Revue dominicaine, 1 janvier 1920, Janvier
[" IIAiiO NUMÉRIQUE Première(s) page(s) manquante(s) ou non numérisiée(s) Veuillez vous informer auprès du personnel de BAnQ en utilisant le formulaire de référence à distance, qui se trouve en ligne : https://www.banq.qc.ca/formulaires/formulaire reference/index.html ou par téléphone 1-800-363-9028 Bibliothèque et Archives nationales Québec EJ ES ES ES £a \u2018tfevue dominicaine souhaite à ses collabo* rateurs, abonnés et propagandistes une heureuse et sainte anr^ée.L'HUMANISME DEVOT 1580-16601 Le dernier ouvrage de M.Henri Brémond: Histoire littéraire du sentiment religieux en France, depuis les guerres de religion jusqu'à nos jours, fera la joie de ceux qui ne désespèrent pas de la France.Il fera aussi la fortune des-chercheurs, car c\u2019est une riche mine qui leur est ouverte, et un complément heureux de l\u2019Histoire de la langue et de la littérature française de Petit de Julleville.Cette monographie manquait aux historiens et se laissait désirer depuis longtemps.L\u2019action profonde du sentiment religieux et son influence dans le développement de notre civilisation, sont des faits qui doivent retenir l\u2019écrivain, croyant ou non.\u2022 \u201cNégliger les choses religieuses et les estimer petitement, c\u2019est ne pas comprendre la littérature\u201d, a dit un maître contemporain.(E.Lavisse, cité par M.Brémond.) Notre français a des origines très mêlées.Mais personne ne niera qu\u2019il ait atteint sa perfection au XVIIe siècle, et que les mystiques aient contribué puissamment à son progrès.Par la recherche constante de mots capables de signifier leur expérience insaisissable, d\u2019exposer un système original de hautes spéculations et de doctrines élevées, les mystiques ont enrichi la langue maternelle, ils l\u2019ont spiritualisée dans une mesure étonnante.i L\u2019Humanisme dévot est le sous-titre du premier tome de L\u2019Histoire littéraire du sentiment religieux en France par Henri Brémond.Paris, Bloud et Gay, 1916.Revue Dominicaine, Janvier 1920. REVUE DOMINICAINE M.Brémond ne puise qu\u2019aux sources purement littéraires et exclusivement catholiques.Mais il nous avertit que son intention n\u2019est pas de se contenter d\u2019énumérer les écrivains, de discuter l'originalité de chacun, son mérite littéraire ou philosophique, mais de savoir quelle était sa vie intime, sa prière vraie, quelle était enfin son expérience personnelle des réalités dont il parle.Bon ouvrage est.livré au public en trois séries.La première a déjà paru.Elle est répartie en trois tomes ayant pour titre: l\u2019Invasion mystique, la Conquête mystique, la Retraite des.mystiques.Mais à cause du lien intime qui rattache les mystiques aux conditions morales de leur temps, il fallait, pour les mettre bien en lumière, éclairer leur champ d\u2019action.C\u2019est l\u2019objet d\u2019un volume d\u2019introduction, intitulé: Y Humanisme dévot, et divisé aussi en trois parties : Origine, Progrès, Fin de l\u2019humanisme dévot.C\u2019est ce beau livre dont nous voudrions résumer les conclusions au profit de nos lecteurs.m ORIGINES ET TENDANCES DE L\u2019HUMANISME DEVOT \u201cL\u2019humanisme, dit M.Brémond, est essentiellement l\u2019affirmation hardie que l\u2019étude des lettres antiques rendra l\u2019humanité plus civilisée, plus noble, plus heureuse.\u201d La Renaissance ne l\u2019a pas inventée, comme on l\u2019a cru jusqu\u2019ici, mais lui a donné, pour ainsi dire, un accent nouveau.Au Moyen-Age, l\u2019humaniste est un lettré discret.Le plaisir que lui donne la contemplation des chefs-d'oeuvre est très sensible, très noble, très civilisant, mais enfin ce n'est qu\u2019un plaisir.Il est content de sa vie cachée et résigné à son sort.L\u2019humaniste de la.Renaissance est tout différent.ISTe lui parlez pas de son néant, il crierait au sacrilège.Ce qu\u2019il demande avant tout aux modèles antiques, c\u2019est de le rendre plus homme.IJumani nil alienum est sa devise.C\u2019est aussi la devise de l\u2019humanisme éternel.Mais pour nous et le Moyen-Age, cela veut dire humilité, compassion, indulgence aussi.Quand nous répétons le vers de Terence, nous voulons dire que nous prenons part à la misère commune.Pour la Renaissance, au contraire, Ilumani nü alienum est consigne d\u2019assaut, d\u2019espérance, promesse et cri de victoire: rien de ce que peuvent atteindre les facultés de l\u2019homme n\u2019est trop pour l\u2019homme. L Humanisme dévot 3 Eu tout cas, extrême ou modéré, il n\u2019est pas d\u2019humaniste qui ue se fasse une haute idée de l\u2019homme.\u201cL\u2019humanisme est essentiellement une tendance à la glorification de la nature humaine.\u201d Seule définition qui aille au fond des choses et qui permette de distinguer l\u2019humaniste du simple lettré.Qu\u2019est-ce que l\u2019homme?d\u2019où vient-il?où va-t-il?La réponse à ces questions partage les humanistes.Les chrétiens, les seuls qui nous intéressent présentement, acceptent simplement la doctrine de l\u2019Eglise.Mais iis mettent de préférence en lumière les- vérités les plus consolantes, les plus humaines, qu\u2019ils tiennent pour les plus divines, les plus conformes à la Bonté infinie.S\u2019ils entendent que rien d'humain ne leur soit étranger, c\u2019est que, dans tout ce qui est humain ils reconnaissent l\u2019image de Dieu, et dans tout homme un frère racheté par un Dieu fait Homme et élevé par la grâce au-dessus de sa naturelle perfection.Toutefois, l\u2019humanisme chrétien est plus spéculatif que pratique, plus aristocratique que populaire; il cherche le vrai et le beau plutôt que le saint, il s\u2019adresse à l\u2019élite plutôt qu\u2019à la foule.Ces deux traits le distinguent de l\u2019humanisme dévot.En d\u2019autres termes., l\u2019humanisme dévot applique aux besoins de la vie intérieure, met à la portée de tous, et les principes et l\u2019esprit de l\u2019humanisme chrétien.Il est bon de faire une remarque avant d\u2019aller plus loin.La mesure n\u2019est pas la qualité maîtresse des humanistes pris dans leur ensemble.\u201cQuand on aborde l\u2019étude de la Renaissance, il faut se décider une fois pour toutes à n\u2019attacher qu\u2019une importance secondaire aux enfantillages de tant d\u2019humanistes, à leur pantagruélisme, à leur outrance de plume ou d\u2019attitude, \u2014 affectations conscientes, voulues, qui ne prouvent rien.îve jugez donc pas les humanistes sur leurs airs de bravoure, ne prenez pas Gargantua pour un géant, Erasme pour un Voltaire\u201d.Thomas Morus a collaboré à l'Eloge de la folie, ce qui ne l\u2019a pas empêché de mourir pour la foi.On admet communément que saint François de Sales enseigna le premier aux simples fidèles la \u201cvie dévote\u201d.Rien n'est plus invraisemblable.Autant dire qu\u2019il n\u2019y eut pas de tragédies avant Corneille.La vérité est tout autre.Saint François de Baies a eu des centaines de précurseurs, 4 REVUE DOMINICAINE parmi lesquels M.B rem oriel s\u2019arrête, pour le moment, au P.Richeome, jésuite, comme à 'l\u2019un des plus remarquables.He à Digne, en 1544, Richeome allait de bonne heure faire ses études à Paris.Ses lettres terminées, il fut envoyé à l\u2019Université de Pont-à-Mousson, qui était alors un des foyers de la renaissance catholique, puis à Dijon où il fonda le collège qui devait plus tard compter Bossuet parmi ses élèves.\u201cFin, sage, ferme et bénin, ce provençal était fait pour gouverner\u201d.Pendant les quarante dernières années de sa vie il n\u2019a pas cessé d\u2019occuper les plus hautes charges de son ordre, à Lyon, à Bordeaux, à Borne où il résida comme assistant du général Aquaviva.Il a donc vécu dans l\u2019intimité des fondateurs de sa société et il peut nous renseigner sur l\u2019orientation de son oeuvre et celle des jésuites de France.Ce fut avant tout un polémiste, un champion, et s\u2019il n\u2019est pas parmi les géants de la Compagnie, il vient immédiatement après.Mais c\u2019est surtout comme humaniste dévot qu\u2019il nous intéresse.Dans ses ouvrages spirituels, \u2014 le Gatéchisme royal, la Peinture spirituelle, les Tableaux sacrés, Y Adieu de l\u2019âme dévote laissant le corps, etc., \u2014 il regarde ses lecteurs comme de grands enfants que la doctrine sèche fait bâiller.Pas un de ses livres qui ne cherche à captiver l\u2019imagination, qui ne se présente comme une oeuvre d\u2019art.Et il se laisse prendre lui-même à ses écrits.Histoires, tableaux, promenades1, tout l\u2019enchante et se mêle spontanément à sa prière.Enfant, direz-vous?Justement il se fait gloire de l\u2019être.Comme plus tard, pour les grands mystiques, l\u2019idéal suprême de la perfection sera \u201cl\u2019esprit d\u2019enfance\u201d, jusqu\u2019au moment où celui-ci sera étouffé par le jansénisme.Il a une façon bien humaine de mêler les délices naturelles à la vie chrétienne, de faire servir les premières à la seconde, les sanctifiant ainsi et les rendant plus délectables, qui nous fait saisir la philosophie intime \u201cqu\u2019il ne formule point, mais qui baigne tous ses ouvrages.\u201d Il faut que le plaisir seconde tout.\u201cLe bon Père n\u2019élargit pas le chemin étroit, mais il le voit fleuri, même aux passages les plus rocailleux\u201d C\u2019est l\u2019optimisme chrétien.Richeome aurait eu des peines infinies s\u2019il avait trouvé, dans l\u2019enseignement de l\u2019Eglise, quelques raisons de mettre en doute la bonté de L\u2019Humanisme dévot 5 Dieu, et, ce qui revient au même, la bonté essentielle des oeuvres de Dieu.Mais comme il n\u2019a pas d\u2019inquiétude sur ce point, il s\u2019en donne à coeur joie.Il cause, il cause, comme un écolier en congé.Il est tout entier à la minute présente.Tableaux, contes, malices, jamais il ne résiste à la tentation du chemin.Saint François de Sales se contente d\u2019une fleur en passant, pour lui il les veut toutes.Et les bêtes donc: l\u2019arche de Uoé y passe en entier.Il sait peindre: certains de ses tableaux sont de véritables aquarelles.\u201cbPavez-vous jamais admiré la figure des \u201cglaïeuls violets quand ils sont épanouis ?Avez-vous considéré la posture de leurs feuilles dont trois alternative-anient courbées en arcade et jointes à la pointe, et trois autres recourbées et couchées alternativement aussi vers la \u201ctige, faisant trois espaces vides, représentent une couronne \u201cimpériale.Avez-vous contemplé le velours violet de celles \u201cqui se courbent avec les petites broches rangées en long sur \u201cle mitan comme ouvrage de frise ou canatil?\u201d (La Peinture spirituelle).Et les lys \u201cposés dessus leur tige comme \u201cdessus un sceptre, épanis à six feuilles, ayant au dedans \u201cleurs verges d\u2019argent aux martelets d\u2019or qui sortent du \u201ccoeur.\u201d (Ibidem.) Une mouche l\u2019occupe, l\u2019amuse et le désespère.\u201cQuel \u201cphilosophe sera si savant qu\u2019il voie clair la nature, le corps \u201cet l\u2019âme d\u2019icelle ; la façon de ses ailerons; les jointures de \u201cses membres, les ressorts intérieurs qui lui font remuer et \u201crouler sa tête et ses yeux et mouvoir son petit corcelet?\u201cQui saura comment elle se porte droit avec ses pieds tor-\u201ctus, comment elle se glisse sur une table, ou fond à mar-\u201cches mesurées, comme une galère poussée des avirons sur \u201cla surface de la mer; comment elle entortille ses jambettes \u201cdevant et derrière, les faisant passer sur sa tête et sur sa \u201ccroupe, pour donner le fil à son bec et force à son vol.\u201d (L\u2019Académie d\u2019honneur).Son moucheron vaut celui de La Fontaine.\u201cIl n\u2019est \u201csi petit animal que Dieu n\u2019ait armé de quelques instruments naturels, jusques aux moucherons lesquels nous \u201cvoyons être montés dessus leurs petites ailes comme sur \u201cleur coursier et savoir très bien donner la carrière, sonner \u201cla trompette et la lance baissée, joindre et piquer l\u2019adversaire.\u201d (L\u2019Adieu de l\u2019âme). 6 REVUE DOMINICAINE De teis croquis ne sont pas rares dans l\u2019oeuvre ascétique de Richeome.Mais il a une façon bouffonne, parfois absurde de rendre nouvelles les vérités les plus simples.Elles n\u2019en sont que plus saisissantes.\u201cSi nous voyons un \u201csinge couvert d'un hoqueton, ou une autruche partant un \u201chaut-de-chausses, nous nous prenons à rire, car ce n\u2019est pas \u201cleur habit naturel, ains un parement façonné en la bouti-\u201cque d\u2019un couturier, à la mode humaine; et si, étant mis \u201csur des bêtes, il y a pour rire, à cause de la disproportion, \u201cnous en sommes auteurs et nous rions de notre propre solécisme, ce pauvre animal n\u2019en pouvant mais, qui n\u2019est que \u201cle faquin et la butte de la risée.Mais si toutes les bêtes \u201cpouvaient noter les incongruités de nos habits en nous, et \u201cfaits par nous, si elles pouvaient aussi bien rire er, se gaus- U ser de nos vêtements pris de leur dos et charges sur ie notre, que diraient-elles, je vous prie?.Que diraient les binds de lui voir faire bravade de leur toison?Que diraient \u201cles loups, les renards et tout le monde des bêtes de le voir \u201cvêtu, chausser et piaffer de leurs peaux?Que diraient les \u201cautruches, les paons et les autres oiseaux, leur voyant porter leurs chapperons, leurs queues, leurs ailes sur la tête?\u201cEt si chaque bête, selon le droit, prenait le sien où il se \u201ctrouve, que deviendrait ce pauvre piaffeur habillé d\u2019emprunt et de friperie\u201d.(L\u2019Adieu de l\u2019âme).Une fois lancé, l\u2019occasion de dire leur fait aux coquettes était bien tentante.Richeome ne sait pas résister.Et au tableau, qu\u2019il nous brosse, ceux de \u201cnotre temps\" se convaincront que si \u201cfemme varie\u201d, c\u2019est la faute de la mode.\u201cMais que peut dire le ciel voyant des dames chrétiennes de notre temps, spécialement en leurs têtes, chargées de \u201cpierres et de métaux, et parées d\u2019une façon, non seulement \u201cvaine, mais encore monstrueuse?Leurs cheveux entor-\u201ctillés en serpent, étendus en chauve-souris, frisés à la mo- U U resque; leurs habits déchiquetés, balafrés, mouchetés, bigarrés, vertugadés, haussepliés.Que fera Jésus de ces \u201ctêtes enserpentées, enchau vesou risées et emmorasquées ?\u201cÜST\u2019en fera-t-il pas une butte de confusion au jour du juge-\u201cment ?\u201d (L'Adieu de l\u2019âme.) Cette sortie est d\u2019autant plus étonnante qu\u2019elle est unique sous la.plume de Richeome.Il ne parle jamais des femmes et semble ignorer l\u2019existence de cette moitié de l\u2019hu- J L\u2019Humanisme dévot 7 inanité.A vrai dire, les charges qu\u2019il a.occupées et les hasards de la vie n\u2019ont point guidé ses pas dans cette direction.Si parfois sa verve d\u2019écrivain montre un peu de mauvaise humeur, \u201celle est toujours plus tapageuse que sanglante.\" Elle ne nous invite jamais à désespérer de la condition humaine, à nous mépriser tout entiers.On n\u2019est pas moins pessimiste, nous allions dire moins janséniste.Qu\u2019on nous passe encore une citation.\u201cConsidérez, s\u2019écrie-t-il, quelque \u201cpart, combien est unique la plainte, combien grande l\u2019ignorance, combien détestable l\u2019ingratitude des enfants d\u2019Adam \u201cqui murmurent contre ce bon et grand Seigneur, l\u2019accusant \u201ccomme eschars et chiche envers l\u2019homme, au lieu d\u2019adorer \u201cd\u2019une profonde humilité et révérence son infinie bonté, reconnaissant ses largesses, et accuser plutôt la perversité de \u201cceux qui si iniquement emploient les dons et grâces à eux \u201cfaits sur tous les animaux du monde.\u201d (L\u2019Adieu de l\u2019âme).Dans l\u2019homme, diminué sans doute par la faute originelle, mais depuis enrichi divinement, Richeome voit une merveille de grâce et de nature.Toutes ses oeuvres sont pénétrées de cette philosophie noble et bienveillante.Il est vrai que pour la trouver il faut j regarder deux fois.De tous les secrets de l\u2019art d\u2019écrire, il en est un qui manque à Richeome, et c\u2019est le principal.Il compo.se fort bien une page, il ne sait pas écrire un livre.Entièrement occupé à orner son ouvrage il oublie le but qui le lui a fait entreprendre.Ses principes, on sent qu\u2019il en est pénétré, qu\u2019il les respire plutôt qu\u2019il ne les conçoit.La vie dévote, chez lui assez intense, n\u2019est pas encore devenue doctrine.Saint François de Sales, lui aussi, a commencé par vivre son livre avant de l\u2019écrire, mais lorsqu'il met la main à la plume, il sait nettement ce qu\u2019il veut faire et l\u2019esprit qu\u2019il veut répandre.Il aime lui aussi le détail, comme Richeome il le caresse, mais il ne perd jamais de vue le dessein qu\u2019il s\u2019est proposé.En somme, conclut M.Henri Brémond, le Père Richeome a bien ébauché inconsciemment quatre ou cinq introductions à la vie dévote, liais lorsque parut 1a.véritable Introduction, l\u2019unique, il est probable que le bon Père ne s\u2019est pas reconnu dans ce beau portrait de lui-même.L\u2019originalité de François de Sales ne consiste pas à proposer une doctrine nouvelle.Sa nouveauté est dans le REVUE DOMINICAINE 8 choix très particulier qu\u2019il a voulu faire dans les enseignements de ses devanciers, dans les principes qui ont dirigé, soutenu, animé sa diligente synthèse, dans l\u2019accent très personnel de son oeuvre.C\u2019est l\u2019esprit de l\u2019humanisme chrétien, mais appliqué délibérément à la vie pieuse et.présenté à toutes les âmes.François de Sales est humaniste tout court.Il a fait d\u2019excellentes humanités; il tient ses classiques au bout de sa plume, les poètes latins surtout, il écrit lui-même un joli latin, maniéré, sémillant, précieux, qui l\u2019a conduit au français de Y Introduction à la vie dévote, puis à celui du Traité de l\u2019amour de Dieu qui vaut mieux encore.Mais à lui tout seul cet humanisme-là ne tirerait pas à conséquence.Ce qui nous intéresse, c\u2019est l\u2019homme, le directeur, le saint, et cet homme est le plus humain qu\u2019on ait jamais vu.\u201cJe suis tant homme que rien plus.\u201d Ou encore: \u201cJe ne suis point homme extrême et me laisse volontiers emporter à mitiger\u201d.Ainsi fait, donnez-lui des âmes à diriger et il écrira pour elles VIntroduction.Montagnard, d\u2019un esprit subtil et que l\u2019observation avait rendu un peu défiant, il n\u2019était pas simple et de beaucoup s\u2019en fallait.Mais de toute la pente de son coeur profond, il tendait à la candeur des enfants.\u201cPrudence du serpent, simplicité de la colombe\u201d, il avait médité ce texte dont sa vie de prêtre avait confirmé la sagesse.C\u2019est une colombe qui a pris les qualités du serpent.Une légende trop répandue fait de lui un violent qui se serait héroïquement transformé en un miracle de douceur.11 était timide et faible plutôt, presque trop bénin.Les quelques peccadilles d\u2019impatience qu\u2019on lui connait sont d\u2019un homme paisible et lent, irrité soudain pour une minute par qui le presse et le bouscule.D\u2019instinct, il céderait toujours et s\u2019il lui faut se vaincre, c\u2019est pour se résigner à la raideur, à la résistance.Ce qu\u2019il veut, certes il le veut bien et d\u2019une volonté de montagnard, mais toute lutte de front le contrarie.A l\u2019occasion, cependant, il sait être ferme.\u201cMoi qui ai quelquefois du courage\u201d, dit-il.S\u2019il parle souvent des efforts qu\u2019il a dû faire pour devenir pacifique, c\u2019est surtout vis-à-vis de Dieu et de lui-même, non du prochain.Prendre en patience ses propres infirmités, assister sans émoi aux retours offensifs du vieil W lit® li» si A Pour isaii jiièri \u201cjain \"iijai \"prai 'tout 1 «î -I îü; d L\u2019Humanisme dévot 9 homme, se résigner aux silences de Dieu, ont été pour lui le labeur de tous les jours, et il n'était pas arrive d\u2019emblée à la paix intérieure.\u201cL\u2019édifice auquel je travaille, disait-il, est de bien établir mon âme dans une constante paix\u2019\u2019.Ses livres, d\u2019où le miel ruisselle, nous révèlent encore imparfaitement l\u2019étonnante suavité de sa vie intérieure.Pour bien le connaître sous cet aspect, il faut lire les lettres à sainte Chantal où il résume souvent et reprend sa propre prière.\u201cIl n\u2019est pourtant point dit que Xotre-Dame et \u201csaint Joseph, qui étaient les plus proches de l\u2019enfant, \u201couyssent la voix des anges ou vissent les lumières miraculeuses.Au contraire, au lieu d\u2019ouyr les anges chanter, ils \u201coyaient l\u2019enfant pleurer et virent, à quelque lumière empruntée de quelque vile lampe, les yeux de ce divin garçon \u201ctout couverts de larmes et transissant sous la rigueur du \u201cfroid.Or, je vous le demande en bonne foi, n'eussiez-vous \u201cpas choisi d\u2019être en l\u2019étable ténébreux et plein des cris du \u201cpetit?\u201d (Oeuvres.XIII, p.203.) Rien de semblable dans Richeome.En pareille occasion il se serait mis \u201cà peindre les plumes des anges.\u201d Emu, sans doute, mais pas assez pour nous émouvoir.Dans la piété de François de Sales, au contraire, le pittoresque devient tendre.On oublie l\u2019artiste, qui est là pourtant avec ses pinceaux, on ne voit plus que le saint.Comme il est impossible de suivre M.Brémond dans l\u2019exposé des détails, contentons-nous de citer les trois circonstances qu\u2019ils juge capitales dans la vie du saint évêque de Genève: la tentation de désespoir que François de Sales eut à surmonter pendant ses études à Paris; son voyage à Paris en 1602; la rencontre de sainte Chantal.La jeunesse du jeune François fut peut-être moins souriante qu\u2019on ne pourrait croire surtout lorsqu\u2019il eut quitté sa famille pour aller étudier à Paris.On lui avait donné pour directeur, M.Déage, honnête homme assurément, mais rude, presque brutal, et \u201cqui sentait un peu la marmotte\u201d.La nature affectueuse et délicate de l\u2019élève en fut souvent meurtrie et finit par se replier sur elle-même.Sainte Chantal raconte \u201cqu\u2019étant à Paris, il tomba dans de grandes tentations et d\u2019extrêmes angoisses d\u2019esprit; il lui semblait absolument qu\u2019il était réprouvé et qu\u2019il n\u2019y avait point de salut pour lui\u201d.Cette peine lui demeura 10 REVUE DOMINICAINE quelques semaines et il en fut délivré un jour qu'il récitait dévotement le Memomre devant l\u2019autel de Notre-Dame.Quinze ans après ce premier séjour, nous retrouvons François de Sales à Paris, en mission diplomatique.Chanoine, prévôt d\u2019Annecy, bras droit de son évêque, le jeune coadjuteur de Genève, âgé de trente-cinq ans, arrive avec l\u2019auréole de ses premiers succès contre les protestants du Chablais.Mais \u201con a l\u2019impression qu\u2019il se cherche, qu\u2019il ne s\u2019est pas encore trouvé.\u201d Il est entouré, fêté, applaudi par tous ceux avec qui sa mission le met en contact.Il a l'agréable' surprise de trouver au milieu de cette Babylone qui l\u2019effrayait jadis, toute une pléïade de saints, de véritables saints, et en grand nombre et partout.On était en 1602, c\u2019est-à-dire en plein mysticisme dévot.Il y avait là des docteurs de la 'Sorbonne, Asseline, Gallemant, Duval; un futur chancelier, Marillac ; des religieux, le chartreux Beaùcousin et tant d\u2019autres ; des femmes et des jeunes filles du monde, des princesses, des servantes ; une nouvelle Thérèse, Madame Acarie, et le grand chef Bérulle.François de Sales, doué d\u2019une grâce naturelle, né pour commander aux âmes dévotes par sa séduisante onction, aurait pu dès lors s\u2019imposer.11 n\u2019en fait rien.Il écoute, il observe, il se forme.Et quand il part de Paris, on le voit enfin s\u2019affirmer déjà maître de ses idées.Il se met pour la première fois à écrire des lettres de direction, lettres tellement parfaites qu\u2019on les croirait tirées de Y Introduction.On y sent déjà l\u2019empreinte de \u201csa\u201d méthode qu\u2019il oppose à celle des autres.Dès les premiers mots il est optimiste, il compte pleinement sur la noblesse et la générosité de l\u2019âme dévote, \u201cde me doute encore, dit-il, qu\u2019il y ait un autre empêchement, à votre réformation : c\u2019est qu\u2019à l\u2019aventure, ceux qui vous l\u2019ont proposée ont manié la plaie un peu aprement.Je loue leur méthode, bien que ce ne soit pas la mienne, surtout à l\u2019endroit des esprits nobles et bien nourris comme sont les vôtres.Je crois qu\u2019il est mieux de leur montrer le mal et leur mettre le fer en main afin qu\u2019ils fassent eux-mêmes l\u2019incision.\u201d (Oeuvres, XII.p.148.) Saint François de Sales est l\u2019incarnation la plus parfaite de l\u2019humanisme dévot.Il n\u2019enseigne ni ne suggère, ni ne tolère rien qui ressemble en quoi que ce soit aux formes les plus bénignes du relâchement.Pour lui dévotion L\u2019Humanisme dévot 11 est synonyme cle perfection, d\u2019amour pur, au sens le plus crucifiant du mot.Très exigeant envers lui-même, il l\u2019était aussi envers les autres.Mais il élevait les âmes à un amour de Dieu si suave, que toute difficulté s\u2019évanouissait.La douceur! toujours lia douceur! dans le sens divin et humain du discite a me quia mitis sum, voilà l\u2019originalité de François de Sales» : fond, forme, 'style, méthode, pensée, esprit.Suavité envers le prochain, envers Dieu, envers nous-mêmes.\u201cJe ne veux point une dévotion fantasque, brouillonne, ,mélancolique, fâcheuse, chagrine ; mais une piété douce, suave, agréable, paisible et en un mot, une piété toute franche et qui se fasse aimer de Dieu premièrement et puis des hommes.\u201d (Oeuvres.XIII.p.59.) Voilà ce qui résume Y Introduction à la vie dévote, Hes lettres spirituelles, les Entretiens, le Traité de Vamour de Dieu.Sainte Chantal, formée à l\u2019image de François de Sales est restée, longtemps après la mort du saint, comme sa relique vivante.La Visitation qui ne cessa de s\u2019étendre, évoquait sur tous les points du royaume le souvenir de son fondateur.On peut dire que, pendant la première moitiée du XVIIe Siècle, l\u2019auteur de Phil'otée règne presque siansi conteste et ses idées avec lui.D\u2019ailleurs le chemin qu\u2019il a ouvert d\u2019une main hardie et conquérante n\u2019est-ii pas devenu la route commune où la foule se presse aujourd\u2019hui?Les deux principaux interprètes de François de Sales furent Etienne Binet et Pierre Camus.Ces deux écrivains très différents l\u2019un de l\u2019autre, ont ceci de commun qu\u2019ils ont maintenu la tradition saüésienne avec un même zèle et un même succès.L\u2019humanisme chrétien, se jetant dans la dévotion, a produit une ébauche, c\u2019est le P.Richeome.Après s\u2019être fait la.main il nous a donné saint François de Sales, type achevé, suprême.Il l\u2019a trouvé si parfait qu\u2019il s'est essayé à en multiplier les images.Son succès a été médiocre, mais enfin nous avons eu Binet, Camus et un grand nombre d\u2019au- tres.Ils furent suivis, hélas, par l\u2019envers de Thumanisme: Jansénius, Sainf-Cyran et le grand Arnauld.Le jésuite Binet est un humaniste dévot et.burlesque.Pour lui, il ne s\u2019agit pas d\u2019être ému, ni de penser, mais d\u2019écrire et quoi que ce soit.Et veuillez croire qu\u2019il a la recette pour multiplier les mots creux.\u201cSoleil de para- 12 REVUE DOMINICAINE dis, paradis de douceur, douceur du ciel, ciel de miséricorde\u201d.(La Consolation aux malades.) Il ne recule pas même devant un coq-à-l\u2019âne: \u201cVenez, canailles, venez tous les soldats de l\u2019enfer ! Qu\u2019une armée de maux, des morts, des maures infernaux m\u2019assiègent.\u201d (Ib.) Une fois parti, il n\u2019y a plus de raison pour qu\u2019il s\u2019arrête.Le voilà grossier maintenant.\u201cM\u2019êtes-vous donc sur la terre que pour faire de votre estomac un garde-manger cousin germain d\u2019une garde-robe?\u201d (Ib.) Evidemment ce n\u2019est pas là tout Binet.Ses livres nous le montrent aussi sous un autre angle.Et s'ils n\u2019y suffisaient pas, un mot décisif de sainte Chantal achèverait de nous réconcilier avec lui.\u201cJe n\u2019ai jamais ouï, dit-elle, un esprit plus conforme en solide dévotion, à celui de Monseigneur.\u201d Si le tour que Binet donne à ses propos est d\u2019un jovial qui frôle le cocasse, ce n\u2019est peut-être qu\u2019une façon de rasséréner les âmes timorées en les égayant.M\u2019étaient quelques calembours qui paraissent ici moins déplacés, son chapitre \u201cde la dévotion des malades\u201d est exquis.Il conseille d\u2019abord \u201cla lecture d\u2019une dizaine de lignes de quelques bons livres\u201d, puis l\u2019usage familier \u201cde petits versets amoureux de l\u2019Ecriture Sainte\u201d : \u201cJe me suis donné la peine de vous en choisir, afin que vous n\u2019ayez nulle excuse.ce réglisse remâché adoucira il\u2019amertume de votre bouche.\u201d Il conviendrait ensuite de \u201cfaire appendre en votre chambre.un beau crucifix, une Motre-Dame qui vous regarde de bon oeil, un saint Etienne, grêlé d\u2019un orage de cailloux, qui meurt de la pierre.\u201d Mais jetez-moi dehors les images indécentes.\u201cQue font ces incestes de bois, de soie, de peinture, et ces sales amourettes sur le manteau de votre cheminée.que fait ce petit pendard de Cupi-don ?\u201d Enfin, dernier moyen, \u201cgai et plein de douceur.Prenez plaisir que quelqu\u2019un touche le luth ou i\u2019épinette.Me faites point ici le scrupuleux.\u201d Douze lignes d\u2019un bon livre, quelques versets de l\u2019Ecriture, un regard sur une image sainte, un air d\u2019épinette, n\u2019est-ce pas charmant ?Me croirait-on pas que c\u2019est saint François lui-même qui tient la plume ?MaDré tout nous sommes forcés de conclure avec M. L\u2019Humanisme dévot 13 Brémond que si Ile P.Binet a aidé de ses conseils i\u2019humanis-me dévot, d\u2019un autre côté \u201cil a préparé délibérément lia réaction anti-mystique dont il aurait dû prévoir les conséquences désastreuses.\u201d Camus n\u2019a rien commis de pareil.C\u2019est aussi un grand bavard, mais un bavard de génie, une force de la nature.Lui demander de se surveiller, de se réduire, c\u2019est le supprimer.Mais n\u2019allons pas croire qu\u2019il manque de jugement.Au contraire, c\u2019est un homme très réfléchi, un écrivain de race, diligent dans les mots qu\u2019il emploie.Il n\u2019y a rien de bas chez lui, rien que de noble.Candide comme un enfant, malgré sa malice, il est humble, détaché de lui-même comme pas un.Comment a-t-il pu écrire de si violents pamphlets contre certains moines?On peut être sûr que c\u2019est le zèle qui le poussait.Mais il eut tort de porter le débat devant le public.Richelieu disait de lui que le jour où il laisserait les capucins tranquilles, il faudrait le canoniser.\u201cUn véritable évêque\u201d, dit Mgr Baunard; \u201cun des plus saints prélats de France\u201d, ajoute Mgr Dépery.Enfin saint François de Sales et la fondatrice des Filles de la Charité, nous le recommandent.Jean-Pierre Camus devint évêque de Belley eu 1609.Il n\u2019avait que vingt-six ans.Lorsque François de Sales donna la consécration épiscopale !à son voisin, ce devait être un spectacle de voir ces deux hommes si différents d\u2019allure.L\u2019évêque de 'Genève \u201cqui a le pas de Saturne en ses entreprises et l\u2019autre qui est la verve, la pétulance, la mobilité incarnée.M.Brémond nous cite une page très amusante, où Camus esquisse un parallèle entre son ami et lui-même.Il se forma quand même, entre les deux évêques, une solide amitié, qui grandit à mesure que le plus jeune se modelait sur son aîné.Quand Ils se trouvaient ensemble, aucun défaut n\u2019échappait à l\u2019évêque de Genève, qui corrigeait sans relâche les amis dont il était sûr.A la fin Camus pouvait se vanter, sans se flatter aucunement, d\u2019être le \u201cdisciple bien-aimé du Père des dévots de notre âge\u201d.Abbé Joseph Lafekuiere Séminaire de Saint-Hyacinthe, 8 décembre 1919 La fin prochainement UN MAITRE DU DROIT S.RAYMOND DE PENNAFORT Fête le 23 janvier (1175-1275) 1 Raymond grandit dans un cloître, à l'ombre d'une ca- thédrale espagnole.C\u2019est peut-être à considérer, durant les heures d\u2019ennui qui hantent les douze ans de tout enfant comprimé par une règle austère, lia.monotomie des 'lignes architecturales sévères du lieu saint, ou à écouter l\u2019unifor- me chant liturgique des chanoines réguliers, ou encore à sentir sans cesse l\u2019élan de sa jeune âme se briser aux horizons bornés des murailles noircies par la brise saline de la mer et son rêve se buter aux proportions restreintes d'un cloître, fût-il illustre, que l\u2019enfant acquit cet esprit méthodique, tranchant, régulier et, pratique, dont tout l\u2019effort consistera à chercher la mesure de la vie dans une règle objective et externe, et devint cet homme juste au sens le plus théologique du mot et ce juriste fameux que l\u2019on consulte encore après sept siècles.De plus, cette atmosphère silencieuse, évocatrice de mysticisme, où circule plus librement le Dieu des saints, forgea son âme et lui insinua la .science des .sciences.: celle d\u2019aimer.L\u2019amour, fécond comme le .soleil d\u2019Espagne, fit son âme pieuse comme un chant de moine, simple comme une pierre d\u2019autel, pure comme un ciel bareelonien.La vie de Raymond de Pennafort, à l\u2019étudier sous le jet lumineux de ses actes extérieurs, et de .ses oeuvres intellectuelles, offre une variante spéciale et profondément caractéristique: ill fut un homme droit, mais de cette rectitude propre a la vertu de justice.Sans doute, il connut Les consolantes ivresses de toutes les vertus surnaturelles, acquises ou infuses, et dépensa, son énergie à les rendre fructueuses à son âme grâce à l\u2019application ininterrompue de sa raison à ses actions.Mais surtout il brilla par la vertu de justice.i Cf.Année dominicaine, 23 janvier, p.719.\u2014R.P.Mortier, Histoire des Maîtres Généraux de l\u2019Ordre des Frères Prêcheurs, T.I.pp.255 ss.\u2014R.P.A.Touron, Hist, des Hommes illustres de l\u2019Ordre de St-Dominique, T.I, pp.1 ss. UN MAITRE DU DROIT 15 La justice ne puise pas sa, règle dans l'individu même, maris dans la comparaison avec un autre, un objet extérieur.Pour elle, donc point de degrés; elle est absolue.Son objet, c\u2019est le droit, et le droit est invariable, implaccable: il est- ou il n\u2019est pas.2 Or cette régie extérieure fit de cet, homme dans l\u2019ordre naturel un juriste, et la loi ou le droit fut lé piédestal de sa science; dans l\u2019ordre surnaturel un homme juste, et la grâce l\u2019éleva à Dieu.3 A vingt ans son idéal intellectuel se grandit jusqu\u2019à la taille d\u2019un savant.1,1 quitte Barcelone, sa ville natale, part 'à pied pour Paris et Bologne, \u201cle® deux soleils rivaux de la science\u201d, cueille en passant dans un petit village, Ste Marie d\u2019Elbeza, les fleurs, d\u2019une dévotion inaltérable à la Vierge sainte, \u2014 le plus solide gradin de son idéal moral \u2014 4 se fait étudiant volontairement, est nommé professeur par élection et docteur du droit civil et du droit canonique par la volonté des Maîtres de ces Universités.Revenu dans sa patrie, il n\u2019évite pas le titre honorifique et la charge de chanoine de sa.cathédrale qu\u2019il \u201chonore par l\u2019austérité de sa vie, la lumière de sa direction et 5\u2019exemple d\u2019une piété sincère\u201d, et tombe finalement, vers l\u2019âge de 47 ans \u2014 par l\u2019application d\u2019une loi \u2014 dans les pièges de Dominique Gusman qui venait de fonder un ordre monastique.Le voilà donc célèbre par sia science, et religieux considéré comme un saint.Elle est fort expressive la vocation de ce juriste et de ce juste et elle projette une traînée lumineuse sur toute son existence; de plus, elle affermit le pivot autour duquel va graviter toute sa vie intellectuelle et morale: un acte de justice.Un jour il reçut la confidence d\u2019un jeune homme, son parent, sur sa vocation.Epris de la.vie religieuse, il oscillait cependant entre le sacrifice radical de sa personne à Dieu et le désir de briller dans le monde.Raymond le détourna du cloître.Il se repentit et tenta vainement de ra- 2\tRectum in operibus ali-ar-um virtutuni non accipitur, nisi per comparationem ad agentem; rectum vero quod est in opéré justi-tiae constitutur per comparationem ad aliud.D.Thom.Sum.Théol.2a 2ae, q.57, a.I.comment.Cajetani, ib.3\tLa loi et la grâce sont les deux principes extérieurs des actes humains, inclinés vers le bien.D.Thom., Sum.Théo!., la 2ae, q.90.4\tSa dévotion extraordinaire à Marie se rattache à un éclatant miracle qu\u2019il put constater.Of.Touron : op.cit., p.3. 16 REVUE DOMINICAINE viver l'étincelle surnaturelle qu\u2019il venait d'éteindre.Comment réparer cette injustice envers la religion qu\u2019il privait d'un sujet?Comment rétablir cette égalité, source unique de la vertu de justice?Comment restituer intégralement au cloître ce qu\u2019il lui avait volé?Il avait ravi une âme et un apôtre.Un seuil moyen lui apparut: se donner.Il se donna.5 Le droit et la justice, voilà encore une fois, la base fondamentale de la vie de S.Raymond.Par l'étude du droit, il devint un juriste; par la pratique de la justice, il fut un juste: homo justus.I Le Juriste On se figure facilement un juriste.C\u2019est un savant qui étudie le droit, la science de l\u2019égalité, qui \u201cajuste\u201d \u2014 justari \u2014 une chose à une autre jusqu\u2019à \u201cl\u2019adéquation\u201d parfaite et rétablit l\u2019équilibre des actes humains grâce à une règle externe.6 Le juriste, c\u2019est le type du savant, penché sur une table surchargée d\u2019antiques in-folios aux coins de cuir arrondis par l\u2019usure, coins éventrés qui mettent à nu un fort carton effeuillé en tampons d\u2019ouate, ou de lourds bouquins aux revêtements de cuivre, à la reliure de parchemin cassant et sec grâce aux siècles qui ont bu toutes les cellules de matière grasse qui l\u2019assouplissait; s\u2019arrêtant lon-quement.et méditatif sur un texte obscur de foi, comparant deux articles ou deux sentences dissemblables, se répétant à haute voix les discordants énoncés, l\u2019oeil fixé aux aguets d\u2019un atome de lumière, l\u2019oreille tendue aux nuances d\u2019un mot.; on pressent dans son esprit le geste mécanique du tailleur ou du marchand qui mesure soigneusement à la verge un ballot de drap précieux; il voit le point à élucider, il amène par un mouvement méthodique de su pensée, les mul- 5\tLe \u201cscavant François Peoma\u201d, qui travailla au Procès de canonisation du saint rejette ce fait, cf.Touron, op.cit., p.6.Le non moins savant Echard, I, p.127, au témoignage de Frère Pierre Ferrand, auteur célèbre dans son temps, admet ce fait.Cf.Mortier, op.cit., p.260.6\tL\u2019égalité ne peut exister qu\u2019avec une autre chose : Nihil enim est sïbi aequale sed alteri.D.Thom.Sum.Théol.2a 2ae, q.58, a.II.o. ÜN MAITRE DU DROIT 17 tiples actions qu'il doit régler ou les infinies circonstances qui s\u2019y greffent, les ajuste à son texte et juge si Inadéquation est parfaite, bonne ou suffisante.Et l\u2019héroïque savant, avec son esprit clair, froid comme un ciseau, rigide à la manière d\u2019une tige d\u2019acier, s'efforce de condenser en formules brèves toute une série de problèmes spéciaux et d\u2019actes humains prévus que la faiblesse, la malignité ou la subtilité des hommes viendront plus tard lui, soumettre.Travail ingrat, ardu, sans charme, mais précieux comme un lingot d\u2019or.Raymond de Pennafort fut un juriste.\u201cLe Droit fut toujours sa science préférée.\" 7 II ouvre la série de ses travaux écrits par un Traité de Droit que ses aim iis lui avaient demandé.Son esprit tranchant et sa sincérité s\u2019affirment dès la préface: \u201cLecteur, sois-moi bienveillant ; vois mon intention, et ne me mords pas avec trop de venin.Les choses utiles, attribue-les à Dieu ; s\u2019il te semble qu\u2019il y en a d\u2019inutiles, c\u2019est que mon travail est erroné, ou que tu ne le comprends pas., corrige-moi avec courtoisie.\u201d 8 Le juriste éclate encore dans une oeuvre fort généreuse, liée intimement au droit.A cette époque, au XlIIe siècle, les Musulmans courbaient sons leur joug tyrannique les provinces les plus riches d\u2019Espagne.8 Les chrétiens tombaient au pouvoir de ces inexorables vainqueurs et ne pouvaient recouvrer leur liberté que par une rançon formidable.Trois âmes conçoivent le projet de jeter les assises d\u2019une société religieuse dont le but serait de recueillir des aumônes pour le rachat des captifs des Maures.Le noble Pierre INolasque consacre sa vie à ce \u201csublime dessein\u201d ; le savant Raymond de Pennafort offre sa science et son esprit juridique pour la rédaction des constitutions de cet ordre de la Merci et Jâ-ques I, roi d\u2019Aragon, apporte sa puissance et soq influence au développement de cette oeuvre.10 Bien plus, la S.Congrégation des Rites publie, en 1687, un décret \u201cqui proclame S.Raymond fondateur de la Merci .Flagrante injustice -~ < K.P.Mortier, op.cit., p.259.S Raymundiana, II, p.6.9\tR.P.Mortier, op.cit., p.261.10\tLe rêvérentlissime Père Armengot Valenzuela, Général de 1 Ordre de la Merci, en 1895, affirme que Raymond de Pennafort donna à cet ordre \u201cquaedam statuta et ordinationes\u201d.Cf.Régula et.constit.coelestis, r eg alu.ac uiüitaris ord.Redemptorum B V M.de Mercede, 1895, p.43. 18 REVUE DOMINICAINE que ces randonnées dans un pays voisin, crime contre la liberté que ce trafic des victimes de la convoitise et de la ruse musulmanes.! Pensée chrétienne et évangélique que ce rachat.des captifs et cette fondation d'une société religieuse qui rend ce qui est dû: la liberté aux malheureux vaincus.Oeuvre de juriste, épris de sa science, que ce concours efficace au bien des sauveurs et des sauvés.Et ce document authentique 11 consacre ainsi le talent de juriste de S.Raymond.Il n\u2019était d\u2019ailleurs- qu\u2019une confirmation d\u2019une bulle pontificale de Clément VIII, reconnaissant officiellement Pennafort comme l\u2019un des pilier® du nouvel Ordre, 12 Et si l\u2019on soupçonne combien minutieuse et précise doit être une règle monastique, iil est permis de conclure légitimement que ce juriste possédait Fesprit et le don de la science du droit.Il n\u2019invente pas, il ne crée pas une législation ; mais il fouille les.lois antérieures, il creuse la portée du droit et il les accommode à un institut spécial, D\u2019ailleurs lui-même, dans un autre traité de la morale et du droit, avoue ingénuement son mode de travail : \u201cMoi, Erère Raymond,.j\u2019ai écrit avec grand soin cette petite Somme d\u2019après diverses autorités et les sentences de mes maîtres.13 Qu\u2019est-ce- donc.que cette petite Somme?Vous donnerait-elle par hasard une preuve en faveur de la science juridique de notre savant ?Certainement, Frère Suero dome-z, son Provincial, lui \u201cordonna de composer une somme des cas.de conscience pour Futilité des confesseurs.\u2019\u2019 11 Petit chef-d\u2019oeuvre qui rayonne F autorité incontestable de F Ecriture et des Canons, des.Pères de l\u2019Eglise et des Décrets des Papes., \u201cexemple, dit M.Dupin, qu\u2019auraient dû imiter tous ceux qui ont.écrit après lui, sur les mêmes matières.\u201d A feuilleter ce code des préceptes et des lois de F Eglise, on admire cette limpidité charmante d\u2019un esprit droit, cette exactitude rigoureuse qui illumine les principes de la jus-tce la plus parfaite.Chaque principe, puisé dans la plus saine des doctrines, limite avec une précision judicieuse, les ÿii1 11\tCf.Bull.rd.I.p.522, in nota.12\tCf.id., v, p.581.\t\u201cGui Raimundus certas vivendi leges praecipuit, ad ejusdem Ordinis vocationem accommodatissimas.\u201d 13\tRaymundiana, II, p.9.14\tTouron, op.cit., p.7. Un maître du droit 19 prescriptions des lois, les ordonnances des saints canons, les obligation de conscience.On y put mesurer tout acte hu-mlain et constater s\u2019il est juste devant Dieu et conforme à la raison et à la conscience.Traité de droit qui illumine La science de juriste de son auteur.Un théâtre plus vaste fut soudainement offert à S.Raymond.Le Cardinal Jean d\u2019Abbeville, légat a latere de Grégoire IX en Espagne, choisit le religieux pour son conseiller et son Théologien.La mission est formidable.Il s\u2019agit d\u2019examiner trois points qui touchent à la fibre la.plus intime de la, loi divine et ecclésiastique: un mariage à déclarer valide ou non, et quel mariage?celui de Jaques I et de la Princesse E'Leonor de Castille; une croisade à susciter contre les Maures; des points fondamentaux de discipline à.régler.Ce n\u2019est pas à tort que l\u2019archevêque s\u2019associe le moine.Il connaît sa science, et la met à l\u2019épreuve en sollicitant des lumières précises sur ces trois points.Raymond n\u2019est pas effrayé de ta tâche ; il travaille avec son ardeur de savant, sa lucidité d\u2019homme de loi et son autorité de légat et donne les solutions de ces problèmes.15 Jamais peut-être le droit ne connut de plus ardent apôtre et de plus éclatant défenseur que S.Raymond.Et sa.renommée franchit l\u2019immense flot bleu de la Méditerranée et vient voltiger aux oreilles du Pontife, Grégoire TX.Et le cardinal d'Abbeville qui prête son témoignage à ces échos d:mutre-mer, se venge de son ami, qui avait refusé de le suivre en Italie, en faisant son éloge au Pape.L\u2019effet fut prompt.Le 30 novembre 1229, deux mois plus tard, un Bref pontifical lui enjoint d'aller prêcher en Catalogne contre les Maures et hâter la délivrance des, chrétiens.Puis de nouvelles lettres pontificales le somment de venir à Rome.Grégoire IX, coup sur coup, le nomme son chapelain, son confesseur et son pénitencier; \u201cle Cappellay nus clom,ini Papae était un jurisconsulte, appelé à délibérer avec le Pape sur toutes îles questions, de droit qui ressortis-saient à la chancellerie apostolique.\u201d 16 \u201cOn le voit, ajoute le P.Mortier, le champ de son activité était aussi vaste que celui de la chicane, c\u2019est-à-dire illimité\u201d.C\u2019est avec justice qu\u2019il pourrait être donné officiellement comme patron 15\tClem.VIII.in Bui.Can.apud Bolland, p.409.n.13\u201414.16\tR.P.Mortier, op.eit., p.275. 20 REVUE DOMINICAINE aux hommes de loi et aux juges.Le Pénitencier, c\u2019est, le juriste par excellence, le chargé d\u2019affaires; de Dieu, qui ouvre ou ferme les portes du ciel en vertu de la loi même de Dieu.Et si vous jetez un regard sur la statue de 8.Raymond, vous verrez dans sa droite, une clef, symbole expressif du droit qui ferme ou ouvre les portes de la prison à tout accusé.Confesseur du Pape suppose un homme attaché de toute son âme à la loi, au droit, à la justice.Ce n\u2019est plus l\u2019homme qui juge, c\u2019est la loi qui mesure les actions du vicaire du Christ.Or Raymond de Permafort utilise son ascendant sur le coeur du Pape pour obtenir justice prompte pour les pauvres et réformer certains abus de ta curie.ISi\u2019uvait-il pas le courage d\u2019imposer au Pape, comme pénitence sacramentelle, d\u2019expédier rapidement les causes des pauvres; ?Et le Pontife prenait plaisir à saluer son confesseur du nom de pète des pauvres: eum Patrem paupe-rum in suis salutcdionibus nominabatP 17 Le Général du saint l\u2019appelle: expeditor petitionum pauperum, bPest-ce pas là un indice de son sens pratique du droit ?Le droit vit pour tous indifféremment, ne ste courbe devant personne.Il ne dépend ni de la richesse, ni des honneurs, ni de l\u2019influence, mais d\u2019un principe identique pour tous les individus ! Raymond échappât-il au titre de juriste après ces oeuvre® spéciales, il mériterait cet honneur grâce à son grand ouvrage, le \u201cCorpus JurisP Le juriste moderne ne soupçonne pas les déconcertants échecs de ses anciens confrères.Les compilations les plus parfaites, les tables analytique® les plus complètes lui mettent devant les yeux, en quelques heure®, dix siècles de recherches et de travaux.Mais le droit ancien, quelle tâche! le premier juriste complet, quel homme ! Il a fallu que l\u2019Eglise l\u2019attendit onze siècles ! 'Sans doute, plusieurs savants tentèrent de codifier la législation ecclésiastique, mais leur oeuvre ne fut que temporaire et fort incomplète.18 Enfin ce génie vint, \u201cvir acerrimi ingénu Ce fut Gratien, 1100- 17\tRaymundiana, I, p.23.18\tLa première législation, le premier Droit, fut la collection même des lois, conservée par ordre chronologique.Plus tard Denys le Petit groupe les décrets pontificaux des IVe et Ve siècles: Liber Canonum.Puis vint la collection du IXe siècle, attribuée à Isidore le marchand.Cf.Codex Juris Can.1917, praefa-tio. Un MAITRE DU DROIT 21 1150.Il conçoit le hardi projet de grouper en un tout unique, de condenser les innombrables canons de F Eglise.Et s>a patience inaltérable ne se rebute point à exhumer de leur couche de poussière tous les décrets, des papes antérieurs.Il fond ensemble et accorde ces vénérables monuments .sans1 trop les morceler et les défigrer, puis les offre à FEglise sous le nom de: Concordia discordantium canonum.Aujourd\u2019hui ce formidable labeur porte le nom de Décret de Gratien.Il est le centre de toute amélioration et le point de départ de tout perfectionnement du Droit, quoiqu\u2019il n\u2019ait jamais reçu aucune autorité officielle et publique de l\u2019Eglise.C\u2019est afin de compléter et de coordonner cette gigantesque ébauche qu\u2019un prévôt de Pavie, Bernard, plus tard évêque de Eaënza, retoucha le Décret de Gratien, en 1170.Il n\u2019obtint pas davantage un caractère officielle; mais ce Bre-viarium extravagantium resta célèbre.Peu à peu on greffa à ce corps compact de canons, les nouveaux décrets, surtout ceux du Concile de 1215.L\u2019heure était venue de reviser ce formidable compendium, de le rendre plus accessible aux recherches et de le mettre au point.Grégoire IX chargea Raymond de Pennafort de ce travail.Quel frisson ne dut-il pas.ressentir, ce pauvre moine, quand il vit sur sa table d\u2019étude, cet amoncellement de parchemins aux durs caractères onciaux, rébarbatifs et glacés ! Il fit le signe de la croix et'commença, \u201cIl fallut lire et relire toutes les compilations précédentes, les comparer, les contrôler, les discuter devant Je Pape.\u201d 19 Trois ans plus tard une Bulle papale annonçait l\u2019heureux résultat et l'Eglise possédait un Corpus Juris officiel.20 Modifié depuis, perfectionné, augmenté, le \u201cCorpus Juris\u201d de frère Raymond est encore une des bases du Droit canonique.21 Hélas, la santé de l\u2019auteur fut atteinte.L\u2019air natal lui devint nécessaire.Il partit pour Barcelone.Les habitués de ta cour romaine, le voyant quitter Rome avec son maigre bagage, disaient entre eux : \u201cCet homme s\u2019en va comme il est venu, aussi pauvre, aussi modeste qu\u2019à son arrivée.Il n\u2019emporte ni or, ni dignités, ni honneurs !\u201d Mais il em- 19\tR.P.Mortier, op.cit., p.277.20\tBulle \u201cRex Pacificus\u201d, 5 sept.1234.21\tCf.Nov.Codex Juris Can., 1917, praef.fol.VIII\u2014IX. 22 REVUE DOMINICAINE portait la conviction d'avoir servi 1 Eglise et la vente et la gloire appreciable d'avoir fait plus resplendissant le Droit.fr.A.Bissonnette, O.P.St-Hyacirithe, 15 décembre 1919.La fin prochainement.PROPOS D\u2019EDUCATION SACERDOTALE EVEILLEÜRS D\u2019HOMMES L\u2019on a discuté beaucoup en ces dernières années sur renseignement primaire et le cours classique.A ma connaissance, à peine s\u2019est-il fait quelques allusions discrètes touchant au programme des matières ecclésiastiques.Est-ce à croire que, chez nous, le domaine de la formation supérieure religieuse est parfaitement organisé, ou faut-il l\u2019estimer trop sacré pour qu\u2019une voix même compétente et respectueuse se permette de suggérer publiquement les améliorations qui le rendraient tel?Je l\u2019ignore et, encore qu\u2019il me serait fart agréable de savoir quoi penser sur un sujet de cette importance, je n\u2019ai nullement l\u2019envie, en reprenant \u201cmon propos\u201d, d\u2019engager un débat ou d\u2019ouvrir une enquête qui aboutirait au contentement de ma louable curiosité.Ainsi qu\u2019on ne le verra que trop, mon dessein est bien plus modeste : remémorer tout bonnement le principe de pédagogie fondamentale qui éclaire avec efficacité la pratique de renseignement et des études même théologiqnes.* * * C\u2019est un dire consistant au pays des philosophes que la substance humaine, faite de matière et d\u2019esprit, recèle en ses ptli'S intimes des énergies et corporelles, et spirituelles, qui, fout impatientes qu\u2019elles sont d agir, demeureraient inertes à jamais, si un appel vigoureux du dehors ne les tirait, de leur sommeil profond.Cette haute fonction d\u2019excitateur auprès de l\u2019animal raisonnable consiste, on le saisit, à secouer à la fois la sensibilité et l\u2019inteilligenoe, par révocation simultanée de l\u2019idée, de l\u2019amour, des images et des sentiments.De cette Propos d\u2019éducation sacerdotale 23 façon, l'homme, informe en quelque sortie par naissance, .acquiert peu à peu, avec Féducation et le meuble ment de ses facultés les plus nobles, le principe intégral! die son activité.Il devient véritiablement une personne propre à l'action variée et puissante.Il est évident toutefois que l\u2019acquisition des idées, la discipline de l\u2019esprit s\u2019imposenlt tout d\u2019abord et, même, que jamais la volonté, l\u2019imagination, la sensibilité ne chercheront leur alimentation ,en des oeuvres où l\u2019amour, les images et les affections ne jaillissent pas naturellement du savoir.* * * Que le fujtur prêtre se doive créer une raison absolument orthodoxie par l\u2019étude sérieuse de la doctrine de saint Thomas, l\u2019encyclique \u201cAeterni P'atri's\u201d de Léon XIII l\u2019a proclamé en des termes qui ne souffrent pas de tergiversations et qui ne nous laissent non plus rien à dire sur ce point.Mais ce n\u2019est là que le façonnement de la pensée, le premier certes, non pas tout de même le seul à poursuivre.Comment l\u2019élève fera-t-il descendre de la tête dans le coeur et dans les sens le dogme qu\u2019il aura appris ?Telle est la question.Je sais bien que toute connaissance provoque dans les puissances subalternes, si je puis m\u2019exprimer ainsi sans plus d'explications, certains frémissements qui ressemblent fort à des images et à de l\u2019amour naissants.Pour parachever ces beaux commencements, le talent, seul, rarement est assez fort, assez souple, assez fécond.Et cependant, n\u2019est-ce pas que, si l\u2019idée dévêtue des couleurs et de la chaleur de l\u2019âme convainc F esprit, seule l\u2019idée qui se; présente parée de toutes nos richesses psyehoLogiqneis subjugue l\u2019homme ?Or itant que l\u2019homme n\u2019est pas subjugué, l\u2019esprit est-il pratiquement convaincu?Si l\u2019esprit reste flottant, la volonté s\u2019ébran!e-t-eJIe tout a fait ?Et si la volonté 11e se livre qu\u2019à demi, le zèle peut-il être intrépide et fertile en industries apostoliques ?Pour se donner toute sa valeur, le .séminariste, imitant le petit Zaehée qui se grandit de la taille du sycomore afin de mieux voir le 'Sauveur, se haussera des images et des sentiments non moins que des conceptions de ces auteurs qui ont dépassé le pllus la mesure commune de notre espèce.Comprenons-nous bien: il importe sans aucun doute 24 REVUE DOMINICAINE d\u2019appliquer avant tout l\u2019esprit aux méditations qui affermissent les principes et gravent les doctrines ; mais il faut ne pas omettre la lecture des ouvrages où s\u2019étalent les mêmes vérités embellies de tout le décor qui les rend aimables, séduisantes et persuasives.Tels sont les écrits des Pères de l\u2019Eglise.Les saints Pères possèdent les précieuses qualités des génies grec et latin; leur imagination est toute biblique; le contact prochain qu\u2019ils ont en avec lest apôtres/ les a pénétrés jusqu\u2019à l\u2019émotion de la divinité de notre religion; des grâces extraordinaires de lumière leur ont facilité l\u2019exposition et la défense de la foi chrétienne, à une époque extrêmement trouble; rien ne leur manque donc, de ee qui est requis, pour instruire, pour plaire, pour persuader, pour ajouter, en un mot, à la culture un peu rude de Ha Scolastique, la dernière touche et le fini humain.Et j\u2019omets \u2014 car cet aspect n\u2019entre pas dans mon plan \u2014 de considérer les Pères comme les témoins autorisés de la Tradition et les modèles accomplis de la chaire sacrée.Là-dessus l\u2019on pourra, s\u2019édifier, si l\u2019on veut, dans \u201cl\u2019histoire des dogmes\u201d de Taxeront et dans \u201cla prédication\u201d de Longhaye, aux chapitres consacrés à saint Jean Chrysos-tômte et à saint Augustin.Ces docteurs de première ordre, occupent-ils en nos programmes, le rang qui leur revient de droit?je ne le saurais trop dire.En greffant sur le cours d\u2019éloquence sacrée l\u2019analyse des plus beaux passages de la patriotique aux points de vue divers du dogme, de la philosophie, de la rhétorique, de la parole publique, etc., sûrement que l\u2019on accomplirait le premier pas vers une situation où il serait tenu exactement compte du système de l\u2019Ecole sur l\u2019unité substantielle de l\u2019âme et du corps.En France, l\u2019on procède autrement.Un article, paru dans l\u2019Ami du Clergé, (24 juillet 1919) qui est à consulter pour les sources et la méthode de l\u2019étude des Pères, écrit: \u201cDans les grands séminaires, en ces derniers temps, la patriotique et la patrologie ont été introduites à l\u2019aide d\u2019excellents manuels et par des cours réguliers.Si bien que toute formation sacerdotale serait aujourd\u2019hui incomplète sans une connaissance générale des Pères de l\u2019Eglise.\u201d L\u2019ÉGLISE ANGLICANE a MONTRÉAL 25 L\u2019idéal serait peut-être d'affecter, chaque semaie,une heure à l\u2019un et à l\u2019autre genre.Quand un programme a fait voir les thèses primordiales du dogme catholique, a-t-il vraiment terminé sa itâche?USTe lui reste-t-i 1 pas à illustrer son enseignement par les chefs-d\u2019oeuvre où la révélation se manifeste à travers, le coloris de l\u2019image, le Souffle de l\u2019âme, la magie et la sonorité du langage?Si l\u2019homme était un ange, il suffirait de l\u2019instruire par la seule transmission des idées; mais l\u2019homme est l\u2019homme: une harpe admirable de chair et d\u2019esprit qui pense et qui sent, qui aime et se passionne*, qui croit et qui adore, dès qu\u2019une main exercée la touche adroitement.En cet art des arts, parmi tous les* maîtres, les Pères* ont excellé.C\u2019est ce qui explique leur survivance séculaire et prouve, à mon sens, que, pour mettre en acte toutes leurs ressources naturel lies et surnaturel es, les candidats à la prêtrise devraient recourir, aujourd\u2019hui peut-être plus que par le passé, à ces grands et incomparables éveilleurs d\u2019hommes.Vivifiée par la paitristique, la théologie spéculative n\u2019en serait que mieux comprise par l\u2019élève.Et le prêtre ne deviendrait pas moins apte au ministère et à la prédication pour ressembler davantage à Bossuet qui se montra toute sa vie le disciple fidèle des Pères de l\u2019Eglise et des docteurs du Moyen-Age.Georges Simard, O.M.I.L\u2019EGLISE ANGLICANE A MONTREAL Déjà, en 1914, nous signalions, dans les pages de cette Revue, 1 la tendance séparatiste ,se manifestant parmi les membres die l\u2019Eglise anglicane au Canada.Le Comité chargé par le Synode Général de 1911 de reviser le \u201cPrayer Book\u2019\u2019 *se déclarait ouvertement contre lets clauses damnatoires contenues dans le Credo de saint Athanase, rejetant ainsi la croyance à l\u2019existence de l\u2019enfer : c'était, du coup, s\u2019attaquer aux \u201cArticles de Religion\u201d enseignés par l\u2019Eglise anglicane, et enfoncer le coin fatal dans le peu de doctrine qui lui restait.l Cf.mai, juillet, août 1914. 26 REVUE DOMINICAINE Depuis, cette tendance n\u2019a.fait que s\u2019aggraver, et ce n\u2019est pas seulement deux, mais sept et même neuf versets que le récent Svnode de 1919 a voulu enlever au Symbole allia- v\tt/ nasien.Toutefois, si l\u2019émoi causé en avril dernier fut grand au sein de l\u2019Eglise anglicane \u2014 car il y eut de nombreuses protestations \u2014 il fut moindre,' cependant, que celui produit le 23 novembre 1919, par deux des membres les plus distingués du clergé anglican à Montréal, le Rév.Dr.Herbert Symonds, vicaire de la Cathédrale, et le Rév.Shatford, pasteur de l\u2019église St-Jacques.Inaugurant une série de sermons sur la doctrine chrétienne, le Dr.Symonds a voulu faire une mise au point plus moderne du grand mystère de l\u2019incarnation, et, sans nier catégoriquement la naissance virginale du Christ, il Ta déclarée d\u2019aucune nécessité pour le salut.Les raisons qu\u2019il apporte ne sont pas d\u2019aujourd\u2019hui, elles remontent à Niesto-rius; mais le vicaire de la Cathédrale anglicane s\u2019en doute-t-il ?Par le ton de son discours, il semble plutôt croire avoir fait là une grande découverte.\u201cLes Grecs, dit-il, ne pouvaient pas laisser de question ouverte, mais notre siècle sait faire mieux.De récentes, découvertes.n\u2019ont-elles pas modifié la grande loi de la gravitation des corps ?De même la question de l\u2019Incarnation veste ouverte, et quant à son mode et quant à sa définition.Je viens de relire le Nouveau Testament, et je constate premièrement, que le Christ ne fait jamais allusion au mode de sa naissance; deuxièmement, que les Actes1 des Apôtres, aussi bien que les Epîtres de S.Paul et- de 'S.Jean, n\u2019en font aucune mention, et troisièmement, que ;si les deux Evangélistes Luc et Mathieu en parlent, leur témoignage est infirmé par le silence de Marc et d'e Jean qui, eux, ne mentionnent ni le fait ni le procédé.\u201d \u201cDe plus, ajoute Ile Dr Symonds, c\u2019est un fait avéré que la première génération chrétienne ignorait tout a fait le mystère, et c\u2019est en vain que nous essayons de trouver dans les écrits et la prédication des Apôtres, comme aussi dans la bouche même du Christ, une parole ou un texte établissant cette vérité \u2014 la naissance virginale comme étant, de foi et nécessaire au salut.D\u2019ailleurs, cette doctrine que nous enseigne le Symbole de Nicée est.le résultat d\u2019une discussion métaphysique parmi les philosophes grecs, des trois, premiers siècles de l\u2019Eglise; or, aujourd hui, tonte L\u2019EGLISE ANGLICANE A MONTRÉAL 27 cette philosophie méta physique noms importe peu, et le Christ du Credo de Rieée n\u2019est plus celui dont notre temps a besoin: \u201cIt does not present to us the Christ whom the world needs to-day\u201d.Il importe donc, conclut-il, de présenter au monde un 'Christ qui soit non plus une entité métaphysique que seuils les sa rant's comprennent, mais une personnalité, a character, rendue intelligible à tous les fidèles de l\u2019Eglise, et cette doctrine, notre vingtième siècle est capable de la formuler aussi bien et mieux que le quatrième siè- r 51 c.ie.Le Rév.Shatford est plus catégorique, \u201cL'Incarnation, dédlare-f-il, est un fait de première importance, tandis que la naissance virginale n\u2019est que secondaire.L\u2019Incarnation n'est pas un événement physique; c\u2019est un événement d\u2019une grande portée spirituelle.Or la divinité du Christ ne dépend pas de -sa naissance virginale, et vouloir prouver celle-ci serait amoindrir celle-là, car étant donné que la souillure originelle nous est transmise tant par nos mères que pair nos pères, il s'en suivrait que le Christ, né d\u2019une femme, aurait contracté le péché originel.L'Eglise Catholique Romaine a si bien vu la difficulté que, pour y parer, elle a formulé, il y a à peine cinquante ans, la doctrine de l\u2019immaculée Conception, doctrine sans fondement, et théorie que rien ne prouve.\u201d \u201cPourquoi l'Eglise serait-elle plus 'intransigeante que le Christ lui-même '?Parle-t-il de son origine ?il dit : \u201cJe viens de mon Père qui est dans les deux\u201d.Il évite de faire allusion au mode de sa naissance sur la terre, et S.Paul 'aussi bien que S.Jean, l\u2019Evangéliste reconnu des origines du Christ, n\u2019en font jamais mention.\u201d En outre, si le Dr Symonds veut mettre le Credo de IXicée plus à point, le Dr Shatford, lui, s\u2019en prend au Credo des Apôtres.\u201cPu nouvel énoncé de ce dernier s\u2019impose, déclare-t-il, d\u2019autant que les chrétiens les pins intelligents ne croient plus à la résurrection de la chair.C\u2019est là une demande formulée pair plus die trois cent seize chapelains militaires revenus du front, et il n\u2019y a pas lieu de s\u2019alarmer d\u2019une telle demande.Le Credo n\u2019a pas été donné tout fait à l\u2019Egfl ise, mais il est plutôt l\u2019énoncé d\u2019une discussion de cinq siècles, énoncé qui ne fut mis en usage qu\u2019au neuvième siècle.Si on a jugé bon de faire une révision de la Bible, à plus forte raison devons-nous revoir et corriger le Credo, 28 REVUE DOMINICAINE et n'y faire entrer qu'une doctrine large et à la portée de tous.Le temps n\u2019est plus aux doctrines métaphysiques ; lia vie et la personnalité du Christ sont assez grandes par elles-mêmes pour répondre au besoin du divin dont souffre notre génération.\u201d Et le Dr Shatford en profite pour énoncer le Credo suivant: \u201cJe crois en un seul Dieu, le Père de toute P humanisé.En Jésus-Christ, son Fils unique, LTotre-Seigneur, et \u201cen l\u2019Esprit Saint qui .sanctifie le peuple de Dieu.\u201cJe crois en l\u2019Eglise, fraternité de tous les croyants ; en la Bible, révélation de la volonté de Dieu à l\u2019homme; à la prière, dévotion de la volonté de l\u2019homme vers Dieu; à l\u2019amour, accomplissement de la volonté divine; au Pardon du Péché au moyen du sacrifice; à l\u2019immortalité de l\u2019âme et à la vie future.\u201d Bien que le Dr Symondis et le Rév.Shatford ise défendent de nier catégoriquement la naissance virginale du Christ \u2014 \u201cI for one detest negations\u201d \u2014 dit le premier, ils admettent cependant qu\u2019ils n\u2019en savent rien, U we do not know\u201d \u2014 et leur prétention à faite du mode de l\u2019Incarnation une question libre comporte, en dernière analyse, qu\u2019ils le veuillent ou non, le rejet total d\u2019un point de doctrine fondamental du dogme chrétien.Il est toujours dangereux de se mettre en marge d\u2019une doctrine reconnue, surtout quand cette doctrine est formulée dans un Credo, et que ce Credo est l\u2019expression authentique d\u2019une croyance divine.Or, nous savons que dans l\u2019Eglise Anglicane les trois Credo de Hieée, d\u2019Aithanase et des Apôtres doivent être admis tels quels, du commencement à la fin -\u2014 \u201cought thoroughly to be received\u201d \u2014 qu\u2019ils sont le résumé de la foi anglicane \u2014 \u201cand believed\u201d, \u2014 pour cette seule raison que les enseignements qu\u2019ils contiennent sont appuyés sur les textes les plus certains de IEcriture 'Sainte \u2014 \u201cfor they may be proved by most certain warrants of Holy Scripture.\u201d 1 Si notre intention n\u2019est pas d\u2019établir, ici même, la thèse de la naissance virginale, mais simplement de souligner révolution des idées religieuses chez quelques membres du clergé anglican de Montréal, nous ne pouvons tout de même 1 Cf.\u201cThe Book of Common Prayer\u201d, d\u2019Oxford, 1910f Edition de l\u2019Université J L\u2019ÉGLISE ANGLICANE A MONTRÉAL 29 taire notre surprise et n:e pas signaler P incompétence, en matière doctrinale, dont font preuve ces deux ministres anglicans.Attaquer ou mettre en doute le fait historique de Pin-carnation, en invoquant le silence de tel évangéliste, c\u2019est faire preuve d\u2019une ignorance absolue des règles de la critique.Eit vouloir que différents auteurs rapportent les mêmes faits et les racontent de la même façon, c\u2019est oublier l\u2019intention qui dirige ces mêmes auteurs dans la rédaction de leurs écrits.S.Mathieu écrivait pour les Juifs, qui connaissaient la nature divine; il était donc inutile de leur en parler; ce qu\u2019il importait de leur apprendre, c\u2019était le mystère de Vlnr camation.S.Jean, au contraire, a écrit son Evangile pour les Gentils, qui ignoraient que Dieu eût un Fils ; il fallait donc tout d'abord leur enseigner que Dieu a un Fils, Dieu lui-même, et que ce Fils s\u2019est incarné.S.Marc ne s\u2019est pas occupé d\u2019écrire la génération, mais uniquement la prédication du Fils de Dieu.Le Christ lui-même n\u2019avait pas à proclamer sa naissance virginale.Me venait-il pas accomplir la loi et les prophètes ?Or, que dit Isaïe : \u201cUne vierge concevra et enfantera un Fils.\u201d Le Dr Symonds douterait-il, par hasard, de P annonce messianiqu e et de la, signification hébraïque ou phénicienne du mot.vierge ?Il croit à l\u2019Incarnation, mais .s\u2019offusque du mode! S.Jean Ohrysostôme a dit- une bede parole à ce sujet: \u201cMe fatiguez donc pas l\u2019Evangéliste de vos questions, en lui demandant comment une vierge a pu devenir mère, il se débarrasse de foutes ces questions par cette simple réponse: \u201cIl se trouva qu\u2019elle avait conçu du Saint-Esprit.\u201d Comme s\u2019il disait: c\u2019èis't l\u2019Esprit-Saint qui a fait ce miracle, et ni l\u2019archange Gabriel ni moi, Mathieu, nous ne pouvons en dre davantage.\u201d (S.Chrys.homélie 4 sur S.Mathieu.) De plus, les deux pasteurs anglicans proposent une refonte toute moderne des vérités chrétiennes, refonte qui adapterait le Christ aux hommes et non les hommJes au Christ._ Décidément, tous deux oublient que la sagesse des temps anciens ne .s\u2019arrête pas là où commence l\u2019esprit moderne, mais qu\u2019elle est de tous les temps ; tout comme la vérité, qui 30 REVUE DOMINICAINE ©at une, 'appartient à tous les âges et demeure toujours la mémo à travers les siècles.Nos prétendus esprits modernes ne comprendront vraiment le présent qu\u2019en, tenant compte des liens qui le rattachent au passé, et vouloir condamner le passé, simplement parce qu'il est le passé, c\u2019est prétendre condamner l'avenir en se servant du présent.L\u2019incident Symonds-Shatford est vraiment regrettable, ear nous savons de source certaine qu\u2019il a jeté le trouble dans les âmes.Les protestations se sont faites nombreuses, et l\u2019Evêque Earthing, dans un sermon prononcé lie dimanche suivant, a.défendu la doctrine de la.naissance virginale du Christ.De tous ces faits qui se sont succédé depuis quelques années, nous pouvons conclure que l\u2019Eglise anglicane, ici comme en Angleterre, est bien malade.Le peu de doctrine qu\u2019elle possède est a ttaqué par ses propres enf ants ; le Christ défiguré par Henri VIII n\u2019est plus reconnaissable; c\u2019est le désordre qui se produit, c\u2019est l\u2019oeuvre humaine qui agonise.Au milieu de ce désarroi, puissions-nous comprendre l\u2019attitude qui s\u2019impose aux catholiques, vis-à-vis de ces âmes: l\u2019attitude de l\u2019éclaireur et du guide.Nous avons jusqu\u2019ici compté beaucoup sur notre foi traditionnelle; l\u2019heure est venue maintenant, où éile entend compter beaucoup sur nous.N\u2019oublions pas surtout qu\u2019il est- une apologétique victorieuse, à la.portée du plus humble: celle de la prière et de l'exemple.fr.L.E.Trudeau, O.P.DANS LA PROVINCE Le dimanche, 7 décembre, à 3 heures., Son Eminence le Cardinal Bégin a.béni 1a.nouvelle chapelle des Pères Dominicains, sur la Grande Alliée, qui est mia in tenant, ouverte au public.Le temple était rempli d\u2019invités parmi lesquels on remarquait de nombreux dignitaires religieux et civils, et.tous ont, admiré la nouvelle église, qui fait honneur à 1 Ordre de Saint-Dominique et à la ville de Québec.Los p.ans-son t l\u2019oeuvre d\u2019un jeune architecte de talents-, M.Albert Parue, qui mérite les plus grands éloges- pour le goût qu\u2019il y a 0 preir lieigtt fie b e \u201cP : :: : c ai If; 'i SS : as: : .ÿieiiï t| ¦.I ; fi I 7 ! 1 ' { -1 1 ~ij I a I bt Ibri; LP.P J Ta-T-il DANS LA.PROVINCE 31 apporté aussi bien que pour la compétence dont il a fait preuve dans la direction des travaux.Son Eminence était accompagnée de Sa 'Grandeur Monseigneur Roy, auxiliaire, qui a donné le sermon; de Mgr F.Pelletier, Mgr Boulet, M.le chanoine Lad anime, de MM.les abbés Têtu, Gariépy, McGuire, et de plusieurs membres du clergé régulier de Québec.Les RR.PP.Rouleau, provincial, et Martin, prieur de St-Hyaciuthe, étaient venus à Québec pour la cérémonie à laquelle 'assistaient en outre tous les Pères du couvent de Québec, Cette cérémonie fut très imposante.Après la récitation du chapelet et le chant d\u2019un \u201cAve Maria\u201d par M.de Bélleval, Sa, Grandeur Mgr Roy prononça le sermon au cours duquel il exposa ce qu\u2019est l'église et les' avantages, que nous pouvons en retirer.Sa Grandeur commenta le texte suivant: \u201cC\u2019est vraiment ici la maison de Dieu et la porte du ciel\u201d qui convient tout, spécialement à nos temples catholiques, dont il est hon de pouvoir dire qu ills sont véritablement la maison de Dieu.Après l\u2019allocution de S.G.Mgr Roy, le T.R.P.Rouleau exprima la reconnaissance des RR.PP.Dominicains à tous ceux qui avaient contribué an succès de cette fête religieuse.Puis, Son Eminence pelle.La bénédiction fut suivie d\u2019un salut solennel du Saint Sacrement, au cours duquel le chant a été fait par MM.P.Morency, de Belieival, L.Morency, R.Faguy et quelques autres, accompagnés par Mme Placide Morency.' Dans la, soirée il y eut dans.1a.nouvelle chapelle un salut et la procession du 'Saint Rosaire.\u2014L\u2019Action Catholique.\u2014Le 3 décembre dernier, les.Enfants de Marie de St-Jean-Baptiste d\u2019Ottawa inauguraient les Noces d\u2019argent de leur congrégation par un poème sacré: \u201cJeanne d\u2019Are\u201d qui obtint le plus remarquable succès.Un triduum solennel s\u2019ouvrit le lendemain.La prédication avait été confiée au R.^ P.Piché.Le R.P.Marchand, curé, donna le sermon final et rendit hommage à l\u2019action religieuse et 'au zèle parois-si:al de cette société dont ,1e fondateur est, le R.P.Gauvreau.\u2014 Madame Mar i e-Vic tori ne-A ii ce Leclerc, veuve de Pierre Boucher de la B mere, est decedee le 12 décembre à le Cardinal Bégin bénit la, cha- 32 REVUE DOMINICAINE Saint-Hyacinthe, à l\u201dâge de 79 ans.Un devoir lions est fait de déposer sur l'a tombe de cette bienfaitrice et soeur en S.Dominique un hommage de gratitude et de prières.A l\u2019arrivée de nos premiers pères en cette ville, en 1873, ce fut son mari qui fut chargé de lire l\u2019adresse de bienvenue; depuis 'le généreux couple s\u2019entendit à merveille pour traduire en actes des sentiments officiels.Cette aide efficace des commencements ne fit que varier ses formes avec les années.Et quand disparut, chargé de mérites devant Dieu et devant son pays, l\u2019honorable Surintendant de l\u2019Instruction publique, sa pieuse femme, devenue tertiaire sous le nom de soeur Saint-Thomas, nous réserva, jusqu\u2019à la fin l\u2019appui de sa prière et les 'délicatesses de sa charité.Ce qui ne l\u2019empêcha point, d\u2019ailleurs, de rayonner plus loin et- plus large, sia chrétienne influence: à preuve les regrets unanimes et les chaudes sympathies que les siens ont recueillis près de ses restes.\u2014Le R.P.Jacques-M.Olivier a été assigné au Couvent Ste Anne die Fall-River.\u2014Le R.P.Jean Bacon vient d\u2019être nommé administrateur de nos revues et promoteur du Rosaire et de l\u2019Oeuvre du Roviciat, en remplacement du R.P.Albert Benoît.\u2014Le T.R.P.P.-M.Béliveau a été institué Président de la Maison vicariale de Québec où il succède au R.P.Jean Bacon.\u2014Le R.P.Pierre \u2018Granger a été nommé Curé de Ste Anne de Fall-River à la place du T.R.P.Ange-Emile Dion qui devient Président de la Maison vicariale de .Notre-Dame de Grâce.-\u2014Les RR.FF.Marie-Joseph I,égaré, Jean-Marie Ta-gue et Augustin-M.Séguin ont reçu l\u2019ordre sacré du diaconat, le 20 décembre, des mlainis de Sa Grandeur Mgr l\u2019Archevêque d\u2019Ottawa.-\u2014Remis faute d\u2019espace à plus tard : plusieurs articles, la chronique de l\u2019Ordre à l\u2019étranger et de nombreuses recensions.\u2014Fra Domenico.Superiorurri permissu De licenkia OrdinarU "]
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