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Titre :
Revue dominicaine
Éditeur :
  • St-Hyacinthe :Couvent de Notre-Dame du Rosaire,1915-1961
Contenu spécifique :
Mars
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Rosaire
  • Successeur :
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Revue dominicaine, 1921-03, Collections de BAnQ.

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[" IIAiiO NUMÉRIQUE Première(s) page(s) manquante(s) ou non numérisiée(s) Veuillez vous informer auprès du personnel de BAnQ en utilisant le formulaire de référence à distance, qui se trouve en ligne : https://www.banq.qc.ca/formulaires/formulaire reference/index.html ou par téléphone 1-800-363-9028 Bibliothèque et Archives nationales Québec EJ ES ES ES HOMMAGE A S.JOSEPH Le mois de mars, cette année, devient un temps de fête.Consacré à saint Joseph, il a toujours donné lieu à de véritables éclosions de 'sentiments pieux ; mais voilà \u2022 qu\u2019il coïncide avec le cinquantenaire du Patronage universel du grand saint.De vibrantes manifestations éclatent de toutes parts, recueillent les esprits et dilatent les coeurs dans un hymne de reconnaissance et d\u2019abandon.Nous avons dé-siré prendre part à ces hommages en montrant dans saint Joseph un vrai modèle de sainteté dans le mariage.Epoux, saint Joseph l\u2019a été d\u2019une manière en dehors de l\u2019ordinaire.Il a poussé la pureté et la modestie chrétiennes jusqu\u2019à leurs extrêmes limites.Les lis, dont l\u2019Eglise le couronne, dégagent un parfum que nous aimerions à voir éclore au milieu de nos populations, bonnes, mais s\u2019enlisant de plus en plus dans la matière.Il faudrait que le véritable esprit chrétien, fait de mortification et d\u2019idéal, imprégnât de plus en plus les vies qui s\u2019écoulent dans les liens du mariage.Une grande élévation morale en résulterait, la porte serait fermée sur les dangers qui s\u2019approchent.L\u2019Eglilse veut que la sainteté soit le cadre dans lequel évoluent les réalités du mariage.Elle veut que le corps y soit au service de l\u2019âme et sous sa domination absolue.Elle veut que le chrétien introduise dans ses actes l\u2019impératif du devoir et non des passions.Or, n\u2019est-il pas vrai qu\u2019une mentalité autre 's\u2019est établie?Combien ont oublié ces grandes lois et n\u2019ont fait du mariage qu\u2019une union corporelle î Combien se sont liés à leurs passions, sans se rappeler que 1 Esprit Saint habitait au fond de leur âme et les constituait membres du Christ ! Combien n\u2019ont voulu suivre que leurs caprices, leur humeur ou leurs préjugés sans' se préoccuper de la grandeur de leur rôle et des sacrifices qu\u2019il comporte ! Le résultat est pénible.Après quelques années vécues^ de la sorte,.leur jugement est faussé, leur vie intime, brisée pour plusieurs, chancelante pour tous et leurs pas égarés vers 1 abîme.Et comment pourrait-il en être autre- Revue Dominicaine, Mars 1921. 66 LA REVUE DOMINICAINE ment ?Ils ont fait de la jouissance, qui est un accessoire, l'essentiel de leur vie conjugale.Ils ont déplacé Taxe sur lequel doivent tourner leurs actions de chrétiens et, de leur vie supérieure, qui les convoquait vers les sommets, iis ont tressé une auréole à leurs plaisirs malsains.Et iis pourraient de la sorbe fouler aux pieds les grandes lois morales?Impunément ils se moqueraient de la modestie chrétienne et du respect chrétien?H\u2019ont-ils pas enlevé, par leur conduite, le gage de durée de leurs jouissances ?éparpillé au vent les richesses supérieures qui leur auraient permis d\u2019acquérir ce qu\u2019ils rêvaient?voilé les pluls beaux fleurons de leur conquête en rejetant l\u2019âme dans la nuit ?traîné et enseveli dans lia houe leur idéal?Huile maintenant leur élévation morale; impuissants leurs élans vers le beau et le vrai ; faible et défaillante leur résistance aux appétits devenus féroces.Le lien qui les unit est secoué jusqu\u2019à sa base.Ils ont rejeté le spirituel, ils recueilleront la matière avec sa pesanteur, sa division et son étouffement.Et voici que déjà surgit le rassasiement.Pauvre passion humaine, quand on ne lui fournit pas un aliment nouveau, elle retombe sur elle-même et se change en amertume! Ils ont épuisé la coupe, la frénésie du plaisir les appelle ailleurs maintenant.Voilà le premier pas visible vers la division.Le lien commence à pose]1.Le joug devient lourd parce qu\u2019on ne l\u2019a pas allégé d\u2019un souffle d\u2019en haut.Le foyer, qui murmurait naguère une si tendre poésie, s\u2019est tu sous les clameurs des désirs insatiables.De toutes parts, des appels s\u2019entendent et le plaisir du dehors semble éclipser les saines jouissances cloîtrées dans la demeure.Les pauvres époux matérialisés auront-ils la force de résister à ce courant?Pourront-ils fermer les yeux à ce mirage, faire taire leurs passions avides et ressusciter la douceur de leur ancien rêve ?Mais, ils iront plus rien en mains.Ils ont rejeté ce qui leur était force et réconfort pour amasser le vain et le faible.Aussi voit-on, à chaque jour, se multiplier les désertions du foyer.Exode couvert de malédictions, puisqu\u2019il laisse une famille désunie, sans défense contre les embûches et qu\u2019il conduit le déserteur à des chutes déplorables.Et les démarches se multiplient et le vide se creuse et le lien se détend.Oe serait l\u2019heure de tout sauvegarder par un retour sincère sous la loi de l\u2019Eglise.Elle HOMMAGE A S.JOSEPH 67 seule pourrait leur fournir de quoi remplir leur âme et de quoi satisfaire leurs aspirations.Mais il s\u2019agit bien alors de sainteté.Le mot fait sourire.On préfère franchir le seuil de la demeure familiale, de l\u2019amertume plein l\u2019âme et la honte au front.On préfère passer en étranger parmi les siens, se faire craindre par des paroles dures ou des actes brutaux, plutôt que de venir puiser la douceur et la paix chrétiennes sous l\u2019absolution du ministre de Dieu.Orgueil et déraison, sources inépuisables de calamités sans nombre! Ils ont déjà perdu la beauté de leur foyer, ils ont respiré l\u2019air enivrant des plaisirs criminels, ils ont -dispersé leur famille et annulé son action présente et future, il ne leur reste plus maintenant, puisqu\u2019ils rejettent l\u2019action religieuse, qu\u2019à faire le dernier pas et à devenir franchement immoraux.Le divorce est là.Il fait fureur chez ceux qui n\u2019ont pas été élevés, comme nous, dans les bras du Christ.Eux, qui ont eu la terre pour partage, qui n\u2019ont pas senti leur âme s'enivrer de la grâce divine, ont erré au gré de leurs passions et rendu nul le lien purement humain.Mais le courant s\u2019avance, il nous enserre, il fait l\u2019assaut de nos consciences.Les malheureux, qui ont banni la sainteté de leur union, en viendront là.Malgré leurs protestations, malgré leur sursaut d\u2019atavisme chrétien, s\u2019ils ne pratiquent pas le respect mutuel, s\u2019ils continuent à épuiser toute jouissance, s\u2019ils rejettent les sacrifices de la famille, s\u2019ils désertent sans cesse la demeure où ils doivent être, ils en viendront à demander le divorce pour apaiser la passion grandissante.Ils en viendront à afficher ainsi en public le désordre de leur âme et à marcher sans rougir dans les voies de l\u2019impudicité.Le trouvons-nous pas dans le premier époux chrétien, dans son puissant exemple, de quoi réconforter ceux que la fatigue et la poussière de la terre ont affaibli®.Ceux qui se traînent languissants, qui regardent la voie lumineuse qu\u2019ils ont abandonnée, qui maudissent presque le coulant où ils se débattent, découvriront en lui le céleste remorqueur dont ils ont besoin pour revenir à bon poil;.A chaque jour de ce mois, déposons en esprit, aux pieds de saint Joseph, les âmes perdues, les âme® froissées. 68 LA REVUE DOMINICAINE trop grandes pour no pas souffrir de leur déchéance, les âmes haletantes sous le poids qui les écrase, pour que la grâce divine, suscitée par les vertu®1 héroïque® de notre saint patron, les fasse renaître à h esprit du Christ.Armand Beauregard, pt-re.DIEU ET L\u2019AGNOSTICISME CONTEMPORAIN 1 Une restauration s\u2019impose en France en face \u201cdu spectacle des croyances éteintes dans les âmes.\u201d Elle est commencée par une pléiade de savants écrivains et de convertis sincères.Difficile elle est, parce que \u201ctoute restauration véritable ne se fait pas avec des réformes de détails.\u201d Il est nécessaire de descendre jusqu'aux profondeurs de l\u2019âme humaine pour s\u2019élever ensuite graduellement, sous la poussée de la raison, et même de la foi, jusqu\u2019à Dieu.C\u2019est une philosophie de la vie qui s\u2019impose et qui doit s\u2019orienter spécialement vers la défense religieuse.Le point culminant à atteindre, c\u2019est la conception de l\u2019existence de Dieu et de ses perfections.Dieu est facile à trouver pour l\u2019apologiste qui croit à la révélation; il est loin pour le savant ou le philosophe qui s\u2019appuie uniquement sur la science expérimentale, sur les faits historiques ou sur les besoins profonds de l\u2019être humain.Dans des cas cependant, le philosophe loyal et sans préjugés d\u2019école ou d\u2019éducation, atteint un Etre suprême, le Dieu trouvé par Aristote ; ordinairement, et c'est le propre des systèmes philosophiques modernes, il s\u2019élève à un Dieu, mais à un Dieu amoindri, rapetissé, dont toute l\u2019activité se réduit au \u201crapport concret de lhomme avec Dieu et à l\u2019intervention de Dieu dans le monde.' Ce Dieu n\u2019a pas d'influence prépondérante sur l\u2019homme, si I on excepte une Providence générale et peu efficace.Depuis longtemps, on prédisait cette recherche de Dieu par la raison et par la science.Un temps s\u2019annoncerait et i Abbé Georges Miehelet : \u201cDieu et l\u2019Agnosticisme contemporain\u201d, Paris, 1920. DIEU ET L AGNOSTICISME CONTEMPORAIN 69 se réaliserait où Dieu ne serait- plus nécessaire; la science régnerait; \u201cla vie se prolongerait indéfiniment;\u201d ce serait \u201cla domination totale de la nature; la morale scientifique donnant tout à la fois une règle de conduite, une sociologie, une politique, la connaissance de T avenir comme du passé; la conquête du bonheur, réalisant enfin toutes les aspiratons de l\u2019âme humaine, bref, le paradis sur terre.\u201d 1 La devise de ce progrès, Berthelot la formulait par cet aphorisme : \u201cle monde est désormais sans mystères.\u201d D\u2019un Dieu non nécessaire, on concluait rapidement à sa négation.\u201cIl y a dix ans, écrivait Edouard Rod, les gens sagaces prédisaient non sans une apparence fie raison, l\u2019approche d'une ère nouvelle où l'humanité, ayant rejeté ses deux vieilles béquilles: la morale et la religion, s\u2019avancera d\u2019un pas allègre dans la voie de la libre-pensée, sous le soleil de la science.Ron, l\u2019humanité reprend ses béquilles.\u201d Depuis une vingtaine d\u2019années, en effet, l\u2019évolution des esprits en face des vérités religieuses est fort remarquable; elle aboutit à l\u2019athéisme pur et simple, ou tout au moins à un anthropomorphisme plus ou moins caractérisé.Quels fuient les démolisseurs de l\u2019idée de Dieu?Les philosophes récents.Par leurs conceptions subtiles et obscures, ils ont emprisonné l'idée de Dieu dans la raison humaine, ou dans un fait .de conscience individuel ou dans la nature même de la société.La raison, la conscience, ou la collectivité seraient les sources uniques du fait religieux.Sans trop soupçonner qu\u2019ils ne sont pas novateurs, ces esprits chercheurs ont puisé leurs idées maîtresses dans l\u2019étude des grands philosophes des siècles précédents.Descartes, Kant, Auguste Comte sont en réalité les précurseurs des théories prônées par l'Ecole sociologique de Durkheim, par le Pragmatisme de William James et l\u2019Immanentisme de Sabatier.Ces divers systèmes n'ont pu contenter les âmes sérieuses ; elles l\u2019ont compris et elles ont cherché ailleurs.C\u2019est toute l\u2019histoire du \u201cRenouveau catholique\u201d, qui s'efforce de \u201ctravailler efficacement à une reconstruction\u201d en fortifiant ces deux \u201ccolonnes saintes\u201d qui supportent véritablement i Louis Ronzic, \u201cLe Renouveau Catholique\u201d -\u2014 «avant la guerre, Paris, 1919, p.4.Les Jeuncs 70 LA REVUE DOMINICAINE I édifice social, aussi bien que toute vie morale et religieuse: l\u2019idée de Dieu dans les esprits et le sentiment du devoir dans les coeurs.\u201d C est la première de ces colonnes, le retour à Dieu, que II.Georges Michelet veut étayer eu discutant \u201cles derniers venus parmi les systèmes de philosophie religieuse.\u201d Quatre écoles principales ont dirigé les esprits modernes vers cette négation de Dieu, vers le vieil agnosticisme d\u2019autrefois.L\u2019école sociologique qui veut que Dieu ne soit qu\u2019une représentation ou un symbole de l\u2019humanité ou de la société; le pragmatisme religieux qui se soucie peu de la nature ou de 1 \"existence de Dieu, mais qui utilise Dieu en autant que la \u201cconviction subjective\u201d le demande; l\u2019immanence et le modernisme qui ont fondu l'homme et Dieu dans un tout; le spiritualise chrétien qui fait sortir Dieu de la nature humaine.Ces écoles s\u2019écartent de Dieu, parcequ\u2019il est trop loin ; elles ont la prétention de trouver Dieu en chacun de nous: c'est par cette diminution de Dieu, qui prépare l\u2019athéisme, qu\u2019elles sont agnostiques.Pourquoi alors s\u2019efforcent-elles de trouver Dieu, si bientôt elles le rejetteront?C\u2019est \u201cparce que l\u2019humanité, impuissante à se suffire à elle-même, à calmer ses douleurs, à justifier ses espérances, désire sentir Dieu près de son coeur\u201d.Hélas ! le but est manqué.Les recherches, à mesure qu\u2019elles se font plus minutieuses, voilent ce même Dieu.C\u2019est donc une banqueroute de leurs procédés.Plusieurs des fervents de ces écoles 1 ont constaté.Ils ont adopté, par curiosité d\u2019abord, puis par goût, le système scolastique, et, ô bonheur! ils ont trouvé Dieu par la philosophie.C\u2019est tout le livre de M.Michelet d\u2019indiquer la fausseté des méthodes sociologique, pragmatiste, immanentiste et spiritualiste dans leur recherche de Dieu.Il est intéressant de courir à travers les1 pages de ce volume pour y puiser quelque aperçu de ces écoles et y voir réfuter leurs doctrines.Le seul fait de connaître leur existence et leurs idées maîtresses suffit pour nous avertir d\u2019un danger prochain et réel même pour notre pays.Decode sociologique Fort récente, puisqu\u2019elle date seulement de 1898, cette école a pour fondateur M.Durkheim.Ce dernier voulut DIEU ET L\u2019AGNOSTICISME CONTEMPORAIN 71 d\u2019abord définir les phénomènes .religieux, parce que les phénomènes religieux sont les premiers faits sociaux.La sociologie religieuse précède donc toute sociologie.En définitive, le fondement du système Durkheim, c\u2019est l\u2019étude psychologique des foules à travers l\u2019histoire des religions.En cela, il est bien moderne d\u2019esprit, puisqu\u2019il ne sort pas du domaine de la science, des faits, et ne dépasse pas le champ de l\u2019expérience.D\u2019autre part, son originalité s'affirme clairement: il recherche les faits religieux, non comme une production de l\u2019âme individuelle, mais de l\u2019âme collective.La collectivité, voilà l\u2019unique source de la science.\u201cLa religion se présente comme un épanouissement de la vie sociale.L\u2019individu ne participe à la vie religieuse que parce qu\u2019il est relié à la vie sociale.\u201d Le mode d\u2019extraction du fait religieux impersonnel et social est fort curieux.En premier lieu, il importe de se mettre en dehors de toute religion afin d\u2019éviter la partialité.Puis on fait défiler devant son esprit les formes religieuses de tous les temps et de tous les pays et de tous les peuples.Deux constatations se font jour : toutes les religions ont un culte, et les individus, collectivement pris, ont des croyances.Celles-ci sont la raison du culte; de plus elles s\u2019imposent à chaque individu, parce qu\u2019elles sont communes à un groupe.L individu les1 accepte \u201caussi mécaniquement que l\u2019adolescent accepte d\u2019être tatoué et l\u2019enfant d\u2019être circoncis.\" Une résistance est-elle possible à cette \u201cautorité contraignante et tyrannique\u201d des croyances?Elle est inconcevable: puis, au contraire, \u201cles croyances sont religieuses, plus elles sont obligatoires\u201d, irrésistibles, naturelles.Et Durkheim pose le principe: \u201ctout ce qui est obligatoire est d\u2019origine sociale.\u2019 Il est facile de conclure: donc le religion doit avoir sa source dans la vie sociale.Cette preuve de l\u2019école sociologique peut paraître une induction logique plutôt qu\u2019empirique.Les partisans de Durkheim vérifient avec le maître ce principe en affirmant que l\u2019histoire démontre la même vérité.Ce sera le côté expérimental aussi curieux que typique.La preuve est fournie par l\u2019Amérique et contrôlée par l\u2019Australie centrale.Il s\u2019agit du totémisme.L\u2019argument serait celui-ci: pour connaître les origines sociologiques des religions et leurs caractères principaux, 12 LA REVUE DOMINICAINE il faut connaître les religions primitives.Or celles-ci, perdues depuis des siècles, peuvent être évoquées par l\u2019étude des peuplades non civilisées, qui donneront les mêmes spécimens et les mêmes observations.Oes tribus, par a pari, révèlent les tribus préhistoriques.Les totems de ces tribus sont des plantes ou des animaux dont le nom est attribué à tout un clan: le clan ou la tribu du Faucon, du Serpent, etc.Oet animal totémique est sacré : défense de le tuer, de le manger, sinon dans des cérémonies cultuelles précises; ordre de lui rendre un culte.Idolâtrie alors?USTon, parce que le culte ne s\u2019adresse pas à l\u2019animal lui-même, mais à l\u2019espèce toute entière, \u2018\u2018à la force anonyme et impersonnelle\" dont l'individu est la manifestation sociale sensible.Les relations qui existent entre le clan et le totem fournissent la preuve de l\u2019origine sociologique de la religion-Le totem est le symbole dé l\u2019autre réalité: l\u2019espèce; de même cette réalité symbolisée, cette image visible d\u2019une autre réalité, c\u2019est celle du clan dont le totem est la marque distinctive et le représentant de la collectivité.C\u2019est donc que la vie religieuse est d\u2019origine sociale: la collectivité éveille dans l\u2019âme de l\u2019individu des sentiments qui s\u2019orientent vers l\u2019adoration de cette même collectivité, mais dans la personnalité divine qu\u2019elle concrétise.C\u2019est si vrai que les sentiments religieux ne sont jamais si expressifs que dans les grandes réunions.\u201cSortie de la collectivité, la religion y retourne par le culte!\u2019\u2019 La religion naît donc de la société.Elle s\u2019extériorise grâce à des lois spéciales.Lois spéciales qui régissent les faits sociaux et qui préexistent à l\u2019apparition des individus, qui leur survivent et qui sont déterminées ; lois financières, morales, matrimoniales'.De plus ces lois sont spécifiques et irréductibles, soumises à la seule science sociologique.Sans doute la collectivité, la conscience sociale n\u2019a rien de substantiel ; elle résulte des représentations collectives et celles-ci de représentations individuelles, mais les unes et les autres ne sont pas homogènes.\u201cLe groupe pense, agit et sent autrement que chacun de ses membres.Ces faits sociaux et ces lois sont donc spécifiques\u201d.Les faits sociaux cependant ne résultent pas des faits individuels accumulés.Les sentiments partent des individus DIEU ET L\u2019AGNOSTICISME CONTEMPORAIN 73 et y reviennent, mais dans cette marche, ils se sont modifiés, changés, transformés.\u201cLa cellule vivante ne contient que des particules minérales, mais toutes les cellules contiennent la vie; la société ne contient que des individus, mais tous les individus forment la vie sociale.\u201d Le fait religieux social m'est pas identique à la somme des faits individuels, mais autre, avec des propriétés distinctes de celles qui s\u2019appliquent aux membres qui le composent.Voilà le principe de l\u2019école sociologique ; elle l\u2019étend et l'applique aux faits moraux, juridiques, etc., aussi bien qu\u2019aux faits religieux.La religion et' les choses sacrées naissent de l\u2019âme collective, ou tout au moins, si le mot est choquant, des cerveaux multiples de la société; les choses profanes, \u201cce sont celles que chaque individu construit avec les données de ses sens et de ses expériences.\u201d La religion est donc un fait social, le fait social par excellence.Il serait utile de grouper ici les principaux défenseurs de ce système; de le rattacher à Auguste Comte, de le préciser avec les données de Guy au, qui l\u2019annonce comme \u201cl\u2019irréligion de l\u2019avenir\u201d, et de le moraliser avec l\u2019aide de Wundt, mais ce serait long et il importe tout de suite de trouver l'idée de Dieu dans l\u2019école sociologique.L\u2019idée d\u2019un Dieu unique n\u2019apparaît pas; bien plus \u201cces sociologues sont devenus les grands-prêtres de la religion nouvelle, la religion laïque, la religion sans Dieu\u201d ; en effet la collectivité inspire aux individus les sentiments d\u2019amour, de respect, parce que la collectivité leur a permis de vivre et de se développer.La religion se réduit donc à la reconnaissance due à la société qui leur a tout donné.C\u2019est donc elle, le dieu.M.Michelet fait une réfutation très au point de la théorie sociologique en partant du principe qu\u2019il faut assigner à la religion une origine psychologique.\u201cSi un Dieu créateur existe, non-seulement l\u2019homme a des devoirs envers lui, mais il en a également envers les autres êtres, du lait qu'ils sont créatures de Dieu.\u201d Toute religion engendre ainsi une morale sociale.De pins un Dieu unique étend la facilité de rendre la vie sociale universelle, tandis que les dieux des clans ou le dieu symbolisé par les clans limite l\u2019extension des associations. 74 LA REVUE DOMINICAINE En premier lieu, la méthode sociologique est impossible à pratiquer.Il faudrait que chacun se livrât à F étude des faits religieux, sans espoir d\u2019en saisir la nature.De plus elle est a priori: la forme religieuse primitive serait le type, parce qu\u2019elle suppose une organisation embryonnaire; elle subirait donc la loi de l\u2019évolution générale.C\u2019est partir d\u2019une idée a priori et très difficile à démontrer, puisqu'elle serait la loi unique de tous les faits.D\u2019ailleurs qui garantit que les tribus d Amérique reproduisent les types primitifs?a priori encore.Enfin, elle est hypothétique: on refuse d\u2019identifier les états individuels aux états collectifs; d'où les lois hétérogènes qui les régissent font la distinction du sacré et du profane.Cette hétérogénéité n\u2019est nullement scientifique, mais hypothétique.Cette méthode de l\u2019école sociologique est donc loin d\u2019être sure.De même l\u2019examen de ses conséquences n\u2019est pas favorable au système.La réalité des faits religieux n\u2019est pas claire.\u201cQui garantit à l\u2019individu qu\u2019il doit l\u2019existence de ces faits à la transformation que ces phénomènes subissent en passant par l\u2019idée collective?\u201d Il l\u2019ignore.Il .affirme bien l\u2019existence d\u2019une divinité, mais elle n\u2019a pas de réalité.Ce n\u2019est donc ne retenir de la religion que le nom.La spécificité n\u2019est pas sauvegardée davantage.La cause unique: la production des représentations collectives, s applique aux faits religieux aussi bien qu\u2019aux autres formes du sentiment du devoir, du droit etc.Or il y a des différences psychologiques profondes dans les traductions de la conscience commune.Pourquoi des effets aussi différents viennent-ils d\u2019une même cause?Il y a plus que de l\u2019obscurité, semblet-il, il y a contradiction.La religion n\u2019est permanente en aucune façon.Un fidèle perd-il ses raisons de croire?se sépare-t-il du groupement ecclésiastique?il n\u2019en reste pas moins \u201cattaché à la collectivité par les aspects purement sociaux\u201d; il reste encore un être social et il le sent bien.La non-religion est donc concevable et réalisable avec la collectivité.Xon, l\u2019école sociologique rétrécit Dieu.Et M.Durkheim le constate lui-même: \u201cPeu à peu les fonctions publiques, économiques, scientifiques, s\u2019affranchissent progrès- DIEU ET L\u2019AGNOSTICISME CONTEMPORAIN 75 vivement des fonctions religieuses.Dieu s'en retire progressivement .\u201d \u201cVoilà la conséquence logique et inévitable du système de l\u2019école sociologique.\u201d On ne peut concevoir la religion quand on exclut Dieu.Sans nous attarder à démontrer la fausseté du principe: tout ce qui est obligatoire est d\u2019origine sociale, passons à la deuxième école.DIEU D'APRES LE PRAGMATISME Le pragmatisme, c\u2019est la doctrine de T utilitarisme.M.William James l\u2019a exposée brillamment en 1906.Le \u201cSocrate Anglo-Saxon\u201d affirme la valeur pratique de la religion; celle-ci ne s\u2019apprécie pas d\u2019après la vérité métaphysique.Voilà les deux principes de son école.La méthode du pragmatisme est simple: étudier l\u2019âme humaine à la lumière des écrits laissés par les hommes religieux de tous pays et de toutes croyances, et livrer ces expériences au public: c\u2019est la méthode de M.James.Plus les hommes sont avancés dans la vie religieuse, plus les documents sont importants.Les protestants surtout fournissent ces expériences sur la variété de l\u2019expérience religieuse.L\u2019auteur, très fin analyste, montre habilement les analogies entre les faits religieux et les phénomènes de la vie ordinaire, même par des retouches et des corrections, qui nuisent un peu à la force scientifique de son système.Question de méthode! Seulement?La nature et l\u2019essence de la religion sont des points à toucher.La religion implique une collectivité de tendances et ne désigne pas un seul élément.D\u2019où les émotions religieuses se spécifient par leur objet : l\u2019amour religieux, c\u2019est l\u2019amour ordinaire qui se porte sur des objets religieux.La religion, \u201cce sont les impressions, les sentiments et les actes d\u2019un individu, pris isolément pour autant qu\u2019il se considère comme étant en rapport avec ce qui lui apparaît comme divin.\u201d L\u2019athéisme peut donc être une religion.Mais la religion est plus que cela : \u201cc\u2019est un ensemble de rapports mutuels de l\u2019homme avec Dieu, mais aussi de Dieu avec l\u2019homme.\u201d James a mal défini la religion.Il en a saisi toutefois le caractère essentiel: l\u2019amour. 76 LA REVUE DOMINICAINE La valeur de la religion se mesure à l'amélioration quelle introduit dans la civilisation.Les faits seront donc le principe d\u2019appréciation.Plus une religion produit de fruits utiles, plus elle est vraie, en vertu d\u2019un principe posée par Charles Pierce, en 1878: toute la fonction de la pensée est de produire des habitudes d\u2019action.C\u2019est une mauvaise application du principe: operari sequitur esse, Faction suit l\u2019être.L\u2019action pour le pragmatiste est un principe d\u2019appréciation et non une conséquence; l\u2019action, l\u2019utile, le pratique s\u2019identifient donc avec le vrai et le bien ?Comment l\u2019utilitarisme religieux peut-il être logique dans ses jugements sur les différentes religions?S\u2019il reste empirique, il ne juge pas, il constate les faits personnels des individus ; s\u2019il juge les faits, il n\u2019est plus empirique mais rationnel.Or Lamies repousse certaines formes religieuses comme trop enfantines; il juge donc les religions.Ce ne sont plus les seules expériences religieuses qui sont la raison dernière de son système, mais l\u2019intelligence.Quoi qu\u2019il en soit des avantages de ce système pour réfuter le matérialisme médical, ou pour aider à détruire à jamais \u201cle spectre de l\u2019origine morbide de la religion\u201d, ou pour concilier la religion et la science, on peut conclure que le pragmatisme a aidé un peu le démolissage\u201d des philosophies purement idéalistes et purement matérialistes; c\u2019est un léger gain qui ne compense pas les immenses torts que produisent ses erreurs.Cependant l\u2019expérience religieuse sollicite un principe ou une théorie qui puisse rendre compte du plus grand nombre possible de faits expérimentés.La théorie de la subconscience ou de la conscience subliminale est trouvée.Les faits étudiés chez les hommes religieux sont distincts, conscients, objectifs.Ce n\u2019est pas de leur juxtaposition ou de leur addition que résulte le principe pragmatiste, mais ils se \u201coompénètrent, se fusionnent, s\u2019emboîtent les uns dans les autres\u201d, selon M.Bergson, de sorte que distincts et séparés pour nous, ils sont unis par une continuité fondamentale de façon à évoluer dans une aire ou champ de la conscience.Ce principe continue qui détermine que l\u2019apparition d\u2019un fait interne est lié à celui qui le suit, c\u2019est la subeon science.La subconscience, voilà la loi de DIEU ET L\u2019AGNOSTICISME CONTEMPORAIN 77 coordination de tous les faits internes.C'est elle qui préside aux mouvements automatiques du bras qui repousse un danger au moment où l\u2019esprit est occupé ailleurs.Le subconscient, surtout palpable dans l\u2019automatisme, le spiritisme et les applications religieuses, explique aussi les conversions, etc.Le subconscient ou l\u2019influence subliminale, s\u2019eun pare de l\u2019individu et le change, comme la grâce de Dieu s\u2019empare d\u2019une âme et la transforme.Existe-t-il ce subconscient, fruit d\u2019une hypothèse de M.J âmes ?Oui, mais pas selon la forme que lui donnent les pragmatistes.Ceux-ci distinguent la vie psychique en deux parts : \u201ccelle qui relève de la conscience normale et demeure soumise aux lois générales de la psychologie et celle qui est sous la dépendance d\u2019une ou plusieurs activités, ayant leurs lois propres et troublant parfois la vie normale, \u201ccomme dans les mouvements réflexes.\u201d A priori on admet une hypothèse, quitte à tenter un accord, après coup, entre les deux états de vie psychique.Le terme de subconcient est générique; il recouvre plusieurs interprétations, toutes basées sur le fait qu\u2019il existe des faits inconnus à l\u2019individu en qui ils se produisent et qui lui sont inconscients.M.de Broglie, Mgr Mercier,, Mgr Farges, M.Blanc admettent la théorie des faits psychologiques inconscients en vertu du principe de l\u2019essence de l\u2019âme et de ses relations avec le corps, et de l\u2019enseignement thomiste sur le \u201csens commun\u201d qui perçoit les actions des sens, comme lorsque quelqu\u2019un voit qu\u2019il voit.Cette théorie repose sur la distinction des sens externes et de la conscience sensible; ce qui est loin de la conception chimérique de James.A supposer qu\u2019il existât, le subconscient de James peut-il expliquer l\u2019origine de la religion?Toutes choses existent dans la profondeur de l\u2019âme.Peu à peu, selon les besoins individuels, on prend contact avec ces secrets cachés en nous et la conception se forme.Le besoin du bonheur et le désir de l\u2019unité de vie sont les deux tendances qui font émerger nos sentiments; à mesure que ceux-ci se dégagent et deviennent plus intenses, ils prennent une tournure religieuse et finalement découvrent Dieu, mais un Dieu inconnu.Dieu est comme diffusé en nous 78 LA REVUE DOMINICAINE et peu à peu la subconscience entre en contact avec lui.Par ea base, ee sentiment religieux évolutionniste naît de l\u2019agnosticisme.Oette hypothèse est inacceptable.Le subconscient n\u2019est pas nécessaire pour les psychologues, parce que .selon James, les théories de l\u2019automatisme expliquent seules les expériences religieuses qu\u2019il a étudiées.Le subconscient est inutile alors ?D'ailleurs tous les psychologues protestent contre une théorie mystique.James a donc tort de l\u2019admettre.Les théologiens sont aussi unanimes à le rejeter.Les faits religieux d'ordres différents se ressemblent essenti el tern en t, dit Jaines.Quelle est leur origine commune ?Dieu ?Alors les faits purement naturels ne se distinguent pas des faits surnaturels, conversions, extases, etc.Ils ne viennent pas de Dieu ?Pourquoi dans ce cas faire appel au surnaturel ?Le subconscient, s\u2019il est la source, est naturel.Il n'y a que deux modes d\u2019ailleurs d'intervention divine: une intervention réclamée par notre nature organisée, l\u2019autre en dehors de ses exigences; la grâce, par exemple.Confondre ces deux ordres, c\u2019est supprimer le surnaturel et Dieu, et par là, c\u2019est tomber dans l\u2019agnosticisme.De plus si notre moi conscient fait partie d\u2019un moi plus grand, subconscient, mais de même nature, c\u2019est affirmer que ces deux moi sont la personnalité divine: panthéisme idéaliste, agnosticisme.De même les philosophes ne peuvent admettre le subconscient, car il se confond avec l\u2019unité de Dieu, au lieu d'être l\u2019union de l\u2019individu avec Dieu par l\u2019amour.En résumé, bien en résumé, la théorie pragmatiste \u201cne répond pas à l\u2019analyse des faits religieux\u201d, ne donne pas l\u2019explication réelle des expériences des hommes religieux, ne satisfait pas la religion.Elle se rapproche, par l'expérience , de l\u2019immanence vitale.fr.A.Bissonnette, O.P.La fin prochainement. LA CONVERSION DE S.PAUL Il est nécessaire parfois, à certains moments de torpeur, de prendre un bain surnaturel, de se plonger dans le divin, jusqu\u2019au cou, assez pour en avoir le frisson.Pour cela, il n\u2019y a rien comme un bon miracle: il saisit, il empoigne, il donne un effroi sacré comme à l\u2019âme de Moïse près du buisson ardent, ou à celle d\u2019Elisée quand l\u2019Eternel passa dans un souffle invisible.A dire le vrai, les prodiges aussi émouvants ne sont pas nombreux.Si le miracle frappe toujours les témoins oculaires, pour les antres, qui voient sans voir, comment l\u2019impression peut-elle être aussi vive?Et c\u2019est l\u2019une des raisons pourquoi l\u2019on est un peu blasé sur les grands faite surnaturels de l\u2019histoire.Une autre, c\u2019est qu\u2019ils sont devenus trop familiers, comme les monuments qui n\u2019attirent plus les regards.L\u2019admiration n\u2019est-elle pas le sentiment qui s\u2019émousse le plus vite?Toutefois, ils conservent, à l\u2019état latent, tout leur pouvoir.Les beaux lieux perdent-ils leur charme parceque les yeux y sont habitués ou en sont distraits ?ÜST\u2019y a-t-il pas toujours le même éclat dans leur pureté radieuse?le même mystère dans leurs mers sans fond ?Il est un vieux miracle qui émeut toujours: celui qui a transformé l\u2019âme de S.Paul.Pour tous, c\u2019est un prodige nouveau.D\u2019aucuns ne l\u2019ont jamais étudié; il sera pour eux comme un beau livre, qui ravit et transporte à la première lecture.Les autres, et c\u2019est le très grand nombre, n\u2019y pensent jamais, malgré sa très grande importance.Us ont pratiquement oublié la plus saisissante manifestation du Christ glorieux dans l\u2019histoire de l\u2019Eglise.Pour tous les esprits, les émouvantes péripéties du drame miraculeux conservent donc leur puissant intérêt.On peut toujours voir 1 éblouissante lumière qui éclate soudain sur le chemin de Damas.On peut toujours entendre, malgré le recul des siècles, les paroles de la voix mystérieuses, les échos du 80 LA REVUE DOMINICAINE \u201ccoup de foudre\u201d qui terrasse le jeune pharisien, et d\u2019un fanatique farouche, en fait un chrétien docile, et l\u2019Apôtre des nations.LE DRAME On ne comprend plus aujourd\u2019hui la portée de ce fait prodigieux, \u201cle plus grand événement du christianisme à son berceau, le plus merveilleux dans ses circonstances, le plus imprévu dans ses causes, le plus fécond dans ses*résultats.\u2019' 1 Trois années à peine, ou peut-être cinq au plus, venaient de s'écouler depuis la mort de Jésus.Les Apôtres étaient encore dans la Ville sainte; mais la plupart des fidèles, dispersés par une persécution violente, avaient pris refuge dans les villes voisines, et même dans celle de Damas.Saul de Tarse s\u2019était montré le plus acharné, le plus violent des accusateurs.Après le supplice d\u2019Etienne, où, la haine au coeur, il avait assisté comme juge et témoin, \u201cil estimait, dit-il, qu\u2019il n\u2019était rien qu'il ne dût faire contre le nom de Jésus de Nazareth.\u201d 2 Ee ce fut \u201cun accès de fureur\u201d ; 3 il ravage l\u2019Eglise courant de synagogue en synagogue, pénétrant dans les maisons particulières, en arrachant les habitants, pour les forcer au blasphème par le fouet, les.tourments et la mort.4 Mais voici que la tempête s\u2019apaise à Jérusalem, et Saul \u201ctoujours plein de menaces, ne respirant que le sang des disciples du Seigneur, va trouver le grand prêtre et lui demande des lettres pour les synagogues de Damas, afin que, s\u2019il trouve des partisans de la nouvelle doctrine, hommes ou femmes, il les amène liés à Jérusalem.\u201d 5 L\u2019homme qui arrive à Damas n'est plus le même ! Aux approches de la ville, à l\u2019endroit même où les allées commencent à pénétrer au milieu des vergers, un événement mystérieux le prosterne par terre, d\u2019où il se relève aveuglé au point de ne pouvoir marcher seul, mais l\u2019âme transformée, se disant disciple de Jésus-Christ ! 1\tR.P.Prat, \u201cLa théologie de S.Paul\u201d, Vol.1, p.44.2\tActes, XXVI.9.3\tGal.I, 13.4\tActes, XXVI, 11; VIII.3, XXII, 4.5\tId.IX, 1, 2. LA CONVERSION DE S.PAUL 81 Il recouvre la vue et reçoit le baptême.Il a vu le Seigneur! Il Ta même entendu! \u201cLe nouveau converti prend conscience immédiatement qu\u2019il est apôtre et qu\u2019il a reçu du Christ un évangile spécial ; fort de cette conviction, il s\u2019impose comme apôtre aux Douze, qu\u2019il ma jamais vus, et à l'Eglise, \u2014 et il n\u2019est pas exagéré de dire qu\u2019on l\u2019a subi.Il ne demande ni l\u2019investiture ni même la'reconnaissance de son mandat aux chefs de la communauté chrétienne; il ne se rend pas à Jérusalem pour faire contrôler son évan gile et pour s\u2019informer des détails de la vie de Jésus auprès de ceux qui l\u2019avaient suivi depuis le baptême de J eau jusqu\u2019à l\u2019ascension.Il semble les ignorer, il se sait indépendant; son apostolat et sa doctrine ne relèvent pas d\u2019eux.Veut-il méditer et réfléchir sur la grâce qui lui a été donnée, c\u2019est le désert d\u2019Arabie qui l\u2019accueille en solitaire.Trois ans après seulement, il visite Pierre, auprès duquel il demeure quinze jours.C\u2019est le seul apôtre qu\u2019il ait fréquenté.\u201d 6 Quel événement prodigieux quand on y songe ! Par un miracle 'physique et moral, Dieu suscite un apôtre dans des conditions mystérieuses; il le fait naître en quelque sorte indépendant, \u201cen dehors de toute attache avec les Douze et l'Eglise-mère ; il lui indique comme champ de conquête le monde entier, les 'Grecs, les Romains, les Barbares; il lui remet un évangile qui n'est pas l\u2019histoire de son ministère de Galilée et de Judée, limité dans l\u2019espace et le temps, mais dont le point de départ, :1e premier chapitre ôtait le Christ glorifié, vivant auprès de Dieu et étendant son action par delà l\u2019espace et le temps, principe permanent de vie divine chez tous ceux qui lui sont unis par la foi.\u201d 7 Que s'est-il donc passé sur le chemin de Damas ?L'Apôtre lui-même en est le meilleur témoin; il en est le seul, car tous les récits viennent de lui.Examinons les plus anciens, ceux des épîtres.* * * Ve cherchons pas, dans les écrits de Paul, un récit détaillé de l\u2019événement.L\u2019auteur ne fait pas oeuvre d\u2019historien, mais de polémiste.Quelques allusions aux origines 6 of.Revue Biblique, 1002, p.322.ï ef.Revue Biblique, 1902, p.322. 82 LA REVUE DOMINICAIN! ¦de sa foi, et c\u2019est tout.Mais remarquons que pour lui l\u2019appel à la foi et l\u2019appel à l\u2019apostolat se firent entendre au même moment.Il est né Apôtre! Il est entré dans l\u2019Eglise pour en devenir l\u2019un des plus glorieux propagateurs ! L\u2019E pitre au Galates contient les premières déclarations expresse.Dès la première ligne il écrit: \u201cPaul, apôtre, non de la part des hommes, ni par un homme, mais par J é-sus-Christ et Dieu le Père qui l\u2019a ressuscité des morts.'\u2019 La cause première de son appel à l\u2019apostolat, c\u2019est donc Dieu lui-même; et la cause prochaine, l\u2019organe, i intermédiaire, c\u2019est Jésus-Christ dans une intervention personnelle.Les hommes n\u2019y ont été pour rien! \u201cC\u2019était donc un argument audacieux que de 'débuter dans une lettre destinée à des chrétiens révoltés, lettre que liront des adversaires subtils, par un en-tête aussi surprenant; que de placer dans une sphère inaccessible à leurs recherches les sources et les preuves de son apostolat, les dérobant à tout contrôle et les couvrant de la majesté lointaine et transcendante de Dieu.\u201d 8 9 Et quelle certitude l\u2019Apôtre a dû avoir du fait! Quelques versets plus loin il 'dit : \u201cJe vous déclare, frères, que l\u2019Evangile qui a été annoncé par moi n\u2019est pas de l\u2019homme; car je ne l\u2019ai ni reçu ni appris d\u2019un homme, mais par une révélation de Jésus-Christ.\u201d 0 Encore une fois, il écarte toute intervention humaine, pour montrer l\u2019origine divine et l\u2019indépendance absolue de son évangile.Après avoir montré avec quel zèle \u201cil persécutait à outrance et ravageait l\u2019Eglise de Dieu\u201d, il écrit: \u201cLorsqu\u2019il plut à celui qui m\u2019avait mis à part dès le sein de ma mère, et m\u2019a appelé par sa grâce, de révéler en moi son Fils.je partis pour l\u2019Arabie.\u201d Ici le Fils est l\u2019objet de la révélation; au verset 12, il en est l\u2019auteur, comme le prouve le génitif subjectif.Il y a donc eu une révélation miraculeuse et directe de la part du Christ.Elle fut 'donnée au milieu de la lutte violente qu\u2019il soutenait contre les chrétiens ; elle eut lieu dans les environs de Damas.Donc l\u2019intervention personnelle de Jésus, le temps et le lieu de son apparition sont nettement indiqués.8\tcf.Revue Biblique, 1902, p.324.9\tGal.I.12. LA CONVERSION DE S.PAUL 83 Comment cette révélation a-t-il ôté faite, et sous quelle forme?.Dans la Première aux Corinthiens, S.Paul nous le dit: \u201cXe suis-je pas apôtre, n\u2019ai-je pas vu le Seigneur Jésus?\u201d 10 Je suis apôtre, parce que, de mes yeux, j\u2019ai vu le Seigneur ! C\u2019est l\u2019apparition du Ressuscité qui est la cause de ma vocation apostolique !¦ Et plus loin, il insiste davantage sur la réalité positive, le côté extérieur, objectif de la vision, en la mettant sur la même ligne que celle dont les Douze ont ét étémoins.\u201cEn dernier lieu et après tous les autres, le Christ m\u2019est apparu, à moi aussi, comme à un avorton\u201d.11 Quelle énergie dans la dernière expression! Il est né violemment, comme un foetus arraché avant terme du sein maternel.11 est impossible, remarque un rationaliste, A.Sabatier, de mieux indiquer la violence exercée sur l\u2019âme de Paul, au moment de sa conversion.Jusqu\u2019à la fin de ses jours, l\u2019Apôtre conservera donc le souvenir très vif, la conviction très ferme d\u2019avoir été, sur le chemin de Damas, le témoin d\u2019une apparition extérieure du Christ ressuscité, qui lui donne tout : conversion, apostolat et doctrine.* * * Pour nous renseigner sur les détails du miracle, les Actes fournissent trois récits ; l\u2019un composé par S.Luc pour son propre compte, IX, 1-22 ; et deux autres faites par S.Paul lui-même.Le premier est narratif; les derniers sont des récits oratoires, faisant partie des discours apologétiques que l'apôtre prononça devant le peuple d\u2019abord, XXII, 9-29, puis devant le roi Agrippa, et le procurateur Félix, LXVI, 9-19.Entre les répétitions les plus fidèles d\u2019un même récit, dit A.Sabatier, il y a toujours des différences.Rien d\u2019éton-nant donc si nos trois relations présentent quelques divergences.\u201cMais ils concordent parfaitement sur tous les points de quelque importance: l'occasion, le lieu, l\u2019heure de 1 événement-, la clarté éblouissante dont fut enveloppée soudain la caravane, le dialogue entre Saul prosterné par terre et la voix mystérieuse, sa cécité temporaire, son baptême, sa guérison et Iorientation nouvelle de sa vie.\u201d 12 Au point 10\tI Cor.IX, 1.11\tI Cor.XV, 8.12\tR.P.Prat, \u201cLa Théologie de S.Paul\u2019\u2019, I, page 45. 84 LA REVUE DOMINICAINE de vue historique nous avons donc tout ce qui nous faut Inutile de nous arrêter à des détails qui sont extérieurs aux faits.A.'Sabatier l\u2019a très bien vu : la raison des divergences est dans leur insignifiance même.Elles ne peuvent en aucune façon porter atteinte à la réalité du fait; elles se produisent sur quelques points extrêmes, à la circonférence la plus extérieure de la narration; elles ne portent pas même sur les circonstances qui ont accompagné le miracle, mais sur les impressions subjectives que les compagnons de Paul ont reçues de ces circonstances.Sur ce point le récit pouvait d\u2019autant plus varier que ces impressions n\u2019ont pas du être identiques chez tous, ni, chez tous, exactement constatées.Arguer de ces différences pour nier le caractère historique du récit, nous paraît donc un procédé violent et arbitraire.\u201d 13 Oe problème de la réalité historique du récit une fois écarté, il reste pourtant une question fort intéressante pour l\u2019exégèse catholique.Dans les trois narrations, un peu divergentes, mais substantiellement concordantes, est-il possible de reconstituer parfaitement la trame fies événements ?D\u2019après la narration de S.Luc les compagnons de Paul \u201centendirent bien la voix\u201d ; mais d\u2019après le discours au peuple, ils ne l\u2019ont point entendue.Ce n\u2019est pas une contradiction, car dans les deux cas le verbe entendre n\u2019a pas le même régime.D'ans le premier, il est construit avec le génitif et signifie percevoir par le sens de l\u2019ouïe le son des paie!es, (sans les comprendre) ; dans le discours, avec l\u2019accusatif, le verbe signifie la perception intellectuelle de la voix: ils n\u2019ont pas compris la voix.Ils ont entendu sans comprendre.D\u2019après le Discours au peuple, ils voient une lumière.Dans la narration ils ne voient personne! La contradiction est nulle.Une lumière n\u2019est pas une personne.D\u2019après la narration, ils restent debout; d\u2019après le discours au roi, ils tombent à terre.Ici, encore, il n\u2019y a pas de contradiction.Dans le premier texte, l\u2019expression grecque \u201crester debout stupéfaits\u201d ne signifie pas nécessairement \u201cêtre debout, frappés de stupeur\u201d mais simplement \u201crester hors d\u2019eux-mêmes.\u201d 13 L\u2019Apôtre Paul, p.41. CHRONIQUE 85 Enfin des paroles que Jésus est- censé avoir adressées à Pau1! ne sont pas les mêmes dans les trois cas.Dans le discours au roi, Ananie n\u2019intervient pas, et c\u2019est Xotre-Sei-gneur lui-même qui prononce les paroles que les deux autres récits ont mises dans sa bouche.On pourrait répondre avec, le P.Prat que selon un usage fort répandu à cette époque, l\u2019auteur unit en un seul discours, Actes, XXYI, 15-18-, des paroles prononcées par Jésus en deux occasions distinctes Actes, XX, 8 et 21.et peut-être aussi des paroles qu\u2019il lui avait fait dire par Ananie, XX, 14-15.14 Quoiqu'il en soit de ces difficultés, elles n\u2019ont pas troublé S.Luc, historien conscientieux autant qu\u2019écrivain de valeur.Elles n\u2019ont pu lui échapper, et pourtant il des a laissées.Elles ne doivent pas nous inquiéter non plus.fr.Dalmace LaeerrierrEj O.P.Ottawa, le 15 février 1921.CHRONIQUE LE THOMISME CHEZ LES LAICS Le Directeur de la revue Evangile et Liberté, organe ou protestantisme libéral en France, écrivait le 21 juillet 1920 : .\u2018'L\u2019Eglise catholique a repris son empire sur toute une élite intellectuelle.\u201d On pourrait presque en dire autant du thomisme que séparaient de l'élite la formation lycéen ne et 1 ambiance universitaire.Ses thèses sont admises en Sorbonne comme matières d\u2019examen pour l\u2019obtention des gi ade.5 officiels.Il n\u2019est pas incorporé à l\u2019enseignement d Etat, comme bien l\u2019on pense, et cette tolérance m'engage en lien 1 assentiment des maîtres.Mais puisque en outre, un certain nombre d\u2019élèves sortis des établissements libres obtiennent leur bacchalauréat après examen sur des problè- té
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