Revue dominicaine, 1 janvier 1925, Janvier
[" IIAiiO NUMÉRIQUE Première(s) page(s) manquante(s) ou non numérisiée(s) Veuillez vous informer auprès du personnel de BAnQ en utilisant le formulaire de référence à distance, qui se trouve en ligne : https://www.banq.qc.ca/formulaires/formulaire reference/index.html ou par téléphone 1-800-363-9028 Bibliothèque et Archives nationales Québec EJ ES ES ES La Revue Dominicaine Publiée mensuellement / % n / XXXIe ANNEE \u2014 TROISIEME PERIODE 192 5 V Couvent des Dominicains SAINT-HYACINTHE archives DE LA Province de Québec 'O (a f £ IMPRIMATUR : FABIEN-ZOEL Evêque de Saint-Hyacinthe V S » i \\ r v V.V V l A Superiorum permissu UN MOT A UX ABONNES Ou plutôt deux, puisqu\u2019il convient d\u2019abord de vous souhaiter une bonne et heureuse année, riche des bénédictions du ciel et des prospérités de la terre.Nous avons cru cependant que l\u2019exécution en votre faveur d\u2019une réforme appelée depuis longtemps recevrait meilleur accueil que les voeux les plus délicats.N\u2019est-ce pas à la demande ou suggestion de plusieurs d\u2019entre vous,\u2014correspondants d\u2019Europe ou du Canada,\u2014que ces progrès furent tentés et réalisés?Que de fois l\u2019on a reproché à notre revue son physique d\u2019annales, son extérieur démodé! Pure question de format, de couleur, d\u2019agencement, de caractères, assez importante pour l\u2019empêcher de pénétrer en divers milieux où volontiers on la confondait avec d\u2019autres périodiques, excellents dans leur genre, mais sans dépasser la note édifiante ni toucher au coeur d\u2019aucun problème.La bienveillance des autorités de l\u2019Ordre, jointe à la bonne volonté et à l\u2019effort artistique de la Corn-: pagnie d\u2019imprimerie et de Comptabilité de Saint-Hyacinthe nous permettent enfin, après diverses tentatives jugées insuffisantes, de donner pleine satisfaction au public.Notre revue peut maintenant se présenter partout sans rougir de sa toilette, et recevoir quiconque sans rougir de sa façade, encore moins de son mobilier.Disons sans métaphore qu\u2019elle attend d\u2019autres abonnés et de nouveaux collaborateurs, et qu\u2019elle compte à plus forte raison sur la sympathie et l\u2019aide des anciens.La Rkvüe Dominicains.Janvibr 1925 4 LA REVUE DOMINICAINE Vous soupçonnez bien, chers abonnés, qu\u2019un organe qui se modifie de la sorte sans augmenter d\u2019un sou le tarif d\u2019abonnement, doit encourir certains risques financiers', nous les affrontons par zèle doctrinal, en vue de vos propres intérêts; veuillez les restreindre en soldant dès maintenant, suivant l\u2019usage, l\u2019abonnement de 1925, et suivant la justice, celui de 1924.S\u2019il en est parmi vous, ce qu\u2019à personne ne pieuse, qui veulent cesser leur abonnement, la justice et l\u2019usage, cette fois, leur commandent de nous avertir au plus, tôt, en laissant aux habiles le privilège de s\u2019assurer le service d\u2019une revue pendant une couple d\u2019années et d\u2019esquiver ensuite leurs obligations! Il nous répugne d\u2019insister sur ce point de vue tout matériel, mais nous croyons obliger par là nos confrères éditeurs qui ont d\u2019ordinaire à formuler, à l\u2019époque des être lines, les mêmes griefs et les mêmes réclamations.Tel qu\u2019il parait au verso de la couverture, le programme de la Revue dominicaine ne subit pour l\u2019heure aucun changement.Une expérience déjà longue nous permet de croire qu\u2019il répond d\u2019assez près aux exigences d\u2019une clientèle curieuse des choses de l'esprit, mais de composition peu homogène.Nous l\u2019avons habituée à rechercher, parmi ces mets variés que nous lui présentons chaque mois, la nourriture assimilable à chacun selon son degré d\u2019instruction.C\u2019est dire aux collaborateurs qu\u2019ils ne perdront jamais leur temps ni leur peine.L\u2019écrivain qui veut traiter ici d\u2019une façon sérieuse, mais sans trop d\u2019appareil technique, un problème de théologie, peut être sur d\u2019atteindre un public averti, tandis que l\u2019article d\u2019à-côlé, plus littéraire, plus souple d\u2019allure et moins grave de ton, aura aussi son contingent de lecteurs intéressés. UN MOT AUX ABONNÉS 5 Qu\u2019à ce double gage de succès: labeur obstiné d\u2019une part, sympathie effective de l\u2019autre, la Providence daigne ajouter ses larges bénédictions, et cette oeuvre de charité intellectuelle vivra comme tant d\u2019autres en ce pays, apportant aux âmes troublées le secours des principes catholiques, rendant plus éclairée et plus agissante la foi des chrétiens.La Direction LA PRIMAUTE DE SAINT THOMAS D'AQUIN Duce ac Magistro Aquinate S.S.Pie XI Dans l\u2019histoire de l\u2019Eglise il est un fait unique: la place de choix faite à l\u2019oeuvre doctrinale de saint Thomas d\u2019Aquin.Certes, l\u2019Eglise admet d\u2019autres auteurs et d\u2019autres docteurs; cependant, aucun n\u2019a été par Elle loué à l\u2019égal du Docteur Angélique: d\u2019aucun autre les Souverains Pontifes ont écrit: \u201c// a donné plus de lumière à l\u2019Eglise que tous les autres docteurs\u201d.1 D\u2019autres ont été utilisés dans les conciles; de saint Thomas seul il a été dit qu\u2019il semble avoir presque présidé\u2014pene praefuisse\u2014les conciles tenus depuis sa mort.2 L\u2019Eglise a d\u2019autres Docteurs; saint Thomas est le seul qu\u2019elle ait dénommé Commun ou Universel;3 et c\u2019est lui seul qu\u2019Elle a choisi comme Patron officiel des écoles catholiques.4 D\u2019autres ont été remarquables par 1.\t\u2014Jean XXII.cité par Pie XI, dans l\u2019Encyclique Studiorum D ucem.2.\t\u2014Léon XIII, dans Aeterni Patris.3.\t\u2014Pie XI, ibid.4.\t\u2014Léon XIII, le 4 août, 1880 6 LA REVUE DOMINICAINE l\u2019éclat de leur science théologique; seule, cependant, la doctrine thomiste a été déclarée \u201csupérieure aux autres par la propriété des termes et la vérité de ses assertions, à tel point que celui qui y sera fidèle ne s\u2019écartera jamais de la vérité; au contraire, celui qui la combattra sera toujours suspect dans sa doctrine seule elle a été appelée la doctrine préférée de l\u2019Eglise.5 6 Ces éloges de l\u2019autorité suprême ecclésiastique indiquent une prédilection qui confère à l\u2019oeuvre doctrinale de saint Thomas une primauté d\u2019honneur indéniable.Mais il y a plus: aucun autre docteur n\u2019a été désigné comme \u201cle chef et le maître des études;\u201d7 aucune autre doctrine n\u2019a été adoptée par l\u2019Eglise comme \u201csa doctrine propre,\u201d8 au point que \u201csi la doctrine de quelque autre auteur ou saint a jamais été approuvée, on comprend facilement quelle a été approuvée DANS LA MESURE OU ELLE ETAIT COHERENTE AUX PRINCIPES DE SAINT THOMAS OU N\u2019Y REPUGNAIT AUCUNEMENT;\u201d9 aucune autre, surtout, n\u2019a été imposée, par mode de loi,\u2014par le Code\u2014comme règle générale de l\u2019enseignement philosophique et théologique.De ce chef, saint Thomas occupe, dans l\u2019Eglise, une primauté de régime qui est une véritable hégémonie.De cette suprématie de la doctrine thomiste dans l\u2019Eglise il serait intéressant de faire la preuve historique.Mais\u2014outre que celle preuve a été fournie, pour toujours, dans un incomparable ouvrage du P.5.\t\u2014Innocent VI, cité par Léon XIII dans Aeterni Patris.6.\t\u2014Benoît XV au R.P.Hugon, O.P.7.\t\u2014Pie XI dans Studiorum Ducem.8.\t\u2014Benoît XV, dans A.A.8.1921, p.332, et Pie XI.A.A.8.1923.p.314.9.\t\u2014Pie X dans le Motu Proprio \u201cDoctoris Angelici\u201d. LA PRIMAUTÉ DE SAINT THOMAS D\u2019AQUIN 7 Berthier, O.P.10\u2014il semble plus urgent de rappeler la position de la doctrine thomiste devant la législation canonique actuelle.C\u2019est qu\u2019en effet, malgré les prescriptions si fréquemment répétées, si claires, si impératives du magistère suprême de l\u2019Eglise, des écrivains catholiques paraissent vouloir laisser croire que l\u2019on est à peu près libre de suivre ou de ne pas suivre saint Thomas.* 11 Il ne faut pas qu\u2019une fallacieuse interprétation des documents pontificaux et de la loi ecclésiastique vienne jeter le trouble dans les âmes catholiques; il ne faut pas laisser entamer la belle tradition thomiste qui est la force et la gloire de notre enseignement religieux au Canada.Quelle est donc, actuellement, la loi de l\u2019Eglise relative à la doctrine de saint Thomas d\u2019Aquin ?-a* \u2022K* -K* Le droit thomiste actuel a trois sources: (a) Le Code de droit canonique, par les canons 1366 et 589.Can.133S, par.2: \u201cQue les professeurs traitent les études de philosophie rationnelle et de théologie et forment les élèves selon la méthode, la doctrine et les principes du Docteur Angélique, et quils s\u2019g tiennent saintement.\u201d Can.589, parag.1: \u201cQue les religieux, dûment instruits dans les études inférieures, s\u2019adonnent avec diligence, au moins pendant deux ans ci la philosophie, et au moins pendant quatre ans ci la théologie, en s\u2019attachant ci la doctrine de S.Thomas, 10.\t\u2014Sanctus Thomas, Doctor Communis.11.\t\u2014U nous a fait peine de trouver ces insinuations sous la signature d\u2019un de nos Frères en S.François, le R.P.Bruno-Marie, dans ta Revue Franciscaine d\u2019octobre, 1924.Le R.P.aurait-il oublié la paternelle recommandation de Léon XIII aux fils de S.François : \u201cQue le nom de saint Thomas soit sacré pour tous les disciples de S.François : qu\u2019ils craignent de ne pas suivre un chef que N.-*S.lui-même a attesté avoir bien écrit de lui.\u201d (1898) 8 LA REVUE DOMINICAINE selon le c.1366, en corformité avec les Instructions du Siège Apostolique\u201d (b)\tCe qui est passé, soit totalement, soit partiellement, du droit ancien au Code; dans le premier cas, le droit ancien conserve toute son autorité; dans le second, la part conservée.En vertu de ce principe,12 fondamental pour l\u2019interprétation du Code, les documents pontificaux qui ont recommandé ce que prescrivent les canons actuels, sont en vigueur.Par suite, si, dans la législation antérieure, l\u2019on trouve les même prescriptions, dans les mêmes termes, il est légitime de s\u2019y reporter, pour mieux comprendre la législation actuelle;13 du même coup, c\u2019est la législation thomiste de Léon XIII, de Pie X, et de Benoît XV avant le Code, qui vient comme s\u2019incorporer au Code lui-même, puisque c\u2019est de leurs formules qu\u2019ont été rédigés les canons 1366 et 589.(c)\tCe qui a été décrété par l\u2019autorité suprême, après le Code: l\u2019Eglise, en effet, continue à faire des lois; le Pape actuel a la même autorité législative que son prédécesseur qui a promulgué le Code.Or, S.S.Pie XI s\u2019est Elle aussi, occupée de la doctrine de saint Thomas, à trois reprises, au moins, en deux ans.Le 1er août, 1922, Pie XI a demandé \u201cd\u2019observer invio-lablement\u201d les prescriptions du Code relatives à la doctrine thomiste;14 le 29 juin, 1923, dans la grande Encyclique \u201cStudiorum Ducem\u201d, il a demandé \u201cd\u2019ob- 12.\t\u2014'Can.6, par.2 : \u201cCanones qui jus vêtus ex integro referunt, ex veteris juris auctoritate sunt aestimandi;\u201d par 3: \u201cCanones qui ex parte tantum cum veteri jure congruunt, quâ congruunt, ex jure antiquo aestimandi sunt.\u201d 13.\t\u2014Comme le Code est rédigé par articles concis, on n\u2019y trouve pas toujours cette ampleur qu\u2019ont, par exemple, les encycliques, bien que ici comme là, puissent se trouver les mêmes prescriptions.Si les termes de la loi elle-même sont identiques, le canon pourra s\u2019expliquer par d\u2019autres documents.14.\t\u2014Acta A.Sedis, 1922, p.454. LA PRIMAUTÉ DR SAINT THOMAS D\u2019AQUIN 9 server avec soin et de garder fidèlement les prescriptions de ses prédécesseurs;\u201d15 le 19 mars, 1924, il a demandé que, chez les religieux, \u201cles maîtres, dans renseignement de la philosophie et de la théologie, suivent fidèlement la méthode scolastique, selon les principes et la doctrine de i\u2019Aquinate.\u201d16 Telles sont les lois en vigueur, actuellement, relativement à la doctrine de saint Thomas d\u2019Aquin dans l\u2019Eglise catholique.Leur simple énoncé marque déjà, sans équivoque, une intention d\u2019obligation qu\u2019une étude un peu plus attentive rend encore plus manifeste.OBJET DE LA LOI Tout d\u2019abord, quel est l\u2019objet de la législation thomiste de l\u2019Eglise ?L\u2019Eglise demande que \u201cles études de philosophie rationelle et de théologie soient faites selon la méthode, la doctrine, et les principes du Docteur Angélique.\u201d (Can.1366).Donc, en philosophie tout aussi bien qu\u2019en théologie, il faut suivre saint Thomas.Le précepte n\u2019est pas superflu: plusieurs, en effet, accepteraient volontiers d\u2019être thomistes en théologie, mais ne veulent pas l\u2019être en philosophie.Et pourtant, la loi ne distingue pas.Léon XIII rappelait un jour avec énergie que ce n\u2019est pas seulement en théologie, mais aussi en philosophie, qu\u2019il faut absolument suivre la doctrine de saint Thomas.17 Plus près de nous, S.S.Pie XI, dans les deux documents précités, \u2014\u201cOfficio- 15.\t\u2014A.A./8.1923, p.323.Remarquons, au passage, que même si le c.1366 ne conservait pas les lois antérieures, elles seraient en force en vertu île l\u2019acte de Pie XI ; les Acta qui contiennent le documentstudiorum Ducern indiquent en note, comme spécialement conservés, la Constitution Aeterni Patris de Léon XIII, et le Motu Proprio, \u201cDoetoris Angelica\u201d de Pie X.16.\t\u2014A.A.S.1924, p.144.17.\t\u2014'Lettre Gravissime, du 30 décembre 1892. 10 LA REVUE DOMINICAINE rum\u201d et \u201cStudiorum\u201d\u2014a maintenu les mêmes prescriptions.Et l\u2019on sait avec quelle vigueur Pie X a déclaré que \u201cs\u2019écarter de saint Thomas, surtout en métaphysique, ne va pas sans détriment grave;\u201d le même pontife, dans le même document, ordonne de \u201cmettre la philosophie scolastique à la base des sciences sacrées\u201d, entendant par là \u201cla philosophie que nous a léguée le Docteur Angélique.\u201d18 Mais qu\u2019est-ce que suivre saint Thomas?La loi l\u2019explique : c\u2019est adopter la méthode, la doctrine, les principes thomistes.D\u2019abord, la METHODE.Que par le mot rationem du c.1366, il faille entendre la méthode, c\u2019est bien ce qui ressort de la lecture d\u2019un autre document \u2014\u201cOfficiorum\u201d\u2014où S.S.Pie XI identifie les deux mots: \u201crationem seu methodum.\u201d Quelle est cette méthode?La méthode scolastique, que, sans doute, saint Thomas n\u2019est pas le seul à avoir pratiquée, mais qu\u2019il a portée à sa perfection.Cette méthode n\u2019exclut pas la méthode positive; les deux ont droit de cité dans les études ecclésiastiques; mais la méthode scolastique ne doit jamais être délaissée, et, au dire de Pie X, ce serait faire le jeu des modernistes que de paraître la mépriser.19 Il faut, en deuxième lieu, suivre LA DOCTRINE de saint Thomas; autant il serait contraire à l\u2019esprit de la législation canonique de s\u2019écarter de la méthode thomiste, autant il répugnerait d\u2019être fidèle à la méthode, mais de ne pas adopter la doctrine : \u201cnon solum rationem seu methodum, verum etiam doctrinam et principia sancti Thomae.\u201d (Pie XI, \u201cOfficiorum\u201d) 18.\t\u2014Encyclique Pascendi, reprise dans ie Motu Proprio \u201cSa-croruni Antistitum.\u201d 19.\t\u2014\u201cPascendi\u201d et \u201cSacrorum Antistitum\u201d. LA PRIMAUTÉ DE SAINT THOMAS D\u2019AQUIN 11 La doctrine, c\u2019est évidemment renseignement lui-même, ce sont les conclusions, les assertions de saint Thomas.Qu\u2019il faille l\u2019accepter, rien d\u2019étonnant, puisque, au langage des Souverains Pontifes eux-mêmes, l\u2019Eglise a fait \u201csienne propre\u201d cette doctrine.(Benoit XV et Pie XI).Léon XIII justifiait cette préférence quand il écrivait: \u201cLa doctrine de saint Thomas est d\u2019une telle plénitude quelle comprend, à l\u2019instar d\u2019une mer, toute la sagesse venue des anciens.Tout ce qui a été dit de vrai ou discuté sagement par les philosophes païens, par les Pères et les Docteurs de l\u2019Eglise par les hommes éminents qui ont fleuri avant lui, non seulement il l\u2019a connu à fond, mais il l\u2019a accru, perfectionné, disposé avec une telle clarté de langage, avec un art si consommé dans la discussion, avec une ielle propriété de termes, qu\u2019il a bien laissé à ceux qui viendraient après lui la faculté de l\u2019imiter, mais qu\u2019il semble leur avoir enlevé toute possibilité de le surpasser.\u201d (Document déclarant saint Thomas Patron des écoles).Restent à suivre LES PRINCIPES de saint Thomas, tant en philosophie qu\u2019en théologie; c\u2019est le point le plus difficile, où, du moins, l\u2019entente entre catholiques semble peu aisée à se faire.L\u2019on admet généralement assez facilement, contre les ennemis du dehors, la méthode et la doctrine thomistes; mais l\u2019on discute davantage de ses principes.Et pourtant, ils s\u2019imposent, tout comme la méthode et la doctrine, en vertu des mêmes lois.C\u2019est peut-être que l\u2019on ne s\u2019entend pas sur la détermination de ces principes eux-mêmes.Quels sont ces principes \\ Le texte du Code ne précise pas.Mais nous savons qu\u2019il est permis de faire appel à la législation antécédente.Or, Pie X, 12 LA REVUE DOMINICAINE dans le Motu Proprio \u201cDoctoris Angelici\u201d, a dit que les principes thomistes sont \u201cceux sur lesquels, comme sur ses bases, repose la philosophie thomiste\u201d, que \u201cces points capitaux ne doivent pas être tenus comme faisant partie de ce genre d\u2019opinions dont il est permis de discuter en sens contraires, mais comme des, bases sur lesquelles repose toute science des choses divines et humaines\u201d et qu\u2019enfin \u201cils s\u2019égarent ceux qui pervertissent ou méprisent les énoncés majeurs (pronuntiata majora) de scant Thomas.\u201d20 Mais, en définitive, quels sont, concrètement, ces principes, ces points capitaux, ces énoncés majeurs DONT IL N\u2019EST PAS PERMIS DE DISCUTER, que l\u2019on ne peut enlever \u201csans que les élèves en science sacrée ne perçoivent même plus la signification des mots par lesquels les dogmes divinement révélés sont proposés par le magistère de l\u2019Eglise?\u201d (Ibid.).Il y a, sur ce sujet, une déclaration authentique du Saint Siège.En 1914, peu après la publication du document \u201cDoctoris Angelici\u201d, l\u2019on a présenté à la Congrégation des Etudes une série de 24 thèses, dans le but évident de faire concrétiser les \u201cénoncés majeurs\u201d dont le Souverain Pontife venait de déclarer si solennellement qu\u2019il n\u2019est pas permis de s\u2019éloigner.Et la Congrégation, le 27 juillet, 1914, répondit que \u201cmanifestement, les 24 thèses contiennent les principes et les énoncés majeurs cle saint Thomas.\u201d21 Il semble donc qu\u2019il ne reste plus qu\u2019à se référer à ces 24 thèses, et à les soutenir comme contenant bien les principes de saint Thomas.Car, si des principes de saint Thomas il n\u2019est pas permis de s\u2019éloigner, (Pie X) si, par ailleurs, les 24 thèses contiennent les prin- 20 \u2014A.A.S.1914, p.337.21\u2014A.A.S.1914, p.384. LA PRIMAUTÉ DE SAINT THOMAS D\u2019AQUIN 13 cipes de saint Thomas, il est difficile de ne pas conclure qu\u2019il n\u2019est pas permis de s\u2019éloigner des 24 thèses.22 Voilà donc bien, au moins, un minimum connu de principes indiscutables de saint Thomas d\u2019Aquin ! Le Saint Siège n\u2019a fait que le confirmer lorsqu\u2019il a précisé que ces 24 thèses doivent être proposées \u201ccomme des normes directives sures.\u201d23 \u2022X*\t\u2022X* L\u2019obligation de suivre saint Thomas, en philosophie et en théologie, pose, comme par mode de corollaire, un autre problème: étant donné l\u2019étroite dépendance qu\u2019il y a entre le thomisme et l\u2019aristotélisme, l\u2019approbation de l\u2019un par l\u2019Eglise est-elle l\u2019approbation de l\u2019autre ?La loi canonique qui impose les principes thomistes impose-t-elle, du même coup, les principes aristotéliciens dont ils sont tributaires ?Quelques-uns pensent que non; ils disent que l\u2019on n\u2019est pas tenu de suivre saint Thomas dans la voie nouvelle où, par les principes aristotéliciens, il a aiguillé la théologie; ils croient pouvoir rester libres de préférer d\u2019autres principes, par exemple, ceux de l\u2019augustinisme.\u2014D\u2019autres, au contraire, soutiennent que le thomisme imposé par l\u2019Eglise est le thomisme à base aristotélicienne, et que l\u2019augustinisme qui en est l\u2019antithèse ne peut être légitimement suivi.La loi canonique ne parle pas explicitement d\u2019Aristote; mais, implicitement, n\u2019est-ce pas l\u2019aristotélisme qui est imposé avec et par le thomisme dont il est la cause?Léon XIII, un jour, déclarait que \u2014La décision de la Congrégation qui déclare que les 24 thèses contiennent bien les principes de 'S.Thomas est d\u2019ordre général.A moins d\u2019une dispense particulière, l\u2019on doit dans l\u2019enseignement s\u2019y conformer.Cependant, n\u2019étant pas matière de foi, elles n\u2019obligent pas à l'adhésion ultérieure, 33.\u2014A.A,S, 1916, p.157 14 LA REVUE DOMINICAINE philosophie aristotélicienne et philosophie thomiste, c\u2019est tout un,24 En effet, les principes philosophiques essentiels de saint Thomas sont, d\u2019après le Saint Siège, contenus dans les 24 thèses approuvées le 27 juillet 1914.Or, il est notoire que ces thèses sont nettement aristotéliciennes, et pour une bonne part, nettement anti-augustiniennes.La plupart vont contre les thèses principales que l\u2019école augustinienne n\u2019a cessé d\u2019opposer à l\u2019école aristotélico-thomiste.25 Elles sont l\u2019essence de l\u2019aristotélisme comme les thèses contraires sont l\u2019essence de l\u2019augustinisme, et ce par quoi l\u2019augustinisme a toujours tenu à se distinguer de l\u2019aristotélisme.En les approuvant, c\u2019est donc un thomisme manifestement aristotélicien et anti-augustinien qu\u2019approuve l\u2019Eglise, et sous l\u2019aspect précis, où, aristotélicien, il est une réaction anti-augustinienne; en même temps qu\u2019il est approuvé, est approuvé l\u2019aristotélisme qui est son ossature; et en même temps, aussi, n\u2019est pas approuvé l\u2019augustinisme qui lui est directement opposé; par suite, cet ensemble de principes philosophiques augustiniens qui va formellement contre l\u2019ensemble des principes aristotélico-thomistes contenus dans les 24 thèses, ne peut être soutenu.L\u2019on ne saurait, en effet, imaginer que l\u2019Eglise demandait de proposer ces 24 thèses comme des \u201cnormes directives sûres\u201d, et qu\u2019en même temps elle permettrait la libre circulation de thèses directement et formellement contraires.Si les 24 thèses sont des normes 24.\t\u2014\u201cPhilosophia sancti Thomas nihil demum alia est ah]ne aristotelica\u201d, dans Gravissime, 1892.25.\t\u2014En voici quelques-unes: IX, \u201cla pure potentialité de la matière première\u201d ; VII, \u201cl\u2019absolue immatérialité des créatures spirituelles\u201d ; XI, \u201cl\u2019individuation par la matière signée de quantité\u201d: XVI, \u201cl\u2019unité de forme substantielle dans le composé humain\u201d; XIX, XX, \u201cla connaissance abstractive\u201d; XXII, \u201cl\u2019impossibilité de la connaissance intuitive de Dieu.\u201d LA PRIMAUTÉ DE SAINT THOMAS D\u2019AQUIN 15 sûres les principes augustiniens qui s\u2019y opposent peuvent-ils l\u2019être ?SUJET DE LA LOI Quels sont ceux qui, clans les études philosophiques et théologiques, sont obligés de se conformer à ia méthode, à la doctrine, et aux principes de saint Thomas d\u2019Aquin ?Directement et immédiatement, ce sont, d\u2019abord, les professeurs, \u201cprofessores omnino pertractent\u201d, non seulement dans les grands séminaires, mais \u201ctous ceux qui, en quelque école que ce soit du monde catholique, enseignent la philosophie;\u201d20 ce sont eux, directement, que Pie X a avertis que \u201cs\u2019éloigner de saint Thomas, surtout en métaphysique, ne va pas sans grand danger;\u201d27 c\u2019est à eux, tout spécialement, que S.S.Pie XI demande d\u2019observer avec soin et de garder fidèlement ce que Léon XIII dans Aeterni Pa-tris et Pie X dans Doctoris Angelici ont prescrit concernant la doctrine de saint Thomas.2S D\u2019où, aucun professeur catholique ne peut, où qu\u2019il enseigne, se départir de la fidélité à saint Thomas, sans désobéir à la loi.Les religieux sont tenus, par un précepte particulier, de suivre la doctrine thomiste: le Code dit expressément: \u201cAu moins pendant deux ans, que les religieux s\u2019appliquent à la philosophie, et pendant quatre ans à la théologie, s\u2019attachant à la doctrine de saint Thomas conformément au c.1366, SELON LES INSTRUCTIONS DU SAINT SIEGE.\u201d (c.589).Ces instructions n\u2019ont pas manqué dans le passé: tour à tour aux Franciscains, aux Dominicains, aux Carmes.26.\t\u2014Pie X, le 23 janvier, 1904.27.\t\u2014A.A.S.1910, p.656.28.\t\u2014Pie XI, Studiorv/m Ducern. 16 LA REVUE DOMINICAINE aux Bénédictins, aux Sulpiciens, aux Jésuites, aux Basiliens, le Saint Siège a rappelé l\u2019obligation de suivre la doctrine thomiste; Pie X a commandé aux religieux, comme aux autres professeurs, d\u2019enseigner saint Thomas;20 et tout près de nous, S.S.Pie XI prenant à son compte une parole de Léon XIII, au Ministre Général des Franciscains, a dit: \u201cCeux qui veulent vraiment philosopher-\u2014et les religieux doivent, tout particulièrement le vouloir\u2014doivent jeter le fondement de leur doctrine en Thomas d\u2019Aquin.\u201d50 Après cela, l\u2019on s\u2019explique difficilement cette phrase d\u2019un article déjà signalé: \u201cL\u2019Ordre de saint François est dans son droit de s\u2019écarter des opinions de saint Thomas\u201d (Revue Franciscaine, 1924, p.459.) 3°bis.La loi thomiste atteint, aussi, les évêques à qui appartient la vigilance sur la doctrine.C\u2019est à eux que le S.Siège demande de pourvoir au choix de professeurs qui ne soient pas inférieurs à leurs obligations thomistes;31 ce sont eux qui devraient, à l\u2019occasion, restaurer le thomisme dans les séminaires, et exiger qu\u2019il s\u2019y maintienne.32 Sont-ce là les seuls qu\u2019atteigne la loi ?Evidemment non.Les professeurs qui forment directement le clergé, comme les évêques à qui est confiée la responsabilité doctrinale des fidèles peuvent bien être tenus plus que d\u2019autres à inculquer la doctrine thomiste; mais il serait par trop puéril que d\u2019autres aient la liberté d\u2019entraver leur oeuvre.Qu\u2019adviendrait-il si, pendant que les professeurs observent conscien- 29.\t\u2014AA .S.1910, p.65G.30.\t\u2014A.A.S.1924, p.144.30 bis.\u2014Les privilèges possibles en cette matière comme dans les autres, sont particuliers, et.incommunicables.31.\t\u2014Pie XI, A.A.S.1922, p.454.32\u2014Pie X, A.A.S., 1910, p.656, LA PRIMAUTÉ DE SAINT THOMAS D\u2019AQUIN 17 pieusement la loi, des journalistes, des auteurs ou des prédicateurs pouvaient librement faire campagne anti-thomiste ?L\u2019obligation faite aux professeurs d\u2019être thomistes et de former leurs élèves au thomisme crée chez ceux qui ne le sont pas le devoir de leur permettre de l\u2019observer.D\u2019ailleurs, S.S.Pie XI, dans la lettre Studiorum Dncem, en écrivant que surtout\u2014-praesertim\u2014les maîtres doivent garder fidèlement les prescriptions relatives à l\u2019enseignement thomiste, laisse bien entendre qu\u2019ils ne sont pas les seuls à y être soumis.FORCE OBLIGATOIRE DE LA LOI Une dernière question: Quelle est la force obligatoire de la loi ecclésiastique qui demande le thomisme ?Pour connaître la force obligatoire d\u2019une loi, il n\u2019y a qu\u2019à étudier les termes dans lesquels elle est rédigée ou promulguée.Il est intéressant de comparer, à ce point de vue, différents articles du Code: les uns sont purement des exhortations, p.ex.le c.1348: \u201cadhortandi sunt fideles\u201d; d\u2019autres sont des désirs, p.ex.le c.1345: \u201coptandum\u201d ; d\u2019autres exigent l\u2019application, l\u2019effort, p.ex.le c.1353: \u201cdent operam d\u2019autres, enfin, sont positifs, ils ordonnent, et quelque fois avec une insistance qui marque mieux la volonté du législateur; c\u2019est le cas du c.1366: \u201cprofessores omnino pertractent.sancteque teneant\u201d.En dehors du Code les textes sont aussi formels: \u201cinviolate servent\u201d, dit Pie XI, ou encore \u201csancte inviolate que servari debentet Pie X, après Léon XIII, avait dit aussi impérativement: \u201cvolumus, juhemus, ordina-mus, praecipimus.\u201d33 Ce langage ne laisse aucun doute sur la volonté du législateur.33.\u2014I>ans \u201cDoctoris Angelici\u201d, 18 LÀ REVUE DOMINICAINE Au reste, il s\u2019agit d\u2019une matière importante: c\u2019est la formation de la jeunesse chrétienne qui est en jeu; c\u2019est la défense de la foi qui peut être en péril; c\u2019esi l\u2019intelligence même des dogmes qui peut disparaître (Pie X), si la loi qui impose le thomisme n\u2019est pas observée.C\u2019en doit être assez pour convaincre que les données du droit thomiste ne sont pas matière de libre acceptation ou rejet.L\u2019on n\u2019est pas libre d\u2019obéir ou de ne pas obéir à l\u2019Eglise qui commande ; et Pie X a rappelé que \u201cles maîtres de philosophie et de théologie catholique n\u2019ont pas reçu le mandat d\u2019enseigner pour communiquer les opinions de leur choix, mais pour donner aux élèves les doctrines les plus approuvées par l\u2019Eglise.\u201d (\u201cDoctoris Angelici.\u201d) C\u2019est que\u2014 peut-être est-on malheureusement trop porté à l\u2019oublier\u2014il appartient au Siège Apostolique de réglementer les études sacrées; c\u2019est encore Pie X qui l\u2019a rappelé dans une formule empruntée à saint Thomas: \u201cOrdinare de studio pertinet praecipue ad auctorita-tem Apostolicae Sedis\u201d.Zi L\u2019Eglise n\u2019a pas la garde des seules vérités révélées; elle n\u2019intervient pas que pour définir.\u201cLe droit d\u2019enseigner qui réside au souverain degré dans le Pontife Romain n\u2019a pas qu\u2019un seul mode d\u2019exercice; il peut s\u2019exercer autrement que par la définition solennelle.\u201d35 11 n\u2019a jamais cessé de veiller sur la formation philosophique et théologique, surtout du clergé; le récuser ou le mettre en doute, c\u2019est porter atteinte à un droit, c\u2019est s\u2019ériger contre une tradition immémoriale d\u2019intervention.L\u2019on sait très bien que les définitions sont assez rares; par contre, le Souverain Pontife, tantôt personnellement, 34.\t\u2014\u201cDoctoris Angelici\u201d, citant.Contra impugnantes, c.III.35.\t\u2014R.P.Pègues, O.P., cité dans Ohoupin, S.J.: \u201cValeur des Décisions du 8.Siège\u201d (2ièrae édition) p.51. LA PRIMAUTÉ DE SAINT THOMAS D\u2019AQUIN\t19 tantôt par les Congrégations, ne cesse d\u2019intervenir et de diriger l\u2019enseignement catholique; il précise des points controversés, il rejette certaines interprétations, il réprouve certains ouvrages, il impose même certaines formules,36 comme il en prohibe d\u2019autres: tout cela, c\u2019est de la pratique presque quotidienne.En le faisant, il ne frappe pas à \u201cmort la vie intellectuelle\u201d; il l\u2019oriente, au contraire, la maintient, et la sauve.Le lui reprocher, n\u2019est-ce pas manquer au respect et à l\u2019obéissance auxquels il a droit dans l\u2019exercice de son magistère ?Vouloir s\u2019en dégager comme d\u2019un \u201ccarcan\u201d importun, n\u2019est-ce pas s\u2019exposer à franchir des barrières qui préservent de l\u2019erreur et peut-être de l\u2019abîme?Même sous l\u2019humilité de la formule, \u201cle serviteur des serviteurs de Dieu\u201d reste un maître des âmes tout comme un ministre reste un supérieur.* * * Saint Thomas est-il donc, en définitive le seul Docteur qui ait droit de se faire entendre dans l\u2019Eglise?A cette question, laissons répondre PieX: \u201cQue si la doctrine de quelque autre docteur ou saint a jamais été approuvée par nous ou Nos prédécesseurs, avec des louanges singulières, et de telle sorte qu\u2019aux louanges s\u2019ajoutât le conseil et l\u2019ordre de la répandre et de la défendre, on comprend facilement qu\u2019elle a été approuvée DANS LA MESURE OU ELLE ETAIT COHERENTE AUX PRINCIPES DE SAINT THOMAS OU N\u2019Y REPUGNAIT AUCUNEMENT\u201d.(\u201cDoctoris Angelici\u201d) Cette explication a été fournie précisément comme une réponse à ceux qui, parce que le même pape avait, dans un document antérieur, re- 36.\u2014iSe référer au serment anti-moderniste de Pie X, et à certaines professions qu\u2019ont dû souscrire des auteurs suspects, à diverses reprises. 20 LA REVUE DOMINICAINE commande surtout la philosophie thomiste, s\u2019étaient persuadés que saint Thomas n\u2019était pas seul à pouvoir être suivi.Saint Thomas est donc vraiment le docteur commun de l\u2019Eglise.Ce sont ses principes qui sont la règle de l\u2019enseignement.Les autres ne sont admis que dans la mesure où ils sont d\u2019accord avec ses principes.Comment, dès lors, expliquer certains actes où les papes semblent, tout de même, vouloir laisser quelque latitude et ne pas obliger rigoureusement à suivre la doctrine thomiste ?Le plus connu est l\u2019Encyclique \u201cStudiorum Ducem\u201d où Pie XI a déclaré que \u201cdans les questions sur lesquelles, dans les écoles catholiques, les auteurs les plus estimés controversent et soutiennent des opinions contraires, nul ne doit être empêché de suivre la théorie qui lui paraît la plus vraisemblable ?\u201d Remarquons bien que ces lignes, dans le texte, viennent immédiatement après celles où le pape confirme le c.1366, et peu après celles où il demande de garder fidèlement les prescriptions du \u201cDoctoris AngelicV\u2019 de Pie X et de VAeterni Patris de Léon XIII; par conséquent, à moins de vouloir accuser le Pape de se contredire lui-même, de contredire le Code, et de contredire Pie X et Léon XIII, il faut entendre la liberté laissée aux écoles, d\u2019autre chose que de la méthode, de la doctrine et des principes de saint Thomas; il ne peut s\u2019agir que de questions tout à fait secondaires, non de la doctrine ni des principes thomistes lesquels doivent être \u201ctenus saintement\u201d.Il n\u2019est donc pas vrai que \u201cdu moment que l\u2019on sauve la transcendance chrétienne, on a la plus grande liberté pour suivre en théologie les opinions de son choix;\u201d3' cette assertion, plusieurs se sont étonnés de 37.\u2014Revue Franciscaine, 1924, p.458.\u201cSuivre en théologie les opinions de son choix\u201d, n\u2019est-ce pas du libre examen en un sujet où il n\u2019est pas permis? LA PRIMAUTÉ DE SAINT THOMAS D'AQUIN\t21 la trouver sous la signature d\u2019un prêtre dans une revue religieuse.Transcendance chrétienne! Si, par là,\u2014-comme semble l\u2019indiquer le contexte\u2014l\u2019on veut désigner le donné révélé et défini, et soutenir que tout le reste est indifférent, que, le dogme sauvé, \u201con a la plus grande liberté pour suivre, en théologie, les opinions de son choix\u201d, on ne peut l\u2019affirmer sans effacer une série interminable d\u2019Encycliques, de Lettres Apostoliques, de Motn Proprio, et de décrets de Congrégations.En outre des vérités de foi, il y a nombre de points qui sont hors de conteste.Qui les nierait ne serait sans doute pas hérétique; mais il ne suffit pas de ne pas être hérétique pour accomplir son devoir de catholique et être fils soumis à l\u2019Eglise.Sans doute, il y a des gradations dans l\u2019assentiment et dans l\u2019obéissance exigés, mais peut-on se contenter de ne pas nier des vérités que l\u2019on ne peut rejeter sans \u201cfaire naufrage dans la foi?\u201d Et quand le magistère suprême de l\u2019Eglise a plusieurs fois commandé de suivre saint Thomas, en théologie comme en philosophie, reste-t-on vraiment libre \u201cde suivre en théologie les opinions de son choix?\u201d Jusqu\u2019ici, on ne l\u2019a pas cru.L\u2019on admet bien qu\u2019il y a, dans le thomisme diverses \u201cstratifications\u201d et que toutes les parties n\u2019ont pas une égale importance;38 de même, l\u2019on admet bien que toutes les interventions du magistère ecclésiastique n\u2019ont pas une force également obligatoire; autre est l\u2019autorité d\u2019une Encyclique ou du Code, autre celle d\u2019un décret ou d\u2019une déclaration de Congrégation; autre aussi, par suite, l\u2019assentiment obligatoire correspondant.Mais comment refuser de voir, dans une doctrine et des principes imposés aussi bien en théologie qu\u2019en philosophie, par un ensemble 38.\u2014Vie Spirituelle, novembre, 1924. 22 LA REVUE DOMINICAINE massif de documents pontificaux, autre chose qu'une opinion que l\u2019on aurait liberté d\u2019accepter ou de refuser?La vérité n\u2019est-elle pas plutôt que le Saint Siège a voulu faire de saint Thomas le chef et le maître des études sacrées?Que serait un chef que l\u2019on ne serait pas tenu de suivre, et un maître que l\u2019on resterait libre de ne pas écouter ?* * * Au Canada, la primauté de saint Thomas d\u2019Aquin est restée, jusqu\u2019ici, incontestée; le thomisme règne en maître, comme de droit; entre ses tenants, il y a une louable émulation pour se rapprocher sans cesse davantage de la pensée du maître commun: l\u2019on a pu lire un peu différemment certains textes, mais l\u2019on n\u2019a pas imaginé de les rejeter.N\u2019est-il pas permis de croire que le Canada catholique doit sa fidèle orthodoxie à la doctrine thomiste dont il ne s\u2019est pas écarté?Pendant qu\u2019en d\u2019autres pays de culture intellectuelle supérieure, l\u2019on déviait du thomisme\u2014et aussi de la vérité catholique\u2014notre clergé et notre peuple conservaient l\u2019intégrité de leurs croyances en conservant la philosophie et la théologie thomistes.Le Saint Siège n\u2019a jamais eu à nous rappeler au devoir en matière doctrinale; il a, au contraire, félicité nos théologiens et notre haut enseignement ecclésiastique, de leur obéissance à suivre ses directions thomistes.39 Notre peuple est instruit par un clergé formé dans les Séminaires où saint Thomas est véritablement le \u201cchef des études\u201d.Le thomisme est, chez nous, de tradition; il fait partie de notre patrimoine intellectuel et religieux.39.\u2014Lettre de Pie X !à Mgr Paquet, le 29 février, 1905. LA PRIMAUTÉ DE SAINT THOMAS D\u2019AQUIN 23 Que rien ni personne ne vienne donc troubler cette pacifique possession.Continuons à être simplement \u201cfils obéissants de l'Eglise.\u201d Nous aimons à croire que la charité et l\u2019amour de la paix inclineront tous les esprits à obtempérer aux légitimes demandes du Saint Siège.P.Aug.Leduc, O.P.LE ROLE SOCIAL DES CARRIERES INTELLECTUELLES \u201cAssueta vilescunt\u201d.Il y a déjà quelques siècles que le poète constatait avec mélancolie que la routine enlève à toute chose de sa valeur.Le plus surprenant, c\u2019est qu\u2019un jour l\u2019homme se soit fatigué de se trouver intelligent.Ce fait d\u2019ailleurs s\u2019est reproduit à plusieurs reprises au cours de l\u2019histoire.Les Sophistes de l\u2019ancienne Grèce, à force d\u2019argumenter pour et contre sur toutes les questions, en arrivèrent à se demander quelle vérité absolue pouvait survivre à toutes leurs discussions.Aux premiers siècles du christianisme, les Apologistes eurent à lutter contre les erreurs gnostiques pour maintenir la valeur de l\u2019intelligence humaine.Le Nominalisme du Moyen-âge continua la tradition et légua à Luther, à Kant et à Jean-Jacques ce triste héritage, qui se morcela, s\u2019éparpilla entre les mains des philosophes empiristes anglais pour se reconstituer dans les systèmes positivistes du dix-neuvième siècle, qui engendrèrent la philosophie purement pragmatiste d uvingtième.Pour s\u2019être affranchie du joug de la Révélation, la raison humaine avait vivoté au cours des âges, et elle se meurt maintenant d\u2019inanition.Ne lui demandez pas de vous renseigner sur l\u2019existence du monde surnaturel; Bergson vous répondra que ce monde, s\u2019il 24 LA REVUE DOMINICAINE existe, est inconnaissable.\u2014L\u2019ordre des réalités spirituelles a-t-il meilleure fortune ?Kant vous dira que, pour le savoir, il faudrait débarrasser l\u2019intelligence de ces lunettes colorées ou noircies que la Nature a rivées à ses yeux avant son réveil; nous sommes irrévocablement condamnés à ne rien connaître que par ces douze catégories aveugles à travers lesquelles nous devons tout envisager sans savoir si nous ne brisons rien de la réalité dans notre effort pour l\u2019enfermer dans un cadre qui n\u2019est pas fait pour elle.Il ne nous reste donc plus qu\u2019à nous rallier à Bergson et à W.James, et à demander à notre faculté de connaître quelques recettes pour vaincre les obstacles qui viennent contrecarrer notre activité journalière.A cela, l'expérience sensible pourra suffire.Elle additionnera les faits semblables, en négligeant les différences légères, puis elle nous donnera une image moyenne de ce qu\u2019est la vie, sans se soucier de ce qu\u2019elle doit être.Tels sont les renseignements que la philosophie moderne peut donner à ses clients.Il ne faut donc lias s\u2019étonner que ceux-ci ne se soient pas trouvés satisfaits de la \u201cconsultation des spécialistes\u201d.Quel-qlies-uns cependant se résignèrent à tenter l\u2019expérience.A la conception chrétienne de la nature humaine et de la société, ils substituèrent d\u2019abord la théorie de Locke et de Rousseau, très simple et alléchante à bien des points de vue.Puisque l\u2019homme est naturellement bon, il n\u2019y a qu\u2019à ne pas contrecarrer son évolution par des lois et une autorité artificielles.Une fois encore, les expérimentateurs furent déçus! Il se produisit une réaction absolument contraire à l\u2019effet attendu.Tout ne fonctionna pas à merveille sous le régime libéral.On se remit à l\u2019ouvrage en poussant cette fois les principes dans les directions opposées.Au lieu d\u2019arriver à l\u2019égalité tant désirée de tous les citoyens, les plus francs des socialistes durent admettre qu\u2019ils LE ROLE SOCIAL DES CARRIÈRES INTELLECTUELLES 25 n\u2019avaient fait que déplacer la propriété et changer le nom des inégalités humaines.Malheureusement cette double démonstration par l\u2019absurde n\u2019a pas réussi à convaincre tout le monde.\u2014Nouvelle preuve que tous n\u2019arrivent pas à envisager le même problème sous le même point de vue.Cependant un autre résultat restait acquis de toutes ces divagations : c\u2019est que les spectateurs de cette tragi-comédie en ont remporté une impression de scepticisme absolu à l\u2019égard de la raison humaine, et qu\u2019ils ont fini par confondre la philosophie avec les rêveries de certains poètes à l\u2019imagination échevelée, et qu\u2019ils ont fait partager aux unes et aux autres un mépris deux fois mérité.Taine, lorsqu\u2019il raisonnait comme tout le monde, en marge de son système positiviste, démontra dans les premiers chapitres de ses \u201cOrigines\u201d que la Révolution prit naissance dans l\u2019oubli des services rendus par les classes privilégiées.Malheureusement, il ne vit pas le mal qu\u2019il faisait en ravalant l\u2019intelligence au domaine de l\u2019expérience sensible.Dès le jour où son système était en opération, la raison humaine faisait double emploi avec l\u2019imagination et l\u2019estimative animale.Les hommes devaient se fatiguer de porter cet attribut inutile, qui ne sert qu\u2019à appuyer leur responsabilité.Après Taine, A.Lallemand, dans son \u201cHistoire de la charité\u201d a démontré que, si quelques-uns des grands de la Monarchie avaient a-bandonné leurs châteaux pour Versailles, bien d\u2019autres y étaient restés, poursuivant cette tradition de bienfaisance, fruit de la pensée chrétienne du Moyen-Age, et de la Renaissance mystique du dix-septième siècle.Cependant, au gré des démagogues, les classes dirigeantes n\u2019avaient pas su s\u2019affranchir assez vite de certains procédés routiniers, pour s\u2019adapter en un jour aux transformations causées par l\u2019évolution de la pensée philosophique et scientifique du temps.Tout cela était nouveau; il fallait conclure 26 LA REVUE DOMINICAINE sans autre examen à la supériorité du présent sur le passé.C\u2019est l\u2019axiome indiscutable du \u201cProgrès\u201d.x ¦Sf Et pourtant, il faudra en revenir î II n\u2019y a qu\u2019à jeter un regard sur le monde actuel pour le voir glisser, partout où règne cette philosophie, vers le matérialisme.La richesse et la volupté deviennent partout le but dernier de l\u2019activité humaine.Pour mieux y atteindre on nivelle tout.Ceux qui prétendent s\u2019élever au-dessus de la matière, au nom d\u2019un idéal plus noble, passent pour des fous et pour des parasites qui vivent aux dépens de l\u2019ouvrier qui travaille, sans lui rendre aucun service en retour des sacrifices qu\u2019il fait pour leur procurer l\u2019aisance.Leur contribution au bien commun n\u2019est plus sensible : donc elle n\u2019existe plus.Le sophisme, si grossier, ne cache-t-il pas une part de vérité?N\u2019est-ce pas précisément parce qu\u2019au nom de l\u2019égalité de tous les individus humains on a voulu généraliser la science que fatalement on s\u2019est vu obligé de la ravaler au niveau des plus humbles ?N\u2019est-ce pas, en dernière analyse, pour immoler à la déesse Egalité que ce revirement de programmes et de méthode a été inventé ?Il faut en tout de l\u2019unité.Lorsqu\u2019on renonce à la seule Unité qui domine temps, espace et matière, il faut se confiner dans la quantité et l\u2019unité matérielle.Piien ne compte de ce qui ne peut être comparé à une unité de longueur ou renfermé dans un étalon de capacité.Ce fut l\u2019erreur des coryphées modernes de se lancer tête baissée dans tout ce qui était nouveau; mais ce fut aussi la négligence de ceux qui étaient dépositaires de la vraie Sagesse de s\u2019attarder à défendre ce qui au fond n\u2019était que l\u2019accessoire de la vérité.Il eut fallu passer l\u2019éponge sur certaines taches que les âges avaient, laissées sur le monument, puis un vernis léger aurait remis à jour l\u2019édifice dont les LE ROLE SOCIAL DES CARRIÈRES INTELLECTUELLES 27 aspects antiques rebutaient ceux qui ne se sentaient pas de vocation d\u2019archéologues.Mais il n\u2019est pas toujours facile de rester dans les limites de la prudence, lorsqu\u2019on veut sacrifier aux exigences de la mode.Quoi qu\u2019il en soit, les prétendus \u201carriérés\u201d auront droit à notre reconnaissance pour avoir ainsi résisté aux invectives du \u201cProgrès\u201d.Grâces à Dieu, notre pays a été particulièrement protégé contre ce fléau.Toutefois, ne faut-il pas avouer que le rempart qui nous protège contre la vague qui menace d\u2019engloutir toute la civilisation chrétienne, se lézarde, et à travers ces fissures ne voyons-nous pas s\u2019infiltrer quelques-uns de ces postulats trompeurs.Quelques rectifications de moindre importance nous préserveront peut-être de la tâche autrement ingrate de redresser tout demain.Sachons bénéficier de l\u2019expérience des autres.Où est le remède qui sauvera notre société menacée?Qui l\u2019appliquera?* -X- * Il faut redonner à l\u2019intelligence humaine toute sa valeur en se gardant à la fois de lui attribuer un pouvoir qu\u2019elle n\u2019a pas.ou de lui refuser la valeur qui lui est propre.Vérité bien simple.Et pourtant, il y a plus de cinquante ans que le Concile du Vatican, en face des erreurs spéculatives ou pratiques dont les conséquences sapent la société civile ou religieuse, rappelait la nécessité de revenir à la vieille tradition scolastique; il y a plus de cinquante ans que Léon XIII et tous ses successeurs nous ont indiqué quel était le représentant le plus accrédité de cette tradition, et manifestement beaucoup n\u2019ont même pas pris connaissance des directions des Papes, n\u2019ont pas compris l\u2019exemple donné par Léon XIII dans ses Encycliques.Les principes de solution ne sont plus à chercher; ils sont tout indiqués.Il ne reste plus qu\u2019à juger de chaque difficulté par les principes qui 28 LA REVUE DOMINICAINE la dominent.Et c\u2019est encore un travail immense que d\u2019étudier ainsi chaque point à son mérite; travail ingrat aussi parce que il ne donne pas prise à l\u2019ambition humaine qui voudrait se mettre en vedette même aux dépens de la vérité.Viser à l\u2019impersonna-lité pour faire triompher plus sûrement l\u2019universalité de la doctrine, tel est peut-être le premier objectif à atteindre.D\u2019ailleurs n\u2019est-ce pas une conséquence de la nature de l\u2019intelligence humaine qui doit s\u2019assimiler la vérité sans la défigurer?N\u2019est-ce pas du jour où on a voulu l\u2019ériger en machine active à fabriquer la vérité, que date la catastrophe qui menace aujourd\u2019hui tout le savoir humain ?Si elle est active dans l\u2019élaboration de l\u2019idée pour saisir, dans les données des sens, l\u2019élément nécessaire qui constitue chaque espèce d\u2019être, il reste toujours que l\u2019idée par laquelle elle se représente le monde extérieur ne doit rien contenir de surajouté par ailleurs.Et dès lors, que de faux raisonnements de l\u2019ordre spéculatif ou pratique, seraient à corriger pour avoir enfreint cette règle imposée par la nature de notre raison.C\u2019est encore parce qu\u2019elle est une faculté purement passive, attendant du ministère des sens intérieurs et extérieurs la matière sur laquelle elle devra travailler, que notre intelligence si vaste quant au domaine dans lequel elle peut opérer, se voit tout à coup emprisonnée dans un cercle relativement restreint de connaissance acquise.Comment dès lors prétendre lui faire dire le dernier mot de tout?Elle est au dernier degré du monde des intelligences, et l\u2019on voudrait qu\u2019elle ne connût d\u2019autre loi que son autonomie absolue.Ce sera encore un fameux service à rendre à l\u2019humanité que de rétablir l\u2019échelle des valeurs non plus en fonction des tendances de noire vanité qui voudrait faire de nous le centre de la création, mais d\u2019intégrer tout dans l\u2019ordre fixé par l\u2019Intelligence Suprême d\u2019où tout a procédé. LE ROLE SOCIAL T)ES CARRIÈRES INTELLECTUELLES 29 Mais ce ne sera pas encore assez d\u2019avoir réagi contre cette inclination à tout subordonner à la gloire d\u2019un individu; il faudra pousser plus loin le désintéressement.Chacun dans sa \u201cspécialité\u201d doit être un serviteur de la vérité.Mais il devra encore se rendre compte de la place qu\u2019occupe SA science dans l\u2019ensemble du savoir humain, sous peine encore une fois de se voir victime d\u2019une erreur de perspective.Puis il devra chercher les points d\u2019insertion de chaque rameau au tronc de la vérité, d\u2019où monte l\u2019évidence des principes.Alors seulement, le médecin comme l\u2019homme du droit, ou le philosophe ou le théologien, chacun à son degré d\u2019abstraction et selon les principes propres à sa science, pourra se rendre le témoignage de travailler pour LA vérité.Et ce sera beaucoup, que cet apport d\u2019apparence si modeste.Car n\u2019est-ce pas une des inconséquences des doctrinaires du Progrès que de vouloir toujours remettre tout à pied-d\u2019oeuvre ?Le résultat en est qu\u2019on se chicane toujours sur les préliminaires et les questions de méthode, puis qu\u2019on arrête à mi-chemin dans une démonstration, ou que, si l\u2019on arrive au bout, on n\u2019a plus le temps de comparer les incohérences que l\u2019on a semées en cours de route.Plus sage est la doctrine traditionnelle qui fait de chacun de nous un modeste coopérateur des générations passées.Pour le redire encore une fois, les cadres généraux du savoir humain ont été fixés; il ne s\u2019agit plus pour nous de recommencer le travail mais bien plutôt d\u2019en pénétrer l\u2019esprit et ensuite de discerner les principes qui nous permettront de solutionner les problèmes que suscitent les circonstances des temps et des lieux.Est-ce assez dire pour établir la difficulté et l\u2019ur-gence du travail qui s\u2019impose à la civilisation moderne ?Il est facile de comprendre pourquoi S.Thomas a vu la nécessité d\u2019une vertu spéciale pour diriger et fortifier le travail intellectuel: la studiosité qui doit 30 £À REVUE DOMINICAINE nous acheminer à la possession du savoir, en nous protégeant contre le double péril de la paresse intellectuelle ou d\u2019une curiosité malsaine.¦X*\t\u2022X* Mais nous voilà loin, semble-t-il, du but proposé.Toute cette méthode de travail esquissée plus haut, fût-elle poussée avec toute la rigueur de la logique à ses dernières conséquences, n\u2019atteindra jamais qu\u2019un savant enfermé dans son cabinet.Et c\u2019est lui qui détiendrait dans ses solutions spéculatives le secret du bonheur du monde ?Encore une fois, n\u2019exagérons rien.Il y a une distance infinie du domaine de la contemplation à celui de l\u2019action, lorsqu\u2019on les considère dans l\u2019ordre théorique.Mais c\u2019est autre chose lorsqu\u2019on les étudie en fonction du sujet qui possède la science.Il ne fait pas exception à la loi reconnue par le Concile de Trente.Le savant comme le reste des humains au moment de sa justification, reçoit avec la grâce sanctifiante, ce noble cortège de toutes les vertus infuses théologales et morales, dont pas une ne lui sera inutile, mais dont chacune, bien au contraire devra l\u2019aider à s\u2019acheminer par son travail quotidien vers sa fin dernière.11 devra pratiquer comme le reste des humains, la foi, l\u2019espérance et la charité, la prudence et la justice, la force et la tempérance, mais à sa manière, et cela dans sa vie privée comme dans sa vie sociale.C\u2019est précisément l\u2019erreur des Libéraux, qui nous ont reproché tant de fois de ne vivre que d\u2019abstraction, de s\u2019être mépris eux-mêmes dans ce piège.11 n\u2019est pas besoin d\u2019insister longuement pour établir que les dogmes de la liberté de pensée, de parole, de culte, etc.procèdent précisément de cette dissociation de la pensée et de l\u2019action.Comme si les deux domaines étaient parfaitement séparés dans la vie réelle.Si nous les séparons pour les mieux analyser, n\u2019oublions pas de les réunir pour LE ROLE SOCIAL DES CARRIÈRES INTELLECTUELLES 31 voir leurs influences mutuelles dans l\u2019existence réelle.Alors seulement nous en aurons une vue complète.Mais Jean-Jacques, poussant logiquement Descartes à ses dernières conséquences, a voulu qu\u2019il en fût autrement.Il n\u2019a pas voulu que la contemplation eût ses répercussions dans le domaine pratique.L\u2019individu devenu le centre du monde n\u2019avait plus à se préoccuper de l\u2019influence de ses opinions exprimées sur les sciences connexes ou sur la vie morale de ses concitoyens.Le résultat en est connu.Autrement juste est la conception que la tradition scolastique nous a laissée du rôle des carrières intellectuelles dans la société.Dessinons-en les grandes lignes d\u2019après S.Thomas, auquel il faut toujours revenir en ces matières.Tout homme est un animal social, nous dit-il, au commencement de son Ethique.Le professionnel ne fait pas exception.Comme tous les humains il a besoin de la société domestique pour entrer dans la vie et s\u2019y maintenir, de la société civile pour obtenir le minimum de bien-être requis pour atteindre son bonheur terrestre, moyen lui-même de réaliser sa destinée surnaturelle, qui lui est assurée par la société des rachetés.Mais faut-il ajouter que même dans sa profession, il est redevable à cette triple société.Un philosophe doublé d\u2019un homme de lettres aurait tôt fait d\u2019utiliser toutes les ressources de la littérature, pour rappeler dans un tableau saisissant, tout ce que nous devons à nos ancêtres dans la préparation de notre vocation professionnelle.Si pénible que soit le noviciat, dans certains cas, il reste toujours que bien des dévouements se sont coalisés pour nous faire ce que nous sommes, et pour nous permettre de le rester.Mais alors nous devons en retour, quelque chose à cette société qui nous distribue notre part de son bien commun.La société a donc droit de nous corn- 32 LA REVUE DOMINICAINE mander de verser notre contribution.L\u2019impôt est la contribution du riche; le travail manuel celle de l'ouvrier.Le professionnel fidèle à sa tâche sera rarement en mesure de contribuer sous l\u2019une ou l\u2019autre de ces formes.Quoi qu\u2019on en dise, c\u2019est habituellement par d\u2019autres moyens que par l\u2019exercice de sa profession qu\u2019on s\u2019enrichit.C\u2019est par accident, \u201cper extrinsecus adjacens\u201d, dirait S.Thomas.Que donnerons-nous donc à la société, en solde de notre dette ?L\u2019accomplissement fidèle de notre tâche quotidienne qui est la poursuite de la vérité dans la sphère ou s\u2019exerce notre activité intellectuelle.Mais cette contribution est-elle utile ?Oui, nous dit d\u2019une manière générale, S.Thomas.De même que la charité surnaturelle doit subordonner tous nos actes à la gloire de Dieu, de même aussi la justice sociale doit subordonner les actes de toutes les vertus au bien commun de la société.Et ailleurs, au traité des Lois, ne nous dit-il pas que la loi peut commander les actes de toutes les vertus?Malgré l\u2019évidence des principes sur lesquels il appuie ces conclusions, bien des discussions se sont engagées sur les applications particulières, quand il s\u2019est agi des vertus morales.Faudrait-il encore soustraire à l\u2019universalité de ces principes le domaine des vertus intellectuelles.Là-dessus encore la pensée du Docteur Angélique est claire.La négative lui paraît si évidente qu\u2019il s\u2019en sert pour déterminer l\u2019objet et la suprématie relative, dans l\u2019ordre surnaturel, plus absolue dans l\u2019ordre purement naturel,\u2014de la science politique sur toutes les autres connaissances pratiques.Le texte vaut d\u2019être cité: il offre la solution de tant d\u2019autres problèmes! \u201cDans son genre, (le genre des sciences pratiques) la science politique est une science supérieure qui commande aux autres,\u2014\u201cmaxime architec-tonicam\u201d.Elle commande également aux sciences spéculatives et aux sciences pratiques,\u2014d\u2019une manié- LE ROLE SOCIAL DES CARRIÈRES INTELLECTUELLES 33 re différente, cependant.Car aux sciences pratiques non seulement elle commande le travail, mais encore elle détermine l\u2019espèce d\u2019actes qu\u2019elle en attend.C\u2019est ainsi qu\u2019elle ordonne au coutelier non seulement d\u2019exercer son métier, mais aussi de produire telle sorte de couteaux.L\u2019un et l\u2019autre en effet (l\u2019exercice et la nature spécifique de l\u2019acte) est subordonné à la fin de la vie humaine, le bonheur.Quant à la science spéculative, la science civile ne peut que lui commander l\u2019exercice de son activité, mais elle ne peut lui fixer la détermination spécifique de ses actes.La politique peut bien ordonner que quelques-uns enseignent ou apprennent la géométrie.Ces actes, en tant que volontaires, relèvent de l\u2019objet matériel de la morale, et sont susceptibles d\u2019être rangés sous le but de l\u2019activité humaine.Mais le politicien (l\u2019autorité civile) ne peut prescrire à la géométrie, ce qu\u2019elle devra conclure sur la nature du triangle : cela ne relève pas de la volonté humaine, et ne peut pas être subordonné à la fin de la vie humaine, mais dépend de la raison même des choses.C\u2019est pourquoi Aristote dit que la politique détermine lesquelles des sciences doivent être étudiées et connues dans les cités, tant des sciences spéculatives que des sciences pratiques, comme aussi ceux qui s\u2019adonneront à telle ou telle science particulière, et la durée de leurs études.(S.Th.In Ethic, lib.I.Lect.II, édit, de Parme, p.5.col.II.) La conclusion est claire: c\u2019est donc aussi et surtout en tant que professionnel de telle ou telle carrière déterminée que chacun a un devoir à accomplir.C\u2019est le devoir d\u2019état qui s\u2019impose et qui a sa répercussion sur la société comme sur les individus.Et ce devoir est d\u2019autant plus impérieux pour chacun, que l\u2019activité qu\u2019il exerce est plus noble, que le rang qu\u2019il occupe est plus élevé, et qu\u2019il est uni à la société par des liens plus étroits.Ce principe pourrait être appliqué à chaque profession en particulier; bornons- 34 LÀ REVUE DOMINICAINE nous ici aux considérations d\u2019ordre général, communes à toutes les carrières libérales.A chacun ensuite de faire son examen de conscience privé.Disons tout de suite que ce que nous devons à ceux avec qui nous vivons en retour de leur secours, c\u2019est la vérité connue et vécue.Programme très vaste, vague, diront quelques-uns, mais vaste ou vague comme tous les principes universels.Or, si les carrières libérales jouissent d\u2019une primauté d\u2019honneur, dans la société, c\u2019est que leur responsabilité est plus grande.Bien sot celui qui se laisserait allécher par les seuls honneurs inhérents à son rang.Et cette responsabilité résulte du fait que le travail intellectuel doit contribuer au bien de la société dans son élément formel, l\u2019autorité.Ce mot, en effet peut s\u2019entendre du droit de s\u2019imposer à l\u2019intelligence ou de celui de s\u2019imposer à la volonté.Nous avons ainsi l\u2019autorité doctrinale, et l\u2019autorité morale, sociale ou politique.Chacune subordonnée à l\u2019autre selon les exigences de sa nature propre.Et de cette juste subordination, résulte l\u2019ordre social.S.Thomas nous a dit tout à l\u2019heure que les sciences spéculatives ne pouvaient recevoir de l\u2019autorité civile, leur orientation.Reprenez le traité des Lois, et voyez maintenant le rôle de l\u2019intelligence dans l\u2019élaboration de la législation la plus rudimentaire.Voyez cette législation particulière soumise à la loi supérieure naturelle, positive, divine, précisions de la loi éternelle, et quand il s\u2019agit de loi humaine, soumise à la loi ecclésiastique,\u2014au moins indirectement.Il faudra que le législateur armé de toute la prudence qui est sa vertu propre, tienne compte de toutes ces conclusions, puis de toutes les contingences de temps et de milieu et du degré de civilisation de ses subordonnés, pour que l\u2019ordre qu\u2019il intimera soit réellement une contribution au bien commun.Aussi S.Thomas, dans son Traité \u201cDe Regimine principum\u201d dont le destinataire, le roi de Chypre, LE ROLE SOCIAL DES CARRIÈRES INTELLECTUELLES 35 était un monarque à l\u2019autorité absolue, a-t-il eu soin de noter qu\u2019une seule intelligence ne saurait suffire à l\u2019application de ces principes universels à la variété des cas particuliers; il conseille à son interlocuteur de s\u2019adjoindre des ministres pour chaque département de son administration.Inutile d\u2019insister maintenant sur le rôle de chaque profession dans l\u2019orientation à donner quand le besoin s\u2019en fait sentir, à la législation de son pays.Si cela est vrai lorsqu\u2019il s\u2019agit de monarchie absolue, combien plus onéreuse devient la tâche dans un pays démocratique, où l\u2019opinion publique est périodiquement maîtresse des problèmes les plus compliqués, surtout quand le suffrage universel vient compliquer la question de toutes ses absurdités.C\u2019est alors surtout que l\u2019influence des classes dirigeantes doit se faire apprécier.Mais n\u2019est-ce pas alors aussi que cette tâche devient plus difficile.Les relations d\u2019amitié, les préjugés enracinés, ne doivent pas rebuter celui qui possède la vérité, et l\u2019empêcher de la faire connaître.Pour y arriver, il ne lui suffira pas d\u2019énoncer ses conclusions et de les prouver; il lui faudra tenir compte de toutes les susceptibilités et faire appel à toutes les ressources d\u2019une saine diplomatie.Il devra donc conquérir l\u2019opinion de haute lutte.Et précisément l\u2019ardeur qu\u2019il aura mise au service de la vérité lui deviendra un nouvel obstacle, s\u2019il est vaincu.Car, une fois la décision de l\u2019autorité prise, si celle-ci ne viole aucune loi supérieure, ce sera encore son devoir de se rallier pour faire triompher le principe de l\u2019ordre.C\u2019est encore S.Thomas qui nous le dit (Eth.IX.lect.VI p.308).Dans la société, il faut la concorde, l\u2019orientation de toutes les volontés à l\u2019exécution du plan défini par le législateur.Or, la concorde est une vertu qui n\u2019a pas pour domaine la spéculation, mais celui de l\u2019action.Diriger l\u2019opinion dans l\u2019élaboration de la loi, rallier l\u2019opinion aux lois décrétées, toutes les fois qu\u2019el- 36 LA REVUE DOMINICAINE les ne sont pas injustes, tel est le devoir qui s\u2019impose aux carrières libérales avec celui encore plus difficile de conformer notre propre vie et chacun de ses instants à ces principes.C\u2019est la vérilé connue et vécue que nous devons chacun selon les exigences de sa profession, à la société civile, pour assurer le bonheur à tous dans la paix qui est la tranquilité de l\u2019ordre.C\u2019est, toute proportion gardée, le rôle que S.Paul assignait aux charismes de nature si différente dont la Providence gratifiait l\u2019Eglise primitive, pour assurer par le ministère unique le salut final de tous ses enfants.Armand Perrier.Westmount, 3 décembre 1924.UN JOB BABYLONIEN Après tant de textes religieux,\u2014récits de la création et du déluge, codes législatifs, recueils sapientiaux et psaumes,\u2014la littérature assyro-babylonienne nous donne maintenant un Job.1 N\u2019en soyons pas surpris: les milliers de tablettes cunéiformes qui attendent le pic des archéologues nous réservent encore plus d\u2019un récit qu\u2019il faudra rapprocher de nos Livres Saints.Les deux religions, en effet, sans aller jusqu\u2019aux emprunts littéraires, ni même aux influences directes, ont cependant d\u2019étroits rapports.En premier lieu, elles possèdent, avec les autres religions sémitiques, un fonds commun d\u2019idées et de traditions, qui vient de leur lointaine communauté d\u2019origine.1.\u2014Cf.Ein babylonischer Kohelet, par M.Erich Ebeling, 1er fascicule de Berliner Beit rage zur Keilschriftforschung, 1923; et Ecolésiaste ou Job, par le R.P.Dhorrne, O.P., Revue Biblique, 1923, pp.5-27. UN JOB BABYLONIEN 37 Puis, toutes leurs pensées ont passé dans un moule sémitique, même les traditions religieuses des Hébreux.Celles-ci, du reste, avaient séjourné de longs millénaires en Babylonie avant le départ d\u2019Abraham, et elles y sont retournées à la captivité; contact très prolongé, plus que suffisant pour subir l\u2019influence du milieu et y laisser à leur tour de profondes traces.Les ressemblances linguistiques sont encore plus étroites, allant jusqu\u2019à l\u2019identité, non seulement dans les vocables religieux, mais aussi dans les termes usuels et les métaphores.Ces langues sont si rapprochées qu\u2019un babylonien pouvait apprendre l\u2019hébreu en quelques semaines.Leur contact, commencé dès l\u2019origine puisque ce sont des langues soeurs, n\u2019avait cessé durant l\u2019histoire du peuple hébreu.A leur arrivée en Canaan, les descendants de Jacob avaient trouvé la langue babylonienne et l\u2019écriture cunéiforme depuis longtemps installées dans les administrations des gouverneurs, comme on le voit dans les lettres d\u2019el-Amarna.Et dans les siècles suivants, les invasions assyriennes et babyloniennes, les ambassades et les correspondances, les exils et les déportations, ont tant de fois rapproché les deux peuples.2 Ce nouveau document religieux était déjà en grande partie connu, lorsque M.Erich Ebeling, l\u2019éditeur des textes religieux trouvés à Assur, en découvrit un fragment qui lui permit de rectifier l\u2019ordre des strophes, compléter quelques lignes, et mieux saisir l\u2019enchaînement des idées.On connaissait aussi la forme extérieure du morceau.Les lignes se groupent en strophes de onze vers, et chaque vers se divise assez rigoureusement 2.\u2014cf.L\u2019Emploi métaphorique des noms des parties du Corps en hébreu et en accadien, par le P.Dliorme, Paris, Gabalda, 1923. 38 LA REVUE DOMINICAINE en quatre parties.Les vers d\u2019une même strophe commencent tous par la même syllabe, de sorte que, en juxtaposant les syllabes initiales, on obtient une phrase.Le poème est donc acrostiche, connue tant d\u2019écrits assyriens et babyloniens, où les Psaumes alphabétiques et les lamentations de l\u2019Ancien Testament.Tel, par exemple, le Psaume 118 (Vulgate), avec ses sections de huit vers commençant tous par la même lettre.Les syllabes initiales de notre chant donnent, en laissant en blanc les lacunes, la phrase suivante: moi.incantateur.du dieu et du roi.Quant au sens du morceau, le mauvais état et les lacunes de la tablette l\u2019avaient rendu à peu près inintelligible aux premiers interprètes.L\u2019abbé Martin n\u2019y avait vu qu\u2019un hymne acrostiche : \u201csi les lambeaux du début: je veux te louer.je veux te proclamer ont les allures d\u2019un hymne, les strophes suivantes sont formées tantôt de phrases quelconques, tantôt de sentences morales dont il est difficile d\u2019apercevoir le lien.On dirait des exercices d\u2019écriture, comme on en voit encore dans les cahiers de nos écoliers.\u201d Avec ses données nouvelles, M.Ebeling a compris immédiatement qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un des livres sapientiaux où l\u2019on peut reconnaître \u201cla plainte d\u2019un patient, qui poussé par d\u2019amères épreuves, désespère de la justice des dieux\u201d.Attribuant tous les paragraphes au même personnage, l\u2019auteur y voit une sorte d\u2019Ec-clésiaste babylonien, et c\u2019est sous ce titre qu\u2019il a publié l\u2019ouvrage.Mais cette hypothèse se heurte à une grave difficulté, que M.Ebeling est le premier à voir, quand il écrit: \u201cLe sage babylonien profère ses pensées sans observer une suite logique; du moins ne peut-on la déterminer pour le moment, ce qui peut provenir du UN JOB BABYLONIEN 39 fait que la connexion est en partie détruite.\u201d Et l\u2019éminent assyriologue est obligé de reconstituer à sa façon l\u2019ordre des pensées.D\u2019où l\u2019objection du P.Dhorme: \u201cComment supposer qu\u2019une composition savante, dont le rédacteur pousse à fond un procédé aussi artificiel que l\u2019acrostiche, n\u2019ait pas été arrangée de façon à donner l\u2019impression de la cohérence la plus rigoureuse dans la suite des idées.\u201d Aussi le P.Dhorme est-il forcé de chercher la solution dans une autre voie.Une longue pratique des discours de Job lui permet de discerner dans cette apparente incohérente le va-et-vient d\u2019une discussion : nous aurions donc un dialogue philosophique \u201coù deux interlocuteurs discutent le problème du mal.Ebeling a précisément étudié précédemment un dialogue des plus intéressants entre un maître et son esclave.On connaît depuis longtemps le dialogue entre Assur-banipal et le dieu Nébo.Il s\u2019agirait, dans notre texte, d\u2019une conversation entre deux amis qui, à tour de rôle, s\u2019appellent ibri, \u201cmon ami!\u201d Nous serions en présence d\u2019une composition littéraire qui rappellerait bien plutôt la discussion du livre de Job que les réflexions de l\u2019Ecclésiaste.Naturellement, les idées émises pourront être rapprochées tantôt de l\u2019un, tantôt de l\u2019autre des deux hagiographes, car le pessimisme trouve fatalement des formules plus ou moins semblables\u201d.Ce rapprochement avec le livre de Job est l\u2019une des plus brillantes trouvailles du P.Dhorme; proposé avec réserve, il n\u2019en parait pas moins certain, et semble destiné à rallier la totalité des exégètes et des assyriologues.Cette ressemblance avec Job, qui fait une grande partie de l\u2019intérêt du poème, est cependant purement accidentelle: une simple rencontre dans la forme et 40 LA REVUE DOMINICAINE le thème.Les écrits ne portent pas la moindre trace de dépendance littéraire.L\u2019auteur de notre Job n\u2019a certainement pas connu les tablettes, peu copiées, et depuis longtemps perdues dans quelque temple au fond de la Chaldée.L\u2019ancien texte babylonien, dont nos tablettes ne sont qu\u2019une copie, doit remonter jusqu\u2019au second millénaire avant notre ère.Quel serait l\u2019auteur de cette oeuvre, la plus originale, d\u2019après le P.Dhorme, de la littérature babylonienne ?Martin et Ebeling ont cru trouver son nom au verset II de la première strophe, où ils ont lu: \u201cMon père et ma mère me nomment ba-al ta-at-rii-n-a\u201d, c\u2019est-à-dire, \u201cfils de ma lamentation\u201d (Martin), ou mieux, \u201cplus que moi en force\u201d (Ebeling).Selon le P.Dhorme, le texte original aurait eu plutôt: \u201cMon père et ma mère m\u2019ont quitté, et personne pour me soigner!\u201d Le nom serait dans la première lacune de la phrase obtenue par les syllabes initiales: \u201cmoi.incantateur.du dieu et du roi\u201d.Dans le grand psaume acrostiche du roi Assur-banipal, la phrase des syllabes initiales commence de la même manière : \u201cMoi Assurbanipal\u201d.Notre auteur est un mas limas hu, c\u2019est-à-dire, incantateur, de la classe la plus importante du sacerdoce babylonien.Impossible de donner ici une traduction complète de cet important document : il en reste 27 strophes et plus de 275 lignes! Il faudrait le lire dans l\u2019original pour en goûter toute la saveur.De l\u2019angoissant problème du mal, qu\u2019ont-ils donc pensé, ces vieux sages de la Babylonie ?Comment l\u2019ont-ils posé ?Comment Font-ils résolu ?Assurément, ce ne fut pas la première fois, depuis le jour lointain de la chute, que ce problème surgit, mais noua sommes peut-être en présence de la première réponse de la UN JOB BABYLONIEN 41 raison ! La pénétrante analyse du P.Dhorme nous permettra de suivre aisément la marche générale de la discussion.Comme dans la plupart des textes cunéiformes, les lignes sont souvent mutilées; le début lui-même est mal conservé et la fin du texte manque.Nous suivrons la traduction et l\u2019interprétation du P.Dhorme, qui a précisé en bien des points celles de Ebeling.* * * Dans la première strophe, c\u2019est le patient (A) qui prend la parole.Comme Job, il débute par une plainte sur son propre sort.Les huit premières lignes sont très mutilées.Il suffit d\u2019y relever les formules: \u201cje vais te dire\u201d, et je vais te répéter\u201d.Dans sa réponse, l\u2019ami (B) commencera par faire allusion \u201cù ce que tu as dit\u201d.Les II 7-8 apportent les mots techniques ni-is-sa-tum, \u201cla plainte,\u201d et lu-mun-lib-bi \u201cmal du coeur\u201d.Ce sont presque les mots de Job.\u201cJe donnerai libre cours à ma plainte, je parlerai dans l\u2019amertume de mon coeur\u201d.(X, I.) Les dernières lignes (9-11) donnent le motif de la plainte: J\u2019étais le dernier mon père, le destin l\u2019a dominé\u2019, Ma mère qui m\u2019a enfanté est retournée au pays sans retour; Mon père et ma mère m\u2019ont laissé, et personne poui* me soigner.Tel est le malheur qui le frappe: \u201cil est le dernier d\u2019entre ses frères et ses soeurs, puisque son père et sa mère sont immédiatement emportés par le destin.Ce dont se plaint le malheureux, c\u2019est d\u2019être resté orphelin, et de n\u2019avoir eu personne pour s\u2019occuper de lui.\u201d Sort moins douloureux que celui de Job ! 42 LA REVUE DOMINICAINE Seconde strophe.Comment l\u2019interlocuteur (B) va-t-il le consoler?Terrible, mon ami, le chagrin dont tu parles, Le mal que tu donnes à penseur, à l\u2019ami de ton coeur.Ton esprit fier, tu l\u2019as rendu pareil au faible; Tes traits brillants, tu les as transformés en air sombre.Dans sa première réplique à Job, Eliphaz est frappé, lui aussi, de l\u2019abattement de son ami au moment du malheur: \u201cVoici tu corrigeais bien des gens et tu fortifiais les mains faibles; tes paroles soutenaient l\u2019homme chancelant et tu raffermissais les ge-noux fléchissants; maintenant que la chose t\u2019arrive, tu es déprimé; maintenant qu\u2019elle t\u2019atteint, tu es épouvanté!\u201d (IV, 3-5).Pourquoi pleurer les tiens ?Personne n\u2019échappe à la mort! C\u2019est un fait normal, le destin de tous les mortels! Preuve, le dicton qui suit: On est engendré et aussitôt on marche sur la route1 de la mort On franchit le fleuve Habour ! Ainsi dit-on depuis toujours.Dès leurs premiers pas, les vivants se trouvent sur la route de la mort, tôt ou tard, obligés de franchir le fleuve Habour qui mène aux enfers.Preuve encore l\u2019expérience de chaque jour: ni la richesse, ni même la religion ne permettent d\u2019échapper à la mort.Tu n'as qu\u2019à regarder les gens, les humains tous ensemble! Le riche dont on exalte et dont on magnifie la décision, UN JOB BABYLONIEN 43 Le brillant possesseur de richesses que nul ne ferait pâlir, Celui qui apporte devant le dieu et qui possède un bon génie, Le craintif qui vénère la déesse: le tombeau les re-\\ couvre.Le patient reprend la parole, (strophe III), mais sa réponse est ironique: \u201cBénis donc mon ami celai qui te ruine, ceux qui enlève les terrains\u2019, bénis l'inondation de la mer qui enlève le barrage\u201d.Si la mort, le plus grand des fléaux, est si naturelle, ne faut-il pas accepter aussi les autres revers?Maintenant, voici ma détresse: \u201cLe bonheur est fini, ce sont les.: le bonheur est passé, le.arrive; le.est affaibli; le.cesse; la douleur et les larmes ont abattu.C\u2019est la plainte de Job sur le contraste entre la félicité passée et le malheur actuel.Puis vient une allusion à une sécheresse qui aurait désolé les champs du patient: \u201cLes prairies sont desséchées, de se rassasier c'est impossible; la boisson fermentée, vie des gens, devant moi n'est plus apportée; mes.sont saisis et la route est.Il semble donc \u201cque le patient, au lieu de répondre aux consolations platoniques de son ami, préfère insister sur ses malheurs, comme pour attirer sa compassion.C\u2019est le procédé de Job au début de sa réponse à Eliphaz (Chap.VI).\u201d Cette plainte appelle des conseils et des reproches (Strophe IV).Le patient est invité à la prière, comme Job.(Apaise) constamment ( tel dieu, seigneur) du droit;.son coeur irrité fera miséricorde.Le patient (Strophe V) concède que les dieux se laissent toucher par la prière: il pleure, le dieu prête son attention, et comme Job il eut recours à la divini- 44 LA REVUE DOMINICAIN té: pour dénouer la colère de ma déesse, j'ai apporte de la plante mashattu.plus que le puissant qui a accru sa richesse.mes mains ont donné de l\u2019or à la déesse Mami.Toute sorte de.j\u2019ai accompli comme sacrifice au dieu.J\u2019ai allumé les torches d& ma déesse et.ma parole.J\u2019ai prié, mais mes malheurs n\u2019ont pas cessé ! L\u2019ami (Strophe VI) revient sur son idée que la mort n\u2019épargne personne.D\u2019abord, un exemple tiré de la nature : Le palmier est un arbre luxuriant, la hache est à côté.Si la beauté de l\u2019arbre ne le protège pas contre le bûcheron, la sagesse n\u2019est pas davantage un remède contre la mort: Celui qui est parfait en toute sagesse marche sur la route de la mort.Le roi prudent et celui dont la prudence est loin rencontrent le même sort.Vois la crue qui inonde les champs, l\u2019étoile qui devient sombre, en plein soir, elle dont tu pensais: Vraiment c\u2019est la maison du Dieu' Bel.La mort, fait normal, est de plus un châtiment du péché: Le lion a-t-il commis un crime, la fosse est ouverte pour lui.Ainsi chez les hommes.Le trésorier puissant, dont la fortune s\u2019est amoncelée, le Prince le fait brûler par le feu en un jour qui n était pas celui de sa destinée.C\u2019est une allusion à une mort prématurée.Dans le ma-al-ku \u201cle Prince\u201d, il faut reconnaître le dieu Malik, qui n\u2019est autre que Moloch que l\u2019on identifie d\u2019ordinaire avec Nergal, le dieu des enfers.Telle est le sort des pécheurs ! Désirerais-tu marcher par la voie que ceux-là ont suivie?Même interrogation d\u2019Eliphaz (XXII, 15) : \u201cEst-ce que tu gardes la voie de jadis?Celle qu\u2019ont foulée les hommes d\u2019iniquité, eux qui furent enlevés avant le temps: un fleuve se déversa sur leurs fondations!\u201d Même mort prématurée, même châtiment par le feu, et plus UN JOB BABYLONIEN 45 loin, même exhortation à la conversion : Cherche éternellement Vaccomplissement de ce qui plaît au dieu! Le patient (Strophe VII) commence par une concession ironique, comme Job au chapitre XII: Ton esprit est unique et tu es un bon conducteur de gens, ton conseil brillant et précieux est parfait.Mais voici une objection: Une seule parole devant toi je dirai: Y a-t-il tant de proportion entre le crime et le châtiment?Marche-t-il sur une route de bonheur celui qui ne recherche pas (le meurtre) ?Est-il au-dessus de la créature, le faible qui s\u2019humilie devant le dieu?Mais alors j\u2019aurais mérité un autre sort, car plus que n\u2019importe quel rejeton je me suis tourné vers l\u2019ordre du dieu, avec prostration et oraison j\u2019ai regardé la déesse.Piété inutile ! Où est ma récompense ?Servitude que je n\u2019ai pas méritée je trame le joug! Le dieu met la pauvreté au lieu de la richesse.Même les hommes ajoutent à mon malheur?Le faible se lève contre moi, le fou se tourne contre moi; ils ont élevé mon harharu:3 le feu est.J\u2019ai donc encouru le sort des méchants ?Dans le premier vers de la strophe VIII, l\u2019ami répond à l\u2019apostrophe ironique du patient : C\u2019est un vrai possesseur d\u2019entendement que tu as assigné devant toi! Mais voici quelques péchés que tu as pu commettre: O toi qui rejetais la justice et méprisais l\u2019image du dieu; toi dont le foie a désiré ne pas faire garder les observances du dieu, c\u2019est vrai que tu invoques la déesse, mais nos prières ne reçoivent pas toujours une réponse immédiate.Cette méconnaissance des 3.\u2014On ignore le sens précis de ce mot ; c\u2019est évidemment un personnage. 46 LA REVUE DOMINICAINE volontés divines est déplorable: Connaître vraiment (ta parole du dieu est impossible) : on médite le mal et aux gens on.Enseigner la voie de la déesse (est inutile), car leur esprit est brouillé.Eliphaz n\u2019avait pas hésité à rappeler à Job quelques méfaits, qu\u2019il aurait pu commettre: \u201cTu prenais sans motif des gages à tes frères, tu enlevais les vêtements à ceux qui étaient nus.Tu ne donnais point d\u2019eau à l\u2019homme épuisé, à l\u2019affamé tu refusais le pain.Tu renvoj^ais les veuves les mains vides, et les bras des orphelins étaient brisés.\u201d (XXII, 6-9).Après une grande lacune, qui va jusqu\u2019à la quatrième ligne de la strophe XIII, nous retrouvons le discours de l\u2019ami.Il semble décrire le bonheur du juset, d\u2019après le thème si familier aux amis de Job: Il a blanchi.il a éteint le feu.il a procréé un rejeton.il a mis au large les gens.il a rassemblé dans.il a fait attention au dieu.il a cherché ce qui est requis.La réponse du patient (XIII) semble obscure au premier abord.Le sens est suggéré au P.Dhorme par un parallèle dans un autre poème babylonien, celui du \u201cjuste souffrant\u201d, que l\u2019on a comparé précisément à Job.Les deux justes ne voient partout que du mal et n\u2019arrivent plus à discerner entre ce qui est bien et ce qui ne l\u2019est pas: Le mal, le (bien).(je ne les distingue plus) Que je fonde une maison.Que je ne désire pas la fortune.Que je creuse un puits ou que je.Que j\u2019aille à la cité, ou que je me rende au loin! Que j\u2019ouvre un puits ou que je laisse courir les eaux! Que je sauve l\u2019affamé ou que j\u2019aille au secours du.! Que j\u2019entre de maison en maison ou que je repousse la nourriture! UN JOB BABYLONIEN 47 Que je me couche dans la prairie ou que je sorte dans la rue! Que comme un panure, je ramène.à l'intérieur! Le mal, le (bien).Même trouble chez le juste souffrant.Après avoir protesté de sa piété, il s\u2019écrie : Puissé-je savoir que près du dieu, ces choses sont en faveur! Ce qui pour soi-même est beau, pour le dieu c\u2019est une chose honteuse! Ce qu\u2019on retient en son coeur, vis-à-vis de son dieu c\u2019est une chose belle! Qui donc peut étudier le dessein des dieux dans le ciel ?Le conseil du dieu, quel être d\u2019argile le comprendra ?Comment les humains apprendront-ils la voie d\u2019un dieu?Celui qui le soir était en vie, il est mort le matin suivant Soudain il s\u2019est trouvé angoissé, rapidement il a été mis en pièces.A l\u2019instant il chantait, il faisait de la musique En un moment le voilà qui crie comme un hurleur La strophe suivante (XIV) est trop mutilée.Dans la quinzième, le patient prouve que le mal poursuit les animaux aussi bien que les hommes.\u201cDans le monde animal, comme chez les hommes, c\u2019est chacun pour soi\u201d.L\u2019ami réplique par un appel à l\u2019humilité (XVII).Le juste revient sur le sort funeste de l\u2019humanité (XVIII).De même que la verdure se flétrit, l'homme ne dure qu\u2019un temps.Le possesseur de la richesse tombe.L\u2019ami répond encore par des considérations générales.Dieu réserve un meilleur sort 48 LA REVUE DOMINICAINE aux vertueux: leur récompense est une longue vie.Le patient proteste encore de sa piété, (XIX) qui aurait meme reçu comme récompense une révélation de Nébo, le seigneur de l'intelligence : il m\u2019a révélé (son mystère).j\u2019en ai compris le sens.L\u2019interlocuteur revient aux conseils impératifs (XX) : garde (le précepte) des dieux et accomplis-le.et tourne-toi vers le bien.Après une strophe à peu près illisible (XXI), nous arrivons enfin à un texte complet.La discussion se corse.Toujours fidèle à sa thèse, l\u2019ami (XXII) montre encore une fois \u201cl\u2019instabilité du bonheur des méchants et les avantages de la vertu, meme si les faits semblent prouver le contraire.\u201d Le harharu dont tu enviais le visage, Ses jambes, sont estropiées, il meurt soudain! Le scélérat, qui est sans dieu, possède-t-il de la fortune, Le meurtrier le poursuit de son arme.Toi qui ne recherches pas l\u2019ordre des dieux, quel est ton bonheurf Celui qui traîne le joug du dieu gouvernera; son pain est préparé.Recherche le bon vent des dieux.Et ce que tu as perdu en un an, lu le remplaceras en un instant.N\u2019est-ce pas, demande le P.Dliorme, \u201cle thème ressassé par les amis de Job?Le mal est puni sur terre, la vertu est récompensée.Si Job veut revenir à Dieu, il recouvrera aussitôt son ancien bonheur, et amplius!\u201d Le patient ne se rend pas à cet avis.(XXIII) Lui regardé parmi les humains et les apparences sont tout UN JOB BABYLONIEN 49 autres.Car les dieux n\u2019interviennent pas dans le cours des évènements : ils laissent agir les démons qui occasionnent le mal.Voici comment le mal s\u2019exerce: pendant que le père est au travail, les enfants se livrent à leurs mauvais instincts.Le père traîne le bateau sur les eaux profondes, Son aîné est installé dans le lit.Le grand frère, tel un lion, emporte sa pâture; Il se réjouit, car l\u2019abondance succède à sa disette; L\u2019héritier, tel un.fait la chasse dans la rue.L\u2019enfant vole au pauvre la nourriture ! Et le patient, \u201c ne comprenant rien à ses maux, se courbe sous la malédiction qui l\u2019accable !\u201d En présence du mystère dont je suis frappé, qu ajouterai-je?Sous ma malédiction, moi, je me courbe : Le riche et l\u2019heureux me méprisent comme le dernier.L\u2019ami reprend avec une parole d\u2019ironie: (XXIV) O très sage, ô possesseur d\u2019intelligence, (pie ton coeur gémisse, car tu ravales le dieu\u201d.Le problème du mal est insondable, un mystère divin : Le coeur du dieu est loin comme l\u2019intérieur des deux, sa sagesse est ardue et les gens ne la comprennent pas.L\u2019oeuvre de la main d\u2019Arovron, dans l\u2019ensemble c\u2019est un souffle! Voyez les vicissitudes qui surviennent au sein d\u2019une même famille: Le fils du prince est en toutes choses au premier rang: Dans sa progéniture, le fils ainé est abaissé, Et l\u2019enfant qui vient après trouve ses restes.Le fou, il lui naît un fils supérieur ! Le sage, le valeureux, un dont le nom est le contraire.Qu'il décide et pourquoi pleurerais-je?Il est dieu et les gens ne comprennent pas. 50 LA REVUE DOMINICAINE Pourquoi donc pleurer?\u201cC\u2019est aux dieux qu\u2019il appartient de déterminer le sort de chacun.Les humains ne peuvent comprendre ce qui se passe autour d\u2019eux.\u201d Le patient ne se rend pas encore: dans le monde, il y a trop d\u2019injustices! (XXV) Avant de décrire le bonheur des méchants, il commence par réclamer l\u2019attention, exactement comme Job: \u201cPrête attention et comprends mon idée, garde comme une chose précieuse ce (pie dit ma parole.Puis, vient un brillant tableau sur le contraste entre les actes et leur récompense : On exalte la parole du notable qui est expert au meurtre, On ravale le faible qui n\u2019a pas fait le péché.On justifie le méchant dont le méfait est grave, On chasse le juste qui recherche la volonté du dieu.On couvre de pasallu4 celui dont le nom est Voleur, On laisse prendre au fort la nourriture du pauvre, On fortifie le puissant dont la compagnie est.On ruine le faible, l\u2019opulent le chasse.Et toujours, comme Job, le patient revient à sa propre misère: Et moi le débile, le puissant me persécute! Les deux dernières strophes sont d\u2019une grande beauté! Il faut laisser la parole complètement au P.Dhorme.\u201cL\u2019ami va se retrancher encore derrière le mystère de la création.Les dieux qui ont créé l\u2019humanité se sont joués d\u2019elle.Ils ne lui permettent pas de connaître ce qui est le vrai et le faux.C\u2019est 1.\u2014Métal précieux dont on se servait pour les revêtements et les incrustations des meubles rares.(Dborme).1 UN JOB BABYLONIEN 51 pourquoi nous nous trompons, quand nous voulons interpréter ce qui se passe autour de nous.\u201d Le roi du mystère Nannaron, créateur des humains, Le dieu Zouloummar, qui découpe leur boue, La reine qui les façonne, la souveraine Mami, Présentent à l\u2019humanité un langage entortillé! Il s\u2019agit donc \u201cd\u2019erreurs et d\u2019illusions qui sont comme un mensonge des dieux à l\u2019égard des hommes.L\u2019action des dieux, telle que nous la voyons, est une vaste duperie.\u201d Voici comment les hommes sont trompés par les dieux.Ils disent magnifiquement ce qui est en faveur du riche Sa richesse est-elle rognée, ils lui viennent en aide.Ils maltraitent l\u2019homme faible comme un voleur, Ils lui présentent ce qui est défendu, méditent contre lui la mort.C\u2019est trompeusement qu\u2019ils lui font aussi apprendre tout mal! Et \u201cfinalement l\u2019homme est victime de cette duperie : Parce qu\u2019il n\u2019a pas la sagesse, ils l\u2019exterminent dans un frisson, ils l\u2019éteignent comme une flamme.On peut comparer avec la fin du discours d\u2019Eliphaz (Job.IV, 20-21): \u201cDu matin au soir ils sont broyés; sans y prendre garde ils périssent à jamais! Si leurs piquets sont arrachés, ne meurent-ils pas sans comprendre?Le Babylonien meurt aussi sans comprendre, puisque les dieux l\u2019ont perpétuellement déçu.L\u2019ami retourne le fer dans la plaie du patient.\u201d \u201cComme Job qui, au lieu de répondre aux sophismes de ses amis, appelle l\u2019attention sur ses maux, le patient pousse le cri de détresse.Le début de la ARCHIVES DE LA Province de Québec 52 LA REVUE DOMINICAIN! strophe XXVII, évoque le Miseremini mei, saltern vos, amici mei de Job XIX, 21, Pitié, mon ami, vois donc ma plainte! Aide-moi! J'ai connu la peine, sache-le donc! Moi, l'homme intelligent, suppliant, jusqu\u2019à maintenant je n'ai pas un instant l\u2019aide ni la protection.C\u2019est parce qu\u2019il souffre qu\u2019il se comporte en tout comme un humble qui veut passer inaperçu: Si je vais tranquillement sur la place de ma ville, le bruit ne se tait pas, ma parole est basse; je ne lève pas la tête, je regarde le sol; je n exulte pas avec transports, dans la rue de la ville.Et cet acte d\u2019humilité se termine par une prière : Qu'il prête assistance, le dieu Nimourta lui qui.Qu elle ait pitié, la déesse Ishtar, elle qui.Que le pasteur Shamash lève comme un dieu.La suite du texte, malheureusement, est mutilée.On la retrouvera peut-être un jour.* * La ressemblance avec Job, toute fortuite qu\u2019elle soit, est donc saisissante.Dans les deux poèmes, il y a un juste souffrant qui ne comprend rien à ses douleurs, et un ou plusieurs amis qui viennent le consoler.La thèse babylonienne s\u2019inspire du plus pur sentiment religieux.Si tu souffres, c\u2019est parce que tu as erré! Les dieux récompensent toujours la vertu.Sois bon, et le ciel te bénira.Mais au sage, revient toujours la pensée lancinante: je suis juste, et pourtant je souffre, tandis que le méchant triomphe! Pourquoi donc le juste souffre-t-il?Problème insoluble ! Le philosophe de Babylone n\u2019a pu entrevoir la réponse, pas plus que Job et ses trois amis; avant l\u2019intervention d\u2019un quatrième, Eliu, qui montrera que les peines de ce monde, vindicatives sans doute, sont aussi médicinales, un antidote contre la UN JOB BABYLONIEN 53 présomption et l\u2019orgueil, et une purification des fautes vénielles dont nul homme n\u2019est exempt.De plus, le démon a la permission de tenter.Les Juifs, peu anxieux de la vie future, s\u2019en tiendront à cette solution partielle.Les Chrétiens s\u2019en remettront à l\u2019au-delà du parfait réajustement des situations.Toutefois, ici-bas, il reste toujours un point angoissant: le mal lui-même, comment peut-il exister?Comment un Dieu bon peut-il le tolérer ?Père Dalmace Laferrière, O.P.Ottawa, le 5 décembre, 1924.LE SENS DES FAITS Le Prix David : une distraction du jury J\u2019ai déclaré une fois,\u2014et l\u2019on m\u2019en a fait grief le lendemain,\u2014que les Prix d\u2019Action intellectuelle obtenus et offerts par l\u2019A.C.J.C.étaient l\u2019entreprise de critique la plus importante et la plus efficace qu\u2019on eût jamais tentée au Canada.11 s\u2019agissait évidemment de critique en action, puisque les juges dans un concours n\u2019ont guère l\u2019habitude de rendre publics leurs motifs de préférence.De fait, c\u2019était la première fois qu\u2019une récompense aussi considérable venait à la rencontre des jeunes talents.Depuis, cette entreprise a été dépassée, sinon absorbée par le geste large, venu s\u2019ajouter à tant d\u2019autres, de l\u2019honorable Athanase David, secrétaire provincial.On dit parfois d\u2019un livre qu\u2019il est une bonne action : on dira de cette bonne action qu\u2019elle vaut plusieurs volumes de critique.Le public se réjouit éga- 54 LA REVUE DOMINICAINE lenient de l\u2019annonce des Prix d\u2019Histoire pour l\u2019année 1926.Qui niera que ces fondations diverses ne soient de nature à provoquer l\u2019éclosion de talents neufs et l'épuration des talents anciens ?Le Prix David vient d\u2019être attribué pour la deuxième fois, avec le même souci de justice qui signala les premières décisions.On peut toutefois formuler certaines réserves.Je suis même surpris que l\u2019évènement n\u2019ait point fait couler d\u2019autre encre que celle des manuscrits soumis à l\u2019épreuve.Bornons-nous pour le présent à souligner l\u2019attribution d\u2019un prix de trois cents dollars à MM.Louis Francoeur et Philippe Panneton, pour leur maigre plaquette intitulée: Littératures.à la manière de.Comme l\u2019on dit d\u2019un tas de petits ouvrages, c\u2019est agréable et reposant, ça se lit très bien.Les deux copains font montre parfois d\u2019un humour, d\u2019une verve et d\u2019une drôlerie irrésistibles.Parfois même, ils poussent l\u2019esprit d\u2019observation au degré impitoyable, mais juste, où il peut encore être utile à l\u2019écrivain ou à l\u2019orateur visé, comme à tout aspirant à la vie littéraire.Cette sobre louange rend justice, il me semble, à l\u2019oeuvre primée.Mais primer une oeuvre n\u2019est pas seulement l\u2019apprécier avec équité, c\u2019est\u2014le mot l\u2019indique\u2014lui reconnaître officiellement une supériorité.Ni le genre où se sont confinés les auteurs ni leur façon pourtant habile de s\u2019y débattre ne les situe au premier rang.D\u2019abord la parodie est un genre de soi inférieur où la mécanique supplée totalement l\u2019imagination créatrice et partiellement les autres dons littéraires.Jules Lemaître enseignait jadis le moyen de fabriquer les \u201cpensées frappantes\u201d.Il est encore plus aisé de LE SENS DES FAITS 55 pasticher les maîtres.La victime fournit elle-même les instruments de supplice: pensée et forme; le bourreau n\u2019a qu\u2019à s\u2019asseoir et à en jouer avec un certain art.Qu\u2019il change un mot seulement, en gardant la rime ou la consonnance : l\u2019instant de l\u2019écrire, \u201cl\u2019homme est un pneu tombé\u201d et \u201cle veau d\u2019or est en caoutchouc\u201d.La charge dirigée contre Henri Bourassa, ou plutôt contre sa manière, est peut-être la mieux réussie de l\u2019ouvrage.Eh ! bien, il a suffi aux auteurs de prendre un article du \u201cmaître\u201d en changeant le nom des lieux et le titre des références.Que ces messieurs se décident un jour à nous donner une oeuvre \u201cassez riche et substantielle pour engendrer ce genre de critique\u201d, et je m\u2019engage à fournir le lendemain un premier-Montréal à la manière de Francoeur et Panneton.Et je n\u2019aurai rien mérité du \u201cgouvernement\u201d pour cela ! Une autre remarque s\u2019impose et d\u2019une gravité incontestable.A la manière de.offre çà et là des grossièretés de langage et des grivoiseries que nul critique sérieux n\u2019a le droit de tolérer.A-t-on voulu démontrer en Béotie qu\u2019on avait beaucoup de voyage et beaucoup de lecture ?On aurait pu y parvenir en exhibant un goût plus net (au sens obvie du mot) dans un choix de farces moins débridées.Reste à savoir ce qui a pu déterminer les généreux distributeurs à fermer les yeux pour ouvrir la main.Distraction du jury, c\u2019est une façon d\u2019écrire, et il convient de trouver autre chose.Au fait, je n\u2019ai pas d\u2019antenne du côté de Québec, et n\u2019en suis que plus libre d\u2019exprimer des suppositions.Je suppose donc là une nouvelle élégance d\u2019Edouard Montpetit.Ravi de se voir caricaturé de la sorte et le premier à en rire, il s\u2019est cru presque obligé de faire pencher la 56 LA REVUE DOMINICAINE balance du côté des bourreaux, en leur disant: Messieurs, je pardonne.Je pardonne, mais je n\u2019oublie pas: voici trois cents piastres.Allez, ne péchez plus de cette manière.M.-A.Lamarche, O.P.Pour l\u2019Oeuvre des Vocations Le mercredi 12 novembre, YOeuvre des Vocations dominicaines, sous la direction du R.Père Augustin Leduc, invitait le public d\u2019Ottawa à un concert-causerie donné dans la salle Saint-Jean-Baptiste, sous le haut patronage de Sa Grandeur Mgr Emard, Archevêque d\u2019Ottawa et la Présidence de l\u2019Honorable Rodolphe Lemieux, Président de la Chambre des Communes.On a justement apprécié cette soirée en disant qu\u2019elle fut \u201cacadémique\u201d.Ce fut simplement délicieux: d\u2019une distinction intellectuelle et d\u2019un goût artistique peu ordinaires dans l\u2019ensemble comme dans chacun des détails.Pouvait-on attendre moins du R.Père Lamarche, de l\u2019Hon.Rodolphe Lemieux et de M.Jules Tremblay ?J\u2019ai souvent entendu et lu M.Tremblay; le discours qu\u2019il fit pour présenter le Père Lamarche est une des plus belles pages qu\u2019il a écrites.Ce n\u2019est pas peu dire.L\u2019oeuvre de M.Tremblay est déjà considérable et lui fait grand honneur; qu\u2019il l\u2019enrichisse encore afin que nous goûtions souvent un plaisir aussi parfait que celui qu\u2019il nous a procuré ce soir-là.Le Père Lamarche nous a conduits à Sainte Anne d\u2019Auray, Lisieux et Rome.Quelqu\u2019un de haut placé écrivait le lendemain: \u201cJe suis encore sous le charme de la parole du Père Lamarche.Quelle puissance LE SENS DES FAITS 57 oratoire !\u201d Et le charme était partagé.Intelligence supérieure et coeur d\u2019apôtre, le Père Lamarche a donné, dans une langue que les lecteurs de la \u201cRevue dominicaine\u201d apprécient depuis longtemps, une causerie très intéressante et très bienfaisante, où la valeur littéraire n\u2019était égalée que par la \u201cpuissance oratoire\u201d et le souffle apostolique.C\u2019est l\u2019Honorable Rodolphe Lemieux, Président de la Chambre des Communes, qui remercia le conférencier.L\u2019allocution de M.Lemieux fut le troisième discours académique.Il serait puéril d\u2019insister.Qui ne sait que la vaste culture de M.Lemieux fait de lui un des maîtres de la génération actuelle ?C\u2019est une fête pour l\u2019intelligence que de l\u2019entendre et le coeur a aussi sa large part.M.Lemieux a par sa note chrétienne, fait beaucoup de bien à ses auditeurs, sans compter que le prestige de son rang social et de ses hautes fonctions de Président de la Chambre des Communes ajoutaient encore à la valeur intrinsèque des fortes pensées qu\u2019il a si joliment exprimées.Depuis ce soir-là, nous avons pu constater par d\u2019enthousiastes et justes appréciations combien M.Lemieux a fait impression sur son auditoire et combien aussi on désire l\u2019entendre à nouveau.On désire toujours entendre ce qui charme et élève l\u2019âme.C\u2019est pourquoi nous désirons entendre encore les artistes qui étaient au programme musical de ce concert.Ce doit être après une soirée artistique comme celle du 12 novembre que Joubert a écrit: \u201cHeureux ceux qui ont une lyre dans le coeur\u201d.Wieniawski, Schubert, Tremblay, Massenet, Chopin, Leschetizky, Massenet et Halévy furent interprétés avec un délicat sentiment et une souple technique par des artistes comme MM.Gosselin et Mallette, Melle 58 LA REVUE DOMINICAINE Henriette Bourque, M.Miville Belleau.Les accompagnatrices furent Mesdemoiselles Dora Villeneuve et Irène Thibault et Madame Miville Belleau.Nous voudrions apprécier chacun des artistes en particulier, hélas! nous n\u2019avons que quelques lignes à notre disposition ! Qu\u2019il nous suffise de dire que l\u2019exécution du programme musical a fait de ce concert un des plus artistiques, de cette soirée une des plus délicieuses qui aient eu lieu dans la Capitale.P.-M.G.Dans l'Ordre \u2014Le T.R.P.Albert Mignault, Prieur d\u2019Ottawa, donnera en janvier, au Club Littéraire de cette ville, une conférence sur Gérin-Lajoie, son àme, son talent et son oeuvre.\u2014Le R.P.Lamarche donnera, le 3e mercredi de janvier, aux gardes-malades de l\u2019Hôpital de la Miséricorde de Montréal, une conférence sur Le danger matérialiste dans la profession médicale.\u2014Les RR.PP.Albert Benoît et Antonio Lamarche ont été assignés à la Maison Vicariale de Notre-Dame de Grâce.\u2014Le R.P.Granger donnera le sermon à la Bénédiction du Drapeau de la Ligue du S.Nom de Dieu, à Lewiston, le 11 janvier.Fra Domenico L\u2019ESPRIT DES LIVRES Abbé JACQUES LECLERCQ.\u2014\u201cLa mystique de l'apostolat\u201d\u2014Sainte Catherine de Sienne\u2014Catholique romaine.1 vol.in-12, à Bruxelles chez Albert Dewit, à Paris chez Lethielleux.Prix: / fr.50.Nous partageons l'enthousiasme de l\u2019auteur de \u201cL/a mystique de l'apostolat\u201d pour la vierge de Sienne.C\u2019est pourquoi nous avions ouvert son livre avec une sorte de fièvre, comptant y voir l\u2019exposé d\u2019une idée qui s\u2019annonçait comme devant être très lumineuse, d\u2019après un titre plein de promesses.Nous avons été quelque peu déçu.Certes, l\u2019auteur était bien outillé pour une pareille entreprise: théologie, philosophie, connaissance approfondie de l\u2019histoire si compliquée du XIVe siècle, étude attentive de la vie, des travaux et des écrits de la sainte; enfin, un sujet riche et fécond, tel que la mission de la grande siennoise dans la société et l\u2019Eglise de son temps, sous l\u2019inspiration directe de Jésus-Christ, dont les interventions dans la vie de cette femme sont aussi réelles et aussi tangibles que celles de Yaveh dans l\u2019Ancien Testament.Voilà des matériaux et des conditions excellentes pour se mettre au travail.N\u2019est-ce pas, eu effet, un phénomène extraordinaire que l'action de cette petite femme que Dieu oppose tâ l\u2019orgueil des hommes de cette époque; qu\u2019il prépare Lui-même, qu'il inspire et qu\u2019il pousse, comme malgré elle, à pacifier, jusque dans l\u2019Eglise?Il y a là beaucoup de mystérieux et c\u2019est précisément ce qui a tenté la sagacité de l\u2019écrivain.Il s\u2019est proposé de nous l\u2019expliquer : mais ce n\u2019était pas tâche facile, car il fallait s\u2019aventurer dans les régions les plus élevées de la mystique, pénétrer dans les arcanes de la politique, et de cette politique très spéciale qu\u2019il a entrevue, et qu\u2019il appelle la politique catholique romaine.C\u2019était beaucoup, trop même, aussi n\u2019est-il pas étonnant qu\u2019il se soit un peu égaré comme dans une forêt touffue dans laquelle il n\u2019est pas suffisamment orienté.Il a dû s\u2019arrêter parfois pour reprendre haleine; alors il a écrit des pages, justes en elles-mêmes, mais qui n\u2019en sont pas moins des hors-d\u2019oeuvre.Evidemment, l\u2019auteur n\u2019a pas su élaborer, et se définir à lui-même dans un travail préalable, les idées principales qui devaient faire l\u2019armature de l\u2019édifice projeté; ni déterminer la pensée maîtresse qui devait lui servir de fil conducteur pour grouper les faits autour d\u2019un point capital dans chacun des chapitres de son livre ; pour intercaler ça et là les idées d\u2019importance secondaire ; pour égrener le long de la trame les portraits des fidèles de la sainte, que nous rencontrons avec surprise, tous ensemble, posant devant nous. 60 LA REVUE DOMINICAINE Combien le récit eût gagné en clarté, en solidité et en intérêt ! Nous regrettons sincèrement que cet historien ait ainsi manqué l\u2019occasion de dire le dernier mot sur sainte Catherine de Sienne, de faire l\u2019un des plus beaux livres de notre temps, et, peut-être, le livre de sa vie.Il eût du également faire son pèlerinage de \u2018Sienne à la fin d\u2019une Introduction, au lieu de lui consacrer ses dernières pages, et, à la place, dans un résumé nerveux et ferme, écrit d\u2019une plume alerte et forte, dans un faisceau puissant, ramasser toutes ces lumières et les projeter, d\u2019abord, sur la fin d\u2019une époque qui fut essentiellement chrétienne, puis, sur l\u2019aurore des temps modernes qui ne veulent plus répondre à cet idéal.Encore une fois, nous le regrettons pour lui, pour nous et pour l\u2019Eglise.Cependant, nous féliciterons l\u2019auteur d\u2019avoir osé lever si largement le voile qui dérobe aux yeux des profanes l\u2019action directe de la providence sur la vie des hommes.Ce livre n\u2019est pas banal, tant s\u2019en faut.Il est de nature à faire beaucoup de bien.Il est bien écrit et se lit facilement.La phrase est pleine d\u2019une riche substance toute surnaturelle; de temps à autre une petite note poétique nous frappe ; il est assez moderne d\u2019allures, quelques rares fois un peu trop, mais tel qu\u2019il est, il édifie, il instruit et il rend un magnifique hommage au Christ et à sa servante de prédilection: sainte Catherine de Sienne.Thomas Couët, O.P.HENRI GHEON.\u2014\u201cTriomphe de saint Thomas d'Aquin.\u201d\u2014Aux Editions de la Vie Spirituelle, Saint-Maximin (Var), France.Mettre à la scène, dans un théâtre moderne, l\u2019Orgueil de la vie, la Concupiscence, la Foi, l\u2019Eglise, la Raison, la Fausse foi, la Fausse raison, le Sens commun ; leur faire jouer un rôle dans une pièce; personnifier aussi les diverses erreurs philosophiques qui ont tant bouleversé l\u2019esprit humain : le Doute universel, l\u2019Egoïsme transcendental, l\u2019Albsolu-d\u2019où-tout-sort, le (Monisme, l\u2019Idée-en-devenir, le Pragmatisme, le Modernisme; confronter dans une même pièce les personnages de Lucifer, Heraclite d\u2019Ephèse, de Par-mênide d\u2019Elée, de Platon, d\u2019Aristote, d\u2019Averroès, de saint Augustin et de saint Thomas: cela semble une gageure.Pourtant M.Henri Ghéon l\u2019a osé, et, avec l\u2019aide de son ami M.Jacques Mari-tain qui l\u2019a guidé à travers la partie doctrinale, il a su composer une sorte de mystère, à la manière des vieux âges, du plus vif intérêt ; belle leçon en même temps que beau spectacle.En effet, ce Triomphe n\u2019est pas une suite de dissertations, non plus qu\u2019une sèche argumentation, entre élèves de séminaire.La scène représente le choeur d\u2019une cathédrale ; au fond se dresse un autel devant lequel défilent des processions de Pères de l\u2019Eglise, de saints et de docteurs.Quant aux abstractions que nous avons nommées tout-û-l\u2019heure, elles nous apparaissent sous les espèces qui les symbolisent le mieux : le Doute universel est un l\u2019esprit des livres 61 clown, les bras liés, avec une tête énorme sans yeux, nez ni oreilles; la Raison pure, un monstre féminin de carton blanc, avec une grosse tête d\u2019où sortent des roues dentées ; les Phénomènes, de petits gnomes, la Raison pratique, une femme de marbre; l\u2019Egoïsme transcendental, un guerrier teuton ; l\u2019Absolu est la déesse hindoue Siva ; l\u2019Idée-en-devenir, une bayadere ; le Monisme, un dragon semblable à un ver ; le Jaillissement perpétuel, une nymphe voilée portant une amphore remplie d\u2019eau ; le Pragmatisme, un américain ; le Modernisme, un abbé de cour, etc.Tous comparaissent.au troisième acte et essaient de convaincre l\u2019Homme moderne de les suivre.Ceci nous conduit à résumer la -leçon de cette pièce originale.La première partie nous montre d\u2019abord l\u2019Eglise aux abois et réclamant un défenseur.Nous assistons ensuite au conciliabule de Lucifer avec ses deux suppôts : Orgueil de la vie et Concupiscence, qui ont essayé, mais en vain, de réduire Frère Thomas.Lucifer, changeant de tactique, lui envoie maintenant Fausse foi et Fausse raison.Leur mission échoue à son tour.Et Frère Thomas sort de l\u2019épreuve confirmé en grâce par la vraie Foi et la vraie Raison.On entonne alors YAdoro te ou le Tantum ergo.Au début de la deuxième partie, Raison dit à Frère Thomas : \u201cVous allez assister au drame de la connaissance.Regardez bien et tirez profit du spectacle.\u201d Un appariteur fait passer les philosophes antiques à qui la Raison demande quelle est leur conception de la vie?Thomas les écoute et fend la main à Aristote.Mais les docteurs arabes et Averroès se précipitent et discutent avec furie.Thomas finit par.leur dire à tous: \u201cMaîtres de science, adieu.Voici venir à moi les nouveaux sages.\u201d Ce sont saint Paul et saint Augustin.Il se prosterne ensuite devant les Saints Livres, puis se relevant, il dit à qui il a l\u2019intention de consacrer son intelligence.Un magnifique tableau nous le montre écrivant sa Somme: Foi, à genoux, tenant le Saint.Livre: Raison, debout, surveillant le travail.L\u2019autel de la cathédrale forme le fond, et les Pères de l\u2019Eglise l\u2019entourent.On entend une musique sévère.L\u2019acte se termine par une extase de Frère Thomas et la parole divine : \u201cTu as bien écrit de moi\u201d.La troisième partie s\u2019ouvre par le De Profundi s, ou le Miserere: (¦\u2018est.sans doute la plus originale et la plus scénique.L\u2019Eglise déplore qu\u2019on n\u2019étudie plus assez les grands théologiens et elle prie saint Thomas de venir à son secours.Mais Lucifer apparaît alors sous les traits d\u2019un professeur d\u2019université.Il va entreprendre de convaincre l\u2019Homme moderne (en costume de voyage, avec une lanterne) qui cherche une croyance.Celui-ci est accompagné, à distance, par le Sens commun.Lucifer présente alors au chercheur de vérité tous les systèmes que nous avons énumérés tout à l\u2019heure, et par la vertu de sa baguette,\u2014de son fouet, plutôt\u2014il les force à s\u2019expliquer et â se défendre.C\u2019est comme une revue d\u2019histoire de la philosophie.Mais ou moment où le Modernisme a presque ébranlé l\u2019Homme moderne et le Sens commun, l\u2019Eglise apparaît aux côtés de Thomas.Stupeur parmi les Fausses vérités qui viennent en même temps de reconnaître le diable sous les traits do professeur.Saint Thomas alors prononce un certain nombre d\u2019anathèmes qui dissipent les erreurs; il s\u2019adresse à Sens commun et à Raison pour fixer leurs limites; il appelle à lui l\u2019Homme mo- LA REVU! DOMINICAINE 62 (terne, qui s\u2019accuse d\u2019avoir péché par orgueil et curiosité.La scène se clôt par une large bénédiction du saint, une procession des Pères de l\u2019Eglise et un chant triomphal, terminé par te Lauda Sion.Telle est cette oeuvre, peut-être étrange, tellement elle rompt avec nos habitudes théâtrales, mais certainement belle et émouvante.Les rapports venus d\u2019Europe nous assurent que la double représentation qu\u2019en donnèrent les étudiants de Liège a remporté 1e plus vif succès.Nous appelons de nos voeux le jour où quelqu\u2019un de nos Séminaires s\u2019y essaiera à son tour.O.\tMauraült, p.s.s.LOUIS-PHILIPPE GEOFFRION.\u2014\u201cZigzags autour de nos parlers\u201d.\u2014Chez l\u2019auteur, 125, rue de la Claire-Fontaine, Québec.M.Louis-Philippe Geoffrion, secrétaire de l\u2019Assemblée législative de Québec, secrétaire de la Société du parler français au Canada, vient de réunir en volume un certain nombre d\u2019observations linguistiques qu\u2019il a publiées sous ce titre dans le Soleil et dont la série se continue.M.Adjutor Rivard, qui fut, comme fondateur et président de la Société du parler français, 1e maître de M.Geoffrion, précise dans une préface les intentions de l\u2019ouvrage: \u201cIl indique chez l\u2019auteur et doit inspirer chez ceux qui 1e liront, dit-il, un amour profond et raisonné de notre langue maternelle, spécialement de notre façon de la parler A.Pour que, pur nous, la langue française accomplisse ici sa mission, il nous faut d\u2019abord et avant tout l'aimer, l\u2019aimer dans ses formes classiques et aussi dans ses formes populaires de bon aloi, l\u2019aimer dans son passé et à travers les évolutions qu\u2019elles a subies, l\u2019aimer parce que la noblesse de ses origines se retrouve jusque dans ses derniers développements, Vaimer parce qu'elle est une et qu\u2019un même esprit l\u2019anime, quels que soient le lieu et le temps où on la parle\u201d.2 M.Geoffrion n\u2019a d\u2019ailleurs pas jugé superflu d\u2019indiquer lui-même, dans un avant-propos, l\u2019étendue de son dessein.\u201cQu\u2019on ne se méprenne pas, dit-il, sur la portée de mes menus propos.Rechercher l\u2019origine d\u2019une locution archaïque n\u2019est pas en conseiller l\u2019emploie De même, souffler à l\u2019occasion quelques cierges dans la petite chapelle du puritanisme grammatical n\u2019implique pas nécessairement que l\u2019on tienne à dédain 1e bon langage.D\u2019ailleurs, les surpuristes de chez nous sont d\u2019une espèce particulière.Pour eux l\u2019anglais est antérieur â tout idiome: de là leur propension à voir des anglicismes partout, dans d\u2019authentiques idiotismes provinciaux et jusque dans tes gallicismes tes plus caractéristiques.\u201d Mais aussitôt, prévoyant 1e reproche d\u2019avoir voulu rattacher toutes nos expressions populaires au vieux français, au français populaire ou au français de province, il confesse s\u2019être efforcé de 1e mériter.Ce reproche, dit-il, \u201cattesterait que ma peine n\u2019a pas été vaine, que je n\u2019ai pas complètement échoué dans mon dessein de montrer que la langue de \u201cnos gens\u201d, de nos 'populations rurales, embaume toujours 1e vieux et fin parler de France\u201d.D\u2019où il ressort que si l\u2019auteur, très sagement, ne va pas, comme M.Rivard, jusqu\u2019à prétendre qu\u2019un même esprit anime la langue française, \u201cquels que soient 1e lieu et le 1.\t\u20140\u2019est nous qui soulignons.2.\t\u2014Ut supra. l\u2019esprit des livres 63 temps où on la parle\u201d,\u2014ce qui est, croyons-nous, aller un peu fort, \u2014son but n\u2019en est moins, suivant, l\u2019expression de son préfacier, \u201cd\u2019inspirer à ceux qui le liront un amour profond et raisonné de notre langue maternelle, spécialement de notre façon de la parler''.Or, des observations de M.Geoffrion, quelques-unes portent sur des fautes de syntaxe commîmes aux Français de France et à ceux du Canada, en outre signalées dans la plupart des grammaires françaises; d\u2019autres sur des mots français détournés de leur acception usuelle par les Canadiens sous l\u2019action de l\u2019influence anglaise, disent les uns, à l\u2019exemple des Français de France, dit M.Geoffrion, mais qui de toute façon ne se rattachent pas, du moins directement, à la thèse de l\u2019auteur.D\u2019autres encore ont trait à des expressions qui existent sans doute, puisque M.Geoffrion les a entendues, et qui s\u2019apparentent certainement aux par-lers de France, puisque M.Geoffrion les a retrouvées, sous des formes plus ou moins reconnaissables, dans les glossaires provinciaux de ce pays, mais qui à notre humble avis ne sont pas plus des canadianismes qu\u2019un terme de patois normand n\u2019est un gallicisme.Nous aussi, nous avons notre régionalisme linguistique, et s\u2019il est vrai que la maman acadienne qui dit à son fils : \u201cHuche ton père qui ibrette dans l\u2019harbe\u201d, compose avec des vieux mots français une phrase qui n\u2019a plus rien de français, le philologue qui lui demanderait des échantillons du parler populaire canadien serait cependant loin du compte.Ces catégories de vocables et une couple d\u2019autres éliminées, resterait à examiner si tous les autres auront la vertu de faire aimer davantage la langue française et en particulier notre façon de la parler.Ne craignons pas de poser à ce sujet deux principes: 1.\t\u2014En quelque pays que ce soit, le paysan crée sa langue comme M.Jourdain faisait sa prose: sans le savoir.Ce ne sont donc pas les livres de philologie, de sémantique, et que sais-je encore, qui l\u2019inciteront à la conserver ou à la corriger.L\u2019habitant qui se plaint d\u2019avoir reçu un coup sur la bole est, dans sa classe, aussi incorrect que certain maire de Montréal que nous avons tous connu et qui aimait, tant la belle arpent : M.Geoffrion se portera-t-il arbitre entre lui qui dit la bole et le paysan français qui dit le bol?Et puisqu\u2019il y a, même chez les rustres, une aristocratie du beau langage, le plus sage\tn\u2019est-il pas\tde\tlaisser\tl\u2019homme du 'peuple forger\tses mots comme\til l\u2019entend?2.\t\u2014Dans le parler populaire, il y a du bon, du moins bon, du mauvais.Attisée est gentil, clair d\u2019étoile (à supposer, chose plus que douteuse, que nos \u201chabitants\u201d en aient le monopole), poétique et pittoresque.Une trôlée d\u2019enfants fait figure et sent bon le vieux français.Bicher exprime mieux que baiser l\u2019amour maternel.Retenons ces termes et cent autres pareils, même dans notre langue littéraire.\tAvec M.Geoffrion, prenons\tles\tarmes\tpour les défendre s\u2019il est\tvrai qu\u2019il y ait\tchez nous\tdes\tbarbares assez insensibles au charme des belles images pour en demander la suppression.Mais que nos gens s\u2019oublient jusqu\u2019à dire beignets au lien de beignes, une au lieu d\u2019eine, faire la cour, soupirer, au lieu de faire de la broche, et qu\u2019ils aient, après une brosse, mal au bloc plutôt qu\u2019à la bole, que diable veut-on que ça nous fasse?Et comment voir là le signe d\u2019une décadence de l\u2019esprit national chez nous?A ce propos, il y aurait de graves considérations à énoncer, sinon sur l\u2019oeuvre, du moins sur les intentions respectives des ca- 64 LA REVUE DOMINICAINE nadianistes et des puristes en matière de langue, et qui seraient peut-être le point de départ d\u2019une jolie guerre où, comme toujours en notre pays, les armées se rueraient l\u2019une contre l\u2019autre sans rien connaître du fond des choses.Nous le ferons un jour ou l\u2019autre, dans un autre cadre que celui d\u2019une simple notice bibliographique.Pour l\u2019instant, bornons-nous à constater que, si AI.Geoffriou est à n\u2019en pas douter infiniment plus averti en matière de langue que la moyenne de nos puristes, il ne possède pas lui non plus toutes les qualités essentielles au parfait philologue.Pour un peu, nous serions tentés de lui reprocher une trop grande confiance dans les glossaires et dictionnaires, lesquels, en l\u2019espèce, ne suppléeront jamais au manque de sens critique ou philosophique.Confiance excessive également en des autorités contestables.Sur certains points guide très éclairé.M.Ferdinand Brunot est ailleurs sujet a caution.Paul Bourget est un mauvais maître du choix des mots.Invoquer le témoignage de AI.du Roure en quoi que ce soit qui requière du discernement ressemble à une plaisanterie.De tout ce qui précède, conclurons-nous que les Zigzags soient un livre manqué?Ce serait oublier tout ce qu\u2019il faudra parfois d\u2019érudition historique et linguistique, d\u2019intimité avec les langues modernes apparentées au français ou confinant ù son domaine géographique, de goût littéraire, d\u2019équilibre philosophique, pour choisir entre deux vocables français de mérite à peu près égal.Rappelons-nous que les écrivains français dont les jugements dans les questions de langue ont reçu l\u2019assentiment universel se comptent sur les doigts de la main et sont parmi les plus réputés de leur pays.Malgré le caractère sommaire et incomplet des Zigzags, malgré surtout l\u2019écart qui s\u2019accuse entre leur portée véritable et la visée de l\u2019auteur, ceux d\u2019entre nous qu\u2019intéresse l\u2019évolution du parler franco-canadien y trouveront une lecture souvent instructive, toujours récréative, jamais ennuyeuse.De son dévouement à la cause de la langue française au Canada, M.Geoffrion a donné en d\u2019autres occasions, comme fonctionnaire public, des preuves que nous nous abstiendrons de citer ici.crainte de lui nuire.Il n\u2019est pas d\u2019homme plus modeste.Il n\u2019en est pas non plus de plus estimable.11 est de ceux qui font les actes héroïques sans en parler.Pour concilier notre besoin d\u2019intransigeance avec l\u2019amitié et l\u2019admiration que nous avons pour lui.pour résumer de façon diabolique et bienveillante à la fois notre opinion de ses Zigzags, disons que le livre, plein de mérite; d\u2019ailleurs, est de 'ceux qu\u2019on ne saurait mettre entre toutes les mains.Olivar Asselin \u2014a\u2014\u2014\u2014a\u2014\u2014wn WM » N.B.\u2014lo.Le manque d'espace nous contraint de remettre au mois prochain plusieurs recensions, notamment celle de M.l'abbé Henri Jeannotte, déjà portée au Sommaire.2o.Ce serait double complaisance de la part de nos abonnés de vouloir bien encourager nos annonceurs en faisant mention de la Revue."]
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