Revue dominicaine, 1 octobre 1925, Octobre
[" IIAiiO NUMÉRIQUE Première(s) page(s) manquante(s) ou non numérisiée(s) Veuillez vous informer auprès du personnel de BAnQ en utilisant le formulaire de référence à distance, qui se trouve en ligne : https://www.banq.qc.ca/formulaires/formulaire reference/index.html ou par téléphone 1-800-363-9028 Bibliothèque et Archives nationales Québec EJ ES ES ES LE REVERENDISSIME PERE LEPIDI MAITRE DES SACRES PALAIS APOSTOLIQUES Le révérendissime Père Albert Lepidi est mort à Rome, presque subitement, le 31 juillet, au retour d\u2019un voyage de repos à Ostie.Il avait 87 ans.Il en a passé 69 dans la joie de la fraternité dominicaine, dont 28 au service immédiat de la Sainte Eglise, comme Maître du Sacré-Palais.Ses funérailles, à l\u2019église Ste-Marie de la Minerve, furent pieuses et magnifiques.Le chœur de la Chapelle Sixtine chanta.Il repose maintenant au Campo Verano, dans le caveau de l\u2019Ordre :\u201cVeritas\u201d custodit ilium.Je ne veux que déposer sur sa tombe une petite fleur.une souvenir reconnaissant.Il les aimait tant les fleurs, ces jolies fleurs du Bon Dieu qui poussent constamment sous le ciel d\u2019Italie, et dont il nous faisait admirer les nuances délicates dans les jardins du Vatican.Car il était artiste, le bon vieux Père.Né à Popoli dans les Abruzzes, il avait grandi sur les hauteurs.Une forte éducation religieuse et théologique reçue dans les couvents de la Quercia et de la Sainte-Sabine avait pétri son âme d\u2019une bonté toute naïve et rayonnante qui est comme Vépanouissement de la vraie grandeur.Elle brillait dans ses petits yeux noirs et très vifs; elle souriait presque toujours sur ses lèvres fines qui modulaient gracieusement au milieu d\u2019une phrase française toujours correcte, un caro mio très doux pour ses amis.Et presque tous ses élèves en étaient, m\u2019a-t-on dit, lorsqu\u2019il professait en maître, quoique tout jeune encore, soit à Flavigny, soit à Louvain, soit à Rome, à VAcadémie de la Minerve dont il fut le Régent pendant 12 ans.Il suffisait de le connaître pour l\u2019aimer.Léon 514 LA REVUE DOMINICAINE XIII lui-même reconnut avec plaisir la valeur de l\u2019éminent philosophe et du docte théologien en l\u2019appelant dans ses conseils.Il le nomma, en 1897, à la charge palatine de Maître des Sacrés Palais Apostoliques.Il y est resté attaché tout le reste de sa vie.L\u2019oubli relatif dans lequel disparaît cette gloire dominicaine, semble ajouter quelque chose à sa majesté.Car ce n\u2019est pas une petitesse que d\u2019être victime de sa bonté.Il était professeur avant tout.Il nous a laissé en trois volumes1 une œuvre philosophique originale et profonde.La vigueur, l\u2019élégance, la limpidité de son style, la clarté de ses expositions, la véritable beauté des thèses si diverses consacrées aux questions de logique et de psychologie ou aux développements gradués de l\u2019être dans les catégories aristotéliciennes, attestaient le génie simplificateur sans lequel on ne fait rien de grand.On trouvera dans ses considérations sur l\u2019Absolu et sur la Raison Pure, par exemple, les satisfactions les plus profondes et les plus nobles de l\u2019intelligence et du cœur.Il était pour tout dire le contraire d\u2019une mauvais scolastique.Doué d\u2019un esprit intuitif, il avait une grande confiance dans l\u2019intuition.Je causais un jour avec lui au sujet de la connaissance intellectuelle par voie d\u2019abstraction sensible, rappelant tant bien que mal le rôle de Z\u2019intellect agent et celui de ^\u2019intellect possible.Il m\u2019écoutait avec beaucoup de boyité et me dit avec un sourire: e piu simplice, caro mio.On lui reprocha cependant de trop simplifier, surtout la notion d\u2019être.En tout cas, il n\u2019aspirait qu\u2019à compléter sa pensée intellectuelle soupçonnée.Mais les circonstances sont les grandes maîtresses des hommes.Appelé à la maîtrise des Sacrés Palais Apostoliques alors qu\u2019il était socius du Général 1.\u2014Opuscules Philosophiques, 3 vol.Traduit de l\u2019italien par E.Vignon.Lethielleux, Paris. LE RME PERE LEPIDI 515 pour l\u2019Italie avec le titre de Provincial de Dacie, il a pu au milieu de certains déboires se réjouir toute sa longue vie des faveurs insignes du grand Léon XIII.Ce fut sa grande consolation avec l\u2019amitié de ses livres qu\u2019il caressa jusqu\u2019à la fin.Son charmant opuscule : Les beautés de Noël indique une piété éclairée et sensible.La mort l\u2019a surpris à la tâche de parachever une Psychologie où il mettait toute son âme.Espérons qu\u2019elle verra la lumière.« Ce moine enfin si réservé et si bon, d\u2019une douceur angélique, était un lion de patriotisme.Il avait tout de suite compris le génie de Mussolini', affaire d\u2019intuition.Je nous vois encore, dans les jardins du Vatican, \u2014 c\u2019était son lieu de promenade favori, \u2014 nous promenant l\u2019an dernier, à l\u2019heure du crépuscule, avec un jeune Père ami.Il nous disait, avec un éclair de joie dans les yeux, sa grande espérance de voir, sous le gouvernement du Duce, la Question Romaine se détendre et peut-être même, avec la grâce de Dieu, se régler tout à fait dans la sauvegarde des droits imprescriptibles de la Sainte Eglise.Nous suivions les grandes allées de pins que dorait le soleil couchant et, un moment, il s\u2019arrêta près d\u2019un palmier pour sounre à notre jeunesse, laquelle lui rappelait la sienne, toute proche encore, lui disions-nous, et toute chargée de palmes comme le bel arbre qui nous ombrageait faiblement.La bonté est ce qui nous fait le plus ressembler à Dieu, a dit magnifiquement le Père Lacordaire.Voilà le secret de la beauté divine de cette grande âme dominicaine.J.-D.Mauger, O.P. LE RENOUVEAU DES CAMPAGNES Quand le soleil, de concert avec la mode, fait le vide dans les rues de la grande ville et peuple les retraits ombreux des montagnes ou les coins selects de nos plages, la campagne a raison.Elle est du matin au soir magnifiée.Bienheureux ceux qui y ont planté leur tente! Nul sort n\u2019est comparable au leur! Ce sont les rois de la terre ceux-là qui tracent un sillon aux matins clairs de l\u2019automne ! Hélas ! royauté fugitive que l\u2019on partage un instant, dont on démissionne aux premiers froids, dont on garde une idée incomplète et une fausse nostalgie sous le tourbillon de l\u2019hiver ! Quand du sein d\u2019une joyeuse compagnie s\u2019élève une exclamation accusant la dureté du travail ou la monotonie d\u2019existence des attachés à la glèbe, c\u2019est une protestation générale.Il ne faut pas plaindre ces favorisés qui tirent tout de leurs terres et qui viennent épuiser les bourses des citadins aux abois.Par contre, des sceptiques dangereux battent la controverse.Ils s\u2019attachent à démontrer par des tableaux saisissants le vide de nos campagnes, la part minime des joies et des plaisirs, les incommodités de l\u2019isolement, la vie arriérée que les pauvres \u201chabitants\u201d obtiennent par succession directe.Le roi, c\u2019est le travailleur des villes qui, au clos du jour, s\u2019endort sur son salaire sans songer que la nuit peut détruire une récolte ou compromettre la besogne achevée.Et ils sonnent l\u2019appel vers la manufacture ou les grands ateliers.Phrases que tout cela! Phrases, courtes vues, attitudes égoïstes! Les discussions s\u2019éternisent sur le dos des campagnards et rien ne s\u2019accomplit en leur faveur.La vie à la campagne a de bons et de mauvais côtés.ISO (g LE RENOUVEAU DES CAMPAGNES 517 Pour ceux qui s\u2019y intéressent, une seule attitude logique s\u2019impose: augmenter les bons, diminuer les mauvais.Comme pour toute existence normale, il y a deux aspects à considérer: le moral et le matériel.Les taxes, les routes, la plus-value des terres, les marchés, les méthodes de culture reviennent aux compétence techniques et nous ne pouvons aborder la question.Mais en dehors de ce nuage d\u2019affaires, il y a le côté moral.C\u2019est la vie en elle-même avec tous ses agissements, ses horizons, ses perspectives ; c\u2019est la part de l\u2019intelligence et du coeur.C\u2019est la note humaine qui doit vibrer là comme ailleurs, qui doit s\u2019amplifier et tendre vers une perfection.Et nous voudrions, dans la mesure de notre capacité, et non de notre sympathie beaucoup plus grande, joindre quelques idées que des énergies salvatrices sauront utiliser avec plus de force et de succès.Ce n\u2019est pas notre intention de gémir sur le passé disparu, mais pour éclairer l\u2019avenir et dominer le présent, il nous faut bien jeter un regard en arrière, y prendre un mot d\u2019ordre, y puiser la directive nécessaire.Chaque époque revêt sa façade, mais c\u2019est un désastre si les assises poudreuses sont démolies.Un peuple peut commencer, mais il se maintient en autant que nous pouvons remonter de chaînon en chaînon le long de son histoire.Oublier ce qui fut, c\u2019est mourir par suicide, c\u2019est tarir d\u2019un coup la sève vivifiante.Or, nos\u2019 campagnes ont été la grande source du patriotisme, des bonnes mœurs, des traditions.Remuant le sol qui les avait vus naître, leurs habitants en retiraient avec leur pain un amour profond pour ses bienfaits.Les paysages journaliers gravaient chez eux en lettres printanières ou automnales le nom de la petite patrie.La maison séculaire poétisait leurs affections.Le clocher fixe du village savait en son jet pointer leurs 518 LA REVUE DOMINICAINE pensées vers le ciel.De père en fils, ils se succédaient autour du foyer et les petits-enfants apprenaient des lèvres tremblantes du grand-père la science de la persévérance devant les obstacles.Une intimité charitable faisait un tout de la paroisse.Cette vie commune illuminée des mêmes espérances, nourrie des mêmes faits, engendrait par la force des choses ces mille liens que l\u2019on nomme patriotisme.Malheur à l\u2019étranger qui heurtait d\u2019un doigt dédaigneux à ce fonds de la race! Mis à l\u2019index, il avait tôt fait de déguerpir sous le ressaut général.Un esprit de foi profond attachait alors les campagnards à l\u2019église.Le dimanche les voyait accourir des rangs les plus éloignés et s\u2019agenouiller dans leurs bancs usagés.Après avoir écouté la parole de Dieu, ils avaient le courage de l\u2019appliquer dans leur conduite.Un mécréant causait un malaise dans l\u2019organisme paroissial et l\u2019on parlait à voix basse quand il passait sur la route désertée.On révérait le prêtre.Divin confident des consciences, il l\u2019était aussi dans les difficultés quotidiennes et les périodes décisives.C\u2019était le père, celui qui console, qui aime, qui dirige.Cette suprématie de l\u2019autorité religieuse est bien le fait le plus marquant de ces temps de foi.Aussi la récompense ne faisait-elle pas attendre.Les mœurs étaient bonnes, les familles bénies, les relations franches et affectueuses.Une charité exquise liait ces vrais enfants de Dieu.Et qu\u2019on n\u2019imagine pas morne la vie de ces chrétiens! Des traditions vénérables tissaient les jours et les saisons, les fleurissaient de joies toujours goûtées.Dans les travaux, dans les réunions, dans la piété, des coutumes s\u2019étaient établies, qui, tout en rappelant la vieillesse des temps anciens infusaient aux heures une saveur de patriotisme et de religion.Les morts revivaient dans les LE RENOUVEAU DES CAMPAGNES 519 souvenirs sous l\u2019action constante de cet héritage de bon aloi et l\u2019enfance à peine ébauchée s\u2019imprégnait, comme le jeune arbrisseau, de la brise d\u2019antan.Nous pourrions citer une foule d\u2019exemples, mais ceci allongerait sans résultat.Nous voulions simplement souligner la multiplicité et la fécondité de cette vie apparemment routinière de la campagne.Les choses dites suffisent pour qui sait se rappeler.Ainsi le passé nous livre le secret de sa force en trésors de patriotisme, de mœurs paisibles et saines, de traditions enveloppantes.En est-il de même aujourd\u2019hui?Il nous faut répondre par bribes.Mais auparavant, établissons quelques faits.La vie d\u2019autrefois à la campagne était fermée ou presque aux influences extérieures.«Les communications peu faciles n\u2019activaient pas les échanges.Les visites étaient plus rares.Les idées nouvelles vieillissaient avant d\u2019atteindre tous les esprits.Surtout la ville ne se transportait pas au village en spectacle quotidien.Il ressortait de là une grande force d\u2019inertie pour la conservation de cet état de choses.Mais voici que tout-à-coup, dans l\u2019espace de quelques années, des routes se pavent, des voitures rapides circulent d\u2019où s\u2019échappe un langage hardi et tentateur, des villégiatures s\u2019établissent qui font briller sous les yeux des modes inconnues.Les piécettes d\u2019argent sonnent sur les comptoirs et projettent dans les imaginations des reflets fulgurants.La campagne n\u2019était pas préparée à cette invasion sournoise et, dans le combat qui s\u2019élevait, elle devait plier sur bien des points.Ajoutons que dans beaucoup de paroisses, la vitalité première dimiuait.Des traditions s\u2019en étaient allées qui laissaient les volontés en désarroi.Le choc du nouveau devait causer un ravage profond.Ce fut l\u2019exode vers les villes.D\u2019alléchantes 520 LA REVUE DOMINICAINE promesses hâtaient l\u2019adieu à la maison paternelle.Le retour fanfaron des transfuges ouvrait des désirs inassouvis chez ceux que le sol retenait encore.Avant, sous la poigne de la misère, on regimbait en courage jamais abattu.On prit l\u2019habitude d\u2019émigrer pour compenser le sort malheureux d\u2019une année mal venue.Le luxe grandit du milieu de ces bouleversements.Une horde de fournisseurs s\u2019abattit, comme les corbeaux, sur les campagnes découvertes.Les bourses s\u2019ouvrirent plus grandes : les départs se précipitèrent.Et voici que les dépenses augmentèrent pour soutenir ce qu\u2019on dénommait le progrès.Ce fut le signal de la débandade.Au lieu de se tourner vers ce qui faisait la force dans le passé, au lieu de se cramponner à la simplicité antique, au lieu de ne laisser tomber que les honoraires de ce présent terrible, on se jeta tête basse dans un lâche-tout effarant.\u201cIls n\u2019en mouraient pas tous mais tous étaient frappés\u201d.Et cette tourmente qui continue avec des accalmies accumule des ruines pitoyables.Dans un bon nombre de campagnes, la physionomie est changée.L\u2019âpre soif du gain active les bras là où on ne rencontrait que la noble ambition d\u2019une vie honorablement utilisée.La religion perd de son emprise sur la génération nouvelle et des consciences toutes neuves savent déjà biaiser.La terre devient une affaire et à chacun sa part ! Eh bien non ! La terre n\u2019est pas qu\u2019une affaire! Certes, il faut vivre, et ce n\u2019est pas une mince préoccupation, sous cette pluie de paiements, d\u2019assurer la subsistance de toute la maisonnée.Mais il faut regarder plus haut et plus loin.La campagne, notre campagne, est le rustique berceau de notre race.Nous n\u2019avons pas le droit de la transformer en un vulgaire marché.Il fault la cultiver en l\u2019aimant, en la vénérant, elle qui s\u2019auréole de tous les sacrifices posés, elle qu\u2019une lignée géné- LE RENOUVEAU DES CAMPAGNES 521 reuse a littéralement consacrée de ses sueurs et de son sang.L\u2019amour du sol n\u2019exclut pas le calcul froid de la récolte.Bien au contraire, il l\u2019ennoblit en le dépouillant de sa brutalité.A côté du chiffre, il place la fleur du souvenir ; dans l\u2019acte mort, il renferme un germe vivant ; au-dessus de l\u2019horizon nouveau, il dessine le mirage du passé.Mais comment faire comprendre ces sentiments à ceux d\u2019aujourd\u2019hui?Comment asseoir leur travail sur une large base d\u2019amour et le couronner d\u2019un faîte de vivaces convictions?En faisant une part à l\u2019intelligence et en créant des actes en ligne avec le passé.Bref, nos ancêtres avaient des qualités de patriotisme, de mœurs et de traditions; ce fut leur gloire et leur force.Leurs descendants doivent retrouver ces traces perdues.Qu\u2019importe la méthode?Il ne s\u2019agit pas de soutenir un archaïsme mais de donner un corps nouveau au sang généreux qui s\u2019échappe.Puisque nos temps exigent la culture intellectuelle, que le passé ne devient efficace que par la tradition, rapprochons ces deux unités en un tout aussi parfait que possible, sous une teinte particulière, caractéristique de la campagne.A ce prix seulement, nous garderons au sol, autant que les aléas d\u2019argent le permettront, les dégoûtés qui le désertent D\u2019aucuns souriront devant la question intellectuelle à la campagne.Qu\u2019on se rassure! Les intelligences ne manquent pas dans la paix des champs.Loin de là! Beaucoup de nos chefs politiques, professionnels, littéraires et philosophiques ont couru dans leur enfance sur le carré vert des pelouses campagnardes ou folâtré dans le grand bois, limite touffue de la terre ancestrale.Ils ont appris leurs premières notions dans le langage posé de leur père et saisi le pourquoi du travail sous l\u2019aile de l\u2019activité maternelle.Chez ceux qui restent, si l\u2019on trouve 522 LA REVUE DOMINICAINE moins de raffinement, plus de lenteur ou d\u2019hésitation que dans les villes, par contre, on y découvre plus de solidité, plus de déductions sûres et une entente plus large de la prévision.La lutte contre les éléments, la patience quotidienne, la conviction qu\u2019une précaution omise aura des conséquences graves dans l\u2019avenir ont développé dans ces intelligences une ferme prudence agrandie sans cesse des faits acquis de l\u2019expérience.Mais étant admise l\u2019intelligence suffisante, comment la cultiver?L\u2019objection se dessine vite: le temps fait défaut et les jours de congé ne sont pas de trop pour chasser la fatigue.Par l\u2019intérêt suscité, nous résoudrons le problème sans le discuter.Qu\u2019on nous permette d\u2019écrire que l\u2019instruction doit se partager.Il n\u2019est pas bon que chacun étudie les mêmes matières et qu\u2019une règle uniforme pousse toutes les classes sociales vers un terme unique.Il n\u2019est pas bon de jeter l\u2019instruction à profusion dans toutes les intelligences.Les déclassés en sont la triste preuve.Ce qu\u2019il faut, c\u2019est une science primaire pour tous et des degrés plus tard selon la position de chacun.Il ne faut pas que l\u2019esprit absorbe ce qui doit le tirer hors de sa vocation.Tout doit converger vers la plus grande perfection du rang que nous occupons.Et ceci étant posé, que va-t-on offrir aux cultivateurs?Une science religieuse de foi et de pratique, une science agricole, une science historique nationale, et comme ornements, les sciences physiques.L\u2019école fera la grosse besogne.Suivant le dicton grec : \u201cle commencement est la moitié du tout\u201d.Ensuite, des cercles et des conférences! Ce qu\u2019il y a à craindre dans la vie des champs, c\u2019est l\u2019engourdissement des idées.Si on ne suscite pas de temps en temps un courant intellectuel intéressant, qui appelle des discussions, les conversations tomberont bientôt sur les faits divers dont la conséquence pure et LE RENOUVEAU DES CAMPAGNES 523 ¦ r':î ;e, une île.« ters p coi\u2019i ham* ::e !$ iberoD\u2019 Hire * simple est de racornir.Il faut créer une mentalité qui sans cesse demandera comme aliments autre chose que du particulier, de \u201cl\u2019arrivé et de l\u2019arrivera\u201d.Il faut amener les cultivateurs à discuter les questions générales au double point de vue religieux et national.Il nous fait plaisir de souligner le mouvement actuel soutenu par le \u201cBulletin des agriculteurs\u201d.Chaque numéro porte cinq à dix lettres de différents propriétaires terriens où les aperçus se précisent de plus en plus, où l\u2019on sent un véritable désir de libérer les idées qui sommeillaient.Comme ce sont des leurs qui écrivent, comme cette agitation jaillit de la société dont ils font partie, l\u2019intérêt des paysans est éveillé.Qu\u2019on multiplie les cercles, qu\u2019on les active, que ceux qui le peuvent y jettent une note ardente patriotique, et nous aurons bientôt une élite de campagne qui par la tête secouera les volontés.Il faudra aussi songer aux traditions.Les jours se ressemblent dans l\u2019incessant rouage de la culture champêtre.Que l\u2019on pose des arrêts par l\u2019institution de cérémonies ou de coutumes.Elles feront l\u2019effet d\u2019un carrefour sur une longue route.Le voyageur fatigué s\u2019anime, se penche, enveloppe d\u2019un coup d\u2019œil circulaire la nouvelle perspective et poursuit son voyage plus gaiement.Si aux différentes saisons, aux différents aspects de la campagne, l\u2019on faisait correspondre une tradition dans l\u2019avenir, on aurait partiellement raison de l\u2019ennui ou de l\u2019apathie.Et ceci nous amène aux deux principaux agents de l\u2019entreprise rêvée: le curé et le professionnel.L\u2019un dispose du facteur le plus puissant qui existe, l\u2019acte religieux.L\u2019autre porte l\u2019auréole de ses \u201cétudes faites\u201d.L\u2019un et l\u2019autre doivent se donner la main pour l\u2019élan nécessaire, se trouver à la base de tous les faits publics, chacun dans sa sphère, être les régulateurs de l\u2019opinion et les ferments 524 LA REVUE DOMINICAINE qui font lever la masse.Que dans ce but, le curé s\u2019applique à parer de tout l\u2019éclat possible les cérémonies d\u2019église: qu\u2019il n\u2019y ait pas de détails sur ce point.L\u2019imagination est une porte brillante du coeur.Qu\u2019il organise des fêtes spéciales : bénédiction des champs aux semailles ; prières publiques, processions champêtres au pied des croix, l\u2019été, pour attirer la protection divine; actions de grâces à l\u2019automne où les cadeaux offerts serviront pour les pauvres ou les défunts, si la criée fait défaut; journée des morts au cimetière; ouverture solennelle des écoles, tantôt dans l\u2019une, tantôt dans l\u2019autre, où la paroisse est invitée, où l\u2019on parle, où l\u2019on sème les bonnes idées, que sais-je?Pénétrer partout pour que la foi s\u2019imprègne dans les cervelles, pour que le surnaturel devienne une atmosphère, tel semble être le programme opportun.Que Messieurs les curés ne voient pas dans ces lignes autre chose que des suggestions ! Il ne nous appartient pas de dépasser cette limite.Qu\u2019ils conçoivent avec leur zèle accoutumé le plan à suivre selon les circonstances du milieu où iis se trouvent.Nous ne lançons qu\u2019un appel afin de tuer la monotonie et galvaniser pour du meilleur le corps autrefois si vigoureux de nos campagnes canadiennes.Que le professionnel se souvienne de la valeur de son rang et des exigences qu\u2019il comporte! Si sa science est un bien, sa culture est une perfection.Il n\u2019a pas le droit de ramasser ses forces vives pour les utiliser dans un seul but matériel ou même scientifique.Il doit payer sa quote-part humaine.Il n\u2019y arrivera qu\u2019en usant de son prestige, qu\u2019en se penchant autour de lui pour élever tant soit peu, qu\u2019en donnant de son coeur dans un apostolat hautement compris.Qu\u2019il groupe donc ceux-là qui sont faibles de par leur isolement! Qu\u2019il soit à la tête du mouvement temporel, qu\u2019il recueille les jeunes, qu\u2019il LE RENOUVEAU DES CAMPAGNES 525 les forme à des amusements salutaires, joûtes sportives, comédie, drame, concerts, etc.Qu\u2019il leur fournisse un but à atteindre, qu\u2019il les tienne en haleine, qu\u2019il détruise les rêves déprimants où s\u2019attarde leur volonté ! Oh ! si l\u2019on voulait ainsi mêler le profane au religieux, si le torrent pouvait enfin se déclancher, la campagne changerait.On accumulerait sacrifice sur sacrifice pour y demeurer.Nous verrions les années se clore sans ces fuites déconcertantes.Nous verrions se combler le fossé qui sépare de plus en plus l\u2019église du travail extérieur et, de l\u2019union reconquise, découleraient des bienfaits sans nombre.Ce serait le bonheur paisible, les mœurs probes, l\u2019attachement vibrant à notre bonne terre, le long cri de réponse aux mille chants des cités.Des villages coquettement inclinés sur l\u2019eau calme des rivières, ou de la petite ville, fleur de la plaine, sortiraient, non pas les échos troublants des plaisirs grossiers, non pas le tapage de la fausse richesse qui s\u2019amuse, mais le murmure joyeux des récréations honnêtes, les propos placides des travailleurs.Et dans les rangs le laboureur conscient de sa fonction, se sachant quelque chose, verrait, du haut de ses croix reconstruites, Dieu lui indiquer sa route et bénir ses efforts.Uni à ses semblables, il serait puissant de la sympathie générale.Le tournant dangereux serait franchi.Le présent aurait gagné sur le passé de toute l\u2019épreuve supportée et vaincue.Ce que cette vie pourrait être: Un amour, une force, un progrès.Armand Beauregard, prêtre. S\u2019IL FAUT ET COMMENT VOTER Le droit nouveau issu de la Révolution française ne pouvait prendre, assurément, l\u2019Eglise de Dieu par surprise, mais il a pris les théologiens au dépourvu.Et j\u2019entends par là que les droits et prérogatives, non plus que les devoirs et responsabilités du peuple vis-à-vis du régime gouvernemental, n\u2019avaient pas été dûment exposés dans les traités de morale.On se contentait d\u2019étudier, à la suite de saint Thomas, les devoirs des princes ainsi que les avantages et inconvénients des diverses formes de gouvernement.Aujourd\u2019hui encore, il nous manque une théologie civique, complète et unifiée; c\u2019est à peine si les plus récents manuels contiennent une brève annexe sur la nature du suffrage électoral, la nécessité du vote consciencieux et les conséquences d\u2019un mauvais vote au point de vue de la restitution.Cependant, les éléments de doctrine épars dans l\u2019œuvre catholique ne manquent pas.Une littérature immense a été consacrée au sujet, depuis cent ans, dans chaque pays du monde et plus notamment en France.Des journaux, des brochures, des revues, des manifestes, des harangues parlementaires et des discours de congrès nous ont clairement enseigné qu\u2019il existe un devoir civique et surtout un devoir électoral.Dans une sphère plus haute et plus vénérable, des Lettres et Mandements d\u2019Evêques, des Conciles provinciaux et jusqu\u2019à des Encycliques romaines sont venus, dans les périodes de crise, révéler au peuple et à ses gouvernants leurs obligations de justice.Et certes, on peut trouver, dans ces docu-ments de la pensée chrétienne, des données plus que suffisantes pour déterminer ce qui est obligatoire, licite ou défendu en morale politique.Mais, je le répète, ce s\u2019il faut et comment voter 527 travail de condensation et de précision n\u2019est pas accompli; et je crois bien que seules, les circonstances historiques l\u2019ont empêché jusqu\u2019à présent.Je n\u2019en fournirai pas d\u2019autre preuve que ce Catéchisme électoral publié par quinze évêques français, en 1891, et tout aussitôt retiré de la circulation, pour ne pas compromettre les relations officielles de l\u2019Eglise et de l\u2019Etat.Toutes ces considérations préalables, le lecteur l\u2019a pressenti, ont pour objet d\u2019excuser à l\u2019avance les imperfections de la présente étude sur les obligations du citoyen électeur.Le point le plus sûr est l\u2019opportunité du sujet.Elle ne résulte pas seulement de l\u2019approche des élections fédérales.Tout le rouage administratif repose finalement sur le vote populaire.Agriculture, industrie, commerce, enseignement, morale publique, politique guerrière ou fiscale, liberté du culte, rapports de l\u2019Eglise et de l\u2019Etat, tout est confié aux mains de nos députés, ministres et sénateurs, lesquels sont en définitive ou de façon immédiate élus par le peuple.Or, l\u2019électeur est responsable des actes de l\u2019élu dans la mesure où il pouvait les prévoir et selon la part efficace qu\u2019il prit à l\u2019élection.Il n\u2019édifie rien par lui-même dans la cité, mais il choisit l\u2019architecte; d\u2019un autre côté, il n\u2019attente à la bourse et à la vie de quiconque, mais il désigne le voleur et l\u2019assassin.Et ce qui donne davantage à réfléchir, c\u2019est que le vote du plus ignorant ou du plus malhonnête compte autant dans l\u2019urne que celui du plus intègre ou du plus instruit.Cela revient à dire, selon une pensée célèbre de Montesquieu, que le système démocratique a pour base principale la vertu.Dès lors, instruire le peuple de ses devoirs électoraux et le façonner pour autant à la vertu civique, corollaire indispensable de la vertu privée, n\u2019est-ce pas une tâche opportune et avant tout sacerdotale et religieuse ?Et ne dirait-on pas, à la vue des criants désordres et des 528 LA REVUE DOMINICAINE stupéfiantes anomalies qui se produisent, que les parents à domicile, les maîtres à l\u2019école, et le clergé dans les chaires ont quelque peu délaissé, sans toutefois la méconnaître, la préoccupation de former des âmes de citoyens ?Mettant de côté la charge oratoire et les formules trop vaguement compréhensives, je veux m\u2019appliquer dans ces pages à discerner le cri de la conscience, parmi tant de voix qui font clameur autour d\u2019elle à certaines dates, et les strictes exigences de la doctrine, parmi tant d\u2019écrits divers où l\u2019on souhaiterait moins d\u2019éloquence et plus de précision.Commençons par les définitions et principes qui, s\u2019ils ne régissent point totalement une matière à contingences variées et multiples, contiennent déjà, cependant, des conclusions sûres d\u2019ordre politique et moral, et nous offrent ainsi un point de départ avantageux.Mais distinguons soigneusement tout d\u2019abord le droit de vote et l\u2019exercice de ce droit.Le droit de vote est le droit naturel du peuple de choisir le sujet du pouvoir.\u201cPar le choix de la multitude, écrit Léon XIII, le souverain est désigné, les droits de la souveraineté ne sont pas confiés; l\u2019empire n\u2019est pas confié, on statue par qui il doit être exercé.\u201d1 Le pouvoir même est transmis par Dieu, \u2014 et sans intermédiaire, selon l\u2019enseignement ,de Léon XIII et des théologiens modernes, Zigliara, Liberatore, etc.Le droit de vote ainsi compris et délimité est-il un droit naturel du peuple ?Le R.P.Forest qui a, comme on sait, étudié le problème à fond, répond de la sorte: \u201cN\u2019oublions pas qu\u2019il s\u2019agit du peuple pris en soi, et non pas du peuple vivant sous (el ou tel régime, à telle ou telle époque.Et nous répondons que le droit pour le peuple de désigner le sujet du pouvoir est un droit naturel.C\u2019est la nature en effet 1.\u2014End.Diuturnum. s\u2019il faut et comment voter 529 qui exige qu\u2019il y ait une société, et qu\u2019il y ait non seulement un pouvoir abstrait, mais un sujet exerçant ce pouvoir.Alors qui va désigner ce sujet du pouvoir ?Est-ce Dieu ?Il l\u2019a fait parfois pour son peuple : mais ce furent toujours des cas d\u2019exception.Est-ce la nature elle-même ?Pas davantage.Sans doute la nature, en donnant à certains hommes des aptitudes spéciales pour le gouvernement, semble par là les désigner au choix de la multitude.Mais ces indications sont trop vagues pour être prises pour une véritable désignation.Il ne reste plus que la multitude ou le peuple.Il faut donc affirmer que le peuple, statuant par qui le pouvoir doit être exercé, use d\u2019un droit que la nature elle-même lui a confié.\u201d2 Quant à l\u2019exercice du droit de vote pratiqué sous le régime démocratique et suspendu sous le régime monarchique absolu, il peut juridiquement se définir: la faculté légale et onéreuse de désigner les chefs du peuple, c\u2019est-à-dire ceux qui devront prendre une part plus ou moins grande au gouvernement du pays.De cette définition tous les mots sont essentiels.Le mot faculté est mis là par opposition à celui de fonction qui supposerait une sorte de contrat entre la société et l\u2019électeur et, de la part de celui-ci, des obligations trop constamment rigoureuses.Le vote obligatoire n\u2019existe que dans certains pays.Malgré tout, on peut considérer le suffrage électoral comme étant, à un certain degré, une fonction dont la société investit ceux qu\u2019elle estime en état de la remplir.Le mot légale écarte l\u2019idée d\u2019un droit de nature qui n\u2019est autre que le droit radical dont nous parlions à l\u2019instant.Le mot onéreux signifie que le droit de vote n\u2019est pas toujours facultatif et comporte certaines obligations quant à l\u2019exercice même et au mode d\u2019exercice.Et le reste 2.\u2014Revue Dominicaine, février 1922, pp.72, 73. 530 LA REVUE DOMINICAINE de la phrase indique clairement qu\u2019il s\u2019agit de l\u2019accession au pouvoir démocratique sous toutes ses formes et à tous ses degrés, y compris le simple degré municipal.Parlant de faculté onéreuse, nous sommes amenés à traiter immédiatement de l\u2019abstention électorale et à résoudre la question : Est-ce un péché de ne pas voter ?L\u2019obligation du scrutin peut émaner de la loi humaine, ou de la loi divine, ou des deux en même temps; et nous devrons plus d\u2019une fois utiliser cette distinction.Quand il n\u2019y a pas de texte légal obligeant les citoyens qualifiés à se servir de leur droit de suffrage, la position est claire, et, généralement parlant, un électeur peut s\u2019abstenir selon ses motifs.S\u2019il existe, au contraire, comme depuis quelques années en Belgique, une loi rendant le vote obligatoire, elle oblige à la façon des lois pénales, c\u2019est-à-dire qu\u2019un citoyen réfractaire n\u2019aura qu\u2019à subir la sanction prévue.3 Cependant, des circonstances peuvent se présenter où cette désobéissance légale pourrait constituer une faute grave.Le quatrième Concile de Québec déclare, en effet, que la même loi accordant le droit de suffrage aux citoyens leur impose une grave obligation de s\u2019en servir quand il le faut.Eadem lex quæ civibus tribuit jus suffragii, iisdem gravem imponit obligationem ferendi suffragium suum quando oportet.Ce quando opportet ne peut évidemment s\u2019entendre que des cas graves où l\u2019obligation civile se confond avec le commandement divin.Il y a, en effet, un commandement divin qui ordonne de pratiquer le bien et la justice, et d\u2019empêcher le mal et l\u2019injustice dans la mesure de son pouvoir.Qui osera nier que le vote collectif soit une arme puissante pour le triomphe des bonnes ou mauvaises causes ?Mais le 3.\u2014Vermeersch, Quaestiones de Justitia, q.3, c.1, a, 2. s'il faut et comment voter 531 vote collectif est formé des votes individuels comme un grand bataillon de petits soldats.C\u2019est pourquoi l\u2019abstention efficace, c\u2019est-à-dire susceptible de faire pencher la balance du côté injuste, doit, généralement, être imputée à péché.Et notons bien que l\u2019abstention peut devenir efficace par elle-même, ou par le scandale qu\u2019elle provoque et les défections qu\u2019elle entraîne.Notons encore qu\u2019en plus d\u2019un cas, l\u2019abstention équivaut à un vote pour le candidat indigne, puisqu\u2019on rejette ainsi l\u2019occasion d\u2019annuler le suffrage de l\u2019un de ses partisans.Le deuxième chapitre du Catéchisme électoral de S.E.le Cardin?1 Sevin établit clairement l\u2019obligation de voter, \u201cobligation fondée sur la justice légale, la religion et la charité, de sorte qu\u2019il y a faute grave à s\u2019abstenir lorsque l\u2019abstention n\u2019est pas excusée par un motif proportionné.\u201d Le motif raisonnable d\u2019abstention est plus facile à trouver sous un salutaire régime de liberté politique et religieuse.Mais il ne faut pas oublier que, même au Canada, nous avons des libertés à conquérir et d\u2019autres à conserver.Tard venues en France, ces hautes leçons de foi et de patriotisme arrivent à point dans notre pays : sachons donc profiter de l\u2019expérience de nos aînés.En 1871, au lendemain de la guerre franco-prussienne, les électeurs français envoyaient à l\u2019assemblée nationale 438 représentants monarchiques contre 200 républicains.D\u2019après M.Hanotaux,4 les premiers l\u2019emportèrent plutôt comme partisans de la paix.Mais n\u2019empêche que tous ces élus étaient d\u2019ardents catholiques et formaient la majorité de l\u2019assemblée.De 1876 à nos jours, cette majorité s\u2019est effrité de façon lamentable, jusqu\u2019à devenir la droite d\u2019aujourd\u2019hui, inapte comme on sait à 4.\u2014Gabriel Hanotaux, Histoire de la France contemporaine, t.I, p.29. 532 LA REVUE DOMINICAINE parer les coups tyranniques et les persécutions de la gauche.Où chercher la cause d\u2019un pareil désastre ?En premier lieu, dans l\u2019abstention politique.Gémir et s\u2019abstenir, tel fut le programme des modérés durant cinquante ans, sauf de louables exceptions.En 1893, il y eut 3,075,534 abstentions; en 1906, le chiffre en était baissé à 2,328,233 ; et sur ce nombre, les adversaires eux-mêmes admettaient que les trois quarts eussent été des voix libérales.Au lieu de bouder le suffrage universel que l\u2019Eglise n\u2019a jamais condamné, du reste, le parti de l\u2019ordre n\u2019eut-il pas mieux fait de s\u2019en servir comme d\u2019un instrument qu\u2019on souhaiterait meilleur et plus approprié ?Sans doute, le nombre est une force aveugle, puisqu\u2019il substitue une loi arithmétique à une loi morale, et puisque les sots et les pervers sont la majorité depuis Adam.Mais la moralité peut être rendue au nombre, grâce à l\u2019intervention des meilleurs citoyens.Hélas ! par mépris des urnes, on peut dire que de bons Français ont trahi la France.Ce n\u2019est que justice d\u2019ajouter que les mêmes sont en marche de relever leur pays par une réaction d\u2019ensemble à base d\u2019union fédérative et d\u2019action électorale.Déjà, quelques mois avant la guerre, ils avaient fondé l\u2019Union catholique, vaste association dont le but avoué était de concentrer les forces des militants sur un terrain qui dominât les chicanes de parti.Ce louable essai de relèvement après la chute devrait, je le répète, ouvrir les yeux aux Canadiens-français, stimuler leur énergie politique, les encourager dans leurs luttes pour la langue et l\u2019école, surtout ceux d\u2019Ontario, à la merci d\u2019un Cabinet depuis si longtemps fanatique et oppresseur.Mais une fatale psychologie veut que les nations, comme les individus, ne soient guérissables que par leur propre expérience. s\u2019il faut et comment voter 533 En résumé, l\u2019abstention électorale peut être considérée au double point de vue de la loi civile et du commandement divin.En l\u2019absence d\u2019un texte légal obligeant les citoyens de voter, ces derniers ont généralement le droit de s\u2019abstenir; si le vote obligatoire existe, comme en Belgique, il oblige à la façon des lois pénales, et tout délinquant n\u2019aurait qu\u2019à subir la sanction prévue.Mais il advient fréquemment qu\u2019un électeur, laissé à soi-même au point de vue strictement légal, se trouve lié par un commandement suprême de religion, de justice ou de charité,5 lorsque, par exemple, il est appelé à choisir entre deux candidats, l\u2019un bon, l\u2019autre mauvais, ou bien, lorsqu\u2019une question grave devant faire l\u2019objet d\u2019une décision parlementaire, on prévoit quelle sera l\u2019attitude de chaque candidat, une fois élu.Dans ces circonstances, l\u2019abstention efficace est considérée comme une faute grave.Que si l\u2019on s\u2019abstient en vertu d\u2019une commune entente, et qu\u2019un mauvais candidat triomphe par ce procédé, chaque membre du groupe abstentionniste est efficacement responsable du résultat.Si la nécessité du vote s\u2019impose en de certaines circonstances, la nécessité du vote consciencieux s\u2019impose toujours et ne souffre aucune exception.La conscience régit tous les actes du catholique et, à plus forte raison, les actes à répercussion sociale, comme l\u2019élection aux charges politiques.Les bulletins de vote seront dépouillés une seconde fois au jour du jugement.Et ceux qui auront réussi à se façonner deux consciences, l\u2019une pour la vie publique et l\u2019autre pour la vie privée, seront stupéfaits, alors, de n\u2019en plus rencontrer qu\u2019une seule, et merveilleusement simple, érigée en témoin contre eux.On dit que ce dédoublement des consciences a lieu davantage au 5.\u2014Vermeersch, Ibid; Gariépy, Theol.Mor., t.II, N.379. 534 LA REVUE DOMINICAINE sein des démocraties encore jeunes, grisées par les conquêtes nouvelles, et insuffisamment averties de leurs devoirs et responsabilités.Mais comment expliquer que l\u2019esprit chrétien et catholique ne fasse point contrepoids ?A la faveur de l\u2019argent ou de l\u2019esprit de parti, on verra, chez nous, sortir vainqueurs des urnes les noms de candidats tout à fait indignes des fonctions politiques, ou manifestement inférieurs à la tâche.Des électeurs cana-diens-français et catholiques nous ont offert cet étonnant spectacle, en des circonscriptions où ils dominaient cependant par le nombre et l\u2019influence.La position est claire et le cas de conscience n\u2019existe pas, pour ainsi dire, lorsque l\u2019électeur doit simplement fixer son choix entre un bon et un mauvais candidat.Efficace ou non, le vote en faveur de ce dernier constitue une faute grave.C\u2019est l\u2019adhésion anticipée et une sorte de coopération plus ou moins formelle et volontaire à toutes les mesures injustes qu\u2019il favorisera par la suite, si le scrutin tourne en sa faveur.Mais où le cas de conscience se présente avec ses mille exigences et particularités, c\u2019est quand il s\u2019agit de choisir entre un candidat franchement mauvais et un autre un peu plus acceptable.Convient-il alors de s\u2019abstenir ou de voter pour le moins mauvais ?La question est si opportune en France que les évêques n\u2019ont pas craint de la discuter minutieusement dans les pièces dont j\u2019ai fait mention.Il leur fut malaisé d\u2019établir des règles fixes sur un point où les circonstances locales jouent un si grand rôle.Le Cardinal Sevin enseigne qu\u2019on ne peut voter pour un candidat moins mauvais que son rival, s\u2019il est un ennemi de l\u2019Eglise, ou s\u2019il professe par ailleurs des principes subversifs du bien public.Mais il ne prétend pas qu\u2019on doive toujours s\u2019abstenir ou déposer dans l\u2019urne un bulletin blanc, à titre de protestation.Il admet, s\u2019il faut et comment voter 535 en conformité avec ce principe qu\u2019entre deux maux il faut choisir le moindre, que l\u2019on puisse voter pour un candidat \u201cmoins mauvais\u201d, si toutefois il s\u2019agit de faire échec à un candidat notablement pire, et si le candidat tolérable s\u2019engage en quelque mesure à faire respecter le droit et la justice.Si l\u2019individu paraît simplement opposé à une aggravation de régime antilibertaire, on peut lui accorder son suffrage, mais il est à souhaiter que partout les électeurs catholiques subordonnent leur vote à quelque garantie positive et publique de la part du candidat, de telle sorte que le député qui aura bénéficié de leur appoint se trouve engagé d\u2019une manière suffisante à défendre la liberté religieuse.En somme, nous n\u2019avons rencontré aucun texte officiel, portant une signature d\u2019évêque, où l\u2019on recommandât, sans conditions sérieusement limitatives, de voter pour le candidat moins mauvais.Observons qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un vote licite et non pas obligatoire, de sorte que l\u2019abstention, dans ces cas, semblerait permise et suffisamment justifiée.Où le cas de conscience réapparaît, plus navrant d\u2019à-propos et plus redoutable au moraliste, c\u2019est quand il se voit forcé d\u2019examiner de près cet abus toujours grandissant qui a nom la vénalité électorale ou le trafic des votes.Dieu défend de contrevenir aux prescriptions comme aux défenses de notre conscience morale, et, à plus forte raison, d\u2019y contrevenir pour de l\u2019argent ou pour toute autre compensation évaluable à prix d\u2019argent.Et c\u2019est bien ce qu\u2019il faut entendre par le trafic des consciences, péché très grave que l\u2019on peut comparer au crime de simonie tant flétri par l\u2019histoire et si rudement châtié par l\u2019Eglise.Cependant, pour qu\u2019il y ait véritable trafic de conscience, il faut que la conscience ait eu à intervenir et soit intervenue dans le débat intime que suppose un tel marché.Si j\u2019ai décidé à part moi 536 I .A REVUE DOMINICAINE d\u2019accepter la soumission d\u2019un entrepreneur, et qu\u2019au moment de signer le contrat, quelqu\u2019un m\u2019offre des conditions plus avantageuses, je puis facilement me désister sans manquer à la justice ni forfaire à l\u2019honneur.Pourquoi ?Ma conscience n\u2019est pas engagée, mon intérêt seul est en cause.Ou, si ma conscience intervient, c\u2019est uniquement pour autoriser ma volte-face.Il en serait autrement si j\u2019avais signé le contrat et lié ma conscience par cette démarche.Mais comme plusieurs s\u2019autorisent de ces données élémentaires pour justifier diverses négociations politiques, nous allons voir s\u2019il est possible de les appliquer à la matière électorale.Nul doute qu\u2019il y ait vente et achats directs de ma conscience, lorsque je me décide à appuyer un candidat indigne sur promesse ou livraison d\u2019argent, ou en échange d\u2019une position, d\u2019un titre, d\u2019un avantage quelconque estimable à prix d\u2019argent.Ma conscience a parlé ; en vertu d\u2019un calcul intéressé, je méprise sa voix, ou je la force à tenir un langage contraire : elle est troquée ou vendue.J\u2019ai donc péché gravement contre la Loi divine elle-même.Si l\u2019avantage offert n\u2019est pas estimable à prix d\u2019argent, il n\u2019y a plus vente et achat au sens précis des mots, mais il y a trahison, ce qui, dans le domaine moral, représente à peu près la même chose.Mais supposons le cas où deux candidats dûment qualifiés sont en lice et sollicitent ma voix.Je dois en conscience examiner leurs mérites respectifs, et l\u2019enquête sera brève, car l\u2019un et l\u2019autre offrent les meilleures garanties possibles quant à l\u2019exécution fidèle de leur mandat.Ma conscience me dit: \u201cTu peux voter pour tel candidat ou son rival, sans distinction.\u201d En apparence du moins, ma conscience ne va pas plus loin et son rôle semble terminé.Alors, pour fixer mon choix, je vais pouvoir consulter mes préférences personnelles, motivées par S'IL faut et comment voter 537 l\u2019intérêt, l\u2019amitié, l\u2019attache à une théorie politique, même à un parti.C\u2019est fait: je vote pour le candidat X, au détriment du candidat Z.Mais survient un tiers pour me représenter qu\u2019après tout, les principes ne sont pas en jeu dans la présente élection, que la question de personnes est nulle ou à peu près, et qu\u2019il n\u2019y aurait pas de mal à lâcher X pour Z, moyennant la somme de.Et voici que j\u2019accepte le marché avec ou sans hésitation.Qu\u2019ai-je fait ?Ai-je vendu ma conscience ?A première vue, non; j\u2019ai vendu simplement mes préférences personnelles, ou plutôt, je les ai modifiées par l\u2019appât d\u2019un gain, comme je le fais chaque jour à mon bureau, comme le font chaque jour des milliers de personnes changeant le parti-pris de la veille pour la décision plus profitable du moment.Tout le commerce et la routine des affaires en générale ne reposent-ils pas sur ce va-et-vient de l\u2019opinion alléchée par le lucre ?Mais, à seconde vue, oui, j\u2019ai vendu ma conscience, de façon indirecte cette fois.Car, au moment de la transaction, ma conscience, dont le rôle semblait terminé, dut intervenir de nouveau pour me rappeler un strict devoir, celui d\u2019obéir aux lois.En effet, la loi civile, d\u2019abord, entre en scène pour prohiber, non pas le trafic des consciences, (termes ignoré du code, en général) mais le trafic des votes, purement et simplement.Votes de principe ou votes d\u2019opinion, votes de parti ou votes d\u2019intérêt, la loi décrète que les votes du citoyen ne seront point matière à négoce.Ainsi que l\u2019industriel et l\u2019homme d\u2019affaires, il pourra changer d\u2019opinion vingt fois le jour, même en se rendant au bureau de votation, et même pour le plus insignifiant motif, mais jamais pour une somme de.Cette loi est portée en vue du bien commun si gravement compromis par la vénalité électorale.Nous sommes donc en présence d\u2019une matière sérieuse.Sé- 538 LA REVUE DOMINICAINE rieuse aussi l\u2019intention du législateur, si l\u2019on peut en juger par les peines statuées contre les trafiquants du vote, acheteurs ou vendus : six mois d\u2019emprisonnement, une amende de deux cents dollars, et la perte des droits politiques durant six ans, si la manœuvre corruptrice a lieu au cours d\u2019une élection provinciale, et sept ans, s\u2019il s\u2019agit d\u2019une élection fédérale.De plus, annulation de l\u2019élection, s\u2019il est prouvé que le candidat vainqueur a agi en personne dans l\u2019achat des suffrages.Enfin, autre circonstance aggravante, le serment rendu exigible de la part de chaque électeur, au moment de voter.Pour tous ces motifs, si jamais une loi civile peut obliger sub gravi, (et sur ce principe tous les auteurs de théologie sont d\u2019accord) n\u2019est-ce pas celle qui prévoit et fustige de la sorte l\u2019acte le plus honteux et le plus dégradant que puisse commettre un citoyen ?6 A l\u2019autorité et la défense de la loi civile se joignent l\u2019autorité et la défense de la loi ecclésiastique.Il est évident, d\u2019abord, que cet aspect moral de nos élections politiques ou municipales relève du magistère de l\u2019Eglise.Et personne, que je sache, parmi nos catholiques, n\u2019oserait parler d\u2019influence indue à propos de l\u2019ingérence épiscopale en cette matière déterminée.Or, en plus d\u2019une circonstance solennelle, nos évêques ont émis leur jugement sur ces manœuvre corruptrices que l\u2019opinion pu- 6.\u2014Tout le problème de la corruption électorale repose en somme sur une très célèbre et très lumineuse distinction.La vente directe de la conscience commandant ou défendant tel vote est une iction défendue parce que mauvaise: Prohibitum quia malum.La vente indirecte de la conscience permettant tel vote, mais défendant de contrevenir aux lois, est une action mauvaise parce que défendue: Malum quia prohibitum.Les défenses positives de la loi tant ecclésiastique que civile prennent effet à partir de l\u2019émanation des brefs, quand il s\u2019agit d\u2019élections politiques, et de la mise en nomination des candioats, quand il s\u2019agit d\u2019autres élections, jusqu\u2019au jour de la votation inclusivement. s\u2019il faut et comment voter 539 blique tolère de nos jours, à la honte de l\u2019individu, au préjudice de la société, à la disgrâce du régime parlementaire.La valeur des assertions suppléant au nombre, je me borne à citer le IXe Décret du IVe Concile de Québec, reproduit substantiellement par le XVIIIe Décret du Ve Concile de la même Province, et, textuellement, par le IXe Décret du premier Concile de Montréal.Exhortation faite aux électeurs d\u2019avoir toujours en vue le bien de la religion et l\u2019intérêt du pays, les Pères ajoutent: \u201cD\u2019où il ressort en toute évidence que tous ceux qui vendent leur suffrage sont coupable non seulement devant les hommes, mais devant Dieu.\u201d Unde evidenter sequitur eos omnes peccare, et quidem non tantum coram homi-nibus, sed et coram Deo, qui suffragium suum venduntJ Je pourrais citer plusieurs Mandements d\u2019évêques et des Instructions aux prédicateurs et confesseurs, où le trafic des votes et, en général, toute atteinte portée à la liberté des électeurs, \u2014 par des menaces, promesses, conventions, distributions d\u2019argent ou de liqueurs, \u2014 sont nettement spécifiés et classés parmi les péchés mortels de leur nature : ex genere suo.Et notons bien qu\u2019il s\u2019agit d\u2019élections politiques \u201cet autres\u201d.Il y eut même une période assez longue, à dater de 1876, je pense, où ce délit particulier formait un cas réservé dans l\u2019archi-diocèse de Québec.Mais l\u2019autorité crut plus tard devoir supprimer la réserve, vu que cette mesure ne gênait en rien les mauvais catholiques, honteusement résignés à toutes les conséquences de leurs actes, et qu\u2019ils en profitaient même pour tendre des pièges à d\u2019honnêtes adversaires, les impliquer dans des troubles de conscience et, finalement, les empêcher de voter.Il va de soi que la suppression de la réserve n\u2019enlève rien au caratctère gravement peccamineux des susdites négociations.7.\u2014Le Premier Concile Plénier de Québec, No 418, a reproduit ce fameux texte en l\u2019accompagnant d\u2019un vigoureux commentaire. 540 LA REVUE DOMINICAINE Est-ce à dire que ce double précepte n\u2019admette point, pratiquement, légèreté de matière ?On sait que la loi civile ne scrute pas les intentions, d\u2019ordinaire, et s\u2019en tient à la brutalité du fait matériel.Si donc il est prouvé qu\u2019un électeur, censément de bonne foi, s\u2019est rendu coupable de corruption active ou de vénalité, il devra subir la sanction prévue par le code.Et la loi civile ne s\u2019occupe pas davantage du montant plus ou moins considérable versé et obtenu dans une transaction de ce genre: pour une fois, le prix ne fait rien à l\u2019affaire.fort noi, car, à n S1D1D La loi ecclésiastique, au contraire, dans la plupart de ses décrets et sanctions, considère les dispositions de l\u2019âme et les moindres circonstances de l\u2019acte extérieur.Le confesseur devra donc examiner sous toutes ses faces un délit de ce genre avant de porter jugement.S\u2019il y eut vente et achat directs de la conscience d\u2019un électeur, impossible à quiconque de plaider ignorance ou bonne foi; l\u2019ignorance et la bonne foi elles-mêmes ne seraient-elles point criminelles ?Donc, faute grave à chaque cas et restitution obligatoire.S\u2019il y eut vente et achats indirects de la conscience, par transgression du code civil et de la loi ecclésiastique, \u2014 comme il arrive chaque fois qu\u2019un individu trafique de ses amitiés particulières, de ses préférences politiques, ou bien, tout en votant à sa guise, ne se décide à voter que sur promesse ou livraison d\u2019argent, \u2014 le coupable pourra plaider parfois les circonstances atténuantes : modicité de la somme perçue, caractère vague des promesses ou des menaces, services réels, quoique grassement rémunérés; et puis, du côté subjectif, faiblesse, passion, ignorance, entraînement de la lutte, que sais-je ?Sans doute, il a sacrifié son honneur et sa dignité personnels.Sans doute, l\u2019âme d\u2019un citoyen doit être grande et propre, ouverte aux desseins les plus généreux, fermée à toutes les mesquines combi- ni lies Il loi 9131 « s\u2019il faut et comment voter 541 naisons d\u2019une politique au ras du sol.Mais que voulez-vous ?Il est écrit qu\u2019on n\u2019entrera pas au ciel sans vêtement nuptial, et non pas: sans panache, ce qui paraîtra fort avantageux pour le plus grand nombre.Je veux clore cette longue étude, \u2014 nécessitée, selon moi, par les mœurs du jour et les inconvénients du régime parlementaire, \u2014 par ce passage d\u2019une Lettre pastorale du regretté Cardinal Bégin, adressée, le 1er mars 1897, aux fidèles de l\u2019archidiocèse de Québec, dont il était alors simplement Administrateur : \u201cDans ces luttes politiques comme dans les autres, seules les armes loyales et honnêtes sont permises.Pas plus en temps d\u2019élections qu\u2019en autre temps, il n\u2019est permis à personne de se soustraire à la loi de Dieu et à sa sainte volonté.Pas plus en matière politique et civile qu\u2019en aucune autre, la constitution qui vous autorise à donner librement votre suffrage aux hommes de votre choix ne vous permet aucun moyen injuste ou déshonnête d\u2019assurer leur triomphe et celui de vos propres opinions.Quand elle le voudrait, elle ne le pourrait pas.Elle peut bien ajouter aux obligations que Dieu vous a imposées par la loi naturelle, ou par ses commandements, ou par la loi de l\u2019Eglise, mais elle ne saurait en aucun cas vous en affranchir.La loi civile ne vous excusera donc pas, au jugement de Dieu, des transgressions de la loi divine que vous aurez commises; elle vous en accusera, au contraire, et rendra plus terrible votre condamnation ; car ces fautes commises dans votre vie publique entraînent toujours plus ou moins de scandale et ne nuisent pas seulement à quelques particuliers, mais à la société tout entière.\u201d * M.-A.Lamarche, O.P. L\u2019ECOLE PAROISSIALE AUX ETATS-UNIS Le splendide édifice que nous venons de visiter, la solennité des cérémonies qui viennent de se dérouler sous nos yeux flattent notre sentiment esthétique et provoquent notre admiration.Cet édifiant spectacle nous invite aussi à la réflexion.Car, si l\u2019Eglise met au service de cette fête la pompe liturgique des plus grands jours, si elle la veut présidée et dirigée par le plus haut dignitaire de sa hiérarchie diocésaine \u2014 et la gracieuse présence de Mgr l\u2019Evêque de Fall River nous en donne la consolante certitude \u2014 c\u2019est que l\u2019occasion qui commande ce magnifique déploiement doit être bien lourde de sens.Si le gouvernement municipal qui est une des cellules constitutives de l\u2019Etat, daigne aussi déléguer à cette fête le premier de ses officiers, c\u2019est à croire que l\u2019objet de ces manifestations est d\u2019une bien haute, d\u2019une souveraine importance.En effet, c\u2019est une école qui s\u2019ouvre, un palais de l\u2019instruction bilingue, un foyer ardent de catholicisme, un appareil incubateur du plus pur civisme américain.Ce n\u2019est donc pas, comme l\u2019ont prétendu et le prétendent encore de faux patriotes, exploiteurs des préjugés religieux, comme l\u2019ont dit et comme le répètent 1.\u2014M.l\u2019abbé Tancrède Beauregard, vicaire au S.Nom de Jésus de Worcester, Mass., a bien voulu nous communiquer le texte ci-joint du discours qu\u2019il a prononcé, le 13 septembre, aux fêtes d\u2019inauguration de l\u2019Ecole Sainte-Anne de Fall-River.Cette pièce éloquente ne répond pas exactement aux conceptions des partisans du rapatriement à outrance, encore moins aux préjugés de ceux qui accusent les nôtres là-bas de vouloir former des citoyens en marge de la nation, mais elle traduit fidèlement l\u2019idéal des Franco-Américains nés sur le territoire voisin et décidés à y vivre et à y mourir.\u2014N.D.L.R L\u2019ÉCOLE PAROISSIALE AUX ÉTATS-UNIS 543 encore la meute des sinistres farceurs qui rapetissent et avilissent tout ce qui n\u2019est pas catholique, comme le proclament encore par leur doctrine et par leur conduite, les partisans outrés de l\u2019unité trilogique dont ils font presqu\u2019une trinité dogmatique \u2014 l\u2019unité de la langue, l\u2019unité du drapeau, l\u2019unité de la religion, ce n\u2019est donc pas une institution au service d'étrangers ou de visiteurs du pays, une institution exclusivement confessionnelle ou raciale qui ouvre aujourd\u2019hui ses portes aux fils et aux filles de citoyens américains, mais une œuvre qui doit s\u2019insérer et prendre une place d\u2019honneur dans le système d\u2019éducation de notre pays : c\u2019est véritablement une institution nationale.D\u2019ailleurs notre présence ici, j\u2019ose le croire et l\u2019affirmer, notre commune présence à nous qui venons de diverses parties du pays, qui descendons en ligne directe des diverses nationalités dont se compose le grand tout américain, notre présence ne s\u2019explique parfaitement que si nous nous rencontrons dans un amour commun, celui de la patrie américaine, amour qui se traduit par un profond respect et une grande admiration de cette institution nationale qu\u2019est votre superbe école paroissiale.Et qui me convaincra de péché à la suite de cette assertion qui peut paraître arrogante, mais qui a la qualité d\u2019être souverainement vraie ?Ce palais de l\u2019éducation, par la fière allure de ses lignes, par la richesse de sa construction, par la haute signification de l\u2019œuvre qu\u2019il doit abriter provoque, sans contredit, la plus profonde admiration des Franco-Américains de Fall River et du pays tout entier.C\u2019est un monument qui leur fait honneur, parce que c\u2019est l\u2019aboutissant de sacrifices qui ne se comptent plus, 544 LA REVUE DOMINICAINE c\u2019est l\u2019expression non équivoque d\u2019une détermination qui ne connaît aucun relâchement, c\u2019est la conclusion d\u2019une page glorieuse de l\u2019histoire de la race française en Amérique.Il est écrit dans nos saintes Lettres qu\u2019après la mort de Moïse, ce fut Josué qui reçut la mission de conduire le peuple choisi de Dieu dans la Terre Promise.On en était à la dernière étape de ce pèlerinage commencé quelques trente ans auparavant.Il ne restait plus maintenant qu\u2019à traverser le Jourdain.Vous savez ce qui est arrivé.Les flots du fleuve furent coupés et retenus par la toute-puissance de Jéhovah et le peuple put y passer à sec.Puis, pour commémorer cet événement, Josué commanda à douze hommes représentant chacune des douze tribus d\u2019Israël de se charger chacun d\u2019une pierre prise dans le lit du fleuve et d\u2019aller les déposer en monceaux sur le rivage, afin que, plus tard, disait-il, quand vos enfants vous demanderont ce que signifient pour vous ces pierres, vous puissiez leur raconter la faveur conférée à notre peuple par l\u2019intervention divine.Ces pierres seront à jamais un mémorial pour les enfants d\u2019Israël.Cette école est pour nous, Franco-Américains, un mémorial.Figurez-vous un père de famille répondant à son fils qui lui demande ce que signifie ce superbe édifice.Mon fils, le monument que voilà, c\u2019est une école bilingue franco-américaine.Ce monument te remet devant les yeux toute la fière lignée de tes premiers ancêtres en butte aux plus humiliantes vexations, victimes de la persécution la plus soutenue et la plus odieuse, opposant, dans la vieille patrie canadienne, à L\u2019ÉCOLE PAROISSIALE AUX ÉTATS-UNIS 545 l\u2019assimilateur qui veut défranciser pour protestantiser, leurs fermes et légitimes revendications.Ce monument te raconte encore la longue série des sacrifices consentis joyeusement par tes pères sur cette terre des Etats-Unis, parce qu\u2019ils allaient leur assurer le moyen de transmettre à leur descendance le glorieux idiome, protecteur et sauveur des grandes et belles traditions tout imprégnées de foi et d\u2019idéal, qu\u2019ils avaient eux-mêmes reçu en héritage.Et cette conservation de la langue française, mon fils, ils ne l\u2019ont pas assurée au détriment de leur allégeance à la patrie d\u2019adoption ou encore en bénéficiant d\u2019un privilège que la bonne volonté de leurs compatriotes d\u2019origine saxonne, nordique, celtique ou germanique leur octroyait, mais en se reposant avec sérénité et certitude sur des droits imprescriptibles garantis par la constitution même du pays.L\u2019ouverture de cette école paroissiale n\u2019intéresse pas seulement l\u2019élément franco-américain à l\u2019exclusion de tous les autres, car elle offre une occasion de réjouissance à toutes les autres nationalités qui forment la grande famille catholique de Fall River.Nul mieux que les catholiques ne peut comprendre l\u2019indiscutable supériorité de l\u2019école qui a reçu, aujourd\u2019hui, les faveurs célestes par le ministère de l\u2019Eglise et la main bienfaisante de son pontife.De fait, l\u2019école catholique est supérieure indiscutablement à l\u2019école sans Dieu.Et je vous prie de croire que cette déclaration n\u2019est pas faite dans l\u2019intention de ravaler ou de diminuer la valeur des maisons d\u2019éducation de l\u2019Etat, qu\u2019elle n\u2019est pas le fruit d\u2019un \u201cirréductible fanatisme\u201d. 546 LA REVUE DOMINICAINE Nous la faisons plutôt parce que nous considérons que cet enseignement est insuffisant qui apprend à lire, écrire et compter, qui fait connaître l\u2019histoire, la géographie, la botanique, l\u2019histoire naturelle, la musique et le dessin.Il faut plus que cela, selon l\u2019idée catholique, pour illuminer l\u2019intelligence de l\u2019enfant.Le catholique, en effet, ne se contente pas de connaître les choses de ce monde, il veut encore jeter un coup d\u2019œil sur les choses de l\u2019autre vie; il ne se contente pas de sonder le globe terrestre et d\u2019en approfondir les mystères, il veut pénétrer dans le ciel et en admirer les beautés; il ne se contente pas de savoir de quels éléments son corps est composé, comment il se meut, comment il digère, comment il se détériore, il veut encore pénétrer les secrets de son âme, de sa pensée, de ses aspirations, de ses amours, il veut éclaircir les mystères de son origine et de sa fin, savoir ce qu\u2019il était avant de naître, ce pour quoi il est sur la terre et ce qui l\u2019attend après la mort.L\u2019école paroissiale, mes chers amis, fournit à l\u2019enfant ce supplément de connaissance \u2014 je devrais dire plutôt: cette connaissance primordiale \u2014 en l\u2019initiant aux beautés de la doctrine chrétienne et en lui donnant la véritable science de Dieu.C\u2019est une institution, par conséquent, qui répond aux désirs souventes fois exprimés des Souverains Pontifes, qui fait tressaillir de joie le cœur du père de cette grande famille diocésaine et qui ne peut que remplir de fierté l\u2019âme de tout catholique capable de comprendre qu\u2019elle est, pour ainsi dire, le vestibule du temple et que de l\u2019œuvre qui s\u2019élabore aujourd\u2019hui dépend, en grande partie du moins, l\u2019avenir de l\u2019Eglise dans ce diocèse, l\u2019avenir du catholicisme dans les Etats-Unis. L\u2019ÉCOLE PAROISSIALE AUX ÉTATS-UNIS 547 Mes chers amis, ce monument de l\u2019éducation fait l\u2019honneur du Franco-Américain, excite la fierté de tout bon catholique, mais il commande aussi le plus profond respect de tous les autres citoyens du pays.Ne comptons-nous pas, en effet, parmi les premiers devoirs du citoyen digne de ce nom, celui de respecter et d\u2019aimer les institutions de son pays ?Or, dans le domaine de l\u2019éducation, nos écoles paroissiales postulent cet amour et cette vénération parce qu\u2019elles sont les appuis les plus sûrs du gouvernement qui veille aux destinées glorieuses de notre pays.Elles tirent leur droit à l\u2019existence du grand principe de liberté sur lequel reposent toutes les autres institutions du pays, bien qu\u2019elles obligent ceux qui veulent en bénéficier à consentir la lourde charge du double impôt.C\u2019est là, dans ces écoles paroissiales, que l\u2019on s\u2019occupe de l\u2019enfant, du citoyen de demain.C\u2019est là qu\u2019on le prépare à accomplir les grands devoirs civiques qui l\u2019attendent et à remplir les charges qui assurent le bon fonctionnement et le progrès de la chose publique.C\u2019est là qu\u2019on lui enseigne, d\u2019une façon aussi parfaite que n\u2019importe où ailleurs, l\u2019usage de la langue anglaise, de la langue du pays, ce qui lui permet de regarder, le sourire dans l\u2019œil, toutes les avenues du succès et de s\u2019v acheminer vaillamment.C\u2019est là qu\u2019on lui inculque un sentiment de pieuse vénération pour toutes les grandes figures de l\u2019histoire et qu\u2019on lui trace, dans l\u2019esprit et le cœur, les noms inspirateurs de fierté et d\u2019émulation de nos grandes gloires nationales.C\u2019est là qu\u2019on lui fournit, en préparant le mens sana in corpore sano, l\u2019outillage nécessaire pour qu\u2019il pourvoie 548 LA REVUE DOMINICAINE à ses propres besoins et ne devienne jamais à charge à l\u2019Etat, ou à la ville.C\u2019est là qu\u2019il cultive l\u2019amour de cette discipline dont les principaux ressorts sont la fidélité à son Dieu et le respect des lois de son pays.C\u2019est là, en un mot, que l\u2019enfant est préparé à donner à son pays l\u2019impôt de sa loyauté indéfectible en temps de paix, de son sang en temps de guerre, quand l\u2019honneur de son drapeau flétri ou insulté le demande.Ce qui fait que l\u2019école paroissiale est, sans contredit, le foyer du plus pur civisme et du patriotisme de bon aloi.Or, je vous le demande, mes chers amis, une institution qui joue un tel rôle dans la vie de la nation, qui lui prépare à l\u2019Etat des citoyens intelligents, respectueux de l\u2019ordre et disciplinés, et que dirige une morale éprouvée, une institution qui joue un tel rôle dans la vie de la nation, ne doit-elle pas s\u2019attendre au respect et à l\u2019admiration de tous ?C\u2019est pourquoi je me crois autorisé à dire que tous ceux qui revendiquent le titre honorable de citoyens de notre grande république et qui se targuent d\u2019un civisme doublé de franchise et de sincérité doivent aujourd\u2019hui se joindre à nous et ouvrir bien grand leur cœur à la joie sainte et patriotique qui nous anime.Au pied de ce monument, nous voulons, nous, Franco-Américains, inscrire un mot, un mot d\u2019espoir: car, nous osons croire que les privations et les sacrifices qui en ont rendu possible l\u2019érection ne seront pas vains et inutiles, mais qu\u2019ils auront contribué à garder intact l\u2019héritage lourd de gloire que nous ont transmis nos ancêtres.Sur le fronton de cet édifice, nous voulons, nous, membres de la grande famille catholique, nous voulons voir briller en lettres d\u2019or cette prophétie de l\u2019espérance: L\u2019ÉCOLE PAROISSIALE AUX ÉTATS-UNIS\t549 \u201cQue tous ceux qui entrent ici puissent y trouver le chemin de la vertu, le chemin de l\u2019Eglise, la voie qui mène au ciel.\u201d Au sommet de ce temple de l\u2019éducation nous voulons, nous, citoyens de cette grande république des Etats-Unis, nous voulons graver la devise de tout bon patriote : Fortiter pro templo et patria stantes, \u201cdebout pour la religion et la patrie !\u201d Abbé Tancrède Beauregard.Worcester, 8 septembre 1925.\u2014-*- LE SENS DES FAITS Etudes supérieures féminines A l\u2019occasion des rentrées scolaires, nous croyons opportun de reproduire une lettre de Madame Fadette parue récemment sans difficulté dans le \u201cDevoir\u201d, et remarquable, comme tous les écrits de l\u2019auteur, par un style lisse et net, une claire introspection des âmes et un robuste bon sens.Elle pourrait être avantageusement dédiée aux prêcheurs psychologues qui dénoncent en chaire l\u2019excès d\u2019imagination et de sensibilité chez la femme, tout en lui interdisant le remède le plus efficace après la religion : la philosophie ; aux maris pédagogues qui condamnent sans merci une instruction achevée pour les femmes, excepté pour la leur; et encore aux pères de famille phüantropes qui verront sans répugnance la fille.d\u2019un autre devenir main de manufacture plutôt que préceptrice dans une famille ou aide-maîtresse dans un pensionnat.\u201cQuelques remarques sur un de mes derniers articles où je me prononçais fortement en faveur d\u2019une solide 550 LA REVUE DOMINICAINE culture intellectuelle féminine, me suggèrent de préciser davantage ma pensée.On m\u2019a dit avoir rencontré de jeunes bachelières qui laissaient voir un peu ridiculement une fierté vaniteuse de leur petit bagage scientifique et littéraire.C\u2019est fort possible: les jeunes étudiantes n\u2019ont pas encore l\u2019habitude des examens, elles y attachent une grande importance, niais elles se familiariseront bientôt avec les programmes nouveaux et elles ne concevront pas plus d\u2019orgueil de leurs succès que n\u2019en ont les jeunes gens qui deviennent bacheliers.Leur vanité sur ce point est passagère, elle est d\u2019ailleurs moins blâmable et moins dangereuse que la vanité qui se manifeste par des extravagances dans l\u2019habillement.Certains hommes s\u2019objectent surtout à l\u2019étude du latin par les petites filles, et ils tournent en ridicule et ceux qui ont mis le latin au programme, et celles qui l\u2019étudient.Je me demande pourquoi ?Le latin est utile quand ce ne serait que pour mieux comprendre et écrire le français et pour pouvoir suivre avec plus d\u2019intérêt les offices religieux.Qu\u2019y a-t-il de si extravagant à ce qu\u2019une petite fille sache un peu de latin comme ses frères ?Songe-t-on à leur interdire l\u2019étude de l\u2019anglais et de l\u2019italien ?On ne le répétera jamais trop: la jeune fille dont l\u2019esprit s\u2019occupe sérieusement et qui a pris goût à l\u2019étude est moins accessible aux tentations de frivolité et de sentimentalité qui la guettent dès l\u2019âge de quinze ans qu\u2019une ignorante que le seul plaisir attire.Une femme peut être instruite et son esprit s\u2019ouvrir aux lumières supérieures, sans qu\u2019elle soit pour cela une pédante ou un bas bleu, deux noms qui impliquent la LE SENS DES FAITS 551 vanité et la suffisance dont une femme vraiment distinguée est toujours exempte.Une femme instruite comprend mieux, juge plus sûrement qu\u2019une femme qui ne l\u2019est pas, car le cœur ne suffit pas pour voir clair.Dans l\u2019éducation des enfants, une mère cultivée réussit mieux à les intéresser, à former leur esprit, à les aider dans leurs études.Quand ils vieilliront, elle conservera sur eux plus d\u2019autorité et d\u2019influence s\u2019ils peuvent admirer ses qualités intellectuelles autant que ses vertus morales.Avec son mari une femme instruite est la compagne idéale et de bon conseil, elle lui est une aide puissante.Dans le monde il est incontestable que les femmes ont une influence immense, bonne ou mauvaise.On a pu dire que \u201csi les hommes font les lois, les femmes font les mœurs\u201d.N\u2019y a-t-il pas alors un intérêt grave à ce que les mœurs soient faites, non seulement par les plus morales, mais aussi par les plus intelligentes et les plus intellectuelles ?Il y a trop de femmes légères qui n\u2019exercent leur influence qu\u2019en matière frivole, elles n\u2019ont d\u2019autre souci que de faire et de défaire les modes ; il en faudrait un grand nombre qui soient préparées à former et à réformer les mœurs.Mais pour exercer ce pouvoir, la bonne volonté ne suffit pas: il y faut le prestige d\u2019un esprit ouvert, large, renseigné et sûr.Le véritable rôle de la femme, c\u2019est d\u2019être la conscience de la famille et de la société: quelle forte éducation religieuse et morale cela suppose ! Très peu d\u2019hommes sont disposés à admettre qu\u2019une femme cultivée sache également s\u2019occuper de sa maison, de ses enfants, du confort de son mari.Ils ont tort.Les habitudes mondaines sont plus à redouter pour la sécurité de la vie familiale que les habitudes intellectuelles ! 552 LA REVUE DOMINICAINE Je pense que ce sont les mots qui font peur à ceux qui, en fait d\u2019instruction, veulent nous réduire à la portion congrue.Les programmes d\u2019études sont ornés de mots un peu prétentieux : les notions de morale, de logique, de psychologie sont appelées de la philosophie ; la calcul se dénomme mathématiques, et les censeurs froncent les sourcils et crient à l\u2019absurdité ! N\u2019ayez donc pas peur ! Il n\u2019y a pas deux femmes sur cent qui mordent aux mathématiques, et si par quelque bonne méthode nommée comme l\u2019on voudra on enseigne aux jeunes filles à penser, à observer, à réfléchir, à raisonner et à tirer des conclusions justes, on aura rendu un fier service à l\u2019humanité et les hommes seront les premiers à en bénéficier.\u201d FADETTE.S.Pierre Canisius et le Rosaire S.Pierre Canisius eut pour le Rosaire de la T.S.Vierge une particulière dévotion.En parcourant les huit volumes de l\u2019ouvrage du R.P.Braunsberger, S.J., intitulé Acta et Epistulæ B.Petri Canisii, le R.P.Dominique Constant déclare qu\u2019il a trouvé, au hasard et sans les chercher, au moins dans vingt endroits, des traces de la dévotion de Canisius envers le S.Rosaire.Le P.Constant résume ainsi ces témoignages dans la livraison de juillet-août de Y Année dominicaine.Ne citons que le second volume des réponses de Pierre Canisius aux Centuriateurs de Magdebourg.Dans cet ouvrage: De Maria Virgine incomparabïli, etc.(In-golstadt, 1577, p.538) Canisius réprimande les protestants qui décrient l\u2019usage de Y Ave Maria du Rosaire, du Psautier de la Vierge.Ils sont furieux contre ceux LE SENS DES FAITS 553 qui multiplient les Ave Maria, forment des pieuses associations dans ce but et imitent par ces hommages l\u2019auteur et chef de cette pratique, Dominique et autres saints personnages.Page 475, ayant attesté la dévotion des scolastiques envers la bienheureuse Vierge, il signale, en particulier, celle des Dominicains, imitant en cela leur chef saint Dominique qui introduit parmi les fidèles des deux sexes l\u2019usage fréquent de saluer la mère de Dieu.Ces deux passages nous semblent très importants pour l\u2019histoire du Rosaire.Canisius lutte en Allemagne et en Autriche contre les Protestants.Il connaît à fond la mentalité des catholiques et des protestants de ces contrées.On ne lui refuse, dit le P.X.Faucher, ni la sainteté, ni la science, ni l\u2019esprit critique.Or, dans un ouvrage \u2014 non de piété et d\u2019édification écrit pour les bonnes âmes pieuses \u2014 mais un ouvrage de combat écrit par ordre du Pape, pour réfuter les Centuriateurs de Magdebourg, Canisius ne craint pas, non seulement de défendre la légitimité de la prière de Y Ave Maria et la dévotion au Rosaire, mais aussi d\u2019affirmer que les Dominicains, en prêchant le Rosaire, ne font qu\u2019imiter saint Dominique leur chef, auteur de cette pratique.Rappelons-nous que la prédication du Rosaire par le bienheureux Alain de la Roche est presque contemporaine de Canisius.Si l\u2019on avait eu d\u2019Alain, à cette époque,, l\u2019opinion qu\u2019en ont certains catholiques et religieux de notre temps, si l\u2019affirmation que saint Dominique est l\u2019auteur de la dévotion du Rosaire n\u2019eut pas été acceptée par tous comme reposant sur une ancienne tradition populaire, est-il possible de croire que Pierre Canisius, un docteur en théologie, un critique, un savant se fût exposé, en affirmant cela, aux moqueries et aux railleries des Protestants qu\u2019il se proposait de combattre ? 554 LA REVUE DOMINICAINE Canisius était dévot au Rosaire; il voulait qu\u2019on le devînt autour de lui.Ce que saint François Xavier faisait aux Indes, Pierre Canisius le pratiquait en Allemagne.Il établissait partout cette dévotion.C\u2019était une vraie peine pour lui de constater que beaucoup de catholiques, pour éviter les moqueries des hérétiques, n\u2019osaient plus tenir ostensiblement le chapelet.Comme les pères et les mères se pressaient continuellement autour de lui dans les rues le priant de bénir leurs petits enfants, Canisius mettait la main sur leur tête et leur disait en souriant: \u201cBien volontiers, pourvu que vous me promettiez de dire tous les jours le Rosaire.\u201d Durant les derniers mois de sa vie, en raison de ses grandes souffrances, Canisius fut dispensé du Bréviaire par son Père Recteur ; le vénérable serviteur de Dieu s\u2019en consolait en récitant de nombreux chapelets.Le jour de sa mort qui arriva le 22 décembre 1597, en la fête de saint Thomas, apôtre, Canisius, après avoir reçu le sacrement de l\u2019Extrême-Onction, se mit à réciter son Rosaire.Une vision heureuse hanta alors ses regards, comme si Marie elle-même entr\u2019ouvrait les cieux pour l\u2019accueillir: \u201cVoyez, voyez-vous, s\u2019écria-t-il, Ave, Ave Maria\u201d, et pieusement le saint expira.P jon est F des ici letli nous lel lave Une nouvelle revue thomiste Le 8 juin 1923 s\u2019est fondée, au Collège Angélique, une Union Thomiste, ayant comme but: \u201cde promouvoir le culte et l\u2019amour de saint Thomas d\u2019Aquin, en même temps que de propager et défendre sa doctrine\u201d.Si cette association se recrute tout d\u2019abord parmi les élèves du Collège et forme ainsi une sorte d\u2019amicale, ce n\u2019est cependant pas à l\u2019exclusion des autres; tout au U, contraire, elle désire grouper tous les fidèles et dévoués LE SENS DES FAITS 555 disciples du Docteur Angélique.Elle veut être avant tout une entr\u2019aide intellectuelle pour les thomistes.Pour atteindre ce but, l\u2019Union a décidé la création d\u2019une revue.Quelques fascicules de VAngelicumi \u2014 tel est le nom de cette nouvelle revue \u2014 ont paru et déjà on peut augurer de sa haute valeur scientifique.Les noms des collaborateurs, quelques-uns des plus illustres professeurs de \u2018TAngelico\u201d, en sont la garantie.On y voit en effet deux articles sur saint Thomas par le T.R.P.Szabo, régent des études et professeur de théologie dogmatique.Dans l\u2019un, le T.R.P.nous montre ce qui fait la perfection intellectuelle de ce Docteur, et dans l\u2019autre, commentaire de la parole pontificale : Ite ad Thomam, il démontre que le thomisme est le plus efficace remède contre les trois grands maux de la pensée moderne: l\u2019agnosticisme, le volontarisme et le naturalisme.Un autre maître que nous n\u2019avons pas à présenter aux lecteurs de cette revue, le T.R.P.Garrigou-Lagrange, aborde une question présentement controversée entre thomistes, à savoir : la nature de la justice originelle en Adam.Avec la vigueur de pensée qui le caractérise, il prend nettement parti en faveur de la théorie qui voit, dans la justice originelle du premier homme, non seulement un don personnel mais encore un don de nature.L\u2019histoire et l\u2019Ecriture Sainte y ont aussi la place qu\u2019il convient.Le T.R.P.Bacic nous donne une instructive étude sur l\u2019authenticité et l\u2019intégrité des écrits de saint Thomas.Dans un savant et important article le R.P.Vosté traite la question du Prologue de saint Jean.1.\u2014\u201cAngelicum\u201d.\u2014Organe de l\u2019Union Thomiste, est rédigé en latin et paraît trois fois par an.Le prix de l\u2019abonnement est de 18 lires.S\u2019adresser au R.P.I.-M.Jacome, O.P., Collegio Angelico, Via S.Vitale, 15, Roma (V). 556 LA RÉVUE DOMINICAINE La revue veut aussi, par ses chroniques, fournir des informations sur la vie du Collège Angélique et sur le mouvement thomiste à l\u2019extérieur.Cette nouvelle revue thomiste se présente donc comme la continuation de l\u2019enseignement donné à notre université romaine.C\u2019est dire l\u2019utilité qu\u2019elle offre à tous ceux qui fidèles aux directions de l\u2019Eglise veulent être les vrais disciples du Docteur Commun.Les anciens de 1\u2019 \u201cAngelico\u201d y trouveront un intérêt tout particulier.On le voit, YAngelicum se recommande par lui-même.Nous espérons que les prêtres canadiens déjà membres de l\u2019Union Thomiste se feront un plaisir de le recevoir, de le lire et de le propager.L.-M.S.Les Fêtes de Fall River A la récente convention des avocats tenue à Détroit, monsieur Charles Evans Hughes a fait vivement ressortir ce fait inquiétant que les changements apportés depuis quelques années à la Constitution des Etats-Unis, \u2014 tous marqués du sceau de l\u2019intolérance, \u2014 apparaissent comme une dénégation du principe de liberté qui en forme la base.L\u2019ancien secrétaire d\u2019Etat, se bornant au point de vue fédéral, négligeait pour l\u2019heure les derniers essais d\u2019empiètement, voire de persécution, tentés çà et là par les pouvoirs locaux.Mais on ne peut s\u2019empêcher de se rappeler sa déclaration aussi franche qu\u2019opportune, en lisant le récit des Fêtes d\u2019inauguration de l\u2019Ecole Sainte-Anne de Fall-River qui ont eu lieu le dimanche 13 septembre.Voilà un immense édifice que les orateurs nommèrent d\u2019un virtuel accord \u201cpalais de l\u2019éducation\u201d, et qui fit dire à Mgr Feehan, après la procession dans les corridors et l\u2019aspersion à l\u2019eau bénite de chaque pièce: \u201cJe viens de visiter la ville de Sainte-Anne!\u201d Monument LE SENS DES FAITS 557 qu\u2019une population d\u2019ouvriers dut ériger à ses frais, et qu\u2019elle devra entretenir de même, tout en participant à l\u2019érection d\u2019écoles publiques dites \u201cnationales\u201d et qui le sont moins que la leur, comme il ressort clairement des magnifiques discours prononcés à cette occasion.Aucun de ces orateurs, tout en insistant sur la culture religieuse donnée dans nos écoles de paroisse, n\u2019a omis en effet de mettre en relief la formation civique renforcée par cette même culture religieuse et j\u2019ose dire par l\u2019enseignement bilingue.Quand on songe que de pareils établissements, disséminés en divers Etats de l\u2019Union, y sont sans cesse menacés dans leur fonctionnement, sinon dans leur existence même, on peut se demander, en accentuant la pensée de M.Hughes, si la liberté civile et religieuse aux Etats-Unis ne va pas devenir un vain palabre comme en France, et si la statue de Brooklyn n\u2019aura pas bientôt sa place normale au fond de l\u2019océan.Il serait téméraire, à moins de copier servilement la presse locale, de vouloir rendre justice aux événements comme aux personnes, dans un rapport rédigé à distance.Cette fête grandiose a mobilisé des milliers de citoyens, occasionné de multiples dévouements, inspiré des orateurs et des musiciens de renom.La partie musicale à la Messe et au Concert fut surtout remplie par les trois chorales (hommes, femmes, enfants) sous la direction de M.Philippe Lajoie, de Mlle Iona Leblanc et du R.P.Gilles Roy, O.P.La préparation du Banquet revenait pour ainsi dire d\u2019office aux Dames, habituées de mémoire d\u2019homme à cet art utile et compliqué.Quant au banquet oratoire, on peut dire qu\u2019il dura toute la journée, veillée comprise, à peine interrompu par la musique instrumentale et le chant.Etaient inscrits au programme: LL.GG.Monseigneur Daniel-F.Feehan, évêque de Fall River, et Monseigneur Raymond-M.Rouleau, O.P., évêque de Valley- 558 LA REVUE DOMINICAINE field; les RR.PP.Dion et Granger, O.P., anciens curés de Sainte-Anne; l\u2019honorable juge Hugo A.Dubuque; Son Honneur le maire Edmond-P.Talbot ; M.l\u2019abbé Tancrède Beauregard, vicaire au S.Nom de Jésus de Worcester; M.David Lavigne, avocat, de Springfield.Chacun de ces éminents personnages fit bellement sa part.Ils furent présentés à la foule par le T.R.P.Marion, curé actuel.Ce dernier semble avoir reçu toutes ses grâces d\u2019état en ce jour, et nous ne saurions mieux combler les lacunes ci-j ointes qu\u2019en reproduisant ci-après le noble et ardent discours qu\u2019il prononça en plein air devant l\u2019Ecole, et où rien ni personne ne fut oublié.\u201cLa cérémonie qui nous réunit n\u2019a pas précisément pour but de faire reconnaître publiquement la générosité et le bon esprit des paroissiens de Sainte-Anne.Elle ne doit pas être non plus un simple hommage d\u2019admiration aux architectes qui ont imaginé avec tant de goût, ou aux entrepreneurs qui ont exécuté avec tant d\u2019ingéniosité ce monument digne d\u2019éloges.\u201cCette cérémonie a un sens plus profond.Elle est un hommage à l\u2019école catholique, à cette école qui se propose de former non seulement des citoyens au service de leur pays, mais des chrétiens au service de leur Dieu.\u201cRendre hommage à l\u2019école catholique, voilà bien la pensée qui groupe aujourd\u2019hui tant de personnages distingués, à la tête desquels je salue avec respect le premier pasteur de ce diocèse, l\u2019illustre et si paternel Mgr Feehan.Je salue aussi Mgr Rouleau, évêque de Valleyfield, qui autrefois, quand il était notre provincial, donnait le ferme appui de son encouragement au premier inspirateur de notre école, le R.P.Dion; je salue notre P.Provincial actuel qui a soutenu le constructeur de notre école, le R.P.Granger, et qui m\u2019a aidé aussi dans le parachèvement de cette vaste entreprise; je salue enfin M.le Maire LE SENS DES FAITS 559 de Fall River, le plus illustre enfant de notre paroisse et qui sait allier aux multiples occupations de sa charge l\u2019accomplissement intégral de ses devoirs de chrétien.\u201cVous avez raison, Mesdames et Messieurs, de rendre hommage à l\u2019école libre et paroissiale, car elle représente de grandes choses.\u201cElle affirme d\u2019abord le droit des parents au choix de l\u2019instruction qu\u2019ils désirent pour leurs enfants.L\u2019autorité paternelle est sacrée et inviolable et elle s\u2019étend jusqu\u2019à la formation intellectuelle et morale de leurs enfants.\u201cL\u2019école paroissiale rend aussi un éclatant hommage au droit de l\u2019Eglise en matière d\u2019éducation.Avec une infatigable ténacité, disait Mgr Stang, l\u2019Eglise a 'proclamé, pendant dix-neuf siècles, la nécessité d\u2019une éducation dont l\u2019âme soit la religion chrétienne, et elle restera fidèle à ce principe jusqu\u2019à la fin des temps.\u201d \u201cOr l\u2019école paroissiale s\u2019élève comme une protestation vivante contre la neutralité religieuse.Elle dit à voix haute que l\u2019homme n\u2019est pas seulement un citoyen qui doit travailler à acquérir la fortune et les jouissances de l\u2019argent, mais qu\u2019il est un chrétien qui doit viser au bonheur indestructible du ciel.\u201cL\u2019école paroissiale affirme enfin avec énergie que la religion n\u2019est pas hostile au vrai civisme et au parfait patriotisme.Nous apprenons à nos enfants, nous les pasteurs catholiques, à respecter le pays qui les protège et qui les nourrit; nous leur disons qu\u2019ils doivent obéir aux lois justes de l\u2019Amérique; nous les invitons à saluer et à aimer le drapeau étoilé, symbole de nos libertés en même temps que nous leur répétons de respecter la constitution américaine qui nous a garanti jusqu\u2019à présent la liberté religieuse et scolaire. 560 LA REVUE DOMINICAINE \u201cC\u2019est pour toutes ces raisons que nous avons voulu construire cette école que Mgr l\u2019évêque de Fall River va bientôt bénir.C\u2019est pour cela que nous avons voulu la faire spacieuse, que nous n\u2019avons reculé devant aucun sacrifice matériel afin qu\u2019elle soit le monument durable qui dise à tous: les paroissiens de Sainte-Anne sont des citoyens américains respectueux de la patrie américaine, mais ils sont aussi des catholiques fidèles à leur belle et sainte religion !\u201d Dans VOrdre \u2014 lu\u2019Echo de Paris a consacré dernièrement au livre de M.Lacfadio Hearn, Esquisses Martiniquaises, qui vient d\u2019être publié en traduction française par M.Marc Logé, un article où il est question d\u2019un célèbre missionnaire dominicain français, le P.Labat.Le P.Labat professait la philosophie et les mathématiques à Nancy, quand il parit que l\u2019Ordre réclamait des religieux volontaires pour les Antilles.La mort avait décimé cette Mission et les établissements de l\u2019Ordre menaçaient ruine.Le P.Labat partit et deux mois après il était à la Martinique.Dès son arrivée, le missionnaire se met à l\u2019œuvre; il se révèle administrateur, ingénieur, architecte, agriculteur et mécanicien.Sa réputation va grandissante et fait qu\u2019on l\u2019appelle de tous côtés.Il se multiplie et partout, sous son impulsion, industrie et commerce se développent.Il devient même chef militaire pour défendre sa Mission contre les Anglais.De trente à quarante ans, le P.Labat accomplit une tâche quasi surhumaine.L\u2019Ordre de saint Dominique connut grâce à lui, aux Antilles, une époque de véritable prospérité.Et \u201ccette prospérité, écrit M.Lacfadio Hearn, ne lui donnait pas d\u2019orgueil et n\u2019altérait en rien la trempe de son caractère.Il eut été déconcerté qu\u2019on le prît pour LE SENS DES FAITS 561 un précurseur; car, homme de son siècle, il vivait son son temps, ne se targuait pas d\u2019idées nouvelles et entendait simplement remplir sa tâche de missionnaire.Il demeurait le même, profondément pieux, tolérant, aimant à obliger, mais strictement juste sans fausse sensibilité envers les hommes ou les bêtes\u201d.Après quelques années de séjour aux Antilles, le P.Labat fut appelé à Rome, puis assigné à Paris.Il ne put retourner à sa chère Mission.Il vécut encore trente-trois années, employant ses loisirs à écrire ce qu\u2019il avait vu dans ses Voyages aux îles d'Amérique.Actuellement, dans la Martinique, le zélé dominicain est resté un héros légendaire.\u2014 En mars dernier, Sa Sainteté Pie XI convoquait en audience privée le T.R.P.Hugon, O.P., professeur à l\u2019Angelico, pour lui demander d\u2019étudier les écrits du B.Pierre Canisius, S.J., en vue de juger de l\u2019opportunité qu\u2019il pourrait y avoir de le déclarer Docteur de l\u2019Eglise universelle.Le T.R.P.Hugon, après un minutieux examen des œuvres du Bienheureux, rédigea son rapport qu\u2019il présenta au Saint-Père sous forme de vœu motivé en faveur de l\u2019attribution au B.Canisius du titre de Docteur de l\u2019Eglise.Un Père Bénédictin, chargé de faire de son côté pareille enquête, souscrivit pleinement aux conclusions du P.Hugon.A la suite de ce service rendu à la mémoire et à la cause de saint Pierre Canisius, le T.R.P.Hugon fut invité à prendre place, le jour de la canonisation, dans la tribune réservée à la Compagnie de Jésus, immédiatement à côté du Supérieur Général de la Compagnie.\u2014 Le T.R.P.Marie-Joseph Archambault a été élu le 8 septembre Prieur du Couvent Sainte-Anne de Fall River, en remplacement du T.R.P.Réginald Dupras dont le second terme d\u2019office venait d\u2019expirer. 562 LA REVUE DOMINICAINE \u2014 Le R.P.Trudeau prêchera le sermon du soir aux fêtes d\u2019inauguration de la Basilique de Québec.\u2014 Le T.R.P.Béliveau a prêché la retraite de rentrée au Petit Séminaire de Montréal, le R.P.Couture au Collège d\u2019Ironside, le R.P.Déziel au Collège de Valley-field et le R.P.Barillec à l\u2019Université Laval.\u2014 D\u2019importants travaux d\u2019addition et de réparation nécessités par la détérioration du temps, le nombre accru des religieux et la récitation obligatoire de l\u2019office choral, sont actuellement en marche dans l\u2019église paroissiale de Notre-Dame de Grâce.Ils comportent à l\u2019intérieur une décoration complète, \u2014 confiée à l\u2019artiste italien Guido Nincheri, \u2014 des autels neufs, des stalles et une grille monastiques, et à l\u2019extérieur un campanile renaissance garni de cinq cloches.La décoration de la nef et les additions du sanctuaire seront terminées pour la Fête de Noël.\u2014 Le T.R.P.Réginald Dupras a été nommé Président de la Maison Vicariale de Québec en remplacement du T.R.P.Béliveau.\u2014 Le R.P.Antonin Bissonnette, rédacteur à la \u201cSemaine Paroissiale\u201d de Fall River, partira au commencement d\u2019octobre pour Louvain où il doit suivre, durant l\u2019année, différents cours à l\u2019Université.In labore requies.Ce studieux séjour servira en même temps de nécessaire diversion aux ingrats labeurs du journalisme auquel, indépendamment de son ministère apostolique, le révérend Père s\u2019est livré avec zèle depuis bientôt dix ans.Nos meilleurs vœux l\u2019accompagnent.\u2014 Nous recommandons vivement aux prières de nos abonnés l\u2019âme de Madame Alfred Pelland \u2014 née Claire Tranchemontagne \u2014 morte le 14 septembre à Montréal et inhumée le 17 à Berthierville, où elle venait de fonder LE SENS DES FAITS 563 un monastère de Dominicaines contemplatives, issues du célèbre Monastère de Prouille, dans le Toulousain.Mme Pelland était fille unique de M.et Mme Louis Tranchemontagne, de Berthierville.Elle reçut de ses parents et de Dieu des dons naturels remarquables qui furent cultivés par une éducation supérieure, par des lectures saintes et très étendues et par de nombreux voyages à l\u2019étranger.La jeune fille hérita de ses parents d\u2019une foi très vive et d\u2019une piété profonde, qui se sont exprimées durant toute sa vie par des pratiques régulières et fréquentes.L\u2019exemple de sa chère mère, en particulier, cultiva en elle l\u2019amour et la pratique des œuvres paroissiales et des œuvres de charité.En 1902, Mlle Claire Tranchemontagne épousait M.Alfred Pelland, avocat et publiciste, dont elle eut un fils, Louis, aujourd\u2019hui âgé de 12 ans, élève du collège de Montréal.Devenue veuve il y a plus de dix ans, Mme Pelland revint vivre à Berthierville et se consacra exclusivement à l\u2019éducation de son fils et au soin de sa vénérable mère, dont elle fut l\u2019appui et la consolation jusqu\u2019à sa mort, survenue le printemps dernier.Mme Pelland profita de sa liberté pour se consacrer entièrement aux œuvres de piété et de charité.C\u2019est alors qu\u2019elle demanda d\u2019être admise dans le Tiers-Ordre séculier de Saint-Dominique, où elle trouvera la lumière et le secours pour tendre vers les sommets de la perfection.Chrétienne exemplaire, dominicaine par toutes les vertus de son Ordre que Dieu cultiva en son âme, il n\u2019est pas exagéré d\u2019affirmer qu\u2019elle s\u2019est appliquée avec fruit à l\u2019imitation des bienheureux et des saints qu\u2019elle avait pris comme modèles.Mme Pelland s\u2019est vouée particulièrement avec un tact et une générosité incomparables aux œuvres de charité de sa paroisse, visitant les pauvres, 564 LA REVUE DOMINICAINE soignant de ses propres mains les malades et leur rendant les services les plus humbles.Il y a deux mois à peine, elle donnait sa maison aux religieuses dominicaines dont nous avons raconté l\u2019arrivée dans notre dernière livraison.Elle est devenue ainsi la fondatrice de ce monastère.C\u2019est là que ses restes mortels ont été transportés, de Montréal, après sa mort, pour y demeurer pendant trois jours, entourés des prières, de jour et de nuit, des religieuses qui étaient ses sœurs et ses filles.Son âme profondément surnaturelle rayonnait sur sa figure souriante et douce en une lumière pure et sereine qui inspirait à tous la vénération et l\u2019affection.\u2014 Le R.P.Benoît Bourbonnière a été assigné à la Maison Vicariale de Québec et le R.P.Raymond Hamel au couvent de Montréal.\u2014 Le Conseil de Province a décidé en principe l\u2019acceptation d\u2019une paroisse et la fondation d\u2019une maison religieuse à Sackville, N.-B., dans le diocèse de Saint-Jean.\u2014 Une messe solennelle selon le rite dominicain a été célébrée au Carmel de Montréal, le 30 septembre, dernier jour d\u2019un triduum consacré à sainte Thérèse de l\u2019Enfant-Jésus.Sa Grandeur Mgr Rouleau, évêque de Valleyfield, y assistera paré au trône et prononcera l\u2019homélie de circonstance.\u2014 Le T.R.P.Pierre-Albert Granger a été élu, le 22 septembre, Prieur de Saint-Hyacinthe, en remplacement du T.R.P.Marie-Joseph Archambault.Fra Domenico. L\u2019ESPRIT DES LIVRES Abbé Joseph-D.Michaud.\u2014 \u201cLe Bic\u201d \u2014 Chez Ernest Tremblay, imprimeur, rue du Pont, à Québec.Presque tous les auteurs de monographies paroissiales ont le secret de faire tenir en trois cents pages des ouvrages qui en mériteraient bien cinquante.L\u2019historien du Bic ne fait exception à la règle qu\u2019en ceci, qu\u2019après avoir consacré 325 pages de 9 pouces x 6 à une paroisse d\u2019importance historique moyenne, il nous donnera bientôt un deuxième volume de mêmes dimensions sur le même sujet.M.Michaud aime le Bic et il a bien raison: sauf Québec lui-même i et certains coins des péninsules de Charlevoix, de Gas-pésie, notre province n\u2019a pas de paysages qui puissent se comparer à ce petit pays pour l\u2019harmonie de l\u2019ensemble et la beauté du détail.Mais le sens de la composition lui fait défaut.Ce n\u2019est qu\u2019à la page 255 qu\u2019il s\u2019avise de noter qu\u2019aux fins électorales et administratives le Bic, il y a un siècle et quart, faisait partie du comté de Cornwallis (lequel s\u2019étendait en longueur de Sainte-Anne-de-la-Pocatière à Sainte-Anne-des-Monts, sur la rive droite du Saint-Laurent).Il a fait une bonne moitié du volume avec des documents dont les moins fastidieux pourraient, même longs de dix pages, se résumer en dix lignes.Au surplus ces documents sont reproduits indifféremment en français ou en anglais, selon leur provenance, comme si tous les lecteurs de pareil ouvrage étaient obligés de comprendre l\u2019anglais.L\u2019autre moitié se compose en grande partie de redites et de chevauchements.L\u2019auteur manque d\u2019une autre qualité essentielle à l\u2019historien: le discernement.Il touche à peine aux conditions d\u2019existence des premiers colons du Bic et des environs.Le crayon à la main et en se reportant d\u2019une pièce à l\u2019autre, on pourra toujours calculer par soi-même qu\u2019il s\u2019écoula un siècle et demi entre la concession de la seigneurie du Bic à Charles-Denis de Vitré (1675) et l\u2019établissement d\u2019un moulin à farine dans ce domaine (1825).M.Michaud ne nous laisse pas non plus ignorer qu\u2019en 1808, c\u2019est-à-dire après cent trente-trois ans de régime seigneurial, le Bic proprement dit n\u2019avait encore, à vrai dire, aucune voie de communication terrestre avec la paroisse de Trois-Pistoles, sa voisine en amont, sur la route de Québec, et distante d\u2019au moins vingt-cinq milles.Il note quelque part qu\u2019en 1822 il n\u2019y avait encore que 24 terres concédées et une douzaine habitées.Mais ces faits capitaux, seuls intéressants pour la grande histoire, et les plus intéressants du point de vue même qui l\u2019occupe, il y prête la même attention qu\u2019aux inanes commérages de ce vieil imposteur de Lemoine sur la femme Petit, ou il les noie sous des considérations comme celles-ci, qu\u2019on dirait destinées aux jeunes Bicquoises du Coin des Dames: 1.\u2014Sans les Québecquois, aurait dit Jules Fournier, mais il \u201cblaguait\u201d, car le plus pittoresque, et dans quelque sens qu'on le prenne, c\u2019est encore eus.\u2014O.A. 566 LA REVUE DOMINICAINE Rien d\u2019étonnant si ce rocher (le mont Saint-Louis) a été,, depuis les origines de la paroisse, le principal centre d\u2019attraction des habitants.Aussi, s\u2019il pouvait parler, que d\u2019histoire intéres*-santés il raconterait ! Que d\u2019ébats enfantins il favorisa ! Que de couples heureux il vit passer, et que d\u2019autrs, effleurés par la souffrance, vinrent s'asseoir sous les frais ombrages de ses bosquets de sapins ! Que de rêves d'avenir il devina ! Que de confidences, d\u2019aveux et de serments il entendit murmurer!.Puis c\u2019est V île-des-Amour s, minuscule et fraîche touffe de verdure émergeant des flots bleus.Le séjour de Calypso, témoin de ses amours avec Télémaque, devait lui ressembler.Faut-il' voir dans cette circonstance la raison de son nom suggestif f Ou, ne serait-ce pas plutôt qu\u2019elle a abrité d\u2019autres amours, plus plébéiennes, mais non moins sincères ?.Bien que toutes les suppositions soient possibles, la dernière a toutes les chances de recueillir le plus grand ?iombre de suffrages.L\u2019auteur tombe à tout propos dans une outrance particulièrement choquante chez l\u2019historien.\u201cHautes montagnes\u201d, \u201cpics escarpés\u201d, écrit-il à vingt reprises en parlant des collines du Bic.Un phoque fossile de treize pieds de longueur, trouvé au Bic en 1869, est pour lui un \u201cmonstre marin\u201d.Les Peaux-Rouges du temps de Jacques Cartier étaient, selon lui, \u201cles races les plus fortes du monde\u201d.De même qu\u2019il emprunte à, sir James Lemoine l\u2019absurde légende qu\u2019à pareille époque, au milieu d\u2019une si faible population, dans une auberge mal famée et, soyons-en sûrs, étroitement surveillée, les voyageurs pouvaient, l\u2019un après l\u2019autre, disparaître comme par enchantement et sans laisser de traces, de même il fait sienne l\u2019opinion de ce vieux radoteur d\u2019imposteur (exprimée dans un Album du Touriste !!!) touchant l\u2019importance du Bic comme port océanique sous le régime français: \u201cAu Bic devait être le port destiné à recevoir les effets venant de France et les vaisseaux du roi, maîtres du fleuve.\u201d Et cette opinion paraît bien fantaisiste, quand on peut lire dans Cartier lui-même que ce \u201châble\u201d est hâble de marée et de peu de valleur\u201d.Quelque admiration qu\u2019on ait pour le Bic, on s\u2019étonne, et pour bien des raisons, de le voir comparé aux grands sites de l\u2019ancien monde: C\u2019est assurément quelque chose d\u2019unique en son genre.La fameuse colline de Fourrières, à Lyon, le Voméro de Naples, le Pincio de Rome et le Montmartre de Paris, si célèbres dans te monde entier, ne sont peut-être supérieurs au Mont St-Louis du Bic que par les merveilles d\u2019architecture que la main de l'homme y a édifiées, sous un ciel qui donne un charme magique à toutes les choses.L\u2019ombre du Vésuve, se profilant sur la baie de Naples, ce n\u2019est pourtant pas une paille.Et les souvenirs historiques, monsieur, qu\u2019en faites-vous ?Les outrances de l\u2019auteur découlent elles-mêmes, du moins pour une part, d\u2019un autre défaut, qui est l\u2019imprécision de la langue.Cette prose, on l\u2019a vu par les citations que nous en avons faites, n\u2019est pas très sûre.Comme preuves du massacre d\u2019une bande de Micmacs par les Iroquois (en 1535) dans un îlet du Bic, \u201cil y a, dit-il, le témoignage de ce nom suggestif d\u2019Ilet au Massacre porté par ce rocher, depuis si longtemps, en même temps que ceux de Cap-Enragé et de Cap-aux-Corbeaux qu\u2019on a donnés, en harmonie avec la tradition, aux deux caps qui ferment l\u2019entrée de la baie.\"f l\u2019esprit des livres 567 et même un rédacteur du Courrier de Saint-Ephrem de Tring admettra que ceci n\u2019est pas du meilleur français.Comme la plupart d\u2019entre nous, il emploie à contre-sens et souvent les uns pour les autres les mots falaise, cap, colline, montagne.Il oppose aux \u201cplantureuses vallées\u201d (!) de la Matapédia \"les régions moins hospitalières de l\u2019Abitibi et du Témiscamingue\u201d.La passion du défrichement, très noble en soi et qu\u2019effectivement il entend exalter, devient sous sa plume une \"obsession\u201d dont les colons sont \"victimes\u201d.A dix lignes d\u2019intervalle il fait du \"hâble\u201d de Jacques Cartier un \u201chavre minuscule, gai miroir\u201d, et, avec cet autre Gascon de Jean-Charles Taché, \u2018\u2018un endroit d\u2019un pittoresque ravissant\u201d qui serait en même temps \"un bassin assez vaste pour être majestueux\u201d.Il nous présente comme une \u201créforme\u201d l\u2019érection au Bic d\u2019une croix lumineuse.Il sig\u2019nale comme \"faveurs d\u2019utilité publique\u201d celle que certain notable du Bic obtenait du gouvernement pour ses concitoyens.Voulant dire que l\u2019île du Bic avait pris, dès les premiers de la colonie, plus qu\u2019une importance secondaire, il écrit qu\u2019on lui accordait \"une importance plus que secondaire\u201d.Il écrit aussi quelque part qu\u2019au témoignage d\u2019historiens sérieux, \"le Canada n'était pas encore découvert (!!!), que le Bic avait déjà été visité par plusieurs navigateurs européens.\u201d Enfin, l\u2019auteur n\u2019a pas toujours pour les faits le respect qu\u2019il faudrait.Champlain ayant écrit qu\u2019il vint de Mantanne (aujourd\u2019hui Matane) \"prendre connaissance du Pic, qui est à soixante lieues\u201d, M.Michaud s\u2019en autorise pour dire que le futur fondateur de Québec vit le Pic ou Bic de cette distance.Or, la vue entre ces deux points est interceptée par plusieurs caps très saillants, et Champlain lui-même, dans un autre passage, fixe la limite de visibilité du Pic (ou Bic) à dix ou quinze lieues.M.Michaud assigne au Pic de Champlain une hauteur de 1470 pieds.Sans vouloir le taxer formellement d\u2019erreur grave sur ce point, nous croyons qu\u2019il exagère.Que Champlain mentionne le Bic comme une \u201cmontagne fort haute et pointue\u201d, la chose, pour être indéniable, n\u2019en est pas moins surprenante, aucune des élévations du lieu ne répondant à cette description.Dieu sait quels beaux tableaux la nature peut composer avec des falaises rocheuses, des collines boisées, des caps, des îles, des îlots, des îiets, une baie, des anses sur la baie, des passes entre les îles, îlots et îlets, des embouchures de rivières au fond des anses, et que sais-je encore, le tout ramassé sur une aire de cinq ou six milles; mais la topographie véritable de la région rimousquoise, telle que nous estimions la connaître, ne porte qu\u2019une éminence de quatorze cents pieds (elle en mesure même deux mille), et c\u2019est le mont Comis, à une douzaine de milles de la côte, derrière Sainte-Luce, laquelle est elle-même à quelque vingt milles du Bic (en aval).M.Michaud comparant à un nid d\u2019aigle l\u2019emplacement de l\u2019église paroissiale, bâtie sur une pente en haute de la voie ferrée, nous avons demandé des mesures d\u2019altitude précises au citoyen du Bic le mieux placé pour nous renseigner.Celui-ci nous répond: \"La montagne qui porte notre croix monumentale 2 a 125 pieds de hauteur, c\u2019est-à-dire au moins 250 pieds au niveau du fleuve.\u201d Comme dit l\u2019autre, il n'y a pas de quoi se frapper.Notre correspondant ajoute une 2.\u2014Plantée au sommet.\u2014O.A. I 568 LA REVUE DOMINICAINE douzaine de mots qui semblent fournir la clef de tout le mystère: \u201cLe Pic reconnu par Champlain, dit-il, est peut-être dans le territoire de Saint-Fabien.\u201d Alors, M.Michaud se serait tout bonnement trompé de paroisse ?D\u2019autres historiens, d\u2019ailleurs respectables, ont commis de ces méprises-là.En 1783, la marquise d\u2019Albergatti-Vezza (née Aubert), propriétaire de l\u2019île du Bic, se plaignait au gouvernement de déprédations commises dans son île par les pilotes et autres employés des services maritimes, qui l\u2019occupaient depuis quatre ans.\u201cOn était, dit l\u2019auteur, à l\u2019époque où les premiers bateaux à vapeur sillonnaient les eaux du St-Laurent.L\u2019emploi du charbon étant encore à peu près inconnu, on se servait de bois, coupé sur les rives et surtout sur les îles du fleuve.\u201d Comment diable nous y prendre pour faire savoir à M.Michaud que l\u2019invention de Fulton ne remonte pas à 120 ans, et que le Saint-Laurent ne vit pas de bateaux à vapeur avant 1825 ?En 1793, le bruit ayant couru sur le littoral que les Français feraient une tentative pour reprendre le Canada, le Conseil législatif avisa à la défense du pays.\u201cLes pilotes, dit l\u2019auteur, avaient reçu l\u2019ordre de se rendre sur l\u2019île du Bic, leur station habituelle, et de se mettre à la disposition des commandants des navires anglais qui viendraient défendre le Canada contre le coup de main de Bonaparte.\u201d Détail intéressant, certes; mais pourquoi faut-il que l\u2019auteur ajoute: \u201cOn était en effet à l\u2019époque où Napoléon imposait ses volontés au monde et traînait à sa suite les rois enchaînés\u201d ?Et pourquoi fait-il dire à Benjamin Suite, trop bien informé, croyons-nous, pour avoir commis un tel anachronisme, que le bruit de l\u2019arrivée des Français \u201cavait probablement originé (sic) dans le Blocus Continental de Napoléon Bonaparte\u201d ?Heu ! heu ! éheu ! comment diable, comment diable nous y prendre pour faire savoir à M.Michaud qu\u2019en 1793 Bonaparte étant encore à Toulon, les rois avaient encore plusieurs années de liberté devant eux, et les Français, pour cause, ne songeaient nullement au blocus continental ?Il y aurait d\u2019autres observations à faire, notamment sur le phénomène de déformation linguistique qui nous donne le Bic à la place du Pic, pendant que sur divers points du territoire français, des noms de lieu s\u2019altèrent de même façon et que, dans l\u2019ouest de l\u2019Irlande, les Twelve Pins (les Douze Pics) deviennent les Twelve Bins.Mais ce serait à côté du livre, \u2014 ou \u201cen marge\u201d, pour user d\u2019un terme qui n\u2019a d\u2019égal, dans l\u2019affection d\u2019un journaliste de nos amis, que le \u201cdéclanchement\u201d, \u201cl\u2019exemple topique\u201d et le \u201ccompartiment étanche\u201d.Alors, dira-t-on, que reste-t-il de l\u2019ouvrage, et quel besoin d\u2019en traiter si longuement ?Ce qu\u2019il en reste ?Nous l\u2019avons dit et la chose ressort maintenant, croyons-nous, assez clairement: la matière d\u2019un opuscule qui eût chatouillé l\u2019orgueil des Bicquois et provoqué l\u2019intérêt des historiens, sans choquer ni le bon goût, ni la vérité historique, ni le sens de la mesure.Quant à la deuxième question, notre réponse sera brève.C\u2019est qu\u2019on écrit trop de livres, en notre pays.Des jurys officiels institués pour l\u2019avancement des lettres en sont venus, dans le court espace de trois années, à primer par bonasserie des vers de modiste, des romans de concierge.Les voici maintenant qui accueillent l\u2019esprit des livres 569 comme production littéraire des ouvrages historiques de mar-guilliers et de juges de paix, et qui plus est, les couronnent.De la critique littéraire ils auront bientôt passé à l\u2019assistance publique.L'histoire du Bic n\u2019est pas encore couronnée, mais au train que vont les choses, elle le sera.Nous qui, par bonheur, connaissons la différence entre Racine et Mademoiselle Millicent, entre Taine et les historiens du Bic ou de Sainte-Apolline, notre devoir est tout indiqué: c\u2019est de remettre fermement, impitoyablement, chaque chose à sa place.OLIVAR ASSELIN R.P.H.Petitot, O.P.\u2014 \u201cVie de Saint Dominique\u201d, brochure in-8°, 480 pages.Aux Editions de la Vie Spirituelle, Saint-Maximin (Var).Peut-on vraiment faire du définitif en quelque domaine que ce soit ?Oui, si les sources de renouvellement, à plus forte raison les simples moyens d\u2019exécution matérielle font défaut, comme dans l\u2019art architectural gothique.Il n\u2019en va pas de même ailleurs, par exemple en histoire où le travail et le hasard combinés réservent sans cesse de nouvelles trouvailles.Un historien a fait du définitif jusqu'à date, si l\u2019on peut ainsi parler, quand il a compulsé avec un doigté suffisant tous les documents mis à jour sur un personnage ou une question.C\u2019est le cas du révérend Père Petitot.Celui qui entreprendrait aujourd\u2019hui une nouvelle biographie du Fondateur des Prêcheurs n\u2019aurait pas grand\u2019chose à glaner après lui, et ne pourrait sans imprudence le contredire sur des points notables.Tout au plus pourrait-il adjoindre au fonds déjà très riche ce style d\u2019historien à la Bainville, si sobre, si rapide, si bien adapté aux choses, qu\u2019il subit victorieusement l'épreuve du réfectoire.J\u2019ai assisté à la lecture de l\u2019Histoire de France, sans observer de la part des convives-auditeurs le moindre sourire ou froncement de sourcil.Je ne saurais affirmer la même chose du volume du P.Petitot.L\u2019audition est gâtée çà et là, oh ! très légèrement, soit par un peu d\u2019enflure, soit par l\u2019importance exagérée que l\u2019auteur accorde à des détails secondaires, comme l\u2019allaitement maternel dont il est acquis que son héros ne fut pas frustré.Une certaine lourdeur parfois semble résulter du fait que le R.P.a supprimé les appendices et entassé toute sa matière dans le texte.L\u2019ampleur des exposés, l\u2019abondance et la sûreté de l\u2019information, le choix judicieux des citations et des preuves, surtout cette remarquable tendance à l\u2019objectivité qui fait que la biographie, empreinte pourtant de filiale tendresse, pourrait être signée à la rigueur par une plume étrangère à l\u2019Ordre: ce sont là les qualités maîtresses que déploie le R.Père en parlant de saint Dominique et de sa \u201cplantation\u201d.Il reproduit en la condensant la thèse évolutive du Père Mortier sur les origines du Rosaire, et il apporte un nouvel appui aux positions modérées de M.Jean Guiraud.concernant le rôle militaire et les fonctions inquisitoriales du saint Fondateur durant la Guerre des Albigeois.Plusieurs grandes vérités sont désormais acquises.\u2014 Saint Dominique est l\u2019instituteur et le grand apôtre du Rosaire, sans en avoir fourni pour cela la toute première ébauche, ni la toute 570 LA REVUE DOMINICAINE dernière forme.\u2014 Saint Dominique s\u2019est abstenu sa vie durant de toute action personnelle politique ou militaire.\u2014 Saint Dominique n\u2019a pu être le fondateur de l\u2019Inquisition, puisqu\u2019elle fonctionnait dix ans avant son arrivée en Languedoc.\u2014 Saint Dominique, en vertu d\u2019un mandat de l\u2019Abbé de Cïteaux, légat du Saint-Siège, a exercé durant quelque temps la fonction inquisitoriale, laquelle consistait à convaincre les hérétiques, et à les livrer ensuite au bras séculier, avec ou sans recommandation à sa clémence.\u2014 Enfin et par-dessus tout, Dominique fut un modèle irréprochable de sainteté, et son biographe a pu apposer cette finale au lumineux travail qu\u2019il vient de lui consacrer: \u201cIl a infiniment aimé Dieu, ses frères et tous les hommes.A l\u2019exemple de Jésus et de saint Paul, il a été un Sauveur.C\u2019est en effet grâce en grande partie à saint Dominique et à ses fils que la civilisation chrétienne a été sauvée dans la première moitié du XHIe siècle.\u201d M.-A.L.Pègues et Maquart.\u2014 \u201cSaint Thomas d\u2019Aquin\u201d \u2014 Sa vie, par Guillaume de Tocco et les témoins au procès de canonisation.1 vol.in-8°, 400 p.Toulouse, Edouard Privât, et Paris, Pierre Téqui, 1925.Quand mourra le Père Pègues \u2014 qucd diu protrahat Deus ! \u2014 il laissera à ses Frères et à tout le clergé catholique l\u2019exemple d\u2019une vie intellectuelle et morale étroitement liée à la doctrine et au culte de saint Thomas, ce qui revient à dire: l\u2019exemple d\u2019une supériorité magnifique.Après le travail, en effet, il n\u2019est pas de meilleure garantie d\u2019intellection thomiste que l\u2019amour même voué au puissant maître, puisqu\u2019il adjoint aux efforts de l\u2019esprit les surprenantes intuitions du cœur.De sa docilité et de son culte envers S.Thomas le régent de Saint-Maximin vient de fournir une preuve nouvelle, en publiant une première édition française de sa Vie, par Guillaume de Tocco, et en la faisant suivre des dépositions des témoins au procès de canonisation.La traduction est l\u2019œuvre conjointe des novices de Saint-Maximin, qui ont déjà à leur crédit un Saint Dominique d'après les témoins du procès, et de M.l\u2019abbé Maquart, professeur au Grand Séminaire de Reims, qui a fourni l\u2019introduction, le P.Pègues s\u2019étant lui-même chargé de l\u2019avant-propos.La mise à jour simultanée de la Vie et des dépositions s\u2019explique aisément du fait que Guillaume de Tocco avait été chargé officiellement par le Chapitre provincial de la Province de Sicile, à laquelle il appartenait lui-même, de mener l\u2019enquête sur les miracles de saint Thomas, en vue de sa canonisation.Il remit du même coup à Jean XXII le résultat de l\u2019enquête et la Vie de saint Thomas qui était son œuvre.Le texte latin, déjà publié et tiré à part par la Revue Thomiste de 1913-14, offre une saveur et une richesse difficiles à rendre en français.Cependant les traducteurs ont droit à toutes nos félicitations pour ce travail, d\u2019allure dégagée et naturelle, et qu\u2019on sent fidèle quand même.S\u2019ils se sont abstenus de toute glose ou paraphrase, c\u2019est que \u201cles documents ont par eux-mêmes une autorité L\u2019ESPRIT DES LIVRES 571 exceptionnelle et qui se suffit, surtout pour le lecteur voulant mettre son âme en contact avec l\u2019image fidèle et toute fraîche que nous donnent du saint Docteur les heureux survivants, amenés sous la foi du serment, ou par le culte d\u2019une piété profonde, à témoigner de ce qu\u2019ils savaient de lui pour l\u2019avoir vu et entendu, ou pour l\u2019avoir appris de ceux-là mêmes qui avaient vu et entendu.\u201d L\u2019entreprise vaut mieux encore que sa réussite ou signifie davantage.Là-bas dans leur solitude provençale encerclée par les Alpes Maritimes, à trente kilomètres de la Sainte-Baume, dans leur antique monastère, d\u2019aspect si imposant, et qui possède, à n\u2019en pas douter, une véritable valeur formative, les novices de Saint-Maximin méritent d\u2019être cités en exemple comme leur distingué Régent.Se plier de bonne heure à la manipulation et à la confrontation des textes, s\u2019habituer durant le stage scolastique à rendre clairement la propre pensée et celle des auteurs, enfin prendre un contact anticipé avec la clientèle de l\u2019avenir, voilà qui est excellent pour parfaire l\u2019éducation d'un professeur ou d\u2019un apôtre.Le même éloge peut s\u2019adresser aux étudiants de Washington qui rédigent depuis quelques années avec un soin minutieux la revue \u201cDominicana\u201d et à ceux d\u2019Ottawa qui, sans compter les exercices littéraires de vacances, collaborent assidûment au \u201cRosaire pour tous\u201d.M.-A.L.R.P.Ange Pirotta, O.P.\u2014 \u201cSancti Thomæ Aquinas, In Aristotelis librum De Anima Commentarium.\u201d Editio recentissima.Apud Marietti, Taurini, Italia.1925.Le Père Pirotta fait une œuvre très utile.Son édition du Commentaire de saint Thomas sur le livre De Anima d\u2019Aristote, selon la méthode inaugurée par le P.Cathala, O.P., fournit un instrument de travail parfait à tout étudiant curieux de la pensée des grands maîtres.Le texte d\u2019Aristote, traduit excellemment par le plus grand helléniste du moyen-âge, Guillaume de Moerbeke, O.P., lui permet de s\u2019abreuver à la source.Saint Thomas en a canalisé la richesse profonde à laquelle le P.Pirotta l\u2019aide à participer par ses synopsis faits avec beaucoup d\u2019intelligence.Deux index alphabétiques des idées principales contenues dans le Commentaire complètent la perfection de cet instrument de vérité.Le R.Père a bellement atteint son but.Se peut-il meilleur éloge ?J.-D.M.F.M.Cappello, S.J.\u2014 De Censuris, 1 vol.in-12, de XVI-517 pages.Turin, Marietti, 1925.Le R.P.Félix M.Cappello, S.J., le docte professeur de Droit canonique à l\u2019Université Grégorienne de Rome, vient d\u2019ajouter à la série déjà longue de ses travaux, une réédition de son traité De Censuris.C\u2019est plus qu\u2019une édition augmentée, c\u2019est une véritable 572 LA REVUE DOMINICAINE refonte.L\u2019auteur a revu avec un soin tout particulier les pages du début sur les censures en général: ainsi le chapitre de l\u2019absolution des censures qui tenait en 10 pages en a maintenant plus de 50 et ainsi du reste.La table des matières est moins détaillée, mais, par contre, elle s\u2019accompagne d\u2019un index des principaux écrivains qui ont traité ce sujet.i II y a des chapitre totalement nouveaux, notamment sur l'interprétation des censures.Le style est meilleur, le latin plus soigné.Le travail de typographie est très bon et contribuera à maintenir la réputation mondiale de l\u2019imprimerie Marietti.Les ouvrages du R.P.Cappello, S.J.font honneur à la science canonique; l\u2019on peut dire qu\u2019ils sont complets; chaque sujet est traité sérieusement et sous tous ses aspects; sur les points discutés, les opinions en présence sont 'énoncées, et celle que l\u2019auteur adopte est appuyée sur de bons arguments.Ne ne pouvons que souhaiter que l\u2019auteur donne au public un aommentaire canonico-moral de tout le Code.A.-L.Abbé Arnaud D\u2019Agnel.\u2014 Saint Vincent de Paul, directeur de Conscience.\u2014 In-12, 10 fr; franco 10 fr.75.Cet ouvrage datera parce qu\u2019il apporte du nouveau et de l\u2019excellent dans le problème capital de la conduite des âmes.Son auteur était préparé par d\u2019importantes publications de même nature à ce genre d\u2019étude, dont la complexité demande un théologien doublé d\u2019un psychologue.Grâce à sa compétence particulière, l\u2019abbé Arnaud d\u2019Agnel est parvenu à ne laisser dans l\u2019ombre aucun des aspects si divers de son sujet; et, après la lecture des 386 pages qu\u2019il lui consacre, l\u2019on est documenté à fond sur la manière dont saint Vincent de Paul entend et pratique la direction de conscience, sur les points de vue qui lui sont communs avec ces maîtres de la spiritualité, que sont Ignace de Loyola et François de Sales, comme sur les façons de voir, de sentir et d\u2019agir qui lui sont personnelles.Ce n\u2019est pas un mince mérite d\u2019avoir fait ressortir, pour ne pas dire révélé, la pénétration psychologique du saint, les services que rendent chez lui, au directeur, des connaissances approfondies de médecine et de psychothérapie, un pragmatisme dans lequel entrent un sens merveilleux des hommes et des affaires, le génie de l\u2019organisation et une diplomatie jamais en défaut.N\u2019est-ce pas intéressant de constater comment l\u2019humilité du saint et son esprit éminemment surnaturel s\u2019allient à son pragmatisme, le servent et le développent?Rien de passionnant pour les curieux des choses de l\u2019âme comme las dix-huit chapitres où l\u2019un des saints les plus riches d\u2019intelligence, de cœur et de sentiment, que l\u2019on connaisse, est pris sur le vif dans ses rapports avec les personnes de caractères et de genre de vie très différents.Quels que soient leurs goûts intellectuels et leur science préférée, les lecteurs de cet ouvrage y trouveront des données neuves, toujours justes, des analyses fouillées et de fortes synthèses, enfin des indications précieuses tant sur la direction de 1.\u2014Cet index est incomplet: l\u2019on s\u2019étonne de n\u2019y pas trouver le nom du T.R.P.Blat, O.P. L\u2019ESPRIT DES LIVRES 573 conscience que sur le gouvernement des hommes en général, que sur l\u2019éducation de soi-même et des autres.R.P.Ed.Hugon.\u2014 Etudes sociales et psychologiques ascétiques et mystiques.\u2014 La vraie Société des Nations.\u2014 L\u2019union des Eglises.\u2014 Les malades de la volonté \u2014 La psychologie de la conversion.\u2014 Les vertus actives et les vertus passives.\u2014 La profession religieuse et les œuvres.\u2014 La mystique de Saint Thomas d\u2019Aquin.\u2014 In-12.Paris, Téqui.'\u2018L\u2019Apostolat Missionnaire de la France\u201d.Conférences données à l\u2019Institut Catholique de Paris, 1923-1924.1 vol.in-12, XXV-310 pages.Paris, Téqui.Voici un livre qu\u2019il faut mettre entre les mains de tous les bons Français, et qu\u2019il faut souhaiter voir pénétrer dans toutes les écoles, dans toutes les communautés, dans tous les foyers de notre pays.Il apprendra à faire aimer l\u2019Eglise et à faire aimer la France.Livre d\u2019apologétique concrète qui montre par les faits, que selon la belle pensée du P.Lacordaire, partout où l\u2019Evangile prend racine, tut-ce dans une fente de rocher, il y produit des fruits de sainteté qui confondent la raison.On en trouvera la preuve dans ces récits d\u2019une éloquence si simple et si émouvante, racontée par nos admirables missionnaires.Livre de fierté patriotique qui démontre une fois de plus que, comme le disait Louis Veuillot, la pensée religieuse envahit le monde sur un fleuve de sang français.Ce livre qui contient les conférences données à l\u2019Institut Catholique de Paris, sous le haut patronage de Sa Grandeur Mgr Baudrillart, par l\u2019Union Missionnaire du clergé, est le premier d\u2019une série qui se poursuivra chaque année et qui constituera bientôt la collection la plus précieuse que nous puissions posséder sur l\u2019apostolat missionnaire de la France.M.R.Jeûné.\u2014 \u201cUne Mystique dominicaine, la Vénérable Mère Agnès de Langeac\u201d.In-12.Paris, Téqui.Parmi les mystiques qui ont illustré la première partie du XVIIe siècle, il en est une qui a rendu au clergé de France un service éminent en contribuant par ses prières et ses sacrifices à la sanctification de M.Olier et à la fondation des Séminaires: c\u2019e3t la Vénérable Mère Agnès, dont M.R.Jeûné nous retrace brièvement, en un style limpide et vivant, la vie et les œuvres.Dans une première partie l\u2019auteur décrit rapidement son pèlerinage terrestre, 574 LA REVUE DOMINICAINE sa vie si mortifiée inspirée par un ardent amour pour Jésus, son élévation aux plus hauts degrés de la contemplation, les faveurs divines dont elles fut comblée et auxquelles elle répondit par une humilité aussi extraordinaire que ces faveurs elles-mêmes.La seconde partie nous fait connaître son esprit, ses vertus principales, ses oeuvres.Les dominicaines de Langeac continuent les traditions de leur vénérable Mère, et par leurs prières et leurs sacrifices, travaillent efficacement à la sanctification des séminaristes et des prêtres.Puissent-elles se multiplier ! L.Guarriguet.\u2014 \u201cEucharistie et Sacré Cœur\u201d.Etude comparative de théologie et d\u2019histoire sur les deux dévotions.In-8° carré de 362 pages.Chez Granger Frères et a La Librairie Notre-Dame, Montréal.Les deux dévotions qui, de nos jours, occupent la plus large place dans la piété chrétienne sont incontestablement la dévotion à la Sainte Eucharistie et la dévotion au Sacré Coeur de Jésus.Elles sont de la même famille, elles exhalent la même suavité, elles font vibrer les mêmes cordes, elles plongent leurs racines dans les profondeurs de la même charité, elles attirent les mêmes âmes.Il a semblé intéressant à l\u2019auteur de les rapprocher dans une étude qui serait à la fois de théologie et d\u2019histoire.En l\u2019écrivant, il ne s\u2019est pas proposé de composer un traité de haute science, quoiqu\u2019il n\u2019ait laissé dans l\u2019ombre aucune des questions de quelque importance qui se trouvaient sur son chemin; il a voulu uniquement éclairer la piété, en lui fournissant un résumé simple, clair, méthodique, complet et surtout fidèle de l\u2019enseignement catholique sur deux sujets qui lui sont particulièrement chers et sur lesquels elle n\u2019a trop souvent que des notions un peu vagues.Son travail comprend trois parties.Dans la première, consacrée à I\u2019E'ucharistie, celle-ci est successivement étudiée comme sacrifice, comme sacrement et comme \u201créserve\u201d.Dans la seconde, qui traite du Sacré Coeur, il est expliqué en quoi consiste exactement le culte du Cœur adorable de Jésus et quelle a été de ce culte la genèse et le développement.Dans la troisième, enfin, les deux dévotions sont rapprpochées et il est montré comment, depuis leur rencontre, elles ont vécu étroitement liées et comment elles n\u2019ont cessé d\u2019exercer l\u2019une sur l\u2019autre une action dont elles ont toutes les deux également bénéficié.Il est difficile d\u2019imaginer travail théologique plus intéressant à lire et plus capable de nourrir la piété, la doctrine y est exposée avec une clarté telle que les moins initiés se l\u2019assimileront sans effort.Un pareil livre sera également utile aux prêtres et aux simples fidèles; tous y trouveront large matière à édification et à instruction; il amènera les âmes à connaître mieux, à aimer davantage et à recevoir plus fréquemment celui qui a dit: \u201cJe suis venu apporter sur la terre le feu de la sainte dilection et je ne désire rien tant que de la voir s\u2019allumer partout.\u201d l\u2019esprit des livres 575 E.Jombart.\u2014 \u201cLe Mariage\u201d.Rappel de quelques notions canonique et morales.1 vol.in-12.Chez Granger Frères et à La Librairie Notre-Dame, Montréal.Il est peu de matières plus vastes et plus complexes que celle du mariage chrétien.L\u2019auteur a renoncé délibérément à tout dire.Il n\u2019a pas voulu condenser en quelques pages, au prix d\u2019une sécheresse rebutante et d\u2019une grande obscurité, tout ce que contiennent à ce sujet de gros et doctes volumes.A quoi bon d\u2019ailleurs, dans un mince opuscule, examiner longuement des cas exceptionnels ?A quoi aurait-il servi de s\u2019éterniser sur les fiançailles par écrit, sur le mariage de conscience, sur les mariages par procureur ou par interprète, sur le privilège paulin, puisque tout cela se présente bien rarement en France ?On s\u2019est appliqué, au contraire, à insister sur ce que cette question du mariage, au point de vue canonique et moral, présente de plus important, de plus pratique et de plus actuel.Une doctrine très exacte, puisée aux meilleures sources et mise pleinement en harmonie avec les dernières décisions du Saint-Siège, la clarté de l\u2019exposition, un heureux choix d\u2019exemples et d\u2019applications, sans parler d\u2019un mot çà et là pour dérider le grave lecteur, recommanderont cet opuscule à tous les prêtres appliqués au saint ministère et à certains de leurs auxiliaires laïques.Assurément un livre si court ne dispensera pas les séminaristes d\u2019étudier le mariage dans des traités plus complets, mais ils seront heureux d\u2019y trouver un bon résumé de ces études plus approfondies, capable d\u2019en graver dans leur mémoire les enseignements les plus importants et de leur en montrer l\u2019utilisation.Vincent Le Govec.\u2014 \u201cLes Sabots à la Guerre.Quand la Vendée résista !.\u201d Roman historique d\u2019épopée vendéenne.1 vol.in-12, 320 pages.P.Téqui, libraire-éditeur, 82, rue Bonaparte, Paris-VI- Ce Roman \u2014 qui est de l\u2019Histoire vécue et palpitante \u2014 est destiné à encourager les Français actuels dans leur lutte contre la Révolution internationale qui veut engloutir leur religion, leurs familles et leurs biens.Devant ces mêmes menaces, le peuple de Vendée se soulève en 1793.Sa conduite est héroïque, avec ses succès et ses revers, sa défense prend des aspects tragiques; ce peuple se classe parmi les plus grands de l\u2019histoire.peuple en sabots, armé de fourches, qui n\u2019arrive pas à sauver ses maisons et ses biens, mais qui sauve le catholicisme en France et force le Premier Consul à faire la paix religieuse.Cette histoire, \u2014 qui sera la nôtre, car comme disait un poilu: \u201cII faudra peut-être remettre ça ! \u201d \u2014 est trop peu connue. 576 LA REVUE DOMINICAINE Autour d\u2019une idyllique intrigue entre des personnages réels et historiques, se déroule toute cette guerre affreuse et splendide.Le cœur vibre, il palpite, les yeux pleurent.Récit dramatique et passionnant.On cherche des romans capables d\u2019intéresser et d\u2019émouvoir, tout en élevant les cœurs.Celui-ci remplira toutes ces qualités, et de plus, à l\u2019encontre de tant d\u2019autres productions, il est d\u2019une haute tenue littéraire, et d\u2019un charme prenant.Il aura, dans cette Vendée qui n\u2019a pas changé d\u2019avis depuis 1793, un légitime succès.Mais sa réputation dépassera les limites de la Vendée militaire.Pourquoi nos Frères d\u2019Alsace, qui en ignorent peut-être le détail, n\u2019apprendraient-ils pas, par le moyen de ce livre, les hauts faits des Vendéens qui leur tendent si noblement la main ?Pourquoi les fiers catholiques qui se lèvent de tous les points de la France pour la défense de leur foi, ne viendraient-ils pas puiser dans ces pages de mâles encouragements, des leçons de persévérance et d\u2019énergie ?L.Rouzic, aumônier de la Rue des Postes.\u2014 \u201cEn Vacances\u201d.In-32 de 356 pages.P.Téqui, libraire-éditeur, 82, rue Bonaparte, Paris-Vie.Sous ses dehors avenants, avec son titre qui sonne allègre Comme un cri de ialliement, En Vacances se présente comme un compagnon et un conseiller aimable des périodes de repos.Mais quand on a lu la table des matières et qu\u2019on pénètre dans la profondeur des chapitres, on voit que le compagnon aimable est aussi un aide très averti et très utile.A travers la poésie et l\u2019élégance variée de la forme, on s\u2019aperçoit vite que l\u2019auteur a surtout voulu instruire et qu\u2019il n\u2019a cherché à plaire que pour mieux convaincre.Tout vise au pratique, et l\u2019idéal ne se montre que pour entraîner vers la réalité.Après un historique sur les vacances, après ses aperçus intéressants sur les derniers moments de l\u2019année scolaire, sur les adieux au collège, ur la manière de se comporter dans le voyage, l\u2019auteur aborde la principale division de son ouvrage: Les devoirs envers Dieu, les devoirs envers le prochain, les devoirs envers soi.Mais que de hautes et fines considérations dans le développement de ces titres, que d\u2019aperçus multiples, de détails vécus, de conseils adaptés, et comme l\u2019esprit, le cœur et la volonté sortent enrichis de cette lecture ! L\u2019auteur a mis dans ces pages, avec son grand amour de la jeunesse, toute son expérience formée depuis tant d\u2019années sur un terrain de choix."]
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