Revue dominicaine, 1 novembre 1918, Novembre
[" XXÏV* Année NOVEMBRE 1918 PER R- S**.CON .j REVUE DOMINICAINE Publiée mensuellement SOMMAIRE : K.P.CESLAS FOREST, O.P.\u2014Au fond du divorce ABBÉ ARTHUR DESCHÊNES\u2014L\u2019Apostolat par le travail LE PÈRE GONTHIER\t\u2014Correspondance intime A un ami FR A DOMENICO\t\u2014Dans l\u2019ordre ABONNEMENTS ; CANADA : $1.00\t| ETATS-UNIS : $1.25 Avec le \u201cROSAIRE POUR TOUS \u201d\t15 sous en plus par année ADMINISTRATION LE ROSAIRE\tSAINT-HYACINTHE\tCANADA MCMXVIIÏ La \u201ctone \u201d PARAIT LE 25 DE CHAQUE MOIS La Revue dominicaine, à part sa chronique des principaux événements \u201cdans l\u2019Eglise et dans l\u2019Ordre,\u201d publie des articles de vulgarisation traitant d\u2019Ecriture Sainte, de théologie, d\u2019apologétique ou de droit canon, et même des études de littérature, de sociologie ou d\u2019histoire, pourvu que la religion y soit concernée en quelque manière.La Revue dominicaine n\u2019a point de spécialité proprement dite dans le domaine religieux, mais elle accorde une attention particulière aux problèmes d\u2019apologétique envisagés surtout au point de vue canadien.Elle répond aussi aux consultations religieuses, et donne un compte-rendu des ouvrages dont on lui fait tenir un exemplaire.Collaborateurs à la Revue : RR.PP.Langeais, Rouleau, Charland, JBrosseau, Lamarche, Cote, Marion, Martin, Richer, Trudeau, Leduc, Forest, Perras, Proulx, Laferriere, Bissonnette, des Frères-Prêcheurs; Breton, des Frères-Mineurs; Ville-neuve, des Oblats de Marie; Mgr L.-A Paquet, P.A.; MM.les abbés Brosseau, Chapelain du Mont Saint-Louis, Montréal; Courchesne, Professeur au Séminaire de Ni-colet; Jeannotte, Professeur au Grand Séminaire de Montréal; Desranleau, Chancelier du Diocèse de Saint-Hyacinthe; Melancon, Chapelain du Pensionnat.d\u2019Outremont ; Desciiesnes, Vicaire au Saint-Enfant-Jésus de Montréal; Laferriere, Professeur au Séminaire de Saint-Hyacinthe ; Gelinas, Professeur au Séminaire des Trois-Rivières.Le dernier manuscrit est remis à Vimprimeur le 15 du mois.\t, 746234 AU FOND DU DIVORCE Dans cette, campagne néfaste qui se poursuit depuis la Révolution contre les institutions sociales telles que le Christianisme les avait façonnées, le gros de l\u2019effort des adversaires semble s\u2019être concentré dans ces dernières années contre la famille.Ils ont compris que pour arriver à l\u2019émancipation complète de l\u2019individu qui est leur rêve, il ne restait plus guère que cette vieille forteresse à emporter et ils ont mobilisé contre elle toute la puissance d\u2019une législation habilement construite et toute la séduction de leur littérature.Sous leurs efforts réunis et coordonnés, on a vu peu à peu la fidélité conjugale disparaître, les familles1 devenir moins nombreuses, l\u2019autorité paternelle au foyer diminuer, enfin le droit imprescriptible des parents à l\u2019éducation de leurs enfants passer à l'Etat.Mais le coup le plus direct qu'ils aient porté à la famille, c\u2019est celui qui vise l\u2019indissolubilité du lien conjugal.De quelque auréole qu\u2019on l\u2019entoure, le divorce n\u2019est autre chose que la destruction systématique et à peine voilée de la famille, et avec elle, de cette vieille société chrétienne dont elle restait encore le plus solide fondement.Voilà ce qu\u2019il y a au fond de cette loi qu\u2019on regarde comme une des conquêtes de l\u2019esprit moderne, et que, sous prétexte que nous sommes aussi une nation civilisée, 1 l\u2019on voudrait 'à notre tour nous imposer.Quatre provinces au Canada possèdent des cours de divorce: la Nouvelle-Ecosse, le Nouveau-Brunswick, l\u2019Ile du Prince-Edouard et la Colombie-Anglaise.Dans les autres\u2014 bien que le principe du divorce soit reconnu\u2014il faut, pour chaque cas, un acte du Parlement fédéral.L\u2019accès en est donc interdit au plus grand nombre, aux pauvres surtout, hérissé qu\u2019il est de formalités coûteuses et de difficultés décourageantes.Aussi une forte pression se fait-elle depuis 1.C\u2019est le motif que faisait valoir M.Northrup dans son discours du 14 février 1916, à la Chambre des Communes.Revue Dominicaine, Noveebre 1918. 322 REVUE DOMINICAINE quelques années près de nos gouvernants, pour les amener à établir des cours de divorce dans les provinces qui n\u2019en ont pas encore.A deux reprises, en 1914 et en 1916, M.Northrop a proposé à la Chambre des Communes une refonte complète de nos procédures sur le divorce.A la dernière réunion des membres de l\u2019Association du Barreau canadien, le Comité de l\u2019Administration de la justice avait préparé en ce sens un desideratum qui devait être transmis au Parlement fédéral.Le divorce est donc à l\u2019ordre du jour.Ici comme ailleurs, il a ses partisans qui crient d\u2019autant plus fort qu\u2019ils sont moins nombreux.Il nous a semblé opportun d\u2019examiner de près les prétendus bienfaits de cette loi qiù\u2019on voudrait nous imposer sans que nous l\u2019ayons 'sérieusement demandée.Pour atteindre plus sûrement les partisans du divorce, nous les suivrons sur leur terrain.Nous laisserons le côté le point de vue exclusivement catholique dont ils ont tort pourtant de ne pas se préoccuper, pour nous placer au simple point de vue social.Ce sera donner une portée plus générale à ces considérations et en même temps fournir une justification nouvelle de l\u2019attitude intransigeante de l\u2019Eglise sur cette question.LE DIVORCE ET l'oRDEE SOCIAL La famille\u2014la sociologie traditionaliste en a fait un de ses axiomes»\u2014est la pierre angulaire sur laquelle repose tout l\u2019édifice social.En parcourant l\u2019histoire des différentes sociétés, on en arrive à démontrer \u201cque les sociétés bien portantes sont celles où les lois comme les mœurs fortifient le lien familial, et les sociétés malades, celles où ce lien se relâche pour laisser plus de liberté à l\u2019individu.\u201d 1 Une condition essentielle, par conséquent, pour que la famille puisse remplir tout son office social, c\u2019est que la législation en assure la cohésion et la durée.L\u2019Eglise l\u2019avait ainsi compris.Et pour arriver plus sûrement à ce but, elle avait soustrait le contrat familial à tout pouvoir humain.Elle avait pris la volonté de l\u2019homme et de la femme de s\u2019appartenir éternellement, d\u2019unir pour 1.Paul Bourget : Préface du Tribun, pp.5 et suiv. AU FOND DU DIVORCE 323 toujours leurs destinées, et de cette volonté elle avait fait un sacrement, c\u2019est-à-dire une chose sacrée, intangible.Le divorce, qui n\u2019est rien moins que le lien familial livré à la merci de la passion ou du caprice humains, avait donc été-rayé de toutes les législations qu\u2019elle inspira.C\u2019est sur ce bloc intangible de la famille chrétienne qu\u2019elle avait fondé les vieilles sociétés de l\u2019Europe.Mais dès que l\u2019emprise de l\u2019Eglise sur les esprits cessa de se faire sentir, la légitimité du divorce fut de nouveau remise en question.Luther le réclama au nom de la Bible, les philosophes- et après eux les révolutionnaires, au nom de la nature.Aujourd\u2019hui il est installé dans tous les codes de lois de l\u2019Europe et de l\u2019Amérique, si on excepte ceux d\u2019Espagne et d\u2019Italie.Quel va en être le contre-coup dans la société moderne ?A moins qu\u2019on ne réussisse à endiguer le torrent qu'on a déchaîné, il n\u2019est pas douteux que nous marchons 'à grands pas à la disparition de tout cet ordre social dont la famille restait la principale, peut-être même l'unique sauvegarde.Les statistiques des dernières années sont vraiment alarmantes.Il y a eu aux Etats-Unis, de 1867 à 1887, 328 716 divorces.De 1887 à 1906, ce nombre est passé à 945 625.Si l'on considère maintenant le nombre des divorces accordés annuel.ement dans les différents pays, le Japon tient la tête avec à peu près 100 000, puis viennent les Etats-Unis avec 66 000, la France avec un peu plus de 20 000.1 C\u2019est, on le voit, la démolition en masse de la famille.Pour ne parler ici que de nos voisins, 66 000 divorces par année, c\u2019est plus de cent mille époux qui, après avoir détruit leur foyer, menacent la sécurité des1 autres ; c\u2019est autant de familles se séparant avec éclat, creusant entre elles un abîme de rancunes et d\u2019inimitiés que le temps sera peut-être impuissant à combler; c\u2019est enfin un nombre considérable d\u2019enfants abandonnés à eux-mêmes ou tiraillés en tous -sens, en tout cas privés de cette première formation que le père et la mère seuls peuvent vraiment donner.Voilà le germe de dissolution que nos soi-disant humanitaires voudraient à tout prix introduire dans notre corps social.1.Nous empruntons ces statistiques au remarquable discours de M.Rodolphe Lemieux à la Chambre des Communes, le 14 février 1916. 324 REVUE DOMINICAINE Sans cloute on se fort, après avoir ouvert la porte, de la tenir entre-baîllée.Voici ce qu\u2019écrivait tout dernièrement, par exemple, un avocat de Montréal, M.Bernard Rose.1 Après avoir déployé toutes les ressources de son argumentation en faveur d\u2019une plus grande vulgarisation du divorce, il ajoutait: \u201cJe ne suis pas de ceux pourtant qui accorderaient le divorce pour des raisons futiles.\u201d Sa prudence est admirable.Il oublie seulement que l\u2019unique moyen de n\u2019en pas venir à l\u2019accorder pour des raisons futiles, c\u2019est- de ne pas l\u2019accorder du tout.Si vous ouvrez une brèche dans1 l\u2019antique législation sur le mariage, le torrent, en passant, l\u2019agrandira, emportant toutes vos restrictions.La loi du divorce\u2014Mtre Bernard Rose doit le savoir\u2014est de celles qui se tournent le plus facilement.Quand les cas prévus par elle n\u2019existent pas, les époux les créent ou les simulent, et le tour est joué.La loi de 1876 en France ne prévoyait pas non plus le divorce par consentement mutuel.Cependant, moins de cinq ans après son établissement, un observateur très au courant 2 pouvait écrire que les neuf-dixièmes des divorces prononcés annuellement étaient des divorces par consentement mutuel déguisé.Voilà à quoi aboutit la prétendue sagesse de nos législateurs, quand cette sagesse s\u2019applique plus à satisfaire les passions de la multitude qu\u2019à défendre les principes d\u2019ordre social, d\u2019où dépendent pourtant son véritable bonheur et son intérêt bien entendu.D\u2019ailleurs, dès que l\u2019Etat a reconnu le droit de l\u2019individu en face de celui de la famille, dès qu\u2019il s\u2019est arrogé le pouvoir de toucher à cette chose sacrée qu\u2019est le mariage; il n\u2019y a plus de raison de s\u2019arrêter.Du divorce pour adultère, etc on glisse insensiblement au divorce par simple consentement mutuel ; du divorce par simple consentement mutuel, on passe par une logique implacable au divorce par le consentement d\u2019un seul.Il ne reste plus alors qu\u2019à supprimer tout-à-fait cette formalité inutile du mariage pour retomber dans l\u2019union libre.C\u2019est l\u2019effort de vingt siècles de civilisation réduit à néant.Le 15 décembre 1898, un juge français avait prononcé dans une seule séance, pas moins de deux cent quatre-vingt- 1.\tLettre au Journal-Press, le 19 septembre 1918.2.\tEmile Faguet ; Cf.Fonsegrive : Mariage et union libre, p.169 AU FOND DU DIVORCE 325 quatorze jugements' de divorce! On me saura gré, sans doute, de citer ici les réflexions que ce fait inspirait à un écrivain du Figaro, M.Comely : \u201cLa quatrième chambre du tribunal de la Seine a tenu une audience qui a duré quatre heures, et pendant laquelle elle a prononcé un peu plus d\u2019un divorce par minute.Ce vestibule de l\u2019enfer social, peuplé d\u2019hommes graves qui défont la société au moyen de la loi, et sous l\u2019image du Christ, a tout-a-fait bon air.Seulement tout cela se payera, vous pouvez en être sûrs.Tout se paye.Par la faute du législateur, avec la complicité, avec presque l\u2019excitation de la justice, l\u2019union libre remplace peu à peu le mariage.Elle détruit la famille.Elle livre sans défense l\u2019homme à l\u2019alcoolisme, la femme à la prostitution et l\u2019enfant aux vices précoces.Des faits semblables projettent des lueurs inquiétantes sur tout un état social.\u201d 1 LE DIVORCE ET LE DROIT DES EPOUX AU BONHEUR Fous en arrivons maintenant aux raisons alléguées en faveur du divorce.Tout ce que nous avons lu là-dessus pourrait se ramener a ceci : les epoux ont le droit d\u2019être heureux à n\u2019importe quel prix, au prix de la société, au prix de l\u2019enfant, au prix même du bonheur de l\u2019un ou l\u2019autre conjoint.Autrefois, on ne parlait aux époux que de leurs devoirs, aujourd\u2019hui, on ne leur parle plus que de leurs droits.On prend quelques infortunes isolées qu\u2019on grossit à plaisir ; on nous les montre durement verrouillées et gardées dans le mariage.On nous peint de pauvres époux, malheureux sans qu\u2019il y ait de leur faute, et se débattant avec rage dans les mailles de ce filet que la mort seule pourra rompre.Et puis alors, on nous sert la fameuse tirade, toujours la même, sur l\u2019inaliénabilité de la personne humaine, sur le droit de chacun à vivre sa vie et à recommencer sans cesse ses expériences de bonheur.On croit avoir prouvé quelque chose; on n\u2019a rien prouvé du tout.Que le mariage fasse quelquefois des malheureux, nul ne songe à le nier.Il n\u2019y a pas d\u2019institution humaine qui soit à l\u2019abri de la douleur.La trahison, la discorde, les 3.Cf.Fonsegrive : Mariage et union libre, p.178 326 REVUE DOMINICAINE misères de toutes sortes se glissent parfois dans certains foyers, emportant un bonheur qu\u2019on avait cru éternel comme l\u2019union elle-même.Mais ce sont là des maux individuels.Le tort est de vouloir en tirer une législation néfaste.La loi\u2014on l\u2019oublie trop souvent\u2014n\u2019a pas pour but de protéger l\u2019intérêt particulier d\u2019un chacun, mais bien l\u2019intérêt général de la société.Entre deux mesures dont l\u2019une sauvegarde le bonheur de l\u2019individu aux dépens de la société, et l\u2019autre le bonheur de la société aux dépens de l\u2019individu, le législateur vraiment digne de ce nom n\u2019a pas le droit d\u2019hésiter : c\u2019est le bonheur de l\u2019individu qui doit être sacrifié.\u201cPer-mettez-moi,\u201d dit à ce propos un des personnages de M.Paul Bourget, 1 \u201cune comparaison très vulgaire, mais très nette.Un bateau se trouve devant un port où l\u2019un des passagers voudrait aborder.Il y va pour lui des plus hauts intérêts moraux et matériels.Des cas de peste se sont produits sur le bateau.Les autorités de la ville interdisent le débarquement, par crainte de la contagion.Serait-il juste, serait-il charitable de céder aux supplications du voyageur, au risque de contaminer une cité de cent mille habitants Evidemment non.Voilà donc une circonstance où la justice, où la charité exigent le sacrifice de l'intérêt individuel à l\u2019intérêt général.Ce principe domine la société.\u201d C\u2019est ce principe, ajouterai-je, qui condamne le divorce.Le divorce étant\u2014comme nous croyons l\u2019avoir démontré\u2014un mal social, il n\u2019y a pas de maux individuels qui puissent jamais le légitimer.D\u2019ailleurs on exagère beaucoup les méfaits du mariage.S\u2019il trompe tant de gens, c\u2019est qu\u2019ils y cherchent ce qui après tout est secondaire: le plaisir, et qu\u2019ils n\u2019y mettent jamais ce sans quoi il ne se comprend plus: le devoir.A entendre un certain nombre d\u2019écervelés, d\u2019écervelées surtout, qu\u2019on rencontre dans les romans, sur la scène et parfois aussi dans la vie, on dirait qu\u2019ils sont entrés en ménage pour y éprouver un maximum d\u2019amour.Mais l\u2019amour et le plaisir ne sont pas le tout du mariage.Les romanciers le disent pour plaire aux femmes, mais ce n\u2019est pas vrai.Le but du mariage, c\u2019est le travail, le dévoûment et 1a.fidélité, c\u2019est l\u2019enfant surtout.Le bonheur vient après comme il 1.Un divorce, p.26 AU FOND DU DIUORCE 327 peut ; et s\u2019il ne vient pas1 du tout, on n\u2019a pas le droit de s\u2019en prendre an mariage et de demander à la loi de nous en affranchir.On cherche plutôt dans les devoirs qu\u2019il impose une consolation qu\u2019ils ne refusent presque jamais.Que deviendrait donc la bonne humanité moyenne, celle qui travaille, qui lutte et qui peine, s\u2019il fallait bouleverser une législation sacrée comme celle du mariage, pour quelques incomprises qui promèneront de foyer en foyer, leur inquiétude et le vide de leur cœur?\u201cUn nouveau mari,\u201d dit à une de ces incomprises un personnage de Paul Hervieu, 1 \u201cmais, ma pauvre chérie, tu le prendrais en grippe à son tour, comme tu as pris l\u2019ancien, par ces causes indéfinies qui sont en toi.\u201d C\u2019est à peu près le seul mot de bon sens de toute cette pièce célèbre, et la condamnation du divorce nont elle prétend prouver la nécessité.Non, le divorce ne guérit pas les mauvais ménages, il leur offre plutôt une prime; en tout cas, il bouleverse les bons, et c\u2019est ce qui le condamne définitivement.* * * La première condition, la principale assurément pour que le mariage soit heureux, c\u2019est que les époux n\u2019v entrent pas à la légère.C\u2019est qu\u2019ils le regardent comme une chose sérieuse, comme le don réciproque et sans retour de leur vie.Ils doivent donc s\u2019v préparer avec soin, multiplier les enquêtes préliminaires sur les goûts, les qualités, le tempérament de celui ou de celle qu\u2019ils veulent épouser.Mais à quoi bon tant de prudence, si le mariage n\u2019est plus qu\u2019une aventure quelconque, un contrat résiliable à volonté ?Avec le divorce on se donne sans réfléchir, et, ce qui pis est encore, on se donne avec la certitude de pouvoir un jour se reprendre.Cette perspective laisse clans l\u2019union une fissure ouverte que le temps et les circonstances se chargeront d\u2019agrandir.Il y a, en effet, dans la vie des ménages, une heure de crise.Elle vient tôt ou tard, mais il est rare qu\u2019elle ne vienne pas du tout.On avait vu l\u2019être aimé à travers son amour.La lune de miel passée, le contact quotidien le fait voir tel qu\u2019il est.C\u2019est un premier désenchantement.Et puis, je me suis laissé dire que la vie à deux\u2014qui, soit-dit en passant, représente parfois une assez jolie somme de 1.Les tenailles 328 REVUE DOMINICAINE caprices, de manies, voire même de défauts\u2014n\u2019allait pas sans certains petits chocs qui nécessitent de part et d\u2019autre une contrainte et des renoncements de tous les instants.Viennent par surcroît des torts plus graves, c\u2019est alors que la crise éclate.Cette crise qui, dans la plupart des cas, aurait pu se dénouer dans le pardon mutuel et l\u2019attente d\u2019un bonheur qui peut encore revivre, aboutit, avec le divorce, à l\u2019irréparable.On voit la brèche ouverte, et, dans un moment de passion, on s\u2019y précipite tête baissée.V\u2019allez pas croire que j\u2019exagère.Les séparations de corps n\u2019avaient jamais été autrefois que des cas d\u2019exception; aujourd\u2019hui, les divorces pullulent.Les époux sont-ils devenus plus insupportables?Probablement non.Seulement, ils font moins d\u2019efforts pour se supporter.Et puis, il y a le grand adversaire du mariage, l\u2019adultère, qu\u2019on a déchaîné.Sophie Arnould appelle quelque part le divorce: le sacrement de l\u2019adultère.1 C\u2019est terriblement exact.Le divorce, en légalisant les manquements à la foi jurée, en autorisant de nouvelles expériences de bonheur, fait perdre toute importance à l\u2019adultère.Lassé du vin pur de l\u2019amour légitime, on se sent du goût pour l\u2019absinthe, et si on n\u2019a pas1 pour se protéger la foi, ou au moins une conception chrétienne du mariage, on cède à la tentation, et c\u2019est la moralité du foyer qui s\u2019en va, comme tantôt s\u2019en était allé le bonheur.Voici pour clore ces réflexions la profession de foi que Dumas met dans la bouche d\u2019un de ses personnages : \u201cSe marier quand on est jeune et sain; choisir, dans l\u2019importe quelle classe, une bonne fille, honnête et saine; l\u2019aimer de toute son âme et de toutes ses forces; en faire une compagne sûre et une mère féconde ; travailler pour élever ses enfants et leur laisser en mourant l\u2019exemple de sa vie: voilà la vérité.Le reste n\u2019est qu\u2019erreur, crime ou folie.\u201d 2 LE DIVORCE ET LENFANT Jusqu\u2019ici, nous avons dû, pour combattre les adversaires sur leur propre terrain, parler du mariage comme d\u2019un simple contrat compétant à la loi civile.C\u2019était mal poser la 1.\tCf.Turgeon : Le Féminisme, 2e vol., p.252 2.\tLe fils naturel AU FOND DU DIVORCE 329 question et en présumer de moitié la réponse.Certaines matières, en effet,\u2014le mariage en est une, l\u2019éducation en est une autre\u2014relèvent à la fois du droit naturel, du droit de l\u2019Eglise et du droit de l\u2019Etat.Tous trois ont leur domaine propre qu\u2019il est parfois assez difficile de délimiter, mais hors duquel, en tous cas, ils n\u2019ont aucune compétence.De tous ces droits, le plus ancien, et partant le plus- inviolable, est le droit naturel.Ce que la nature réclame échappe à toute législation positive, quelle qu\u2019elle soit; ni l\u2019Eglise, ni l\u2019Etat ne peuvent rien y changer.1 C\u2019est le cas, nous allons le voir, pour l\u2019indissolubilité du mariage.Il y a deux façons de considérer le mariage: l\u2019une où l\u2019on se place au point de vue des époux, l\u2019autre où l\u2019on se place au point de vue de l\u2019enfant.Il est évident que si le mariage n\u2019a pas d\u2019autre but que de promettre aux époux de vivre leur vie, de réaliser leurs aspirations à l\u2019amour, au bonheur, il doit cesser avec l\u2019assouvissement des désirs et la lassitude qui en est la suite inévitable.Mais cette conception du mariage est une conception grossière, déraisonnable, contraires aux vues de la nature.Le plaisir, en effet, que la nature a joint aux actes les plus essentiels de notre vie, n\u2019a pas en lui-même sa fin.Il est ordonné à quelque chose de plus noble, de plus élevé ; dans le mariage, il est ordonné à la procréation de l\u2019enfant.\u201cA cette heure sacrée de leur union,\u201d écrit M.Fonsegrive, 2 \u201cl\u2019homme et la femme sont les prêtres de la vie.Ils obéissent à une loi impérieuse et redoutable.Ils soudent un anneau de la chaîne qui relie l\u2019humanité passée à l\u2019humanité future; ils assurent l\u2019existence de l\u2019humanité à venir; ils travaillent ainsi à augmenter dans le monde la somme de vie, de conscience, d\u2019intelligence, de progrès, de moralité, de beauté.\u201d Et j\u2019ajoute qu'ainsi compris, le mariage ne se conçoit plus sans l\u2019indissolubilité.Du moment, en effet, où l\u2019on admet que la vraie raison d\u2019être de l\u2019union conjugale, c\u2019est l\u2019enfant, sa personnalité morale, et toute sa destinée, on m\u2019a pas le droit de permettre 1.\tIl faut se rappeler cependant que le droit de l\u2019Eglise et le droit naturel n\u2019êtant que les deux aspects du même droit divin, ne peuvent jamais venir en opposition.On n\u2019en peut malheureusement pas dire autant du droit naturel et du droit civil.2.\tMariage et union libre, p.287 330 REVUE DOMINICAINE aux époux de poursuivre leur recherche du bonheur sans tenir compte de la petite existence qu\u2019ils ont jetée sur cette terre et qui reste inséparable de la leur.En donnant la vie à un être nouveau, ils ont contracté une obligation nouvelle et sacrée, celle de parachever l\u2019œuvre qu\u2019ils ont commencée.Et comme c\u2019est dans l\u2019union la plus intime que cette œuvre s\u2019est ébauchée, c\u2019est dans l\u2019union et dans une seule union qu\u2019elle pourra atteindre son plein développement.Il faut à l\u2019enfant non pas des parents, mais ses parents, non pas un foyer, mais son foyer, non pas des éducateurs quelconques, mais bien ses éducateurs naturels.Pour s\u2019épanouir librement, ce frêle bouton de vie a besoin d\u2019une atmosphère de tendresse, de dévoûment, de paix, de vertu qu\u2019on ne peut s\u2019attendre à trouver au foyer des divorcés.Dans une étude très attentive et très documentée, un collaborateur de la Grande Revue démontrait naguère que \u201cla situation matérielle, morale et sociale des enfants d\u2019époux divorcés est inférieure à cede des enfants vivant dans une famille unie ; qu\u2019elle est également inférieure à celle des orphelins de père et de mère, parfois même à celle des enfants naturels.\u201d 1 Des statistiques nombreuses et tristement probantes viennent à l\u2019appui de cette thèse.L\u2019espace dont nous disposons ne nous permet guère que d\u2019en citer une seule que nous empruntons à M.Rodolphe Lemieux: Dans deux écoles de réforme des Etats-Unis: celle de l\u2019Ohio et celle de l\u2019Illinois, les trois quarts des enfants détenus venaient, il y a quelques années, de familles que la mort et surtout le divorce avaient brisées.2 En détruisant leurs foyers, on les avait livrés sans défense à toutes les séductions et 'à tous les vices de la rue.Voilà ce que le divorce fait de l\u2019enfant.Il le sacrifie; il sacrifie ses intérêts, son bonheur à l\u2019égoïsme des parents et livre au hasard sa formation religieuse et morale.Au lieu de rester, ce qu\u2019il était jusqu\u2019ici, la bénédiction et le bonheur des foyers, la raison de vivre des époux, il ne sera plus désormais qu\u2019un obstacle inutile qu\u2019on s\u2019efforcera à tout prix de supprimer.C\u2019est toute la vieille conception chrétienne du mariage qui disparaîtra ainsi, emportant avec 1.\tRenée Pingrenon ; Les enfants d\u2019époux divorcés.Grande Revue, 1er novembre 1903 2.\tDiscours déjà cité. AU FOND DU DIVORCE 331 elle la santé morale des individus comme des familles, et le plus solide point d\u2019appui de la société.J\u2019avais donc raison d\u2019affirmer qne le divorce est une chose contre nature, qu\u2019aucune législation humaine ne pourra jamais légitimer.CONCLUSION EST-IL OPPORTUN DE MODIFIER NOTRE LEGISLATION SUR LE DIVORCE ?Il n\u2019y a au Canada\u2014nous le disions au début de cet ar-tide\u2014que quatre provinces qui aient des cours régulières de divorce.Pour l\u2019obtenir, dans les cinq autres, il faut, chaque fois, un acte spécial du Parlement.Comme les procédures en sont longues et coûteuses, le divorce reste ainsi un cas d\u2019exception, une chose de luxe que les riches seuls peuvent se payer.De fait, il n\u2019y a eu, de 1867 à 1915, que 285 cas divorces prononcés par le Parlement.De prétendus amis du peuple se sont émus.Ils ont vu là une anomalie qu\u2019il fallait à tout prix faire disparaître.Si on admet le divorce, disent-ils, ont doit l\u2019admettre pour tout le monde, pour le pauvre aussi 'bien que pour le riche.C\u2019est le principal argument que l\u2019on a fait valoir dans les discussions parlementaires de 1914 et 1916.Que faut-il penser ?On nous permettra d\u2019abord de nous étonner un peu de ce zèle subit de quelques-uns de nos politiciens pour la classe ouvrière.Qu\u2019ont-ils fait jusqu\u2019ici pour elle?U y a longtemps que ceux qui s\u2019occupent chez nous des questions sociales réclament l\u2019aide de la loi contre l\u2019exploitation du travailleur, contre le dénuement auquel la vieillesse et des malheurs imprévus peuvent le réduire.Est-ce que vraiment ceci ne presse pas plus que cela ?Est-ce qu\u2019il ne serait pas plus opportun d\u2019assurer par une sage législation l\u2019aisance et la sécurité du foyer de l\u2019ouvrier que de lui fournir le moyen de le démolir à son gré ?Le divorce, dites-vous, devrait être à la portée des- petites bourses.Et pourquoi ?Est-ce un objet de première nécessité ?N\u2019est-ce pas plutôt un mal qu\u2019on devrait enrayer et qu\u2019en tout cas on doit autant que possible circonscrire?Sans doute, avec notre législation, le pauvre ne peut guère profiter de la faculté qu\u2019ont les1 riches de divorcer.Mais je trouve que c\u2019est tant mieux pour lui.Jusqu\u2019ici, le vrai 332 REVUE DOMINICAINE bonheur du pauvre, ça.été de se retrouver, au soir de ses journées de travail, dans la paix de son foyer, au milieu de l\u2019affection de sa femme et de ses nombreux enfants.Pourquoi voulez-vous lui donner la tentation de tout détruire cela?Pourquoi voulez-vous le livrer sans défense, lui, sa femme et ses enfants aux vices qui guettent les pauvres qui n\u2019ont plus de foyer ?Une des principales forces de notre pays, un de ses éléments les plus sains, a été de tout temps la famille du travailleur, plus nombreuse, plus unie d\u2019ordinaire que celle du riche, davantage aussi à l\u2019abri de toutes les tentations qu\u2019entraînent le luxe et l\u2019oisiveté.Pourquoi voulez-vous y introduire un germe de désordre et un ferment de désorganisation ?Et puis, est-ce que le pauvre souffre vraiment de cette prétendue injustice de notre législation?Y a-t-il jamais eu chez lui un véritable mouvement en faveur d\u2019une plus grande vulgarisation du divorce?Alors pourquoi tenez-vous tant à mettre à sa portée cette loi meurtrière, de la vie familiale dont il ne sent nullement le besoin ?Dans bien des cas au moins l\u2019intérêt du pauvre me paraît être plutôt un prétexte.Ce que l\u2019on poursuit, c\u2019est l\u2019élargissement à tout prix de la loi et la suppression des obstacles qui en entravent encore l\u2019application.On a vu dans le divorce une conquête de l\u2019esprit, moderne sur l\u2019esprit traditionnel et chrétien, et on s\u2019est mis à la remorque des autres pays sans tenir compte de la terrible leçon que l\u2019expérience est en train de leur donner.Sans doute on se fait fort ici de circonscrire les ravages du fléau que l\u2019on voudrait déchaîner.Les autres peuples aussi l\u2019avaient cru.Mais ils ont appris à leurs dépens\u2014comme je le disais plus haut\u2014 qu\u2019il est plus facile de tenir la porte fermée !à la passion et au désordre que de la garder entre-baîllée une fois qu\u2019on l\u2019a ouverte.D\u2019ailleurs, au seul point de vue légal, l\u2019établissement de cours de divorce dans les provinces qui n\u2019en ont pas encore est une mesure inutile, puisqu\u2019il n\u2019y a dans ces provinces aucune législation sur la matière, comme l\u2019hon.M.Doherty l\u2019a très bien démontré lors des discussions parlementaires de 1914 et 1916.Ce qu\u2019il faudrait donc tout d\u2019abord obtenir pour ces provinces, ce serait une loi reconnaissant le divorce et déterminant les cas auxquels elle pourrait s\u2019appli- AU FOND DU DIVORCE 333 quer.Est-il opportun de le faire?Est-il opportun d\u2019introduire cette loi d\u2019anarchie et de désordre dans nos codes civils?J\u2019ai suffisamment démontré plus haut que non.J\u2019ajouterai simplement ceci : c\u2019est que nos législateurs n\u2019en ont pas le droit.Ils n\u2019ont pas le droit de nous imposer une législation qui est en opposition avec les convictions religieuses du plus grand nombre de ceux qu\u2019ils représentent.Or ce ne sont pas seulement les catholiques, ce sont encore les anglicans qui, à deux reprises, en 1905 et en 1918, dans des synodes généraux tenus tous deux à Montréal, ont affirmé \u201cleur croyance à l\u2019indissilubilité du mariage sacro-saint et leur détermination de résister à toute tentative pour faciliter le divorce et le remariage.\u201d 1 Des protestations comme celle-ci couvrent bien des clameurs et devraient suffire, à défaut d\u2019autres raisons, à arrêter nos législateurs sur la pente où ils menacent de s\u2019engager.Ajoutons, en terminant, que si la vulgarisation du divorce est une mesure néfaste en elle-même, elle le serait encore bien davantage chez nous.Dans notre pays en formation, plus que partout ailleurs, on a besoin d\u2019ordre, de paix, de vertu, de respect pour toutes ces institutions saintes qui font la force des peuples.Des lois comme le divorce peuvent être un remède, illégitime sans doute, dangereux toujours, mais peut-être partiellement utile dans des pays de civilisation avancée, où la loi chrétienne et même parfois la loi naturelle n\u2019ont plus de prise sur les intelligences et les volontés ; chez nous elle serait un élément de désorganisation sans profit aucun et partant sans excuse.Si nous voulons prendre modèle sur les vieilles nations de l\u2019Europe, copions ce qui a fait jadis leur force, leur santé, et non ce qui est chez elle un signe de décrépitude et un aveu de décomposition.Il ne faut pas commencer par où elles menacent de finir.Ce n\u2019est pas sur les ruines de la famille et sur le mépris du mariage qu\u2019elles se sont édifiées et qu\u2019elles ont préparé leur grandeur ; ce n\u2019est donc pas cela non plus qu\u2019il faut mettre à la hase de notre vie sociale, si on prétend maintenir en ce pays une communauté prospère, solide et durable.Ottawa, 16 octobre 1918.Fr.M.-C.Forest, O.P.1.Synode général de Montréal, septembre 1918 L\u2019APOSTOLAT PAR LE TRAVAIL Y aurait-il exagération à affirmer que, pour la plupart des nôtres, il constitue le devoir de l\u2019heure?Rarement, en effet, la barque de Pierre a été assaillie d\u2019une aussi insidieuse et universelle tempête.Depuis l\u2019immortel et indéfectible Pontife qui lance aux empires en mal de crouler et de disparaître les principes régénérateurs de paix, de justice et de charité, jusqu\u2019à l\u2019humble priante qui, dans la solitude de son oratoire, demande aux anges d\u2019apporter à la terre la paix promise à ses frères, les bergers de Bethléem, tous sont visés et plusieurs atteints.Rien d\u2019étonnant.Dans presque tous les pays le bruit du canon ou l\u2019appel aux armes apeure et distrait les pères ; le départ des fils voile les regards des mères : quelle aubaine pour ceux qui se sont octroyé la triste mission de vider les âmes, d\u2019éteindre les croyances, et d\u2019absorber les droits ! A cette action traîtresse et concentrée une réaction énergique s\u2019impose, et elle ne sera possible que le jour où tous les catholiques, à quelque classe qu\u2019ils appartiennent, se donneront le devoir de manifester, par la perfection de leur activité extérieure, la dignité de ce qu\u2019ils sont et la noblesse de ce qu\u2019ils croient.D\u2019où, pour l\u2019ouvrier catholique, la double nécessité d\u2019un travail raisonnable et chrétien: un travail raisonnable, irréfutable argument de sa dignité personnelle; un travail chrétien, manifestation humble mais efficace de l\u2019universelle vitalité de son catholicisme.I En abordant le problème si complexe du travail, il est une contestation que nous devons retenir dans nos esprits : c\u2019est que nous vivons en société et dans cette société tous, nous ne sommes égaux que devant notre commune indigence, blous n\u2019avons pas tous la même place, ni tous la même conformation, ni tous les mêmes fonctions et cependant nous L APOSTOLAT PAR LE TRAVAIL 335 nous tenons, nous nous servons, nous nous protégeons les uns les autres, pour arriver au bien comuun, comme se tiennent, se servent, se protègent les organes différents d\u2019un même corps pour la santé de la personne.Dans notre organisme il y a l\u2019œil et la main.L\u2019œil n\u2019est pas de même nature que la main, il n\u2019est pas non plus destiné aux mêmes ouvrages.Il est placé plus haut, la main est placée plus bas ; il guide, la main saisit.Lequel des deux est le plus nécessaire ?Si l\u2019œil disait à la main: rompons toute relation, où prendrait-il la nourriture et la protection dont il a besoin ?Bientôt il s\u2019éteindrait et mourrait.Si la main disait à l\u2019œil : merci de vos services, qui donc guiderait son activité?Incapable de se diriger, elle se verrait, de ce chef, condamnée à l\u2019immobilité, principe de dégénérescence et de mort.Non! l\u2019œil et la main doivent vivre et pour eux la vie, c\u2019est l\u2019harmonie entre l\u2019un et l\u2019autre.Transportons ces simples principes dans le monde du travail.Aujourd\u2019hui, un ouvrier avec son talent et ses deux bras est un pauvre homme.Sa puissance de travail est une richesse, mais cette richesse, pour s\u2019appliquer et pour produire, réclame le secours d\u2019une richesse intermédiaire, fixe, comme des bâtiments ou des outils, circulante, comme des matériaux et de l\u2019argent, et c\u2019est cette richesse que l\u2019on nomme le capital et ceux qui la détiennent : capitalistes ou patrons.Vous saisissez tout de suite le lien nécessaire entre le capital et le travail, les patrons et les ouvriers et en cela vous tombez d\u2019accord avec la saine philosophie chrétienne résumée par Léon XIII.\u201cL\u2019erreur capitale dans lu question présente, c\u2019est de croire que les deux classes, travailleurs et capitalistes, sont ennemis-nées, l\u2019une de l\u2019autre, comme si la nature avait armé les riches et les pauvres pour qu\u2019ils se combattent dans un duel obstiné.Non, les deux classes sont destinées par la nature à s\u2019unir harmonieusement et à se tenir mutuellement dans un parfait équilibre.Elles ont un impérieux besoin l\u2019une de l\u2019autre.Il ne peut y avoir de capital sans travail ; ni de travail sans capital.\u201d 1 On pourra bien tenter l\u2019expérience du contraire: mais tant que dans une société, les hommes n\u2019auront pas la même taille, la même force, la même habileté, le même âge, on ne pourra 1.\u201cRerum novarum,\u201d Ed.Bonne Presse, p.24 336 REVUE DOMINICAINE pas empêcher le capital de renaître dans d\u2019autres mains et sous d\u2019autres noms.Puis donc que capital et travail sont tous deux indispensables, pourquoi ne pas les réunir dans une seule et même personne ?et préluder ainsi au règne de l\u2019égalité, principe de la fraternité, principe de la liberté.L\u2019objection est spécieuse, répondons-y par un exemple.Ils sont plusieurs milliers de patrons à recevoir d\u2019une puissante usine électrique alimentée par une chute, la lumière, la chaleur et la force que réclament leurs industries respectives.Supposez qu\u2019ils se disent un matin : nous prenons chacun notre part de chûte et d\u2019usine et nous allons l\u2019exploiter à notre bénéfice personnel.Ils pourront faire le partage, mais le lendemain tous redemanderont la lumière, la chaleur et la force qu\u2019ils recevaient hier et pourquoi ?C\u2019est que les efforts de la grande industrie appellent nécessairement une certaine concentration de forces préliminaires, de capitaux, pour arriver à une production rémunérative.Si donc la concentration du capital est une nécessité et un droit, celle du travail doit l\u2019être également.Puisque l\u2019ouvrier loue ses bras, c\u2019est qu\u2019il attend en retour sa vie et celle de sa famille.Il doit avoir sa part dans les résultats du travail, parce qu\u2019il fournit autre chose que la machine: l\u2019activité d\u2019une force raisonnable.Il y a une âme qui préside à son trvail et qui lui communique avec sa dignité une part de sa puissance et de ses exigences.Ceux qui ont voulu chasser de la poitrine du travailleur, cette hôtesse si encombrante et si exigeante n\u2019ont pas tardé à trahir l\u2019égoïsme de leur matérialisme extérieurement libérateur.Ecoutez la doctrine d\u2019un de leurs économistes en vedette: \u201cLes travailleurs doivent être considérés comme de véritables machines qui fournissent une certaine quantité de force productive et qui exigent en retour certains frais d\u2019entretien et de renouvellement pour pouvoir fonctionner d\u2019un manière régulière et continue.\u201d 1 Hon, chez l\u2019ouvrier il y a comme chez le patron, une âme raisonnable et libre qui préside à ses opérations et c\u2019est pourquoi son travail, comme le capital de son maître, doit s\u2019organiser pour assurer plus efficacement le bien-être temporel de celui qui peine.1.Molina ri.Cours d\u2019écon.politique, p.203 l\u2019apostolat par le travail 337 Seulement, s\u2019il ne veut pas se dresser comme une masse chancelante en face de l\u2019usine et de la banque, il faut qu\u2019il s\u2019appuie sur une base professionnelle, scientifique et religieuse.Evidemment l\u2019ouvrier est dans son droit quand il réclame augmentation de salaire, diminution des heures de travail, amélioration des conditions d\u2019hvgiène et protection des assurances, mais encore faut-il qu\u2019il se préoccupe par la perfection de son travail, la sobriété de sa vie, la conscience de son devoir, de fournir mieux et davantage.Autrement où serait l\u2019équilibre ?Oe qui revient à affirmer que dans l\u2019union ouvrière la première place doit être occupée par des compétences.A eux d\u2019abord d\u2019exiger et de recevoir! Certains travailleurs parlent de persécutions subies, ne se sont-ils pas persécutés eux-mêmes en oubliant cette élémentaire notion ?Aurions-nous tort de leur dire: Vous avez voulu laisser germer au sein de vos unions le funeste principe d\u2019égalité révolutionnaire.Vous avez réclamé égalité de salaire pour tous.Qu\u2019en est-il résulté ?Deux choses.Les bons ouvriers mieux payés en dehors de chez vous, vous ont quittés : et alors vos réclamations portées par des faibles n\u2019ont pas pu monter assez haut.Ou les bons ouvriers ont accepté un salaire inférieur à celui que vous les empêchiez de réclamer ailleurs, et alors vous deveniez artisans d\u2019injustice et vous savez que l\u2019injustice se paie tôt ou tard par la déchéance et la disparition de ceux qui l\u2019ont permise.Etes-vous encore surpris de vos hésitations et de vos faiblesses ?Le remède, il serait dans l\u2019entraînement professionnel progressif de tous vos membres, sous la direction de l\u2019union et dans le classement raisonnable de vos compétences, plus exigentes à mesure qu\u2019elles fournissent davantage et appelant sur toute la société les sympathies et la confiance du capital.Car il faut en tenir compte de lui aussi dans vos réclamations et ici s\u2019impose l\u2019organisation ouvrière à base scientifique.Formés que nous sommes par trois cents ans de colonialisme et cent d\u2019une persécution qui nous a parqués dans nos villages, nous éprouvons comme une répulsion naturelle à rattacher une cause à ses ascendants et à poursuivre les ramifications lointaines d\u2019un problème international.Nous aimons les limites de paroisse, de ville, de caste.Et c\u2019est 338 REVUE DOMINICAINE pourquoi ceux qui nous ont crié : l\u2019ouvrier doit se conduire par l\u2019ouvrier; l\u2019ouvrier seul doit s\u2019occuper de l\u2019ouvrier se sont absolument trouvés à notre diapason.Et cependant quoi de plus faux ! Le travail n\u2019existe pas seul et ne se fait pas pour lui-même : quelle erreur de vouloir ignorer les fluctuations du commerce et du capital surtout aujourd\u2019hui! Notre siècle économique vit de deux phénomènes qui affectent particulièrement le travail ; la concurrence et l\u2019internationalisme des capitaux.De nos jours la production précède la commande et souvent l\u2019offre vient avant la demande.Si par suite d\u2019une demande exagérée de salaire, l\u2019objet sorti de vos mains ne peut entrer en ligne de prix avec un objet similaire fabriqué ailleurs, il y aura encombrement du marché et chômage à l\u2019usine.D\u2019un autre côté, le capitaliste compte que l\u2019argent placé lui rapportera un intérêt raisonnable.Si vous l\u2019empêchiez de se produire, il irait placer ses capitaux dans une autre industrie ou il transporterait son industrie et ses capitaux ailleurs.Que sont les distances, les frontières et les océans pour l\u2019argent?Or quand le patron monte dans son char-parloir pour transporter ses énergies ailleurs, la faim et la misère rentrent au foyer de l\u2019ouvrier ou elles le menacent.Comme il n\u2019a pas l\u2019intention de manger qu\u2019aujour-d\u2019hui, mais qu\u2019il espère en avoir assez pour demain et en laisser à ses enfants, le travailleur a le devoir d\u2019user d'une prudence éclairée dans ses différentes réclamations.Qu\u2019il ne se prive pas du concours des économistes sérieux et désintéressés.En leur demandant conseil il ne manquera pas à l\u2019honneur professionnel.Loin de là, il fera preuve de sagesse : connaissant son bien, il saura le prendre où il se trouve.Notre Seigneur n\u2019a-t-il pas loué l\u2019homme qui manquant de pain, sort de chez lui, court chez son voisin : Mon ami, prête-moi trois pains.Un visiteur arrive et je n\u2019ai pas à le nourrir! 1 Guerre à l\u2019isolement! Quand on coupe à quelqu\u2019un les communications, et qu\u2019autour de lui on éteint les lumières, c\u2019est qu\u2019on a l\u2019intention de le dépouiller ! D\u2019ailleurs les besoins de l\u2019artisan sont tellement nombreux et variés, qu\u2019il est dans l\u2019impossibilité d\u2019y faire suite par lui-même.Il travaille pour vivre, c\u2019est vrai; mais 1.Luc, XI, 5 l\u2019apostolat par le travail 339 vivre, ce n\u2019est pas uniquement donner la pâture aux appétits sensibles ; vivre, ce n\u2019est pas comme l\u2019imprudent de la parabole abattre ses greniers, en construire de puis grands, les remplir jusqu\u2019au faîte, se croiser les bras et se dire: maintenant, mon homme, repose-toi et fais bonne chère; 1 il a une âme et il entend y pourvoir ; aussi vivre, pour lui, c\u2019est alimenter son intelligence aux flammes de toutes les connaissances utiles et agréables ; vivre, pour lui, c\u2019est peupler son cœur de souvenirs et d\u2019amour, après avoir rempli sa maison de garçons et de filles ; vivre, pour lui, c\u2019est prendre son cœur tout palpitant et le jeter dans le sein de Dieu d'où il est sorti ; vivre, pour lui, c\u2019est donner au ciel et à la terre dont il est fait, l\u2019aliment nécessaire à leur ultime destinée et c\u2019est pour cela qu\u2019il est de deux sociétés : la civile et la religieuse et qu\u2019il ne veut pas que Tune tue l\u2019autre! Vous voyez tout de suite l\u2019entrée de la Religion dans la question ouvrière.Mais nous n\u2019en parlons pas dans nos unions, nous sommes neutres ! Vous avons trop vu vivre ailleurs et nous avons trop lu ici-même, pour nous laisser leurrer par ce mythe de la neutralité absolue.Il ne sera pas question de Dieu et cependant on descend les crucifix et on efface son nom ; il y aura liberté de penser et d\u2019agir, et cependant on dépouille les religieux de leurs biens, on les traque comme des fauves et eux, les fils des meilleures familles, on les conduit aux frontières comme les plus infâmes malfaiteurs du pays; il n\u2019y aura pas de préférence religieuse ou nationale, et que les catholiques affirment leurs droits les plus naturels et les plus sacrés, on les étouffera sous l\u2019injure et sous la boue.Ve nous abusons pas.Il ri y a que les choses à être neutres.Chaque fois qu\u2019une personne physique ou morale marche, il y a une âme qui l\u2019anime et si cette âme n\u2019est- pas ange de lumière, elle est ange de ténèbres.Au commencement on nous laissera libre ; petit à petit on nous identifiera avec l\u2019œuvre, puis quand nous ne ferons plus qu\u2019un avec elle, on nous dira: laisse-là ta Foi et prends ton pain; ou emporte ta Foi et laisse-nous ton pain.Cela, ce n\u2019est pas du roman, c\u2019es-t de la réalité.Aussi l\u2019Eglise qui a l\u2019expérience d\u2019une personne de dix- 1.Luc, XI, 18 340 REVUE DOMINICAINE neuf siècles a-t-elle voulu en faire bénéficier ses enfants.1 Par la bouche de Léon XIII elle exhorte \u201cles ouvriers chrétiens à s\u2019organiser eux-mêmes, et à joindre leurs forces pour pouvoir secouer hardiment le joug injuste et despotique des associations hostiles à l\u2019Eglise et à la Patrie.\u201d Le 24 septembre 1912, Pie X, reprenant cette doctrine et lui donnant une nouvelle force, écrivait aux évêques d\u2019Allemagne: \u201cCelles-là méritent une approbation sans réserve et doivent être regardées comme les plus propres de toutes à assurer les intérêts vrais et durables de leurs membres qui ont été fondées en prenant pour principale base la religion catholique et qui suivent ouvertement la direction de l\u2019Eglise.\u201d Et.pour qu\u2019on ne voit dans ces paroles que l\u2019appel aux armes contre tout ce qui n\u2019est pas catholique, le Pape permet à ces mêmes ouvriers de se rencontrer sur le terrain strictement professionnel avec des non-catholiques et d\u2019y chercher de concert avec eux à obtenir une plus juste organisation de salaire et du travail; mais il met à cela deux conditions formelles : 1°) que les membres catholiques des syndicats mixtes fassent en même temps partie d\u2019associations et de cercles catholiques dont la bonne influence contre balancera l\u2019effet d\u2019une promiscuité plus ou moins dangereuse; 2°) que ces unions s\u2019abstiennent de toute théorie, écrit ou acte en contradiction avec les préceptes et les enseignements de l\u2019autorité religieuse compétente.Il n\u2019y a pas de doute à planer sur la volonté des papes et c\u2019est à cette lumière que nous catholiques nous avons le devoir d\u2019orienter nos efforts.Mais alors, diront les pusillanimes, que faites-vous de l\u2019unité et de l\u2019entente si indispensables à notre pays ?Seuls de notre côté, nous allons être écrasés.Ecrasés par qui, ici à Montréal?Xous avons le nombre: nous sommes les deux tiers de la population, 442,675 sur 685,539; 2 nous croissons plusieurs fois plus vite que les races qui nous entourent.3 Que l\u2019après-guerre nous enlève h immigration outrancière des vingt dernières années, et dans cinquante ans nous tiendrons la tête de la population.Xous avons la richesse: les deux tiers des propriétaires, 27 137 sur 1.\tMgr Paquet, \u201cAction religieuse et Loi civile,\u201d p.262, 263 2.\tRapport de M.Hamilton Ferns, \u201cDevoir,\u201d 22 juillet 1918 3.\tVeillée des berceaux, Edouard Montpetit, \u201cRev.Trimestrielle,\u201d août 1918 l\u2019apostolat par le travail 341 14 616, sont canadiens-français, 1 la propriété foncière, celle qui est imposable et qui demeure est entre nos mains ; nous avons le talent : de la première génération d\u2019artisan pour la plupart, nous n\u2019avons pas éliminé notre bagage de routine et d\u2019imprécision, mais qu\u2019on nous soumette à l\u2019entraînement technique, nous avons du nerf et du sang et nous serons les meilleurs ouvriers de notre usine; d\u2019ailleurs habitué de bonne heure, par vocation, à scruter les mystères compliqués de notre religion, notre esprit se mouvra à l\u2019aise dans les rouages d\u2019une machine ou les complications de la mécanique.Nous avons la cohésion: nous nous tenons non seulement par le sang et par la langue, mais encore par la pointe la plus intime de l\u2019âme, la Religion; en une heure nous pouvons exécuter, grâce à nos paroisses et à nos sociétés, des mouvements d\u2019ensemble inconnus de la libre pensée et de l\u2019hérésie.Que nous manque-t-il ?Le vouloir ! Evidemment le jour où nous mettrons en activité nos incalculables puissances, les distances s\u2019élargiront entre nos et ceux qui ne sont pas de notre foi.Qu\u2019ils ne s\u2019abusent pas cependant.Notre intention ne sera pas de mettre une frontière entre eux et nous, mais plutôt de répéter le geste de l\u2019avant-garde qui fatiguée de piétiner sur place, laisse derrière elle le gros de l\u2019armée, et, à pas redoublés entre dans la fournaise pour arracher à l\u2019ennemi la victoire et la liberté.II Le travail localisé et organisé par la raison, voilà une force; le travail jugé et dirigé par la foi, voici une gloire.S.Jean Chrysostôme parlant de la charité affirme qu\u2019elle à la puissance de \u201cdonner à une âme étroite les dimensions du ciel.\u201d Pourquoi ne pas ajouter que la foi mise dans une intelligence lui ouvre des horizons d\u2019éternité?Aussi, le chrétien qui étudie le travail, l\u2019envisage-t-il de l\u2019origine des siècles à la consommation des temps.En ce temps là Dieu avait fait l\u2019homme; et comme il l\u2019avait créé à sen image il l\u2019avait mis en paradis, essentiellement actif, ut operaretur.Des arbres étaient chargés de fournir à ses yeux la parure et à ses appétits la nourriture.1.Rapport Lapointe, \u201cDevoir,\u201d 14 déc.1915 342 REVUE DOMINICAINE II n\u2019avait qu\u2019à tendre la main pour cueillir les fruits les plus savoureux, qu\u2019un signe et un mot à exprimer pour que toute la nourriture se pliât à ses ordres.1 Malheureusement, cette royauté ne lui suffisait plus.Ce trône sur terre n\u2019était pas assez élevé au gré de ses désirs, il en voulut un au-dessus des nuées, à côté de celui de Dieu.Pour y parvenir il lui manquait la connaissance du bien et du mal.Sur l\u2019instigation de Satan, il porta à ses lèvres le fruit qui devait la lui donner.De ce moment il tombe en déchéance.Tout se déchaîne contre lui, terre, animaux, hommes.\u201cLa terre, lui dit Dieu, sera maudite à cause de toi, tu mangeras l\u2019herbe des champs à la sueur de ton front et le sol ne produira que ronces et épines.\u201d 2 Et pour qu\u2019il lui fût impossible, à Adam, de mettre en doute cette malédiction, Dieu suscite en lui cette lutte de la chair contre l\u2019esprit; lutte, plus terrible parce que plus persévérante et plus solitaire, de l\u2019homme contre l\u2019homme, de la bête contre l\u2019esprit qui devait après des siècles arracher au plus fier champion de la chrétienté naissante ce cri de détresse: \u201cInfelix homo! Malheureux que je suis! quel est celui qui va enfin me dépouiller de ce corps qui me mène à la mort !\u201d 3 A partir de ce jour le travail devint pénible à l\u2019homme.Il voulut s\u2019en affranchir et pour cela le faire peser sur ses frères et vivre de leurs sueurs.Et plus le naturalisme, en dehors du peuple de Dieu s\u2019épanouira librement au souffle de l\u2019égoïsme, plus cette concentration des biens et cette diffusion de l\u2019esclavage se feront intenses.Et lorsque le monde païen aura atteint à Rome son apogée de civilisation, il pourra affirmer sans rougir, lui qui compte dix esclaves pour un homme libre, il pourra affirmer par son interprète le plus autorisé, Cicéron : \u201cOn doit regarder comme bas le salaire de ceux qui faute de talent louent leurs bras : quiconque vend son travail se met au rang des esclaves.Tous les métiers d\u2019artisans ont quelque chose de vil et une boutique n\u2019est pas digne d\u2019un homme libre!\u201d 4 Une boutique n\u2019est pas digne d\u2019un homme libre! Voilà 1.\tR.P.Schwalm, \u201cLeçons de philosophie sociale,\u201d p.258-260 2.\tGen.III.3.\tRom.VII, 24 4.\tDe officiis, Pâquet, op.cit., p.229 L APOSTOLAT PAR LE TRAVAIL 343 l\u2019esclavage en principe, la mainmise de la déchéance sur l\u2019humanité, Heureusement pour elle, cinquante ans après que Cicéron eut tracé ces lignes, il devait cesser d\u2019avoir raison.Le Fils de Dieu, de toute éternité se présentait devant son Père: \u201cLes holocaustes ne vous ont pas plu.Alors j\u2019ai dit: Me voici.\u201d 1 II opérait cette descente mystérieuse qui allait rapprocher le Ciel de la terre.Une boutique n\u2019est pas digne d\u2019un homme libre ! Pour tabernacle II choisira le sein d\u2019une pauvre vierge fiancée à un charpentier; pour sanctuaire une échoppe de menuisier où II passera trente ans de sa vie mortelle sans autre sceptre que le rabot et la scie et sans autre couronne que les sueurs accrochées à son front par les préoccupations et les labeurs.Une boutique n\u2019est pas digne d\u2019un homme libre ! Il s\u2019élancera de là comme d\u2019un pinacle pour marcher à la confusion et à la conquête du monde.Et pour couper tout doute sur ses intentions, Il appellera à sa suite des hommes qui trop pauvres pour posséder une boutique, n\u2019ont à leur usage qu\u2019une barque et quelques filets, et c\u2019est au plus vieux d\u2019entre eux qu\u2019il dira : \u201cTu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise.\u201d 2 Bien plus, il laissera suspendue à la face de ses fidèles cette scène du jugement, où les mérites seront distribués d\u2019après la conduite tenue à l\u2019égard des pauvres, cette écorce de Jésus-Christ: \u201cJ\u2019ai eu faim et vous m\u2019avez donné à manger, venez les bénis de mon Père ! 3 Cette doctrine et cette mentalité, l\u2019Eglise les a recueillies de son Fondateur au jour de son ascension et ce sont elles qu\u2019elle a semées à toutes les générations et à tous les siècles.Et pour coordonner ses efforts, elle s\u2019est présentée au monde du travail avec une doctrine, une morale, un exemple.Une doctrine.Le travail est une nécessité individuelle et sociale.L\u2019homme n\u2019a pas le droit de manger s\u2019il est trop indolent pour gagner.Il n\u2019a pas le droit de rester oisif, car il compromet par là sa vertu en s\u2019exposant à tous les vices.Au contraire, s\u2019il peine, il peut obtenir la rémission de ses péchés et acquérir des mérites pour le ciel.Le tra- 1.\tHebr.X, 6.8 2.\tMatthieu, XVI, 18 3.\tMatthieu, XXV, 35 344 REVUE DOMINICAINE vail est donc- une œuvre de liberté.De plus, il est l\u2019exercice de l\u2019activité sociale indispensable à tout corps qui ne veut pas mourir.Or comme la société vient de Dieu, le travail rend un son d\u2019éternité, et les sueurs ont des reflets du ciel.A l\u2019instar des grandes œuvres, il doit se fortifier de la justice et se couronner de la charité.Une morale.Cette morale n\u2019est pas le calmant qui endort la douleur à fleur de peau sans la tarir dans sa source; c\u2019est le spécifique qui ronge toutes les racines du mal et qui empêche de nuire.Vous travaillez, vous avez droit à un salaire proportionné à vos aptitudes et à vos efforts.Vous recevez, donc vous devez fournir en proportion raisonnable de ce qui vous est payé pour votre subsistance et celle de votre famille.Voilà l\u2019ordre de la justice, mais la justice n\u2019est qu\u2019une vertu cardinale, au-dessus il y a la charité, vertu théologale, éternelle comme Dieu son principe et sa fin.Ses exigences parleront avec autant de sévérité que celles de la justice au dernier jour.Par elles nous sommes frères ! Les patrons sont providence et les ouvriers domestiques.Lien de ce qui touche les uns ou les autres ne doit leur rester étranger.Aussi l\u2019ouvrier se doit-il d\u2019être bienveillant et compatissant à l\u2019égard de son patron.Il y a des retours de charité comme il y a des retours de justice: et ce sont les premiers qui ouvrent les cœurs et appellent les munificences.Si le ciel verse toutes ses pluies sur la terre, c\u2019est que la terre lui envoie toutes ses vapeurs ! Aux rigueurs de cette morale l\u2019Eglise a voulu joindre la force de l\u2019exemple.Le Maître avait travaillé, les apôtres travaillèrent aussi et s\u2019en firent gloire.Us élevèrent même le travail manuel à la hauteur d\u2019une vocation religieuse et les monastères abritèrent des multitudes de travailleurs.Puis quand il plut à Dieu de faire fleurir en terre d\u2019Amérique un rameau de son Eglise, nos curés se constituèrent eux aussi travailleurs, ils n\u2019eurent pas honte de sortir de leur presbytère, de mettre la main à la charrue et à la herse, de prêcher d\u2019exemple l\u2019amélioration des terres : ils estimaient le travail assez noble pour servir de marchepied à la vertu et au ciel.Catholiques, tous nous sommes membres d\u2019un même corps dont la tête a paru il y a dix-neuf siècles.Cette doc- l\u2019apostolat par le travail 345 trine, cette morale, ces exemples sont nôtres.A l\u2019artisan catholique d\u2019en être fier et de s\u2019en faire le prosélyte.De même que les membres du corps, par la régularité de leur action, et la bonne apparence de leur surface, ont le devoir de manifester à l\u2019extérieur la pureté et la vigueur du sang qui les anime, de même l\u2019ouvrier, par la régularité, la perfection, la conscience de son travail, a-t-il le devoir de manifester au monde l\u2019universelle vitalité du catholicisme qu\u2019il professe.Ce devoir n\u2019est pas trop lourd pour ses épaules et cet idéal n\u2019est pas plus élevé que la noblesse de son cœur.Il n\u2019a qu\u2019à réfléchir pour agir ! Abbé Arthur Deschenes CORRESPONDANCE INTIME LETTRE A UN AMI Flavigny-sur-Ozerain, Côte d\u2019Or, France, 17 août 1877.Mon bien cher ami, A vrai dire, je t\u2019accusais d\u2019un peu de lenteur, j\u2019avais hâte d\u2019apprendre de toi-même les nouvelles de votre examen et de votre entrée en carrière.Tout de même je ne me sens aucune volonté de te faire la grosse mine pour si peu.S\u2019il y a eu quelque négligence, ta bonne lettre a tout réparé.D\u2019ailleurs, mon bien cher, j\u2019oublie trop souvent mes devoirs envers le meilleur et le plus fidèle des amis, pour trouver étrange ou intolérable qu\u2019on m\u2019oublie ou qu\u2019on me néglige quelques fois.Donc, pas de reproches de ce côté.J\u2019en ai de plus sérieux à te faire.Te voilà revenu à tes anciennes faiblesses, à ces mélancolies et à ces abattements qui t\u2019ont fait tant de mal autre- 346 REVUE DOMINICAINE fois.C\u2019est bien pour cela que tu mériterais une forte pénitence.Il faut que tu te corriges sur ce point avant mon retour au pays; car alors je ne te passerai pas ces enfantillages.Au fait, mon bien cher, cela * n\u2019est point du tout raisonnable.Je ne te reproche point de sentir quelquefois une impression d\u2019abattement et de tristesse, cela est inévitable, même dans la vie religieuse, à plus forte raison dans le monde.Mais si aucun homme ne peut se soustraire entièrement 'à ces impressions, aucun chrétien ne doit non plus s\u2019y livrer et s\u2019en laisser dominer.Après tout, d\u2019où viennent-elles ?Ce n\u2019est sûrement point de Dieu.Les tristesses surnaturelles n\u2019abattent point l\u2019âme de cette façon, elles la courbent devant Dieu, elles la brisent pour la purifier, mais au milieu de la tourmente on ne perd point de vue le rayon d\u2019en haut.Ces tristesses extrêmes ne viennent pas non plus de la raison; car tout ce qui vient de la raison, est raisonnable et mesurée; or cette tristesse ne l\u2019est pas.Quelle est donc la cause de ce phénomène ?Elle est multiple.C\u2019est l\u2019imagination, l\u2019amour-propre bien souvent ou quelque autre passion froissée; c\u2019est aussi, fréquemment, une disposition physique, ou une vie concentrée et une tension excessive de l\u2019esprit et du système nerveux.Ce qui fait illusion, c\u2019est que souvent à ces heures, la foi nous donne le sujet d\u2019une légitime tristesse.Que nous soyons tristes quand nous avons offensé Dieu, cela est nature', et cela doit être.Mais cette tristesse n\u2019est point sans espérance ; loin de là : c\u2019est le meilleur gage que Dieu veut nous pardonner, et que nous désirons l\u2019aimer.D\u2019où vient donc que souvent nous nous prévalons de nos fautes pour nous abandonner à ces tristesses si peu surnaturelles et si peu raisonnables ?Le voici, mon bien cher, c\u2019est qu\u2019en tout cela nous sommes à la merci de notre amour-propre.Ce n\u2019est point l\u2019amour de Dieu, c\u2019est l\u2019amour de nous-mêmes qui engendre ce fléau.Le vent du ciel soufflait doux et favorable.Sans rames et sans efforts nous voguions sur les flots de la vie.Nous nous réjouissons de ces faveurs du ciel, sans penser peut-être à l\u2019en remercier.Nous étions flattés de cette amitié de Dieu, sans rien faire pour la retenir et l\u2019accroître; un peu plus, et nous nous complaisions à nous voir en cette faveur, et nous estimions nous-mêmes.Or Dieu nous voyant en cette vaine complaisance en nous-mêmes a voulu nous montrer ce que nous sommes.Il a CORRESPONDANCE INTIME 347 soustrait- tout-à-coup le souffle favorable de sa grâce, et nous voici abandonnés pour un moment au courant.Et voilà qu\u2019au lieu de tenir d\u2019une main ferme le gouvernail, que nous avions laissé échapper dans nos rêves, et de ramer vigoureusement en attendant que le ciel nous rende le vent favorable, nous nous' répétons sans cesse: \u201cTout allait si bien, quand Dieu était avec moi; et maintenant que je l\u2019ai oublié tout va si mal ! Encore si c\u2019était la première fois ; mais c\u2019est toujours la même histoire.Tout cela est bien vrai, mon cher, mais tout, cela n\u2019est que de l\u2019amour-propre.Ce qui nous afflige, ce n\u2019est point tant d\u2019avoir offensé Dieu que de ne pouvoir plus nous estimer nous-mêmes.Si nous étions vraiment humbles, nous ne serions- jamais étonnés de nos fautes, même les plus grandes, sachant bien que de nous-mêmes, c\u2019est tout ce que nous savons faire.Et nous dirions à Dieu : \u201cMon Dieu, j\u2019avais perdu de vue ma misère, vous me l\u2019avez rappelée; sovez-en béni! et faites que je ne l\u2019oublie plus.Vous voyez maintenant que je ne puis rien sans vous; faites tout en moi.Aidez-moi a me relever et à vous mieux servir.\u201d Et cela fait, nous nous remettrions avec humilité, mais avec ardeur et confiance, au travail de notre sanctification.Défions-nous, mon bien cher, de ces douleurs stériles qu\u2019engendre en nous l\u2019amour-propre, et qui ne nous aident nullement à nous convertir.Quelques fois aussi ces tristesses excessives sont engendrées par l\u2019imagination.On recommit facilement cette source, quand non content de réfléchir sur les tristesses présentes, on rappelle toutes celles du passé, -et l\u2019on évoque toutes celles de l\u2019avenir.Le plus souvent ce n\u2019est pas l\u2019imagination qui donne le branle, mais elle prête un puissant concours.Il faut se moquer de ces sortes de rêves ; ce sont fantômes bons seulement à émouvoir femmes et enfants.Il faut se bien garder en tout des écarts de l\u2019imagination, mais par-dessus tout en ce qui regarde le salut; car il n\u2019y a point de chose qui nous soit plus chère et plus inconnue, ni par conséquent où l\u2019imagination se puisse plus librement donner carrière.Enfin, mon bien cher, une cause assez commune de cette mélancolie, c\u2019est une disposition physique.Il y a des hommes que leur tempérament défend contre toutes les émotions; d'autres qui ont une prédisposition à la joie et à la gaieté; d\u2019autres enfin, et c\u2019est le grand nombre sur la terre 348 REVUE DOMINICAINE cl\u2019exil, qui ont une prédisposition à la tristesse et à la mélancolie.Ces hommes trouvent, ils ne savent pourquoi, des larmes au fond de toutes choses ici-bas.Ce sont les prédestinés de la souffrance.Ces hommes ne sont jamais heureux humainement.Mais comment reconnaître si nos tristesses viennent de cette source ?Un signe ordinaire, c\u2019est lorsque cette tristesse se porte sur tout sans qu\u2019elle ait un objet bien déterminé, et lorsqu\u2019elle est accompagné d\u2019un état de prostration, d\u2019abattement et de malaise corporel.Laquelle de ces causes engendre tes tristesses, il me serait difficile de le dire à distance, ne t\u2019ayant pas vu depuis longtemps.Mais j\u2019opine que ce serait un peu le tempérament et beaucoup l\u2019amour-propre.Il y a aussi une autre cause.C\u2019est lorsque Lieu est jaloux d\u2019une âme qu\u2019il veut tout entière pour lui seul et jusqu\u2019à la mort, et qu\u2019il la poursuit toujours jusqu\u2019à ce qu'elle se donne à lui sans réserve, soit dans le monde, soit dans la vie religieuse.Mais cette cause est bien moins fréquente : et il vaut mieux dans la pratique commencer par croire au naturel avant de croire au surnaturel.Quels sont les dangers de ces tristesses ?quels sont leurs remèdes?Les dangers, c\u2019est toujours la perte du temps, l\u2019amoindrissement de la volonté, l\u2019amollissement du caractère.Lorsque la cause est l\u2019amour-propre, l\u2019effet naturel, c\u2019est de fortifier cette passion subtile, ou de nous abattre et de nous décourager.C\u2019est aussi souvent de nous aigrir contre les autres et contre nous-mêmes.Et tu prévois les dernières et plus terribles conséquences que ces premières entraînent après elles lorsqu\u2019on ne lutte pas avec énergie.Si c\u2019est l\u2019imagination ou le tempérament qui amènent les tristesses, leur terme voisin et inévitable quand on 11e lutte pas, c\u2019est la volupté.Le nombre est bien grand des âmes qui vont aux abîmes par ce chemin.Je te dis franchement ma pensée sur tes maladies.C\u2019est le moins difficile; je voudrais te donner un remède.Le premier, c\u2019est toujours la prière, la prière humble et confiante.Le deuxième, c\u2019est de renoncer à la volupté que tu ressens au fond de ces tristesses.Souvent la tristesse passerait vite si l\u2019on n\u2019y trouvait pas un secret plaisir, plaisir malsain, mon bien cher, qui en appelle fatalement d\u2019autres plus CORRESPONDANCE INTIME 349 malsains encore.Le troisième, c\u2019est de faire une diversion quelconque, travail, lecture, promenade, causerie, qui sorte l\u2019esprit de ce-milieu.Un des meilleurs remèdes pour moi, c\u2019est le travail manuel.Je soigne les fleurs ; et j\u2019y mets tant d\u2019ardeur, que j\u2019oublie tout le reste.En chercbant un peu, tu trouveras sans doute quelque diversion, qui te serait agréable.Il faudrait y recourir.Ce sont là des moyens utiles pour toutes ces tristesses d\u2019où qu\u2019elles viennent.Quand elles tiennent à une indisposition du corps, il faut le remettre le plus vite possible en son état normal, en suivant un bon régime et prenant du sommeil ce qu\u2019on en peut prendre.Quand cela vient de l\u2019imagination, il faut tout simplement aller au fond des choses, et se dire : voyons bien qu\u2019elles sont les raisons sérieuses et légitimes de cette tristesse.Si tu arrives à les préciser, tu n\u2019auras pas de difficultés à dominer tes impressions.Si tu ne peux arriver à les préciser, c\u2019est que ces raisons ne sont guère sérieuses, et ce serait par trop ridicule de s\u2019y arrêter.Enfin, si malheureusement la con-science de quelque faute t\u2019affligeait, il faudrait tout simplement faire un acte de contrition sur l\u2019heure, puis te confesser au premier moment.Car il importe qu\u2019avant tout tu sois en paix avec toi-même et que tu n\u2019ais pas à te reprocher une faute qui n\u2019a point été pardonnée.Voilà, mon bien cher, toute la pénitence que je te donne: c\u2019est de lire et de mettre en pratique tout ce que je viens de t\u2019écrire, et de me dire franchement, à chaque lettre, où tu en es avec cette maladie.Tu 11e me dis point d\u2019autres détails qui m'intéresseraient, sur toi d\u2019abord et sur les confrères ensuite.Sur toi.Tu m\u2019apprends le mariage d\u2019Alfred, c\u2019est très bien fait! et toi où en es-tu?Je conçois qu\u2019on ne dise pas volontiers des choses si délicates; aussi je ne demande aucun détail.Tout ce que je voudrais savoir, c\u2019est le général.Que tu y penses ou que tu n\u2019y penses pas, cela change de suite l\u2019horizon de ta vie.Je n\u2019ai point coutume de me mêler de ces détails, où je ne m\u2019entends guère, dis-moi seulement, si tu le peux, si tu as commencé quelque liaison, et quelles sont tes idées ]à-dessus.Ceci est trop important, dans la vie d\u2019un chrétien, et peut avoir trop d\u2019influence sur les états d\u2019âmes par lesquels tu passes, pour que je ne m\u2019y intéresse pas beaucoup. 350 REVUE DOMINICAINE En voilà assez pour cette fois.Ecris-moi bientôt, si c\u2019est possible.Mais surtout n\u2019oublie pas de prier beaucoup pour moi.Il m\u2019est facile de te faire de beaux sermons; mais je n\u2019en vaux pas mieux pour cela, et je t\u2019assure que je suis un bien misérable religieux.Tout à toi, mon bien cher, Fr.Th.-Dom.-C.Gonthiee, O.P.DANS L\u2019ORDRE Le K.P.Doyon, O.P., aumônier militaire, adresse au T.R.P.Provincial, la lettre suivante : Frensham Pond Camp, 25 août 1918.Très révérend et cher Père, Le 25 août, j\u2019apprenais par hasard la mort de mon cher compagnon de voyage aux Etats-Unis, le Comte de Chava-gnac.'En passant à Paris, j\u2019ai pu en savoir la date précise par le bureau de Y Action Française; ce journal publiait le 15 juillet 1918, la note suivante: \u201cNous avons la grande douleur d\u2019apprendre la mort \u201cd\u2019un de nos amis les plus dévoués et les plus chers, le comte \u201cde Chavagnac, mortellement atteint, le 28 juin dernier, sur \u201cle front d\u2019Italie et mort dans la nuit même à l\u2019ambulance \u201coù on l\u2019avait transporté.\u201cXavier de Chavagnac était lieutenant d\u2019artillerie.Il \u201cétait décoré de la Légion d\u2019honneur.Il avait reçu, le printemps dernier, du gouvernement, une mission au Canada, \u201coù il servit la France par son intelligence comme il l\u2019avait \u201cservie sur les champs de bataille par son courage.\u201d DANS L\u2019ORDRE 351 J\u2019ai porté tout le long de mon voyage en Bretagne, le poids douloureux de cette perte, très vive entre toutes les pertes récentes.Les dernières attaques ont été glorieuses pour le nom Canadien-français; mais la gloire militaire se paie au prix du sang.Le 22leme a été grandement à l\u2019honneur.L\u2019âme endeuillée par nos pertes, j\u2019ai pu soulager ma peine en célébrant un service funèbre à Paris, le 16 septembre; c\u2019était au retour de mon pèlerinage de Sainte-Anne d\u2019Auray.J\u2019y ai rappelé nos derniers héros canadiens-français : Brillant, Veilleux, Dupuy Roméo, de Sherbrooke, Cadotte, Lemieux Rodolphe, du 22me, Cormier, du 25nie, et Mercereau, du 26me, ces deux derniers acadiens ; ensemble, avec la même bravoure, canadiens et acadiens ont donné leurs vies pour délivrer le sol de la France.IJ Action Française, Y Echo cle Paris, la Croix, ont publié des notes; voici celle de Y Action Française: \"'Les Canadiens-Français.\u2014Lundi matin, à 10 heures, à l\u2019église Saint-Sulpice, le R.P.C.-V.Doyon, de l\u2019Ordre des Frères-Prêcheurs, aumônier du 22ine bataillon canadien-fran-çais, a célébré un service pour ses compagnons, tombés au champ d\u2019honneur.\u201cDes délégations des hôpitaux canadiens de Saint-Cloud et de Joigny assistaient à la cérémonie.M.Roy, commissaire canadien à Paris, y occupait une place d\u2019honneur.L\u2019a'bsoute a été donnée par le supérieur général de Saint-Sulpice, assisté de M.Hertzog, procureur de la Congrégation à Rome, du supérieur du séminaire de Paris, de M.le curé de Saint-Sulpice, du R.P.Adam, des Frères-Prêcheurs, ancien vice-provincial au Canada.k\u2018Le capitaine-aumônier a dépeint dans son allocution la vaillance et la foi des Canadiens-français, armés pour rendre à la France d\u2019aujourd\u2019hu ce qu\u2019ils ont reçu de la France ancienne.Si ce batail'on est seul, au front, de sa formation, c\u2019est qu\u2019on n\u2019en a.pas autorisé d\u2019autres.Tout seul, il a su porter haut la gloire de ses compatriotes, à Saint-Eloi, à Courcelette, à Vimy.Partout préparés aux derniers sacrifices, les Canadiens-français ne savent pas ce que c\u2019est que la peur, ils ne savent que vaincre ou mourir.En trois ans, pas un homme du 22me bataillon ne s\u2019est laissé faire prisonnier. 352 REVUE DOMINICAINE \u201cTelle est la part prise dans cette guerre, par les compagnons du K.P.Doyon : tel est le cœur qui bat là-bas pour nous.L\u2019honneur de la province de Québec est tout entier dans ce témoignage.\u201d La jeunesse catholique de France était représentée par M.Victor Ducaille, son vice-président.J\u2019ai recueilli à cette occasion de très liantes et très précieuses sympathies pour nos soldats canadiens-français.M.François Veuillot absent de Paris s\u2019est excusé par lettre.J\u2019ai soldé tous les frais du service funèbre, une bonne lere classe; et cela, sans rien retrancher aux secours que je verse à trois families de réfugiés, venus de Locre et Bailleul.Je ne puis envoyer mes sympathies aux familles de tous nos morts, leur dire quelle part ils ont, enfants et parents, à mes intentions au saint sacrifice.J\u2019ai voulu, par, ce service solennel, montrer à tous quelle affection m\u2019unit à jamais, à mes enfants, à leurs familles; n\u2019ai-je pas le droit de pleurer un peu comme pleurent les mères ?Retourné au devoir, je trouve un nouveau groupe qui, je l\u2019espère, me donnera les consolations accoutumées.En août, nous avons eu, en cinq semaines, 3,606 communions.Chaque soir, nous avons le rosaire médité, suivi du salut.J\u2019ai aussi prêché le triduum de saint Dominique.Priez pour moi.\u201d Dans la Province \u2014Tœ R.P.Harpin, du Couvent de Sainte-Anne de Fall-River, a été nommé aumônier dans l\u2019armée américaine et sera attaché à la base navale de Haïti.\u2014Le R.P.Lamarre, du Couvent de Portland, Orégon, vient, d\u2019être nommé aumônier du District militaire d\u2019Ottawa, en remplacement du R.P.Ollivier qui accompagnera nos soldats en Sibérie.\u2014Le R.P.Hamel est assigné au Couvent de Sainte-Anne de Fall-River, et le R.P.Béliveau à la Maison vicariale de Québec.Superiornm permissu.De licentia Ordinarii. ANNONCES DE LA REVUE DOMINICAINE Casavant Frères FACTEURS D\u2019ORGUES St-Hyacinthe, P.Q.MAISON FONDÉE EN 1879, ORGUES A TRANSMISSION, ELECTRIQUE PNEUMATIQUE OU TUBULAIRE, SOUFFLERIE ELECTRIQUE ET HYDRAULIQUE.ÜÜii jff * mm ÏÊïsfèi wmm k' ntn ->\u2014v' n rr e) ür rvn i\u2014^ ^ Tec.NorlO.\t201;RUE Cascades.BLOC BALMOBAL HARNAIS, SELLES, COUVERTES A CHEVAUX, VALISES, MALLES, SACS DE VOYAGE.- Hj^-IsÆOISrT^LQnSrL LIMITEE RUE NOTRE-DAME OUEST MONTREAL.Matthews-Blackwell,Ltée Entrepôts frigorifiques.\u2014Marchands de Produits EN GROS Renommés pour \u201cSweet Clover Brand \u201d Beurre de Crémerie, Etc.OTTAWA, 44 Nicholas.XV CHAPELLERIE SPECIALE POUR LE CLERGÉ CHAPEAUX ROMAINS de Peluche, de Soie, de Feutre, de Cachemire et de Paille Palmier.Les commandes par la posteront exécutées le jour même qu\u2019elles sont reçues.SATISFACTION GARANTIE.CHAS.DESJARDINS & OIE.L™* 130.RUE ST-DEIVIS, MONTREAL.CANADA.VIN DE MESSE Archevêché de Québec, 30 juillet, 1914.Après m!être assuré que la fabrication du vin de messe, dit de ST-NAZAIRE, se fait sous la surveillance immédiate d\u2019un prêtre compétent, je n\u2019hésite pas, sur le rapport de ce dernier, à renouveler l\u2019approbation que j\u2019ai déjà donnée à ce vin liturgique dans ma circulaire du 1er mars 1897.f L.N.Arch, de Québec.\u201c Le Rvd PH.FILION, professeur de chimie à l\u2019Université Laval est depuis la mort de Mgr Laflamme, chargé de surveiller la fabrication de nos vins liturgiques et cela à LA DEMANDE EXPRESSE DE MONSEIGNEUR L\u2019ARCHEVÊQUE DE QUEBEC.\u201d A.TOUSSAINT & Cie - pue St-Paul, QUÉBEC.Téléphone, No 87.La Cfpapie d\u2019Imurimerie et Comptabilités Ae St-Hyaciatle -A responsabilité limitée- (Successeurs de l\u2019Imp.du Courrier de Saint-Hyacinthe et de la Dominion Loose Leaf Ltd.) Impressions de toutes sortes, Reliure, Réglage, Livres blancs Spécialité : Comptabilités à Feuillets Mobiles.\u2014-» ESTIMES FOURNIS SUR DEMANDE *->- Bureau et Atelier, 70 rue Ste-Anne ST-HYACINTHE "]
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