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Titre :
Revue dominicaine
Éditeur :
  • St-Hyacinthe :Couvent de Notre-Dame du Rosaire,1915-1961
Contenu spécifique :
Novembre
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Rosaire
  • Successeur :
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Revue dominicaine, 1925-11, Collections de BAnQ.

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[" IIAiiO NUMÉRIQUE Première(s) page(s) manquante(s) ou non numérisiée(s) Veuillez vous informer auprès du personnel de BAnQ en utilisant le formulaire de référence à distance, qui se trouve en ligne : https://www.banq.qc.ca/formulaires/formulaire reference/index.html ou par téléphone 1-800-363-9028 Bibliothèque et Archives nationales Québec EJ ES ES ES CHEZ NOS FRERES SEPARES FONDAMENTALISTES ET MODERNISTES Nous pouvons assister avec entière indifférence, ou plutôt avec les sentiments d\u2019une heureuse sécurité, à la querelle entre fondamentalistes et modernistes, dont les principales sectes protestantes donnent en ce moment le spectacle.Le Catholicisme eut sans doute naguère sa crise de modernisme.Mais elle ne put être que bénigne.La raison en est qu\u2019au sein du Catholicisme il ne saurait y avoir des fondamentalistes et des non-fondamentalistes.Tout ce qui est certainement de foi est fondamental, en ce sens qu\u2019on ne saurait rien en rejeter sans renier la foi.Pour cela encore il n\u2019y a pas de place dans l\u2019Eglise catholique pour des modernistes au sens qu\u2019a ce mot dans le camp protestant.Ils entendent par là ceux qui, pour se mettre en harmonie avec la pensée la plus moderne, répudient certaines croyances, regardées par d\u2019autres comme fondamentales.Il ne saurait y avoir des modernistes de cette espèce dans le Catholicisme.Ils cesseraient par le fait même d\u2019être Catholiques.Ils en ruineraient le principe fondamental, qui est de croire tout ce que Dieu a révélé, parce qu\u2019il l\u2019a révélé, et parce qu\u2019il nous le propose et nous le déclare au moyen de son organe officiel sur la terre, l\u2019Eglise établie par lui pour être dépositaire et interprète de sa révélation.En rejeter le point le plus minime, en dépit du motif que nous venons de dire, (parole de Dieu proposée et garantie comme telle par l\u2019Eglise) c\u2019est renier et perdre la foi, c\u2019est, nous le répétons, n\u2019être plus catholique. 578 LA RCV UE DOMINICAINE Il en va tout autrement dans le Protestantisme.Les Modernistes les plus audacieux en appliquent les principes fondamentaux.Ceux-ci se réduisent à deux, l\u2019un négatif et l\u2019autre positif.Le premier, et le plus essentiel, est la répudiation du Catholicisme; le second est le libre examen substitué à l\u2019autorité de l\u2019Eglise fondée par Jésus-Christ.Or il est clair que les modernistes parmi les Protestants restent fidèles à ces deux principes.Ils les appliquent en toute rigueur.Ils sont des Protestants progressifs, avancés.Il semblerait que les Protestants se réclament d\u2019un autre principe plus élevé, plus sacré, à savoir l\u2019autorité de la Bible.Mais à y regarder de près, ce principe est secondaire et subordonné aux deux autres.Car, d\u2019abord, s\u2019ils affectent de faire si grand cas de la Bible, c\u2019est en première ligne, par opposition à l\u2019Eglise catholique, en vue d\u2019en nier la mission et la nécessité.Ils prétendent n\u2019avoir nul besoin de son autorité, attendu que la Bible leur suffit.De là vient leur ardeur à propager la lecture de la Bible, à la distribuer partout, même parmi les ignorants incapables de la lire et surtout de la comprendre.Son acceptation de la main des Protestants est une adhésion implicite à leur négation de l\u2019Eglise; consentie par les Catholiques elle constitue un premier pas vers l\u2019apostasie.De plus, la croyance en la Bible que peuvent avoir les Protestants procède du libre examen.Ils y croient plus ou moins suivant leurs idées ou leur bon plaisir.Quand ils admettent qu\u2019elle est la parole de Dieu, c\u2019est qu\u2019il leur plaît de l\u2019admettre.Il leur est loisible de la considérer comme une complication purement humaine, voire même comme un tissu de mythes, de fables, d\u2019interpolations.Ils en retranchent au besoin les versets, les CHEZ NOS FRÈRES SÉPARÉS 579 chapitres, les livres qui ne cadrent pas avec leurs vues.Au point de vue protestant personne n\u2019a le droit de les en reprendre.De même pour le sens et l\u2019interprétation, les coryphées du Protestantisme ont toujours concédé que chacun peut et doit croire qu\u2019il est à même de comprendre mieux la parole de Dieu que son Eglise, et les hommes qui y exercent l\u2019autorité.Et en effet, voulant dénier à l\u2019Eglise catholique fondée par Jésus-Christ, le privilège de l\u2019infaillibilité, ils auraient été par trop ridicules d\u2019en gratifier leurs prétendues églises nouvellement fondées par des hommes.Mais si l\u2019Eglise, en recevant et expliquant la Bible, n\u2019est pas infaillible, elle peut tomber dans l\u2019erreur, et un simple particulier ou un groupe de dissidents, peut être dans le vrai contre elle.Il est à peine besoin de faire remarquer qu\u2019un tel principe, qui est celui du libre examen, ouvre la porte toute grande, à des variations, à des extravagances, à des témérités auprès desquelles les hardiesses du Modernisme sont presque anodines.?Nous disions en commençant que la lutte entre fondamentalistes et modernistes parmi les Protestants nous laisse, comme Catholiques, assez indifférents.Nous ne faisons pas grande différence entre les uns et les autres.Ce que les seconds sont devenus, les autres le sont en germe.Et ils sont également hérétiques.Nous entendons ce mot, que les Protestants nous ont pris, dans un sens qui n\u2019est pas et ne peut être le leur.Un hérétique n\u2019est pas seulement celui qui ne croit pas ce que nous croyons, ou croit ce que nous ne croyons pas.C\u2019est celui qui, tout en se disant chrétien, n\u2019a pas 580 LA REVUE DOMINICAINE la Foi.L\u2019hérésie est une espèce d\u2019infidélité, enseigne S.Thomas, et les autres théologiens.Elle a le trait commun de tout infidélité, c\u2019est de contredire et d\u2019exclure la Foi.De nouveau nous nous trouvons en présence du fait que nous venons de signaler.Les Protestants ont emprunté à la dogmatique catholique et emporté avec eux le mot de Foi.Mais ils en ont changé le sens.Ils comprennent par là toute croyance religieuse quel qu\u2019en soit le motif, même et surtout si elle est dénuée de motif, si elle est aveugle.La Foi par contre au sens catholique est une croyance ayant pour motif la révélation et l\u2019affirmation divine certifiée au nom de Dieu par l\u2019organe attitré de sa parole, c\u2019est-à-dire par l\u2019Eglise.Par conséquent toute croyance qui ne procède pas de ce motif, n\u2019est pas la Foi, la Foi divine, théologale, c\u2019est à tort qu\u2019on lui en donne le nom.Il s\u2019ensuit aussi qu\u2019il n\u2019y a et ne peut y avoir qu\u2019une seule Foi.Dans la langue française issue de la pensée catholique, le mot de foi n\u2019a pas de pluriel.Il en a un en anglais, et probablement en d\u2019autres langues également marquées de l\u2019empreinte protestante.Les Catholiques ne diront jamais comme les Protestants, à moins que ce soit par distraction : la foi bouddhiste, la foi musulmane, la foi épiscopaîienne, presbytérienne, etc.Il n\u2019y a qu\u2019une seule foi; la croyance motivée comme en vient de le dire.Ceux qui croient pour d\u2019autres motifs que celui-là, n\u2019ont pas la foi, ce sont des infidèles de quelque espèce d\u2019infidélité, ce sont au moins des hérétiques.Or, les Protestants comme tels, ne croient pas ce qu\u2019ils croient, pour le motif propre de la Foi.Ils choisissent les dogmes auxquels ils adhèrent CHEZ NOS FRÈRES SÉPARÉS 581 suivant leurs lumières, leurs goûts, leurs intérêts.La raison de leur croyance se résout en des motifs humains.Ce n\u2019est pas la Foi, ou croyance en la parole de Dieu authentiquement certifiée.C\u2019est pour cela qu\u2019ils sont tous hérétiques.Ils n\u2019ont pas la Foi.Ils ont conservé le mot d\u2019hérésie.On lit parfois que telle de leurs sectes a jugé et condamné quelqu\u2019un de ses membres pour le crime d\u2019hérésie.Mais l\u2019hérésie pour eux ne peut être que relative.Elle se réfère au Credo, à la profession de foi, à l\u2019ensemble des croyances adopté par une secte déterminée.L\u2019hérésie dans le sens catholique est une chose absolue.Elle consiste à n\u2019avoir pas la Foi.N\u2019avoir pas la Foi n\u2019est pas seulement refuser de croire ce que Dieu a dit, c\u2019est aussi ne le croire que sur un motif étranger à la Révélation divine.S.Thomas suppose le cas d\u2019un hérétique qui croirait tout ce que Dieu a révélé, à l\u2019exception d\u2019un seul article.Il se demande si cet homme aurait la foi concernant au moins les articles réellement révélés auxquels il croit.S.Thomas répond non.Car, si l\u2019autorité divine ne lui suffit pas pour gagner son assentiment sur un point, on en doit forcément conclure que s\u2019il admet d\u2019autres points, c\u2019est pour des motifs naturels, humains, qui ne sont pas ceux de la parole de Dieu.Nous ajouterons que peu importe le nombre des articles de foi ainsi rejetés par l\u2019hérétique.Il a renié l\u2019objet formel, le motif propre de la Foi.Il n\u2019y croit plus, il en appelle à d\u2019autres motifs.Disons plus : alors même que sa croyance serait pleinement conforme en fait à la Révélation divine, cette conformité de pure rencontre ne lui donnerait pas la Foi. 582 LA REVUE DOMINICAINE Il est affligeant de penser que le Protestantisme en plaçant à la base de ses croyances le principe du libre examen, a rejeté de propos délibéré le motif, l\u2019objet formel de la Foi Divine.Ils se sont interdit le droit de dire: Je crois fermement telle ou telle vérité, parce que je sais d\u2019une certitude divine que Dieu l\u2019a révélée.Tout ce qu\u2019ils peuvent dire est: Je crois, parce que, après examen, suivant mon jugement, ou celui d\u2019autres hommes, eux aussi faillibles, il me semble que Dieu a révélé.Tout autre est la position du Catholique.Il sait par l\u2019histoire évangélique, indépendamment encore de la Foi, que Jésus fonda une Eglise et lui promit son assistance jusqu\u2019à la fin des temps.L\u2019Eglise est sans doute pour une large part le canal par où nous arrive l\u2019affirmation de ce fait.Mais avant même de tenir compte de son autorité divine, on ne saurait lui dénier le caractère d\u2019un témoin historique de première valeur.D\u2019autant plus que son témoignage est corroboré par des documents écrits dont on ne conteste pas la teneur et l\u2019authenticité.Il arrive tous les jours dans les choses humaines qu\u2019un mandataire est cru sur parole touchant le fait de son mandat.Celui-ci une fois reconnu, à la manière d\u2019un fait historique, le mandataire n\u2019agit plus en son nom, mais par l\u2019autorité de celui qui l\u2019envoie.Il en va de la sorte dans la genèse de notre foi, relativement à la doctrine proposée par l\u2019Eglise.Elle se décompose pour ciinsi dire en deux temps.Nous apprenons d\u2019abord par l\u2019histoire que Jésus-Christ fonda une Eglise, et qu\u2019il lui fit une promesse d\u2019inerrance concernant tout ce qu\u2019il avait enseigné.Ce n\u2019est pas encore la foi.Puis, quand l\u2019Eglise enseigne, en vertu de son mandat, nous la regardons comme l\u2019organe de la parole CHEZ NOS FRÈRES SÉPARÉS 583 de Dieu; nous y croyons, non plus seulement à raison de sa véracité historique, mais parce qu\u2019elle est investie de l\u2019autorité divine, de l\u2019assistance du Saint-Esprit à l'effet de nous enseigner omnem veritatem.Nous avons la Foi proprement dite, la Foi divine, théologale.Par où l\u2019on voit que nous ne commettons pas un cercle vicieux, en recevant de l\u2019Eglise le témoignage historique de son mandat, puis en y déférant, nous y soumettant, nous y confiant, à l\u2019effet de croire à ce que Dieu l\u2019a chargée de nous déclarer en son nom.* * # La Foi proprement dite requiert deux conditions indispensables.Il faut que son objet soit révélé par Dieu; il faut de la part du croyant que le motif de sa croyance soit la révélation divine.Il ne faut pas que ce motif se ramène en dernière analyse à une raison d\u2019ordre humain.La foi prétendue des protestants qui en appellent en dernier ressort au libre examen, au jugement privé, ne remplit pas la seconde condition.Elle est une foi humaine.Certains d\u2019entre eux, des sectes entières, pour échapper à ce reproche, n\u2019hésitent pas à concéder aux individus le privilège qu\u2019ils dénient à l\u2019Eglise entière: le privilège de l\u2019assistance divine voire même de l\u2019inspiration.Ils prétendent que Dieu leur parle intérieurement, spécialement quand ils lisent ou entendent lire la Bible, qu\u2019il leur en révèle le vrai sens, et leur dicte ce qu\u2019ils doivent croire, faire, penser.En quoi ils revendiquent un privilège auquel nul pape n\u2019a jamais aspiré.Quand le chef de l\u2019Eglise catholique juge expédient de décider un point de doctrine sur lequel plane encore un léger doute, ou de sanctionner de tout le poids de son 584 LA REVUE DOMINICAINE autorité ce qui déjà est universellement tenu pour certain, il procède avec des précautions infinies.Il consulte, étudie, s\u2019aide des lumières des plus doctes et des plus érudits parmi les théologiens, interroge tout le monde catholique.Il s\u2019agit de savoir si le point en question est cru universellement, s\u2019il l\u2019a été toujours et partout sauf de rares exceptions, s\u2019il est moralement sûr que sa connaissance et sa croyance remontent aux premières sources de la Révélation, à la parole de Dieu.Pendant ce temps-là, le souverain pontife prie instamment et fait prier, afin d\u2019être éclairé, assisté, gardé de toute présomption, de toute précipitation, de toute témérité, car il sait qu\u2019il n\u2019est pas impeccable, et qu\u2019il répondra devant Dieu de l\u2019usage qu\u2019il fait du privilège dont il a été gratifié pour le bien du troupeau.C\u2019est seulement, en règle générale, après avoir mis en œuvre tous ces moyens d\u2019information, qu\u2019il se croit autorisé à prononcer un verdict définitif et irrévocable.Il n\u2019invoque pas une inspiration venue directement du Ciel, ni son pouvoir discrétionnaire de décider.Il déclare seulement que le point débattu a été certainement révélé par Dieu dans le passé, et que tout fidèle peut et doit y ajouter foi, comme à la parole même de Dieu.Il appuie cette déclaration sur la promesse du Christ de rester avec son Eglise jusqu\u2019à la fin des temps, de ne pas permettre que l\u2019esprit du mal et de l\u2019erreur y prennent jamais le dessus.Nous n\u2019avons pas besoin, nous semble-t-il, de faire ressortir la distance qu\u2019il y a entre cette humble attitude de l\u2019Eglise catholique dans la personne de son chef, et celle des novateurs, initiateurs de sectes plus ou moins hétéroclites, issues du protestantisme, comme les branches sortent du tronc.Ils commencent par gonfler CHEZ NOS FRÈRES SÉPARÉS 585 d\u2019orgueil leurs sectateurs, par leur enseigner qu\u2019ils sont bien supérieurs à l\u2019antique Eglise, fussent-ils les plus ignorants des hommes ; qu\u2019ils la doivent mépriser, honnir.On leur apprendra qu\u2019il est beau de recevoir directement de Dieu les vérités à croire, sans l\u2019intervention de l\u2019homme.Ils devraient pour être conséquents rejeter les divines Ecritures, rédigées par des hommes.Quelques-uns le font.Ceux qui ne vont pas si loin ont été persuadés que pour l\u2019intelligence de la Bible, ils sont positivement et personnellement inspirés de Dieu.Ils ne semblent voir aucune difficulté à ce que le Saint-Esprit se mette en contradiction avec lui-même, en révélant telle chose à une certaine secte et l\u2019opposé à une autre.Il y a sans doute de petites Eglises qui se croient seules en possession de la vérité, et de la présence de l\u2019Esprit divin, et anathématisent le reste de la Chrétienté et de l\u2019humanité.Elles ont la logique pour elles, donné le principe de l\u2019inspiration privée.Mais il est incroyable qu\u2019elles se prennent au sérieux, elles et leurs prétentions.Tout cela ressemble à une parodie que l\u2019on est tenté de qualifier de ridicule et d\u2019odieuse.Il faut reconnaître qu\u2019elle est peu de notre temps.La pente sur laquelle glisse la pensée protestante est moins le fanatisme de l\u2019humain au divin.La logique des choses pousse le protestantisme vers une prétendue religion sans dogmes, sans préceptes, sans sacrements ni autres rites sacrés.D\u2019aucuns sont déjà parvenus à cet aboutissant et ils s\u2019en glorifient comme d\u2019un grand progrès.Ils ne s\u2019occupent pas assez de savoir si Dieu en juge de la sorte.C\u2019est par ce côté qu\u2019il faut tout d\u2019abord considérer la chose.L\u2019important n\u2019est pas de contenter, de surexciter l\u2019orgueil humain, mais de connaître et d\u2019accômplir la volonté divine. 586 LA REVUE DOMINICAINE La religion chrétienne a deux fins, dont l\u2019une est trop laissée dans l\u2019ombre.Il semble que le Protestantisme en a peu le soupçon et la conçoit très mal.Elle consiste non seulement à rendre à la Divinité l\u2019honneur qui lui est dû, mais à conduire l\u2019homme jusqu\u2019à la possession de la béatitude divine.Nous l\u2019appelons la vie éternelle, le Ciel, etc.Elle est à certains égards le but principal du Christianisme, la raison pour laquelle le Fils de Dieu s\u2019incarna.Il le fit pour apporter aux hommes le pouvoir de devenir les fils et héritiers de Dieu, le copartageants de sa béatitude infinie.Ce serait une grande erreur, une monstrueuse présomption de nous imaginer que cette destinée nous appartient de droit, pourvu que nous ne nous en rendions pas positivement indignes.Nous l\u2019appelons surnaturelle, parce que nulle créature, aussi sublime qu\u2019on la suppose, n\u2019y saurait prétendre en vertu de sa nature, y atteindre par ses propres moyens.Elle est naturelle à Dieu seul.Par conséquent, Dieu seul peut nous dire s\u2019il nous y appelle, et par quels actes il veut que nous manifestions notre humble acceptation, la juste appréciation du don infini qu\u2019il nous offre et nous confère.Tout cela entraîne la nécessité d\u2019une Révélation, d\u2019un ensemble de dogmes, de signes sacrés d\u2019institution divine, c\u2019est-à-dire convenus entre Dieu et l\u2019homme, pour que celui-ci vivant encore de la vie des sens, se soumette à bon escient aux opérations divines.Les dits signes sont appelés des Sacrements.Ils mettent les choses de Dieu à la portée de l\u2019humanité terrestre.Les rites religieux sont pour elle une nécessité.Dieu ayant institué la Religion dans le but de conduire l\u2019homme au terme de sa destinée éternelle, il dut la mettre à la portée de la moyenne du genre humain, CHEZ NOS FRÈRES SÉPARÉS 587 nous dirions même des plus humbles, des plus pauvres, des plus ignorants, des plus grossiers, pauperes evan-gelizantur, et non pas seulement ni principalement d\u2019une élite intellectuelle ou sociale.Quoi qu\u2019il en soit, les hommes qui se croient de force à s\u2019élever par eux-mêmes à une destinée divine et bienheureuse, dont l\u2019idéal est de ne pas s\u2019inquiéter de savoir si Dieu a parlé, et \u2014 supposé qu\u2019il ait parlé, qu\u2019il ait révélé des dogmes, \u2014 de les ignorer, de ne tenir aucun compte de la voie qu\u2019il a tracée pour monter jusqu\u2019à lui, le font à leurs risques et périls, c\u2019est le moins qu\u2019on puisse dire.Ce n\u2019est pas malheureusement le pire.Les hommes dont nous parlons ne savent pas qu\u2019ils partagent à leur manière la grande aberration d\u2019où vinrent toutes les superstitions, toutes les infidélités, toutes les impiétés.Elle remonte très haut, plus loin que l\u2019origine des temps.Elle entraîna la chute de Lucifer et de ses Anges.Quand Dieu eut créé les Esprits purs, il leur offrit, comme il devait faire un jour pour l\u2019homme, de les introduire dans son Ciel, c\u2019est-à-dire de les diviniser en les associant à sa vie béatifique et glorieuse.C\u2019était une grâce, une faveur surnaturelle.Le Créateur les mit en demeure de l\u2019accepter comme telle, avec reconnaissance et humilité.Or, Lucifer la repoussa.Il aurait voulu que cette destinée sublime fût l\u2019apanage de sa nature.Et comme il vit clairement que cela était impossible, contradictoire, il aima mieux la répudier.L\u2019orgueil lui dit qu\u2019il était plus noble, plus fier, d\u2019être sa propre fin, de trouver en soi-même son bonheur suprême, sa béatitude, à la manière de Dieu.Telle est, d\u2019après l\u2019explication lumineuse de S.Thomas, la manière dont Satan voulut se faire l\u2019égal de Dieu.Il prétendit être 588 LA REVUE DOMINICAINE sa fin dernière, l\u2019objet de son culte à la place de Dieu, puis devenir aussi la fin dernière, le dieu des autres créatures d\u2019une nature inférieure à la sienne.Son exemple n\u2019est que trop, quoique inconsciemment, suivi par les hommes sur la terre.La faute de Lucifer se décompose, pour ainsi dire, en deux mouvements.En premier lieu, acceptation conditionnelle de l\u2019offre divine, de la divinisation, mais à la condition que celle-ci ne serait pas une grâce, un don surnaturel.En second lieu, vu l\u2019impossibilité évidente de la dite condition, refus absolu de monter jusqu\u2019à la sphère divine, option des régions inférieures, préférence de sa propre nature à la participation par grâce de celle de Dieu.Or, c\u2019est de l\u2019une de ces deux manières que péchèrent et pèchent encore toutes les soi-disant religions qui sont d\u2019origine humaine.Un grand nombre d\u2019entre elles aspirèrent au divin, mais elles supposèrent que l\u2019homme peut s\u2019y élever par ses propres moyens.Le paganisme se crut le pouvoir de déifier, s\u2019il lui plaisait, les êtres de la création, d\u2019obliger la divinité à s\u2019unir, à s\u2019identifier avec les objets qu\u2019il choisissait pour leur rendre un culte.A plus forte raison s\u2019attribua-t-il le droit de déterminer quels actes devaient rapprocher l\u2019homme de la Divinité.Il ignora qu\u2019il appartient à Dieu seul de descendre jusqu\u2019à nous et de nous élever jusqu\u2019à lui.Le Protestantisme, comme tel, tombe dans le même travers.En érigeant en principe le libre examen, en concédant à chacun le droit, en s\u2019aidant de la Bible, de se faire sa religion, moyennant laquelle il se sauvera, c\u2019est-à-dire, méritera d\u2019entrer dans le Ciel de Dieu, le Protestantisme, dis-je, prétend lui aussi s\u2019élever jusqu\u2019à Dieu par les seules forces humaines, par les forces de la CHEZ NOS FRÈRES SÉPARÉS 589 nature.Il ignore ou ne veut pas savoir qu\u2019il appartient à Dieu seul de nous faire monter à de telles hauteurs, de nous le dire, de nous indiquer la rout, de nous soulever par sa grâce, etc.Nulle créature n\u2019a le pouvoir de lui prêter ses vues, sur ce sujet, de lui poser des conditions.Le mettre en demeure de les accepter, de les sanctionner, c\u2019est de la présomption, cela s\u2019appelle tenter Dieu.Non tentabis Dominum.Tout homme qui a la hardiesse de fonder une religion, une secte, sous prétexte de réforme ou autre semblable encourt ce reproche.Il tente d\u2019escalader le Ciel, de monter jusqu\u2019à Dieu par les forces de l\u2019homme.Ses sectateurs sont des dupes, sinon toujours des complices.La vraie Religion ne peut être que d\u2019institution divine.La seule attitude légitime du côté de l\u2019homme, est celle d\u2019une acceptation humble, docile, intégrale, de tout ce que Dieu a daigné nous faire savoir, de tout ce qu\u2019il nous mande par l\u2019organe de la société établie par lui avec mission de nous enseigner en son nom.Ceux dont nous venons de parler acceptent le don divin, mais avec la prétention d\u2019en bénéficier à leur manière et non à celle de Dieu.L\u2019aboutissant logique de leur tentative est celui auquel s\u2019arrêta Lucifer.Pour l\u2019homme, créature très compliquée, à l\u2019intelligence relativement peu lucide, le procédé peut être lent, et n\u2019atteindre son développement logique et naturel qu\u2019après des générations et des siècles.Lucifer vit à l\u2019instant qu\u2019il était dans l'impuissance absolue de s\u2019élever aux hauteurs de la divinité par ses propres moyens, comme il le voulait, et autrement que par la grâce du seul vrai Dieu.Il embrassa, à l\u2019instant aussi, le parti d\u2019y renoncer, de s\u2019en détourner totalement de se replier sur sa propre nature, d\u2019en faire sa fin dernière, son dieu.Aux 590 LA REVUE DOMINICAINE yeux des hommes, la chose n\u2019est pas aussi évidente ni si prompte.Ils peuvent encore se flatter de l\u2019espérance que Dieu adoptera, sanctionnera leurs voies, et les investira d\u2019une valeur divine.La chose n\u2019est pas absolument impossible, et elle a pu se produire en faveur des âmes sincères, incapables de connaître les intentions et les voies de Dieu à l\u2019égard de l\u2019humanité.Mais, à prendre les choses en elles-mêmes, ceux qui, de parti-pris, veulent ignorer et barrer les sources d\u2019information par lesquelles Dieu a résolu de nous faire connaître sa révélation, deviennent fatalement la proie du doute, du scepticisme regardant la destinée céleste et divine; et, désespérant pratiquement d\u2019y atteindre, et n\u2019y croyant plus, ils y renoncent, le nient, et se tournent vers l\u2019ordre purement naturel.L\u2019objet et la fin des prétendues religions qu\u2019ils s\u2019efforcent d\u2019établir devient l\u2019homme, l\u2019humanité.Ce n\u2019est pas qu\u2019ils croient à la déification ou à la divinisation de l\u2019homme par une grâce de Dieu.Ce ne serait pas mettre la créature à la place du Créateur.Dieu peut, sans déroger, sans abdiquer, revêtir, s\u2019il lui plaît, la forme et jusqu\u2019à la nature humaine.Il peut aller plus loin, il peut dans le but de se rapprocher, de se mettre à la portée de l\u2019homme prendre la forme d\u2019un humble aliment, nous dirions d\u2019un fétiche.Dieu est libre de descendre jusque là.En admettant la possibilité de faits pareils, nous rendons hommage à la bonté infinie de Dieu, à sa munificence sans borne.Sur ce terrain on n\u2019a pas à craindre de dépasser la mesure, pourvu que l\u2019on rapporte tout à la grâce, et que l\u2019on n\u2019affirme rien que sur le témoignage bien positif de la Révélation.Dieu est libre de déifier sa créature, en descendant jusqu\u2019à elle et en l\u2019élevant jusqu\u2019à lui, en lui communiquant sa CHEZ NOS FRÈRES SÉPARÉS 591 propre Divinité; il est digne de Lui qu\u2019il le fasse dans une large mesure.Mais quand il le fait c\u2019est une faveur gratuite, une grâce à laquelle nul être créé n\u2019a le droit d\u2019élever ses prétentions.Nous l\u2019appelons surnaturelle.Et, encore une fois, Dieu seul, par sa Révélation, peut nous renseigner sur ce sujet.Les hommes dont nous parlons ne l\u2019entendent pas de la sorte.Leur idéal est une prétendue religion qui ignore Dieu ; une religion sans dogme révélé, sans rite sacré, dont la seule fin soit l\u2019homme, l\u2019humanité, son évolution naturelle.On y tend, et chaque pas dans cette direction est salué comme un progrès glorieux.On ne se doute pas que c\u2019est du satanisme et rien de plus.Ainsi Lucifer, devenu Satan, voulut s\u2019élever à la hauteur et au-dessus de Dieu, en se faisant sa fin ultime, l\u2019objet de son culte, de sa religion.La destinée que Dieu lui offrait, et qu\u2019il offre à l\u2019humanité, est la plus haute, la plus divine qui soit possible.Mais elle est une grâce, et elle doit être reçue comme une faveur absolument imméritée.Elle implique une dépendance, un état de soumission aux desseins de Dieu, la croyance à sa parole, l\u2019emploi fidèle des moyens qu\u2019il a institués pour nous y conduire.Il est impie de leur substituer d\u2019autres moyens d\u2019invention humaine.Il est encore plus impie de repousser le don de Dieu, de reporter sur l\u2019homme ce qui revient à Dieu, de proclamer par exemple, (ce qui s\u2019entend et se lit fréquemment,) que la vraie et définitive religion, la religion de l\u2019avenir, sera celle qui se réduira à la charité.Et par la charité on se garde d\u2019entendre la charité chrétienne et divine, c\u2019est-à-dire l\u2019amour de Dieu débordant sur les hommes.On entend par là un certain amour de l\u2019huma- 592 LA REVUE DOMINICAINE nité pour elle-même, pour ce qu\u2019elle pourra devenir un jour, sinon pour ce qu\u2019elle est présentement.La déification de l\u2019homme est l\u2019objectif, le rêve de toutes les religions de la terre.Mais il y a diverses manières de l\u2019entendre.Une seule est possible.C\u2019est la déification par la grâce.Elle consiste en ce que Dieu, le seul Dieu, daigne très librement, par pure bonté, s\u2019unir à l\u2019homme, le rendre Dieu ou, à tout le moins, divin.Elle n\u2019entraîne pas le polythéisme, puisque Dieu par elle communique sa divinité, l\u2019unique Divinité, mais ne la multiplie pas.Il fait part à l\u2019homme de sa nature, de sa personnalité, de sa vie, de sa béatitude.Quand nous adorons un Homme-Dieu, nous n\u2019encourons pas le reproche d\u2019idolâtrie.Il en va de même quand nous rendons un culte religieux, d\u2019ordre divin, quoique inférieur à l\u2019adoration proprement dite, à des êtres humains que la Grâce a élevés à partager la vie divine.Nous rendons par là hommage à la bonté infinie du seul vrai Dieu.Mais nous n\u2019attribuons qu\u2019à lui le pouvoir et le droit de descendre vers ses créatures, pour les élever au partage de sa divinité, à un degré quelconque.Puis, pour reconnaître le fait, nous attendons que, par sa parole directe ou indirecte, il nous en ait donné l\u2019assurance.Nous sommes loin de nous arroger la puissance de nous élever ou d\u2019élever autrui jusqu\u2019aux hauteurs de la Divinité.Ce fut l\u2019erreur du paganisme.Ce fut celle de toutes les sectes religieuses fondées par les hommes.Nous avons le droit et le devoir d\u2019opposer une fin de non-recevoir absolue à toute religion fondée par un homme (ou une femme).Nous n\u2019avons nul besoin d\u2019en examiner la doctrine, les pratiques.Nous savons à l\u2019avance que, à raison de son origine humaine, elle ne saurait nous acheminer et nous diriger vers notre fin CHEZ NOS FRÈRES SÉPARÉS 593 et notre destinée, qui par la volonté souveraine et infiniment miséricordieuse de Dieu, est une destinée divine.Elle est jugée, quelles que soient ses prétentions, par le fait qu\u2019elle ne remonte pas positivement à une révélation divine.Cette condamnation atteint le Protestantisme comme tel, par conséquent le Protestantisme sous toutes ses formes et à tous ses degrés.Son principe fondamental dont il se glorifie, est la suprématie de la raison individuelle et humaine.C\u2019est elle qui juge en dernier ressort la parole de Dieu, qui prononce sur son authenticité, sa signification.Nous avons dit plus haut que le Protestantisme n\u2019a qu\u2019une foi humaine.C\u2019est elle de plus qui prétend dicter à Dieu les conditions du salut, c\u2019est-à-dire comme nous ne cessons de le répéter, les conditions de la déification ou de la divinisation de l\u2019humanité.Par conséquent aussi le Protestantisme prétend escalader le Ciel de Dieu par les forces de l\u2019homme, en faisant fi de l\u2019Eglise instituée par le Fils de Dieu, pour être son organe et son instrument.Ses fondateurs se firent sciemment ou non les imitateurs de Lucifer, devenu Satan.Tout ce qui précède regarde le Protestantisme, comme tel.Mais nous ne voudrions pas l\u2019appliquer rigoureusement à tous les Protestants pris individuellement.Nous avons dit que le Protestantisme, en vertu de ses principes fondamentaux, n\u2019a pas la Foi.Nous avons dit aussi que, en vertu des mêmes principes, il élève la prétention monstrueuse de monter jusqu\u2019à Dieu, jusqu\u2019à la béatitude divine, par l\u2019effort humain.Cela est vrai en théorie, de ceux qui sont de purs protestants. 594 LA REVUE DOMINICAINE Mais cela ne l\u2019est pas de ceux qui s\u2019inspirent à leur insu des principes catholiques.Nous aimons à croire que le nombre de ces derniers est très grand, parmi les populations protestantes.Nous parlons surtout du peuple.Il reçoit de ceux qui à ses yeux représentent l\u2019Eglise un enseignement partiellement révélé en fait.Il sait que Jésus-Christ a fondé une Eglise, qui est son organe, et à la mission de garder et de prêcher la doctrine qu\u2019il vint apporter aux hommes.Quelle est cette Eglise, les gens du commun, parmi ceux qui sont nés en dehors du Catholicisme sont dans l\u2019incapacité d\u2019en juger par eux-mêmes.Ils sentent cela.Ils s\u2019en rapportent légitimement à ceux qu\u2019on leur a appris dès l\u2019enfance à regarder comme leurs pasteurs et leurs guides, et qui sont censés leur parler au nom de la véritable Eglise de Jésus-Christ.On ne saurait les en blâmer, et on peut soutenir que Dieu approuve leur conduite.Ils croient virtuellement dans la véritable Eglise, et à son magistère divin.Ce sont des catholiques inconscients.Il leur est possible, moyennant la grâce de Dieu, d\u2019avoir la foi, d\u2019appartenir à l\u2019âme de l\u2019Eglise.Leur bonne foi n\u2019est guère douteuse.On a dit et écrit que, pour rester dans la bonne foi, l\u2019hérétique a besoin de n\u2019avoir jamais soupçonné qu\u2019il ne professe pas la vraie religion, qu\u2019il n\u2019appartient pas à la véritable Eglise; que par conséquent il a le devoir de chercher, de s\u2019enquérir.Mais c\u2019est de la théorie pure, qui n\u2019est pas applicable à la masse du peuple.La conscience très vraie de son impuissance absolue à trouver, à juger par lui-même qui est dans le droit chemin, parmi les nombreuses sectes religieuses qui se disputent la chrétienté, dispense l\u2019homme du peuple de l\u2019obligation de chercher. CHEZ NOS FRÈRES SÉPARÉS 595 Sauf de très rares exceptions le droit naturel lui dit d\u2019en croire les hommes éclairés, instruits, les professionnels en matière de religion, de son entourage.S\u2019il s\u2019adresse à d\u2019autres guides, il lui faudra décider, par son propre jugement qui est dans le vrai, ce dont, de nouveau, il est profondément incapable.Le parti raisonnable pour lui est de rester où il est.Car, nous le répétons, en recevant avec docilité l\u2019enseignement révélé de la bouche de ceux que ses ancêtres lui ont affirmé être les représentants légitimes de l\u2019Eglise fondée par le Sauveur, il agit en catholique et non en protestant.Il croit lui aussi à la parole de Dieu, parce qu\u2019elle est la parole de Dieu.On ne voit pas pourquoi il n\u2019aurait pas la Foi proprement dite.Cette solution qui vaut pour les simples, les ignorants, les enfants, pour la masse, n\u2019est pas aussi sûre, si on l\u2019étend aux coryphées, aux fondateurs et chefs de sectes.Dans ceux-là aussi cependant il faut faire la part de l\u2019ignorance, de l\u2019illogisme.Quoi qu\u2019il en soit, si nous devons dégager nettement les principes, et nous y attacher, nous n\u2019avons guère le droit de juger les personnes sur leurs dispositions intérieures, leurs intentions, leur bonne ou mauvaise foi.C\u2019est le secret de Dieu.La charité nous commande de souhaiter, de désirer que la sincérité, la bonne foi, la Foi divine et théologale régnent en fait dans les cœurs du plus grand nombre possible de ceux qu\u2019on a la coutume d\u2019appeler \u201cnos frères séparés\u201d.On ne peut nier toutefois que plus un protestant est imbu du protestantisme, plus le salut lui est difficile.Sans la Foi il est impossible de plaire à Dieu\u201d.La foi dont parle le Livre Saint, c\u2019est la foi proprement dite, la Foi divine, et non la foi humaine, non la foi en ses 596 LA REVUE DOMINICAINE propres lumières et en celles de quelque autre homme, individu ou organisation.Les fondateurs et propagateurs du Protestantisme proclamèrent le principe du libre examen, mais ils entendirent bien s\u2019en réserver en fait l\u2019usage exclusif.Devenus chefs de sectes, ils se réclamèrent d\u2019une autorité divine.Les peuples qui les suivirent de gré ou de force, en vertu d\u2019un atavisme resté catholique, et se sentant incapables de contrôler leurs prétentions, s\u2019y soumirent.Inutile de dire qu\u2019ils étaient trompés.Mais ils l\u2019étaient à leur insu.La divine Providence sut se servir de leur erreur, pour leur rendre possible la Foi en la parole de Dieu, proposée par son Eglise.Si un fidèle fait un acte de foi en la présence réelle du Sauveur devant une hostie qu\u2019il croit consacrée, mais qui en fait ne l\u2019est pas, fait-il un véritable acte de foi ?S.Thomas pose la question, et il la résout par l\u2019affirmative.L\u2019acte de foi se rapporte à la présence réelle du Christ dans toute hostie dûment consacrée, en passant, sans s\u2019y arrêter, par l\u2019hostie qui est censée l\u2019être, quoique par accident elle ne le soit pas.Tel nous semble le cas du protestant qui croit à l\u2019enseignement divin proposé par l\u2019Eglise, mais qui se trompe sur le fait de la véritable Eglise de Jésus-Christ.Son acte peut être un véritable acte de foi, le disposant à la charité qui sanctifie et sauve.Il faut convenir toutefois qu\u2019un tel acte de foi est bien difficile dans le troupeau strictement moderniste.Quand ses bergers et instructeurs déclarent ne pas enseigner le moins du monde une doctrine révélée, et ne parler qu\u2019au nom de la science, on voit à peine comment leurs ouailles ont la possibilité de faire un acte de foi en la parole de Dieu.La ressource qui leur est laissée CHEZ NOS FRÈRES SÉPARÉS 597 est d\u2019ignorer théoriquement et pratiquement les spéculations de leurs soi-disant pasteurs, de conserver au fond de leurs cœurs une mentalité chrétienne, leur persuadant que Dieu a effectivement parlé, et qu\u2019il leur parle dans les bribes de vérité dont leurs ministres se font encore les interprètes presque malgré eux.Là encore les chances du salut sont du côté des humbles, des petits: Revelasti ea parvulis.* # * Comme nous le disions un peu plus haut, quand le bon peuple des protestants regarde, (vaguement au moins), ses ministres comme les organes de l\u2019Eglise fondée par le Sauveur, et comme investis d\u2019une autorité divine pour les enseigner, il est induit en erreur: une erreur qui lui est peut-être salutaire, à la manière que nous avons expliquée, mais erreur quand même.Il est manifeste en effet que les ministres protestants ne sont pas les ministres de Jésus-Christ.Ils ne sont que les ministres des hommes.D\u2019abord, ils ont perdu ou rejeté le pouvoir d\u2019ordre, qui remonte par les Apôtres et leurs successeurs jusqu\u2019à Jésus-Christ.L\u2019ordination qu\u2019ils prétendent conférer, et dont la plupart des sectes ont gardé le nom, est un simulacre inventé par les hommes.Nous ne pouvons pas même faire une exception pour les Anglicans.Il semble dûment prouvé par l\u2019histoire que la chaîne des consécrations épiscopales fut intentionnellement brisée sous Henry VIII.Leurs prétendus évêques ne le seraient que de nom.Tout le monde sait que la question fut de nouveau posée et débattue à Rome, sous le pontificat de Léon XIII, avec désir évident de la part de ce dernier de trouver une solution agréable aux personnages dis- 598 LA REVUE DOMINICAINE tingués parmi les Anglicans qui penchaient vers la réunion avec l\u2019Eglise catholique.Mais la chose fut reconnue impossible.Par conséquent, en se plaçant du côté des Episco-paliens, il est évident que la question reste à tout le moins douteuse; que très probablement leurs évêques ne sont pas des évêques que, lorsqu\u2019on les voit ordonner, confirmer, bénir, ils accomplissent des cérémonies purement humaines, des espèces de parodies en elles-mêmes, quelle que soit l\u2019intention de leurs acteurs.Mais à supposer que les Episcopaliens eussent conservé le pouvoir de l\u2019Ordre, la question se pose à nouveau touchant un autre pouvoir: celui dont il est dit: Posuit episcopos regere ecclesiam Dei.Pour posséder le droit de régir l\u2019Eglise de Dieu, un évêque a besoin d\u2019une investiture divine, remontant à Jésus-Christ par les Apôtres.Or, le pouvoir de gouvernement qu\u2019exercent les évêques anglicans ne remplit pas cette condition.Il ne remonte qu\u2019à Henri VIII, ou à sa fille Elisabeth.Il implique la reconnaissance du prétendu droit divin, qui était censé conférer aux rois un pouvoir absolu, même dans les choses de la religion; un pouvoir presque égal à celui que revendiquaient dans la Rome païenne les Césars déifiés; un pouvoir supérieur à celui des représentants du Christ, sinon supérieur à celui du Fils de Dieu lui-même.C\u2019est en vertu de ce prétendu pouvoir que Henry VIII, et ses successeurs protestants nommèrent aux évêchés, des fonctionnaires mitrés, et ne se réclamant que du pouvoir royal, pour régir l\u2019Eglise de Dieu.Même en Amérique le pouvoir des évêques anglicans n\u2019a pas d\u2019autre origine.Ce qui, au point de vue politique et national, est une singulière anomalie.De quelle manière la résout-on, ou essaie-t-on de la résoudre, CHEZ NOS FRÈRES SÉPARÉS 599 Je ne sais.Mais ce ne peut être encore qu\u2019en mettant l\u2019homme à la place de Dieu.La plupart des autres sectes, ou dénominations en ont pris leur parti.Leur ministre, quand elles en ont un, c\u2019est un homme qui s\u2019est envoyé lui-même, et a été accepté par d\u2019autres hommes aussi peu nantis que lui d\u2019une commission divine pour parler et agir au nom du Christ.Quand le peuple l\u2019élit, quanr ses futurs collègues lui confèrent une prétendue ordination, ils procèdent au nom de l\u2019homme, et n\u2019ont aucune preuve que Dieu sanctionne leur choix et fasse réellement de l\u2019homme sur lequel il est tombé, son ministre, son représentant, officiellement chargé par lui de montrer à son peuple les voies du salut, c\u2019est-à-dire, de la divinisation finale.* * $ Personne n\u2019ignore que les principales sectes protestantes se mirent à une époque relativement récente, à fonder des missions en pays infidèle.Par là elles se défendaient du marasme, en se donnant une vitalité factice, et allaient combattre et contrecarrer l\u2019expansion du Catholicisme, but essentiel du prosélytisme protestant.Je vise ici encore le protestantisme comme tel, et non toutes les personnes qui en font profession.Je ne voudrais pas incriminer tous les ministres protestants que le missionnaire catholique rencontre par le monde, et soutenir que leur seul mobile est la guerre au Catholicisme.Il est certain cependant qu\u2019ils en entravent le progrès.Mais ce n\u2019est pas là où j\u2019en veux venir présentement.Je veux signaler ce que j\u2019appellerai un singulier phénomène: c\u2019est que les missionnaires protestants, particulièrement ceux qui s\u2019en vont dans l\u2019extrême Orient, sont 600 LA REVUE DOMINICAINE exposés à se laisser infecter par Terreur païenne que, au nom du Christianisme, ils sont censés devoir détruire.Je ne parle pas de Tidôlatrie.Le prétexte d\u2019accuser l\u2019Eglise catholique, à raison du culte des images, inspire aux Protestants une horreur superstitieuses de l\u2019idolâtrie.Cependant il y a pire que l\u2019idolâtrie.Car celle-ci pourrait avoir pour fondement l\u2019idée que le seul et vrai Dieu daigne, par bonté et par grâce, et dans le but de se mettre au niveau et à la portée des pauvres humains, prendre diverses formes tombant sous leur sens.Une telle persuasion peut être une erreur de fait, mais elle n\u2019est pas nécessairement une impiété.Il en va autrement de Terreur panthéiste, dont l\u2019idolâtrie, nous en convenons, est l\u2019expression assez ordinaire.Mais, prise en elle-même, Terreur panthéiste est pire que Tidôlatrie.Elle est plus injurieuse à Dieu, plus satanique.Or, les missionnaires protestants, imbus de modernisme, ne sont pas loin de partager le panthéisme qui est le résidu de toutes les superstitions orientales.Us sympathisent avec lui, et quelques-uns donnent à entendre, que le Christianisme doit en être le développement comme il fut celui de l\u2019ancienne loi, consignée dans la Bible.Mais il est par trop évident que le Dieu de la Bible n\u2019a rien de commun avec le Dieu immanent, qui ne se distingue pas du monde ou s\u2019en distingue à peine, tel que le préconisent les adhérents avancés du modernisme, qui se félicitent d\u2019en retrouver la notion dans le fouillis des religions de TIndoustan et de la Chine.Jehovah, c\u2019est le Dieu Créateur, qui a tout fait d\u2019une parole, \u201cDixit et facta sunt\u201d.Quoique omniprésent à son œuvre, il s\u2019en distingue du tout au tout, comme la cause efficiente se distingue de son effet.S\u2019il se rapproche de l\u2019homme, et conclut avec lui une alliance, ou CHEZ NOS FRÈRES SÉPARÉS 601 fait en sa faveur un testament, il l\u2019impose avec une autorité souveraine et absolue, comme une faveur qui doit être librement proposée.Le Dieu dont Jésus vint apporter la révélation n\u2019est point différent.Il est le Père des Cieux, un Père qui vis-à-vis de l\u2019homme a voulu l\u2019être.Il est aux Cieux, parce que dans cet ordre il est infiniment au-dessus de l\u2019homme.Il a envoyé son Fils.Celui-ci est descendu.Il est remonté dans le Ciel de Dieu, dans le sein du Père, non pour s\u2019éloigner des siens qui sont sur la terre, mais pour les prendre avec lui, quand le jour sera venu.Il y a loin de cette notion chrétienne du Dieu Père tout-puissant, destinant par grâce l\u2019homme à partager sa Divinité dans une vie éternelle, glorieuse et bienheureuse, et celle que caresse le modernisme protestant, d\u2019une énergie paternelle, immanente au monde, se dissimulant sous les lois de la nature, ne s\u2019en distinguant pas au fond.La première est du christianisme, la seconde est le panthéisme païen, l\u2019antipode de la doctrine de Jésus-Christ.Elle est le fruit spontané du système protestant.Lorsqu\u2019on a érigé en principe le libre examen, en matière de religion, il est bien difficile qu\u2019on ne soit pas entraîné à sacrifier à la mode du jour.Or, la mode est au panthéisme.Alexandre Mercier, O.P. L\u2019UNION DES EGLISES La VlIIme semaine liturgique à l\u2019abbaye Bénédictine du Mont César à Louvain, avait étudié la question de la vie paroissiale.En annexe, elle étudia brièvement l\u2019œuvre de l\u2019Union des Eglises.Le R.P.Lev Gillet, hiéromoine de la laure d\u2019Uniov (Galice Orientale), en commençant de traiter la question historique, dit combien le Saint Père désire que chaque fois que des prêtres se réuniront en Congrès ou en journée d\u2019étude, la question de l\u2019Union des Eglises soit envisagée.C\u2019est une question ancienne.Depuis bien longtemps l\u2019Eglise cherche à obtenir des agrégations collectives, tout autant si pas plus que des adhésions individuelles.L\u2019histoire conserve de grandes figures qui ont travaillé à l\u2019Union : dans les temps modernes nous pouvons citer Leibnitz et Bossuet qui échangèrent une correspondance suivie à ce sujet.Une des figures russes les plus attachantes est celle de Georges Krijanitch, qui se voua à cette question d\u2019Union à la cour d\u2019Ivan le Terrible.Aujourd\u2019hui le problème est de la plus haute actualité.Il comporte trois aspects: le problème protestant, le problème anglican et le problème orthodoxe.Le R.P.Lev étudia en premier lieu le problème protestant.Il montre combien a changé l\u2019attitude depuis le XVIme siècle.Ce changement s\u2019est effectué sous diverses influences.La première provient des études historiques qui se sont fort développées et qui prouvent aux Protestants qu\u2019ils sont plus proche qu\u2019ils ne se l\u2019imaginaient du christianisme papal.En second lieu l\u2019expérience protestant, qui a conduit à un fractionnement perpétuel des cultes, semble avoir été assez con- l\u2019union des églises 603 cluante.Et de plus, les Protestants ont dû se rendre à l\u2019évidence de la Sainteté catholique.Dans leur Eglise divisée, fractionnée, les Protestants, entre eux, tendent déjà à une fédération.En 1910, Robert Gardiner, un Américain, formait un comité qui adressa un appel à toutes les Eglises chrétiennes.Citons-en ces paroles : \u201cNous croyons que l\u2019heure a sonné pour une réunion des représentants de toutes les branches de la famille de Jésus-Christ, sous l\u2019inspiration de l\u2019Esprit, afin d\u2019envisager les questions qui concernent la foi et le gouvernement de l\u2019Eglise.Nous croyons en outre que toutes les communions chrétiennes partagent notre désir de renoncer à toute opiniâtreté et de nous revêtir de l\u2019humilité qui est le propre de Notre Seigneur Jésus-Christ.Nous devons écouter humblement et avec sincérité l\u2019appel de l\u2019esprit divin.Nous désirons nous ranger aux côtés de nos frères chrétiens, recherchant non seulement ce qui convient à nous-mêmes, mais aussi ce qui convient à autrui, car nous sommes persuadés que nous ne parviendrons à nous entendre qu\u2019en prenant conseil les uns.des autres dans des sentiments de fraternité et de charité.Nous regrettons profondément notre isolement passé et nos fautes inspirées par l\u2019orgueil et la suffisance qui mènent au schisme.Nous respectons les convictions de ceux qui professent d\u2019autres opinions que les nôtres et sommes convaincus que les commencements de l\u2019unité sont dans la claire exposition et l\u2019étude approfondie des.points sur lesquels nous sommes en désaccord.\u201d La guerre vint malheureusement, en 1914, interrompre tous les projets de réunion.Cependant, quand mourut Pie X, dès l\u2019élection de Benoît XV, Gardiner se mit en rapport avec le nouveau successeur de Pierre, et en décembre 1914 S.E.le Cardinal Gasparri écrivait à 604 LA REVUE DOMINICAINE la World Conference, que préside Gardiner: \u201cDe quel amour j\u2019ai vu s\u2019enflammer à votre égard l\u2019auguste Pontife, mes paroles ne l\u2019expriment pas.\u201d Benoît XV les félicite de plonger leurs regards dans la forme intérieure de l\u2019Eglise et souhaite qu\u2019à l\u2019issue de leur travail, séduits par la beauté native de cette Eglise, ils ne permettent plus que le Corps mystique du Christ demeure plus longtemps disloqué.La guerre devait apporter avec elle l\u2019immense espoir de rénovation spirituelle.La Société des Nations sembla une promesse de grandes choses.Mais bientôt on s\u2019aperçut que l\u2019idée d\u2019Etat avait fait faillite et on se tourne vers l\u2019idée d\u2019Eglise.Dans la \u201cRevue des Deux Mondes\u201d du 1er mars 1922, Georges Goyau écrivait: \u201cL\u2019âpreté du conflit international a mené à rêver d\u2019une grandiose unité chrétienne, conséquence de la guerre, cause finale.Dieu broie pour mêler, déchire pour réunir, ne met tous aux prises que pour que tous deviennent un.\u201d Aujourd\u2019hui le mouvement a deux tendances assez différentes.La première est celle de la \u201cWorld Conference\u201d qui a tenu un congrès à Genève en 1920 et qui doit en tenir un à Stockholm cette année-ci.Les membres en sont partisans d\u2019un christianisme aussi peu dogmatique que possible.La seconde est celle désignée sous le vocable \u201cFaith and order\u201d qui propose une union dogmatique.En 1916, sur l\u2019initiative de l\u2019Eglise américaine, fut décrétée une octave de prière pour l\u2019Unité de l\u2019Eglise.Benoît XV la plaça au début de l\u2019année: du 18 au 25 janvier.En 1917 il y eut un congrès pour l\u2019Eglise Orientale et on inaugura l\u2019Institut pontifical Oriental.Il faudrait signaler aussi des essais locaux, de Suisse, d\u2019Allemagne, mais cela sortirait du cadre de cette étude L\u2019UNION DES ÉGLISES 605 restreinte.Toujour est-il, que tous ces essais, quels qu\u2019ils soient, nous devons les suivre avec attention et sympathie.Il est significatif de relever que l\u2019archevêque de Cantorbery rejette le nom même de Protestant, pour définir l\u2019Eglise Anglicane \u201cCatholic and reformed\u201d \u2014 catholique et réformée.Dans l\u2019Eglise Anglicane d\u2019ailleurs le mouvement d\u2019union parut assez tôt.Déjà sous Charles I (vers 1630) le mouvement existait, mené par ceux qu\u2019on appelait \u201cthe Caroline divines\u201d (divine signie prêtre anglican).Plus près de nous devait venir le mouvement d\u2019Oxford, qui par la condamnation des évêques anglicans devait mettre un arrêt au mouvement pour l\u2019Union des Eglises.Et des hommes du XIXme siècle, tel Newman, devaient alors se trouver devant le dilemne ou de se soumettre à Rome et rejeter l\u2019Anglicanisme complètement, ou de rester définitivement éloigné de l\u2019Eglise Romaine.Pie IX lui-même d\u2019ailleurs devait bientôt désapprouver les confréries de prières fondées par les Anglicans.Vers 1890, paraît Lord Halifax, qui va s\u2019occuper activement de l\u2019Union des Eglises.La question sera déférée à Rome où elle trouvera appui vigoureux dans les personnes de Mgr Gasparri et Mgr Duchesne et où aussi elle sera combattue par Mgr Merry del Val et Mgr Gasquet, O.S.B.Après cela naîtra en Angleterre le \u201cFree Order for Corporate Reunion\u201d, association secrète d\u2019évêques qui se faisaient ordonner par des Orientaux, des évêques Vieux-Catholiques, ou Jansénistes.Cela validait leur ordination, et eux à à leur tour pouvaient ordonner des prêtres, qu idès lors étaient aussi réellement prêtres que les Romains authentiques.C\u2019est à la suite de ces manœuvres que fut fondée T \u201cAnglo-Eastern Society\u201d, qu\u2019on eut aussi la secte des \u201cFree Churches\u201d. 606 LA REVUE DOMINICAINE Actuellement, nous venons d\u2019assister aux conversations de Malines, qui peuvent nous donner plein espoir.Rappelons ce qu\u2019écrivait le 18 janvier 1924 Son Eminence le Cardinal Mercier : \u201cNous nous disions que, si la vérité a ses droits, la charité a ses devoirs.Nous pensions que, peut-être en parlant à cœur ouvert et avec la persuasion intime que dans un vaste conflit historique qui a duré des siècles, tous les torts ne sont pas d\u2019un seul côté, en précisant les termes de certaines questions en litige, nous ferions tomber des préventions, des méfiances, dissiperions des équivoques, aplanirions les voies au bout desquelles une âme loyale, aidée de la grâce, découvrirait, s\u2019il pouvait plaire à Dieu, ou retrouverait la vérité.\u2014 Aucun livre ne vaut un commerce oral.La conversation est révélatrice des choses internes qui ne passent pas dans la lettre imprimée.Les hommes sont faits pour s\u2019aimer les uns les autres.Il n\u2019est pas rare que des cœurs mutuellement étrangers qui auraient pu à distance se croire ennemis goûtent à se comprendre un charme pénétrant qu\u2019ils n\u2019auraient pas soupçonné.Nos compagnons à leur départ avaient l\u2019âme dilatée.C\u2019est peut-être la première fois depuis 400 ans, disait l\u2019un d\u2019eux, que des hommes d\u2019étude, protestants et catholiques, aient pu s\u2019entendre avec une franchise entière, pendant des heures et des heures, sur des sujets les plus graves qui, intellectuellement, les divisent, sans qu\u2019un instant la cordialité de leurs rapports n\u2019ait été troublée, ni leur confiance dans l\u2019avenir déconcertée.Assurément, le rapprochement des cœurs n\u2019est pas l\u2019unité dans la foi, mais il y dispose.Des hommes, surtout des groupements d\u2019hommes, qui ont vécu longtemps étrangers les uns des autres dans une atmosphère chargée de méfiances, sinon d\u2019animosités ancrées dans les profondeurs de la conscience par une tradition quatre fois séculaire, sont mal préparés à se L'UNION des églises 607 rendre aux argumentations, si serrées soient-elles, que veulent leur imposer leurs contradicteurs.\u2014 Avant de définir la justification ; chrétienne, le Concile de Trente ne dit-il pas que pour s'y disposer il faut préparer le cœur à écouter la parole de Dieu : Praeparate corda vestra Domino.\u201d En 1920 eut lieu encore la conférence de Lambeth, et il faut mentionner aussi un très bel appel lancé par les Américains.* # * Pour compléter l\u2019étude, il reste à parler du problème oriental.Le problème oriental fut mis en lumière surtout depuis le pontificat de Léon XIII.En 1895 il donne son encyclique \u201cProvida Matris\u201d où il prêche la réconciliation de nos frères séparés, par l\u2019Esprit Saint.En 1897, son encyclique \u201cDivinum illud\u201d où il demande une neuvaine de prières de l\u2019Ascension à la Pentecôte pour l\u2019unité chrétienne.Il s\u2019élevait vigoureusement contre les essais et les exigences de ceux-là qui voulaient la latinisation de l\u2019Eglise Orientale.Malheureusement, il faut l\u2019admettre, Léon XIII échoua dans son œuvre.Il y a d\u2019ailleurs de multiples raisons qui causèrent et expliquent cet échec.De nos jours il semble que ce soit du côté des nations slaves qu\u2019il faut espérer la réunion, du côté des nations du système Cyrillio-méthodien.La Russie surtout doit être notre espérance.Là, en effet, se pose un problème spécial.Car on peut se demander si, historiquement, l\u2019Eglise russe est schismatique ?Certains prétendent que non, et à l\u2019appui de leur thèse rappellent que jamais elle n\u2019a reçu l\u2019anathème, que jamais elle n\u2019a posé d\u2019acte officiel de séparation, que jamais Rome ne l\u2019a officiellement reniée.Si elle est devenue étrangère à Rome, \u2014 M. 608 LA REVUE DOMINICAINE le baron de Taube le prouverait à merveille \u2014 c\u2019est par suite de circonstances politiques.L\u2019influence de Byzance fut prépondérante, et pendant longtemps la Russie fut séparée de l\u2019Occident européen par les Mongols.Formellement et juridiquement, peut-être n\u2019y a-t-il pas séparation: encore une fois, jamais les papes n\u2019ont anathé-matisé l\u2019Eglise russe.D\u2019autre part, en Occident, on se fait une très fausse de l\u2019Eglise russe en voulant qu\u2019elle soit \u201cune église de popes illettrés et ivrognes\u201d.Cela est une monstrueuse erreur, et prouve une ignorance totale et du splendide mouvement intellectuel et de l\u2019essor missionnaire.L\u2019Eglise russe sent le besoin du retour au patriarchat.C\u2019est dans l\u2019âme russe qu\u2019il faut chercher cette orthodoxie russe.L\u2019orthodoxie russe ! Mais ce sont des centaines de pèlerins, quittant leur pays, sans savoir encore où ils iront, mais marchent infatigablement pour trouver la béatitude; qui venaient \u201cconstruire leur âme\u201d comme ils disaient, puis qui, las du chemin poussiéreux, s\u2019en venaient reposer dans les monastères, s\u2019asseoir un jour entier à voir les liturgies se déployer ! L\u2019âme russe ?Mais elle est dans tout l\u2019art russe ! Et Dostoïevski le disait avec vérité: \u201cLes autres ont une culture de rits et de canons, nous seuls avons une culture d\u2019âme !\u201d Mais combien ne sont-ils pas, les Russes qui ont vu et enseigné que l\u2019histoire ne les avait pas radicalement séparés de Rome.Rappelons Soloviev, et ses belles paroles: \u201cAvant toute décision importante évoquons en notre âme l\u2019image du Christ: concentrons sur elle notre attention et demandons-nous : Accomplirait-il cette action, Lui?Ou en d\u2019autres termes: Va-t-il m\u2019approuver ou non ?Va-t-il, pour cette œuvre, me bénir ou non ?Je propose à tous cette règle : elle ne trompe pas.En chaque cas douteux, dès que la possibilité d\u2019un choix est offerte, L\u2019UNION des églises 609 souvenez-vous du Christ; représentez-vous sa Personne vivante comme Elle l\u2019est véritablement, et confiez-Lui tout le poids de vos doutes.Que les hommes de bonne volonté, comme individus, comme facteurs sociaux, comme directeurs des hommes et des peuples, appliquent ce contrôle, et ils pourront réellement, au nom de la vérité, montrer à d\u2019autres la route vers Dieu.\u201d En quoi ce langage diffère-t-il de ce que devrait être le nôtre ?Soloviev, d\u2019ailleurs, se sentait fils de Rome et se fit: catholique.Mais il ne fit aucune abjuration, considérant que jamais il n\u2019avait été hors de l\u2019Eglise catholique.Il se contenta d\u2019une profession de foi.Nous la reproduisons ici, car elle est admirable: \u201cComme membre de la vraie et vénérable Eglise orientale ou gréco-russe, qui ne parle pas par un synode anticanonique ni par des employés du pouvoir séculier, mais par la voix de ses Grands Pères et Docteurs, je reconnais pour juge suprême en matière de religion celui qui a été reconnu comme tel par saint Irénée, saint Denys le Grand, saint Athanase le Grand, saint Jean Chrysostôme, saint Cyrille, saint Maxime le Confesseur, saint Théodore, etc., à savoir l\u2019Apôtre Pierre qui vit dans ses successeurs et qui n\u2019a pas entendu en vain les paroles du Seigneur: \u201cTu es Pierre et sur cette pierre j\u2019édifierai mon Eglise.Confirme tes frères.Pais mes brebis, pais mes agneaux.\u201d Soloviev mourut, administré par un orthodoxe, dans un pays d\u2019ailleurs où il n\u2019y avait pas de prêtre catholique.Il eut des émules, entre autres le métropolite André, qui reconstruisit ce que les Russes appellent \u201cLa Foi Polonaise\u201d.Puis sont venus les horreurs et les massacres d\u2019une révolution impitoyable et sanglante.Mais cela ne doit pas faire perdre espoir.Sanguis martyrum semen Chris-tianorum.Les orthodoxes russes ont versé leur sang 610 LA REVUE DOMINICAINE généreusement.Mille prêtres et quarante évêques ont été mis à mort.Quelle légion resplendissante se lèvera bientôt dans un pays où l\u2019on a tant semé! Le Jour viendra \u2014 nous pouvons en avoir pleine confiance \u2014 où tous les encouragement actuels recevront leur couronnement dans une réalisation lumineuse.Doit-on s\u2019étonner que les membres du clergé belge qui avaient entendu les fortes et confiantes leçons du R.P.Lev l\u2019aient applaudi avec enthousiasme et lui aient promis leurs prières et celles de leurs ouailles.* # * La position catholique dans la question de l\u2019Union des Eglises fut établie avec clarté par Dom Lambert Beauduin, O.S.B., qui s\u2019est spécialisé dans cette question.Il est un des promoteurs du mouvement.Sa conférence fut en tous points remarquable.Nous nous excusons de n\u2019en reproduire que fort médiocrement l\u2019idée générale.Dom Lambert montre la nécessité de bien déterminer la position catholique.Faute de l\u2019avoir établie, nous nous exposons au double danger ou de n\u2019être pas assez exigents, selon la doctrine, ou de l\u2019être trop.Dans l\u2019étude de la question il existe deux méthodes: la méthode historique et la méthode théologique.La première est très importante, certes, car elle peut fournir des solutions etdes éclaircissements inattendus et extrêmement utiles.Pour le prouver il suffirait de rappeler, à ceux qui connaissent ces choses, la fameuse question du \u201cFilioque\u201d, question à la fois de discipline et de doctrine.i La seconde méthode est aussi d\u2019une 1.\u2014Le \u201cFilioque\u201d était implicitement contenu dans le symbole grec.Le \u201cqui ex Pâtre procedit\u201d des Orientaux était interprété selon le sens explicite par l\u2019Eglise Romaine. L\u2019UNION des églises 611 importance capitale.Elle renseigne sur le fond même du débat.Et ici la source la plus importante est le traité \u201cDe Ecclesia\u201d.Bornons-nous à examiner selon ces méthodes la doctrine catholique sur la constitution de l\u2019Eglise et sur la hiérarchie.Il y a à ce sujet deux notions courantes, qui renferment des parties de vérité, et qui par le fait même qu\u2019elles sont incomplètes sont fausses.La première ne considère l\u2019Eglise que comme corps social.L\u2019Eglise serait le grand organisme social visible, administration préposée au culte, vaste organe de centralisation et d\u2019uniformité.C\u2019est le concept juridique.Tout ce qu\u2019il dit est vrai, mais il ne dit pas tout, et ainsi même il est faux.La seconde notion est celle de l\u2019Eglise corps mystique, c\u2019est-à-dire une société des esprits, le royaume des âmes constitué par la communion invisible des saints.En vertu de l\u2019Incarnation du Fils, par le Baptême, nous sommes tous membres de ce corps mystique dont le Christ ressuscité (non pas Celui d\u2019il y a 2,000 ans, mais le Christ actuel) est la tête, source de l\u2019influx vital.C\u2019est ce qu\u2019on appelle le concept théandrique.En poussant ce concept logiquement à bout on en arrive inévitablement à substituer au magistère extérieur le contrôle de la conscience.C\u2019est dire assez si dans son insuffisance la notion est fausse.La notion exacte est celle de l\u2019Eglise Mystère, qui contient et la notion juridique et la notion théandrique.Eglise Mystère, c\u2019est-à-dire, superposition de deux plans : le plan de la réalité sensible et celui de la réalité suprasensible, caché par le premier qui en est le symbole.C\u2019est l\u2019Eglise à la fois corps social et corps mystique.De ces diverses notions vont résulter diverses méthodes préconisées pour l\u2019Union des Eglises.La notion juridique mènera à favoriser le latinisme, la centralisa- 612 LA REVUE DOMINICAINE tion.Elle voudra détruire le culte oriental pour y substituer le culte latin, le rite, la liturgie.La notion théan-drique se contentera d\u2019une union spirituelle, et on en viendra à dire que de fait nous sommes unis dans la charité et dans l\u2019Esprit Saint.Autant la première méthode est outrée, autant la seconde doit paraître insuffisante.Il faut se tourner donc vers la méthode traditionnelle.Celle-ci distingue, dans l\u2019appareil visible, l\u2019élément divin et l\u2019élément humain.Elle veut et exige la conservation des éléments d\u2019institution divine et laisse toute latitude raisonnable pour les autres.Par exemple, en théologie, elle distingue ces deux parties : les données révélées et les concepts élaborés.Elle veut que soient maintenus intacts les premiers et admet que l\u2019Eglise orientale diffère sur les seconds d\u2019avec l\u2019Eglise romaine appliquant le principe: In certis imitas, in dubiis libertas, in omnibus caritas.Dom Lambert parle ensuite de la doctrine catholique sur la hiérarchie.Ici encore nous trouvons deux notions incomplètes, dont tous les éléments ont vrais cependant.La première énonce que l\u2019Evêque de Rome, le Souverain Pontife, a suprême juridiction dans l\u2019Eglise universelle et est investi d\u2019infaillibilité.Cela est vrai mais incomplet.La deuxième énonce que le pouvoir suprême de l\u2019Eglise réside dans le corps épiscopal présidé par son chef, l\u2019Evêque de Rome.Cela encore est incomplet.La vraie doctrine offre différents aspects.D\u2019abord l\u2019Eglise enseignante est régie par le corps épiscopal, dont le chef est l\u2019Evêque de Rome.Ensuite, tout le pouvoir du concile (réunion des Evêques présidée par le Pape) se trouve dans la seule personne de Pierre.Troisièmement, l\u2019exercice solennel du magistère suprême est habituellement laissé au concile.Mais le Pape a le droit l\u2019union des églises 613 d\u2019en user, tout seul, et il le fait si les circonstances l\u2019exigent.D\u2019après les notions sur la hiérarchie on arrive à trois méthodes de solution.La première voudrait l\u2019absorption pure et simple de l\u2019Eglise Orientale par l\u2019Eglise Romaine, sans tenir compte des réalités existantes.C\u2019est vouloir trop.La seconde se contenterait d\u2019une confédération des Eglises, qui laisserait au Pontife romain une vague principauté d\u2019honneur.Cela est insuffisant, faut-il le dire ?Le seul moyen pratique actuel est d\u2019organiser un travail d\u2019ordre intellectuel, et un travail d\u2019ordre moral.Le travail d\u2019ordre intellectuel consiste à se connaître, étudier les innombrables points de contact que fournissent et dogme et rites et liturgie.Le travail d\u2019ordre moral en sera comme un résultat, il établira en nous une sympathie, un amour ardent, une bienveillance éclairée envers nos frères séparés.ÿ * * Ces deux conférences ont apporté à ceux qui les ont entendues une grande et profonde joie, dans l\u2019espoir ardent qu\u2019ils en ont retiré, que le chemin qui sépare l\u2019Orient de Rome est bien près d\u2019être couvert, et que le moment est proche où la primauté de Rome, comme aux temps apostoliques, éclairera \u201ca solis ortu usque ad occasum\u201d, d\u2019Orient en Occident.Si tous nos frères séparés pouvaient dire et vouloir la belle prière née chez eux, Dieu ne resterait plus longtemps sourd à de pareils appels : \u201cNous vous prions, Seigneur, en accusant nos propres fautes: donnez-nous la joie de retrouver nos frères séparés.Amen.Et qu\u2019avec eux nous puissions nous présenter à votre saint autel, purifiés par cette réconciliation. 614 LA REVUE DOMINICAINE Amen.Et que le monde, en voyant notre fraternel amour, connaisse que Vous avez envoyé Votre Fils Jésus.Amen.\u201d Léon Jacobs, étudiant.Louvain, 15 septembre 1925.- SOMME THEOLOGIQUE DE S.THOMAS EDITION NOUVELLE, A L\u2019USAGE DES ETUDIANTS 1 Le temps n\u2019est plus où Victor Cousin se félicitait d\u2019avoir découvert sur les quais de la Seine, dans la boîte d\u2019un bouquiniste, les ouvrages d\u2019un \u201ccertain Aquinate\u201d qui, à son grand étonnement, ne manquait pas d\u2019originalité, ni de profondeur.Aujourd\u2019hui, en pleine Sorbonne, saint Thomas d\u2019Aquin a un interprète officiel, M.Etienne Gilson, qui, de son propre aveu, a appliqué au Docteur Commun, pour son instruction personnelle, les méthodes qu\u2019on lui avait enseignées à la Sorbonne pour l\u2019étude de Descartes et des autres philosophes, et s\u2019en est bien trouvé: \u201cCette étude, nous confie-t-il, fut pour moi une révélation et je ne pense pas qu\u2019il me soit jamais possible désormais d\u2019abandonner l\u2019étude du penseur le plus lucide et de la doctrine la plus merveil- 1.\u2014Edition de poche.Texte latin et traduction française (l\u2019ensemble comprend environ 30 volumes, d\u2019un format élégant, commode, 6y2 x 4), et d\u2019une typographie très soignée.\u2014 Vient de paraître: Le\"Traité de la Prudence (2a 2ae, Qu.47-56), traduction, notes et appendices par le R.P.Noble, O.P.\u2014 1 vol.de 306 pages.(Prix: Broché, avec vignette sur couverture: 8 fr.; franco, 9 fr.Le même volume relié toile, 12 fr.; franco, 13 fr.\u2014 Pour paraître prochainement: Dieu, traduction, notes et appendice par le R.P.Sertillanges, O.P.\u2014 Editions de la Revue des Jeunes, Desclée et Oie, 30, rue Saint-Sulpice, Paris, Vie. SOMME DE S.THOMAS 615 leusement organisée qu\u2019il n\u2019ait jamais été donné de rencontrer\u201d.2 Ce que M.Gilson pense de saint Thomas et de sa doctrine, beaucoup d\u2019autres le pensent comme lui.Dans tous les milieux et dans tous les pays, un large mouvement de curiosité se dessine en faveur des études thomistes dont personne, il y a cinquante ans, n\u2019aurait osé prévoir l\u2019existence, sauf peut-être les quelques esprits distingués qui l\u2019ont provoqué, et qui depuis longtemps familiarisés avec la doctrine du Maître, pensaient à bon droit qu\u2019elle pouvait encore prétendre à une place de choix dans la pensée contemporaine.Au premier rang de ces promoteurs de la doctrine thomiste, il faut placer Léon XIII dont la première grande Encyclique fut consacrée à la philosophie chrétienne, et à l\u2019exaltation de celui qu\u2019il considérait comme le- défenseur spécial et l\u2019honneur de l\u2019Eglise, saint Thomas d\u2019Aquin.\u201cD\u2019un esprit ouvert et pénétrant, disait-il d\u2019une mémoire facile et sûre, d\u2019une intégrité parfaite de mœurs, n\u2019ayant d\u2019autre amour que celui de la vérité, très riche de science divine et humaine, justement comparé au soleil, il réchauffa la terre par le rayonnement de ses vertus et la remplit de la splendeur de sa doctrine.Il n\u2019est aucune partie de la philosophie qu\u2019il n\u2019ait traitée avec autant de pénétration que de solidité : les lois du raisonnement, Dieu et les substances spirituelles, l\u2019homme et les autres créatures sensibles, les actes humains et leurs principes, font tour à tour l\u2019objet des thèses qu\u2019il soutient, dans lesquelles rien ne manque, ni l\u2019abondante moisson des recherches, ni l\u2019harmonieuse ordonnance des parties, ni la solidité des prin- 2.\u2014Les Nouvelles littéraires, 3 janvier 1925: Une heure avec M.Etienne Gilson, par Frédéric Lefebvre. 616 LA REVUE DOMINICAINE cipes ou la force des arguments, ni la clarté du style ou la propriété de l\u2019expression, ni la profondeur et la souplesse avec lesquelles il résout les points les plus obscurs\u201d.A la suite de Léon XIII et sous sa vigoureuse impulsion, des historiens d\u2019une incontestable autorité, des philosophes, des théologiens compétents, se mirent à l\u2019œuvre pour faire connaître au public les œuvres de saint Thomas et justifier les éloges du grand Pontife.Nous eûmes ainsi une édition critique des Commentaires d\u2019Aristote, puis de la Somme Théologique, précédée d\u2019une classification et d\u2019une étude analytique des manuscrits que le Moyen-Age nous avait laissés (Edition léonine).Le Père Mandonnet, alors Professeur d\u2019His-toire à l\u2019Université de Fribourg, \u201ccelui de tous nos historiens qui, avec le Père Ehrle, au dire de M.Langlois, connaît le mieux le Moyen-Age\u201d, nous traça, dans une introduction magistrale aux Oeuvres de Siger de Brabant, un tableau saisissant de l\u2019activité intellectuelle au XlIIe siècle, et, en replaçant saint Thomas dans son milieu, nous révéla l\u2019audace tranquille de sa pensée, et l\u2019espèce de révolution qu\u2019elle provoqua autour d\u2019elle en réagissant à la fois contre les interprétations arbitraires de la doctrine d\u2019Aristote par les Arabes et les divagations sentimentales d\u2019un prétendu néo-platonisme cher à certains théologiens.3 Le Père Mandonnet ne s\u2019en tint pas là.Pour mieux guider les historiens et les fervents de la doctrine thomiste dans l\u2019étude de la pensée du Maître, il s\u2019applique avec beaucoup de sagacité, et suivant une méthode historique irréprochable, à séparer les 3.\u2014Mandonnet: Siger de Brabant, introduction.Louvain, 2e édition. SOMME DE S.THOMAS 617 écrits authentiques de saint Thomas des apocryphes.4 Une Revue Thomiste fut créée à l\u2019Université de Fribourg, qui, sous la plume de philosophes et de théologiens de valeur, comme le Père Coconnier, le Père Schwalm, le Père Gardeil, le Père Sertillanges, le Père de Mun-nynck et de tant d\u2019autres, propagèrent la doctrine thomiste.L\u2019élan était donné; il ne devait pas s\u2019arrêter.A Louvain, Mgr Mercier, sur les instances de Léon XIII, fonda l\u2019Institut de Philosophie, et, avec quelques collaborateurs distingués, employa ses efforts à accréditer la pensée de saint Thomas auprès des étudiants.La Revue Néo-Scolastique devait un peu plus tard prolonger ces efforts au-delà de l\u2019Institut.Puis ce fut le tour de l\u2019Université catholique de Milan, qui voulut aussi avoir une Revue Néo-Scolastique.À Paris, l\u2019Institut Catholique eut sa Faculté et sa Revue de Philosophie, sous la direction nettement thomiste du Père Peilhaube.Le regretté Père Rousselot et M.Maritain y ont apporté l\u2019éclat de leur talent et de leur nom.A Rome enfin, ce fut la fondation du Collège Angélique, où des Maîtres choisis dans nos principales Provinces enseignent à des étudiants de toutes nationalités, avec une autorité croisante, la doctrine de saint Thomas.Mgr Grabmann, en Allemagne, travaille de son côté, avec beaucoup de compétence, à faire connaître saint Thomas.5 On comprendra qu\u2019en signalant ces efforts d\u2019interprétation, d\u2019adaptation et de; diffusion de la doctrine thomiste, je mentionne particulièrement ceux qui ont été fournis par les Dominicains français, disciples, et 4.\t\u2014Mandoimet: Des écrits authentiques de S.Thomas d\u2019Aquin.Fribourg, 1910.5.\t\u2014Mgr M.Grabmann: La Somme Théologique de saint Thomas, Paris, 1925. 618 LA REVUE DOMINICAINE frères de l\u2019illustre Docteur.A Corbara d\u2019abord, puis à Flavigny, puis au Saulchoir, le Père Gardeil, notre Régent des Etudes, se donna de toute son âme à une pareille œuvre.Par son enseignement, par ses livres, par ses articles, et surtout par ce don de divination de la pensée de saint Thomas qui dit de lui un merveilleux animateur, il forma une belle pléiade de disciples qui, à son exemple, ont consacré toutes leurs jeunes énergies à faire connaître le Maître et à le faire aimer.Entre les Provinces dominicaines de Paris, de Lyon, de Toulouse, ce fut pendant ce demi-siècle, une belle émulation.Je n\u2019en finirais pas si je devais signaler ici tous les écrivains qui auraient le droit d\u2019être cités parmi ceux qui eurent le mérite, dans ces différentes Provinces et ailleurs, de travailler efficacement au rayonnement des études thomistes.Qu\u2019on me permette cependant d\u2019indiquer en terminant deux remarquables instruments de travail : l\u2019un dû à l\u2019initiative des Pères du Saulchoir: La Revue des Sciences philosophiques et théologiques; l\u2019autre à celle du Père Mandonnet, en accord avec eux: la Bibliothèque Thomiste et le Bulletin de la Société thomiste, qui permettent à tous ceux que la doctrine de saint Thomas attire, et que tente sa confrontation avec les formes multiples de la pensée moderne, d\u2019avoir à leur disposition une mine inépuisable de documents de première main.A voir l\u2019ardeur et la persévérance avec lesquelles un peu partout, on s\u2019est appliqué ainsi à tirer de l\u2019oubli cette doctrine si compréhensive et qui, avec le temps, n\u2019a rien perdu de sa modernité, on serait tenté de croire à son universelle diffusion.Hélas ! il n\u2019en est rien.Faute d\u2019une bonne traduction, en langue vulgaire, qui puisse être mise entre les mains des étudiants de nos SOMME DE S.THOMAS 619 collèges, de nos séminaires et de nos Universités, la doctrine de saint Thomas ne s\u2019est guère imposée jusqu\u2019ici qu\u2019à une élite intellectuelle.Et c\u2019est précisément pour remédier à cet état de choses que nous avons entrepris la présente traduction, en souhaitant que notre exemple soit suivi dans tous les pays du monde chrétien.Eh quoi ! nous dira-t-on, encore une traduction de saint Thomas ! Il n\u2019en manque pas cependant: Drioux, Lâchât, le Père Pègues, n\u2019est-ce pas suffisant ?Certes, nous n\u2019ignorons pas l\u2019existence et les mérites de pareilles traductions; mais on conviendra facilement qu\u2019elles ne répondent pas au but que nous nous proposons en voulant mettre la pensée de saint Thomas à la portée des étudiants.D\u2019abord elles coûtent cher et sont d\u2019un format peu commode.La meilleure, celle du Père Pègues, n\u2019a pas de texte latin qui l\u2019accompagne; en outre, elle s'enrichit d\u2019un Commentaire personnel de l\u2019auteur qui, si intéressant qu\u2019il soit, la rend monumentale et d\u2019un maniement difficile pour des étudiants.Quant aux traductions de Drioux et de Lâchât, elles ont l\u2019inconvénient de toutes les transpositions verbales du latin en français, celui de demeurer trop abstraites et d\u2019exiger, pour être comprises, une connaissance approfondie du latin.Voilà pourquoi, en songeant à nos étudiants, nous avons rêvé d\u2019une traduction qui, sans cesser d\u2019être littérale, aurait en même temps l\u2019ambition de rester littéraire.Saint Thomas lui-même nous en a fourni la formule: \u201cUn bon traducteur, écrit-il, doit, tout en gardant le sens des vérités qu\u2019il traduit, adapter son sty]e au génie de la langue dans laquelle il traduit\u201d.6 6.\u2014Saint Thomas: Prologue de l\u2019Opuscule Contre les erreurs des Grecs. 620 LA REVUE DOMINICAINE Cette traduction comprendra un certain nombre de traités \u2014 une trentaine environ \u2014 dont l\u2019ensemble reproduira la Somme Théologique tout entière, tous d\u2019un format \u201cclassique\u201d que l\u2019étudiant pourra facilement mettre en poche, au fur et à mesure qu\u2019il s\u2019en servira.Sur une même page, divisée en deux, on trouvera l\u2019un sous l\u2019autre, en bas le texte latin, en haut la traduction française.L\u2019article, comme dans le texte original de la Somme, sera encadré de ses objections et de ses réponses; mais alors que l\u2019article sera toujours traduit intégralement, les objections et les réponses ne le seront littéralement que dans la mesure de leur importance, et pour autant que la traduction d\u2019objections similaires n\u2019impliquera pas de.répétitions fastidieuses, mais servira au contraire à une meilleure compréhension de l\u2019article.Au bas des pages, des notes très brèves et peu nombreuses, pour ne pas alourdir ni encombrer le texte, viendront s\u2019y ajouter chaque fois qu\u2019il y aura lieu d\u2019élucider un point obscur ou une difficulté textuelle.En revanche, chaque volume sera suivi de deux Appendices et d\u2019une Table analytique des matières.Dans le premier Appendice, on trouvera des notes explicatives concernant le texte même du Traité et les idées générales de saint Thomas en concordance avec lui, mais exposées ailleurs.Bien entendu, l\u2019étendue de ces explications sera mesurée à l\u2019importance que peuvent avoir ces idées générales avec le Traité lui-même, en tenant compte de la place qu\u2019il occupe dans l\u2019ensemble de la Somme.Quant au second Appendice, il fournira aux étudiants des renseignements techniques d\u2019ordre plus général concernant la doctrine contenue dans le Traité.Puisque nous voulons faire de cette traduction un instrument de travail pour les étudiants, il importe que ceux-ci soient SOMME DE S.THOMAS 621 mis au courant de tous les aspects sous lesquels cette doctrine peut être envisagée.Ils sauront quels sont ses rapports immédiats ou lointains avec la doctrine officielle de l\u2019Eglise ; avec d\u2019autres ouvrages où saint Thomas a enseigné la même doctrine, ou l\u2019a modifiée; quelles sont les interprétations de cette doctrine données par les principaux Commentateurs anciens ou modernes; et enfin, si elle existe, la bibliographie qui lui a été consacrée.Dans l\u2019Avant-propos qui précédera chaque Traité, le traducteur signalera, en quelques mots, son importance et sa valeur, la place qu\u2019il occupe dans la Somme, et les divisions qu\u2019il comporte.On le voit, c\u2019est un assez gros travail que nous entreprenons là.Cependant, nous espérons le mener à bien rapidement, grâc aux nombreux concours que nous nous sommes assurés de la part de spécialistes, tous occupés depuis de longues années à l\u2019étude de saint Thomas.Fidèle à son programme, la Revue des Jeunes n\u2019a pas voulu laisser à d\u2019autres le soin de se charger d\u2019une pareille entreprise.En lui confiant cette Edition, nous étions sûrs d\u2019avance qu\u2019elle ferait l\u2019impossible pour mettre entre les mains des étudiants, de jolis volumes, élégants, maniables, qui leur donneraient la sensation, lorsqu\u2019ils les ouvriront, qu\u2019ils renferment non pas des idées mortes, mais une doctrine de vie.M.S.Gillet, O.P.? LE SENS DES FAITS Un article, un discours, une conférence On trouvera dans la Revue des Jeunes (10-15 septembre 1925) un article vigoureux et persuasif du T.R.P.Gillet sur un thème de constante actualité dans les pays d\u2019Europe: le vote féminin.L\u2019auteur est devenu depuis quelques années l\u2019un des meilleurs interprètes de la doctrine thomiste et son nom fait autorité, surtout en matière de philosophie sociale.Il est Maître en Sacrée Théologie, professeur de Morale à l\u2019Université Catholique de Paris, conférencier attitré des Semaines Sociales de France.Son prestige dépasse de loin les frontières de son pays natal et il reçoit des invitations de Rome, de Belgique et même de la République Argentine.Cependant, c\u2019est par une valeur propre, et non pas seulement grâce à l\u2019emprise intellectuelle de l\u2019auteur, que l\u2019article mentionné devra convaincre tout disciple capable de saisir une argumentation rigoureuse, en même temps que tout maître susceptible de reviser un jugement déjà porté.Il se partage en deux parties.Le T.R.P.s\u2019attache à montrer 1° Que les femmes peuvent voter, 2° Qu'elles le doivent.C\u2019est donc à la fois la question de principe et la question d\u2019opportunité que l\u2019on trouve résolues avec une netteté et une audace sûres d\u2019elles-mêmes, indiquant bien que l\u2019auteur prétend une fois pour toutes en disposer.Dans la première partie l\u2019on retrouve exactement les données foncières établies ici même par le R.P.Forest.Le suffrage électoral N\u2019EST PAS, comme l\u2019imaginent beaucoup d\u2019hommes, une délégation du pouvoir LE SENS DES FAITS 623 issu de la multitude aux gouvernants que sous un régime électif elle est appelée à choisir.Par conséquent, il est hors de saison d\u2019évoquer, à propos du droit de vote, le spectre hérétique de la souveraineté du peuple, en secouant la cendre de Jean-Jacques Rousseau.Il se rencontre par malheur assez d\u2019autres cas où l\u2019on est forcé logiquement de le faire.Le suffrage électoral EST le droit qu\u2019a le peuple, sous un régime électif, de désigner les représentants du pouvoir, pouvoir conféré à ces derniers par la nature et par l\u2019auteur de la nature : Dieu.i La nature en effet n\u2019a qu\u2019un moyen de s\u2019exprimer sur ce point particulier: elle le fait par la bouche d\u2019une pluralité d\u2019individus qui participent à la nature.Pluralité et non pas totalité.Car pour exercer son droit de suffrage, l\u2019individu en possession de la nature humaine devra également réunir certaines conditions déterminées par la loi et se ramenant en bloc à des conditions d\u2019âge et de moralité.Très généreux, le P.Gillet concède aux femmes la nature humaine.Le temps moins galant leur apporté les années.Enfin tous les psychologues se plaisent à leur reconnaître un degré d\u2019élévation morale supérieur en général à celui du sexe fort; ce qui est démontré du fait que la présence et l\u2019action féminine contribuent d\u2019ordinaire à rendre les hommes moins brutes qu\u2019ils ne sont, On devrait cependant \u2014 tant du côté masculin que du côté féminin \u2014 resserrer davantage les conditions d\u2019exercice du suffrage universel, par exemple sous le rapport de l\u2019instruction.Il ne suffit pas d\u2019avoir vingt et un ans et d\u2019être sans casier judiciaire pour être 1.\u2014Léon.XIII, Encl.Diuturnum, 29 juin, 1881.\u2014 Cajetan, Comment, in Summam Theol., Ha - Ilae, Q.L.a.1 et la - Ilae, Q.XC, a.3.\u2014 R.P.Forest, \u201cRevue Dominicaine\u201d, février 1922: Le vote des femmes. 624 I.A REVUE DOMINICAINE à même de porter sur le Bien commun un jugement de valeur et pour apprécier le mérite des personnes chargées de le procurer à la Communauté.\u201cCeci posé, je crois que, sous certaines conditions à établir, les femmes sont peut-être plus capables de bien voter que les hommes, et les femmes catholiques en particulier, parce qu\u2019elles ont plus que les hommes le sens des besoins humains et des valeurs spirituelles, même en admettant que dans l\u2019ensemble elles soient moins compétentes qu\u2019eux en matière économique ou financière.\u201d Chemin faisant, le T.R.P.écarte les objections courantes et, s\u2019il s\u2019agit d\u2019objections concernant la famille, les retourne prestement en faveur de sa thèse.Il croit que les femmes de France n\u2019auraient jamais laissé passer la loi du divorce.Il ajoute que les femmes en général sont trop intéressées personnellement \u2014 en tous cas plus que les hommes \u2014 au maintien du foyer, pour ne pas faire coïncider cet intérêt personnel avec celui de la société.C\u2019est tout leur avenir comme celui de leurs enfants qui s\u2019y trouve engagé.\u201cLe vote arracherait la femme à son foyer ?Remarquez-le bien, il ne s\u2019agit pas même ici de l\u2019éligibilité des femmes, sur laquelle on peut discuter, mais simplement du droit d\u2019élire.J\u2019accorde que l\u2019éligibilité des femmes à tous les degrés, surtout des femmes mariées, mères de famille, entraînerait peut-être des conséquences graves pour le foyer, si elle se généralisait.C\u2019est sans doute pour cela qu\u2019en Amérique, en Angleterre, en Belgique, dans les pays Scandinaves, les électrices elles-mêmes n\u2019envoient que deux ou trois femmes au Parlement; leur bon sens a triomphé sur ce point des appréhensions légitimes de certains hommes.Mais en quoi l\u2019exercice du vote risque-t-il de désorganiser le foyer ?Parce que, une fois par an, les femmes LE SENS DES FAITS 625 seraient obligées de quitter la maison pendant un quart-d\u2019heure pour aller voter ?Si c\u2019est cela qui trouble les hommes, nous pourrions peut-être leur demander d\u2019être aussi sévères pour tout ce qui arrache leurs femmes au foyer sans raisons, ou pour des raisons qui n\u2019en sont sont point, tels que les théâtres, les cinémas, les concerts, les dancings, les magasins, les visites, les courses en automobiles, les grands couturiers, etc.Le devoir qu\u2019elles rempliraient en votant compenserait un peu tous ceux auxquels elles manquent tout en ne votant pas.Dira-t-on que le vote entraînera les femmes, en période électorale, à assister aux réunions publiques ?Je connais beaucoup d\u2019électeurs qui votent bien et n\u2019ont jamais pris part à ces réunions.Ce n\u2019est pas nécessaire pour se renseigner sur la qualité des personnes à élire et des programmes électoraux.Il y a d\u2019autres moyens de renseignements que l\u2019on peut utiliser à domicile.\u201d \u201cAu reste la période des discussions byzantines est close.II ne s\u2019agit plus de savoir si la femme a le droit ou non de voter; ni si, ayant ce droit, il est préférable qu\u2019elle n\u2019en use pas.La femme, qui a déjà obtenu dans presque tous les pays occidentaux le droit de vote, ne tardera pas en France à le conquérir.Rien au monde \u2014 pas même l\u2019obstination du Sénat \u2014 n\u2019empêchera cette réforme d\u2019aboutir.\u201d Toute cette prose est dans ce ton et je regrette de me voir limité à un choix aussi restreint.De cette dernière partie qui traite de l\u2019obligation du vote, retenons en substance la conclusion: elle peut aisément s\u2019appliquer à notre situation politique fédérale.Une fois acquis le vote des femmes, celles-ci doivent se garer du péril, le Père Gillet ose dire de la comédie de l\u2019abstention.Que l\u2019on soit partisan ou non de cette mesure, on doit 626 LA REVUE DOMINICAINE conseiller aux femmes catholiques, aux canadiennes-françaises, d\u2019user de leur privilège plutôt que de laisser à d\u2019autres, de formation et d\u2019idéal opposés, l\u2019avantage de peser librement sur les destinées du pays.2 * * * Le dimanche 4 octobre, au déjeuner des Professeurs qui suivit la Messe annuelle du Saint-Esprit, la santé de l\u2019Université de Montréal fut proposée par Mgr le Recteur, et le Président Sir Lomer Gouin était chargé d\u2019y répondre.Il le fit en des termes à la fois si mesurés et si énergiques, avec une telle âpreté de conviction et d\u2019enthousiasme quil emporta du premier coup son public, y compris les froids manieurs du scalpel et d\u2019austères juristes et mathématiciens.Son discours fut maintes fois interrompu par de longues acclamations.Quand pour finir, le bras tendu vers le Mont-Royal, il nous convoqua pour l\u2019an prochain à la cérémonie de la pierre angulaire de l\u2019Université de Montréal, les petits drapeaux blancs sortirent de poche et l\u2019auditoire debout cria son admiration.Au retour j\u2019entendais chacun répéter que jamais, durant sa carrière oratoire, il n\u2019avait atteint pareil moment.Il est vrai que les événements du matin, se déroulant sous de religieux auspices et dans la splendeur d\u2019octobre \u2014 mois préféré des Canadiens, \u2014 avaient composé d\u2019avance une atmosphère des plus favorables à l\u2019explosion des grands sentiments.M.l\u2019abbé Lionel Groulx, dans un discours très soigné, avait défini le rôle de l\u2019université catholique et les obligations des maîtres.2.\u2014On peut se procurer ce magistral article en adressant la somme de 2 f.50 à la Revue des Jeunes, 3, rue de Laynes, Paris, VII.Abonnement pour l\u2019étranger: 46 £. LE SENS DES FAITS 627 Après la lecture en chaire de la profession de foi, avait eu lieu le défilé des professeurs, les uns sans toge mais tous sans respect humain, pour la prestation dans le sanctuaire du serment traditionnel.Puis le retour entre deux rangées d\u2019étudiants, qui se consolent par des chansons de ne pouvoir participer aux agapes autrement que par la bouche du Président, le camarade Proulx.A table Mgr le Chancelier, quoique indisposé, avait dit fort éloquemment sa joie vive de rencontrer d\u2019anciens et dévoués collaborateurs et sa satisfaction plus profonde de savoir la question de l\u2019Université définitivement réglée à Rome, en attendant l\u2019octroi de sa charte solennelle en 1928.Ajoutons à cela que le principal orateur, actuellement éloigné des luttes politiques, peut à l\u2019occasion dégager ga sensibilité très fine, qu\u2019enveloppait naguère une attitude de commande ou une vision contrecarrée par des nuages de poudre.Défenseur d\u2019une cause devenue la plus chère, il a sans abdiquer la prudence déployé une énergie souveraine, en contraste avec ses traits abattus.Il a parlé en diplomate, en patriote et en sociologue croyant.Il est surprenant, par exemple, que la jeune université de Montréal ait besoin de tant d\u2019appareil pour obtenir du Gouvernement provincial les secours urgents qu\u2019elle réclame.Le rapport du Recteur est là, préparé par les principaux officiers, vu et approuvé par le Comité exécutif.Il dénonce un état de choses proprement lamentable : un déménagement nécessaire, des travaux qui s\u2019imposent et le manque absolu de ressources pour les effectuer.Venant justifier, pour ainsi dire, cette triste condition des finances universitaires, un mémoire du Secrétaire, annexé au rapport, rend compte des activités ou entreprises qui ont drainé en partie, depuis 628 LA REVUE DOMINICAINE cinq ans, le produit des souscriptions offertes.Je dis bien, en partie : contrairement au préjugé populaire régnant, sur les fonds perçus de la souscription publique, soit $2,667,647, l\u2019on n\u2019a prélevé jusqu\u2019ici pour les entreprises extraordinaires: réparations du double incendie, installation de facultés et de laboratoires, achat de meubles, d\u2019appareils scientifiques et de livres, que la bénigne somme de $774,647.La balance entière, soit $1,893,000, servit à des placements dont le revenu intégral doit être affecté chaque année aux dépenses ordinaires, ce qui comporte d\u2019ailleurs, pour l\u2019an dernier, un déficit d\u2019au moins $25,000.De sorte que, si les obligations sont lourdes, du moins n\u2019ont-elles pas été encourues sans motif, et si le danger est grave, du moins n\u2019est-il pas volontairement déguisé.Rendons cette justice au pouvoir provincial qu\u2019il ne nie pas la légitimité des demandes et qu\u2019il paraît disposé de loin à y faire accueil.Mais il s\u2019emprisonne dans les mais.Entrevu par un journaliste le lendemain du fameux discours, l\u2019honorable Premier Ministre a déclaré, suivant toutes les règles, qu\u2019il fallait ne pas traiter cette question à la légère et savoir mettre en parallèle d\u2019autres besoins, en particulier ceux de l\u2019école rurale.Il n\u2019y a pas si longtemps que Sir Lomer Gouin a quitté la tête de l\u2019administration provinciale, qu\u2019il puisse à la légère vouloir imposer à son successeur une dépense sans proportion avec les revenus de la Province.Or il s\u2019est exprimé là-dessus sans ambages et nous pouvons dire en toute connaissance de cause.Cet octroi annuel de $300,000, nous l\u2019obtiendrons d\u2019une administration, et je dis que c\u2019est l\u2019administration actuelle qui va nous l\u2019accorder.En ce moment, d\u2019un bout à l\u2019autre du pays, les candidats politiques font de grands discours sur les LE SENS DES FAITS 629 places publiques et aux portes des églises.On ne manque pas de mettre en relief la prochaine construction du pont de Montréal.On augure avec raison d\u2019immenses avantages de cette entreprise, qui devra coûter au pays environ dix-huit millions dont un tiers sera payé par la Province de Québec.Cinq ou six millions, nous n\u2019en demandons pas autant.Et je demande si le bénéfice économique que l\u2019on attend de Ventreprise peut entrer en ligne de compte avec l\u2019avenir de toute une jeunesse, mis en jeu par la grande pitié de notre université.Si nous portons maintenant nos regards vers la province voisine, nous voyons qu\u2019Ontario a dépensé pour ses universités $18,000,000 en douze ans et dépense encore aux mêmes fins $2,225,000 par année.Nous n\u2019en demandons pas autant.Mais nous nous refusons à admettre que notre province, la plus prospère de la Confédération, s\u2019imagine donner le Pérou, en allouant une somme de $538,000 environ, répartie entre quatre universités, vingt et un collèges classiques et trois écoles professionnelles.En 1920, l\u2019administration à laquelle je présidais a souscrit un million, et je sais bien qu\u2019on va me rétorquer: Pourquoi n\u2019avez-vous pas fait davantage ?A mon tour de vous répondre: Pourquoi n\u2019avez-vous exigé davantage ?(Rires et applaudissements.) Mais si j\u2019ai péché par imprévoyance, et je m\u2019en accuse volontiers, il appartient à mes successeurs de profiter de mon expérience en faisant mieux que moi.Paroles de haute sagesse, que je m\u2019excuse d\u2019avoir à résumer de mémoire, et auxquelles la sténographie seule eut pu rendre justice.M.Taschereau met de l\u2019avant le souci légitime de l\u2019école rurale et l\u2019opposition présumée des députés ruraux.Il reste certainement beaucoup à faire pour notre en- 630 LA REVUE DOMINICAINE seignement primaire, malgré d\u2019immenses progrès réalisés grâce au pouvoir depuis trente ans, surtout en ce qui concerne le salaire des maîtres et des maîtresses.Mais pourquoi établir ce vicieux parallèle avec l\u2019enseignement supérieur ?L\u2019instruction publique trouve son fondement dans l\u2019école et son couronnement dans l\u2019université.La base d\u2019un édifice peut à la rigueur attendre, le toit n\u2019attend pas.Quand la famille, l\u2019Eglise et l\u2019Etat ont déjà consenti tant et de si lourdes charges pour l\u2019instruction de la jeunesse, ce n\u2019est pas au moment où cette œuvre va bientôt s\u2019achever pour donner tout son fruit, qu\u2019il convient d\u2019en enrayer la marche au risque de gâter le résultat final.On parle constamment de la formation des élites, fonction régulière et normale des universités.Ce n\u2019est pas au moment où, de l\u2019aveu commun, étudiants et professeurs rivalisent de zèle et d\u2019ambition dans cette voie, qu\u2019il convient de les décourager par des arguties vaines ou des délais irritants.Au fond, c\u2019est l\u2019éternelle balançoire : si nous votons la somme requise, Laval et McGill exigeront bientôt une égale assistance.Comme si tous les riverains de nos fleuves avaient besoin à la même heure du même pont ! Laval n\u2019a pas subi deux incendies consécutifs.McGill enregistre chaque année des dons princiers.Quand ces deux maisons d\u2019ailleurs se sentiront menacées de faillite, elles n\u2019auront qu\u2019à établir en blanc et en noir leur bilan de détresse.Dieu et la Province y pourvoiront.Le discours de l\u2019ancien Premier Ministre appellerait d\u2019autres commentaires, puisque brièvement il touche à tout.Même le point de vue moral est abordé en passant.\u201cNous voulons écarter de nos étudiants la distraction et la tentation.\u201d Comment protéger cette jeunesse, sans l\u2019éloigner d\u2019un centre tumultueux et plein d\u2019affaires, à LE SENS DES FAITS 631 proximité du quartier le moins honorable de la ville ?Ici l\u2019opposition vient simplement de l\u2019homme de la rue et de quelques intéressés qui préfèrent l\u2019est à l\u2019ouest pour la nouvelle construction.Comme s\u2019il suffisait de déplacer le mal pour le guérir ! L\u2019isolement, l\u2019isolement relatif du moins, voilà ce qui est exigé pour les maisons d\u2019études, comme en témoignent à la fois la psychologie et l\u2019expérience.Nous concédons que le recul vers l\u2019ouest n\u2019aura point pour effet d\u2019y faire naître une agglomération canadienne-française.Le but avoué est de fuir toute espèce d\u2019agglomération : but conforme à la pédagogie et à la morale, et donc éminemment pratique, n\u2019en déplaise aux maîtresses de pension et aux épiciers de Maisonneuve, dont une certaine presse locale alimente depuis quelques mois le chauvinisme.Taper sur les grands corps à cause de leur muette endurance a toujours été chez nous une vieille habitude, une manie bien française dont on \u201cse souvient.Elle aurait cette fois pour résultat d\u2019éveiller la suspicion sinon la haine du peuple contre l\u2019élite enseignante et les professions libérales, et je ne vois pas ce que le peuple lui-même pourrait y gagner.H* ^ M.Antonio Perrault est bien convaincu que le train du monde est la folie même.Si le fardeau professionnel, joint à celui d\u2019une famille assez nombreuse, lui permettait d\u2019écrire davantage, il serait homme à éditer nos travers à l\u2019exemple de madame Raoul Dandurand, et sans doute dans un format agrandi ! Faute de quoi il se contente d\u2019en signaler quelques-uns, quand l\u2019Action française, nos Semaines sociales ou un groupe d\u2019admirateurs lui en fournissent l\u2019occasion.Ainsi le Cercle Casault de l\u2019A.C.J.C.ayant invité en avril dernier l\u2019ancien Prési- 632 LA REVUE DOMINICAINE dent général à donner une conférence à Québec, M.Perrault avait choisi comme sujet: Idées larges et idées étroites.Cette conférence vient d\u2019être mise en brochure et le tout serait sans reproche, si l\u2019on ne remarquait dans cet intéressant document un certain nombre d\u2019erreurs typographiques que le Cercle n\u2019hésitera pas à prendre sur son compte.M.Perrault a soin de rappeler que le titre de sa conférence implique une sorte d\u2019abus de langage.Au fond il n\u2019y a pas d\u2019idées larges ou étroites: il y a des idées vraies ou fausses.Les idées fausses le sont bien souvent par largeur ou par étroitesse, mais la fausseté est la même, quelle qu\u2019en soit la cause.Il faut user de beaucoup de prudence et de retenue avant de prononcer qu\u2019une idée est fausse par motif de largeur ou par motif d\u2019étroitesse.Dans la pratique, observe judicieusement M.Perrault, c\u2019est en général les idées claires, nettes et fermes que l\u2019on entend qualifier d\u2019étroites; tandis que l\u2019idée large n\u2019est guère autre chose qu\u2019un flottement, une incertitude de l\u2019esprit, quand ce n\u2019est pas une complaisance ou une faiblesse de la volonté.Le conférencier oublie d\u2019ajouter que l\u2019inverse se produit quelquefois : on taxera de largeur, sinon de libéralisme, d\u2019anciennes et authentiques vérités, professées par d\u2019anciens et authentiques Docteurs, puis peu à peu rejetées dans l\u2019ombre par la demi-science des manuels ou l\u2019opportunisme doctrinal des hommes d\u2019action.M Perrault quitte aussitôt le terrain philosophique pour nous parler de vie canadienne.Il dénonce chez nous un premier travers qui consiste à mettre en conflit \u201cidées larges et idées étroites\u201d dans le domaine religieux et national seulement.En d\u2019autres domaines où elles sont censées pourtant se combattre et s\u2019exclure pour LE SENS DES FAITS 633 régner: en politique, en droit, en médecine, il n\u2019en est pas question.L\u2019adversaire est ignorant ou menteur, il n\u2019est ni large ni étroit.\u201cChose remarquable, les politiciens sont sévères à tenir leurs troupes entre les lignes de parti ; ils ne souffrent pas qu\u2019un partisan prenne sur une question même d\u2019importance secondaire une attitude indépendante.Et pourtant ce sont eux qui usent le plus fréquemment de ces termes d\u2019idées larges et d\u2019idées étroites dès que l\u2019on discute de questions plus hautes que la politique.Après avoir inventé la discipline pour parlementarisme et partis politiques, ils ont mis à la mode de parler tolérance sur les sujets qui importent le plus au vrai progrès d\u2019un pays ou d\u2019une race.Et l\u2019on est arrivé chez nous à ce point: s\u2019agit-il de politique ordinaire, d\u2019administration de la chose publique, l\u2019on refuse toute liberté de pensée et de conduite; s\u2019agit-il de questions religieuses ou nationales, certaines gens ne veulent plus que largeur dans les conceptions, mollesse dans les décisions, indépendance absolue, prêts à taxer d\u2019étroits les hommes qui, sur ces problèmes de premier plan, restent attachés aux exigences doctrinales et au commandement de certaines idées essentielles.\u201d Que pensez-vous de ce premier tour de compas ?Il suffirait seul à mériter au conférencier le titre de \u201cgrand rectifica-teur\u201d qu\u2019un bon juge littéraire décernait récemment à monsieur Henri Massis.3 M.Perrault se demande alors si les Canadiens-français ont raison de se diviser, sur le terrain religieux et national, en deux classes : celle des idées larges et celle des idées étroites, et il conclut résolument par la négative.Qu\u2019il s\u2019agisse en effet d\u2019imprégner de catholiscisme notre vie publique, nos institutions et nos lois; de main- Lucien Dubech, Ls chefs de file de la jeune génération. 634 LA REVUE DOMINICAINE tenir le caractère français de notre législation québécoise; de défendre les droits des minorités, en particulier le droit de parler la langue maternelle et de lui réserver une place d\u2019honneur dans l\u2019enseignement; enfin d\u2019entrevoir pour notre avenir politique telle solution plus conforme aux légitimes aspirations d\u2019un peuple : on constate que ceux-là seuls sont qualifiés d\u2019étroits qui ont gardé sur ces divers problèmes des idées nettes et courageuses, s\u2019inspirant des hautes directives de l\u2019Eglise et de la situation faite à la race par l\u2019événement de 1760 et la succession des différents régimes.Léon XIII, dans la fameuse encyclique Immortale Dei, recommande \u201cd\u2019infuser dans toutes veines de l\u2019Etat la vertu et l\u2019influence de la religion catholique.\u201d \u201cPourquoi, interroge M.Perrault, pourquoi craindrait-il d\u2019avoir des idées étroites, le Canadien-français qui, fort de cette direction souveraine, veut marquer de son catholicisme toutes les manifestations publiques de notre peuple ?Pourquoi lui reprocherait-on d\u2019avoir des idées étroites s\u2019il cherche à faire pénétrer l\u2019esprit du catholicisme jusque dans les lois d\u2019intérêt général adoptées par notre Législature québécoise, jusque dans les œuvres et les institutions qu\u2019elle crée.\u201d Serait-ce parce que Léon XIII fut ouvertement accusé d\u2019idées larges par les tenants de l\u2019intégralisme?Autre exemple.Dans la variété des attitudes et la hiérarchie des sentiments, M.Perrault veut que la première place revienne à la nationalité, plutôt qu\u2019à l\u2019Empire ou au Dominion.Il oublie d\u2019ajouter qu\u2019à ce nationalisme de bonne marque il a lui-même trouvé une formule : l\u2019union da?is la race.Cette dernière attitude fournit prétexte à certaines gens de blâmer ce qu\u2019ils appellent encore des idées étroites et qui n\u2019est autre que le souci primordial des exigences de la race, \u201cla préoccupation LE SENS DES FAITS 685 de les satisfaire dans les limites de l\u2019ordre et de la justice.\u201d Même phénomène au sujet de la langue française et de ses plus vaillants soldats.Une femme écrivain des mieux connues, trouva moyen un jour d\u2019attribuer le relâchement de nos voisins dans l\u2019application du Règlement XVII, non pas aux gardiennes de l\u2019école Guigues, ni aux instituteurs des deux sexes qui travaillèrent plus d\u2019un an sans salaire, ni aux chefs et conseillers de l\u2019Association d\u2019Education de l\u2019Ontario, ni aux journalistes du \u201cDroit\u201d et du \u201cDevoir\u201d, mais aux voyages de Bonne Entente effectués d\u2019une province à l\u2019autre depuis cinq ans ! La conférence est très nourrie, comme on voit, et je m\u2019en voudrais d\u2019entrer dans le luxe de la preuve, empêchant par là nos abonnés de prendre connaissance du texte.M.Perrault, pour finir, exhorte les jeunes à ne pas considérer le doute comme l\u2019attitude la plus intelligente et à se former au sujet de la race des idées claires et fortes, soutenues par un sens catholique et français toujours en éveil.Cela vaut mieux, paraît-il, pour conserver notre nationalité et rompre la vague anglo-saxonne, que \u201cdes remparts de verbiage et des roseaux peints en fer.\u201d M.-A.Lamarche, O.P.Dans VOrdre \u2014 De grandes fêtes ont eu lieu le 23 août, à Ploudalmezeau (Finistère), en l\u2019honneur de saint Vincent Ferrier; l\u2019église de cette paroisse en effet possède une précieuse relique de la main du Saint.Le panégyrique fut prononcé par Mgr Duparc, évêque de Quimper.\u2014 Les RR.PP.Gillet, Rutten et Delos ont pris part à la Semaine Sociale de Lyon.\u2014 Les fêtes célébrées à Ars en l\u2019honneur de la canonisation du saint Curé d\u2019Ars, ont été parfaites de 636 LA REVUE DOMINICAINE grandeur, de tenue, d\u2019organisation.Le dernier jour (4 août) en présence du vénérable Cardinal-Archevêque de Reims qui officiait, c\u2019est le R.P.Janvier qui prononça le troisième panégyrique du Saint, en plein air.La coïncidence de la fête de saint Dominique lui a inspiré un magnifique discours que l\u2019ancien conférencier de Notre-Dame a donné d\u2019une voix splendide qui domina la fureur du vent.Le R.P.Janvier a pris part également au Congrès eucharistique de Rennes.\u2014 Notre couvent d\u2019Etudes d\u2019Ottawa a commencé le 14 septembre, l\u2019année scolaire 1925-1926, après une retraite de 10 jours prêchée par le R.P.Hyacinthe Couture.Le premier exercice de l\u2019année a été un service solennel pour le repos de l\u2019âme du T.R.P.Albert-M.Marion, en son vivant Régent des Etudes.Notre Collège a sept professeurs et trente-sept étudiants dont 16 en théologie et 21 en philosophie.Le personnel enseignant est le suivant: R.P.Augustin Leduc, J.C.D., Régent des Etudes, professeur de Droit canonique.R.P.Dalmace Laferrière, S.Th.L., Bachelier du Collège, professeur d\u2019Ecriture Sainte, d\u2019introduction à l\u2019Ecriture Sainte, d\u2019Hébreu et d\u2019Anglais.R.P.Pie-Marie Gaudrault, S.Th.L., Maître des Etudiants, professeur de Théologie dogmatique.R.P.Jean-Dominique Mauger, Ph.D., Professeur de Théologie morale.R.P.Raphaël Turgeon, S.Th.L., Professeur de Théologie fondamentale.R, P.Louis-M.Sylvain, J.C.D., Professeur d\u2019Eloquence et d\u2019Histoire de l\u2019Eglise.R.P.Raymond-M.Voyer, S.Th.L., Professeur de Philosophie. LE SENS DES FAITS 637 \u2014 Les RR.FF.P.Bissonnette, B.Derouin, G.Massé, E.Marcil ont reçu le sous-diaconat à Ottawa le 19 septembre.\u2014 Le R.P.Laurent Boisverd a prononcé, le 5 octobre, le panégyrique cle S.François à Rosemont (Montréal) et le T.R.P.Thomas Couët à Notre-Dame des Sept Allégresses des Trois-Rivières.\u2014 S.E.le cardinal Mundelein, archevêque de Chicago, a béni solennellement, le 13 septembre, le nouveau couvert d\u2019Etudes de la Province St-Joseph, à River Forest, près Chicago.Les trois sermons de circonstance furent prêchés par S.G.Mgr McNicholas, O.P., archevêque de Cincinnati, et les RR.PP.Healy et Ripple, O.P., Prédicateurs Généraux.Les novices étudiants en philosophie sont là au nombre de 102, tandis que le Collège théologique de Washington en compte 78.\u2014 La Revue Dominicaine commencera en janvier prochain une série régulière de Bulletins du Droit canonique alternant avec des Consultations canoniques sur divers points de nature à intéresser les fidèles et surtout les prêtres.Les messieurs du clergé désireux de soumettre certaines questions à Vétude peuvent s\u2019adresser dès maintenant aux RR.PP.Augustin Leduc, J.C.D., et Louis-Marie Sylvain, J.C.D., 95, Avenue Empress, Ottawa.\u2014 Le R.P.Couture a prêché le sermon de circonstance, le 25 octobre, au Conventum des anciens élèves de l\u2019Académie Sainte-Brigide, Montréal.\u2014 Le R.P.Légaré prêchera le 15 novembre en l\u2019église Notre-Dame de Montréal, à l\u2019occasion de la Saint-Stanislas, fête patronale de l\u2019Association du Bien-Etre de l\u2019Enfance.Fra Domenico. L\u2019ESPRIT DES LIVRES Lucien Hudon.\u2014 \u201cLexique technique anglais-français: automobilisme et radio\u201d.(Association technologique de langue française, Ottawa).L\u2019automobile, le sans-fil sous toutes ses formes, comme d\u2019ailleurs la plupart des applications modernes de la mécanique, créent un vocabulaire nouveau, sans cesse en mouvement, qui accentue le babel des langues.Chaque invention apporte son baggage d\u2019expressions, et ces dernières envahissent en si grand nombre la conversation courante que la génération de 1925, déjà par plus d\u2019un côté étrangère à l\u2019homme de 1900, s\u2019éloigne de plus en plus de son parent, et parle une langue différente pour exprimer des besoins inconnus il y a vingt-cinq ans.Si le babel se constate en Europe, à plus forte raison l\u2019observe-t-on au Canada, où l\u2019anglais d\u2019Angleterre, fortement pénétré de yankee, devient dans l\u2019industrie la langue de la majorité.Le gi'oupe français d\u2019Amérique, attaqué de toutes parts par les vocables de cette majorité, semblerait destiné à perdre son contact avec la langue maternelle, si des travailleurs perspicaces ne lui rappelaient opportunément que l\u2019industrie parle français depuis toujours.Parmi les traducteurs officiels fixés à Ottawa, d\u2019aucuns, peut-être trop rares, remplissent leurs loisirs par l\u2019étude; ils ont à tel point le souci honnête de l\u2019expression juste qu\u2019ils ne se contentent pas facilement des à-peu-près et accumulent par milliers les fiches indicatrices.Un jour ou l\u2019autre leurs notes prennent d\u2019importantes proportions, et comme ils sont avant tout généreux, ils offrent au public l\u2019honorable résultat de leurs continuelles recherches.Tel est le cas de M.J.-Lucien Hudon, traducteur au bureau édéral des brevets, qui vient de produire un lexique de la plus belle utilité sur l\u2019automobile et le radio.L\u2019Association technologique de langue française, fondée il y a quelques anneés par M.Louis d\u2019Ornano, a pris soin de publier l\u2019ouvrage.Dpuis vingt ans M.Hudon a travailé seul à cette compilation.Devenu fonctionnaire comme tout le monde à Ottawa, l\u2019auteur a eu des avatars intéressants avant d\u2019entrer au service de l\u2019Etat.Facteur d\u2019orgues, accordeur de pianos, marchand de musique, il est arrivé tard au rond-de-cuir, qu\u2019il a transformé immédiatement.Refusant d\u2019appartenir à la catégorie des parasites intrigants, il s\u2019est mis à la tâche, et c\u2019est de là que viennent les six mille cinq cents et quelques mots français de son lexique, répartis entre cent cinquante pages serrées.La traduction se compliquait du slang % américain, qui chaque jour supplante l\u2019anglais en Amérique, mais M.Hudon a pu se retrouver dans ce méandre de localismes, dont la plupart viennent de Détroit.Ce n\u2019est pas un faible mérite.M.Hudon aura des imitateurs.Quatre ou cinq de ses collègues préparent des travaux de même nature sur des sujets embrouillés chemins de fer, botanique, icthyologie, mines, géologie que probablement l\u2019Association technologique publiera.L\u2019exemple est trop beau pour ne pas être suivi.Encore faudra-t-il que l\u2019Etat et le public consentent à s\u2019apercevoir que ces travaux existent.Quoi l\u2019esprit des livres 639 qu\u2019il en soit de la nature ingrate des recherches et des compilations, de l\u2019indifférence du public à leur égard, M.Hudon peut être fier des résultats obtnus, comme l\u2019Association technologique doit être contente de reprendre l\u2019orientation première qu\u2019elle avait un moment oubliée.Jules TREMBLAY.E.Jombart.\u2014 \u201cLe Mariage\u201d.1 vol.in-12, 84 pages, Paris, Téqui, 1925.(3 frs.) La librairie Téqui publie en opuscule les articles écrits pour Y Inter diocésaine, en 1924, par M.l\u2019abbé E.Jombard.Ce n\u2019est pas un traité complet sur le sujet; c\u2019est, plus modestement, le \"rappel de quelques notions canoniques et morales.\u2019\u2019 Bien que ces pages s\u2019adressent immédiatement au clergé français, leur utilité peut cependant franchir les limites du pays de l\u2019auteur, et elle le mérite: L\u2019on y trouvera une excellente traduction de tous les canons du code relatifs au mariage: par d\u2019heureuses subdivisions en titres et sous-titres et aussi par la bonne impression matérielle, le traité canonique du mariage devient plus clair; les canons qui ont une difficulté spéciale ou qui ont donné lieu à des interprétations divergentes sont, en général, signalés.\u2014 L\u2019on regrette, sans doute, que l\u2019auteur ne soit pas complet, p.ex.sur les fiançailles, ou sur l\u2019interprétation du mot curé dans le forme du mariage, ou sur les discussions au sujet du C.1099 ; malgré cela, ce petit traité mérite d\u2019être dans toutes les bibliothèques ecclésiastiques: qui n\u2019a pas le loisir de consulter les grands traités classiques de Gasparri, de De Smet, de De Backer, de Cappello, de Vermeersch ou de Blat, etc., y trouvera souvent le renseignement désiré.C\u2019est, pour le droit canonique du mariage, un vade-mecum, un peu l\u2019équivalent d\u2019un Arregui pour la morale.A.L.Abbé Grimaud.\u2014 \u201cPrêtre?.Pourquoi Pas?.\u201d \u2014 1 vol.in-12, VIII-136 p., 47 illustrations par M.l\u2019abbé Constant Rouaud.Paris, Téqui; Montréal: Granger; Québec, Garneau.Charmant ouvrage de propagande pour répandre à profusion, sous formes d\u2019histoires vécues, précédées d\u2019un aperçu doctrinal, suivies d\u2019une courte morale, les idées concernant le Sacerdoce.Voici les sujets que traitent les récits vivants et vécus dont se compose le volume: Ce qu\u2019est le Prêtre.\u2014 Ce qu\u2019est la Messe.\u2014 Importance du Prêtre.\u2014 La plus belle carrière.\u2014 Les aptitudes pour le sacerdoce.\u2014 Il faut remplacer les prêtres qui vieillissent.\u2014 Qui se substituera aux victimes de la guerre?\u2014 La grande Misère du manque de prêtres.\u2014 Le prêtre est l\u2019Ange de sa famille.\u2014 L\u2019Apostolat sacerdotal en famille.\u2014 Ce que peut une âme pieusa 640 LA REVUE DOMINICAINE pour les vocations.\u2014 Les futurs Prêtres recruteurs.\u2014 Le monde ennemi des vocations.Quand l\u2019âme a vécu dans la nuit.\u2014 Les vacances, perte des vocations.\u2014 L\u2019Apotolat des vocations.\u2014 Le centuple promis.Ce livre, que les enfants liront malgré eux d\u2019un bout à l\u2019autre, est de nature à éveiller chez eux des pensées graves.Il les amènera à se poser la question: \u201cPrêtre?.Pourquoi Pas?.\u201d Cet ouvrage peut être donné comme récompense aux enfants de chœur, enfants du catéchisme, élèves des écoles libres ou des institutions secondaires.Il fournit à tous ceux qu\u2019angoissent la question du recrutement sacerdotal le moyen de parler aux enfants sans risque de les étonner ou de paraître indiscret, de la grande question du sacerdoce.Si les Futurs Prêtres de M.l\u2019abbé Grimaud contient toute la doctrine de la vocation, le Pourquoi Pas?se charge de la mettre en action.Accusés de reception Analecta Ordinis Praedicatorum, numéro d\u2019honneur de 200 p.dédié à S.E.le Cardinal André Früwirth, Grand Pénitencier de l\u2019Eglise, avec portrait au frontispice.Contient diverses études doctrinales et historiques, et plusieurs biographies importantes, entr\u2019autres celles du Cardinal jubilaire et de Jean Wynygnghem, premier professeur dominicain à l\u2019ancienne Université de Louvain.A la fin, une liste des cardinaux de l\u2019Ordre depuis sa fondation.Le Missione Domenicane all\u2019 Esposizione Vaticana del 1925.Tableau détaillé des missions dominicaines, publié par la revue mensuelle de Florence: Memorie domenicane.Illustrations abondantes sur papier glacé.Le résumé de la fin donne 36 missions (Europe, Asi, Afrique, Amérique, Océanie) confiées à 725 missionnaires, et ainsi réparties: 3 archidiocèses, 1 diocèse, 1 prélature nullius, 2 délégations apostoliques, 10 vicariats apostoliques, 4 préfectures apostoliques, 15 autres missions.Vie de S.Pierre Claver, par un prêtre du diocèse de Montréal.Ce saint Jésuite est encore peu connu au Canada.Il faut remercier le prêtre zélé et instruit qui, après avoir l\u2019an passé visité le tombeau son héros à Carthagène, en Colombie latine, a voulu fixier ses impressions dans un cadre fidèle et une lumière précise.Son travail sera utile non seulement aux paroissiens de St-Pierre Claver, mais à tous ceux qu\u2019attire l\u2019auréole des rares saints d\u2019Amérique.S\u2019adresser au Presbytère de St-Pierre Claver, boulevard St-Joseph, Montréal.-K "]
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