Voir les informations

Détails du document

Informations détaillées

Conditions générales d'utilisation :
Protégé par droit d'auteur

Consulter cette déclaration

Titre :
Revue dominicaine
Éditeur :
  • St-Hyacinthe :Couvent de Notre-Dame du Rosaire,1915-1961
Contenu spécifique :
Janvier
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Rosaire
  • Successeur :
  • Maintenant
Lien :

Calendrier

Sélectionnez une date pour naviguer d'un numéro à l'autre.

Fichier (1)

Références

Revue dominicaine, 1922-01, Collections de BAnQ.

RIS ou Zotero

Enregistrer
[" IIAiiO NUMÉRIQUE Première(s) page(s) manquante(s) ou non numérisiée(s) Veuillez vous informer auprès du personnel de BAnQ en utilisant le formulaire de référence à distance, qui se trouve en ligne : https://www.banq.qc.ca/formulaires/formulaire reference/index.html ou par téléphone 1-800-363-9028 Bibliothèque et Archives nationales Québec EJ ES ES ES Revue Dominicaine ( Autrefois le \u201cRosaire\u201d) Publiée mensuellement XXVIIIe ANNÉE 1922 Souvent de Notre-Dame du Rosaire Saint-Kl?acinthe IMPRIMATUR : A.-X.Epus Saneti Hyaeinthi A NOS ABONNÉS Sam modifier autrement son programme, la Revu© dominicaine inaugure Vannée nouvelle avec un format augmenté de moitié.Ce changement devra lui permettre d\u2019étendre un peu sa chronique, de produire plus souvent sa rubrique des Consultations, et surtout.de donner plus d\u2019ampleur à certains articles de fond.De même elle prétend, par une application renouvelée, s\u2019adapter de mieux en mieux à vos naturelles exigences, vous qui êtes son unique raison d\u2019être.Un bon nombre parmi vous, dans cette montée du savoir et cette diffusion de l\u2019esprit critique qui caractérisent notre époque, sentent le besoin de penser leur foi religieuse, avant d\u2019en faire la base éprouvée de leur espérance et le ressort intime de leur vie.Quelques-uns nous surprennent vraiment: ils entendent qu\u2019on leur dise sans fatras le dernier mot de la science sur tel et tel point d\u2019exégèse ou cVhis toire.Nous voulons contenter d\u2019abord cette portion de notre clientèle.Qu\u2019on veuille bien, par un retour logique, endurer le sérieux de nos thèses, se résigner parfois à des nouveautés solides et saines, et surtout ne pas trop é car quitter les yeux, quand on croise ici des notions qui traînent les manuels depuis vingt ans.Grâce à Dieu, ce périodique n\u2019en est plus à démontrer son attachement aux doctrines fixes de l\u2019Eglise.Un autre groupe,\u2014si tant est qu\u2019on puisse grouper nos lecteurs,\u2014préfère d\u2019instinct ou par formation les portraits que dessine un moraliste et les récits où une verve colorée soutient l\u2019intérêt sans nuire à l\u2019édification.Ceux-là daigneront nom pardonner quelques mois d\u2019oubli par le passé et compter à l\u2019avenir sur une attention plus régulière.Même des ententes sont acceptées, qui nous permettront d\u2019offrir des sujets spéciaux, utiles au public féminin.Nul doute, chers abonnés, que tom vom saurez répondre à ce nouvel effort par votre sympathie morale et par une générosité qui se croirait offensée, si le produit intellectuel, à l\u2019encontre des denrées physiques, vous était sans cesse offert au rabais.Nous avons eu la Semaine du livre canadien; plus lents qu\u2019un libraire dans nos opérations, nom demandons que 1922 soit VAnnée de la revue canadienne.Fba Domeîtico.Revue Dominicaine-, Janvier 1922. LES CONSEQUENCES D\u2019UN JUGEMENT (TREMBLilY-DESPATIE) Le 11 février 1921, le 'Conseil Privé d\u2019Angleterre jugeait la cause Tr emblay-Despatie.Napoléon 'Tremblay avait épousé Malvina Despatie dans la province de Québec, en 1904.Les époux étaient parents nu quatrième degré de consanguinité en ligne collatérale égale, mais ils l\u2019ignoraient lors de leur mariage.Or, en 1904, la parenté à ce degré était encore, dans l\u2019Eglise catholique, un empêchement dirimant; les époux Tremblay et Despatie n\u2019en ayant pas obtenu dispense, leur mariage était nul, comme le déclara l\u2019Officialité diocésaine de 'Saint-Hyacinthe.Au civil, la Cour Supérieure de iSorel (juge Pruneau), en 1911, et la Cour de Révision de Montréal (juges Tel-lier, DeLorimier et Archibald, celui-ci dissident), en 1912, déclarèrent également la nullité de ce mariage: ce sont ces deux jugements des cours québécoises que le Conseil Privé a renversés, en déclarant, le 11 février dernier, la validité du mariage Tremblay-Despatie.* * * Le jugement du Conseil Privé a eu, au Canada, un retentissement considérable: les protestants s\u2019en sont réjouis comme d\u2019une victoire due \u2018à leurs efforts incessants; (1) les catholiques, en particulier ceux de la province de Québec, s\u2019attristent d\u2019une solution qui \u201caccentue déplorable-ment l\u2019écart entre le droit ecclésiastique ét le droit civil\u201d, (2) et qui les prive de ce qu\u2019ils n\u2019ont cessé, depuis longtemps, de regarder comme un droit acquis et reconnu.L\u2019importance accordée 'à ce jugement n\u2019est pas exagérée: elle est proportionnée à l\u2019extrême gravité de ses con- (1)\tRésolution du Synode de Hamilton, le 11 octobre 1921: \u201cThe Synod rejoices that by a recent decision of the Privy Council.the highest court in the Empire, thanlcs to the persistent efforts of the Orange Order, the legality of such marriages is once more confirmed.\u201d Dans le Citizen d\u2019OttaWa, 12 octobre.(2)\tL\u2019Hon.Sénateur T.Chapais dans Revue Canadienne, mars 1921, p.231.at co: Ai:; ) im Dan nab: 4 it he lié 111 ad ii a ii iprs < renté a real é re ¦ a fust; 'hit k LES CONSÉQUENCES D\u2019UN JUGEMENT 5 séquences.Ce sont quelques-unes de ces conséquences que nous voudrions signaler dans les pages qui suivent.ÜSTous ne parlons que des conséquences générales; calquant à la cause elle-même, le jugement du 11 février n\u2019a pas eu d\u2019effet pratique, les époux Tremblay et Despatie ayant contracté un mariage valide devant l\u2019Elglise catholique, le 9 août 1920.1° Une première conséquence, la plus directe et la plus immédiate, c\u2019est un changement substantiel dans le droit matrimonial de la province de Québec.Dans la cause Tremblay-Des-patie, il s\u2019agissait d\u2019un empêchement de consanguinité au quatrième degré, entre catholiques; la parenté, à ce degré, n\u2019est pas nommément et explicitement mentionnée comme empêchement, au Code civil: le Code (art.124) statue l\u2019empêchement de parenté en ligne directe, l\u2019empêchement en ligne collatérale et l\u2019affinité au premier degré\u2014frère et soeur\u2014(art.125), au second degré\u2014oncle et nièce, tante et neveu\u2014(art.126).Mais l\u2019article 127 dit: '\u201cLes autres empêchements, admis d\u2019après- les différentes croyances, comme résultant de la parenté ou de Vaffinité et d\u2019autres causes, restent soumis aux règles suivies jusqu ici dans les diverses églises et sociétés religieuses.Il en est de même quant au droit de dispenser de ces empêchements, lequel appartiendra tel que ci-devant, ià ceux qui en ont joui dans le passé\u201d.Jusqu\u2019au jugement de février dernier, les juristes de Québec avaient vu, dans ce texte de l\u2019article 127, l\u2019équivalent d\u2019une mention explicite des empêchements de chaque croyance religieuse; ils b inter prêtaient comme la reconnaissance des empêchements religieux soit de l\u2019Eglise catholique, soit des autres croyances religieuses, ils se disaient que le Cède n\u2019a pu, par cet article, n\u2019avoir en vue que la reconnaissance ià chaque église de ses empêchements, qu\u2019une telle mention était inutile, que les diverses croyances religieuses n\u2019avaient que faire de la permission de la loi civil pour établir des empêchements religieux.Pour la parenté, l\u2019article 127 dit expressément que les empêchements,\u2014autres que ceux des articles 124, 125, 126, \u2014restent soumis aux règles suivies jusqu\u2019à la codification.et il ajoute qu\u2019il en est de même pour les empêchements rê- 6 LA REVUE DOMINICAINE sultant d\u2019autres causes.Or, disaient les juristes, jusqu\u2019à la codification de 1866, ces empêchements\u2014de parenté et d\u2019autres causes'\u2014ont été reconnus par les lois civiles de Québec, parce que ces lois ne sont autres que les lois françaises d\u2019avant la conquête, rétablies en 1774, lesquelles acceptent les empêchements religieux.'Donc, concluaient-ils, qu\u2019il s'agisse de parenté, de clandestinité, d\u2019Ordres sacrés, de profession solennelle, ou d\u2019autres causes, dès lors qu\u2019une croyance religieuse quelconque les regarde comme empêchements, le Code civil les .accepte comme tels.(3) Leur opinion paraissait fondée: elle s\u2019appuyait sur des déclarations explicites des 'Codificateurs; ceux-ci, en effet, dans leur rapport officiel, disaient au sujet de l\u2019article lia du titre du mariage, lequel est devenu l\u2019article 127 : (4) \u201cIl est, dans la ligne collatérale, comme résultant de la parenté et de l\u2019affinité, d\u2019autres empêchements qui ne sont pas d'un caractère général, mais applicables seulement aux membres des églises ou congrégations religieuses qui les admettent, comme faisant partie de leurs croyances; telle est la parenté au degré de cousins germains et autres degrés plus éloignés, dans lesquels le mariage est défendu d\u2019après la doctrine de l\u2019Eglise catholique, quoiqu\u2019il ne le soit pas d\u2019après celle dos églises protestantes.Cette espèce d\u2019empêchement ne pouvant être réglée par des dispositions générales, a dû être laissée soumise aux règles suivies jusqu ici par les différentes églises qui la reconnaissent.\u201d (5: Conformément à cette opinion, une jurisprudence s\u2019est établie: \u201cjusqu\u2019en 1901, des tribunaux de la province de (3)\tVoir l\u2019admirable plaidoyer de l\u2019Hon.P.B.Mignault devant la Cour Suprême, en 1912, dans Reports of the Supreme Court, vol.46, no 2, p.245.-\u2014- Le Droit Civil canadien, du même, vol.1.p.358.\u2014 Du Mariage (cause Kaplan-Goldstein) de l\u2019Hon.\u2022T.A.A.Brun eau, p.14.\u2014 Les notes de l\u2019Hon.juge DeLorimier dans la cause T r en î Ida y-De sp a tie, dans le Record of Proceedings pour le Conseil Privé, p.112.\u2014 Questionnaire annoté du, Code Civil, de Bawdry, vol.1.p.177.\u2014 Cours de Droit Civil de Lange-lier, vol.1, p.251.\u2014 Commentaires sur le Code Civil, de Loran-ger, vol.11.p.164, no 152.\u2014- Code Civil annoté, de J.Beauchamp, sur l\u2019art.127.(4)\tDans la rédaction définitive de l\u2019article 127, les Codificateurs ont mis \u201cautres causes\u201d au lieu de \u201cau degré de cousins germains et autres degrés\u201d qu'ils avaient rédigé auparavant, \u201cin order to remove all doubt .as to the intention to leave the subject in the same state.\u201d \u2022 (5)\tRapport des Codificateurs, vol.1, p.178. LES CONSÉQUENCES D\u2019UN JUGEMENT 7 ;k-les î1' I rlA Québec, présidés indistinctement par des juges anglais et protestants ou par des juges Canadiens-français et irlandais les catholiques, n\u2019ont jamais mis en doute l\u2019étendue de l\u2019article 127.\u201d (6) Depuis 1901, malgré des tendances contraires, (7) la jurisprudence québécoise a conservé cette orientation.(8) lOertes, nous ne prétendrons pas que les tenants de l\u2019o-pu i pinion contraire (9) aient été dépourvus de science légale, ef: mais les patrons de l\u2019opinon traditionnelle (10) n\u2019en ont pas, non plus, manqué.Et d\u2019ailleurs, il n\u2019est pas indifférent, croyons-nous, que pendant cinquante ans, une inter- -prétation et une jurisprudence se soient établies dans un certain sens: juristes et magistrats ont eu et conservent un avantage considérable visi-à-vis du droit de Québec : de formation et de mentalité françaises, ils sont incontestablement des mieux préparés là comprendre et là interpréter le droit français qu\u2019est le Code civil de Québec.Malgré cela, le Conseil Privé a pris parti contre l\u2019opinion traditionnelle; il a déclaré que l\u2019article l'27 n\u2019a pas incorporé au Code civil les empêchements canoniques, mais a \u201cseulement conservé à chaque confession religieuse le droit de reconnaître les empêchements existant selon ses croyances.\u201d Par conséquent, en vertu du jugement du Cou- le 11 foi k us Itf (6)\tBruneau, Bu Mariage, p.13.(7)\tJuge Archibald dans la cause Delpit-Côté (deux catho-iques devant un ministre protestant).\u2014 Juge Charbonneau dans a cause Hébert-Clouâtre (deux catholiques devant un ministre pro-estant).\u2014 Juges Davies, Idington, Duff (pour le même cas que es deux précédents).(8)\tJuge Bruneau dans la cause Manègre-Laferrière (paren-é du troisième au quatrième degré entre catholiques).\u2014 Juge ïV.Mercier dans la cause Lorange-Lauzon (parenté du quatriè-ne au quatrième degré entre catholiques).\u2014 Juge Bruneau dans a présente cause, et juges Tellier et DeLorimier également dans bette cause.\u2014 Juge Bruneau dans la cause Kaplan-Goldstein K empêchement, chez les Juifs, entre un rabbin et une femme divorcée).(9)\tLes juges Archibald, Charbonneau, Davis.Idington.uff; les avocats Lafleur et Nesbitt (devant la Cour Suprême en r912) Wainright (au Conseil Privé) Brousseau (dans cette cause, lour Supérieure et de Révision.) (10)\tLes juges Rolland, Jettê, Polette, Badgley, Bertheiot, bourgeois.Mathieu, Charland, Curran, Lemieux, Mercier, Bru- J ieau, Tellier.DeLormier, Anglin ; le juge E.Lafontaine (dans la °réface de l\u2019ouvrage du juge Bruneau) ; les avocats P.B.Mi-Jiault, Hellmuth, Geoffrion, St-Germain, Lefebvre, et tous ceux [ui ont plaidé cqs causes ou écrit sur ce point de droit. 8 LA REVUE DOMINICAINE seil Privé, tous les empêchements qui ne sont pas expressément mentionnés aux articles 124, 125, 1126 du Code civil de Québec, n\u2019ont aucune portée civile, qu\u2019il s\u2019agisse de parenté, d\u2019Ordres, de voeux, de clandestinité ou de toute autre cause.:Oe qui donne sa gravité ià cette déslsiion, c\u2019est qu\u2019elle est définitive : aux degrés inférieurs de la justice, le perdant a toujours la ressource de l\u2019appel; elle ne reste plus à qui perd devant le tribunal suprême.L\u2019on admet de plus en plus que les décisions d\u2019un tribunal supérieur, lient les tribunaux inférieurs; plus le tribunal est élevé, plus ses décisions s\u2019imposent aux autres; quant il est suprême, son autorité est finale: le principe jugé est jugé irrévocablement.(11) D\u2019où, en vertu du jugement de février dernier, et malgré l\u2019enseignement et la jurisprudence contraires des juristes de Québec, les empêchements, non explicitement reconnus par les articles 124, 125, 126 du Code civil, n\u2019existent pas au civil.Aucun tribunal ne peut, désormais, rendre un jugement en sens contraire, sans avoir la certitude de le voir renversé en appel.Seule, la législature de Québec a autorité pour changer la loi.II0 :r.'f j, A! il mari ut, ci f De ce changement opéré dans le droit matrimonial de la province de Québec par le jugement du Conseil Privé, découlent plusieurs conséquences graves.Et tout d\u2019abord, il y a l\u2019amoindrissement du caractère religieux du mariage.Pour tous les chrétiens!, le mariage est un sacrement; chez tous les peuples, le mariage a été regardé comme une chose sainte; le Christ l\u2019a élevé à la dignité de sacrement produisant la grâce, à tel point qu\u2019entre les chrétiens, le contrat, (12) dans le mariage, s\u2019identifie avec le sacrement.Parce que cependant, le mariage a des effets dans la vie civile, l\u2019on parle quelquefois de contrat civil; mais le contrat et le lien nés du consentement matrimonial, ne se divisent pas en religieux et civils.Il n\u2019y a qu\u2019un maj riage, celui qui se contracte par le consentement exprime dans les conditions requises par l\u2019autorité religieuse com- (11)\tRevue Trimestrielle Canadienne, sept.1921, art.Au-torité des Arrêts, par M.P.B.Mignault.(12)\tLe contrat dont il est question ici n\u2019est pas la convention matrimoniale passée devant notaire, mais le contrat résultant du consentement.At pfSj ij ¦1 ill! - üoni ait; le i Asü t (13) i (ki .(15) s LES CONSÉQUENCES D\u2019UN JUGEMENT 9 pétente; avant ce consentement, il n\u2019y a pas mariage; tout consentement subséquent ne peut affecter la validité du mariage déjà contracté par le consentement.L\u2019Etat peut bien déclarer qu'il accepte les conditions imposées par l\u2019autorité religieuse pour la validité du mariage, mais il n\u2019en peut imposer de partieulères, contraires, ià celles-là.Il ne peut faire la validité ou l\u2019invalidité du mariage, hors le cas du mariage des infidèles envers lesquels il supplée l\u2019autorité religieuse.Dans les pays où l\u2019esprit chrétien imprègne la législation, ces principes sont reconnus.'Malheureusement, ces pays se font rares: presque partout, s\u2019établit le mariage civil obligatoire ou facultatif; ce n\u2019est plus devant l\u2019autorité religieuse que s\u2019opère cette chose sainte qu\u2019est le consentement de mariage, mais devant un fonctionnaire civil.Heureusement, au Canada, nous n\u2019en sommes pas encore là; nous n\u2019avons pas le mariage civil; (13) plaise à Dieu que nous ne l\u2019ayons jamais.Dans Québec plus particulièrement, jusqu\u2019il ce jugement, le mariage était considéré comme religieux: l\u2019article 127 était censé accepter au civil tous les empêchement religieux; et l\u2019article 129 était interprété comme exigeant la présence du prêtre catholique pour le mariage des catholiques; d\u2019où l\u2019on inférait que \u201c les dispositions de notre Code civil sur le mariage, et notamment celles, de l\u2019article 127, lui donnent le même cachet religieux que dans l\u2019ancien droit.\u201d (14) * * * Le Conseil Privé, dans son jugement de février, porte atteinte à ce caractère religieux du mariage d\u2019après le Code Bas-Canadien.Déjà, cette tendance sécularisatrice s\u2019était affirmée dans le jugement de l\u2019Hon.juge Archibald dans la cause Delpit-Côté : \u201cle mariage avait été considéré comme un contrat civil, et la célébration religieuse comme l\u2019accessoire de ce contrat, et il avait été décidé que lorsque le mariage est civilement invalide, lel lien religieux disparaît également.\u201d 'Le Conseil Privé accepte ce point de vue en (13)\tDuvic, O.M.I.Le Mariage, p.32.(14)\tBruneau, Du Mariage, p.vt.(15)\tCité dans les Notes du juge Delorimier dans Record of Proceedings, p.122. 10 LA REVUE DOMINICAINE déclarant que par l\u2019art.1>2;7 les empêchements religieux ne sont pas civils, et que l'article 129 exige la présence non d\u2019un prêtre, mais de l\u2019officier autorisé à garder les registres de l\u2019état civil.Au surplus, le jugement dit expressément : \u201cIn the Cède, mariage is treated as an act of civil statusou encore: \u201cthe law concerned itself primarily with marriage as hearing on social status, and only incidentally with any religious Questions\u2019'.De la au vrai mariage civil, il n'y a qu'un pas: puisse-t-on ne jamais le franchir! III0 En outre, par ce jugement, selon la parole déjà citée de M.le 'Sénateur Dhapais, s\u2019accentue Vécart entre le droit civil et le droit ecclésiastique.Déjà le Code, sur certains points; concernant le mariage, n\u2019était pas complètement conforme au droit canonique: l\u2019article 117 restreignait l\u2019empêchement dirimant d'impuissance à l\u2019impuissance apparente et manifeste, et n\u2019accordait l\u2019action en nullité sur ce sujet que pour les trois ans qui suivent la célébration du mariage, tandis, pu en droit canonique, l\u2019impuissance antérieure au mariage et absolue, dirime de droit naturel, ce mariage.(16) De plus, l\u2019article 119 prohibe le mariage des mineurs sans le consentement des parents ou (art.2l2) sans le consentement du tuteur.Or, d\u2019après le droit canonique, le mariage des mineurs est valide.( 17 ) Des divergences étaient dans l\u2019ancien droit et les Commissaires de la codification les conservèrent.Dependant, nous savons qu\u2019un grand soin fut pris d\u2019éviter de nouveaux sujets de conflits, et de laisser à chaque croyance, \u201cla jouissance de ses usiages et pratiques\u201d.Don ne saurait trop méditer les déclarations explicites des; Codificateurs: \u201cIl y a des différences qui sont le résultat de nos circonstances et de notre état social, empêchant l adoption sur le sujet du mariage de regies uniformes applicables à tous les habitants de\u2019 la province, où se rencontre un nombre si varié d\u2019usage, de religions et d\u2019associations re- (16)\tCodex Juris Canonici, canon 1068.(17)\tCodex, can.1067.\u2014 Le Gode déclare valides les mariages célébrés après l\u2019âge de 16 ans pour l\u2019homme et de 14 ans pour la femme.\u2014 Le droit antérieur au Gode portait 14 et 12 ans.i le ¦n h 1 S ¦Si V l'êià 1 arri ui %i LES CONSEQUENCES D\u2019UN JUGEMENT 11 îigieuses ayant des coutumes et pratiques différentes\u2019\u2019.(18) C\u2019est dans cet esprit qu\u2019ont été codifiées les lois civiles de Québec.* * * [Le jugement du Conseil Privé détruit, dans une large proportion, cette oeuvre d\u2019harmonie entre les deux pouvoirs, principalement en ce qui concerne l\u2019Eglise catholique.Désormais, les catholiques, les protestants, les jujfs peuvent être liés par des empêchements dirimants de mariage dans leur église, le pouvoir civil n\u2019en aura cure; qu\u2019il s\u2019agisse de parenté, de clandestinité, d\u2019Ordres sacrés ou de voeux solennels, peu importe; qu\u2019un baptisé épouse une non-baptisée (disparité de culte), qu\u2019un rabbin juif épouse une divorcée, qu\u2019il y ait empêchement de rapt (19) ou de crime; (20) tous*ces mariages nuis dans la religion catholique ou juive, sont valides pour le pouvoir civil, s'ils ont été contractés devant un officier\u2014de quelque culte que ce soit\u2014autorisé à garder les registres de l\u2019état civil ; selon leur religion, les époux, dans ces conditions, vivent en concubinage et les enfants sont illégitimes; tandis que d'après la loi civile, les époux ont une situation régulière et les enfants sont légitimes; d\u2019après leur religion, les époux ainsi en marge de la loi de l\u2019Eglise, sont indignes des sacrements, et les enfants sont frappés des incapacités attachées à l\u2019illégitimité, tandis que d\u2019après la loi civile, époux et enfants jouissent de tous les droits.IC-ette situation est spécialement grave dans le cas des catholiques : ils sont l\u2019immense majorité de la population de Québec, et ils se trouvent, du fait de cet écart entre' la loi civile et la loi religieuse, dans un état plus pénible.Car s\u2019il arrive, comme dans le cas Tremblay-Despatie, qu\u2019ils soient liés par un empêchement ignoré au moment du ma- (18)\tRapport .des Codificateurs, p.174 du vol.1.(19)\tL\u2019empêchement de rapt consiste en ceci que l\u2019homme qui enlève une femme en vue du mariage ne peut la marier tant qu\u2019elle est en son pouvoir.\u2022\u2014 Canon 1074.-\u2014 L\u2019article 148 du Code civil parle bien de rapt, mais non exactement dans le sens du code canonique.(20)\tL\u2019empêchement de crime consiste en ce que ceux qui, durant un mariage légitime, ont commis l\u2019adultère avec promesse de mariage futur, ou encore ont tué le conjoint innocent, ne peuvent se marier après la mort de ce conjoint innocent.\u2014 Can.1075. 12 LA REVUE DOMINICAINE ri age, l\u2019Eglise annulera leur mariage lorsque ^empêchement sera connu.Si, de 'bon gré, ils renouvellent leur consentement, tout sera réglé; mais, s\u2019ils refusent, ils deviennent suspects; ils sont liés au civil, ils sont libres de- vant l\u2019Eglise.C\u2019est assez dire quels troubles dans les familles et quels conflits politico-religieux peuvent naître de la solution donnée au procès Tr emblay-L) espatie.(21) YI° De la décision du Conseil Privé changeant notre droit matrimonial découle aussi Vamoindrissement du caractère français des lois civiles de Québec- ^En effet, c\u2019est en, vertu du droit français que, jusqu\u2019ici, les légistes de Québec avaient réclamé la reconnaissance par le Code, des empêchements ecclésiastiques; ils raisonnaient comme ^ il suit : Le Code civil\u2014et spécialement Varticle 127\u2018\u2014n\u2019est que déclaratoire du droit antérieur; le Conseil Privé lui-même a déjà reconnu ce principe: \u201cTheir Lord-ships are of opinion that for the law which obtains in Lo-wer-Oanada, they ought to look in the first instance to the aval code of that Province, which is admitted to be, ivhen the contrary is not expressed, declaratory only of the law as it previously existed(22) Et dans la cause Despatie-Tremblay elle-même, le Conseil Privé a dit: \u201cArticle 127 simply expresses the intention to effect no change in the law as then existing\u201d.Or, continuaient les légistes, avant le Code, le droit civil de Québec était le droit français: en effet, Louis XIV, en 1663, avait impose la Coutume de Paris, et les1 autorités de la colonie avaient fait des ordonnances: ainsi s\u2019était établi en la Xouvelle-France, le droit civil français.Or.ce droit français, supprimé par proclamation de 1763, (23) avait été solennellement garanti par l\u2019Acte de Québec de 1774 qui avait explicitement révoqué et annulé la procla- im (21)\tSeuls les Quakers ont eu la prudence ide faire décréter par la loi que leurs seuls mariages valides seront ceux qui auront été célébrés \u201caccording to the rites, usages and customs.\u201d (23 Met.ch.11, Canada).(22)\tSir James Colville, cité dans Bruneau, Du Mariage, p.24.(23) Shortt et Doughty, Documents Constitutionnnels, vol.1, p.96 (1ère edition). / LES CONSÉQUENCES D\u2019UN JUGEMENT 13 mation de 1763.(24) Et depuis lors, malgré des attaques (25) ce droit français est resté, avec la langue française et la religion catholique, l\u2019un des éléments caraetér istiques de la nationalité c an a d ien n e-fr a nç a i se.(26 ) Donc, concluaient les légistes, le Code civil de Québec est.du droit français.Et cette conclusion s\u2019affermissait dans leur esprit quand ils lisaient le préamibule de l\u2019Acte de Codification: \u201cConsidérant que les lois du Bas Canada, en matière civile, sont principalement celles qui à Vépoque de la Cession du pays à la Couronne d'Angleterre, étaient en force dans cette partie de la France, régie par le Coutume de Paris,\u201d etc.Or, reprenaient les légistes, d\u2019après les lois civiles françaises, les empêchements canoniques étaient reconnus au civil.Donc, ces empêchements doivent être reconnus également d\u2019après le Code civil de Québec.On le voit, l\u2019argumentation des légistes s\u2019appuyait sur le maintien des lois civiles françaises dans Québec.Ee jugement du Conseil Privé amoindrit cet aspect français des lois de Québec: du fait qu\u2019il n\u2019accepte pas la conclusion des légistes de Québec sur l\u2019incorporation dans le Code, par l\u2019article 127, des empêchements canoniques, il attaque le principe même de leur raisonnement, c\u2019est-à-dire le maintien des lois civiles françaises : car, encore une fois, c\u2019est de ces lois françaises qu\u2019ils tiraient l\u2019équivalence des empêchements.Au reste, les juges du 'Conseil Privé, dans les considérants même du jugement, manifestent clairement leur pensée.Ils admettent bien que l\u2019article 127 n\u2019est que déclaratoire du droit antérieur; mais, précisément, le droit antérieur sur ce point est, d\u2019après eux, non pas ce qui a pu exister avant la conquête, mais ce que la Cession du pays à l\u2019Angleterre et les Actes postérieurs ont déterminé.Car, dans cet article 127, il s\u2019agit de connaître la situation des diverses dénominations religieuses devant la loi, et dans la (24)\tDocuments Constitutionnels, vol, 1.p.380.\u2014 Voir J.Riddell, dans Canadian Historical Review, septembre 1921.(25)\tPerrault, A.Pour la défense de nos lois françaises, p.46.(26)\tPerrault, A.IUd, p.4, \u2014 Lemieux (Hon.R.) Origines du Droit Franco-Canadien, p.390. 14 LA REVUE DOMINICAINE K cause présente, celle des catholiques.Or, cette situation est non pas ce qu\u2019elle a pu être sous le régime français, mais ce que l\u2019Angleterre l\u2019a faite.La conquête de 1760 nous a placés sous une nation protestante; et les incapacités qui frappaient les catholiques d\u2019Angleterre auraient atteint les catholiques du 'Canada, sans la liberté religieuse accordée par les Capitulations, l\u2019Acte de Cession, et les Constitutions postérieures!.Et cette liberté, c\u2019est une liberté purement individuelle; chaque individu est libre de professer la religion catholique, mais l\u2019IEglise catholique n\u2019a pas de privilèges, hormis ceux qui pourraient lui être expressément reconnus.Par conséquent, le catholique peut tout aussi bien ne pas professer que professier sa religion ; l\u2019Eglise peut bien faire des règlements internes pour ses membres; elle peut établir des empêchements à leurs mariage: tel est le sens de l\u2019article 127, mais c\u2019est affaire aux membres d\u2019observer ou non ces empêchements ; dès lors que ces catholiques n\u2019ont pas l\u2019un des empêchements expressément reconnus pas le C'ode, le pouvoir civil les tient pour véritables époux.Or, dans le cas présent, les époux Tremblay-Despatie ne sont pas parents aux degrés prohibés par les articles 124, 125, 126; donc, quelle que soit la loi ecclésiastique, puisque ces époux ont été mariés par un officier compétent, leur mariage est valide.C\u2019est l\u2019antithèse de ce que soutenaient les légistes de Québec; ceux-ci inféraient l\u2019incorporation des empêchements canoniques dans le 'Code civil de ce que la foi française, garantie par l\u2019Acte de 1774, les reconnaissait: le Conseil Privé, au contraire, refuse d\u2019admettre- comme source d'interprétation en cette matière, ce qui s\u2019est passé avant la conlquête; l'article 127 ne déclare que le droit antérieur depuis la conquête.En fait, c\u2019est un amoindrissement considérable du patrimoine français que les légistes de Québec n\u2019avaient cessé de considérer comme solidement pos- sédé.V° De F un des considérants du jugement du Conseil Privé se dégage une autre constatation: l\u2019affirmation du principe de Vinterprétation judiciaire des lois diaprés le texte meme des lois. LES CONSEQUENCES D\u2019UN JUGEMENT 15 Dans la cause Tremblay-Despatie, comme d\u2019ailleurs dans la plupart des causes et des éitudes relatives à l\u2019article 127 du Gode civil de Québec, l\u2019un des arguments les plus utilisés a été l\u2019intention des Codificateurs et des Législateurs; il semblait que d\u2019après le préambule de l\u2019Acte ordonnant la codification, et d\u2019après de rapport officiel des codificateurs, ('27) L\u2019intention fût manifeste de reconnaître les empêchements canoniques.D\u2019ailleurs, dans les grandes causes religieuses ou nationales qui furent objet de litige, et que l\u2019on porta juss qu\u2019au Conseil Privé, ce fut toujours, de la part des défenseurs de ces causes, l\u2019un des grands motifs d\u2019espoir que l\u2019exposé de l'intention des législateurs; il semblait, à lire les discours des hommes politiques qui discutèrent de nos droits et qui firent les constitutions ou les lois, que l\u2019on fût en droit de faire état de leurs déclarations, et même de leurs engagements, pour réclamer ce qui ne paraissait qu\u2019équitable.* * * Déjià, cependant, le Conseil Privé avait refusé d\u2019accepter ce point de vue : dans la cause des écoles du Manitoba, en 1895, il avait dit:\t\u201cIt may be that those who were acting on behalf of the Roman Catholic community in Canada, and those who either framed or assented to the wording, of that enactment were under the impression that its scope was wider, and that it afforded protection greater than their Lordships held in the case.But such considerations cannot properly influence the judgment of those who have judicially to interpret a statute.The question is not what may he supposed to have been intented, hut what has been said.\u2019\u2019 (28) Dans la cause des écoles d\u2019Ontario (règlement XVII, en novembre 1916,) le Conseil Privé avait également adopté le même principe d\u2019interprétation.(29) Dan® cette cause-ci, le jugement est aussi formel: \u201cIf it were permissible to regard the intentions of the codifiers as expressed by their reports.but this is a dangerous and doubtful proceeding, and their Lordships decline (27)\tNous avons cité plus haut ces textes.(28)\tLaw Reports, House of Lords,\u2019 appeals, 1895, p.216.(29)\tLaw Reports, 1917, p.74. 16 LA REVUE DOMINICAINE to adopt it.The proper course is to look at the article itself.We can only regard what is embodied in the language of the article.\u201d Doue, selon le 'Conseil Privé, c\u2019est le texte, la lettre même du Code qu\u2019il faut considérer, et non pas Vintention des Codificateurs^ Et de cela une conclusion se dégage: puisque, d\u2019une part, les jugements du Conseil Privé sont définitifs; puisque, d\u2019autre part, il ne juge que d\u2019après le texte de la loi, il ne faut réclamer auprès de ce tribunal, que ce qui est garanti par un texte de loi; exiger davantage serait s\u2019attirer certainement une sentence défavorable positive, et compromettre des réclamations auprès des législateurs.Te pouvoir législatif peut amender, préciser, déclarer, ou même changer une loi onéreuse, anbiguë ou injuste; le Conseil-Privé ne fera jamais autre chose que dire ce qu\u2019est telle ou telle loi.* * * Telles sont quelques-unes des conséquences de ce jugement mémorable: changement considérable dans le droit matrimonial de la province de Québec, amoindrissement du caractère religieux du mariage, écart plus accentué entre la législation civile et la législation ecclésiastique, amoindrissement du caractère français des lois civiles de Québec, affirmation du principe de l\u2019interprétation judiciaire d\u2019après le texte même des lois.Il ne nous appartient pas de prononcer sur la valeur intrinsèque de ce jugement: mais ses conséquences sont telles qu\u2019elles ne peuvent manquer de frapper tout homme qui s\u2019intéresse aux choses de sa nationalité et de sa religion.Fr.Aug.Leduc, O.P. NOTES SUR UN COURS ROMAIN (') LE PARACLET, AVOCAT DE LA CAUSE CHRÉTIENNE Et quand le Paraclet sera venu, Il convaincra le mom de de péché, de justice et de jugement.(IS.Jean, XVI, 8).Tout de long de l'entretien après la Cène, le Maître présente alternativement à ses disciples la perspective de leurs prochaines souffrances, et celle de leurs consolations intimes et des promesses de secours, à h annonce de son dé-\u2022 part imminent succède la promesse de la paix du coeur et des douceurs dans le ciel- Il va les laisser, mais ils ne seront pas comme des orphelins, sans protecteur; le monde va les maltraiter, mais iis auront un défenseur, le Paraclet; viendra la grande lutte, mais :1e Paraclet fera triompher la cause chrétienne.Quand il sera venu, il convaincra le monde de péché, de justice et de jugement.L\u2019oeuvre de l\u2019Esprit ISaint est présentée ici comme un réquisitoire qui condamne le monde sur trois points désignés en termes généraux.Cette interprétation a l\u2019avantage de conserver au Paraclet le caractère d\u2019assistance judiciaire que lui donne ici et ailleurs le texte grc, et de fournir un point de convergence aux trois affirmations explicatives suivantes, qui prises à la lettre induiraient à opposer le péché d\u2019incrédulité au péché d\u2019injustice.Et l\u2019esprit ne serait pas satisfait.Par son influence donc le Paraclet, l\u2019avocat de la cause chrétienne instruit le procès du monde et requiert contre lui une condamnation trop méritée.iLe Saint Esprit remplit en quelque sorte la fonction de cour d\u2019appel.Le Vendredi saint avait attribué le péché à Jésus, la justice à ses juges, la Pentecôte renverse cette sentence.On verra que c'est au condamné qu\u2019appartient la justice, et que les juges étaient les malfaiteurs.(2) La manifestation, faite par l\u2019Esprit, de l'oeuvre de la vie et de la personne de Jé-(1) Cours du R.P.Vosté, dominicain belge, professeur au Collège angélique, récemment créé docteur ès-sciences bibliques par la Commission biblique pontificale.(2) Godet, Comment, sur l\u2019Evang.de S.Jean, 2me éd.Tome 3, u.407. 18 LA REVUE DOMINICAINE sus convaincra le monde d'abord de pêché} parce qu\u2019il n\u2019a pas voulu croire.Est-ce l\u2019incrédulité qui est ici le péché du monde?Eon, le péché du monde n\u2019est pas à ce point spécifié, l\u2019absence de l\u2019article en grec indique le sens général; l\u2019incrédulité est plutôt la cause générale de tout péché.Le Christ était la règle de tout bien, de toute vertu, celui qui ne croit pas dans le Christ et qui ne veut pas le prendre comme modèle s\u2019éloigne de tout bien.Le péché est une aversion de Dieu, celui qui n\u2019adhère pas par la foi d\u2019abord au Christ qui est Dieu, se sépare de Dieu.Si par conséquent l\u2019Esprit iSaint fait apparaître le Christ comme le Saint, l\u2019envoyé de Dieu, Il convaincra le monde de son péché.Il le convaincra aussi de justice.Il s\u2019agit également de la justice prise au sens général.Le monde a été injuste envers Jésus.Il l\u2019a condamné comme un malfaiteur.La glorification du Christ rétablira la justice.Dans cette grande lutte, les disciples, l\u2019Eglise naissante tient pour Jésus, le monde incrédule le condamne: de quel côté est la faute, de quel côté la justice?La justice de Jésus est attestée par l\u2019événement de sa Résurrection, par son entrée dans la gloire du Père.Et c\u2019est l\u2019Esprit Saint qui le fera comprendre, c\u2019est Lui qui suggérera aux apôtres de présenter la glorification du Christ comme la justification sans réplique de son oeuVre toute entière.Par le fait même l\u2019Esprit !Saint aura convaincu le monde de jugement, puisque le prince du monde est déjà jugé, L\u2019exaltation du Sauveur condamne le démon, car c\u2019est une preuve éclatante de sa justice.Ainsi la sentence de mort qui a frappé Jésus retombe en sentence de condamnation sur ses auteurs, le démon et le monde, sur le démon surtout qui fut le principal instigateur de tout le mal.Le condamné a vaincu en mourant, son exaltation est son triomphe.L\u2019Esprit ISaint assure la revanche du Christ sur ses ennemis.Cette idée de revanche nous la trouvons une seule fois sur les lèvres de Jésus.Et jamais homme ne l\u2019aurait exprimée comme II l\u2019a fait.Le motif, c\u2019est le réconfort de ses disciples, le moyen, c\u2019est le retour auprès de son Père, LA SAINTETÉ 19 sa glorification, l\u2019affirmation de sa divinité.Il s\u2019est dit Dieu, donc II était Dieu.De.Gonzalve Pkoulx, O.P.LA SAINTETÉ La sainteté est le couronnement de la vie chrétienne ici-bas.C\u2019est le fruit et la récompense d\u2019efforts nombreux et généreux accomplis avec le secours tout particulier de la grâce en vue d\u2019établir le plus parfaitement possible le règne de Dieu dans l\u2019âme- Aussi rien de (beau, de grand et d\u2019admirable comme l\u2019âme d\u2019un saint, d\u2019un héros de la perfection morale dont toute la vie a été consacrée à la réalisation de l\u2019idéal le plus sublime qui soit: la ressemblance avec Dieu.Si l\u2019homme qui fait preuve de courage et de persévérance dans la poursuite d\u2019un noble but mais d\u2019ordre purement temporel tel que l\u2019avancement ou le perfectionnement d\u2019une science, ou qui consacre toutes ses 6-nergies au triomphe d\u2019une grande et* noble cause se rend par , lia digne de l\u2019admiration et de lia reconnaissance de ses semblables, à combien plus forte raison les saints ne méritent-ils pas d\u2019être loués et admirés de tous les hommes eux dont toute la vie a été orientée vers le divin et l\u2019éternel et dont l\u2019héroïque courage s\u2019est donné pour tâche de réaliser dans un degré sublime le triomphe de l\u2019esprit sur la matière.Aussi, les saints sont-ils à ce titre les '.plus grands d\u2019entre les hommes; leur mérite comme leur gloire consiste en ce qu\u2019ils se sont efforcés avec la plus héroïque générosité à détruire dans le monde le règne de l\u2019erreur et du vice pour établir à la place celui de la vérité et de la vertu.Chez eux le mobile des actes n\u2019est pas de ceux qui animent la plupart du temps les autres hommes, même en ce qu\u2019ils accomplissent de meilleur.Chez ces derniers, les actes de courage et d\u2019héroïsme qu\u2019il leur est donné de faire en certaines occasions ont souvent pour mobile la recherche de l\u2019estime, de la faveur et de la gloire, tandis que chez les saints, le principe de tous leurs actes, des moindres comme des plus grands, des plus obscurs comme des plus éclatants, c\u2019est la pensée de Dieu, c'est-à-dire, les intérêts de sa gloire et son amour. 20 LA REVUE DOMINICAINE Cependant, pour n'avoir en vue en toutes choses que la seule -gloire de Dieu\u2019 les, saints n\u2019estiment pas que de se détacher du monde et de le mépriser veuille dire se désintéresser de l\u2019humanité et dédaigner ses- semblables.Comme les autres hommes, ils ont a coeur d\u2019être utiles là leurs frères non pas seulement en coopérant à leur salut mais encore en se dévouant à leur bien purement temporel par le généreux concours qu\u2019ils apportent ou sont prêts à apporter là toutes les oeuvres qui ont -.pour but le plus grand bien de la société.Les saints sont donc ce que l\u2019humanité produit de meilleur et de plus glorieux.En eux elle est élevée à un haut de-gie de perfection et de grandeur morale et ramenée, en quoique soi te, a la noblesse et a l\u2019intégrité de ses origines.I)e plus,^ les saints jouent dans l\u2019humanité un rôle social d une prépondérance aussi tangible qu\u2019efficace.Par leurs prières, leurs pénitences et leurs héroïques vertus, ils lui méritent toutes sortes de bienfaits -spirituels et temporels et détournent d\u2019elle une foule de calamités qu\u2019elle ne cesse de s\u2019attirer par ses crimes.Mais, dira-t-on peut-être, si la sainteté est chose si belle et si grande pourquoi y a-t-il si peu de saints?ou, d\u2019où vient-il que la plupart des chrétiens, même parmi les plus solidement vertueux, se contentent d\u2019être tout au plus fer-v ents sans viser a.plus haut, c\u2019est-a-dire, là la sainteté proprement dite?A cette demande nous pourrions répondre: Est-il aussi certain qu\u2019il y ait si peu de saints à l\u2019heure présente?.^.La foi et la grâce auraient-elles perdu de leur efficacité en notre temps pour opérer à un degré plus élevé la sanctification des âmes?-Notre -siècle avec ses lacunes, et ses nombreux travers n\u2019est-il pas aussi par ailleurs un siècle de foi vive et de piété intense?En raison même de cette/01 et de cette ferveur ne doit-on pas plutôt croire que les saints -sont .nombreux quoique cela ne paraisse pas au grand jour?\u2014 A la vérité, personne ne contestera que la sainteté ne soit chose difficile à acquérir ni que les âmes héroïques en matière de perfection spirituelle ne seront toujours, relativement, que trop rares; néanmoins, par suite des remarquables progrès qu\u2019a faits et que continue de faire la piété de nos jours ne devons-nous pas plutôt estimer que les âmes vraiment saintes sont plus nombreuses- qu\u2019on ne le LA SAINTETÉ 21 Jr i ¦ ' f: croit communément ?Manifestement, ici comme en tout autre cas, la manière de voir dépendra nécessairement du concept que l\u2019on se fera de la chose en question.Or, les notions en matière de sainteté sont-elles en général bien justes?'Loin de la; et nous nous proposons de montrer par la suite de cet article, qu\u2019il en est bien ainsi.* * * iPour beaucoup de chrétiens un saint, semble-t-il, c\u2019est quelqu\u2019un qui est né pour ^^extraordinaire\u201d.Ainsi, c\u2019est celui qui ne commet jamais la moindre faute, qui consacie ses jours et ses nuits à la prière, pratique d\u2019affreuses macérations, a des extases et des visions, fait des miracles, et dont la vie toute remplie de merveilleux et d\u2019actions d\u2019éclat est, à tout prendre, \u201cplus admirable qu'imitable\u201d.Il j a, sans doute, une part de vérité dans cette conception de la sainteté, car, parmi les saints, et surtout, parmi les plus illustres d\u2019entre eux, il s\u2019en est trouvé dont la vie a été vraiment extraordinaire tant par la vocation qu\u2019ils reçurent du ciel que par l\u2019héroïsme de leurs vertus et par les oeuvres prodigieuses qu\u2019ils ont accomplies.Cependant, la part de l\u2019exagération y est aussi à faire parce qu\u2019on y trouve confondu ce qui est purement accessoire ou accidentel à la sainteté avec ce qui lui est essentiel, en d\u2019autres termes, on y regarde comme faisant nécessairement partie de la sainteté à l\u2019égal de la pratique parfaite de la charité et des autres vertus Iles grâces gratuitement données (gratiae gratis datae) et autres faveurs extraordinaires d\u2019ordre inférieur telles que les visions,, et les révélations privées; la pratique de certains actes héroïques de mortification corporelle et l\u2019accomplissement d\u2019actions d\u2019éclat, telles que les miracles.On pourrait encore ajouter qu\u2019on y trouve comme englobés dans un seul \u2014 le plus élevé de tous \u2014 les divers degrés de la sainteté, comme si l\u2019on ne pouvait par- ¦ venir à celle-ci \u2018à moins d\u2019en atteindre, et comme de prime saut, les sommets eux-mêmes.Toute autre est la vraie notion de la sainteté.I La sainteté proprement dite c\u2019esit l\u2019amour de Dieu porté a un éminent degré de perfection et accompagné de la pratique habituelle des vertus à un degré héroïque.La perfection chrétienne ordinaire consiste dans l\u2019amour de 22 LA REVUE DOMINICAINE Dieu p-ar-dessus toutes choses joint à l\u2019accomplissement parfait des préceptes \u2014 et plus spécialement des conseils \u2014 é-yangéliques.D\u2019après ces définitions on voit que le simple état de grâce même habituel et accompagné de ferveur et de la pratique des vertus chrétiennes, si sanctifiant qu\u2019il soit, ne suffit pas- en lui-même à constituer quelqu\u2019un dans la sainteté au sens strict, c\u2019est-ià-dire, dans la perfection des âmes surnaturellement héroïques.Il faut pour cela davantage.Tout d\u2019abord, avons-nous dit, il faut la charité portée à un éminent degré de perfection.C\u2019est la charité, en effet, qui est le principal agent de sanctification de l\u2019âme puisque de toutes les vertus elle est la plus parfaite et celle qui nous unit au Souverain Bien.L\u2019âme sera donc parfaite dans la mesure qu\u2019elle aura progressé dans la pratique de cette admirable vertu.Mais qu\u2019est-ce qui lui fera atteindre effectivement l\u2019éminent degré de perfection requis dans la pratique de la charité pour qu\u2019il y ait chez elle sainteté au sens strict du mot.?C'e sera, croyons-nous, le don de contemplation infuse.Celle-ci est, comme on sait, une connaissance supérieure de Dieu, accompagnée d\u2019un amour intense dans la volonté, l\u2019un et l\u2019autre infus» et fruits spéciaux du 'Saint-Esprit.Dieu intervenant donc ainsi direc-.tement dans l\u2019âme par sa grâce, c\u2019est-à-dire par une infusion toute spéciale de connaissance et d\u2019amour, qu\u2019y a-t-il d\u2019étonnant à ce que l\u2019âme, à partir de cet heureux moment, si elle est bien décidée à correspondre aux avances divines, marche de progrès en progrès dans la voie de la perfection et parvienne même à en atteindre jusque les sommets?'Sans ce secours exceptionnel l\u2019âme fidèle pourra bien par suite de certaines grâces de choix éprouver de grands sentiments de piété et de ferveur; désirer ardemment l\u2019union intime-avec Dieu ; se sentir envahie par de vifs transports d\u2019amour divin qui la rendront toute séraphique, mais elle ne possédera pas pour autant cet éminent degré de charité que Dieu seul peut mettre dans l\u2019âme et qu\u2019il y met par le don de contemplation infuse.(1) D\u2019où l\u2019on voit l\u2019importance de la Mystique dans l\u2019économie de la vie spirituelle, (1) \u201cL/a vivacité de l\u2019amour divin ne suffit pas à décider qu\u2019un état est mystique.Dites, si vous voulez, qu\u2019il est séraphique, ce qui est tout différent.\u201d (P.Poulain, s.j., les Grâces d\u2019Oraison.) \u2014 Il est manifeste, cependant, que eet état est de tous le plus voisin de la contemplation et qu\u2019il y dispose très sûrement, \u2019 LÀ SAINTETÉ 23 le rôle capital qu\u2019elle joue dans la sanctification de Vâme puisque ceux qui sont élevés ià ce genre d\u2019oraison possédant par la même une connaissance supérieure et quasi expérimentale de Dieu peuvent l\u2019aimer d\u2019une façon très parfaite et s\u2019unir ainsi à lui de la manière la plus intime, état qui constitue formellement la sainteté.C\u2019est le don de contemplation qui semble donc intro- U1, duire véritablement Came dans les \u201ccelliers du Roi\u2019\" ou \"ia charité est réglée en elle\u201d et où elle commence a \u201cgoûter et à connaître\u201d par expérience \u201ccombien le iSeigneur est doux .Mais c\u2019est là un don ineffable de Dieu envers l\u2019âme, dû à sa pure libéralité, car, celle-ci, quoi qu\u2019elle fasse, ne saurait jamais s\u2019élever de ses propres forces là cet état éminent qu est la contemplation ; elle pourra tout au plus s\u2019en rendre digne et le mériter par sa fidélité à correspondre aux grâces^ ordinaires reçues antérieurement.Le don de contemplation semble donc être une condition indispensable à la sainteté proprement dite.Tous les saints canonisés (c\u2019est l\u2019opinion des meilleurs théologiens) furent des contemplatifs.(1) La plupart, en effet, paraissent avoir eu souvent, et généralement avec abondance, l\u2019union mystique.'S\u2019ils ne parvinrent pas tous aux derniers degrés de la vie d\u2019union tous cependant paraissent a-voir été admis au moins -à ce degré initial de la vie mystique appelé l\u2019oraison de recueillement passif.'Sans cette grâce particulière ils auraient pu être, sans aucun doute, des chrétiens solidement vertueux, de dévoué© serviteurs de Dieu, dignes d\u2019admiration et d\u2019éloge, mais ils n\u2019auraient pas connu par expérience et d\u2019une façon aussi parfaite ces \u201cvoies du Seigneur\u201d si pleines de profonds mystères, il est vrai, mais aussi de si merveilleuses clartés, et dont l\u2019issue mène à la transformation ineffable de l\u2019âme en Dieu.Pour bien comprendre le progrès accompli dans l\u2019âme élevée à la contemplation infuse il suffit de comparer son état ou ses habitudes avec ceux de l\u2019âme qui n\u2019a pas pas encore été élevée là cet état et qui ne possède encore par conséquent qu\u2019une charité et une vertu ordinaires.La.citation suivante fera très bien saisir cette différence.\u201cL\u2019â- (1) II faut excepter (à moins qu\u2019ils n\u2019aient eu cette grâce an moment de leur supplice) certains chrétiens mis à mort lors des persécutions et qui ont été depuis béatifiés ou canonisés par i\u2019E-¦ glise pour leur héroïque persévérance dans la foi. 24 LA^REVUE DOMINICAINE JOli me qui m\u2019a rien encore de la vie mystique, n\u2019a pas dépassé l\u2019enfance ou l\u2019adolescence de la vie spirituelle.Elle n'est pas arrivée à la maturité spirituelle, là l\u2019âge parfait accessible ici-bas; elle peut avoir une grande culture, même théo-logique, (beaucoup de savoir faire dans la conduite de la vie, de la prudence, de la foi, de la charité, du zèle, de l\u2019enthousiasme, une grande activité apostolique; mais, malgré cesi vertus chrétiennes solides, malgré son zèle, elle n\u2019est pas assez spiritualisée, sa manière de vivre reste trop humaine, trop extérieure, encore trop dépendante du tempérament; on ne voit pour ainsi dire pas en elle ce mode divin tout surnaturel de penser, d\u2019aimer Dieu, et d\u2019agir, qui caractérise ceux qui sont vraiment morts à eux-mêmes et parfaitement dociles au Saint-Esprit.(Seuls', ces derniers ont, ordinairement et en toutes circonstances agréables ou pénibles, \u201cle sens du Christ\u201d pour juger sainement des choses spirituelles, pour concilier habituellement dans leur vie les vertus en apparence les plus opposées.\u201d (1) (La fin au prochain numéro) Fr.A.-M.Richer, O.P.DOMINICAINES DU TIERS-ORDRE REGULIER Le Tiers-Ordre, institué par S.Dominique, doit à Munio de Zamora, Maître-Général, sa règle, beaucoup plus large que celle du premier et du deuxième Ordre, mais comme eux de caractère nettement apostolique.Cet apostolat, commencé à la manière d\u2019une réelle croisade, devient bientôt, par la cessation de la guerre contre les Albigeois, une pieuse ligue de prières et de pénitence.Dès le principe, et sous l\u2019inspiration du saint Fondateur, les femmes et les filles des Chevaliers militants pour le Christ contribuaient, par ces mêmes moyens, au succès des armées lancées contre l\u2019erreur.Plus tard, en d'autres temps et d\u2019autres lieux, quand les conditions sociales ont évolué, le zèle et l\u2019esprit, du Tertiaire n\u2019a pas changé.Fidèle à sa règle, à la direction que lui imprime la vie austère et la parole ardente du Frère (1) La Vie spirituelle, décembre 1919, p.159. DOMINICAINES DU TIERS-ORDRE RÉGULIER \u2022 25 Prêcheur, il porte toujours le même intérêt très vif à la défense et la diffusion de la vérité.Cette vie religieuse, au milieu du monde, prit un rapide essor en Prance et en Espagne; d\u2019avantage encore, en cette Italie du Moyen-Age, fractionnée et ensanglantée par les luttes politiques, où les âmes se passionnaient si vite de toute nouveauté qui pouvait captiver l\u2019imagination mobile et brillante.Là, la vie mystique et toutes les effusions du zèle prirent les formes les plus diverses.Dans tous les rangs de la société, l'influence de la vie dominicaine, alors si fervente, se faisait largement sentir.Du palais des riches patriciens, redoutables chefs de clans, partait à tout propos le signal des luttes atroces; de ces mêmes murs sortirent, pour s\u2019enfermer au cloître, les âmes généreuses' qui se chargeaient d\u2019expier tous ces crimes.Une éducation très soignée, les malheurs de la patrie bien aimée, la civilisation raffinée du temps, tout avivait en elles la pitié et la piété.Au milieu des ruines s\u2019élevait la nouvelle fondation, richement dotée par ceux-là mêmes qui avaient déchaîné la guerre impitoyable.Au reste, il n\u2019était pas toujours facile de gagner un monastère déjà établi, où régnait l\u2019observance stricte du second Ordre.Il semblait préférable de ne pas s\u2019éloigner de sa famille éprouvée.Une règle plus souple permettrait de panser les blessures de la guerre, et par les oeuvres de charité réparer les maux causés par la haine.La Règle du Tiers-Ordre, déjà connue et de longtemps pratiquée dans le monde, s\u2019adaptait admirablement à cette mission nouvelle d\u2019apostolat tout spécial.Très simplement le petit cercle de pieuses femmes unies étroitement par le lien d\u2019observance communes et de relations fraternelles, devenait une communauté régulière, souvent très austère.:> Entre la dominicaine du second Ordre, vouée à la vie exclusivement contemplative, et la tertiaire séculiaire, appelée si bien dans l\u2019harmonieuse langue italienne, Monaco, di casa, il y avait un état intermédiaire: le Tiers-Ordre régulier.Une aimable bienheureuse, douée d\u2019un zèle à la fois très actif et très délicat, Emilie Bicdhieri de Verceil, a la première, personnifié ce nouveau genre de vie. 26 LA REVUE DOMINICAINE Jeune rameau du grand arbre dominicain, ce Tiers-Ordre régulier, est destiné à porter, en quantité, des fleurs et des fruits, avec la plus malgnifique diversité de forme et de couleur, en l\u2019unité du même parfum; il s\u2019est multiplié, souple et flexible, s\u2019adaptant tour à tour ià toutes les formes de (l'apostolat par le dévouement que notre siècle réclame, afin de mener les âmes per caritatem ad veritatem.C\u2019est vraiment la vie régulière, la vie religieuse proprement dite, avec ses voeux et ses observances ; c\u2019est la règle du TiersrOrdre, moins sévère que celle du second, et se prêtant mieux ià l\u2019action directe de la religieuse, sur ceux qu\u2019elle a laissés dans le monde, ses1 proches d\u2019abord, et puis cette grande famille des ignorants, des pauvres, des affligés, auxquels elle va pouvoir être facilement .accessible.En Italie, le TiersrOrdre régulier a toujours été cloîtré, du moins jusqu\u2019à une époque récente: l\u2019opinion publique eût difficilement admis qu\u2019il en fût autrement, en un pays où la, liberté sociale des femmes du monde mêmes\u2019 était soumise à mille restrictions au nom de la bienséance.(La même idée avait cours en Espagne-) Dans ces conditions, il ne pouvait être question de ce que nous appellerions des \u201coeuvres\u201d proprement dites; mais, moins absorbée par les longs offices, les veilles et les macérations, moins! astreintes au silence, les communautés du TiersrOrdre régulier s\u2019ingéniaient à faire du bien par tous les moyens1 possibles, sans fonctionnarisme, sans codifications, spontanément, au jour le jour, au gré des indications providentielles.(Parmi ces discrètes manifestations de zèle, nous pouvons mettre au premier rang l\u2019éducation de la \u2019jeunesse; n\u2019est-ce pas une forme de dévouement bien digne de tenter la postérité de celui qui, à Prouille, n\u2019avait pas seulement voulu instituer des religieuses, mais procurer un asile aux filles nobles dont la guerre des Albigeois, en les dépouillant de leurs biens, exposait en même temps l\u2019honneur et la foi?Il ne faudrait pas s\u2019imaginer dans les monastères du Tiers-Ordre d\u2019alors, rien qui ressemblât aux rouages com-.pliqués d\u2019un pensionnat moderne.(Elevées parmi les religieuses, les enfants, en nombre fort restreint d\u2019ailleurs; partageaient le genre de vie de celles-ci et ne voyaient leurs parents qu\u2019à travers l\u2019indispensable grille.Point de DOMINICAINES DU TIERS-ORDRE RÉGULIER 27 sorties de vacances au dehors; point de professeurs étrangers, encore moins de programmes officiels ou de diplômes.Les maîtresses enseignaient ce qu\u2019illes savaient: un peu de science et 'beaucoup de vertu.La vie des élèves ressemblait là celles des novices et, souvent, elles passaient, d\u2019une catégorie dans l\u2019autre par une transition presque insensible.1 D\u2019autres rentraient dans leurs familles pour être mariées sans être consultées et commencer, dans un autre cadre, une vie nouvelle qui ressemblait plus qu\u2019on ne le croirait à celle du cou'vent, par l\u2019étroitesse de l\u2019horizon et la sévérité de la surveillance: il ne leur avait donc pas été inutile d\u2019apprendre à prier, à travailler, à se taire et à o-béir.\u2018D\u2019après les documents conservés au monastère de Ste-*Marguerite de Ver,ceil, la.Bienheureuse Emilie paraît bien avoir admis des élèves dans son couvent, et avoir, l\u2019une des premières dans l\u2019Ordre dominicain:, inauguré cet apostolat de l\u2019éducation, si méritoire et si fructueux.Depuis, à mesure que l\u2019oeuvre de l\u2019enseignement se précisait et s\u2019organisait, elles sont devenues légion, en tous pays de l\u2019ancien et du nouveau monde, jusqu\u2019au Transvaal et en 'Australie, les Dominicaines consacrées ià la jeunesse; les années seules ont compté le nombre d\u2019âmes qu\u2019elles ont sauvées, non-seulement en agissant directement sur les élèves qui leur ont été confiées, mais en préparant celles-ci a fonder des foyers chrétiens et transmettre à leurs enfants les solides principes qu\u2019elles ont.reçus.\u201d (1) 'Ces judicieuses remarques nous montrent bien comment l\u2019apostolat dominicain sait s\u2019adapter aux besoins des temps.Xous ne sommes encore qu\u2019au début du XIYème siècle; la B se Emilie mourut en 1314.Une longue période de décadence religieuse et morale va suivre.'Ce n\u2019est pas la Déforme protestante qui va régénérer la société; au sein même de l\u2019Eglise, sous le coup de terrible leçons, va surgir toute une pléiade d\u2019âmes généreuses.Elles organisent rapidement la renaissance de l\u2019antique ferveur par le retour aux austérités des règles primitives.'Pourtant les révolutions et les guerres ont grandement changé le rôle et la situation des classes sociales.Dès le début du XVIIème siècle, les oeuvres d\u2019éducation et (1) M.Ç.de Ganay, Les Bienheureuses dominicaines. 28 LA REVUE DOMINICAINE de charité apportent nn remède providentiel aulx misères du peuple- Alors prennent naissance les Communautés dites séculières, prélude à l\u2019efflorescence du zèle catholique tel qu\u2019il s\u2019est développé dans Je cours du XIXème siècle.X\u2019allons pas croire que ce souci de l\u2019éducation des classes populaires n\u2019existe (que depuis la Déclaration des droits de l\u2019homme et la Révolution.ILes besoins ont changé, avouons-le, avec le nivellement des classes et une répartition plus générale de la fortune publique; les aspirations individuelles peuvent prétendre à une satisfaction plus équitable; grâce 'à l\u2019instruction mise !à la portée de tous.Le progrès de la science, et partant de l\u2019industrie, de l\u2019agriculture, de la production générale, a créé le besoin d\u2019une instruction beaucoup plus développée; d\u2019où il a paru nécessaire d'exiger, pour y répondre, la fréquentation obligatoire de l\u2019école.Et sous prétexte de mieux satisfaire ià ces légitimes aspirations, le libéralisme moderne assigne à l\u2019Etat le rôle de magnifique charité que, depuis des siècle, l\u2019Eglise remplit avec tant de zèle.Xos communautés du Tiers-Ordre dominicain s\u2019étaient, dès Ile Mooyen-Age, vouées par vocation à cette tâche qu\u2019elles remplissent aujourd\u2019hui avec un surcroît d\u2019application.A 1 appel de l\u2019E'glise, elles ont répondu par le plus louable empressement, le plus vif souci de se tenir au courant du progrès.Elles demeurent les héritières d\u2019un esprit et de traditions apostoliques, qu\u2019au cours des âges on n\u2019a jamais vu se démentir.Un érudit de grande autorité nous montre comment au XlIIème siècle s\u2019exerçait cette mission.C\u2019est une page intéressante d\u2019histoire.\u201cL\u2019Eglise ne pouvait se désintéresser de l\u2019enseignement des jeunes gens, mais non plus de l\u2019éducation des femmes et des jeunes filles.Elle surveillait et instituait les maîtresses d\u2019écoles libres.Elle avait aussi des couvents, où les religieuses les plus capables communiquaient leur savoir à de jeunes pensionnaires, prises dans toutes les classes de la population.\u201cUne des preuves les plus frappantes de l\u2019importance attachée là l\u2019éducation de la femme, c\u2019est que les hérétiques Albigeois, ces précurseurs directs du protestantisme et de DOMINICAINES DU TIERS-ORDRE RÉGULIER 29 * la Revolution, entreprirent de la confisquer à leur profit.Et pour cela qu\u2019imaginèrent-ils ?Vous allez être bien ê-tonnés de retrouver en plein XlIIème siècle une des idées les plus chères aux libres-penseurs d\u2019aujourd\u2019hui, et ils seraient eux-mêmes bien mortifiés d\u2019apprendre qu\u2019ils n'ont rien inventé: les Albigeois imaginèrent tout simplement l\u2019instruction gratuite, laïque et obligatoire!' Oui, la chose est historique.'Ce fameux progrès n\u2019est pas plus nouveau que tant d\u2019autres devant lesquels nous nous inclinons avec une admiration plus ou moins méritée.En effet, ces hérétiques se mirent à enseigner eux-mêmes les jeunes filles des pays qu\u2019ils infestaient: voilà l\u2019instruction laïque- Pour les attirer là eux, ils firent miroiter aux yeux des pères de famille l\u2019appât tout puissant de la suppression de toute rétribution: voilà l\u2019instruction gratuite.Enfin ces mêmes pères, se trouvant ruinés par une guerre longue et désastreuse et voyant tous les établissements catholiques ruinés autour d'eux, furent forcés d\u2019avoir recours aux seuls maîtres qui leur restr aient: voilà l\u2019instruction obligatoire.\u2018\u2018Malheureusemenlt ce régime idéal ne tarda pas à être renversé par un de ces suppôts du cléricalisme que l\u2019on voit toujours apparaître là où se trouve quelque flambeau à éteindre, ©ans sa mission apostolique à travers les provinces albigeoises, saint Dominique reconnut le flambeau en question pour ce qu\u2019il était, c\u2019est-Sà-dire pour un lampion fumeux et infect, et il l\u2019éteignit en effet.Il l\u2019éteignit en fondant au coeur du pays une nouvelle maison religieuse, destinée spécialement, dans sa pensée, à l\u2019enseignement des filles ; et cette maison ne tarda pas à être remplie.Telle est l\u2019origine du monastère de Prouille qui jouit pendant longtemps d\u2019une célébrité méritée.\u201cC\u2019est surtout dans les campagnes que, suivant les détracteurs de l\u2019Eglise et du Moyen-Age, la lèpre de l\u2019igno-' rance aurait sévi avec une intensité scandaleuse.Sans doute les filles de paysans étaient plus souvent que les autres privées des bienfaits de l\u2019instruction; mais cela n\u2019a-t-il pas existé dans tous les temps, et ne sait-on pas que l\u2019indifférence des parents y a toujours été pour beaucoup ?Me sait-on pas quel mal on a encore aujourd\u2019hui pour décider les habitants des champs à envoyer leurs enfants à l\u2019école, même lorsqu\u2019ils en ont une !à côté d\u2019eux?Tes écoles rurales 30 LA REVUE DOMINICAINE de filles étaient plus rares alors: la difficulté des communications, les conditions générales de l\u2019état social le voulaient ainsi.\u201d Thomas de Oantimpré, dominicain mort Vers 1272, nous rapporte dans un de ses ouvrages un itrait ibien simple mais pourtant typique; il nous montre sans prétention quel était alors, dans les Flandres, l\u2019état de l\u2019éducation.\u201cUne jeune paysanne conjurait son père de lui acheter un psautier pour apprendre là lire.'Mais comment, répondit-il, pourrai-je t\u2019acheter un psautier (les manuscrits étaient aussi chers que rares,) puisque je puis à peine gagner chaque jour de quoi t\u2019acheter du pain?'L\u2019enfant se désolait, lorsqu\u2019elle vit en songe la iSainte Vierge tenant en mains deux psautiers.Encouragée par cette vision, elle insista de nouveau.Mon enfant, lui dit alors son père, va trouver, chaque dimanche la maîtresse d\u2019école de la 'paroisse; prie-là de te donner quelques leçons, et efforce-toi par ton zèle de mériter l\u2019un des psautiers que tu as vus aux mains de la Vierge.La petite fille obéit, et les compagnes qu\u2019elle trouva à l\u2019école, voyant son zèle> se cotisèrent pour lui procurer le livre qu\u2019elle avait tant convoité.\u201d Ces maîtresses n\u2019étaient pas des religieuses; puisu qu\u2019alors nulle moniale ne vivait hors du cloître.Ces pieuses filles ou femmes avaient reçu, la plupart du temps, leur science et leur formation auprès des Religieuses; c\u2019était souvent des membres d\u2019un Tiers-Ordre ou fraternité séculière, comme il en existait partout autour des Couvents-Instruire et former des éducatrices, c\u2019était lia un des grands services que rendirent aux classes pauvres, les monastères, en particulier, ceux des Dominicaines.De nos jours, cette oeuvre a pris en tous les pays du monde un merveilleux développement.L\u2019exercice de la charité sous ses diverses formes! actuelles est venu y ajouter ses labeurs et donner à la vie dominicaine une place réellement privilégiée dans l\u2019Eglise du XIXème siècle.'Sans doute, l\u2019instruction tient le premier rang parmi les oeuvres de miséricorde spirituelle, mais une multitude d\u2019autres s\u2019offrent chaque jour au zèle des âmes charitables; toutes dérivent de la même source.Les 'Constitutions d\u2019une de nos Congrégations de Tertiaires le rappellent.\u201cIl en- (1) Lecoy de la Marche: La société au treizième siècle. DOMINICAINES DU TIERS-ORDRE RÉGULIER 31 trait dans le dessein .de notre saint Patriarche que les, religieuses de son Ordre s\u2019occuperaient de l\u2019instruction des autres dans la foi, quand la nécessité des temps ou des lieux l\u2019exigerait.O\u2019est dans cet esprit que nous embrassons l\u2019oeuvre de l\u2019enseignement ; car, étant aussi profitable au salut des âmes, die découle tout naturellement de l\u2019abondance de la contemplation.De la même source découle aussi le zèle à soulager bien d\u2019autres misères\u2019 physiques ou morales, suites, comme l\u2019ignorance, d\u2019un état social toujours défectueux.Les âmes contemplatives ont connu, mieux que tous les philanthropes, la noble passion de secourir ces souffrances.Elles ne croyaient pas ce ministère plus incompatible que l\u2019enseignement avec les exigences de la clôture et des observances monastiques!.La Bienheureuse Claire Gambacorta, contemporaine et amie de sainte Catherine de (Sienne, eut tout spécialement ce don de compassion pour les malheureux.Elle vécut en effet dans un temps éprouvé par de rudes calamités ; son couvent, dont la règle et la clôture étaient fort rigides, fut fondé tout exprès pour l\u2019expiation des crimes commis par les grandes famille du temps.Au fond du cloître, sans jamais se laisser distraire des douceurs de l\u2019oraison, son coeur généreux et sensible s\u2019en allait vers les innombrables victimes de la guerre, liai tresse autrefois d\u2019une grande et noble maison, elle sut mettre au service de sa charité un sens pratique très exercé, dont l\u2019influence se fit sentir bien au delà des murs de s:a solitude.De nombreuses soeurs tourières, formées et dirigées par elle, s\u2019en allaient en son nom visiter les hôpitaux et les prisons.Bien plus, les pauvres petits abandonnés, victimes innocentes des moeurs licencieuses du temps, ne devaient échapper à sa charité.Aux orphelins et enfants trouvés, elle sut ouvrir un refuge auquel fut transféré un legs considérable fait à sa communauté; il y régnait pourtant une pauvreté voisine de l\u2019indigenee.C\u2019était poutant un très sérieux obstacle à l\u2019expansion extérieure de la charité que la clôture monastique.Les gens du monde, et souvent les autorités, ecclésiastiques, trouvaient à redire.La fondatrice d\u2019un couvent réformé et très austère, Madeleine Orsini, dut subir des semblables reproches pour avoir montré le même empressement à sou- 32 LA REVUE DOMINICAINE lager les mêmes misères.Comment, disait-on, une non-ne peut-elle se mêler de tout cela ?Mieux ne vallait-ii pas rester en cellule, au lieu de compromettre le recueillement de sa vocation par tant de contacts avec le monde?Elle continua pourtant, offrant à Dieu dans la pureté de ses intentions la peine que lui causaient les critiques des hommes.Aujourd\u2019hui, dans presque tous les pays des deux mondes il existe des congréations nombreuses et florissantes, dominicaines de plein droit.Elles ne connaissent pins la sévère réclusion des âges passés ; les soeurs se dévouent dans les hôpitaux, les orphelinats, les refuges de pénitentes, elles vont soigner les malades là domicile ou secourir la détresse du ménage ouvrier le plus dénué.Dans les quartiers populeux des villes industrielles elles dirigent d'immenses écoles paroissiales, ministère d\u2019importance capita ble.Le tuberculeux et le cancéreux, tous les déchets de la grande machine moderne, toutes les victimes de tous les exploiteurs, vénèrent aujourd\u2019hui la robe blanche de la Soeur dominicaine à l\u2019égal de la cornette des Filles de St-Vincent de Paul.Loyalement soumises là la juridiction des évêques, ces nouvelles venues dans la famille de saint Dominique n\u2019en suivent pas moins la liturgie de l\u2019Ordre et reçoivent largement l\u2019impulsion émanée de leurs frères, les Prêcheurs.Au jour où elles engagent à Dieu leur vie de sacrifice et de dévouement, elles ne font pas d\u2019autre profession que celle du TierscOrdre régulier.Les événements ont marché.ISous la poussée de besoins et d\u2019idées nouvelles, les anciens cadres de la vie religieuse se sont largement dilatés.Le génie inspirateur de la charité moderne, c\u2019est bien Vincent de Paul.L\u2019Eglise reconnaissante lui doit une merveilleuse création : la Fille de 'Charité.Les grands Ordres religieux ont saisi cette heureuse inspiration au moment des grandes détresses qui ont préparé la catastrophe de 1789- lAu-dessus de la tertiaire isolée,.plus haut que la fraternité séculière, à côté du monastère cloîtré, une nouvelle forme de vie s\u2019organise: la Soeur de Charité dominicaine.Diffère-t-elle des autres soeurs de charité?En ceci seulement qu\u2019elle se rattache de façon bien authentique au tronc de \u201cl\u2019arbre ancien planté d ïïi K Rpt1 L, Wlf pi », pd j -1 1 :;:y Ici P la to® Pc® pij 111) H, DOMINICAINES DU TIERS-ORDRE RÉGULIER 33 b 4 K itè ; iî ÎK il ?Q iï !{ !\u2022: [*>,¦) j eî; au jardin de l\u2019Eglise par Dominique.\u201d Elle y a trouvé une sève intarissable, riche trésor de vie où puisent tous les besoins des générations actuelles.Mais quand l\u2019historien remontera à travers les temps, quand il cherchera le nom de celle qui la première, eut au moins le sens de cette innovation réclamée par les nécessités du peuple chrétien, il s\u2019arrêtera dans un humble village de France, au seuil d\u2019une modesite maison de iSainville.Sous ce toit, béni de Dieu, au milieu des campagnes beauceronnes saccagées par la guerre, la famine et la peste, l\u2019inspiration pieuse a jailli, timide encore, mais si lumineuse et féconda C\u2019est là, un siècle avant la Révolution, que la semence dominicaine a porté son nouveau fruit.Marie Poussepin peut revendiquer l\u2019honneur non-seulement d\u2019avoir donné ià son Ordre bien-aimé une légion de saintes femmes fier es de lui appartenir, mais d\u2019avoir suggéré une forme de vie dominicaine inconnue avant elle.'Les fondatrices venues depuis ont pu la retrouver cette forme, paraître l'inventer de toutes pièces.En réalité, elles avaient été précédées dans la même voie par l\u2019humble Soeur de la Présentation.Depuis, après de longues oppositions, ses filles ont pu reprendre le nom auquel elles avaient droit.Elles sont les iSoeurs de ¦Charité Dominicaines.Mul titre ne répond mieux ià la pensée profonde d\u2019où sortit un si magnifique épanouissement de zèle.(1) ft f t i> f P» 3 ¦ h i ¦X «3 s p\\ A * Depuis ce temps et surtout au cours du siècle dernier, les différentes Congrégations du Tiers^Ordre régulier de Saint-Dominique se sont merveilleusement multipliées; au point qu\u2019il n\u2019est guère possible de donnner plus qu\u2019une brève esquisse de leur état présent.Nombreuses elles sont en Italie, où vit encore la mémoire de tant d\u2019illustres tertiaires.Malgré les tracasseries d\u2019une administration malveillante et l\u2019indifférence religieuse fort préjudiciable au recrutement, elles rendent de précieux services ià l\u2019enseignement chrétien et au service de la charité publique, surtout depuis la guerre.Nombreuses sont-elles aussi en Autriche et dans les provinces catholiques d\u2019Allemagne; nombreuses en Irlande et en Angleterre, où la Congrégation de Sainte-Catherine (1) R.P.Mainage, O.P.: Mère Marie Poussepin,. 34 LA REVUE DOMINICAINE de Seinne a mérité maintes fois les éloges officiels d\u2019un gouvernement protestant.En France, plusieurs Congrégations se sont acquis une réputation des plus enviables, soit dans l\u2019enseignement, comme celles de 1STancy, Chalons, Langres, et Alby ; soit encore dans les oeuvres de charité, comme celle de Beaune, ou bien le Refuge 'Sainte-Anne, cette suiblime fondation des Réhabilitées, illustrée par la plume pittoresque de Maxime du Camp ; ou cet autre Refuge de Châtiilon, ouvert aux pénitentes volontaires, attirées sans doute par la protection spéciale de Marie-Madeleine: protection méritée à l\u2019Ordre de Saint-Dominique par l\u2019austérité de ses observances, qu\u2019il considère comme un moyen indispensable pour obtenir la conversion des pêcheurs.L'Amérique du Sud, évangélisée par une multitude de zélés Prêcheurs voit renaître, après de sanglantes révolutions\u2019 la vie dominicaine, sous son double aspect de prière et d\u2019apostolat.Les Dominicaines n\u2019ont pas manqué d\u2019y prendre leur part.Au Brésil comme en Argentine, au Chili comme au Pérou, dans l\u2019Equateur et la Colombie, leurs é-coles sont partout nombreuses et florissantes.Aux Etats-Unis, d\u2019après le Catholic Directory, elles occupent une situation réellement exceptionnelle dans l\u2019enseignement.\u201cUne des Congrégations les plus florissantes et les plus uiverselilement renommées pour leurs collèges de filles, est celle des Soeurs de iSaint-Dominiique.Ces infatigables et illustres religieuses, tiennent des mai,sons-mères à Springfield, Mew-York, Brooklyn, 'Grand-Rapids, (Sinsi-nawa, la Uouvelle-Orléans et (San Francisco.Elles possèdent des collèges et des académies dans les principaux Etats de l\u2019Union, surtout en ceux de Mew-York, Wisconsin, Ohio, Maryland, Californie, Louisiane, Michigan, Texas et Illinois.Elles comptent 4,437 religieuses professes et 373 novices, et elles élèvent 53,000 jeunes filles.A l\u2019Université catholique de Washington, on les voit souvent avec leur costume dominicain.Elles suivent les cours pour conquérir leurs grades dans les sciences et les arts1, et se mettre en état d\u2019enseigner dans leurs collèges.(Cette Congrégation célèbre forme l'extrême avant-garde de l\u2019enseignement catholique aux Etats-Unis.\u201d dans l\u2019église et dano l\u2019ordre 35 Dans les seules limites de notre province canadienne, ces excellentes! Soeurs recrutent des novices et occupent des postes d\u2019importance à Québec et aux Trois Rivières (avec filiales à la Pointe du Lac, aux Chutes Shawinigan et à Résina) où elles ont charge d\u2019orphelins ou du travail ménager dans des Communautés d\u2019hommes; à Lewiston où la Congrégation de Fancy dirige nos écoles, et à Fall-River où ios unes restent vouées à l\u2019enseignement, tandis que les autres (Dominicaines de la Présentation de Tours) ont fondé et maintenu un magnifique hôpital.J.-D.Brosseau, O.P.DANS L\u2019EGLISE ET DANS L\u2019ORDRE Le Congres de Lausanne (1) Trois mois et demi se sont écoulés depuis la clôture du XVIe Congrès mondial contre l\u2019Alcoolisme et nous voici à plus de trois mille milles de Lausanne, où il s\u2019est tenu.Les échos que nous allons faire entendre pourront paraître un peu lointains et même bien affaiblis.iC'e n\u2019est pas que nous soyons à court de souvenirs, non, loin de là ; mais, vu le temps et la distance, on comprendra que nous soyons, porté a être plus sobre de détails que si nous avions écrit ce comte-rendu au lendemain même du Congrès et pour des lecteurs moins éloignés de Lausanne.* * * * Le XVIe Congrès mondial contre l\u2019Alcoolisme s\u2019est tenu du 22 au 27 août à Lausanne, capitale du canton de Vaud, dans la (Suisse romande ou de langue française.Lausanne, si nous l\u2019avions visitée en touriste, mériterait sans doute une assez longue description.Elle abonde en effet en beaux monuments, les uns anciens, les autres modernes; l\u2019emplacement qu\u2019elle occupe sur trois des collines qui s\u2019élèvent à quelque distance de la rive nord du lac Léman et que relient entre elles de magestueux viaducs est (1) Cette chronique a déjà paru plus détaillée dans la Revue nntialcoolique.L\u2019auteur, le R.P.Jacquemet, fut délégué à ce congrès par les cercles franco-américains \u201cLacordaire\u201d et \u201cJeanne d\u2019Arc.\u201d 36 LA REVUE DOMINICAINE des plus pittoresques; puis, elle a en face d\u2019elle, au sud et au sud-est, le grandiose panorama que lui forment le lac Léman, la riante plaine de la rive sud, avec de gracieux villages, parmi lesquels émergent deux villes d\u2019eaux très fréquentées, Évian-les-Bains et Thonon, et enfin, à l\u2019arrière-plan, les grandes Alpes, (bleues jusqu\u2019à l\u2019altitude des neiges éternelles, qui couronnent leurs sommets.\u2022C\u2019est donc dans cette (belle ville de Lauzanne que se trouvaient réunis pour le Congrès, vers le 21 août, environ cinq cents délégués, représentant une trentaine de Puissances.Les énumérations risquent d\u2019être fastidieuses, tout comme les statistiques ont naturellement quelque chose de l\u2019aridité des chiffres; mais, puisque les chiffres ont parfois leur éloquence, les énumérations aussi peuvent avoir la leur, et c\u2019est le cas, pensons-nous, dans la circonstance présente.(N\u2019est-ce pas en effet une preuve irrécusable et comme tangible de l\u2019ampleur qu\u2019a prise à travers le monde, de notre temps, le problème de l\u2019alcool ou de la lutte antialcoolique; c\u2019est pourquoi nous donnons ci-après la liste des Puissances qui ont envoyé des représentants au Congrès de Lausanne: Saint-Siège, Allemagne, Autriche, Afrique portugaise, Belgique, Bulgarie, Chili, Chine, Danemark, Espagne, Esthonie, Etats-Unis^ Finlande, France, \u2022Grande-Bretagne, Hollande, Hongrie, Islande, Italie, Lichtenstein, Lithuanie, Luxembourg, (Norvège, ([Nouvelle-Zélande, Paraguay, (Perse, (Roumanie, Serbie, Suède, Tchéco-slavaquie, Transvaal et Uruguay.(Notre pays, les Etats-Unis, y comptait pour sa part onze ou douze représentants.* * * Le 22 août, à 10 heures du matin, le Congrès fut solennellement inauguré dans la Cathédrale de Lausanne.Rappelons d\u2019un mot que ce monument national, chef-d\u2019oeuvre d\u2019architecture gothique, remonte au XIII siècle et que la dédicace en fut faite par le pape Grégoire X le 20 août 1215 Le premier orateur fut le Rév.EdwinJ0.Dinwiddle de Washington, Président du Congrès.S\u2019exprimant en français, il expose que la lutte antialcoolique doit être poursuivie et, au besoin, recommencée avec une nouvelle vigueur, dans l\u2019église et dans l\u2019ordre 37 parce que .plusieurs des mesures prises contre l\u2019alcool par quelques nations pendant la guerre ont plus ou moins fléchi.On peut d\u2019ailleurs y aller avec courage et confiance, car bien des expériences déjà faites ont prouvé les multiples avantages de l\u2019abstinence totale pour les nations comme pour les individus.Toutes les sociétés antialcooliques doivent donc continuer la lutte dans une collaboration fraternelle, pour le plus grand bien de l\u2019humanité.iLe second orateur fut Monsieur Schultess, Président de la Confédération suisse, lequel avait bien voulu accepter la Présidence dJHonneur du Congrès.Mous donnons ci-après quelques brefs passages de son discours: \u201cAppelé à ouvrir ce XVIe Congrès international contre l\u2019alcoolisme, je suis heureux de vous souhaiter, au nom du Conseil fédéral suisse, la bienvenue la plus cordiale sur le sol helvétique.Je remercie les gouvernements étrangers et le Saint-Siège, tout en saluant leurs délégués, d\u2019avoir bien voulu accepter notre invitaiton.Ils ont ainsi donné une nouvelle preuve du vif intérêt qu\u2019ils portent à l\u2019idéal qui vous est si cher.\u201cJe salue les hommes de science et les représentants des associations nationales qui, depuis tant d\u2019années, ont soutenu avec une inlassable abnégation, pour le triomphe d\u2019une bonne cause, une lutte ardue, surtout au début, mais je m\u2019empresse de l\u2019ajouter, déjà féconde en succès.'La collaboration entre les délégués de gouvernements, d\u2019institutions scientifiques et d\u2019associations anti-alcooliques me paraît devoir provoquer un nouvel élan, faire naître des idées, des convictions nouvelles et affermir en définitive la volonté de poursuivre dans le monde l\u2019oeuvre à laquelle vous vous consacrez avec tant de dévouement.M.le Dr R.Hercord, Président du Comité d\u2019organi-sation du Congrès, souhaite à son tour la bienvenue aux Congressistes.iSa grande connaissance des langues lui a permis de s\u2019exprimer en anglais, en suédois, en allemand, en italien et en français.On nous dit qu\u2019il en possède encore d\u2019autres.M.le Dr Hercord remercie les autorités fédérales, cantonnales et municipales du précieux concours qu\u2019elles ont bien voulu prêter aux organisateurs du Congrès et de l\u2019honneur que leur présence fait à tous les Congressistes. 38 LA REVUE DOMINICAINE Après M.le Dr Hereord, présentés par lui, vingt-cinq des délégués officiels des Puissances apportent les souhaits de leur gouvernement pour le, succès; du iCongrès et leur adhésion, une certaine adhésion tout au moins, 'à la lutte antialcoolique.L\u2019un d\u2019eux, représentant d\u2019une grande puissance morale, selon l\u2019expression de M.le Dr Hercod, fut particulièrement remarqué de tous, mais surtout des catholiques, c\u2019est M.le 'Commandeur Dr Angelini, délégué du Souverain Pontife.1STous ne manquerons pas d\u2019en parler en- core.* -x- * L\u2019après-midi du 22 août, sous la présidence de M.le Dr P.A.Ming, Conseiller fédéral, s\u2019ouvraient les séances d\u2019études qui devaient se prolonger jusqu\u2019à la fin de la se maine.On allait y entendre lire et discuter de nombreux rapports dans lesquels le problème de l\u2019alcool était étudié sous bien des aspects.iSans nous astreindre à une énumération complète de ces rapports, pas plus que nous n\u2019avons l\u2019intention d\u2019en donner ici des extraits, nous dirons simplement qu\u2019ils traitèrent surtout de l\u2019organisation des recherches scientifiques à faire par les médecins sur l\u2019alcool \u2014- des mesures répressives de l\u2019alcool employées déjà dans différentes nations ou villes, ainsi que des résultats obtenus (Prohibition d\u2019Etat, Option locale, Heure de Police ou fermeture des buvettes à une heure moins tardive, augmentation des impôts sur les boissons alcooliques, contrôle direct de la vente des boissons par l\u2019Etat ou par les municipalités, etc \u2014 de quelques méthodes pour la préservation et le relèvement des buveurs, \u2014 des préjugés anciens, mais encore si vivaces, sur la valeur thérapeutique de l\u2019alcool, préjugés que tous les médecins dignes de ce nom et de cette profession devraient travailler à faire disparaître, (Dr E.Bertholet), \u2014 des énormes avantages é-conomiques (en même temps qu\u2019hygiéniques) qu\u2019il y aurait à préserver de la fermentation les fruits qu\u2019on lui abandonne, voire même qu\u2019on lui livre systématiquement, en d\u2019autres termes, de l\u2019utilisation non alcoolique des fruits (Dr Legrain et Prof.Dr Monti) \u2014 do l\u2019emploi du cinématographe, comme moyen d\u2019enseignement antialcoolique 11; WS i ¦ I I Ai dans l\u2019église et dans l\u2019ordre 39 populaire et très-efficace (M.-J.Méteil et M.'G.Gauvinc, \u2014 des exercices sportifs-, comme moyen de détourner de l\u2019entraînement vers les 'boissons alcooliques ou d\u2019y résister plus énergiquement (M.Riémain), \u2014 de l\u2019organisation de l\u2019enseignement antialcoolique dans les écoles-, etc.etc.'Si l\u2019on voulait de tout cet ensemble de rapports et de discussions, de constatations et de suggestions, dégager un programme pratique, nous croirons pouvoir le formuler à peu près comme il suit: Il faut, en utilisant les découvertes de la 'Science et les constatations -de l\u2019expérience, instruire par tous les moyens possibles des dangers et des inconvénients qu\u2019entraîne souvent l\u2019usage des boissons alcooliques, en même temps que des multiples avantages d\u2019une alimentation où neutre plus aucune dose, de ces boissons, puis faire appel, autant que possible, aux facteurs ou sentiments moraux et religieux, afin -de soutenir encore plus efficacement la volonté contre les entraînements dont elle peut être l\u2019objet- Vers le milieu de la semaine, M.le X)r Herood, Président du Comité d\u2019organisation de ce Congrès, communiqua un télégramme de (S.DE.le 'Cardinal (Secrétaire d\u2019Etat apportant aux Congressistes l\u2019assurance de l\u2019intérêt que Sa iSainteté prenait à leurs travaux, ainsi que ses souhaits et sa bénédiction.L\u2019assemblée se montra très-sensible à cette marque -de bienveillance du Saint-Père, et -de longs applaudissements accompagnèrent cette communication.* * * 'Avant ou après les séances plénières, les seules dont nous ayons parlé jusqu\u2019à présent, il y eut aussi, dans les vastes salies de l\u2019école d\u2019O-uchy, des séances partielles organisées par plusieurs des prieipaux groupes présents à Lausanne.Le groupe des Catholiques y tint deux séances de ce genre, l\u2019une pour tous les catholiques présents, l\u2019autre plus spéciale pour les adeptes de l\u2019abstinence totale.L\u2019une et l\u2019autre, présidées par le vénérable Dr P.-A.Ming, se tinrent sous la Présidence d\u2019Honneur du 'Commandeur Dr Angelini, délégué du (Souverain Pontife.Un télégramme fut envoyé au SainCPère pour lui portetr les hommages particuliers du groupe catholique.Des indications données à Lausanne, il s\u2019en suivrait 40 LA REVUE DOMINICAINE qu\u2019il y a environ deux millions de catholiques enrôles dans les sociétés d\u2019abstinence totale.C\u2019est dans la séance des abstinents que le Directeur des Cercles eut l\u2019honneur d\u2019être invité à parler d\u2019eux et de leur oeuvre en présence du délégué du Souverain Pontife.Le Commandeur Dr Angelini, comme, du reste, tous les Congressistes présents écouta ce rapport avec beaucoup d\u2019attention et parut y trouver quelque intérêt.C\u2019est avec une grande bienveillance qu\u2019il voulut encore entendre parier des Cercles, soit dans une audience privée accordée au signataire de ces pages, à la suite de la séance que nous venons de rappeler, soit dans un entretien particulier, sous la véranda du Royal1 Hôtel, au coursi de la soirée du 26 août.Votre serviteur en profita pour s\u2019acquitter d\u2019une mission dont il était chargé et pria le Délégué de vouloir bien porter au Saint Père les respectueux hommages de religieuse obéissance, de profonde vénération et de filial attachement des membres des Cercles, puis de demander pour eux et leur Société la bénédiction de Sa (Sainteté.Il fut très-bien accueilli par le distingué et charmant Délégué, et il put bientôt constater que demande et hom- mages avaient été transmis fidèlement.Une lettre de Son Eminence le Cardinal Gasparri, iSecrétaire d\u2019Etat, ne tardait pas à lui annoncer officiellement que Sa Sainteté Benoit XV avait reçu avec plaisir les hommages des membres des Cercles, qu\u2019il approuvait hautement leur oeuvre et qu\u2019il voulait bien leur accorder la Bénédiction Apostolique * * * Outre l\u2019intérêt qui découle des rapports officiels et des discussions qui les suivent, un grand avantage de cos Congrès, de l\u2019avis de tous ceux qui ont pu y prendre part, c\u2019est de fournir aux militants de la lutte antialcoolique l\u2019occasion de sie connaître, de causer dans l\u2019intimité et de se communiquer par là des renseignements et des encouragements plus précieux peut-être que ceux que l\u2019on peut recevoir au cours des séances.L\u2019occasion de causer avec Lun ou 'l\u2019autre des Confrères se présenta plusieurs fois avant ou après les séances, sans doute, mais surtout au cours des trois charmantes récréations qui furent si délicatement ménagées aux Congressistes!, savoir : la réception au casino de Montbenon par la ville de Lausanne, le 22 août, l\u2019excursion en bateau sur Cî; DANS l\u2019ÉGLISE^ET DANS l/ORDRE 41 le Lac Léman, avec arrêt à Eyon, pour visiter l\u2019antique château et la fabrique de poteries artistiques, et la réception oro-anisée aux Royal Hôtel le 26 août par la générosité d\u2019un industriel suisse.INous ne terminerons pas ce modeste compte-rendu sans mentionner que l\u2019on pouvait visiter à Lausanne, tout à côté des salles du -Congrès, deux expositions très-intéressantes: celle des publications populaires relatives à la propagande antialcoolique et celle d\u2019un certain nombre de produits sans alcool tirés des fruits.De la première, à laquelle on ne .pouvait guère s\u2019empêcher de s\u2019attarder et de revenir, on emportait la conviction que la lutte ^antialcoolique se poursuit avec plus d\u2019activité et dans beaucoup plus de pay® -qu\u2019on ne le pense généralement.De la seconde, qui avait comme annexe un débit -de ces délicieux produits sans alcool, on emportait cette autre conviction fortifiée par des expériences personnelles, qu\u2019il y a tout avantage pour le plaisir du goût aussi bien que pour l\u2019hygiène, la santé, à préserver de la fermentation et par suite de l\u2019alcoolisation les fruits et les divers produits que l\u2019industrie en peut tirer.Pour la plupart d\u2019entre nous, le Congrès se termina effectivement avec la séance du samedi matin, dite séance administrative.\u2014 A.Jacquemet, O.P.Senex et Pierre l\u2019Ermite Pierre l\u2019Ermite a écrit, dans la Croix du 10 octobre 1921, un article qui reste bien dans sa trépidante manière, mais qui exigeait beaucoup trop de réflexion .et d\u2019étude pour un écrivain aussi pressé et dispersé.C\u2019est intitulé: Laquelle des deux?Lisez: laquelle des deux formes de vie sacerdotale, la régulière ou la séculière, un jeune homme par ailleurs décidé à recevoir la prêtrise, doit-il embrasser ?On le voit, la question déborde les cadres du journalisme, puisqu\u2019elle englobe le traité des états yarticuliers et tout le problème de la vocation.Sans doute l\u2019auteur, en optant pour le sacerdoce séculier, s\u2019est placé sur le terrain des faits, devant une société en reconstruction; mais la mise en scène et le ton du morceau font appel à des théories plus vastes, et pour un peu nous assiste- \\ 42 LA REVUE DOMINICAINE rions à une antre querelle des vertus passives.Au surplus je nie au brillant journaliste le droit d\u2019envisager ici, exclusivement, la question d\u2019opportunité.La vie religieuse n\u2019est pas dans l\u2019Eglise une floraison accidentelle qui aurait fait, à diverses époques, la gloire de cet arbre.Elle est le fruit même auquel on reconnaît l\u2019arbre, aux périodes de restauration, comme aux ères de fondation.Toujours il y aura dans l\u2019Eglise des fonctions diverses et des dons opposés, in eodem spiritu.!I1 faut Iqu\u2019on voie sans cesse Marthe et Marie aux côtés du Sauveur, comme à Béthanie.Et 1 es sublimes états qu\u2019elles figurent, ce n\u2019est pas la crise religieuse ou nationale d\u2019un pays qui pourrait en détruire l\u2019essentielle hiérarchie.'\u201cLa vie monastique est dans d\u2019Egli-se, après l\u2019épiscopat, la valeur première; il n\u2019appartient- à personne de le nier.\u201d Ainsi parle \u201cSenex\u201d, la rédacteur du mot d\u2019ordre, à la Revue des Jeunes, dans une \u201créponse\u201d où la fermeté doctrinale va de pair avec une exquise courtoisie.Pierre l\u2019Ermite ayant donc semblé méconnaître la diversité des appels d\u2019en haut, le vieillard (?) thomiste souffre mal ces appels d\u2019en bas, \u201cclaironnants et indistincts, adressés là qui que ce soit, pour quoi que ce soit.\u201d Pour ce qui a rapport à la variété des aptitudes, Pierre l\u2019Ermite réclame surtout des catéchistes en tenue de travail, prêts à toutes les besognes, dans les paroisses ou dans les patronages à forte envergure.Et le mansiuet vieillard de répondre: \u201cL\u2019homme qui est fait pour la solitude ou pour les \u201cgrands éclats qui de là parfois s\u2019échappent comme l\u2019éelai: \u201cde la nuit, cet homme sera bien gauche près des gosses de la Butte.Inversement, l\u2019abbé apte au foot-ball et catéchiste entraînant sera peut-être emprunté devant un lutrin gothique, ou >à Aotre-Dame, dans la chaire que Lacor-\u201cdaire illustra.\u201d Faudra-t-il, sous prétexte que \u201cla Chine commence au pied de Montmartre,\u201d supprimer la grande louange liturgique et le ministère de la haute prédication?Quant à l\u2019autre ministère, la besogne \u201caux manches retroussées,\u201d on rappelle au curé-journaliste l\u2019aide efficace fournie par les religieux avant-, pendant comme après la guerre.Relisons maintenant Laquelle des deux?et posons une nouvelle question: Que reste-t-il de toute cette doctrine en tableaux?Réponse: ce qui reste aujourd\u2019hui du pollen des fleurs dans nos jardins.U U dans l\u2019église et dans l\u2019ordre 43 Itpli: ffil- iyl ml sit jbi 13 05-\u2014 1 B I De même au Canada, il y a des journalistes en soutane \u201cqui n\u2019ont pas lu le Contra impugnantes Beligionem et dont la doctrine thomiste ne soutient pas les colonnes.\u201d Autrement ils eussent hébergé bien d\u2019autres articles do Pierre l\u2019Ermite avant celui-là.Je leur conseille au moins de lire, puis de reproduire, \u2014 si leur provision de zèle n\u2019est, pas en fuite, \u2014 l\u2019article liminaire de la Revue des Jeunes, dans la livraison du 10 novembre 1921.Un toast au Pape Pierre l\u2019Ermite assistait au banquet de clôture du XXVile 'Congrès général de la Donne Presse, quelques jours seulement après la publication de son article: Laquelle des deux?Là il put entendre le P.P.Janvier magnifier toutes les deux dans le toast au Pape, qu\u2019on lui réserve chaque année.Voici en quels termes la Croix du 15 octobre annonce ce discours dont elle publie le texte sténographié: Ce fut d\u2019abord le R.P.Janvier qui porta, comme chaque année, la santé du Pape.Nos lecteurs admireront en quel magnifique langage.Puissent-ils évoquer la parole ardente, la puissante conduction.le geste sobre et ferme, la voix prenante du conférencier de Notre-Dame.Ils comprendront mieux encore l\u2019émotion enthousiaste de l\u2019assistance et les applaudissements qui hachèrent le toast du P.Janvier, et les ovations sans fin qui le remercièrent en même temps qu\u2019elles saluaient le bien-aimê Pontife si digne de l\u2019hommage éclatant qni venait de lui être rendu.Et voici la partie principale du discours: Nous appartenons ici à trois catégories de Français : les prêtres, les religieux, les laïques.Demandons à Dieu de multiplier les bons prêtres, de multiplier les bons religieux, de multiplier les journalistes sincères, compétents, intelligents, dévoués.Le Pape ne manque pas, dès qu\u2019il en a l\u2019occasion, de dire par quels tendres liens il est attaché au clergé, à ces prêtres de nos grandes villes qui si souvent meurent à.la tâche, et je ne crains pas de la dire, meurent au printemps de leurs années comme des martyrs.(Appl.) Oes prêtres de nos grandes villes qui, chargés de paroisses, lourdes comme des diocèses, voient s\u2019abréger leurs années, en faisant an bien que ceux-là seuls peuvent comprendre qui assistent à leurs efforts.Lorsque S.Em.le cardinal Dubois est venu à Paris, il m\u2019a dit un jour : \u201cje suis stupéfait des bonnes oeuvres qui existent dans la capitale ! Je ne soupçonnais pas que le diocèse de Paris fût un diocèse si excellent!\u201d Proportions gardées, cela se reproduit dans toutes nos grandes villes de France.Mais le Souverain Pontife est uni aussi par toutes les fibres de son coeur à cet humide prêtre qui, seul, entouré d\u2019hostilités, vit sans bonheur humain, nans consolation terrestre, et qni, cependant, dans nos campagnes, 3st le seul champion, le seul vrai champion de l\u2019ordre, de la mora- 44 LA REVUE DOMINICAINS le, de la fraternité et de la religion: le curé de nos villages et de nos hameaux.(Appl.) Le Souverain Pontife a voulu témoigner aux Ordres religieux sa sympathie.Dernièrement, en s\u2019adressant à deux d\u2019entre eux, il s\u2019adressait à tous: il s\u2019adressait à la Congrégation qui par son initiative hardie a fondé les oeuvres que nous applaudissons, les Augustins de l\u2019Assomption.Il témoignait à l\u2019OHdre de Saint-François et à l\u2019Ordre de Saint-Dominique, par des expressions d\u2019une bienveillance extrême, la reconnaissance pour le bien que ces Ordres avaient fait pendant sept siècles, il leur a dit qu\u2019ils étaient plus nécessaires aujourd\u2019hui que jamais et qu\u2019il fallait travailler à leur rendre leur puissance avec tout leur éclat.(Appl.) Le P ERE Voste L.5 II1 Une affluence extrêmement, nombreuse de professeurs et étudiants des Universités romaines se pressait le 15 novembre au Vatican, à la soutenance de la thèse présentée pour le doctorat biblique par 'le P.Vosté, Dominicain, professeur au 'Collège Angélique, en présence des cardinaux Van Possum, président de la Commission biblique, et Gas-le P.Theisslimg, général des Dominicains, on remarquait quet, président de la Commission de la Vulgate.Outre aux premiers rangs de F assistance Mgr de la Porte et le Père Abbé de Solesmes.Le P.Vosté résuma à grands traits, .sa thèse consacrée à Fépître de saint Paul aux Ephésiens.Mgr Janssens, secrétaire de la Commission biblique, fit l\u2019éloge du travail du candidat, qui n\u2019est point, dit-il, une simple thèse, mais une oeuvre de grande valeur scientifique.Après consultation du jury, le cardinal président proclama le P.Vosté docteur ès-seiences bibliques, avec la seule mention décernable.On écrit de Rome que les cours ont repris avec entrain à F Angelico, et que \u201cla ruche est pleine à déborder.\u201d Nouvelles Diverses \u2014La ville de Recev-sur-Ource (Côté d\u2019Or), à l\u2019instigation de son maire, M.Morat, se propose d\u2019ériger une statue à la mémoire du Père Lacordaire, né dans cette ville.A propos du fameur orateur, le R.P.Pierre Guilloux, dans les Etudes du 20 novembre, nous apprend qu\u2019Ernest Hello, précurseur en l\u2019instance du goût contemporain, prisait fort peu l\u2019oeuvre écrite de Lacordaire.\u201cL\u2019auditeur enthousiasmé des Conférences devenait leur impitoyable lecteur,\u201d et sa critique reflète admirablement cette double impres- û U j l'fiffi, m ( ¦u Ur U.fjiï: Ui Bp, 4 k I]] dans l\u2019église et dans l\u2019ordre 45 % ©s mm fs lit * jffi » 111::: it \\ sion.Tout de même, entendre l\u2019auteur des Plateaux de la balance reprocher au biographe de saint Dominique son manque de simplicité !.\u2014En janvier 1922, doit paraître au Havre, une revue mensuelle illustrée: Les Missions dominicaines.Prix de l\u2019abonnement: 10 francs.'Adresse: 9, rue des Ormeaux.\u2014Une nouvelle église, sous le vocable de 'Saint-Dominique, a été bénie solennellement le 7 octobre, là Paris, rue de la Tombe-Issoire.\u2014Le 31 octobre, les T.R.P.Janvier et Rutten, au cours de solennités organisées à Madrid en l\u2019honneur de :S.Dominique et du Dante, ont donné au Théâtre Royal des Conférences en présence du roi' et de la famille royale.Le T.R.P.Janvier a été ensuite reçu par Alphonse XIII.A son retour en France, il communiqua ses impressions de voyage, dans une causerie au dîner mensuel de la Corporation des Publicistes chrétiens.\u2014A l\u2019occasion du 1er centenaire de l\u2019indépendance du Pérou, le président de la République a offert à l\u2019église St-Dominique de Lima, pour la statue de XotreéDame du Rosaire, un magnifique sceptre d\u2019or sur lequel est gravée l\u2019inscription suivante: Offrande à la Patronne du Pérou, Notre-Dame du Rosaire.Le Président de la République, Senor Auguste B.Leguia.En le premier centenaire de la patrie.Lima, le 28 juillet 1921.\u2014Xous devons un cordial merci au révérend Père A-délard Dugré, s.i., pour son article paru dans le \u201cMessager\u201d de décembre et intitulé: \u201cLe septième centenaire de saint Dominique.\u201d \u2014Le T.R.P.Paul-Arsène Roy, frère de Sa Grandeur Mgr Paul-Eugène Roy, Auxiliaire de Québec, a été nommé \u2019Supérieur de notre Maison vicariale de Lewiston (Maine), en remplacement du T.R.P.Marie-Joseph Archambault, dont le second terme d\u2019office venait d\u2019expirer.\u2014Le R.P.Jean-Dominique Déziel a été assigné à notre Maison vicariale de Hotre-Dame de Grâce, Montréal.M.-A.L. RECENSIONS Mgr J.-M.Emard \u2014 \u201cOeuvres pastorales\u201d \u2014 T.I.(1892-1900) 350 p.Pierre Téqui, 82, rue Bonaparte, Paris, 1921.En nous Adressant \u201cle premier exemple envoyé à un périodique canadien\u201d, le distingué auteur insiste pour obtenir de son volume une simple mention, veuve de commentaire.Monseigneur a mille fois raison ; mentionner une publication d\u2019évêque, c\u2019est déjà signifier qu\u2019elle abonde en saine doctrine catholique; ajouter que cet évêque est celui de Valleyfield, c\u2019est prévenir d\u2019emblée le lecteur qu\u2019il va pouvoir se promener, \u2014 comme on fait sous les cèdres de Port Lewis, \u2014 côte à côte avec un esprit de vaste culture, attentif aux besoins religieux de son époque.Bornons-nous donc à souligner ce fait d\u2019une édition étrangère des oeuvres de Mgr Emard.C\u2019est un geste patriotique en dépit des apparences.On se plaint sans cesse, par voie de lettres, conversations, journaux ou périodiques, d\u2019être aujourd\u2019hui comme hier inconnus ou méconnus à l\u2019étranger.L\u2019éditeur parisien non seulement expose en vitrine les produits de sa maison, mais les propage de toutes manières: par les catalogues, les prospectifs, les hommages.Il dirige ainsi l\u2019attention de sa clientèle vers notre pays, vers d\u2019autres livres et d\u2019autres écrivains.Finalement ce .sont nos libraires et nos éditeurs qui devront bénéficier de ce recours aux ateliers typographiques de France.Et voilà.\u2014M.-A.L.Üfrô » iiïtf lu rte h Lise ¦ pli we: R.P.M.-A.Janvier \u2014\u201cLa vertu de tempérance\u201d -Carême 1921.P.Lethielleux, 10, rue 'Cassette, Paris, 1921.Prix: 8 francs.C\u2019est chaque année pour nous un véritable plaisir d\u2019annoncer, dès qu\u2019il paraît, le volume dans lequel l\u2019éminent conférencier de Notre-Dame reproduit et fixe pour la postérité les discours qu\u2019il a prononcés au cours de sa station de Carême.L\u2019oeuvre monummentale qu\u2019il construit sur \u201cla morale\u201d ira de pair avec celle que son illustre prédécesseur, le P.Monsabré, avait édifiée sur \u201cle dogme\u201d, et les deux réunies constitueront, pour l\u2019honneur de Notre-Dame de Paris et de l\u2019Ofdre dominicain, un magnifique exposé de la doctrine catholique.Cette année, le P.Janvier avait été amené par le développement normal de son programme à traiter de la vertu de \u201ctempérance\u201d.Prédication singulièrement opportune en ces années d\u2019après-guerre pendant les quelles la moralité générale a subi un si scandaleux fléchissement.L\u2019éloquent Dominicain ne se contente du reste pas de stigmatiser le mal et de proclamer la doctrine.Ce devoir, il le remplit pleinement, certes.Toute la deuxième conférence \u2014 en faisant la part des plaisirs permis par la loi divine \u2014 dénonce avec netteté et fermeté l\u2019immoralité, le péril et le scandale des plaisirs défendus.* La troisième précise le devoir de l\u2019abstinence et la quatriè- [ïim: it 4 l'iis r?ïu> < îiî( RECENSIONS 47 me celui de la chasteté, en des pages où les consciences droites seront heureuses de trouver une direction précise et juste, également éloignée de tout extrême, soit dans le mariage, soit en dehors de lui.Mais le P.Janvier, tenant à gagner ses auditeurs à cette doctrine, un peu dure à la nature, s\u2019élève dans les hautes régions des attraits surnaturels.Il fait rayonner la splendeur de la beauté spirituelle, l\u2019admirable dignité de la grandeur morale; saint Augustin, Bossuet.Massillon, saint Paul, Notre-Seigneur Jésus-Christ surtout apparaissent devant nous pour attirer vers ces hauteurs, nos esprits et nos coeurs.Méthode d\u2019exposition très heureuse, car on ne fait bien que ce qu\u2019on fait par amour.Le P.Janvier veut nous faire aimer la vertu.La Croix.\tFbanc.K.P.Alexis,, O.M.O.\u201cHistoire de Limoilou\u201d \u2014 Brochure de 125 p.lmp.de VAction Sociale, Québec, 1921.L\u2019auteur avait projeté d\u2019écrire une simple monographie de la paroisse de Limoilou, à l\u2019occasion du vingt-cinquième anniversaire de sa fondation.Comme il arrive souvent au cours de semblables entreprises, l'abondance des documents, leur intérêt gradué, sans compter les conseils d\u2019amis, l\u2019amenèrent peu à peu à élargir son plan primitif.Ce qu\u2019il nous offre en réalité, c\u2019est une histoire de cette partie de la Seigneurie de Notre-Dame des Anges où se trouvent les trois paroisses de St-Charles, de St-Francois d\u2019Assise et de St-Zêphirin de Stadacona.Et c\u2019est bourré de faits et de chiffres, pas toujours indispensables, mais intéressants, comme tout ce que raconte le bon Père dans ses bouquins et.ailleurs.Ajoutons que le narrateur, \u2014 privilège de famille ou personnel apanage, \u2014 transpose aisément dans ses écritures un pur style de conversation.O beata simplicitas, o simplex beatitudo! M.-A.L.Almanach de la langue française L\u2019Almanach de la Langue française vient de paraître sous une pimpante toilette, bourré de texte inédits et variés et de pas moins de cinquante illustrations.Les rédacteurs l\u2019ont voulu clair, sérieux et attrayant.Il pourra rivaliser avec les meilleures publications du genre.Sa couverture est particulièrement jolie.Un artiste a représenté notre belle langue sous les traits d\u2019une jeune moissonneuse, les gras chargés d\u2019une gerbe d\u2019épis, et chantant a pleine gorge.Cette gravure imprimée en deux couleurs vaut le prix le l\u2019Almanach.L\u2019Almanach se divise en six parties.Dans la première se trouve un calendrier complet, avec douze encadrements appropriés à chacun des mois et toute une collection de citations intéressantes.La langue française fait les frais de la deuxième partie.Ensuite viennent: la \u201cVie religieuse et sociale\u201d, la \u201cVie Nationale\u201d, la \u201cVie littéraire et artistique\u201d et la \u201cVie économique\u201d.On le voit l\u2019Almanach touche à toutes les questions capables d\u2019intéresser un Canadien-français.Les rédacteurs y ont introduit plusieurs sujets d\u2019architecture et d\u2019art, parce que voilà des choses dont il faut 48 LA REVUE DOMINICAINE que nous nous occupions de plus chez nous.A noter quatre caricatures très amusantes, signées par Letondal.Pour la septième fois, cette publication se présente devant le public.Nous avons confiance qu\u2019elle y rencontrera le même accueil sympathique que les années passées, \u2014 qui sait un accueil peut-être encore plus chaleureux.L\u2019Almanach de la Langue française est en vente chez tous les libraires depuis le 20 novembre au prix de 25 sous.On peut se le procurer en quantités à l\u2019Action française, 369, rue St-Denis, Montréal.\u201cL\u2019organisation Professionnelle\u201d L'Ecole Sociale Populaire, dont ou a annoncé dernièrement la réorganisation, vient de publier une des plus importantes brochures de sa collection.Elle traite du sujet si actuel de Vorganisation professionnelle, en particulier chez les ouvriers.Elle en indique la légitimité, mais aussi les limites.Tant d\u2019erreurs ont cours sur ce sujet, tant d\u2019exagérations se font entendre qu\u2019il était opportun qu\u2019une voix autorisée comme celle de l\u2019éminent théologien de l\u2019université Laval, Mgr Paquet, exposât les principes catholiques et les appliquât à notre situation actuelle.Tous ceux qui s\u2019intéressent a cette question vitale de l\u2019organisation professionnelle du syndicalisme, trouveront dans ces pages la doctrine qui leur permettra de voir clair et de marcher droit.Elles seront aussi utiles aux hommes politiques et aux hommes d\u2019oeuvres qu\u2019aux patrons et aux ouvriers.La brochure ne se vend que 15 sous l\u2019unité.On peut aussi s\u2019abonner à cette collection au prix de $1.50 pour l\u2019année.S\u2019adresser à l\u2019Ecole Sociale Populaire, 1300, rue Bordeaux, Montréal.u La Venerable Mere D\u2019Youville\u201d Le mois de décembre 1921 marque le deuxième centenaire de la naissance d\u2019une des femmes les plus illustres du Canada, la fondatrice de la ' Congrégation des Soeurs Grises, la vénérable Mère d\u2019Youville.C\u2019est notre devoir de célébrer dignement cet anniversaire.La Ligue d'Action française avait préparé pour le 12 décembre une grande soirée ou un conférencier de renom redit les vertus et l\u2019oeuvre de la sainte fondatrice.De son côté VOeuvre des Tracts a voulu contribuer à cette célébration.Elle vient de publier une élégante plaquette due à la plume de l\u2019abbé Emile Dubois, du séminaire de Ste-Thêrèse, où est racontée, en des pages vivantes, la vie de la Vénérable Mère d\u2019Youville.C\u2019est une brochure à répandre dans tous nos foyers.Faire connaître les grandes figures de notre histoire, c\u2019est attacher davantage la génération actuelle à l\u2019esprit et aux vertus de 1a.race.Superiorum permism De liceniia Ôrdinarii "]
de

Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.

Lien de téléchargement:

Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.