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Titre :
Revue dominicaine
Éditeur :
  • St-Hyacinthe :Couvent de Notre-Dame du Rosaire,1915-1961
Contenu spécifique :
Mars
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Rosaire
  • Successeur :
  • Maintenant
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Revue dominicaine, 1925-03, Collections de BAnQ.

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[" IIAiiO NUMÉRIQUE Première(s) page(s) manquante(s) ou non numérisiée(s) Veuillez vous informer auprès du personnel de BAnQ en utilisant le formulaire de référence à distance, qui se trouve en ligne : https://www.banq.qc.ca/formulaires/formulaire reference/index.html ou par téléphone 1-800-363-9028 Bibliothèque et Archives nationales Québec EJ ES ES ES GERIN - LAJOIE in Mais il est temps de pénétrer dans cette œuvre et d\u2019en tirer les leçons qui s\u2019en dégagent.Je vous ai dit que l\u2019idée inspiratrice de Jean Rivard c\u2019est, en somme, l\u2019amour de Gérin-Lajoie pour son pays.Il a médité ces paroles de Lord Elgin : \u201cLa prospérité et la grandeur du Canada dépendront en grande partie des avantages que l\u2019on retirera des terres vacantes et improductives; et le meilleur usage qu\u2019on en peut faire est de les couvrir d\u2019une population de colons industrieux, moraux et contents\u201d.Et son ardent patriotisme lui a fait comprendre que notre avenir national est attaché à la conquête du sol.Or, vers 1860, l\u2019on commençait à oublier cette élémentaire vérité que la race française ne peut vivre que si elle s\u2019empare du sol; d\u2019autres, fuyant le village natal où l\u2019on s\u2019ennuie et un sol qu\u2019il faut creuser beaucoup pour qu\u2019il donne peu, sa dirigeaient vers nos villes manufacturières qui naissaient.Et Gérin-Lajoie s\u2019en affligeait profondément.Il aurait voulu arracher ses compatriotes au servage industriel, les empêcher de passer dans les rangs du prolatériat; il aurait voulu détourner des villes, où ils végètent, une partie des jeunes gens qui sortent de nos collèges, leur mettre une hache à la main, les conduire sur les frontières de nos paroisses, et là, devant la forêt immense, leur redire ces paroles du poète américain : \u201cFrappez, que chaque coup de hache ouvre un passage au jour, que la terre longtemps cachée s\u2019étonne de contempler le ciel; derrière nous s\u2019élèvent les murmures des âges à venir, le retentissement de la forge, le bruit des pas des agri- 130 LA REVUE DOMINICAINE culteurs rapportant les moissons dans leur domaine futur\u201d.4G Mais comment faire comprendre ces choses à notre jeunesse rurale, comment surtout convaincre de jeunes bacheliers pour qui l\u2019instruction doit avoir pour complément nécessaire l\u2019exercice d\u2019une profession, et qui croiraient se déshonorer, si, leurs classes terminées, ils remettaient les mains sur les \u201cmanchons\u201d de la charrue.Et les villes sont là, tout près, avec leurs séductions diverses : société policée, vie plus facile, plus agréable aussi, rémunération immédiate plus élevée, espérance d\u2019une fortune plus rapide; comment vaincre ces obstacles ou ces préjugés ?Discuter, c\u2019était perdre son temps; c\u2019est pourquoi Gérin-Lajoie leur propose simplement l\u2019histoire vraie \u201cd\u2019un jeune homme sans fortune, né dans une condition modeste, qui sut s\u2019élever par son mérite à l\u2019indépendance et aux premiers honneurs de son pays\u201d.47 Fils de cultivateur, Jean Rivard a commencé ses études classiques; tandis qu\u2019il fait sa rhétorique, son père meurt, ne lui laissant pour tout héritage qu\u2019une somme de cinquante louis.Va-t-il consacrer ses dernières ressources à terminer des études coûteuses, se rendre à Montréal et y entrer dans une carrière libérale ?Sera-t-il un de ces innombrables avocats sans causes, médecins sans clientèle, professeurs sans élèves qui pullulent dans nos villes ?Après un entretien avec son curé, l\u2019abbé Leblanc, il prend une résolution énergique, et c\u2019est la grande leçon qui se dégage de l\u2019œuvre : il ira bravement dans la forêt et se fera défricheur.Il se fixe dans les Cantons de l\u2019Est.Ce qui suit a tout le charme d\u2019une idylle.Immédiatement Jean Rivard se 46.\t\u2014Casgrain, loc.eit., p.532-33.47.\t\u2014Jean Rivard, préface. GÉRIN-LAJOIE 131 met à l\u2019œuvre avec un seul aide, et tous deux entreprennent la lutte contre la forêt géante, abattent les arbres, labourent le sol.Puis c\u2019est dans la forêt le long hiver canadien, où les deux vaillants pionniers charment leurs loisirs en lisant les œuvres créatrices d\u2019énergie et d\u2019idéal : l\u2019histoire de Napoléon, Robinson Crusoé, Don Quichotte; aux jours de tristesse, c\u2019est dans l\u2019Imitation qu\u2019ils cherchent le courage.Le printemps revient, la première moisson germe et les défricheurs reçoivent avec joie le premier salaire de leurs labeurs.L\u2019exploitation prospère.Jean Rivard est maintenant à la tête d\u2019une ferme.Grâce à lui le canton se peuple; une habitation plus spacieuse remplace la cabane primitive; des champs s\u2019ajoutent aux premiers champs, les cinquante louis sont devenus une petite fortune; un village surgit des profondeurs de la forêt; Jean Rivard en devient tour à tour major de milice, juge de paix, commissaire d\u2019écoles, maire; il est élu député du Canton de Bristol.Il vit heureux avec Louise Routier et ses nombreux enfants, entouré de l\u2019estime de ses concitoyens.En marge de cette histoire \u201cqui fera peut-être des incrédules\u201d, Gérin-Lajoie nous en conte une autre qui est triste.Gustave Charmenil \u2014 qui n\u2019est autre que Gérin-Lajoie \u2014 a fait un brillant cours d\u2019études.N\u2019ayant aucun goût prononcé pour le sacerdoce, il se propose d\u2019étudier le droit et il part pour Montréal.Timide, sans argent, sans amis, sans protecteurs, il y mène une vie bien dure.Il passe ses journées à chercher du travail \u201cqui l\u2019empêchera de mourir de faim\u201d et qu\u2019on lui refuse souvent.Les soucis, les inquiétudes affaiblissent sa santé.Le pauvre étudiant veut cependant faire connaissance avec la belle société de la ville et c\u2019est encore pour lui une source d\u2019humiliations et de souffrances.Il 132 LA REVUE DOMINICAINE lui faut s\u2019endetter pour s\u2019habiller convenablement et ne pas faire tache dans les salons.Il rêve de mariage, mais \u201cil n\u2019osait aimer parce qu\u2019il était trop pauvre\u201d.Devenu avocat, il attend patiemment, en faisant de la copie, de l\u2019enseignement et de la traduction, que les vieux praticiens montent sur le banc ou descendent dans les champs élysées.La fortune tardant à venir, il songe d\u2019une existence à la campagne.Mais ce rêve ne dure que ce que durent les rêves; et.c\u2019est en regrettant l\u2019erreur de sa jeunesse qu\u2019il écrit à Jean Rivard : \u201cO heureux, mille fois heureux, le fils du laboureur qui, satisfait du peu que la Providence lui a départi, s\u2019efforce de l\u2019accroître par son travail et son industrie, se marie, se voit revivre dans ses enfants, et passe ainsi des jours paisibles, exempts de tous les soucis de la vanité, sous les ailes de l\u2019amour et de la religion.Heureux l\u2019homme des champs, s\u2019il savait son bonheur ! \u201d 48 \u201cC\u2019est ainsi que Gérin-Lajoie a fait de la profession d\u2019agriculteur le plus bel éloge non seulement par le tableau persuasif des prospérités de Jean Rivard mais encore par le récit des déboires de Gustave Charmenil.La thèse de Jean Rivard ne pouvait que s\u2019en trouver singulièrement fortifiée, et Gérin-Lajoie avait assez d\u2019humilité pour prêter quelque chose de sa propre vie à cette cruelle démonstration\u201d.49 C\u2019est dans une longue promenade \u201cà l\u2019ombre des érables\u201d que Jean Rivard livra à notre auteur les secrets de son étonnante prospérité.Et c\u2019est la deuxième leçon qui découle de ce roman.Ces secrets \u201cqui peuvent être utiles, écrit un malin critique, à tous ceux qui prétendront vivre de la terre, sans parler des autres\u201d, pourraient se résumer ainsi : \u201cSe fixer un but accessible, 48.\t\u2014Jean Rivard, I, 73, 42, 76, 125, 162, 168, 133; II, 60; I, 46.49.\t\u2014C.Roy, loc.cit., p.127. GÉRIN-LAJOIE 133 dans les limites du réel, puis y tendre de toutes ses forces, sans dévier un seul instant de la route que l\u2019on s\u2019est tracé\u201d.50 Si on voulait détailler davantage, l\u2019on verrait que le premier et principal facteur du succès de Jean Rivard fut le travail intelligent, acharné, persévérant.\u201cPlus de dix heures par jour, dit-il, j\u2019étais là, debout, tourmentant le sol, abattant les arbres, semant, fauchant, récoltant, construisant, surveillant tout, dirigeant tout, comme un général qui pousse son armée à travers les obstacles et les dangers, visant sans cesse à la victoire\u201d.Arrêtons un instant, s\u2019écrie Gérin-Lajoie, devant cette merveilleuse puissance du travail.Qu\u2019avons-nous vu ?Un jeune homme doué, il est vrai, des plus belles qualités du cœur, du corps et de l\u2019esprit, mais dépourvu de toute autre ressource, seul, abandonné pour ainsi dire dans le monde, ne pouvant par lui-même rien produire ni pour sa propre subsistance ni pour celle d\u2019autrui.Nous l\u2019avons vu se frappant le front pour en faire jaillir une bonne pensée, quand Dieu touché de son courage lui dit : \u201cVois cette terre que j\u2019ai créée; elle renferme dans son sein des trésors ignorés; fais disparaître ces arbres qui en couvrent la surface; je te prêterai mon feu pour les réduire en cendres, mon soleil pour échauffer le sol et le féconder, mon eau pour l\u2019arroser, mon air pour faire circuler la vie dans les tiges de la semence\u201d.Le jeune homme obéit à cette voix et d\u2019abondantes moissons deviennent aussitôt la récompense de ses labeurs.O jeunes gens pleins de force et d\u2019intelligence, qui passez vos plus belles années dans l\u2019oisiveté, qui redoutez le travail comme l\u2019esclave redoute sa chaîne, vous ne 50.\u2014C.Ab der Halden, loc.cit., 166. 134 LA REVUE DOMINICAINE savez pas de quel bonheur vous êtes privés ! Cette inquiétude vague, ces ennuis, ces dégoûts qui vous obsèdent, cette tristesse insurmontable qui parfois vous accable, ces désirs insatiables de changements et de nouveautés, ces passions tyranniques qui vous rendent malheureux, tout cela disparaîtrait comme par enchantement sous l\u2019influence salutaire du travail.Il existe au-dedans de chaque homme un feu secret destiné à mettre en mouvement toute la machine qui compose son être; ce feu qui, comprimé au-dedans de l\u2019homme oisif, y exerce les ravages intérieurs les plus funestes et produit bientôt sa destruction totale, devient chez l\u2019homme actif et laborieux la source des plus beaux sentiments, le mobile des plus nobles actions.51 Il est un deuxième secret que je voudrais signaler et que Jean Rivard a passé sous silence par délicatesse.Epouser de bonne heure une femme intelligente, vaillante, collaboratrice de tous les instants.Louise Routier est le complément nécessaire de Jean Rivard.Comment évoquer cette douce et sympathique figure ! Je me la représente dans l\u2019attitude modeste que lui a donnée Gérin-Lajoie, revêtue d\u2019un costume \u201cd\u2019étoffe du pays\u201d, un châle brodé épinglé sur les épaules, la tête auréolée d\u2019un joli bonnet de dentelle, et montrant une figure épanouie, un peu rougeaude, mais réjouissante de santé, de calme et de satisfaction.Louise Routier est le type parfait de la femme canadienne dans ce qu\u2019elle a de plus aimable : charmante toujours et comme au jour de ses noces, un peu timide, qu\u2019un rien fait rougir, bienveillante pour tous, secourable aux pauvres, pieuse, industrieuse, économe.Sans doute, elle n\u2019avait pas l\u2019instruction que l\u2019on donne dans les villes, mais elle 51.\u2014Jean Rivard, II, 196: I.118-119. GÉRIN-LAJOIE 135 savait mettre de la gaieté à son foyer, de la belle humeur et de l\u2019entrain.Elle était capable de surveiller une maison jusque dans ses moindres détails; chez elle tout respirait l\u2019ordre et la propreté : les planchers étaient toujours si jaunes chez les Rivard qu\u2019on n\u2019osait les toucher du pied, et les petits rideaux de dentelle qui bordaient les fenêtres étaient toujours si blancs que les hommes n\u2019osaient fumer de peur de les ternir.Elle était levée tous les matins avant l\u2019aube; attentive à tout, elle allait du jardin à l\u2019étable, et de la maison au poulailler; elle excellait aux confitures et présidait à la lessive; elle régnait sur le fruitier, embaumé de la persistante odeur des pommes et sur l\u2019armoire au linge qui sentait bon la lavande et le sapin vert.Elle tenait compte de ses dépenses et avait l\u2019œil sur ses gens.Elle connaissait d\u2019admirables recettes, et, si quelqu\u2019un la surprenait dans sa cuisine, les bras enfarinés, en train de battre la pâte d\u2019une tarte, elle n\u2019en avait point de gêne et bavardait sans quitter sa besogne; il faisait bon dîner chez elle, ce qui n\u2019avait lieu d\u2019ailleurs qu\u2019aux anniversaires solennels, aux baptêmes, aux premières communions, et un peu plus souvent quand Jean devint député.Jamais on ne la trouvait oisive, étant persuadée que toutes les heures du jour sont à peine suffisantes au bon gouvernement du ménage.52 Aimables Canadiennes d\u2019aujourd\u2019hui, qui peut-être vous épouvantez des restrictions dont est menacé votre budget et qui bornez pour le moment vos projets de réforme à des lamentations et à des \u201cComment va-t-on faire\u201d, recevez cette leçon de votre aïeule; elle vous sera autrement profitable, si vous savez l\u2019entendre, que celle du plus expérimenté des économistes.52\u2014Jean Rivard, I, 57; II, 159, 222, 195, 196; I, 196, 174, 154; II.177.196.197.179.159. 136 LA REVUE DOMINICAINE * * * En terminant cette étude qu\u2019il aurait fallu faire plus longue pour donner aux idées de Gérin-Lajoie toute leur valeur et leur développement, je me rappelle ces paroles qu\u2019il écrivait au lendemain de la mort de l\u2019abbé Ferland, son ami, et qu\u2019on pourrait redire de lui en toute vérité : \u201cSon nom appartient désormais à l\u2019histoire; il sera vénéré par nos descendants comme celui d\u2019un homme de bien et d\u2019une de nos gloires les plus pures; si nous ne craignions de voir son ombre s\u2019élever contre nous, nous irions jusqu\u2019à dire qu\u2019il fut un grand homme; car il a été grand par le cœur, grand par l\u2019esprit, grand par les œuvres, grand par la conduite et le but noble et élevé de toute sa vie.Sa gloire n\u2019est entachée d\u2019aucune faute.Et en quoi consiste après tout la véritable grandeur, sinon dans l\u2019empire sur soi-même et dans le fidèle accomplissement du devoir.\u201d \u201cO regretté ami, puisse votre esprit si pur, si aimable ne pas disparaître entièrement du milieu de nous ! Puisse-t-il s\u2019infiltrer dans nos écrits, et diriger le cœur de tous ceux qui se croient appelés à la tâche difficile d\u2019instruire et d\u2019édifier leurs semblables par le travail de la pensée, afin qu\u2019ils puissent comme vous, en quittant la terre, se rendre le témoignage de n\u2019avoir jamais, par un mot de leur plume, blessé la pudeur, la justice ou la vérité\u201d.Père Albert-M.Mignault, O.P.Ottawa. VOEUX DE RELIGION SOUS LES MOTS II NOTION DU VŒU DE RELIGION On sait que tout vœu, de par sa nature même, appartient à cette haute vertu morale par laquelle nous rendons un culte à Dieu.Que faut-il donc entendre par ces vœux que l\u2019on désigne du nom spécial de vœux de religion ?Il faut dire d\u2019abord les différentes manières selon lesquelles nos actes peuvent appartenir à cette vertu.On comprendra ensuite comment, si tous les vœux s\u2019y rattachent, une catégorie spéciale peut en retenir officiellement le nom.Toutes nos œuvres n\u2019appartiennent pas au même titre à la vertu de religion.Il y a deux façons différentes de pratiquer cette grande vertu, sans doute toujours une dans son espèce.Par la première, on honore Dieu par des œuvres bonnes, à l\u2019exclusion des œuvres mauvaises; c\u2019est la religion commune, celle qui est imposée à toute âme chrétienne.Dans la seconde, Dieu est honoré par des œuvres meilleures, à l\u2019exclusion des moins parfaites; c\u2019est la religion du petit nombre, l\u2019objet des conseils.Cette division nous est fournie par le sens étymologique du terme lui-même.Saint Augustin rattache le mot religion au verbe latin religare; ré-unir, re-lier.Le mot \u201crelier\u201d exprime la reprise d\u2019un lien rompu.Pour nous, notre première dépendance, la seule véritable, est celle qui nous rapporte à Dieu.Nous avons vu en quelque sorte briser ces liens une première fois dans notre création.28 N\u2019existant jusqu\u2019alors que dans la pensée de 28.\u2014S.Thomas, Opuse.Cont.Impug, ch.1. 138 LA REVUE DOMINICAINE Dieu, nous sommes devenus une nature distincte.Une seconde séparation devait se produire, cette fois à notre détriment.Créatures raisonnables, nous restions unis à Dieu, par l\u2019esprit et par le cœur, dans l\u2019état d\u2019originelle innocence.Le péché nous a faits ennemis de Dieu.C\u2019est tout le travail de l\u2019homme sur la terre de réparer ces deux brisures.Et les œuvres appelées à le \u201créunir\u201d au Créateur sont les œuvres de \u201creligion\u201d.La rupture morale opérée par la faute est réparée par la foi du baptême et les œuvres d\u2019adoration et de pénitence.Tout chrétien doit rendre à Dieu ce culte de justice.C\u2019est la religion commune.La dépendance parfaite dans une fixation continue de la pensée et du désir ne peut être complètement rétablie en cette vie.Elle peut cependant y être commencée.Par la pratique des œuvres plus parfaites, l\u2019âme arrive à ne vivre plus que pour Dieu.C\u2019est la religion des conseils.Ces œuvres plus parfaites rendent à Dieu un cuite plus digne de son infinie Majesté, et donc, sont l\u2019objet d\u2019une vertu de religion plus excellente.On peut encore ajouter à la perfection du culte rendu à Dieu par ces œuvres plus parfaites en s\u2019y engageant par vœu.Le vœu ajoute à leur propre perfection, et surtout il attache à la moindre action toute la valeur de la vertu même de religion.On comprend qu\u2019il rende d\u2019abord plus parfait l\u2019acte voué.Le vœu est lui-même un bien conseillé.\u201cFaites des vœux,\u201d nous dit le Psalmiste.29 Celui qui accomplit par vœu une œuvre déjà conseillée répond donc dans un même acte à deux conseils divins.30 La perfection de l\u2019œuvre ainsi accomplie est double.3i Celle de la chose demeure : par exemple, l\u2019acte de continence absolue.Le vœu y ajoute sa propre excel- 29\u2014Ps.LXXV, 12.30.\t\u201411-11, q.88, a.6, Sed contra.31.\t\u2014S.Thomas, Opusc.Perf.de la vie spirit, ch.XV. VOEUX DE RELIGION 139 lence.Avec lui ce n\u2019est pas seulement l\u2019exercice de l\u2019acte qui est cédé, mais encore tout exercice à venir.L\u2019arbre est donné avec le fruit selon la belle comparaison de saint Anselme.En plus, le vœu fixe la volonté dans le bien.Cette ferme assiette de la volonté ajoute à la perfection de l\u2019acte.C\u2019est la même raison qui rend plus coupable l\u2019esprit plus obstiné dans sa faute.Sans doute, même après le vœu, la volonté peut encore trahir sa promesse.Mais l\u2019obligation demeure dans le bien voué.La volonté n\u2019a plus la liberté morale de ne pas accomplir ce qui auparavant n\u2019obligeait pas.C\u2019est la perfection du vœu d\u2019ajouter au don actuel et de l\u2019assurer pour l\u2019avenir.En second lieu, avons-nous dit, il donne à nos œuvres le mérite de la vertu de religion.Le vœu de par sa nature dit une ordination à Dieu.Il est essentiellement un acte de culte.Toute œuvre vouée s\u2019enrichit donc de la perfection de la plus haute des vertus morales.Sans doute, nous pouvons, sans le vœu, ordonner toutes nos actions au culte divin.Mais cette vertu d\u2019une ordination passagère, le vœu l\u2019attache à nos œuvres d\u2019une façon permanente.- Toute action accomplie par vœu appartient par le fait même à la vertu de religion.Le vœu donne cette plus grande perfection de l\u2019œuvre et son ordination habituelle à Dieu.32 ¥ Les vœux appelés proprement VOEUX de religion donnent aux œuvres de celui qui les prononce une perfection de cuite autrement plus grande encore.Avec eux non seulement on \u201cdévoue\u201d à Dieu certains actes, on est encore fait essentiellement soi-même \u201cun dévoué\u201d.Ce n\u2019est pas assez de rendre nos œuvres plus parfaites; les vœux de religion nous placent nous-mêmes dans un ETAT de perfection.Il y a, en effet, différentes manières de 32.-11-11, q.88, a.6. 140 LA REVUE DOMINICAINE s\u2019engager par vœu.On peut ne s\u2019obliger que pour un certain temps et à l\u2019endroit d\u2019une œuvre spéciale.C\u2019est le cas de celui qui voue un jeûne, un pèlerinage.On peut aussi s\u2019engager à accomplir tout ce qui est capable de conduire à la perfection de la charité et y établir d\u2019une façon permanente.Ceux qui vouent les trois conseils évangéliques s\u2019obligent de cette manière.Dans le premier cas, on ne perd pas toute sa liberté.Elle n\u2019est liée que temporairement et pour la seule œuvre promise.Mais le second engagement est définitif et absolu.Toute la liberté est alors sacrifiée.Les vœux de religion ont rendu dépendant d\u2019un maître celui qui les a prononcés.Un homme libre auparavant est devenu esclave; les yœux l\u2019ont placé dans un état nouveau.33 C\u2019est le sens de ce mot ETAT.Il désigne une différence de position selon laquelle quelqu\u2019un est placé, conformément à sa nature, avec une certaine permanence ou immobilité.Pour l\u2019homme, l\u2019état regarde l\u2019obligation de sa personne.Il se prend de sa raison de liberté ou de servitude.Il y a changement d\u2019état chez l\u2019esclave rendu à la liberté, comme chez l\u2019homme libre qui se fait esclave.34 C\u2019est le cas de celui qui, par les trois vœux de pauvreté, de chasteté et d\u2019obéissance, embrasse la vie religieuse.Son engagement est définitif ; désormais il appartient à la famille qui le reçoit.Il est absolu; les vœux l\u2019ont dépouillé des trois grands biens qui font l\u2019homme : des biens extérieurs qui entretiennent sa vie, des biens du mariage où il la communique, des biens de la volonté qui lui donnent sa valeur.Il a changé d\u2019état, puisqu\u2019il est devenu esclave, ou plutôt, puisqu\u2019il a recouvré une complète liberté.Il s\u2019est défait des trois liens qui attachent les hommes à la terre.Il a détruit la cupidité par le vœu de pauvreté, la concu- 33.\t\u2014S.Thomas, Opusc.Perf.de la vie spirit, ch.15.34.\t\u201411-11, q.183, a.1. VOEUX DE RELIGION 141 piscence de la cliair par celui de chasteté, le vœu d\u2019obéissance ruinera l\u2019orgueil de Pesprit.35 C\u2019est par cette liberté que son état est celui de la perfection, toute la perfection humaine consistant en ce que l\u2019esprit puisse vaquer aux choses de Dieu.36 Les trois vœux lui ont donné cette liberté; ils l\u2019ont réellement placé dans l\u2019ETAT DE PERFECTION.Les trois vœux énumérés suffisent à donner cet ETAT de vie parfaite, ainsi appelé parce qu\u2019il nous dispose à acquérir la perfection.Celui qui y entre ne s\u2019engage pas à être parfait, mais à tendre sans cesse à le devenir.L\u2019essentiel de cet état est de conduire à la perfection, de la créer finalement dans le sujet.37 Or, les trois vœux de pauvreté, de chasteté et d\u2019obéissance, qui ruinent les trois concupiscences, qui arrachent aux trois grandes sollicitudes du siècle, qui immolent à Dieu les trois vrais biens de l\u2019homme, donnent la liberté de vaquer aux choses de Dieu; ils suffisent à la fin proposée.Tous les autres vœux d\u2019actes intérieurs ou extérieurs que l\u2019on pourrait leur ajouter appartiendraient à leur propre fin, ou seraient déjà compris dans leur pratique.Tous les actes intérieurs de vertu appartiennent à cette perfection de la charité à laquelle sont ordonnés les trois vœux.La charité est la mère des autres vertus; \u201celle est bonne, elle est patiente.etc.\u201d.38 Ces actes ne constituent donc pas l\u2019état de perfection; iis en sont la fin.39 Pour les actes extérieurs ils sont compris dans les trois vœux.Certaines familles religieuses vouent des œuvres destinées à l\u2019entretien de la vie, comme le travail des mains, la mendicité.Tout cela se rapporte à la pauvreté qu\u2019ils observent en 35.\t\u201411-11, q.186, a.6.36.\t\u2014C.Gentes.L.III, ch.130.37.\t\u201411-11, q.186, a.2.38.\t\u20141 Cor.XIII, 4.39.\t-11-11, q.186, a.7, ad 1. 142 LA REVUE DOMINICAINE se procurant par divers moyens le nécessaire à la vie.Les veilles, les jeûnes, les autres pratiques de mortification que l\u2019on peut vouer ailleurs sont ordonnés au vœu de chasteté.L\u2019obéissance comprend les vœux de certains actes de la vie morale, comme la charité envers le prochain, la docilité aux directions de l\u2019Eglise.40 Tous ces vœux supplémentaires sont d\u2019excellentes pratiques.Ils ne sont pas essentiels à l\u2019état de perfection que les trois vœux énumérés suffisent à établir.Cet état implique quelque chose d\u2019extérieur.La liberté ou la servitude spirituelle qui donne l\u2019état de l\u2019homme peut être considérée sous un double aspect.On peut entendre par là ses dispositions intérieures; c\u2019est l\u2019état spirituel ou jugement de Dieu.On peut entendre encore sa condition extérieure.Il s\u2019agit alors de l\u2019état spirituel dans l\u2019Eglise.C\u2019est de cette dernière condition que nous parions ici.La dépendance du religieux doit être extérieure.Il faut donc un maître à qui l\u2019on doive obéissance.On n\u2019est pas esclave non plus par le seul fait de servir.Des hommes libres le font.Il faut encore l\u2019obligation, et l\u2019obligation actuelle, dans le service actuel aussi; il faut s\u2019être livré.C\u2019est la tradition de soi que comporte la profession religieuse.Et ici, ce maître dont on doit dépendre n\u2019est autre que le prélat qui nous a reçus au nom de sa famille.Cette famille est le corps dont on devient membre, où l\u2019on vivra sous une même règle commune.Mais c\u2019est à l\u2019Eglise qu\u2019il appartient de conduire les hommes à la perfection de la charité.Ces divers états de vie elle les juge.C\u2019est à elle encore que chaque membre doit répondre de son engagement propre.Il faut donc à cet acte une certaine solennité qui le rende extérieur, qui témoigne de notre changement d\u2019état de 40.\u2014Ib.ad 2. VOEUX DE RELIGION\t143 !i vie.On pourra, dans son cœur, être infidèle à cet engagement.Il faudra une renonciation aussi publique que la J ; promesse qui nous a liés pour n\u2019appartenir plus, devant l\u2019Eglise, à cet état de perfection.Par contre, si parfait que l\u2019on puisse être devant Dieu, sans cet engagement et 3 cette tradition de soi accomplis dans les conditions déter-'\u2022 minées par l\u2019Eglise, on n\u2019appartient pas à cet état s extérieur de vie parfaite.4i Cet état est appelé par antonomase I\u2019etat religieux, î Ce qui convient d\u2019une façon commune à plusieurs peut être ainsi attribué à celui qui le possède d\u2019une façon plus i ( excellente.La vertu qui garantit à l\u2019âme sa fermeté dans t \\ les choses les plus difficiles garde pour elle le nom de force.De même, on réserve le nom de tempérance à celle qui modère les plus grandes délectations.On parlera e de même de la religion.D\u2019une façon commune elle désigne ce que l\u2019on donne pour le culte et le service de Dieu.Ceux-là la pratiquent le plus excellemment possible qui, par les trois vœux de pauvreté, de chasteté et f d\u2019obéissance, se consacrent à Dieu dans cet état de vie religieuse tel qu\u2019il existe dans l\u2019Eglise.Ils ne peuvent rien offrir de meilleur à Dieu, ni le faire d\u2019une façon plus parfaite.Ce qu\u2019ils lui immolent c\u2019est leur propre personne, dans ce qu\u2019ils ont de plus noble et de plus élevé, et dans ce que Dieu n\u2019exigeait pas comme tribut de dépendance ou de gratitude.Et cette offrande est sans parcimonie, sans réticence, absolue, définitive.Le reli-3 gieux est de ces fidèles dont parlait saint Grégoire quand il disait : \u201cIl en est qui ne se réservent rien pour eux-mêmes, qui immolent au Dieu tout-puissant leur sens, 8 ; leur langue, leur vie et jusqu\u2019à la substance qu\u2019ils en ont g 1 reçue\u201d.Tout ce qu\u2019il est, tout ce que le religieux peut 41.\u201411-11, q.184, a.4. 144 LA REVUE DOMINICAINE être, il le teint du sang de son immolation.C'est le sacrifice d\u2019holocauste, sacrifice si agréable à Dieu dont il proclame, par une destruction complète, le domaine absolu.Et ce sacrifice ne s\u2019accomplit pas dans le secret.C\u2019est l\u2019offrande qui se consume devant le peuple et lui prêche ce qu\u2019elle représente, lui rappelle un Dieu puissant qu\u2019il doit craindre et vénérer.Les trois vœux de pauvreté, de chasteté et d\u2019obéissance qui ont fait cette immolation, qui ont constitué cet état de vie parfaite, qui ont ouvert cette école officielle où l\u2019Eglise entend enseigner la perfection, la faire reconnaître aux fidèles et proclamer devant tous les peuples qu\u2019elle est capable de rendre à Dieu le culte qu\u2019il attend de ses créatures, ces trois vœux peuvent justement retenir pour eux le nom de VOEUX DE RELIGION.P.RAyMOND-M.VoyER, O.P.Ottawa, 3 janvier 1925.des dev IA isp ::: toi a LE PROBLEME DE LA DESTINEE SIMPLES NOTES La raison laissée à elle-même et sans le secours des lumières de la Foi, n\u2019était pas incapable de nous donner des indications, à tout le moins probables, sur la destinée future de l\u2019homme après cette vie, même en dehors d\u2019un ordre surnaturel.A même de découvrir l\u2019existence de Dieu et l\u2019immortalité de l\u2019âme, entendant la voix de la conscience et témoin de l\u2019imperfection du système des récompenses et des châtiments dans le régime de cette vie, elle devait logiquement conclure : Que la destinée de l\u2019homme, dans l\u2019autre vie, serait conditionnée par ses mérites ou démérites en celle-ci.i -è : 1 ;«:\u2022 t ?ra 1 COîif -¦ ' y ili ; ^ mi j iel LE PROBLÈME DE LA DESTINEE 145 Elle n\u2019aurait peut-être pas pu déduire avec certitude Yéternité de la récompense ou du châtiment, mais elle aurait pu se rendre compte que, quelle qu\u2019elle fût, cette destinée serait \u201cdigne de l\u2019homme et digne de Dieu\u201d.Elle devait voir que la récompense requérait, de la part de l\u2019Auteur de toutes choses, la satisfaction de toutes les aspirations légitimes de la nature.Cela impliquait : une illumination, conférant à l\u2019homme toute la connaissance, et un bonheur, remplissant son cœur de toute la béatitude qu\u2019il lui était possible de rêver; de façon à ne laisser inassouvis aucun besoin, ni aucune aspiration légitime et rationnelle.Il était certainement destiné, de par sa nature, à une certaine possession de Dieu : c\u2019est-à-dire à connaître, de Lui, tout ce qu\u2019il était possible pour lui de concevoir de connaissable, \u2014 et de posséder, de Lui, tout ce qui pouvait en être désirable et dont il était susceptible, au point de vue purement humain.Il était toutefois réservé à la Révélation chrétienne de nous apprendre, qu\u2019outre cette satisfaction entière et absolue de toutes les demandes de la nature rationnelle, telles qu\u2019un Aristote ou un Platon, par exemple, eussent pu les concevoir, \u2014 la destinée future de l\u2019homme, de par un \u201ccaprice\u201d tout divin, devait en réalité, être si grande, si grande, que Dieu Lui-même n\u2019en eût pu concevoir et en réaliser de plus élevée.C\u2019est à savoir : d\u2019être plongé, abîmé au sein même de Dieu, et, absorbé dans l\u2019océan de la divinité, d\u2019y demeurer éternellement heureux de la béatitude divine elle-même, dont Dieu Lui-même est heureux, par la possession immédiate de l\u2019objet qui fait cette béatitude divine, à savoir Lui-même, vu et possédé face à face, et infusé dans l\u2019âme, selon la totalité de la capacité réceptive de celle-ci.\u201cTous tes abîmes, 146 LA REVUE DOMINICAINE ô mon Dieu, et toutes tes profondeurs se sont épanchés sur mon âme\u201d.(Ps.XLI, v.10).En d\u2019autres termes, non content de rassasier toutes les aspirations naturelles de notre âme, Dieu, après avoir créé en elle des capacités et des aptitudes nouvelles, par l\u2019infusion du don divinisant de la grâce, a décidé d\u2019assouvir encore toutes les aspirations surnaturelles, qu\u2019il avait Lui-même fait naître et créées en elle, en lui faisant part d\u2019un bonheur si grand, qu\u2019il est impossible à l\u2019homme même de le comprendre et qu\u2019il ne le connaîtra jamais que lorsqu\u2019il en fera l\u2019expérience personnelle et directe dans la vie éternelle de Dieu.Il est donc strictement et littéralement vrai, que, comme nous le dit saint Paul, \u201cl\u2019œil n\u2019a point vu, l\u2019oreille n\u2019a point entendu, et le cœur, dans ses aspirations même les plus folles et les plus démesurées, n\u2019a jamais même soupçonné la réalité des biens que Dieu tient en réserve pour ceux qui l\u2019aiment.\u201d (I Cor., II, v.9).Prodigieuse destinée, fabuleuse même, pouvons-nous dire; car en présence de tout ce qui passe la capacité de toute intelligence créée, la réaction inévitable semble devoir être l\u2019étonnement et le scepticisme.: .r laj É îit( pi par pou Il faut que Dieu nous aime d\u2019une étrange tendresse, pour s\u2019être ingénié de la sorte à nous accabler, à nous annihiler pour ainsi dire, des preuves et des inventions de son amour !.Mais alors, pourquoi ?Qu\u2019avons-nous donc fait, pour nous faire aimer de la sorte et où Dieu y trouve-t-il son compte ?Car enfin, il faut qu\u2019il en tire quelque chose, \u201cque cela le paie\u201d, si on veut bien nous pardonner ce vulgarisme.Bien sot à coup sûr et bien prétentieux est celui qui prétend assigner exactement le pourquoi des œuvres divines.Mais cependant, il n\u2019est ni sot ni téméraire de chercher à \u201cy voir quelque chose.\u201d Car, si nous ne saw LE PROBLÈME DE LA DESTINEE 147 pouvons pénétrer jusqu\u2019au fond de l\u2019abîme, nous pouvons cependant jeter un coup d\u2019œil au-delà de la rive et égarer notre regard dans les profondeurs.Serait-il trop hardi, par exemple, d\u2019affirmer qu\u2019un des motifs qui ont inspiré la divine miséricorde, c\u2019est, non l\u2019admiration, à coup sûr, (supposition par trop grotesque !) ni un amour aveugle comme celui des amoureux d\u2019ici-bas et qu\u2019une littérature putride s\u2019efforce habituellement d\u2019exalter à la hauteur d\u2019un mérite et d\u2019une vertu, (supposition qui serait blasphématoire) mais, au contraire, une infinie et miséricordieuse pitié.Rassasié et comme saturé de sa propre grandeur, Dieu jette un regard d\u2019infinie compassion sur l\u2019homme, la plus pauvre, la plus misérable des créatures rationnelles, et que la dégradation du péché a faite plus pitoyable et plus misérable encore.Et comme tout ce qui est divin est sans mesure, cette pitié atteint, de la part de Dieu, les proportions de la plus tumultueuse, de la plus \u201cpassionnée miséricorde\u201d, d\u2019une pitié qui ne peut se satisfaire que par les folies et les humiliations de l\u2019Incarnation et du Calvaire, \u2014 \u201cpour les payens insanité, pour les Juifs blasphème, mais pour nous, les élus de la foi et de la grâce, le triomphe de la puissance et de la sagesse divine\u201d, (I Cor., I, 23).Cela revient à dire que, par un paradoxe, auquel tout ce que nous connaissons de Dieu nous prépare, Il nous aime pour cela même et d\u2019autant plus, que nous sommes moins aimables et moins dignes de considération .En vérité \u201cil y a des conceptions divines aux conceptions humaines, la distance du ciel à la terre\u201d !.Mais encore, qu\u2019est-ce que Dieu y gagne ?Car enfin il faut qu\u2019il y gagne : sa divine sagesse y est intéressée ! Dieu, qu\u2019on nous passe la hardiesse, se doit à Lui-même d\u2019être raisonnable : il est nécessaire \u2014 qu\u2019on nous excuse 148 LA REVUE DOMINICAINE le vulgarisme, \u2014 que \u201ccela le paie\u201d.Autrement ce ne serait plus que ce que cela a déjà tant l\u2019air d\u2019être, à savoir déraison et absurdité !.Nul, sans doute, n\u2019aura de peine à comprendre que Dieu saura bien se compenser aux dépens de ceux qui se seront plu à frustrer sa miséricorde et à se jouer de sa pitié.L\u2019enfer est là !.Mais les sauvés, les rachetés, eux, ceux qui ont coûté si cher, un prix infini, \u2014 le sang d\u2019un Dieu !.Sup-posons-les transportés à demeure au sein de la divinité, qu\u2019est-ce que Dieu gagne à cela ?Une pure satisfaction sentimentale ?Il est trop absurde d\u2019attribuer sérieusement une telle satisfaction à la divinité, quoique non, sans doute, à la sainte humanité de Jésus.Eh bien ! même sur ce point, la raison ne demure pas nécessairement muette ! Dans le ciel, les élus, plongés en Dieu, l\u2019honorent, à chaque instant de l\u2019éternité, d\u2019un honneur adéquat à la capacité entière de leur nature : plus de défaillance, d\u2019imperfection, de tiédeur désormais ! Sans doute, leur hommage est limité, comme l\u2019est leur nature, même divinisée par la grâce; mais cependant qui ne voit qu\u2019à chaque instant la somme des \u201cintérêts\u201d que Dieu reçoit, s\u2019augmente et s\u2019accroît et cela indéfiniment et à toujours : de telle sorte \u201cqu\u2019à la fin de l\u2019éternité\u201d, si fin pouvait jamais être, Dieu se trouverait en possession d\u2019une somme accumulée d\u2019hommages, qui, par hypothèse, serait infinie, puisque accumulée pendant toute une éternité.Et donc Dieu n\u2019a pas tout perdu.A chaque instant il est sûr de rentrer partiellement dans ses fonds, il regagne les intérêts de sa miséricorde, \u201cses débours\u201d, pour employer le langage grossier du financialisme moderne.Il ne fait donc rien que de sage, de sensé et de digne de Lui.La miséricorde paie et la pitié ne perd point.y a sanj la ( la ] chat oui del trait LE PROBLÈME DE LA DESTINEE 149 Et l\u2019enfer ?direz-vous.Rien ne montre mieux la profondeur de l\u2019inconsciente fatuité humaine, que le fait qu\u2019il est relativement facile de persuader à l\u2019homme la doctrine du ciel, mais beaucoup plus difficile de lui faire accepter celle de l\u2019enfer.Digne du ciel, l\u2019homme se croit l\u2019être assez facilement : mais digne de l\u2019enfer, quelle horreur et quel scandale !.Mériter une récompense infinie et éternelle, pourquoi non ?Mais un châtiment infini ! Horreur ! Qui pourrait le croire ?N\u2019est-ce pas un outrage à la miséricorde nfinie ?Eh bien non ! Tout au contraire ! Il y a et il doit y avoir, un châtiment éternel, parce qu\u2019il y a une récompense infinie.Celui qui a la criminelle bêtise de mépriser celle-ci, mérite justement celui-là.Mais, s\u2019il y a un châtiment éternel parce qu\u2019il y a une récompense infinie, il y a, d\u2019autre part, une récompense infinie, parce qu\u2019il y a eu un Calvaire.L\u2019un et l\u2019autre ont pour gage le sang d\u2019un Dieu !.Quand on croit, comme c\u2019est le fondement même de la doctrine évangélique, qu\u2019un Dieu fait homme s\u2019est laissé martyriser de la façon abominable et inhumaine que nous connaissons, que le sang divin a été épanché, tout entier et jusqu\u2019à la dernière goutte, pour le bénéfice de la race humaine, quelle récompense, mais aussi quel châtiment, peut-on concevoir, autres que le ciel et l\u2019enfer, qui équivaille à un tel sacrifice ?Entre ces deux abîmes également insondables, celui de la justice et celui de la miséricorde divines, il y a un trait-d\u2019union : c\u2019est la Croix du Christ Rédempteur !.Celui que la doctrine de l\u2019enfer scandalise et révolte, n\u2019a jamais su \u201clire son crucifix !\u201d E.L.van Becelaere, O.P. LE PESSIMISME DANS LES LIVRES SAPIENTIAUX BABYLONIENS Le problème du mal, qui avait tant troublé le Job babylonien,i avait hanté aussi les auteurs des autres livres sapientiaux.Ce fut même leur principal sinon leur unique thème, du moins dans les écrits qu\u2019ils nous ont laissés.Evidemment, une vague de pessimisme avait passé chez eux.D\u2019où pouvait-elle donc venir ?De sentiments compliqués et subtils comme ceux de nos pessimistes littéraires ?ou d\u2019une idée métaphysique très profonde comme le vouloir-vivre de Schopenhauer ?La période est trop lointaine et les âmes trop primitives.D\u2019un tempérament énervé par le climat, comme celui des fakirs ?Mais le climat de la Mésopotamie, sauf les jours de grandes chaleurs ou de grands vents, est des plus sains, ayant produit des races robustes qui ont dominé l\u2019Orient pendant deux ou trois millénaires.Le tempérament sémite, très épris de la vie et des plaisirs, était moins que tout autre porté à la tristesse, aux idées noires.Leur religion n\u2019y disposait pas non plus, comme le bouddhisme tout entier écrasé par le problème du mal.En réalité, ce problème est de tous les temps, puisqu\u2019il surgit à chaque douleur.Il passe sans doute à l\u2019arrière-plan aux heures de foi enthousiaste, où tout semble lumineux, dans une confiance très vive en la bonté et la justice des dieux.Mais il revient très aigu aux heures de doute.Si rien n\u2019est sûr, à quoi bon la vertu, la piété ?A quoi bon la vie ?Et vienne la douleur, c\u2019est le dégoût, la révolte.Or, comme M.Langdon vient de le montrer, une vague de scepticisme passa sur Babylone vers la fin 1.\u2014Cf.Un Job babylonien, Revue Dominicaine, Janvier 1925. LE PESSIMISME DANS LES LIVRES 151 du neuvième siècle, pour durer jusqu\u2019à sa chute (439).Ce fut l\u2019origine de son pessimisme.Elle donna naissance à toute une littérature sapientielle où l\u2019on dut venger la religion, la vie même, contre l\u2019attaque des sages, un peu railleurs peut-être, mais certainement désenchantés, revenus de tout.De cette littérature, nous avons trouvé les livres suivants : le Job babylonien, que nous avons déjà étudié, le Poème du Juste Souffrant, le Dialogue du Pessimisme, le Livre bilingue des Proverbes, et le Livre babylonien des Proverbes.La récente édition de Langdon va nous permettre de les parcourir avec intérêt et plaisir.1 * * * A bien des égards, le Poème du Juste Souffrant est aussi important que le Job babylonien.Le thème est exactement le même : les souffrances d\u2019un juste accablé par la Providence.Dans le premier écrit, la plainte est plus amère, la révolte plus passionnée : sur les lèvres du patient, l\u2019auteur a mis les sarcasmes et les doutes du scepticisme courant, mais, \u2014 et c\u2019est ici que son poème se distingue du second, \u2014 pour faire de ce révolté un dévot fidèle et soumis.Cette conversion, dit M.Langdon, est la réponse directe aux attaques des impies, et l\u2019œuvre prend les allures d\u2019une Apologétique.Le héros s\u2019appelle Tabi-ontoul-Enlil (il est bon, le giron du dieu Enlil).D\u2019après quelques détails d\u2019une vision, il résidait à Nippour.Au premier abord, on avait cru qu\u2019il était roi, donc un Messie souffrant ! Mais pour se justifier, il apporte précisément son obéissance au prince : L\u2019adoration du roi était ma joie.sa majesté 1.\u2014Cf.Langdon, Babylonian Wisdom, Paris, Geuthner, 1923. 152 LA REVUE DOMINICAINE je l\u2019ai faite égale à celle d\u2019un dieu : au peuple j\u2019ai appris la crainte du palais.Il parle des pays dont il était gouverneur, des gens sous ses ordres.Ce n\u2019était pas un grand cheik du désert comme Job, mais un gouverneur ou un personnage influent de Nippour.Ce magnifique poème est connu depuis longtemps, et a donné naissance à une vaste littérature.De nouvelles recherches de M.Langdon ont apporté des restitutions et des compléments qui mettent en lumière le sens général et la marche des idées.Le poème se divise en quatre livres ou tablettes de 100-110 lignes.Nous suivrons de très près la traduction du P.Condamin 1 en tenant compte des données nouvelles de Langdon.Du premier livre, on n\u2019a pu reconstituer que huit lignes.Le titre ou peut-être le commencement de la première ligne portait : Je te louerai maître de la sagesse.Ce dieu était-il Mardouk qui lui apparaîtra dans une vision ?Mais dans le reste du poème, Nimeku ou sagesse désigne la science mystique des prêtres de l\u2019incantation et le pouvoir magique de la délivrance du péché, attribut d\u2019Ea Eridov.Les premières lignes devaient décrire la situation historique du patient, soumis comme Job à des épreuves imméritées.(Mes amis) dans l\u2019assemblée s\u2019approchent de moi, et abandonné de tous, je passe mes jours et mes années en lamentations.Le second livre est complet.Le patient s\u2019attaque à la justice divine.J\u2019ai atteint la limite normale de la vie, je l\u2019ai même franchie; je me suis retourné, et je ne vois partout que le mal : mon oppression a augmenté, je n\u2019ai pas trouvé mon droit.Et pourtant je suis juste : 1.\u2014Etudes, 1903, Vol.94, p.805-807. LE PESSIMISME DANS LES LIVRES 153 J\u2019invoquai mon dieu, il me cacha sa face; Je priai ma déesse, elle ne leva pas la tête; Le voyant par ses visions ne me révéla pas l\u2019avenir; Par un sacrifice le prêtre n\u2019établit pas mon droit.J\u2019évoquai les morts, ils ne m\u2019apprirent rien, Le conjureur avec ses rites ne m\u2019ôta pas mon sort; Est-iî donc vrai que la vertu est toujours couronnée ici-bas ?Mais on m\u2019a frappé comme un impie ! Comme si les libations au dieu je n\u2019avais pas offertes, Ni sur les mets sacrés invoqué ma déesse, Humilié ma face, connu la prostration ! Dont la bouche est close aux supplications, aux prières, Qui néglige le jour du dieu, diminue les sacrifices.Qui devient négligent, et méprise leurs ordres, N\u2019apprend pas à ses gens la crainte et le respect, N\u2019invoque pas son dieu, dont il mange les mets, Délaisse sa déesse sans remords, Qui grandit et oublie son maître, Qui prend en vain le nom de son dieu\u2014tel je paraissais! Et pourtant je fus toujours fidèle aux dieux et au roi ! Mais moi je m\u2019occupais de supplications, de prières; La prière était mon souci, et le sacrifice ma loi; Le jour du culte au dieu, faisait la joie de mon cœur; Lofête de ma déesse mon bien et ma richesse.Les hommages au roi étaient mon bonheur, Sa joyeuse fête, un plaisir pour moi.J9ai enseigné dans mon pays à observer le nom du dieu, A honorer le nom de la déesse j\u2019ai instruit mes gens, La majesté du roi j9ai faite égale à celle d\u2019un dieu; J\u2019ai demandé aux maîtres d\u2019enseigner la crainte du Je sons que pour un dieu cela est agréable.fpalais, 154 LA REVUE DOMINICAINE En moi je ne trouve donc pas de faute.Ne le sait-on jamais ?L\u2019esprit de l\u2019homme est faible.Ai-je percé le mystère de la sagesse divine ?Ce qui est bon en soi, pour le dieu c\u2019est un mal; Ce qui par soi est vil, aux yeux du dieu c\u2019est bon ! Qui sait la volonté des dieux qui sont au ciel ?Et leur obscur dessein, qui donc le saisit ?Comment seraient instruits des voies d\u2019un dieu les faibles hommes ?Connaît-on sa propre volonté ?L\u2019homme est un être essentiellement changeant; ses sentiments passent si vite d\u2019un extrême à l\u2019autre.L\u2019homme vivant le soir est mort le lendemain; Vite il est abattu, soudain il est brisé.Pour un instant, il chante au son de la musique, Et aussitôt il geint comme un pleureur; Comme du blanc au noir changent ses sentiments.Quand il est affamé, on dirait un cadavre; S'il est rassasié, il s\u2019égale à son dieu.Dans le bien-être il dit : je veux monter aux deux ! Dans la douleur, il songe à descendre aux enfers.Quel mystère ! La théologie traditionnelle, notre seule règle, et la prière et les rites orthodoxes, nos seuls moyens de salut, ne suffisent donc pas à éclairer l\u2019obscure volonté des dieux, puisque le saint lui-même ne peut échapper à la douleur.Le patient passe maintenant à une très longue description de ses tourments physiques.Le mal de tête et la fièvre, l\u2019ophtalmie et le frisson, le cécité et l\u2019apoplexie, la faim et la sciatique viennent tour à tour l\u2019accabler. LE PESSIMISME DANS LES LIVRES 155 Mes articulations sont rompues, disloquées, Mes membres sont brisés, ma peau.Sur ma couche je gis abattu comme un bœuf; Comme un mouton, je suis souillé de mes ordures.Où est mon espoir ?Je suis abandonné de dieu et des hommes ! Ma paralysie est incomprise du conjureur, Et les symptômes sont obscurs pour le voyant.Nul magicien n'a pu traiter ce cas de maladie.Et la fin de mon mal, nul voyant ne l'annonce.Aucun dieu ne m'a secouru, ne m\u2019a tendu la main; Nulle déesse n'a eu pitié de moi, n\u2019est venue près de moi, La tombe s'entrouvrait et saisissait mes joyaux; Avant que je sois mort, le deuil était fini.Tout mon pays s'est écrié : Il est perdu ! Mon ennemi l\u2019a entendu et sa face a brillé, La joyeuse nouvelle a réjoui son cœur.Cette plainte désespérée se termine par un cri d\u2019espoir tout à fait inattendu.Langdon traduit : Mais je connais le jour de la cessation de mes larmes, Un jour de grâce des esprits protecteurs, leur divinité aura pitié.C\u2019est donc un acte de foi en la bonté et la miséricorde divine ! Les génies protecteurs, toujours favorables à l\u2019homme, vont persuader le dieu de le rétablir dans la paix et la prospérité.Le patient se convertit, se rangeant bien humblement parmi les croyants; mais pour cela, il 156 LA REVUE DOMINICAINE reconnaît implicitement sa faute, puisque la douleur est toujours le châtiment du péché.Sa plainte a cessé, et c\u2019est maintenant l\u2019orthodoxie qui va parler par sa bouche.Dans le troisième livre, la théologie résout tout le problème au moyen d\u2019un songe.Tabi-ontoul-Enlil ne discutera pas avec Dieu lui-même, comme Job; mais il reconnaît bien humblement ses fautes, et Mardouk apparaît, et le purifie de toutes ses maladies : la prière et les rites ont donc été efficaces après tout ! L\u2019ouvrage s\u2019achève, au quatrième livre, par un hymne magnifique en l\u2019honneur de Mardouk pour défendre tout le système de la doctrine et du culte traditionnel.Le poème avait pris sa dernière forme à Babylone ; aussi l\u2019épilogue place-t-il en cette ville la scène du triomphe du patient.Les habitants célèbrent son retour par des fêtes, en acclamant la puissance de Mardouk qui a vaincu la coalition des démons.Le héros est reçu comme un revenant.Et lui-même commémore sa délivrance en offrant des sacrifices solennels à Mardouk dans son merveilleux temple.ÿ * * Le Dialogue du Pessimisme 1 n\u2019est connu en entier que depuis 1919, quelques strophes seulement ayant été publiées il y a 25 ans.C\u2019est une autre belle trouvaille de M.Ebeling.Trois copies nous donnent maintenant une tablette complète de 11 strophes et de 93 lignes.Suivant M.Langdon, le texte serait de l\u2019époque de Sargon 722-705; trouvé à Assour, il ne peut être postérieur aux derniers temps de l\u2019Empire d\u2019Assyrie, c\u2019est-à-dire au 1.\u2014Outre les traductions de Ebeling et de Langdon, il y a celle du P.Condamin, que nous avons suivie de très près.Cf.Rech.des Sciences Religieuses, 1921, p.138-140. LE PESSIMISME DANS LES LIVRES 157 septième siècle.Comme tant d\u2019écrits assyriens, il se donne pour une copie : Ecrit conforme à Vexemplaire ancien et révisé.Cet ancien exemplaire était presque certainement babylonien, comme l\u2019indique Vurne de Mar-douk (XI).C\u2019est un dialogue entre un maître et son esclave.Le premier aurait-il été roi ?Dans I et X, il parle de sa terre.Mais ailleurs il se présente plutôt comme un personnage riche et influent.Il y a une variante qui s\u2019obstine à écrire son titre à la première ligne de chaque strophe üu Bel, mais ailleurs elle écrit be-li, mon maître.\u201cPuisque cette version vient de Babylonie et représente la version plus ancienne, dit M.Langdon, le mot doit avoir un sens spécial qui est resté obscur.Le titre Bel, maître divin, suggère l\u2019époque du culte impérial et nous porte à supposer que le dialogue est basé sur un original de la période entre le XXVième et le XXIIième siècle, et contenait un dialogue entre un roi et un sage.Lorsque le dialogue parvint à sa forme actuelle au IXième siècle et fut adapté aux hommes en général, le caractère royal fut remplacé par celui d\u2019un citoyen influent, mais le vieux titre dans la phrase conventionnelle de la première ligne fut conservé.\u201d Le thème est celui du plus noir pessimisme, du désespoir absolu.Le maître d\u2019abord est aboulique ! Quoi de plus contraire à l\u2019optimiste ?A chaque strophe, il veut quelque chose, mais si faiblement que d\u2019avance il est presque gagné au scepticisme de l\u2019esclave.Celui-ci est un franc pessimiste, bien qu\u2019il semble discuter le pour et le contre.Quand son maître exprime un désir, il s\u2019empresse de l\u2019approuver, pour telle ou telle raison; et quand il se ravise, il l\u2019approuve encore, mais pour des raisons qui emportent tout. 158 LA REVUE DOMINICAINE Le pessimisme rencontre infailliblement les mêmes formules.Ainsi notre dialogue rappellera-t-il d\u2019intéressants parallèles.Par exemple, les célèbres dialogues de Leopardi, le poète pessimiste par excellence, le chantre le plus désespéré de l\u2019infélicité.Mais nous songerons surtout à l\u2019Ecclésiaste, car l\u2019auteur babylonien va montrer lui aussi, mais pour des raisons très différentes, la vanité de tout, vanitas vanitatum et omnia vanitas ! La vanité d\u2019abord de la faveur royale (I) objet de tant de convoitises et de tant d\u2019ambitions.Esclave écoute-moi \u2014 Voici, mon maître, voici, Vite, appelle le char et attèle, au palais je veux aller.( Va, mon maître, va) ; le roi te donnera.et ils seront à toi Il te.et te pardonnera.(Non, esclave, au) palais moi je n\u2019irai pas, (N\u2019y va pas) mon maître, n\u2019y va pas ! (Au pays sans retour) il t\u2019enverra, (Dans une terre inconnue) il te fera prendre, Jour et nuit, la misère il te fera voir.La vanité des festins où tant ont cru trouver la joie, ou du moins l\u2019oubli.(II).Esclave (écoute-) moi.\u2014 Voici, mon maître, voici ! (Va me chercher) de Veau pour mes mains; donne, je veux manger.(Mange) mon maître, mange; se mettre à table ouvre le cœur.A un (repas joyeux) pris avec des mains pures, Shamash assiste.Non, (esclave) moi je ne mangerai pas.Ne mange pas, mon maître, ne mange pas; Il arrive à l\u2019homme de rester sur sa faim et de garder sa soif. LE PESSIMISME DANS LES LIVRES 159 Le dernier vers est obscur.Littéralement : \u201cManger la faim et boire la soif arrive à l\u2019homme.\u201d Ebeling et Langdon ont forcé le sens quand ils ont traduit : \u201cAvoir faim (et) manger, avoir soif (et) boire est une servitude pour l\u2019homme\u201d.Il est bien vrai que les deux sont un servitude, puisque la douleur physique suit le festin, et la satiété tue le plaisir.Mais ce sens n\u2019est pas clair dans le texte, qui n\u2019a que deux fois un substantif avec un verbe.De plus, dit le P.Condamin, pour justifier la décision prise par le maître, l\u2019esclave doit expliquer qu\u2019il est bon ou admissible de ne pas manger.N\u2019est-il pas sage parfois de rester sur sa faim ?La raison elle-même conseille la sobriété.Vanité de la vie nomade (III).La plus curieuse du pessimisme ! Le plus aigri de nos penseurs, le plus désabusé de nos poètes n\u2019aurait jamais songé à s\u2019en prendre à elle.N\u2019aurait-il pas été le premier à y être pris ?La magie du désert ! Vastes solitudes, horizons nouveaux, air pur, irrespiré, liberté farouche ! Les tribus qui ont habité le désert ne veulent plus le quitter.Notre auteur le connaissait puisqu\u2019il envahissait son pays de toutes parts.N\u2019aurait-il pas senti son appel ?Esclave, écoute-moi.\u2014 Voici, mon maître, voici.Vite, prépare mon char, attèle, à la plaine je veux aller.Va, mon maître, va ! Du fugitif, le camp est plein, Le chien de chasse brisera les os, Le hahur rapide trouvera so nid, .Vonagre agile.Non, esclave, je n\u2019irai pas dans la plaine, Ne va pas, mon maître, ne vas pas ! Le fugitif a changé d\u2019idée, Du chien de chasse, on brisera les dents, Du huhur, son nid est dans le mur, De l\u2019onagre, le désert est la demeure. 160 LA REVUE DOMINICAINE La strophe suivante (IV) est difficile.Peut-être le copiste a-t-il confondu les textes.Il s\u2019agit d\u2019abord de la vanité de construire une maison.Bâtis, mon maître, bâtis.Mais le maître expose un projet de vengeance.La.du mauvais tyran, je accomplirai, Mon ennemi je lierai et rapidement enchaînerai, J'attendrait mon adversaire, Oui, attends, mon maître, attends, mon maître.Puis il revient au projet de la maison.Non, esclave, je ne bâtirai pas une maison, Ne bâtis pas, mon maître, ne bâtis pas.Qui honore Sin détruit la maison paternelle.D\u2019après un texte de Sargon, le mois consacré à Sin est appelé le mois de la brique, à cause de la fabrication des briques et de la construction des maisons.\u201cDonc qui honore Sin en construisant une maison pendant le mois consacré à ce dieu, celui-là détruit la maison paternelle qu\u2019il abandonne pour une autre demeure\u201d.(Condamin).La vanité des révoltes (Ebeling, Langdon) ou des taxes (Condamin).La dernière opinion est préférable.\u201cSi tu n\u2019imposes point de taxe, ton pot restera vide; et qui te donnerait de quoi remplir ton ventre ?N\u2019impose pas, mon maître, n\u2019impose pas.Le châtiment cependant serait plutôt d\u2019un rebelle : (Celui qui se révolte) est tué ou maltraité ou aveuglé ou saisi ou jeté en prison.Vanité du pardon et de la patience (VI).Sur la parole de mon ennemi je veux me taire.Ne te tais pas, mon maître : si tu n\u2019ouvres pas la bouche (ton ennemi se réjouira).Vanité de l\u2019amour (VII).N\u2019est-elle pas de rigueur? LE PESSIMISME DANS LES LIVRES 161 Esclave, écoute-moi.\u2014 Voici, mon maître, voici ! Je veux aimer une femme.\u2014 Oui, aime, mon maître, aime.L\u2019homme qui aime une femme oublie la douleur et le chagrin.Non, esclave, je n\u2019aimerai pas une femme.N\u2019aime pas, mon maître, n\u2019aime pas.La femme est un puits, une fosse profonde; La femme est un poignard de fer tranchant qui coupe la gorge de l\u2019homme.L\u2019Ecclésiaste parle à peu près dans les mêmes termes (VII, 20) : \u201cEt j\u2019ai trouvé la femme plus amère que la mort, parce qu\u2019elle est un piège et que son cœur est un filet et ses mains, des liens.Celui qui est agréable à Dieu lui échappera, mais un pécheur y sera pris.\u201d Vanité des rites et des sacrifices.(VIII).Esclave, écoute-moi.\u2014 Voici, mon maître, voici ! Va me chercher de l\u2019eau pour les mains, donne, je veux offrir un sacrifce à mon dieu.Offre, mon maître, offre : l\u2019homme qui offre un sacrifice à son dieu a le cœur content; Il fait emprunt sur emprunt.Non, esclave, je n\u2019offrirai pas de sacrifice à mon dieu.N\u2019en offre pas, mon maître, n\u2019en offre pas : Tu donneras une leçon au dieu; il te suivra comme un chien.Soit qu\u2019il désire de toi parsi, soit qu\u2019il désire la tashal ou toute autre chose.Dans le dernier vers il s\u2019agit probablement d\u2019une forme spéciale d\u2019offrande ou de sacrifice.Impossible d\u2019être plus sceptique.Nos impies modernes ne trou- 162 LA REVUE DOMINICAINE veraient pas mieux ! Les sacrifices, même offerts selon le rite orthodoxe, sont vains, parce qu\u2019ils supposent que les dieux dépendent du service de l\u2019homme dans le culte : courent-ils après la faveur de l\u2019homme comme des chiens ?Dans le Poème du Juste Souffrant, l\u2019efficacité des sacrifices est niée aussi, mais pas avec ce ton impie.Vanité des cadeaux et des bienfaits (IX et X).Je veux fournir des vivres à mon pays.\u2014 Oui, fournis, mon maître, fournis : Celui qui fournit des vivres à son pays voit son orge abonder.N\u2019en fournis pas, mon maître, n\u2019en fournis pas : Si ton orge est absorbée par une créance, on diminuera l\u2019orge (à distribuer) et pour cela (les gens) te maudiront.Je veux faire du bien à mon pays.Oui, fais, mon maître, fais.ce bienfait est mis dans l\u2019urne du dieu Mardouk.N\u2019en fais point, mon maître : Monte sur les hauteurs et parcours les habitations (des hommes) ; considère le crâne des petits et des grands : Quel est le malfaiteur ?quel est le bienfaiteur ?Ils sont confondus dans le même sort.Après l\u2019impiété, l\u2019indifférence morale ! Les bons et les méchants mêlés et confondus dans une même condition humaine rappelle un tableau analogue où l\u2019Ecclésiaste décrit l\u2019inutilité de l\u2019ambition (IX, 2) : \u201cIl y a pour tous un même sort, pour le juste et pour l\u2019impie, pour le bon (et pour le méchant), pour le pur et l\u2019impur, et pour celui qui sacrifie et pour celui qui ne sacrifie pas.Comme il en est du bon, ainsi en est-il du pécheur; il en est du jureur comme de celui qui révère le serment.\u201d Mais l\u2019hagiographe s\u2019en rapporte finalement à la Providence dont les voies sont impénétrables; l\u2019esclave reste dans l\u2019indifférence.Vanité de la vie (XI).C\u2019est la solution de l\u2019énigme ! Esclave, écoute-moi.\u2014 Voici, mon maître, voici.\u2014 Alors qu\u2019y a-t-il de bon ?\u2014 Nous rompre le cou à l\u2019un et à LE PESSIMISME DANS LES LIVRES 163 Vautre, nous jeter dans le fleuve, voilà qui est bon.Quel est le petit qui est monté au ciel ?Quel est le grand qui a épuisé (les biens) de la terre ?C\u2019est la conclusion logique de son scepticisme : la vie est un don embarrassant du ciel; le bonheur n\u2019est que dans la mort.Le maître le concède, mais que le serviteur, pour prouver sa sincérité accepte le premier la mort.Non, esclave, je te tuerai et je t\u2019enverrai au-devant de moi.Et l\u2019esclave de répondre, mais avec une cruelle ironie : tu m\u2019auras vite rejoint, la vie est si brève ! Puisse mon maître vivre trois jours après moi ! C\u2019est le désespoir absolu ! Tout est vain, puisque tout est éphémère.Job s\u2019en est pris lui aussi à l\u2019existence (III, 20-22) : \u201cPourquoi donner la lumière aux malheureux, et la vie à ceux dont l\u2019âme est remplie d\u2019amertume, qui espèrent la mort, et la mort ne vient pas, et qui la cherchent plus ardemment que les trésors, qui sont heureux.quand ils ont trouvé le tombeau.\u201d Même plainte dans l\u2019Ecclésiaste, mais sur la vie in abstracto : dans la réalité, elle vaut mieux que la mort et le tombeau (IX, 4) : \u201cPour tous les vivants, il y a de l\u2019espérance, car un chien vivant vaut mieux qu\u2019un lion mort.\u201d ^ Ÿ ^ ILe Livre bilingue des Proverbes, appelé ainsi parce qu\u2019il est rédigé en sumérien et en assyrien, fait partie d\u2019une littérature plus considérable, car on a trouvé d\u2019autres fragments de même nature dans la bibliothèque d\u2019Ashourbanipal.Le début de recueil manque aussi bien que la fin.Toutefois, l\u2019un des fragments a conservé un épilogue où nous lisons : L\u2019Ecriture est la mère des orateurs et le père des hommes instruits.Le but de ces sentences serait donc purement spéculatif : de petites 164 LA REVUE DOMINICAINE dissertations sur la vie, la religion et la morale.Elles représentent la littérature spéculative de la Babylonie, et c\u2019est pour cela qu\u2019elles furent rédigées en sumérien, puis traduites en assyrien.Plus probablement elles viennent d\u2019un original babylonien, comme la presque totalité de la littérature assyrienne, et dans ce cas, elles remonteraient peut-être jusqu\u2019à la première dynastie babylonienne.(XXe siècle).Leur pessimisme est moins absolu que celui du dialogue précédent.Ce n\u2019est plus d\u2019abord la même indifférence morale.Quelques sentences sont très élevées.Le mal tu ne feras point et tu amasseras un trésor étemel.D\u2019autres sont inspirées par la prudence humaine.Le cadeau du roi fait un bon échanson, c\u2019est-à-dire que la libéralité assure un bon service.L\u2019amitié est d\u2019un jour mais la postérité est éternelle.Le paresseux, s\u2019il va dans une autre ville, en devient le chef; personne n\u2019est prophète en son propre pays ! Ces aphorismes sont moins bien frappés que les dictons populaires dont leur littérature abonde.Dans une lettre d\u2019Esarhaddon ?par exemple on dit : Si le chien du potier tombe dans le four, il hurle au cœur du potier : celui qui est pris dans un imbroglio doit s\u2019adresser à celui qui l\u2019a causé.Une femme à la porte du juge \u2014 sa parole l\u2019emporte sur celle de son mari : le juge lui-même n\u2019échappe pas à certains charmes.La foi de l\u2019auteur aussi est plus orthodoxe.Quand leurs dieux se retirent au désert (à cause de leur impiété), dans la maison en ruines entre la lamentation, et l\u2019occupant est mauvais.Le sage n\u2019atteint plus la vieillesse.L\u2019ouvrier habile et l\u2019artisan auquel le patron a tout confié, à lui vient la faim et ce qu\u2019il a de mieux est emporté.Cependant, il ne croit pas aux augures : Un oiseau parle, son oracle est proclamé et son corps est divisé.Ni aux LE PESSIMISME DANS LES LIVRES 165 devins, car si le roi fait un bon échanson, il fait aussi un prophète favorable ! Enfin, un anneau (annulette) ne donne pas protection ! Le gros mystère, c\u2019est la souffrance ! L\u2019homme doit vivre à la sueur de son front, tandis que la nature est si fertile : Un marais garde-t-il le prix de ses roseaux, ou un champ celui de sa végétation ?Mais l\u2019homme fort vit du prix de son travail, et le faible de celui de ses enfants.La vertu lui profite peu : Il est parfaitement bon et cependant vêtu de guenilles.Frappe-t-on la face d\u2019un bœuf qui marche ?Mais moi, qui avance sur mes genoux, et dont les pieds sont inlassables, un homme sans jugement me poursuit.Je suis sa bête de somme, attelé avec un mulet, tirant le char, portant le joug pour chercher le foin et le fourra,ge.La vie, en somme, n\u2019est qu\u2019une ombre ! Elle ne dure que trois jours : La journée d\u2019avant-hier est disparue, ou au plus trois mois, comme une chaise que tu as façonnée avec soin au mois de Tebet (9ième mois) et que tu rejettes à la fin de l\u2019année.* * * Dans le Livre babylonien des Proverbes, l\u2019atmosphère a changé : au lieu de principes dissolvants, de graves exhortations de la plus haute portée morale.L\u2019optimisme donc comme dans tant d\u2019autres passages où l\u2019éthique babylonienne se révèle parmi les plus pures et les plus élevées des religions anciennes.Sois sérieux et très discret dans tes paroles, comme un homme sage et modeste, afin de glorifier ton conseil.Alors, on pourra se fier à toi, et tes paroles seront estimées.Le mal tu ne diras point, mais le bien. 166 LA REVUE DOMINICAINE La charité tu observeras, donnant à manger et à boire.le secours et la miséricorde.sans accabler ta servante, ou réclamer dans l\u2019adversité.La courtisane, tu ne marieras pas, elle qui a eu plusieurs maris.Dans ta douleur, elle ne te consolera pas; dans tes querelles, elle te couvrira de ridicule.La crainte de Dieu et l\u2019humilité, elle les ignore.Son mari ne pourra prospérer.Du prince, tu es toujours le sujet.Garde son sceau.entre dans son trésor, mais sans méditer le vol, qui plus tard sera certainement découvert et puni.La piété surtout sera ton principal souci.Chaque jour rends des hommages à ton dieu : Sacrifice, prière, digne encens.Devant ton dieu, aie un cœur pur : C\u2019est là ce qui convient à la divinité ! La supplication, la prière et la prostration, Tu les lui rendras chaque matin et il t\u2019accordera des trésors.Et en abondance tu réussiras grâce au dieu ! Dans ton intelligence regarde sur la tablette : La crainte enfante la bienveillance, Le sacrifice augmente la vie, Et la prière délivre du péché ! Celui qui craint les dieux ne criera pas.Celui qui craint les Anounnakis allongera (sa vie) / Bienveillance des dieux, longue vie, délivrance du péché, \u2014 fruits de la piété, \u2014 que faut-il de plus \u201cpour que tout aille pour le mieux dans le meilleur des mondes?\u201d Ces maximes se présentent comme des exhortations d\u2019un père à son fils.Le recueil est probablement très ancien.Dans un fragment assyrien publié par Ebeling LE PESSIMISME DANS LES LIVRES 167 et qui contient peut-être le prologue de l\u2019ouvrage, on fait allusion à Outa-napishtim, le héros du Déluge.Zimmern en conclut que ce Livre des Proverbes était regardé comme une série d\u2019instructions données par le Noé babylonien à ses fils après le Déluge.Dans une autre tablette, traduite par Langdon, le même personnage semble parler à son fils.Dans ce cas le livre remonte certainement au XXe siècle.* * * Les causes précises de ce scepticisme nous échappent, et peut-être pour toujours.Il est si difficile de pénétrer dans Fâme d\u2019un individu, combien plus dans celle d\u2019un peuple.Celui-ci était très religieux, avec des idées claires sur ses devoirs envers les dieux et les hommes, et sur le péché racheté par la prière et les rites sacrés.Mais, après quinze ou vingt siècles, \u2014 la civilisation babylonienne remonte au moins jusqu\u2019au quatrième millénaire, \u2014 leur religion était usée, et les âmes lasses.Et les malheurs du temps, à partir du neuvième siècle, les guerres continuelles, avec leurs massacres et leurs ruines, avaient contribué aussi à tout assombrir.Père D.Laferriere, O.P.Ottawa, le 2 février 1925.LA DOGMATIQUE ACTUELLE DES JUIFS Il n\u2019est pas intérêt ni utilité de connaître avec exactitude l\u2019ensemble des croyances juives à notre époque.Le prêtre trouverait dans cette connaissance la possibilité d\u2019éclairer à l\u2019occasion les âmes de bonne foi et de bonne volonté qui se rencontrent sans doute parmi les Israélites.Tel est le motif qui nous a déterminé à entreprendre un bref examen des principaux points dans 168 LA REVUE DOMINICAINE lesquels se résume la dogmatique des Juifs à l\u2019heure présente.La source où nous puisons nos informations est un court manuel d\u2019enseignement religieux, espèce de catéchisme à l\u2019usage de l\u2019enfance et de la jeunesse israélite, rédigé en anglais par un M.M.Friedlander, et ayant pour titre: \u201cText-book of the Jewish Religion.\u201d Le livre a donc une autorité presque officielle.Il ne représente, il est vrai, que les idées des Juifs les plus orthodoxes.Mais quoique ceux-ci, par tradition, soient sans doute les plus intransigeants dans leur opposition au Christianisme, la fermeté de leurs principes, leur croyance au surnaturel les rapprochent de nous, et nous permettent de les rencontrer sur un terrain commun, qui pourrait dans l\u2019occurrence devenir un terrain d\u2019entente.* * * Le manuel en question nous apprend que la dogmatique orthodoxe du Judaïsme actuel se range sous treize articles fondamentaux, appelés aussi par les docteurs d\u2019Israël principes ou articles de foi.Tout d\u2019abord les Juifs orthodoxes doivent entendre le mot de foi, foi religieuse, foi divine, dans le même sens que nous.C\u2019est la croyance en la parole de Dieu.Une doctrine est de foi lorsqu\u2019elle a été certainement affirmée par Dieu.Or, pour savoir si une doctrine est certainement révélée par Dieu, les Juifs n\u2019ont que la Bible, et une interprétation purement humaine de celle-ci.Ils n\u2019ont plus de prophètes, ils en conviennent, Ma-lachie, appelé par eux-mêmes le dernier des prophètes, vivait au moins quatre siècles avant l\u2019ère chrétienne.Par conséquent il y a plus de deux mille ans que les affirmations de la synagogue concernant la tradition ancienne, et son interprétation du texte biblique ne reposent LA DOGMATIQUE ACTUELLE DES JUIFS 169 plus sur l\u2019autorité divine.Seuls les textes de la Bible d\u2019une clarté évidente, et dont le sens ne pout être contesté, fournissent aux Israélites la certitude de la parole de Dieu nécessaire pour motiver un acte de Foi véritable.En dehors de là, c\u2019est en vain qu\u2019ils emploieront la formule de l\u2019acte de foi: \u201cJe crois fermement que.\u201d Leur acte ne s\u2019élèvera pas au-dessus d\u2019un acte de foi humaine.Il s\u2019appuyera peut-être sur l\u2019autorité de docteurs révérés.Mais ceux-ci ne furent que des hommes.Ils ne furent pas des prophètes inspirés de Dieu.Leur interprétation de l\u2019Ecriture et de la tradition n\u2019est pas infaillible.Elle est incapable de fournir une pleine certitude telle qu\u2019il la faut pour étayer un véritable acte de Foi.Or, parmi les articles fondamentaux de la croyance juive tous ne réalisent pas la condition essentielle que nous venons d\u2019esquisser.Quelques-uns la réalisent parce qu\u2019ils sont manifestement contenus dans la Bible.D\u2019autres au contraire sont affirmés gratuitement, ou du moins sans être certainement garantis par la parole de Dieu.On n\u2019a donc pas le droit de les placer sur le même rang que les premiers.Mais à la base d\u2019une Religion qui est en principe entièrement révélée par Dieu, ils en compromettent gravement la solidité, ils ne peuvent qu\u2019en faire un édifice croulant.Ces prétendus principes sont précisément ceux sur lesquels les docteurs juifs s\u2019appuyent pour repousser et condamner le Christianisme, et pour s\u2019immobiliser sur le terrain de l\u2019ancienne alliance.Conformément à notre but nous ferons des dits articles la matière à peu près exclusive de la discussion qui va suivre.Nous ne voyons aucune utilité à nous arrêter à ceux qui sont incontestablement empruntés à 170 LA REVUE DOMINICAINE l\u2019enseignement de la Bible; tels ceux qui ont trait à l\u2019existence et à l\u2019unité du Dieu créateur, et à ses principaux attributs.Ils n\u2019appartiennent pas spécifiquement à la dogmatique juive de l\u2019époque contemporaine.Le Christianisme les revendique au même titre comme partie essentielle ou intégrante de sa doctrine.Nous les passerons donc sous silence ou peu s\u2019en faut, pour nous arrêter aux autres articles qui appartiennent en propre à la religion judaïque, et qui, par opposition au Christianisme, la spécifient.La premier qui s\u2019offre à nous avec ce caractère est le septième dans l\u2019énumération que nous en donne l\u2019auteur du manuel.* * * Il est conçu en ces termes : \u201cJe crois fermement que la prophétie de Moïse fut une prophétie dans le sens le plus vrai du mot; et qu\u2019il est le chef de tous les prophètes, avant et après lui.\u201d Cet article se compose de deux parties, de deux affirmations distinctes.La première est indubitable à en croire les témoignages de la Bible.Rien ne s\u2019oppose à ce qu\u2019on professe de la croire fermement comme un véritable article de foi.Mais il n\u2019en est plus de même de la seconde.Entendue comme elle l\u2019est dans la pensée des Juifs, elle est dénuée de toute preuve biblique.Le texte que l\u2019on cite pour l\u2019appuyer ne prouve rien.Il déclare simplement que Moïse occupa pour un temps une place à part parmi les prophètes, et que jusqu\u2019à l\u2019époque où le livre du Deutéronome fut achevé, nul autre prophète ne l\u2019égala.Le texte auquel on nous renvoie, se lit dans les dernières lignes du Deutéronome.En voici la teneur exacte: \u201cEt il ne se leva plus de prophète comme Moïse, qui LA DOGMATIQUE ACTUELLE DES JUIFS 171 connût Dieu face à face, qui opérât des prodiges pareils à ceux qu\u2019il eut la mission d\u2019opérer dans la terre d\u2019Egypte, sur le Pharaon et ses serviteurs, et sur tout le pays; qui déployât une puissance et fît voir des merveilles semblables à celles que Moïse manifesta en présence d\u2019Israël\u201d.Ces paroles furent probablement écrites peu de temps après la mort de Moïse.Mais alors même que, conformément à la thèse de la critique rationaliste, elles ne dateraient (ainsi que tout le Deutéronome) que de l\u2019époque du roi Josias, on n\u2019en peut rien tirer pour prétendre que nul prophète égal ou supérieur ne devait se lever dans les siècles suivants.Au reste un long passage du même Deutéronome (Deut.XVIII, 15-19) annonça et promit aux Israélites la venue dans les siècles futurs d\u2019un prophète qui ne le céderait pas à Moïse.Serait-ce la prophétie dont parle l\u2019auteur du manuel: \u201cJe crois fermement que la prophétie de Moïse fut une prophétie dans le vrai sens du mot\u201d?Quoi qu\u2019il en soit, les Juifs ne sauraient ignorer cette prédiction que les apologistes chrétiens leur mirent si souvent devant les yeux, à commencer par le Prince des Apôtres (Act.IIL 22), haranguant les Israélites, (viri Israelitæ), de la porte du temple.Voici les termes de ce passage célèbre qui a dû faire réfléchir bien des Juifs dans le courant des siècles.C\u2019est Moïse qui parle, s\u2019adressant aux Hébreux: \u201cLe Seigneur ton Dieu te suscitera de ta race un prophète comme moi; tu l\u2019écouteras.C\u2019est ce que tu as demandé au Seigneur ton Dieu sur l\u2019Horeb ; quand l\u2019assemblée s\u2019est réunie et que tu as dit: que je n\u2019entende plus la voix du Seigneur, et que je ne voie plus ce grand feu, de peur que je ne meure.Et le Seigneur me dit: Ils 172 LA REVUE DOMINICAINE ont bien parié en tout ce qu\u2019ils ont dit.Je leur susciterai du milieu de leurs frères un prophète semblable à toi.Je mettrai mes paroles dans sa bouche et il dira tout ce que je lui prescrirai.Mais si quelqu\u2019un ne veut pas écouter les paroles qu\u2019il proférera en mon nom, c\u2019est moi qui en tirerai vengeance.\u201d La solennité de cette promesse, et l\u2019événement qui en fut l\u2019occasion, à savoir la promulgation de la Loi sur le Sinaï, démontrent la grandeur du Prophète ainsi annoncé.Il s\u2019agit évidemment d\u2019un Prophète plus grand que Moïse, car il parlera directement au lieu du Seigneur, il proclamera Lui aussi la Loi divine, qui en passant par sa bouche deviendra une loi de confiance et d\u2019amour et non plus une loi d\u2019épouvante.Quel était ce Prophète sinon le Messie ?C\u2019est ce que saint Pierre affirmait, et ce que les Juifs ses contemporains et ses auditeurs ne songeaient nullement à contester.Lui, le pêcheur de Galilée, peu de temps après le départ de son Maître, il déroulait devant le peuple une vue magnifique du plan divin: \u201cViendront les temps du suprême bonheur, par la présence du Seigneur.il enverra celui qui vous a été prêché, Jésus-Christ.Celui-ci a été reçu dans le Ciel jusqu\u2019aux temps de la restauration de toute chose dont Dieu a parlé par la bouche de ses Saints les prophètes pendant des siècles.Moïse en effet a dit etc.Et tous les Prophètes à partir de Samuel annoncèrent les jours présents\u201d.Et il ajoutait, s\u2019adressant aux Israélites qui l\u2019entendaient: \u201cC\u2019est vous les fils des prophètes, et de l\u2019alliance contractée par Dieu avec nos pères, quand il disait à Abraham: En ta descendance toutes les familles de la terre seront bénies.C\u2019est pour vous en premier lieu que Dieu a suscité son Fils et l\u2019a envoyé vous bénissant.\u201d LA DOGMATIQUE ACTUELLE DES JUIFS 173 Telle était l\u2019idée que l\u2019on se formait aux premiers temps du Christianisme, dans le monde israélite lui-même, du Messie promis et attendu.Il était la fin de la Loi, l\u2019objet principal des promesses faites aux Patriarches, des bénédictions prononcés par eux sur leurs fils, de presque toutes les prophéties.Les Juifs modernes semblent avoir répudié cet idéal en plaçant le Messie au-dessous de Moïse.Nous reviendrons sur la place qu\u2019occupe le Messie dans la dogmatique des Juifs contemporains, quand nous examinerons l\u2019article relatif à l\u2019attente de sa venue.Quoi qu\u2019il en soit, leur croyance en Moïse comme chef de tous les prophètes avant et après lui, sans en excepter le Messie, manque certainement de fondement dans la Révélation divine, et ils ne font pas un acte de Foi, quand ils disent et font dire à leurs enfants: \u201cJe crois fermement que Moïse est le chef des prophètes avant et après lui\u201d.Ils ne formulent qu\u2019une opinion humaine.En exaltant Moïse à ce degré les docteurs juifs préparent leur neuvième article, par lequel ils affirment l\u2019immutabilité de la Loi mosaïque.Il leur faut que le Messie lui-même n\u2019y puisse rien changer.* * * Ce neuvième article est formulé dans les termes suivants : \u201cJe crois fermement que la Torah (la Loi de Moïse) ne sera jamais changée : que nulle autre loi ne sera révélée par le Créateur.\u201d Cette croyance de nouveau ne peut être un article de Foi divine pour les Juifs; la raison que nous ne cesserons d\u2019apporter, a ici toute sa valeur.La dite croyance n\u2019est pas révélée par Dieu.Les textes bibliques dont 174 LA REVUE DOMINICAINE on essaye de l\u2019appuyer ne sont pas ad rem.On nous dit que les prophètes exhortaient les Israélites à rester fidèles à la Loi.Rien n\u2019est plus vrai.Cela prouve que de leur temps, presque cinq siècles avant Jésus-Christ, la Loi n\u2019avait pas encore été changée, qu\u2019elle subsistait encore dans sa forme strictement mosaïque.Le devoir des Israélites à cette époque était de l\u2019observer fidèlement; celui des envoyés de Dieu était de le leur rappeler.Il ne s\u2019ensuit nullement que Dieu s\u2019était interdit de la modifier, en l\u2019adaptant à un ordre de choses meilleur.Les textes qu\u2019ajoute l\u2019auteur du Text-Book sont encore moins convaincants s\u2019il est possible.Ils ne se réfèrent pas à la question.\u201cL\u2019immutabilité de la Loi, écrit-il, devait servir de critérium à la véracité des prophètes.Celui qui enseignerait quelque chose de contraire à la Loi serait un faux prophète, en dépit des merveilles qu\u2019il pourrait être capable d\u2019opérer, \u2014 Et tu le lapideras : quyil meure parce qu\u2019il a cherché à te détourner du Seigneur ton Dieu\u201d (Deut.XIII, 11).La dernière phrase seule est une citation textuelle, et les mots qui la terminent en délimitent la portée.Il suffit de parcourir le contexte pour s\u2019assurer avec la dernière évidence que le faux prophète visé n\u2019était pas celui qui, au nom et par l\u2019autorité de Dieu apporterait des modifications à la Loi de Moïse, mais celui qui \u201cte dira: allons et suivons des dieux étrangers.\u201d Il ne s\u2019agit que de cela dans le passage cité.Le chapitre entier dont il est tiré a trait au péché d\u2019idolâtrie, et il édicte les châtiments les plus rigoureux contre quiconque s\u2019en rendrait coupable, et surtout tenterait d\u2019y entraîner autrui.Mais on ne saurait l\u2019invoquer pour prouver que nul prophète ne serait jamais suscité de Dieu avec la LA DOGMATIQUE ACTUELLE DES JUIFS 175 mission d\u2019introduire des changements et des perfectionnements dans la Loi.Au reste, à la lumière des faits, l\u2019on doit reconnaître que la Loi a été profondément changée pratiquement dans Israël.La constitution religieuse qu\u2019elle avait donnée au peuple hébreu n\u2019est plus la même aujourd\u2019hui qu\u2019elle fut dans le principe.De tous ses traits les plus essentiels et les plus obligatoires presque tout vestige a disparu.Elle comportait nécessairement un Tabernacle ou un Temple, un Autel, des sacrifices sanglants, des lévites, des prêtres, un pontife, des prophètes.De tout cela il ne reste rien.La synagogue qui autrefois n\u2019était qu\u2019une salle de réunion où s\u2019assemblaient les Juifs d\u2019une localité, a pris la place du Temple.Le rabbin qui n\u2019est ni un prêtre, ni un lévite, est devenu le ministre du culte israélite.C\u2019est son titre officiel.Tous les sacrifices ont été abandonnés.Pourrait-on les reprendre alors même que l\u2019on réédifierait le Temple et l\u2019Autel (ce qui ne paraît pas impossible) ?Car retrouverait-on un seul descendant certainement authentique de la famille d\u2019Aaron, pour en faire un prêtre ou un pontife ?Il n\u2019y a rien dans la Loi de si positivement affirmé que la nécessité pour les prêtres de descendre d\u2019Aaron et de Lévi.Dieu seul par une révélation positive aurait pu ou pourrait changer cela.Mais alors la Loi de Moïse serait changée, contrairement à l\u2019article de la croyance israélite dont nous nous occupons.Elle le serait bien davantage, si la race d\u2019Aaron étant entièrement éteinte, une autorité humaine prétendait établir en dehors d\u2019elle un autre sacerdoce.La religion juive est une religion essentiellement surnaturelle.Entièrement révélée par Dieu, elle fut maintenue par Dieu, j\u2019oserais dire à coup de miracles, 176 LA REVUE DOMINICAINE moyennant des interventions répétées et périodiques.Dès lors l\u2019abstention complète de Jéhovah pendant une si longue suite de siècles n\u2019est-elle pas significative ?Il se renferma dans le silence le plus absolu, il n\u2019envoya plus ni prophète ni thaumaturge pour instruire et guider son peuple dans les circonstances les plus critiques de son histoire.Lui qui est le souverain maître des événements, il ne fit rien pour conserver la Loi, et pour empêcher que son observation devînt totalement impossible.Une telle conduite de Dieu, comparée à celle qu\u2019il avait tenue dans les siècles antérieurs n\u2019indique-t-elle pas que depuis bien longtemps il se désintéresse de la Torah, qu\u2019il l\u2019a sinon révoquée et abrogée, du moins changée en une loi meilleure et définitive: qu\u2019il conclut une nouvelle alliance, dicta un nouveau Testament en faveur de la portion de son peuple qui entendit sa voix et la porta aux autres peuples de la terre ?D\u2019ailleurs, nous aussi les Chrétiens, nous admettons dans un sens la permanence de la Loi.Ce n\u2019est pas pour rien que Jésus lui-même disait: \u201cJe ne suis pas venu pour abolir la Loi, mais pour l\u2019accomplir\u201d.Une partie de la Loi, la partie rituelle exprimait une promesse et une espérance.Ce n\u2019est que dans un sens très impropre mettre fin à une promesse, et détruire une espérance que de les remplir et les réaliser.Quant à sa partie strictement théologale et morale, la Loi Ancienne reçue et promulguée par Moïse, est immuable.Le christianisme ne tenta jamais d\u2019en rien abroger; il se contenta dans certains cas de l\u2019adapter aux circonstances de temps et de lieu.En définitive, l\u2019immutabilité absolue de la Loi mosaïque, s\u2019étendant à ses dispositions cérémonielles, ou d\u2019ordre purement national, n\u2019est révélée nulle part.Son LA DOGMATIQUE ACTUELLE DES JUIFS 177 affirmation même pour les Juifs ne saurait être un acte de foi divine, c\u2019est-à-dire motivé par la parole de Dieu.Elle exprime une opinion humaine, nationale, et rien de plus.* * * Le 12e article du Credo judaïque auquel nous pas-sans, offre un intérêt spécial: \u201cJe crois fermement que l\u2019Oint (le Messie), viendra.Bien qu\u2019il tarde à venir, j\u2019attends néanmoins chaque jour sa venue.\u201d L\u2019auteur du Text-Book, voulant expliquer cet article et introduire le Messie, débute par un préambule magnifique.Mais après l\u2019avoir lu, on n\u2019est pas peu déçu et surpris de découvrir dans les éclaircissements qui suivent, que le Messie occupe une place extrêmement réduite dans la religion d\u2019Israël.Traduisons le dit préambule.\u201cLes Israélites furent choisis de Dieu pour être un royaume de prêtres, et une nation sainte (Ex.XIX, 6).En tant que royaume de prêtres, ils avaient à répandre la connaissance et le culte de Dieu; en tant que nation sainte, ils devaient être pour tous les peuples un exemple de vertu et de justice.La Palestine leur fut donnée en héritage, et Sion ou Jérusalem fut leur centre religieux.\u2018'Car de Sion sortira l\u2019enseignement et de Jérusalem la parole du Seigneur.\u201d Ce prologue, dans ce qu\u2019il ait, aura le plein assentiment des Chrétiens.Mais dans ce qu\u2019il ne dit pas, il accuse une profonde divergence d\u2019avec la pensée chrétienne.La mission qu\u2019il assigne à Israël, et dont il prépare l\u2019attribution au Messie, est d\u2019ordre purement temporel.S\u2019il parle du culte de Dieu, de la vertu et de la justice, il ne s\u2019agit encore que de la terre et du temps.Un Chrétien qui aurait composé cette entrée en matière, 178 LA REVUE DOMINICAINE aurait écrit : \u201cIsraël fut choisi de Dieu pour recevoir et conserver le dépôt de la promesse suprême que le Créateur avait daigné faire à la race humaine; celle du Salut, de la vie éternelle, du Ciel.Il avait la mission d\u2019en assurer l\u2019accomplissement en donnant naissance à l\u2019Envoyé divin, au Messie, à Celui qui ouvrirait ou rouvrirait les portes du Ciel fermées à l\u2019humanité par le péché, etc.\u201d Le Text-book, interprète de la pensée des Juifs à notre époque, au lieu de s\u2019élever à ces hauteurs, se cantonne dans les limites d\u2019un nationalisme étroit, se disposant à devenir conquérant, pour faire régner dans le monde, prétend-il, toutes les vertus humaines, de manière à changer notre globe en un nouveau paradis terrestre.\u201cLes péchés d\u2019Israël, continue l\u2019auteur du manuel, ont amené la perte de son indépendance comme nation, de son pays, de son centre national et religieux.\u201d Cette humble confession des péchés d\u2019Israël ne manque pas de pathétique, et on ne peut guère se défendre d\u2019en être touché.Mais elle ne précise pas le genre de péchés qui attira sur Israël un châtiment si rigoureux et si prolongé.Ce ne fut pas le péché d\u2019infidélité et d\u2019apostasie, comme dans les temps anciens.Jamais dans toute leur histoire les Juifs ne se montrèrent aussi farouchement attachés au Dieu de leurs pères qu\u2019à l\u2019époque où la ruine totale s\u2019abattit sur eux.D\u2019autre part, châtier un coupable pour des péchés qu\u2019il ne connaît pas, et ne peut connaître, semble peu conciliable avec la justice divine.Or, Dieu n\u2019envoya pas de prophète à Israël pour lui dire quel était son péché, de quoi il devait se repentir et se convertir.Pourquoi ?Ne serait-ce pas parce que les faits parlèrent assez clairement ?En effet, si les Juifs, quand parut Jésus de Nazareth, l\u2019avaient reconnu comme leur Messie, un Messie pacifique, le fondateur d\u2019un royaume purement spirituel, du LA DOGMATIQUE ACTUELLE DES JUIFS 179 royaume de la vérité religieuse, du royaume des Cieux, ils ne se seraient pas mis peu après à la suite de faux messies, hommes violents, qui les entraînèrent à des luttes inégales contre les Romains, d\u2019où résulta la destruction du Temple et de la cité.Jérusalem et la Judée se seraient trouvées le centre de la religion mondiale qu\u2019est le Christianisme.Le peuple Juif, malgré l\u2019évolution de sa religion, aurait conservé sa nationalité plus ou moins indépendante, jusqu\u2019au jour où le Christianisme étant victorieux, comme il devait l\u2019être, Israël se serait trouvé en possession d\u2019une prépondérance pacifique et glorieuse sur le monde entier.Tel est le sort qui lui fut offert, une destinée qui aurait dépassé de très haut ses espérances les plus ambitieuses et les plus légitimes.Au lieu de cela, par la faute de ses princes, de ses prêtres, des représentants attitrés de la nation, ce fut à brève échéance la destruction complète, la dispersion, l\u2019exil en masse.Châtiment au sens propre du mot, ou pure calamité, ce sort fut incontestablement la conséquence logique du refus officiel des Juifs de reconnaître et d\u2019accepter Jésus comme leur Messie.Au point de vue purement national, ce fut une faute irréparable, la perte d\u2019une occasion qui se représentera peut-être, mais ce sera vers la fin des temps.Ces considérations sont de nature à inspirer aux Israélites la pensée que leur conduite envers Jésus, fut le péché dont ils ne craignent pas de s\u2019accuser, et qui, pensent-ils, attira sur eux les malheurs qui ont pesé sur leur nation.Cela étant, ils devraient craindre de commettre un acte d\u2019impénitence et d\u2019endurcissement, dans ce péché, en niant implicitement dans un prétendu article de foi, que Jésus soit le Messie.De cela ils ne peuvent être sûrs d\u2019une certitude de foi.Cela n\u2019est point révélé par Dieu. 180 LA REVUE DOMINICAINE Le vrai article de foi pour eux sur ce sujet serait celui-ci : \u201cJe crois fermement à la venue du Messie; je l\u2019attends tous les jours, s\u2019il n\u2019est pas encore venu; et s\u2019il était venu, si c\u2019était Jésus, le Fils de Marie, le Christ des Chrétiens, je serais disposé à croire en lui.\u201d Il est consolant de penser que, sollicité par la grâce divine, un tel acte, ou son équivalent, répond à un état d\u2019âme assez commun parmi les Israélites, et devient pour eux le germe du salut éternel.Nous ne pouvons que le souhaiter.(à suivre) A.Mercier, O.P.LE SENS DES FAITS Résolutions de centenaire L\u2019année du sixième centenaire de la canonisation de saint Thomas, marqué en tout pays par d\u2019éclatantes manifestations à l\u2019honneur du Docteur Commun de l\u2019Eglise, sera bientôt terminée.Pour que ce grand jubilé ait un lendemain efficace, il convient que tous les maîtres de l\u2019enseignement au Canada prennent à leur tour les suivantes résolutions, extraites de la \u201cSemaine Religieuse\u201d de Paris: 1 I.\u2014Que toutes nos écoles catholiques primaires, secondaires et supérieures, qui ont accepté joyeusement et sincèrement le patronage de saint Thomas d\u2019Aquin que leur ont donné les Souverains Pontifes Léon XIII et Pie XI, fêtent désormais le 7 mars, consacré à la mémoire du Saint Docteur.\u201cQue ce jour-là, selon l\u2019ordre de Pie XI, soit un jour férié pour les élèves et célébré non seulement par une messe solennelle, mais encore \u2014 du moins dans les séminaires et les noviciats \u2014 par une discussion de philosophie ou de théologie.\u201d 1.\u2014Citation des \u201cNouvelles Religieuses\u201d du 15 décembre 1924. LE SENS DES FAITS 181 (!-\u2022 % m ¦me» n.| .etir ine J II.\t\u2014Depuis Léon XIII, les Universités catholiques, les Séminaires diocésains, les Noviciats et Scolasticats religieux ont compris la réelle portée des documents pontificaux en vue d\u2019une restauration intégrale de la Doctrine de saint Thomas parmi les membres du clergé.La Somme est redevenue, par l\u2019ordre des Souverains Pontifes, le manuel de nos Facultés et de nos Séminaires.Que le Code de Droit Canonique, dans lequel \u201cla méthode, la doctrine, les principes du Docteur Angélique reçoivent une consécration sans réserves\u201d, aide les maîtres et les étudiants à y demeurer toujours fidèles.III.\t\u2014Il serait à souhaiter, selon la belle pensée de Mgr Legendre, doyen de la faculté de théologie dans l\u2019Université catholique d\u2019Angers, \u201cque tout prêtre ait dans sa chambre un autel pour y poser la Bible et la Somme au-dessous du Crucifix qui les résume toutes deux.C\u2019est là que, en adorant et en priant le Christ dont elles lui révèlent les grandeurs, il trouverait moyen d\u2019entretenir le feu perpétuel de sa foi et de sa science\u201d.IV.\t\u2014Saint Thomas est un maître excellent de spiritualité.\u201cSans doute, dans ses écrits, il se sert de la méthode scolastique; mais de cette rude écorce, pour peu qu\u2019on s\u2019y applique, jaillissent et la lumière qui rassure l\u2019esprit et l\u2019onction qui réconforte, encourage et console le cœur.\u201d Il serait désirable que les âmes religieuses qui s\u2019engagent dans les voies mystiques ou les chrétiens qui aspirent à une vie intérieure parfaite se mettent sous la conduite du saint Docteur.\u201cSa doctrine est la pierre de touche au contact de laquelle se révèle la valeur où éclate la fausseté d\u2019un enseignement prétendu mystique.Les sages qui ont suivi la voie royale de ses enseignements sont demeurés dans la vérité; les téméraires qui s\u2019en sont écartés, souvent ont fait fausse route et n\u2019ont pas abouti\u201d.V.\t\u2014Que tous les chrétiens qui assistent aux saints du Très Saint Sacrement, lorsqu\u2019ils lisent dans leur paroissien ou qu\u2019ils chantent les hymnes composées par saint Thomas, s\u2019efforcent de s\u2019inspirer des sentiments de foi, d\u2019humilité, d\u2019amour qui animaient \u201cle Poète de l\u2019Eucharistie\u201d.V.-\u2014La Somme de saint Thomas longtemps négligée, délaissée, méconnue dans certains milieux intellectuels, semble en ce moment tenir une place de tout premier rang dans la curiosité sympathique d\u2019une élite chaque jour plus nombreuse.Puissent ceux qui ont reçu la mission de gouverner les peuples, de légiférer pour eux, ainsi que ceux qui, dans les temps troublés que nous traversons, veulent éclairer les foules, consulter saint Thomas d\u2019Aquin.Us verront que les principes énoncés par lui sur le droit, le devoir, la loi, la vie sociale demeurent toujours actuels et plus féconds que jamais; ils éclairent d\u2019un jour singulier le dédale souvent obscur des questions de l\u2019heure présente.Nouvel évêque dominicain Le 4 mai dernier, la Sacrée Congrégation de la Propagande érigeait en Vicariat Apostolique la mission que 182 LA REVUE DOMINICAINE les Dominicains de Belgique ont à charge au Congo depuis treize ans.Par décret en date des derniers jours de novembre, le T.R.P.Constant-Robert Lagae est désigné comme premier Vicaire Apostolique.Robert Lagae naquit dans une petite localité de la Flandre belge, à Heule-lez-Coutrai, le 22 novembre 1882.Entré dans l\u2019Ordre des Frères-Prêcheurs en septembre 1902, il s\u2019appela Frère Constant.L\u2019onction sacerdotale lui fut donnée à Louvain, le 21 septembre 1907.Le 15 juillet 1910, il terminait brillamment ses études en conquérant le grade de docteur en théologie.Au moment de son arrivée au Congo, en 1913, la Mission dominicaine ne comptait que deux ans d\u2019existence.A peine avait-on eu le temps de s\u2019établir.On sait, ou on devine quelles difficultés s\u2019opposent à l\u2019établissement d\u2019une mission au cœur de l\u2019Afrique.Le Révérend Père Lagae accomplit de son mieux les multiples besognes qui sollicitèrent son activité.Il prit une part considérable à la fondation et à l\u2019organisation de plusieurs grands postes.Sa belle largeur d\u2019esprit le rendit toujours attentif à seconder les heureuses initiatives.Faut-il conclure qu\u2019il déserta, pour autant, le travail intellectuel ?Outre de nombreuses \u201cnouvelles\u201d destinées aux pieux lecteurs de nos annales catholiques, notre missionnaire écrivit près de vingt articles, qu\u2019accueillirent avec bonheur \u201cLes Missions Dominicaines\u201d, \u201cCongo\u201d, \u201cAnthropos\u201d,.: documents d\u2019ethnographie, de missio-logie, et d\u2019histoire des religions.Son travail de plus grande envergure consista dans l\u2019élaboration de la grammaire et du dictionnaire Zande, la principale des langues en usage dans la partie nord-est du Congo belge et la partie sud du Soudan égyptien.Le résultat de ce travail forme la matière de trois volumes in-8, appartenant à la \u201cBibliothèque Congo\u201d.Le premier volume contient, lu LE SENS DES FAITS 183 après une longue introduction historico-géographique due au regretté P.Vincent Van den Plas, O.P., la grammaire Zande, des exercices, et un choix de légendes.Le deuxième volume constitue le dictionnaire Zande-Fran-çais; il fut composé avec le concours du P.Vincent Van den Plas.Le troisième volume, qui sera le dictionnaire Zande-F'rançais, sortira de presse dans peu de temps.Inutile d\u2019ajouter que ce travail, entièrement neuf, résulta de très longues et difficiles recherches; il valut à ses auteurs les félicitations du gouvernement belge; il est appelé à rendre d\u2019inappréciables services aux mis-sionnaires, aux agents, aux colons, pour qui la connaissance du Zande forme un indispensable instrument.Monseigneur Lagae compte à peine quarante-deux ans.Les onze ans qu\u2019il vécut au Congo belge sont loin de l\u2019avoir épuisé.Que la grâce divine continue à l\u2019assister, nous pouvons être certains que le nouvel évêque dominicain contribuera pour une large part à l\u2019extension de la sainte Eglise en Afrique.P.Bonhomme, O.P.Louvain, 25 janvier 1925.Dans l\u2019Ordre \u2014S.E.le Cardinal Früwirth, O.P., a été nommé Grand Pénitencier de la Sainte Eglise en remplacement de S.E.le cardinal Giorgi, décédé.\u2014Le R.P.Joachim-Joseph Berthier est mort à Fribourg, le 21 décembre dernier, à l\u2019âge de 77 ans.Théologien, archéologue et artiste, sa signature faisait autorité dans le monde intellectuel ou savant.Peu connu en France, parce qu\u2019il a surtout vécu à Rome et à Fribourg, il avait cependant reçu, quelques semaines avant sa mort, la décoration de la Légion d\u2019honneur.De son 184 LA REVUE DOMINICAINE côté, le gouvernement italien lui confia en 1907 la restauration de Fégîise Sainte-Sabine à Rome.Ses principaux ouvrages sont: La Minerve \u2014 Sainte-Sabine \u2014 U œuvre du P.Besson \u2014 Traduction de la Divine Comédie \u2014 Le tombeau de S.Dominique \u2014 Etude de la Somme Théologique \u2014 Sanctus Thomas, Doctor Communis.Ce dernier ouvrage a reçu une consécration officielle du fait de la proclamation de saint Thomas comme Docteur Commun de l\u2019Eglise.\u2014Le panégyrique de saint Thomas sera donné le 7 mars à Ottawa par M.le chanoine Emile Chartier, vice-recteur de l\u2019Université de Montréal.\u2014Le R.P.Truclel prêchera la neuvaine de saint François-Xavier à la Basilique de Québec.\u2014Les Stations Quadragésimales de St-Pierre de Lewiston, de Ste Anne de Fall-River et de St-Jean-Baptiste d\u2019Ottawa sont prêchées respectivement par les RR.PP.Rosaire Miville, Jourdain Mathieu et Antonio Lamarche.\u2014Le R.P.Louis Trudeau prêchera la retraite des universitaires de Québec, et le R.P.Ceslas Forest, celle de Montréal.\u2014Le T.R.P.Rosaire Miville a été nommé Président de ia Maison Vicariale de Lewiston en remplacement du T.R.P.Paul-Arsène Roy.\u2014Le R.P.Gilles Roy a été assigné comme vicaire et maître de chapelle à Ste Anne de Fall-River.\u2014Le R.P.Henri Martin a été institué premier curé de 1a nouvelle paroisse Saint-Dominique à Québec.\u2014La dernière livraison du \u201cCanada-Français\u201d nous offre, à côté d\u2019une série d\u2019articles variés autant qu\u2019instructifs, une étude de peu d\u2019étendue, mais de parfaite solidité sur l\u2019enseignement thomiste et les strictes exigences de l\u2019autorité pontificale à ce sujet. LE SENS DES FAITS 185 \u2014Sa Grandeur Mgr Raymond-Marie Rouleau, O.P., est de retour de son premier voyage ad limina comme évêque de Valleyfield.\u2014Le R.P.Jean Bacon a été assigné à la Maison Vicariale de Québec, et le R.P.Paul-A.Roy, au Couvent de St-Hyacinthe.\u2014Nous apprenons qu\u2019au cours d\u2019une prédication en dehors de Paris, le T.R.P.Janvier a contracté une pneumonie qui l\u2019a forcé de s\u2019aliter durant trois semaines.La santé du T.R.Père s\u2019en trouve altérée au point qu\u2019il a cru devoir refuser l\u2019invitation de S.G.Mgr Mundelein de porter la parole au Congrès eucharistique de Chicago.Espérons que la détente physique aura raison de ces fâcheux reliquats de maladie, si l\u2019on y joint les prières émues de tant d\u2019amis qui lui restent dévoués, de tant d\u2019âmes que sa parole a confirmées dans la vraie foi.\u2014Le R.P.Lamarche a choisi comme sujet de sa Station quadragésimale à Saint-Jean-Baptiste d\u2019Ottawa: \u201cLa Présence de Dieu dans l\u2019Ame juste\u201d.Ce thème est ainsi distribué : 1° Le Fait de la Présence divine.2° Les Caractères de la Présence divine.3° Les Effets de la Présence divine.4° Les Obstacles à la Présence divine.5° La Pratique de la Présence divine.\u2014Monseigneur Bouillon, de l\u2019archidiocèse d\u2019Ottawa, Prélat de la Maison de Sa Sainteté, vient de fixer sa résidence en notre Couvent de Notre-Dame de Grâce, Montréal.\u2014Par suite d\u2019un incendie survenu aux ateliers du \u201cCourrier de Saint-Hyacinthe\u201d, le présent numéro de notre revue a été exécuté chez M.Adj.Ménard, imprimeur, 133, Boulevard St-Laurent, Montréal.Fra Domenico. L\u2019ESPRIT DES LIVRES R.P.Sertillanges, O.P.\u2014 \u201cCe que Jésus voyait du haut de la Croix\u201d, 1 vol.in-16 jésus, orné de 15 illustrations.\u2014 Editions de la Revue des Jeunes, Desclée et Cie, 30, rue St-Suipice, Paris.Franco : 13 f.Cet ouvrage a été composé à Jérusalem, sur le Calvaire.C\u2019est ici un livre puissant et pathétique, où Jésus crucifié nous est mis sous les yeux.Ce que Jésus voyait du haut de son Observatoire tragique, tandis qu\u2019il pendait à la Croix : Sion, la Maison de son Père, le Cénacle, le Mont des Oliviers, les Passants, les Siens, ses Ennemis, son Tombeau, le Ciel, de la même place et s\u2019appropriant en quelque sorte sa vision, l\u2019Auteur l\u2019a contemplé à son tour.Et il l\u2019évoqua devant nous avec une érudition précise et sûre, nourrie des doctes leçons de l\u2019Ecole biblique, avec un sens aigu de la réalité historique, avec tout l\u2019art qu\u2019on lui connaît.Devant ces spectacles se développaient en Jésus des mouvements comme infinis de la pensée et du cœur.Le cours entier de sa vie mortelle, l\u2019histoire écoulée de son peuple et celle, à venir, de son Eglise, le dessein éternel de Dieu et sa réalisation successive dans le temps, le Ciel avec la terre, l\u2019âme du Sauveur embrassait tout.L\u2019auteur, que la théologie de saint Thomas, de sa lumière dès longtemps familière, guide en son entreprise, s\u2019applique à réaliser et à traduire cette prodigieuse psychologie de l\u2019Homme-Dieu à son Heure suprême.(Les Nouvelles Religieuses) Claude du Mesnil.\u2014 \u201cLe Livre de l\u2019Amour\u201d.1 vol.in-12.\t82, rue Bonaparte, Paris, Téqui.\u201cConnais-tu bien l\u2019amour, toi qui parles d\u2019aimer?\u201d Faire connaître l\u2019amour pour le faire aimer, tel est le sens de ce beau \u201cLivre de l\u2019Amour\u201d.On connaît si peu l\u2019amour, le vrai ! Il a tant de contrefaçons ! Puisque c\u2019est la grande chose de la vie, n\u2019importe-t-il pas de bien savoir ce qu\u2019il est ?\u201cAu soir de la vie, vous ne serez jugés que sur l\u2019amour\u201d, a dit saint Jean de la Croix.Claude du Mesnil s\u2019est donné, dans ce livre, la \u201ctâche immense\u201d de nous faire connaître l\u2019Amour.Il lui fallait un guide, il a choisi l\u2019Auteur de l\u2019Imitation, qui en a parlé presque divinement.Il a sondé aussi les plus grands cœurs de l\u2019humanité : saint Paul, saint Augustin, sainte Thérèse, saint Jean de la Croix, sainte Catherine de Sienne, saint François de Sales, sainte Gertrude, pour leur arracher leur secret.Il a emprunté les accents enflammés du Cantique, de Bossuet, de Lacordaire, de Mgr Gay.Les poètes lui prêtent aussi leur lyre.Claude du Mesnil, dans ce livre, est lui-même poète : il donne libre cours à une sensibilité des p\u2019us délicates.\u201cDe ton cœur ou de toi, lequel est le poète?\u201d \u2014 \u201cC\u2019est ton cœur.\u201d l'esprit des livres 187 Voilà pourquoi il s\u2019échappe de ce livre comme un grand soupir embrasé qui réchauffe le cœur et qui élève l\u2019âme jusqu\u2019aux régions de la mystique.Nous reconnaissons bien alors l\u2019Amour ineffable que saint François de Sales n\u2019a voulu définir que par ces mots : \u201cAimer c\u2019est aimer!\u201d C\u2019est la Charité.La transcendance de l\u2019amour, ses caractères, ses effets et ses fruits; quelques-uns de nos amour; les symboles de l\u2019amour : voilà tout le livre.C\u2019est une parfaite analyse de ce sentiment si profond.Il nous semble cependant que ce serait plus complet si l\u2019auteur nous avait donné, dans le premier chapitre de son livre, une définition plus poussée de l\u2019amour, s\u2019il nous avait exposé un peu plus longtemps la métaphysique de ce sentiment; si, par exemple, saint Thomas avait commenté, encore une fois, saint Denys pour nous montrer le bien-fondé philosophique de sa belle définition chrétien : \u2018\u2018l\u2019Amour est le mouvement de l\u2019être vers la bonté qui attire et la beauté qui ravit.\u201d Nous avons là un beau livre, destiné à faire beaucoup de bien : il apprendra à aimer mieux en élevant nos amours jusqu\u2019à la charité divine.Puissions-nous dire avec Lacordaire : \u201cA présent je ne puis plus aimer personne sans que l\u2019âme se glisse derrière le cœur, et que Jésus-Christ soit de moitié entre nous.\u201d P.-M.G.P.Bonnetain.\u2014 \u201cOfficier et Apôtre\u201d \u2014 Le Lieutenant Marcel Antoine (1893-1918).P.Téqui, éditeur, Paris, 1924.Pendant le long et dur martyre que fut, pour la France envahie, dévastée, pillée la grande guerre de 1914-1918, les tranchées, le silence et la réflexion au voisinage de la mort ont renouvelé chez plusieurs la vie morale, perfectionné chez beaucoup la vie spirituelle et ravivé, en le sanctifiant, chez la majorité des bons Français, le vrai amour de la patrie.Il est incontestable que \u201cpour Dieu et la patrie\u201d sont tombées les plus belles victimes fournies par toutes les familles françaises, venues de tous les milieux, diversement préparées, mais toutes âmes \u201cgrandes\u201d, nobles, héroïques.A ce culte de la patrie, au devoir accompli dans l\u2019esprit de sacrifice qui ont vraiment sauvé la France, la vie du Lt.Marcel Antoine apporte aux amis et admirateurs de la vieille France un des témoignages les plus consolants et des plus rassurants : comme jadis, collèges et Séminaires savent former et les aspirants aux plus hauts grades militaires et les apôtres ardents et généreux.La France se sauve elle-même, et ce titre signé par un des plus grands écrivains de France scandalisait les faux amis, dénigreurs intéressés comme s\u2019il n\u2019y avait eu déjà des milliers d\u2019exemples de l\u2019héroïsme dans le sacrifice, vie misérable et mort même acceptées pour que vive la patrie.Voyez d\u2019abord quelle formation recevait une élite en France et vous comprendrez mieux le \u201ctenir\u201d de la Marne ou la résistance \u201cjusqu\u2019au bout\u201d de Verdun.Il faut savoir l\u2019âme de ces défenseurs de la patrie appelée à la sainteté.Pour ma part je dois au Rév.P.Bonnetain de douces émotions, car son témoin a eu la bonne fortune de combattre dans la Somme et à Verdun.Il est présenté dans un livre qui demeurera de ceux que l\u2019on aime 188 LA REVUE DOMINICAINE à lire toujours : beau livre, leçon de vaillance inspirée par l\u2019âme à jamais fidèle au devoir, à la grâce de Dieu, en route pour la sainteté.Et cette légion de saints a sauvé la France.P.Constant Doyon, O.P., aum.du 22e rég.C.F.Hermas Bastien.\u2014 \u201cLes énergies rédemptrices\u201d.Brochure de 164 pages, 5 x l/i ; Bibliothèque de l\u2019Action française, Montréal, 1923.Si l\u2019admiration est le principe du savoir, voici un jeune écrivain qui a beaucoup admiré.M.Bastien sait une foule de choses utiles à connaître au Canada français.Généreux de nature, indifférent aux opinions courantes, habitué à mettre l\u2019honneur au-dessus de l\u2019intérêt matériel, il veut rendre service \u2014 il y réussit.Aujourd\u2019hui, sous la forme d\u2019un livre au titre prestigieux, il nous propose des problèmes qu\u2019il a sincèrement étudiés, et bien que la dédicace aille à ses maîtres de l\u2019heure, les dix chapitres et les trois appendices sont destinés surtout à la jeunesse canadienne française.L\u2019armature solide est habilement recouverte.Fidèle aux préceptes de l\u2019art, notre auteur veut donner la vie à sa maquette avant de couler en bronze une statue finie; il pose donc çà et là une pensée vigoureuse, une phrase substantielle, une figure qui accuse bien la ligne', et lorsque les pans largement indiqués sont prêts à la retouche, une période limpide vient adoucir les rugosités de l\u2019ébauche.C\u2019est ainsi que l\u2019œuvre, une fois terminée, présente au regard la déesse chère à toutes les âmes bien nées \u2014 la Pensée française.Elle a encore ses poètes, la Pensée française.Les mieux inspirés ne sont pas ceux qui rêvent le plus.M.Bastien entend sonner encore le rythme de ses Eaux grises, sans doute, mais il trouve sa meilleure poésie, la plus féconde, dans un idéal actif.Personne ne lui reprochera de placer cet idéal assez haut pour lui faire atteindre l\u2019âme de la Patrie.Qu\u2019est pour nous la Patrie ?Des réflexions viriles nous le disent au moyen de vérités très vieilles, partant très neuves, qui expliquent la Patrie dans ses rêves altiers, dans les vertus et jusque dans les tares de ses enfants.Voyons l\u2019introduction : A un jeune homme \u2014 on se contente trop de vivre d\u2019une gloire passée; notre patriotisme est discoureur et gesticulant; la race, résistant à la grandiloquence électorale, doit préparer l\u2019avenir en marge des cabales de parti; le peuple doit concéder plus de prestige à l\u2019élite; les ancêtres ont compté pour deux, comptons au moins pour un; nos sentiments nationaux, incohérents, éparpillent nos efforts au moment où l\u2019actualité exige tout notre zèle.Et la conclusion ?\u201cEn vue des luttes prochaines, ranime en toi les héroïsme inemployés qui situeront ton existence à la hauteur de l\u2019idéal.\u201d Cet idéal, on le verra dans le dernier chapitre, A l\u2019oeuvre ; \u201cCe qu\u2019il nous faut, c\u2019est l\u2019action d\u2019une élite intellectuelle.sainement française et crânement catholique\u201d.Il faut aimer beaucoup les nôtres pour avoir le courage de cautériser proprement leurs défauts.M.Bastien veut nous faire toucher du doigt ce que nous sommes en train de perdre par notre L ESPRIT DES LIVRES 189 paresseuse indifférence \u2014 si peu française à notre sens qu\u2019il faut pour la définir un mot anglais acclimaté : snobisme.A travers les luttes de groupes, on observe l\u2019animation des organismes sociaux et l\u2019expansion du nom canadien à l\u2019extérieur, grâce à la foi religieuse.La paroisse et le syndicalisme catholique sont en lutte contre l\u2019illogique tutelle de l\u2019étranger; la presse paroissiale (plus importants qu\u2019on ne croit) et la presse quotidienne d\u2019idée, combattent pour conserver intactes nos sources d\u2019énergie rédemptrice.L\u2019école peu à peu s\u2019adapte aux milieux : le premier service que la société attend d\u2019elle est l\u2019apport de membres capables de concourir à ses fins; elle enrayera l\u2019exode en ouvrant des carrières qui demandent en vain une main-d\u2019œuvre régnicole.Le cycle se parcourt jusqu\u2019à l\u2019Université, car le \u201cpauvre monde marche et titube selon la vitalité des théories avancées par l\u2019élite, et vécues à leur insu par les classes populaires\u201d.Elle enseignera comment résister \u201caux émigrés de l\u2019intérieur, hostiles à tout ce qui peut nous garder français et catholiques\u201d.La perspective d\u2019un effondrement dans un coin de l\u2019Amérique, lorsque l\u2019équilibre de notre enseignement sera détruit, s\u2019impose.\u201cL\u2019homme est l\u2019addition de sa race\u201d, écrivait Léon Bloy.Cette idée vient sous une forme différente ici.Nous avons reçu et nous devons transmettre, collectivement.Les efforts isolés ne produisent rien de durable.\u201cLe sens national est un vouloir-vivre collectif qui suppose un but clairement défini\u201d.Les disparus nous l\u2019apprennent : \u201cNos aïeules nous supplient de nous attacher indissolublement au concert de la famille telle que voulue par saint Paul\u201d.Aux sculpteurs de l\u2019idéal il appartiendra de prendre conscience de l\u2019âme nationale, et la jeunesse devra peser ceci : \u201cIl est dangereux pour un peuple de rester catholique parce qu\u2019il l\u2019a toujours été\u201d.Elle aura un devoir de probité : vivre de la vie de l\u2019esprit, car \u201cce qui se fait de plus beau et de plus grand se fait par le travail\u201d.La foi éclairée, suffisamment raisonnée, est urgente : \u201cU ne faut pas que l\u2019âme française, voyant son action amoindrie.et doutant d\u2019elle-même, capitule\u201d.M.Bastien a la foi du charbonnier dans l\u2019avenir de sa race.Faut-il méchamment la détruire, ou même la diminuer ?ce qui reviendrait au même.Faut-il montrer à M.Bastien, chez les bergers comme dans la bergerie, l\u2019esprit de cabale qui met au rancart d\u2019agissantes et précieuses bonnes volontés, et provoque ainsi la nécessité des efforts isolés.Sans oublier l\u2019immortelle interrogation du psalmiste \u2014 usquequo gravi corde.-.\u2014 faut-il cacher l\u2019influence réelle des placiers en politique ?Le but commun devrait être de telle façon clairement défini qu\u2019il fût possible de le reconnaître à première vue.Et cela, jusqu\u2019ici, comme la direction, nous a manqué partout quant à l\u2019action française collective.Il y a des clans, il n\u2019y a pas de ligue.Malgré tout, l\u2019effort isolé a sa valeur tant que la crise aiguë n\u2019oblige pas au ralliement de toutes les forces, et souvent cet effort est durable, même en temps de crise.Que M.Bastien, cependant, ne s\u2019arrête pas en voie si belle.Son livre, que la critique des mots pourrait éplucher comme presque toutes les œuvres de combat, est de ceux qu\u2019on ne peut négliger.Le style est éveillé, concis, nerveux, et se tient bien au diapason de la lutte On préférerait une parfaite exactitude \u2014 l\u2019abbé Jeannotte a publié un Psautier de saint Hilaire, mais une Vie ?\u2014 et plus d\u2019attention en certains endroits, où l\u2019épouvantable en autant per- 190 LA REVUE DOMINICAINE siste.Est-ce le correcteur d\u2019épreuves, qui est ici digne du chevalet ?Nous aimons le croire pour notre auteur.Avec l\u2019incontestable talent qu\u2019il possède, il n\u2019a pas le droit de laisser passer de pareilles poutres.Il devrait aussi éviter à l\u2019un de ses maîtres, le très intéressant abbé Groulx, un surmenage de compliments qui ressemblent à des pavés.Pourquoi aussi réchauffer ces restes d\u2019antiques plats surcuits qu\u2019on nous sert à tout propos sur la poésie à l'enfance des littérature ?C\u2019est un mets lapidifié à force d\u2019âge.La recette qui l\u2019a fait préparer venait de quelque Vattel en goguette, et c\u2019est mauvais signe pour le goût moderne qu\u2019on veuille encore nous imposer ce hors-d\u2019œuvre éventé.Il est certain que M.Bastien, méditatif et renseigné, a repris sans y songer trop fort l\u2019affirmation qui court depuis des ans nos pseudo-critiques littéraires canadiennes-anglaise et française.Cela est bon pour les peuples dont la langue est en formation.Un progrès assez visible se constate en langue française, depuis les chansons de geste, et c\u2019est du français que nous écrivons au Canada.Qu\u2019importe ! Une consolation très pure reste à M.Bastien.Ses lecteurs ont reconnu dans son dernier livre quelque chose de louable, d\u2019utile, d\u2019intéressant, de beau.Il aura des imitateurs, c\u2019est fatal; il n\u2019en aura jamais assez.Jules Tremt)lay.Ottawa, 6 février 1925.Les Etudes Religieuses.\u2014 (Publication mensuelle paraissant le 10 et le 25 de chaque mois en brochures d\u2019environ 32 pages.La brochure: 0.60 f.; abonnement: étranger, 15 fr.) Directeur: A.L.Barthélémy, O.P., 5, rue Leys, Bruxelles.se présentent comme une œuvre de haut enseignement vulgarisé, c\u2019est-à-dire, mis à la portée de tous ceux qui ont le souci de s\u2019éclairer au sujet de leurs croyances et de connaître la solution catholique des problèmes religieux et sociaux que pose l\u2019évolution de la vie moderne.Fondées en 1920, placées sous le Haut Patronage de Son Eminence le Cardinal Mercier et de Son Eminence le Cardinal Dubois, elles ont, grâce à l\u2019appui de leurs éminents collaborateurs justifié pleinement leurs prétentions, comme en fait foi la table des matières traitées au cours de ces quatre années.Paraîtront en 1925 : A.D.Sertillanges, O.P., de l'Institut : Raison et Foi.La Dictature du Prolétariat.La Lutte des classes.M.de Munnynck, O.P., recteur de l\u2019Université de Fribourg : L\u2019Art pour l\u2019Art.Qu\u2019est-ce que l\u2019Art religieux ?La psychanalyse.La Subconscience, et autres études psychologiques. L ESPRIT DES LIVRES 191 H.Woroniecki, O.P., recteur de l\u2019Université de Lubin (Pologne) : Le Catholicisme et l\u2019Avenir de la Russie.Abbé E.Leroux, prof, au Grand Séminaire de Liège : La Religion Antoiniste.G.\tGoyau, de VAcadémie française : Une page de l\u2019Histoire Missionnaire.R.P.Rutien, O.P.: Sénateur, Directeur du Secrétariat général des oeuvres sociales chrétiennes en Belgique : Quelques problèmes actuels de Politique Sociale.Abbé L.Lavaud, prof, au Grand Séminaire de La Rochelle : Le dogme catholique de l\u2019Enfer éternel.Mme M.Haps, directrice de l\u2019Ecole Supérieure de Jeunes Filles à Bruxelles : Nos Responsabilités.L\u2019Enseignement féminin en Belgique.H.\tD.Noble, O.P., prof, de théologie morale : L\u2019Education de la Conscience Morale : Les Passions \u2014 Les Vertus.\tetc., etc., etc.R.P.Taurisano, O.P.\u2014 \u201cLes Fioretti de Ste Catherine de Sienne\u201d.Traduction de Madeleine Havard de la Montagne.Un volume in-16 raisin avec bois anciens.Librairie de l\u2019Art Catholique, 6, Place Saint-Sulpice, Paris \u2014 Vie.Le révérend Père Taurisano, O.P., a eu la très heureuse pensée de recueillir et réunir en un petit volume les épisodes les plus gracieux et les plus émouvants de l\u2019histoire de sainte Catherine de Sienne.Ces récits sont tous puisés dans des écrits du XlVe siècle, rédigés par des disciples de la sainte.A l\u2019authenticité de ce qu\u2019ils narrent, se mêle le parfum naïf et charmant du style et de la langue italienne du trecento.Les âmes fatiguées de l\u2019esprit raisonneur de nos jours, les cœurs que la souffrance a ravagés, trouveront une apaisante douceur à respirer cette floraison mystique.Programme du Pèlerinage Canadien.L\u2019Année Sainte aura provoqué des initiatives nombreuses, dont le Pèlerinage des Canadiens, dans la Ville Eternelle, ne sera pas la moins intéressante.Le programme de cette vaste organisation du Comité National, que dirigent NN.SS.les Archevêques et Evêques, sous la présidence de S.E.le Cardinal, et, dont les Voyages Hone sont les directeurs techniques, \u2014 en est une preuve éloquente.Très élégante dans son carton aux lignes artistiques, cette brochure constitue un souvenir précieux qui joint, à une documentation sérieuse, des notes intéressantes sur les visions à entrevoir, en cours de route.Par l\u2019envergure qu\u2019il atteint en provoquant une manifestation brillante de notre influence religieuse et nationale, ce Pèlerinage prend sa place dans l\u2019histoire.Pour la première fois un navire est nolisé exclusivement à leur usage, et pour la première fois aussi, les pèlerins ont l\u2019honneur d\u2019être accompagnés et dirigés par un Prince de l\u2019Eglise, S.E.le Cardinal Bégin. 192 LA REVUE DOMINICAINE Partant de Montréal et de Québec, mardi le 5 mai prochain, le \u201cMinnedosa\u201d s\u2019arrêtera à Bordeaux, d\u2019où les pèlerins seront transportés à Lourdes, où S.G.Mgr Schoepfer les recevra officiellement au nom de l\u2019Eglise de France.Ayant visité successivement Carcassonne, Marseille, Nice, Monte Carlo puis Gênes, la patrie de Christophe Colomb, ils arriveront à Rome pour y séjourner durant la \u201cSemaine Canadienne de l\u2019Année Sainte\u2019\u2019, soit du 23 mai au 2 juin.Durant cette période se dérouleront les cérémonies grandioses de la Fête de la Pentecôte, et celles non moins merveilleuses de la canonisation du Vénérable Curé d\u2019Ars; Jean Eudes, fondateur des Eudistes; la Mère Barat, fondatrice des Dames du Sacré-Coeur, et de la Mère Postel, fondatrice des Sœurs des Ecoles Chrétiennes de la Miséricorde.Cette paternelle bienveillance de S.S.Pie XI, à l'égard des pèlerins du Canada, est cordialement secondée par le Comité Romain de l\u2019Année Sainte qui leur réserve les places nécessaires dans la Basilique de Saint Pierre.Le retour s\u2019effectuera par divers itinéraires, savamment agencés, permettant de visiter les principales villes d\u2019Italie, de Suisse, d\u2019Allemagne, de Belgique, de France, d\u2019Angleterre et d\u2019Irlande.La presse française souligne un incident significatif de l\u2019organisation de ce Pèlerinage : pour la première fois, dans l\u2019histoire de la navigation, le plan du navire \u2014 le \u201cMinnedosa\u201d, de la compagnie du Pacifique Canadien \u2014 a été imprimé dans les deux langues officiels du pays.Nous invitons nos lecteurs que ce voyage peut intéresser de ne pas tarder à réclamer une copie du programme superbe du XXIIème Pèlerinage National Canadien, le seul officiellement reconnu par l\u2019autorité épiscopale, soit au bureau des Voyages Hone, à Montréal, Québec ou Toronto, ou encore chez MM.les Curés ou l\u2019agent de billets de leur localité.Accuses de reception MARIE-CLAIRE DAVELUY.\u201cCheveux longs et esprit court\u201d.Comédie en un acte.On est vraiment surpris de rencontrer dans le fouillis utilitaire d\u2019un almanach (Almanach Rolland, Montréal, 1925) ce petit chef-d\u2019œuvre d\u2019observation et de finesse, de naturel et de discrétion, qui, voulant n\u2019être qu\u2019une satire des modes, pourrait fort bien devenir un guide (moral) des amoureux.Espérons qu\u2019il sera bientôt mis à la scène pour agrémenter une conférence ou pour varier un concert.Mgr O.E.MATHIEU.\u201cLa Charité\u201d \u2014 A mes prêtres.D\u2019autres que les prêtres de Régina pourront mettre à profit, dans leurs lectures spirituelles ou leurs méditations, ces deux cents pages remplies de sève évangélique et ne quittant guère le ton d\u2019une conversation élevée mais très simple.PAUL DONCOEUR.\u201cCadets\u201d.Le religieux ancien combattant qu\u2019on voit encore au premier rang dans la lutte contre les ingrats oppresseurs qui mènent la France a publié récemment, à la Librairie de l\u2019Art Catholique, ce manifeste aux jeunes où la modération n\u2019exclut ni la fermeté, ni l\u2019enthousiasme.Prix : 2 francs.1 Encouragez nos annonceurs.\u2014 Faites mention de la Revue."]
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