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Titre :
Revue dominicaine
Éditeur :
  • St-Hyacinthe :Couvent de Notre-Dame du Rosaire,1915-1961
Contenu spécifique :
Octobre
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Rosaire
  • Successeur :
  • Maintenant
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Revue dominicaine, 1921-10, Collections de BAnQ.

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[" IIAiiO NUMÉRIQUE Première(s) page(s) manquante(s) ou non numérisiée(s) Veuillez vous informer auprès du personnel de BAnQ en utilisant le formulaire de référence à distance, qui se trouve en ligne : https://www.banq.qc.ca/formulaires/formulaire reference/index.html ou par téléphone 1-800-363-9028 Bibliothèque et Archives nationales Québec EJ ES ES ES LE ROSAIRE (1> Misit illos binos ante faeiem suam in omnem civitatem et locum quo erat ipse yen turus.\u201cIl les envoya par deux, devant lui, dans chaque ville et chaque endroit où Lui-même devait aller.\u201d (S.Luc.ch.10.v.1) :;e: ï ri.il i!/!( ]Tv I 1 XtSj m ha'll Messeigneurs, 2 Mes bien chers frères, Ii y a quelques, jours, sur l\u2019invitation de notre Saint Père le Pape, nous fêtions à Montréal, par de grandes solennités, le septième centenaire de la fondation du Tiers-Ordre Franciscain.A cette occasion, l\u2019Eglise, glorifiée dans l\u2019un de ses fils les plus illustres, remettait sous nos yeux les services immenses rendus par saint François d\u2019Aissise.Dieu l\u2019avait choisi pour accomplir une mission toute d\u2019amour et de charité en faveur des âmes, ramenées par ses leçons et ses exemples, à la ferveur première, et à la régularité chrétienne depuis trop longtemps délaissées.Elle nous rappelait en même temps que la prière, la pénitence, le détachement des biens de ce monde, et la soumission hiérarchique contiennent le secret du bonheur et de la prospérité, par l\u2019acceptation généreuse, et l\u2019observance fidèle des commandements divins et des préceptes de l\u2019Eglise, selon la doctrine et les directions de Eotre-Seigneur et de son évangile.Ranimer ainsi la vie spirituelle et lui donner comme modèle le séraphique François d\u2019Assise, c\u2019est ce qu\u2019on pourrait appeler le combat et l\u2019action à l\u2019intérieur.Or, en cette même année 12121, mourait saint Dominique, le fondateur de l\u2019Ordre des Frères-Prêeheurs, léguant à sa famille religieuse, comme un bien propre et un précieux héritage paternel, la dévotion du saint Rosaire qu\u2019il avait (1)\tSermon prononcé à St-Hyacinthe, le 10 juillet, par S.G.Mgr.Emard, évêque de Valleyfield.(2)\tLeurs Grandeurs Nos Seigneurs Brunault, évêque de Nicolet et Eobres évêque de Joliette. 290 LA REVUE DOMINICAINE propagée avec ardeur, et fait entrer dans- le coeur de l\u2019Eglise après l\u2019avoir (brandie comme un invincible glaive dans si lutte contre l\u2019hérésie, le schisme et le désordre.Il était de haute convenance de célébrer, avec un éga enthousaisme, ces deux jubilés de la piété catholique et d glorifier, en même temps que le créateur du Tiers-Ordre l\u2019apôtre du Rosaire, dont l\u2019Institution devait être pour h moins tout aussi avantageuse à l\u2019Eglise et aux âmes.En effet, comme il a été observé dès son berceau, la sainte Eglise, née dans la lutte, aura toujours à se défendu contre deux sortes d\u2019ennemis ; les uns cherchant à créer ar dedans le trouble, la discorde, les divisions intestines, el pour y parvenir, travaillant sans cesse là amoindrir la foi, (à affaiblir les énergies, à corrompre les moeurs, à détendre jusqu\u2019au relâchement les lieps de la discipline, à susciter même la rébellion contre les autorités légitimes; les autres, ceux du dehors, se montrant, dès l\u2019origine, pleins de haine et cruauté, sous les noms variés qui nous les-font connaître: l\u2019infidélité juive et païenne, l\u2019hérésie sous toutes ses formes, le césarisme, les moeurs barbares, et longtemps indomptables.Quand, des deux côtés à la fois, l\u2019Eglise se trouve attaquée, menacée, d\u2019une part, dans l\u2019âme de ses enfants par la déperdition de La foi, la corruption des moeurs, le fléchisse-: ment de la docilité hiérarchique et les soubresauts de l\u2019orgueil, de l\u2019autre par l\u2019impiété, la jalousie, la haine, la férocité même de ses adversaiers traditionnels, elle éprouve le besoin de pousser vers le \u2018Ciel le cri de sa détresse et d\u2019implorer le secours que le Seigneur accorde, selon les conditions et les promesses de son Coeur.Portae inferi non praevalebunt.L\u2019Eg lise a les promesses de l\u2019immortalité, ce qui n\u2019enlève point là ses enfants le devoir* de la soutenir et de la défendre, puisque c\u2019est par leur fidélité et leur courage que s\u2019accomplissent les oracles divins.\t> L\u2019Eglise est indéfectible; elle ne faillira jamais-, ce qui n\u2019implique point, hélas ! l\u2019assurance du salut pour chacun de ses membres, ni même sa vitalité prospère à chaque moment, et dans chaque pays.Il appartient, selon les temps, selon les lieux, et selon la nature du combat 'qu\u2019on lui- livre, aux fidèles et- à leurs chefs, de soutenir la lutte et, pour remporter {K pi b MP : J.ï! ; : if: ü il pi- ::: |h-1 .Il J b I - b \\h : I,/ 1 u. LE ROSAIRE 291 I; ifU h la victoire, d'employer les armes fourbies par le Christ, et qui sont mises dans toutes les mains.La dispersion des apôtres, la constance des martyrs, l\u2019éloquence des apologistes, la science des docteurs, le zèle des pontifes, le renoncement monastique, et les: exemples répandus tout autour des cloîtres, toutes ces forces furent mises en (branle, et servirent à repousser F envahisseur.(L\u2019EspritiSaint, qui vivifie tout, donne la lumière, le courage et la victoire.Il donne aussi des chefs, pour conduire ses phalanges.Lui-même les a choisis, préparés, dirigés, mis là point pour Faction spéciale ià exercer, pour la lutte là soutenir ; et il leur communique, sinon par inspiration, du moins par la vertu d\u2019une assistance merveilleuse, et souvent par l\u2019appui du prodige, les connaissances: qui leur feront choisir, pour l\u2019attaque ou pour la défense, l\u2019arme providentielle.Et les Xlle et XlIIe siècles virent cette merveille.A côté de François, suscité de Dieu pour rajeunir l\u2019âme chrétienne, et lui rendre une vigueur surnaturelle épuisée dans l\u2019énervement des choses terrestres, voici Dominique, son allié, envoyé à la tête des armées catholiques, pour les lancer à la bataille, et prémunir la citadelle de la foi menacée de destruction.Les Albigeois, sous un nom nouveau et purement local, lançaient en vérité contre l\u2019Eglise toutes les hérésies coalisées.Ce qu\u2019ils ont déjà perpétré, de crimes et de ravages, effraie les fidèles et leurs pasteurs.D\u2019où viendra le secours ?De la prière, sans doute, mais cette prière elle-même, sous quelle forme la faire entendre?ià 'qui l\u2019adresser?et qu\u2019obtiendra-t-elle par elle-même?Autrefois Dieu promit de répandre sur la maison de (David et sur les habitants de Jérusalem l\u2019esprit de prière.Jésus a voulu le transmettre là son Eglise; Il Fa communiqué particulièrement à .ses disciples.Cette prière, Il la veut confiante, continue, faite en commun, et contenant dans son objet tous les biens de la nature et de la grâce, de l\u2019âme et du corps, de la famille et de la société, tout ce 'qui peut être un effet de la miséricordieuse bonté du Seigneur.\u2019 Il la veut dans le temple, ou dans le secret d\u2019une cellule, et même sur la place publique, parce qu\u2019elle est tout simplement la traduction d\u2019une âme en état de grâce, toujours en la pré- 292 LA REVUE DOMINICAINE sence de son Dieu.Mais la prière est principalement une invocation, un appel au secours, dont la ferveur s\u2019augmente par l\u2019imminence et la gravité du danger, ou l\u2019impérieux besoin.Ce qui est vrai pour chacun l\u2019est davantage encore pour l\u2019Eglise 'qui, dans les jours d\u2019épreuves exceptionnelles, sait trouver des accents plus vibrants pour porter jusqu\u2019au ciel l\u2019expression de l\u2019angoisse, des lamentations, ou des désirs de son coeur maternel.Au cénacle, dans l\u2019attente du Saint-Esprit, c\u2019est la prière unanime des apôtres et des disciples autour de Marie.Durant les premières persécutions, quand les chrétiens sont égorgés1 par milliers, que Pierre et Paul sont dans les chaînes, les fidèles prient pour leur délivrance et leur liberté.Il en sera ainsi à travers les siècles, dans toutes les grandes- calamités.Quand le pape envoie Dominique, un jeune chanoine, pour aller à la rencontre de l\u2019ennemi formidable, qui s\u2019est levé dans le midi de la E-rance, et qui menace la pureté de la foi et l\u2019intégrité de la morale, alors 'que ces hérétiques combattent par le fer et par le feu, qu\u2019ils répandent partout le sang chrétien, et sèment de ruines leur passage désastreux, Dominique, selon l\u2019ordre du (Souverain Pontife, a décidé/lui, de ne combattre que par la douceur, la persuasion, la charité; d\u2019amener ià la conversion, et non à la mort, les malheureux et terribles Albigeois.C\u2019est bien l\u2019enseignement de l\u2019Evangile, et toute la leçon donnée par Uotre-iSeigneur, ià ceux qui veulent le suivre dans le combat spirituel, qui ne connaît d\u2019ailleurs point de répit.-Combattre, pour le Christ, ce fut de faire du bien à ceux qui le persécutaient, de prier pour ses bourreaux, de demander ià son Prèe leur pardon, de mourir pour eux.Le glaive est celui de sa parole et de son amour.Il n\u2019est point venu pour perdre mais pour sauver, et sa victoire consiste, au prix de son sang, dans le rachat des âmes.C\u2019est ce que ISTotreiSeigneur a voulu léguer à son Eglise, et ià ses pasteurs dans l\u2019Eglise, et ce qui est magnifiquement exprimé par la sublime parole adressée ià Pierre lui-même, dans le Jardin des Oliviers.Les armesi qui servent pour la défense, ou pour la non-quête des biens temporels, ne sauraient convenir (à la lutte LE ROSAIRE 293 -engagée dans le domaine spirituel, et dont l'enjeu, pour nous, doit être le salut des âmes et non leur -perdition.Dominique fut, par vocation divine et pan- mission pontificale, un pacificateur et un consolateur, ce qui fait voir en lui le disciple et l\u2019apôtre d\u2019un Dieu de paix et d\u2019amour.Les armes irrésistibles de l\u2019apostolat catholique et du ministère sacerdotal seront toujours, comme il est indiqué dans l\u2019Evangile, celles qui dissipent l\u2019ignorance par la vérité, réduisant le libertinage par les lois de la morale chrétienne, et l\u2019impiété par le respect liturgique dû ià la célébration des plus augustes mystères.Dominique combattra donc par la prière, comme jadis Moïse sur la montagne, avec toutefois cette particularité qu\u2019il enrôlera sous sa ibannière, pour prier avec lui, tout son corps d\u2019armée.Il n\u2019est point pour lui question de lancer des soldats pour le meurtre et le pillage, et de réduire par la force des\u2019 ennemis trop réels, mais bien de les vaincre dans leur coeur, en les amenant, par l\u2019opération de la grâce divine, à reconnaître l\u2019Eglise, à se soumettre à son enseignement, et à revivre en Jésus-Christ.Pour cela, l\u2019arme unique, c\u2019est donc la prière, mais la prière la pilus simple, la plus claire, la plus vraie, la plus commode, la plus vivante, celle qui pourra, sans fatigue, se reprendre chaque jour, à toute heure et à tout instant; celle que l\u2019on récitera sans cesse, sans la répéter jamais, tant elle est féconde en elle-même, inspirant des pensées toujours nouvelles; celle enfin qui recevra un surcroit indéfini d\u2019efficacité surnaturelle, par le fait qu\u2019elle sera sur toutes les lèvres, dans tous les coeurs, et qu\u2019elle s\u2019adresse à la Peine, à la toute-puissance suppliante, à l\u2019Auxiliatrice toujours prête au secours, là notre Mère, là Marie.'Oui, le Rosaire est vraiment le moyen divinement proposé pour mener à bonne fin cete lutte de vérité et d\u2019amour, parce 'qu\u2019il est en lui-même une sorte de mobilisation universelle des forces catholiques.En second lieu, il contient l'affirmation en permanence de toute la vérité révélée, dans l\u2019énumération des mystères aui la résument toute entière, et enfin, dans cette prière, munie de toutes les conditions voulues, on s\u2019adresse à celle qui de toute éternité avait été prédestinée, et, dans le temps, nous a été donnée, pour l\u2019auxiliatrice souveraine, reine des 294 LA REVUE DOMINICAINE armées et dispensatrice de la victoire et de la paix, plus forte qu\u2019une armée rangée en (bataille et victorieuse de toutes les hérésies.Le Rosaire, comme son nom l\u2019indique, est une couronne de roses, ou si l\u2019on préfère, un bouquet dont les fleurs toutes spirituelles sont autant de louanges et de prières.Le [Rosaire, par la manière dont il a été introduit dans l\u2019Eglise, aussi bien que par ses différentes méthodes de récitation, a trouvé, comme sans effort, le chemin de tous les coeurs, et j\u2019oserais dire, que peu d\u2019années s\u2019étaient écoulées avant que le chapelet, qui est l\u2019exercice du rosaire, ne fût mis dans les mains de tout fidèle digne de ce nom.La coutume, loin de s\u2019affaiblir, comme il arrive d\u2019ordinaire, s\u2019est au contraire, affermie à ce point qu\u2019au jour d\u2019hui,' après 700 ans, l\u2019invitation à dire le chapelet est, comme à la fin du douzième siècle, une sorte d\u2019entrée en lice, un armement général, et il n\u2019est point de catholiques qui se refusent ià cette conscription; tous, au contraire, lèvent vers le Ciel, et contre des ennemis qui sont toujours les mêmes, et que nous signale notre Chef suprême, cette arme invincible et conquérante.Les hérétiques de Toulouse et d\u2019Alibi ont été vaincus par le Rosaire, et sont disparus.Cent mille furent réduits, : c\u2019esDà-dire, convertis par Dominique armé du Rosaire.Les ennemis d\u2019aujourd\u2019hui portent d\u2019autres noms; leurs attaques ne sont pas moins terribles.Benoît XV, après Pie X et Léon XIII, nous les ont ià maintes reprises signalés, et puisqu\u2019il faut, maintenant comme toujours, observer dans le combat la règle fondamentale de toute vraie discipline, est-il rien de mieux ià faire que de serrer nos rangs et d\u2019opposer :à l\u2019audace et à l\u2019impiété, ce \u201cpuissant engin de guerre\u201d, plus capable que la violence, de ramener dans la voie droite les malheureux égarés, et de réduire la fureur des impies.\u201d Depuis Xotre Saint Père le Pape jusqu\u2019au plus humble des fidèles, tous, petits et grands, savants et ignorants, jeunes et vieux, hommes du monde, religieux et prêtres, possèdent leur chapelet, le portent sur eux, le récitent chaque jour, soit- isolément, soit en famille, soit en public avec tonte une paroisse.La prière revêt un surcroît d\u2019efficacité; considérable quand elle devient celle d\u2019une confrérie dont les ramifica- LE ROSAIRE 295 tions innombrables s\u2019étendent par toute l\u2019Eglise, et donnent durant tout un mois, celui d\u2019octobre, durant toute l'année, à chaque dimanche, et en permanence là tous les jours par une commune intention, le caractère catholique qui ne laisse rien perdre, pour l\u2019Eglise, de la piété individuelle, qui fournit les anneaux de la chaîne d'invocation qui encercle le monde, et maintient la prière fervente en permanence.'Ceci est d\u2019autant plus vrai que le Rosaire est composé de façon à rappeler dans leur tous les mystères de notre salut.Par l\u2019énumération facile, raisonnée et complète, des mystères augustes de notre sainte religion, le rosaire devient l\u2019affirmation intégrale de la foi catholique, en même temps qu\u2019une source intarissable de réflexions pieuses et de saintes leçons.Toute l'histoire de ET.S.J.C.se déroule en quinze pages merveilleuses qui, tour là tour, nous font participer aux joies, aux tristesses et aux triomphes de ce Divin Sauveur.Cette méditation, accessible là tous les esprits, est particulièrement féconde et suggestive pour les âmes cultivées.C\u2019est une sorte de moëlle doctrinale, riche en elle-même de toute la substance de la vérité révélée, et qui amène à contempler, comme un édifice aux lignes parfaites, d\u2019une architecture irréprochable, les bases, la structure, et tout l\u2019enchaînement divin des choses de la foi, si bien que la parole de l\u2019Apôtre y trouve sa pleine expression.Le Rosaire est un livre ouvert ià tous, écrit avec des caractères spéciaux, et dans lequel chacun, selon sa condition spirituelle, peut lire 'à son gré les choses les plus sublimes dans le langage le plus populaire.Les 150 Ave Maria, comme les 150 psaumes de David, sont répartis en trois chapelets ou quinze 'dizaines, laissant s\u2019épanouir, comme sur autant de tiges, les mystères qui résument toute l\u2019oeuvre de la rédemption par le Christ.Toutes les prérogatives de Marie, depuis son Immaculée Conception jusqu\u2019à son triomphe dans le ciel, se rattachent d edes-mêmes à toute la série des dogmes énoncés et, dans la majestueuse simplicité de cette profession de foi, se trouvent réunies toutes les grandeurs et toutes les beautés de la vie surnaturelle de l\u2019Eglise et des âmes.Et comme la foi est le fondement de la morale, les conclusions tirées de la considération des mystères prêchent 296 LA REVUE DOMINICAINE éloquemment la sainteté de la vie, à la suite du Ohrist et par l\u2019imitation de ses vertus.Rien d\u2019etonnant donc à ce que les papes aient donné au Rosaire le cachet de l\u2019approbation liturgique renouvelée à chaque règne, qu\u2019ils l\u2019aient encouragé par des indulgences considérables, qu\u2019ils aient créé un,e fête en son honneur, qu\u2019ils lui aient donné un office propre, qu\u2019ils aient permis d\u2019ériger des sanctuaires sous son patronage, qu\u2019ils aient autorisé les confréries, les processions, et les pèlerinages, et qu\u2019ils aient dédié un mois tout entier à cette admirable dévotion.C\u2019est une dévotion théologique, féconde et céleste entre toutes.D\u2019Urbain VIII à Benoît XV, les souverains pontifes ont appelé, tour ià tour, le saint Rosaire le progrès du peuple chrétien, le flambeau qui dissipe les ténèbres de l\u2019hérésie, le salut des fidèles, le moyen d\u2019apaiser la colère de Dieu, 1a.destructon du péché, le trésor des grâces divines, l\u2019ornement de l\u2019E'glise romaine, le grand remède contre les maux dont: souffre l\u2019Eglise, et la grande protection contre les assauts de ses ennemis.D\u2019autant plus que la prière par le Rosaire, réalisant toutes les conditions de la persévérance surnaturelle, de l\u2019exactitude doctrinale et de l\u2019union des coeurs en une même supplication, s\u2019adresse directement à Celle qui a été, de toute éternité, prédestinée pour être l\u2019égide \u2022des âmes dans les temps troublés et dans les circonstances périlleuses.\u201cExempte de la souillure originelle, choisie pour être la mère du Sauveur, associée à lui dans le salut du genre humain, elle surpasse, dit Déon XIII, tout autre pouvoir d'intercession.\u201d C\u2019est Elle qui a été annoncée, à l\u2019origine des temps, comme devant, de son pied virginal, écraser la tête du serpent.Véritable Judith suscitée contre Holopherne, plus forte qu\u2019une armée rangée en bataille, destructrice de toutes les hérésies, devenue la mère, par décret divin, de toutes les âmès rachetées, Elle a maintes fois manifesté de façon éclatante, par des prodiges historiques, son amour maternel et la puissance irrésistible de son intercession.Mais c\u2019est par le Rosaire surtout, et depuis son institution, que des faits mémorables sont venus accentuer, avec la confiance des fidèles, la protection souverainement efficace de son coeur.Da victoire de Lépante suivie de plusieurs j* ep lit lin LE ROSAIRE 297 autres, les calamités apaisées, les bienfaits publics multipliés, et surtout les conversions opérées, ont rendu témoignage à l'intervention de Marie, et donné occasion à des chants de triomphe, à des processions et à des fêtes liturgiques destinées fà perpétuer le souvenir de ces faits mémorables.Chaque fois, c\u2019était un renouvellement de la dévotion du Saint Rosaire, désormais solidement établie dans l\u2019Eglise et dans le peuple, et par laquelle on saura toujours parler à la très sainte Vierge le langage de la piété solide et toujours efficace.Depuis que saint Dominique a divulgué cette même dévotion pour mettre en fuite l\u2019hérésie albigeoise, et convertir ses partisans, bien des fois, l\u2019Eglise s\u2019est vue exposée à des maux non moins graves, et poursuivie par des ennemis non moins acharnés.Elle a traversé ces épreuves en multipliant ses victoires.De nos jours, à la suite de la grande guerre dont les nations épuisées sortent avec une si pénible lenteur, on dirait d\u2019un bouleversement général de la société chrétienne et d\u2019un renversement de toutes les lois morales.Déjà Léon XIII, dans sa première Encyclique sur le saint Rosaire, avait signalé les dangers qui entouraient les âmes au déclin d'un siècle tourmenté, au début d\u2019un autre siècle où la piété chrétienne, la moralité publique, la foi elle-même, bien suprême et principe de toutes les autres vertus, étaient en butte aux assauts persistants de l\u2019impiété sous toutes les formes.Et le cataclysme mondial, loin de ramener les âmes à la religion et à l\u2019estime pratique des biens spirituels, semble avoir augmenté, à voir le désordre et le péril.C\u2019est ce que Benoît XV nous exposait, naguère, dans une lettre toute imprégnée de tendresse paternelle, où il traçait en quelque sorte le tableau des misères dont souffre le monde aujourd\u2019hui, et qui contiennent les menaces de malheurs encore plus grands, si l\u2019on ne se hâte de revenir à Dieu dans l\u2019obéissance (à ses commandements.Or, comme au temps de S.Dominique, pour vaincre et expulser des ennemis, toujours les mêmes en somme, le grand moyen, .pour les fidèles demeurés dociles à l\u2019Eglise, c\u2019est encore la prière, et nulle part saurait-on trouver de prière mieux ordonnée, plus capable de perpétuité, de constance, et d\u2019union surnaturelle 298 LA REVUE DOMINICAINE que dans le Rosaire, dont une expérience .sept fois séculaire nous fait connaître la valeur et le mérite.Oui, la dévotion privée et puibiique envers la glorieuse Vierge, toutes les formes données là cette même dévotion, et la mise en acte de toutes les règles établies ou approuvées par les papes, le fait encourageant que les confréries du saint i Rosaire, leurs exercices publics et leurs processions apportent un renfort à la vie et (à la dévotion paroissiale, tout cela aide à faire voir, dans son institution et sa pratique, en même temps qu'un ornement de la piété chrétienne, un remède 1 toujours présent à nos maux et une arme toujours victorieuse contre nos ennemis.Il convient donc, d\u2019après ce que nous venons de dire, et que nous trouvons admirablement énoncé et développé dans les lettres pontificales, que la récitation du chapelet,, formant deux rosaires par semaine, soit maintenue parmi nous en grand honneur.Qu\u2019on la fasse selon l\u2019esprit qui a présidé à osn institution, et selon les traditions si bien gardées par les fils de saint Dominique, et qui sont si propres à écarter la routine en fournissant là la prière elle-même l\u2019alimentation doctrinale qui soutient l'intérêt avec l\u2019attention.Que l\u2019image du Sauveur et que la considération des mystères de sa vie soient toujours présentes durant le Rosaire; 'que les intentions personnelles soient couvertes par celles que nous assigne Notre Saint Père le Pape, et qui ont ce double et sublime objectif de mettre sur pied toute l\u2019armée des fidèles dans le monde entier, de leur faire pousser les mêmes cris de guerre spirituelle dans une même charité, et de les faire combattre ainsi avec le coeur du Christ pour la destruction du mal, la conversion des méchants, le retour des pécheurs, la sanctification des âmes et la glorification de la sainte Eglise.Voillà, m.b.c.f., à côté du 'Tiers-Ordre Franciscain, l\u2019oeuvre non oins admirable du Rosaire accomplie par le fondateur de 1\u2019'Ordre des Frères-Prêcheurs, et comment tous deux, Dominique et François, continuent de vivre et de combattre /à la tête et dans le coeur de leur famille spirituelle.Oes deux ordres, a dit le pape iSixte IV, semblables aux deux premiers fleuves du paradis de délices, ont arrosé la terre de l\u2019Eglise universelle par leur doctrine, par leurs vertus et leurs mérites, et la rendent chaque jour plus fertile i ne 5S i èjjf v' U ai e i sella .kiei LE ROSAIRE 299 et plus 'belle.Et saint Louis, roi de France, disait: \u201cSi je pouvais me partager, je donnerais la moitié de moi-même à sainit Dominique et l\u2019autre moitié à saint François.\u201d Et la sainte Eglise, en nous conviant à la célébration de ce double centenaire, nous invite à partager la double prédilection qu\u2019Elle aussi a de tout temps voué à ceux qui nous ont donné et perpétuent parmi nous le TiérsD'rdre de pénitence et la dévotion du Saint Rosaire.Sur eux et sur vous tous, m.b.c.f., ies plus abondantes bénédictions en notre Seigneur. UNE CAUSE CÉLÈBRE LE PROCÈS TREMBLAY-DESPATIES Le 25 octobre 1904, dans l\u2019église paroissiale 'de Sainte-Victoire de Richelieu, P.Q., devant M.l\u2019aibbé J.-B.Beaudry curé de la paroisse, avait lieu le mariage de Napoléon Tirem-blay, cultivateur, fils- majeur d\u2019Arcade 'Tremblay et Elisabeth Bibaud, et de Malvina Despatie, fille mineure de John Despatie et Sophie Antoya, tous deux de la même paroisse Sainte-Victoire.¦Les époux Tremblay et Despatie étaient parents au quatrième degré de consanguinité en ligne collatérale égale.Or, en 1904, le quatrième degré de consanguinité était encore, d\u2019après le droit canonique, un empêchement dirimant dont il fallait obtenir dispense, sous peine de nullité; les époux Tremblay et Despatie n\u2019ayant pas eu cette dispense, leur mariage était nul.L\u2019époux Tremblay ayant eu, plus tard, connaissance de cet empêchement 'qu\u2019il ignorait au moment de son mariage, s\u2019adressa a l\u2019auitorité diocésaine de Saint-Hyacinthe, pour en faire déclarer la nullité.Le 11 février 4910, 1\u2019Off ici alité diocésaine, représentée par Mgr J.L.Guertin, V.G., siégeant comme juge délégué, assisté de M]M.les abbés L, 0.Roberge, défenseur du lien matrimonial et A.M.Daoust, chancelier, prononçait la nullité du mariage 'Tremblay-Despatie.Le Défenseur du lien trouva la preuve de nullité suffisamment faite, et n\u2019en appela pas.à uin tribunal supérieur 1 : l\u2019affaire était terminée au point de vue ecclésiastique; elle ne le fut pas au point de vue civil.En mai 1910, Napoléon Tremblay demanda à la Cour Supérieure du district de Richelieu la confirmation, au civil, de la nullité de son mariage avec sa cousine Malvina Despatie.Le 4 octobre de la même année, l\u2019LIon.Juge A.A.Bruneau déclarait le mariage Tremblay-Despatie \u201cnul et de nul effet et non avenu, et partant n\u2019ayant aucun effet civil et légal,\u201d parce que, dit le jugement, \u201cla parenté du qua- (i) Conformément au décret du >S.office du 5 juin 1889. UNE CAUSE CÉLÈBRE 801 ï u H 1 \u2022f trième au quatrième degré constituait et constitue encore, vu absence de dispense par Vautorité compétente, un empêchement dirimant.\u201d Le 10 octdbre 1910, Malvina Despatie portait la cause devant la Cour de Revision.Le 20 mars 1911, la 'Oour de Revision, par les Hon.Juges Tait, Fortin et Mercier, \u201cconsidérant que la preuve faite par île demandeur (Tremblay) est i Iléon le et insuffisante, \u2014 le demandeur m'ayant pas prouvé la croyance religieuse de la défenderesse, et n\u2019avant pas légalement prouvé la parenté entre les parties, ni que telle parenté au degré allégué soit un empêchement dirimant d\u2019après les règles suivies dans l\u2019Eglise catholique en l\u2019absence de dispense\u201d annulait le jugement de l\u2019Hon.Juge Bruneau; la cause était renvoyée à la Cour Supérieure pour y être plaidée de nouveau.Conformement là l\u2019ordre de la Cour de Revision, la cause revint devant l\u2019Hon.Juge Bruneau; le 26 juin 1911, l\u2019Hon.Juge, complétant les considérants de son premier jugement, annulait de nouveau le mariage Tremblay-Des-patie: ià cause de la parenté et de l\u2019absence de dispense, de la déclaration de nullité par le tribunal eceléciastique, de la religion catholique des parties, et vu l\u2019article 127 du Code Civil, le mariage était qualifié de \u201cnul et de nul effet et non avenu, et partant n\u2019ayant aucun effet civil et légal.\u201d Z *\t* Le 27 juin 1911, Malvina Despatie inscrivait sa cause devant la Cour de Revision.Le 29 novembre 1912, cette cour, par les Hon.Juges Tellier, Delorimier et Archibald, confirmait le jugement de l\u2019Hon.Juge Bruneau \u201cen tous points\u201d; IHon.Juge Archibald était, toutefois, dissident \u201csur la question de nullité civile.\u201d L\u2019Hon.Juge Delorimier ajouta au jugement des notes qui sont un véritable traité sur le sujet.Le savant magistrat a prouvé solidement la valeur du jugement de la cour ecclésiastique, l\u2019existence de l\u2019empêchement canonique de parenté, et aussi la valeur civile et légale de cet empêchement.Ce dernier point étant l\u2019objet principal du litige, M.Delorimier l\u2019a traité plus longuement.Il a rappelé que nos Codificateurs \u201cn\u2019avaient pas mission de changer la loi de notre Province\u201d, mais \u201cqu\u2019ils devaient la reproduire aussi exactement que possible\u201d ; il a étudié minutieusement les 302 LA REVUE DOMINICAINE circonstances où se trouvaient les Codificateurs, et il a coi cln \u2014 avec la quasi unanimité des juristes canadiens \u2014 qm l\u2019article 127 du code civil \u2014 relatif aux empêchements not expressément nommés par le Code \u2014 \u201cest un article de prm cipe et déclaratoire qui reconnaît comme empêchements le gaux, c\u2019estià-dire valables en droit civil, les autres empêché ments non mentionnés précédemment dans les articles dr -Code, résultant de la parenté ou de l\u2019affinité et d\u2019autre; causes en matière de mariage\u201d; l\u2019Hon.Juge, là l\u2019appui de sa thèse, a reconstitué la longue série des jugements qui la confirment.Ce savant travail restera pour tous ceux qu\u2019in té ressent ces difficiles questions, une source d\u2019utiles et sûrs renseignements.GL\u2019Hon.Juge Archibald a marqué son dissentiment d\u2019avec ses collègues, en quelques phrases où sont indiquées! plutôt que prouvées les raisons de son opinion : les empêchements du Droit Canonique ne sont pas absolus, mais i-elalifs en ce sens qu\u2019ils doivent être déclarés par la cour civile; il n\u2019v a, au Canada, aucune Cour ecclésiastique ayant autorité pour traiter des droits civils parmi lesquels est la validité du mariage; toutes questions de nullité de mariage ne peuvent être déterminées que par les Cours civiles ; en outre, l\u2019on peut se demander si le 'Statut d\u2019Henri VIII déclarant qu\u2019aucun mariage ne sera attaquable pour raison de parenté ! îà moins qu\u2019elle ne soit dans les degrés du Lévitique n7est pas en vigueur dans toutes les parties de l\u2019Empire, et n\u2019a pas été, en fait, introduit au Canada lors; de la Cession.\\n «fS M m 11! I J n I l h lies U', l'J, I r Du jugement de la Cour de 'Revision -Malvina Despatie en appela, le 14 décembre, au 'Conseil Privé 1 ; le 28 mars 1913 la Cour de Révision par les Hon.Juges Tellier, Delo-rimier et Greenshields, et le 12 août le Conseil Privé, accordèrent cet appel.\ty HD !La Demanderesse \u2014 Malvina Despatie \u2014 par ses avo- 1C cats Wainright et 'Cousins, soutenait la validité de son ma- 1 riage avec Tremblay, parce que,\t;fl ^ 1° Ce mariage a été dûment célébré et aucune raison 111, , valable n\u2019a été donnée pour son annulation.'\tJC,, ( i ) Les frais de cet appel au Conseil Privé ont été soutenus par les C OrangMes du Canada, comme il appert de leurs déclarations re- h pétées dans la Sentinel et au Congrès orangiste de juillet dernier.¦C1 UNE CAUSE CÉLÈBRE 303 2° Aucun article du Code Civil ne défend le mariage entre cousins, là quelque degré que ce soit.3° tLes règles de Communautés ecclésiastiques ne sont pas incorporées à la loi de la Province de Québec telle que contenue dans le Code Civil.4° D'après la loi de la Province de Québec, le mariage est seulement un contrat civil.5° iLes empêchements ecclésiastiques dont il est fait mention à l'article 127 du Code civil ne sont pas des empêchements civils.6° Ces empêchements ne sont pas des causes de nullité civile de mariage.7° D\u2019après la loi sur les mariages dans la Province de Québec, il n\u2019y a aucune action en nullité de mariage à cause de l'existence de l\u2019un de ces empêchements (dont parle l\u2019article 127 ).8° Pour les raisons alléguées par l\u2019Hon.Juge Archibald.SA ces raisons, le Défendeur \u2014 Napoléon Tremblay \u2014 par ses avocats Mtres iSaint-Gèrmain et Guérin, opposait les suivantes : 1° Les deux parties appartiennent à la religion catholique romaine, et selon cette religion, un mariage contracté entre cousins au quatrième degré est un empêchement absolu.2° Etant donné que d'après la loi ecclésiastique, un mariage ne peut pas être contracté entre cousins du quatrième degré, l\u2019art.127 du Code Civil doit s\u2019appliquer quant aux effets civils d\u2019un tel mariage.3° Le dit article 127 contient la même restriction que les articles 124, 125 et 126, et en vertu de l\u2019art.14 du Code Civil, cette restriction comporte nullité absolue.1 4° Pour les motifs allégués dans les jugements du Juge Bruneau et du Juge Delorimier.La cause fut appelée devant le Conseil Privé en mai T914.Comme la Cour de Revision avait surtout appuyé son jugement sur l'art.127 du Code Civil, les Lords du 'Conseil Privé lui donnèrent une attention spéciale.(1) Article 14: \u201cLes lois prohibitives empartent nullité, quoiqu\u2019elle ii\u2019y soit pas prononcée.\u201d 304 LA REVUE DOMINICAINE D\u2019après Les Lords, la Cour de Révision aurait considéré \u2022Part 127 comme établissant un droit matrimonial positif.Eux, les Lords, se demandèrent si l\u2019art.127 \u201cne laissait pas la loi sur le mariage non codifiée (uneodified) et ne créant pas un droit nouveau.\u201d Le 23 janvier 1915, ils soumirent leur doute aux parties et demandèrent de reconsidérer la càuse et de la plaider de ce point de vue, \u201ccomme elle aurait été avant le code, et de discuter la loi telle qu\u2019elle existait là cette époque.\u201d Conformément >à cette direction la cause fut complètement refaite.Le jugement final a été rendu le 11 février 1921, par Lord Moulton au nom de ses collègues le Lord Chancelier, Lord Haldane, Lord Cave, Lord Dudenin.A part l\u2019exposé de l\u2019objet du litige et des phases du procès, le jugement peut se résumer comme il suit: L\u2019article 127 1 laisse la loi sur les empêchements entièrement dans le même état \u2014 entirely unchanged.Or, à l\u2019éppque de la codification \u2014 1866 \u2014 qu\u2019était la loi sur les empêchements de mariage?Pour le savoir il faut, avant tout, se rappeler qu\u2019il ne faut pas juger, en cette matière, selon le droit existant avant la conquête anglaise; c\u2019est uniquement des Actes de Capitulation et des Actes du Parlement que sont tirés les droits des catholiques.Or, ces Actes accordent aux catholiques entière liberté de conscience, mais liberté individuelle; \u201cchaque membre de l\u2019Eglise Romaine dans Québec avait- \u2014 de par ces Actes \u2014 les mêmes privilèges que tout autre citoyen.Mais la loi n\u2019a mis sur lui, comme citoyen, aucune juridiction ecclésiastique.Les décisions des cours ecclésiastiques de l\u2019Eglise Romaine le liaient seulement comme affaire de conscience.Les décrets de ces cours n\u2019olbtinrent aucun effet civil.La loi n\u2019empêchait pas la juridiction des cours ecclésiastiques sur leurs membres, aussi loin que des questions de conscience étaient en jeu, mais elle ne leur donna pas d\u2019effet civil.\u201d Jusqu\u2019là la codification, la loi a traité le mariage comme une affaire sociale d\u2019abord, et seulement incidemment comme une affaire religieuse : nulle part la loi ne parle de la religion des personnes À marier; curés catholiques et mi- (i) Art.127: \u201cLes autres empêchements, admis d\u2019après tes différentes croyances religieuses, comme résultant de la parenté ou de l\u2019affinité et d\u2019autres causes, restent sourmis aux règles suivies jusqu\u2019ici dans les diverses églises et sociétés religieuses.\u201d UNE CAUSE CÉLÈBRE 305 nistres protestants ont un égal pouvoir pour solenniser tous les mariages et garder les registres.Quant là la parenté, la loi antérieure à la codification ne contient aucune restriction légale excepté les restrictions du Lévitique, conformément aux lois d\u2019Henri VIII.' 'Conclusion : Comme l\u2019article 127 laisse la loi sur le mariage telle qu\u2019existante avant, la codification, et comme, selon les Lords du Conseil Prié, cette loi antérieure à la codification ne reconnaissait de parenté affectant la validité du mariage que celle mentionnée au Lévitique, et comme les époux Tremblay-Dèspatie ne sont pas parents dans les degrés du Lévitique, il suit que leur mariage, célébré sans empêchement légal, devant un officier compétent, est valide légalement.Tel est le jugement du plus haut tribunal de l'Empire britannique dans la cause Despatie-Tremblay.Hans cet article, nous n\u2019avons voulu qu\u2019en donner le résumé, après avoir rappelé les phases de ce procès désormais célèbre.Vous essaierons, plus tard, d\u2019en dégager quelques conséquences.Fr.AFG.LEDUC, O.P.¦\u2014i\u2014ni\u2014 i- UNE PAGE D\u2019ÉVANGILE LE PAIN DE VIE (Saint Jean, ch.VI).'Quelques pages d\u2019Ëcriture Sainte tous les jours, c\u2019est la délicieuse pratique des1 âmes pieuses, et les habitués des retraites fermées, en ont pris et repris la ferme résolution.Et pourtant que de fois dans ces bibles le signet a dormi plus de vingt-quatre heures entre les mêmes feuillets.L\u2019homme d\u2019action allait s\u2019y mettre quand on a frappé, la gourmandise spirituelle a poussé cette fois l\u2019âme contemplative à laisser là le livre des Nombres ou des Paralipomènes pour relire l\u2019un des entretiens de Jésus, son sermon sur la montagne, celui du pain de vie ou celui de l\u2019adieu après la cène.Faudrait-il condamner quand l\u2019intention est si bonne.et du coup ne pas pouvoir inviter ces âmes /à faire leur écriture sainte, une fois en passant, dans ta Revue dominicaine ?Une pareile intransigeance nous paraît bien gênante.Nous invitons donc tous les pratiquants de la page d\u2019Ecriture Sainte, et tous les autres ià relire avec nous le discours du iSauveur Jésus sur le pain de Vie (iS.Jean, ch.VI.) La beauté et l\u2019importance de ce discours sont connues, mais peut-être trop vaguement.Une nouvelle lecture plus appliquée fera voir comment le Maître a préparé ses auditeurs, comment ces derniers sont tour à tour exaltés et froissés par les promesses de Jésus, comment Jésus tire parti de leur état d\u2019âme pour passer d\u2019une partie à l\u2019autre de son discours en suivant une marche rigoureusement progressive, comment enfin il affirme et développe sa doctrine, et quelle doctrine?Préparation des auditeurs.\u2014L\u2019Evangile de Saint Jean est le seul qui rapporte le discours du Sauveur après la multiplication des pains, et il laisse l\u2019impression que ce miracle est accompli pour attirer des auditeurs et pour les préparer ià entendre la doctrine du pain eucharistique.La veille Jésus laisse Capharnaum où il a guéri quelques malades et traverse avec ses disciples le lac de Tilbériade.Un grand nombre de personnes le suit, soit en traversant le lac,, soit en le contournant à pied. UNE PAGE D ÉVANGILE\t307 II pouvait y avoii cinq mille personnes, dit l'évangéliste, et ce devait être pour la plupart des étrangers qui se rendaient à Jérusalem pour célébrer la Pâque.Apercevant tout â coup cette grande multitude, Jésus se préoccupe, où achèterons-nous du pain pour tant de personnes?Le récit des synoptiques introduit cette même difficulté du repas beaucoup plus, naturellement.'Ce sont les disciples qui, les premiers, se préoccupent de la foule, ils veulent la congédier puisque ila nuit approche.Ici, au contraire, ils ont ià ï résoudre le grand problème posé par Jésus Lui-même.C\u2019est là un bel indice que iSaint Jean suit ici sa propre tradition.iSur l\u2019ordre du Maître, les disciples font asseoir tout le monde par groupes, et ils Lui apportent les cinq pains qu^Andre- a vus dans la corbeille de l\u2019un des petits vendeurs.Alors le Maître, vrai père au milieu de ses enfants, bénit solennellement les pains et les fait distribuer.Les disciples peuvent en donner là tout le monde et plus qu\u2019il n\u2019en est besoin, car les restes remplissent douze corbeilles.Par ce miracle Jésus a con'quis l\u2019âme de la multitude.Dans son enthousiasme, elle veut l\u2019entraîner là Jérusalem pour le proclamer \u2018Roi Messianique, c\u2019est le sens imposé par l\u2019article que porte la version grecque, article remplacé dans notre version par une majuscule.Jésus connait leur intention et se retire vers la montagne.Dans le récit des synoptiques, avant de s\u2019éloigner Jésus donne l\u2019ordre à ses disciples de l\u2019attendre à Bethsaïde Julias, (x) ici les disciples semblent interpréter son intention.Domine la nuit approche et qu\u2019il ne paraît pas, les disciples se décident à traver- Éser sans plus attendre.\u2018Cette traversée est pénible, la mer soulevée par le vent les oblige à ramer de toute force.Arrivés au milieu, ils voient venir Jésus marchant sur les f lots.Re le reconnaissant pas bien ils eurent peur.Jésus s\u2019approche, les rassure, prend place dans la barque et aussitôt elle touche le rivage de Capharnaum.10e deuxième et même ce troisième miracle était en faveur -des disciples.Le lendemain, c\u2019est Ile jour du sermon.Les juifs restés de l\u2019autre côté du lac et les nouveaux arrivés de Câ-pharnaum attendent et cherchent Jésus.On se souvient d\u2019avoir vu la veille une seule barque avec laquelle les disci- (1) S.Marc, VI, 45, Comment.M.J.Lagrange, O.P. 308 LA REVUE DOMINICAINE pies sont partis, on en conclut qu\u2019il est retourné là pied, et on décide d\u2019allier.le rejoindre là 'Oapharnaum.La multitude arrive donc, et sans plus de difficulté trouve Jésus.Le Maître a devant lui l\u2019auditoire qu\u2019il a préparé, et II est invité là parler par la question immédiatement posée: quand donc es-tu venu ici?ISans répondre à cette question Jésus commence son sermon.Pour le Lien comprendre nous devons le diviser en trois parties imposées là la fois par le ton solennel des propositions principales: je suis Ile pain de vie, V.35-41-51, et aussi par les états d\u2019âme successifs des auditeurs.Jésus oppose d\u2019abord au pain matériel un pain spirituel, V.26 à 34, Il dit ensuite que ce pain c\u2019est Lui-même qu\u2019il faut s\u2019assimiler par la foi, V.34 et 48, et enfin ce pain, c\u2019est l\u2019Eucharistie qu\u2019il donnera au monde, V.48-59.I.\u2014Le pain matériel et le pain spirituel.\u2022 V.26.En vérité, en vérité je vous dis, vous me cherchez, non parce que vous avez vu des miracles, mais parce que vous avez mangé de ces1 pains et que vous avez été rassasiés.V.27.Tâchez d\u2019acquérir non la nourriture périssable, mais la nourriture qui subsiste en la vie éternelle, celle que le Fils de l\u2019homme vous donnera ; car c\u2019est Lui que le Père, Dieu, a marqué de son sceau.V.28.Ils lui dirent donc: Que devons-nous faire pour accomplir les oeuvres de Dieu ?V.29.Jésus répondant, leur dit: [L\u2019Oeuvre de Dieu c'est que vous croyiez en celui qu\u2019il a envoyé.V.30.Ils lui dire alors: Qeul signe fait-tu donc, pour que nous croyions en toi?qu\u2019opères-tu?y.31.Nos pères ont mangé de la manne dans le désert, comme il est écrit, il leur donna à manger du pain venu du- ciel.y.32.Jésus leur dit: En vérité, en vérité je vous dis ce n\u2019est pas Moïse qui vous a donné du pain venu du ciel, mais mon Père vous donne le vrai pain célleste.y.33.iCar le pain de Dieu c\u2019est celui qui descend du ciel et donne la vie au monde.On aura remarqué qu\u2019au lieu de répondre familièrement tà la question des juifs, quand es-tu venu ici?le Maître prend le ton solennel pour leur reprocher de ne pas chercher UNE PAGE D EVANGILE 309 dans les signes, (lies miracles) la foi, mais bien plutôt le pain dans les signes.Il vous faut travailler, continue-t-il, ¦à- acquérir non la nourriture matérielle, mais celle qui demeure et que le Fils de l\u2019homme vous donnera.-C\u2019est pour cela que le Père Lui rend témoignage par des signes.Sans se demander ce que pouvait être cette nourriture éternelle, les juifs exaltés par cette promesse s\u2019abandonnent à l\u2019impulsion du moment et demandent à Jésus, ce qu'il faut faire pour acquérir pareille nourriture.Croire en 'Celui que Dieu a envoyé voila l\u2019oeuvre à accomplir, leur dit Jésus.Le Maître exige la foi en Lui, les juifs de leur côté exigent des signes.Faut-il être si surpris, et faut-il croire que la générosité des juifs est si vite épuisée?Il est (bien vrai qu\u2019ils viennent d\u2019être témoins d\u2019un miracle, la multiplication des pains, mais si vraiment Jésus de bTazareth est le Messie que Dieu a envoyé, et par conséquent supérieur à Moïse, Il doit aussi donner des signes plus grands.Or Moïse a fait descendre la manne du ciel pendant quarante ans, et Jésus n\u2019a encore fourni la nourriture qu\u2019une seule fois.-Saisissant bien leur pensée, le Christ en profite pour arriver là ùson but, mettre en lumière la distinction entre le pain matériel et le pain spirituel.Oui vos pères ont mangé la manne dans le désert mais ce n\u2019est pas Moïse qui leur a donné le pain du ciel.' iC\u2019est donc Dieu, durent penser les juifs.Mais mon Père, continue Jésus, vous donne le vrai pain du ciel.Le pain de Dieu est celui qui descend du ciel et qui donne la vie au monde.Remarquons toutes les oppositions.Le pain spirituel est le vrai pain céleste, c\u2019est donc que la manne n\u2019est qu\u2019une figure; Dieu vous a donné la manne, dlle a cessé de descendre du ciel, au contraire le pain proposé, Dieu vous le donne, donc actuellement et continuellement,.puisqu\u2019on ne voit pas de terme final.Ce sens du don actuel et continuel est encore imposé par le verset suivant, le pain de Dieu est celui qui descend du ciel.Un dernier caractère du pain spirituel, c\u2019est qu\u2019il donne, non pas la vie matérielle, mais la vie éternelle, et de plus il la donne au monde, ià tout le monde, c\u2019est une nouvelle opposition ià la manne qui a été donnée aux juifs seuls.Les juifs ont compris quelque chose là cette distinction et à la supériorité de ce nouveau pain, mais si peu encore qu\u2019ils demandent au Maître, comme la samaritaine ennuyée BIO LA REVUE DOMINICAINE de venir puiser l\u2019eau tons les jours, (Seigneur donnez-nous toujours de ce pain.II \u2014 Le vain de vie c\u2019est Jésus Lui-mème qu\u2019il faut s\u2019assimiler par la foi, V.34 à V.48.V.34.Ils Lui dirent donc : (Seigneur donnez-nous toujours de ce pain là.' Y.35.Jésus leur dit: C\u2019est- moi qui suis le pain de vie; celui qui vient là moi n\u2019aura jamais faim, celui qui croit en moi n\u2019aura jamais soif.V.36.Mais je vous l\u2019ai dit, vous m\u2019avez vu et vous ne croyez pas.V.37.Tout ce que le Père me donne là Moi, et celui qui vient à Moi, je ne le repousserai point.V.38.'Car je suis descendu du ciel pour faire, non ma volonté mais lia volonté de jCelui qui m\u2019a envoyé.Y.39.Or la volonté de 'Celui qui m\u2019a envoyé c\u2019est que je ne perde rien de tout ce qu\u2019il m\u2019a donné, mais que je le ressuscite au dernier jour.Y.40.'Car telle est la volonté de mon Père, que' quiconque voit le Fils et croit en Lui ait la vie éternelle, et que Je le ressucite au dernier jour.Y.41.Or, des juifs murmuraient (à son sujet, parce qu\u2019il avait dit : O\u2019est moi qui suis le pain de vie descendu du ciel.Y.32.Et ils disaient: n\u2019est-ce pas Jésus, le fils de Joseph, dont nous connaissons le père et la mère?Comment donc dit-il: je suis descendu du ciel?Y.43.Jésus répondit et leur dit: (Ne murmurez pas entre vous.Y.44.(Nul ne peut venir ià Moi, à moins que le Père, qui m\u2019a envoyé, ne l\u2019attire, et Moi je le ressuciterai au -dernier jour.Y.45.Il est écrit dans les Prophètes: ils seront tous instruits par Dieu.(Quiconque a entendu le Père et est Instruit par Lui vient >à Moi.Y.46.NTon que quelqu\u2019un ait vu le Père; il n\u2019y a que Celui qui vient de Dieu qui a vu le Père.Y.47.En vérité en vérité, je vous dis, celui qui croit a la vie éternelle.C\u2019est grâce à une équivoque que les juifs ont si bien écouté Jésus, ils espéraient une espèce de Manne.Et voi- UNE PAGE D\u2019ÉVANGILE 311 ce 'que Jésus ne leur permet plus, de s\u2019exalter dans cette folle espérance.Il leur a parlé d\u2019une nourriture spirituelle et II n\u2019a pas été compris.Il va leur dire maintenant en quoi consiste cette nourriture.Elle n\u2019est certainement pas celle que les juifs attendent, Jésus ne craint pas de les contrarier.C\u2019est Moi qui suis le pain de vie, dit-il, celui qui vient ià Moi n\u2019aura plus faim, et celui qui croit en Moi n\u2019aura plus jamais soif.'C\u2019est comme s\u2019il disait: Vous me demandez de vous donner toujours le pain dont je vous parle, eh 'bien, Je suis ce pain, venez là Moi par la foi, et vous aurez ce que vous désirez, vous n\u2019aurez plus jamais faim.Les juifs sont certainement déçus et contrariés, car Jésus ajoute: Je vous l\u2019ai déjià dit, que vous ne croyez pas en Moi même après avoir vu mes miracles.Cela n\u2019empêche pas, continue-t-il, que l\u2019oeuvre de mon Père s\u2019accomplît toujours, ceux qui croient en Moi reçoivent la vie éternelle.Les Juifs ont cessé d\u2019écouter Jésus.Les versets suivants sont comme une digression, c\u2019est plutôt un entretien intime avec les disciples, et le verset 41, murmurabant Judaei exprime bien le terme d\u2019un mouvement d\u2019opposition.Cet imparfait indique, à n\u2019en pas douter, que l\u2019opposition date de plus loin.Les Juifs ne veulent pas croire que Jésus est le pain de vie.Ils connaissent ses parents, comment peut-il bien dire qu\u2019il est descendu du ciel?Cessez ces discours, répond Jésus, vous ne pouvez pas comprendre.Il ne suffit pas d\u2019écouter, la foi est un don de Dieu.Jésus condamne ici leurs objections, il les excuse de ne pas croire encore, et II réaffirme la nécessité de la foi: Je vous le dis, celui qui croit en Moi possède la vie éternelle.'Si le discours finissait ici, que serait le pain de vie?Pas autre chose que Jésus Lui-même qu\u2019il faut s\u2019assimiler par la foi.La foi en Jésus, en son oeuvre, en sa doctrine, voilà le principe de la vie éternelle.[Remarquons que dans cette partie il n\u2019est fait mention nulle part de manducation et partout d\u2019adhésion de foi.Mous ne pouvons donc pas dire que, dans cette partie du discours le pain de vie est spécialement le pain eucharistique, c\u2019est plutôt l\u2019ensemble des dons surnaturels, y incluse l\u2019Eucharistie, dont Jésus est le principe et auxquels nous participons par la foi.III \u2014 Le pain de vie c\u2019est VEucharistie.V.48-59.Y.48.C\u2019est Moi qui suis le.pain de vie. 312 LA REVUE DOMINICAINE V.49.Vos pères ont mangé la manne dans le désert et ils sont morts.V.50.Tel est le pain descendu du ciel, que celui qui en mange ne meurt pas.V.51.Je suis le pain vivant, qui est descendu du ciel ; si quelqu\u2019un mange de ce pain, il vivra éternellement ; et le pain que Je donnerai pour la vie du monde, «c\u2019est ma chair.V.52.Cependant les Juifs discutaient entre eux disant : comment peut-il nous donner sa chair là manger ?V.53.Jésus leur dit: en vérité, en vérité Je vous dis, si vous ne mangez la chair du Fils de l\u2019homme et si vous ne buvez son sang, vous n\u2019aurez pas la vie en vous.V.54.Celui qui mange ma chair et boit mon sang à la vie éternelle, et Je le ressusciterai au dernier jour.V.55.Car ma chair est une vraie nourriture et mon sang un vrai breuvage.V.56.Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en Moi et Moi en lui.V.57.De même que le Père, qui est vivant, m\u2019a envoyé, et que Je vis par le Père, de même celui qui me mange vivra par Moi.V.58.Tel est le pain descendu du ciel, non pas comme les pères l\u2019ont mangé, lesquels sont morts; celui qui mange ce pain vivra éternellement.Je suis le pain de vie; V.48.C\u2019est la reprise du thème général auquel le Christ veut donner son plein développement.La procédé est encore plus soigné, si l\u2019on peut dire, Il y a une gradation continue dans la dlarté de l\u2019expression.Jésus s\u2019identifie de nouveau avec le pain de vie, Y.48, ce pain doit être mangé, Y.51, ce pain n\u2019est pas autre chose que sa chair, Y.52.En tête de chacun de ces développements nous pouvons mettre l\u2019idée sous une forme concise.Jésus est le pain de vie, et II l\u2019oppose à la manne qui venait aussi du ciel mais qui n\u2019a pas produit la vie éternelle, vos pères ont mangé la manne et ils sont morts; II l\u2019oppose encore à ce pain merveilleux que les Juifs espéraient il y a un instant, Je suis le pain qui descend du ciel et qui est déjà descendu du ciel; à l\u2019incarnation du Yefbe se trouve ainsi lié le don du pain de vie.Arrive ensuite une idée nouvelle, la nécessité de manger ce pain pour avoir UNE PAGE D\u2019ÉVANGILE 313 la vie éternelle.Les V.5 0 et 51 F exposent- sous une belle forme symétrique.§V.50.\u2014l.'Tel est le pain 2.'Qui est descendu du ciel 3.Que celui qui en mange ne meurt pas.V.51.\u20141.Je suis le pain vivant 2.Qui est descendu du ciel 3.Si quelqu\u2019un mange de ce pain ill vivra éternellement.Enfin nous arrivons au vrai tournant de ll\u2019identifica-tion de Jésus avec le pain Eucharistique: (Le pain que Je donnerai, c\u2019est ma chair et pour la vie du monde.Impossible de ne pas voir ici une allusion là la mort sur la croix.Dans cette phrase se trouvent comprises la promesse du pain Eucharistique et la prédiction de la passion sans qu\u2019il y ait équivoque car l\u2019Eucharistie est, en même temps qu\u2019un sacrement, un sacrifice véritable, un mémorial de la mort de 1ST.IS.Jésus-Christ.Les Juifs comprennent qu\u2019iil s\u2019agit d\u2019une manducation réelle et des murmures désapprobateurs ils passent à une bruyante discussion, Liiigabant Judaei ad invicem.Comment peut-il nous donner sa chair à manger ?IS\u2019il s\u2019agissait là de quelque symbole, le Christ selon son habitude expliquerait la métaphore mal comprise, ici au contraire II répète son affirmation sans mitiger les termes, bien plus, il ne craint pas d\u2019accentuer la difficulté et le scandale des Juifs: si vous ne mangez la chair du Fils de l\u2019homme et si vous buvez son sanig vous n\u2019aurez pas la vie éternelle.Au sentiment d\u2019horreur instinctive qu\u2019éveille l\u2019idée de boire du sang- humain, s\u2019ajoute pour les Juifs la conscience d\u2019une grave violation de la (Loi mosaïque.Et le Christ affirme quand même sa pensée sous une forme qui ne souffre aucune interprétation métaphorique, \u2014boire son sang \u2014 Sa chair est une vraie nourriture son sang un vrai breuvage.iL\u2019effet de cette alimentation, c\u2019est encore la vie éternelle, mais c\u2019est plus précisément de faire vivre de la vie même de Jésus \u2014 celui-là vit en Moi et Moi en lui.De même que, comme Fils, Je vis par mon Père, de même celui que me mange vit par Moi et ill vit éternellement.Le sens eucharistique de cette dernière partie du discours est indiscutable: non seulement les exégètes catholiques, mais des protestants comme Godet et Zahn reconnais- 314 LA REVUE DOMINICAINE sent -qu\u2019il y a ici, au moins, une annonce prophétique de l\u2019Eucharistie entendue 'à leur manière.Pour Loisy également, c\u2019est le pain eucharistique qui est l\u2019objet de cette pieuse méditation du chap.VI de'Saint Jean.Pour nous, catholiques, le sens eucharistique de ces versets ne saurait être mis sérieusement en question puisque le témoignage de la tradition est unanime à 11\u2019affirmer, et puisque le concile de Trente énumère quelques uns de ces textes avant de formuler ses canons contre les négateurs de la présence réelle.Du reste, familiarisés comme nous le sommes, depuis toujours, avec ces idées pourtant sublimes, il ne nous vient même pas à la pensée de dire au !Maître comme les disciples: duras est hic sermo, ces paroles sont bien difficiles à croire et qui peut les comprendre ?Remercions donc Dieu du don de la foi, et de nous -donner de pouvoir lire avec édification ces paroles que quelques-uns des -disciples n\u2019ont pu entendre de la bouche même de Jésus sans être froissés jusqu\u2019au point d\u2019abandonner leur bon maître.fr.Gonz.PROIILX, O.P. DANS LA PROVINCE MORT DU R.P.HEBERT Couvent de Notre-Dame du Rosaire St-Hyacinthe 25 août 1921 Mon Très Révérend Père, Un télégramme nous annonce le décès du R.P.Barthélémy Hébert, arrivée hier en notre maison vicariale de Lewiston.Nous nous ferons un pieux devoir d\u2019acquitter au plus tôt les suffrages qui lui sont dus.Le P.Hébert naquit le 9 mai 1874, là 'Ste.Angèle de Laval, et reput ]e lendemain la grâce du saint baptême.Sa famille s\u2019étant établie ià Bécancour, c\u2019est dans cette paroisse 'qu\u2019il grandit jusqu\u2019au jour où ses parents lui assurèrent- le bienfait de solides études classiques au séminaire de Nicolet.¦Son cours terminé, pour répondre là l\u2019appel de Dieu, le jeune homme se présenta ià notre noviciat, où il reçut l\u2019haibit de ISt-Dominique avec le nom de fr.Barthélémy, le 26 août 1894.Un an plus tard, il émettait entre les mains du T.R.P.Duchaussoy, prieur, les voeux simples et perpétuels de sa première profession religieuse, et commençait au couvent de iSt-Hyaointhe le cours d\u2019études qu\u2019il devait terminer là Ottawa en 1901.Déjà depuis le 21 mai 1899 il était prêtre, ayant reçu l\u2019onction du sacerdoce des mains de Mgr Decelles, coadjuteur du vénérable Mgr Moreau.Dès qu'il eût quitté le couvent d\u2019études, le P.Hébert fut appliqué au ministère paroissial, auquel il devait rester -attaché ià peu près toute sa vie; car, sauf un rapide séjour dans l\u2019ouest et un autre au couvent de Québec, il remplit constamment les fonctions de vicaire d\u2019abord à Pall-River, puis là Lewiston de 1903 là 1911, et enfin en quittant Québec en 1912, de nouveau là Lewiston, où il vient de terminer sa carrière.Souvent il exerça en même temps et avec soin les charges de bibliothécaire et de sacristain. 316 LA REVUE DOMINICAINE tSon ministère n\u2019eut rien d\u2019éclatant aux yeux des hommes, mais n\u2019en a-t-il pas été que .plus fécond aux regards de Dieu ?C\u2019est au service des âmes, dans les paroisses confiées à l\u2019Ordre, qu\u2019il s\u2019est constamment dépensé, et a-vec une prédilection marquée pour les pauvres, les humbles et les petits.Des grandeurs de ce monde ne l\u2019attiraient pas, et demeuraient sans prestige (à ses yeux.Ouvrier actif et dévoué, il fut à son poste au confessional, en chaire, au catéchisme et auprès des malades:, aussi longtemps que sa santé le lui permit.Possédant un esprit clair, subtil et chercheur, le P* avait plus de promptitude à saisir la vérité que de facilité là l\u2019exposer.'Comme il voyait juste et vite, la solution d\u2019un cas de conscience, fut-il compliqué! En chaire sa parole brève, précipitée, souvent originale et pittoresque, pouvait \u2018manquer d\u2019élégance et d\u2019ampleur oratoire, elle restait toujours riche de substantiel enseignement, et portait \u2022dans les intelligences la lumière de la doctrine évangélique.Pendant de nombreuses années, en plus de son travail \u2022courant, le P.Hébert s\u2019imposait la tâche quotidienne de préparer aux étudues classiques des jeunes gens qui manifestaient quelque inclination pour le sacerdoce.Tous les jours il les réunissait pour les initier, avec une rare patience, aux éléments des langues anciennes.'Cette classe constituait ce que plaisamment il appelait son université.De cette université sont dejlà sortis plusieurs prêtres, et d\u2019autres encore, étudiants aujourd\u2019hui, en sortiront demain.Il y a\" un an ià peine le Père avait la consola tion d\u2019assister à la première messe de l\u2019un de ses anciens élèves et de donner le sermon de circonstance.iCes beaux résultats attestent l\u2019esprit de foi et l\u2019amour de l\u2019Eglise qui animait ce religieux.Bien qu\u2019il fût doué d\u2019une forte constitution, \u2014 qu\u2019il ne sut pas toujours ménager, \u2014 il nous quitte, jeune encore, au moment où parvenu à la maturité de l\u2019âge, et plus maître de ses moyens d\u2019action sacerdotale, il aurait pu se dévouer longtemps et avec une fécondité croissante aux oeuvres confiées â son zèle.Frappé depuis des années de .la maladie qui devait l\u2019emporter, le Père n\u2019en continua pas moins l\u2019accomplissement de son ministère dans la me- DANS LA PROVINCE 317 sure de ses forces.Toutefois, vers le mois de mai, par suite d\u2019une recrudescence du mal, il dut renoncer ià tout travail.Il espérait qu\u2019un repos de quelques semaines lui rendrait sa vigueur disparue.Vain espoir?!Son état ne fit que s\u2019aggraver.Le 17 juillet le médecin crut prudent de faire administrer son malade menacé du coma.C\u2019est avec une parfaite résignation à la volonté du bon Dieu que le Père reçut l\u2019extrême onction et le viatique selon les cérémonies traditionnelles de l\u2019Ordre.Les quelques jours qu\u2019il devait encore passer sur la terre furent remplis d\u2019une grande paix, provenant d\u2019une confiance absolue en la miséricorde de Dieu et d\u2019un complet détachement de tout ce qui aurait pu lui tenir au coeur ici-bas.Même jusqu\u2019à la fin, il a conservé une certaine allégresse spirituelle qui fit l\u2019édification de tous ceux qui en furent les témoins.Ses restes reposeront dans notre cimetière, où tant de fois, au jour de sa jeunesse religieuse, il pria pour nos défunts, qui l'ont précédé en ce lieu de repos, et où tous attendent, nous en avons le ferme espoir, la gloire de la bienheureuse résurrection.Puissent-il, grâce à nos suffrages en cette année du septième centenaire de la mort de St-Do-minique, posséder bientôt, s\u2019ils n\u2019en jouissent déjà, la béatifiante vision de Dieu.Puissent-ils, groupés autour.de notre Père commun, intercéder pour leurs frères de la terre, et obtenir du maître de la moisson qu\u2019il daigne envoyer prochainement de nombreux et valeureux ouvriers pour combler les vides causés dans nos rangs par leur départ, et pour continuer, en les développant, les oeuvres de salut auxquelles ils ont consacré leur vie et qui leur ont valu l\u2019éternelle récompense.Veuillez agréer, mon Très Révérend Père, l\u2019assurance de mon affectueux dévouement en VAS.et (Saint-Domi- nique.fr.Raymond-Marie ROULEAU\u201d Prov.des fr.Prêcheurs. RECENSION CYTHARISTA MARIAE.Le \u201cChantre de Marie\u201d, c\u2019est ainsi que Ton a appelé Saint-Bernard, et je ne trouve pas de meilleur titre ià donner à ce billet, qui voudrait parler d\u2019un livre Canadien qui vient de parraî-tre, et de l\u2019auteur de ce livre, en dépit de la modestie qui Ta empêché de parler une seule fois de lui-même, dans ces trois cents pages de récits consacrés à faire connaître : \u201cLes bontés de Marie\u201d.(Librairies Granger et Notre-Dame.) Evidemment, il s\u2019agit là d\u2019un livre pieux, et je suis bien obligé d\u2019en avertir le lecteur frivole.s\u2019il en est qui.lisent ces lignes.Mais il aurait tortt de s\u2019enfuir pour échapper à quelque ennuyeux sermon ; rien de moins ennuyeux que cette oeuvre d\u2019une missionnaire dominicain né homme d\u2019esprit, ce qui ne s\u2019acquiert pas, et devenu homme d\u2019expérience à parcourir le continent en prêchant de la voix et de la plume.Et je trouve que ce n\u2019est pas avoir tellement forcé le compliment que de l\u2019avoir désigné, comme on Ta fait déjà, sous l\u2019appellation flatteuse d\u2019être un peu beaucoup le \u201cPierre l\u2019Ermite\u201d Canadien ; et moi qui me vante l\u2019honneur d\u2019aimer personnellement, et depuis dix ans, l\u2019éminent curé-écrivain de la Butte Montmartre et de la plaine Monceau, je réponds que ce n\u2019est pas à tout le monde que j\u2019accorde pareil certificat de valeur apostolique et littéraire.Le Père H.Couture, dominicain, \u201cj\u2019ignorais son nom, sa naissance\u201d jusqu\u2019au jour tout récent où son livre me fut mis entre les mains ; je ne connais pas beaucoup davantage l\u2019artiste excellent, M.A.Bourgeois, qui a fait les illustrations avec un soin que Ton devine pieux autant que professionnel.Je suis donc à Taise pour saluer cette oeuvre et son mérite, je dirais, caché sous le sucre, Car il y a beaucoup de sucre, d\u2019érable évidemment, autour de ces tranches de pain cuit au four le plus franchement canadien.Mais il est grand temps d\u2019imiter la franchise de notre auteur, et de dire eans cérémonie sur quoi il a fait ce livre.Il Ta fait sans le faire exprès, en collaborant à une revue pieuse, il faut bien que je l\u2019avoue, mais ces récits de grâces signalées obtenues par des pécheurs ou des affligés sont racontés avec unie telle bonne humeur, une atmosphère de \u201cchez nous\u201d les éntoure tellement on s\u2019y promène en tant d\u2019endroits familiers de notre Canada \u2014 voire des \u201cPetit Canada\u201d de la République voisine \u2014 que c\u2019est comme les beaux cantiques que Ton chantait autrefois, hélas, dans nos églises, et que la musique en est au moins aussi belle que les paroles.Eh oui, on va partout, avec le Père Couture, et ce n\u2019est pas lui qui se gênera pour emmener son lecteur, par exemple, jusque dans l\u2019enceinte impressionnante de la prison de Bordeaux, notre \u201cMonument national\u201d, comme ont dit des loustics.Mais voyons plutôt un peu la table des matières: \u201cA la prison de Bordeaux \u2014 Aux Incurables : la moitié du diable \u2014 Un curé au clair de la RECENSION 319 lune.\u2014 En Acadie.\u2014 Les lépreux de Tracadie.\u2014 L\u2019eczéma des danseuses.\u2014 Au lupanar.\u2014 Sainte-Marie fâchée.\u2014 La bête à Manchester, etc., etc.J\u2019en ai passé les deux tiers, cherchant partout l\u2019histoire qui se passe au Lac Saint-Jean, à la Trappe de Mistassini, où notre auteur a fait des découvertes qui ont échappé à l\u2019auteur de \u201cMaria Chapdelaine.\u201d Voyons comment il raconte : \u201cVous m\u2019en croirez difficilement peut-être, mais j\u2019ai rencontré au fond du Lac Saint-Jean, des moineaux\u201d d\u2019une espèce rare.__ ?\u2014Des moineaux blancs et des moineaux bruns.Si vous poussez une pointe de ce côté-là, ne manquez pas d\u2019aller les voir.Par exemple, laissez votre mousquet à la porte du monastère.Les chers \u201cmoineaux\u201d ne sont que de délicieux petits moines de la Trappe de Mistassini.Des amours de moinillons, dans leur tunique blanche ou bruine ; on les appelle aussi oblats, ou mieux petits oblats ; il sont une trentaine, je pense, des adolescents de douze à quinze ans, presque des enfants au coeur viril ; ces Eliacins de la vie cistercienne \u2014 la plus austère de toutes \u2014 s\u2019entraînent ici, dans cette solitude absolue, aux rudes pénitences de la Trappe.et si vous voyiez ces mines épanouies, toutes de sourires et de santé, avec un air de satisfaction qui n\u2019est pas une mauvaise annonce pour leur état de vie ; on dirait une volière de ' colombes et de tourterelles.Et que répondent-ils an monde qui voudrait les plain-' dre?\u201cC\u2019est mon plaisir à moi de ne pas parler ; c\u2019est mon plaisir à moi de me lever la nuit pour aller chanter dans une chapelle ; c\u2019est mon plaisir de ne pas faire ma volonté et d\u2019obéir à une cloche.\u201d Et ils ajoutent plus loin :\t\u201c Avec Marie, le calvaire de- vient un paradis de délices, et notre vie cistercienne un \u201cAve Maria\u201d d\u2019une beauté sans égale.\u201d Et notre auteur raconte ensuite une conversion obtenue dans les environs par les prières de ses moinillons ; un vieil Européen rénégat depuis quarante ans ramené à la foi de son enfance et guéri physiquement du même coup.Pas un miracle, mais.Le livre du Pèère Couture n\u2019est qu\u2019une enfilade, disons mieux, un chapelet véritable d\u2019anecdotes où les \u201cbontés de Marie\u201d nous sont contées dans la langue la plus savoureusement canadienne, comme celle de \u201cPierre l\u2019Ermite\u201d est toujours aimablement française et souvent savoureusement parisienne, deux idiomes qu\u2019il importe de ne pas confondre.Aussi bien en citant quelques lignes sur les jeunes moines de Mistassini n\u2019ai-je pas choisi la meilleure histoire, mais seulement celle qui se passe en mon pays, et je le regrette un peu, car il en est de plus frappantes.Celle, par exemple, qui se déroule en ce triste endroit qu\u2019on nomme lupanar, et que le Père ne craint pas d\u2019appeler par son nom et de décrire autant qu\u2019il le faut pour la nécessité du récit très touchant qu\u2019il y situe obligé par la vérité; car rien d\u2019imaginaire ne s\u2019est glissé dans ce livre, et tout ce qu\u2019on y apprend est arrivé vraiment de franche vérité.Aussi s\u2019êmeut-on profondément à la pensée de la pauvre jeune fille des campagnes, emmenée dans un mauvais lieu par une proxénète, et que sa candide piété seule a sauvée du péril navrant qu\u2019elle courait.C\u2019est là une page que même les indifférents, les \u201cmonsieur tout-le-monde\u201d voudront lire, et qui leur fera du bien au coeur comme une bouffée venue d\u2019un lilas en fleur.Et puis, l\u2019hospice des Incurables, de Montréal?Qui de nous, pauvres citadins, n\u2019a frissonné d\u2019inquiétude et de compassion, en passant là où ne se 320 LA BEVUE DOMINICAINE trouvent que des malades qui ne guériront pas?Comme on doit, pensons-nous, y pleurer, y réclamer la vie à grands cris désespérés ! Eih Lien, allez-y voir, avec le Père Couture pour guide et compagnon.La vie naturelle règne là comme ailleurs mais la vie-surnaturelle y est bien plus ardente, plus pleine, plus mouvementée aussi.Pensez qu\u2019il y vient de temps en temps quelque dur à cuire courtisant l\u2019impénitence finale, seule cauchemar des bonnes Soeurs, la seule plaie purulenite qui leur fasse mal au soeur.Et c\u2019est alors un duel passionnant entre le chapelet et.les \u201csacres\u201d, entre la Vierge, salut des infirmes de l\u2019âme, et le \u201ccoeur noir\u2019 dont la dureté afflige toute la pauvre communauté, malades et religieuses, jusqu\u2019à ce qu\u2019à force de pénitences \u2014 des tuberculeuses qui se privent, Dieu clément, de leur piqûre de morphine ! \u2014 on ait obtenu le miracle ardemment imploré, et que soudain, sane sollicitations, à propos de rien, le vieux sacripant objet de tant de prières secrètes, se réveille à trois heures du matin, appelle comme si le feu était à ses draps, cogne du poing sur la table, invective l\u2019infirmier comme aux heures de pansement, et réclame un prêtre par le plus court chemin.Dormez en paix, malades et petites Soeurs inquiètes ; le \u201cvieux Bonjour\u201d, comme on l\u2019appelait avec de saintes colères, fera comme les autres et mourra en bénissant la main de Dieu et de sa sainte Mère; et tout le monde sera heureux.aux Incurables.Cytharista Mariae, chantre de Marie, et vous aussi, monsieur Bourgeois, pour ces dessins qui vous font doublement honneur, c\u2019est plus qu\u2019une oeuvre littéraire et artistique que vous nous donnez là, c\u2019est une bonne action dont vous remercieront tous ceux, fort nombreux, qui voudront entendre parler par vous de Celle à laquelle nous devrions penser toujours, que nous ne connaissons pas assez, et qui n\u2019en répand pas moins sur nous des grâces précieuses et maternelles, ce dont nous sommes généralement, pour parler un peu comme vous, mon Père, trop (bêtes pour nous apercevoir.E B La \u201cPatrie\u201d, 10 août 1921 (itpi U t* Superiorum permissu De licentia Ordinarii "]
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