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Titre :
Revue dominicaine
Éditeur :
  • St-Hyacinthe :Couvent de Notre-Dame du Rosaire,1915-1961
Contenu spécifique :
Janvier
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Rosaire
  • Successeur :
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Revue dominicaine, 1923-01, Collections de BAnQ.

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[" IIAiiO NUMÉRIQUE Première(s) page(s) manquante(s) ou non numérisiée(s) Veuillez vous informer auprès du personnel de BAnQ en utilisant le formulaire de référence à distance, qui se trouve en ligne : https://www.banq.qc.ca/formulaires/formulaire reference/index.html ou par téléphone 1-800-363-9028 Bibliothèque et Archives nationales Québec EJ ES ES ES J %/J?v\t2b Revue Dominicaine Publiée mensuellement XXIXeANNEE-SECONDE PERIODE 1923 ^ V Souvent de Hotre*Dame du Rosaire Saint 'H?acintlte ARCHIVES DE I_A Province de Québec b ' » N; ( i Sù m rnr**r*' IMPRIMATUR A.-X.Epus Saneti Hyaeinthi u/ .- > NOS REVUES CANADIENNES Malgré les efforts de nombreux savants, les paroles suivantes du Père Gratry : \u201cL\u2019exposition des sciences en langue vulgaire est l\u2019un des plus pressants devoirs des spécialistes et des amis de l\u2019humanité,\u201d offrent encore, après soixante-dix ans le cachet de l\u2019actuel.On y ajoute aujourd\u2019hui cette réserve que la vulgarisation, le mot comme la chose, comprend divers degrés et nuances.Il est certain que la physique amusante ne rend aucun service aux théories d\u2019Ampère et que le catéchisme en images ne fait point progresser la théodicée.A un degré supérieur, qui niera que la pénétration mutuelle des lettres et des sciences ait rehaussé le niveau spirituel et enrichi considérablement le patrimoine des peuples f Et dans notre pays qu\u2019on sent affamé de culture, qui niera que la haute vulgarisation des sciences religieuses ou profanes soit un gage de prompte et solide réussite ?C\u2019est le but avoué que poursuivent ici différents périodiques.Ne dites pas que ce but sera mieux atteint par la lecture exclusive des revues d\u2019Europe, si bien conduites, rédigées et informées qu\u2019on les suppose.Il est tel problème local qui ne sera convenablement élucidé que pur des organes locaux.Il est telle connaissance du milieu et des caractères qui manquera toujours aux vulgarisateurs de là-bas.Puis le zèle patriotique, à défaut de l\u2019intérêt, devrait suffire à stimuler une protection efficace des revues du terroir.Combien d\u2019autres produits exotiques ont incontestablement plus grande 'valeur que les nôtres ! Achetez-vous sans exception des jouets de Nuremberg, des dentelles de Bruges, ou des cosmétiques de Paris ?Les livres également sont mieux avenants en terre étrangère.N\u2019avons-nous pas eu deux fois la Semaine du livre canadien ?Et cette année 191213 ne devrait-elle pas être r Année de la revue canadienne ?C\u2019est particulièrement le souhait que j\u2019adresse à notre organe et à ses futurs lecteurs, tout en réitérant à sa clientèle d\u2019aujourd\u2019hui Vexpression de notre profonde gratitude et de notre entier dévouement.\t« Pra Domenico Revue Dominicaine, janvier 1923, LA CONTRAINTE SCOLAIRE Qui donc a dit qu\u2019en France, il fallait refaire à tous les cinq ans la question de l\u2019Inquisition ! Serait-ce exagéré de revenir de temps à autre sur notre question de la contrainte scolaire ?Cte projet reste dans- l\u2019air.d\u2019après certains signes.Il semble attirer de nouveau ceux que rebuta naguère un premier échec.Puis rappeler que l\u2019instruction des enfants peut devenir légalement obligatoire, n\u2019est-ce pas une façon de stimuler les négligents vers le progrès scolaire ?Ce problème nous présente deux aspects fort différents : lo l\u2019Etat a-t-il le droit de faire une loi de contrainte scolaire ?2o l\u2019Etat ferait-il bien dans notre Province de Québec de légiférer en ce sens f Nous ne voulons pas traiter indéfiniment la question de principe.-Cependant nous ne pouvons passer sans rappeler la solution que nous avons déjà adoptée dans cette revue.(1) L\u2019Etat a le droit de rendre la fréquentation de l\u2019école obligatoire ; mais pour que ce -droit puisse s\u2019exercer légitimement, il -est requis la présence de deux conditions : lo que dans un pays donné l\u2019instruction au moins primaire soit une nécessité de bien- commun ; 2o que les- parents1 2 3 refusent ou négligent de procurer -à leurs enfants- cette instruction primaire.Cette doctrine a été exposée en quelques pages bien claires dans VAmi du Clergé, nous1 y référons nos lecteurs, (2) Elle est- affirmée avec grande autorité par le Père F.-X.Wernz, S.J.\u201cL\u2019Eglise, dit-il, n\u2019a pas coutume de réprouver les lois- civiles par lesquelles les parents sont forcés d-e procurer à leurs enfants le degré d\u2019instruction élémentaire sans lequel il y aurait négligence de leur part.\u201d Et le savant canoniste romain fait remarquer que ce n\u2019est pas lià ce qu\u2019on appelle le monopole scolaire.(3) Mais le (1)\tNo de mars 1922.(2)\tAmi du Clergé, 1922, No 1, cité par le Rev.dom., mars 1922.(3)\tF.-X.Wemz, Jus Decretalium, Tome III, p.58.Rome, 1908. LA CONTRAINTE SCOLAIRE 5 croiriez-vous ?On trouve exactement la même doctrine dans la Somme Philosophique de Zigliara, que tout le monde peut si aisément consulter : tant il est vrai que pour la plaie d\u2019ignorance, comme pour tant d\u2019autres maladies, on a souvent le vrai remède à côté de soi sans le savoir.Répondant à une objection qui pose comme un fait reconnu le droit de l\u2019Etat d\u2019imposer l\u2019instruction aux enfants, le bon cardinal fait remarquer le danger de l'abus,\u2014sous prétexte d\u2019instruction Obligatoire l\u2019Etat peut en venir à imposer l\u2019instruction laïque, \u2014 mais malgré cela, il concède que théoriquement l\u2019Etat a le droit d'imposer 1 instruction.(4) La solution que nous avons donnée à la question de principe peut donc nous paraître bien justifiée.\u2018Mais elle nous conduit logiquement à aborder aujourd\u2019hui la question pratique de l\u2019opportunité : L\u2019Etat ferait-il bien d\u2019imposer la contrainte scolaire dans notre Province de Québec ?* * ¦* ISTous ne craignons pas d\u2019affirmer que ce serait ni plus ni moins, une mauvaise loi.Pour qu\u2019une loi de contrainte scolaire soit bonne et justifiée, il faudrait tout d\u2019abord que sa nécessité ait été solidement établie.Ce n\u2019est pas une utilité quelconque, et peut-être problématique, qui peut justifier l\u2019imposition d\u2019une nouvelle loi.C\u2019est lia chose trop grave, et il faut donc un motif proportionné, une nécessité bien reconnue.Or cette nécessité de la contrainte scolaire dans notre Province, n\u2019est pas prouvée.C\u2019est plutôt le contraire qui est manifeste : je veux dire, le succès du régime de liberté.Cette preuve a été faite, et victorieusement, par M.Magnan, dans un récent ouvrage.(5) Et, d\u2019après cette consciencieuse publication, nous pouvons affirmer : lo que le coût des constructions scolaires s\u2019est élevé dans l\u2019espace de dix ans (1000-1916) de $002.903 à $2.406.485.(page 14) 2o que le nombre des institutrices catholiques s\u2019est élevé de 1.273 à 2,203 (p.15) (4)\tTh.-iM.Zigliara.Summa Philosophica, Tome III, p.250, Paris, 1919.i\t!\t1\t: _¦ (5)\tC.-J, Magnan, Instruction obligatoire, Québec, 1919. 6 LA REVUE DOMINICAINE 3o que, pour l\u2019année 1916-17, si l\u2019on calcule P assistance scalaire d\u2019après le nombre des.enfants de 5 \u2019à 16 ans, on atteint le chiffre de 8-5% de la totalité, et si l\u2019on calcule d\u2019après le nombre des enfants de 7 à 14 ans., on atteint le chiffre de 95% du total, (p.19) Une récente statistique (8 nov.19)20) publiée dans la Presse s\u2019accorde suffisamment avec l\u2019exposé de M.Magnan.On a fait les calculs d\u2019après le nombre d\u2019enfants de 5 à 18 ans et l\u2019on atteint ainsi le chiffre de 78.60%.La majorité des absents doit se prendre, chez les petits, de 5 à 7 ans et chez les grands, de 14 à 18 ans.'On a eu soin de faire remarquer, du reste, qu\u2019il faut ajouter le nombre des grands élèves qui fréquentent les écoles normales, les collèges classiques, etc., pour avoir un pourcentage plus juste de la fréquentation des écoles primaires.Est-ce que l\u2019on n\u2019atteindrait pas ainsi, pour les enfants de 7 à 14 ans, le chiffre de 90% \\ Et alors, s\u2019il n\u2019v a dans notre Province qu\u2019une dizaine d\u2019enfants sur cent qui ne fréquentent pas l\u2019école, et si sur ces dix, trois ou quatre peuvent avoir de graves raisons de rester à la maison, n\u2019est-il pas démontré que l\u2019appel aux meilleurs sentiments des parents a fait son' oeuvre ?que l\u2019intelligence du peuple est ouverte aux intérêts de l\u2019instruction primaire ?Et comment donc une loi de contrainte pourrait-elle être nécessaire ?Comment serait-elle nécessaire quand, cette année même, le district nord de la ville de Montréal réclame soixante classes de plus pour loger convenablement ses élèves inscrits1 ?(6) Ce n\u2019est pas une loi de fréquentation qui est nécessaire, ce sont des constructions d\u2019écoles, ce sont des classes.Donc, d\u2019après les statistiques, la nécessité d\u2019une loi de contrainte est loin de s\u2019imposer.Il reste à vrai dire un certain nombre de parents négligents et d\u2019enfants indociles ; une loi de contrainte scolaire serait-elle nécessaire pour le plus grand bien de ce petit nombre ?U faudrait le concéder, semble-t-il à première vue.Mais un grand théologien, saint 'Thomas, nous empêche (6) La Presse, 26 sept.1922, p.4. LA CONTRAINTE SCOLAIRE 7 (Taller si vite.Il avertit, en effet, le législateur de ne pas porter une loi quand il est possible de mouvoir les volontés par la persuasion (7).De plus, il fait remarquer que la loi ne doit pas viser à supprimer toute espèce de mal, et tout à coup (8).Or est-ce que chez nous lo persuasion ne peut pas accomplir ce qui manque (à la perfection de l\u2019assistance scolaire ?Pour en douter il faudrait méconnaître, d\u2019une part, la droiture de conscience de notre peuple et sa.docilité 'à ses prêtres, et, d\u2019autre part, le dévouement de notre clergé pour l\u2019instruction, l\u2019intérêt primordial qu\u2019il porte à l\u2019école.1ST on, notre peuple n\u2019est pas réfractaire à la.persuasion.Les avertissements des prêtres, et de tous les bons guides sociaux, leurs conseils et leurs exhortations, sont reçus autrement que la semence qui tombait sur la pierre du chemin.La bonne semence produit ses fruits dans l\u2019âme de nos can adi en s-français catholiques ?'Et nous ne manquons certes pas de vaillants semeurs.Ce n\u2019est pas depuis hier, qu\u2019après les grandes et petites vacances, ils exhortent avec chaleur les parents à envoyer leurs enfants à l\u2019école, et bien régulièrement, et à l\u2019heure marquée.Par toute la Province les annonces de nos curés, à cette époque de l\u2019ouverture des classes, sont un cri de guerre à l\u2019ignorance.¦ Ils répéteraient volontiers, au sujet de l\u2019instruction primaire, ce que disait autrefois Monseigneur Darbpy, archevêque de Paris: \u201cCe qui me fait peur ce n\u2019est pas la 'force des esprits, mais leur faiblesse, ce n\u2019est pas la science, mais l\u2019ignorance\u201d.(9) Que ne pouvons-nous pas espérer de l\u2019influence de notre clergé pour convaincre et faire marcher les négligents ?Ajoutons, comme il convient, l\u2019influence de la presse, Les journaux sont reçus dans presque 'tous les foyers, aujourd\u2019hui ; qu\u2019ils prêchent donc opportune et importune, la nécessité de fréquenter les1 écoles, et il en restera quelque chose.Hous pouvons espérer, il nous semble, que la persuasion fera son oeuvre, et prouvera de mieux en mieux qu\u2019une loi (7)\tla Ilae, 2, XCY, art.I.ad.lum, (8)\tla I-lae 2, XCYI.art.2, ad.lum.(9)\tDiscours de distribution de prix au lycée Napoléon, 1863. 8 LA REVUE DOMINICAINE de contrainte n\u2019est pas nécessaire.Et si elle n\u2019est pas nécessaire, c\u2019est une mauvais© loi.L\u2019idéal d\u2019un peuple n\u2019est pas d\u2019avoir un grand nombre dé lois ià observer, mais c\u2019est d\u2019être le plus Tibre possible.C\u2019est de la même pensée, en effet, que procède l'autorité, qui contraint, et la liberté, qui est un mouvement sans entraves vers le bien.Qu\u2019est-ce qui fonde l\u2019autorité ?C\u2019est le souci du bien commun, lequel ne peut se sauvegarder dans un peuple, qu\u2019en créant un organe qui fera du bien commun sa spécialité, de même que chacun se fait une spécialité de son bien propre.Qu\u2019est-ce qui soutient d\u2019autre part là liberté ?C\u2019est encore le bien social, auquel les individus ne sauraient travailler, avec joie et profit, que si on leur laisse autant que possible le champ libre, les coudées- franches, et toutes les routes humaines ouvertes aussi larges que possible.Il ne faut jamais qu\u2019à un moment ou l\u2019autre, l\u2019une de ces choses sacrées soit sacrifiée à l\u2019autre.Il ne faut pas que la liberté des individus arrive à compromettre la solidarité sociale.Mais il ne faut pas, non plus, sous prétexte d\u2019unité, supprimer le libre jeu des individualités, car alors l\u2019unité en se renforçant s\u2019appauvrit, et c\u2019est bientôt dans une société l\u2019unité sans vie du caillou, au lieu d\u2019etre l\u2019unité de la plante richement épanouie.Sans doute il ne s\u2019agit pas pour une société d\u2019être libre avant tout et libre quand même.Mais il s\u2019agit pour une société, de réaliser à chaque moment de son histoire par le moyen de la liberté et, par d\u2019autres moyens, la plus grande somme de vie humaine, de développement et de bonheur.Et c\u2019est pourquoi il ne faut pas multiplier les lois, sous prétexte de faire' disparaître tous les maux, et immédiatement ; c\u2019est pourquoi il faut épuiser l\u2019action de la persuasion avant d\u2019en arriver à poser une loi ; c\u2019est pourquoi, philosophiquement une loi qui n\u2019est pas nécessaire est une mauvaise loi.Et les historiens ne raisonnent pas autrement, 'à preuve cette sage réflexion de Macaulay : \u201cMe point s\u2019inquiéter de la symétrie et s\u2019inquiéter beaucoup de l\u2019utilité ; n\u2019ôter jamais une anomalie uniquement parcequ\u2019elle est une anomalie ; ne jamais innover si ce n\u2019est lorsque quelque nia\u201d 9 LA CONTRAINTE SCOLAIRE lake ®e fait sentir, et alors innover juste assez pour se debarrasser du malaise.Telles sont les règles qui, depuis l\u2019âge de Jean jusqu\u2019à l\u2019âge de Victoria, ont généralement guidé les délibérations de nos 250 parlements.\u201d (10) * * * Une loi qui n\u2019est pas nécessaire est une mauvaise loi et elle est plus mauvaise d\u2019un degré, quand de plus, elle doit être inefficace.Et vraiment, est-ce que cette loi de contrainte aurait une efficacité appréciable pour guérir ce mal d\u2019ignorance dont souffre à certain degré notre peuple ?Cette loi .accomplir a-t-elle plus de merveilles chez nous qu\u2019ailleurs % Et que voyons-nous d\u2019abord autour de nous ?rLa Province d\u2019Ontario est soumise depuis 1871 à une loi de contrainte scolaire, et au lieu d\u2019avoir des succès à produire, on n\u2019entend que des plaintes.Cette loi ne peut être mise en vigueur et ne donne pas les résultats attendus, déclare le ministre de l\u2019Instruction.Et M.E.M.Sainclair affirmait dans le Globe de Toronto que le remède de la contrainte n\u2019a jamais visité certains foyers de l\u2019Ontario, naturellement ceux qui en avaient besoin.(11) Voilà une efficacité qui est plutôt nulle, c'est une faillite.Aux Etats-Unis, dans les 39 Etats qui ont l\u2019école obligatoire, les statistiques de 1900 donnent que 20% des en-'fants de 10 à 14 ans ne vont nullement à l\u2019école.(12) Ce n\u2019est pas précisément un succès, quand il faut reconnaître que le régime de la liberté 'dans la Province de Québec réduit à 10% environ le nombre des absents.Et la faillite de la France en la matière est également significative.Depuis 35 ans et plus, la fréquentation scolaire est obligatoire en France.Or voici quelques résultats, d\u2019après un article paru dans la \u201cRevue d\u2019Apologétique\u2019\u2019.Commençons, écrit l\u2019auteur, par signaler à la vindicte du ministère de l\u2019Instruction Publique cinq départements qui en 1906-07 ont eu moins d\u2019élèves qu\u2019en 1905-06 : (10)\tHistory of England, T.IV, p.84.(11)\tCité par le Devoir, 21 janvier 1919.(12)\tM.Leonard Ayers, Our Laggards in our Schools, p.186. 10 1A REVUE DOMINICAINE \u2018Gironde.1361\télèves1\ten moins Ile-et-Vilaine.l!Q2f\t\u201c\t\u201c Haute-Saône\t10211\t\u201c\t\u201c Saône-et-Loire\t335\t\u201c\t\u201c Yonne.336\t\u201c\t\u201c D'après les rapports des inspecteurs, voici ce qu\u2019on a relevé sur la fréquentation scolaire : \u2022 Arrière.\u2014Inajsisiduité 'désolante.Aveyron.\u2014Les grandes distances empêchent l\u2019exactitude.Calvados.\u2014La fréquentation laisse toujours â désirer.Oharente.\u2014Yombreuses absences pendant une partie de l\u2019hiver., Dordogne.\u2014De trop nombreux parents apprécient peu les bienfaits de l\u2019instruction et retiennent leurs enfants à la maison.Gironde.\u2014Il manquait à la date précitée 2d % des inscriptions.Loire.\u2014Diminution globale de 158 élèves.Et l\u2019enquêteur continue ces constatations, sur deux pages encore.(13) Admettons que ce soit là les départements les plus en souffrance.Admettons aussi que les plaintes exprimées par les inspecteurs dans leurs rapports aient une pointe d\u2019exagération, la conclusion de cette étude comparative ne serait-elle pas assez rapprochée de la vérité : \u201cd\u2019après le rapport quinquennal 1887-92, il est constaté que l\u2019influence de la loi sur l\u2019obligation scolaire a été nulle\u201d.Pouvons-nous croire qu\u2019une loi de contrainte aurait plus d\u2019efficacité chez nous ?qu\u2019elle serait mieux appliquée ?et quelle améliorerait de beaucoup le point défectueux ?Tl ne faut rien exagérer et ne pas aller jusqu\u2019à dire d\u2019une façon générale que les lois sont inutiles, mais faut-il oublier que les changements sociaux ne se font pas à coup de décrets, qu\u2019on ne refait pas les idées, les sentiments et les moeurs, en refaisant les codes.La révolution française a appliqué cette théorie, et ce ne fut pas avec bonheur.Les statistiques et l\u2019histoire générale peuvent nous (13) Revue (l\u2019Apologétique, 1907-08, p.814, LA CONTRAINTE SCOLAIRE 11 incliner à penser qu\u2019une loi de contrainte serait inutile chez nous.* * * Nous voulons croire aussi que ce serait un danger.Nos législateurs actuels ont d'excellentes intentions, nous l\u2019admettons sans aucune difficulté.Mais quand une voix autorisée comme celle de M.Jacqiuier, célébré avocat de Lyon, fait entendre ces graves paroles sur l\u2019instruction en France : \u201cIl n\u2019y a pas à se tromper, si on l\u2019a fait gratuite, c\u2019était pour la faire obligatoire, et si on 1 a fait obligatoire, c\u2019était pour la faire laïque et finalement neutre et anti-chrétienne\u201d.(14) pouvons-nous dire encore et toujours qu\u2019il n\u2019y a aucun danger ?La loi, et toute loi, doit être \u201cl\u2019intelligence sans passion\u201d, selon le beau mot d\u2019Aristote (15), mais sommes-nous assurés,que la passion n aura jamais aucune part dans la confection de nos lois scolaires 1 Et s\u2019il y a un danger .possible que devons-nous faire ?Faire en sorte que l\u2019Etat n\u2019ait aucun prétexte d\u2019intervenir, et comment.?En rendant cette intervention ostensiblement inutile et injustifiée.C\u2019est là l\u2019excellent moyen, croyons-nous.A quoi servirait de dresser sans cesse la barrière si fragile de la négation des droits de l\u2019Etat, ne vaut-il pas mieux, vraiment, détourner cette intervention en supprimant sa raison d\u2019être ?Rendons par tous les moyens, la fréquentation scolaire de plus en plus parfaite.Prêchons sans cesse la nécessité de l\u2019instruction primaire et l\u2019obligation morale qui en résulte, 'à la tête de tous ceux qui ont une parole influente.Notre place en ce domaine a toujours été la première, dès le commencement de l\u2019ère chrétienne.(Souvenons-nous du glorieux reproche que nous adressaient les lettrés du paganisme, un Gel se par exemple, c'était de répandre l\u2019instruction dans le peuple.Leur raillerie 1a.plus amère, et la marque suprême de leur mépris consistait à nous dire : \u201cQuand on cherche votre chaire quelque part, on est.toujours sur de la trouver au milieu d\u2019une troupe de cordonniers, de cardeurs de laine et de foulons.\u201d (16) - jî (14)\tDiscours \u2014 21 mai 1919.(15)\tAristote \u2014 Livre des Politiques, III, ch, XI.(16)\tOrigène \u2014 Contre Celse, III, 55. 12 LA REVUE DOMINICAINE Et il est parfaitement vrai que l\u2019Eglise est toujours descendue dans les rangs du peuple pour y répandre la vérité, et les premières semences, de la vérité.C'est a l\u2019ombre de ses cathédrales que fleurit l\u2019enseignement gratuit.A la porte des monastères elle plaça l\u2019éoole moralement obligatoire.10\u2019est cette idée de l\u2019instruction du peuple qui décida plus tard' un prêtre, un docteur de l\u2019Université de Paris, saint Jean-Baptiste de la (Salle, à grouper une phalange d\u2019hommes modestes et dévoués pour aller porter aux enfants du peuple les premiers éléments de la connaissance sous la livrée du sacrifice.Dans notre Province le dévouement de nos religieux et de nos religieuses, le dévouement de tout notre clergé pour l\u2019instruction des enfants, force l\u2019admiration de tous ceux qui ont ides yeux pour voir.U ou s n\u2019avons qu\u2019à progresser dans la même voie pour prouver par les faits, mieux encore que par les écrits, qu\u2019une loi de contrainte, n\u2019étant pas nécessaire, serait pur conséquent une mauvaise loi.GoNZAnvE Proulx, O.P.Ottawa, 11 décembre 192i2.L\u2019IMPARTIALITÉ EN HISTOIRE On prétend parfois que F impartialité nécessaire pour arriver à connaître le passé et à le juger sérieusement exige une sorte de neutralité ou d'indifférence transcendante.S\u2019il ne s\u2019agissait, en histoire, que de constater des faits, d\u2019authentiquer des texties, de découvrir ce qu\u2019on a cru et ce qu'on a pensé à telle ou telle époque, on pourrait, en effet, regarder tout, cela de haut et comme détaché de soi.Mais il s\u2019agit de savoir quelle est- la valeur et quelle est la place des faits dans la chaîne des causes et des effets.Et c\u2019est tout différent.L\u2019histoire n\u2019existe vraiment que lorsque les faits ont été réunis, coordonnés et présentés dans leurs rapports mutuels de dépendance de façon 'à en faire connaître la naissance et le développement.Dès lore, on ne fait métier d\u2019historien que si on saisit bien la trame et l\u2019idée génératrice des faits exposés pour donner du passé le tableau fidèle et vivant. l\u2019impartialité en histoire 13 Dans ce travail de résurrection et d\u2019explication du passé, cette neutralité ou indifférence absolue est-elle possible ?Aon, prétendent certains critiques.Et les raisons qu\u2019ils apportent valent d\u2019être citées.1 Malgré le désir qu\u2019on a, disent-ils, on demeure toujours soumis aux nécessités de tout travail intellectuel.Or, au moment où notre intelligence s\u2019applique à un travail d\u2019analyse ou de synthèse, elle n\u2019est déjà plus ce qu\u2019Aristote appelait une \u201ctablette vierge\u201d ; la vie a imprimé ses idées sur cette cire molle, mais vivante ; elles font corps avec elle ; elles la conditionnent dans son travail de recherche et de construction.Influence du milieu, de l\u2019époque, de la.famille, de la race ; éducation première, données philosophiques ou religieuses, voilà autant dp forces qui guident la marche de l\u2019esprit vers la vérité.Il est donc difficile qu\u2019un homme, si détaché de tout qu\u2019on le suppose, réussisse à se déprendre complètement de® idées qui constituent son tempérament intellectuel et qui sont le fait de ces causes diverses.A son insu peut-être, mais très réellement néanmoins, il existe dans son esprit une norme idéale, qui s'est lentement formée en lui et à laquelle, d\u2019instinct, il rapporte tons les faits soumis à son interprétation.Dès lors, on le voit, nous sommes fatalement portés 'à mettre un peu de nous-mêmes, de nos idées, de nos opinions, de nos goûts, de nos répugnances, de nos espérances et de nos rêves, et aussi, de nos déceptions et de nos douleurs, dans l\u2019examen des faits et des événements passés sur lesquels s\u2019arrête notre attention.Aon s n\u2019arrivons jamais à nous faire une âme assez impassible, assez dégagée de toute sollicitude et de toute affection, de toute haine, pour parler de nos compatriotes, de nos coreligionnaires, de nos amis ou de nos ennemis politiques, comme s\u2019il s\u2019agissait d\u2019une dynastie égyptienne depuis longtemps oubliée.Il faudrait presque ces- 1.Je ne m\u2019attarderai pas à réfuter l\u2019objection grossière, jadis à la mode dans une certaine presse, qu\u2019un catholique, parce que catholique, ne peut pas être impartial, en histoire spécialement.Le monde qui pense et qui sait la tient pour ce qu\u2019elle vaut.Je me contente de renvoyer le lecteur à un article du R.P.M.Jacquin, paru dans la \u201cRevue de la Jeunesse\u201d, vol.2, p.152, et qui a pour titre : \u201cCatholicisme et impartialité\u201d. 14 LA REVUE DOMINICAINE ser d\u2019être tomme pour s\u2019élever à cette olympienne sérénité.2 Ce réquisitoire est imposant.Aussi, un auteur sérieux, frappé par ces considérations, affirme résolument que l\u2019impartialité historique est impossible3.Je ne conteste nullement que l\u2019impartialité soit chose difficile et que très peu d\u2019historiens en atteignent les lumineux sommets.Mais de là à conclure qu\u2019elle est irréalisable, il y a évidemment excès.A côté de l\u2019impartialité qui naît de l\u2019indifférence, que l\u2019abbé die Broglie appelle quelque part \u201cl'hypocrisie de l\u2019impartialité\u201d, et qui est certainement chimérique, il y a place pour une autre impartialité \u201ccelle, écrit Pierre de la iGoree, qui réside, non dans Y abdication de la pensée personnelle, mais dans le strict respect de la vérité, celle qui consiste à ne jamais altérer un fait, dut ce fait déplaire, à ne jamais mutiler un texte, dût ce texte être importun, à ne jamais défigurer une aîné humaine, cette âme fût-elle celle d\u2019un ennemi.\u201d L\u2019impartialité ainsi entendue, qu\u2019on peut définir l\u2019honnêteté et la probité de l\u2019histoire, est-elle possible ?Oui, dirons-nous, mais à certaines conditions.Voici, ce nous semble, quels principes doit suivre .celui qui veut réellement être impartial.L historien doit, tout d\u2019abord, s\u2019abstraire de ses opinions, e\u2019est-ià-dire, qu'il doit s\u2019efforcer d\u2019échapper à l\u2019empire de ses idées les plus intimes, et tendre incessamment à l\u2019indépendance de soi, à une sorte dé détachement du présent et à un oubli aussi complet que possible des questions qui s\u2019agitent autour de lui.Vous ne voulons pas dire par là qu\u2019on ne peut avoir au fond du coeur des convictions, profondes et très arrêtées et qu\u2019il faille s\u2019abdiquer soi-même.Nous voulons seulement affirmer que dans le moment du travail, il faut être comme si on n\u2019avait ni préférences politiques, ni convictions personnelles.Ecrire l\u2019histoire aivec des.idées préconçues, est un mal assez ordinaire à notre époque.On commence par se faire 2.\tMgr Lacroix : Du rôle de la critique dans l\u2019histoire de l\u2019Eglise, p.33.3.\tCunningham : Impartiality in history, dans Rivista di Scienza, II, p.121-128. l\u2019impartialité en histoire 15 une opinion, soit qu'on l\u2019emprunte hâtivement à des ouvrages 'de seconde main, soit qu\u2019on la tire de son imagination, et ce n\u2019est qu\u2019après cela qu\u2019on lit les textes.On risque fort de ne pas les comprendre ou de les comprendre â faux.\u201c(Test qu\u2019en effet, écrit Fustel de Coulanges, entre le texte et l\u2019esprit prévenu qui le lit, il s\u2019établit une sorte de conflit inavoué ; l\u2019esprit se refuse 'à saisir ce qui est contraire à son idée ; et le résultat ordinaire de ce conflit n\u2019est pas que l\u2019esprit se rende à l\u2019évidence du texte, mais plutôt que le texte cède, plie, s\u2019accommode à l\u2019opinion préconçue par l\u2019esprit.Mettre ses idées personnelles dans l\u2019étude des textes, c\u2019est la méthode subjective.On croit regarder un objet, et c\u2019est sa propre idée que l\u2019on regarde.On croit observer un fait, et ce fait prend tout de suite la couleur et le sens que l\u2019esprit veut qu\u2019il ait.On croit lire un texte, et les phrases de ce texte prennent une signification particulière suivant l\u2019opinion antérieure qu\u2019on s\u2019en était faite.Cette méthode subjective est ce qui jette ordinairement le trouble dans l\u2019histoire\u201d.^ C\u2019est qu\u2019il ne suffit pas de dire les textes, il faut les lire avant d\u2019avoir arrêté sa conviction.D\u2019où la nécessité pour l\u2019historien d\u2019avoir un esprit absolument indépendant et libre surtout à l\u2019égard de lui-même.Il importe donc, si on veut être impartial, de se garder avec le plus grand soin de tout ce qui de près ou de loin ressemble à l\u2019esprit de parti ; de ne pas chercher dans l\u2019histoire des arguments â l\u2019appui de ses propres opinions ; de ne jamais obéir, en tant qu\u2019historien, 'à ses passions de patriote ou de citoyen.Fustel de Coulanges disait : \u201cLe patriotisme est une vertu, l\u2019histoire est une science, il ne faut pas les confondre ; quelles que soient ses idées philosophiques ou religieuses, ne pas en user dans la recherche historique, ni les faire entrer dans la synthèse des éléments fournis par la critique4 5.Ici, la règle à suivre est 4.\tFustel de Coulanges : Histoire des Institutions politiques de l\u2019ancienne France, vol.3, p.31.5.\tSi les doctrines philosophiques et religieuses n\u2019entrent pour rien dans la construction historique, ce n\u2019est pas à dire qu\u2019elles ne jouent aucun rôle vis-à-vis d\u2019elle.Elles deviennent un guide, une lumière qui permettent de déterminer des frontières.Elles ne pénètrent pas les raisonnements scientifiques, mais elles contrôlent les résultats.Averti par elles, l\u2019historien examine de plus près ses 16 LA REVUE DOMINICAINE de laisser la parole aux faits, de demeurer soi-même à 1\u2019arrière-plan, et de ne jamais faire intervenir dans le débat ni ses préférences ni ses antipathies, en un mot, être tout entier et uniquement au service 'de la vérité.'S\u2019abstraire de soi-même est 'donc une première condition d\u2019impartialité.Il 'en est une seconde non moins nécessaire : l\u2019historien doit entrer dans les sentiments des hommes qu\u2019il dépeint, se faire une âme pareille à la leur, et voir les faits comme les contemporains les oui vus, non pas comme Vesprit moderne les voit.\u201cJe ne suis, je ne dois être qu\u2019historien,\u201d écrivait récemment l\u2019abbé Henri Bréimond.Or, pour mieux remplir ce rôle, je n\u2019ai rien trouvé de mieux que de revêtir tour à tour les pensées et les sentiments de mes héros : transformation, métamorphose provisoire qui sans trop paralyser, je crois, mes facultés critiques, m\u2019amènent 'à présenter sous leur plus beau jour les diverses doctrines, les; divers personnages que j\u2019ai à étudier* * * * 6.\u2019 On ne saurait mieux dire.Il est cependant difficile :à un homme de notre temps d\u2019entrer ainsi dans la vie d\u2019un passé disparu.C\u2019est pourtant nécessaire si l\u2019on veut le bien comprendre, en saisir les1 côtés multiples, éviter parfois des erreurs grossières, en avoir la claire vision.Si Ion peut espérer y réussir, ce n\u2019est que par l\u2019étude patiente des écrits et des documente que chaque siècle a laissés de lui.Il n\u2019existe pas d\u2019autre moyen de se détacher assez des préoccupations présentes et pouvoir se représenter avec quelque exactitude la vie d\u2019autrefois qu\u2019on veut ressusciter.Il faut donc se défaire résolument de cette tendance \u2014 qui est une erreur \u2014 à transporter dans l\u2019étude du passé les préoccupations du temps présent.A qui veut être impartial, une dernière condition s\u2019impose : On doit expliquer les faits avant de les juger.Et ceci contredit toute une école qui prétend que l\u2019historien est avant tout un juge.Elle pense que la mission de l\u2019historien est de critiquer les temps qui ne sont plus, de pren- doeuments, tes scrute plus à fond, les critique d\u2019une façon plus assurée.Elles l\u2019obligent à n\u2019affirmer qu\u2019après mûr examen, sans se laisser emporter par le mirage parfois trompeur des hypothèses.Et par la, elles sont une garantie d\u2019impartialité.6.IL Brémomd : Histoire littéraire du sentiment religieux en France, vol.3, La conquête mystique, p.679, en note. l\u2019impartialité en histoire 17 dre vis-à-vis du passé un rôle de censeur, de passer au crible les actes des (hommes.C\u2019est, on le voit, le but même de l\u2019histoire qui est ici en question.[Nous ne discuterons pas la chose aujourd\u2019hui, nous y reviendrons dans un prochain article.ISTous nous contenterons de quelques observations.Remarquons, en premier lieu, que le but de l\u2019histoire ne doit pas être cherché en dehors de l\u2019histoire.Or, celle-ci a pour objet de connaître la vie de l\u2019humanité.Son but est donc premièrement de rechercher la vérité historique, et par conséquent de savoir.(Signalons, en second lieu, que ce ne sont pas les jugements personnels de l\u2019historien qui déterminent ceux du public, mais bien la succession des faits sur lesquels il les base.Les jugements qu\u2019il porte sur les faits auront beau être puissamment formulés, par un effet de réaction naturelle, ceux qui partagent d\u2019autres convictions, au lieu d\u2019accepter les jugements de l\u2019auteur, se dresseront avec force contre cette violence faite à leurs opinions, à leurs préjugés ou à leurs intérêts.L\u2019histoire ainsi traitée risque de prendre le caractère d\u2019une oeuvre de parti.'Si, au contraire, l\u2019historien laisse parler les faits, s\u2019il en expose les véritables causes, en s\u2019appuyant toujours sur des preuves solides et concluantes, la logique de la réalité persuadera bien plus les lecteurs que ne pourrait le faire le plaidoyer le plus éloquent.'Ceux-là mêmes qui partageraient des idées contraires, ne pourront faire autrement que d\u2019admettre les conséquences qui découlent des faits exposés.Ceux qui ne seraient pas assez sincères pour l\u2019avouer n\u2019en seront pas moins ébranlés.Ajoutons que l\u2019auteur qui entreprend un travail avec l\u2019idée de critiquer et de censurer sera poussé sans le vouloir à s\u2019enquérir surtout des faits qui lui donnent raison et à négliger les autres.Il vaut donc mieux, ordinairement se contenter de montrer comment les choses furent et laisser au lecteur le soin de conclure.C\u2019est presque le seul moyen d\u2019être impartial.La vérité historique réside dans la reproduction des faits passés et dans leur explication, non pas dans l\u2019opinion personnelle qu\u2019on en peut avoir.Ainsi, être impartial, c\u2019est voir les choses aussi objectivement que possible et non à travers ses idées, ses habitudes d\u2019esprit et d\u2019éducation, c\u2019est vouloir exposer sans fard ni réticence, sans prétérition calculée, le résultat de ses re- 18 LA REVUE DOMINICAINE cherches et de ses découvertes, c\u2019est être sincère avec soi-même et avec les faits.KJetst cette grâce d\u2019impartialité, c\u2019est ce don d\u2019intégrale justice que je voudrais, au commencement de cette nouvelle année, souhaiter là tous ceux qui étudient, enseignent ou écrivent l\u2019histoire en ce pays, et que je demande à Dieu de leur accorder \u201ccomme une émanation de sa lumière, comme une faveur de sa bonté\u201d.Henri Estienne.L'ART DANS LES CLOITRES Architecture, Sculpture et Peinture.\u2014 Bénédictins, Franciscains et Frères-Prêcheurs.En serait-il des hommes comme des.idées, lesquelles vieillissent ou même s\u2019oublient à fonce d\u2019être simples, d\u2019être vraies, et Jules Gailhabaùd, pour un, parce qu\u2019il s\u2019est montré sincère, aurait-il, de ce Chef, perdu toute autorité ?En tout cas, il écrivait en 1858 : \u201c'Personne n\u2019ignore que, jusque® et y compris toute un© partie du treizième siècle, les travaux d\u2019art furent presque exclusivement exécutés par les prêtres et les moines*.\u201d (Albert Lenoir avait dit dans le même sens deux ans auparavant : \u201cSaint Benoît établit dans sa règle que l\u2019architecture, la peinture, la mosaïque, la sculpture et toutes les branches de l\u2019art seraient étudiées et enseignées dans les monastères ; aussi, le premier soin des abbés, des prieurs, des doyens, était-il de tracer le plan des.églises et des1 constructions isecondaires des communautés qu\u2019ils étaient appelés 'à diriger.Il s\u2019ensuivit que, dès les premiers siècles chrétiens jusqu\u2019aux douzième et treizième siècles, l\u2019architecture, science réputée sainte et sacrée, n\u2019était pratiquée que par les religieux2.\u201d 1.\tL architecture du Ve au XVIIe siècle, t.IV, petit in-folio non paginé.Jules Gailhabawl fut le fondateur de la Revue archéologique.'\t.4 2.\tL\u2019architecture monastique, Paris, 1856. l\u2019art dans les cloîtres 19 Plus: récemment, M.Edouard Corroyer affirmait à son tour que \u201csi les grandes cathédrales des douzième et treizième siècles ne furent pas l'oeuvre des moines, les architectes laïques qui les construisirent étaient les disciples de ces religieux, moines-architectes3.\u201d M.de Lasteyrie, dans un ouvrage récent, proteste quelque peu, du moins semble-t-il, contre cette théorie de moines-architectes, de moinesbartiistes.Pour lui, fecit, acdifi-c&vit, voudraient dire : fieri fecit, aedificari fecit (\u201ca fait faire,\u201d \u201ca fait construire\u201d).C\u2019est possible en bien des cas, et c\u2019est certain presque toujours, s\u2019il ne s\u2019agit que de tailler des pierres, de les placer, de les cimenter, \u2014 ce qui n\u2019est pas de l\u2019art, proprement dit, \u2014 mais s\u2019il s\u2019agit de dessiner des plans d\u2019architecture, de fournir la maquette d\u2019une statue, de peindre un tableau, les \u201cexceptions\u201d que M.de Lasteyrie dit être si rares, deviennent au contraire très nombreuses.Citons quelques exemples sans avoir cependant fait sur ce sujet beaucoup de recherches : saint Martin lui-même préside à la construction des monastères de Ligugé et de Marmoutier \u2014 et qui sait s\u2019il ne manie pas en même temps la truelle ou le marteau ?\u2014 iSaint Germain d\u2019Auxerre dirige les travaux de l\u2019abbaye de 'Saint-Vincent, depuis Saint-IGermain-des-Prés (Paris).\u2014 Un moine de Fonte-nelles, saint Wandrille, fait de même pour le sanctuaire fondé par Charlemagne à Aix-la-Chapelle vers la fin du huitième siècle.\u2014 Un religieux de l\u2019abbaye de Fulda, Brunn ou Candidus, était habile dans la peinture.\u2014 Un Bénédictin de .Saint-Gall, 'Tutilon, était à la fois peintre et poète.\u2014 Les peintures murales de San\u2019Elia, près de Civita-Oastellana (Italie), attribuées au dixième siècle, sont signées, la plupart, Frater Johannes et F rater Steph-anus.\u2014 Un moine-prêtre du onzième siècle ou ià peu près \u2014 on n\u2019est pas fixé sur cette date \u2014 Théophile, auteur du Divcrsarum artium schedula, un ouvrage de quatre-vingts chapitres qui traite professionnellement et minutieusement de la peinture \u2014 même de la peinture à l\u2019huile, prétendue invention des Van Eyck ; \u2014 qui traite aussi de la verrerie, du travail des métaux, etc., était lui-même un peintre, un verrier, un orfèvre, et, s\u2019il vous plaît, un fac- 3.L\u2019architecture gothique, p.200. 20 LA REVUE DOMINICAINE teur d\u2019orgues.\u2014 C\u2019est un moine-arcliitecte, Gauzon, qui entreprend, en 1089, la reconstruction de iCluny, et cela sur des plans si vastes que la nouvelle église de l\u2019aibbaye passait pour le plus grand de tous les sanctuaires monastiques de VOccident.\u2014 C'est un ancien chartreux, saint Hugues, évêque de Lincoln, Français de naissance et initié aux arts pendant son séjour en Normandie, qui se sent capable de construire une belle grande cathédrale gothique dans son pays d\u2019adoption.\u2014 Hervée, soixantième évêque de Troyes (1206-1223), très probablement un ancien moine, car ce sont les couvents qui pourvoyaient d\u2019ordinaire aux évêchés, dresse les plans de sa cathédrale et préside aux premières constructions.\u2014 Pour la glorieuse cathédrale de Cologne, le vrai maître-d\u2019beuvre aurait été, presque certainement, selon M.RuhP, le glorieux Albert le Grand (f l2i80).A Florence, assure le R.P.Mortier, \u201cSanta-Maria-Novella est une oeuvre exclusivement dominicaine.Fr a Sisto et fra I lis tor o en conçurent le plan, en tracèrent les lignes, en posèrent les fondations.Tel ils en fixèrent le dessin, tel le réalisèrent Fra Pasquale dell\u2019 Ancina qui dirigea les travaux dès leur départ pour Rome, jusqu\u2019en 1284; Fra Rainerio Gualterotti, qui lui succéda jusqu\u2019en 1317, et Fra Jaeobo Pasisavanti qui eut le bonheur de la contempler dans toute sa beauté.Nul architecte séculier n\u2019a touché ses pierres.C\u2019est là, sons ses voûtes fuyantes vers le ciel, dans l\u2019ampleur de ses nefs où rien ne distrait le regard par un éclat d\u2019emprunt, qu\u2019on peut apprécier en toute son austère et majestueuse simplicité l\u2019idée architecturale de l'Ordre 'des Prêcheurs.\u201d \u2014 Recueillons aussi cette note perdue au bas de la page : \u201cAu quinzième siècle, on fit un livre intitulé : De pulchritudine Sanctae-Mariae-Novellae.Il est cité par Savonarole4 5.\u201d Sur la \u201cbeauté\u201d d\u2019une autre église dominicaine, celle-là à Toulouse où elle subsiste encore, M.Louis Gillet a écrit une demi-page qui vaut tout un livre et qu\u2019on nous permettra de recueillir en passant.Pour lui, les Frères-Prêcheurs ont été \u201cles architectes les plus originaux de leur temps.4.\tG.Ruhl, La cathédrale de Cologne, Liège, 1907.5.\tMortier, Histoire des Maîtres-Généraux de l\u2019Ordre des Frères-Prêcheurs, t.II, p.340. L\u2019ART DANS LES CLOITRES 21 Ils avaient, dit-il, des églises à quatre nefs comme à Strasbourg, et surtout un type 'à deux nefs, qu\u2019ils avaient inauguré au \u201cGrand Couvent\u2019\u2019\u2019 de Paris, et dont quelques spécimens se 'sont conservés jusqu\u2019à nous, aux Jacobins de Constance, d\u2019Agen et de Toulouse.Les \u201cJacobins de Toulouse\u201d sont un des purs joyaux de la France.C\u2019est un long vaisseau divisé dans le sens de la longueur par une file de sept colonnes qui reçoivent les nervures d\u2019une double voûte de briques.Sajnentia aedificavit sibi domum ; exci-dit columnar septem (La sagesse a Tbâti sa maison ; elle a taillé ses sept colonnes).Division inédite, d\u2019une grâce incomparable.Le choeur, où les deux voûtes se confondent en une seule, et où quatre arceaux retombent sur un pilier central ou rejaillissent en gerbe comme un bouquet de palmes, \u2014 ce choeur est une trouvaille dont les yeux ne se lassent pas6\u201d.\u2022* bp insistons pas davantage sur ce point, puisque d\u2019autres nous appellent et que nos lignes sont comptées.Un autre point, c\u2019est que, à défaut d\u2019artistes et pour l\u2019instant d\u2019architectes, les monastères, la plupart du moins, avaient, sinon des écoles, du moins des ateliers, où il s\u2019en forma par centaines.Un exemple : Hugues de Moutier-en-Der, qui exécuta des travaux importants à Châlons-sur-Marne, avait étudié dans les écoles bénédictines du dixième siècle.A cette époque en effet, mais surtout au onzième-douzième siècle, les Bénédictins, les Clunisiens en particulier, étaient à l\u2019apogée de leur grandeur.iSous le gouvernement de saint Hugues (f 1109), cette vaste hiérarchie dont.Cluny était le centre comptait plus de deux mille monastères répartis dans toutes les provinces de France, d\u2019Allemagne, d\u2019Italie, d\u2019Espagne, d\u2019Angleterre, de Pologne, à quoi il faut encore joindre 314 églises, \u2014 collégiales ou monastères en rapport avec ce même centre d\u2019activité.Pierre le Vénérable, élu abbé en 1112, put réunir chez lui un chapitre général qui comptait deux cents prieurs et plus de douze cents autres religieux.De cette puissante métropole une vie intense rayonnait, avec les professeurs qu\u2019elle fournissait à toutes les écoles cathédrales ; la nhilosophie, B.Histoire artistique des Ordres Mendiants, in-8o, Paris, 1912, p.57, 22 LA REVUE DOMINICAINE les mathématiques, la musique, la sculpture, la peinture é-taient en honneur, et nous continuerons de croire avec Viol-let-le-Duc que l'architecture romane, ce magnifique prélude 'à l'architecture gothique, est née 'dans ces cloîtres.Il est bien difficile d\u2019expliquer autrement pareille unité de formes au milieu d\u2019un si vigoureux 'développement architectural, les constructions romanes et gothiques, nationales pour Chaque région et d\u2019un caractère agréablement varié, n\u2019étant manifestement que des modifications d\u2019un même type, non le résultat d\u2019une évolution de types divers.Si les Olunisiens n\u2019étaient pas eux-mêmes architectes', il faut cependant reconnaître que nombre de leurs abbatiale© dépassaient nombre de cathédrales en majesté ; que le style gothique était constitué de toutes pièces quand il sortit de leurs mains, et qu\u2019ils en ont, par exemple, incarné le type achevé dan© l\u2019abbatiale de Saint-Denis.Enfin, si ce n\u2019est pas une redite inutile, nous continuerons' de croire que tous ces hommes de génie : Robert de Luzarches, Pierre de Mon-tereau, Libergier, J ean de 'Chelles et tant d\u2019autres, tous ces \u201cfous sublimes\u201d, comme les appelait VauPan, qui ont élevé a la gloire de Dieu et de Rotre-Dame les plus beaux édifices dont s\u2019honorent la France et l\u2019Europe, étaient des artistes formés dans les cloîtres ou du moins à côté des cloîtres, sous la direction des évêques et des moines.Oh ! comme il nous plairait 'de développer un peu plus ce grand et beau sujet ! Il y a dés auteurs canadiens qui se lisent (les heureux ! !), et c\u2019est bien, eemlbled-il, de cette splendide architecture chrétienne que Mademoiselle Marguerite Taschereau dit dans ses Etudes : \u201cL\u2019architecture est en réalité la \u201csymphonie\u201d des1 arts plastiques\u201d.Et encore : \u201cL\u2019architecte est le plus complet de tous les artistes.Le musicien, le peintre, le sculpteur peuvent être plus parfaits dans leur art, mais ce .sera toujours dans un art moins parfait, car en architecture tous les arts 'doivent se fondre dans un idéal d\u2019unité qui est le plus difficile à obtenir, parce que le plus artistique.\u201d (p.71-2).Un des arts que l\u2019architecture appelle, qui \u201cse fond en elle dans un idéal d\u2019unité\u201d, c\u2019est d\u2019abord la sculpture, et nous disons \u201cd\u2019abord\u201d, parce que, partout et toujours, la sculpture a précédé la peinture et toutes autres manifestations esthétiques.Or, ce sont bien encore les Olunisiens, l\u2019art DANS LES CLOITRES 28 en attendant les Franciscains et.les FrèresdPrêcheuns, qui ont été en Europe les vrais missionnaires de la sculpture, après l\u2019avoir ressuscitée, vers le onzième siècle, dans la France méridionale.De fait, il n\u2019y a pa:s en Europe, nous assure-t-on, d\u2019ensemble plus ancien que les chapiteaux et bas-reliefs du cloître de Moissae, achevé en 1100.Les chapiteaux les plus archaïques du cloître de la Daurade, a Toulouse, sont trop apparentés à ceux de Moissae, pour n\u2019être pas du même temps, et ces deux cloîtres \u2014 a-t-on besoin de le dire ?\u2014 étaient deux prieurés clunisiens.Lisez là ce sujet et sur les motifs que cette imagerie de pierre offrait à la méditation en même temps qu\u2019à l\u2019admiration du peuple chrétien, ce qu\u2019en écrivait M.Emile Mâle, voici un an, dans la Revue des Jeunes (10 janvier 192,2).Noue nous hâtons, et ne dirons rien, par exemple, de l\u2019enluminure des manuscrits, ou de la \u201cminiature\u201d, terme qui ne convient guère, pour le dire en passant, qu\u2019aux plus anciens ouvrages de ce genre, car l\u2019application de la couleur rouge (minium) qui constituait primitivement la base de la décoration, en est devenue bientôt un simple accessoire.On connaît l\u2019ancienne loi des cloîtres : Paginant ping at digito, qui terram non proscindit aratro (que celui-là peigne la page, les pages d\u2019un livre, qui ne sait pas trancher la terre avec la charrue).\u2014 Et combien d\u2019artistes parmi ces moines, tous trop modestes, tous inconnus, du moins les anciens, qui faisaient de l\u2019art pour obéir et sans le savoir ! qui préparaient aussi sans le savoir des motifs, même des modèles, des originaux, pourrait-on dire, à la peinture, ià la grande peinture des âges suivants, car en effet combien de tableaux célèbres ne sont que des calques, des copies, des agrandissements au carreau de miniatures maintenant oubliées ou perdues ! Et à mesure que nous avançons, l\u2019art, le goût du Beau, va grandissant, grâce encore à d\u2019autres influences également monastiques.Dans un livre qui est- vite devenu classique, Saint Fmnçois d\u2019Assise et les Origines de la Renaissance en Italiele Dr H.Thode a développé une vue nouvelle et 7.Paris 1909, trad, française de Franz von Assisi und die Aufange der Renaissance in Italien, Berlin 1885 ; 2e édit., 1901. 24 LA REVUE DOMINICAINE imposante à savoir : que la Renaissance des Arts, limitée d\u2019abord au siècle de Léon X (1475-1521), puis reculée 'à Masaccio, est en réalité un mouvement homogène, un phénomène continu qui commence au treizième siècle (au onzième, nous sommes-nous permis de dire ailleurs), se poursuit au quatorzième avec Giotto et ses disciples, pour s\u2019achever, deux siècles plus tard, dans les oeuvres: de l\u2019âge d\u2019or : ensemble magnifique où l\u2019on a bien le droit de distinguer des époques, mais dont on ne saurait méconnaître le puissant enchaînement et l\u2019harmonie majestueuse.On sait d\u2019où partait ce mouvement.Renan, dans un article célèbre5, a écrit de saint François d\u2019Assise, en passant, cette phrase maintenant citée partout : \u201cCe mendiant est le père de l\u2019art italien\u201d, et tout le livre de M.Thode n\u2019est que le commentaire de ce mot hardi, de \u201ccette métaphore\u201d, si l\u2019on veut.Saint François est le \u201cpère de l\u2019art italien\u201d, .pense de même M.Abel Fabre, \u201cnon pas seulement parce qu\u2019il a offert à l\u2019artiste un thème neuf, où il était forcé d\u2019innover, mais parce qu\u2019il a rajeuni l\u2019imagination chrétienne en faisant revivre devant elle l\u2019ancienne idylle palestinienne, et parce qu\u2019il a ouvert les yeux de ses contemporains sur les beautés de la nature en les chantant lui-même dans des vers inspirés, comme un troubadour descendu du ciel9.\u201d A saint François, il faudrait cependant associer saint Dominique et c\u2019est fait maintenant, c\u2019est-à-dire depuis les deux magnifiques ouvrages de M.Emile Mâle, sur Y Art religieux du moyen âge ; c\u2019est refait depuis YHistoire artistique des Ordres Mendiants publiée en 1912 par M.Louis Gillet.Et de fait, Franciscains et Dominicains, dès1 leur naissance, se montrèrent également résolus là se servir des arts comme moyen d\u2019enseignement et de moralisation.Les Franciscains, en demandant aux peintres des scènes émouvantes et familières ; les Dominicains, en leur imposant des compositions encyclopédiques et savantes les aidèrent puissamment à briser un formalisme vieilli qui ne suffisait plus aux nouvelles ardeurs des âmes.M.Mâle s\u2019est sou- 8.\tCet article de Renan, paru en 1855.fait partie de ses Nouvelles.Etudes d\u2019histoire religieuse.9.\tPages d\u2019art-, 2e série, p.4. l\u2019art DANS LES CLOITRES 25 'venu à propos de ces grands ouvrages 'qu\u2019élabora le treizième siècle : les Sommes, les Images du monde, La légende dorée de Jacques de Voragine, les Miroirs, surtout le Miroir historial de Vincent de Beauvais, et c\u2019est en suivant ces deux derniers ouvrages qu\u2019il a lui-même tracé le plan de son livre.Un de ses meilleurs chapitres est 'de fait intitulé : Les Saints et la Légende dorée, soixante pages qui peuvent remplacer avantageusement beaucoup de traités d\u2019iconographie où l\u2019on se perd dans le détail.A cet hommage d\u2019un éminent critique d\u2019art, il nous plaît infiniment d\u2019ajouter ces quelques lignes d\u2019un historien non moins gracieux, M.Jean Guiraud : uLa Légende dorée est la quintessence de l\u2019esprit évangélique, le manuel accompli, le bréviaire du génie chrétien.Pendant trois siècles, 'peintres, sculpteurs, ne firent qu\u2019en illustrer les pages, toutes les pages, et ainsi ceux qui ne pouvaient la lire, la voyaient.Ce moine mendiant (Jacques de Voragine) fut l\u2019Homère du monde chrétien.Pour l\u2019art, les conséquences s\u2019énoncent d\u2019elles-mêmes : c\u2019est tout un contingent de biographies nouvelles qui entrent en scène avec leurs incidents, leurs épisodes, leur foule, leur décor, en un mot leur immense apport de vie, de pittoresque, de couleur et de vérité.\u201d Un peu plus haut, l\u2019aimable auteur avait remarqué avec attendrisisement, ce semble, \u201cces assemblées de personnages célestes rangés aux pieds de la Madone sous quelque beau portique, ou devant quelque noble jardin du Paradis-*0.\u201d La Légende dorée est pleine de ces pieux et gracieux tableaux.Votons encore ce que M.IGeorges Goyau vient d\u2019écrire dans son Histoire religieuse de la France, à propos des sculpteurs des treizième et quatorzième siècles : \u201cLes encyclopédies théoriques du Prêcheur Jean de Beauvais, les livres écrits par Albert le Grand, par saint Bonaventure, à la gloire de Marie, trouvaient dans ces artistes leurs traducteurs populaires.Sculptant sous le contrôle de la Mère Eglise, de grandes pages de théologie, ils étaient à leur façon des docteurs \u2014 docteurs enseigné© par l\u2019Eglise enseignante ; et leur langue si originale, interprète de la révé- 10.Jean Guiraud, l\u2019Eglise et les origines de la Renaissance, Paris, 1902. 26 LA REVUE DOMINICAINE lation faite par Dieu à la communauté humaine, devenait une langue commune, par laquelle Dieu parlait à toutes les âmes priantes; dans les plus belles églises de toute la chrétienté\u201d (p.259).D\u2019ailleurs en recommandant, en inspirant, en cultivant eux-mêmes les beaux-arts, les Prêcheurs rr avaient pas à chercher en dehors de chez eux une théorie de l\u2019esthétique., Albert le Grand et saint Thomas d\u2019Aquin la leur fournissaient abondamment, et disons-le de suite, depuis ces premiers maîtres, au moins vingt de leurs disciples ont écrit des choses artistiques, Dans la Divine Comédie, Dante lui-même se réclame des; idées de saint Thomas sur le Beau et sur l\u2019Art.Et ce goût des belles choses n\u2019a pas été particulier aux dominicains d\u2019Italie.A Cologne, après Albert le Grand, l\u2019Ordre des Prêcheurs produisait toute une lignée de grands; mystiques : maître EcHiardt, Johann Tauler, Heinrich Suzo, etc.Or, c\u2019est bien Henri Suzo qui recommandait de s\u2019entourer de bons tableaux, \u201cafin d\u2019élever plus facilement son âme à Dieu,\u201d et il semble bien qu\u2019ils étaient guidés par ses tendres rêveries les peintres colonais qui se plaisaient à représenter la beauté des pourpris cér lestes, et le Verger du Paradis tout parfumé de fleurs éternelles, où la Vierge préside sa \u201cCour d\u2019amour !\u201d Plus tard, chez les moines mendiants, c\u2019est encore le même amour du Beau avec le même amour du Bien.H\u2019é-ooutons pas les Protestants, et par exemple le fatras haineux de Henri Estienne (153:2-1598) contre \u201cla liberté audacieuse de cette sainte canaille.\u201d Cette \u201csainte canaille\u201d, en plein quinzième siècle, se lançait dans un mouvement de ferveur plus vif que jamais.Oe n\u2019est pas nous mais M.Gillet qui en fait, la remarque : \u201cChez les.Dominicains surtout, on assiste, sur le tombeau de sainte Catherine de Sienne, à un dégagement admirable de vie mystique.Pour eux le quinzième siecle est le siecle des iSaintsi : vingt-neuf personnages de cette époque sont vénérés sur les autels.C\u2019est de ce mouvement que sort le couvent de 'Saint-Marc.\u201d (252).Pas plus que les Bénédictins et les Franciscains toujours fidèles à eux-mêmes en matière d\u2019art, les Dominicains ne vont maintenant contrecarrer l\u2019autre mouvement, celui-là, litteiane et aitistique, qu il faut bien appeler, comme tout le monde, la Penais-sance\u2019\u2019, quoique personnellement, l'art DANS LES CLOITRES 27 nous ne sachions ni pourquoi, ni comment.Mais passons.\u2014'Pour ce qui est des lettres, ce sont les Frères-Prêcheurs avec le cardinal Torquemada (ne pas confondre avec son neveu P inquisiteur), qui ont fait la fortune de la machine de Gutenberg.Les premières1 presses florentines furent des presses dominicaines, et parmi les plus anciennes éditions romaines, on recherche avant tout celles de la Minerve.A propos de ce couvent, son nom seul est un indice, et le R.P.Garrigou-Lagrange faisait naguère (cette judicieuse remarque : \u201cPar une singulière coïncidence, l\u2019église des Dominicains à Rome s\u2019appelle Sainte-Marie sur Minerve, comme pour nous dire : Dans cette subordination, la sagesse naturelle, loin d\u2019être asservie, est glorifiée et transfigurée*-*.\u201d Quant aux beaux-arts et à la peinture en particulier, on serait tout d\u2019abord curieux de savoir d\u2019où proviennent certaines oeuvres qu\u2019on admire aujourd\u2019hui dans les musées d\u2019Europe.Des catalogues comme celui que M.Fétis autrefois savait faire pour la galerie de Bruxelles, c\u2019est-à-dire indiquant l\u2019appartenance originelle des tableaux, nous apprendraient sûrement, au point de vue artistique, des choses intéressantes.Au moins savonsmous que le plus grand, et, pour plusieurs, le plus beau tableau du Louvre, les Noces de Ccma de Paul Véronèse, cet \u201cépanouissement suprême de la peinture de genre,\u201d cet \u201chymne incomparable d\u2019allégresse\u201d, célébrant \u201cla gloire et la beauté de la race humaine dans l\u2019entière jouissance des choses et de son être\u201d, a été fait pour un réfectoire de couvent, pour l\u2019abbaye bénédictine de Saint-Georjgesde-Majeur, à Venise.Or, il se trouve aussi que le Repas chez Simon du même maître et au même endroit, l\u2019un des tableaux également les plus remarqués, était primitivement chez les Prêcheurs de San-Zanipolo, encore à Venise.Au demeurant, nos Pères n\u2019avaient pas de meilleures amis que les artistes, si ce n\u2019est peut-être les pécheurs à convertir.O\u2019est pour eux, quand leur Ordre venait à peine d\u2019être fondé, que Guido de Sienne, le peintre le plus célèbre de cette même ville, avait exécuté, en 1221, sa non 11.La spiritualité dominicaine, dans la revue La Vie spirituelle, ascétique et mystique, août 1921, ,p.370. 28 LA REVUE DOMINICAIN! moins célèbre Madone.Plus tard, ils avaient adopté un peintre en quelque sorte officiel, 'Simone Memmi (1284-1344), lequel consacra son pinceau là glorifier saint Dominique, et enrichit de ses chefs-d\u2019oeuvre les églises de son 'Ordre, à Florence, -à Pise, ià Orvieto, etc.Plus tard encore, en 1344, un peintre de Pise, Francesco Traini, auquel on attribue aujourd\u2019hui les célèbres fresques du Campo-Santo : le Triomphe de la Mort, le Jugement dernier, et la Vie des Anachorètes, avait fait pour :les Dominicains de l\u2019église de iSainte^Oatherine, un beau retable où la figure en pied de leur saint Patriarche s\u2019encadrait de huit médaillon®1 quadrilobês du plus! précieux travail, représentent les principales scènes de sa vie.Vers le même temps, ou plus précisément, une douzaine d\u2019années plus tard, les Dominicains de Florence confiaient à un autre peintre, le mystérieux Andrea da Firenze, dans leur couvent de 'Sainte-M a ri e-V ouv elle, tout le décor de cette vaste chapelle qui porte aujourd\u2019hui le nom si glorieux de Chapelle-des-Espa-gnols.Là, dans la fresque du Triomphe de VEglise apparaissent, par un hardi jeu de mots, les \u201cchiens du Seigneur.\u201d (Domini canes), chiens au pelage blanc et noir, montant la garde autour des brebis fidèles' couchées aux pieds du pape et de l\u2019empereur, ou se jetant vaillamment sur les loups; qui déchirent le troupeau^.Une autre fresque bien autrement célèbre et connue de tout le monde par les innombrables reproductions en peinture, en gravure, en sculpture qu\u2019elle nous offre partout, non pas toujours, il est vrai, des copies: fidèles, est la Cène de Léonard de Vinci, et qui ne sait que cette oeuvre hors pair, ce chef-d\u2019oeuvre pur et simple, \u201cqui marque, a-t-on dit, l\u2019apogée de la peinture italienne\u201d, fut exécutée pour les Dominicains de Milan, dans le réfectoire de leur couvent de ISainte-Marie-desr-IGrrâces, où d\u2019ailleurs on peut la voir encore ?Vérité dans les formes, naturel dans l\u2019expression, harmonie dans l\u2019ordonnance, unité dans l\u2019action : tout ce que les peintres des âges précédents avaient poursuivi avec patience et candeur, maintenant se trouvait à la fois \u201créalisé dans un équilibre extraordinaire, avec une liberté et une ampleur qu\u2019aucun d\u2019eux n\u2019avait su encore at- 12.André Pératé,.dans la Revue des Jeunes, 1921, III, 474. 29 l\u2019art dans les cloîtres teindre.\u201d Goethe lui-même, peu susceptible pourtant de sentiments chrétiens, lui qui devait-, s\u2019il n\u2019en était pas là encore, \u201cdétester si cordialement le christianisme, et le son des cloches\u201d et autre chose.que lui seul pouvait dire ; Goethe, en face de cette peinture incomparable, placée comme elle est, c\u2019est-à-dire de telle sorte que le 'Christ et ses disciples ont du sembler faire partie de l\u2019assemblée des moines, n\u2019a pu taire la réflexion suivante : \u201cCe devait être, à l\u2019heure du repas, un remarquable coup d\u2019oeil que ces deux tables du Christ et du prieur en regard l\u2019une de l\u2019autre, et celles des moines comprises entre elles.Le Christ, en effet, devait célébrer la Gêne chez les Dominicains à Milan-*®.\u201d Nous avons nommé tantôt le couvent de Saint-Marc, et tout d\u2019abord, l\u2019on n\u2019est pas surpris que son fondateur, Antonin Pierozzi, plus tard archevêque de Florence, plus tard, saint Antonin \u2014 \u201csainte canaille\u201d sans doute, lui aussi \u2014 ait été, naguère encore, maltraité par la critique, même la critique italienne.C\u2019était un ardent aristotélicien : comme son maître saint Thomas et tous les scholastiques, il invoque sans cesse le philosophe de Stagyre, et cependant l\u2019auteur d\u2019une volumineuse histoire de l\u2019Académie platonicienne de Florence, M.Arnaldo della Torre, écrivait de lui en 1902 : \u201cIl anathématise l\u2019art avec tous ses charmes, et pareillement la philosophie, dont la prétention est d\u2019expliquer ce que les- théologiens protègent du nom de mystère, et voici le résultat : Tandis qu\u2019au temps où la cour pontificale était à Florence, un clerc était un protecteur libéral, souvent même un amateur intelligent des études humanistes, du jour où Antonin fut élu, un homme d\u2019église n est plus qu\u2019un homme austère de moeurs et de pensée, étranger presque totalement à l\u2019idéal des humanistes.\u201d Un certain Gustavo Uzielli avait déjà traité ce sujet en 1895-1897 et fini par conclure que \u201cla philosophie platonicienne ne pouvait pas se développer du vivant d\u2019Antonin,\u201d thèse vers laquelle inclinait aussi le célèbre Voigt, l\u2019historien allemand de la Renaissance.On le voit, ce sont toujours les mêmes lieux communs, les mêmes rengaines, et faut-il se donner la peine de les écouter, d\u2019y répondre ?En deux mots, Antonin, absorbé 13.Goethe, Oeuvres, traduction Perchât, t.X, p.402. 30 LA REVUE DOMINICAINE qu\u2019il était par son ministère pastoral, ne fut ni un adversaire ni un partisan de l'humanisme.Que si, en pareille matière, la neutralité était impossible, alors il aurait été plutôt partisan.Il accepte le nouvel état de choses \u201ccomme une nécessité.\u201d Il ne condamne pas l\u2019étude des lettres profanes en soi, mais il proscrit simplement l\u2019excès qui la peut vicier et qu\u2019il nomme \u201ccuriosité\u201d ou \u201cvanité\u201d.Comme archevêque, il a pour secrétaire \u2014 car il lui en faut un, vu ses occupations incessantes \u2014 un professeur de grec à qui il laisse le temps de correspondre à son gré avec Aliotti, le Pogge ou Marsuppini ; ses meilleures amis sont des humanistes ou des hommes qui les protègent et les encouragent : le cardinal Oapranica, le cardinal Torquemada, ami des lettres et des arts, Vespasiano, trait d\u2019union vivant entre tous les esprits cultivés de l\u2019époque, etc ; à tous les humanistes il sait rendre justice, et cette attention à signaler leurs talents et leurs mérites profanes est un des caractères par ou -ses Chroniques l\u2019emportent sur les oeuvres historiques de ses contemporains., Pourquoi aussi ne pas rappeler que le plus aime de ses frères en saint Dominique, Lapaocini, est un bibliomane, et fait plus significatif encore,.qu\u2019il a lui-même, Antonin, ouvert à 'Saint-Marc, étant prieur, une belle \u201clibrairie\u201d, longue de quatre-vingt brasses, partagée en deux nefs par de légères colonnettes, garnie de trente-deux armoires en bois de cyprès, bibliothèque où se conservaient les huit cents manuscrits que lui avait confiés Oosme de Médicis, \u201cla première bibliothèque publique de l'Europe\u201d, au dire -de M.Raoul Morçay ?Pour ce qui est des.beaux-arts, s\u2019ils acceptent co-mme les lettres ses.conditions, il les approuve sans réserve.R\u2019est-ce pas lui qui fond-e et bâtit le couvent de !Saint-Marc, cette merveille dart que nous admirons encore aujourd\u2019hui ?\u201d lui qui, pour l\u2019architecture et la .sculpture, fait appel à l\u2019un des artistes les plus gracieux de la jeune Renaissance, Michelozzo Michellozzi, disciple de Donatello, et pour la peinture ou le décor intérieur, là Era Angelico de Fiesole, a cette date le représentant le plus autorisé de sa génération, le plus ouvert aux innovations, le plus attentif à la nature et aux modèles antiques^ ?-C\u2019est une singulière façon 14\u2018 TfS Raoul Morçay Saûa Antonin, archevêque de Florence m-8, sans date (1914), Paris, p.296-310, passwn, l\u2019art DANS LES CLOITRES 31 \u201cd\u2019anathématiser l\u2019art avec tous ses charmes\u201d, que de laisser pénétrer jusqu\u2019à la retraite la plus intime de la vie religieuse, ou pour employer des termes encore plus clairs, de faire orner de fresques des cellules de dominicains, chose jabsolument sans précédent dans les- annales de l\u2019Ordre, luxe interdit de tout temps, offense grave contre la sainte pauvreté.Oh ! comme les saints sont peu connus, peu compris ! Où des pharisiens, encore aujourd\u2019hui, -se scandalisent de mine, vous entendez ; où ils crient à l\u2019indécence, au scandale, Antonin, lui, un coeur très pur, ne trouve moyen que de s\u2019élever vers le ciel.Et si vous voulez savoir comment, en effet, l\u2019austère idéal de ce moine \u2014 car il l\u2019est resté malgré la crosse et la mitre, peut tolérer les images mondaines des jardins chers aux Décimerons et aux Par radis plutôt profanes des Alberti, lisez les- avis qu\u2019il donne sur ce sujet à une dame de Florence.Il lui conseille de tourner là des images saintes les- grâces et les élégances toutes séculières qu\u2019elle aurait devant les yeux.\u201cPour une âme pure et pieuse, la pensée de Dieu, dit-il, transformera les beaux jardins de luxe humain en les jardins du ciel, et les danses frivoles, en les danses joyeuses des Anges et des Vierges devant le trône de l\u2019Agneau.\u201d C'est trop peu d\u2019avoir tantôt nommé Fra Angelico, car son éloge tient à peine dans des livres entiers, et de fait, il en -existe plusieurs, notamment ceux de MM.Etienne Cartier et Henri Cochin.Huile célébrité n\u2019a jamais eu, peut-être, meilleure \u201cpresse\u201d.Tout a été dit et on n\u2019a plus qu\u2019à se souvenir, à se rappeler par exemple, entre mille autres témoignages d\u2019admiration, les quatre ou cinq pages d\u2019Hip-polyte Taine dans son Voyage en Italie (t.II, p.153), pages étincelantes comme le sujet.Et comment, malgré tons nos soucis de brièveté, ne pas en recueillir quelques lignes ?\u201cAngelico avait pour coutume de ne jamais retoucher ou refondre aucune de -ses peintures, mais de les laisser comme elles étaient venues la première fois, croyant qu\u2019elles étaient telles par la volonté de Dieu.Ce qu\u2019il sait peindre et qu\u2019il a répété partout, ce sont des- visions, les visions d\u2019une âme innocente et bienheureuse.\u201cDonne-moi, très -doux et tendre Jésus, de me reposer -en toi au delà et au dessus de toute créature, de toute beauté et de toute gloire.Toi 32 LA REVUE DOMINICAINE présent, tout, est délicieux.\u201d (.Imit.J.-G.).Eu lui le rêve tendre, comme une rose abritée contre les- brutalités de la vie, s\u2019épanouit loin de la grande route où se heurtent les pas humains.Alors se déploie devant le regard la magnificence du jour éternel, et désormais tout l\u2019effort du peintre s\u2019emploie 'à l\u2019exprimer.Des escaliers de jaspe et d\u2019améthyste étagent leurs dalles luisantes jusqu\u2019au trône où siègent les personnages célestes.Des auréoles d\u2019or luisent sur leurs têtes ; leurs robes rouges, azurées, vertes, frangées d\u2019or, rayées d\u2019or, scintillent comme des gloires.L\u2019or rampe en filets sur les baldaquins, s\u2019amoncelle en broderies sur les Chapes, étoile les tuniques, fleuronne les diadèmes ; et les topazes, les rubis, les diamants constellent de leurs flammes l\u2019orfèvrerie des couronnes (Couronnement de la Vierge, musée du Louvre, Douze anges autour de Vendant Jésus, U'flizi.) Tout est lumière ; c\u2019est l\u2019épanchement de l\u2019illumination mystique ; par cette prodigalité de l\u2019or et de l\u2019azur, une seule teinte domine, celle du soleil et du ciel.\u201d Et encore : \u201cEra Angelico oublie que ses figures sont des images ; il leur rend les soins minutieux d\u2019un fidèle et d\u2019un adorateur ; il -brode leurs robes comme des vêtements réels ; il fait serpenter -sur leurs manteaux des guillochures aussi fines qu\u2019un ouvrage d\u2019orfèvrerie ; il peint sur leurs chapes de petits tableaux complets ; il s\u2019applique là dérouler délicatement leurs beaux cheveux pâles, à étager leurs boucles, à faire tomber régulièrement les plis -de leurs tuniques, à arrondir purement sur leurs têtes la tonsure monacale ; il entre -dans le ciel à leur suite pour les- aimer et les servir.En effet, il est lui-même la -dernière des fleurs mystiques.Ce monde qui l\u2019entourait et qu\u2019il ne connaissait pas, achevait de s\u2019engager -dans la voie contraire, et, -après un court accès d\u2019enthousiasme, allait brûler son successeur, un dominicain comme lui, le dernier chrétien, iSav-onarole.\u201d Et à -son tour, fra Bartolommeo, la deuxième des gloires artistiques de Saint-Marc, pour qui son art est une des voies de la prière et un moyen de sainteté, n\u2019est-il pas, lui aussi, une âme charmante, digne comme celle d\u2019Angelico de toute notre affection ?Ce fut, au demeurant, \u201c un grand artiste, un de -ceux -qui ont créé la formule florentine du style monumental.Raphaël doit tout à ses- leçons, à son sens de l\u2019équilibré, a ses modèles de -composition pon- l\u2019art DANS LES CLOITRES 33 dérée et harmonieuse.C\u2019était un coeur d\u2019or et une tête bien faite.Sans lui, Andrea del (Sarto, le Pontormo n\u2019existeraient pas.\u201d ((Gillet, 295).Savonarole serait intéressant, mai® son cas est le même que celui de saint Antonin, et pour l\u2019instant, faute de place, nous passons.Du reste, on le voit déjà, quels qu\u2019aient été au juste les sentiments de saint Antonin à l\u2019endroit de la Renaissance, son couvent n\u2019en produisit pas moins des artistes de première valeur, tels encore : Fra Ambrogio della Robbia, le céramiste, neveu du fondateur de cette illustre famille, et fra Benedetto, le miniaturiste, ou du moins l\u2019excellent call graphe, frère de 1\u2019Angelico.Et comme il nous serait agréable d\u2019offrir également nos hommages à tant d\u2019autres talents du même genre que l\u2019histoire nous signale en d\u2019autres maisons dominicaines : à Marco Pensabene et Marco Maraveja ; à Jacques d\u2019TJlm, qui exécuta les verrières de iSan-Petronio à Bologne ; à Guillaume de Marcillat, à Pierre Van den Keeren, du couvent de Gand, à vingt-cinq hommes et douze femmes miniaturistes comme fra Benedetto, à cinquante architectes ou sculpteurs, comme les anciens maîtres : Albert le Grand, fra Sisto et fra Ristoro, le bienheureux Guglielmo de Pis©, fra Giocon-do de Vérone, mais voyez pour eux tous, et combien d\u2019autres ?le bel ouvrage du Père MarcheseG.Pour finir \u2014 car la Revue ne peut nous accorder plus d\u2019espace, même en faveur du franciscain Jacques Torriti, un mosaïste très- célèbre ; du oamaldule Lorenzo Monaco, un précurseur de fra IGiovani de Fiesole ;\u2014pour en finir \u201cen beauté\u201d, relisons ces quelques lignes si gracieuses qui elles-mêmes terminent les conférences de M.Gillet : \u201cPuissiez-vous emporter de ces leçons l\u2019impression de la richesse de l\u2019art religieux, le culte de sa beauté, l\u2019intelligence de sa vertu, et plus de reconnaissance encore ou de piété pour les deux hommes admirables, Dominique et François, d\u2019où rayonna pendant quatre siècles une si grande somme d\u2019idéal, et qui valurent au monde plus de chefs-d\u2019oeuvre qu\u2019aucun monarque, même les Médicis et Louis XIV et son Versailles, n\u2019a su en inspirer, \u2014- le jour où ils renoncèrent au 15.Memorie di piu insigni pittori, scultori ed architetti dnrnenicani, Florence, 1845. 34 LA RËVUÈ DOMINICAINS monde et où, rejetant ses vêtements, le jeune Bernardone d\u2019Assise se détourna de son père terrestre pour s\u2019écrier seulement : \u201c[Notre Père qui êtes aux deux !\u201d Une autre perle à enchâsser serait le mot tout récent de M.André Pératé 'à propos de la Rencontre des deux patriarches-fondateurs, un des chefs-d\u2019oeuvre d\u2019Andrea della Robbia, haut-relief modelé avec amour, dont l\u2019émail 'blanc, sur un fond de bleu ciel, s\u2019encadre dans un cintre de la Loggia di San-Paolo à Florence.\u201cLa.part de saint Dominique, dit-il, dans la propagation de la beauté chrétienne, n\u2019est inférieure à nulle autre ; et l\u2019un dès frontispices les plus convenables à une histoire de l\u2019art chrétien ne serait-il pas l\u2019image de ce Baiser de saint Dominique et de saint François16 ?\u201d Fr.Paul-V.Ciiarland, O.P.DANS L\u2019EGLISEJET DANS L\u2019ORDRE Etrange \u201cinstrument de travail\u201d \u2014 A la page-frontispice des \u201cNouvelles religieuses\u201d, 1 novembre 1922, on a pu lire avec surprise, sous les initiales du Bureau Catholb que de Presse, une chaude réclame en faveur de Y Histoire de la Spiritualité chrétienne de Monsieur P.Pourrai.Le B.O.P.nous la présente comme \u201cun instrument de travail plus indispensable encore, bien que de portée moins étendue,\u201d que la Vie spirituelle et la Bevue d\u2019Ascétique et de mystique.Passe encore qu\u2019il la considère comme \u201cune vue, nécessairement sommaire, mais suivie et lucide, éclairée par un florilège de belles citations.\u201d Fous acceptons même qu\u2019il en fasse un instrument de travail, mais dans tous les sens de l\u2019expression.L\u2019ouvrage, en effet, à n\u2019en juger que par le tome deuxième : La Spiritualité au Moyen Age, occasionne un rude travail à quiconque entreprend d\u2019.y démêler le vrai du faux.Travail de bénédictin, pourrions-nous dire : au fait, c\u2019est un fils de >S.Benoît, dom J.Huyben, qui nous édifie sur le mérite très inégal dp volume, dans la Vie spirituelle de janvier 1922.ISTul doute 16.Revue des Jeunes, 1921, III, p.472. dans l\u2019église et dans l\u2019ordre 35 que sa critique a échappé à l\u2019attention du B.O.Pmais c\u2019est pour nous simplement un devoir, de la, signaler aux lecteurs que pourrait dérouter la réclame intempestive d\u2019un grand organe d\u2019information.De la modération de cette critique on peut, juger par la seule entrée en matière.Ayant signalé le péril d\u2019oser une synthèse historique là où l\u2019analyse n\u2019a pas précédé, dom ïïuyhen s\u2019empresse d\u2019ajouter : \u201cMais ne jetons pas la pierre au pionnier hardi qui a voulu nous frayer un sentier à travers ces 'broussailles.M.Pourrat a soin de nous en prévenir : il n\u2019a.voulu faire qu\u2019une oeuvre de vulgarisation.Il serait souverainement injuste de lui adresser le reproche d\u2019être incomplet et superficiel.Mais, si nous ne pouvons réclamer qu\u2019il dise tout, il y a lieu de souhaiter que l\u2019exactitude soit toujours observée.\u201d Puis il relève, avec preuves à l\u2019appui, les insuffisances et les méprises qui abondent dans ce volume.ISTous les résumons sous forme de nomenclature, en renvoyant le lecteur au texte même de l\u2019article, pour ce qui concerne la documentation.Parlant de la mystique spéculative, représentée par Buysbroeck, Tauler et Suzo, qui s\u2019,inspirent de saint Thomas, M.Pourrat prétend qu\u2019elle est imprégnée d\u2019intellectualisme au point de manquer un peu du contrôle de l\u2019expérience iet de la justification par les faits, 'dette accusation d\u2019apriorisme est en contradiction flagrante avec la réalité.Dom Huyiben cite à ce sujet le bienheureux Ruys-broeck, proclamé par l\u2019auteur Vun des plus grands théoriciens de la mystique (Vie spirituelle, 1922, p.300).L\u2019opposition de M.Pourrat aux mystiques de l\u2019école spéculative vient .de leur propre opposition à une théorie qui lui est, chère et qu\u2019en revanche il veut faire partager à saint Bernard.Mais pour prouver que saint Bernard enseigne la nécessité d\u2019un appel spécial pour être élevé à la contemplation mystique, il apporte \u201cun texte tronqué, qu\u2019il suffit de compléter pour s\u2019apercevoir aussitôt que la doctrine attribuée au saint est toute à l\u2019opposé de ce qu\u2019il enseigne réellement\u201d (301).Une tentative auprès de Gerson produit le même résultat : le texte rapporté ne vise aucunement l\u2019union mystique, die qui n\u2019empêche point l\u2019auteur, en conclusion générale, de déclarer que la plupart 36 LA REVUE DOMINICAINE des maîtres partagent son avis.'Généralisation touchante : \u201cil n\u2019,y manque qu\u2019une chose, la preuve par les faits.\u201d (303).A propos de sainte Hildegarde, dont le cardinal Pitra compare les écrits à ceux du Dante, M.Pourrai déclare qu\u2019elle entra, ;à huit ans, au monastère des bénédictines de Disenberg.Il insinue qu\u2019elle ignorait le latin et qu\u2019elle dicta ses révélations en allemand.Mais d\u2019authentiques documents font voir qu\u2019elle fut confiée là une recluse établie près de ce monastère d'hommes.La.sainte déclare explicitement qu\u2019elle écrivit elle-même, en latin, ses trois grands ouvrages.(Quant à sainte Elisabeth de Schonan, elle reçoit à tort, le titre diablesse (304).Votre auteur reproduit des propos malheureux de person sur les saintes Brigitte et Catherine de iSienne, et bien loin de les réfuter, \u201cil cherche encore à les justifier par cette assertion hasardée que le retour des Papes à Borne occasionna le Grand Schisme\u201d(ibid.).Il confond Vunion sans intermédiaire avec la contemplation directe, facie ad faciern.de 1a.Divinité, ce qui le conduit à une fausse interprétation des paroles de S.Augustin, de l\u2019Aréopagite et de Buysbroeck, pourtant peu suspects! d\u2019ontologisme.Pour revenir au domaine de l\u2019érudition proprement dite, 'M.Pourrat, \u201cconfondant l\u2019ancien comté de Hainaut avec la province actuelle du même nom, fait naître Louis de Blois en Belgique.Il place également en Belgique l\u2019abbaye de Liessies\u201d (305).Mais dom Huyben lui reproche surtout, quand il rapporte les vieux textes, d\u2019ignorer les meilleures éditions, par exemple, celle de Tauler, par Vetter, et celle de Suzo, par Bihlmeyer (307).Gérard Groot n\u2019aurait laissé aucun écrit, alors que la Bibliotheca Bel//ica renferme \u201cune liste de trente-trois titres d\u2019opuscules, sermons et lettres\u201d (308).\u201cDe Schoonhoven M.Pourrat ne connaît que deux lettres, alors que nous avons de lui vingt autres opuscules\u201d (ibid.).Le problème de l\u2019origine de Y Imitation est traité d\u2019une façon plutôt légère.Le bénédictin relève plusieurs contradictions.Il paraît s\u2019amuser fort de la traduction que l\u2019on donne à la devise flamande de Thomas à Kernpis (310), mais par contre, il s\u2019attriste de voir approuvée sans réserve DANS L\u2019EGLISE ET DANS L\u2019ORDRE 37 l\u2019oeuvre de Gerson, pourtant entachée de nominalisme et de gallicanisme (ibid.).\u201cPour ne pas prolonger davantage oes pénibles observations\u201d, bornons-nous là souhaiter, pour l\u2019ouvrage de M.Pourrai, un troisième 'volume sans reproche, en même temps qu\u2019une édition expurgée du deuxième.* * * Mgr Chauvin et les études cléricales \u2014La Lettre de \u2018Sa Sainteté Pie XI : O fficiorum omnium, sur la formation des clercs, ne pouvait manquer de susciter, de la part, des évêques d\u2019Europe, de généreux commentaires suivis de directions locales du plus vif intérêt.Un pape s\u2019adresse fréquemment à de larges groupes, quand ce n\u2019est pas urbi et orbi : de là cette sage réserve des documents pontificaux, traçant des règles générales sans viser aux particularités qui relèvent de l\u2019application, mais que suggère néanmoins l\u2019esprit sinon la lettre des décrets.C\u2019est ici que la démarche de l'Ordinaire, quand il communique à son peuple la pensée et la direction papales, devient, à son tour source de lumière et principe d\u2019action.On en trouve un superbe exemple dans la lettre de Monseigneur1 Chauvin, évêque d\u2019Evreux, où ce savant et zélé prélat souligne les.intentions profondes aussi bien que les volontés concrètes de la Sainteté.Xous en extrayons les passages suivants, relatifs aux études philosophiques et théologiques, et aux auteurs thomistes.Après avoir mis ses séminaristes en garde contre les dangers de la philosophie universitaire, laquelle, toute grave qu'elle puisse paraître peut-être, comparée à celle de nos grands docteurs coiholiques, riest que pure enfance, l\u2019évêque d\u2019Eivreux poursuit de la sorte, d\u2019après le texte fourni par la Documentation catholique : \u201cVous remarquerez de plus, Messieurs, que la philosophie imposée par Pie XI est la philosophie scolastique, laquelle, comme vous le savez si bien, présente à la fois \u201cun ensemble déterminé de doctrines et une méthode particulière d\u2019exposition et d\u2019enseignement,\u201cune manière, disait Bossuet, contentieuse et dialectique de traiter les ques- 1.R.P.Richard, O.P.\u2014 Introduction à l\u2019étude et à renseignement de la scolastique, p, 3. 38 LA REVUE DOMINICAINE tions.\u201d^ Personne n\u2019a mieux ni plus brièvement photographié \u2014 si je puis dire \u2014 cette \u201cmanière\u201d que iSixte V ; il l\u2019appelle \u201cune cohésion étroite et parfaite des effets et des causes-, une symétrie et un ordre semblables là ceux d\u2019une armée rangée en bataille, un ensemble de -définitions- et de distinctions lumineuses, un procédé solide d\u2019argumentation, une méthode subtil de controverse, toutes choses au moyen desquelles- la lumière eslt séparée des ténèbres, 1-e vrai distingué du f aux, les- mensonges de l\u2019hérésie dépouillés- du prestige et -des fictions qui les enveloppent, réfutés et mis à nu.\u201ds \u201cCette doctrine et cette manière\u201d nous viennent des grandis Docteurs -du Moyen Age, et plus particulièrement du premier de tous, saint Thomas, \u201cle plus splendide, a dit Laeordaire^, et comme le dernier architecte de la vérité,\u201d sans doute parce que -dans ses deux Sommes, philosophique et théologique, il a élevé le plus magnifique monument qui soit -à la gloire de la vérité et pour sa défense.Avec Léon XIII2 3 4 5 nous n\u2019entendons- pas pourtant- que cette philosophie médiévale n\u2019ait rien :à gagner aux découvertes des sciences modernes, qu\u2019elle niait aucun profit de l\u2019expérimentation des -savants venus depuis et de leurs recherches.Ici, comme en tout, 1-a règle de l\u2019Apôtre est précieuse à retenir : Omnia.probate ; quod bonum est;, tenete6.\u201cAssez nombreux sont les grands recueils où les philosophes -scolastiques ont- déposé leurs trésors ; rares plutôt -sont les manuels proprement -dits- \u2014 j\u2019entends les recueils de scolastique simples, pratiques, vraiment adaptés à la mentalité d\u2019élèves qui débutent.\u201cOn estime non sans raison \u2014 que, à cause de la clarté de son -exposition et de la rigueur -de sa méthode, le vieux Goudin -apparaît un maître hors- de- pair, au moins pour certaines parties; de la philosophie.Des élèves studieux ne perdront point leur temps s\u2019ils le consultent, en le complétant par Roselli, dont la Métaphysique et l\u2019Ethique 2.\tDéfense de l>a Tradition et des Saints Pères, ,p.1, L.3, c.20.3.\tBulla Triumphantis, an 1588.4.\tPanégyrique de saint Thomas d\u2019Aquin.5.\tEneyel.Aetemi Patris.0.I Thess., V, 21.\\ dans l\u2019église et dans l\u2019ordre 39 sont excellentes.[Nous avons encore San Severino, dont on lira toujours avec fruit les El&menta.1ST\u2019oublions pas quelques autres Manuels plus récents, ceux de Liberatore, Zigliara, Farces, Eeinsltadler \u2014 pour ne rappeler que les plus connus, ou les plus répandus dans nos séminaires.Aujourd'hui, un souffle nouveau, parti de Louvain, est passé sur la philosophie scolastique ; les éminents travaux du cardinal Mercier ne seront pas ignorés de nos séminaristes, qui en apprécieront la profonde actualité.\u201cDans tous les cais, ils devront s\u2019attacher toujours au maître incomparable qu\u2019est saint \u2019Thomas, ne s\u2019écarter jamais ni 'de sa méthode, ni dé sa doctrine, ni de ses principes, car c\u2019est lui qui demeure, plus que Platon, plus qu\u2019Aristote, le prince de la raison philosophique, comme il est le prince de la théologie ; il est assis à ces sommets \u201ccomme sur un trône, dit Lacordaine*, et, depuis six siècles qu il y domine, la Providence ne lui a point encore envoyé de successeur ni de rival.\u201d \u201cTelle est d\u2019ailleurs l\u2019instante recommandation de Pie XI dans sa Lettre Officiorum.Elle ne vous aura pas échappé, chers Messieurs, et je me flatte meme de croire que parmi vos élèves plusieurs dés plus laborieux ou des mieux doués se feront une joie d\u2019ouvrir de temps en temps, sinon chaque jour^, l\u2019une ou l\u2019autre des deux Sommes du Docteur angélique.La Summa contra Gentiles leur offrira, pour discuter, les arguments les plus serrés et les plus forts ; mais la Summa Theologica aura peut-être leurs préférences davantage, puisque le Maître avoue ne l\u2019avoir 'écrite que pour \u201cdes commençants à qui l\u2019on donne du lait à boire, et non encore de la solide nourriture1 2 3\u201d.\u201cForts de cette préparation rationnelle, nos jeunes clercs entreront d\u2019un pas assuré dans le stade des études sacrées : théologie dogmatique, morale, pastorale, Ecriture sainte : Calceati pedes in praeparatione EvangeliiA \u201cPie XI veut absolument que la théologie soit, comme la philosophie, traitée d'après la méthode scolastique.\u201cQu\u2019est-ce qui fait, dit-il, de la théologie une discipline pos- 1.\tLoc.cii., p.240.2.\tCf.Léon XIII.Encycl.citée du S septembre 1899.3.\tIn primant partem prologus.é.Eph.VI, 16. 40 LA REVUE DOMINICAINE sédaiit la force -d'une science vraiment digne de ce nom, capable de donner \u201cune «explication aussi complète que le permet la raison humaine et une ivictorieus© défense de la vérité révélée par Dieu-*\u201d, c\u2019est la philosophie scolastique, et elle seule, utilisée en prenant pour guide et maître saint Thomas d\u2019Aquin.\u201d \u201cLe Pontife ajoute : \u201cCeux-là entendent «mal la formation des jeunes clercs qui, laissant de côté la méthode scolastique, estiment qu\u2019on doit donner1 tout l\u2019enseignement théologique d\u2019après la méthode «dite positive.Et les professeurs remplissent moins bien encor'© leurs fonctions qui font consister tout leur cours de théologie à parcourir eh «d\u2019érudites dissertations la liste des dogmes et des hérésies.La,méthode positive est le complément néces«saire de la méthode scolastique, mais elle ne suffit pas à elle seule.\u201d \u201cInutile d\u2019insister.La volonté de Pie XI est expresse.\u201cIl ne viendra, je pense, à l\u2019esprit de personne de restreindre ces «directives à la «seule théologie dogmatique.Saint Thomas est le docteur par excellence de toute la théologie morale, puisqu\u2019une partie entière de sa Somme, et non la moins considerable, ni la moins pénétrante, est consacrée à ce genre de questions.Celles-ci «sont traitées, il est -vrai, par les sommets, mais la lumière qui en jaillit n\u2019en est que plus vive.\u201cOr, pour étudier la théologie \u2014 dogmatique ou morale \u2014 d\u2019après saint Thomas, nos- séminaristes ont, comme pour la philosophie, besoin d\u2019un \u201cmanuel\u201d.En France aujourd\u2019hui on utilise «assez communément les ouvrages de M.Tanquerey.Vous ne manquerez pas, chers Messieurs, de signaler à vos élèves quelques théologiens' plus développés, qu\u2019ils pourront plus tard consulter (avec fruit.Qu\u2019il s\u2019agisse dès «anciens ou des modernes, nous n\u2019avons que l\u2019embarras «du choix ; l\u2019essentiel toujours sera qu\u2019on s\u2019attache «de préférence à des auteurs disciples fidèles de l\u2019Ange de l\u2019Ecole.On «en trouvera «sans peine et tout «d\u2019abord dans la famille religieuse de «saint Thomas ; il «est indéniable que le grand Docteur a exercé et exercera \u201cjusqu\u2019à la fin 1.Paroles ne Benoît XV dans son Motu proprio \u201cDe romanu, 8.Thomae Academiae\u201d (du 31 déc.1914.\u2014 Of.Acta Apost.8edis, t.VII, pp.5-7.) dans l\u2019église et dans l\u2019ordre 41 parmi ses frères une magistrature de confiance, plus salutaire pour maintenir l'unité des sentiments et favoriser les progrès dans la science sacrée, que toute une législation D\u2019autres disciples du même maître se rencontrent également chez les fils de saint Ignace, chez les enfants du Carmel, iet aussi parmi les doctes professeurs qui, à différentes époques, ont illustré les chaires des Ilmiiverisifes de Home et de Louvain.LC plusieurs égards, les anciens commentateurs de saint 'Thomas méritent peut-être encore la préférence, car plus voisins de la source ils en transmettent les premiers flots avec une .abondance plus grande et.plus limpide.Combien douces pour un séminariste studieux, à qui les graves in-folio ne font pas peur, les.heures passées en tête à tête avec les maîtres de la pensée théologique ! Puisée à ces hauteurs, la .science divine a des charmes sans pareils pour qui sait les goûter.\u201d * * * A l\u2019Etranger \u2014 Le Tiers-Ordre de 'Saint-Dominique en Argentine compte parmi ses membres les -prélats suivants : jSnST.'SS.de Andrea, évêque 'auxiliaire de Buenos-Aires ; Alberti, évêque de La Plata ; Luque, évêque auxiliaire dé Cordova ; Zapata, évêque auxiliaire de San Juan dé 'Quyo ; Olberti, évêque dé Santa Le ; Duprat, Vicaire général du diocèse de BuenosrAires ; Silvani, auditeur de la Nonciature apostolique.\u2014lO\u2019est à la.province dominicaine de 'St-Joseph (Etats-Unis) q.ue la Propagande vient de confier une mission à évangéliser, notamment, le territoire de Kienning-Eu, dans le Vicariat de Fo-Cheu (Chine), dont le titulaire est Mgr Aguirre, O.P.* * * Dans la Province\u2014Le T.ït.P.Marie-Joseph Archambault a été élu et confirmé Prieur du \u2018Couvent de Saint-Hyacinthe, en remplacement, du T.P.P.Henri Thériault, démissionnaire pour raisons de santé.\u2014La paroisse St-Jean-Baptiste d\u2019Ottawa célébrera, le 14 janvier le cinquantenaire de sa fondation.Era Domenico 2, Jjaccgdaire, panégyrique de saint Thoiuas. RECENSIONS Dom J.Besse\u2014\u201cLes mystiques bénédictins, des origines au XlIIe siècle\u201d.\tCollection \u201cFax\u201d, vol.YI.In-12, IV-292 p., 6 fr ; franco, 6 fr.45.Paris, Désolé© et Lethielleux.Abbaye de Maredsous.Dom Besse avait donné, â Paris, durant l\u2019hiver de 1916-1917, une série de conférences sur la littérature des mystiques.De présent volume contient celles des conférences qui traitent spécialement des mystiques bénédictins jusqu\u2019au XlIIe siècle : S.Benoît, S.Grégoire le Grand, les saints de Cluny, S.Anselme, S.Bernard, les saintes moniales Hildegarde, Elisabeth de Schonan, Gertrude la Grandie et Mechtilde.La vie religieuse n\u2019est pas autre chose que la vie chrétienne pratiquée avec une particulière intensité.D\u2019autre part la mystique n\u2019est au fond que l\u2019amour de Dieu.Le problème central, pour tout chrétien, est de concilier l\u2019amour de Dieu avec l\u2019amour du prochain et de soi-même.Il y a donc grand intérêt pour le psychologue et pour le croyant, à suivre, guidé par Dom Besse, les diverses solutions du problème qui ont été essayées par des amies religieuses, par des âmes mystiques surtout.L\u2019auteur a voulu caractériser le mysticisme bénédictin et mettre en relief les affinités et les contrastes, parfois si inattendus, entre mystiques formés à la même école.Si le mysticisme catholique est un, les manières d\u2019y atteindre et de s\u2019y maintenir sont variées.iSaint Benoît, homme de mesure et de discrétion, l\u2019avait compris.Les faits mystiques et les livres qui en parlent existaient chez les moines avant son époque.Il sut en tirer profit en atténuant les rigueurs des anciens solitaires et en substituant à celles-ci les joies, les avantages et les épreuves de la vie commune.Il se tient, dans sa règle, aux limites de l\u2019ascèse ; celle-ci atteinte, il livre son disciple à l\u2019Esprit \u201cqui .souffle où il veut\u201d.Dieu se livrant volontiers à ceux qui se donnent pleinement à Lui, le moine n\u2019a plus qu\u2019à chercher les voies lumineuses de la mystique avec les divines Ecritures, les enseignements des Pères, et l'expérience des saints que Dieu suscite dans son Eglise.Le livre de Dom Besse, comme l\u2019indique son titre, est un essai de tableau d\u2019ensemble^ qui n\u2019avait pas été tenté jusqu\u2019ici.Il n\u2019est qu une ébauche et ne pouvait être autre chose.Une synthèse, ici comme partout, n\u2019est possible qu\u2019aprôs un minutieux travail de recherches et d\u2019analyses, lequel est à cette heure fort loin de son terme.Joseph Laferrière, pire Abbé 'Chauve-Beeteaxd\u2014\u201cLa question du Calendrier\u201d \u2014 Paris, La renaissance du livre, 78, Boulevard iSaint-Micbel.188 pages.4 francs. RECENSIONS 43 Il existe une question du calendrier.Combien y en a-t-il qui inscrivent tous les jours une date en tête de leurs lettres, et qui ne s\u2019en sont jamais doutés ?Combien même y en a-t-il qui, à l\u2019occasion du Nouvel An, se sont acheté un calendrier et ont cru que c\u2019était une chose assez précieuse pour en offrir un en cadeau à leurs amis, et qui n\u2019ont pas réfléchi que c\u2019est là précisément la meilleur preuve que notre système de mesures du temps est défectueux par quelque côté ?S\u2019il était parfait, aurions-nous besoin de tant de tableaux, aurions-nous besoin de consulter ces tableaux si souvent, pour nous fixer sur les dates ?Quels sont les défauts de notre calendrier, comment pourrait-on l\u2019améliorer et même le rendre aussi parfait que possible, voilà la question qu\u2019on commence à se poser un peu partout, et qui a fait surgir de tous les côtés les projets les plus divers.Beaucoup de ceux que frappent et que choquent les anomalies de notre calendrier, ne désirent pas tant avoir des solutions toutes faites, qu\u2019un exposé d\u2019ensemble et des données claires et précises, qui leur permettent de comprendre le fond des choses et de se faire une opinion personnelle, en même temps que d\u2019apprécier les réformes proposées.Ils trouveront désormais tous les renseignements qu\u2019ils pouvaient souhaiter, dans le livre substantiel et méthodique que vient de publier sous le titre de \u201cLa question du Calendrier\u201d, M.'l\u2019abbé Chauve-Bertrand, si avantageusement connu par les articles qu\u2019il avait déjà publiés sur le sujet, et par la part qu\u2019il a prise aux Congrès qui se sont occupes de la Réforme du Calendrier.L\u2019auteur traite successivement des origines du calendrier, du mouvement actuel de réforme, et des projets qu\u2019il a fait naître.L\u2019histoire n\u2019explique pas tout, mais elle explique bien des choses, en particulier quand il s\u2019agit de nos institutions humaines, la plupart du temps formées, comme les couches géologiques, par sédimentation et cristallisation.Pour les bien comprendre, il faut en connaître l\u2019histoire.M.Chauve-Bertrand le sait, et -il s\u2019est appliqué à retracer avec soin toute la généalogie de notre calendrier romain-grégorien, depuis ses plus lointaines origines jusqu\u2019à la réforme de Jules César, 46 ans avant notre ère, et à celle de Grégoire XIII en 1582.Pour ne rien négliger de ce qui peut éclairer l\u2019obscurité des origines, il y a ajouté l\u2019histoire des autres calendriers.chaldéen, hébraïque, égyptien, hindou, chinois, aztèque, arabe, etc.Tout cela met en grande lumière le véritable caractère des principaux éléments du calendrier.Le mouvement actuel de réforme, qu\u2019on peut faire commencer avec le projet du prêtre italien Marco Mastrofini, en 1837, -n\u2019a pris une tournure pratique que depuis le commencement du XXe siècle.On en suivra avec intérêt les diverses phases dans le récit de M.Chauve-Bertrand.Les projets de réforme, dont il fait un inventaire a-ssez complet, ne donnent pas à première vue, l\u2019impression qu\u2019on est à la veille de s\u2019entendre.Ils ont du moins le mérite de montrer que les solutions ne manquent pas, et, si l\u2019on ne veut pas adopter une fois pour toutes une réforme qui fasse disparaître à jamais les imperfections de notre calendrier, on n\u2019aura que l\u2019embarras du choix entre celles qui -dosent ce qu\u2019il faut en retenir.En parcourant tous ces projets, on ne peut s\u2019empêcher d\u2019admirer l\u2019ingéniosité que les hommes savent déployer pour tirer parti des systèmes défectueux que leur ont légués l\u2019ignorance et la routine. 44 LA BEVUE DOMINICAINE Mais ne serait-il pas plus simple de changer les systèmes eux-mêmes ?Ija partie lia moins intéressante du livre de M.Chauve-Bertrand n\u2019est certainement pas celle où il examine les différents projets de réforme, non pas\u2019 en les critiquant chacun en particulier, mais an étudiant lies défauts fondamentaux du calendrier, et en discutant les diverses méthodes qu\u2019on a proposées pour les Corriger.C\u2019est la partie constructive, celle où l\u2019auteur laisse voir ses préférences.Il n\u2019a pas de peine à montrer que la règle d\u2019intercalation grégorienne, tout en n\u2019étànt pas tout à fait théoriquement parfaite, répond néanmoins suffisamment dans la pratique aux exigences de la science et aux besoins modernes.Au surplus, tout le monde est d\u2019accord ou à peu près sur ce point.On s\u2019accorde aussi généralement pour reconnaître la nécessité d\u2019aivoir un jour hors cadre (deux, les années bissextiles), pour empêcher les semaines de chevaucher sur les années et obtenir la correspondance des dates et des jours de la semaine.On admlet également l\u2019utilité de la division de l\u2019année en semestres et trimestres, mais sur l\u2019opportunité de la division en 12 ou 13 mois, les avis se partagent, les uns voulant des mois égaux d\u2019accord avec les semaines, les autres se contentant de mois inégaux, troublant la correspondance des dates et des jours de la semaine, mais d\u2019accord avec les trimestres et les semestres, ce qui est à notre avis, sacrifier la proie pour l\u2019ombre, sacrifier une grande utilité pour une utilité secondaire.La fixation du calendrier entraînerait dans une large mesure la fixation de la fête de Pâques et des fêtes mobiles ; pour H fixer complètement, il faudrait abandonner entièrement le primitif comput lunaire des juifs et en déterminer la date d\u2019après le calendrier solaire.Le ton judicieux, modéré, objectif, de l\u2019auteur prédispose favorablement le lecteur en faveur de ses conclusions, et les arguments qu\u2019il apporte sont en général fondamentaux.Je ne sais si les raisons qu\u2019il apporte pour placer le dimanche en tête de l\u2019année et de la semaine convaincront tout le monde.Est-il bien sûr que \u201cl\u2019Obsession produite par l\u2019ancien usage de ise reposer le septième jour, après avoir travaillé, doit s\u2019évanouir de plus en plus devant l\u2019usage universellement établi dans la civilisation actuelle d\u2019inaugurer chaque semaine, comme l\u2019année elle-même, par un jour plus solennel, Te dimanche\u201d ?(p.137) L\u2019obsession durera sans doute aussi longtemps qu\u2019on travaillera et qu\u2019on aura besoin de se reposer.Quel que soit le nom qu\u2019on lui donne, le jour de repos sera toujours pour Celui qui a travaillé six jours, le septième jouir.C\u2019est l\u2019ordre de la nature.Il serait a s sûrement préférable de faire correspondre le nom à la chose.Le livre de M.Chauve-Bertrand sera lu par tous ceux qui veulent se renseigner sur la question du calendrier.U fera autant de partisans d\u2019une réforme intelligente qu\u2019il aura de lecteurs.Puisse-t-il e navoir beaucoup et contribuer ainsi à la formation de l\u2019opi-nion publique nécessaire à l\u2019introduction de cette réforme, qui serait un immense bienfait social.M.l\u2019abbé Chauve-Bertrand a publié un livre intéressant et il a fait une bonne oeuvre.Henri Jeannotte, p.S.S, I RECENSIONS\t45 ¦' N Leo-Paul Desrosiers\u2014\u201cAmes et paysages ,iJ édition du Devoir, Montréal, 1922.\u201cIl faut écrire parce que l\u2019on pense\u201d, disait Vauvenargues, et il ajoutait : \u201cparce que l\u2019on est pénétré de quelque sentiment ou frappé de quelque vérité utile\u201d.Ce conseil du moraliste, Monsieur Léo-Paul Desrosiers l\u2019a suivi en nous donnant \u201cAmes et paysages\u201d, recueil de souvenirs et d\u2019impressions qui forment un tableau, où les yeux s\u2019attachent d\u2019eux-mêmes, et saisissent avidement les fidèles images du vrai.Que ce soit \u201cAu bord du lac bleu\u201d, ou.encore dans \u201cUn charivari\u201d, l\u2019auteur montre bien qu\u2019il faut sentir pour émouvoir.connaître avec évidence pour convaincre, et c est précisément parce qu\u2019il a vécu les scènes qu\u2019il raconte, compris les caractères qu\u2019il met en scène, que Monsieur Desrosiers les définit avec tant d\u2019aisance, de goût, et de pénétration psychologique.Il convient de l\u2019en féliciter.Nous voyons, d\u2019ailleurs, si peu d\u2019ouvrages qui se fassent lire sans peine, qu\u2019il importe de signaler au lecteur celui que nous présente le courriériste parlementaire du Devoir.L\u2019esprit, dit-on souvent, se peint dans, la parole, et ce que l\u2019on conçoit nettement, on n\u2019a pas besoin de le commenter.Et c\u2019est bien tel que nous apparaît l\u2019auteur d\u2019Ames et paysages.Ces pensées qu\u2019il propose, ces sentiments qu\u2019il veut inspirer, cette lumière qu\u2019il tâche de faire naître, il en est lui-même tout pénétré.Aussi bien a-t-il pu éviter l\u2019abondance stérile, les vaines paroles, les sentiments fades, comme aussi les fausses couleurs et les mouvements forcés.Il a compris, en un mot, la maxime bien connue : que l\u2019auteur est fait pour le lecteur.Et c\u2019est ce qui fait son mérite.\u2014L.E.T.A.Brou, iS.J.\u2014\u201cAu Puits de Jacob\u201d\u2014Méditations sur Ventretien de Jésus et de la.Samaritaine, par le P.A.Brou, S.J.lu-12, 214 pages.Prix : 4.50 frs.\u2014 Oasiterman, édit., 66 rue Bonaparte, Paris-Vie, et Tournai (Belgique).Suivant pas à pas le récit que Saint .lean nous a laissé de la rencontre et de l\u2019entretien de Jésus avec la Samaritaine, le P.Brou s\u2019attache à pénétrer le sens caché des actes et des paroles du Maître.Depuis des siècles la 'Science et la piété chrétiennes se sont appliquées à ce travail, sans l\u2019achever.Il n\u2019est pas exagéré de dire que ce commentaire du texte évangélique l\u2019éclaire de clartés nouvelles.Tout y est simple, sobre et sûr ; cependant on voit mieux, on est ému, on est entraîné.C\u2019est à l\u2019école de Jésus, tout un traité de la vie surnaturelle et du progrès de Pâme.Charles Parra, 8.J.P.Doncoeur, S.J.\u2014\u201cBeati\u201d.\u2014\u2022 Enseignements de Jésus-Christ sur le Bonheur, recueillis par P.Donooeur, S.J.In-18, XXII-170 p.Prix : 3 frs.\u2014Casterman, édi- 46 LA REVUE DOMINICAINE teu'rs, 66 rue Bonaparte, Paris-Vie, et Tournai (Belgique).La virale joie que le monde ne connaît ni ne 'donne pas plus que la vraie paix, tel est le sujet et le titre du volume à l\u2019allure toute simple que le P.Doncoeur avait publié avant la guerre et dont il vient de donner une édition revue.Sous forme d\u2019extraits des évangiles légèrement paraphrasés en forme de dialogue et groupés dans le cadre des béatitudes, il y a là tout l\u2019essentiel de la doctrine chrétienne sur la vraie joie, présenté sous une forme singulièrement prenante et pénétrante.J.-A.Oharlebois, O.iS.V.\u20141\u201cCatéchisme préparatoire à la Première Communion.\u201d \u2014 Deuxième édition.Oihez les- Clercs die 'Saint-Viateur, 2061, rue St-Dominique, Montréal, 1922.Il a été publié de cet opuscule si bien inspiré, et appelé à faire beaucoup de bien, nue double édition, l\u2019une en français, l\u2019autre en anglais.Voici quelques-unes des remarques dont Hauteur fait précéder l\u2019édition française : Le petit catéchisme que nous avons l\u2019honneur de présenter au public, avec la haute approbation de plusieurs de nos évêques et d\u2019autres personnages distingués, a été préparé spécialement pour aider les mamans à donner à leurs enfants les premières notions de la doctrine catholique ; il peut aussi servir, et très avantageusement, aux maîtres et aux maîtresses qui sont chargés de préparer leurs jeunes élèves à la première communion.Nous avons ajouté aux leçons proprement dites de petites lectures très ,simples qui peuvent servir à compléter la doctrine ou à en expliquer les parties les j>lus difficiles.Nous y avons joint des mots à expliquer, lorsque Le besoin s\u2019en est fait sentir.Il y a quelques récits, d\u2019une grande simplicité, qui complètent les explications et qni pourront servir de modèles à d\u2019autres récits du même genre, également tirés de l\u2019Histoire sainte, que l\u2019on pourra donner aux enfants pour les intéresser et leur faire mieux comprendre les leçons en les illustrant.Ce petit catéchisme contient tout ce que demandait le saint pontife Pie X pour l\u2019admission des enfants à la première commu-nnion, et nous l\u2019avons fait pour répondre aux demandes instantes que nous ont adressées plusieurs amis de notre Congrégation.L\u2019ALMANACH DE LA LANGUE FBANÇAIiSE Le huitième Almanach de la Langue française (1923), vient de paraître.Imprimé sur papier glacé, il est orné de vingt-quatre illustra-trations modèles, sans parler des en-têtes et de l\u2019encadrement du calendrier.Tous les dessins sont d\u2019artistes canadiens.La couverture porte VEvangél-ine d\u2019Hébert.Une quarantaine d\u2019articles forment la matière des cinq rubriques inaugurées l\u2019an dernier.Dans la première, la Langue, on RECENSIONS 47 trouvera des témoignages encourageants ; dans la Vie religieuse et sociale figurent de courtes «biographies, des comptes rendus de congrès ;et de .Semaines sociales, des monographies d\u2019oeuvres et des centenaires.La Vie nationale aussi rappelle quelques centenaires .Pierre Boucher, Kingston, la découverte du Mississipi (Ici, une page inédite de feu Ernest Gagnon et la reproduction d\u2019un pastel de M.Charles Huot).\u2014 elle conclut de plus un article sur VAcadie, sur Hochelaga, sur les Franco-Américains, et un itinéraire fort utile de Montréal à Chicoutimi.Dans la Vie artistique et littéraire, on lira avec intérêt une étude sur l\u2019Enclos paroissial, trois articles .sur «les arts chez nous.Le Théâtre populaire, la Semaine du livre (humoristique, avec caricatures de M.Henri Letondal), les Bibliothèques, font le .sujets d\u2019autres travaux.Enfin une scène de VAutre chemin, pièce de M.Letondal, ferme la série.La Vie économique offre de bonnes pages sur notre vieille ville de_Sorel, la conférence de Gênes et la maison Dupuis.A cette variété s\u2019ajoutent deux articles sur les Juifs et sur l'anglomanie des acheteurs, et toute une collection de Renseignements pratiques : poste, monnaie, poids et mesures, journaux, etc.Bref, l\u2019Almanach n\u2019est inférieur en rien à ses devanciers, et se présente en une élégante toilette, grâce au talent de M.Joseph Dubois.L\u2019Almanach de la Langue française est en vente chez les libraires 25 sous franco.Pour les commandes en quantité les prix sont les suivants : la douz.$2.50 ; le cent, $19.00 ; le mille, $165.00.Ecrire à l\u2019Action française, 369 rue St-Denis, Montréal.F.-A.Vuieeermet, O.P.\u2014\u201cLa Conquête des hommes1\u201d.Un vol.in-8 couronne de 356 p.7 fr.; franco1 7 fr.70.P.Lethielleux, Paris, 19212.Apôtre des jeunes, à l\u2019âme lumineuse et féconde, le R.P.Vuil-lerrnet ne pouvait se désintéresser de l\u2019action sur les hommes ; aussi après tant d\u2019ouvrages écrits pour des jeunes, il entreprend aujourd\u2019hui, dans un nouveau livre qui est un vrai code d\u2019action, de nous donner «la vraie méthode pour la conquête «des hommes.Ses succès et son expérience lui en donnent le droit et recommandent cette méthode.En le suivant, on ne peut qu\u2019être conquérant.Il part de cette idée : tant que les hommes ne seront pas ramenés au Christ, l\u2019entreprise de .relèvement national sera manqué.A l\u2019heure où tant de doctrines sociales, économiques ou politiques prétendent travailler à ce relèvement, la formule chrétienne était à rappeler : agir sur les âmes pour les relever et les vivifier, rendre aux consciences la certitude, aux volontés la solidité, en un mot ramener les hommes au Christ : telle est l\u2019oeuvre à réaliser.\u201cLe Christianisme, dit très justement l'auteur, est l\u2019âme de notre pays, son principe, sa vie\u201d, c\u2019est donc un patrimoine sacré que tous doivent défendre et propager.Tout chrétien doit être un homme d'action, un apôtre : Quand la tempêtre «agite la barque de Dieu, tout l\u2019équipage doit être occupé à la sauver.Pour cela, le P.Vuillermet montre que l\u2019heure est à la conquête de VOpinion publique et à la conquête du monde du Travail, et qu\u2019il faut former des élites.Le JÂvre, la Presse, le Catéchisme sont les influences i 48 LA REVUE DOMINICAINE souveraines dont il faut savoir se servir.Mais dans cette oeuvre de conquête, la patience, l\u2019union et l'organisation assureront la victoire.Tel est, en raccourci, le thème de ce belau livre.Puisse-t-il mettre au coeur d\u2019une multitude d\u2019hommes le désir ardent de se dévouer à la conquête des âmes de leurs frères.Pages éloquentes, mais (programme précis d\u2019action et de reconstruction où, à travers les exemples qui foisonnent, rayonne la richesse de renseignement doctrinal de l\u2019Eglise ! Vient de paraître.\u2014\u201cIutroductio in II 1st or i am Dogmafum,\u2019\u2019 par le T.R.P.Réginald-M.Schultes, O.P., Professeur au Collège Angélique, Rome.(Paris, Lcthielleux, 10 rue Cassette, 1922.\t12 francs.Cette publication nous présente sur la question du développement du dogme l\u2019enseignement que le T.R.Père a donné pendant dix années consécutives à Rome.De notables précisions sont apportées sur cette difficile question.Une recension sera faite prochainement.Société des Etudes Religieuses.\u2014\u201cHenri WII et l\u2019Anglicanisme\u201d, par Monsieur l\u2019aibhé Orisitiani, professeur aux facultés catholiques de Lyon.La brochure, 50 centimes.Monsieur l\u2019abbé Cristiani nous a habitués dans la collection des Etudes religieuses à ces raccourcis de l\u2019histoire où sa plume érudite sait faire tenir toute une période.Oette fois c\u2019est la sinistre figure d\u2019Henri VIII qu\u2019il évoque et son oeuvre néfaste ; l\u2019auteur termine sont très intéressant travail par un exposé clair et succint des fameux 39 articles de l\u2019Eglise anglicane.On peut s\u2019abonner aux brochures de quinzaine de la Société en s\u2019adressant au P.Directeur de la Revue dominicaine, St-Hya-cinthe.Prix : 10 francs.vwvtux Superiorum permissu De licentia Ordinafii "]
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