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Titre :
Revue dominicaine
Éditeur :
  • St-Hyacinthe :Couvent de Notre-Dame du Rosaire,1915-1961
Contenu spécifique :
Mars
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Rosaire
  • Successeur :
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Revue dominicaine, 1926-03, Collections de BAnQ.

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[" L.Année Le numéro: 25 sous Mars 1926 W r LA REVUE OMINICAINE MZ R.P.Aug.Leduc, O.P., Chronique de Droit canonique.R.P.Raphaël Turgeon, O.P., La notion du Sacrifice.Damien Jasmin, La métamorphose du bolchévisme.R.P.P.-Arsène Roy, O.P., Les sociétés de tempérance.LE SEXS DES FAITS.\u2014 Quid retribuam, par le T.R.P.Marion.\u2014 Les Prix d\u2019action intellectuelle, par le R.P.Lamarche.\u2014 Dans l\u2019Ordre, par Fra Domenico.L'ESPRIT DES LIVRES.\u2014 Gillet : La Morale et les Morales (S.S.Pie XI) Dufort: Le Jubilé de 1926 (M.-A.L.) Saint-Pierre: Le problème social (M.-C.F.) Autres publications.\u2014 Accusé de réception.ADMINISTRATION Bureau du Rosaire SAINT-HYACINTHE REDACTION Notre-Dame de Grâce MONTREAL LA REVUE DOMINICAINE Publiée mensuellement Directeur : R.P.M.-A.LAMARCHE, O.P.ABONNEMENTS (payables d\u2019avance) Au Canada: $2.00 \u2014 A l\u2019étranger: $2.25 Avec le \u201cRosaire pour tous\u201d, 40 sous en plus par an.La Revue Dominicaine publie des articles de vulgarisation touchant les Ecritures, la théologie, l\u2019apologétique ou le droit canon, et même des études de philosophie, de littérature, de sociologie ou d\u2019histoire, pourvu que la religion ou la morale y soit concernée.La Revue Dominicaine n\u2019a pas de spécialité proprement dite dans le domaine religieux, mais elle accorde une attention particulière aux questions d\u2019apologétique et aux problèmes de société, envisagés surtout au point de vue canadien.La Revue Dominicaine publie des recensions et diverses chroniques, en s\u2019attachant moins au récit des faits et à l\u2019analyse des ouvrages qu\u2019à leur signification d\u2019ensemble.La Revue Dominicaine ne sera pas responsable des écrits des collaborateurs étrangers à l\u2019Ordre de Saint-Dominique.Prière d\u2019adresser les communications littéraires: manuscrits, volumes, etc., au R.P.Antonio Lamarche, 153 Avenue Notre-Dame de Grâce, Montréal; et les communications administratives : abonnements, annonces, etc., au R.P.Henri Thériault, Saint-Hyacinthe.Nous publierons en avril : .4 UN ARTICLE DE M.L\u2019ABBE JEANNOTTE.UN ARTICLE DU Dr J.A.MIREAULT. CHRONIQUE DE DROIT CANONIQUE ACTES DU SAINT-SIEGE Les deux dernières livraisons des Acta Apostolicæ Sedis contiennent des documents de très grande importance: ce sont, notamment, l\u2019Encyclique instituant la fête du Christ-Roi, la Constitution apostolique étendant le jubilé à l\u2019univers catholique, et une série de réponses de la Commission d\u2019interprétation du Code à des questions fort disputées entre canonistes.Fête du Christ-Roi L\u2019Encyclique Quas primas, du 11 décembre, a institué la fête du Christ-Roi, fixée au dernier dimanche d\u2019octobre.C\u2019est la consécration, par la liturgie, d\u2019une vérité théologique fondée en Ecriture-Sainte, proclamée par les Pères de l\u2019Eglise, et appuyée sur les plus hautes raisons de convenance.Le Souverain Pontife a voulu la graver dans l\u2019âme de tous les chrétiens, en en faisant l\u2019objet d\u2019une fête annuelle.i II compte sur cette fête pour ramener la paix dans le monde: Pax Christi in regno Christi.Le Jubilé Par la Constitution Servatoris Jesus Christi, du 25 décembre, Sa Sainteté Pie XI a étendu à l\u2019univers catholique le jubilé célébré à Rome de Noël 1924 à Noël 1925.A la différence des jubilés précédents\u2014sauf celui de 1875\u2014 celui-ci durera, non pas six mois, mais toute l\u2019année 1.\u2014La Congrégation des Rites publie p.655 des Acta du 28 décembre, l\u2019Office de cette fête. 130 LA REVUE DOMINICAINE 1926.Les Acta du 28 décembre ont publié l\u2019acte d\u2019extension du jubilé; le document pontifical se divise en trois parties: les dispositions générales, les cas particuliers, les pouvoirs des confesseurs à l\u2019occasion du jubilé de 1926.2 A) Dispositions générales Le jubilé est universel: il est accordé à tous les fidèles, même à ceux qui en ont déjà gagné l\u2019indulgence durant l\u2019année 1925.Le seul territoire excepté est la ville et la banlieue de Rome.L\u2019indulgence du jubilé peut être gagnée deux fois: la première, au profit de celui qui fait le jubilé ou des défunts; la seconde pour les défunts seulement.Les conditions sont: 1° La confession et la communion: il s\u2019agit, ici, de confession et de communion spéciales; la confession annuelle et la communion pascale ne suffisent pas.2° La visite de l\u2019église principale du lieu et de trois autres églises ou oratoires publics.A ce sujet quelques remarques s\u2019imposent: a)\tLes églises ou oratoires à visiter doivent être désignés par l\u2019Ordinaire, soit personnellement, soit par l\u2019intermédiaire des vicaires forains, ou des curés, ou d\u2019autres ecclésiastiques à qui ils auront délégué ce pouvoir \u2014 ce qu\u2019ils peuvent faire même pour toute l\u2019année jubilaire.b)\tTrois églises ou oratoires publics seront désignés, à part l\u2019église cathédrale, ou dans les autres lieux du diocèse, l\u2019église principale.2.\u2014Pour la solution des questions qui peuvent être posées au sujet du jubilé, nos lecteurs consulteront avec profit l\u2019opuscule de M.l\u2019abbé J.-Z.Dufort: \u201cLe Jubilé de 1926\u201d. CHRONIQUE DE DROIT CANONIQUE 131 c)\tLes visites à faire sont au nombre de quatre par jour pendant cinq jours; les jours de visites peuvent ne pas être continus.d)\tLà où il n\u2019y a pas quatre églises ou oratoires publics, il appartient à l\u2019Ordinaire ou à ses délégués de voir à ce qu\u2019il soit permis de faire les visites dans un plus petit nombre d\u2019églises et même dans une seule.3° Les visites doivent s\u2019accompagner de prières aux intentions du Souverain Pontife : la propagation de l\u2019Evangile, la paix, les droits de l\u2019Eglise catholique sur les Lieux Saints.B ) Cas particuliers Durant l\u2019année sainte 1925, le jubilé avait été étendu à plusieurs catégories de personnes qui ne pouvaient faire le pèlerinage à Rome; le Souverain Pontife, en concédant le jubilé à l\u2019univers catholique n\u2019oublie pas que, même ainsi facilitée, l\u2019indulgence du jubilé ne pourrait être gagnée par beaucoup de fidèles qui ne peuvent accomplir toutes les conditions exigées, spécialement les visites; en leur faveur voici ce qui est décidé: 1° Ceux qui voyagent presque continuellement, sur terre ou sur mer, peuvent, en cours de route, gagner une fois le jubilé, à toute station de leur choix, pourvu qu\u2019ils visitent cinq fois dans une journée l\u2019église principale du lieu, et qu\u2019ils accomplissent les autres prescriptions : confession, communion, prières aux intentions du Souverain Pontife.2° Il y a le cas de ceux qui sont empêchés de faire les visites prescrites : moniales ; autres religieuses ; tertiaires régulières; femmes, jeunes filles ou autres personnes demeurant dans les Conservatoires (couvents) ; 132 LA REVUE DOMINICAINE anachorètes professant un Ordre monastique ou régulier et adonnés à la vie contemplative plutôt qu\u2019à l\u2019active, par exemple les Trappistes, les Camaldules et les Chartreux ; captifs et prisonniers; ecclesiastici vel religiosi qui in coenobiis aliisve domibus, emendationis causa detinentur ; malades à domicile ou dans les hôpitaux ainsi que ceux qui les assistent; en général, tous ceux à qui un certain empêchement ne permet pas de faire les visites prescrites ; de même les ouvriers ;3 enfin, les vieillards qui ont plus de 70 ans.Comment toutes ces personnes peuvent-elles gagner l\u2019indulgence du jubilé ?En leur faveur, le nombre des visites peut être diminué en tenant compte des circonstances et des personnes; les visites peuvent être séparées, c.à.d.n\u2019être pas faites le même jour; au besoin, les visites peuvent être commuées en d\u2019autres œuvres dues par ailleurs sous peine de péché.Cependant, ces adoucissements aux conditions du jubilé ne sont pas laissés à la discrétion des personnes ainsi empêchées ; ils doivent être autorisés par les Ordinaires ou par des délégués de ceux-ci : les vicaires forains, les prélats réguliers pour leurs sujets, les curés, les confesseurs approuvés dans le diocèse, à qui ces Ordinaires auront concédé un tel pouvoir, lequel pourra être exercé habituellement et en dehors de la confession.3° Le Saint-Siège permet aussi de diminuer le nombre des visites en faveur de certains groupes qui peuvent faire des visites collectivement', collèges \u2014 de clercs ou de religieux \u2014 approuvés par l\u2019autorité ecclé- 3.\u2014La Pénitencerie, le 9 mars 1925, a déclaré que le mot operarius doit s\u2019entendre de ceux qui labori manuali incumbunt.(A.A.S.1925, p.327). CHRONIQUE DE DROIT CANONIQUE 133 siastique; confréries, unions pieuses, associations de laïques ayant pour but de promouvoir des œuvres catholiques ; pensionnaires qu externes dans les collèges ; fidèles faisant les visitas sous la conduite du curé ou d\u2019un prêtre par lui délégué.En faveur de ces groupes, l\u2019Ordinaire peut permettre ou faire permettre par ses délégués, que le nombre des visites soit diminué; il faut cependant, dans ces cas, que les visites se fassent avec pompe.Que si, pour quelque raison, il n\u2019est pas loisible de passer par les voies publiques, l\u2019Ordinaire (ou son délégué) pourra néanmoins permettre encore la réduction du nombre des visites, pourvu que, à l\u2019intérieur de l\u2019église visitée, ou bien il y ait procession, ou, au moins, que les visites se fassent solennellement et en corps par tous ceux qui sont réunis.Dans aucun cas, cependant, hormis celui de maladie grave, l\u2019Ordinaire ou son délégué ne peuvent dispenser de l\u2019obligation de la confession et de la communion.C) Pouvoirs des confesseurs Comme le jubilé exige une confession spéciale, il était opportun de faciliter ce devoir en octroyant aux confesseurs des pouvoirs très amples ;4 c\u2019est à quoi est consacrée la troisième partie de la Constitution Serva-toris.1° Un principe général est que les confesseurs conservent dans leur intégrité tous les jouvoirs d\u2019absoudre, de dispenser, de commuer, qu\u2019ils ont obtenus légi- 4\u2014Quelques-uns de ces pouvoirs sont rédigés de telle sorte que la formule latine est difficilement traduisible en français; nous la laissons telle quelle. 134 LA REVUE DOMINICAINE timement, pour un temps ou pour toujours, du Saint-Siège; ils peuvent s\u2019en servir, selon les prescriptions du droit, concurremment avec les pouvoirs présentement accordés, plusieurs fois pour le même pénitent.Le pénitent qui se confesse avec l\u2019intention sincère de gagner l\u2019indulgence du jubilé, et, plus tard, omet les autres œuvres prescrites, jouit néanmoins du bénéfice de l\u2019absolution, de la dispense, ou de la commutation qu\u2019il a pu recevoir.2° Les moniales (religieuses à vœux solennels) et les autres femmes pour la confession desquelles, d\u2019après le Code, une approbation spéciale de l\u2019Ordinaire est requise, peuvent faire leur confession de jubilé à tout confesseur approuvé par le même Ordinaire pour la confession des personnes de l\u2019un et l\u2019autre sexe; cette confession de jubilé une fois faite, ce confesseur n\u2019a plus juridiction sur la même pénitente, si ce n\u2019est dans la mesure permise par le Code (cc.522, 523).3° Le confesseur, envers toutes les personnes poulies confessions desquelles il est approuvé par l\u2019Ordinaire ou le Souverain Pontife, a, pour la confession du jubilé, les pouvoirs suivants au for sacramentel : a)\tIl peut absoudre de toute censure infligée a jure vel ab homme, occulte ou publique, réservée par l\u2019Ordinaire à soi-même, ou de droit au S.-Siège simpliciter ou speciali modo ou aux Ordinaires.b)\tIl peut absoudre de tout péché, quelque grave qu\u2019il soit, et même réservé, en ayant soin, cependant, d\u2019imposer une pénitence salutaire et les autres prescriptions du droit.c)\tQuoad censuras specialissimo modo A.Sedi reservatas, a nullâ earum potest absolvere, praeterquam a crimine absolutionis complicis a peccato turpi non plus CHRONIQUE DE DROIT CANONIQUE 135 semel vel bis attentatæ.At confessario pænitenti præcipiat ut 1° Moneat complicem, forte ad confiten-dum redeuntum, de invaliditate absolutionis a se imper-titœ, necnon de ejusmodi confessionibus absolutionis ite-randis apud alium confessarium debitâ jurisdictione mu-nitum; 2° Ut, occasione relapsûs remotâ, se abstineat in posterum ad audiendâ complicis confessione in quantum fieri poterit absque scandali et infamise periculo.d)\tLe confesseur qui a absous un pénitent, au for sacramentel, d\u2019une censure publique ou portée ab homine, doit lui ordonner de se conformer, pour le for externe, au c.2251.e)\tLe confesseur doit éviter d\u2019absoudre, au for sacramentel, un pénitent soumis à une censure publique, à moins que ce pénitent ne soit prêt \u2014 dans les six mois \u2014 à donner satisfaction à l\u2019Eglise, et à réparer le scandale et les dommages causés.4° L\u2019article 4 vise les censures encourues à l\u2019occasion de l\u2019élection du Souverain Pontife, de la violation du secret du S.Office et le cas de prélats tant réguliers que séculiers qui auraient encouru publiquement une censure réservée spécialement au S.Pontife.5° Le confesseur ne peut absoudre les hérétiques qu\u2019après abjuration et réparation des scandales.De même il ne peut absoudre les membres de sectes maçonniques ou autres semblables, qu\u2019après abjuration, réparation du scandale, et sortie de la secte, et avoir observé les autres prescriptions du droit.6o Le confesseur ne peut absoudre les acquéreurs illégitimes de biens ou de droits ecclésiastiques avant qu\u2019ils n\u2019aient donné satisfaction à l\u2019Eglise, de fait ou au moins de promesse. 136 LA REVUE DOMINICAINE 7° Le calomniateur en matière de sollicitation doit, pour pouvoir être absous, rétracter formellement ou au moins promettre de rétracter sa calomnie et d\u2019en réparer les dommages.8° Le confesseur, en confession de jubilé seulement, a des pouvoirs spéciaux quant aux vœux : a)\tIl peut pour une cause juste et probable, dispenser de tous les voeux privés, même réservés au S.Siège et faits sous serment, et les commuer en d\u2019autres œuvres pies.b)\tIl peut également dispenser, en le commuant, du vœu de chasteté parfaite et perpétuelle', même si ce vœu a été, à l\u2019origine, émis publiquement dans une profession religieuse puis, les autres vœux ayant été enlevés par dispense, celui-là était demeuré en vigueur, le confesseur peut en dispenser pour le jubilé; mais il ne le pourrait pas si le pénitent avait appartenu à un Ordre astreint au célibat.c)\tIl ne peut pas remettre ou commuer un vœu accepté par une tierce personne, sans le consentement libre et exprès de cette dernière.d)\tIl ne peut commuer le vœu de ne pas pécher ou d\u2019autres vœux pénaux, à moins que ce ne soit en une œuvre qui, autant que le vœu lui-même, soit efficace contre le péché.9° L\u2019article 9 concerne les irrégularités en vue de l\u2019exercice des Ordres sacrés.10° Le dernier pouvoir accordé aux confesseurs, à l\u2019occasion du jubilé, concerne certains empêchements de mariage : a) Ils peuvent, seulement au for interne et sacramentel, dispenser de l\u2019empêchement occulte de consanguinité au troisième ou au deuxième degré collatéral CHRONIQUE DE DROIT CANONIQUE 137 (même touchant le premier), consanguinité provenant d\u2019une génération illicite; mais cette dispense n\u2019est valable que pour revalider un mariage, et elle doit être accompagnée de l\u2019obligation de renouveler le consentement.Elle ne s\u2019applique pas dans le cas d\u2019un mariage à contracter, ou in radice sanandum.b) Les confesseurs peuvent aussi, dans les mêmes circonstances, absoudre de Y empêchement occulte de crime \u2014 mais neutro machinante \u2014 soit qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019un mariage déjà contracté ou d\u2019un mariage à contracter.Dans le premier cas (mariage déjà contracté) il faut exiger la rénovation privée du consentement, conformément au c.1135.Dans les deux cas, il faut imposer une pénitence salutaire, grave et à long terme.Ces dispositions permettent de constater avec quelle miséricorde et en même temps avec quelle prudence l\u2019Eglise concède à tous ses enfants l\u2019indulgence de Vannée sainte.L\u2019empressement de ceux-ci doit correspondre à la paternelle sollicitude du Souverain Pontife: que, durant 1926, les péchés se pleurent et s\u2019expient; que le ciel remette toutes les peines dues aux péchés ; que l\u2019Evangile se répande; que les peuples se réconcilient; que les droits de l\u2019Eglise soient reconnus: tels sont les désirs du Pape auxquels doivent répondre nos prières et notre générosité.Commission d\u2019interprétation du Code Comme l\u2019on sait, le Saint-Siège a confié l\u2019interprétation authentique des canons du Code de Droit canonique à la compétence exclusive d\u2019une Commission spéciale.Depuis au-delà d\u2019un an, cette Commission n\u2019avait publié dans les Acta aucune décision.Le 10 novembre 138 LA REVUE DOMINICAINE dernier, elle a répondu à dix questions d\u2019inégale importance; ses réponses sont insérées dans les Acta du 1er décembre; les voici, dans l\u2019ordre même officiel: 1° Le c.33 § 1 du Code permet de suivre le temps local (vrai ou moyen) ou le temps légal (régional ou tout autre extraordinaire) pour certains cas bien déterminés.\u2014 La Commission déclare que le temps dit zonaire (ou régional) peut être suivi ubique terrarum, pourvu qu\u2019il soit légal.2° Au concile provincial et à toutes les autres réunions provinciales (où sont groupés les évêques d\u2019une province ecclésiastique) la préséance entre suffragants s\u2019établit par la date de préconisation ou d\u2019élection à l\u2019épiscopat, et non de promotion à tel siège suffragant.(c.106, 30.) 3° Dans la collation de bénéfices et de canonicats dans les églises collégiales, le vote à prendre (c.403) est celui du Chapitre de cette église et non de l\u2019église cathédrale.4° Le vicaire forain qui est chanoine n\u2019a pas préséance, comme vicaire forain, sur les autres chanoines, au chœur et dans les actes capitulaires (c.450 § 2.) 5° Le droit qu\u2019a le curé, en vertu du c.462, 7°, de conduire processionnellement ses paroissiens en dehors de l\u2019église, s\u2019étend aussi aux processions des religieux, sauf le privilège de la procession de la Fête-Dieu, et sous la condition du consentement de l\u2019Ordinaire du lieu.6° Le c.542, 2°, exige la permission de la Congrégation des Eglises orientales pour admettre licitement un oriental dans un noviciat latin.\u2014 La Commission déclare que cette permission n\u2019est pas requise dans le cas d\u2019orientaux qui, gardant leur rite propre, passent par un noviciat latin, mais en se prénarant à établir des CHRONIQUE UE DROIT CANONIQUE 139 IpflÎM 11er lU; % i dit nui,, ute d\u2019une lié on a gant.iglist pas êtes, pieux ;soiî| Huent.;ssiai] nsM ip\\ maisons et des provinces de rite oriental.N.B.Le c.542 ne vise donc que le cas d\u2019orientaux qui voudraient changer de rite.7° La Commission règle, dans ce paragraphe, une question longuement discutée entre canonistes: la portée de l\u2019expression quævis reservatio au c.900.Le c.900, énumérant les cas où cesse la réservation, emploie l\u2019expression toute réservation (quævis reservatio).Le mot fut interprété diversement quant à Y objet et quant à Yauteur de la réservation des cas.Des canonistes soutenaient que le c.900 a une portée générale, c.à.d.qu\u2019il s\u2019occupe des péchés et des censures réservés ; d\u2019autres, au contraire, considérant l\u2019intitulé du chapitre \u201cDe reservatione peccatorum\u201d, remarquant aussi, au c.893 § 3, le renvoi de la réservation des censures à d\u2019autres endroits du Code, soutenaient que, d\u2019après le contexte, le c.900 ne traite que des péchés réservés et non des censures.C\u2019est cette interprétation qu\u2019adopte la Commission.Quant à Yauteur de la réservation des cas, la Commission déclare que le c.900 est général; il doit donc s\u2019entendre des cas réservés au S.-Siège, et non seulement des cas réservés à l\u2019Ordinaire comme le voulaient quelques canonistes.8° La Commission déclare que pour pouvoir invoquer le c.1098 et contracter mariage validement et licitement sans la présence de l\u2019Ordinaire, du curé, ou d\u2019un prêtre délégué de l\u2019un des deux, la seule absence ne suffit pas; il faut, en outre, la certitude morale (provenant de la notoriété ou de recherches) que, pendant un mois, le curé ne pourra venir, ni les parties aller le trouver. 140\tLA REVUE DOMINICAINE 9° Dans la célébration des mariages mixtes, la messe même privée prohibée par le c.1102 § 2, doit s'entendre non seulement de la messe pro sponsis, mais de toute messe qui pourrait être considérés comme un complément de la cérémonie nuptiale.10° La Commission déclare que la privation de la sépulture ecclésiastique décrétée au c.1240 § 1, 5°, contre ceux qui ont ordonné la crémation de leur corps, s\u2019applique même dans le cas où, en fait, la crémation n\u2019a pas lieu.5 P.Aug.Leduc, O.P.Ottawa, le 4 février 1926.-?LA NOTION DU SACRIFICE SELON SAINT THOMAS D\u2019AQUIN La question du sacrifice eucharistique a été beaucoup discutée.Elle l\u2019est encore.Au début même du problème, la controverse commence.Ne voyons-nous pas les théologiens définir d\u2019une manière bien différente, pour ne pas dire opposée, le sacrifice.La diversité des opinions sur l\u2019essence de l\u2019oblation cultuelle accomplie dans nos temples, est la nécessaire conséquence de ce désaccord initial.Une obligation semble bien s\u2019imposer à celui qui cherche à résoudre cette difficulté théologique.Il doit proposer, du sacrifice en général, une définition fortement probable, solidement établie, pour 5.\u2014L\u2019importance des documents pontificaux que nous venons de résumer nous ayant fait prolonger la partie de la chronique réservée aux Actes du S.-Siège, nous remettons à plus tard de signaler les articles de Revues. LA NOTION DU SACRIFICE 141 qu\u2019elle ne soit ni rejetée, ni même légitimement mise en doute.Dans une matière aussi délicate, un maître sûr et compétent s\u2019impose.Ce guide nous est manifestement désigné.L\u2019Eglise n\u2019a-t-elle pas déclaré saint Thomas d\u2019Aquin, le Chef, le guide des études.i C\u2019est lui qui dirigera notre travail.Conduit par ses principes, éclairé par ses lumières, nous espérons formuler, du sacrifice en général, une définition acceptable pour tous.Que l\u2019Angélique Docteur ait porté ses investigations sur la nature même du sacrifice, voilà ce qui ne peut être nié.Il l\u2019a étudiée \u201cex professo\u201d, dans son traité de la Religion,2 il en a parlé au sujet du sacerdoce du Christ 3 et à propos de la mort du Sauveur.4 II a écrit un article spécial sur le sacrifice pour justifier les cérémonies judaïques.5 II est encore revenu sur le sujet dans la Somme contre les Gentils 6 et dans le Commentaire sur l\u2019Epitre aux Hébreux.7 C\u2019est à ces sources que nous puiserons pour connaître et communiquer l\u2019enseignement du Maître.Loin de nous l\u2019intention de ramener à une conclusion qui serait nôtre déjà les paroles de saint Thomas.Nous nous efforcerons de conserver à ses affirmations leur propre valeur, leur vrai sens.C\u2019est dans cet esprit que nous étudierons la nature du sacrifice.Dans cette étude, nous nous proposons de répondre à une triple question: 1° A quelle vertu appartient le 1.\t\u2014Encyc.\u201cStudiorum Ducem\u201d, 29 juin 1923.2.\t\u2014lia Ilae Qu.85, Qu.86, art.1.3.\t\u2014III P.Qu.22, art.2, 3, 4, 5.4.\t\u2014III P.Qu.48, art.3.5.\t\u2014la Ilae, Qu.102, art.3.6-\u2014Summa contra Gentiles, L.Ill, C.119, 120.7.\u2014Commentarium in Ep.ad Hebraeos. 142 LA REVUE DOMINICAINE sacrifice propre et véritable?2° Comment le sacrifice, acte élicié par la vertu de Religion, se distingue-t-il parfaitement des divers actes de cette vertu?3° Quand, dans le sacrifice, doit s\u2019effectuer l\u2019action exercée sur la chose offerte ?Telles sont les questions auxquelles nous essaierons de donner une réponse conforme à la doctrine de l\u2019Angélique Docteur.Elles commandent bien la division de notre étude.8 SACRIFICE ET RELIGION L\u2019homme vient de Dieu, premier principe, créateur de toute chose.L\u2019ouvrier a puissance sur son travail, l\u2019artiste, sur son œuvre.Et Dieu, l\u2019Ouvrier par excellence, l\u2019Artiste à la vertu infinie, n\u2019aurait pas pouvoir sur le monde ; il ne pourrait pas aider l\u2019homme, suppléer à ses incapacités, subvenir à ses besoins ?Il faut bien reconnaître sa souveraine puissance sur toute chose.Saint Thomas utilise cette élémentaire vérité pour démontrer que le sacrifice est de droit naturel.9 En raison des défauts et des insuffisances qu\u2019il sent en lui, l\u2019homme est naturellement porté à se soumettre à l\u2019Etre supérieur capable de lui donner secours, aide, direction.Et de même que naturellement, les êtres inférieurs, dépourvus de raison, obéissent à leurs supérieurs, de même, selon une naturelle inclination, la raison humaine commande à l\u2019homme de rendre sujétion, obéissance, honneur à l\u2019Etre souverain, Dieu.Pour exprimer cette soumission, l\u2019homme agira conformément 8.\t\u2014Cette méthode analytique nous semble motivée.Pris isolément, un texte peut difficilement manifester la pensée d\u2019un auteur; aussi pour connaître la doctrine de saint Thomas, sur le problème en cause, est-il nécessaire d\u2019exposer au complet son enseignement.9.\t\u2014Ha Ilae, Qu.85, art.1. LA NOTION DU SACRIFICE 143 à son mode propre d\u2019opérer.Comme il reçoit sa connaissance des choses sensibles, 10 il est bien conforme à sa nature de s\u2019en servir pour exprimer ses concepts, pour manifester ses sentiments.Voilà pourquoi la raison humaine dicte naturellement à l\u2019homme d\u2019user des choses sensibles et de les offrir à Diu en signe de sujétion, de dépendance, d\u2019honneur.Or, user des choses sensibles et les offrir à Dieu en protestation de parfaite obéissance, de soumission absolue, en reconnaissance du domaine complet qu\u2019il a sur toute chose, voilà ce qui appartient à la raison de sacrifice.L\u2019offrande du sacrifice est donc de droit naturel, conclut saint Thomas.Cet article nous fournit quelques éléments de la définition cherchée.\u201cUser des choses sensibles et les offrir à Dieu en signe d\u2019obéissance et d\u2019honneur,\u201d voilà ce qui appartient à la raison de sacrifice.Pour le Docteur Angélique, le sacrifice est donc l\u2019offrande d\u2019une chose sensible faite à Dieu, en signe de soumission, en protestation de l\u2019honneur qui lui est dû.* * * L\u2019argumentation précédente exige un complément.Sans doute, l\u2019homme peut être aidé par Dieu, les anges cependant sont capables de le secourir.Leur doit-il l\u2019hommage du sacrifice ?Non, répond saint Thomas, car cette offrande n\u2019est due qu\u2019à Dieu seul.il Le sacrifice est offert pour signifier quelque chose; il symbolise, il dit à l\u2019extérieur le sacrifice de l\u2019âme s\u2019offrant à Dieu.Signe sensible du sacrifice invisible, le sacrifice visible ne sera présenté qu\u2019à l\u2019Etre auquel 10.\t\u2014Contra Gentiles, L.III, c.119.11.\tlia Ilae, Qu.35, art.11, Contra Gentiles.L.Ill, chap.120. 144 LA REVUE DOMINICAINE l\u2019âme s\u2019offre en oblation.A qui donc fait-elle cette offrande ?A Dieu, mais à Dieu considéré comme son Premier principe, comme l\u2019objet ultime de sa béatitude.Or, la foi ne nous enseigne-t-elle pas que seul, Dieu est le Créateur et la suprême béatitude de l\u2019âme.Le sacrifice intérieur, invisible, ne doit donc être offert qu\u2019à Dieu seul, il en sera de même du sacrifice extérieur et visible.L\u2019article deuxième a une double importance.D\u2019abord, il nous permet d\u2019ajouter un élément à notre définition du sacrifice; elle peut se formuler maintenant: l\u2019offrande d\u2019une chose sensible faite à Dieu seul en signe de sujétion, d\u2019obéissance, en reconnaissance de l\u2019honneur qui lui est dû.En outre, saint Thomas affirme que le sacrifice est fait pour signifier quelque chose, il signifie le sacrifice intérieur,12 il en est l\u2019extériorisation.Cette affirmation est à remarquer, on ne doit pas l\u2019oublier en étudiant la présente question.13 La Vertu de Religion a pour fin propre de présenter au Créateur le culte qui lui est dû.Offert pour rendre à Dieu sujétion, obéissance et honneur, le sacrifice appartient à cette vertu.Ainsi l\u2019enseigne formellement saint Thomas: \u201cLe sacrifice, dit-il, est un acte de Religion\u201d.14 Tout ce qui s\u2019accomplit pour honorer Dieu, tout ce qui se fait pour révérer l\u2019excellence divine appartient à cette vertu.Elle peut agir de deux manières: dans son activité, en effet, elle impère ou élicie un acte.Elle l\u2019impère quand elle ordonne à la révérence divine l\u2019acte 12.\t\u2014lia Ilae Qu.85, art II.13.\t\u2014Nous utiliserons cette doctrine dans un des articles subséquents.14.\t\u2014Ha Ilae Question 85, art.III. LA NOTION DU SACRIFICE 145 d\u2019une autre vertu.Cet acte est alors commandé, impéré par la Religion.Elle i\u2019élicie lorsqu\u2019elle produit elle-même immédiatement 'des choses qui selon leur espèce regardent l\u2019honneur divin\u201d.Alors nous avons un acte élicite.Ne peut-il arriver, qu\u2019un acte déjà bon, déjà constitué dans son entité physique et morale soit ordonné à la révérence divine ?Ainsi une personne fait l\u2019aumône pour honorer Dieu.Cet acte, déjà constitué, appartient à une vertu spéciale: la miséricorde.La religion s\u2019en empare et l\u2019ordonne au culte divin; elle lui donne une nouvelle orientation, elle lui communnique une bonté spéciale.Elle fait sien, en une certaine façon, cet acte qui lui était étranger.C\u2019est ainsi que la religion agit par mode de commandement.Et ces actes ainsi orientés, ainsi ordonnés à l\u2019honneur divin relèvent de la Religion, et participent, d\u2019une certaine manière, à cette vertu.Par ailleurs, certains actes n\u2019ont d\u2019autre bonté, d\u2019autre valeur morale, d\u2019autre mérite, que d\u2019être accomplis pour honorer Dieu, en vue de révérer l\u2019excellence divine.Ici ce n\u2019est plus un acte d\u2019une autre vertu que la Religion réfère au culte divin ; au contraire, c\u2019est un acte qui émane proprement et immédiatement d\u2019elle-même.C\u2019est elle qui le pose, le produit, en un mot, l\u2019élicie.Or, nous affirme saint Thomas, les actes qui appartiennent à la Religion par mode de commandement, peuvent être nommés sacrifices,15 car tout acte ordonné par une vertu participe à cette vertu.Seuls les actes éliciés par la religion sont sacrifices au sens propre et véritable.Pourquoi ?Parce qu\u2019ils appartiennent proprement à cette 146 LA REVUE DOMINICAINE vertu, parce qu\u2019ils sont produits immédiatement et uniquement par elle.On peut donc définir le sacrifice : un acte élicié immédiatement par la vertu de Religion, par lequel l\u2019homme offre à Dieu seul une chose sensible en signe de soumission, et pour reconnaître l\u2019honneur qui lui est dû à titre de premier Principe et de dernière Fin.* * * L\u2019offrande du sacrifice est de droit naturel; tous sont-ils obligés d\u2019en présenter l\u2019hommage à Dieu ?L\u2019Angélique Docteur n\u2019a pas omis de répondre à cette question.16 Avant de conclure il pose une distinction.Le sacrifice, dit-il, est double, intérieur et extérieur.Tous les hommes sont obligés d\u2019offrir à Dieu, un esprit sanctifié par la dévotion: tous sont donc tenus au sacrifice intérieur.Quant au sacrifice extérieur, il se distingue à son tour 1° en élicite et 2° en impéré.1° Le sacrifice élicite procède immédiatement et proprement de la Religion ; il titre tout son mérite, toute sa bonté, son caractère d\u2019acte vertueux, uniquement de ce que l\u2019homme offre à Dieu une chose extérieure en signe de sujétion et d\u2019honneur.2° Le sacrifice impéré consiste dans les actes extérieurs des autres vertus accomplis en vue de la gloire divine.Ils sont ordonnés par la Religion au culte de Dieu.Au premier sacrifice, tous ne sont pas également soumis.Relativement à cet acte, tous n\u2019ont pas les 16.\u2014lia Ilae, Qu.85, art.IV. LA NOTION DU SACRIFICE 147 mêmes obligations; elles varient pour ceux qui sont ou ne sont pas soumis à la Loi, comme elles diffèrent pour ceux de la Loi Nouvelle et pour ceux de l\u2019Ancienne Loi.Parmi les actes extérieurs des autres vertus posés en vue de révérer Dieu, les uns sont de précepte, les autres de surérogation ; tous sont tenus aux premiers, non pas aux seconds.Pour saint Thomas, il faut distinguer le sacrifice intérieur du sacrifice extérieur, et ce dernier peut être ou impéré ou élicié par la Religion.Il convient donc de chercher quel est de ces trois actes celui qui réalise adéquatement le concept de sacrifice propre et véritable.Si l\u2019on veut suivre le Docteur Angélique, la réponse n\u2019est pas douteuse: est vraiment sacrifice un acte extérieur élicié par la vertu de Religion, par lequel l\u2019homme offre à Dieu seul une chose sensible en signe de sujétion, de dépendance, de soumission, et pour lui rendre l\u2019honneur qui lui est dû à titre de premier principe et de fin ultime.Seul, en effet, cet acte possède tous les éléments nécessaires au sacrifice propre et véritable.Les deux autres, l\u2019acte intérieur, le sacrifice extérieur impéré par la Religion ne réalisant pas ces conditions essentielles, seront des sacrifices au sens large du mot, ils ne pourront constituer un vrai sacrifice.Il y a donc sacrifice au sens large, et sacrifice au sens propre.Dans la première catégorie on doit placer l\u2019acte intérieur par lequel l\u2019âme s\u2019offre à Dieu.N\u2019est-ce pas un acte accompli pour révérer l\u2019excellence divine ?N\u2019est-ce pas un acte par lequel l\u2019âme s\u2019offre à Dieu comme au premier Principe de sa création, à l\u2019objet ultime de sa béatitude ?Or, saint Thomas affirme que 148 LA REVUE DOMINICAINE tout ce qui est fait pour révérer Dieu peut être nommé sacrifice.17 On ne doit pas le considérer comme un sacrifice propre et véritable.18 Cet acte est purement intérieur.Que penser de l\u2019acte extérieur impéré par la religion?Puisqu\u2019il est ordonné à la révérence divine, nous pourrons le considérer comme un sacrifice.Mais, avons-nous ici un véritable sacrifice ?Non.Sans doute, nous sommes en présence d\u2019un acte extérieur, sans doute, l\u2019Angélique Docteur affirme que cet acte extérieur est nécessaire au sacrifice propre; cette condition, cependant, n\u2019est pas la seule requise.Il faut, pour constituer un vrai sacrifice, un acte extérieur, mais un acte extérieur élicié par la Religion.19 II est nécessaire que cet acte soit produit immédiatement et uniquement par cette vertu.Or, un acte extérieur commandé par la Religion, est produit par une autre vertu.Aussi, n\u2019étant pas élicié par la Religion, cet acte extérieur n\u2019appartiendra pas immédiatement et proprement à cette vertu.Il ne pourra pas être un sacrifice au sens vrai du mot.Le sacrifice extérieur élicié par la Religion, le sera.Il en réalise toutes les conditions.Dans ce sacrifice, en effet, l\u2019homme s\u2019offre à Dieu, comme à son Premier Principe, à sa Dernière Fin; nous avons l\u2019expression sensiblement manifestée à l\u2019extérieur, et réalisée par un acte élicié par la vertu de Religion.Notre analyse permet de répondre à la première question posée au commencement de notre étude : A 17\u2014Ha Ilae, Qu.85, art.Ill; III P.Qu.22, art.II.18.\t\u2014Ill Sent.Dist.IX, Qu.I, art I ad 2um; III Sent.Dist.IX Qu.I art.I Qu.II ad lum, II ad 3um.19.\t\u2014Ha Ilae, Qu.85, art.III, Ha, Ilae, Qu.81, art.I ad lum, III Sent.Dist.IX, art.I, Qu.II. LA NOTION DU SACRIFICE 149 quelle vertu appartient le sacrifice propre et véritable ?Cet acte relève de la vertu de Religion.Pour saint Thomas, en effet, le vrai sacrifice est un acte extérieur élicié par cette Vertu.On peut, on doit le définir: un acte élicié par la Vertu de Religion par lequel l\u2019homme offre à Dieu seul, une chose sensible, en signe d\u2019obéissance, de sujétion, de dépendance, en reconnaissance de l\u2019honneur qui lui est dû à titre de Premier Principe et de Fin ultime.Cette définition nous semble bien conforme à l\u2019enseignement de l\u2019Angélique Docteur.Il nous faudra déterminer comment le sacrifice, acte élicié par la Religion, se différencie, se distingue des actes de cette Vertu.Nous devrons dire quelle en est la caractéristique, ce qui en fait un acte spécial, distinct.Ce sera l\u2019objet d\u2019un prochain article.P.Marie-Raphaël Turgeon, O.P.Ottawa, 4 février, 1926. LA METAMORPHOSE DU BOLCHEVISME LA RUSSIE DES SOVIETS, LABORATOIRE DE SCIENCES SOCIALES 1 En quoi consiste maintenant le bolchévisme, ou plutôt qu\u2019est-il devenu après sept ans d\u2019existence ?On peut affirmer sans crainte qu\u2019il n\u2019est plus que du socialisme d\u2019Etat à rebours.Tandis que le véritable socialisme d\u2019Etat cherche lentement et par degré à s\u2019emparer des pouvoirs et des droits des individus pour en confier l\u2019exercice à la puissance gouvernementale, le bolchévisme au contraire, après avoir tout mis en commun sous la tutelle de l\u2019Etat, qui devait distribuer les biens avec équité selon les besoins, est forcé de remettre aux particuliers peu à peu, mais parfois aussi rapidement quoique toujours à contre-cœur et avec beaucoup de résistance de sa part, les droits, les pouvoirs et les richesses qui doivent rester dans le domaine privé pour le commun avantage de toute la nation.Il ne pouvait en être autrement.La Russie démagogique s\u2019est jetée corps et âme dans les bras du communisme.Comme un ver hideux qui s\u2019enferme dans un 1.\u2014Les pages qu\u2019on va lire servent d\u2019introduction à un ouvrage qui paraîtra dans quelque temps sous ce même titre.L\u2019auteur, comme on sait, a publié récemment un volume-thèse: La propriété privée, dont Le Semeur a dit: \u201cLe livre de M.Jasmin qui expose si.clairement les principes et groupe tant de renseignements de tout genre sur cette épineuse question de la propriété, sera donc particulièrement utile aux hommes d\u2019Etat, aux juristes, aux publicistes et aux membres des cercles d\u2019étude.Si toutes les thèses présentées à l\u2019Université de Montréal sont préparées et rédigées avec le même soin que celle dont nous venons de parcourir les pages, il est facile de prévoir que ce sera bientôt un grand honneur et une haute recommandation que d\u2019être, comme M.Jasmin, docteur de l\u2019Université de Montréal.\u201d \u2014 N.D.L.R. MÉTAMORPHOSES DU BOLCHEVISME 151 cocon, elle s\u2019est vue bien vite dans la nécessité de quitter la forme impraticable de son administration où l\u2019avaient poussée ses conceptions et ses aspirations idéologiques.L\u2019expérience a obligé d\u2019une façon brutale les utopistes du marxisme à comprendre que l\u2019on ne méprise pas en vain les lois les plus évidentes de la nature, que l\u2019on ne saurait nier impunément l'importance capitale de l\u2019unique stimulant du travail, l\u2019intérêt individuel, la seule cause efficiente de toute production qui exige l\u2019intervention humaine.Cette observation, M.Edouard Herriot l\u2019avait déjà faite dès 1922.Il remarquait alors que les Soviets étaient partis \u201cd\u2019en haut, d\u2019une théorie idéale et abstraite\u201d, c\u2019est-à-dire du communisme absolu pur et simple.Puis il déclarait fort exactement que \u201cle bolché-visme s\u2019avance dans les voies du réalisme.Il est au stade du capitalisme d\u2019Etat.\u201d Et pour savoir lequel des deux pays, de la France qui fait présentement du socialisme d\u2019Etat, ou de la Russie qui fait de plus en plus appel à l\u2019initiative individuelle, aura le plus conservé de socialisme dans son gouvernement, il ajourne le célèbre Krassine à plusieurs années plus tard afin de laisser l\u2019avenir seul juge du résultat.Ce qui laisse tout de même entendre que ce sera peut-être la France qui sera le plus socialisée.\u201cDans vingt ans, dit-il, on verra si c\u2019est vous (les Russes) qui avez gardé le plus ou si c\u2019est nous (les Fromçais) qui avons le plus acquis.\u201d 2 Pour le moins il est à espérer que la France, ainsi que les autres contrées de l\u2019Europe, cesse de marcher dans les voies du socialisme, et que le vœu de Bismark se réalise, puisque la Russie s\u2019est volontairement immolée 2.\u2014La Russie nouvelle, 5e mille, pp.174 et 175. 152 LA REVUE DOMINICAINE sur l\u2019autel du communisme.On sait que l\u2019illustre homme d\u2019Etat allemand souhaitait qu\u2019un peuple se sacrifiât comme vient de le faire celui des anciens tsars, afin qu\u2019il servît d\u2019exemple salutaire.\u201cIl faudrait aider un pays, disait le Chancelier de fer, à faire un essai complet d\u2019expérience socialiste pour en enlever le désir aux autres.\u201d Malheureusement l\u2019enseignement par l\u2019expérience d\u2019autrui n\u2019est pas toujours efficace, et les nations comme les individus souvent ne savent pas profiter des exemples qui leur sont donnés.D\u2019autre part il faut admettre que partout les gouvernants ne sont pas près de s\u2019arrêter de mettre en pratique les procédés du socialisme d\u2019Etat.Tout au plus peut-on penser que les autres nations ne suivront pas les méthodes de la Russie et ne se jetteront pas de plain-pied dans les convulsions du communisme absolu et anarchique.Et encore nous n\u2019avons aucune garantie qu\u2019un autre pays, dans une période d\u2019égarement et de révolution, ne fera pas de nouveau la bêtise de se livrer à la rage d\u2019un socialisme outrancier.Néanmoins l\u2019expérience bolchéviste est remplie de leçons de toute sorte, et il est bien permis au moraliste comme au politicien de tirer des conclusions d\u2019une tentative d\u2019aussi grande envergure.La Russie s\u2019offre maintenant à nos yeux comme le plus grand et le plus important laboratoire de sciences économiques et sociales.Lénine n\u2019a-t-il pas déclaré lui-même qu\u2019il a voulu se servir de la Russie comme d\u2019un vaste champ d\u2019expérimentation, où les humains devaient tenir lieu de millions de cochons d\u2019Inde ?(Cf.La Revue Hebdomadaire, 25 octobre 1924, p.424, La Pédagogie des Bolchévistes, par Jules Renault.) Cette manière de considérer et de traiter les hommes montre tout le respect que ce docteur et ce pontife du METAMORPHOSES DU BOLCHEVISME 153 marxisme avait pour ses semblabes.Pourtant s\u2019il faut en croire les déclamations des tenants du socialisme, c\u2019est parce qu\u2019ils s\u2019apitoient sur le sort de l\u2019humanité, c\u2019est parce qu\u2019ils entendent redresser les torts de l\u2019ordre existant qu\u2019ils prêchent une doctrine nouvelle, afin de rendre sans plus tarder meilleures les conditions de l\u2019homme, de l\u2019affranchir de toutes les inégalités, de toutes les injustices de la présente société.On dirait qu\u2019à la première application de leurs principes égalitaires tous les maux dont souffre depuis si longtemps le genre humain vont disparaître à jamais.Mais voici que le masque tombe : Lénine et ses partisans, fidèles disciples de Karl Marx, ne regardent plus leurs concitoyens que comme des animaux sur lesquels ils peuvent faire cyniquement des expériences de même que le biologiste fait les siennes sur des cobayes.Telle est en fin de compte la morale, la tendresse humanitaire de ces philanthropes, et cette flagrante contradiction entre les actes et les paroles de ces socialistes nous rappelle ces mots cités de Pascal : \u201cQui trop veut faire l\u2019ange, fait la bête.\u201d C\u2019est bien là en effet le degré d\u2019abaissement où en ont été rendus ces sociologues qui prétendaient adoucir les mœurs du monde, car ils n\u2019ont pas reculé devant les pires procédés.Ils n\u2019ont pas craint de réduire en esclavage les millions d\u2019habitants qui peuplent les vastes territoires de la Russie dans l\u2019intention de pouvoir enfin appliquer leurs abjectes théories.Alors comment expliquer cette contradiction manifeste entre les œuvres et le but apparemment poursuivi par les socialistes ?Faudrait-il les taxer d\u2019hypocrisie ?Tout au contraire, car tel n\u2019est certainement pas toujours le cas, et la bonne foi peut exister en cette matière comme ailleurs.Même en leur accordant la plus parfaite 154 LA REVUE DOMINICAINE sincérité, il est absolument juste de croire que si l\u2019on s\u2019appitoie d\u2019abord sur le sort des hommes, on fait ensuite abus de l\u2019abstraction, de la métaphysique, et emporté par les rêves de la pure et vaine spéculation, on s\u2019attache trop de la sorte aux doctrines que l\u2019on a une fois épousées.Pour ces doctrines que l\u2019on veut maintenir à tout prix, on est prêt à sacrifier sans scrupule ceux sur la destinée desquels on avait versé des larmes en premier lieu.Ossendorfski, dans son livre intitulé \u201cBêtes, Hommes et Dieu\u2019\u2019, écrivait: \u201cLes intellectuels russes n\u2019étaient que des idéalistes imaginaires sans réalité.\u201d On se souvient sans doute que les intellectuels nihilistes russes, suivant les ordres que leur prescrit Bakounine dans son \u201cCatéchisme du Révolutionnaire\u201d, avaient à mépriser tout sentiment de famille, de patriotisme ou de religion pour se dévouer sans partage, même au sacrifice de leur vie, à la cause et au triomphe de la révolution universelle.On sait aussi que bon nombre d\u2019entre eux, victimes de leur funeste idéologie et de la tyrannie impitoyable des tsars, allèrent périrent soit dans les mines des monts Ourals ou dans les immenses et froides plaines de la Sibérie.Les bolchévistes, cependant, plus pratiques ne s\u2019immolèrent pas tant eux-mêmes que le misérable peuple qu\u2019ils voulurent soumettre à leur tentative.Quoiqu\u2019il en soit leur façon d\u2019agir indique pour le moins qu\u2019ils étaient \u2018'des idéalistes imaginaires sans réalité\u201d.Evidemment nous n\u2019avons aucunement l\u2019intention d\u2019approuver les actes des tenants du socialisme intégral qui nous fournissent de la sorte une magnifique preuve expérimentale du bien-fondé de notre organisation sociale.Loin de MÉTAMORPHOSES DU BOLCHÉVISME 155 nous aussi est la pensée de leur appliquer ce vers du poète : Pulchrum est digito monstrari et dicier hic est ! 3 car ces paroles ne doivent s\u2019adresser qu\u2019aux bienfaiteurs de l\u2019humanité et aux hommes vertueux, non aux démagogues fanatiques, non aux Lénine et aux Trotzky qui ont regardé le peuple comme un objet matériel dans un laboratoire de physique ou du chimie.Aussi importe-t-il de souligner les conséquences pernicieuses qui résultent de la mise en pratique de leurs doctrines, non seulement parce que les tendances égalitaires sont loin de disparaître du cœur des hommes, car le vulgaire ne s\u2019explique pas facilement les différences de fortunes et de situations sociales faute de raisons d\u2019être clairement apparentes, mais encore et surtout parce que les vagues du communisme, comme l\u2019a signalé notre Souverain Pontife Pie XI, menacent plus que jamais le monde de notre époque.La Grande Guerre de 1914-1918 est venue bouleverser toutes les conditions économiques, et les gouvernants des nations qui ont été mêlées dans ce conflit presque général ont assurément une des tâches les plus difficiles, c\u2019est-à-dire le rétablissement de ces conditions à leur état antérieur, à leur état d\u2019avant-guerre.Pour aider cette reconstruction, pour amener la stabilité dans les finances universelles, tous les économistes sans exception prêchent sur tous les toits et à bon droit qu\u2019il faut du travail, et du travail intensif et consciencieux.Ils se fondent sur la nature de l\u2019homme et de la société, sur l\u2019expérience des siècles.Ils savent que 3.\u2014Perse, Sat.I, 28. 156 LA REVUE DOMINICAINE seul le travail peut triompher des difficultés de l\u2019heure, que seul le travail constant, opiniâtre et sagement organisé, aujourd\u2019hui comme toujours, peut reconstruire ce qui a été détruit, labor omnia vincit improbus.4 Le socialisme bolchéviste est-il apte à susciter ce travail ?Certes il flatte d\u2019abord les pires instincts, la paresse, les prétentions illusoires et les plus exagérées des ouvriers et chasse toute autorité directive.Il enlève toute énergie, toute initiative privée en arrêtant du même coup la production, tandis qu\u2019il n\u2019incite l\u2019individu, dont il excite les convoitises, qu\u2019à consommer et à piller ce qui tombe sous sa main.Mais rapide et profonde fut la désillusion des illuminés de Zimmerwald et de Kien-thaî qui avec Lénine se vantaient d\u2019avoir enfin atteint le millénaire, l\u2019âge d\u2019or du communisme où tous les hommes vivraient enfin dans une douce et parfaite égalité, dans la fraternité générale, sans peine ni misère, sans rivalité et sans domination d\u2019aucune part.Le contact avec la réalité les força à revenir aux lois immuables de la nature et à reconnaître ses règles les plus élémentaires.Quand il vit que tout était jeté dans l\u2019anarchie, dans une inextricable confusion, Lénine admit lui-même la souveraineté et l\u2019efficacité de ces lois, puisqu\u2019il répondit à ses disciples qui lui demandaient d\u2019intervenir afin de rétablir l\u2019ordre, que les masses collectives sauraient elles-mêmes trouver naturellement leur voie et mettre tout en place.Avant de porter au paroxysme les luttes fratricides de classes, il ignorait donc que le régime actuel de la propriété privée et de la liberté économique est l\u2019œuvre et le produit de la nature.Sans doute ses conceptions 4.\u2014Geor., I, 145. MÉTAMORPHOSES DU BOLCHEVISME 157 V ij) «! I ¦te ief cM fci; j P purement mentales, dépourvues d\u2019un fondement objectif, ne se conformaient pas aux irréfutables données de la science économique, et il oubliait que Paul Leroy-Beaulieu avait déjà écrit: \u201cQuand nous parlons du système économique actuel, il ne faut pas oublier que ce n\u2019est pas un système artificiel, la conception d\u2019un homme ou d\u2019une assemblée, que c\u2019est réellement de la nature et de l\u2019histoire, que c\u2019est le fruit naturel, spontané, inconscient de l\u2019humanité depuis quatre ou cinq mille ans qu\u2019elle a pris possession de ses facultés intellectuelles et morales.\u201d Voilà ce que l\u2019histoire et l\u2019économie politique enseignent, et la science économique est sortie plus que jamais triomphante des terribles épreuves auxquelles le soviétisme s\u2019est fort fort de la soumettre.Si des théories émises par certains économistes sont parfois erronées, la science économique a sans contredit un avantage sur bien des sciences spéculatives, car celui qui étudie ses principes et ses lois peut tôt ou tard corriger ses conclusions par l\u2019observation directe qu\u2019il fait de l\u2019application et du fonctionnement des lois qu\u2019il a cru découvrir.Par contre si des économistes ne peuvent clairement établir quelques-uns de leurs principes, il est indéniable que la loi de l\u2019offre et de la demande, le fondement et la condition sine qua non de la liberté du commerce et de l\u2019industrie, a toujours existé et il est plus que probable qu\u2019elle existera encore durant de longues années.Toutefois les bolchévistes ne l\u2019ont pas pris en considération et ont essayé d\u2019établir un système d\u2019échange en nature entièrement réglé, contrôlé par l\u2019Etat.Malgré tous leurs efforts pour paralyser les effets de l\u2019offre et de la demande, cette loi a continué et continue à manifester régulièrement sa puissance quasi incontrôlable dans tous les domaines.Paul Schostakowsky, 158 LA REVUE DOMINICAINE devant la faillite du bolchévisme, n\u2019hésita pas non plus à déclarer que \u201cla loi économique de Voffre et de la demande, vieille comme le monde et qui ne cessera son youvoir qu\u2019avec la fin du monde, s\u2019est révélée dans toute sa force impitoyable en indiquant le gouffre économique qui deviendra un jour la tombe du bolchévisme.\u201d 5 Il ne s\u2019agit point de refuser de combattre les pernicieux effets de l\u2019offre et de la demande quand la chose est possible dans l\u2019intérêt de l\u2019ensemble des consommateurs.Cette concession faite, nous ne pouvons nier l\u2019existence d\u2019un phénomène économique reconnu par l\u2019histoire et que l\u2019histoire a démontré impérissable.On a refusé à ce phénomène économique, c\u2019est-à-dire à la variabilité de la valeur des choses suivant l\u2019offre et la demande qui en sont faites sur un marché déterminé, le caractère d\u2019une véritable loi, sous prétexte que le caractère essentiel de la loi ne consiste pas dans ce qui est changeant et muabîe en soi,- mais bien dans ce qui est permanent et invariable.Mais l\u2019influence de l\u2019offre et de la demande est regardée comme une loi précisément à cause de la constance de la variabilité concomittante de la valeur des marchandises, cette valeur augmentant, s\u2019élevant en raison inverse de l\u2019offre et en proportion directe de la demande sauf toujours l\u2019action des autres agents économiques.Si ceci montre évidemment le bien-fondé de cette loi, l\u2019économie politique et sociale, pas plus que les autres sciences, n\u2019est pas une science qui se fonde uniquement sur la relativité, mais comme toutes les sciences morales elle doit en tenir compte.Même les sciences positives et naturelles, suivant les obsrvations d\u2019Einstein, sont 5.\u2014\u201cDeux ans et demi au pays des Bolchévicks\u201d, p.24. MÉTAMORPHOSES DU BOLCHEVISME 159 lût lui Kl I k \\\\ » m Oi àlis ili é,l( » dr d: ÏÉ ntl» anti ¥ ]tlS Iflf rais titë soi : souvent soumises à la relativité.Il n\u2019y a rien de surprenant que les sciences économiques et sociales aient principalement pour but de chercher les causes qui font varier les conditions de la vie humaine dans la société, et nous ne pouvons de ce chef mépriser les points de repère, les règles qu\u2019elles nous indiquent en rapport avec ces conditions.Pour avoir préféré les conceptions purement idéologiques des socialistes aux données des sciences économiques, la Russie a été réduite à un état primitif et grossier d\u2019ou elle a dû sortir de vive force.Le bolché-visme en définitive n\u2019a établi qu\u2019un régime de consommation.Mais il ne faut pas beaucoup s\u2019inquiéter de cette dernière, car on trouve toujours facilement des gens pour consommer, et point n\u2019est aucunement besoin d\u2019exciter les appétits.La répartition des richesses suivra un cours assez régulier quand elle sera alimentée par une forte production, et c\u2019est précisément de celle-ci dont il faut se soucier.Elle préoccupe avant tout les vrais économistes, tandis que toutes les formes du socialisme font totalement défaut de ce côté.Dans l\u2019histoire de la Révolution russe nous avons maintenant un exemple manifeste de ce point faible par excellence du socialisme, un exemple qui prouve la complète incapacité d\u2019une organisation collectiviste à satisfaire les besoins de l\u2019homme vivant en société: l\u2019obligation irrésistible où se trouvèrent les dirigeants soviétiques à faire un retour vers le bon sens, vers ce qu\u2019ils appelèrent \u201cla Nouvelle Politique Econoviique\u201d connue dans le vocabulaire bolchéviste sous le nom de NEP.A ce propos nous citerons un aveu mémorable de la plus haute personnalité de la République des Soviets qui donne d\u2019une manière bien positive et caractéristique les raisons 160 LA REVUE DOMINICAINE de ce changement soudain et inévitable dans la conduite des affaires de la Russie.Lénine, à la conférence du parti communiste tenue à Moscou en novembre 1921, faisait la déclaration suivante : \u201cIl faut revenir en amère, battre en retraite.Les concessions que nous avons faites sont insuffisantes.Le commerce par voie d'échange n'a pas réussi.Le marché privé a été plus fort que nous; au lieu d\u2019échanges, nous avons vu se produire les opérations commerciales ordinaires, vente et achat.Reculons donc pour reprendre l\u2019offensive.Reconnaissons nos fautes; chacun de nous doit avouer que nous avons commis des erreurs dans la politique économique.Nous en sommes arrivés à un recul, non seule-ment vers le capitalisme d\u2019Etat, mais vers la réglemen-tation du commerce, vers la reconnaissance de l\u2019argent.Par ce moyen seulement nous pourrons recréer la vie économique.Le rétablissement régulier d\u2019un système de relations, la reconnaissance de la petite propriété et de la grosse industrie par nos soins sont les seuls moyens de sortir de l\u2019impasse où nous nous trouvons.Nulle autre issue.Il faut donc regarder le péril en face et ne pas cacher à la classe ouvrière notre marche en arrière.\u201d 6 Cet aveu de Lénine marque d\u2019une façon assez évidente le volte-face, le changement de conduite des bolchévistes qui annonçaient avec force discours quelques années auparavant l\u2019avènement du paradis communiste pour le jour où ils détiendraient les rênes du pouvoir.Ce jour tant convoité est arrivé, mais leurs espérances, les promesses faites au peuple furent loin de se réaliser.Au lieu d\u2019avoir un paradis où devaient régner la paix 6.-\u2014Cf.La Russie nouvelle, par Edouard Herriot, pp.59 et 60. MÉTAMORPHOSES DU BOLCHEVISME 161 11 $ fii m et la concorde, la fraternité parmi tous les hommes, on arriva à la barbarie, à la misère générale et aux guerres fratricides sous la bannière rouge de la dictature du prolétariat.L\u2019évangile de haine, de luttes de classes remplaça l\u2019évangile d\u2019amour et de charité du christianisme.Et Rikoff, une des personnalités la plus marquantes du régime, a écrit: \u2018'Je crois qu\u2019une quinzaine d\u2019années de ce régime suffiraient pour que nous nous couvrions de poils.\u201d (Cf.La Revue Hebdomadaire, La Pédagogie des Bolchévistes, par Jules Renault, 1er novembre 1924, p.47.) Afin de quitter l\u2019état chaotique et catastrophique où l\u2019avait plongé le rêve et l\u2019idéologie marxiste, la Russie dut faire appel aux mêmes grands principes de l\u2019ancien régime, patrie, propriété, ordre.Seulement, pour effectuer cette métamorphose, il lui fallut passer par l\u2019état grossier des sociétés primitives pour se transformer de nouveau en Etat capitaliste.Mais cette larve immonde du maximalisme, Monstrum, horrendum, informe, ingens, cui lumen ademptumj sort de son cocon forcément et brutalement; elle en sort épuisée, ruinée et non renouvelée, ni lentement vivifiée par une évolution graduelle et naturelle.Nous n\u2019oserions aucunement prétendre que, au pays des anciens tsars, tout fût pour le mieux dans le meilleur des mondes.Les germes de haine, de jalousie et de discorde qu\u2019y a semés la démagogie des apôtres du communisme feront encore longtemps leur œuvre pernicieuse.Le retour au bon 7.\u2014En.III, 658. 162 LA REVUE DOMINICAINE sens est incomplet, et ne s\u2019effectue qu\u2019avec beaucoup de répugnance et grâce à la famine qui menace les commissaires du peuple, les législateurs du Kremlin.Mais cette métamorphose, au point où elle en est rendue, est plus que suffisante pour nous démontrer toute l\u2019importance et la nécessité, pour le bon fonctionnement de la société, de la saine sociologie enseignée par la philosophie scolastique, la science économique et la morale traditionnelle catholique.C\u2019est ce que nous considérerons dans la présente étude qui aura principalement pour but de nous maintenir dans nos convictions et de réfuter la profonde erreur de ceux qui s\u2019imaginent béatement qu\u2019un nouveau système social entièrement différent du nôtre et meilleur est en train de s\u2019établir de nos jours en Russie.Damien Jasmin, Docteur en droit et docteur en philosophie, Professeur à la Faculté de Philosophie de TUniversité de Montréal.-?- SOCIETES DE TEMPERANCE UN BRIN D\u2019HISTOIRE 1 On vient d\u2019inaugurer une Croisade de Tempérance dans quelques-uns de nos diocèses canadiens.Et cette Croisade qui se prêche maintenant à travers notre Province de Québec n\u2019est pas nouvelle.Ce n\u2019est pas la première qu\u2019on organise.1.\u2014Pages inédites d\u2019un volume sous presse: \u201cCroisade de Tempérance : Sermons et Causeries, par le R.P.Paul-Arsène Roy, des F^è^es Prêcheurs.Un in-12 de 350 pages environ, avec préface par Mgr L.-A.Paquet, P.A., V.G.Paraîtra dans les premiers jours de mars. SOCIÉTÉS DE TEMPÉRANCE 163 La première campagne de tempérance, au pays, remonte à l\u2019origine de la Colonie.Voyant les ravages que causait l\u2019alcoolisme dans la jeune chrétienté confiée à sa sollicitude pastorale, le Vénérable Monseigneur de Laval attaqua l\u2019ennemi avec un courage et une persévérance inlassables.Il eut à lutter contre de graves intérêts temporels, favorisés par le préjugé et par les passions déchaînées.Après des succès et des revers, il réussit à enrayer, dans une large mesure, le fléau de la traite et de l\u2019ivrognerie.Monseigneur de Laval fut donc, dans notre pays, l\u2019initiateur de la lutte contre l\u2019alcoolisme.Sa vie offre un enseignement et un exemple.Au ciel, aujourd\u2019hui, nous en avons la ferme confiance, il intercède pour nous et il met son puissant crédit au service de ceux qui, comme lui, veulent maintenir et développer la tempérance dans toutes les classes sociales.Cependant, les passions sont tenaces.Déjà, en 1724, Monseigneur de Saint-Vallier avait été obligé de revenir à des mesures énergiques pour combattre de nouveau l\u2019ennemi renaissant: le trafic de l\u2019alcool.Après lui, la lutte dut se continuer avec des résultats qui ne répondaient pas toujours aux généreux efforts des apôtres, prêtres et laïques, toujours armés, pour cette guerre qui ne finit jamais.Vers le milieu du siècle dernier, l\u2019ennemi avait repris un tel empire sur notre peuple, l\u2019ivrognerie était devenue une telle plaie sociale, qu\u2019il parut nécessaire d\u2019entreprendre une nouvelle et plus vigoureuse croisade de tempérance.Il y a soixante ans, elle fut donc prêchée sur l\u2019initiative de Messieurs les curés Beaumont, curé de Saint-Jean-Chrysostôme, et Desrochers, curé de Château-Richer.Ils avaient pour les seconder dans cette tâche, 164 LA REVUE DOMINICAINE dans cette campagne restée mémorable des hommes à la parole de feu, des missionnaires au cœur ardent.C\u2019était Monseigneur de Forgin-Janson, évêque de Nancy, que la persécution française avait chassé de sa patrie, et qui venait mettre au service de la cause antialcoolique sa vivante éloquence.C\u2019était Monsieur Mailloux, vicaire général, qui consacra toute sa carrière à combattre dans l\u2019archidiocèse le fléau de l\u2019ivrognerie.C\u2019était un autre prêtre dont mes lèvres se refusent à prononcer le nom, entouré qu\u2019il est d\u2019une célébrité trop douloureuse.C\u2019était encore et surtout Monsieur Quertier, curé de Saint-Denis : un grand vieillard au regard étincelant et à la longue chevelure blanche, dont la puissante personnalité avait quelque chose de saisissant et de dramatique.\u201cC\u2019était une âme d\u2019apôtre dans un organisme de tribun.\u201d Ce fut lui qui le premier arbora la Croix, l\u2019humble Croix de bois noir, comme le drapeau qui devait conduire à la bataille les soldats de la tempérance.Ils allaient, tous ces missionnaires, ils allaient de ville en ville, de village en village, et du haut de la chaire de vérité, ils dénonçaient avec véhémence le grand mal du jour, ce mal qui rongeait alors dans sa racine la société canadienne.Si l\u2019on en croit les anciens, les récoltes étaient merveilleuses en ce temps-là, vers 1840.Le blé poussait en abondance dans nos plaines fertiles, il poussait à pleines clôtures.C\u2019était plaisir à l\u2019automne de voir se balancer à la brise les beaux épis d\u2019or qui bientôt allaient tomber sous la faucille vigoureuse du moissonneur.Les greniers n\u2019étaient jamais assez vastes pour contenir le grain qui apportait la richesse et la joie, le bonheur et la gaieté chez nos braves habitants de la campagne. SOCIETES DE TEMPERANCE 165 Et c\u2019est de là que vient l\u2019appellation donnée par nos gens à cette période heureuse: \u2018des bonnes années\u201d.C\u2019était en vérité le temps des bonnes années ! Hais, hélas ! toute médaille a un revers.Ces bonnes années devinrent bientôt des années funestes par les habitudes qu\u2019elles engendrèrent.On ne sut pas user avec discrétion, ni sagesse de ces dons magnifiques, on ne sut pas faire un bon usage de cette manne qui tombait en si grande abondance, et ce blé si pur, ce froment si beau qu\u2019on respectait tant qu\u2019on aurait cru le profaner en l\u2019abattant à la faulx \u2014 il y fallait la faucille \u2014 eh bien ! ce blé superbe, on l\u2019employa à fabriquer du ivhisky, du gin, du rhum.Oui, au lieu de faire le pain qui nourrit et fortifie le corps, on se mit à distiller cette eau de feu qui l\u2019empoisonne et qui le tue.Et quand arrivaient les longues soirées de l\u2019hiver, quand le jour de l\u2019an, les jours gras, les noces appelaient sous un même toit les voisins, les parents et amis, il fallait voir comme on buvait ferme.\u201cJ\u2019ai connu, disait un ancien chroniqueur (Joseph-Charles Taché), j\u2019ai connu des habitants qui achetaient une tonne de rhum pour leur provision de l\u2019année: la carafe et les verres avec les croquignoîes étaient toujours sur la table.Tout le monde était invité.On ne pouvait pas entrer dans une maison ni en sortir sans prendre un coup.Ce tableau malheureusement trop fidèle montre bien l\u2019étendue du mal.Le vice de l\u2019intempérance ne tarda pas à arriver à l\u2019état aigu, et notre peuple était sur le point de devenir lui aussi un peuple d\u2019ivrognes.Mais la Providence veillait.La Providence qui voulait nous sauver, nous frapper au vif.Et la malédiction du ciel parut descendre sur nos champs.Une stérilité effrayante succéda à la prodigieuse fécondité de 166 LA REVUE DOMINICAINE nos campagnes.Le blé encore en herbe \u2014 ce blé qu\u2019on transformait en boisson \u2014 était attaqué par la rouille; des insectes qui venaient on ne sait d\u2019où dévoraient le reste de la récolte, et des années de famine succédèrent bientôt aux années d\u2019abondance.Le peuple commença à réfléchir.Il ouvrit les oreilles à ceux qui venaient prêcher si éloquemment la cause de la tempérance, et les conversions furent aussi nombreuses que sincères.Sous le choc de ces paroles entraînantes, on vit des multitudes d\u2019hommes se lever, saisir d\u2019une main ferme cette croix noire, symbole auguste de la rédemption, et jurer devant Dieu d\u2019être sobres jusqu\u2019à leur dernier jour.Des milliers et des milliers de nos concitoyens s\u2019enrôlèrent dans cette chevalerie nouvelle.Les sociétés de tempérance se multiplièrent, et de tous côtés le démon de l\u2019ivrognerie dut battre en retraite.* ?* Peu à peu, les bons effets de cette croisade de 1840 tendirent à s\u2019effacer, à disparaître; les croix de tempé-îance se faisaient de plus en plus rares dans nos maisons canadiennes.Lentement, l\u2019alcool recommença son œuvre d\u2019infiltration et de dissolution, et les enfants oublièrent surtout les graves résolutions prises par les ancêtres au pied de la grande croix noire, et le flot de l\u2019ivrognerie commença à grossir et à se gonfler.Mais l\u2019Eglise catholique était toujours là qui veillait.Au début de ce vingtième siècle, sa vigilance égala la grandeur du danger.Et d\u2019un commun accord, on organisa de nouveau et sur toute la ligne cette croisade anti- SOCIÉTÉS DE TEMPÉRANCE 167 alcoolique qui bat encore son plein.Le Congrès de Tempérance tenu à Québec avec tant d\u2019éclat en 1910 en marque l\u2019une des phases les plus importantes et les plus glorieuses.Les sociétés de Tempérance sont de création relativement récente.La première tentative, le premier essai se fit en Irlande, vrs 1830.A Dublin, la capitale, dans une seule rue composée de cent quatre-vingt-dix maisons, on en avait compté cinquante où se débitaient des boissons enivrantes.Et ce sont des protestants, Méthodistes et Quakers \u2014 qui résolurent d\u2019opposer une digue à ce flot grossissant de l\u2019ivrognerie.Ils eurent le mérite de tenter les premiers efforts sérieux, mais comme si l\u2019hérésie était condamnée à la stérilité, ces efforts échouèrent misérablement.Ne rencontrant que des échecs, les Quakers en 1838 s\u2019adressèrent à un moine de Cork, le Père Mathew.C\u2019était un religieux encore jeune et la grandeur de la tâche l\u2019effraya tout d\u2019abord.Il refusa, mais sur des instances réitérées, il finit par accepter.Impossible de décrire les merveilles qu\u2019il accomplit : ses missions furent comme une marche triomphale à travers l\u2019Irlande et rappelèrent les succès prodigieux des plus grands apôtres de l\u2019Eglise : de saint Dominique, de saint Antoine de Padoue et de saint Vincent Ferrier.Les mourants se faisaient porter sur son passage, et à Dublin, des milliers d\u2019ivrognes se convertirent au souffle de sa parole.On voyait passer dans les rues, des processions monstres de 14,000 hommes.Au bout de quatre ans, la société de Tempérance comptait déjà 5,348,433 membres.Et l\u2019expérience démontra que pas plus de six sur mille associés furent infidèles à leur parole d\u2019honneur. 168 LA REVUE DOMINICAINE Le mouvement a diminué depuis, mais il reste encore beau et consolant.A Londres seulement, il y a aujourd\u2019hui 600 sociétés de Tempérance et plus de 1,400 dans le Royaume-Uni d\u2019Angleterre, d\u2019Ecosse et d\u2019Irlande avec, en chiffres ronds 7,000,000 de membres.Si on en avait proportionnellement autant au Canada, le pays serait sauvé.Et pourquoi pas ?L\u2019élan est donné et le Congrès de Québec a envoyé partout le mot d\u2019ordre.L\u2019organisation des ligues anti-alcooliques et des sociétés de tempé-rance a servi de réveille-matin à bien des endormis.Elle a décroisé bien des bras et mis sur pied de valeureuses légions.Partout, on y a acclamé la Croix noire.La Croix: c\u2019est l\u2019étendard et le signe du ralliement.Déjà elle se dresse, miséricordieuse et conquérante, dans plus de deux cents paroisses.Elle a scellé dans un respectueux baiser les promesses d\u2019au moins 150,000 croisés; elle a été suspendue à la muraille de trente mille foyers où elle garde, avec la vertu de Tempérance, l\u2019une des principales sources du bonheur domestique.La Croix, elle est donc à la place d\u2019honneur dans nos maisons canadiennes-françaises.C\u2019est un noble blason: il brille sur la poitrine des braves.La Croix, mais elle surmonte les plus illustres diadèmes, orne le front des rois et des pontifes, étincelle au sommet des monuments les plus majestueux; la voilà sur la flèche de nos églises et de nos cathédrales.En 1900, on a placé douze grandes croix sur les douzes plus hautes montagnes d\u2019Italie, comme pour consacrer le vingtième siècle au culte de la Croix.La Croix, c\u2019est le signe de victoire qui apparut dans le ciel aux yeux de Constantin avec ces mots pour auréole : In hoc signo vinces.\u201cTu vaincras par ce signe\u201d.C\u2019est SOCIÉTÉS DE TEMPÉRANCE 169 la Croix qui doit dominer le monde : car c\u2019est un symbole de triomphe par le sacrifice.Aussi la Société de Tempérance, c\u2019est la société des braves, des forts: forts par l\u2019abnégation, forts de toute la force que le Christ promet à quiconque sera assez courageux pour le suivre.Fonder, maintenir et développer une vraie Société de Tempérance, c\u2019est s\u2019associer à ce qui se fait de plus grand dans le monde; c\u2019est travailler à faire glorifier la religion dont nous sommes les fils; c\u2019est faire prévaloir les principes qui font le bonheur des sociétés et la grandeur des nations.P.-Arsène Roy, O.P.LE SENS DES FAITS Quid retribuam Voici le texte du discours 'prononcé le soir du 81 janvier, au Gymnase Ste Anne de Fall-River, par le T.R.P.Marion, O.P., à l\u2019occasion de son jubilé sacerdotal.Cette pièce d\u2019éloquence caractérise bien la vie paroissiale de là-bas, et la cordialité des rapports entre pasteurs et fidèles.Monseigneur, Mes RR.et chers Confrères, Mes bien chers Paroissiens, Au soir de cette belle fête, mon cœur attendri et plein de reconnaissance est comme une coupe trop remplie et qui déborde.Il se sent pressé de remercier tous les cœurs amis qui l\u2019ont comblé des illustres et touchants témoignages de leur sympathie. 170 LA REVUE DOMINICAINE C\u2019est vers vous qu\u2019il se tourne d\u2019abord, Mgr l\u2019évêque de Valleyfield, qui avez daigné jeter sur nos fêtes l\u2019éclat de votre présence et la grande autorité de votre parole.Vraiment, ma vie sacerdotale et religieuse a grandi et s\u2019est épanouie à l\u2019ombre protectrice de la vôtre.C\u2019est vous qui me receviez comme Maître des Novices, quand j\u2019allais à l\u2019âge de vingt ans, demander au cloître dominicain la paix et le bonheur.C\u2019est vous qui m\u2019avez guidé le plus longtemps dans les sentiers qui mènent à la perfection religieuse.C\u2019est vous qui m\u2019avez conduit, comme par la main, jusqu\u2019aux sommets de la philosophie, de la théologie et des autres sciences ecclésiastiques.Plus tard, lorsque arriva pour moi l\u2019heure du ministère, des charges et des responsabilités, c\u2019est encore vous, qui me restiez mon meilleur conseiller.Vous ajoutez aujourd\u2019hui à tous ces bienfaits celui de votre présence, qui donne à nos fêtes un air de grandeur que nous n\u2019aurions pu jamais réaliser.En mon nom et au nom de notre paroisse, toujours si heureuse de vous recevoir, agréez, Monseigneur, nos plus sincères remerciements.C\u2019est vers vous aussi, M.le Maire, que monte ma reconnaissance.Notre paroisse ne pouvait trouver d\u2019interprète ni plus brillant, ni plus bienveillant.Votre action m\u2019honore beaucoup et honore, j\u2019en suis sûr, toute la paroisse.Les hautes charges que vous remplissez dans l\u2019administration de la ville ne vous font pas oublier que vous êtes l\u2019enfant de la paroisse Ste Anne.Votre présence au milieu de nous est toujours un sujet de fierté.Et j\u2019avoue qu\u2019elle est pour moi, un sujet de consolation et de sécurité, car dans les multiples affaires que nous avons à traiter avec l\u2019administration de la ville, je m\u2019adresse plein de confiance à un Maire qui m\u2019appelle si bonnement son curé et son Père. LE SENS DES FAITS 171 | ip v '6 tir eli.Phi Éi P iorêj otreS »! f 005 M.le Maire, je tiens à vous remercier ce soir, non seulement des bonnes paroles qu vous m\u2019avz adressées, mais de tous les précieux services que vous m\u2019avez rendus.Et vous, MM.du clergé, qui avez bien voulu aussi m\u2019apporter votre témoignage de sympathie, soyez persuadés que j\u2019apprécie beaucoup votre présence au milieu de nous ce soir.La paroisse Ste Anne a l\u2019honneur d\u2019avoir été la première, et comme la mère de toutes les églises françaises de Fall River.Elle aime ses filles et non pas à la manière de ces mères inquiètes et acariâtres qui ne songent qu\u2019à les surveiller et à les reprendre, mais à la façon d\u2019une mère tendre, rassurée sur l\u2019avenir de ses enfants et parfaitement heureuse de leurs succès.MM.du clergé, qui travaillez si bien dans ces paroisses, et vous, plus particulièrement, M.le nouveau curé de Notre-Dame, à qui j\u2019adresse mes félicitations pour avoir été jugé digne de prendre la lourde succession de Mgr Prévost; et vous aussi, M.le curé de St-Roch, qui avez à maintenir dans votre nouvelle paroisse de belles traditions d\u2019ordre et de piété, soyez tous et toujours les bienvenus à Ste Anne comme vous l\u2019êtes ce soir.Et je voudrais avoir assez de puissance dans la voix pour faire entendre la même parole de sympathie au nouveau curé du St-Sacrement, qui n\u2019est pas ici ce soir, mais fui va bientôt venir combler le vide récent et cruel causé par la mort de M.Dellemarre.Mesdames et Messieurs, j\u2019ai le bonheur, ce soir, Lavoir à mes côtés des amis d\u2019enfance, des confrères de dasse avec qui j\u2019ai vécu huit ans là-bas dans un vieux collège classique du Canada.Ceux qui ont passé par ces collèges savent quels iens tendres et puissants unissent pour la vie les compagnons d\u2019une même classe.Ils s\u2019appellent confrères, ce 172 LA REVUE DOMINICAINE qui veut dire qu\u2019ils sont comme des frères.Ils se sont connus et aimés à un âge où l\u2019âme est neuve et libre de toute préoccupation.Ils se sont dispersés ensuite dans le monde avec un caractère formé aux mêmes leçons.Ils ont vécu en n\u2019oubliant jamais leurs délicieux souvenirs de jeunesse.Qu\u2019il me fait plaisir de vous revoir, mon cher M.Godreau, curé de Beverly, et de renouer ensemble, ce soir, en cette belle circonstance, ainsi qu\u2019avec notre confrère commun, le Dr Archambault, de Fall Riyer, la vieille amitié qui nous unit à jamais.Et vous, mes frères en St-Dominique, je vous suis uni par de tels liens que tout est commun entre nous: notre demeure, notre nourriture, nos habits, nos travaux, nos prières, nos revers, nos gloires et nos deuils.Nos constitutions se servent d\u2019expressions très fortes pour parler de notre union : \u201cCor unum et anima una\u2019\u2019.Nous n\u2019avons qu\u2019un cœur et qu\u2019une âme.Laissez-moi vous remercier des délicates attentions que vous avez eues pour votre frère jubilaire.Laissez-moi remercier plus spécialement ceux qui se sont tant dévoués à l\u2019organisation de ces fêtes, ceux qui sont venus de si loin pour m\u2019apporter leur témoignage de sympathie.Laissez-moi remercier particulièrement un ancien curé de Ste Anne, le Rév.Père Dion, parce que, en venant ici aujourd\u2019hui, je sens que son cœur généreux vibre encore fortement pour ses anciens paroissiens.J\u2019ai parlé tantôt des organisateurs de ma fête.Comment ne pas remercier encore les artistes en théâtre, en chant, en musique qui ont fait leur si généreuse et éclatante part, soit à la messe, soit dans les séances, et qui ont jeté sur toute la fête comme un riche décor de beauté, de grandeur et d\u2019harmonie.j Si .vilt j h jpk op] fit p P Hpit ¦vjf| fin m àti M in Ml h: p h . LE SENS DES FAITS 173 Ce bouquet d\u2019art, j\u2019irai le déposer avec les fleurs que les demoiselles viennent de m\u2019offrir au pied de l\u2019autel de la Vierge et je lui demanderai de bénir et de récompenser ces artistes dont je suis si fier et qui ont donné au culte et à notre vie paroissiale depuis un an une force et une splendeur ravissantes.Mais le grand organisateur de la fête restera toujours la paroisse elle-même.Comme c\u2019est l\u2019auditoire qui fait souvent l\u2019orateur, c\u2019est la foule qui fait plus souvent encore une fête, qui inspire les artistes et qui déclenche tous les ressorts.Or, la paroisse Ste Anne a voulu célé-4 brer les noces d\u2019argent sacerdotales de son curé.Un raï courant électrique ou sympathique a parcouru tous les foyers.Chacun a voulu faire sa part.Et voilà pourquoi la fête a été si belle; voilà pourquoi l\u2019on a délié le cordon de sa bourse et l\u2019on m\u2019a offert pour l\u2019école, pour l\u2019œuvre qui me tient tant au cœur, la généreuse somme de cinq mille dollars.Mesdames et Messieurs, ma reconnaissance va droit à mes paroissiens.Je ne me demande pas si un tel a souscrit ou non.Je sais que ce peuple est généreux.Je sais qu\u2019en dépit de la crise industrielle qui sévit depuis des années, il continue de soutenir nos œuvres, et, qu\u2019ad-venant une fête comme celle qui vous réunit, il peut encore ajouter aux offrandes quotidiennes la somme de cinq mille dollars.Au sortir de la grande guerre, les peuples victorieux voulurent honorer les dévouements cachés qui décidèrent de la victoire et ils conçurent le noble projet d\u2019aller chercher dans les cimetières de France un soldat inconnu et de le placer au milieu de la patrie sur un mausolée d\u2019honneur. 174 LA REVUE DOMINICAINE S\u2019il me fallait honorer de cette manière les dévouements cachés qui ont soutenu nos œuvres et nos institutions magnifiques, je ne craindrais pas d\u2019aller, moi, dans les foyers de ma paroisse et de choisir au hasard; car je serais sûr de tomber sur une âme généreuse, absolument digne de notre reconnaissance.Il ne me reste plus qu\u2019un merci à adresser, et je l\u2019ai réservé pour la fin parce que je sens qu\u2019il part du fond de l\u2019âme et qu\u2019il surpasse infiniment tous les autres en sincérité et en profondeur.Ce merci, c\u2019est à vous que je l\u2019adresse, ô Dieu bon et miséricordieux qui, pendant vingt-cinq ans, avez béni le sacerdoce de votre pauvre serviteur.Ce n\u2019est pas moi, Seigneur, qui devrais être le bénéficiaire de cette fête, c\u2019est vous, qui m\u2019avez fait l\u2019enfant d\u2019une famille chrétienne, où j\u2019ai appris de bonne heure à vous connaître et à vous aimer.C\u2019est vous, qui m\u2019avez confié à des maîtres instruits et vertueux dont les enseignements, les conseils et les exemples ont corrigé mon ingrate nature.C\u2019est vous qui m\u2019avez conduit dans votre sanctuaire, oint de votre huile sainte, investi de ce glorieux et redoutable sacerdoce que les anges nous envient, et qui, selon un Docteur de l\u2019Eglise, \u201cfait l\u2019homme grand au-dessus des rois et des maîtres de la terre, autant que l\u2019esprit est grand au-dessus de la matière, autant que l\u2019éternité est grande au-dessus du temps, autant que Dieu est grand au-dessus de tout ce qui n\u2019est pas Lui\u201d.Vous ne vous êtes pas contenté de tant de grâces, ô Dieu libéral et magnifique !.Plante obscure, j\u2019étais destiné par l\u2019insuffisance de mes moyens, à végéter et à me dessécher dans l\u2019ombre, mais vous avez été mon soleil et ma rosée, ô Dieu très bon.Si j\u2019ai pu produire quelques fruits, c\u2019est à vous seul que je les dois, et aux LE SENS DES FAITS 175 pieuses âmes qui ont eu pitié de moi, et ont imploré, en ma faveur, votre miséricorde.\u201cQuid retribuam Domino pro omnibus quæ retribuit mihi\u201d: Que rendrai-je au Seigneur pour tous ses bienfaits ?J\u2019entendais tantôt nos petits enfants chanter leur cantique d\u2019actions de grâces; que j\u2019aimais à entendre leurs voix aussi pures que leur âme et à dire avec eux: \u201cCélébrons le Seigneur\u201d.Ces chers petits invitaient les grandes voix de la nature à s\u2019unir à la leur: eh ! bien, c\u2019est leur voix qui me charmait davantage, bien plus que la voix du voix océan, des torrents impétueux et des souffles puissants.Oui, enfants, louez avec moi le Seigneur, \u201cLaudate pueri Dominum\u201d.Et comme vous-mêmes, mes bien chers paroissiens, daignez m\u2019honorer du titre de Père et que je dois aussi vous considérer comme des enfants que Dieu m\u2019a confiés, je vous dirai à vous comme aux plus petits : \u201cLaudate pueri Dominum\u201d, oui, louez avec moi le Seigneur, car il a fait en moi, il y a vingt-cinq ans, de grandes choses.Je n\u2019étais qu\u2019un pauvre et un misérable, et il m\u2019a placé parmi les princes de son peuple.\u201cSusci-tans inopem.Ut collocet eum cum principibus populi sui\u201d.Je n\u2019étais capable de rien\u2014\u201cQui habitare facit sterilem in domo\u201d\u2014et II m\u2019a donné son pouvoir divin avec lequel je puis faire naître les âmes à la vie de la grâce, avec lequel je puis les nourrir de l\u2019aliment eucharistique, avec lequel je puis les purifier de leurs fautes, avec lequel je puis d\u2019un mot les sauver, puis devenir l\u2019heureux père de toutes ces âmes, de tous ces enfants\u2014\u201cMa-trem filiorum lætantem\u201d.Oui, mes chers paroissiens, mes enfants, louez avec moi le Seigneur.Et demandez-lui que mon sacerdoce, dans les années qu\u2019il me reste à vivre, devienne plus que 176 LA REVUE DOMINICAINE jamais un instrument de salut pour les âmes et la paroisse qui me sont confiées./ Les Prix d\u2019action intellectuelle La soirée organisée par les membres de VA.C.J.C.pour la proclamation des Prix d\u2019action intellectuelle a obtenu comme toujours un gros succès d\u2019assistance et d\u2019animation.Le R.P.Lamarche, président de la soirée, s\u2019étant appliqué à dégager en partie le sens de cet événement scientifique et littéraire, nous croyons devoir reproduire ici l\u2019allocution qu\u2019il prononça à la suite d\u2019une conférence de M.Montpetit sur l\u2019\u201cAction intellectuelleP Messeigneurs, mesdames, messieurs, Je préfère vous parler du haut de l\u2019estrade, parce que, devant vous entretenir un instant de M.Edouard Montpetit, ce sera ma seule manière de dominer le sujet.J\u2019eusse préféré bien davantage ne pas rompre le charme causé par sa parole qui est une musique.Il le faut bien, cependant, ne serait-ce que pour souligner les motifs de votre gratitude et préciser le sens de vos applaudissements.A mesure que, d\u2019année en année, M.Montpetit révèle un aspect de sa riche personnalité, les ovations qui saluaient naguère le savant, l\u2019esthète ou l\u2019orateur, déferlent plus loin encore, voulant atteindre par-delà les mérites intellectuels, les qualités morales, et derrière l\u2019humaniste, l\u2019homme.Je songe en ce moment aux ennuis probables de ce professeur, que l\u2019on suppose en constante disponibilité, et au dévouement dont il fait preuve en de si nombreuses et si graves circonstances.Ce n\u2019est pas sans tressaillement nerveux, j\u2019imagine, qu\u2019il dépouille chaque jour son courrier ou s\u2019en va répondre au téléphone.En 1923 et 1924, il pouvait prétexter LE SENS DES FAITS 177 ses engagements d\u2019Europe, si féconds eux-mêmes en lourds imprévus : et chacun avec résignation s\u2019efforçait de comprendre.Cette année, les invitations se pressent de partout, de Montréal et d\u2019Ottawa, des Trois-Rivières et de Québec, voire de New-York.De sorte que, présent ou absent, où qu\u2019il aille et d\u2019où qu\u2019il vienne, et malgré son désir plausible d\u2019obtenir enfin un vote de non-confiance, il demeure à jamais \u201cl\u2019homme traqué\u201d, prisonnier de sa gloire et victime de son talent.Parfois cependant, par souci d\u2019élégance \u2014 mais je retire ce mot qui finra, Monsieur, par vous lasser: l\u2019élégance est souvent un écran qui empêche de voir la vie des hommes, \u2014 disons donc plutôt: par scrupule de bonté, M.Montpetit, n\u2019osant pas refuser catégoriquement, demande trois jours pour réfléchir.Ce délai, de bon augure pour les quémandeurs, devient d\u2019ordinaire fatal au conférencier.Durant ces trois jours, les idées affluent à son cerveau, elles se font belles et invitantes, elles s\u2019alignent et se tassent en rangées soumises.Il voit peu à peu surgir et se dresser dans l\u2019air le château-conférence.Et le moment venu de fulminer sa réponse, il mentirait en disant qu\u2019il n\u2019est pas en mesure d\u2019accepter.Avant de répondre à l\u2019invitation des jeunes, M.Montpetit exigea, paraît-il, ses trois jours de grâce.C\u2019était sans doute pour faire admettre et consacrer un principe, car au fond, il savait bien qu\u2019il ne pourrait se dérober plus longtemps à une perspective lui rappelant sa jeunesse d\u2019hier, \u201ctoute une jeunesse\u201d chantante, où la fantaisie, la blague et le paradoxe venaient jeter leur manteau tapageur sur un fond de mélancolie vaste comme les champs et fertile comme eux.Il nous l\u2019a démontré chaudement sur la scène, son reste de solidarité avec les jeunes.Vous avez vu avec quelle sollicitude optimiste, quelle minutie attentive il s\u2019est penché vers eux, s\u2019effor- 178 LA REVUE DOMINICAINE çant de découvrir et de signaler les moindres efforts, les moindres promesses et les moindres progrès, et parvenant ainsi \u2014 peut-être en majorant quelque peu les recettes \u2014 à établir pour notre race un bilan avantageux.Si bien qu\u2019après l\u2019avoir entendu nous parler d\u2019action intellectuelle, lui ce grand apôtre de l\u2019action économique, nous avons la confiance que tout n\u2019est pas à refaire dans ce domaine, si rien n\u2019est encore achevé.Non, non, tout n\u2019est pas à refaire, puisque nous éprouvons jusqu\u2019au sentiment d\u2019avoir un peu grandi dans une soirée! Messieurs les officiers et les membres de l\u2019A.C.J.C., je vous félicite du témoignage tout fraternel que vous venez de recevoir de votre aîné.J\u2019ajoute qu\u2019il était attendu et mérité.La veille de Noël 1924, deux mois après le grand Congrès de Charleroi, Sa Sainteté Pie XI, s\u2019adressant aux membres du Sacré Collège et passant en revue les événements de l\u2019année, disait sur un ton de général après la victoire: \u201cIls ont dépassé toutes les espérances, ces jeunes gens catholiques de Belgique qui, au nombre d\u2019environ trente mille, se sont réunis avec ardeur à Charleroi.Ils ont apporté à leurs recherches une prudence digne de l\u2019âge mûr et dont les effets ne tarderont pas à se faire sentir.\u201d En vous appliquant à mon tour ces encourageantes paroles, je n\u2019irai pas jusqu\u2019à dire que vous avez dépassé toutes les espérances, car ce serait là une invitation au repos, mais j\u2019affirme sans crainte que dans vos diverses manifestations et démarches, et notamment dans tous vos congrès généraux ou régionaux, vous avez apporté vous aussi une prudence digne de l\u2019âge mûr et dont les effets sont déjà en partie cous nos yeux.A supposer même que vous ayez commis quelques erreurs ou de menus accrocs à la sagesse, qu\u2019avez-vous besoin de mon pardon?J\u2019appartiens à une génération LE SENS DES FAITS 179 qui, faute d\u2019entraînement ou d\u2019organisation, faisait vers 1895 du système du moindre effort, un instrument de salut sur la terre comme au ciel.Depuis je m\u2019efforce à réparer tant bien que mal ces lacunes du passé.Qu\u2019avez-vous besoin surtout du pardon de ces vénérables censeurs qui croient n\u2019avoir absolument rien à réparer, et qui ont raison en ce sens qu\u2019ils n\u2019ont jamais rien commis: ni prose ni vers, ni quêtes ni requêtes, ni discussions, ni luttes, ni congrès, et \u201cn\u2019ont jamais connu la fraîche furie du vent et la splendeur solitaire des neiges qu\u2019à travers les vitres de leur maison.\u201d (G.Papini).Cette vertu de prudence dont un Pape vous louerait, vous l\u2019avez manifestée dans le lancement et l\u2019organisation des Prix d\u2019action intellectuelle.Je constate avec plaisir que vous avez réservé la plus large part des récompenses à la littérature appliquée, ainsi dite par opposition à la littérature pure ou ce qu\u2019on nomme aujourdhui \u201cl\u2019art désintéressé\u201d.La première est vouée à la recherche et à l\u2019exposition du vrai dans chaque domaine de la pensée.Elle a pour premier objet la connaissance.Or nous voyons que la réussite des plus humbles carrières se résout de plus en plus, de nos jours, dans la formation technique de l\u2019esprit.Nous voyons également que toute action intellectuelle est nulle ou gravement empêchée, si elle né s\u2019accompagne de la pureté du langage et de cette religion de la forme sans laquelle aucun Français n'a jamais laissé rien de durable.(F.Brunetière).C\u2019est pourquoi, Messieurs, en favorisant avant tout la recherche doctrinale ou scientifique, avec l\u2019élaboration d\u2019un style approprié, vous rendez ni plus ni moins un service d\u2019urgence à la jeunesse d\u2019en-deça de trente-cinq ans, sans compter l\u2019exemple fourni à l\u2019autre jeunesse, aux frontières indécises, que je salue comme une sœur en la voyant, dans cette enceinte, si largement représentée î 180 LA REVUE DOMINICAINE Dans cette distribution des largesses de personnages de marque, amis dévoués des lettres canadiennes, vous avez su consacrer une part légitime à la littérature pure, celle qui prétend, avec un minimum de substance, atteindre au plus haut degré de l\u2019intérêt et de l\u2019émotion artistiques.Si, comme on vient de l\u2019apercevoir, le succès obtenu dans cette branche paraît plus incertain, c\u2019est que nos jeunes aspirants à \u201cl\u2019art désintéressé\u201d, esclaves sans doute \u2014 c\u2019est le mot \u2014 d\u2019une trop grande facilité naturelle, oublient généralement ce critère de M.Paul Valéry, le nouvel académicien-poète: \u201cTout jugement que l\u2019on veut porter sur une œuvre doit faire état avant toute chose, des difficultés que son auteur s\u2019est données.On peut dire que le relevé de ces gênes volontaires, quand on arrive à le reconstituer, révèle sur-le-champ le degré intellectuel du poète et la qualité de son orgueil.\u201d Trop fidèle, je pense, à son principe, ce poète hermétique s\u2019est créé à lui-même un certain nombre de difficultés qu\u2019il fait généreusement partager à ses lecteurs.Mais son critère paraît juste.Nos romanciers et nos poètes devraient au moins envisager, avant de se mettre à l\u2019œuvre, les difficultés toutes faites concernant la composition, les caractères, la syntaxe, les images, le rythme, la plénitude du vers, etc.Il se publie encore chaque année, à côté de romans sans consistance, des plaquettes poétiques aussi fortement chevillées que la conférence de ce soir, et ce n\u2019est pas peu dire.Vous l\u2019avouerez avec moi, ce jeu puéril indique un orgueil de fort douteuse qualité, et ce n\u2019est pas ces productions hâtives, motivées le plus souvent par l\u2019approche d\u2019un concours, qui prépareront le réveil en fanfare du peuple canadien.L\u2019œuvre qui nous sauvera, c\u2019est l\u2019œuvre des six jours, c\u2019est le travail.Travaillons, travaillons surtout en profondeur.Car le filon existe, puisque déjà nos maîtres LE SENS DES FAITS 181 l\u2019ont trouvé.Quand nous croirons l\u2019avoir touché à notre tour, jugeons-le comme la critique elle-même le jugera, à la peine et aux sueurs qu\u2019il nous aura coûtées.Jugeons-le encore par comparaison avec le clair métal de France.Ne nous demandons pas si la veine littéraire en France est devenue moins féconde depuis la guerre.Cherchons-y l\u2019inspiration aux époques qui nous plaisent davantage et nous conviennent le mieux.C\u2019est quand le filon indigène, déjà marqué aux empreintes du sol, aura reçu la frappe française, qu\u2019il deviendra vraiment richesse nationale, digne de nous, digne de nos pères, digne d\u2019être adjointe au patrimoine commun de l\u2019humanité.Dans l\u2019Ordre Jérusalem.\u2014Le T.R.P.Savignac a été élu prieur du Couvent de Saint-Etienne de Jérusalem.Il succède dans cette charge au T.R.P.Dhorme, qui a terminé deux triennats consécutifs et qui reste directeur de l\u2019Ecole Biblique et Archéologique.Les cours de l\u2019année 1925-26 sont ainsi distribués : Exégèse comparative des Evangiles, par le T.R.P.Lagrange.Introduction historique au Nouveau Testament, par le T.R.P.Savignac.Introduction générale à l\u2019Ancien Testament (Textes et versions), par le R.P.Carrière.Introduction spéciale à l\u2019Ancien Testament (Prophètes), par le R.P.Jaussen.Exégèse de l\u2019Ancien Testament (Les Livres des Rois), par le T.R.P.Dhorme.Explication philologique de l\u2019Ancien Testament, par le R.P.Carrière. 182 LA REVUE DOMINICAINE Géographie de la Palestine, par le R.P.Abel.Archéologie biblique, par le R.P.Vincent.Topographie de Jérusalem (Nouveau Testament), par le R.P.Abel.Coutumes des Arabes, par le R.P.Jaussen.Epigraphie sémitique, par le T.R.P.Savignac.Langue hébraïque, par le R.P.Lavergne.Langue assyrienne, par le R.P.Dhorme.Langue syriaque, par le R.P.Marmadji.Langue arabe, par le R.P.Jaussen.Langue arabe parlée, par le R.P.Marmadji.Langue grecque du Nouveau Testament, par le R.P.Raphaël Tonneau.Une promenade archéologique a lieu chaque semaine le mardi soir, et une excursion d\u2019un jour, chaque mois.France.\u2014La Faculté catholique de Philosophie fait donner une série de conférences sur la doctrine catholique exposée d\u2019après saint Thomas d\u2019Aquin.Le Révérend Père Peillaube, S.M., traite de la vie humaine et de la vie chrétienne ; le Révérend Père Gillet, O.P., du problème social et de la justice sociale', le Révérend Père Blanche, O.P., de la Nature de Diew, M.Maritain, de la Science Philosophique et Mystique; M.H.Colin, de la matière et de la vie.Espagne.\u2014Un conseil de notables de Salamanque, cette ville si riche de souvenirs (et en particulier de souvenirs dominicains), s\u2019étant réuni à l\u2019effet de désigner un chroniqueur officiel de la cité, cette fonction honorifique a été accordée au Très Révérend Père Louis Getino, actuellement Provincial des Dominicains.Suisse.\u2014C\u2019est sur la foi d\u2019une revue d\u2019ordinaire mieux informée que nous annoncions le remplacement du Rme P.Sales, comme professeur de théologie à Fribourg, LE SENS DES FAITS 183 par le R.P.Montanaro.C\u2019est le R.P.Gigon, de la Province de Toulouse, qui est devenu titulaire de cette chaire.Allemagne.\u2014Les Dominicains de la Province d\u2019Alle- \\ magne ont tout récemment repris possession du couvent historique de Saint-Paul, à Worms, dans la citadelle du luthéranisme.La population, même protestante, les a accueillis avec une parfaite sympathie.Hollande.\u2014Voici de plus amples détails sur la récompense accordée au R.P.Friethoff, dont il fut question dans notre dernier numéro: Ce fut vraiment un fait nouveau pour le monde universitaire d\u2019Utrecht, lit-on dans le Tijd, que celui dont il fut témoin le 21 septembre dernier, dans une séance solennelle de la Faculté Protestante de Théologie.\u201cAprès avoir donné lecture du rapport annuel, le recteur magnifique remit la médaille d\u2019or au Révérend Père C.Friethoff, du Couvent dominicain de Huissen, en récompense de son travail sur le sujet proposé au commencement de l\u2019année, et qui avait pour thème: \u201cLes doctrines comparées de Thomas d\u2019Aquin et de Calvin, touchant la prédestination\u201d.\u201cUn mouvement de surprise traversa l\u2019auditoire qui remplissait la vaste salle, lorsqu\u2019on vit se lever le jeune lauréat revêtu de son habit religieux.Ce froc monacal, réapparaissant en un endroit où l\u2019on ne l\u2019avait plus vu depuis des siècles, excita une vive curiosité dans ce public éminemment protestant.\u201cL\u2019endroit, cependant, convenait bien à une telle apparition.C\u2019était l\u2019antique et majestueuse salle capitulaire, où se réunissaient, avant la Réforme, les chanoines de la cathédrale d\u2019Utrecht.De la cathédrale d\u2019autrefois, au style gothique, il ne reste malheureusement que quelques débris.Mais la salle capitulaire a 184 LA REVUE DOMINICAINE été restaurée au siècle dernier par l\u2019habile architecte Cuipers, qui lui a rendu son grand air de jadis.Le froc dominicain, si actuel et cependant contemporain des vieilles cathédrales, ne déparaît nullement ces voûtes séculaires.\u201cM.le Professeur Nierstrasz, recteur sortant, loua, en termes choisis, le jeune lauréat; il fit remarquer que son étude était un travail vraiment savant, et ajouta qu\u2019on pouvait beaucoup attendre de l\u2019auteur, pour l\u2019avenir.\u201cUn autre Professeur, secrétaire du Sénat Académique, ne fut pas moins élogieux.\u201cL\u2019auteur, dit-il, a non seulement bien étudié la matière, mais il la possède à fond.Son grand mérite est d\u2019avoir établi que l\u2019accord entre Thomas et Calvin n\u2019est en grande partie qu\u2019apparent.\u201d \u201cLa médaille d\u2019or, qui porte d\u2019un côté l\u2019effigie de Sa Majesté la Reine, et de l\u2019autre, le nom de l\u2019étudiant dominicain, fut donc bien méritée.\u201d Brésil.\u2014Monseigneur Sébastien Thomas, O.P., évêque titulaire de Platea et Prélat de Conceiçao, a reçu la consécration épiscopale le 15 novembre, dans le sanctuaire du Rosaire de Uberaba.Etats-Unis.\u2014A la demande de l\u2019éditeur Mac-Millan, le Révérend Père Schwertner vient d\u2019écrire un ouvrage sur les Congrès Eucharistiques.Le livre aura un très fort tirage et sera répandu partout pour préparer les catholiques américains au Congrès Eucharistique qui s\u2019ouvrira à Chicago au mois de juin.\u2014 Plus de quarante étudiants dominicains sont inscrits à l\u2019Université catholique en vue de conquérir les grades académiques dans les Facultés de droit, des sciences et des lettres.A la Faculté de Théologie, le Révérend Père Smith, O.P., donne des conférences tho- LE SENS DES FAITS 185 mistes et le Révérend Père Fitzgerald occupe la chaire de dogme.Dans la Province.\u2014Le T.R.P.Mannès Marion, conseiller de Province et curé de Ste-Anne de Fall River, aux Etats-Unis, a célébré le 31 janvier ses noces d\u2019argent sacerdotales au milieu d\u2019un grand concours de la population à laquelle étaient venus se joindre un bon nombre de confrères et d\u2019amis.Sa Grandeur Mgr Rouleau, évêque de Valleyfield, présenté à l\u2019assemblée par le R.P.Marchildon, a prononcé le sermon de circonstance à la grand\u2019messe.Son Honneur le Maire Edmond Talbot parla le soir au nom des paroissiens.Le R.P.Marion répondit à ces divers témoignages par un discours très senti qui comptera peut-être comme le principal effort oratoire de sa carrière apostolique.On le lira avec plaisir dans Le Sens des faits.Voici en quels termes Yhidéyendant de Fall River a souligné le caractère de cette fête: \u201cAvant de commencer le compte-rendu des fêtes des noces d\u2019argent sacerdotales du T.R.P.Mannès Marion, O P., curé de Ste Anne de Fall River, qu\u2019il nous soit permis de venir joindre à la multitude de justes hommages qu\u2019on a rendus hier dans la paroisse Ste Anne et ailleurs, au dévoué et aimé pasteur de notre grande paroisse franco-américaine de la partie sud, notre humble tribut d\u2019admiration et nos vœux de bonheur et de longue vie.En dépit de sa profonde humilité, le T.R.P.Marion, par ses hautes qualités administratives et son zèle apostolique sans bornes, est l\u2019un des plus grands pasteurs que ses supérieurs aient appelé à diriger les destinées de l\u2019œuvre grandiose qu\u2019est devenue, grâce à leur direction successive, la paroisse Ste Anne de Fall River. 186 LA REVUE DOMINICAINE \u201cLes paroissiens de Ste Anne aiment leur curé et lui en ont donné à loccasion du récent jubilé, une preuve tangible.Nous nous plaisons à signaler de façon éclatante, le caractère enthousiaste et universel des démonstrations organisées pour fêter dignement celui qui le mérite si bien, alors même que sa venue à Fall River comme curé date de moins de deux ans.Ad multos annos!\u201d \u2014 Le révérend Père Raymond-M.Voyer, O.P., professeur de philosophie au Couvent d\u2019Etudes d\u2019Ottawa, a reçu le prix de cent dollars affecté à la section religieuse des \u201cPrix d\u2019action intellectuelle\u201d de l\u2019A.C.J.C., pour sa thèse intitulée Vœux de religion d\u2019après S.Thomas.\u2014 Le R.P.Pierre Trudel a donné le 22 janvier, devant l\u2019Alliance catholique des Professeurs de Montréal, section féminine, une conférence intitulée: L\u2019institutrice apôtre.\u2014 Le R.P.Lamarche a donné le 8 février, dans la nouvelle salle St-Dominique, à Québec, une causerie sur La musique dans la vie paroissiale.\u2014 Nous recevons de la part du clergé de nombreuses consultations, depuis l\u2019ouverture de nos rubriques de droit canonique.Il sera fait droit à chaque demande en temps opportun, c\u2019est-à-dire d\u2019après l\u2019ordre de réception.\u2014 Le R.P.Barillec prêchera la Station du Carême aux SS.Pierre et Paul de Lewiston, et le R.P.Trudel à Ste Anne de Fall River.\u2014 A l\u2019occasion des Fêtes du Bx Pierre-Julien Eymard, célébrées dans la Chapelle des RR.PP.du S.Sacrement les 9, 10, 11 février, S.G.Mgr Rouleau a prêche une Heure sainte et le R.P.Henri Martin, curé de St-Dominique de Québec, le panégyrique du nouveau Bienheureux. LE SENS DES FAITS 187 \u2014 Le R.P.Lamarche prononcera l\u2019éloge des Martyrs canadiens dans l\u2019Eglise du Gesù le 12 mars.\u2014 Toute zélatrice qui remplit 8 cahiers à cinq dollars de l\u2019Œuvre du Noviciat, ou recrute de nouveaux abonnements à la \u201cRevue Dominicaine\u201d ou au \u201cRosaire pour tous\u201d pour la somme de $40, a droit à une affiliation perpétuelle à cette œuvre, pour elle-même, ou pour la personne qu\u2019elle désignera.\u2014 La \u201cRevue Dominicaine\u201d est heureuse d\u2019offrir à \u201cL\u2019Action française\u201d ses félicitations et ses souhaits à l\u2019occasion du 10e anniversaire de sa fondation.Le public soi-disant intellectuel ou patriote, qui sut enterrer un si grand nombre de revues en ce pays, hésite cette fois à prendre la pelle funèbre, et le vigoureux périodique s\u2019y refuse d\u2019ailleurs obstinément.La raison profonde de sa longévité vient sans doute du désintéressement manifeste des promoteurs.La moindre expérience dans ce domaine fait voir qu\u2019une revue sérieuse ne saurait devenir un klondyke, même si l\u2019on y adjoint un service de librairie.Le désintéressement produit l\u2019indépendance.Il est relativement facile pour une revue de pratiquer l\u2019indépendance vis-à-vis des partis politiques.Aussi doit-elle viser plus haut encore, et s\u2019affranchir de toute entrave posée par un homme, un clan ou une faction.Parvenue là, elle doit faire un suprême effort pour se dégager de soi-même, suivant le conseil évangélique, en évitant de former à son tour un système clos où rien n\u2019entre et d\u2019où pas grand\u2019chose ne sort.C\u2019est une erreur dans laquelle tombe aisément la presse en général, que de croire impossible de cultiver l\u2019esprit de cohésion et de solidarité sans prononcer l\u2019exclusive contre les individus ou les groupements étrangers.L\u2019Action française, autant que le permet l\u2019humaine faiblesse, voulut écarter cette méprise et se 188 LA REVUE DOMINICAINE tenir sur les hauteurs que nous venons de signaler.Fidèle à ses amis, fidèle à ses doctrines, elle a soin de ventiler ses bureaux pour recevoir, d\u2019où qu\u2019ils viennent, Tail* et la lumière.Pour ce haut esprit qu\u2019elle manifeste de- puis sa fondation, elle voit de plus en plus s\u2019élargir son rayon d\u2019influence et s\u2019établir autour d\u2019elle l\u2019unanirne res- pect.Pour ces hauts motifs, une œuvre avant tout religieuse comme la nôtre peut et doit s\u2019asseoir à son œuvre avant toute nationale.A ceux qui liront ce trop bref, mais sincère hommage, nous demandons de vouloir bien nous obliger en redoublant de sympathie effective à l\u2019égard de Y Action française et des divers mouvements et entreprises dus à son impulsion.Fra Domenico ?L\u2019ESPRIT DES LIVRES Abbé Garriguet.\u2014 \u201cLe Mois des Morts.\u201d 5e édition revue et corrigée.In-12.Paris, Téqui, 1925.Ces Lectures pour le Mois des Morts forment une véritable théologie des fins dernières, mais une théologie très claire, très simple, très à la portée de tous.Les moins initiés aux questions dogmatiques eux-mêmes suivront sans effort les développements de l\u2019auteur.Après quelques chapitres consacrés à la mort, aux assauts que la miséricorde divine livre au pécheur mourant, au jugement particulier, au droit de pleurer ceux qu\u2019on a perdus, à la survivance des légitimes affections de la terre, au nombre des élus, au bonheur réservé par Dieu à ses saints, il traite du purgatoire, de son existence, de la nature, de l\u2019intensité et de la durée de ses peines, des motifs et des moyens d\u2019abréger les souffrances des âmes qui y gémissent, des rapports de ces âmes avec Dieu, avec la sainte Vierge, avec les autres bienheureux du paradis, avec nous.Il termine en exposant les relations des élus avec ceux qui leur furent chers ici-bas et entre eux.Il montre comment, au ciel, on se retrouve, on se reconnaît et on s\u2019aime. l\u2019esprit des livres 189 Tous puiseront édification, consolation, confiance et lumière dans la lecture de ces pages limpides et substantielles qui constituent un très intéressant résumé de la doctrine de l\u2019Eglise sur ce qui attend l\u2019âme chrétienne à sa sortie de la vie.Abbé L.-Cl.Fillion, P.S.S.\u2014 Leçons d\u2019Histoire Sainte à l\u2019usage des enfants.\u201d \u2014 Cours moyen, 1 vol.in-16 illustré, cartonné.\u2014 Cours élémentaire, 1 vol.in-16 Le nom seul de M.Fillion, consulteur de la Commission biblique pontificale, si connu par ses travaux sur la Bible, est garant de l\u2019intérêt que présentent ces nouvelles Leçons d\u2019Histoire sainte à l'usage des enfants.Le Cours moyen s\u2019adresse aux enfants de 10 ans et au-dessus.L\u2019histoire sainte telle qu\u2019elle y est racontée va de la création du monde à la fondation de l\u2019Eglise par les apôtres.La raconter en détail exigerait de gros volumes; on en signale du moins les principaux faits, en mettant en relief l\u2019action divine si manifeste à tout instant, et aussi l\u2019action humaine, tantôt bonne, tantôt mauvaise, et allant à l\u2019encontre des desseins de Dieu.L\u2019auteur a insisté sur la lente formation et sur la vie mouvementée du peuple auquel Dieu a confié le trésor des vérités révélées, pour qu\u2019elles fussent ensuite communiquées à toutes les nations.L\u2019Histoire sainte, pendant plusieurs milliers d\u2019années, se confond en réalité avec celle d\u2019Israël.Le Cours élémentaire est en quelque sorte l\u2019abrégé du Cours moyen et s\u2019adresse aux enfants de moins de dix ans.Dom Jean de Hemptine, O.S.B.\u2014 \u201cL\u2019Ordre de S.Benoît\u201d.\u2014 Seconde édition revue.Collection \u201cPax\u201d, vol.XVI.Paris, Lethielleux; Lille, Desclée; Abbaye de Maredsous.Un vol.in-16, IV-132 pages avec une dizaine de gravures hors-texte.On trouvera dans cette notice un exposé des principes relatifs à l\u2019ascèse et aux institutions de l\u2019Ordre de S.Benoît, puis une esquisse de son histoire.La lecteur apprend à connaître la Conception fondamentale de la vie bénédictine (ch.I), la place que cette conception fait à la Prière (II) et au Travail (III); il découvre ensuite, en étudiant l'Esprit de l\u2019Ordre (IV), le caractère large, souple et \u201cchrétien\u201d (l\u2019expression est de Bossuet) de la règle 190 LA REVUE DOMINICAINE de S.Benoît qui s\u2019efforce d\u2019être le miroir de l'Evangile.L\u2019organisation du Monastère (V) et celle de l\u2019Ordre (VI) lui sont révélées.Enfin une Esquisse historique (VII) lui permet de suivre pendant quatorze siècles l\u2019évolution de l\u2019Ordre bénédictin.Le fil de l\u2019histoire conduit le lecteur jusqu\u2019à l\u2019heure présente; un regard d\u2019ensemble sur Vétat actuel de l'Ordre bénédictin (VIII) en fait alors constater la vitalité.Courte et riche notice, écrite en une langue de belle et grande allure, à la fois nerveuse et colorée; des gravures hors texte augmentent l\u2019intérêt de l\u2019exposé.Feige.\u2014 \u201cHâtons-nous de devenir des saints.\u201d Paris, Téqui; Montréal, Granger; Québec, Garneau.Petit volume, de 100 p.M.le chanoine Feige, dont les ouvrages de spiritualité sont si goûtés des Filles de Saint François-de-Sales et de toutes les âmes pieuses, a concentré, dans cette petite brochure, les plus touchants arguments qui puissent nous presser à devenir des saints.L\u2019auteur a dédié et confié son travail à sainte Thérèse de l\u2019Enfant-Jésus qui \u201ca souhaité si ardemment de voir le monde devenir comme une pépinière de grands saints\u201d.R.P.Gillet, O.P.\u2014 \u201cLa morale et les morales\u201d.Editions de la Revue des Jeunes, 3, rue de Luynes, Paris.Dal Vaticano, 15 août 1925.Mon Révérend Père, Le Souverain Pontife a reçu avec bienveillance le filial hommage de votre récent ouvrage: \u201cLa Morale et les Morales\u201d.Vous avez voulu y montrer combien sont fragiles et contradictoires les systèmes modernes, établis d\u2019après une soi-disant science qui se croirait amoindrie en admettant le surnaturel.La morale catholiques, au contraire, basée sur le dogme, la loi naturelle et la révélation, est restée à travers les siècles la règle solide et immuable contre laquelle sont venus s\u2019effriter tour à tour les systèmes humains qui ne cherchent souvent qu\u2019à satisfaire les instincts et les passions sous une apparence de loi.Sa Sainteté fait des vœux pour que votre étude contribue à éclairer les intelligences et à les porter à la pratique de la vraie morale, celle de Notre-Seigneur Jésus-Christ.Comme gage des faveurs L\u2019ESPRIT des livres 191 divines, le Saint Père vous accorde bien volontiers sa Bénédiction Apostolique.Veuillez agréer, mon Révérend Père, l\u2019expression de mon religieux dévouement en Notre Seigneur.(Signé) Cardinal Gasparri.Abbé J.Z.Dufort \u2014 \u201cLe Jubilé de 1926\u201d.Brochure de 25 pages- Edition du \u201cDevoir\u201d.En vente chez l\u2019auteur, 1460, rue Dufresne, Montréal.M.l\u2019abbé Dufort vient de fournir une nouvelle preuve de son activité intellectuelle en offrant au public qui s\u2019intéresse aux choses détaillées de la religion une brochure doctrinale qui fera pendant à celle qu\u2019il publia ces années dernières sur le Jeûne et VAbstinence.Cette seconde étude révèle une préparation lointaine plutôt qu\u2019immédiate.Ceux qui voient et entendent de près M.Dufort le savent familiarisé depuis longtemps avec le droit canon.Mais le retard des documents officiels de Rome l\u2019a empêché de donner à la partie principale, celle qui répond au titre de la brochure, toute l\u2019amplitude qu\u2019il eût souhaitée.Par contre, la partie qui regarde l\u2019indulgence en général a reçu les développements requis.En somme le travail de M.l\u2019abbé sur le jubilé ab urbe ab orbem présente les plus solides garanties d\u2019ordre doctrinal et les meilleures ressources d\u2019ordre pratique que l'on puisse désirer.Malgré les traces visibles d\u2019une rédaction forcément hâtive, il sera utile aux prédicateurs et aux confesseurs, aux religieux et religieuses comme aux simples fidèles.Il est l\u2019œuvre d\u2019un esprit judicieux, d\u2019un talent développé au contact des meilleurs auteurs et mûri par l\u2019expérience déjà longue d\u2019un ministère délicat.M.-A.h.Arthur Saint-Pierre \u2014 \u201cLe problème social\u201d.Brochure in-8° de 200 pages.Editions Edouard Garand, 153a, rue Ste-Elizabeth, Montréal, 1925.Les préoccupations sociales auxquelles M.Arthur Saint-Pierre est resté fidèle jusqu\u2019ici mettent de l\u2019unité dans une vie que des besognes multiples se sont disputée.Il est devenu un des maîtres de la sociologie au Canada.La constance de son effort éclairé lui a assuré dans ce domaine une compétence qu\u2019on s\u2019est plu à recon- 192 LA REVUE DOMINICAINE naître et qu\u2019on s\u2019est empressé d\u2019utiliser.Professeur à l\u2019Université de Montréal, conférencier habituel des Semaines Sociales, il a été ainsi amené à étudier quelques-uns des aspects les plus essentiels du problème social.Ce sont ces études qu\u2019il réunit aujourd\u2019hui dans un volume préfacé par M.Edouard Montpetit et faisant partie de la Bibliothèque d\u2019études économiques et sociales.\u201cLes cours donnés à la Semaine sociale sont, par définition, des cours de pratique et de doctrine.\u201d C\u2019est sur ces mots que s\u2019ouvre son volume et ils en résument, on ne peut mieux, le caractère et l\u2019esprit.Chez M.S.-P.la doctrine ne se sépare jamais de la pratique.Ses études ne se développent pas dans l\u2019abstrait; ce n\u2019est pas d\u2019elles qu\u2019on pourrait dire qu\u2019elles ne portent aucune indication de date, ni de lieu d\u2019origine.On y sent au contraire, à chaque instant, des préoccupations qui sont bien celles de notre temps et de notre pays.M.S.-P.semble tout particulièrement attiré par le fait concret, par la statistique intéressante et révélatrice.Il va tout droit à l\u2019abus qu\u2019il faudrait faire disparaître, à la situation qu\u2019il faudrait améliorer.Avec une pointe de scepticisme dans le résultat final, il essaie quand même d\u2019indiquer par quelle sage intervention de l\u2019Etat, par quelle entente mutuelle entre le patron et l'ouvrier on pourrait atteindre à la paix sociale tant rêvée.M.Montpetit, un autre maître de l\u2019économie politique au pays, écrit du Problème social de M.S.-P.: \u201cSes exposés sont d\u2019une remarquable clarté et solidement construits; il élague d\u2019une main sûre toutes les objections que le sentimentalisme des affaires dresse sur la route de tous les réformateurs.Quelques pages, et l\u2019on sait où il va.Il ne s\u2019embarrasse pas de demi-teintes: on sent que la vie économique, qu\u2019il a interrogée, le conduit vers d\u2019irréductibles conclusions.\u201d La doctrine qui inspire ces pages est celle de l\u2019Ecole Sociale catholique que Léon XIII a résumée dans ce monument impérissable qu\u2019est l\u2019Encyclique Rerum novarum.M.S.-P.ne fait pas étalage d\u2019une érudition facile; mais à l\u2019orientation de sa pensée, aux solutions qu'il propose on sent qu\u2019il en a pénétré l\u2019esprit, qu\u2019il en a compris et qu\u2019il en accepte les préoccupations de justice et d\u2019humanité.Le Problème social est un ouvrage que l\u2019on devrait trouver dans la bibliothèque de tous ceux qu\u2019intéresse ou que devrait intéresser une question aussi vitale que la question ouvrière au Canada.M.-C.F. Tél.Main 7437 Tél.Main 4672 Bertrand, Foucher, Bélanger, Inc.¦ - , \u2022 .¦ \u2022 \" ¦ .\u2022 \u2022' ' .:\u2022\u2022\t- .ORNEMENTS D'EGLISE Spécialité Tentures de Deuils et de Fêtes, - Objets d\u2019Art B ::î \u2018 fee.26, rue Notre-Dame Ouest, MONTREAL \u2019Reilly & Bélanger, Ltée MARCHANDS DE CHARBON GROS et DETAIL \u2014 Toutes sortes OTTAWA Bureau, 22, rue Sparks \u2014 Téléphone: Queen 860-861 POURQUOI LE COUTEAU ?Le Calcul Biliaire peut se guérir sans opération si l\u2019on emploie le REMEDE du Dr MULLER pour les pierres dans le foie.Demandez-le à votre pharmacien.Au cas où vous ne pourriez l\u2019obtenir, envoyez $3.00 à S.J.MAJOR Limitée, Ottawa (Succursale de la National Grocers Co., Ltd.) 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