richesses; l\u2019esprit s\u2019enrichit sans rien débourser.Dans ces conditions, il nous paraît impossible que l\u2019opposition des parents au Gouvernement devienne générale et dure longtemps.Un père saisit facilement ce qui est avan- tageux pour ses fils, et son cœur l\u2019entraîne vite à bénir qui- conque le protège.Mais défions-nous de ces règlements scolaires qui soulèvent l\u2019indignation unanime et prolongée des parents : ils sont marqués du signe de l\u2019abus et de la tyrannie.Le critère n\u2019est pas infaillible, mais moralement certain.Quoi qu\u2019il en soit, aucune mesure du Gouvernement en matière d\u2019éducation ne saurait être légitime si elle n\u2019est exigée par le progrès général de l\u2019instruction publique, et le progrès général de l\u2019instruction publique ne saurait exiger rien qui ne supplée simplement à l\u2019insuffisance de l\u2019instruction familiale.Car, en matière d\u2019éducation, l\u2019Etat n\u2019a qu\u2019un droit de suppléance, et ce droit de suppléance n\u2019est fondée que sur les exigences du bien commun.Voilà donc à quoi se réduisent ces deux si terribles vérités: la subordination des parents à l\u2019Etat au point de vue de l\u2019enseignement profane, et le contrôle du Gouvernement sur les écoles.On a paru quelque peu étonné, en certain quartiers, de les entendre proclamer; on crut y voir comme un blanc-seing donné à Messieurs les Ministres pour leur permettre de faire main basse sur tout ce qui regarde l\u2019instruction.Or, en définitive, nous nous trouvons en face d\u2019un simple agencement des droits éducateurs, par lequel l\u2019Etat se charge de seconder les parents en ce qui touche l\u2019intérêt général, et les parents attendent de l\u2019Etat le complément nécessaire de leurs travaux.* * * Mais il ne suffit pas de dire, d\u2019une façon générale, que le contrôle de l\u2019Etat sur les écoles s\u2019exerce par mode de suppléance; il faut, en plus, préciser les différentes formes que revêt cette fonction de suppléance.Les arbres ne se composent pas uniquement de racines et de tiges ; ils s\u2019étalent encore en des ramures épaisses et des feuillages verdoyants.Sur l\u2019arbre du droit éducateur de l\u2019Etat, l\u2019on remarque deux branches principales qui se partagent toute la sève nourricière et la distribuent aux multiples rameaux de la 40 REVUE DOMINICAINE cime: l\u2019une représente le rôle de protecteur des droits privés, l\u2019autre symbolise la fonction de promoteur du progrès.En matière d\u2019éducation, en effet, l\u2019Etat peut suppléer les parents de deux façons : il les supplée d\u2019abord dans la conservation de leurs droits, il les supplée ensuite dans le développement de leurs activités.Ici encore, ces deux fonctions du pouvoir éducateur de l\u2019Etat prennent leur source dans les exigences du bien commun.Le bien commun, en effet, consiste essentiellement dans la paix et la prospérité publiques.Or la paix publique, d\u2019une part, ne règne que sous la tutelle juridique de l\u2019autorité sociale qui protège le pays contre les dangers extérieurs et intérieurs, sauvegarde les droits des individus et des fa-milles et règle les différends entre les citoyens.D\u2019autre part, la prospérité publique ne s\u2019obtient que par l\u2019assistance générale du Gouvernement, assistance qui suscite les initiatives privées, soutient les efforts personnels et favorise le développement progressif des forces physiques, intellectuelles et morales de l\u2019individu, en conformité permanente avec sa tin supérieure et ultime.Sans la tutelle juridique de l\u2019autorité sociale, les droits indispensables de l\u2019homme et de la famille ne seraient pas suffisamment sauvegardés, la justice 11e régnerait pas parmi les citoyens.Sans l\u2019assistance générale du Gouvernement, beaucoup n\u2019arriveraient point à leur complet développement.Il y a donc, pour l\u2019Etat, deux objets partiels à atteindre, deux fonctions à remplir : la fonction de protéger et la fonction d\u2019aider.Mais qui ne voit que ces deux fonctions ne sont que des applications ou des formes particulières de la fonction plus générale de suppléer ?Quoi qu\u2019il fasse, l\u2019Etat supplée toujours aux insuffisances que l\u2019isolement imposerait aux unités sociales : en protégeant, il les supplée dans la conservation de leurs droits ; en aidant, il les supplée dans le développement de leurs activités.Les branches de l\u2019arbre s\u2019élancent d\u2019une même tige en des directions opposées, mais c\u2019est toujours la même sève qui les vivifie.Il suit de là, pour qui sait voir les conséquences d\u2019un principe, que l\u2019Etat, mis en face des familles, a certes le droit de contrôler leur enseignement en vue du bien commun, mais que jamais dans l\u2019exercice de ce contrôle, sauf en cas PARTAGE DES INFLUENCES DANS L\u2019ÉDUCATION 41 d\u2019indignité, il ne pent passer par dessus la tête des parents pour aller directement à l\u2019enfant.Il suit de là encore que l\u2019Etat, bien loin de se montrer tracassier et envahisseur, doit plutôt chercher dans ses règlements scolaires à susciter les initiatives familiales, à les encourager, à les faire aboutir, de sorte qu\u2019il n\u2019ait à intervenir qu\u2019en vue de combler le déficit de l\u2019action.Après ces efforts, mais -après seulement, l\u2019Etat pourra encore, si l\u2019intérêt général l\u2019exige, fonder des écoles et se faire instituteur par lui-même.Mais alors, il va de soi que les écoles, même celles de l\u2019Etat, et que les maîtres, même ceux qui sont à la solde de l\u2019Etat, doivent être autant que possible selon le cœur des parents : de cette façon seule, l\u2019Etat remplit son rôle d\u2019éducateur suppléant.Concluons donc avec certitude que contrôler l\u2019enseignement, c\u2019est pour l\u2019Etat, non pas supprimer les parents, mais les suppléer; et suppléer les parents, c\u2019est en premier lien défendre et protéger leurs droits naturels, et en second lieu c\u2019est seconder, pour le faire porter plus loin, le travail éducateur des familles.A plusieurs reprises, nos adversaires ontariens ont émis l\u2019opinion que la seule manière de se montrer injuste dans ses lois scolaires serait, pour le Gouvernement, de violer la constitution du pays.Qu\u2019on nous permette d\u2019en signaler trois autres : la première, ce serait de supprimer le droit antérieur des parents et de s\u2019arroger les prérogatives du droit vrai, du droit premier, du droit unique; la deuxième, ce serait de ne pas respecter et protéger, autant que le permet l\u2019intérêt général, l\u2019autonomie des familles ; la troisième, ce serait de refaser aux parents T assistance qui leur f ournirait les moyens de remplir efficacement leur mission éducatrice.Dans tous ces cas, l\u2019action du Gouvernement dépasse les bornes d\u2019une simple suppléance, elle constitue de monstrueux abus de pouvoir.\u2022$£ Il n\u2019entre point dans le cadre de ce travail de procéder au partage détaillé et minutieux entre ce qui demeure aux mains des parents et ce qui revient à l\u2019Etat dans l\u2019exercice pratique de leurs droits respectifs : nous voulions uniquement indiquer les maximes qui président à ce partage et fixer le rang qui revient à chacune d\u2019elles. 42 REVUE DOMINICAINE Les solutions pratiques préservent d\u2019un faux pas * les principes aplanissent toute la route.Les solutions pratiques font jaillir dans l\u2019intellect une étincelle éphémère; les principes y allument une flamme qui ne doit plus s\u2019éteindre.Les solutions pratiques passent et varient, comme les faits qui les provoquent; les principes demeurent éternellement, comme les essences d\u2019où ils émanent.Aussi bien, dans ce temps de luttes et de crises que nous traversons, maintenant que le Gouvernement de l\u2019Ontario s\u2019efforce de toutes manières d\u2019imposer ses règlements tyranniques, que les projets de conciliation se succèdent sous les milles formes du caméléon tentateur, et que la situation des Canadiens-français se modifie de mois en mois, de jour en jour, les esprits ont besoin, pour se guider, de principes éternels qui dominent et éclairent toute la question, bien plus encore que de solutions pratiques isolées qui ne s\u2019appliquent qu\u2019à tel ou tel cas.Cette règle fixe, nous l\u2019avons tirée du principe générateur de tous les pouvoirs de l\u2019Etat: les exigences du bien commun; et convaincu de la légitimité de nos déductions, nous n\u2019hésitons pas à dire que, en cette matière de l\u2019éducation, il y a place pour l\u2019exercice de deux droits : celui des parents et celui de l\u2019Etat ; et que, dans ce partage d\u2019influences, l\u2019Etat ne peut, en thèse générale, revendiquer pour soi un rôle plus étendu que celui de simple suppléance.\u201c Ces deux organismes emboîtés, comme dit le R.P.Sertillanges, (L'Educ., p.90) se conditionnent réciproquement, se limitent, se jugent.Ils doivent céder à tour de rôle, suivant les cas que présente leur fonctionnement réciproque; ils doivent se respecter toujours et coopérer loyalement pour que le but qu\u2019ils poursuivent en commun, et qui n\u2019est autre que le bien de leurs membres : le bien de chacun, le bien de tous, résulte d\u2019une entente qui saura se faire féconde.\u201d Er.M.-Albert Marion, O.P. CORRESPONDANCE INTIME LETTRES A ÜN AMI Des obstacles d'ordre plutôt matériel nous empêchent de réaliser de suite le voeu formulé avec tant d\u2019autorité par M.l\u2019abbé Camile Roy, dans la Nouvelle-France, et secondé par les admirateurs du regretté Père Gonthier: la publication en volume des nombreux articles qu\u2019il offrit à ce périodique durant plus de quinze ans.Par contre, et grâce au bon vouloir et cl la confiante amabilité de ses parents et amis, nous avons pu réunir un certain nombre de Lettres à eux adressées par le moine écrivain, et nous les livrons au public, après avoir opéré un choix parmi les plus intéressantes.Dans Cbtte entreprise, la Revue dominicaine se propose un double but qui n\u2019est sûrement pas un but de guerre.En premier lieu, but d\u2019édification religieuse et morale\u2019, tel message adressé_ soit à un séminariste, soit à une jeune religieuse, contient sur l\u2019emploi du temps, Vorientation des études, le choix des auteurs, les états d\u2019âmes, la vie d\u2019oraû son, Venseignement, l\u2019apostolat, des conseils éminemment pratiques, inspirés de Vexpérience et du savoir, non moins que d\u2019une surnaturelle affection.En second lieu, but d\u2019intérêt littéraire et psychologique : n\u2019entendez pas que ce religieux faisant le bien ait songé le moins du monde à bien faire ; il a usé largement de ce privilège d\u2019abandon familier concédé au genre lettre; mais, outre un tour original et pittoresque dont il ne se départit jamais, il fait montre, là comme ailleurs, de ses qualités naturelles cle clarté, cle décence et d\u2019ordre.C\u2019est du plus rare qu\u2019on le surprenne en négligé.Que de fois n\u2019a-t-il pas proclamé son divorce avec la littérature ! Mais au moment même, cette amie de jeunesse revenait subrepticement le tçnter, et elle obtenait des concessions d\u2019autant plus sûres qu\u2019il était le dernier à s\u2019en apercevoir.De plus, certaines lettres remontant jus- 44 REVUE DOMINICAINE qu\u2019en 1872, cest-à-dire jusqu'à l\u2019époque du Grand Séminaire¦¦ nous assistons, avec la joie répétée d\u2019une trouvaille, à l\u2019éclosion, puis au développement des goûts, des conceptions, des tendances, de la manière enfin qui formeront bientôt la personnalité définitive cle l\u2019homme et de l\u2019écrivain.St-Apollinaire, 13 août 1872 Mon cher ami, Il y a bien longtemps que ton aimable lettre m\u2019est arrivée.Pardonne-moi, j\u2019ai eu tant de dérangements que tu ne peux m\u2019en vouloir.Je suis allé au pèlerinage de Ste-Anne, où j\u2019ai fait thuriféraire avec M.Ballantyne, céré-moniaire obligé pour la.circonstance.Là, je vis tous les amis du Petit-Cap: prêtres, ecclésiastiques, écoliers, et entre tous, puisqu\u2019il faut l\u2019appeler par son nom, Lawrence.(1) Tous étaient rendus au quai pour recevoir les pèlerins et regardaient de loin si, dans la multitude que le Saint-George versait sur le quai, ne paraîtrait pas enfin une figure amie.Enfin ils en virent à l\u2019avant-garde.Tout près de moi se tenait M.Marcoux dont les habiles conseils m\u2019avaient entraîné de Québec jusque là, à l\u2019insu de mon frère et presque de moi-même.Plus loin, Eric (2) avec Monsieur X: capitaine renard avec son ami bouc des plus haut encornés.Pour moi, je ne vis d\u2019abord que Lawrence.Mai?rendu près du groupe, je vis tous les autres, et lui, ses occupations l\u2019entraînaient ailleurs.Je ne le saluai qu\u2019après la messe, quitte à le lui faire payer dans les Annales du Petit-Cap, si M Marcoux réussissait à m\u2019entraîner jusque-là.Il réussit, et nous partîmes ensemble dans une calèche couverte, par une pluie battante, comme celle qui tourmente les âmes dans l\u2019Enfer de Dante.Atroce voiture que celle-là ! J\u2019en eus une maladie assez semblable au mal de mer et à une autre aussi qui porte le nom de l\u2019affreux véhicule.En arrivant au Petit-Cap, toutes les douleurs s\u2019évanouirent, et seules les joies restèrent à la vue des amis.J\u2019ai vu là des laïcs, MM.Blais et Vohl, le major, plusieurs Messieurs de St-Sulpice, des finissants et M.Lefebvre.(1)\tM.Lawrence Stafford, du Service civil, Ottawa.(2)\tEric Audette, en religion dom Corneille, mort en 1913, à la Chartreuse de Naples. CORRESPONDANCE INTIME 45 Et de Québec, il y en avait à foison, mais peu de prêtres.Ton Labbé (3) y nage à pleine eau, Alfred y savoure les fumées de sa pipe, Livernois vole des cigares, Faguy dort et ne fait rien.Tous passent le temps à marcher, à jouer, à caqueter, à jaser.Toutes les commères de St-Gervais y perdraient leurs dents.Mgr l\u2019Archevêque lui-même pan-lait.Et moi, le peu de temps que je passai là, je ne dormis guère et parlai beaucoup.J\u2019écrivis même les Annales du 26 où j\u2019ai amassé contre moi bien des trésors de rancune.Fie crois pas que je t\u2019aie oublié pendant ces jours heureux.J\u2019aurais voulu partager avec toi ces joies passagères du Petit-Cap.Elles eussent été plus douces encore et plus profondes.Mais du moins, je parlai de toi bien souvent et toujours je recueillis de tous ceux qui te connaissent de nombreux témoignages de sympathie à ton égard.Donc, après trois jours de bonheur, je laissai le Petit-Cap pour retourner dans ma famille.Depuis que je suis revenu au foyer, j\u2019ai reçu ton aimable letre.Ça été une des premières joies du retour.Mon frère (4) a voulu absolument en entendre la lecture.Il trouve que c\u2019est bien encore son élève d\u2019autrefois, aven des perfections que le temps et.le travail ont ajoutées.Je te remercie une fois de plus de tes bons sentiments et t\u2019aime encore comme si tu étais en troisième.Tout à toi, Th.Gonthier Québec, Grand Séminaire, 13 septembre 1872 Mon bien cher ami, Je ne voulais pas t\u2019écrire à Lorette.Mais voyant que ta santé ne sera peut-être pas sitôt remise à flot, je change de dessein.J\u2019écris, mais je n\u2019ai pas de nouvelles.Je suis un peu comme Lawrence, j\u2019aime mieux écrire quand je n\u2019ai rien à dire.Chacun son goût.(3)\tL\u2019abbé René Labbé, successivement curé de Stoncbarn, de Lyster et de St-Laurent, Ile d\u2019Orléans.Décédé le 14 juillet 1914.(4)\tL\u2019abbé Darnase Gonthier, curé à St-Apollinaire, puis à Ste-CIaire de Dorchester, où il mourut subitement, le 10 novembre 1878, dans la chambre d\u2019un malade qu\u2019il venait de communier. 46 REVUE DOMINICAINE J\u2019espère toujours que tu nous reviendras bientôt, avec une santé parfaitement réparée, habiter dans la paix de Dieu ta chère solitude du Grand Séminaire.Le Bon Dieu y a déjà mis je ne sais quelle atmosphère de paix et de sereine tranquillité.Viens quand tu seras remis.Un ami t\u2019attend pour panser tes blessures.Je crois sincèrement que Dieu veut te donner ici les consolations qu\u2019il t\u2019a ravies au sein de ta famille.Je sais bien que rien ici-bas ne peut remplacer ce que tu as perdu, mais Dieu Lui-même remplace tout.Il a arraché de ton cœur les plus saintes affections de la terre ; c\u2019est qu II veut à leur place en faire croître d\u2019autres qui ne soient pas de la terre, mais du ciel, et remplissent le vide cruel que Lui-même a creusé au fond de ton cœur.C\u2019est un Dieu jaloux; Il t\u2019éprouve pour t\u2019aimer et être aimé davantage ; Il ne fait rien que par bonté.Ce sont bien là des choses que nous savons tous; mais quand viennent les jours de douleur et de deuil, l\u2019esprit a beau y croire, le cœur n\u2019y croit jamais.ISTous sommes tous faits ainsi.La coupe d\u2019absinte n\u2019est jamais douce au cœur quand on y trempe ses lèvres.Et pourtant elle lui rend la santé.Si j\u2019en crois mes espérances, Dieu ne te ménagera pas les consolations tant spirituelles que temporelles ; car tant que nous serons hommes, nous aurons besoin des deux; et Il sait faire épanouir la rose même sur les épines.Ici, au Grand Séminaire, tu n\u2019auras qu\u2019un désagrément : tu seras mon voisin.En classe tout ira à merveille, sans doute, avec l\u2019aimable jeunesse dont la Providence a formé ta famille.Ton charmant Alphonse et tous les autres t\u2019ouvriront leur corolle et t\u2019enverront leur parfum, comme une brise du ciel, pour rafraîchir et enivrer ton âme.Pour moi, dans ma pauvre quatrième, j\u2019ai rencontré bien des épines, mais je n\u2019ai pas trouvé de roses.Ils sont d\u2019une faiblesse désolante, ces pauvres élèves, et presque insupportables.Je fais tout mon possible pour être sévère.Je n\u2019ai pas encore réussi; mais j\u2019espère bien que ça viendra.Tous nos jeunes lévites de l\u2019année sont joyeux et heureux comme poissons dans l\u2019eau. CORRESPONDANCE INTIME 47 Ma famille à moi a l\u2019air bien.J\u2019ai vu récemment Amedée, Baptiste, J^awrence, Asselin & Cie.Tous ont hâte de te revoir ici en parfaite santé.Adieu ! mon cher ami, Tout à toi, Th.Gonthier FRAGMENTS St-Apollinaire, septembre 1872 Le silence et l\u2019oubli font ce que les récriminations ne pourraient faire.Je suis tranquille.La nuit de mon départ (1) malgré la lenteur du petit vaisseau qui allait me rendre à ma famille, je n\u2019avais ni amertume, ni impatience, ni douleur.Le dernier coup s\u2019était donné à l\u2019heure du départ.Toute douleur s\u2019en était allée avec le dernier adieu qui m\u2019avait déchiré l\u2019âme, et maintenant seul, penché au bord du petit vaisseau qui nous portait, je regardais et j\u2019admirais en silence les magnificences de cette nuit sur les flots.Là bas, dans l\u2019ombre, j\u2019apercevais les rivages de Saint-Augustin et de la Pointe-aux-Trembles, revêtus de té-nèbres, le front couronné des pâles lumières de la nuit, les pieds baignés aux flots silencieux.Sur ma tête, un ciel sans nuage et d\u2019incomparables étoiles se répétaient dans une onde sans ride.La lune qui descendait lentement vers l\u2019horizon traçait sur les flots des pyramides éblouissantes, des colonnes de feu et d\u2019innombrables soleils qui se jouaient avec les vagues autour du vaisseau.J\u2019étais seul à jouir de ce spectacle.J\u2019entendais seul la plainte de la vague brisée par le vaisseau qui s\u2019écartait devant lui et revenait à mes pieds se plaindre et mourir.Toutes ces harmonies et ces splendeurs m\u2019enivraient sans me troubler.Je jouissais en paix de cette sereine lumière, de ces ombres sans frayeur, et de ces mille bruits que personne ne daignait recueillir.J\u2019étais seul.Mais j\u2019avais la consolation de penser à mes amis pendant qu\u2019ils dormaient.En prêtant l\u2019oreille à la brise légère de la nuit, il me semblait entendre battre leur (1) Départ du Séminaire pour cause de santé. 48 REVUE DOMINICAINE cœur, les entendre dormir et rêver.Et quand j\u2019arrivai au rivage de St-Antoine déjà illuminé des premiers feux du jour, je me pris à regretter les douces joies de cette nuit passée seul entre le ciel et les flots.Ce calme-là ne m\u2019a pas abandonné depuis.Je suis heureux.Donc je me rétablirai bientôt.J\u2019ai commencé à travailler, du reste: je suis vicaire et jardinier.Adieu ! mon cher ami.Salue bien tous les confrères et tous les frères.Tout à toi, Tir.Gonthiek St-Apollinaire, septembre 1872 0,\u2019est fait, passons : passons sans nous arrêter devant mes chers seconds eux-mêmes.Ils ne sont pas si pressés qu\u2019ils ne puissent nous regarder un instant.Ils n\u2019auront pas besoin d\u2019aller plus doucement.Mais qui veut aller loin ménage sa monture! Ils sont sages! Je voudrais l\u2019être comme eux.Moi je suis fou, je l\u2019ai été et je le serai.\u201cDans sa peau mourra le renard\u201d et moi je mourrai dans ma.folie.D\u2019ailleurs la sagesse m\u2019est désormais impossible, car il faut chez moi que l\u2019âme tue le corps.Ah! si j\u2019étais, sûr de mourir bientôt, je serais heureux.Je ne demande qu\u2019une chose, c\u2019est de ne pas traîner ici-bas des années longues et inutiles, pour attrister et embarrasser ma famille.J\u2019y pensais hier en me promenant le soir sur la galerie, au clair de la lune.Je voyais ces pâles rayons illuminer les rustiques inscriptions qui marquent des tombes ignorées.Et je me disais: Dans un an peut-être, mon corps reposera ici, à côté de frères inconnus, loin de tant d\u2019amis qui me furent si chers et ne reposeront jamais près de moi.Peut-être même, ma famille quittera ces tristes lieux.Mais qu\u2019importe que mon corps repose loin de tous ceux que j\u2019ai aimés, si mon amour les suit partout ici-bas et si nos cœurs s\u2019unissent là-haut dans celui de Dieu! Pourquoi ne pas aimer la mort?Ma famille n\u2019a pas besoin de moi; tous mes amis sont chrétiens et peut-être une dernière parole au bord du tombeau leur serait plus utile dans la lutte que tous les conseils quand je suis en santé! CORRESPONDANCE INTIME 49 Ainsi pensais-je.Je rentrai là-dessus.C\u2019était l\u2019heure des cartes, et la mélancolie s\u2019en alla.Aujourd\u2019hui elle n\u2019est pas encore revenue.Mais je ne suis pas bien.Et pour achever ta lettre, je suis obligé de me mettre à genoux; la chaise me fatigue tant, qu\u2019elle m\u2019est insupportable.Cela veut dire que je ne suis guère mieux.Au fait, je suis encore aussi faible qu\u2019à mon arrivée ici ; l\u2019estomac ne se presse guère; mais la voix est meilleure et je dors assez.Le moindre exercice m\u2019accable encore, et l\u2019air me fatigue.Donc, bien que je paraisse mieux, je puis assurer que je ne gagne à peu près rien à ce régime-là, et que le printemps seul ramènera la force et la vigueur.Je prends quand meme de l\u2019exercice.Jeudi dernier, je suis allé à pied avec mon frère voir Monsieur le curé de St-Agapit.Mous avons fait dans notre journée une marche de plus de trois lieues.En dépit des mauvaises nouvelles, je compte retourner à Québec dès la semaine prochaine.Je tâcherai d\u2019être plus raisonnable et je ne veux pas faire crier les autorités.Adieu ! Ma mère est malade et souffre beaucoup.Mon frère t\u2019envoie de tout son cœur mille saints-.Tout à toi, Th.Gonthier TIBURCE ET VALERIEW HISTOIRE DE DEUX PETITS MOUTONS Le pallium est une bande de laine blanche ornée de croix noires que le pape porte par-dessus ses vêtements pontificaux, et qu\u2019il envoie à tous les archevêques et à quelques évêques privilégiés.Vous vous demandez sans doute ce que le pallium vient faire dans mon histoire de moutons.C\u2019est bien simple.Le pallium a toujours été regardé par l\u2019Eglise comme une chose très sainte.Or ces choses-là ne se font pas arec la laine du premier mouton venu, comme les bas de de nos \u201ctommies.\u201dD\u2019après une tradition si poétique et si gracieuse qu\u2019elle a pu survivre à toutes les destructions d\u2019un siècle prosaïque et laid, on prend pour cela la laine de deux 50 REVUE DOMINICAINE petits moutons que l\u2019on a bénits solennellement dès leur entrée en ce monde et que l\u2019on a ensuite élevés loin de la corruption de ce siècle, dans un cloître de religieuses.Ces petits moutons ont une histoire délicieuse.que je m\u2019en vais vous raconter.* * * Transportons-nous d\u2019abord à Sainte-Agnès-hors-les-murs.C\u2019est le 21 janvier, le jour de la fête de la sainte.Dès les premières heures du jour, tout ce que Rome renferme de curieux, de dévotes et de gamins s\u2019est porté là pour assister à la bénédiction des agneaux.Comme nous somme- en retard, je vous avertis qu\u2019au premier moment nous ne verrons rien du tout.M.Ernest Bilodeau dit quelque part, \u201cqu\u2019il n\u2019a pas encore rencontré l\u2019obstacle humain ou naturel qui puisse empêcher un canadien de passer, quand il on a envie\u201d : j\u2019aurais bien voulu le voir à Sainte-Agnès ce jour-là.Dans cette vaste basilique sans bancs ni sièges d\u2019aucune sorte, la foule amassée depuis le matin formait un bloc qu\u2019un rayon de soleil n\u2019aurait pas traversé.Alors, quand on est loin d\u2019être un rayon de soleil.J\u2019essayai par la force, j\u2019essayai par la grâce, c\u2019était la même chose; il n\u2019y avait rien à faire.Je dus me résigner à rester en arrière et à adm'rer, pour la centième fois au moins, la beauté grave, sereine de ces vieilles basiliques des premiers temps chrétiens, pendant que des bribes de \u201cKyrie,\u201d de \u201cGloria\u201d et d\u2019oraisons, qui semblaient monter du baldaquin aux jolies colonnes de porphyre, nous arrivaient, avec des parfums d\u2019encens, pardessus les têtes de la foule en mouvement.Mais ce n\u2019était tout de même pas pour cela que j\u2019étais venu; et j\u2019allais faire le sacrifice de la fête, quand les petits moutons, que je croyais arrivés depuis longtemps, firent leur apparition.C\u2019étaient des amours de petits moutons tout blancs, tout jeunes,\u2014quelques jours à peine,\u2014un peu effarouchés par le brouhaha de la foule, enrubannés de rose et de bleu tendre, et portés dans de grandes corbeilles d\u2019osier que l\u2019on avait remplies à demi de feuillages et de fleurs.L\u2019un des paniers passa si près de moi, que je ne pus résister à la tentation de passer la main sur cette laine naissante qui deviendrait un jour un pallium d\u2019archevêque. TIBURCE ET VALERTEN 51 Le petit mouton me regarda avec de grands yeux très doux, \u2014des yeux de montons,\u2014mais où il me sembla voir percer un tout petit peu de vanité.Je n\u2019eus pas toutefois le temps d\u2019approfondir.Je venais d\u2019avoir une idée de génie: je venais de m\u2019apercevoir que A bloc de la foule que j\u2019avais cru impossible à entamer, s\u2019ouvrait devant les agneaux, comme la mer rouge sous la baguette de Moïse.Je n\u2019eus pas une seconde d\u2019hésitation.Je pris un air très grave, un grand air de protection sur les corbeilles en mouvement au-dessus des têtes de la foule, et j\u2019enfilai derrière.Avant que les gens, un peu abasourdis de me voir passer, eussent éventé mon truc, j\u2019étais arrivé à la lisière du chœur.* * * On était rendu à l\u2019Offertoire.On déposa les corbeilles sur un coin de l\u2019autel, et la messe continua.L\u2019un des petits moutons, enfoui dans le feuillage fleuri, ne donna pas signe de vie Mais l\u2019autre, l\u2019autre manqua complètement de tenue.Même aux moments les plus graves, on entendait sortir de la corbeille un petit bêlement effronté qui avait le don de mettre en joie, là-bas au fond de l\u2019église, mes compagnons de tout-à-l\u2019heure.Enfin la messe s\u2019acheva, et le cardinal, avec une solennité que l\u2019Eglise ne déploie que dans les grandes circonstances, procéda à la bénédiction des agneaux.Je 11e pourrais pas vous redire les prières qu\u2019il récita, mais il m\u2019est resté dans la mémoire qu\u2019elles étaient très pieuses, toutes remplies de ce symbolisme touchant qui est la caractéristique des prières antiques.On y parlait de Jésus-Christ, l\u2019Agneau divin immolé pour les péchés du monde; de sainte Agnès, cette autre petite brebis du bon Dieu, conduite à la boucherie à treize ans; en un mot, de tout ce que pouvaient suggérer d\u2019immolation, d\u2019innocence, de pureté, les deux pauvres petites choses étendues là dans les corbeilles fleuries.Et pendant que cette étrange cérémonie se déroulait, il me semblait voir surgir autour de moi tout un monde nouveau, ce monde du moyen-âge où j\u2019ai tant rêvé d\u2019avoir vécu, ce monde un peu fruste sans doute, mais si peu banal, si peu américain.Il me semblait que cette foule qui se 52 REVUE DOMINICAINE pressait là autour de moi, attentive aux moindres mouvements du prélat, n\u2019était plus cette foule sceptique et gouailleuse.accourue à cette fête comme à un spectacle, incapable d\u2019en comprendre la beauté et la poésie, mais; bien la foule de jadis à la foi naïve, à l\u2019imagination pieuse, pour qui une cérémonie comme celle-là semblait la chose la plus naturelle du monde.Mais mon rêve s\u2019évanouit brusquement, quand, au moment où le cardinal balançait l\u2019encensoir sous le nez des petits moutons, j\u2019entendis, à côté de moi, une américaine qui disait à sa voisine avec un rire bête: \u201cOh ! it is funny\u201d ! Décidément, nous étions bien au XXe siècle.* * * Revenons à nos moutons.La cérémonie terminée, on le3 porte dans un monastère de bénédictines, celles de Sainte-Cécile, je crois.Elles en appellent un Tiburce et l\u2019autre Valé-rien.C\u2019est sous la garde de ces deux saints, à l\u2019ombre douce et protectrice du cloître, qu\u2019ils vont grandir, comme deux gentils petits novices, sous leur habit de laine blanche.Il me semble les voir gambadant autour des sœurs toutes \u201cmaternelles,\u201d venant manger dans leurs mains l\u2019herbe parfumée des collines de Rome, ou encore dessant leurs petites oreilles pour écouter la psalmodie lente et pieuse qui tombe des fenêtres entr\u2019ouvertes.Mais tout cela c\u2019est peut-être de l\u2019imagination pure.Ce qui est hélas ! trop réel c\u2019est que les petits moutons deviennent grands et que tôt ou tard le temps de la tonte arrive.Alors, une bonne vieille sœur converse,\u2014je n\u2019en sais rien, c\u2019est pour cela que je l\u2019invente, \u2014 une bonne vieille sœur converse, donc, saisit ses grands ciseaux et avec respect \u2014 puisque ce sont les agneaux bénits \u2014 mais impitoyablement, enlève à Tiburce et à Valérien leur belle fourrure blanche.D\u2019autres mains pieuses en feront un pallium que le pape déposera sur le tombeau des saints Apôtres où le premier archevêque nommé viendra le chercher.* * \u201cEt après,\u201d demandait-on un jour à la Supérieure, \u201cque faites-vous de Tiburce et de Valérien\u201d ?La religieuse eut un bon sourire.\u201cAprès,\u201d dit-elle, \u201cnous les mangeons\u201d ! Pauvre Tiburce! Pauvre Valérien! Avoir été durant tout un jour les deux choses les plus populaires de Rome; TIBURCE ET VALERI EN 53 avoir connu la paix du cloître, les gâteries des religieuses et finir prosaïquement en côtelettes ! Morale de l\u2019histoire: O vicissitudes des choses humaines ! Fr.M.-C.Forest, O.P.Ottawa, en la fête de Ste Agnès CONSULTATIONS Dans la 'plupart des diocèses, le parjure juridique forme un cas réservé à Y Evêque.Que faut-il entendre au juste par faux serment juridique?Est-ce que la réserve épiscopale atteindrait même le parjure commis devant un juge de paix ou un tribunal d:exemption militaire.\u2014 Un vicaire Par parjure juridique, l\u2019on entend le faux serment commis devant un officier public dans l\u2019exercice de ses fonctions, c\u2019est-à-dire ayant le droit de déférer le serment, Les auteurs de Morale sont d\u2019accord sur ce point.Or, les juges de paix, les juges des tribunaux d\u2019exemption militaire ayant le droit d\u2019exiger des dépositions assermentées, les parties qui comparaissent devant eux ont le devoir de dire la vérité.Si elles affirment ou nient sciemment quelque chose de contraire à la vérité, elles se parjurent juridiquement, et leur faute constitue un cas réservé dans tous les diocèses où l\u2019absolution du parjure juridique est réservée à l\u2019Evêque.\u2014 R.-M.R, * * * Vos articles sur Véducation s\u2019appuient-ils sur Vautorité des souverains pontifes?C\u2019est un de nos lecteurs qui nous pose cette question, où perce assez visiblement un doute défavorable.Fous voulons dissiper le doute, en répondant brièvement à la question.Que l\u2019Etat possède un droit d\u2019intervention ou de contrôle sur l\u2019instruction scolaire profane, c\u2019est une doctrine si souvent impliquée dans les actes du Saint-Siège, (Cf.Du-ballet: L\u2019Education, p.212) qu\u2019il serait oiseux de la prouver.Citons seulement deux textes bien connus des catholiques canadiens, l\u2019un de Léon XIII et l\u2019autre de Benoît XV. 54 REVUE DOMINICAINE \u2018\u201cAu point de vue de la culture intellectuelle et du progrès de la civilisation, dit Léon XIII, on ne peut que trouver beau et noble le dessein conçu par les Provinces canadiennes de développer l\u2019instruction publique, d\u2019en élever de plus en plus le niveau et d\u2019en faire ainsi une chose toujours plus haute et plus parfaite.\u201d (Léon XIII: Encycl., \u201cAffari vos\u201d, 8 déc., 1897) \u201cPersonne ne niera, dit à son tour Benoît XV, dans sa Lettre Commisso divinitus, que le Gouvernement de l\u2019Ontario est dans son droit en exigeant que la langue anglaise, qui est celle de la Province, soit enseignée aux enfants dans les écoles.\u201d Mais de cette reconnaissance du droit de l\u2019Etat à l\u2019autorisation de violenter le droit des parents, il y a plus qu\u2019une marge, il y a, pour tout bon logicien, un fossé infranchissable.\u201cL\u2019autorité paternelle, dit Léon XIII ne saurait être abolie ni absorbée par l\u2019Etat, car elle a sa source là où la vie humaine prend la sienne.Les fils sont quelque chose de leur père.ils doivent rester sous la tutelle des parents jusqu\u2019à ce qu\u2019ils aient acquis l\u2019usage du libre arbitre.(Cf.S.Th., II-II, Q.X, a.XII) Ainsi, vouloir que le pouvoir civil envahisse arbitrairement le sanctuaire de la famille, c\u2019est une erreur grave et funeste.\u201d (Encyc., \u201cRerum novarum,\u201d 16 mai 1891) Quand les parents ne sont pas en mesure de donner par eux-mêmes, ce qui arrive généralement, toute la formation intellectuelle et morale aux enfants, et qu\u2019ils ont recours à l\u2019école, alors, \u201cils doivent faire en sorte que, dans l\u2019enseignement de la jeunesse, on respecte et conserve leurs droits et ceux de l\u2019Eglise.\u201d (Encyc., \u201cMilitantis Ecclesiae,\u201d 1 août 1897) Cette doctrine fondamentale a passé des lettres encycliques dans les lettres pastorales et dans les écrits des docteurs : elle est vraiment la doctrine catholique.Mais veut-on savoir avec quelle vigueur doit être défendu le droit naturel des parents sur l\u2019éducation de leurs enfants ?Qu\u2019on relise le passage suivant de l\u2019encyclique Scipientiae christianae.\u201cC\u2019est à eux (aux parents), dit l\u2019illustre pontife Léon XIII, qu\u2019il appartient, en vertu du droit naturel, d\u2019élever ceux auxquels ils ont donné le jour, CONSULTATIONS 55 avec l\u2019obligation d\u2019adapter l\u2019éducation et la formation de leurs enfants à la fin pour laquelle Dieu leur a donné de transmettre le don de la vie.C\u2019est donc une étroite oblige tion nour les parents d\u2019employer leurs soins et de ne négliger aucun effort pour repousser énergiquement toutes les injustes violences qu\u2019on leur veut faire en cette matière et pour revendiquer avec la dernière vigueur le pouvoir exclusif d\u2019élever leurs enfants, comme il convient, selon les mœurs chrétiennes.\u201d Pouvait-on proclamer plus hautement l\u2019inviola-bilité absolue du droit naturel préceptif des parents ?Quan g au droit naturel domi natif, il ne doit pas non plus rester sans défense contre les empiètements du gouvernement.\u201cOn ne saurait, dautre part, dit Sa Sainteté Benoît XY, refuser aux Franco-Canadiens qui habitent cette province (de l\u2019Ontario) le droit de réclamer, quoique d\u2019une façon convenable, débita tamen rationsque dans les écoles où lears enfants sont en un certain nombre, la langue française soit enseignée; et l\u2019on ne peut assurément leur faire un reproche de défendre ce qui leur tient tant à cœur.\u201d (En-cych, \u201cCommisso divinitus,\u201d 8 sept.1916) On le voit: toutes nos conclusions ne sont que l\u2019écho fidèle des enseignements des souverains pontifes.Pour ceux qui hésitaient à nous suivre, ce dernier témoignage achèvera, nous l\u2019espérons, de les convaincre; pour ceux qui déjà adhéraient à cette doctrine, il les affermira dans la possession de la vérité.\u2014Fr.M.-A.M.DANS L'ORDRE Deuil de famille Par une lettre en date du 28 décembre et que nous reproduisons ci-après, le T.R.P.Provincial a communiqué aux Supérieurs de nos maisons la triste nouvelle de la mort du révérendiss:me Père Henri Desqueyrous, Procureur-Général de notre Ordre : 56 REVUE DOMINICAINE Mon Très Révérend Père, Je m\u2019empresse de vous faire part du décès du révéren-dissime Père Henri Desqueyrous, Procureur Général de l\u2019Ordre.La nouvelle inattendue nous est venue par dépêche de Rome, le jour de Noël.Vous voudrez bien faire acquitter sans tarder les suffrages prescrits par nos Constitutions pour le Procureur de l\u2019Ordre mourant dans l\u2019exercice de ses fonctions.Les prêtres doivent célébrer trois messes, les novices et les frères convers, cent cinquante Pater et.Ave.La mort du bon et cher Père Desqueyrous est une épreuve cruelle pour l\u2019Ordre entier et nous la partageons tous avec un cœur douloureusement affecté.La Province canadienne ne pourra jamais oublier les services qu\u2019il lui a rendus depuis sa visite au nom du Père Général en 1907.Hous nous rappelons son grand esprit religieux, sa fine intelligence, sa figure douce et austère.Chacun de nous garde encore l\u2019édification profonde qu\u2019il a laissée sur son passage.ISTous lui devons en grande partie, grâce au rapport favorable qu\u2019il fit au Père Général, la formation de nos Couvents en Congrégation généralice et, trois ans après, la fondation de la Province.Aussi nous le considérions comme un père; et .ses relations avec nos religieux, soit dans ses lettres, soit à Rome même, portaient toujours le caractère d\u2019une paternelle bonté, d\u2019une douce et affectueuse intimité.Le Père Henri Desqueyrous est né à La Réole, dans le diocèse de Bordeaux, en 1844.Jeune homme, il eut le bonheur d\u2019être le disciple et le fils spirituel de prédilection de Monseigneur de Ségur.Entré dans l\u2019Ordre au Couvent de Lyon, il fut un religieux remarquable par son attachement aux traditions et aux observances monastiques, un serviteur ardent et dévoué de l\u2019Eglise et un prédicateur particulièrement apprécié dans le clergé et les communautés religieuses.Il a exercé à plusieurs reprises dans sa Province les charges de Prieur et de maître des novices.Il était Prieur du couvent de Lyon, en 1900, lorsque le cardinal Früwirth, alors Général de l\u2019Ordre, l\u2019appela à Rome pour être un de ses socii.Nommé en 1904 Procureur Général, il a rempli jusqu\u2019à sa mort cette charge importante, la première après celle de Maître Général.Le Père Desqueyrous fut aussi Postulateur Général des causes de béatification et, pendant DANS L\u2019ORDRE 57 de nombreuses années.Consulteur de la S.Congrégation des Rites.Nous ne cesserons de le recommander à Dieu dans un souvenir impérissable de filiale gratitude.Agréez, mon Très Révérend Père, l\u2019expression de mes sentiments religieux et dévoués en N.S.Fr.E.A.LANGLArs, O.P.Pr.Provincial Jubile sacerdotal Les religieux de la Province et les amis de l\u2019Ordre ne seront point surpris d\u2019apprendre l\u2019échéance\u2014le 21 décembre dernier\u2014des noces d\u2019or sacerdotales du T.R.P.Constant Adam: car l\u2019époque paraît déjà lointaine où ce distingué religieux était député vers nous, dans toute la force de sa jeunesse et la belle ardeur apostolique que la Province de France communiquait à ses fils.Ils seront moins surpris encore d\u2019apprendre que ce remarquable anniversaire ne donna lieu à aucune solennité : tant leur est connue la modestie du cher et vénéré Père, son esprit d\u2019effacement à la fois habile et tenace.Il dut sans doute prétexter la guerre pour se réfugier dans la paix.Il ne pourra toutefois nous en vou'oir de signaler cet événement à nos lecteurs, (malgré le retard involontaire) et de lui consacrer une matinée spéciale où nous offrirons ses intentions à Dieu dans un fidèle souvenir.Le T.R.P.Adam, durant les années qu\u2019il passa en Amérique, exerça avec fruit son ministère au dehors, et occupa à l\u2019intérieur les charges si importantes de Prieur et de Vicaire Provincial.Rarement eut-il à accomplir ce qu\u2019on nomme un acte d\u2019autorité; mais sa vie et son caractère s\u2019imposaient à tous comme un acte permanent d\u2019autorité: en sorte qu\u2019il eût fallu, pour oser sciemment lui déplaire, le je ne sais quoi d\u2019achevé que le mauvais vouloir ajoute à la sottise.Aussi bien, son extérieur si affable et ses procédés si délicats lui frayaient naturellement le chemin de* cœurs et lui fournirent mainte occasion, jamais refusée, de rendre à ses frères du Canada d\u2019inappréciables services.El nous savons que là-bas, dans la triste condition faite aux religieux par les lois comme par la guerre, il consacre ses vieux jours 58 REVUE DOMINICAINE à relever de jeunes courages, et sert volontiers d\u2019agent de liaison entre nos frères combattants et leur famille rouvée.Puisse-t-il se dévouer longtemps encore à des œuvres saintes et n\u2019entonner son Nunc dimitiis qu\u2019après avoir entrevu, ou mieux, contemplé la reconnaissance officielle de son Ordre, le salut et la victoire de son pays! Les Dominicains a la guerre Deuxième citation du R.P.Mulard : \u201cPendant les journées du 23 et 24 octobre 1917, s\u2019est dépensé sans compter, sous un bombardement incessant, à la recherche et au relèvement des blessés.Llomme d\u2019un courage et d\u2019une abnégation exemplaires, sachant consoler et réconforter les blessés et les mourants.Aimé de tous, déjà cité à l\u2019ordre du régiment,\u201d \u2014Troisième citation du R.P.Delor: \u201cLe lieutenant-colonel, commandant le 6e groupe de chasseurs cite à l\u2019ordre du jour Delor, Henri, aumônier divisionnaire à la ÜSTe division.Le 8 octobre 1917, est venu volontairement participer à un coup de main sur les tranchées allemandes.A donné une preuve nouvelle de sa bravoure et de son abnégation légendaires, en prodiguant aux blessés, sur le terrain même de l\u2019action, les secours de son ministère, ne rentrant que le dernier, l\u2019affaire complètement terminée.\u201d \u2014-Le R.P.Plessis est \u201crendu à la vie civile\u201d jusqu\u2019à ce que sa santé lui permette de reprendre son titre et sa fonction d\u2019aumônier.Son adresse est: 17, rue de la Gare, Châtillon, Bagneux.(Seine) Nominations Par décision des autorités de l\u2019Ordre, le R.P.Reginald Ouimet a été désigné à la cure de N.-D.du Rosaire de St-Hyacinthe, en remplacement du R.P.Raymond Hamel, et le R.P.Mannès Marchand, à celle de St-Jean-Baptiste d\u2019Ottawa, en remplacement du R.P.Henri Thériault.Fr a Domenico RECENSIONS P.Marc, G.S.S.R.InstUutiones Morales Alphon-sianae.La Théologie morale de Marc est connue depuis longtemps et justement estimée des professeurs et des étudiants.Elle se recommande par ses qualités didactiques : clarté de l\u2019exposition, sûreté de la doctrine, non moins que par l\u2019abondance de l\u2019information.Employée comme manuel dans plusieurs grands séminaires et scholas-ticats religieux, elle peut se glorifier d\u2019avoir formé des confesseurs éclairés.Le mérite de cet ouvrage explique qu\u2019il soit déjà parvenu à sa quinzième édition.Celle-ci vient de paraître à Rome, mais avec des remaniements qui augmentent la valeur et l\u2019utilité de cette' œuvre.Des questions secondaires ont été réduites, d\u2019autres plus importantes ou plus actuelles ont été ajoutées, ou ont reçu d\u2019opportuns développements.Mais ce qui constitue le plus vif intérêt de cette publication, c\u2019est que chaque volume contient en supplément les articles du Code de droit canonique qui se rattachent aux sujets exposés dans les différents traités.Un numéro correspondant à la question du volume permet ainsi de constater d\u2019un coup d\u2019œil ce que la nouvelle législation de l\u2019Eglise a conservé de l\u2019ancienne discipline, ce qu\u2019elle en a aboli, modifié ou renouvelé.\u2014R.-M.R.R.P.Prümmer, O.P.Mannale Theologiae Moralis, secundum principia S.Tromæ Aquinatis.Le T.R.P.Priimmer, professeur de Théologie morale à l\u2019Université Catholique de Fribourg, en Suisse, et auteur d\u2019un Manuel de Droit canon très apprécié, publiait, chez Herder, au moment où la guerre se déclarait en Europe, un cours de théologie morale d\u2019une haute valeur.Les circonstances ont fait qu\u2019à peine il a été signalé à notre public studieux.En plus des qualités ordinaires de clarté, de précision, de sûreté doctrinales qui doivent recommander un ouvrage de ce genre, le travail du très distingué professeur peut se réclamer de deux mérites que l\u2019on ne rencontre guère dans cette sorte d\u2019écrits : l\u2019importance donnée aux principes et l\u2019ordre adopté dans la distribution de la matière.A l\u2019exemple de S.Thomas d\u2019Aquin, son maître, le R.P.Prümmer s\u2019attache plus à exposer, scruter, expliquer les principes de la science morale, qu\u2019à énumérer et à cataloguer les péchés.Il voudrait faire sortir la Théologie de la pure casuistique où semblent vouloir la confiner quelques auteurs modernes, bien persuadé qu\u2019il est, que la connaissance approfondie des règles supérieures de la morale sera plus utile au théologien que la solution détaillée de cas particuliers.Toujours à la suite du Docteur Angélique, le R.P.Prümmer commence par attirer l\u2019attention du lecteur sur les vertus avant de l\u2019appliquer à la considération des vices et des péchés.Cette connaissance positive de la vertu, révèle, par contraste, la nature du péché spécial qui en est la négation ; elle renseigne le confesseur sur les moyens à prendre pour son propre progrès spirituel, en même temps qu\u2019elle lui fournit de précieuses lumières pour la direction des âmes. 60 REVUE DOMINICAINE Après les traités fondamentaux des actes humains, des lois, de la conscience, des péchés et des vertus en général, l\u2019auteur, fidèle à la méthode thomiste, expose la doctrine des vertus théologales et cardinales, et les vices opposés à chacune d\u2019elles.Tous les préceptes que le chrétien doit observer, tous les actes qu\u2019il doit accomplir sont aussi énumérés au sours de sept traités caractéristiques.C\u2019est l\u2019objet des deux premiers volumes de l\u2019ouvrage.Le troisième est consacré aux sacrements, qui fournissent au fidèle les principaux moyens surnaturels d\u2019obtenir la grâce et d\u2019atteindre la gloire.Les moralistes contemporains ne sont pas inconnus de l\u2019auteur et il cite fréquemment leur œuvres ; mais, de plus, à chaque page, on retrouve, chez lui, les principes et les expressions des plus grands théologiens du passé.S.Alphonse de Liguori, S.Antonin, S.Bona-venture, S.Raymond de Pennafort, Albert le Grand, Hugues de Saint-Victor, sont des docteurs familiers, qui lui prêtent l\u2019autorité de leur nom et de leurs raisons.A leur exemple le R.P.Prümmer traite grandement une grande science.\u2014R.-M.R.Xi.P.Schwertner, O.P.America\u2019s Saint and Protectress, Bose of Lima.A l\u2019occasion du Ille centenaire de la mort de sainte Rose de Lima, le R.P.T.-M.Schwertner, O.P., a inauguré une splendide campagne de prières qu\u2019il a appelée \u201cLa Croisade de la Grâce.\u201d L\u2019objet de cette Croisade, comme on l\u2019a rapporté dans cette Revue, est d\u2019obtenir pour l\u2019Amérique entière, par l\u2019intercession de sainte Rose, patronne du Nouveau-Monde, des faveurs spéciales dont, tout particulièrement, la diffusion de la foi.En vue de mieux assurer le succès de cette Croisade, le révérend Père a eu l\u2019heureuse idée de publier une Vie de sainte Rose, â laquelle il a ajouté en appendice une neuvaine composée des plus belles prières en l\u2019honneur de la sainte.Cet ouvrage étant dans la pensée de l\u2019auteur une simple \u201cétude,\u201d il ne comprend tout naturellement que les grandes lignes ou les faits les plus saillants de la vie de sainte Rose.Citons à ce sujet l\u2019auteur lui-même dans son Avant-Propos : \u201cCet ouvrage n\u2019a pas la prétention de raconter la vie de la Sainte selon toutes les exigences des lois de l\u2019histoire.Il a uniquement pour objet d\u2019offrir an public une biographie écrite de telle façon qu\u2019elle devra exciter chez lui la sympathie envers cette admirable Sainte.\u201d \u2014 En effet, l\u2019auteur s\u2019attache surtout à montrer comment les faits cités peuvent servir à l\u2019édification du lecteur en excitant son zèle à imiter les vertus dont ia Sainte lui offre l\u2019exemple et qu\u2019il est lui-même appelé â pratiquer, au cours de sa vie, selon la mesure de grâce qui lui sera accordée.__ Dans un style simple mais alerte, le P.Schwertner traite des admirables qualités qui ont fait de Rose ce qu\u2019elle est: une Sainte.Il fait consister sa perfection dans la pratique de trois vertus principales, â savoir : son esprit d\u2019obéissance, son amour de la retraite et du silence et son héroïque mortification.\u2014 L\u2019obéissance semblait innée chez Rose; elle poussait, en effet, si loin la perfection dans la pratique de cette vertu, qu\u2019elle ne put jamais se résigner a accomplir quoi que ce fût de son propre chef, sans l\u2019avoir préalablement soumis â l\u2019agrément de ceux qui avaient autorité sur elle, et obtenu leur assentiment.Ainsi, dans la maison de ses parents, elle ne voulait pas même étancher sa soif, sans en avoir demandé et obtenu RECENSIONS 61 la permission de sa mère, bonne chrétienne, à la vérité, mais que ces demandes renouvelées à tout propos, chez sa fille, ne manquaient pas de mystifier et même d\u2019importuner à l\u2019occasion.Mais, hâtons-nous de le dire, en tenant une pareille conduite, en apparence si peu en rapport avec la \u201clargeur d\u2019esprit\u201d des caractères virils et résolus, Rose ne s\u2019inspirait d\u2019aucun motif de pusillanimité ; au contraire, elle obtempérait aux mouvements de la grâce qui la portaient à multiplier en toute occasion les actes de renoncement à cette \u201cvolonté propre\u201d dont les saints ont dit que si elle n\u2019existait pas, il n\u2019y aurait pas d\u2019enfer.Son amour du silence et de la solitude était si grand, qu\u2019étant encore au foyer paternel, elle trouva le moyen d\u2019y mener la vie érê-mitique, en se construisant un ermitage dans un endroit retiré du jardin de son père, pour y passer de longues heures du jour et de la nuit à converser avec le divin Epoux des âmes.C\u2019est dans cette thébaïde, située en plein cœur de Lima, que notre Sainte recevait communication des secrets divins qui apprennent aux âmes éprises de perfection les voies mystérieuses qui mènent à l\u2019union avec Dieu.Enfin, sa mortification héroïque est connue de tous, et en ce point elle a été la digne émule de son Père saint Dominique et de son illustre sœur, la séraphine Vierge de Sienne.Le simple récit des austérités que Rose a pratiquées toute sa vie durant fait frémir, car elles furent vraiment effrayantes et rendent sous ce rapport notre Sainte réellement plus admirable qu\u2019imitable.Nous croyons sincèrement que le modeste mais élégant opuscule du R.P.Schwertner, répandu à profusion parmi le peuple américain, contribuera puissamment à donner un nouvel essor au culte de sainte Rose en la rendant plus populaire et la faisant davantage aimex,\u2014Fi\\ A.-M.R.Ernest Bilodeau, Chemin faisant.Préface de M.Léon de Tinsean.Imp.VAction Sociale, 1917 Sous ce titre, M.Ernest Bilodeau \u2014 c\u2019est lui-même qui nous le dit ¦\u2014 vient de réunir \u201cde menues pages écrites chemin faisant sur la route de la vie.\u201d Il y a peu d\u2019écrivains canadiens qui savent tourner une de ces menues choses qui s\u2019appellent chronique ou billet du soir, d\u2019une aussi jolie façon que M.Ernest Bilodeau.Et je vous assure que ce n\u2019est pas un mince compliment.Il faut, pour écrire ces riens délicieux, si français, des dons très rares.Il y faut de la verve, de l\u2019esprit, de la gaieté et par-dessus tout de la facilité.Il ne faut pas que ça sente l\u2019huile.Or il n\u2019y a rien qui sente moins l\u2019huile que la prose de M.Ernest Bilodeau.C\u2019est sans effort qu\u2019il nous enlève et nous entraîne avec lui là où le veut sa fantaisie.Nul n\u2019a comme lui le don de s\u2019intéresser à de minuscules histoires ; et comme il s\u2019y inté-îœsse, il nous y intéresse aussi.Avec cela, d\u2019une observation très fine, toujours aux aguets, il regarde se dérouler sous ses yeux la vaste comédie humaine, et Dieu sait s\u2019il s\u2019amuse.(Qu\u2019on lise: Western spirit \u2014 Propos immobiliers \u2014Plaisirs Pété \u2014 L\u2019intempérance finale \u2014 Les plaisirs de l\u2019auto, etc) Et pourtant, jamais chez lui le rire ne tourne à la gaminerie, encore moins au persifflage.Attaché par toutes les fibres de son âme à ce que nous aimons, à nos traditions, à notre foi, à notre peuple, surtout celui des campagnes, il a su trouver, chaque fois 62 REVUE DOMINICAINE qu\u2019il en a parlé, des accents d\u2019une réelle émotion, et sa prose s\u2019élève alors à la vraie beauté.(La passagère \u2014 Le bon pasteur \u2014 U ombre protectrice \u2014 Au vieux Québec \u2014 Maison du seigneur \u2014 Le lieux salon) Il y a telle de ses chroniques parlementaires, tel de ses billets du soir qui resteront parmi les choses les plus délicieuses qui aient été écrites chez nous.J\u2019ai conscience d\u2019avoir dit bien mal ce que je pense de M.Ernest Bilodeau et de son livre.Je serais ravi cependant si cela devait suffire à amener quelques-uns de nos abonnés à lire Chemin faisant, et à le répandre autour d\u2019eux, comme on répand un beau et bon livre.Fr.M.-C F.R.P.Raymond Louis, O.P.Le Tiers-Ordre de Saint-Dominique.(Edition de l\u2019Art Catholique, 6, Place St-Sul-pice, Paris.Se vend 1 franc.) Opuscule attrayant qu\u2019on est tenté d\u2019ouvrir et qu\u2019on ne regrette pas d\u2019avoir parcouru en entier.11 contient en de courtes pages ce qu'un Tertiaire doit savoir pour mieux apprécier la Société à laquelle il appartient, pour en mieux connaître l\u2019esprit et les obligations.l\u2019Action française.\u2014La livraison de décembre de l'Action française nous apporte, avec un remarquable article de M.l\u2019abbé Emile Chartier, secrétaire général de l\u2019Université Laval, à Montréal, sur Noire Petite Histoire, des chroniques de MM.Léon Lorrain, Pierre Homier, etc., l\u2019annonce d\u2019une enquête considérable qui se déroulera pendant toute l\u2019année prochaine dans les pages de la revue.M.l\u2019abbé Groulx expose les grandes lignes de cette enquête sur Nos forces nationales, à laquelle participeront quelques-uns des hommes les plus remarquables du pays et qui débutera en janvier, par un article de Mgr L.-A.Paquet sur Notre Foi.L'Action française paraîtra désormais sur quarante-huit pages au lieu de trente-deux, sans augmentation du prix d\u2019abonnement qui reste hxé à une piastre.Le numéro de décembre contient déjà parante pages de texte, dont huit consacrés à une table des matières très détaillée.L'Action française fait appel à ses amis pour lui assurer de nouveaux abonnements, et opérer le plus rapidement possible les renouvellements d\u2019abonnement.Adresser les abonnements et faire les remises au secrétariat de la Ligue des Droits du français, bureau 32, Immeuble de la Sauvegarde, à Montréal.L\u2019Almanach de l'Action Sociale Catholique pour 191b.C\u2019est un recueil sans rival, au point de vue de l\u2019information religieuse, historique, nationale.C\u2019est aussi un album magnifique des plus captivantes illustrations.On n\u2019a pas oublié le succès énorme obtenu par la première édition de cet Almanach, l\u2019an passé; dix mille exemplaires en furent enlevés en quelques semaines.Celui de cette année n\u2019obtiendra pas un moindre succès, car il est encore notablement supérieur à son aîné. RECENSIONS 63 Nous relevons à la hâte quelques-unes des principales études contenues dans ce volume, de beau grand format carré, et qui constitue une véritable encyclopédie annuelle de l\u2019Action Sociale Catholique \u2022\u2014 S.S.Benoît XV, apôtre de la paix: R.P.Villeneuve, O.M.Un pionnier de l\u2019Action Sociale Catholique : S.G.Mgr P.-E.Roy ; La dévotion de l\u2019Intronisation dans les foyers chrétiens ; La grand\u2019-chambre (tableau canadien) : M.Adjutor Rivard; l\u2019église et les curés de Notre-Dame de Québec : Mgr Amédée Gosselin; l\u2019Année de l\u2019Action Sociale Catholique; Boissons alcooliques: Dr Albert Jobin; Une année d\u2019antialcoolisme ; Charlesbourg à vol d\u2019oiseau : M.le Chan.D.Gosselin; \u201cNe vends pas la terre.\u201d délicieux conte du terroir, par le Frère Marie-Victorin; Le Parc National des Champs de Bataille: Québecquois; Le Monument de Louir Hébert: Hon.M.Thomas Chapais; Un an de guerre (êphémêrides) : J.-T.N.; Le Pont de Québec ; Congrès de l\u2019Enseignement secondaire : M.l\u2019abbé Camille Roy; Traversées d\u2019autrefois, entre Québec et Lévis; la Prohibition à Québec (les étapes de la lutte) : Dr Jules Dorion; la Guerre et les les monuments: J.-T.Radeau; Instructives monographies sur les Franciscains, les Jésuites, les Capucins, les Oblats, le Patronage, la Protection de la Jeune fille, les Sœurs du Saint-Rosaire, les Sœurs de la Providence, les Sœurs de l\u2019Espérance, les Sœurs de S.- François d\u2019Assise; poésies charmantes de Blanche Lamontagne, de M.l\u2019abbé Arthur Laçasse, etc., choix de lectures et de variétés canadiennes et étrangères : le tout, illustré à profusion, et de la façon la plus artistique.L\u2019Almanach de l\u2019A.S.C.est en vente aux bureaux des éditeurs : Secrétariat des Oeuvres A.S.C., 101, rue Sainte-Anne, Québec (Casier 126) et chez les principaux libraires.L\u2019unité, 30 sous (trente centins) en librairie, et 35, franco par la poste; à la douzaine, $3.00 et au cent, $22.50, frais de port à la charge de l\u2019acheteur.Au service de mon pays.Conférences et Discours.\u2014 Par C.-J.Magnan.Ce volume vient de paraître.Il comprend cinq cents pages grand format imprimées en caractères bien lisibles et ornées de huit gravures hors texte.Il renferme un grand nombre de conférences et de dicours sur les sujets suivants : Pédagogie, Instruction publique, Religion, Patriotisme, Souvenirs de voyage.Ces conférences et discours sont suivis d\u2019appendices documentaires.L\u2019ouvrage est dédié au Premier Ministre de la province de Québec, Sir Lomer Gouin, qui a bien voulu l\u2019honorer d\u2019une fort jolie préface et d\u2019une lettre des plus sympathiques.Dans rintroduction qui précède ses \u201cConférences et Discours,\u201d l\u2019auteur dit : \u201cEn réunissant un certain nombre de mes conférences et discours sous le titre : \u201cAu service de mon pays,\u201d je me propose d\u2019être utile à tou* les collaborateurs de la grande œuvre religieuse et nationale qui se poursuit chez nous par l\u2019école primaire depuis bientôt un siècle.Aucune prétention littéraire n\u2019a présidé à l\u2019élaboration de ce projet; la pensée seule de contribuer au progrès pédagogique bien entendu et au développement de l\u2019instruction publique, confor- 64 REVUE DOMINICAINE mëment aux traditions et aux aspirations de la nationalité cana-dienne-française, m\u2019a servi de guide.Et aussi, en groupant les modestes pages qui suivent, j\u2019ai voulu être utile aux jeunes instituteurs, en mettant à leur disposition des documents où ils apprendront à aimer leur profession et à lui consacrer leurs talents et leurs efforts.\u201d Au service de mon pays est en vente chez J.-P.Garneau, libraire, 47, rue Buade, Québec, et chez Beaucbemin, libraire, 79, rue St-Jacques, Montréal.On peut aussi se le procurer en s\u2019adressant à l\u2019auteur, Case postale 125, Haute-Ville, Québec.Prix : $2.00 l\u2019unité.L\u2019almanach de la Langue Française.Sommaire : Il a gagné ses épaulettes.\u2014 La croisade nécessaire (Pierre Homier).\u2014 Les collèges classiques français du Canada (Edouard Lecompte, S.J.).\u2014 La croix du défricheur (Albert Fer-land).\u2014 Le fusil de mon grand-père (Père Ambroise).\u2014 Ephémé-rides des grandes dates de notre histoire.\u2014 Conseils hygiéniques (Docteur Joseph Gauvreau).\u2014 Une de nos institutions nationales: le Comptoir coopératif (Anatole Vanier).\u2014 Une page de notre histoire: la Croix de Maisonneuve (Abbé Lionel Groulx).\u2014 Un champion du français: Tardivel (Orner Héroux).\u2014 Vocabulaire français du jeu de tennis, avec plan d'un cours.\u2014 L'année française (J.-C.Martineau).\u2014 Recettes économiques.\u2014 Carnet de la ménagère.\u2014 Une silhouette (Frank Lemarc).\u2014- Louis Hébert et la colonisation (Abbé Couillard-Després).\u2014Auprès du ber (Blanche Lamontagne).A la mémoire de l\u2019abbé Beaudoin et de M.Boucher de la Bruère.\u2014 Lois de chasse et de pêche.\u2014- \u201cUn peuple sans histoire\u201d (Frère Marie-Victor in).\u2014 Chez les Franco-Américains : le collège de l'Assomption.\u2014 Les diocèses de l\u2019Ontario, etc.Et toute cette matière de premier ordre, pour un prix modique, resté le même malgré l\u2019augmentation considérable du coût de revient : 15 sous l\u2019exemplaire, $1.50 la douzaine, $10 le cent, $75 le mille, plus les frais de port (22 sous la douzaine).Fleurs du Rosaire, Almanach dominicain.Bons articles, jolies gravures, précieux renseignements bibliographiques.Prix: 50 centimes; par la poste: 60 centimes.Adresse: Bureaux du Rosaire, 17, rue Vélane, Toulouse.Almanach de Saint Francois.(Québec, lmp.des Sœurs Franciscaines.En vente à la la Maison Ste Marguerite, 105, des Franciscains, Québec.Prix: 25 sous) Imprimé en brillants caractères sur papier glacé, orné de nombreuses gravures du meilleur goût, et rempli d\u2019aperçus suggestifs sur l\u2019œuvre séraphique, cet Almanach nous apparaît comme l\u2019effort artistique le mieux réussi dans ce genre au Canada.D\u2019autres ateliers nous ayant fourni, en ces dernières années, des ouvrages de parfaite exécution typographique, c\u2019est à se demander s\u2019il existe encore pour nos auteurs des raisons valables de se faire éditer à Paris Superiorum permissu.De licentia Ordinarii. ANNONCES DU ROSAIRE Casavant Frères FACTEURS D\u2019ORGUES St-Hyacinthe, P.Q.MAISON FONDÉE EN 1879.ORGUES A TRANSMISSION, ELECTRIQUE PNEUMATIQUE OU TUBULAIRE, SOUFFLERIE ELECTRIQUE ET HYDRAULIQUE.ÊÆmrn 111: wmmw Tel.No:10 201 Rue Cascades.BLOC HARNAIS, SELLES, COUVERTES A CHEVAUX, VALISES, MALLES, SACS DE VOYAGE.-\t-\t- LIMITEE RUE NOTRE-DAME OUEST MOTREAL.lAUiOHAl ym»nr mark XV CHAPELLERIE SPECIALE POUR LE CLERGÉ CHAPEAUX ROMAINS de Peluche, de Soie, de Feutre, de Cachemire et de Paille Palmier.Les commandes par la poste sont exécutées le jour même qu\u2019elles sont reçues.SATISFACTION GARANTIE.Chas.DESJARDINS
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